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GNOSE

Gnose

Comme beaucoup de termes, « gnose » est une création externe


et tardive. Cette situation est courante. La plupart des noms sous
lesquels nous connaissons les mouvements ont été donnés du
dehors, souvent par des opposants, et se distinguent
considérablement de la manière dont se qualifient les pratiquants
eux-mêmes. Malgré les apparences et en dépit de nos habitudes,
le terme chrétien, christiani, chrestiani, est assez rare au IIe siècle
et n’est finalement revendiqué par les « chrétiens » qu’en 250,
sous Dèce ; les termes qu’ils utilisaient entre eux pour désigner
leur mouvement ou se désigner étaient : la Voie, les Croyants, les
Saints, le Peuple de Dieu, et encore les Disciples, l’Assemblée,
les Frères.
Le deuxième problème que pose le terme de « gnose » c’est qu’il
encapsule un ensemble de textes – puisqu’il s’agit surtout de cela
– qui n’ont peut-être rien à voir les uns avec les autres, créant
ainsi de toute pièce un mouvement qui n’aurait jamais existé.

Construction du terme
Malgré ses lettres d’ancienneté, le terme ne s’est imposé que
tardivement.

Les hérésiologues
Les éléments qui vont permettre de construire la catégorie de
« gnostique » sont à chercher en premier lieu chez les
hérésiologues.
Le concept d’hérésie est déjà assez complexe et lui-même
construit ; initialement, airesiV signifie simplement choix, et
ensuite école de pensée : c’est ainsi que l’emploi Flavius Josèphe
par exemple. C’est Justin qui, semble-t-il, le premier, a fait un
usage négatif de ce terme ; il s’agit à vrai dire d’un usage
stratégique qui lui permet de se confronter à Marcion. Marcion
avait mis en avant une nouveauté : le canon, le NT : Evangelion
et Apostolikon, un Evangile, proche de celui de Luc, et une
dizaine d’Epitres pauliniennes ; Justin dévalue cette source sous
les terme de Mémoires, et met en avant une autre nouveauté : la
conformité doctrinale. Si on considère les écoles de philosophie
on s’aperçoit qu’il y a deux voies pour les caractériser : a) le
canon, les œuvres du fondateur, ou ce qu’il a dit, Marcion et b) la
conformité doctrinale à l’enseignement de l’école, ou ce qu’il
faut dire, Justin.
D’ailleurs les divers mouvements classés comme hérésies sont
nommés comme on nommait les écoles :
« Il existe donc, et il a existé, chers amis, beaucoup de gens qui
ont enseigné à dire et à faire des choses impies et
blasphématoires, tout en « se présentant au nom de Jésus » (cf.
Matth. 24,5) : ils sont appelés par nous d’après la dénomination
des hommes que chaque enseignement, chaque doctrine a eus
pour origine. Parmi eux les uns s’appellent Marcioniens, d’autres
Valentiniens, d’autres Basilidiens, d’autres Saturniliens ; chacun
prend un nom ou un autre d'après le fondateur de leur système
[apo tou archgetou thV gnwmhV], de la même manière
que tout homme qui pense philosopher, comme j’ai dit au début,
croit devoir, d’après le père de son système [apo tou patroV
tou logou], porter le nom de la philosophie qu’il professe. »
Dialogue avec Tryphon 35, 4-6
Sur cette base va apparaître un genre polémique, l’hérésiologie,
qui consiste à réfuter les autres opinions, en les assimilant à des
écoles, des airesiV, des sectes pourrait-on aussi traduire,
remontant à des fondateurs autres que Jésus.
Cette stratégie aura une conséquence inattendue : tandis que les
« hérésies » sont construites en étant assimilées à des écoles
comme le sont les écoles de philosophie, les écoles de
philosophie vont devenir comme des hérésies, voire la source des
hérésies [Hyppolite], ce qui entraine dans les développements
ultérieurs une prise de distance avec la sagesse grecque dont le
parangon est Tatien le disciple de Justin.

