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Déclaration de M. Emmanuel Macron, Président de la République, le 31 décembre 2017.

Mes chers compatriotes,


Alors que l'année s'achève, je suis heureux de vous retrouver pour vous présenter pour la
première fois mes vœux pour l'année 2018. Je vous espère en famille, au milieu de vos
proches, de celles et ceux qui vous aiment.
Je sais aussi que certains d'entre vous sont aujourd'hui au travail parce qu'ils font partie des
forces armées ou des forces de l'ordre, parce qu'ils sont médecins ou personnels soignants,
parce qu'ils sont en charge des transports ou de la continuité des services publics. Je veux ce
soir les remercier pour cet engagement.
Je sais aussi que plusieurs d'entre vous ce soir sont seuls, souffrent ou sont malades et je sais
que dans ces moments de fête et de retrouvailles, cette solitude et cette souffrance sont plus
dures encore à supporter. Alors à nos concitoyens qui sont dans cette situation, je veux dire
qu'ils appartiennent à une grande Nation et que les mille fils tendus qui nous tiennent, sont
plus forts que leur solitude et je leur adresse une pensée fraternelle.
L'année 2017 s'achève et je ne veux pas passer trop de temps à revenir sur celle-ci ; ce fut
l'année du choix : le choix du peuple français, votre choix par lequel vous m'avez attribué
votre confiance et avec elle votre impatience, vos exigences, vos attentes ; j'en suis
pleinement conscient. Aussi, depuis mon élection en mai dernier, je me suis attaché à
simplement faire ce à quoi je m'étais engagé durant la campagne présidentielle. Le Premier
ministre, son gouvernement sont à la tâche depuis le mois de mai dernier avec un Parlement
profondément renouvelé, pour mettre en œuvre ses engagements. Par vos choix durant l'année
2017, vous avez profondément renouvelé notre vie politique et vous avez permis qu'une
transformation en profondeur de notre pays advienne : à l'école pour nos enfants, au travail
pour l'ensemble de nos concitoyens, pour le climat, pour le quotidien de chacune et chacun
d'entre vous. Ces transformations profondes ont commencé et se poursuivront avec la même
force, le même rythme, la même intensité pour l'année 2018.
L'année qui s'ouvre en effet est celle de nombreux défis et nous construisons là une bonne part
de notre avenir. Pour nos territoires ruraux où nous devons construire l'accès à la téléphonie
mobile et au numérique, aux transports et permettre plus d'innovations économiques et
sociales, pour nos quartiers populaires, en permettant la mobilité économique et sociale et en
luttant contre les discriminations ; pour nos agriculteurs en leur permettant de vivre dignement
du prix payé ; pour nos Outre-mer qui ont beaucoup souffert ces derniers mois et auxquels je
veux adresser un salut tout particulier ; en adaptant nos règles et en construisant des filières
économiques fortes qui permettent davantage d'autonomie énergétique et de créations
d'emplois ; pour l'égalité entre les hommes et les femmes qui nécessitera là aussi des
changements de loi et un ressaisissement de toute notre société ; pour les indépendants et les
entrepreneurs, avec des règles simplifiées ; un droit à l'erreur enfin réalisé ; pour les salariés,
en permettant la formation tout au long de la vie et des sécurités nouvelles ; et pour nos
fonctionnaires en clarifiant leurs missions et nos attentes et en récompensant leurs efforts.
Vous le voyez, tous ces chantiers jalonneront l'année 2018 et impliqueront un engagement
plein et entier du Premier ministre et de son gouvernement.
Je continuerai à faire ce pourquoi vous m'avez élu : rendre la France plus forte et plus juste ;
permettre, non pas d'adapter notre pays aux changements du monde, mais lui permettre d'être

