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La Vièrge des Loups milliardaires

Une Romance Paranormale

de Jasmine Wylder
Dédicace
À mes amours, B & B, qui m’ont encouragée à poursuivre mon rêve:
Prenons notre envol.
Chapitre UN
Tanya

Alors, c’était ça, le scoop du siècle ?


Tanya poussa un grognement d’exaspération quand elle enfonça encore un
pied dans un autre trou boueux. Elle l’en arracha et gémit quand sa chaussure
resta dans le trou, une fois de plus. Elle l’en sortit, avança laborieusement de
quelques autres pas, puis ses pieds foulèrent à nouveau un sol solide. À cet
endroit, elle s’assit sur une branche morte et retira de ses pieds toute la boue
qu’elle put avant de les remettre dans ses chaussures.
L’obscurité progressait autour d’elle, rendant la forêt encore plus sinistre
qu’elle ne l’avait été avant le coucher du soleil. Des animaux s’appelaient
dans le feuillage épais et, pour la énième fois, Tanya regretta d’avoir décidé
de venir ici.
Tout avait commencé quand le rédacteur en chef du journal où elle
travaillait lui avait dit qu’elle ne serait jamais une bonne journaliste. Elle
n’occupait ce poste que depuis deux mois et, déjà, il lui disait qu’elle ne
valait rien.
En fait, il ne l’avait peut-être pas dit comme ça.
Un air renfrogné lui traversa le visage quand elle se souvint de la façon
dont il lui avait dit qu’elle n’y arriverait jamais, sauf s’il l’aidait un peu. Elle
gonfla les narines. Il avait appuyé sa proposition en posant une main sur un
de ses seins. Elle aurait aimé le frapper pour avoir osé faire ça, mais c’était un
nouveau travail et elle avait des factures à payer. Si elle réagissait n’importe
comment, elle aurait mauvaise réputation dans tout le monde de la presse.
Donc, elle avait repoussé ses avances aussi poliment que possible.
Apparemment, elle n’avait pas été assez polie parce que, depuis ce jour-là, il
avait refusé de lui confier autre chose à faire que la tournée matinale du café,
en dépit de ses compétences.
Cependant, aujourd’hui, il lui avait confié une mission et elle était tout sauf
ordinaire.
Personne ne savait grand-chose sur les meutes de loups qui possédaient
plus de cinq mille hectares dans les montagnes à côté de la ville, mais une
sorte de cérémonie spéciale était censée se dérouler quelque part dans la forêt
ce soir. On avait envoyé Tanya découvrir ce que c’était.
Tanya savait que, si elle ne revenait pas avec son reportage, elle serait
licenciée. Son patron s’attendait à ce qu’elle échoue. C’était pour cette raison
qu’il lui avait confié cette mission. Elle l’avait regardé droit dans les yeux et
lui avait dit qu’elle rapporterait ce reportage. De plus, elle comptait vraiment
le faire.
Malheureusement, sa voiture était tombée en panne et, maintenant, elle
était complètement perdue. Son imbécile de téléphone portable était tombé de
sa poche aux alentours de la route. Heureusement, le ciel était dégagé et elle
avait trouvé l’étoile Polaire pour sortir de la forêt. Si elle continuait vers l’est,
elle finirait par retrouver la route.
Avec un soupir, elle se releva une fois de plus. Elle avait traversé un
endroit boueux, mais il semblait être terminé et elle voulait retrouver la
civilisation avant l’aube. Peut-être que, si elle arrivait au travail dans cet état,
le rédacteur en chef la laisserait en paix et lui permettrait au moins de trouver
un nouveau travail avant de la licencier.
Peu de temps après, elle sortit soudain des arbres. La pleine lune brillait
autour d’elle, révélant un cercle de mégalithes. Quand elle jeta un coup d’œil
aux alentours, elle écarquilla les yeux. On avait sculpté un motif différent sur
chacun des mégalithes et, à l’endroit qui se trouvait au milieu, le sol avait
l’air piétiné violemment et dépourvu de végétation. Était-ce un lieu de
rencontre que les loups fréquentaient ?
Des grognements lui répondirent. Elle leva les yeux et vit trois silhouettes
immenses émerger d’entre les mégalithes. La première chose qu’elle
remarqua fut leurs crocs. Ils avaient tous les trois des mâchoires énormes et
les lèvres retroussées sur des crocs qui faisaient chacun la taille d’un couteau
à viande. Ce fut aussi la dernière chose qu’elle remarqua parce qu’elle ne
comptait pas rester sur place pour en apprendre plus.
Tanya virevolta et courut. Le hurlement fracassant qu’elle entendit derrière
elle la fit trébucher. Son cœur battit plus vite et elle oublia son épuisement
quand l’adrénaline se diffusa dans son corps. Des branches lui fouettaient le
visage et elle courait en zigzag. En vain. Quelques secondes plus tard, une
immense patte s’enroula autour de sa taille et elle tomba par terre. Son cri
fendit l’air et le loup recula brusquement. Elle se retourna sur le dos et saisit
son museau qui grognait en crachant des injures.
— Si tu me fais du mal, le pays tout entier viendra te poursuivre avec des
fourches et des torches ! hurla-t-elle.
Le loup s’affala sur elle. Son poids insensé lui chassa l’air des poumons.
Apparemment, c’était exactement ce que le loup avait voulu faire parce qu’il
recula dès qu’elle s’arrêta de crier. La gueule béante se referma autour de sa
taille et il la souleva.
Ils traversèrent la forêt et Tanya évita de remuer, étonnée par la douceur
avec laquelle le loup la portait. Il ne l’écrasait pas entre ses mâchoires, mais
ne semblait pas non plus s’inquiéter quand la tête de Tanya se heurtait aux
arbres qu’ils passaient. S’il avait voulu qu’elle meure, elle serait morte. Donc,
il suffirait qu’elle trouve quoi faire par la suite, comment s’échapper.
Ou alors, peut-être, si elle était certaine que le loup ne voulait pas la tuer, il
la ramènerait probablement à la civilisation. Comme les loups n’aimaient pas
avoir des humains sur leur territoire, ils se contenteraient sûrement de la
chasser hors du leur, de lui faire payer une amende ou de trouver une autre
solution. Ce serait une aventure dont elle pourrait se servir. Une voyageuse
perdue dans les bois se fait attaquer par des loups. Son rédacteur en chef ne
pourrait pas refuser ça.
— Vous pouvez me reposer, maintenant, dit-elle avec hésitation. Je ne vais
pas m’enfuir une fois de plus.
Le loup grogna, mais la laissa descendre. Tanya se releva et jeta un regard
noir au loup en inspectant les déchirures qu’elle avait à sa chemise. Il lui fit
un clin d’œil, un authentique clin d’œil.
Le problème pour transformer cette aventure en conte à suspense était
qu’elle refusait d’écrire les mêmes âneries sectaires dont les médias se
repaissaient quand ils parlaient des loups. Selon les nouvelles, c’étaient des
brutes dangereuses. Plus animaux qu’humains, ils étaient soi-disant
incapables de contrôler leurs désirs et leurs passions. Tanya eut mal au cœur
quand elle se souvint de toutes les histoires qu’elle avait lues et qui
racontaient que les loups avaient un désir dément pour les femmes humaines.
Cela dit, n’était-ce pas la première façon de justifier l’oppression ? N’était-
il pas commode de présenter les opprimés comme des monstres dangereux
qui vous violent et vous assassinent si on ne leur vole pas leurs terres et leur
liberté ? Tanya grogna, essayant de se débarrasser de ses peurs irrationnelles.
Les loups étaient comme tout le monde et elle comptait le prouver. Si elle
arrivait à décrocher une interview avec un des alphas, cela lui rapporterait
encore plus.
Le loup la poussa du museau et elle commença à marcher. Un autre loup
sortit de l’obscurité et marcha avec eux. Le premier montra les crocs – elle
voyait que c’était incontestablement un mâle et elle en rougit – mais resta
muet. Ensemble, ils la ramenèrent aux mégalithes. Une demi-douzaine de
jeunes femmes s’y tenaient, entièrement nues. Il y avait aussi deux vieilles
femmes et les deux loups qui avaient ramené Tanya reculèrent.
On entendit un craquement et un bruit sec. Fascinée, Tanya vit les deux
loups se transformer devant ses yeux et reprendre leur forme humaine sans
problème. Elle écarquilla les yeux. Ils étaient tous deux grands et avaient des
épaules immenses. Mon Dieu, tous ces muscles ! Des biceps épais comme
des cordes, des abdominaux sculpturaux… Trop occupée à mater ces deux
hommes, elle oublia qu’elle était censée être anxieuse. L’un d’eux se racla la
gorge et se détourna, mais l’autre lui sourit et donna un coup de hanches dans
sa direction.
Tanya sentit le sang lui monter au visage et elle se détourna rapidement.
Elle se tordit les mains. D’abord, elle regarda les femmes, puis le ciel. Holà.
C’était une situation vraiment affreuse. Pourtant, si les femmes n’avaient pas
été là, cela aurait pu ressembler à un de ses fantasmes préférés…
Tu as les idées mal tournées, se rappela-t-elle.
— Donc, tu feras passer le message aux meutes ? dit l’homme qui se tenait
à sa gauche. Il avait une voix grave, comme du chocolat noir sucré. Mmm.
Du chocolat. C’était ce dont elle avait envie. Rien d’autre…
— On arrangera ça, dit l’autre homme. Je ne veux pas de protestations.
Les femmes prirent un air renfrogné, mais quand Tanya entendit ses mots,
son cœur battit la chamade une fois de plus. Arranger… quoi ? Qu’allez-vous
me faire ?
L’homme qui se tenait à sa gauche sourit en se léchant les lèvres.
— Si je peux faire ce que je veux ? Je te dévorerai et tu en adoreras chaque
seconde.
L’autre homme poussa un grognement.
— Un peu de respect, Nathan. Tu es rustre, arrogant…
— Ouais, je sais, tu me détestes. Rien de nouveau.
Le premier grogna et se rapprocha du second en serrant les poings. Oh non,
ils n’allaient pas se battre, n’est-ce pas ? Tanya regarda désespérément autour
d’elle, mais comme toutes les femmes la regardaient d’un air furieux, elle
comprit qu’il ne faudrait pas compter sur elles.
— L’humaine ne sait pas sur quoi elle est tombée. On ne reparlera de la
dévorer que quand elle comprendra. L’homme qui se tenait à sa droite parlait
avec une telle autorité qu’elle s’attendit à ce que le second loup se soumette
et accepte sa loi, mais M. Voix chocolatée – Nathan – se contenta de rire. Le
premier grogna une fois de plus, puis se retourna vers Tanya.
— Ma voiture nous attend.
Cela ne ressemblait pas vraiment à une invitation, mais Tanya hocha quand
même la tête. Elle se tint tranquille quand le loup passa un bras autour d’elle
sans vraiment la toucher et l’emmena. Ils marchèrent environ quinze minutes
avant d’arriver à une route et montèrent tous les trois dans une authentique
limousine. Le loup numéro un posa une couverture sur ses genoux, mais le
loup numéro deux laissa tout pendre librement. Tanya essaya de ne pas le
fixer du regard.
— Donc… vous allez me ramener en ville ? demanda-t-elle avec
hésitation.
— Non. Le loup numéro un secoua la tête. Je m’appelle Gabriel. Je suis…
— Un des alphas. Tanya hocha la tête. Elle l’avait reconnu. J’ai lu des
choses sur vous. Ce qui signifie que vous êtes… ?
— Nathan. Un autre alpha, dit le loup numéro deux avec un sourire. Bon,
êtes-vous vraiment ici par accident ou avez-vous entendu parler de la
cérémonie et vous avez décidé que vous vouliez être reine louve ?
— Euh… Tanya avait du mal à respirer. Pardon ?
Gabriel envoya un regard noir à Nathan.
— Vous avez interrompu une cérémonie dont le but était de décider qui
sera l’alpha de nos meutes combinées. La femme qui entrait dans les
mégalithes la première devait être la conjointe de l’alpha et choisir parmi
nous le mâle qu’elle voulait. Comme vous avez été la première femme à
entrer dans les mégalithes, c’est vous l’élue. Il va falloir que vous choisissiez
entre Nathan et moi comme conjoint dans les deux mois qui viennent.
Quoi ? Tanya se retrouva bouche bée. En général, elle n’était pas du style à
jurer – beaucoup – mais, à ce moment-là, son esprit était rempli de toutes
sortes de mots qui auraient choqué sa mère au point de la tuer si elle avait
encore été en vie.
— Je… dois choisir… de me reproduire ?
Nathan bâilla très fort et donna un coup de hanches vers l’avant.
— Évidemment, quand je t’aurai mise enceinte, tu auras moins de mal à
choisir, hein ?
— Personne ne va tomber enceinte ! dit Tanya en s’écartant de lui. Pas
question. Non. Je ne vous connais même pas et je ne suis pas le type de fille
qui couche avec le premier venu. Non. Pas de grossesse. Je ne coucherai
jamais avec vous et c’est définitif.
Nathan lui sourit.
— Oh, tu changeras d’avis.
— Jamais ! Je ne change jamais d’avis sur quoi que ce soit. Donc, vous
pouvez effacer ce sourire satisfait de votre visage parce que ça n’arrivera pas,
absolument jamais. Maintenant, vous allez me ramener en ville ou je vous
ferai tous arrêter pour kidnapping !
Gabriel eut l’air décontenancé, mais ne répondit pas. Nathan continua à
glousser pendant le trajet et Tanya se plaqua contre la vitre teintée pour
contempler l’obscurité du dehors. Elle sentait le découragement l’envahir.
Jamais elle ne trouverait la sortie de ce dédale pour rejoindre la route. De
plus… elle jeta un autre coup d’œil à Nathan et à la bosse impressionnante
qui gonflait la couverture que Gabriel avait sur les genoux… elle avait
l’impression gênante que Nathan avait raison. Elle avait encore les pensées en
désordre. Elle ne savait pas ce qu’ils voulaient vraiment, mais s’ils
commençaient à tenter de la séduire, rejetterait-elle leurs avances ?
C’était l’apothéose de ses fantasmes préférés : deux hommes qui la
désiraient, la voulaient pour eux. Elle était consciente de ne pas être une
beauté classique. Bien qu’elle ait une belle silhouette en taille de guêpe et que
ses seins soient bien proportionnés par rapport au reste de son corps, elle était
assez ronde partout. Elle avait une taille épaisse, des cuisses épaisses, un cul
un peu trop tombant. En général, les mecs qui lui témoignaient de l’intérêt
étaient du type malsain, comme son rédacteur en chef.
Elle ne sut pas vraiment combien de temps ils conduisirent, mais ils
s’arrêtèrent devant un très grand manoir. Rien que le porche était plus grand
que son appartement en ville. Bouche bée, elle sortit de la voiture. Avait-elle
péri dans la forêt et était-elle montée au paradis ? Il était impensable que deux
alphas sexy aient envie de la prendre comme conjointe alors qu’ils étaient
riches à millions. Impossible. Il devait y avoir quelque chose de louche.
— Je vais vous montrer votre chambre, dit Gabriel en lui présentant son
bras.
— Et moi, je vais te montrer comment passer un bon moment.
Nathan la saisit par les hanches et se frotta contre elle. Le mouvement
envoya des éclairs dans le corps de Tanya. Cela la choqua tellement qu’elle
commença en fait à le repousser de son cul quand, soudain, le poing de
Gabriel jaillit de nulle part. Il frappa violemment Nathan à la mâchoire. Le
loup virevolta et s’effondra. Il gémit, puis rit faiblement.
— Crétin, grogna Gabriel. Il se passa une main dans les cheveux. Désolé.
Je vais vous emmener dans votre chambre, maintenant.
Sans dire un mot, Tanya regarda en arrière. Nathan lui cligna de l’œil. Son
cœur battit plus vite et elle avala avec difficulté. Oui, il allait falloir qu’elle se
sorte bientôt de ce pétrin avant de faire quelque chose de stupide… comme
craquer et coucher avec eux.
Chapitre DEUX
Gabriel

Tanya était bouleversée et effrayée. Gabriel ferma son téléphone portable et


sourit. Avec une humaine qui entrait dans les mégalithes avant qu’une louve
n’ait pu le faire, la situation était loin d’être idéale. Maintenant, s’il voulait
avoir la moindre chance de la conquérir, il allait falloir qu’il utilise tout son
charme, qu’il soit patient et qu’il fasse preuve de compréhension.
En plus, bien sûr, de lui offrir un peu de confort, il allait falloir qu’il
demande de l’aide pour que Tanya voie Nathan tel qu’il était. Les femmes
semblaient se laisser facilement aveugler par son faux charme. Gabriel allait
devoir être deux fois meilleur que son rival, surtout dans cette situation.
Quand on parle du loup… Nathan lui passa devant à toute vitesse en
portant sur un plateau le dîner qu’il avait fait préparer par son chef cuisinier
personnel. Apparemment, celui de Gabriel ne lui convenait pas. L’autre alpha
aperçut le téléphone portable que Gabriel tenait et plissa les yeux.
— Que fais-tu ? dit-il sèchement. Nous avons convenu de résoudre ce
différend par le biais de rituels de séduction humaine. Si tu appelles le conseil
pour…
— Je n’appelle pas le conseil. Je n’ai aucune envie que ces vieillards
plongent le nez dans ma vie amoureuse. Gabriel remit le téléphone dans sa
poche. Et toi ? Se pourrait-il que Tanya n’aime pas ? Il inspira profondément.
… le canard rôti sur riz sauvage avec sauce aux champignons ? Les
hamburgers sont peut-être plus son truc.
Nathan prit un air renfrogné.
— J’ai déjà essayé ça. Elle refuse d’ouvrir sa porte, même pour de la
nourriture.
Gabriel ne put s’empêcher de rire. La seule raison pour laquelle Nathan
voulait qu’elle ouvre sa porte était pour pouvoir coucher avec elle. Gabriel
connaissait bien l’autre mâle.
Ils avaient grandi ensemble et, pendant quelque temps, au cours de leurs
jeunes années, Gabriel avait même considéré Nathan comme son ami.
Jusqu’à l’incident avec Olivia. Maintenant, Gabriel voulait plus que tout
humilier Nathan. Cela dit, jamais il n’utiliserait Tanya pour le faire. Elle
choisirait son alpha et il respecterait son choix.
— Ris donc si ça t’amuse. Nathan secoua la tête. Si elle refuse de me
laisser entrer, je défoncerai sa porte et je la traînerai dans la cuisine. Il faut
qu’elle mange.
Cette réflexion mit fin à l’amusement de Gabriel, qui serra les poings.
— Tu ne la traîneras nulle part. Je ne te permettrai pas de gâcher mes
chances en jouant la tête de mule. Tu pourrais l’effrayer !
— Tes chances ? Tu t’imagines en avoir ?
Ne cède pas à la provocation. Gabriel se força à desserrer les poings. S’il
voulait conquérir le cœur de Tanya dans les deux mois, il faudrait qu’il
prouve sa supériorité. Jamais il ne s’abaisserait au niveau de l’autre mâle.
Nathan n’avait pas peur d’être malhonnête, de mentir et de tricher pour
obtenir ce qu’il voulait. Après ce qui était arrivé à son père, tout le monde
comprenait qu’il était prêt à tout faire pour obtenir ce qu’il voulait.
— Tanya choisira entre nous deux, dit Gabriel, et je n’aurai effectivement
aucune chance si tu lui fais peur au point qu’elle finisse par croire que tous
les loups sont comme toi.
L’autre alpha bâilla et fit tomber une tranche de canard dans sa bouche.
— Parfait, dit-il en faisant traîner le mot et en assaisonnant chaque lettre
de sarcasme. Comme si tu avais déjà eu tant de chance avec les femmes !
Moi, j’ai de l’expérience. Je sais ce que les femmes aiment et je vais le lui
donner. J’ai déjà bien avancé. Je prépare ses repas, je montre que je
m’intéresse à son bien-être… oh, au fait, un camion va arriver plus tard dans
la soirée. Il amènera des roses et du chocolat. Rien que pour elle. Et toi,
qu’as-tu à lui offrir ? Seulement ton argent et ton expérience avec, quoi, deux
filles ?
Une sensation brûlante s’éleva dans la poitrine de Gabriel et lui obscurcit
le jugement.
— Je chéris toutes les femmes que je séduis et tu n’as aucune expérience
en la matière.
— Si tu le dis.
— Et tu t’imagines que des roses et des chocolats vont te rapporter ses
faveurs ? Alors qu’elle est déjà effrayée et perplexe ?
Nathan bâilla.
— Tu as quelque chose de mieux à lui donner ?
Ce fut au tour de Gabriel de sourire.
— Oui. Au téléphone, je parlais avec Olivia. L’expression arrogante
disparut du visage de l’autre alpha. Gabriel se sentit triompher et se retint tout
juste de lancer le poing en l’air pour clamer sa victoire. Elle va venir
séjourner avec nous. Donc, oui, Tanya va avoir une compagnie féminine, une
personne à laquelle elle pourra parler en toute amitié, pour oublier la pression
qu’elle ressentirait en étant obligée de choisir à la pleine lune… Je dirais que
c’est mieux que des roses.
— Tu… Nathan poussa un grognement grave et guttural. Tu n’avais pas le
droit. Nous avions décidé que…
— La seule règle que nous nous sommes fixée, c’est que d’autres loups ne
pouvaient pas venir ici. La maison est grande. Je pourrais y loger la moitié de
ma meute, mais non… Je pense que ma sœur suffira à fournir à Tanya un
point de vue extérieur.
Nathan grogna à nouveau, plus fort, cette fois-ci.
— Un point de vue extérieur ? Ben voyons. Tu ne fais venir ta sœur que
parce que tu sais que tu n’as rien à offrir à Tanya qui vaille ce que je peux lui
donner. C’est mesquin, Gabriel. Je croyais que tu avais plus le sens de
l’honneur que ça.
— Qui es-tu pour parler d’honneur ?
— L’alpha qui n’a pas eu besoin d’aller supplier sa sœur en pleurnichant
pour qu’elle convainque une femme que son rival est un salaud complet et
pour avoir sa chance de coucher avec elle. Nathan posa le plat de nourriture
de côté. Et moi qui pensais que tu avais tant de respect pour les femmes.
Gabriel savait qu’il avait déjà désarçonné Nathan, mais les piques de son
concurrent l’exaspéraient. La violence de sa réponse en fut la preuve.
— Un salaud complet, hein ? Eh bien, si c’est comme ça que tu te vois, ça
doit être vrai. Et pourquoi serait-il si honteux de vouloir que Tanya connaisse
tous les faits ? Notamment sur la façon dont tu traites les femmes que tu
séduis.
— Tu ne sais rien sur moi.
Les deux mâles se rapprochèrent l’un de l’autre, serrant les poings. Gabriel
examina son concurrent. L’alpha était grand, presque aussi grand que Gabriel
lui-même, mais il pesait quelques kilos de moins. Ses muscles étaient moins
bien définis. Cela faisait des mois que Gabriel allait à la salle de gymnastique
tous les jours pour se préparer. Même s’ils avaient convenu de permettre à la
compagne de l’alpha de choisir entre eux au lieu d’invoquer l’ancienne
tradition qui revenait à se taper l’un sur l’autre, Gabriel n’était pas sûr que
Nathan ne recourrait pas à la violence physique s’il n’était pas choisi.
— Je sais tout sur toi, dit doucement Gabriel. Tout.
— Oh, donc, Olivia t’a raconté quelle position je préfère ?
— Tu
Un doux bruit de pas l’interrompit. Nathan recula et Gabriel réussit tout
juste à ne pas se jeter sur lui quand il vit son visage afficher un faux sourire.
Tanya entra dans la pièce quelques moments plus tard et sursauta quand elle
les vit se tenir là tous les deux. Un rose léger teignit ses joues et elle se tordit
les mains.
— Venez, dit-elle d’un ton incertain avant de rejeter les épaules en
arrière, il faut qu’on parle.
Ses seins ronds et délicieux appuyaient contre sa chemise. Elle avait mis
une des tenues que Gabriel avait fait rapidement livrer de la ville. C’était un
haut en soie et un jean. Le haut était un peu trop grand pour elle et il
dissimulait les courbes généreuses qu’elle avait entre la cage thoracique et les
hanches. Le jean, lui, la moulait parfaitement bien et Gabriel aurait voulu
passer les mains sur ses jambes tout en enfouissant le visage entre ses seins.
— Mes yeux sont ici, dit Tanya d’un ton sec.
Gabriel arracha son regard au corps de Tanya. Un grognement grave de
désir s’attardait dans sa gorge.
Tanya fit la tête.
— Au moins, l’un de vous deux est un gentleman.
Ce compliment était destiné à Nathan, qui gloussa. Gabriel ne répondit
rien, mais proposa à Tanya de s’asseoir sur une chaise pendant qu’il
s’asseyait sur le sofa. Nathan resta où il était et reluqua Tanya quand elle ne
faisait pas attention. Quel… gentleman, en vérité.
— De quoi vouliez-vous parler ? demanda Gabriel en chassant le
grognement de sa voix non sans effort.
Tanya les regarda l’un après l’autre. Son regard s’obscurcit et elle pressa
fermement les cuisses l’une contre l’autre. Ce mouvement donna envie à
Gabriel de se saisir d’un coussin pour cacher le bas de son corps. Il fut surpris
de voir que le cou de Tanya rougissait toujours plus et de sentir une odeur de
pommes qui se faisait plus insistante dans la pièce. Se retrouver en leur
présence suffisait à exciter la jeune femme. Était-ce lui ou Nathan qui la
mettait dans cet état ? C’était impossible à dire tant que l’autre alpha était
présent dans la pièce.
— Comme je suis votre prisonnière, je mérite de savoir exactement ce que
vous attendez de moi.
— Vous n’êtes pas prisonnière, laissa échapper Gabriel. Vous êtes une
invitée très estimée. Tout ce que vous désirez…
— Et si je veux rentrer chez moi ? Tanya leva un sourcil et Gabriel se tut,
incapable de répondre à son défi. Elle grogna et secoua la tête. C’est ce que je
pensais. Maintenant, vous pouvez me dire exactement pourquoi je suis ici ou
je sèmerai un tel chaos que vous ne voudrez plus me garder.
Elle avait de la détermination, c’était certain. Gabriel sourit en lui
répondant.
— Vous avez interrompu une cérémonie dont le but était de choisir la
femelle alpha et, maintenant, il faut que vous choisissiez l’un de nous deux
comme conjoint avant la pleine lune, dans deux mois.
— Pourquoi ?
— Pourquoi quoi ? répéta Gabriel.
Tanya hocha la tête.
— Pourquoi faut-il que ce soit une femelle alpha ? De plus, je croyais que
vous étiez déjà alphas, vous deux ! Donc, pourquoi faut-il que je choisisse
entre vous ? Qu’arrivera-t-il à celui que je ne choisirai pas ?
— Il y a eu un soulèvement politique ces derniers temps, répondit Nathan
avant que Gabriel ne le puisse. Quelques-unes des meutes ont récemment
perdu leur alpha sans avoir de remplaçants. Dans le contexte actuel, où les
humains essaient d’empiéter sur notre territoire et de nous voler nos terres…
À ce moment, Gabriel ne put s’empêcher de grogner. Ils devaient affronter
toutes sortes d’entreprises qui tentaient de leur voler leurs terres pour y
creuser des mines ou y exploiter des forêts.
— Il faut que nous présentions un front uni. À ces fins, il a été décidé que
les meutes seraient réunies sous un seul alpha. Gabriel et moi, nous sommes
les seuls alphas qu’il reste. C’est la lune qui t’a choisie pour être la femelle
alpha.
— Mais je ne suis même pas transformeuse !
— Aucune importance, dit Gabriel en haussant les épaules. Nous avons
une cérémonie et la première femme qui atteint le cercle de la lune est celle
que la lune a choisie pour être la femelle alpha. Vous êtes entrée dans le
cercle la nuit de pleine lune. Cela signifie que vous êtes l’élue.
Tanya le regarda fixement, bouche bée.
— Vous vous foutez de moi ? Je suis ici à cause d’une stupide
coïncidence ?
— En quelque sorte, dit Nathan, mais être la femelle alpha est un grand
honneur. Toi et moi, on fera de grandes choses avec les meutes.
— Ha ! Tanya se releva brusquement et commença à arpenter furieusement
la pièce. Une coïncidence. Je ferais mieux de tirer une bonne histoire de ça, je
vous le dis. Une coïncidence ! Beurk ! Arrêtez de me regarder avec ces
sourires ou je vous le ferai regretter !
Gabriel essaya de ne pas rire. L’air renfrogné de Tanya était charmant et la
façon dont elle faisait les cent pas en marmonnant montrait qu’elle avait de
l’énergie. Il allait adorer faire sa connaissance, il le savait.
Chapitre TROIS
Nathan

Il y avait une chose que Nathan devait concéder à Gabriel : cet homme savait
vivre. Le manoir était ancien et aurait pu facilement se délabrer ou se
démoder gravement. En fait, Gabriel l’avait doté de tous les attributs
modernes que pouvait désirer un alpha, dont un énorme jacuzzi sous un
pavillon. Nathan s’y prélassait jusqu’au cou, appréciant les jets d’eau qui lui
massaient le corps. Il fallait qu’il s’en achète un.
— Je peux me joindre à vous ?
Nathan se redressa un peu et vit la tête de Tanya apparaître au-dessus du
bord du bassin. Il lui fit un sourire et hocha la tête. