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Grace MITRI YOUNES

La traduction
de la littérature
de jeunesse
Une recréation
à l’image de ses récepteurs

Étude des contes et nouvelles


de Fouad Ephrem Al Boustany
La traduction de la littérature de jeunesse

Une recréation à l’image de ses récepteurs


Grace MITRI YOUNES

La traduction de la littérature
de jeunesse

Une recréation à l’image de ses récepteurs

Étude des contes et nouvelles


de Fouad Ephrem Al Boustany

L’HARMATTAN
© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04270-1
EAN : 9782343042701
« Quand tu veux construire un bateau, ne commence pas par rassembler du
bois, couper des planches et distribuer du travail, mais réveille au sein des
hommes le désir de la mer grande et large. »
Antoine de Saint-Exupéry

À vous qui avez réveillé en moi cette passion…


Préface

de Marina Fouad Ephrem Boustany

Traduire en français un recueil de nouvelles puisées dans l'histoire


du Liban, écrites dans sa langue maternelle (l'arabe) par un père
illustre, passé maître dans l'art de conter, dans une pureté de style et
un respect méticuleux de la syntaxe et de l'esprit de cette langue...
sans oublier le respect de l'Histoire, tout cela servi en un mélange
savoureux de finesse et d'humour... fut une véritable fête pour deux de
ses enfants, Hareth et Marina.
Savoir que cette traduction allait être l'objet d'étude d'une thèse de
doctorat et faire partie du jury de la soutenance de cette thèse fut une
célébration.
Recevoir la proposition d'écrire la préface de ce travail publié par
une prestigieuse maison d'édition, la veille de la fête des pères (au
Liban) est un ultime hommage rendu à mon père par trois de ses
enfants, Hareth, Grace (fille spirituelle) et Marina...
Au cours de la lecture de ce travail extrêmement intéressant et
passionné, nous nous sommes souvent demandé si nous avions eu
conscience, en traduisant, de tous les détails relevés par Grace... Ainsi
les étudiants, après avoir commenté le poème d'Eluard « La courbe de
tes yeux » posent-ils la question : « Eluard avait-il expressément
voulu montrer l'immortalité de l'amour en concevant un poème
circulaire éternellement recommencé grâce à la divinité conférée par
l'auréole du temps ? »
Toujours est-il que nous avions conscience de porter en nous les
gènes transmis par notre père, cet amour inconditionnel de la langue

9
arabe et de sa littérature et qui, en investissant mes propres gènes s'y
est imprimé traduit en français...
Depuis ma plus tendre enfance, je me suis exprimée en français, ce
qui était à l'époque assez exceptionnel et tout le monde se moquait
gentiment de moi. Plus tard, j'étudiais les leçons données en langue
arabe dans des résumés que je rédigeais en français... C'est dire que la
traduction... je l'avais presque innée... ajoutant la maîtrise du français
à celle de l'arabe...
Il nous était donc naturel de traduire les contes écrits par notre père
sachant que nous allions reproduire fidèlement l'esprit insufflé par lui
dans notre traduction... En relisant nos textes français, nous croyions
entendre l'inflexion de sa voix…
Grace Younes en a fait une excellente étude, mettant en lumière nos
intentions inconscientes, grâce à des investigations scientifiques, ce
qui nous a amenés à relire notre travail et le sien avec encore plus de
plaisir et de reconnaissance à l'original et à l'étude des deux versions
d'un patrimoine préservé...

10
Introduction générale

La littérature de jeunesse
en orient et en occident
Au cours de cette dernière décennie, en Europe et au Canada, la
traduction de la littérature de jeunesse a attiré l’attention de
traducteurs, de spécialistes et de professionnels en littérature pour la
jeunesse après avoir été longtemps considérée comme un genre
mineur1. Pourtant, selon le spécialiste autrichien Richard Bamberger,
les traductions relatives aux enfants sont d’une importance bien plus
grande que celle de la traduction de la littérature pour « adulte2 ». En
fait, les enfants ne s’intéressent pas à un livre parce qu’il est une
traduction- contrairement peut-être aux adultes- mais parce qu’il
possède un pouvoir narratif tels les récits d’aventures ou de fantasmes
comme s’ils étaient rédigés dans leur propre langue3 (Lathey 2006 :
1). En effet, il y a eu une prise de conscience de la place qu'occupe la
littérature de la jeunesse « comme discipline universitaire à part
entière et de l'importance de l'enjeu éditorial que représente la
traduction dans le contexte d'une mondialisation croissante »4.
Ainsi, une réflexion sur la traduction de la littérature de jeunesse
s’avère indispensable dans un pays comme le Liban dont le
patrimoine culturel est d’une grande richesse. Sur le marché, très rares
sont les ouvrages relatifs à la littérature de jeunesse qui ont été
traduits de l’arabe en français ou en anglais. Toutefois, un grand
nombre d’ouvrages français et anglais appartenant à ce genre a été
traduit en arabe. Cela peut être expliqué par le fait que la culture
libanaise prône l’ouverture au monde pour permettre aux jeunes
générations d’enrichir leur connaissance et d’élargir leurs horizons.
Par conséquent, nous nous demandons s’il existe des stratégies
adoptées pour la diffusion de la littérature de jeunesse libanaise et si
elle ne mérite pas d’être reconnue à l’étranger notamment en France,

