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MASTÈRE SPÉCIALISÉ : INGENIERIE FINANCIERE ET FINANCE ISLAMIQUE

RAPPORT SOUS LE THEME :

LE POIDS DE LA FINANCE ISLAMIQUE

DEMANDÉ PAR : RÉALISÉ PAR :

Pr. Mr BACHAR ABDELGHANI AMHAOUCH HIND

ALLIOUI FATIMA EZZAHRA

EL IDRISSI OUMAIMA

2021/2022
SOMMAIRE

INTRODUCTION

CHAPITRE I : L’EMERGENCE DE LA FINANCE ISLAMIQUE


SECTION I : L’apparition de la Finance Islamique au niveau International

SECTION II : L’apparition de la Finance Islamique au niveau national

CHAPITRE II : LA REPARTITION GEOGRAPHIQUE DE LA FINANCE

ISLAMIQUE
SECTION I : la répartition géographique de la finance islamique dans le monde

SECTION II : la répartition géographique de la finance islamique au MAROC

CONCLUSION
Introduction
La finance islamique est un système financier inclusif conforme à la Charia qui vise à créer Une
offre financière adossée à l’économie réelle, avec une approche éthique, Economiquement viable,
respectueuse de l’environnement et socialement responsable. En Prohibant le crédit à intérêt et
en décourageant l’endettement excessif, la finance islamique Encourage la participation et le
partage des risques entre les agents économiques qui Détiennent le capital et ceux qui en ont
besoin.

Les effets du système financier qui domine le monde actuel et qui est basé sur les intérêts ont
Un impact à l’échelle macroéconomique. Les oulémas ne considèrent que les transactions Basées
Sur les intérêts portent préjudice à l’emprunteur en raison de l’inégalité des relations Privilégiant
le prêteur, encouragent la concentration de la richesse entre les mains d’une Minorité de
personnes et accroissant la disparité économique entre les riches et les pauvres. On peut imaginer
qu’untel système peut être source de troubles sociaux économiques, alors Que la Charia cherche
à instaurer l’harmonie et l’équilibre dans la société.

Alors, que La finance islamique encourage la création et la distribution de richesses d’une


manière éthique, juste et équitable. L’argent doit rester en circulation et permettre une
croissance économique Harmonieuse et équilibrée au profit de l’ensemble de la société. La
finance islamique favorise également les transactions financières éthiques encourageant le
commerce, le travail, l’entreprenariat, la transparence, l’honnêteté, la droiture, l’intégrité et
l’équité, ce qui inspire également une attention envers les plus démunis à travers l’aumône, les
œuvres caritatives et le bien-être pour toutes les classes sociales.

L’objectif primordial de ce cadre éthique est d’instaurer la paix et l’harmonie dans la société où
tout le monde obtient une part équitable de la richesse où les agents économiques se soutiennent
mutuellement et de manière constructive.

Le secteur de la finance islamique est devenu un moyen efficace pour réduire la pauvreté,
améliorer l’accès au financement, développer et diversifier le secteur financier, renforcer la
stabilité et la résilience financière et financer le développement dans le monde entier, y compris
dans les pays à majorité non musulmane. La finance islamique a déjà été intégrée dans le système
financier mondial avec de nombreux hubs de premier plan tels que Londres, Hong Kong,
Luxembourg et Singapour, qui ont créé des environnements juridiques et fiscaux propices à la
finance islamique.

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De plus, le secteur de la finance islamique a su se sophistiquer et se standardiser notamment
par l’adoption de normes de gouvernance Charia, d’audit, d’éthiques mais également de normes
comptables et de cadres prudentiels émis par des organismes indépendants et d’envergure
mondiale tels que l’AAOIFI (Accounting and Auditing Organisation for Islamic Financial
Institutions) et l’IFSB (Islamic Financial Services Board).

Suite à cette mondialisation et une croissance phénoménale, un besoin urgent


d’harmonisation et de normalisation s’est fait sentir dans le secteur pour atteindre les principaux
objectifs suivants :

• Maintenir l’intégrité de secteur de la finance islamique et protéger sa réputation contre toute


pratique controversée ;

• Renforcer la stabilité du secteur de la finance islamique ;

• Fournir des références, des normes et des meilleures pratiques internationalement reconnues
aux parties prenantes du secteur ;

• Créer l’uniformité et la cohérence dans les opérations des FSFI en se concentrant sur les
structures des produits, les processus et les procédures, les exigences de gouvernance et de
conformité à la Charia, la comptabilité et l’audit, la gestion des risques, la gestion des liquidités,
etc. ;

• Stimuler les transactions d’investissement transfrontalières et la coopération internationale


dans le secteur de la finance islamique ;

• Réduire les coûts opérationnels globaux, rationaliser les activités quotidiennes et améliorer
l’efficacité des FSFI, en particulier lorsque la capacité des parties prenantes, y compris, mais sans
s’y limiter, les régulateurs et les acteurs du marché, est très limitée en raison de l’introduction
récente de la finance islamique dans certains pays.

Quelles sont alors les premières traces et les dates marquantes dans l’émergence et l’évolution
de la finance islamique au niveau international et national? Quels sont les obstacles qui freinent
sa croissance ? Et quel État des lieux de la finance islamique à l’échelle mondiale , et au niveau du
Maroc?

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CHAPITRE I : L’EMERGENCE DE LA FINANCE ISLAMIQUE

Le 1er chapitre est subdivisé en deux section la première sera consacrée pour l’apparition de la
Finance Islamique au niveau international, ainsi que la deuxième section pour l’apparition de la
Finance Islamique au Maroc.

Section 1 : L’apparition de la Finance Islamique au niveau International

 Les étapes caractérisant l’émergence du système financier islamique :

Afin d’améliorer la compréhension du phénomène de la finance islamique, il est nécessaire de


passer en revue les étapes
caractérisantl’émergencedecesystèmefinancieretlesélémentsdesondéveloppement.En effet,
l’apparition de la finance islamique s’est faite avec la création de la première banque islamique en
1963 en Egypte, de la banque Amanah auxPhilippinesen1973, de la Banque islamique du
développement en 1974 et de la Banque commerciale de Dubaï en 1975. Néanmoins, il est utile
de noter que ces années ont été celles d’une demande croissante de la population qui ne voulait
plus déposer ses actifs dans les banques aux instruments financiers conventionnels. En outre,
depuis plus d’un siècle, le pétrole est l’un des moteurs fondamentaux de la croissance
économique mondiale utilisé aussi bien dans la production industrielle que dans les transports. Le
recyclage des pétrodollars a donné lieu à une sur liquidité abondante qu’il faut chercher à placer,
Cette sur liquidité venue du développement de l’industrie pétrolière a été accentuée par les deux
chocs pétroliers qui ont marqué l’histoire du XXe siècle. Ces chocs ont été le reflet de la crise de
1973 et de la révolution iranienne de 1979, suivie de la guerre entre l’Iran et l’Irak. Certains
utilisent même l’expression de« troisième choc pétrolier
»pourdésignerl’augmentationdescoursdupétroleen2008dueàunsurcroîtdelademande.

L’évolution dans le monde non musulman: Le grand succès réalisé par la finance islamique
pratiquée dans le monde musulman intéresse de plus en plus le monde non musulman, qui veut à
tout prix attirer une catégorie d’investisseurs, qui ont un gisement très important et désirant
l’investir conformément à la charia.

Parmi ces pays la Grande-Bretagne, la Suisse, la France, l’Allemagne et les Etats unis.

La Suisse :

Le 27-07-1986, une institution financière Dar Al Maal Al islami est fondée en Suisse. Elle est
parmi les plus importantes institutions financières islamiques dont le siège est à Genève. Cette
banque a pour objet de fournir des services bancaires commerciaux islamiques (dépôts, prêts,
cartes de crédit, gestion de fonds et de portefeuille).

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L’Allemagne :

L’année 1978 est caractérisée par l’apparition de la première institution islamique en Europe
dénommée la Islam Bank System International Holding, qui est installée au Luxembourg. Elle est
la première qui a travaillé selon la théorie de la Mudaraba. A partir du 01- 07-1985, elle est
devenue Islamic Finance House Universal Holding (IFHUH).

D’autre part, la majorité des institutions allemandes comme la Deutsche Bank, sont impliquées
dans la finance islamique, mais il y a encore, peu d’activité en Allemagne parce qu’il est plus
difficile de rendre les produits financiers charia conformes aux standards de supervision.

La Grande-Bretagne

Londres est sans conteste la première place financière islamique et également laplaque
tournante des réflexions et discussions sur cesujet.

Par conséquent, la Grande-Bretagne est le pays d’Europe le plus avancé et le plus ouvert à une
réelle implantation du système financier islamique.

Il existe deux modèles possibles pour les banques islamiques au Royaume uni ; le premier
consiste à se revendiquer comme pleinement islamique. Le second est considéré comme la vitrine
islamique d’organismes plus traditionnels.

Trois banques fonctionnant sur le premier modèle, sont actuellement autorisées à opérer :
l’Islamic Bank of Britain, l’European Islamic Investisment Bank et la Bank of London and middle
East, outre, un fonds spéculatif islamique et une compagnie d’assurance islamique Takaful.

La France :

Avec près de 5 millions de musulmans vivant en France. Population qui croit aussi le plus
fortement en Europe, la France ne compte pas encore dans le monde de la finance islamique,
sauf quelques banques qui sont actives sur ce créneau telles que BNP Paribas qui a crée en 2003 à
Bahreïn une division islamique pour répondre à la forte demande de la clientèle Calyons, la
banque d’affaires du crédit agricole a ouvert son islamic Banking Unit en 2004 Nataxis , une
banque populaire a aussi annoncé en 2006 d’avoir participé au financement de la flotte d’une
nouvelle compagnie aérienne koweitienne à coté de Kuwait Finance House deuxième banque
islamique mondiale.

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Les Etats Unis :

Les Etats Unis disposent d’un réel marché pour le développement des services financiers
islamiques, grâce au nombre de musulmans qui dépasse les 6 millions dont la plupart ont un
revenu très important. En réponse à cette forte demande, plusieurs institutions ont été lancées.
Parmi celles-ci, la Lariba Bank de l’America Finance House, qui est autorisée à opérer dans plus de
13 Etats américains. Cette dernière propose une panoplie de services de financement, parmi
lesquels, le Leasing Immobilier, les voitures et les équipements médicaux. Une autre institution
qui s’est également largement développée est l’Amaria Mutual Fund basée à Washington, ce
fonds permet aux investisseurs de placer leur argent dans un portefeuille diversifié d’actions de
compagnies conformément aux principes de la charia.

Si la jeunesse de la finance islamique a été dominée par un petit nombre de pays


(essentiellement l’Arabie Saoudite, l’Egypte et le Pakistan), au cours des années 70 et 80, de
nouveaux centres de finances islamiques apparaissent notamment dans certains pays
occidentaux.

Donc l’activité financière islamique est devenue mondiale avec un nombre colossal
d’établissements financiers éparpillés dans plusieurs pays.

 La finance islamique solution alternative à la finance conventionnelle

La finance islamique puise ses sources et ses fondements de la charia, mais c’est avant tout une
finance qui se veut universelle, éthique et solidaire. Elle n’a pas vocation à s’adresser seulement
au monde musulman. En effet cette industrie pourrait se passer en avant sur la scène de la
finance mondiale surtout en cette période de morosité économique ou la crise financière montre
les limites du système financier actuel. Ce climat délétère doit faire penser aux autorités
monétaires de plusieurs pays à envisager des finances alternatives. La dernière crise financière
mondiale a donné l’occasion à la finance islamique de faire montrer sa résistance à l’égard de
cette crise et sa capacité à innover sans nuire à l’économie. La finance islamique donc se
mondialise. Elle semble fasciner l’occident et exciter la curiosité des financiers qui y voit un
creuset d’innovations financières.

Et Avec l’effondrement des marchés financiers et la grave récession qui s’en suivie , les
gouvernants des grandes puissances économiques de ce monde ont commencé à prendre
conscience qu’il y a péril en la demeure de système financier déjà en existence et que le salut
même du système exigeait le retour à minimum de pondération , de retenue et de moralité. En
plein pleine crise financière, une forme de finance commence à exister à l’intérieur d’ancien
système. Cette jeune finance tire justement son fondement et sa raison d’être de cette éthique
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d’essence religieuse prohibant sans aucune complaisance l’usure et la spéculation qui sont à
l’origine de la crise financière.

Cette crise économique et financière mondiale a imposé aux pays de trouver des solutions
profondes et urgentes pour répondre à la dégradation de leurs grands équilibres macro-
économiques. Plusieurs secteurs sont touchés par cette crise en particulier le secteur financier
dans plusieurs pays occidentaux. Ce qui a généré l’effondrement et la défaillance de plusieurs
groupes bancaires internationaux. Ces derniers perçoivent dans le niveau de résilience dont ont
fait preuve certaines banques islamiques suite à la crise des sub primes l’assurance d’un système
plus résistant aux turbulences et plus performant que le système bancaire classique.

Ainsi, ce concept (la finance islamique) se veut comme remède aux exigences de la finance
internationale basée sur la rémunération des crédits par des intérêts en proposant des produits
légitimés par la référence à l’Islam. Elle a pu s’intégrer facilement dans les circuits de la finance
internationale à travers sa propagation dans une grande partie des pays arabes et islamiques.

Considérée comme la solution crédible et alternative à la finance conventionnelle, la finance


islamique continue sur son évolution constante et rapide. Actuellement, les deux références
mondiales en la matière sont la Malaise et les pays du Golf.

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Section 2 : L’apparition de la Finance Islamique au niveau national

Depuis l’été 2007, le système financier international traverse une des plus graves crises dans
l’année 1929. Plusieurs banques, notamment américaines étaient sur le point que les autorités
publiques ont dû intervenir pour les sauver. Ce qui est en contradiction avec les principes
généraux de l’économie libérale. Il fallait donc réfléchir sur un autre mode de fonctionnement de
l’institution bancaire et financière. Ces changements que connait l’économie mondiale pousse les
agents économiques à innover de plus en plus et dans tous les domaines. Ces innovations
chercheront des financements accessibles à des conditions abordables selon leurs religions et
leurs esprits, qui puissent leur assurer une croissance forte, stable et durable.

La finance participative trouve alors sa place dans cet ensemble de mouvements économiques
dans monde vu que depuis sa création, elle a toujours contesté certaines activités en
encourageant l’économie dans la bonne voie au nom des valeurs collectives (morale, religion,
défense de l’environnement ...).malgré cette initiation dans l’industrie financière islamique depuis
2007 , soit plus décennie , le Maroc est considéré parmi les pays ayant pris beaucoup de retard
par rapport aux pays arabes et musulmans . Cette première expérience a connu un rythme de
progrès très long.

L’avant lancement effectif des banques participatives peut être résumé dans un certain nombre
d’actions ayant marqué la période entre 2007 et2017 à savoir:

Figure 1: Chronologie de l’avant lancement effectif des banques participatives au Maroc

Source: construction de l’auteur à partir de la documentation sur la finance participative au Maroc.

L’arrivé au Maroc des techniques bancaires conformes aux préceptes de l’islam avait été
annoncé par Bank Al-Maghreb, en introduisant de nouveaux produits bancaires « ijara,
Moucharaka et Mourabaha » conformes à la charia dès le mois d’octobre 2007. L’annonce a été
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faite par le wali du Bank Al-Maghreb Abdellatif Jouahri lors d’une conférence de presse tenue à
Rabat mardi 23 Mars 2007

Les banques islamiques sont souvent considérées comme des banques refusant la pratique de
l’intérêt face aux banques classiques reposant principalement sur les intérêts.

La finance islamique a toujours manifesté de l’intérêt pour le Maroc. Depuis le début des
années 1980, plusieurs institutions financières islamiques approchent les autorités monétaires
marocaines dans la perspective d’une implantation dans le royaume. On se rappelle, également,
d’une tentative de création d’une banque islamique locale, marocaine, initiée en 1985 par
Wafabank. Depuis cette époque toutefois, la banque centrale du Maroc (Bank Al Maghrib) a
toujours été hermétique à l’idée d’octroi d’agréments à des banques spécialisées dans la finance
islamique.

Une certaine sensibilité au sujet avait certainement caractérisé le comportement des autorités
politiques et monétaires au royaume : que dire alors des banques traditionnelles ? sont-elles non
islamiques !

Ce scepticisme est d’autant plus curieux que le Maroc est un pays qui a toujours compté dans la
communauté musulmane internationale. Pour exemple, le Maroc a été l’un des pays fondateurs
de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI) : L’assemblée constitutive de cette
organisation intergouvernementale a eu lieu à Rabat le 25 septembre 1969, sous la présidence de
feu Hassan II, lequel a été le premier chef d’État musulman à lancer l’idée d’une rencontre au
sommet des chefs d’États des pays islamiques (3ème sommet des pays arabes, Casablanca en
1965).

Membre actif au sein de l’OCI, le Maroc va être un des pays artisans de la création, en 1975, de
la Banque Islamique de Développement (BID) dans le but de stimuler le développement
économique et le progrès social des communautés musulmanes selon les principes de la charia.

C’est justement durant l’année 2007 que les autorités marocaines acceptent une première
ouverture. Le 13 septembre 2007, en effet, Bank Al Maghrib (BAM) diffuse une recommandation
fixant les conditions générales selon lesquelles les banques peuvent présenter au public des
produits islamiques. Les produits concernés sont la Murabaha, l’Ijara et la Musharaka.

Il s’agit cependant d’une simple recommandation intégrante simplement l’offre de produits


islamiques à la loi bancaire déjà existante, sans consécration du statut spécifique de banque
islamique.

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1.1.1. Le lancement des produits alternatifs :

Le premier pas qu’a pris le Maroc dans l’industrie financière islamique date de plus d’une
dizaine d’années. En octobre 2007 Bank Al-Maghrib a établi le cadre réglementaire des produits
islamiques, la dénomination choisie pour ces produits était « produits alternatifs » et ce pour
éviter l’adjectif ‘islamique’ (Radi and Bari, 2012). Une année plus tard, il a autorisé la
commercialisation de trois produits alternatifs à savoir : La Mourabaha, la Moucharaka et l’Ijara.
Cependant, il a été interdit de se référer au label islamique dans la publicité (Zarouali,2017). La
Banque Populaire et la BMCE ont retiré leurs offres, et la banque Attijariwafa Bank a créée
«DARASSAFA» pour commercialiser ses produits dits «alternatifs».

L’expérience des produits bancaires alternatifs a connu un échec marquant, dû


principalement, À la cherté de ces produits (Zahiri, 2013), elle aussi résultant de plusieurs
contraintes D’ordre fiscal, organisationnel et réglementaire(Abdedaime, 2014) L’ensemble de ces
contraintes peut être résumé dans le diagramme suivant (Alaouiand Maftah,2012).

Figure 2 : Diagramme d’Ishikawa: les contraintes des produits alternatifs au Maroc

Source: livre‘ La finance islamique au Maroc: Les voies de la normalisation

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1.1.2 La Finance islamique au Maroc :le CESE adopte son avis surle projet de loi :

Sept ans après l’autorisation de la commercialisation des produits alternatifs, Le Conseil


Économique, Social et Environnemental (CESE) a adopté en 2014 son avis relatif au projet de loi
n°103.12 relatifs aux établissements de crédit et organismes assimilés. L’avis contenait plusieurs
recommandations émises par le CESE, a fin d ’assurer aux banques et autres institutions
financières participatives un cadre réglementaire plus cohérent et stable. Ces
recommandations concernent notamment l’assurance participative(Takaful),le Conseil Supérieur
des Oulémas, les mécanismes de garantie et les textes législatifs et réglementaires des
organismes de régulation et de supervision.

1.1.3 La loi 103.12 ouvre la porte à la banque islamique :

L’année 2014 a connu également l’adoption de la Loin°103.12 relatives aux établissements de


crédit et organismes assimilés, Cette loi a consacré une partie aux banques participatives. Elle est
entrée en vigueur après sa publication dans le Journal officiel. Cette loi a permis la création
d'établissements bancaires participatifs et a donné aux sociétés marocaines le droit d'émettre des
obligations Shariah Compliant.

1.1.4 Banques participatives: BankAl-Maghrib émet les premières circulaires dédiées

Considéréecommeétantuneétapenécessaireavantd’octroyerlespremiersagréments, Bank Al-


Maghrib a validé quatre circulaires dédiés aux banques participatives et ayant pour objectif
l’encadrement de cette industrie financière.

- La première circulaire 4 : présente les caractéristiques techniques et les modalités de


présentation des produits participatifs.

- La deuxième circulaire 5 : présente les modalités de collecte et de placement des dépôts


d’investissement.

La troisième circulaire6 : concerne les conditions et modalités d'exercice des activités


participatives.

-La quatrième circulaire7 : se rattache à la fonction de conformité aux avis du conseil supérieur
des oulémas (CSO)

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1.1.5 La loi 59.13 crée le cadre juridique de l’assurance Takaful au Maroc :

La loi N° 59.13 a été publiée au Bulletin Officiel après à son adoption par le parlement. Cette loi
comprend les dispositions réglementaires relatives à l’assurance Takaful ainsi que les principes
régissant cette assurance. Une étape tant attendue par les professionnels de la finance
participative. La démarche adoptée par BAM est la commercialisation de ces produits par les
banques déjà agréées ; il n’y a donc pas besoin de créer pour cela des banques spécialisées
(islamiques).

Ceci dit, elle laisse le choix aux banques de commercialiser ces produits soit via leur propre réseau
de distribution, soit via des filiales dédiées.

La Banque centrale arrête, en coordination avec le Groupement professionnel des banques du


Maroc (GPBM), les schémas comptables et les modalités d’enregistrement des opérations liées à
ces produits et rédige, sur la base des règles édictées par l’AAOIFI (Accounting and Auditing
Organization for Islamic Financial Institutions), les modèles types de contrats.

Toujours en collaboration avec le GPBM, BAM élabore un guide fixant, pour les banques, les
conditions de la communication sur la commercialisation des produits islamiques.

En 2016, le Maroc s'apprêtait à voir l'ouverture des premières banques participatives, des
banques dites "islamiques". Certes le projet fut validé depuis 2014, cependant, les banques
marocaines ont demandé un délai afin de se préparer à ce type de finance spécifique. Les banques
marocaines redoutaient une distorsion de leur marché habituel avec l’entrée, dans leur territoire,
de groupes bancaires des pays du golfe.

Les banques participatives ambitionnent d'apporter des solutions de financement de logements


aux clients rétifs aux prêts bancaires standards. Après un an Bank AlMaghrib a publié le 2 janvier
2017 un communiqué du Comité des Établissements de Crédit relatif à l’agrément pour l’exercice
de l’activité bancaire participative. Toutes les banques marocaines candidates ont obtenu leur
agrément, presque toutes ayant choisi de se lancer en partenariat avec un leader international de
la finance islamique. Les banques participatives ci-après ont obtenu leur agrément et démarré
leur exploitation courante en 2017.

Tableau 1: liste des banques participatives au Maroc

Banque Participative Banque nationale Partenaire


Bank Al Tamwil wa lInmaa BMCE Bank Al Baraka Banking Group(ABG)

(BTI Bank)
ASSAFA Bank Attijariwafabank -
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Umnia Bank CIH Bank, Qatar International Islamic
Bank(QIIB)
Bank AlYousr Banque Centrale Guidance Financial Group
Populaire

(BCP)
AlAkhdar Bank Crédit Agricole du Société islamique pour le
Maroc développement

Du secteur privé(ICD)

Source: construction de l’auteur à partir des sites web des banques participatives marocaines

Le Comité des Établissements de Crédit a également émis un avis favorable pour autoriser trois
banques à ouvrir des fenêtres participatives (agences ou guichets spécialisés Islamique Windows)
pour offrir à leur clientèle des produits bancaires participatifs. Il s'agit de :

 BMCI – Najmah ‫نجمة‬

 Crédit du Maroc – Arreda ‫الرضى‬

 Société Générale – Dar Al-Amane ‫األمان دار‬

Pour compléter l’écosystème de la finance participative au Maroc, un certain nombre d’organes


s’ajoutent aux banques participatives pour assurer le fonctionnement harmonieux de l’industrie
financière participative, ces organes sont :

La Banque Centrale : Bank Al-Maghrib ;

- Le ministère de l’Economie et des finances ;

- L’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) ;

- L’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS) ;

- La commission des finances participatives au sein du Conseil supérieur des oulémas (CSO).

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Figure 3 : La structure de la finance participative au Maroc :

RÉGULATEURSDES SECTEURSBANCAIREETFINANCIER
AMMC BAM ACAPS
BANQUE
PARTICIPATIVE

IREITS SUKUK
MARCHÉ
OUOPCI
DESCAPITAU
GARANT DE X

LACONFORMITÉ SHARIACOMPLIA
ASSURANCE
FONDS NT
SHARIA PARTICIPATIVETA
PARTICIPATIFSOPCV
KAFUL
M,
INDICE
ETFs
BOURSIERSHARIACOMPLIANT

Source:(Bar-Rhout,2018)

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CHAPITRE II : LA REPARTITION GEOGRAPHIQUE DE LA FINANCE ISLAMIQUE

INTRODUCTION :

En termes de taille, le secteur de la finance islamique s’est développé rapidement au cours de


la dernière décennie, progressant à des taux relativement impressionnants. À fin 2020, les actifs
du secteur de la finance islamique étaient évalués à plus de 2,800 milliards de dollars répartis sur
des dizaines de pays, couvrant principalement le secteur bancaire, les marchés des capitaux et les
assurances.

De plus, le secteur de la finance islamique a su se sophistiquer et se standardiser notamment


par l’adoption de normes de gouvernance Charia, d’audit, d’éthiques mais également de normes
comptables et de cadres prudentiels émis par des organismes indépendants et d’envergure
mondiale tels que l’AAOIFI (Accounting and Auditing Organisation for Islamic Financial
Institutions) et l’IFSB (Islamic Financial Services Board).

Le marché devrait atteindre 3,800 milliards de dollars supplémentaires d’ici 2023, grâce à
l’adoption de la finance islamique par de nombreux pays à travers le monde et aux efforts
continus en termes de standardisation.

Après avoir appréhendé la question d’émergence et l’évolution du développement de la


finance islamique, Ce chapitre est dédié en premier plan à cartographier la place de la finance
islamique dans les différents continents du monde. En commençant par l’Afrique, la région MENA
puis l’Asie et finalement l’Europe et les Etats Unis, et en deuxième plan, à montré l’expansion de
la finance islamique au Maroc.

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SECTION I : LA REPARTITION GEOGRAPHIQUE DE LA FINANCE ISLAMIQUE DANS LE MONDE

Le développement de la finance islamique au cours des deux dernières décennies est l'un des
développements les plus intéressants de l'histoire récente du secteur des services financiers
mondiaux. Les institutions spécialisées en finance islamique reconnaissent désormais que leur
marché n'est pas confiné à certaines régions du monde musulman mais continue à s’étendre à
l’échelle internationale.
La finance islamique moderne remonte aux années 70. Elle reste actuellement très concentrée
dans la région du Golfe persique et en Asie du Sud, mais commence néanmoins à prendre de
l’ampleur en Europe et aux Etats-Unis très probablement suite à la forte hausse du prix des
hydrocarbures. Afin de capter une partie de la liquidité abondante en provenance des régions
du golfe persique, les ingénieurs financiers ont affiné leurs offres afin d’intéresser une souche
d’investisseurs aux potentiels importants et ayant des convictions spécifiques

Malgré son encours estimé à plus de 2 800 milliards de dollars, la finance islamique ne
représente qu’un peu plus de 1 % de la finance classique. Autrement dit, son activité reste
relativement marginale.

Par ailleurs, on note depuis cinq ans une accélération significative de son encours. D’après la
Société islamique pour le développement du secteur privé, cette croissance ne devrait pas ralentir
au cours des années à venir. Elle estime, en effet, que l’encours financier des actifs islamiques
atteindra 3 800 milliards de dollars en 2023.

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Par ailleurs, Cette forme de finance est essentiellement pratiquée dans les pays du Moyen-Orient qui, avec
quelque 2 000 milliards de dollars, représentent près de 70 % de son encours total.

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1) ETAT DES LIEUX DE LA FINANCE ISLAMIQUE DANS L’AFRIQUE ET LA REGION MENA (HORS
CCG) :

1.1 LA FINANCE ISLAMIQUE EN AFRIQUE :

a) Atouts offerts par la finance islamique :

Les besoins des économies africaines sont considérables, notamment en matière de santé,
d’énergie, de logement, d’éducation et d’infrastructures. La finance islamique offre au continent
deux atouts intéressants :

1. Elle apporte de nouveaux outils au service du système financier qui peuvent permettre
d’augmenter l’inclusion financière des ménages et des entreprises ;

2. Elle permet d’attirer les investissements en provenance des pays du Proche-Orient qui
détiennent d’immenses liquidités à placer

La finance islamique regroupe l’ensemble des produits financiers conformes à la loi islamique,
la Charia. A l’heure actuelle, à peine 1,5 % 1 des investissements islamiques mondiaux sont dirigés
vers le continent africain. Malgré cette présence encore très faible, cette finance alternative à la
finance conventionnelle représente pourtant un espoir pour de nombreux investisseurs du
continent. En effet, la croissance démographique galopante pose des défis majeurs au continent.
D’après les chiffres de l’Institut National d’Etudes Démographiques (INED), la population du
continent devrait s’établir à 3,6 milliards d’habitants en 2100. Les besoins en termes
d’infrastructures, d’éducation, d’emploi et donc d’investissements sont donc gigantesques.

Malgré une présence encore dérisoire (seul 1,5 % du marché mondial de la finance islamique
est concentré sur le continent africain), les activités financières islamiques ne cessent de percer en
Afrique. En effet, plus d’une centaine de banques islamiques sont présentes sur le continent.
Leaders sur le marché, les banques islamiques ne sont pas les acteurs uniques, fonds islamiques et
institutions de micro finance s’y ajoutent. Les sociétés d’assurance, Takaful, sont en revanche
encore très peu développées. Comme en témoigne la carte suivante, l’établissement de banques
islamiques est réparti géographiquement sur tout le continent. Pour répondre à des besoins
exponentiels en termes de budget, certains Etats ont recours à l’émission d’obligations
souveraines respectueuses de la loi islamique, les Sukuk. Côte d’Ivoire, Sénégal et Togo ont ainsi
par exemple pu lever 1,2 milliards d’euros grâce à l’émission de ces obligations « Sharia-compliant
» depuis 2014. En octobre 2016, ces 1,2 milliards d’euros de Sukuk (représentant 766 milliards de
francs CFA) sont entrés à la Bourse régionale des valeurs mobilières d’Abidjan (BRVM). Une telle
cotation permet aux titres islamiques de devenir plus liquides, augmentant l’attractivité des
prochaines émissions de Sukuk en Afrique. Khartoum et Tunis sont les autres deux places
financières pour les Sukuk sur le continent.)
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De nombreux pays témoignent un intérêt grandissant pour l’industrie financière islamique.
Certains Etats, comme le Nigeria, ont annoncé leur volonté d’émettre prochainement des Sukuk
pendant que d’autres, comme le Kenya, adaptent leur règlementation financière et leur fiscalité.
La banque centrale marocaine a quant à elle finalement autorisé les activités financières
islamiques début 2017.