Parmi les hérésiologues on trouve :


Irénée de Lyon. Pour Irénée, auteur d’une Exposition et
réfutation de la fausse connaissance ou Adversus haereses,
Simon le magicien est la source de toutes les hérésies ; c’est un
travers de l’époque, Diogène Laërce, que de vouloir trouver une
unité à tout, même si l’on a affaire à une diversité d’écoles. Pour
Irénée l’adversaire principal est Valentin ; Valentin et son
mouvement sont renvoyés à la pluralité des écoles ou hérésies.
Parmi ces écoles on trouve une secte mineure appelée Gnostique
Adversus haereses 1.11.1. Irénée utilise aussi le terme de
« gnostiques » pour désigner les héritiers de Simon Adv. haer. 2,
praef. 2, ou une partie des hérétiques Adv. haer. 2.13.8–10,
parfois appelés faux gnostiques Adv. haer. 2.35.2, sans parler des
héritiers de Valentins lui-même Adv. haer. 5.26.2. Autrement dit
« gnostique » dans l’usage qu’en fait Irénée désigne tout et
n’importe quoi et gnose recouvre le plus souvent le sens général
de connaissance ; d’ailleurs l’enjeu du pamphlet d’Irénée est
d’affirmer l’autorité de l’évêque sur des mouvements qui
prennent trop d’autonomie, ou plutôt, concernant les
valentiniens, d’imposer son autorité à des mouvements qui ne la
reconnaisse pas, en affirmant, à travers l’idée de filiation
apostolique, que l’évêque conjugue en sa personne la capacité
seul de décider et la connaissance, et en s’opposant de la sorte à
tout savoir [] provenant d’une autre source.
Inversement, les Valentiniens, qui sont au centre de sa
polémique, ne se qualifient jamais de gnostiques ni de
Valentiniens d’ailleurs. Ils appartiennent à la même communauté
– raison de ses polémiques – et portent le même nom.
Hippolyte de Rome. Pour Hippolyte de Rome, auteur d’un
Philosophumena, Réfutation de toutes les hérésies, ou Elenchos,
la source et l’origine de toutes les hérésies est la philosophie
grecque. Hippolyte ne connaît pas de mouvement gnostique ; il
désigne du terme gnwstikoi les adeptes de la secte dite Ophite
mais il reconnait par ailleurs qu’ils s’appellent eux-mêmes
chrétiens et il semble bien que gnwstikoi désigne ici la dimension
de savoir favorisée par la secte.
Epiphane de Salamine. Pour Epiphane de Salamine, auteur d’un
Panarion, ou Pharmacie contre toutes les hérésies, qui reprend
en cela les thèses d’Irénée, Simon le magicien est à nouveau
considéré comme la source des toutes les hérésies. Concernant le
nom de gnostique, d’un côté Epiphane le réserve pour une secte
mineure, d’un autre, en reprenant des éléments d’Irénée,
d’Hippolyte, du Pseudo-Tertullien, il applique de façon assez
confuse le terme de gnostique à une grande partie des sectes, non
toutes, et pas toujours de manière cohérente : les Valentiniens ne
sont pas des gnostiques, ils sont à l’origine des gnostiques, ils
sont gnostiques.

Si la construction de quelque chose comme la gnose va s’appuyer


sur les hérésiologues on voit qu’il n’y a rien, ou plutôt beaucoup
de confusion, pour étayer ce développement. D’ailleurs des
auteurs comme Tertullien, Clément d’Alexandrie et même
Origène ne connaissent pas le Gnose ou le Gnosticisme.

Le XIXe siècle.
Les historiens du XIXe siècle, notamment les Allemands, vont
revisiter l’histoire du christianisme primitif et s’intéresse à un
secteur jusqu’alors entièrement négligé, les mouvements
marginaux.
Concrètement, cela signifie les hérésies ; or l’hérésie, on l’a vu
avec les auteurs précédents, peut être appréhendée comme une
catégorie analytique, une déviance de la doctrine centrale, qui
servira ensuite de base pour expliquer ou plus simplement
classifier els divers schismes ou comme un catalogue d’opinions.
C’est à partir de cette double dimension que les historiens du
XIXe vont élaborer une nouvelle catégorie : la Gnose dont ils
reconstitueront la doctrine à partir des témoignages des Pères.
Dans cette perspective la Gnose n’est pas vue comme une
déviance, une erreur, une hérésie, mais comme un mouvement
propre, une alternative au christianisme orthodoxe.
A partir du moment où une nouvelle catégorie apparaît un
nouveau lot de questions apparaît : quel est son contours, quels
sont ses auteurs, quelles sont ses sources et sa persistance, etc. Et
par un phénomène bien connu de miroir, ces questions,
auxquelles il est difficile de répondre, vont achever de
convaincre les historiens qu’il a bien là une catégorie.
Hans Jonas Gnosis und Spätantiker Geist
En 1934 Hans Jonas, élève de Husserl, de Heidegger, engagé
donc dans la phénoménologie, rédige sa thèse sur la Gnose et
l’esprit de l’Antiquité tardive. Il pose, à priori, l’existence d’une
catégorie que l’historiographie allemande a établie et cherche à
en dégager l’essence, la structure essentielle à la manière
phénoménologique qui est la sienne. Il en résulte l’idée que la
Gnose n’est pas simplement une réalité historique, mais, pour
Jonas, une vision du monde spécifique, une structure de pensé
particulière, un esprit.
Les éléments de cette vision du monde serait : a) la révolte contre
le monde, où l’on opposerait le Plérôme au Démiurge, qui serait
d’ailleurs un Mauvais Démiurge, b) le salut par la connaissance,
c) le sauveur sauvé et d) l’existence d’élus ou de spirituels.
Hans Jonas rédige sa thèse en 1934. A cette époque les seules
informations sur la Gnose sont celles que fournissent les Pères.
Les savants n’ont accès à aucun textes.