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ce qu'il est : un pays fort avec une exigence universelle qui, parce qu'il est plus fort, produit
davantage, peut justement assurer la solidarité sur le sol national et avoir une exigence
humaniste à l'international.
Je sais que plusieurs d'entre vous ne partagent pas la politique qui est conduite par le
gouvernement aujourd'hui ; je les respecte et je les écouterai toujours ; je m'assurerai que tous
les débats soient conduits et que toutes les voix y compris discordantes soient entendues mais
pour autant, je n'arrêterai pas d'agir. Toujours j'écouterai, j'expliquerai notre situation et la
réalité de celle-ci ; je respecterai et toujours à la fin, je ferai car c'est ce dont notre pays a
besoin et c'est ce que vous attendez de moi.
En 2018, nous aurons à conduire d'abord sur le plan international plusieurs combats et des
actions déterminées : la lutte contre le terrorisme islamiste au Levant, au Sahel et sur notre sol
national et à ce titre, je veux ce soir avoir une pensée pour nos militaires qui sont en ce
moment même sur ces théâtres de bataille ; je pense à leurs camarades tombés cette année.
Nous gagnerons cette bataille contre le terrorisme. Je veux aussi rendre hommage aux
policiers et aux gendarmes qui chaque jour luttent contre ce terrorisme islamiste et vous
protègent au quotidien.
Mais c'est la paix qu'il nous faut aussi gagner à l'international, c'est-à-dire ce travail
indispensable pour notre sécurité mais aussi parce qu'il est notre mission universelle, ce
travail pour garantir la stabilité des Etats et assurer le respect de toutes les minorités. C'est ce
que nous avons fait au Liban, c'est ce que nous faisons aujourd'hui au Sahel et ce que nous
continuerons à faire en Syrie, au Proche-Orient comme en Afrique ; c'est une grammaire de la
paix et de l'espérance qu'il nous faut aujourd'hui réinventer dans nombre de continents.
Sur le plan européen, l'année 2018 sera aussi décisive. Vous le savez, je me suis pleinement
engagé dans cette bataille car je crois très profondément que l'Europe est bonne pour la
France ; que la France ne peut pas réussir sans une Europe elle aussi plus forte. Mes chers
concitoyens européens, 2018 est une année toute particulière et j'aurai besoin cette année de
vous. Je souhaite en effet que par ces consultations citoyennes, vous puissiez vous exprimer,
dire ce que vous voulez pour l'Europe quelques mois avant nos élections européennes et
permettre à vos gouvernants de dessiner un grand projet ; nous avons besoin de retrouver
l'ambition européenne, de retrouver une Europe plus souveraine, plus unie, plus démocratique
parce que c'est bon pour notre peuple. Je crois très profondément que l'Europe peut devenir
cette puissance économique, sociale, écologique et scientifique qui pourra faire face à la
Chine, aux Etats-Unis en portant ces valeurs qui nous ont faits et qui sont notre histoire
commune. J'ai besoin de votre détermination pour ce sursaut européen et j'ai besoin
qu'ensemble nous ne cédions rien ni aux nationalistes ni aux sceptiques.
Pour ma part, je continuerai à travailler avec chacun de nos partenaires européens et tout
particulièrement avec l'Allemagne. Ce colloque intime avec nos amis allemands est la
condition nécessaire à toute avancée européenne ; elle n'exclut pas le dialogue avec tous nos
autres partenaires mais elle est ce par quoi tout commence. J'ai besoin que nous allions plus
loin sur ce plan-là aussi et que nous rompions avec les habitudes passées, que nous
retrouvions ce goût en commun d'un avenir dont nous décidons pour nous-mêmes.
Enfin, sur le plan national, l'année 2018 sera à mes yeux celle de la cohésion de la Nation.
Nous nous sommes trop longtemps, trop souvent divisés. Les débats sont nécessaires, les
désaccords sont légitimes mais les divisions irréconciliables minent notre pays. Je veux plus
de concorde pour la France en 2018. Pour cela, je veux avant toute chose miser sur
l'intelligence française car nous avons cela en nous. L'école doit être le creuset de cette
cohésion nationale et nous continuerons de la renforcer ; la formation tout au long de la vie est
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l'indispensable protection qui permettra à chacun de faire face aux grands changements et de
mieux les comprendre, d'être formé à de nouveaux métiers. La science est un levier
indispensable pour réussir à préparer notre avenir et c'est pourquoi notre recherche est
déterminante et notre culture est ce socle commun de notre imaginaire, un imaginaire dont
nous avons besoin, un imaginaire d'avenir où chacune et chacun doit pouvoir se retrouver.
Je veux ensuite miser sur le travail. Le travail est au cœur de notre société d'abord parce qu'il
est ce qui permet à chacun de trouver sa place, de progresser dans la vie, de s'émanciper de
son milieu d'origine si c'est la volonté que chacun porte mais c'est aussi par le travail que
notre Nation sera plus forte parce qu'elle produira, parce qu'elle s'enrichira ; nous avons
besoin du travail et je le défendrai sans relâche en permettant à chaque travailleur de gagner
davantage par celui-ci, en formant nos concitoyens qui sont au chômage pour qu'ils puissent
retrouver un travail et les compétences nécessaires pour cela, en formant nos jeunes par
l'apprentissage ; le travail est le cœur de notre projet en commun.
Je veux aussi miser sur la fraternité. La fraternité, c'est ce qui nous unit, ce qui nous a fait un,
ce qui nous tient ensemble. Je crois dans la réussite, dans les succès mais que valent ces
succès s'ils ne sont en quelque sorte que les succès de quelques-uns ? Que s'ils nourrissent les
égoïsmes ou les cynismes ? Rien de bien durable. Tant de Nations sont en train de se fracasser
parce que seuls quelques-uns y réussissent ! Nous avons en effet besoin de repenser un grand
projet social pour notre pays, c'est celui-ci que je déploierai durant l'année qui s'ouvre. C'est
celui qui doit inspirer notre politique de santé, notre politique en faveur de celles et ceux qui
vivent en situation de handicap, notre politique d'hébergement pour les sans-abri, notre
politique sociale aidant les plus démunis. Sans cela, sans cette exigence humaniste, notre pays
ne se tiendra pas uni. Cela implique des règles et de la rigueur aussi et je sais parfois quelques
tensions éthiques que je ne sous-estime pas et que j'assume pleinement. Je veux que nous
puissions apporter un toit à toutes celles et ceux qui sont aujourd'hui sans abri. Le
gouvernement s'est beaucoup engagé ces derniers mois en cette direction et a beaucoup
amélioré les choses mais il y a encore des situations qui ne sont pas acceptables et que je
n'accepte pas davantage que vous. Nous continuerons donc l'effort indispensable pour réussir
à pleinement respecter l'engagement que j'ai moi-même pris devant vous.
Comptez sur ma détermination entière en la matière.
Nous devons aussi accueillir les femmes et les hommes qui fuient leur pays parce qu'ils y sont
menacés en raison de leur origine, de leur religion, de leurs convictions politiques. C'est ce
qu'on appelle le droit d'asile. C'est un devoir moral, politique et je ne cèderai rien. Nous
respecterons celui-ci ; nous continuerons à accueillir ces femmes et ces hommes parce que la
France est leur patrie mais pour autant, nous ne pouvons accueillir tout le monde et nous ne
pouvons le faire sans qu'il y ait des règles. Il est aussi indispensable que nous puissions
contrôler l'identité de chacune et chacun et lorsque quelqu'un qui arrive sur notre territoire ne
relève pas du droit d'asile et n'a aucune chance d'obtenir la nationalité française, nous ne
pouvons accepter qu'il reste des mois, des années dans une situation d'irrégularité qui n'est
bonne ni pour lui ni pour le pays. Il faut donc là aussi des règles simples et des règles
respectées et donc de la rigueur. Je m'attacherai à ce que notre pays se tienne à cette ligne
d'humanité et d'efficacité.
Enfin, notre cohésion nationale dépend aussi de votre engagement. Oui, la cohésion de la
Nation, ça n'est pas simplement le travail du président de la République, de son Premier
ministre ou du gouvernement ; c'est le travail de chacune et chacun d'entre vous. Demandez-
vous chaque matin ce que vous pouvez faire pour le pays et au-delà de votre quotidien, de
votre vie, parfois de ses difficultés, dites-vous toujours que vous appartenez à un collectif plus
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fort, plus grand que vous : la Nation française. C'est ce collectif qui vous a éduqué, qui vous
soigne, qui quand vous tombez, vous aide à vous relever, qui vous aidera dans vos vieux jours
et dites-vous à chaque instant que vous avez quelque chose à faire pour la Nation. J'ai besoin
de cet engagement.
Chaque jour, depuis que je suis élu Président de la République, j'ai pu constater dans notre
pays ces miracles de solidarité, d'engagement et d'enthousiasme ; c'est de cela dont j'ai besoin
et c'est pour cela que j'ai besoin de vous. Le peuple français est un grand peuple qui parfois
sous-estime ses propres ressorts intimes. Nous sommes capables de l'exceptionnel.
Alors, mes chers compatriotes, ce soir je m'adresse à vous avant qu'une nouvelle année ne
s'ouvre. Il y aura des difficultés, il y aura sans doute des choses que nous n'avons pas
prévues ; vous aurez peut-être dans vos vies personnelles des moments de doute, des drames,
mais n'oubliez jamais que nous sommes la Nation française. Et ce soir, je veux vous dire que
c'est avec cet esprit de conquête que nous avons en partage, avec cette détermination entière,
cette ambition sincère pour notre pays et pour chacun d'entre vous, avec cette volonté de faire
vivre notre Renaissance française que je vous présente tous mes vœux pour l'année 2018.
Vive la République et vive la France.