b) Avenir et Perspectives

Du côté de la demande, les perspectives pour le marché financier islamique sont importantes :
1. La bancarisation de la population africaine est encore faible. En effet, en 2014, 35 % des
Africains avaient un compte en banque contre 61,5 % dans le monde, d’après les chiffres de la
Banque Mondiale (Global Findex Database 2014). La micro finance islamique peut notamment
répondre aux besoins de financement des populations les plus exclues financièrement. Ethiopie
et Ouganda ont par exemple fait le pari d’augmenter l’inclusion financière et sociétale de leurs
populations grâce à ces établissements. La finance islamique permet de toucher un public sensible
à la culture et aux croyances religieuses. Certains individus s’excluent en effet volontairement du
système financier pour des raisons religieuses. D’après l’institut Pew Research Center, le nombre
de musulmans sur le continent était d’environ 406 millions en 2010 et devrait atteindre 638
millions en 2030. Il est toutefois important de noter que la religion n’est pas l’unique facteur de
développement du secteur. Kenya et Afrique du Sud, deux pays majoritairement chrétiens,
veulent faire de Johannesburg et Nairobi les centres financiers de leur région respective. Le
marché financier islamique est donc un atout de plus pour atteindre leurs ambitions. A terme, la
mise en place de produits et services financiers islamiques peut promouvoir un cadre favorable à
la mobilisation de nouvelles ressources. Les particuliers (ménages et entreprises privées) peuvent
espérer placer leur argent, sur des comptes à rémunération participative (Musharaka et
Mudharaba) ou des dépôts à vue compatible avec la loi islamique. Les entreprises peuvent
trouver de nouvelles sources pour lever des fonds et augmenter leur capital du côté de leur passif,
ou encore investir leurs liquidités pour améliorer la rentabilité de leur actif. Avec l’appui des
autorités prudentielles pour une mise en place optimale de la réglementation des activités
islamiques, un marché de la dette islamique local pourrait émerger, offrant davantage de
possibilités en termes de prêt et de placement. La finance islamique voit aussi son rôle se
développer sur le continent du côté de l’offre de services financiers islamiques. Généralement
émis en monnaie étrangère, les Sukuk émis par les Etats africains peuvent toucher deux types de
capitaux. Le premier type de capitaux provient des investisseurs issus des pays à majorité
musulmane du Proche-Orient et d’Asie désireux d’investir dans des actifs respectueux de la loi
islamique. Le second type de capitaux provient des investisseurs simplement désireux de
diversifier leurs portefeuilles. Les investisseurs et les banques islamiques du Moyen-Orient ont
des liquidités excédentaires à placer et représentent donc la cible la plus intéressante à l’heure
actuelle pour diversifier l’offre de financement en Afrique.
18
 Cas de l’Afrique du Nord :

Selon une étude de l’institut American Gallup sur la finance islamique menée dans les quatre
pays d’Afrique du Nord (Algérie, Maroc, Tunisie et Egypte), « le pourcentage des consommateurs
de produits bancaires issus de la finance islamique demeure très faible. Ce taux n’est seulement
que de 3% en Algérie et en Égypte, 2% en Tunisie et 1% au Maroc. »

Effectué en 2011, un rapport de la banque africaine de développement sur la finance islamique


dans les pays du Maghreb signalait que le montant des opérations financières islamiques restait
alors dérisoire par rapport aux besoins de ses pays, et au vu du potentiel de financement des
institutions financières islamiques. Cela confirme les résultats des études et recherches qui
s’accordent sur le fait que le développement de la finance islamique en Afrique du Nord reste très
lent malgré ses capacités. Toutefois, les législations en place commencent à s’y intéresser. En
effet, selon une étude publiée par Standard and Poor’s (S&B) le 18 février 2014 : « Après des
années de désintérêt pour cette finance alternative, la Tunisie et l’Egypte, tout comme le Maroc,
seraient prêts à l’intégrer dans leur système économique. […] Elle permettra ainsi de financer des
projets d’infrastructures. » 34 Ce constat est confirmé par une étude réalisée au Maroc, laquelle
prévoit que les actifs financiers islamiques devraient peser entre 5,2 et 8,6 milliards de dollars en
2018.

1.2 LE DEVELOPPEMENT DE LA FINANCE ISLAMIQUE DANS LE RESTE DU MENA (HORS LE CCG) :

Le développement de la finance islamique dans la région du MENA (Middle East and North
Africa), hors le CCG9 (Conseil de coopération du Golfe), et du SEA (South-East Asia), hors la
Malaisie, est en croissance continue.

La finance islamique dans la région du MENA (Hors le CCG) a connu un développement ces
dernières années, notamment, suite à l’initiative prise par des investisseurs privés du CCG. En
Iran, le système bancaire est passé en un système islamique (plus de 67% des banques iraniennes
sont purement islamiques) et il y a eu une nationalisation de toutes ses institutions financières. La
banque islamique est toujours un marché de niche en Afrique du Nord. L’agence de notation
Standard&Poor’s estime que des facteurs économiques et un paysage sociopolitique favorables
devront accélérer sa croissance dans la région et ainsi soutenir le développement de cette
industrie à travers le monde. En 2016, les actifs bancaires islamiques était de 540,5 milliards USD,
en représentant ainsi 36,19% du total dans le monde comme il est constaté dans le tableau ci-
après à-propos des actifs financiers islamiques par secteur et par région en Milliards USD pour
l’année 2016. Le Takaful dans cette région n’est pas aussi développé que dans les pays du CCG, tel
que. En Iran la répartition du Takaful en 2012 est comme suit : 27% pour le secteur médical, 3%
pour la marine et l’aviation, 18% pour la propriété et les accidents et 53% pour l’automobile.
L’assurance islamique « Takaful » existe également dans les pays d’Afrique du Nord. En effet, le
19
Soudan est le premier pays de cette région à avoir adopté les produits Takaful en 1979 ; en 2011,
le poids du Takaful était de 340 millions de dollar et en 2012, le Soudan comptait quiz compagnies
Takaful (le premier marché en Afrique). En 2012, le nombre de compagnies Takaful était en
Egypte de huit ; en Algérie, Tunisie et Lybie d’une seule compagnie.

Tableau 2: Actifs financiers islamiques par secteur et par région en Mds USD pour l’année 2016

Source: Islamic Financial Services Industry Stability Report 2017. BSI Economics

2) ETAT DES LIEUX DE LA FINANCE ISLAMIQUE DANS L’ASIE :

Aujourd’hui, seuls l’Iran, le Pakistan et le Soudan imposent aux banques de fonctionner exclusivement selon les
Partout préceptes du Coran. Ailleurs, les deux systèmes bancaires coexistent.

1.1 PAKISTAN :

La Chariaa a été introduite, en 1977, comme loi officielle du pays. Dès lors naissance, est née une volonté
d’adapter toutes les institutions du pays, parmi lesquelles les institutions bancaires et financières, aux lois
islamiques.
Tableau 3 : Les banques islamiques et les institutions financières au Pakistan

Source :The Banker, novembre 2007

20
Le Pakistan a été parmi les trois pays dans le monde qui ont essayé de mettre en place un
système financier islamique au niveau national. Ce processus a été confié au Conseil de l'idéologie
islamique, en charge de la préparation d’une structure du système économique sans intérêt. Ainsi,
sous l'ordre du président Muhammad Zia Ul-Haq (1977-1988), un conseil, comprenant des
juristes, des banquiers et des économistes, a été invité à penser un plan mettant en évidence les
diverses manières d’éliminer l'intérêt du système financier du Pakistan. Présenté en février 1980,
ce rapport a été un important jalon dans les efforts pour islamiser le système bancaire au
Pakistan.

La Banque centrale du Pakistan a imposé, le 20 juin 1984, une période de transition de deux
ans, pendant laquelle tous les établissements financiers devaient adapter l’ensemble de leurs
activités aux principes économiques islamiques (partage des pertes et profits).

En 2014 il existait 5 banques islamiques qui accumulaient plus de 10% de l’actif bancaire du
pays. La banque centrale de Pakistan a estimé que en 2020 la part des banques islamiques
pourrait atteindre 20%.

Graphique 1 : Part de marché de la finance islamique au Pakistan dans le monde et sur l’échelle nationale

Source: World Islamic Banking Competitiveness Report 2016

1.2 MALAISIE :

Le développement de la finance islamique en Malaisie s’est appuyé sur une solide volonté
politique et sur la croissance économique. La loi du 7 avril 1983 « Islamic Banking Act » autorisait
la création des banques islamiques (afin de permettre aux Malais d’épargner en vue de leur
pèlerinage à La Mecque) et permettait, également, à la banque centrale de pouvoir réguler et
superviser ces banques au même titre que les établissements traditionnels. Une période de dix
ans (1983-1993) fut considérée comme une phase d’expérimentation.

La même année a été fondée la première banque islamique, la Bank Islam Malaysia Berhad
(BIMB), avec mission de s’implanter, en dix ans, dans le paysage bancaire malais et d’y développer
21
son réseau bancaire. Dans la foulée, sont nés la Compagnie d’assurance islamique et le Fonds de
gestion au profit des pèlerins du Hajj (Lembaga Urusan Tabung Haji). La réussite de ces
expériences a entré la Malaisie dans une véritable phase de développement de la finance
islamique nationale.

Au bout de cette période (1993), la banque centrale malaise a créé le « Interest-free Banking
Scheme » (IBS) permettant aux banques traditionnelles d’ouvrir des « fenêtres islamiques » («
islamic window ») c’est-à-dire de maintenir des agences et des comptes spécifiquement dédiés à
la clientèle exigeant des produits et services conformes à la loi coranique. Le secteur fut alors
progressivement libéralisé et le gouvernement accorda, en 2004, les premières licences à des
banques islamiques étrangères (pays du Golfe essentiellement).

Cette loi a été un véritable accélérateur pour le développement de la finance islamique. Le pays
s’est ainsi doté d’une réglementation, d’une infrastructure financière et d’un cadre de supervision
qui a favorisé l’innovation en termes de produits et de professionnalisme.

De suiveur, ce pays est devenu un pays moteur du développement du marché de la finance


islamique avec, en 2006, un actif total du secteur de près de 30 milliards €, soit 15 % de l’actif
bancaire national total.

EY-World Islamic Banking Competitiveness Report 2016, p 12

Tableau 4 : Les banques islamiques et les institutions financières au Malaisie

Source : The Banker, novembre 2007

22
Aujourd’hui, il y a 17 banques islamiques en Malaisie, y compris Agro Bank qui a converti ses
opérations en 2014 et ouvert 11 fenêtres islamiques sous la régie des banques conventionnelles.
Avec une croissance moyenne de 18% par an, les actifs bancaires islamiques représentaient en
2014 environ 21% du secteur bancaire total du pays.