La déconstruction du terme
En 1945 on découvre un ensemble de textes dans des grottes, en
Egypte, proche du village de Nag Hammadi. Certains de ces
textes correspondaient aux descriptions qu’en donnaient les Pères
et on a cru tenir un bibliothèque gnostique ; l’ensemble est
d’ailleurs vendu comme tel. Mais à y regarder de plus près non
seulement ces textes se sont révélés très divers mais aucun
d’entre eux ne correspond à la description donnée par Jonas. On
retrouve des éléments qu’il a listé, mais dispersés, et non
coordonnés ; et à la place de la catégorie Gnose inopérante, on
voit apparaître d’autres mouvements tels que les Séthiens, etc., et
on se rend compte que ces textes ne nous livrent pas seulement
une littérature mais aussi une pratique.
Cela n’empêche pas le gnosticisme comme esprit et vision du
monde d’avoir été à la mode dans les années 60, parmi les
critiques littéraires et les metteurs en scène, et d’être toujours
utilisé comme une catégorie.

Nag Hammadi
Parmi les textes de la bibliothèque de Nag Hammadi, certains
semblent pouvoir être réunis pour former des familles :
a) celle des Séthiens
b) celle des Valentiniens
c) celle de l’Hermétisme
A quoi s’ajoutent des textes de provenances diverses
L’Evangile de Thomas
Les Sentences de Sextus
Des Evangiles apocryphes [Marie]
Des Actes apocryphes [Pierre]
Des Epitres apocryphes [Jacques]
Des Apocalypses apocryphes [Paul]
Des textes sans liens
L’Entendement de notre Grande Puissance
La Paraphrase de Sem
Des fragments de Platon

Origine
S’il n’y a pas de gnosticisme il n’y a pas d’origine du
gnosticisme.
Dans les textes retrouvés à Nag Hammadi on voit circuler des
influences juives et chrétiennes particulièrement, mais cela ne
nous apprend rien, surtout si nous n’avons pas affaire à un
mouvement. D’ailleurs, les Juifs, les Chrétiens, et les auteurs de
ces textes, qui peuvent avoir été Juifs ou Chrétiens, partagent un
même cadre hellénistique : ils parlent le même langage, utilisent
les mêmes images, procèdent des mêmes structures. Et, si on
prend le valentinisme par exemple, on peut constater que les
traditions sapientiales ne sont pas premières ; elles viennent se
greffer sur un fond platonicien [Traité tripartite] tout comme les
données chrétiennes viennent se superposer à un fond platonico-
sapiential [Apocryphon Johannou].
A titre indicatif on notera que la Sagesse, dans la tradition
sapientiale, est une entité hypostasiée, qui, hors de cette tradition,
serait dite mythique ; autrement dit notre perspective est aisément
biaisée par notre vocabulaire.
Enfin, à côté de ces influences, une matrice apparaît, commune à
toutes : le platonisme en son sens large, ce moyen platonisme que
nous avons vu, avec sa prise en compte des sagesses barbares.
Rappelons que Porphyre dans sa Vie de Plotin [XVI, 1-9] et dans
son édition des Ennéades du même Plotin [II, IX] évoque des
textes qui circulaient dans le cercle des auditeurs, et contre
lesquels Plotin a polémiqué, dont : Zostrien, Alogènes, etc.

