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Jean-Claude Morel,

Département Génie Civil et Bâtiment, FRE 3237 CNRS,


Ecole Nationale des Travaux Publics de l’Etat, Université de Lyon,
Conand Honoré Kouakou,
Unité de Formation et de Recherche des Sciences de la Terre
et des Ressources Minières (UFR-STRM), Université de Cocody-Abidjan

Performances mécaniques
de l’adobe

1. Introduction 2001, Organisation régionale africaine cherches en laboratoire dans ce do-


de normalisation 1998, Centre for the de- maine dont cet article rend compte1.
De nouveaux projets d’architecture font velopment of Enterprise 2000). De plus
appel à la terre crue compactée, blocs des variétés de presses manuelles ont Nous décrivons d’abord le mode
de terre comprimée (BTC) ou pisé. Pa- été développées et vulgarisées (Cinva- traditionnel et le procédé innovant
rallèlement plusieurs articles scientifiques ram, Testaram, Géo50, Méco’ concept). apporté à l’élaboration des ado-
ont été publiés récemment sur ces ma- bes. Nous évaluerons ensuite, la
tériaux et structures, par exemple sur le Toutes ces études portent sur les BTC et performance de chacun de ces pro-
confort hygrothermique dans les maisons plus marginalement sur les pisés, maté- cédés de mise en forme pour fina-
en pisé (Hall and Allinson 2008), sur riaux qui sont à base de terre contenant lement déterminer le comportement
leur durabilité (Bui et al. 2008 (a)) et sur approximativement 5% à 15% d’argile sous une sollicitation mécanique en
leur comportement mécanique (Jayasin- en poids sec. Par contre, dans le cas des compression simple des adobes.
ghe and Kamaladasa 2007, Bui et al. adobes qui sont souvent composés d’un
2008 (b), Maniatidis and Walker 2008). matériau plus argileux, préparé à l’état
plastique, les publications scientifiques 2. Fabrication des
Pour le cas des maçonneries de BTC, la se font plus rares. Or de nombreuses échantillons de briques
littérature est plus abondante et ancienne, terres contiennent plus de 20 % d’ar-
mais il y a aussi des publications très ré- gile et pourraient, sans amendement de Pour notre étude, nous décrivons
centes concernant le comportement mé- leur texture, servir directement à la pro- comme matière première la terre de
canique des blocs et de la maçonnerie duction d’adobes. De plus, le procédé la localité de Rochechinard dans
(Gumaste et al. 2007, Reddy and Gupta traditionnel et manuel de fabrication de la basse vallée de l’Isère (Départe-
2008) et du mortier de terre (Azeredo l’adobe de construction a montré son ment de la Drôme, Hostun, France).
et al. 2008, Reddy and Gupta 2008). efficacité. En effet, il a été utilisé pour La figure 1 donne sa courbe granu-
Certaines publications préconisent, dans l’érection des premières villes de Méso- lométrique. Ses propriétés géotechni-
la composition du matériau, une limitation potamie, et d’Egypte il y a près de cinq ques sont  :  limite de liquidité 38 %,
de la teneur en argile à 15 % (Jagadish mille ans. Ainsi il est probablement un des limite de plasticité 20 %, index de
et al. 2007) et pour d’autre à 20 % (Hou- plus anciens matériaux de construction. plasticité 18 %, valeur de bleu 2,5 et
ben et Guillaud 2006). D’autres études Il a aussi été employé dans la vallée de activité 10. La kaolinite étant l’argile
ont porté sur l’optimisation de la teneur en l’Hadramaout au Yémen pour l’édifica- majoritaire et la smectite minoritaire.
stabilisant (ciment portland ou chaux) à tion d’habitations de huit étages. Cepen-
incorporer dans les blocs (Jagadish et al. dant, à notre connaissance, peu d’études
2007, Walker 1996) et sur la définition se sont véritablement intéressées à leur
de mode opératoire pour la réalisation performance mécanique, on pourra citer
d’essais de résistance à la compression cependant les travaux fait en Amérique
(Olivier et al. 1997, Morel et al. 2007). du Sud, notamment (Cyted, 1993), orga-
Dans certains pays, des efforts ont été faits nisme qui a mis au point une procédure 1- Ce travail a été effectué à l'ENTPE lors
en vue de l’adoption de normes régissant d’essai de compression simple d’éléments du stage post-doctoral de Conand Honoré
l’emploi des BTC dans la construction de maçonnerie. Ce manque de connais- Kouakou dans le cadre d'une bourse de
(Association française de normalisation sance nous a encouragé à faire des re- Agence Universitaire Francophone.