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Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, le 31 décembre 2012

Mes chers compatriotes,


Fidèle à une belle tradition, je présente à chacune et à chacun d’entre vous mes vœux les plus
chaleureux pour la nouvelle année.
En mai dernier, vous m’avez confié la tâche de conduire notre pays dans un moment
particulièrement grave. Avec une crise historique, un chômage qui progresse implacablement
depuis près de 2 ans et une dette record.
Je n’ignore rien de vos inquiétudes. Elles sont légitimes. Et je n’entends pas vous dissimuler
les difficultés qui nous attendent. Elles sont sérieuses.
Mais ce soir je veux vous dire ma confiance dans notre avenir : la zone euro a été sauvegardée
et l’Europe a enfin mis en place les instruments de stabilité et de croissance qui lui
manquaient. Ce résultat semblait, il y a encore 6 mois, hors de portée. Il a été atteint.
Ma confiance, elle est surtout dans la France. Je connais le talent de nos entrepreneurs comme
de nos salariés. Mon devoir, mon premier devoir, mon seul devoir, c’est faire que notre pays
avance et que notre jeunesse retrouve espoir.
C’est pourquoi, j’ai pris, depuis mon élection, avec le gouvernement de Jean-Marc
AYRAULT, trois décisions majeures.
La première, c’est le rétablissement de nos comptes publics. Je veux désendetter la France. Un
effort a été demandé. Je sais ce qu’il représente après déjà tant d’années de sacrifices. Je vous
assure que chaque euro prélevé sera accompagné d’une lutte drastique pour réduire les
dépenses publiques inutiles. L’argent des Français est précieux. Chacun d’entre vous le gagne
durement. Il doit donc être au service d’un Etat exemplaire et économe.
La deuxième décision, c’est le pacte de compétitivité. Je veux redonner, dès 2013, des marges
de manœuvre aux entreprises grâce à un crédit d’impôt de 20Mds euros pour leur permettre
d’embaucher, d’investir et d’exporter.
La troisième, c’est la maîtrise de la finance : la Banque publique d’investissement est créée, la
prochaine loi bancaire nous préservera de la spéculation et la taxe sur les transactions
financières sera introduite au niveau européen dès l’année prochaine.
Cette marche en avant ne s’est pas faite sans soubresaut ni contretemps. J’en conviens. Mais
le calendrier que j’ai fixé c’est de faire les réformes maintenant pour sortir de la crise plus vite
et plus fort.
Ces décisions étaient indispensables, elles avaient été trop longtemps différées. Je les ai prises
avec esprit de justice.
Justice fiscale, d’abord. Les revenus du capital sont désormais taxés comme ceux du travail.
Et il sera toujours demandé davantage à ceux qui ont le plus. C’est le sens de la contribution