1
« It has taken even longer for scholars in the field of Translation Studies to examine the
particular challenges of translating for children. Brigit Stolt commented at the 1976 IRSCL
symposium that “In the theoretical works on the subject [translation] one hardly finds
anything relevant on this subject”. (…) And, as recently as 1999, Eithne O’Connell
expressed surprise that within Translation Studies “this area [the translation of children’s
literature] remains largely ignored by theorists, publishers and academic institutions” »
(Lathey 2006 : 1).
2
« At a time when the study of children’s literature – whether national or international – was
only just beginning to gain academic credibility, Austrian scholar Richard Bamberger
claimed at the symposium that the role of translation had “hardly been touched upon… in
spite of the fact that translations, as a rule, are of even greater importance in children’s than
in adult literature » (Lathey 2006 : 1).
3
« (…) Children are not interested in a book because it is a translation, as may be the case
for adults, but in the power of narratives as “adventure story, fantasies and so on, just as if
the books were originally written in their own language” » (Lathey 2006 : 1).
4
http://www.evene.fr/culture/agenda/la-traduction-en-litterature-pour-la-jeunesse-17389.php

12
tout comme celles des autres pays francophones tels que le Maroc et
l’Algérie dont certains textes font partie des manuels scolaires au
collège et intéressent les jeunes. Les réponses à ces questions sont
évidentes puisque toute culture mérite d’être connue et valorisée.
Comment définir « la jeunesse » dans le cadre de la littérature de
jeunesse ?
Il semblerait qu’il est difficile d’émettre une définition de la notion
de « jeunesse ». « Le Grand Robert définit l’enfance comme la
première période de la vie humaine de la naissance à l’adolescence.
Mais nous possédons dans la terminologie moderne trois termes, voire
quatre, pour préciser et décrire cette enfance : le nourrisson- ou bébé -
, l’enfant et l’adolescent. Le vocabulaire moderne de l’enfance reste
vague » (Prince 2010 : 12).
Ainsi, la notion de « l’enfance5 », tout comme la notion de jeunesse,
n’a pas été définie d’une manière précise. Quant aux éditeurs de cette
littérature, ils emploient tantôt le mot « jeunesse », tantôt le mot
« enfance » : « littérature enfantine », « littérature pour enfants »,
« littérature d’enfance et de jeunesse », « littérature pour la jeunesse »,
« littérature pour jeune », « littérature de jeunesse » (Prince 2010 : 12-
13). Quelle qu’en soit la désignation, cette littérature s’adresse au
lecteur « dès son premier âge jusqu’à quatorze ou quinze ans » (Prince
2010 : 13). Ainsi pouvons-nous déduire que cette littérature a un
lectorat très varié et par conséquent un contenu très varié : « On y
retrouve aussi bien des albums sans texte que des bandes dessinées,
des comptines que des cycles romanesque. La variété des lecteurs se
réalise dans la variété des livres proposés » (Prince 2010 : 14).
L’appellation « littéraire de jeunesse » est donc attribuée par les
éditeurs à ces différentes catégories d’ouvrages.
Toutefois, les adultes jouent un rôle médiateur car ce sont eux qui,
la plupart du temps, acquièrent l’ouvrage en premier lieu et le

5
« On a longtemps considéré l’enfance d’une manière à la fois précise et différente,
notamment après le VIe siècle avec la célèbre classification d’Isidore de Séville : la petite
enfance, infantia, la période pendant laquelle on ne parle pas, puis l’enfance, pueritia, de sept
à treize ans et l’adolescence, adolescentia, de quatorze à vingt-sept ans. Ces subdivisions
elles-mêmes se ramifiaient selon les sexes à ce point que dans le latin tardif des XII-XIIIe
siècle, il existait neuf termes différents pour désigner garçons et filles de moins de trois ans,
sept pour l’âge suivant, etc. » (Prince 2010 : 12)