3èmes échanges transdisciplinaires sur les constructions en terre crue. Table - ronde de Toulouse 17
Editions de l’Espérou, Montpellier, 2009, p. X à Y
Dominique Benoit

Fig. 1 : courbes granulométriques


des trois terres étudiées.

2.1. Technique traditionnelle de réalisa- ambiante dans le laboratoire jusqu’à masse


tion des adobes moulés (forte teneur en constante (environ 3 semaines). Durant cette
eau) période, elles sont fréquemment retournées.

Les adobes sont fabriqués dans des moules de 2.2. Confection des blocs pressés (BP)
bois ou de métal et séchés au soleil à même le (faible teneur en eau)
sol après démoulage. Leur procédé de mise
en forme nécessite une préparation à l’état Les mélanges terre-eau, utilisés pour la confec-
plastique donc une teneur en eau de fabrica- tion des adobes deviennent de plus en plus
tion (Wm) élevée (boue). Cependant, cette pré- consistants lorsque la teneur en eau diminue.
paration doit avoir une consistance suffisante Le moulage devient pénible. Aussi avons-nous
pour ne pas couler sous son propre poids. décidé d’innover en les pressant à l’aide de la
A notre connaissance, il n’existe pas dans presse manuelle statique Géo 50 utilisée pour la
la littérature de méthodes de détermination production de Blocs de Terre Comprimée (BTC).
de cette teneur en eau mais, en général, les Ce pressage a pour objectif, non seulement
adobes sont réalisés sur les chantiers à des te- de facilité la mise en forme des blocs, mais
neurs en eau voisines de la limite de plasticité. aussi l’évacuation des poches d’air emprison-
Pour la confection de nos adobes, la terre de nées à l’intérieur du mélange humide (fig. 2).
Rochechinard est gâchée à des teneurs en A ce titre, il s’apparente à une extrusion qui,
eau différentes. La première teneur en eau de en général, est réalisée avec une pâte molle à
fabrication est choisie arbitrairement (24 %), mi-ferme. Pour les différencier des BTC classi-
mais voisine de la limite de plasticité, puis nous ques, à faible teneur en eau (de 9 à 14% envi-
l’avons baissée pour les autres échantillons. ron), nous proposons de qualifier cet élément
Cette terre est malaxée jusqu’à l’obtention d’un à pâte plus humide de « blocs pressés » (BP).
mélange homogène à la vue. Ensuite, ce mé- Après gâchage et malaxage, une masse de 8,7
lange eau-terre homogène est coulé à même kg du mélange terre-eau est introduite dans le
le sol dans un moule en bois de dimension moule de la presse, de dimension 295x140x95
310x152x71 mm. Avec les mains ou les poings, mm. Cette quantité est déterminée en faisant va-
ce mélange est tassé ou pétri dans les coins et rier progressivement la masse moulée, jusqu’à
le surplus est enlevé avec une réglette en bois. ce que le bloc ne présente plus à sa surface de
Enfin, les adobes sont séchés à la température défauts de fabrication dus à la quantité insuf-

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Fig. 2 : structure d’un sol humide : coexistence de phase gazeuse dans la phase liquide.
fisance du mélange eau-terre dans le moule.
Après pressage et démoulage, les blocs ob-
tenus (fig. 3) sont séchés comme les adobes
à la température ambiante du laboratoire.

3. Influence du procédé
d’élaboration des échantillons sur
leur densité sèche

Pour apprécier l’influence des deux pro-


cédés de mise en forme des briques, nous
avons ensuite mesuré la teneur en eau de
fabrication des adobes et des BP, leur den-
sité sèche et leur résistance à la compres-
sion. Les résultats de tous ces essais sont
analysés dans les paragraphes qui suivent.
La densité sèche a une influence directe sur la
résistance à la compression, d’où son importan- Fig. 3 : Bloc Pressé (BP) fait avec la terre de Rochechinard (Drôme).
ce dans le contrôle de qualité. Elle est calculée
à partir de la variation de masse après dessic-
cation à l’étuve à 105 °C des échantillons, Fig. 4 : Découpage des éprouvettes d’adobe pour le calcul de la densité
jusqu’à masse constante. Les adobes ont été sèche et le test de compression simple (Wm=24 %). On obtient deux types
découpés (fig. 4) afin d’obtenir des éprouvettes d’éprouvettes a ou b selon leur situation dans le module d’origine: aux extrémités
d’élancement 2, et de limiter les risques de fret- (a) ou au cœur (b) de la brique. Terre de Rochechinard (Drôme).
tage lors de l’essai de compression (Morel et al.
2007). Les BP quant à eux, sont testés entiers.