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exceptionnelle sur les plus hauts revenus qui sera réaménagée, suite à la décision du Conseil
Constitutionnel, sans changer son objectif.
Justice sociale. Avec l’augmentation du SMIC, du RSA, de l’allocation de rentrée scolaire. Et
le droit de partir à la retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler tôt.
Justice entre les générations, avec la priorité donnée à l’éducation nationale, avec des
enseignants plus nombreux et mieux formés.
2012 a donc été l’année où ensemble nous avons engagé le redressement.
2013 sera l’année de la mobilisation de tous pour le réussir.
Toutes nos forces seront tendues vers un seul but : inverser la courbe du chômage d’ici un an.
Nous devrons y parvenir coûte que coûte.
Avec 150 000 emplois d’avenir pour les jeunes les plus éloignés du marché du travail. Avec
les contrats de génération qui permettront de lier l’expérience du senior avec l’espérance du
jeune. Ils prendront effet dès demain.
Avec la formation professionnelle qui sera réformée pour accompagner prioritairement les
chômeurs vers l’activité.
Mais l’Etat n’est pas le seul acteur. C’est la raison pour laquelle le gouvernement a ouvert la
négociation sur la sécurisation de l’emploi.
Son objectif ? Donner plus de stabilité aux salariés et plus de souplesse aux entreprises. Bref,
conjurer une double peur. La peur du licenciement pour les travailleurs, la peur de l’embauche
pour les employeurs. Cette négociation, si elle aboutit, sera une chance pour la France. Je fais
confiance aux partenaires sociaux pour prendre leurs responsabilités. A défaut je les
assumerai.
Voilà, le cap est fixé : tout pour l’emploi, la compétitivité et la croissance.
Ce cap sera tenu. Contre vents et marées. Je n’en dévierai pas. Non par obstination, mais par
conviction. C’est l’intérêt de la France.
Pour préparer l’avenir, notre pays a besoin d’investir dans tous les domaines ; dans nos
filières industrielles et agricoles, dans le logement, dans l’environnement, dans la santé, dans
la recherche, dans les nouvelles technologies. J’ai donc demandé au gouvernement de
proposer une stratégie d’investissements publics comme privés pour moderniser la France à
l’horizon 2020.
Chers Compatriotes, de Métropole, de l’Outremer et de l’étranger, nous avons toutes les
ressources pour réussir à la condition de nous retrouver sur l’essentiel. Et si nous pouvons
parfois débattre de grandes questions de société et ce sera le cas en 2013, la France est la
France quand elle va de l’avant sur l’égalité des droits -y compris le mariage pour tous, sur la
démocratie -y compris le non cumul des mandats, et sur le respect de la dignité humaine -y
compris lors de la fin de la vie.
La France est également elle-même quand elle défend ses valeurs dans le monde.
Elle l’a fait en Afghanistan. Sa mission est achevée. Comme je l’avais promis, toutes nos
forces combattantes sont rentrées à Noël. J’exprime ma reconnaissance à nos soldats pour leur
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courage et je salue la mémoire de ceux qui sont morts pour la France. Ils sont 88. Et je
n’oublie pas les blessés : ils sont plus de 700.
C’est toujours au nom de ces valeurs que la France soutient en Syrie l’opposition à la
dictature. Et, au Mali, les peuples africains dans leur lutte contre la menace terroriste.
J'ai une pensée particulière pour nos otages, et pour leurs familles, qui vivent dans l’angoisse.
Qu’ils sachent bien que tout est fait pour obtenir leur libération. Sans rien concéder de nos
principes.
Une de nos forces, c’est la solidarité. Nous la devons aux peuples opprimés. Nous la devons,
tout près de nous, aux plus fragiles, aux malades, aux personnes isolées, à celles en situation
de handicap ou qui connaissent la précarité ou la solitude. Ce ne sont pas des assistés. Ce sont
des citoyens, un moment meurtris par la vie.
Il y a de l’honneur dans une grande Nation comme la nôtre à être capable de conjuguer
compétitivité et solidarité. Performance et protection. Réussite et partage.
C’est l’ambition de cette France réconciliée et confiante en elle-même que je porte pour
l’année qui s’ouvre. C’est cette ambition qui donne un sens à l’effort de tous.
Vive la République !
Vive la France !

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Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, le 31 décembre 2007

Françaises, Français, mes chers compatriotes,


En ce 31 décembre, au terme d'une année si pleine pour notre pays, c'est avec reconnaissance
pour la confiance que vous m'avez témoignée et conscient des devoirs qu'elle m'impose que je
m'adresse à vous.
Ce soir, j'ai une pensée pour chacun d'entre vous.
Je pense à vous qui vous préparez à fêter la nouvelle année avec votre famille, avec vos amis,
en oubliant les soucis de la vie quotidienne.
Je pense à vous qui êtes obligés de travailler cette nuit au service des autres et à vous, soldats
français en opérations loin de vos foyers et qui risquez votre vie pour défendre nos valeurs.
Je pense aussi à vous qui êtes seuls et pour qui cette soirée sans personne à qui parler sera une
soirée de solitude semblable à toutes les autres.
Je pense à vous, que la vie a éprouvés, et que la tristesse ou la douleur tiennent à l'écart de la
fête.
A chacun de vous je veux adresser un message d'espérance, un message de foi dans la vie et
dans l'avenir. Je voudrais convaincre même celui qui en doute qu'il n'y a pas de fatalité du
malheur.
Au milieu des joies et des peines que l'existence réserve à chacun d'entre nous, nous pouvons,
par l'effort de tous, bâtir une société où la vie sera plus facile, où l'avenir pourra être regardé
avec davantage de confiance.
C'est la tâche que vous m'avez confiée en m'élisant Président de la République au mois de mai
dernier. Tâche immense tant la France a pris de retard sur la marche du monde.
Je sais combien est grande votre attente d'un changement profond après des années d'efforts et
de sacrifices que la plupart d'entre vous a le sentiment d'avoir consentis en vain.
Je sais les craintes que beaucoup d'entre vous éprouvent pour l'avenir de leurs enfants. Je sais
l'angoisse qui vous étreint quand vous avez peur de perdre votre emploi ou quand vous
craignez que l'augmentation du coût de la vie ne vous permette plus, même en travaillant dur,
de faire vivre décemment votre famille.
Je sais votre exaspération quand vous voulez entreprendre ou quand vous voulez travailler
davantage et que vous avez le sentiment que tout est fait pour vous en empêcher.
Alors, tout ne peut être résolu en un jour ! Mais, croyez-le bien, ma détermination est sans
faille. Malgré les obstacles, malgré les difficultés, ce que j'ai dit, je le ferai. Je le ferai tout
simplement parce que c'est l'intérêt de la France.
Depuis que vous m'avez choisi pour présider aux destinées de notre pays, j'ai voulu tout
mettre en œuvre pour tenir la promesse que je vous avais faite de vous rendre la fierté d'être

