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Finance & Finance Internationale N°18 janvier 2020

L’ADOPTION AU MAROC DU TAUX DE CHANGE FLOTTANT :


MOTIVATIONS, PREREQUIS ET STRATEGIE DE TRANSITION

Par

Mohammed MEZENE
Chercheur en Economie et Gestion, Institut des Etudes Africaines,
Laboratoire des Etudes et Recherches sur l'Afrique Contemporaine
(ERAC), Université Mohamed V-Rabat, Maroc.

&

Mhammed ECHKOUNDI
Professeur à l’Institut des Etudes Africaines, Laboratoire des Etudes et
Recherches sur l'Afrique Contemporaine (ERAC), Université Mohamed V,
Rabat-Maroc.

Résumé :
Avec l‟internationalisation et l‟ouverture des économies, l‟une des questions qui constitue un
élément très fondamental dans la vie économique d‟un pays ouvert sur l‟extérieur est le taux
de change. Ainsi, l‟objectif de ce papier est de cerner la transition historique que le Maroc va
effectuer : Motivations, Pré requis et enjeux.
Cependant, Il n'existe pas un unique régime de change qui convient à tous les pays et en
toutes circonstances. Chaque pays peut en toute liberté choisir le régime le mieux adapté à ses
besoins ; lequel doit être cependant soutenu par une politique économique cohérente.
C‟est dans ce cadre que s‟inscrit cet article qui s‟intéresse à la flexibilité du taux de change
pour le cas du Maroc et ses effets, aux défis et à quelques perspectives sur son apport au
développement économique.
Mots clefs : Taux de change, compétitivité, dirham, flottement…
Abstract:
With the internationalization and openness of economies, one of the issues that constitute a
fundamental element in the economic life of an open country is the exchange rate. So, the
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purpose of this paper is to identify the historical transition that Morocco will perform:
Motivations, Prerequisites and issues.
However, there is no single exchange rate regime that is suitable for all countries and under
all circumstances. Each country can freely choose the regime best suited to its needs; which
must, however, be supported by a coherent economic policy.
It is within this framework that this article is inscribed which looks at the flexibility of the
exchange rate for the case of Morocco and its effects, challenges and some perspectives and
its contribution to economic development.
Key words: Exchange rate, competitiveness, dirham, floating ...

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Introduction :
Les profonds changements survenus dans l‟économie internationale causés par l'abandon de la
convertibilité-or du dollar en 1971 ont engendré un environnement de plus en plus complexe,
où les opportunités qui se présentent aux économies, qui s‟insèrent dans la structure de la
globalisation financière, sont généralement accompagnées d‟importants risques liés
essentiellement à une grande volatilité des principales variables macroéconomiques. Dans ce
contexte, la question du choix de régime de change1 n‟est plus l‟emblème
du mode opératoire du SMI, elle est plutôt laissée en suspens, puisque les pays doivent
désormais choisir le système de change le mieux approprié à leurs besoins. Depuis lors, cette
question n‟a pas perdue de son actualité et continue toujours à foisonner de nouvelles
contributions aussi bien théoriques qu‟empiriques ainsi que de nouvelles perspectives de
recherche. L‟instabilité croissante que connaît la finance internationale a fait de cette
problématique une priorité pour la plupart des économies émergentes intégrées ou en voie
d‟intégration des marchés de capitaux internationaux.

De même, l'intégration dans l'économie mondiale devient de plus en plus une nécessité pour
atteindre le développement économique. De ce fait, plusieurs pays annoncent des programmes
de libéralisation de leurs économies (économie de marché) en faveur de la promotion de
l'investissement et de l‟attractivité des fonds étrangers. Au fur et à mesure, les Etats
s'efforcent d'aménager une multitude de mesures et réformes incitatives2 afin de promouvoir
leurs entreprises qui veulent conquérir de nouveaux marchés.

Cependant, dans le contexte d‟une ouverture graduelle, mais continue, du compte de capital,
la Banque centrale du Maroc (BAM) sera amenée à adopter un régime de change plus
flexible, pour atténuer la pression sur les réserves de change comme étant le seul élément
d‟ajustement de l‟économie, ce qui présente un risque de crise de la balance de paiement. De
ce fait, la banque des banques serait en préparation à la migration vers un régime de ciblage
d‟inflation, pour faire face aux éventuelles pressions inflationnistes, liées aux fluctuations du
taux de change. Le cadre de ciblage d‟inflation, conjugué avec une flexibilisation du taux de
change, serait conçu pour le renforcement de l‟indépendance de la politique monétaire et
compléter l‟ouverture du Maroc sur son environnement.