3.1. Relation entre la densité sèche et la


teneur en eau de fabrication (terre de
Rochechinard)

3.1.1. Adobes

La figure 5 montre que la densité sèche des


échantillons d’adobes (éprouvettes a et b)
varie beaucoup d’une éprouvette à une autre
au sein d’un même module bien qu’il ait été
confectionné avec le même mélange terre-eau

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et séché dans les mêmes conditions. Au lieu 3.1.2. Blocs pressés (BP)
Fig. 5 : les trois modes de d’obtenir une courbe, on a un fuseau. Les
fabrication de briques de terre adobes ne sont donc pas homogènes. Cette La figure 5 montre avec une bonne corréla-
crue, BTC : wm <wc voie sèche, disparité est due en partie au moulage manuel tion, que la densité sèche des BP augmente
Adobes : wm >wl voie humide, qui devient de plus en plus difficile avec un mé- lorsque la teneur en eau de gâchage baisse.
BP : wc< wm <wl. Terre de lange terre-eau moins humide, (fig. 5). C’est Le procédé de réalisation des BP permettrait
Rochechinard (Drôme). pourquoi les valeurs des densités sèches sont ainsi la production de blocs plus homogènes.
plus dispersées avec la baisse de la teneur en Cependant, lorsque la teneur en eau de gâ-
eau de gâchage, ce qui se traduit par l’élargis- chage diminue encore, ici de 14-15 %), les
sement du fuseau vers la gauche. Les valeurs BP deviennent hétérogènes et il n’a pas été
de densité sèche des éprouvettes a et b devien- possible de les fabriquer en deçà de cette
nent moins hétérogènes quand la teneur en eau valeur. Cette hétérogénéité s’explique par la
augmente. Cette régularité est bien meilleure difficulté du malaxage terre-eau. En effet, la
pour les éprouvettes b découpées dans la par- quantité d’eau de gâchage n’est pas suffisan-
tie centrale des adobes. En effet, ces éprouvet- te pour permettre une consistance adéquate.
tes b ont 20 % de leur surface en contact avec Le produit obtenu est constitué d’agrégats
le moule au cours de leur fabrication tandis (argile+limon+sable) de dimensions variables.
que les éprouvettes a ont, quant à elles, 40 % La diffusion de l’eau de gâchage ne s’est pas
(fig. 4). Ainsi, les opérations de moulage et de faite uniformément. Ainsi les briques obtenues
démoulage seraient moins néfastes pour b que ont une structure formée par des agrégats irré-
pour a : car, en effet, l’adhésion et le frottement guliers ce qui les fragilise et ne permet pas leur
du mélange humide aux parois du moule en- étude comme matériau homogène. La quantité
gendrent des défauts à la surface des briques. critique d’eau qui conduit à cette structure se
Le matériau composant l’adobe apparaît situe approximativement à 15 % pour la terre
comme hétérogène et donc difficile à étudier. de Rochechinard. Ce seuil est probablement
variable en fonction de la teneur en argile.