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Français, de vous donner le sentiment que dans notre vieux pays tout pourrait devenir
possible.
J'ai, avec François Fillon et tout le gouvernement, engagé depuis 8 mois beaucoup de
changements profonds.
A ceux qui trouvent que cela n'est pas allé assez vite, je veux dire que j'ai fait tout ce que je
pensais possible de faire en tenant compte de l'exigence du dialogue social et de la
négociation. Je ne crois pas à la brutalité comme méthode de gouvernement. Je crois que mon
rôle est de convaincre et de rassembler non de heurter et de diviser. C'est ce à quoi je me suis
efforcé dans le respect de tous.
A ceux qui pensent que le changement a été trop rapide, je veux dire qu'il ne faut pas perdre
de vue que notre pays a trop attendu et que le temps presse si nous voulons rester maîtres de
notre destin.
J'ai voulu mettre chacun face à ses responsabilités. J'ai pris les miennes. J'ai pu commettre des
erreurs. Mais depuis 8 mois, je n'ai agi qu'avec le souci de défendre les intérêts de la France et
pas un jour ne s'est passé où je ne me sois répété l'engagement que j'ai pris envers chacun de
vous : « Je ne vous tromperai pas, je ne vous trahirai pas ». Je vous dois la vérité. Je vous la
dirai toujours. Je ne m'autoriserai aucune hypocrisie.
J'ai mis tout mon cœur, et toute mon énergie à être le Président de tous les français et pas
seulement de ceux qui ont toujours partagé mes convictions. C'est pourquoi j'ai voulu
l'ouverture, c'est pourquoi je l'ai faite avec des hommes et des femmes de valeur. Je ne leur ai
pas demandé de se renier. Je leur ai simplement proposé de servir leur pays. Ils l'ont accepté.
Je leur en suis reconnaissant.
C'est avec le même esprit d'ouverture, avec la même volonté de tenir mes engagements que
j'aborde cette nouvelle année où, malgré une conjoncture internationale freinée par la crise
financière, les premiers résultats de l'action entreprise devraient se faire sentir.
Beaucoup reste à faire, j'en suis bien conscient, pour que les mesures mises en œuvre se
traduisent par des améliorations visibles dans votre vie quotidienne, pour répondre à toutes les
attentes que vous avez exprimées ou pour que la France retrouve son rang et son rôle dans le
monde.
En cette fin d'année 2007 une première étape s'achève sur la voie du changement. Ce fut celle
de l'urgence : urgence à dépasser les vieux clivages partisans. Urgence du choc fiscal et social
pour rétablir la confiance et soutenir l'activité et qui a permis à notre économie de mieux
résister que d'autres au ralentissement de la conjoncture. Urgence du pouvoir d'achat. Urgence
de l'autonomie des universités. Urgence de réformer les régimes spéciaux, de libérer et de
réhabiliter le travail. Urgence du service minimum. Urgence de la modernisation de l'Etat qui
commence enfin, urgence des réformes qui attendent depuis 20 ans ou 30 ans. Urgence que la
France devienne exemplaire en matière d'environnement, de qualité de la vie, de
développement durable. Urgence du traité simplifié pour débloquer l'Europe, l'Europe dont je
n'ai jamais cessé de penser qu'elle était indispensable. Urgence que la France se remette à
parler avec tout le monde pour qu'elle puisse jouer le rôle qui doit être le sien au service de la
paix et de l'équilibre du monde, au service de ceux qui souffrent, des enfants et des femmes

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martyrisés, des persécutés, de ceux qui attendent au fond de leurs prisons que la France parle
et agisse pour eux.
Avec 2008, une deuxième étape s'ouvre : celle d'une politique qui touche davantage encore à
l'essentiel, à notre façon d'être dans la société et dans le monde, à notre culture, à notre
identité, à nos valeurs, à notre rapport aux autres, c'est-à-dire au fond à tout ce qui fait une
civilisation.
Depuis trop longtemps la politique se réduit à la gestion restant à l'écart des causes réelles de
nos maux qui sont souvent plus profondes. J'ai la conviction que dans l'époque où nous
sommes, nous avons besoin de ce que j'appelle une politique de civilisation.
Nous ne résoudrons rien si nous ne bâtissons pas l'école et la ville du XXIe siècle, si nous ne
mettons pas au cœur de la politique le souci de l'intégration, de la diversité, de la justice, des
droits de l'Homme, de l'environnement, si nous ne retrouvons pas le goût de l'aventure et du
risque, le sens de la responsabilité en même temps que celui du respect et de la solidarité, ou
si nous n'entreprenons pas de moraliser le capitalisme financier. Il ne s'agit pas de faire des
discours on en a tant fait il s'agit d'agir pour obtenir des résultats.
Alors, que la France montre la voie ! C'est ce que depuis toujours tous les peuples du monde
attendent d'elle.
C'est ce que nous ferons quand la France présidera, à partir du 1er juillet, l'Union Européenne.
C'est ce que nous voulons faire avec l'Union pour la Méditerranée qui est un grand rêve de
civilisation. C'est ce que nous voulons faire partout dans le monde pour redonner de l'espoir à
ceux qui n'en n'ont plus. C'est ce que, bien sûr, surmontant nos doutes et nos angoisses, nous
devons faire d'abord pour la France elle-même.
Notre vieux monde a besoin d'une nouvelle Renaissance. Eh bien, que la France soit l'âme de
cette Renaissance ! Voici mon vœu le plus cher pour cette année qui vient.
Je souhaite du fond du cœur qu'elle soit pour la France, pour chacun d'entre vous, pour tous
ceux qui vous sont chers une année de bonheur et de réussite.
Mes chers compatriotes,
Vive la République
Vive la France !