1
Il n‟y a pas plus compliqué pour un pays que de se donner un régime de change optimal. Fixe, flottant ou des
variantes de ces deux grands régimes, chacun comporte des avantages et des inconvénients ; tout est par
conséquent affaire d‟arbitrage. Et arbitrer, c‟est accepter une part d‟incertitude dans l‟option prise, étant entendu
que rien n‟est jamais définitivement acquis en ce domaine (AGUENIOU S, 2015).
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A savoir les traités bilatéraux d‟investissement (TBI) et les accords bilatéraux afin d‟éviter la double imposition
et améliorer la transparence.
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Au total, il n‟y a pas plus compliqué pour un pays que de se donner un régime de change
optimal. Fixe, flottant ou des variantes de ces deux grands régimes, chacun comporte des
avantages et des inconvénients ; tout est par conséquent affaire d‟arbitrage. Et arbitrer, c‟est
accepter une part d‟incertitude dans l‟option prise, étant entendu que rien n‟est jamais
définitivement acquis en ce domaine3.
A ce niveau-là, Est-ce que les conditions sont réunies pour aller vers un régime de change
plus flexible ?
L‟objectif du présent article est d‟étudier le chemin du Maroc vers un taux de change plus
flexible, plus généralement les motivations, les prérequis et les enjeux de cette transition et
d‟identifier les différents facteurs et déterminants qui jouent un rôle pertinent dans ce
processus.Pour cela, nous proposeronsl‟étude des différents travaux qui ont été réalisés en la
matière, une recherche documentaire qui a inspiré un nombre d‟idées développées dans cet
article.
Nous allons aborder, en premier lieu, les motivations qui incitent le Maroc d‟aller vers ce
système de change flottant. Tout en s‟attardant sur certaines théories du taux de change ainsi
que l‟évolution historique et le cadre juridique qui régit cette transition, en second plan on a
jugé intéressant de rappeler les, les prérequis et les enjeux dont la Maroc pourrait faire face et
pouvant empêcher ladite stratégie afind‟être en mesure de tracer quelques perspectives.
I. Revue de littérature :
Actuellement, le taux de change retient comme étant une variable macroéconomique clé dans
les politiques économiques, à la lumière de ce constat, la première partie de ce papier traitera
la littérature théorique relative au taux de change quivoyait une forte progression moyennant
le dernier siècle en suivant de près la mondialisation de l‟économie et la globalisation des
marchés financiers. Si les approches dites classiques font davantage référence aux grandeurs
économiques, celles-ci les plus récentes se focalisent davantage sur la globalisation financière
et l‟efficience des marchés. Par ailleurs, les derniers travaux de la modélisation du taux de
change font aussi référence au rôle des anticipations de la psychologie des acteurs notamment
dans les pays en développements et ceux émergents.
Dans ce contexte, les premières théories élaborées dans un milieu de parité fixe prennent en
considération les échanges de biens et services comme des principaux déterminants du taux de
change à long terme, car à court terme les aléas de celui-ci restaient majoritairement limités.
Après la remise en cause du système de Breton Woods dans les années 1970 et la

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AGUENIOU S, « Passage à un régime de change plus flexible, quels gains pour le Maroc ? »,
dossier de lavie-éco sur le régime de change au Maroc, 2015.
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généralisation du flottement, qui se traduit par une forte fluctuation de parités. Les théories
qui se poursuivent mettre l‟accent sur le développement des flux de capitaux et les facteurs
financiers. De surcroît, les nouvelles théories tentent de se concentrer sur les causes de
l‟instabilité à court terme des taux de change en essayant de prévoir leur évolution,
certainement un exercice en plein de complexité.
Par ailleurs, l‟approche dite classique repose principalement sur la conservation
paradigmatique de la loi de J.B Say de débouchés pour justifier son caractère dichotomique de
la sphère réelle à la sphère financière qui doivent être étudiées séparément. En effet, malgré
l‟importance de cette approche,un point reste un élément perturbateur, c‟est l‟absence de
l‟intégration de la monnaie dans le tissu productif de l‟économie réelle, comme étant une
voile des échanges et un séisme des prix dans le cadre conceptuel de l‟équilibre.
Pour remédier à cette insuffisance, vient la théorie de la parité du pouvoir d‟achat (PPA) 4, qui
met l‟accent sur le fait que la valeur d‟une monnaie est déterminée par le montant de biens et
services qu‟elle permet d‟acquérir, c‟est-à-dire par son pouvoir d‟achat interne qui évolué en
raison inverse du niveau général des prix domestiques5.
Toutefois, si la PPA traite le taux de change dans sa conception réelle, les avancements de la
mondialisation et de la globalisation financière donnent beaucoup d‟importance aux
mouvements des capitaux qui ont constitué un facteur déterminant des variations de taux de
change, c‟est pour cela il vient la parité du taux d‟intérêt.
Or, selon Keynes un jour les Etats sont sensés d‟établir un arbitrage entre la stabilité des prix
ou la stabilité des changes. Mais, la mise en fin des « trente glorieuses », a été la cause
principale de la remise en cause des idées keynésiennes et l‟émergence du courant
monétaristes qui dit que Parmi les limites fondamentales des théories réelles des taux de
changes est que celles-ci négligent, ou tout le moins sous-estiment, la fonction des facteurs
financiers en tant que principaux déterminants des mouvements des taux de changes.

Par ailleurs Duttagupta et Otker-Robe (2003) ayant montré que les pays qui libéralisent leurs
comptes financiers seront tôt ou tard obligés d‟adopter un régime de change plus flexible.
Dans ce sens les deux auteurs (2003) ont analysé les principaux déterminants de l‟abandon de
régimes fixes pour un échantillon de 34 pays entre 1985 et 2000. Ils montrent que le
renforcement des échanges commerciaux augmentait la possibilité de remplacer des régimes
fixes à des régimes plus flexibles.
4
L’une des hypothèses fondamentales de la PPA, « tous les biens sont échangeables ». Ce qui n’est plus valables, car il y
aussi des biens non échangeables.
5
Dominique P, « les taux de change », Edition 2010, Paris.
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Or, Rogoff et al (2004) ayant démontré que les économies émergentes, dont les marchés sont
relativement développés et ouverts aux flux de capitaux, bénéficieraient, enfin, plus de
l‟introduction de la flexibilité du taux de change en « apprenant à flotter » et en venant
partiellement à bout de leur « peur du flottement ».

En somme, dans le courant actuel de la globalisation, les régimes de change fixes, tels que
ceux des accords de Breton Woods sont devenus incompatibles avec ce système, tandis que
les taux de change flottants sont loin d‟avoir les avantages stabilisateurs défendus par leurs
partisans. Autant dire que le rêve d‟une gouvernance des crises financières internationales
reste encore un chantier à réaliser dans les années prochaines, pourquoi pas et le monde est en
train de se façonner avec une nouvelle architecture menée par les pays émergents qui ont
constitué aujourd‟hui un poids central dans les relations économiques internationales. Ce qui
mène le Maroc de chercher sa place de ce nouveau monde. Donc une stratégie de change qui
accompagne celle d‟ouverture commerciale est capable de le rendre, si elle est accompagnée
par d‟autres réformes prioritaires indispensables pour promouvoir l‟hypothèse de l‟émergence
marocaine.