13
conseillent aux jeunes selon qu’il leur plaise ou non. Par conséquent,
cette littérature a de nouveaux destinataires6.
Par ailleurs, selon Isabelle Nières-Chevrel citée par Nathalie Prince,
« il y a d’une part la littérature orientée vers l’enfance et la jeunesse.
Editeurs et pédagogues font entrer dans le répertoire des enfants des
textes qui ne leur étaient pas initialement destinés, des contes venus -
directement ou indirectement - de la tradition orale et des classiques
de la culture adulte lettrée. […] Mais il y a d’autre part ce qui
constitue stricto sensu la littérature pour l’enfance et la jeunesse,
c’est-à-dire une littérature adressée » (2010 : 16).
Ainsi pouvons-nous considérer « pour la jeunesse », tout livre qui
figure dans le catalogue d’un éditeur pour la jeunesse (Prince 2010 :
17). Aussi, nous pouvons déduire la grande importance qui est
attribuée aux destinataires de ce genre car « l’expression « littérature
de jeunesse » ne désigne rien de ce qu’elle est, de ce qu’elle dit, ni
même de la forme générique qu’elle adopte. Elle privilégie un
élément extérieur, étranger et hétéronome : le [jeune] lecteur » (Prince
2010 : 11).
Comment est définie la littérature de jeunesse en France?
C’est un genre littéraire qui fait l’objet d’une édition à part, régie
par la loi 49.956 du 16.07.1949, sur les publications destinées à la
jeunesse (Porcar 2006: 22). La littérature de jeunesse permet de
diffuser la langue, l’histoire, la culture et le patrimoine d’un pays
donné : « Ce qui distingue un texte pour la jeunesse, c’est sa valeur
éducative : l’enfant n’est qu’un être à instruire et à éduquer, sans
véritable statut de lecteur. Et même si l’on a affaire à une édition plus
soignée, où la part de l’image a un rôle, facilitant l’accès d’un jeune
public ou d’un lectorat peu cultivé, c’est encore le souci éducatif qui
prime » (Porcar 2006 : 24).
Au cours de l’histoire, la littérature de jeunesse a connu en Europe
une évolution grâce à la traduction des livres pour jeunes en français
qui a contribué à enrichir ce genre littéraire : « C’est en Angleterre,
aux Pays-Bas, en Allemagne et en France que s’invente, dans la
seconde moitié du XVIIIe siècle, la première littérature de fiction
6
« C’est l’adulte qui va acquérir le texte, qui va le lire par-dessus l’épaule, et donc [décide] à
qui le livre doit plaire en premier lieu, ce qui dédouble et redouble la problématique de la
destination, à moins que celle-ci ne devienne aberration, ce qu’exprimait à sa manière André
Theuriet en 1886 en imaginant des Contes pour les jeunes et les vieux, préfigurant le lectorat
de 7 à 77 ans imaginé par Hergé » (Prince 2010 : 16).

14
destinée à la jeunesse. Cette littérature est d’emblée internationale et
largement fondée sur la traduction […]. Les premiers écrivains pour
enfants s’imitent les uns les autres, se traduisent et s’entre-traduisent.
Les textes et les personnes circulent7 » (Nières-Chevrel 2008 : 17-18).
Nous pouvons ainsi reconnaître à la traduction de ce genre littéraire
une première fonction, celle de l’ouverture à de nouvelles cultures
pour les découvrir, les valoriser, se les approprier et les conserver. Par
conséquent, la tâche du traducteur s’avère être « complexe8 » vu que
sa responsabilité est « bien plus grande que l’on suppose, quoi qu’on
puisse penser de son humble anonymat » (Inès Oseki-Dépré citée par
Manrazi9). En effet, dans le cadre de l’acte traductionnel relatif à la
littéraire de jeunesse, le traducteur doit opérer des choix qui tiennent
compte des normes esthétiques relatives à chacune des deux langues
et des deux cultures (source et cible). Par ailleurs, selon Geert
Hofstede cité par Christine Durieux « chaque langue est un vaste
système de structures, différent de celui des autres [langues], dans
lequel sont ordonnées culturellement les formes et les catégories par
lesquelles l’individu non seulement communique, mais aussi analyse
la nature, aperçoit ou néglige tel ou tel type de phénomènes ou de
relations, dans lesquelles il coule sa façon de raisonner, et par
lesquelles il construit l’édifice de sa connaissance du monde » ((b)
1998 : 4). Ainsi, le traducteur doit impérativement connaître les
polysystèmes littéraires de départ et d’arrivée car en tant que
réécrivain ou co-auteur, il doit être capable de modifier les normes
esthétiques de l’œuvre de départ pour pouvoir adapter cette dernière
au contexte littéraire d’arrivée (Riachi 2008 : 40-41).
Par ailleurs, selon Jean-René Ladmiral, les choix qu’effectuera le
traducteur dans le cadre de l’acte traductionnel « seront orientés par
un choix fondamental concernant la finalité de la traduction,

7
« Mme Leprince de Beaumont gagne sa vie en Angleterre comme gouvernante dans des
familles de la grande aristocratie. C’est pour ses élèves qu’elle entreprend d’écrire son
Magasin des enfants (1756). Si le fond des récits qu’elle y insère est d’origine française, la
forme en est empruntée au livre de Sarah Fielding The Governess or, Little Female Academy
(1749). […] La première traduction anglaise des Contes de Perrault semble dater de 1729,
une première sélection anglaise de contes des Mille et Une Nuits destinée aux enfants date de
1791. (Nières-Chevrel 2008 : 19).
8
« Comme le texte littéraire est ambigu par nature et émane d’un regard personnel sur le
monde, il est du devoir du traducteur d’interpréter subjectivement le texte, de décrypter les
procédés stylistiques spécifiques au genre littéraire et enfin de se lancer dans une opération
complexe qui joint le rationnel à l’affectif, le linguistique au littéraire, l’intelligence à la
sensibilité » (Riachi 2008 : 41).
9
http://www.fabula.org/revue/document3489.php