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Déclaration de M. Jacques Chirac, Président de la République, le 31 décembre 2002

Mes chers compatriotes,


Je me réjouis d'être parmi vous à l'occasion du nouvel an.
Beaucoup sont heureux d'être en famille ou avec des amis pour accueillir cette année 2003, et
je les salue amicalement. D'autres, je le sais, n'apprécient guère cette période de fêtes, parce
que leurs soucis, leur détresse parfois, leur sont plus sensibles. A toutes celles et à tous ceux
qui sont dans l'isolement, dans la peine, dans les épreuves, je veux dire ma sympathie et ma
solidarité.
2002 fut une année de débats et, pour certains, l'occasion d'exprimer leur insatisfaction et
leurs inquiétudes. Elle fut également, et elle restera, l'année du sursaut républicain. L'année du
rassemblement. L'année du changement aussi, pour la sécurité et la justice, pour l'économie et
l'emploi, pour la défense nationale.
Une première étape a été franchie par le Gouvernement de Jean-Pierre RAFFARIN, dont je
veux saluer l'esprit de mission et la volonté de faire bouger les choses avec et pour les
Français.
Réaffirmer l'autorité de l'Etat était un préalable. Nous pouvons maintenant aborder les étapes
suivantes. Avec lucidité, bien sûr, mais aussi avec confiance et détermination.
Lucidité, parce que nous vivons dans un monde incertain, dangereux, où les menaces de
guerre s'ajoutent aux risques terroristes. Un monde où une utilisation dévoyée du progrès
scientifique peut porter atteinte à la dignité même de la personne humaine. Et la France devra
être au premier rang pour défendre la paix, la justice et l'éthique. Sur notre sol, les tentations
du communautarisme et du repli sur soi sont réelles. La violence, qui recule grâce à l'action du
Gouvernement, est loin d'avoir disparu. Nos équilibres écologiques sont de plus en plus
menacés. Notre cohésion nationale, souvent malmenée, a besoin d'être fortifiée. La situation
de l'emploi, les difficultés matérielles, l'exclusion restent chez nous une préoccupation
majeure. L'effort engagé pour libérer les énergies au service de la croissance, c'est un effort
qui doit être poursuivi avec ténacité. Lucidité mais confiance, parce que la France a tout pour
être une nation forte, par son dynamisme, sa capacité de rassemblement et son esprit de
solidarité. Notre vitalité démographique nous distingue en Europe. Le travail, la créativité, les
savoir-faire des Français sont reconnus. Nos entreprises sont présentes dans le monde entier.
Confiance aussi parce que nous sommes en train de renouer avec des valeurs essentielles
comme la responsabilité personnelle, le sens de l'intérêt collectif, l'autorité, les solidarités de
proximité. La responsabilité personnelle, c'est d'abord le civisme, le respect de l'autre, le
respect de la différence, le respect dû aux plus vulnérables. C'est bien sûr le contraire du
mépris, de l'indifférence, de l'inconscience, qui font tant de victimes. Et, la mobilisation
contre la violence routière doit en être un exemple.
Détermination enfin. Parce que, pour préparer et réussir l'avenir, il faut agir, changer, se
remettre en cause. Nous savons tous que des réformes sont indispensables. Des réformes que
nos partenaires européens ont faites, et que nous avons trop longtemps retardées.
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La France a beaucoup changé. Elle était naguère composée de blocs antagonistes, souvent
inconciliables, et prêts à se déchirer sur tout sujet. Aujourd'hui, j'en suis persuadé, le
rassemblement du plus grand nombre, autour de grandes ambitions collectives, et au-delà de
clivages dépassés, est devenu possible pour conduire les réformes dont notre pays a besoin.
La réforme des retraites, qui concerne tout le monde et qui seule permettra de garantir à
chaque Français une bonne retraite. C'est une chance pour tous, et ce serait un grand péril de
ne pas la faire.
La décentralisation, déjà engagée. Le nécessaire renouveau de notre école. La sauvegarde de
notre système de santé. La modernisation de l'État, sans laquelle nos services publics
dépériraient. La protection de notre environnement.
Le rétablissement du dynamisme et de l'attractivité de notre économie, mis à mal par un excès
de réglementations et d'impôts, qui nous a fait perdre beaucoup d'investissements et
d'emplois.
Je veillerai à ce que ces réformes soient menées à bien, avec tous et dans l'intérêt de tous.
Le Premier ministre et le Gouvernement conduiront cette action dans l'esprit de transparence,
de dialogue et de justice dont ils font preuve depuis leur prise de fonction. Chaque Française,
chaque Français, en étant pleinement et clairement informé, pourra assumer sa part des
évolutions nécessaires. La France n'avancera que si nous avançons tous ensemble. Alors, rien
de ce qui est nécessaire ne nous sera impossible.
L'effort de la Nation sera d'autant plus facile qu'il sera équitablement partagé. Il y a là un
impératif de justice entre les Français, un impératif dont je veux être le garant.
Primauté de l'intérêt collectif, responsabilité, équité : voilà comment nous réussirons !
C'est cela, le pacte français. L'exigence de liberté et de solidarité. La recherche permanente du
juste équilibre entre la volonté d'une Nation ambitieuse et la place à réserver à chaque citoyen
et à ses attentes.
Mes chers compatriotes, c'est une année d'action, d'action résolue et équitable, qui nous
attend, pour notre avenir et pour celui de nos enfants.
Plus la France sera dynamique, mieux elle sera écoutée. Dans une Europe unie, bientôt
reformée et élargie, elle parlera avec davantage de force. Au cours des derniers mois, elle a su
faire entendre son message de paix, d'équilibre, et de solidarité avec les pays pauvres. En
2003 la France poursuivra son action, avec les Nations Unies, malgré les difficultés, pour faire
prévaloir les principes qui fondent son engagement et sa vision du monde.
Mes chers compatriotes de métropole, d'outre-mer et de l'étranger, cette année d'action résolue
et équitable, il nous faut l'aborder unis et déterminés.
Du fond du cœur, je souhaite à chacune et à chacun d'entre vous une très bonne et très
heureuse année.
Vive la République,
Vive la France.