II. L’évolution de la politique de change au Maroc : le chemin vers un régime de


change souhaitable
C‟est avec l‟adoption des stratégies économiques axées sur une plus grande ouverture aux
flux commerciaux et financiers et avec l‟importance croissante du rôle du marché dans la
détermination des taux de change et d‟intérêt, que les PVD6 ont donc accru leur adhésion à
des régimes plus flexibles. La souplesse du change est apparue comme l‟un des instruments
du processus d‟ajustement dans une économie mondiale caractérisée par une intégration
croissante et, à certains égards, par un risque accru d‟instabilité. La transition des régimes de
change était censée répondre à certaines attentes au niveau des performances économiques.
Ce changement d‟attitude des PED semble s‟être développé sous l‟impulsion du FMI
[Abdallah A, 2006].
Dans cette partie, il est nécessaire de décrire la politique de change menée par Bank Al-
Maghrib avant et après la chute du système de Bretton-Woods. En effet, Un petit rappel du
contexte de l‟évolution du Système Monétaire Marocain sera aussi d‟une grande utilité
permettant une meilleure compréhension de l'environnement international et national dans
lequel sont prises les décisions en matière de change.

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Pays en voie de développement.
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Dès l‟introduction de l‟Islam au Maroc, la question monétaire constituait l‟un des majeurs
socles étatiques, en effet, la civilisation arabo-musulmane s‟est adaptée deux principales
monnaies depuis son entrée au Maroc. Il s‟agissait soit d‟un bimétallisme 7 or-argent, dinar en
Or et dirham en argent et Okaya an bronze.
Le change entre la monnaie marocaine et étrangères n‟était pas réglementé par aucun texte ni
par aucun établissement spécialisé, c‟était l‟affaire des commerçants et des changeurs installés
dans les villes et les enceintes des ports. Le réseau bancaire était pratiquement inexistant :
seules quelques banques étrangères disposaient d‟agences au Maroc à l‟instar du comptoir
national d‟escompte de Paris qui disposait de trois agences à Tanger, Casablanca et Essaouira.
Les taux de change pouvaient d‟ailleurs varier de ville en ville et l‟absence de moyens de
communications accentuait ces disparités8. Toutes ces conditions et bien d‟autres conduisaient
à la création de la banque d‟Etat au Maroc avec l‟intervention de plusieurs puissances
étrangères.
Ensuite, l‟arrivé du protectorat français sur le territoire marocain à partir de 1912 a éliminé le
caractère international de cette banque d‟Etat et instauré la domination totale9 des autorités
françaises sur cette institution et elles l‟orientent vers ses propres intérêts. Dès lors, le Maroc
ne serait plus actionnaire dans cette banque depuis 1920, ce qui a conduit la France à imposer
ses règles du jeu sur le Maroc comme la création du Franc marocain et l‟institution du
contrôle des changes à l‟égard des autres Etats qui ne font pas partie de la zone franc.
Depuis son indépendance, le Maroc faisait partie de la Zone franc, c‟est-à-dire que les
autorités monétaires françaises qui contrôlent le taux de change du Maroc, jusqu‟à l‟année de
1958 où le franc marocain a été créé et l‟ancrage total sur le franc français a été rompu. Mais
le 17 octobre 1959 la Maroc a eu sa propre monnaie qui est le dirham à la suite de la création
de l‟institut d‟émission « Banque du Maroc » durant cette année. Immédiatement, la valeur du
dirham a été déterminée à 175,706 mg d‟or et un contrôle de change a été mis en place vis-à-
vis le reste du monde ce système a été maintenu jusque le début des années 197010.
Or, la remise en cause du système de Breton Woods en 1973 a induit aux fortes fluctuations
entre le dirham et le franc français, ce qui conduit les autorités monétaires marocaines de
décrocher le franc français le 17 mai 1973 pour être ancré à un panier de devises. Par suite, la
7
Ce bimétallisme fonctionnait tant bien que mal, selon les velléités du pouvoir qui, parfois, ne respectait pas la
teneur des pièces et procédait, dans une recherche de signes de puissance, à des frappes injustifiées de la
monnaie
8
A Lakhdar et N Benacer « la réglementation des changes à l‟heure de la convertibilité du dirham », Rabat,
1993.
9
La France a racheté les parts des autres pays de la conférence d‟Algesiras à partir de 1919.
10
Pendant cette période la dépréciation de la monnaie marocaine a été très forte et dépasse les 20%, à cause de la
dépréciation du Franc français vis-à-vis le dollar.
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part de chaque devise dans ce panier est déterminée par son importance dans les relations
commerciales du royaume, pour objectif de la stabilisation du taux de change effectif.
Néanmoins, le taux de change n‟a joué la fonction de régulation économique qu‟au cours de
la décennie 80, on se rappelle de la crise économique, de la crise de la dette extérieure et qui
n‟est que l‟aboutissement de la stratégie d‟investissement hautement capitaliste que le Maroc
a mené dans le cadre du plan quinquennal 73-77 [Regragui F, 2011].
Par conséquent, la hausse des prix du phosphate dans cette période a amené le Maroc à suivre
une politique d‟investissement irrationnelle qui a dépassé ces forces financières, mais la chute
des prix de cette matière première vitale à l‟économie marocaine à partir de 1976 a été brutale
et le Maroc n‟a aucune solution que fait appel à l‟endettement pour terminer son plan de
réforme avec des taux d‟intérêt préférentiel à l‟époque11.
Dans ce contexte, le Maroc a lancé son propre plan d‟ajustement entré 1978 et 1980, sans
intervention ou aide des institutions internationales pour relancer ces activités économiques.
Cette nouvelle procédure que le Maroc avait choisi a porté sur l‟absorption du déficit du
compte courant via la réduction des importations et la promotion des exportations, également
l‟application des quotas d‟importations et l‟annulation du fonds préalable à l‟importation12.
De même, la crise ne se délimite pas et les déséquilibres ne cessent de s‟étendre 13. Et pour
sortir de la crise, le Maroc a entamé des négociations avec le FMI en 1981 et le résultat conclu
en 1983 sous forme du plan d‟ajustement structurel (PAS) et un programme sectoriel
d‟ajustement appliqué par la Banque Mondiale (BM), la mise en fin de ce programme n‟a été
faite qu‟en 1993. Dans ce tourment, les réserves en devises de leur part ne cessèrent de se
dégrader jusqu'à arriver à un seuil critique en 1984.
Au fond, le retour à l‟état initial n‟est pas du tout facile et nécessite des réformes sur le plan
budgétaire, monétaire et commercial, en utilisant le taux de change comme un instrument
correctif pour ré-établir l‟équilibre de la demande et pousser l‟offre. Donc, le Maroc s‟est
engagé dans une approche de stabilisation et de réforme, l‟objectif ultime étant la correction
des équilibres macroéconomiques dont souffre l‟économie.