1.4 AU PAYS DU GOLF :

a) Bahreïn :

Le Bahreïn est considéré comme un pays pionnier pour la finance islamique. Malgré une
superficie très limitée et une population qui ne dépasse pas 1.5 million d’habitants avec 70% de
musulmans, le Bahreïn est devenu l’un des plus grands foyers de la finance islamique, grâce
notamment à une forte volonté politique et une solide infrastructure financière. Le Bahreïn
dispose de 24 institutions islamiques. En Octobre 2013, le total d’actif de ces banques était évalué
à 23,1 milliards $, ce qui représentait 29.3% du secteur bancaire de Bahreïn.

L’un des plus grands problèmes du secteur bancaire étant la prolifération des établissements,
plusieurs banques étrangères ont, suite à la guerre civile au Liban en 1975, choisi le Bahreïn
comme refuge.

Ce nombre assez élevé de banques a permis au Bahreïn d’être un pays innovateur et


financièrement attractif. Selon Islamic Finance Development Indicator (IFDI), le Bahreïn occupe la
première place au niveau des pays du Proche-Orient, et la deuxième au niveau mondial après la
Malaisie, ce pays disposant d’un système bancaire relativement sophistiqué.

Graphique 2 : Part de marché de la finance islamique en Bahreïn dans le monde et sur l’échelle nationale

Source: World Islamic Banking Competitiveness Report 2016

b) Koweït :

L’histoire de la finance islamique au Koweït a débuté en 1977 avec la création de la banque Kuwait Finance
House (KFH). Et, depuis, l’industrie de cette finance est en pleine expansion malgré la situation précaire de l'État
23
en raison de la chute des prix du pétrole. Il existe dans ce pays six banques islamiques : Ahli United Bank (converti
en 2010), Boubyan Bank, Kuwait International Bank (KIB), KFH, Warba Bank et Al Rajhi Bank. KFH reste la plus
grande banque islamique au Koweït, avec des actifs s’élevant à 17.18 milliards KWD (57,21 milliards US $). L’actif
total de ces six banques islamiques représente 45.2% du total du système bancaire national.

Graphique 3 : Part de marché de la finance islamique au Kuweit dans le monde et sur l’échelle nationale

Source: World Islamic Banking Competitiveness Report 2016

c) Qatar :

Le Qatar a fait du marché des banques islamique un secteur d’avenir. Grâce à une économie robuste et une
forte volonté politique, le Qatar a fait des progrès pour internationaliser la finance islamique.

La banque centrale de ce pays a émis une directive interdisant aux banques conventionnelles d’ouvrir des
fenêtres islamiques. Huit banques ont ainsi dû fermer leur fenêtre charia compatible. Malgré la fermeture de ces
fenêtres, la croissance de la finance islamique n’a pas été freinée. Le taux de croissance de ce secteur bancaire a
été estimé à 26% entre 2009 et 2013.

Graphique 4 : Part de marché de la finance islamique au Qatar dans le monde et sur l’échelle nationale

Source: World Islamic Banking Competitiveness Report 2016

24
d) Les Emirats arabes unis :

Les Emirats arabes unis se sont constitués en état fédéral en 1971 et Abou Dhabi en devient la capitale. La
population de ce pays était estimée en 2010 à 8 millions d’habitants, dont 76 % de musulmans.

La banque centrale de ce pays fut créée en 1980 et, depuis 1985, elle autorise les banques islamiques à exercer
leurs activités dans le pays. Elle impose néanmoins à ces banques d’avoir leur propre comité de Charia afin
d’apprécier les risques associés à leurs produits. Il existe dans ce pays 8 banques islamiques et 6 guichets
islamiques issus des banques conventionnelles. L’actif de ces banques ne cesse d’augmenter avec un taux de
croissance moyen de 13% durant les cinq dernières années. En 2014, l’actif total de ces banques représentait
15.4% du marché mondial de la finance islamique. Enfin, la part de marché au niveau national de ces banques est
passée de 8% en 2003 à 21.6% en 2014.

Graphique 5 : Part de marché de la finance islamique en UAE dans le monde et sur l’échelle nationale

Source: World Islamic Banking Competitiveness Report 2016

La plus grande banque du pays est Dubaï Islamic Bank (DIB). Elle a débuté ses activités en 1975.
Elle est considérée parmi les 3 plus performantes banques islamiques dans le monde. Grâce à ses
résultats et sa bonne réputation, elle a pu et su capter à elle seule 8 % des dépôts bancaires du
pays, avec un nombre de clients avoisinant le million.

En mai 2015, la Banque centrale des Emirats arabes unis a également proposé la création d'une
haute autorité nationale de Charia, afin de compléter et de superviser le conseil de la Charia des
différentes banques islamiques.

Avec un total d’actif bancaire proche des 140 milliards $, les Émirats arabes unis étaient en 2014
le troisième plus grand marché islamique dans le monde après l'Arabie saoudite et la Malaisie.

Les Émirats arabes unis ont été classés par la Banque mondiale comme un pays propice aux
affaires, grâce aux avantages qu’ils offrent aux investisseurs, avec notamment la présence de 38
zones de libre-échange et la possibilité pour les étrangers d’acquérir 100% d’un projet, le tout

25
étant exonéré d’impôt dans le pays. En 2014, le pays a ainsi gagné trois places dans ce classement.
Il occupait alors la 23eme place à l’échelle mondiale, devant même plusieurs pays européens.

Les Emirats arabes unis ont été affectés par la crise financière en 2008, mais les autorités ont
essayé d'atténuer l'effet de la crise avec l'augmentation des dépenses et de la liquidité pour
stimuler le secteur bancaire. De son côté, Dubaï a été particulièrement frappé, et il a fallu
l’intervention de la Banque nationale d'Abu Dhabi et Al Hilal Bank pour fournir des prêts de 20
milliards $ US garantis par le gouvernement fédéral des Emirats arabes unis.

e) L’Arabie Saoudite :

L’Arabie saoudite est le plus grand producteur de pétrole dans le golfe. La population de ce pays
est estimée à 30 millions d’individus avec une majorité écrasante de musulmans. L’agence
monétaire de l’Arabie saoudite (SAMA) gère tous les opérations monétaires et financières dans ce
pays depuis 1952. Elle supervise ainsi les systèmes bancaires classique et islamique. A partir de
1975 et suite à la création de la banque islamique de développement (BID), plusieurs banques ont
vu le jour, à l’image de National Commercial Bank (NCB) en 1980 et AlRajhi Investment Bank en
1987.

Le but de la création de la BID était de favoriser le développement de l’économie islamique dans


les pays membres à travers la formation du personnel et l’accord des prêts sans intérêt pour
financer des projets sur la base de la participation au capital (Abdul Gafoor, 1995).

L’agence monétaire d’Arabie saoudite (SAMA) ne fait pas de distinction entre les banques
islamiques et conventionnelles. Cette agence doit seulement s’assurer que les deux systèmes
bancaires appliquent ses exigences et ses directives (Hasan, 2010). En 2014, il existait uniquement
4 banques islamiques. La banque AlRajhi se positionnait comme la plus grande banque du pays
puisqu’elle était la seule à exercer ses activités comme banque islamique après la dissolution de la
National Commercial Bank quelques années après sa création. A partir de 2004, la SAMA a
assoupli ses contraintes de délivrance de licence bancaire, ce qui a permis la conversion
d’Aljazirah Bank en banque islamique et la création d’autres banques comme Albilad en 2004 ou
Alinma Bank en 2008. Parmi ces quatre banques islamiques, Al Rajhi Bank disposait de la plus
grande part du marché avec un actif total de 170 milliards SAR. La deuxième plus grande est la
Banque AlJazira avec un actif total de 29,97 milliards SAR en 2009. En troisième position, se
trouvait la Banque Albilad avec un actif total de 17,41 milliards SAR, et venait enfin la Banque
Alinma nouvellement créée avec un actif total de 17,31 millions SAR.

Grâce à une demande croissante de produits islamiques, les banques islamiques en Arabie
saoudite détiennent plus de 50% des parts de marché des banques (Alhuzaimy, 2009). Selon les
prévisions de Ernst & Young, 70% des produits bancaires seront conformes à la charia en 2019.

26
Graphique 6 : Part de marché de la finance islamique en Arabie Saoudite dans le monde et sur l’échelle national

Source: World Islamic Banking Competitiveness Report 2016

Tableau 5 : LES DIX PREMIERES BANQUES ISLAMIQUES DU GOLF

Source : The Banker, novembre 2007

27
3) ETAT DES LIEUX DE LA FINANCE ISLAMIQUE AUX ÉTATS-UNIS ET EN EUROPE :

1.1 AUX ETATS-UNIS

Les États-Unis sont souvent perçus comme un pays islamophobe. Toutefois, cette phobie n’y a
pas empêché le développement de la finance islamique. Avec une population musulmane qui
s’élève à 3.3 millions de personnes, les États-Unis sont le premier pays occidental où la finance
islamique a vu le jour, devant même l’Angleterre pourtant considérée comme un pays pionnier en
la matière. Le développement de la finance islamique y a débuté en 1997 avec l’accord historique
consenti entre les autorités de régulation « Office of the comptroller of the currency » et l’United
Bank of Kuwait concernant une offre de crédit hypothécaire. Il est aussi à noter que les autorités
américaines se sont montrées très coopératives à ce sujet, leur aide ayant été cruciale et décisive
pour contourner le problème du transfert de propriété. En effet, la théorie financière aux États-
Unis essaie de se montrer très vigilante sur les questions de spéculation, dans la mesure où l’on
n’y autorise que d’une façon exceptionnelle une banque à être propriétaire du bien qu’elle
commercialise. Or, dans les contrats islamiques, la banque doit être propriétaire du bien. Etait
donc nécessaire la réalisation d’aménagements permettant aux transactions islamiques d’être
effectuées. Pour cela, il a fallu un effort et une volonté bien déterminée de la part des autorités
public (FED) et parapublique (Freddie mac). Mais, pour construire un système de financement
alternatif aux États-Unis, il a fallu aussi constamment essayer de le dissocier de l’islamisme
radicale. Comme ce système devait avoir des liens effectifs avec l’Islam, il fallait parallèlement «
l’innocenter » de l’image négative d’un terreau pour le terrorisme. Pour cela, les autorités
s’efforcèrent, à chaque fois que le débat prenait de l’ampleur, d’insister sur l’inexistence de liens
entre cette religion et les bouffées de violence aveugle.