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Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, le 31 décembre 1988

Mes chers compatriotes,


Parce que c'est à Strasbourg que Rouget de l'Isle a, pour la première fois, chanté la
Marseillaise - le chant de la patrie et de la République - parce que Strasbourg est la capitale de
l'Europe et que, cette Europe, nous avons quatre ans, pas davantage, pour la construire, parce
que Strasbourg vient de fêter son deuxième millénaire, et pour bien d'autres raisons qui font
que Strasbourg est aimée des Français, je suis heureux de vous présenter, ce soir et de cette
ville, mes vœux de nouvel an.
Nulle part mieux qu'ici on ne se sent à la fois, Français et Européen, Européen Français.
Nous allons célébrer cette année le bicentenaire de la Révolution dont le premier acte a été en
1789, de proclamer les droits de l'homme et la souveraineté du peuple. Deux idées, deux
principes qui depuis lors ont inspiré tous les combats pour la liberté et la démocratie. Ce
message que la France a lancé au monde, il y a maintenant deux siècles, nous avons, certes, le
droit d'en être fiers mais nous avons aussi le devoir de lui rester fidèles. Or, il y a chez nous
beaucoup plus d'exclus et de laissés pour compte qu'on ne le croit généralement, que ce soit
pour cause de chômage, de maladie, d'ignorance, de pauvreté, que sais-je ? ou de couleur de
peau. C'est pourquoi je me suis réjoui qu'à la demande du gouvernement le parlement ait voté
ce mois-ci un revenu minimum d'insertion qui ne laissera personne sans ressources, c'est
pourquoi j'ai voulu que les crédits de l'éducation nationale soient fortement augmentés, et ils
continueront de l'être ces prochaines années, afin que chacun de nos enfants ait la chance de
s'instruire et de se former dès l'école, en vue d'acquérir un métier et de réussir sa vie
professionnelle.
De même, j'ai approuvé du fond du cœur, la voie choisie pour la pacification des esprits en
Nouvelle-Calédonie.
Mais il reste beaucoup à faire. Je souhaite par exemple, que soient révisées sans tarder
plusieurs des dispositions législatives applicables aux immigrés, dispositions qui ne me
paraissent ni équitables, ni justifiées. Ce sera notre réponse aux actes criminels qui ont
marqué ces derniers temps un certain réveil du racisme.
Je souhaite également que s'engage la discussion du nouveau code pénal déposé au sénat par
Robert Badinter, au début de 1986, afin d'humaniser et de moderniser notre droit.
Et d'une façon plus générale, comment ne pas entendre l'appel de celles et de ceux qui vivent
dans la difficulté quotidienne, un salaire ou un traitement trop bas, pas de logement ou un
loyer trop cher, des moyens de transports défaillants ? Celles et ceux qui souffrent dans leur
dignité de n'être pas reconnus pour ce qu'ils valent ?
Il faut que la croissance de notre richesse nationale, qu'une gestion sérieuse nous permet
d'entrevoir, soit en même temps que le meilleur moyen de créer des emplois, l'occasion de
réduire les inégalités excessives de notre société, en partageant plus justement les fruits de
l'effort commun.

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Croyez-le, mes chers compatriotes, plus nous serons unis autour des idéaux qui ont fondé la
République et mieux la France se portera et plus grandes seront ses chances de tenir sa place
dans l'Europe de demain.
Car voilà que se propose un autre enjeu, celui que l'Europe, notre Europe des Douze s'est
fixée à elle-même, puisque le 31 décembre 1992, je le répète, dans quatre ans seulement, 320
millions d'Européens, dont nous sommes, auront à vivre ensemble, toutes barrières abattues,
libres d'échanger leurs biens et leurs services, de circuler, de s'installer, de travailler où ils
voudront. C'est un risque me dira-t-on. Sans doute. Eh bien ! Ce risque est pris et je l'assume
en votre nom, assuré qu'un pays créateur comme le nôtre n'a rien à craindre de l'histoire, s'il
mobilise comme il convient ses énergies et ses talents. Le vrai risque serait au contraire de
s'isoler, de se replier sur soi-même.
Seule l'Europe technologique, économique et monétaire aura la dimension suffisante pour
rivaliser avec le Japon et les Etats-Unis d'Amérique. Seule l'Europe politique sera capable de
tenir tête aux puissances qui dominent le monde. Et j'attends dès maintenant, pour 1989, que
nos partenaires s'engagent avec nous, afin que les peuples de la terre s'organisent, et qu'ils
prennent en charge leur environnement, menacé des pires désastres : la forêt qu'on tue, l'eau
que l'on corrompt, l'air qu'on épuise par aveuglement ou par goût coupable d'un profit
immédiat.
J'attends de l'Europe aussi qu'elle comprenne que sans politique sociale et sans espace
culturel, elle ne sera pas. Enfin, c'est à l'Europe qu'il appartient, me semble-t-il, de donner
l'exemple pour corriger les déséquilibres qui s'accroissent entre les pays riches et les pays
pauvres.
Mes chers compatriotes, dans cette perspective je vous dis bonne année. En dépit des drames
qui l'ont traversée, 1988 a vu la paix et le désarmement gagner du terrain sur la guerre.
L'espoir grandit d'une ère nouvelle. Puisse 1989 justifier cet espoir.
Vive la République,
Vive la France.