Ce qu’indique ce parcours rapide c’est que les I er et IIe siècles


sont les témoins de bouleversements et de recompositions
complexes produisant une littérature diversifiée que l’on pourrait
regrouper par genres bien plus que par écoles ou par traditions.
En parlant de tradition, nous avons vu que la philosophie n’est
pas une, surtout en cette période, qu’elle renvoie à des écoles, à
des genres littéraires, à des mélanges et superpositions
d’influences. Il en va de même des traditions.

SÉTHIANISME

Nom
Séthien, c’est le nom donné par les hérésiologues : Irénée
Adversus Haereses I, 30, Pseudo-Tertullien [Hippolyte] Adversus
Omnes Haereses 8, Epiphane  ou Adversus Haereses
39.

Ce n’est pas le nom que les membres se donnaient qui


s’appelaient :
Ceux qui sont dignes
Les étrangers [Apocalypse d’Adam]
La race incorruptible [L’Evangile des Egyptiens]
La semence de Seth [Le livre des secrets de Jean]
Les enfants de Seth [Melchisédech]
La sainte semence de Seth [Zostrien]
La formation du mouvement semble dater de la fin du I er ou du
début du IIe siècle.
Irénée considère que le Séthianisme a influencé Valentin [100-
160] tandis que Porphyre fait mention de textes comme Zostrien
et Allogène dans le cercle de Plotin à Rome [aux alentours de
250-270].
Les textes de Nag Hammadi datent du IVe siècle.
Et Epiphane [310-400] dit avoir croisé des Séthiens, et affiliés.

Textes
Le Livre des secrets de Jean
Le Livre sacré du grand esprit invisible
L’Hypostase des Archontes
Apocalypse d’Adam
Les trois stèles de Seth
Zostrien
Melchisédech
Norea
Marsanès
Allogène
La pensée première à la triple forme

Eléments

Seth
Seth est le fils d’Adam, celui qui, à la différence de Caïn et
d’Abel, a été engendré « à l’image de » Adam, lui-même [Gen 1]
créé « à l’image » de Dieu.
Seth remplace Abel et Caïn [Livre des Jubilés] ; il représente la
filiation d’Adam [1 Enoch] ; Abel est mort, il ne reste que Caïn
et Seth ; donc soit nous sommes la descendance de Caïn, soit
celle de Seth.
En outre, un tradition marginale dans le judaïsme accole au nom
de Seth la transmission d’une doctrine secrète [Flavius Josèphe
Antiquité juives].

Spéculation autour de 


C’est dans ce mouvement que l’on trouve le renversement de
l’image biblique transmise par le livres des Proverbes : Fieu
créant le monde en compagnie de la Sagesse.
Ici, il est question de la chute de , qui conduit au mauvais
Démiurge et à sa création mauvaise, mais aussi du salut par
 qui pénètre dans la créartion mauvaise à l’insu du
Démiurge et assure la salut de quelques-uns, les élus, les
descendants de Seth.

Interprétation de Genèse 2-6


On trouve aussi une relecture et un retournement de Genèse 2-6.
La création est mauvaise, elle est donc négative jusqu’à ce que le
divin intervienne dans cette création pour sauver ce qui peut
l’être ; en ce sens le serpent tentateur devient une figure positive.
Cette présence divine, de la Sagesse, opère comme une
providence secrètement à l’œuvre dans la création ; suivant en
cela la ligne, la semence de Seth et alternant la venue de
Sauveurs au sein même de cette semence, instaurant ainsi une
histoire sacrée des Séthiens.

Un ensemble de rites baptismaux


La mouvement dit Séthien a une autre particularité. Il ne se réduit
pas à une série de textes spéculatifs ou poétiques, il se présente
aussi comme une pratique cultuelle, et une pratique baptismale.
En ce sens il représente un chaînon entre les baptistes du
Jourdain, tel Jean le Baptiste et la communauté des Mandéens en
Irak qui, jusqu’à hier, pratiquaient une religion reposant sur des
liturgies baptismales.
Dans le cadre séthien les rites baptismaux se donnent comme des
initiation, des degrés initiatiques qui font passer par exemple le
postulant à travers les 5 Sceaux.
On pense que le modèle baptismal vient du rite de
renouvellement royal en Mésopotamie ; il s’agit en effet d’un rite
de passage ou d’initiation : le Roi dénudé, vidé de ses attributs,
de ses regalia lutte contre les eaux – l’océan du chaos – jusqu’à
ce que, nourri par les eaux il soit relevé et restauré dans sa
royauté.
Une forme de christologie
Avec l’émergence du christianisme de nouveaux éléments sont
intégrés dans le schéma, notamment le Christ qui est présenté
comme figure du  et/ou figure, avatar, du Sauveur
gnostique, et/ou manifestation de l’Un-Dieu qui est aussi Père-
Mère-Fils si bien que le séthianisme a une inclination au
monarchianisme ou modalisme.