Mais force est de constater qu’en dépit de nombreux efforts de « marketing », le message
adressé au public américain n’était pas bien saisi, et la confusion jamais totalement balayée,
surtout après les attentats de 11 septembre 2001. Tournant à partir duquel l’image de la
finance islamique s’est totalement dégradée. Ses produits furent de plus en plus difficilement
commercialisables, la finance islamique devenant peu à peu un produit indésirable et
effroyable. Ajoutons le reproche souvent adressé aux autorités américaines en raison de leur
manque de coordination. Une coopération entre la FED, le Congrès et les différents organismes
de crédit et de financement auraient certes pu favoriser la finance islamique, mais les États-
Unis ont préféré jouer une autre carte, à savoir minimiser le risque lié à l’islam en essayant de
couvrir la finance islamique par l’anonymat. Si l’on a essayé de lui attribuer différents
qualificatifs : solidaire, éthique, alternative, coopérative ou même socialement responsable…
nul terme faisant référence à l’Islam ne fut utilisé. En effet, en 2002, de nombreuses structures
de financement furent approuvées par Freddie Mac représentant 45million $ d’achat de crédit
islamique. Au cours de cette année, le montant total des crédits hypothécaires islamiques
s’éleva à 250 millions$. A ce titre, des institutions comme Freddie Mac ou bien Feddie Mae
28
avaient une particularité, celle de s’occuper de la population la moins favorisée par le système
bancaire conventionnel. Sachant que la population musulmane aux États-Unis se caractérise
par un niveau social relativement élevé par rapport à celle des autres pays occidentaux, ses
rêves sont souvent les mêmes que ceux des Américains de la même classe sociale. Autrement
dit, son envie d’acquérir une maison, l’obsession de l’accession à la propriété poussent les
individus vers la finance islamique mais oblige cette dernière à se positionner dans ce secteur.
Rappelons que les dernières estimations du marché hypothécaire américain s’élevaient à 2
milliards$ avec essentiellement la contribution du leader incontesté : Guidance Financial

Les événements du 11 septembre n’ont certainement pas avorté la naissance de la finance


islamique aux États-Unis, mais ils ont sûrement limité sa croissance potentielle. Plusieurs de ses
institutions se sont retirées du marché et ont préféré cesser leurs activités sur le sol américain
pour migrer vers d’autres territoires dans l’espoir d’un accueil plus chaleureux. En revanche, les
premières tentatives d’émission de Sukuks sur le sol américain datent du 22 septembre 2004.
Sous forme d’asset-based, les Sukuks de l’entreprise Lochman s’élevèrent alors à un montant
de 110 millions$. La deuxième tentative qui suivit cette émission fut lancée par l’entreprise East
Cameron Partners le 19 juin 2006 à hauteur de 165.67 millions$. Les premiers à être notés par
Standard & Poor’s, ces Sukuks furent, en dépit de la complexité de leur composition, qualifiés
d’actions non risquées.

La date du 11 septembre 2001, qui a laissé une empreinte indélébile sur l’ensemble du
monde musulman, a marqué également un tournant important dans le développement de la
finance islamique. La croissance de celle-ci s’est fortement accélérée au cours des de dernières
années sous l’impulsion de deux phénomènes :

▪ Le rapatriement de certains capitaux des investisseurs musulmans après le 11 septembre


2001 ;

▪ Le gonflement de l’épargne des pays du Proche-Orient.

1.2 EN EUROPE

Au cours de ces dernières années, le développement de la finance islamique a été différent


d'un pays à un autre. Et, si le mouvement en France se caractérise par une grande timidité,
l'intégration de la finance islamique en Angleterre ou au États unis été plus audacieuse.

29
a) En France

Dans les pays d'Europe Continentale où la communauté musulmane représente une partie
non-négligeable de la population, comme l'Allemagne, la France ou la Belgique, les banques
islamiques sont jusqu'à présent non-existantes. Le principal argument avancé pour justifier
cette carence est la présence de législations qui s'opposent à l'établissement de telles
institutions. Il existe en Europe un véritable attrait pour la finance islamique, essentiellement
en France, et au Royaume-Uni.

C’est la crise des subprimes comme la crise de la dette souveraine en Europe qui aurait pu
nous être épargnées, et c’est la volatilité exacerbée des marchés financiers, des matières
premières et des denrées alimentaires qui auraient été nettement amoindrie si les pays
d’Occident s’étaient quelque peu inspirés de l’esprit de la finance islamique.

En France, le développement des banques et des techniques financières conforme aux


préceptes de l’islam est aujourd’hui l’ordre du jour.

Multiples sont les indices qui témoignent de l’intérêt de la France pour accueillir ce type de
finance, mais ils sont tout aussi nombreux les indices qui expliquent le choix de la finance
islamique pour ce pays souvent considéré comme très accueillant, et pour ce qui nous
concerne, si l’intérêt n’était pas mutuel et partagé entre les deux parties, le sujet n’aurait pas
pris autant d’ampleur.

Côté réglementaire, le droit français contient déjà de nombreuses dispositions permettant


d'accommoder la finance islamique : prohibition de l'usure, encadrement du jeu, respect des
bonnes moeurs. En 2010, la ministre de l'Économie Christine Lagarde avait tenté de modifier le
Code civil afin de permettre à un détenteur de Sukuk, de se prévaloir d'un droit de propriété

des actifs-supports. Mais la modification législative avait été refusée. Depuis, les intentions
pour adapter le droit français afin de le rendre compatible avec les préceptes de la finance
islamique sont restées lettre morte.

Selon Gilles de Saint-Marc, le contexte juridique est très largement compatible avec les
problématiques de la finance islamique. Les grands préceptes de la Chariaa se retrouvent aussi
dans Code Civil français : le jeu est interdit depuis 1804 et l’usure est aussi prohibée. Certes, il
existe des frottements juridiques et fiscaux mais pas plus qu’à Londres.

Depuis le deuxième forum de la finance islamique organisé par la Chambre de Commerce


franco-arabe et le groupe Secure Finance, en partenariat avec l’association Paris Europlace, des
mesures ont été prises, par exemple :

30
L’autorisation de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) de commercialiser des OPCVM10
compatibles avec la Chariaa ;

La suppression de la double taxation des droits d’enregistrements lors des opérations de type
mourabaha ;

La déductibilité fiscale de la rémunération versée dans les opérations participatives, par


exemple les Sukuk

Actuellement, il n’existe aucune banque islamique en France. La banque Sofider est un


établissement dont l’activité bancaire est tout à fait traditionnelle. Pourtant, elle a fait le choix
de proposer en France un financement immobilier (nommé « Mourabaha ») qui est conforme
aux principes de la finance islamique. Ce financement immobilier est un exemple concret de «
fenêtre islamique »

Même s’il n’existe pas de banque islamique, tous les services conformes à l’éthique islamique
qui sont disponibles en France en 2020 :

▪ Compte bancaire

▪ Compte épargne

▪ Financement immobilier

▪ Financement professionnel

▪ Assurance rapatriement

▪ Transmission du patrimoine (application du droit musulman de l’héritage en France)

Il est, donc, remarquable que la plupart des services d’une banque islamique sont déjà en
place en France. Bien sûr, de nombreuses solutions sont encore à développer notamment sur
les financements à titre personnel (auto, voyage…) ou les assurances (habitation, santé…).

b) Au Royaume-Uni

La Grande Bretagne est le pays européen où la finance islamique est la plus développée. Elle a
été l'un des premiers pays européens à adopter la finance islamique dans les années 1980.

La finance islamique au Royaume-Uni75 est classée neuvième au monde et est considérée


comme leader dans les pays occidentaux avec son classement au premier rang en Europe. Une
des principales clés de réussite de la finance islamique au RU est le soutien gouvernemental au
profit de cette finance. Londres cherche à consolider sa position en tant que passerelle de la

31
finance islamique en Europe et les fournisseurs de cette finance sont susceptibles de se
concentrer sur les services qui complètent ceux offerts ailleurs. En 2012, la finance islamique au
RU a été caractérisée par :

▪ 22 banques, dont cinq sont totalement conformes à la Chariaa ;

▪ 37 Sukuk émis d’une valeur de 20 milliards de dollar côtés à la bourse de Londres, dont 10 en
2011. Sept fonds de commerce et deux produits commerciaux ont également été côtés sur le «
London Stock Exchange » ;

▪ Près de 25 cabinets d’avocats fournissent des services au profit de la finance islamique ; Il


existe une différence entre l’implantation de la finance islamique aux États-Unis et au
Royaume-Uni. Dans le premier pays, la demande fut a posteriori alors qu’en Angleterre la
démarche était a priori. En effet, les États-Unis n’ont fait que répondre à une demande
d’autorisation d’exercer une activité financière islamique. Alors qu’en Angleterre les autorités
ont essayé de préparer le terrain et les conditions favorables pour que les banques islamiques
puissent exercer leurs activités.

L’objectif affiché par les autorités britanniques est de faire de Londres « le portail occidental
et le centre mondial de la finance islamique » La procédure d’implantation des banques
islamiques d’opère de deux manières : soit par la création de banques islamiques, soit par
l’ouverture de fenêtres islamiques dans les banques conventionnelles. Pour le premier mode,
on trouve IBB (Islamic Bank of Britain), banque de détail crée en 2004, L’EIIB (European Islamic
Investissement Bank), banque d’investissement crée en 2006 et la BLME (Bank of London and
Middle East) banque d’investissement crée en 2007. La FSA (Financial Services Authority)
organe britannique de régulation, a autorisé l’ouverture de ces banques à la condition qu’elles
soient soumises à la même réglementation que les autres banques britanniques. Et aussi
environ 17 banques classiques qui ont ouvert des fenêtres pour des services financiers
islamiques, tel est le cas de la banque « HSBC Aamanh » dont l’actif est de 16,7 milliards de
dollar, ou la « Gatehouse Bank »,

L’agrément en août 2004 de la Financial Services Authority, autorité de tutelle du secteur


financier, permettant à la Islamic Bank of Britain de fournir des services compatibles avec la
Chariaa, a formé l’acte de naissance de la banque de détail islamique Outre-Manche.

Les résultats de l’IBB illustrent l’intérêt suscité par ce marché : cette banque est passée de 5
962 clients en janvier 2005 à 23 459 en juin 2006 (+74.6%) pour 70.1 millions de livres sterling
de dépôts.

Hormis le cas de la Grande-Bretagne, le mouvement d'intégration des banques islamiques en


Europe est assez paradoxal. En effet, c'est dans les pays où la population musulmane est
32
presque insignifiante qu'on retrouve les principales institutions implantées en Europe. Le
mouvement d'intégration des banques islamiques en Europe Continentale ne connaît pas
encore un réel succès, et celles qui ont été établies jusqu'à présent le sont essentiellement pour
les avantages fiscaux et légaux qu'offre leur pays d'accueil.