11
Depuis 1973, la cotation du dirham s‟est effectuée sur la base d‟un panier de cotation, qui reflète la structure
des échanges commerciaux entre le Maroc et le reste du monde.
12
Toutes ces mesures ont rendu le remboursement de la dette quasi impossible.
13
Pour plus d‟explications voir Chaouki Benazzou « le Maroc face à l‟endettement », 1986.
8
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Figure 1: Evolution du régime de change au Maroc

Source : Bank Al-Maghrib


A partir de la seconde moitié des années 2000, le Maroc a entrepris un certain nombre de
réformes touchant le fonctionnement du marché de change et la gestion des risques de change.
En 2005, il avait la promulgation de la circulaire relative aux options de change.
En 2007, il y a eu l‟introduction de huit nouvelles mesures de libéralisation des changes qui
ont conduit à une grande souplesse dans la disposition des moyens internationaux de change.
2007- 2010 : Premières réflexions sur le projet de réforme du régime de change.
2010-2015 : phase d‟analyse, de benchmarking et de préparation à la réforme
Avril 2015 : révisions des pondérations du panier, il devient 60% pour l‟Euro et 40% pour le
dollar, cette réforme du régime de change a été faite afin de refléter, au mieux, la structure des
échanges extérieurs. Cette dernière étape constitue le premier pas de transformation vers un
régime de change flexible.
À partir de 2016 : phase de mise en œuvre qui a commencé par la préparation de l‟ensemble
des intervenants.
Juillet 2017 : annulation de la mise en place d‟un régime de change flottant suite à une
compagne de spéculation contre le dirham marocain.
Après la consultation de la banque centrale, le ministère de l'Economie et des finances a
décidé d'adopter dès le 15 janvier 2018 un nouveau régime de change auquel le taux de
change du dirham sera déterminé à l‟intérieur d‟une bande de fluctuation de ±2,5%, contre
±0,3% auparavant, sur la base d‟un cours central fixé par Bank Al-Maghrib par rapport le
panier de devises composé de l‟euro (60%) et du dollar américain (40%).
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Il reste indéniable que le régime de change de change appliqué jusqu‟à ce stade, a contribué à
assurer une certaine stabilité de l‟économie nationale, il n‟en demeure pas moins que les effets
de la crise financière internationale ont mis en exergue certaines limites de ce régime. Compte
tenu des transformations structurelles importantes de l‟économie marocaine et son ouverture
de plus en plus étalée vers l‟extérieur, l‟orientation vers un régime de change flexible
constitue une réforme prioritaire pour pousser davantage sa compétitivité, sa résilience face
aux chocs externes et le niveau de sa croissance.
III. les prérequis pour réussir la transition vers un régime de change plus flexible
Les Pays en voie de développement ont engagé dans un processus de libéralisation à la fois
financière et réelle de leurs économies. Ces changements structurels se sont accompagnés
d‟adaptations progressives des politiques de change. Un des problèmes majeurs de ces pays
est en effet de concilier au mieux entre une monnaie faiblement volatile et des désalignements
(sur/sous-appréciation) limités de change (ancrage à une monnaie, ancrage à un panier de
monnaies, flottement géré,…). Ce qui confirme l‟observation de Mussa et al. (2000) : “No
single exchange rate regime is most appropriate for all such countries, and the regime that is
appropriate for a particular country may change over time”. En admettant que le taux de
change est l‟un des paramètres économiques les plus sensibles qui nécessitent une importance
élevée, sa progression conditionnant nombreux aspects de la vie économique des Etats et des
opérateurs économiques, autrement dit les fluctuations du taux de change acquirent de plus en
plus une place prépondérante dans les politiques économiques des pays en voie de
développement.
Dans cette partie Nous allons présenter en premier lieu les Prérequis macroéconomiques et
financières. Tout en s‟attardant sur la nécessité de remplir ces conditions avant de faire une
telle transition, en second plan on a jugé intéressant de rappeler le bilan marocain en la
matière pour pouvoir avancer ladite réforme.
Dans une perspective d‟avenir, certains économistes croient que le moment est peut-être plus
propice à une modification de la politique de change14. En conséquence, les conditions
préalables à l‟adoption d‟un taux de change flottant sont en grande partie réunies . Pour
d‟autres, malgré la popularité grandissante envers la flexibilisation des régimes de change,
son adoption pose quelques soucis, et reste l‟objet d‟un vif débat dans la littérature
académique. Au cœur de ce débat demeure la question du cadre institutionnel de l‟économie
marocaine. En effet, pour être plus efficace, il est généralement admis qu‟un ensemble de