Un acquis de Platonisme
Enfin, on retrouve dans le séthianisme tout l’acquis du
Platonisme : a) un Dieu Un transcendant et méta-cosmique tel
que ce Dieu-Un se pense, il se déploie ; sa Pensée [pensante]
étant lui-même distincte de Lui [pensé] forme avec lui une Dyade
voire une Triade si on distingue la source de l’objet de la pensée.
b) la distinction d’un modèle idéal et d’une image, imitation
matérielle de ce modèle
c) un démiurge créateur du monde matériel
d) un horizon, pour le sage, ici le Pneumatique devenir comme
dieu, 
e) l’existence d’une providence divine en surplomb de la création

Doctrine

En lieu de doctrine il s’agit plutôt d’une revue des données


incontournables.

1. Il y a au sein de la création une race élue, pneumatique,


spirituelle [pneuma = spiritu] ; celle qui est issue de la semence
de Seth
On l’a vu, Seth est à l’image d’Adam qui est à l’image de Dieu
[Genèse 1]
Donc Adam, Seth, et la Semence de Seth, les élus, sont
initialement des Célestes appartenant au Plérôme dont Adam,
Seth et la semence terrestre de Seth sont des images.
Ce dédoublement renvoie à Platon, aux Idées que contemple le
Démiurge avant d’en créer les Images en les inscrivant dans la
matière.
Il renvoie encore à Philo d’Alexandrie qui interprète Genèse 1
comme une première création, toute spirituelle, sans matière,
raison pourquoi l’homme et la femme sont indistincts, et à
l’image et à la ressemblance, et Genèse 2 comme une deuxième
création reprenant la première et l’inscrivant dans la matière,
d’où par exemple, la distinction des sexes, la perte de
ressemblance et la faute, etc.
Voire même les Bundahishn ces textes cosmologiques mazdéens
de la période Sassanide, influencés par l’hellénisme, et qui
raconte la création.

2. On l’a compris, Seth se dédouble en sauveur céleste et terrestre


de sa propre semence.
On notera que parfois la semence de Seth est appelées : les âmes
des Saints. Saints, nous l’avons vu, était le nom que se donnaient
les Chrétiens et que reprendront le Puritains.

3. Le Séthianisme nous met en présence d’une Trinité : le Père


[Esprit invisible], la Mère [Barbelo], et le Fils [Autogènes,
Anthropos, Adamas].
Barbelo, , est une divinité féminine et ensemble
androgyne. Il y a une insistance particulière sur les parèdres. La
faute de Sofia est d’avoir négligé son parèdre dans son désir
d’engendrement, ce qui a conduit au mauvais Démiurge. Dans les
traditions du PO a les divins ont toujours une ou un parèdre.
Dans le judaïsme ancien Ashéra était la parèdre de Yhwh et dans
les documents d’Eléphantine Yhwh continue d’avoir des
parèdres.
Le nom de Barbelo peut avoir deux origines : soit en hébreux
Balal, confusion, soit en copte, émission.
En tout cas, dans le Livre sacré du grand esprit invisible nous
trouvons : a) le Père ineffable d’où b) sortent trois puissances : le
Père, la Mère, le Fils ; c’est un schéma trinitaire dans lequel le
Père se dédouble en Nature [ineffable] et Personne/Puissance
[Père du Fils et époux de la Mère].

4. La déesse androgyne Barbelo peut aussi être conçue comme


Triade : Kalyptos / Protophanes / Autogenes [Caché / Premier-
manifesté / Auto-engendré] ; cette Trinité reprend la précédente
avec des noms différents mais exprimant la même chose.
On comprendra que la Mère est androgyne et le Fils auto-
engendré si on considère qu’ils sont Un, expriment la même
Nature ; la Mère est le Père qui se manifeste, le Fils, le Père/Mère
qui s’engendre comme Fils.