C'est en 1978 qu'apparaîtra la première institution islamique en Europe, plus exactement au


Luxembourg. « L’Islamic Banking System », qui sera rebaptisé plus tard la « Islamic Finance
House Universal Holdings », sera essentiellement consacrée à l'acquisition par achat, échange,
souscription, ... de parts dans des sociétés tant en Europe que dans le reste du monde. Cette
banque s'est également largement impliquée dans le financement de projets communautaires
(petits supermarchés, boucheries, ...), principalement en Allemagne.

IBS Luxembourg tentera d'élargir sa présence jusqu'au Danemark, où il installera une filiale en
1982. Il sera ensuite racheté par la Dar al-Maal al Islami (DMI), avant de fermer définitivement
ses portes en 1997. Beaucoup plus tard, en 1990, va s'établir la Faisal Finance à Genève en
Suisse, filiale de la Dar al-Maal al Islamic (DMl). Cette institution remplira principalement le rôle
d'une banque d'affaires avec toutes ses implications. Une autre filiale de la DMI ouvrira
également ses portes au Luxembourg, mais cette fois en tant que holding de type Soparfi
(société de participations financières), et non pas sous le statut d'une banque.

C’est au Royaume Uni, qu’est lancé le premier projet de création de sukuk dans un pays
occidental, en 2006. Il fût également le premier pays à créer un marché secondaire des sukuk.
En 2009, London Stock Exchange (LES) a eu son premier sukuk américain (de General Motors) et
son premier sukuk d’une banque européenne (The Kuveyt Turk). Un total de 19 Sukuk émis à
LSE pour un montant de 11 milliards de dollar. La première entreprise au RU à émettre des
sukuk était « International Innovative Technologies » (IIT), en 2010. A la même année, cinq
émissions de Sukuk ont été enregistrés sur le LSE pour un montant de 1,7 milliards de dollar. En
2011, 10 émissions de sukuk étaient inscrites sur le LSE, pour un montant de 5,1 milliards de
dollar. En 2012, le nombre est passé à 37 sukuk d’une valeur de 80 milliards de dollar. Six autres
sukuk préalablement admis à une négociation sont arrivés à maturités et ont été répertoriés.
Un total de 43 sukuk a été répertorié sur le LSE avec une valeur totale de 24 milliards de dollar.

LES DÉFIS DU DÉVELOPPEMENT DE LA FINANCE ISLAMIQUE

La finance Islamique gagne du terrain, le nombre de banques islamiques augmente d’une année
à l’autre et leur actif se diversifie et devient de plus en plus important ; leurs activités se
multiplient et s’étendent à l’ensemble du globe y compris aux pays non musulmans. Malgré ce
développement important du système financier islamique, des obstacles de toute nature freinent
sa croissance.

33
Les défis que la finance Islamique doit relever sont de plusieurs ordres. Peuvent être classées
en problèmes d’ordre juridique et fiscal et des difficultés structurelles de la finance islamique.

1.1 LES DEFIS D’ORDRES JURIDIQUE :

La finance islamique propose l’union de l’économique, du droit et de la charia, ce qui l’expose à


des difficultés en matières juridiques dues aux contraintes que la morale islamique lui impose.

Il s’agit, en premier lieu, de l’insécurité juridique qui s’attache à la finance islamique du fait que
le droit islamique des affaires se superpose à des droits nationaux et que des controverses
doctrinales parcourent celui-ci.

̶ En deuxième lieu, la mise en oeuvre de la finance islamique dans le monde bancaire et


financier rencontre des difficultés dues à certaines règles juridiques islamiques spécifiques.3

a) L’insécurité juridique :

L’insécurité juridique est sans doute un obstacle important au développement de la finance


islamique. Il s’agit de l’existence de controverses doctrinales sur le droit islamique des affaires et
sur la difficulté à faire coexister un droit transnational et des droits nationaux.

La présence d’un certain nombre de controverses sur des points importants du droit islamique
des affaires est un grand obstacle pour la finance islamique, comme le RIBA, la technique du
QIYAS4 ou encore le recours aux ruses (HIYAL), qui peuvent opposer, en particulier, les diverses
écoles de pensée entre elles. D’où la nécessité d’une autorité souveraine pour imposer des
solutions uniformes dans ce droit international. Cette situation est rendue plus complexe par le
fait que se superposent au droit islamique des droits nationaux laïques et différents : d’inspiration
souvent occidentale en raison de la vague de codifications qui est apparue dès le XIXe siècle5, ces
droits divergent entre eux pour des raisons coutumières. Les pays occidentaux qui veulent attirer
la finance islamique sont confrontés au même genre de problème et certains, comme la Grande-
Bretagne et la France, s’y sont déjà adaptés.

b) Les freins juridiques et fiscaux

Qu’il s’agisse des opérations financières basées sur le partage des profits et des pertes (PPP6)
ou des opérations commerciales, la Banque islamique est confronté à des obstacles qui la
pénalisent par rapport aux banques conventionnelles. Ainsi, du fait de la rémunération sous
forme de PPP, dans toutes les opérations réalisées sous cette forme - dépôts d’investissements,
émission de SOUKOUKS - la rémunération versée par la banque est considérée comme un

34
dividende et non comme une charge financière déductible fiscalement. Dans les opérations
basées sur l’achat/vente (du type MOURABAHA), et de location-vente (IJARA WA IKITINA), la
double transaction, achat puis vente, va entraîner des risques et des charges fiscales.

Dès lors, la finance islamique a un coût économique plus lourd que la finance classique, ce qui
est de nature à contrecarrer son développement.

c) Recherche de profit et conformité à la Chariaa

Depuis les années soixante-dix, les institutions financières islamiques se sont dotées de conseils
consultatifs islamiques (charia board), composé de spécialistes en loi islamique qui valident la
conformité aux règles coraniques des produits proposés ; or, les mécanismes financiers ne sont
pas définis par des règles précises et immuables. Ils sont déterminés plutôt par l’appréciation de
ces sharia scholars.

A noter que les interprétations ne sont pas uniformes d’un pays à un autre et d’un comité à un
autre. C’est que plusieurs écoles d’interprétation règnent dans différents pays. Globalement
l’Arabie Saoudite se montre moins tolérant que les pays d’Asie du Sud Est. La création
d’instruments islamiques de type obligatoire (au cours des années quatre-vingt en Malaisie) a été
d’abord condamnée, puis copié par les pays du moyen Orient. Hétérogénéité qui explique la
diversité des instruments islamiques. Au départ, orienté vers le développement de manière plus
diversifiée et plus décentralisée, à l’image du monde musulman, se développe dans un petit
nombre de pays (Arabie Saoudite, Égypte et Pakistan). Au cours des années quatre-vingt-dix,
l'extension se fait vers de nouveau pays d’Asie du Sud Est mais également dans un nombre de
pays occidentaux à forte concentration de la communauté musulmane; les objectifs de ces
institutions financières évoluent ainsi progressivement et le système de financement islamique
n’est plus un simple outil de développement, il doit répondre aux besoins de vastes couches
sociales et aux contraintes environnementales de son application ; les banques islamiques
acquièrent le statut d’intermédiaires financiers à part entière, l’objectif de maximisation des
profits devient ainsi une priorité. Sous l’impulsion d’une demande de plus en plus sophistiquée et
dynamique, la finance islamique devient plus pragmatique et ses objectifs convergent
progressivement avec celles de la finance traditionnelle.

Parallèlement, la finance islamique revendique sa spécificité en l’existence des « Charia board »


qui servent de garant du caractère islamique de ces instruments financiers.

Un défi que doit relever la finance islamique de manière permanente est la recherche du profit
maximum tout en respectant la charia sous la contrainte de la compétitivité.

35
1.2 LES DIFFICULTES STRUCTURELLES DE LA FINANCE ISLAMIQUE :

Parmi les difficultés structurelles de la finance islamique, les contraintes qui s’appliquent aux
banques. En effet les institutions financières islamiques ont à faire face à des obstacles de
différentes natures, essentiellement des problèmes d’image de transparence d’information et
d’autre d’ordre technique et d’exploitation liées aux produits.

a) Les problèmes d’image et de manque de transparence :

L’image plutôt négative des banques islamiques est due à plusieurs facteurs : elles apparaissent
comme des institutions confessionnelles, non transparentes, offrant des produits « non calibrés ».

Il est reproché aux banques islamiques de ne pas être suffisamment transparentes. La


publication d’informations claires et pertinentes est cependant davantage nécessaire lorsque l’on
se trouve dans le système de partage des profits et pertes. Les déposants sont des investisseurs,
mais ils n’ont pas le droit d’intervenir dans les décisions de la banque, en conséquence, ils doivent
pouvoir disposer d’informations sur ce qui est fait de leur argent. C’est également la transparence
et la comparabilité des informations qui permettront le développement des marchés financiers.

Enfin, le manque d’uniformisation des produits, dû à l’absence d’autorité commune pour tous
les pays musulmans du monde, isole chaque pays et, à l’intérieur des pays, chaque établissement.
Il nuit également au développement des marchés financiers islamiques.

b) L’absence de produits de substitution

Étant donné les prohibitions de la finance islamique, notamment du RIBA, du GHARAR, du


MAYSIR, certaines techniques bancaires ne peuvent être utilisées et handicapent les banques
islamiques, particulièrement dans les cas suivants :

• Les retards de paiement, des pénalités de retard basées sur l’intérêt ne peuvent être prévues

• La gestion des liquidités, la banque ne dispose pas de moyen de faire fructifier son argent
au jour le jour, en cas de pénurie, elle ne peut se réapprovisionner auprès de la banque
centrale ;

• La couverture des risques financiers : les produits dérivés (les contrats à terme, les swaps et
les options) ne sont, en principe pas autorisés dans la finance islamique car ce sont des
instruments de couverture mais aussi des instruments de spéculation. Outre ces difficultés,
elles doivent faire face également à des problèmes plus ou moins spécifiques et/ou
contingents, comme le mode de gouvernance (dû à la présence du comité de la charia) et la
pénurie de personnel qualifié.

36
SECTION II : LA REPARTITION GEOGRAPHIQUE DE LA FINANCE ISLAMIQUE AU MAROC

Une mauvaise répartition des banques participatives est constatée au Maroc, et la création
des nouvelles filiales dans les zones de Casablanca, Rabat.

On trouve parmi 24 banques au Maroc, 5 banques participatives et 3 fenêtres participatives


ainsi au niveau du réseau du banques conventionnelles et participatives 6510 agences
bancaires, soit 1 guichet pour 5500 habitants et 7734 guichets automatiques Bancaires.