15
concernant le public cible, le niveau de culture et de familiarité qu’on
lui suppose avec l’auteur traduit avec sa langue-culture originale »
(1994 : 19). Par conséquent, la finalité de la traduction10 visera soit la
«transparence » soit le « dépaysement » du texte source. Nous nous
demandons alors si l’acte de traduction n’est autre qu’un acte de
« recréation ». En effet, selon Françoise Wuilmart11, « si l’auteur crée
une forme à partir du chaos de son for intérieur, en élaguant, en
façonnant l’informe qu’il trouve en lui, le traducteur crée une forme
nouvelle inspirée d’une forme existante. La démarche est donc bien
différente, mais tout aussi créative » (1999 : 447 - 448). Par ailleurs,
cette recréation doit tenir compte des attentes et des besoins des
nouveaux destinataires. A ce propos, Fortunato Israël affirme que « la
traduction ne peut faire abstraction du destinataire. Un texte a été écrit
en fonction d’un public donné. Lorsqu’il est traduit, il se trouve
décontextualisé, c’est-à-dire coupé du milieu qui l’a vu naître et
projeté vers de nouveaux lecteurs pour lesquels il n’a pas été
initialement conçu et dont les besoins doivent aussi être pris en
compte » (cité par Riachi 2008 : 45).
L’histoire de la traduction de la littérature de jeunesse montre que,
pour des fins éditoriales, idéologiques, sociales ou autres, la plupart
des textes traduits ont été soumis à l’adaptation12: l’objectif étant de
les rendre lisibles pour un public récepteur dans une nouvelle
langue/culture. Toutefois, Göte Klingberg a été qualifié
de dogmatique et d’inflexible dans son approche de la traduction de la
littérature de jeunesse. L’analyse de ses traductions de livres pour

10
« C’est ainsi que la traduction visera plus ou moins à la « couleur locale », au dépaysement
(dans le temps et l’espace), les lunettes du traducteur seront respectivement des verres
« colorés » ou des verres « transparents » (Georges Mounin cité par Ladmiral 1994 : 19).
11
« Personne jamais ne lira un texte comme il le fait, même pas le plus érudit et le plus
attentif des exégètes. Car le traducteur quant à lui, non content de lire, doit recréer, et le
moment de la recréation est la pierre de touche : ce qui surgit dans cet acte de restitution,
c’est la double question brûlante de la justesse et de l’ambiguïté. […] Il doit faire un choix
concret. Et le choix ne devrait pas aboutir à « une réduction » du texte de départ, il devrait en
préserver la polysémie, signature des grands textes qui solliciteront d’autres siècles »
(Wuilmart 1999 : 447).
12
« […] L’adaptation est un mode de réécriture [non nécessaire] qui vise à « mettre à
niveau » un texte en le conformant à une série de banalités idéologiques et esthétiques. C’est
d’ailleurs pour cette raison que l’adaptation est fréquente dans l’édition pour enfants et quasi
absente dans la littérature générale. […] Hetzel est gêné par la dimension protestante du
roman de Louisa Alcott, Little Women (1868). [...] Hetzel estime que, dans une France
majoritairement catholique, ses jeunes lecteurs ne comprendraient pas qu’un homme d’Eglise
puisse être marié et père de quatre filles. Il en fait donc un médecin : on passe d’un docteur
en théologie à un docteur en médecine » (Nières-Chevrel 2008 : 27).

16
enfants (du suédois en anglais et de l’anglais en suédois) a montré
qu’elles ont été très orientées vers la langue source contrairement aux
approches du polysystème développées par des universitaires comme
Itamar Even-Zohar et Gideon Toury dont les traductions ont été
orientées vers la langue cible et ont connu un succès dans les années
90 dans les pays scandinaves.
Klingberg critique fortement les traducteurs qui adoptent
inutilement la liberté dans leur texte. Cela ne veut pas dire qu’il
s’oppose totalement à toute forme d'adaptation, car il admet que cela
peut être nécessaire, par exemple dans le cas de certaines références
étrangères historiques, géographiques ou culturelles. Mais son
approche normative préconise la « fidélité » au texte source quand
cela est possible (O’Connell 2006 : 21). Par ailleurs, les adeptes de
l'approche du polysystème mettent l’accent sur la langue et la culture
cible. Par conséquent, ils considèrent que les décisions du traducteur
sont susceptibles d'être fondées sur les normes et les attentes en
vigueur ainsi que sur le but de la traduction, plutôt que d’être basées
sur un code général de la pratique d’un bon traducteur qui pourrait,
plus ou moins, être appliqué à la traduction de la littérature de
jeunesse dans différents pays et différentes époques (O’Connell
2006 : 22).
Pour Jean Delisle la traduction en général « s’exerce à la croisée de
deux langues, certes, mais surtout de deux cultures, de deux
civilisations (contemporaines ou non), par une personne porteuse de
toutes les représentations symboliques de sa société : le traducteur »
(2005 : 72). Ce dernier doit donc se positionner par rapport au sujet
traduit pour pouvoir entreprendre l’acte traductionnel. A titre
d’exemple, Delisle trouve que le rôle du traducteur doit être en même
temps universel et permanent, particulier et relatif (idem).
Toutefois, contrairement aux traducteurs contemporains de livres pour
adultes, le traducteur de la littérature pour enfants peut se permettre
de grandes libertés en ce qui concerne le texte, en raison de la position
périphérique de la littérature pour enfants dans le polysystème
littéraire. Autrement dit, le traducteur est autorisé à manipuler le texte
de diverses manières en lui faisant subir des changements : en
l'agrandissant ou en le réduisant; en y supprimant ou en y ajoutant des
éléments (Shavit 2006 : 26).
Dans les actes du colloque, Traduire les livres pour la jeunesse :
enjeux et spécificités, Isabelle Nières-Chevrel se demande si traduire
la littérature de jeunesse est une imitation ou une adaptation (2008 :