14
La globalisation a induit une concurrence multiforme entre les entreprises.
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prérequis institutionnelles doivent être satisfaites. Parmi ces conditions, on retrouve


généralement trois ingrédients :
 Un marché de change suffisamment développé ;
 Une politique de gestion des réserves officielles adéquate ;
 Egalement une bonne stratégie de politique monétaire et un choix d‟un ancrage nominal.
D‟ailleurs, le Maroc a opté pour un mouvement de libéralisation de son économie, après la
mise en place du plan d‟ajustement structurel. Cela s‟est traduit, entre autres, par l‟adhésion à
l‟OMC en 1995, la signature de plusieurs accords de libre-échange avec l‟Union européen et
les Etats-Unis, l‟accord d‟Agadir, et d‟autres. Ceci dit, que le Maroc doit compléter son
ouverture commerciale par l‟ouverture financière.Pour le faire Eichengreen, 2000 résume les
prérequis nécessaire pour réussir ladite démarche, à savoir :
 le système bancaire doit être consolidé de telle sorte que la capacité plus limitée
de la banque centrale à fournir des services de prêteur en dernier ressort n‟expose
pas le pays à un déséquilibre financière ;
Dans cette perspective, la banque centrale dans son exercice de supervision du secteur
bancaire prévoit un certain nombre de mesures, à savoir la Soumission du système bancaire à
un dispositif prudentiel conforme aux normes internationales, la veille sur la Bonne
capitalisation et rentabilité suffisante des banques marocaines, la préparation des banques à la
Bonne résistance à des chocs macroéconomiques défavorables selon les résultats des Stress
tests aussi, la minimisation de l‟exposition des banques aux risque de change. De ce fait, en
partant de l‟évidence que la solidité du système financier est une condition nécessaire au bon
fonctionnement d‟un régime de change flexible15.
 Aussi, la situation budgétaire doit être forte pour que l‟incapacité de la banque centrale
à absorber une nouvelle dette publique n‟aboutisse pas à une crise de
financement ;
En effet, dans les économies connues par des politiques budgétaires fragiles et une
monétisation du déficit budgétaire16, les promesses des autorités publiques qui ont permis
d‟assurer un faible niveau d‟inflation ne sont pas admissibles.
Figure 2 : Déficit Budgétaire en % du PIB

15
L‟activité bancaire au Maroc s‟entoure à une infinité de défis à l‟instar du Crédit bancaire, réglementation
prudentielle, nouveaux acteurs, environnement des risques, digital, banques participatives...
16
Pour financer le déficit, l'Etat a besoin des ressources financières dont l'origine peut être la
privatisation ou la fiscalité ou encore le recourt au crédit auprès de la Banque Centrale. Cette dernière
consiste la monétisation qui est un prêt de la banque centrale au gouvernement – le créancier du
gouvernement est la banque centrale – via la création de nouveaux billets ou de nouveaux dépôts.
11
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Source : direction du trésor et des finances extérieures et calculs de l‟auteur.


Dans ce sillage, la situation des finances publiques au Maroc s‟est nettement améliorée avec
un déficit budgétaire global qui est passé de 7,2 % du PIB en 2012 à 3,5 % en 2017. Malgré
cette performance, plusieurs experts mettent le point sur la nécessité d‟amélioration de la
position budgétaire avant l‟abandon du régime de change fixe vers un régime d‟une plus
grande flexibilité.
 des lignes de crédit commerciales et intergouvernementales doivent avoir été
négociées pour garantir la liquidité en cas de crise de confiance de la part des
investisseurs ;
Dans cette perspective, l‟estimation d‟un niveau d‟équilibre ou optimal des réserves de
change17 a fait l‟objet de plusieurs travaux de recherche qui appuient sur l‟utilité de prise en
considération de plusieurs finalités préalables d‟obtention des réserves afin de pouvoir
élaborer une véritable norme quantitative et pour éviter la répétition du même scénario des
crises de change et les directives des instances internationales18.

Figure 3 : Evolution des réserves de change au Maroc

17
Les pays producteurs et exportateurs de pétrole ont pu accumuler des avoirs extérieurs en devises
étrangères grâce aux cours favorables des matières premières dans la décennie précédant la crise
financière mondiale de 2009.
18
Le FMI défini cinq grandes finalités pour avoir et gérer les réserves de change, à savoir, susciter et
maintenir la confiance dans la politique monétaire, limiter la vulnérabilité externe via le maintien des
liquidités en devises afin d‟absorber les chocs en cas de crise et lorsque l‟accès au financement est
limités, donner la confiance aux marchés, démontrer le soutien à la monnaie nationale et en fin en cas
de catastrophes ou d‟urgences nationales (IMF, 2013).
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Source : Direction du Trésor et des Finances Extérieures, BAM et calculs de l‟auteur


A fin 2016, les réserves de change ont atteint l‟équivalent de 6 mois et 25 jours
d‟importations. Pour l‟économie marocaine, il faudrait encore multiplier les efforts en termes
de consolidation de ces réserves en tant que mur préventif contre tout risque, notamment la
spéculation qui n‟étant pas en faveur d‟une transition imminente puisque le niveau des
réserves ont connu une évolution assez mitigée et ne permettent de couvrir que 4 mois
d‟importations en 2013 contre 12 mois en 2001 et ce suite aux répercussions de la crise
récente de juillet 2017.
 le marché du travail doit être rendu flexible de façon à absorber les chocs
asymétriques sans augmenter le niveau de non–développement ou de sous–
développement ;
En effet, la volatilité du change et des politiques économiques sous-jacentes par rapport au
nouveau régime souple affaiblit intrinsèquement la confiance des opérateurs économiques.
Ceci peut provoquer beaucoup d‟incertitudes aux agrégats macroéconomiques et peuvent
contribuer à des doutes quant à la politique monétaire et le nouveau taux de change
«d'équilibre».
 les structures économiques réelles doivent être alignées de façon à ce que les
conditions cycliques et monétaires coïncident avec celles du partenaire d‟ancrage.
 Un marché de change suffisamment développé : déterminant majeur de la valeur de la
monnaie nationale ;
 Modèles de prévision développés ;
Le fait de remplir ces conditions dans leur totalité demeure largement difficile.
Généralement, la flexibilité requiert l‟intégration graduelle du systèmes financier marocain,
notamment via la déréglementation des restrictions de contrôle des changes, l'allégement des
dispositifs de la libre circulation des mouvements de capitaux, la mise en place progressive de
la convertibilité des monnaies et également le mouvement de libéralisation du compte de