Depuis son lancement, les chiffres des banques participatives ont augmenté à un rythme
prometteur. Selon le rapport publié par Bank Al-Maghrib sur les indicateurs des banques
participatives, 8 les derniers chiffres montrent qu’il existe 128 agences relevant des différentes
banques participatives contre 100 agences en année précédent.Le même rythme de croissance
a été enregistré pour les comptes à vue qui sont chiffrés à 78 497 contre 56 918. Concernant les
dépôts à vue des banques et fenêtres participatives, 3807MDH ont été enregistrée contre 2557
MDH et les dépôts d’investissement ont atteint 163,3 MDH. Finalement et sur même période,
les encours de financement Mourabaha des banques et fenêtres participatives, ont atteint 7,83
MDH contre 4,55 MDH.

Indicateurs d’activité et de rentabilité des banques participatives

Total bilan 7.925 12.15 16.787


1
Financements par décaissement (hors marges 3.213 6.519 9.750
constatées d’avance)
Dépôts de la clientèle 1.548 2.557 3.807
Fonds propres (hors résultat de l'exercice) 2.226 2.312 2.405
Produit net bancaire 67 202 337

Tous ces chiffres montrent que l’industrie financière participative au Maroc est performante,
ces statistiques renforcent les propos du rapport de Thomson Reuters sur le développement de
la finance islamique en 2018 et qui a noté que le Maroc dispose d’un fort potentiel de
croissance particulièrement en Afrique, et que la propagation de la finance participative en
Afrique suivra le succès de cette industrie financière au Maroc en 2017 et en2018.

À fin 2020, le total bilan des banques et fenêtres participatives s’est établi à 16,8 milliards de
dirhams, contre 12,2 milliards en 2019. Cette hausse est liée notamment à l’augmentation des
financements Mourabaha qui ont vu leur encours, hors marges constatées d’avance, progresser
de près de 50% à 9,7 milliards de dirhams, contre 109% un an auparavant. La croissance des
financements Mourabaha s’est poursuivie en 2020 en dépit de la crise sanitaire
37
Les financements Mourabaha ont vu leur part dans les emplois des établissements bancaires
participatifs augmenter, passant de 75% à 80% entre 2019 et 2020. La part des créances sur les
établissements de crédit et assimilés est demeurée stable à 10%, dont l’essentiel est constitué
des dépôts en comptes centraux de règlement auprès de Bank Al-Maghrib.

Graphique 7 : Structure de l'actif des banques et fenêtres participatives(en%)

1,4

75,
80,4
63,3
1

14,7 10,0
10,2

 Créances sur les établissements de crédit et assimilés


 Créances sur la clientèle
 Certificat de sukuk
 Valeurs immobilisées
 Autres actifs

Le portefeuille de financements est constitué à hauteur de 86% de financements Mourabaha


immobiliers, 8% de Mourabaha à la consommation et 6% de Mourabaha à l’équipement.

Graphique 8: Composition du portefeuille de financements participatiF

5,8 7,5
8,2
7,7

2020 2019 2018

87,9 91,7
86,5

2020 2019 2018

-Financements participatifs immobiliers - Financements participatifs à la consommation - Financements participatifs à l'équipement


38
Le stock des biens acquis dans le cadre des opérations de Mourabaha s’est établi à 408
millionsde dirhams. Rapporté à l’encours total de financements, il en représente 3,0% à fin 2020,
contre 4,5% en 2019. Malgré tous les avantages de la finance islamique (l’interdiction des intérêts,
le partage du risque, gestion du compte d’investissement) mais elle représente des limites citant :

a)L’inquiétude relative à la capacité de la finance islamique : l’inquiétude portée sur la banque


participative à supporter sa montée en puissance, le risque de son incapacité de financement en
gardant son authenticité et en restant fidèle aux principes qui ont fait son succès jusque-là est
présente dans les esprits des convoyeurs de fonds. Nous pouvons catégoriser les inquiétudes
généralement exprimées dans quatre différentes dimensions :

Les barrières légales et réglementaires


Les barrières socioculturelles
Le déficit en ressources humaines
Les challenges liés à la structuration du système pour lui donner une crédibilité plus
large.

b) au niveau du marché interbancaire : dans le système financier participatif actuel, il n’existe ni


banque centrale, ni marché interbancaire participatif. En cas d’excédent de liquidité à court
terme, les banques participatives ne peuvent ni recevoir ni payer d’intérêts. Pour l’instant, il
n’existe que peu d’instruments monétaires liquides dans ce secteur. C’est le rôle in fine de BAM
de permettre à ces nouvelles banques de pouvoir s’adapter afin que le système en vigueur ne
leur porte préjudice.

c) Un écosystème incomplet : Même si les banques participatives ont effectivement démarré


leur activité après des années d’attente, il n’en reste pas moins que ces établissements ne
tournent pas à plein régime. Tout ce qu’elles peuvent faire actuellement, c’est ouvrir des
comptes et opérer des opérations classiques de dépôts et de retraits, en plus des opérations de
communication pour attirer la clientèle. Les produits plus complexes ne sont pas encore
disponibles. Et pour cause, l’écosystème de la finance participative n’est pas encore complet.
Les offres des produits « halal » encore limitées. L’assurance Takaful, qui est un mécanisme
nécessaire au marché monétaire participatif sans lequel les contrats de financement
participatifs ne peuvent être opérationnels, n’est pas encore mis en place.

d) Une concurrence acharnée : l’aidé de création des banques participatives a déclenché une
concurrence acharnée pour toutes les banques classiques en faisant ouvrir des filiales. A ce
niveau, on trouve la concurrence des banques classiques et leurs filiales ; les banques
participatives œuvrent pour segmenter le marché et cibler des clients, et pour les banques
classiques de garder leurs dominances du secteur bancaire.

39
CONCLUSION

La finance islamique a incontestablement connu, en termes de la valeur de ses


actifs une expansion remarquable ces 40 dernières années. Elle a aussi fourni, sans
aucun doute, dans beaucoup de cas, un réconfort à des musulmans qui y ont vu un
moyen d’augmenter leur richesse, ce qui est encouragé par l’Islam sans déroger aux
règles de la loi islamique elle-même.

La finance islamique est, avant tout, une finance éthique, qui privilégie un système
de valeurs bâti sur la nécessité d’éviter ce qui est interdit, sur un équilibre entre
l’intérêt personnel et l’intérêt public, mais aussi sur les valeurs de l’équité, la
transparence, la sincérité… Ces valeurs sont d’une importance capitale et doivent
se refléter obligatoirement dans les actes et les transactions. Malgré son encours
estimé à plus de 2 800 milliards de dollars, la finance islamique ne représente qu’un
peu plus de 1 % de la finance classique. Autrement dit, son activité reste
relativement marginale.

La croissance de son activité est freinée par une multitude d’obstacles tel
qu’entamer dans le travail, à savoir l’insécurité juridique, les problèmes d’image et
l’étendu et les caractéristiques des produits offerts. Afin de dépasser ces défis ;
plein de reformes et de stratégies doivent être mises en place.

40
BIBLIOGRAPHIE

- ALI BENGHAZI AKHLAKI, FINANCE ISLAMIQUE, 1ERE EDITION, 2015.


- DJIBRIL NDOYE, FINANCE ISLAMIQUE EN EUROPE.

- CAUSSE-BROQUET, GENEVIEVE, LA FINANCE ISLAMIQUE ED. 2, RB EDITION, 2012.

- FAKHRI KORBI. LA FINANCE ISLAMIQUE : UNE NOUVELLE ÉTHIQUE ? : COMPARAISON AVEC LA


FINANCE CONVENTIONNELLE. ECONOMIES ET FINANCES. UNIVERSITÉ SORBONNE PARIS CITÉ,
2016.

- RAPPORT BAM EXERCICE 2020

- FRANÇOIS GUERANGER, LA FINANCE ISLAMIQUE : UNE ILLUSTRATION DE LA FINANCE


ETHIQUE, EDITION : DUNOD, 2009.

- LILA GUERMAS-SAYEGH « LA RELIGION DANS LES AFFAIRES : LA FINANCE ISLAMIQUE », MAI


2011, FONDAPOL POUR L’INNOVATION POLITIQUE.

- OLIVIER PASTRE ; KRASSIMIRA GECHEVA, LA FINANCE ISLAMIQUE A LA CROISEE DES CHEMINS.

-DOSSIERS DE RECHERCHE EN ECONOMIE ET GESTION , DOSSIER SPECIALE , juin 2013

-LA FINANCE ISLAMIQUE COMPARTIMENT DE LA FINANCE D’AUJOURD’HUI (MEMOIRE DE FIN


D’ETUDE )

-HTTPS://FIRSTUNION.FR/BANQUE-ISLAMIQUE-EN-FRANCE/

- HTTPS://TEL.ARCHIVES-OUVERTES.FR/TEL-01871008/DOCUMENT

-HTTPS://LEXISMA.INFO/WP-CONTENT/UPLOADS/2020/06/ISLAMIC-FINANCE-TOOLKIT-
FRENCH.

41
TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION GÉNÉRALE................................................................................................... 1

CHAPITRE 1: L’MERGENCE DE LA FINANCE ISLAMIQUE……..…………………………..………………….....3

Section 1: L’apparition de la finance islamique au niveau international…………...................3

1. Les étapes de l’émergence du système financier islamique ………………………….………….…..3

2. La finance islamique solution alternative a la finance conventionnelle ………………………..5

Section 2: L’apparition de la finance islamique au niveau national ………………….……………..7

1. Le lancement des produits alternatifs………………………………………………………………………....10

2. La finance islamique au Maroc : le CESE adopte son avis sur le projet de loi.............…...11

3. La loi 103.12 ……………………………………………………………………………………………...............…...11

4. Banques participatives : Bank Al-Maghrib émet les premières circulaires .................…..11

5. La loi 59.13 crée le cadre juridique de l’assurance Takaful au Maroc……….................…...11

CHAPITRE 2: LA REPARTITION GEOGRAPHIQUE DE LA FINANCE ISLAMIQUE……………………...…14

Section 1: La répartition géographique de la finance islamique dans le monde …………..…..15

1. Etat des lieux de la F.I dans l’AFRIQUE et la region MENA……………………………………..………17

2. Etat des lieux de la F.I dans l’ASIE…………………………………………………………………………….……20

3. Etat des lieux de la F.I aux ÉTATS-UNIS et en EUROPE ………………………………………….………28

4. Les défis du développement de la finance islamique …………..………………………………….……33

Section 2: La répartition géographique de la finance islamique au Maroc……………………...37

CONCLUSION......................................................................................................................40

Bibliographie......................................................................................................................41

Table des Matières.............................................................................................................42

42

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