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3.2. Comparaison des teneurs en eau pas abrupte. Le passage du domaine des ado- Fig. 6 : Structuration du
de fabrication (Wm) entre des adobes et bes à celui des BP s’accompagne d’une amé- bloc lors du séchage :
d’autres blocs de terre crue (BTC et BP) lioration de la densité sèche occasionnée par matériau humide a) Wm=20,7 %
l’emploi d’un procédé mécanique de densifi- particules d’argile ; b) Wm=16,4 %
Dans le cas de la fabrication de BTC réalisés cation : le compactage. Cependant, cette aug- particules d’argile plus compactes.
avec une terre différente, contenant moins mentation de la densité des BP avec la diminu- Matériau sec avec apparition
d’argile, on obtiendrait la courbe en cloche tion de la teneur en eau de gâchage est aussi de macro et micropores c)
classique de la partie gauche de la figure 5. due au retrait au cours du séchage. En effet, Wm=20,7 % prédominance des
Cette courbe en cloche est une courbe analo- les minéraux d’argiles ont la capacité d’adsor- macropores; d) Wm =16,4 %
gue à l’essai Proctor dont la partie droite vient ber de l’eau et de gonfler (Jouenne, 1975). prédominance des micropores.
s’approcher de la courbe de saturation sans la Plus la quantité d’eau apportée à la terre est
dépasser. La différence avec cet essai est que grande, plus la couche d’eau adsorbée sera
l’énergie de compactage des BTC est statique importante et plus la terre augmentera de vo-
et en général variable alors que pour l’essai lume (fig. 6). Ainsi, lorsque la teneur d’eau
Proctor elle est dynamique et fixée (Mesbah de gâchage est grande, le compactage qui
et al. 1999). Il est possible pour un sol donné a pour effet de rapprocher les grains les uns
(avec une teneur en argile de l’ordre de 20% des autres, n’est pas efficace car une partie
par exemple), que sa courbe de compactage de l’énergie de compactage est dissipée par
soit intermédiaire entre celle en cloche et celle l’eau. Le rapprochement des grains est limité,
de Rocheninard. La terre de Rochechinard peut d’où la faible densité sèche. Par contre, lors-
être considérée comme limite supérieure pour que la quantité d’eau de gâchage est faible,
la teneur en argile des terres aptes à l’adobe. l’énergie de compactage est totalement utilisée
Nous remarquons que la figure 5 peut être pour forcer les grains à se rapprocher les uns
divisée en trois domaines  : le domaine de des autres, d’où la valeur élevée de la densité.
l’adobe, le domaine des BP et le domaine des Un bloc confectionné avec un Wm élevé aura
BTC. La séparation de chaque domaine n’est un retrait et une porosité plus importantes

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Fig. 7 : retrait et porosité des PB. (fig. 7), tandis que sa densité sèche sera plus 4. Relation entre la densité sèche
faible (fig. 6 b et d). C’est pourquoi le fuseau et la résistance à la compression
de variation de la densité sèche des BP et des (adobes et BP)
adobes est au-dessus de celle de la saturation
de la terre de Rochechinard (fig. 5), ce qui La résistance à la compression est le para-
n’arrive pas dans le cas des BTC avec la cour- mètre le plus recherché dans le cas des ma-
be en cloche (Mesbah et al. 1999). De plus, tériaux de terre, comme pour toute maçon-
l’écart croissant entre ces deux courbes, lors- nerie porteuse non armée. Elle correspond à
que la teneur en eau de fabrication augmente, la charge maximale que peut supporter un
confirme cette influence du retrait de séchage. matériau lorsqu’il est soumis à une sollicita-
D’autre part, nous proposons de classer de tion en compression. Elle permet non seule-
façon continue, les techniques employées ment le contrôle de la qualité d’un matériau,
aujourd’hui pour la réalisation des briques de mais surtout constitue un moyen d’apprécia-
terre crue, en fonction de la teneur en eau de tion et de comparaison de ses performances.
fabrication (Wm) en deux voies  : la voie sè- Par ailleurs, elle permet aussi de procéder
che (8 %<Wm<15 %) et la voie humide (16 à un dimensionnement des constructions.
%<Wm<35 %). La voie sèche est celle du BTC De nombreux travaux de recherche se sont
tandis que la voie humide comprend les ado- intéressés à la détermination de la résistance
bes. Le procédé d’élaboration par «extrusio- à la compression des blocs de maçonnerie, à
compactage» des BP est classé dans la char- partir de l’essai de compression simple (Wal-
nière entre les deux voies (mi-sec ; mi-humide), ker 1995 ; Walker et Stace 1997) Morel et
les BTC sont compactés par voie sèche avec al. (2007) préconisent de réduire le confine-
une teneur en eau optimale, en dessous de la ment de l’échantillon par les plateaux de la
saturation, fig. 5. Ainsi, la baisse progressive de presse par l’utilisation d’un système anti-fretta-
la teneur en eau de gâchage depuis la limite de ge (membrane de latex enduite de graisse de
liquidité, conduit à la détermination de la tech- silicone), pour les éléments d’élancement infé-
nique d’élaboration la mieux adaptée pour la rieur à 1,3. Cependant, l’élancement (rapport
densification d’une terre donnée (sans apport hauteur/largeur) de 2 reste acceptable. Il per-
de stabilisant ou amendement de la texture). met de réduire le risque de surévaluation de

Fig. 8 : relation entre la


densité sèche et la résistance
à la compression.