5. Maintenant, le Fils Autogenes se déploie en quatre Lumières :


Harmozel, Oroiael, Daveithai, Eleleth, qui sont les lieux
mystiques en lesquels s’inscrivent les figures célestes : Adam, en
Harmozel, Seth, en Oroiael, et la semence de Seth, en Daveithai,
quant à Eleleth, c’est le lieu où se tiennent ceux qui, sans être des
élus, ont fini par se repentir.

6. Nous avons en outre une tétrade qui assiste les quatre


Lumières : Gamaliel, Gabriel, Samblo, Abrasax.
Nous connaissons Gabriel grâce au Livre de Daniel, qui est le
Djibril de l’Islam, et Gabriel est un archange ; mais nous
connaissons aussi Abraxas qui est considéré comme un démon.
Mais les deux sont récents et leur destin en ange et démon
déterminé, ultérieurement, par ceux qui en font usage.

7. Le mauvais démiurge a pour nom Yaldabaoth. Nous avons vu


que Yaldabaoth était un composé de Yhwh et de Sabaoth, le dieu
des armées.
De toute évidence nous avons affaire à un source juive. Mais son
interprétation est beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît. Marcion
polémique contre le Dieu de la Genèse. Il lui oppose le Christ ;
au Dieu de la loi il oppose le Dieu de la grâce. Cette tendance est
déjà présente chez Philon, où le Dieu de la loi est celui du Sinaï
et celui de la grâce, le créateur évoqué en Genèse 1. Mais on a,
au sein du judaïsme de l’époque, d’autres polémiques très
semblables avec les baptistes, les Esséniens, les auteurs
d’Apocalypses.

8. Division de l’histoire en trois âges = trois sauveurs

9. Le rite baptismal des Cinq Sceaux = rite d’ascension


VALENTINIENS

La première mention du valentinisme se trouve en Justin


Dialogue, avec Tryphon 35, 6, milieu du IIe siècle, et la dernière
en Ambroise dans ses Lettres, fin du IVe siècle. Le valentinime
va se diviser par la suite en deux branches : a) la branche
occidentale [Ptolémée Lettre à Flora] et b) la branche orientale
[Théodote : « Qui étions-nous ? Que sommes-nous devenus ? Où
étions-nous ? Où avons-nous été jetés ? Vers quel but nous
hâtons-nous ? D’où sommes-nous rachetés ? Qu’est-ce que la
génération ? Et la régénération ? » Extraits de Théodote, 78,
Bardesane d’Edesse].

Des mouvements « hérétiques » le valentinisme est celui qui,


après l’arche-hérétique Marcion, a retenu le plus d’attention :
Irénée, Hyppolite, Epiphane, Clément, Origène.

Textes
NH
Evangile de la vérité
Traité sur la résurrection
Traité tripartite
Evangile de Philippe
Interprétation de la gnose
Exposé du mythe valentinien
Prière de l’apôtre Paul

Ptolémée Lettre à Flora


Clément d’Alexandrie Extraits de Théodote
Epiphanius of Salamis The Paraion T. I § 31, 5

Valentin
Valentin est un égyptien [100 – 160]. Il arrive à Rome vers 130
et y reste jusqu’à 150. Dans la capitale de l’empire c’est un
personnage respecté et nul ne voit en lui un schismatique ; il fait
partie, comme d’autres, de cette mouvance que les autorités
romaines appellent christianus ou chrestianus.
En tout cas il n’est, à son époque, considéré ni comme un
hérétique ni comme un gnostique ; il n’est même pas considéré
comme un auteur de système mais comme un prédicateur et un
hymnologue. Ce dernier point est intéressant en ce qu’il peut
indiquer, mais ce n’est qu’une hypothèse, que le système de
Valentin n’est pas de lui, mais qu’il s’agit d’une base empruntée
à d’autres écrits, enrichie d’éléments nouveaux qui la modifient.
Notons que cette pratique n’est pas spécifique à Valentin ni au
milieu qu’il est censé représenter. Le NT par exemple n’est pas
moins, dans nombre de ses développements, une variation sur
une base empruntée, l’AT ou une sélection de textes de l’AT.
Partant, on peut supposer qu’il en est du valentinisme comme de
la gnose ; c’est une construction ultérieure, et polémique [Justin].
D’ailleurs, l’idée qu’il devrait y avoir une doctrine unifiée est
tardive ; elle apparait avec Justin, Irénée, les hérésiologues et
même ainsi ne repose que sur une chaine de transmission, la
filiation apostolique.
A l’origine il y a sans doute une série de textes de diverses
provenances, interprétés et réinterprétés ; une grande diversité de
perspectives [airesiV] dont témoignent, comme un fossile, les
deux branches du valentinisme [Tertullien] ; et ces deux branches
sont déjà une simplification, conséquence probablement d’un
enjeu de plus en plus doctrinal.