17
25) ; quant à Laurence Kiefé, elle affirme que le traducteur est le
créateur d’un texte et, dans le cadre de la littérature de jeunesse, il a
pour tâche spécifique de permettre à ses jeunes lecteurs « de
découvrir le monde dans son immense diversité » (2008 : 33). Par
ailleurs, Virginie Douglas expose les différentes approches sourcières
et ciblistes des traductologues et tend vers l’approche cibliste du
traducteur de la littérature de jeunesse, en réponse au besoin du jeune
lectorat qui « semble exiger une fluidité, une lisibilité satisfaisante
dans la langue d’arrivée » (2008 : 111).
Ces différentes positions et approches ne sont que de simples
exemples de réflexions sur la traduction de la littérature de jeunesse
qui nous permettent de lui attribuer une seconde fonction, celle d’être
« une opération de communication et d’intermédiation rendant
possible un dialogue interlinguistique et interculturel » (Durieux
2008). Cette seconde fonction est en rapport direct avec notre étude.
En effet, la culture et la langue - moyen de communication sont
étroitement liées, de sorte que nous ne pouvons pas comprendre l’une
sans l’autre13 : « La langue n’est pas un simple instrument de
communication ; elle est aussi l’expression d’une identité culturelle »
(Ladmiral et Lipiansky cités par Guidère 2008 : 107).
Dans cette perspective, nous posons la problématique de la présente
étude : la traduction de la littérature de jeunesse serait-elle une
recréation de l’œuvre de l’auteur fondée sur le besoin et sur l’attente
d’un nouveau public récepteur ? Pour pouvoir répondre à cette
question générale, nous avons besoin d’outils de recherches et d’une
méthodologie appropriée. Ainsi pourrons-nous préciser la position
que doit prendre le traducteur face à la traduction de ce genre littéraire
et évaluer l’impact des finalités de l’acte traductionnel sur les choix
des stratégies qu’il devrait adopter dans le cadre de la situation de
communication interculturelle en question. Par conséquent, une étude
descriptive et analytique de la traduction de la littérature de jeunesse
nous paraît pertinente dans le cadre d’une approche hypothético-
déductive.
Pour cela, nous avons choisi un corpus formé de deux recueils pour
notre étude: l’un rédigé en arabe (recueil source) et l’autre, sa
traduction en français (recueil cible), afin de trouver des réponses aux
questions suivantes :

13
«One’s cultural perceptions and experiences help determine how one sends and receives
messages» (Samovar et Porter 1991 : xii)

18
- Dans quelle mesure la/les finalité(s) relative(s) aux jeunes
récepteurs détermine(nt) le rôle que doit jouer le traducteur dans la
traduction de la littérature de jeunesse ?
- Quels procédés et stratégies le traducteur emploie-t-il pour rendre
compte des différences culturelles et linguistiques entre l’arabe et le
français?
- Comment le traducteur peut-il permettre au recueil cible
d’accueillir la culture source ?
- Le traducteur réinvestit-il l’image de sa propre enfance14 à travers
les choix qu’il a effectués ?
- Le traducteur donne-t-il au jeune lecteur un rôle actif dans la
perception de l’altérité culturelle?
- A quel point réussit-il à réduire le taux de déperdition15 ?
En nous basant sur ces questions et sur les deux fonctions liées à la
traduction de la littérature de jeunesse, nous pouvons émettre une
première hypothèse de recherche que nous tenterons de valider à
travers notre étude :
le traducteur de la littérature de jeunesse est un « recréateur » dont les
choix dépendent du besoin, de l’attente et du bagage cognitif de ses
récepteurs dans le cadre d’une situation de communication
interculturelle. Par ailleurs, traduire pour la jeunesse pousse le
traducteur à réinvestir le vécu de son enfance, sa personnalité, les
rapports imaginaires enfant/adulte, le rapport à la famille ainsi que
son rapport aux mots et aux langues (Kiefe 2008 : 35).
De plus, « si traduire, c’est introduire l’Autre, l’Etranger pour
l’amener dans son propre territoire, dans sa propre sphère, alors les
responsabilités du traducteur de jeunesse sont grandes. On sollicite
non seulement sa propre mémoire pour retrouver la vision idéalisée de
son moi enfantin, mais on renvoie également à la place de l’enfant
dans la société d’aujourd’hui » (idem). Ainsi, nous pouvons stipuler
une seconde hypothèse relative aux stratégies que doit employer le