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capital devrait être induit à une meilleure allocation de l‟épargne, une diversification des
risques et, par conséquent, des performances en matière de croissance économique.
Par conséquent, la préparation des banques est une exigenceainsi que l‟ensemble des
opérateurs économiques19. Le changement de régime passera forcément par un ciblage
d‟inflation plus fréquent et, in fine, inciter la BAM de consolider son modèle de prévision
économique en interne.
En conclusion de cette partie, on pourrait dire que la finalité de cette mutation est d‟inciter les
agents économiques de participer à cette réforme pour préciser d‟un côté, sur l‟importance de
la réforme et ses effets positifs sur l‟économie et d‟autre côté, présenter qu‟il s‟agit d‟une
réforme souveraine, bien préparée et surtout progressive.
IV. Analyse des facteurs motivants et les enjeux de la flexibilité du taux de change
au Maroc :
Au Maroc, une petite révision des statistiques de base suffit pour être convaincu que
l‟ouverture accrue de l‟économie nationale sur l‟extérieur depuis les années quatre-vingt a
engagé le Maroc dans un processus de libéralisation de son économie, d‟où l‟intérêt de la
question d‟adapter un régime de change compétitif pour limiter les distorsions de change et
pour aller en parallèle avec ce processus de l‟ouverture accrue de l‟économie marocaine sur
l‟extérieur. Quelles sont donc les raisons avancées pour justifier la flexibilisation ?
1. Les arguments en faveur d’un régime plus flexible
Dans un environnement de plus en plus compétitif, le Maroc a plus que jamais besoin d‟un
taux de change concurrentiel et dynamique en phase avec les chantiers structurants engagés et
les grandes réformes entamées, par notre pays, dans la perspective d‟améliorer la
compétitivité et la productivité de son tissu économique. Par conséquent, un taux de change
plus flexible, est indéniablement nécessaire au bon fonctionnement du tissu productif.
Il n‟est plus difficile de démontrer que le système de change présent n‟est plus arrangé ni au
contexte économique et social, ni aux enjeux liés au désir marocain d‟être une plateforme
mondiale entre l‟Afrique et le reste du monde, et de rendre « Casa Finance City »20 une place
financière pionnière au niveau régional et continental.
De même, le système de change actuel n‟a pas connu de changements de fonds depuis plus de
30 ans. Sur cette même époque, le Maroc a connu une mutation profonde de son architecture

19
Sous le régime de change actuel, il existe une forte probabilité d‟un désalignement du taux de change dans le
futur.
20
Reconnue comme la première place financière en Afrique et partenaire des plus grands centres financiers
internationaux, CFC a réussi à constituer une forte communauté de membres composée d‟entreprises financières,
de sièges régionaux de multinationales, de prestataires de services et de holdings.
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économique et du fonctionnement de son système financier et monétaire. En somme, le temps


est plus adapté qu‟avant, vu le nombre de préconditions remplies et la conjoncture mondiale
favorable. Tout en admettant que le choix d‟un régime de change optimal pour le cas du
Maroc est étroitement lié aux caractéristiques de l‟économie marocaine à la lumière des
grandes orientations des autorités monétaires, ainsi que des enjeux économiques du pays.
D‟abord, le Maroc veut accompagner l‟ouverture commerciale avec une intégration
financière : Pour cette raison le cas marocain a aussi ses spécificités et il faudrait les identifier
pour bien cerner la cible. Le Maroc est ouvert commercialement et fermé financièrement.
Figure 4 : comparaison entre le Maroc et certains pays en termes du taux d’ouverture

Source : BAM, Office de change, OMC et calculs de l‟auteur


Le Maroc est l‟un des pays les plus ouvert dans la région MENA, en effet, ce taux est arrivé à
62% en 2016 au lieu de 54% en 2005. Quoique, le commerce extérieur du Maroc a connu des
changements structurels dans le fond et la forme.
D‟ailleurs, le choix de flexibilité du taux de change a pour principal but d‟améliorer la
compétitivité : pour que l‟on puisse trancher la légitimité de cette finalité, il est important de
s‟assurer que la sensibilité des échanges commerciaux (des importations et des exportations)
aux bouleversements du taux de change, est supérieure à la réaction de l‟inflation suite à une
variation similaire de taux de change21.
En outre, la libéralisation du taux de change a pour but d‟absorber les chocs externes c‟est-à-
dire il est admis qu‟un régime de change flexible est adapté pour lutter contre les chocs

21
Cette condition est connue sous le nom de la condition de Marshall-Lerner.
15
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externes réels, car il est capable de les atténuer par un ajustement automatique des prix, en
dépréciant (en cas de choc négatif) ou en appréciant (ou positif) la valeur nominale du dirham.
Ainsi, limiter la pression sur les réserves de change, c‟est un argument très solide qui se suffit
en lui-même, sans encore d‟explications, pour justifier la transition à la flexibilité du régime
de change.
Un autre argument en faveur de la flexibilité émanant du modèle de Mundell-Fleming réside
dans le fait que les autorités monétaires conservent toute la latitude pour utiliser la politique
monétaire comme un outil de stabilisation, essentiellement la possibilité de mener des
politiques monétaires contra-cycliques.
Le secteur du tourisme va en profiter également davantage, vu l‟attractivité de la destination
marocaine qui deviendra plus abordable. Aussi pour les Marocains résidant à l‟étranger
puisque la valeur du dirham va baisser, ce qui va indirectement profiter à l‟économie en effet,
le transfert des devises représentant 7% du PIB national.
Pourtant, l‟adoption d‟un régime de change flottant permettrait d‟un côté, d‟attacher
davantage la politique monétaire à l‟économie nationale et moins à un ancrage externe et
d‟autre côté, d‟affaiblir les effets négatifs dus surtout au manque de diversification de
l‟économie marocaine.
De même, le Maroc veut créer un nouveau mécanisme d‟ajustement que les réserves de
change. Or, la croissance ne se limiterait plus à la politique budgétaire, en rendant la politique
monétaire comme étant un levier de la croissance économique et diversifier des moteurs de la
croissance et du développement économique.