Si on veut maintenant regarder du côté des sources, on trouvera


en arrière-plan du système : a) pour la structure même du
système, sa cosmologie, le néo-pythagorisme, c’est-à-dire, en
partie, le moyen platonisme [Alcinoos, Numenius], b) pour sa
doctrine de l’Envoyé / Sauveur des éléments empruntés à divers
courant du judaïsme et c) pour sa doctrine du salut personnel, des
éléments empruntés aux divers cultes mystériques.

Eléments de doctrine
1. La première distinction, formelle est celle qui sépare l’esprit et
la matière ; cette distinction se redouble en séparation entre unité
et pluralité ; l’esprit est unité, la matière, multiplicité.

2. Pour Valentin, il y a un Dieu. Dieu est unique, il est source de


tout, au-delà du Démiurge ; il est le Père, ou l’Abyme [], la
Profondeur [].

3. Le Père se connaissant lui-même devient le Fils ou l’Intellect


Ennoia.  est un concept stoïco-platonicien qui introduit
une dualité ; à partir de là, le jeu de la Dyade et de l’Unité, va
dominer l’engendrement des êtres.

4. Les êtres sont les Pensées de Dieu ; on les appellera Eons et on


appellera l’ensemble des Eons, Plérôme.
On l’a vu, Eon, , signifie cercle, siècle, vie. Les Eons sont le
déploiement de l’un, les qualités, puissances ou énergies de cet
un. Quant au Plérôme, , cela aussi nous l’avons vu,
c’est la plénitude.

5. Les éons du Plérôme sont couplés, mâle et femelle, en


syzygies (2 centres) ; ils sont innombrables.

6. Mais le dernier éon ne se comporte pas comme les autres ; il


connaît une tragédie : Sophia, le dernier éon, veut saisir la totalité
du Père ; elle échoue et cet échec la jette dans une crise :
krisiV c’est distinction et dans ce cas, la partie spirituelle de
Sophia, qui est bonne, retourne au Plérôme, tandis que sa partie
erronée, passionnelle, est séparée, elle est retranchée ; une limite
[] à présent sépare les deux parties.
La Limite est, nous l’avons vu, un concept stoïcien appliqué
notamment au Cosmos ; la limite séparant le cosmos corporel de
son au-delà. L’au-delà, c’est l’en-dehors, où se trouve la Sagesse
spirituelle et cette Sagesse du dehors est appelée : Achamôth, de
hokmah le terme hébreu pour sagesse. La limite reprend
évidemment la distinction entre esprit et corps-matière-passion.
Par ailleurs, le Pythagorisme interprète la genèse de la matière
comme une retranchement du tout, tandis que, pour les
Valentiniens, la Croix est assimilée à la Limite en ce que sur elle
le Christ rend l’esprit.

7. En se séparant de la Sagesse spirituelle, la Sagesse


passionnelle engendre [création] une réalité matérielle vivante,
un composé d’âme et de corps dans lequel on trouve : a) la
matière, et ceux qui y sont soumis seront appelés hyliques, et b)
l’âme, et ceux qui y sont soumis seront appelés psychiques ; or
cette partie là de la Sagesse passionnelle, l’âme, se repend ; ce
qui convoque une réponse.

8. En effet, en réponse à ce repentir de la sagesse passionnelle, le


Plérôme envoie un Sauveur et en voyant le Sauveur, cette
Sagesse éprouve de la joie et engendre une troisième dimension,
l’esprit, et ceux qui y sont soumis seront appelés pneumatiques.

Les moments du drame cosmique sont liés aux émotions, aux


passions. Le divin est intellect tandis que la passion, liée à
l’échec, entraîne des conséquences négatives. Mais il y a deux
passions positives qui conduisent au salut : le repentir et la
joie ; tel que nous avons les êtres qui ne se soucient que de
questions matérielles et ne s’intéressent pas au reste, ce seront les
hyliques ; les êtres qui présentent une autre dimension dans la
réalité, une dimension spirituelle, qui la présentent comme une
espèce de nostalgie, et ce seront les psychiques ; et enfin ceux qui
sont en contact avec cette réalité, qui la reconnaissent et
l’accueillent, et ce seront les spirituels.