14
Selon Oittinen, « le traducteur ne peut pas échapper à sa propre idéologie en d’autres
termes l’image de l’enfant qu’il se fait. L'image de l’enfant est une question très complexe:
d'une part, elle est unique, basée sur l'histoire personnelle de chaque individu; d'autre part,
nous la trouvons dans toutes les sociétés. Quand les éditeurs publient pour les enfants,
lorsque les auteurs écrivent pour les enfants, lorsque les traducteurs traduisent pour les
enfants, ils ont une image de l’enfant à qui ils adressent leur travail » (2000).
15
« Comme tout acte de communication, elle [la traduction] comportera un certain degré
d’entropie, autrement dit une certaine déperdition d’information. Le métier de traducteur
consiste à choisir le moindre mal ; il doit distinguer ce qui est essentiel de ce qui est
accessoire » (Ladmiral 1994 : 19).

19
traducteur de la littérature de jeunesse : les stratégies doivent être
adaptées aux normes et aux conventions socioculturelles de la langue
cible pour que le récepteur cible soit capable de comprendre la culture
source.
Afin de pouvoir démontrer la validité de nos deux hypothèses et
donner une réponse à toutes les questions posées dans cette étude,
nous avons choisi un corpus qui appartient à la littérature de jeunesse
et qui fera l’objet d’une analyse empirique dans le cadre d’une
approche conceptuelle hypothético-déductive16. Ce corpus répond aux
critères et aux finalités du genre littéraire en question : il s’agit de
contes et nouvelles qui s’adressent aux jeunes et dont les finalités sont
d’éduquer, d’instruire et de divertir. Par ailleurs, ce corpus est
particulier car, d’une part, il représente l’un des rares ouvrages qui
soit traduit de l’arabe en français et qui diffuse la culture et le
patrimoine libanais à travers des récits et d’autre part, les deux
traducteurs sont le fils et la fille de l’auteur de l’ouvrage même.
Notre corpus regroupe 25 contes et nouvelles publiés en arabe par
Fouad Ephrem Al-Boustany (FEB) et leur traduction publiée en
français par son fils Hareth Boustany (HB) et sa fille Marina
Boustany Bernotti (MBB). Il s’agit donc de deux recueils : source et
cible. Le recueil source est intitulé ‫( على عھد األمير‬Ala Ahed el-Emir).
C’est l’ouvrage de FEB (1904- 1994), écrivain libanais d’expression
arabe, publié en 1926, puis en 1940 en version définitive et de
nouveau en 2006. Le recueil cible est intitulé Au temps de L’Emir
(2006). C’est la traduction en français du recueil source, proposée par
son fils (HB) et sa fille (MBB) qui, étant enfants, attendaient
impatiemment le soir, pour écouter de vive voix leur père raconter ces
histoires17. FEB avait beaucoup d’affection pour l’Emir Béchir, car il
a vécu dans son palais. Son père, un officier supérieur de la
gendarmerie libanaise, était chargé de l’intendance et de la gestion
des dépôts de munitions. C’est ainsi que le jeune Fouad a été
imprégné par le souvenir du grand Emir(Boustany(a) 2006 : 10). Par
ailleurs, FEB était influencé par son oncle paternel Michaël « qui

16
« L’approche hypothético-déductive va du général au particulier. La détermination d’une
théorie de portée générale précède la vérification dans une situation particulière. La première
partie du processus de recherche est composée de l’exposition de la problématique de
recherche, de l’élaboration du cadre théorique, de l’énonciation des hypothèses et de la
spécification du cadre opératoire ».
(http://www.fsa.ulaval.ca/personnel/damboisg/liv1/index.html).
17
Interview avec Hareth Boustany, le mardi 1er juillet 2008, Beyrouth, Liban.