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la résistance à la compression dû au frettage. ont été fabriquées au xixe siècle, celles d’Aga- Fig. 9 : comparaison des
Le découpage des adobes en quatre (fig. 4) dès (Niger) à la fin du xxe siècle, et celle de caractéristiques mécaniques
conduit à des éprouvettes de dimension 70 Rochechinard en 2008. Il existe un lien direct de trois types d’adobes.
x 60 x 140 mm donc d’élancement 2. Nous entre la quantité de liant (ici l’argile) et la ré-
supposons que cette opération n’altère pas la sistance à la compression. En effet d’après la
qualité des morceaux, à cause de la finesse figure 1, les deux adobes de Rochechinard et
de la terre de Rochechinard et de l’absence de la région toulousaine contiennent deux fois
de fissure visible sur la surface. De même, les plus d’argile que celle d’Agadès, ce qui se
BP (310x152x71 mm) ont été testés sur bout traduit par une résistance 2 à 5 fois meilleure.
en vue de conserver le même élancement
de deux et de comparer leur valeur de résis-
tance à la compression à celle des adobes. Conclusion
L’essai de compression simple a été effectué
à l’aide d’une presse hydraulique et conduit La fabrication d’adobes à partir de terre à
à une vitesse constante de 0,02 mm.s-1. l’état plastique riche en argile peut être amé-
Les résultats sont présentés sur la figure 8. lioré par l’utilisation de presse manuelle utili-
Cette figure décrit la relation entre la densité sè- sée pour les BTC. Ce nouveau procédé qui
che et la résistance à la compression des ado- allie extrusion et compaction permet de pro-
bes (éprouvette b) et des BP. Elle indique que duire à partir d’un mélange terre-eau consis-
la résistance à la compression augmente en tant des Blocs Pressés. Ces BP sont plus ho-
général avec la densité sèche. Ce résultat est mogènes, plus denses et ont des dimensions
classique et conforme à ceux de Myriam Olivier plus régulières. La résistance à la compression
(1994) et de Morel et al. (2007) sur les BTC. des BP est supérieure à celle des adobes avec
Par ailleurs la figure 8 montre aussi que la un gain d’environ 50 %. Pour information,
courbe présente un domaine où adobes et ce procédé de brique fraîche repressée était
BP ont leur résistance et leur densité qui se déjà employé dès la fin du xixe siècle dans
superposent. Cette coïncidence s’explique les briqueteries (avant séchage et cuisson).
par l’effet nul du compactage puisque le La comparaison des teneurs en eau de fa-
matériau est proche de la saturation (Attom brication des BTC, BP et adobes montre que
1997 ; Mesbah et al. 1999). On retrouve la ces différents procédés de mise en forme
dispersion des valeurs des adobes vue précé- de la terre crue se regroupent en voie sè-
demment, mais cela pourrait aussi être due che (BTC, pisé) et voie humide (adobe, BP,
au fait qu’ils aient été découpés, alors que bauge). De plus, il existe pour un sol donné,
les BP sont entiers. Au-delà du domaine de une technique «  idéale  » qui conduit à la
coïncidence, la résistance à la compression densité sèche la plus élevée, donc à une
des BP est supérieure à celle des adobes et plus grande résistante à la compression.
le gain est d’environ 50 %. Cela confirme une
fois de plus la ressemblance et la continuité
entre adobe et BP. Par contre, les BP pour-
raient présenter une anisotropie, car ils n’ont
pas été testés dans le sens le leur compactage.
Enfin la figure 9 présente une comparaison
d’adobes de provenances différentes. Les
adobes provenant de la région de Toulouse,

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Remerciements
Les auteurs remercient l’Agence Universitaire Francophone pour le soutien financier apporté à cette étude, Sébastien Courrier
pour sa participation active aux essais de laboratoire. Alain Marcom et Mary Jamin, maçons d’Ecobâtir et d’ARESO, pour leur
collaboration et leurs encouragements.

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