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Allocution de M. Valéry Giscard d'Estaing, Président de la République, le 31 décembre
1980

Mes chers Françaises,


Mes chers Français,
Ce soir est une fête pour la plupart d'entre vous. Je ne l'oublie pas. Vous ne souhaitez pas
qu'on ravive vos soucis. Mais c'est aussi un de ces instants - bien rares en vérité - où je peux
m'adresser à vous sans être tenu par un sujet particulier.
La fin d'une année, qui emporte des joies et des peines, des amours et des regrets, des
souvenirs qui pâlissent ; l'arrivée d'une nouvelle année, encore inconnue, indécise, nous
rappellent la marche inexorable du temps, pour chacun de nous, et nous invitent à la réflexion.
C'est pourquoi j'ai choisi de vous dire deux choses toutes simples, mais qu'il me semble que je
dois rappeler dans un moment difficile pour le monde, et difficile aussi pour notre pays. Ces
deux choses, les voici :
La France est un grand pays, et elle doit le rester,
La France est une République de liberté, et vous en êtes les soutiens.
La France est un grand pays. Elle n'est pas une des deux superpuissances, mais elle est un des
plus grands, un des plus vigoureux pays du monde.
La force d'un pays se mesure à divers signes :
Des signes économiques ; son niveau de vie, sa productivité, sa présence dans les techniques
de pointe et la science, la solidité de sa monnaie, l'indépendance de ses approvisionnements.
C'est ainsi que la part de notre électricité d'origine nationale qui était de 45 % en 1973,
atteindra 70 % à la fin de 1981. Le lacet passé autour de notre cou sera desserré d'autant !
Mais aussi des signes politiques : la stabilité et l'efficacité de ses institutions, l'indépendance
et la puissance de sa défense, son active diplomatie de paix, sa contribution à l'organisation du
monde.
Sur tous ces points, notre pays compte parmi les meilleurs. C'est pourquoi la France est
respectée et estimée dans le monde. Du rang et du rôle de la France dans le monde, nous
sommes solidairement responsables. Il faut peu de choses pour détruire l'image d'une nation :
le relâchement, l'impatience, la désunion.
L'année 1981 sera encore une année difficile. Conservons ce qui fait notre force ! Faisons le
nécessaire pour que la France continue d'être un grand pays. C'est le premier vœu que
j'exprime ce soir, et que j'adresse en votre nom à la France.
La France est une République de libertés. Beaucoup de libertés ! Chacun de nous peut se
déplacer comme il veut, pratiquer sa religion, lire et écouter ce qui lui plaît, critiquer,
s'exprimer comme il l'entend. Peu de pays, peu de peuples hélas !, bénéficient d'autant de
libertés.

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Ces libertés nous sont naturelles, parce qu'elles sont l'acquis précieux des générations de
Français qui les ont patiemment - et parfois impatiemment - conquises !
Lorsque l'usage de la liberté vous paraît excessif - et je sais que beaucoup d'entre vous le
pensent par moment - dites-vous que la liberté est un bien fragile, que tant d'autres hommes et
d'autres femmes dans le monde voudraient connaître autant que nous, et qu'il nous faut savoir
sauvegarder.
La liberté trouve sa limite nécessaire dans le respect des lois, faites pour interdire les abus.
Les lois doivent être respectées. Faites confiance à ceux qui sont chargés, en votre nom et
pour vous, de les appliquer. Ils le font souvent au péril de leur vie.
Mais le vrai fondement de la République est dans la sagesse du citoyen.
Vous, toutes et tous, vous êtes davantage responsables du destin de notre pays qu'à aucun
autre moment de son histoire. Parce que tout ce qui se passe dans le monde, vous le
connaissez aussitôt. Parce que vous en savez plus sur les grands problèmes de notre temps que
tous ceux qui vous ont précédés.
Vous savez que nous devons faire face à de grandes difficultés, parce que le monde change,
qu'il est plus dur et moins prévisible qu'auparavant, qu'il peut devenir menaçant, et que nous
voulons cependant y maintenir notre rang et faire de notre société française une société plus
juste. Nous ne pouvons pas compter en 1981 sur des facilités venues de l'extérieur. Nous ne
pourrons compter que sur nos propres forces.
Ce progrès nous le recherchons dans les voies de la raison, de la tolérance et de la liberté. Ce
ne sont pas les plus faciles ! Mais je vous dis bien haut que ce sont les plus françaises. J'ai
confiance dans le progrès de la France. Je vous le répète, j'ai confiance dans le progrès de la
France. On me reproche parfois mon optimisme. Ce n'est pas de l'optimisme mais de la
confiance dans un pays que j'aime et que je respecte, une confiance qui vient du plus profond
de notre sang et qui se respire avec l'odeur de notre terre.
Demeurez tels que vos êtes, capables de distinguer ce qui est important, et ce qui est
raisonnable.
Et les vœux que je vous adresse, ce sont les mêmes que le poète Charles PEGUY exprimait
aux lecteurs de sa revue :
"A l'héritage français, nous demanderons cette forme de courage si particulière et si éminente,
Et maintenant, ce n'est plus le Président qui vous parle. C'est votre compatriote qui vous
souhaite de tout cœur, à vous Françaises, à vous Français, une année qui satisfasse vos espoirs
et vos ambitions, une année heureuse pour vos enfants, avec leur joli sourire innocent, une
année où la solitude soit moins glacée pour les isolés, la souffrance moins cruelle pour les
malades, les difficultés de tous les jours moins lourdes pour les plus démunis ; une année de
paix, et tout simplement, si la Providence le veut bien, une année de bonheur !
- Bonsoir et bonne année !

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