20
faisait office de conteur » et qui était « le centre d’attraction des
longues soirées d’hiver» (idem).
Dans l’ouvrage ‫( على عھد األمير‬Ala Ahed el-Emir), FEB regroupe 25
contes et nouvelles du Liban dans lesquelles il tisse faits historiques et
fiction. Ainsi, dans l’introduction de la première édition (1926), il
avoue qu’il décrit une série de nouvelles historiques et patriotiques du
temps de l’Emir Béchir le Grand et qu’il se base sur les récits
transmis de père en fils ainsi que sur des notes historiques relatives à
l’Emir (Boustany(a) 2006 : 12).
Ces contes et nouvelles reflètent donc l’époque glorieuse de l’Emir
Béchir, contemporain prestigieux de Napoléon, lors de l’expédition
d’Egypte. Les thèmes de ces contes et nouvelles sont variés (chasse,
combat, justice, fidélité etc.) et tournent autour de la personnalité de
l’Emir tout en dressant le portrait d’un peuple porteur de la
civilisation méditerranéenne et en mettant en relief les particularités
de chaque village de la montagne libanaise18. Plusieurs questions
découlent de ce cas particulier:
- Etant le fils et la fille de l’auteur même du livre, HB et MBB
jouissent-ils d’un atout particulier en traduisant les contes et les
nouvelles rédigés par leur père ?
- A quel point le milieu dans lequel ont vécu les deux traducteurs
(émetteurs cibles) contribue-t-il à une « recréation loyale » des
contes et des nouvelles rédigés par l’auteur dans une nouvelle
langue/culture ?
- Comment ont-ils réinvesti le vécu de leur enfance, leur
personnalité, les rapports imaginaires enfant/adulte ?
- Comment ont-ils investi leur rapport aux mots et aux langues ?
- Dans quelle mesure les deux traducteurs ont-ils réussi à préserver
l’idiolecte de leur père l’émetteur source ?
- Quelle(s) stratégie(s) de traduction les deux traducteurs (émetteurs
cibles) ont-ils adoptée(s) pour atteindre les finalités de la littérature
de jeunesse ?
Afin de répondre à toutes ces questions, nous allons avoir recours à
une méthodologie qui repose sur une analyse comparative qui sera
précédée d'un aperçu des nombreuses approches théoriques qui ont
été développées à travers les années visant à expliquer le phénomène
de la traduction en tant que processus et finalité. Toutefois, vu que la
plupart de ces approches semblent être indifférentes aux liens qui

18
Boustany (a) 2006: 4e page de couverture.

21
existent entre langue et culture dans le cadre d’un acte de
communication interculturelle, cet aperçu nous permettra de montrer
leurs limites et de justifier le choix de notre cadre théorique d’une part
et de notre méthode d’analyse d’autre part. Nous avons choisi la
théorie fonctionnelle du skopos comme cadre théorique de notre étude
et la méthode de Christiane Nord19 (ou la méthode de Nord) pour
notre analyse. La théorie fonctionnelle du skopos (Skopostheorie)
applique le concept du skopos (finalité) à l’acte traductionnel vu
comme un acte de communication20 où le destinataire représente un
des facteurs les plus importants dans la détermination de la finalité
d’un texte traduit (Nord [1997] 2008 : 24). C’est pourquoi son
initiateur, Hans Josef Vermeer l’appelle « Théorie de l’action
intentionnelle ciblée21 » (idem). Il est important de noter que dans cet
acte de communication « interviennent des aptitudes de perception,
compréhension, conceptualisation et expression, mais encore un quota
de volonté et de création » (Bastin 1993 : 474). Nous l’avons choisie
comme cadre théorique pour notre étude car la littérature de jeunesse
en tant que genre est déterminée par ses destinataires d’une part et
notre objectif est d’identifier la/les finalité(s) relative(s) au récepteur
de la traduction de la littérature de jeunesse, permettant ainsi au
traducteur de « bâtir son plan d’action » avant d’entreprendre l’acte
traductionnel d’autre part.
Dans cette perspective, Riitta Oittinen22, une des adeptes de
l’approche fonctionnelle, adopte une approche clairement
fonctionnaliste dans la traduction des textes relatifs aux enfants. En

19
« Traductrice professionnelle et enseignante de traduction à l’institut de Traduction et
d’Interprétation à l’Université de Heidelberg » ([1997] 2008 : 26).
20
Selon Hans J. Vermeer, l’initiateur principal de cette théorie, « la traduction (et
l’interprétation) est un type de transfert où des signes communicationnels, verbaux et non-
verbaux, sont transférés d’une langue à l’autre (d’autres types de transfert seraient par
exemple, le transfert des images à la musique, ou le passage d’un plan à un bâtiment) »
(Nord [1997] 2008 : 22).
21
« Chaque traduction vise donc un public ciblé, puisque le fait de traduire implique l’action
de « produire un texte dans un contexte de culture cible, avec une finalité cible, à l’intention
de destinataires cibles, dans des circonstances culturelles cibles » (Nord [1997] 2008 : 24).
22
« Titulaire d’un Doctorat, Doyen de l’Université de Tampere et Helsinki en Finlande. Elle
est maître de conférences (Université de Tampere), et chercheur principal (2001-2002,
Académie de Finlande). Elle est l'auteur de plusieurs livres, dont deux en anglais, par
exemple, Translating for Children Traduction pour les enfants (2000). […] Elle est
également traductrice de livres pour enfants, illustrateur et artiste, et a produit 30 films
d'animation. Ses intérêts actuels comprennent multimédia et traduction, traduction de livres
d’illustrations (picturebooks), et la traduction de la littérature pour enfants du finlandais en
anglais » (Oittinen 2003).