On notera cependant que toute cette dramaturgie autour de la


Sagesse n’est pas nécessaire. Le Traité tripartite par exemple ne
la connaît pas. Il propose une vision plus philosophique : il décrit
un système d’émanations à partir de l’un-dieu Père qui se
démultiplie en diluant ainsi l’unité première jusqu’au point [ce
point est appelé dans le Traité : logos] où cette unité se dégrade,
où l’amour qui liait les différents éléments du déploiement,
devient passion et se sépare du Plérôme. Ce schéma émanatif
renvoie au néo-pythagorisme : Monade, Dyade, matière comme
limite, etc., et platonicien. Les spéculations sur la Sagesse [dans
le renversement du livre des Proverbes] viennent le recouvrir et
une fois encore ne sont pas un élément incontournable du
valentinisme.

9. A côté de cette expansion passionnelle de la Sagesse, les


Valentiniens connaissent la création du cosmos ; une création qui
exige deux intervenants : a) le Sauveur, Logos ou Sagesse, qui
médite le plan de la création, et b) le Démiurge, qui en est
l’artisan ou l’opérateur.
Le Démiurge est un Dieu inférieur, outil des vrais créateurs
spirituels issus du Plérôme.
Ce Démiurge est le Dieu de l’AT et des chrétiens qui identifient
leur Dieu à celui de l’AT.
La création n’est pas mauvaise ; la matière [mauvaise] est
organisée selon un plan rationnel et l’ensemble est soumis à la
providence qui n’est autre que le plan du salut.
On retrouve d’ailleurs le schéma platonicien, et philonien, d’un
modèle idéal [le Plérôme en son déploiement] et une réalisation
sensible [opérée par le Démiurge].

10. Le Démiurge crée le premier homme à partir de la matière et


de l’âme ; il est psychique ; la sagesse y ajoute l’esprit ; il devient
pneumatique. L’homme est tripartite mais l’esprit en lui est
enfoui.

11. Pour sauver ou éveiller cette part spirituelle en l’homme, un


Sauveur est venu sur terre : Jésus ; il est venu enseigner le Père et
le Plérôme ; et, par : son incarnation, son baptême, sa crucifixion
et son ascension, il a vaincu les démons qui cernent la création
sensible.
« Notre Sauveur devint, par une volontaire compassion, ce que
sont devenus, par le fait d’une passion involontaire, ceux pour
qui il s’est manifesté : ceux-ci sont en effet devenus chair et âme,
c’est la domination perpétuelle à laquelle ils sont soumis, et ils
meurent dans la corruption. (…) Non seulement il assuma la mort
de ceux qu’il avait l’intention de sauver, mais il assuma aussi la
petitesse dans laquelle ils descendirent lorsqu’ils sont nés, corps
et âme, car il s’est soumis à la conception et il s’est laissé
engendrer comme un enfant, corps et âme. » Traité tripartite
114-115.

12. Le rite centrale du Valentinisme est le rite de la Rédemption.


Il s’agit d’un baptême qui initie le candidat aux réalités du
Plérôme, du Père au-delà du Démiurge, et qui ainsi libère la
partie pneumatique de l’initié pour l’unir à l’une des figures
angéliques qui accompagnent le Sauveur ; cette union symbolise
l’union de la Sagesse avec le Sauveur et permet la réunion de la
partie passionnelle de la Sagesse avec sa partie spirituelle restée
dans le Plérôme ; cette union est appelée apocatastasis.

Pour le dire autrement, le Sauveur s’est fait homme, mortel, pour


que les hommes se fassent dieux, pneumatiques.
Dans cette perspective, tandis que le Sauveur en s’incarnant
assume le corps passionné et mortel des hommes, il leur offre son
corps spirituel en lequel, comme pneumatiques baptisés, les
hommes sauvés se réunissent pour former une ecclésia.
Concernant le baptême [on en trouve l’exposition dans
l’Evangile de Philippe qui est un texte rituel bien plus qu’un
évangile, et le Traité tripartite pour l’apocatastasis] sur le
modèle du baptême du sauveur qui reçoit le Nom, il y a une
influence baptiste comme on l’a rencontrée déjà chez les
Séthiens ; un rite aux dimensions cosmiques.

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