Figure5 : diversification des moteurs de croissance entre 1998 et 2015 (%)

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Source : Ministère d‟économie et des finances

En définitive, le Maroc a exprimé plusieurs fois, son désir pour poursuivre une politique de
diversification en termes des produits et des partenaires et trouver de nouveaux partenaires
hors ceux dits classiques à l‟instar de l‟union européen, avec lequel, le Maroc a été vécu
plusieurs problèmes. D‟autre part la carte de la croissance mondiale est en train de se
transformer en faveur de certains pays émergents.

Pour doper la compétitivité, la libéralisation du régime de change est une option


incontournable afin d‟améliorer largement l‟environnement des affaires ainsi pour favoriser
l‟émergence d‟entreprises jeunes et performantes et attirer des entreprises étrangères
productives22. En effet, La transition vers un régime de change flottant y figure parmi les
bases clés dans la promotion de la stratégie de croissance et de développement du Maroc23. Le
régime flexible est jugé plus adapté à la politique d‟ouverture de l‟économie marocain, dans la
mesure où les exportations marocaines notamment les produits manufacturés enregistrent,
«une croissance énergique».

Toutefois, et compte tenu des mutations structurelles profondes de notre économie,


notamment sur le plan de la diversification des sources de croissance, d‟ouverture et
d'intégration dans l'économie mondiale, Ainsi bien que, l‟émergence de nouveaux secteurs à
fort potentiel de croissance. La refonte du régime de change semble nécessaire en vue
d‟accompagner ces mutations et de renforcer la compétitivité de l‟économie nationale, sa
résilience face aux chocs exogènes et le niveau de sa croissance potentielle.

En outre, les entreprises moins compétitives devront disparaître pour laisser la place à
d‟autres qui sauront s‟adapter aux nouveaux décimètres du marché. C‟est important pour
passer le cap d‟une économie intermédiaire et passer le saut de l‟industrialisation».

Au total, une fois implémenté, le taux de change plus flexible peut avoir un effet sur certains
secteurs qui sont plus orientés à l‟international. Par défaut, cela peut entraîner la hausse des
prix de certains produits. Le contrôle de la hausse des prix est toutefois possible, estime Bank
Al-Maghrib qui réside, sur ce plan, catégorique : la stabilité des prix restera l‟objectif ultime
et la priorité absolue de la politique monétaire, quel que soit le régime de change adopté au

22
Le rapport de la Banque mondiale (2016) recommande également de viser un taux de change plus
flexible qui aidera les entreprises à devenir plus compétitives sur les marchés extérieurs.
23
Le gouverneur de Bank Al-Maghrib a rappelé à chaque fois que l‟adoption d‟un taux de change
flottant va générer énormément des avantages pour l‟économie nationale.
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Maroc.Chose qui nécessite énormément des procédures accompagnantes et des réformes en


profondeur comme l‟indépendance des autorités monétaires et le renforcement de leur
décision, leur transparence et leurs techniques à savoir la modélisation et la prévision de
l‟inflation et sa relation avec la conjoncture internationale.

Ces réformes visent à créer un milieu encourageant aux affaires qui constitue un préalable à
l‟amélioration de la productivité et de la croissance économique, d‟une part, et
l‟accroissement de la performance de l‟économie à travers la diminution de la dépendance de
la croissance économique aux aléas climatiques, d‟autre part.
Cette réforme constitue un moyen d‟améliorer le style de management anticipatif pour tirer
profit de ce régime. Et ce, à travers la mise en place d‟une gestion des risques. De sorte que,
cette démarche semble être maîtrisée, il n‟en demeure pas moins qu‟une des clés de la réussite
de cette initiative visant un travail d‟éducation financière du secteur privé. De même, il est
important dans le même cadre que la mise en place d‟un régime de change plus flexible aura
pour objectif d‟accompagner l‟ouverture du Maroc sur l‟économie internationale et le
développement du secteur financier, de renforcer la compétitivité de l‟économie marocaine
ainsi que, cette réforme du régime de change a été également encouragée par la fragilité du
régime de change fixe face à l'éventualité d'un choc extérieur important.

2. Diagnostic des enjeux de la flexibilisation du taux de change au Maroc

Quelques lacunes peuvent marginaliser ces efforts, ce qui exacerbe les ambiguïtés et craintes
des opérateurs économiques quant à, d‟une part, l‟opportunité de cette réforme et les raisons
réelles qui la sous-tendent et, d‟autre part, les retombées potentielles en termes de coûts
additionnels sur leur activité.
Dans cette partie on va mettre l‟accent sur les enjeux qui entravent la transition efficace et
réussite vers un régime de change flottant, on va les énumérer pour pouvoir atténuer leur
impact sur cette réforme.
Si l‟on permet à dire que les prérequis sont réunies afin de parvenir au passage vers le
flottement du dirham, l‟influence de ce régime sur l‟économie sur une longue période reste
incertain. À court terme, tout soumettra de la variation du dirham au sein de la nouvelle bande
de fluctuation. En effet :
_La politique monétaire dans une petite économie ouverte reste plus ou moins dépendante de
celle menée au sein d‟une grande économie, relativisant de ce fait ce que stipule la théorie ;

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_La supériorité de la politique monétaire sur la politique budgétaire, en se fondant sur


l‟efficacité de la première à court et moyen termes ;

_ La tonalité globale du discours se révèle de nature alarmiste et fataliste, consistant à dire que
si le Maroc ne fait pas le choix aujourd‟hui d‟une flexibilité graduelle et ordonnée de son
régime de change, il se soumettra demain à « un passage forcé » au flottement ;

_ Aussi, en expliquant l‟avènement des crises de change par un manque de flexibilité dans la
détermination de la parité d‟une monnaie est dépassé, au regard du fait que les régimes
intermédiaires et fixes ne sont pas intrinsèquement instables ;
_En pratique, les crises de change ne sont pas dues à un quelconque manque de flexibilité de
la parité d‟une monnaie, mais plutôt à une défaillance au niveau du contrôle des flux de
capitaux spéculatifs conjuguée à une grande versatilité de la psychologie des marchés
financiers (pays d‟Asie Sud-Est, Turquie,…), à la dépendance économique vis-à-vis des
marchés de matières premières très volatiles (Amérique Latine, Nigéria) ou au risque
d‟instabilité politique (Egypte).

Tandis que, la question de l‟inflation importée reste l‟une des problématiques majeures pour
le cas du Maroc qui sera immédiatement affecté par la hausse des prix opérée chez ses
partenaires commerciaux ; en l‟occurrence, sur les produits de consommation et d‟énergie.
L‟accroissement des prix ne va pas toucher seulement les produits, mais aussi les secteurs qui
s‟y rapportent.

Autre contre-argument avancé par les contre-réformistes, le fait d‟aller vers un taux de change
flottant produirait une instabilité plus élevée du taux de change, que les autorités
reconnaissent et qui se fera au préjudice des entreprises en l‟occurrence, celles PME 24. En
conséquence, en cas de dévaluation du dirham, il y aurait un danger d‟inflation importée sur
les produits incompressibles comme le pétrole. Par ailleurs, une dévaluation du dirham
induirait à une hausse du poids de la dette extérieure libellée en dollar.

En outre, le coût des instruments de couverture proposés par le secteur bancaire est jugé
«cher» qui dépendra de nombreux paramètres incompressibles à titre d‟exemple le taux
d‟intérêt, cours spot, volatilité…

Selon les statuts de Bank Al -Maghrib, la prérogative de modifier la politique du taux de


change relève du gouvernement. Nonobstant, Bank Al -Maghrib a organisé des campagnes de

24
Petites et Moyennes Entreprises.
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communication faisant croire à l‟opinion publique que ce dossier relève de ses compétences.
Alors que, légalement et politiquement, c‟est le gouvernement qui est en charge de la
question. On ne peut pas dire, d‟une part, qu‟on est pour la liberté du marché et, d‟autre part,
qu‟on veut contrôler ce qui est le cœur du marché : la spéculation.

Le commerce extérieur a enregistré un déficit de 180 milliards de dirhams l‟année dernière.


D‟où les exportations sont presque deux fois inférieures aux importations, il y aura forcément
une forte demande de devises, ce qui fait que les importateurs vont offrir des dirhams pour
avoir les autres monnaies. Et là, l‟offre du dirham va être supérieure à la demande. La
situation la plus logique et probable est une demande insuffisante du dirham face à une offre
excédentaire. Le dirham va d‟abord se déprécier dans la limite du plafond établi. Mais si la
demande continue à être faible et que le dirham risque de se déprécier au-delà de la limite
autorisée, la BAM va se retrouver dans l‟obligation d‟acheter des dirhams25. Elle va donc
puiser dans ses réserves de change pour soutenir le cours du dirham.

Il est important de préciser qu‟aucune politique de change n‟est en elle-même une protection
contre les vulnérabilités financières. En effet, les importateurs et exportateurs marocains
dépendent presque entièrement aujourd‟hui du taux de change compétitif pour l‟accès aux
fournisseurs et marchés. En fait, l‟existence d‟un régime de change performant n‟est plus un
luxe. Elle est devenue un impératif, un élément essentiel pour relever et préserver les défis de
la compétitivité globale du commerce marocain, principalement des exportations. Pour
surmonter ces handicaps, le Maroc s‟est engagé, ces dernières années, dans un processus de
modernisation de plusieurs secteurs via les politiques sectorielles et le développement de ses
infrastructures. L‟objectif est alors d‟introduire la concurrence, de réguler le marché et
d‟encadrer les petites et moyennes entreprises.

Conclusion :

Le passage vers plus de flexibilité n‟est pas sans risque, alors, il faut choisir un régime de
change optimal, en dehors des solutions du coin.En un mot, la politique d‟intervention et de
subvention éternelle du taux de change ne peut durer éternellement à cause d‟un éventuel
stress des réserves de change. En effet, la politique de change ne devra pas se limiter en
permanence à une gestion de liquidité en devises.

25
Les deux épisodes de dévaluation de la monnaie nationale de 9,25% et 5%, survenue respectivement
en 1990 et 2001. La dernière dévaluation en date (5% en 2001) avait pour objectif de booster les
exportations. Or, celle-ci n‟a eu aucun effet sur le niveau des exportations et le déficit commercial n‟a
cessé de s‟aggraver depuis.
20
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Comme plusieurs économies émergentes, le Maroc vise comme objectif stratégique, dans les
années à venir, une plus grande libéralisation de son régime de change. L‟expérience de
certaines économies émergentes montre que si la libéralisation des mouvements de capitaux
peut promouvoir l‟efficacité de l‟économie, elle appelle inévitablement un réexamen de la
politique de change. Celle-ci est devenue l‟une des marges de manœuvre de politique
économique. Sachant bien qu‟il n‟y ait plus des droits de douane en dépit des accords de libre-
échange. Donc tout choix d‟une politique de change en dehors de la prise en compte de ces
considérations peut mener à des résultats trop graves, à ce stade, l‟établissement d‟un
arbitrage reste la meilleure façon afin de minimiser les chocs internes et externes. Malgré tout
ça et bien d‟autre, Cette politique de prudence dans le cadre, bien entendu, de régime de
change fixe, n‟a pas pu escompter tous les objectifs espérés. Mais peu importe les effets, le
cap de la libéralisation a été pris. A l‟économie marocaine de s‟adapter !

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