22
effet, selon elle « nous traduisons à l’intention des futurs lecteurs du
texte, des enfants qui vont lire ou écouter ces histoires, des enfants qui
vont les interpréter à leur façon. […] Si nous cherchons simplement à
transmettre « tout » le message original […] nous risquons d’oublier
la finalité et la fonction du processus de traduction tout entier. Si
toutefois, nous soulignons l’importance, par exemple, de la
« lisibilité » du texte en langue cible (ou de la situation toute entière),
nous donnons une place de choix à l’enfant comme lecteur, comme
participant actif à l’activité de lecture » (Oittinen citée par Nord
[1997] 2008 : 156).
Quant à la méthode d’analyse de Christiane Nord, elle est intitulée :
« Le modèle d’analyse textuelle en traduction » (Nord [1997] 2008 :
26). Cette méthode, basée sur l’analyse des facteurs extra-textuels et
intra-textuels, est conçue « pour repérer les éléments fonctionnels du
texte source et ceux du texte cible à produire selon la consigne de
traduction. Grâce à la comparaison entre le skopos et les fonctions du
texte source avant de commencer à traduire, le traducteur devrait être
capable de repérer les difficultés susceptibles de se poser lors du
processus de traduction et de concevoir ainsi une stratégie globale qui
lui permettra de surmonter ces difficultés » (idem). Nous avons opté
pour cette méthode car elle nous permettra de reconnaître les points
communs et divergents entre le texte cible et le texte source, de
déduire si les traducteurs HB et MBB ont réussi à surmonter les
difficultés et de dégager les stratégies qu’ils ont adoptées durant l’acte
traductionnel. Ce cadre théorique et cette méthode d’analyse
représentent les outils qui nous permettront : d’explorer les liens entre
langue et culture d’une part, et de dégager les fonctions de la
traduction dans la littérature de jeunesse ainsi que les stratégies de
traduction utilisées dans la production du recueil cible d’autre part,
afin de démontrer que le traducteur de la littérature de jeunesse
devrait être un « recréateur » qui répond aux attentes de ses
récepteurs, tout en tenant compte des conventions et des normes des
deux cultures (source et cible).
Notre étude est divisée en deux grandes parties : la première partie
intitulée « Revue de littérature » vise en premier lieu à définir la
littérature de jeunesse et à étudier son rapport avec la littérature
générale (Chapitres 1-2), en deuxième lieu à donner un aperçu des
approches contemporaines et des théories de la traduction (Chapitre
3) et en troisième lieu, à présenter le cadre théorique et la méthode
d’analyse que nous avons adoptés pour l’analyse de notre corpus

23
(Chapitre 4). Quant à la seconde partie, elle porte sur l’application
pratique de notre méthode d’analyse visant à faire ressortir non
seulement les stratégies de traduction utilisées dans la production du
recueil cible mais également les fonctions de la traduction qui
permettent au traducteur de recréer les effets du recueil source s’il
vise la même finalité que l’auteur (Chapitres 5-6-7). Cela nous mène
à classer la traduction de la littérature de jeunesse dans le cadre de la
communication interculturelle, exposer ses contraintes et y proposer
des solutions (Chapitre 8).
Il est important de noter que dans la partie analyse de la présente
étude, le terme « acte traductionnel » est employé parfois à la place du
terme « traduction » ; le terme « recueil source » est utilisé pour
désigner les textes à partir desquels se fait la traduction (textes
originaux/ sources) et le terme « recueil cible » est employé pour
désigner les textes qui résultent de l’acte traductionnel (textes
traduits/ cibles). De plus, comme nous envisageons dans le cadre de
notre étude l’acte traductionnel comme un acte de communication,
nous désignerons respectivement l’auteur et le traducteur du recueil
source par « émetteur source » et « émetteur cible ». Quant aux
lecteurs sources, en d’autres termes les deux traducteurs, ils seront
désignés par « récepteurs sources » et nous emploierons le terme
« récepteurs cibles » pour désigner les lecteurs du recueil traduit.
Par ailleurs, la comparaison des deux recueils commencera la
plupart du temps par le recueil cible afin de mettre en relief la
fonctionnalité de la traduction dans la culture cible, qui est au cœur de
la théorie du skopos et des approches fonctionnelles. Enfin, notons
que tous les chercheurs, spécialistes, traductologues, penseurs ou
autres à qui nous nous référons dans la présente étude, seront désignés
la première fois par leurs prénoms et noms et par la suite par leurs
noms uniquement. Quant aux émetteurs Fouad Ephrem Al-Boustany,
Hareth Boustany et Marina Boustany Bernotti, ils seront désignés
respectivement par les initiales suivantes : FEB, HB et MBB.
Cet ouvrage se termine par un index des auteurs, un index des
notions, une bibliographie et des annexes regroupant les supports
relatifs aux illustrations des deux recueils (source et cible) analysées
dans le chapitre 5 de la présente recherche Comparaison : Recueil
Cible v/s Recueil Source.

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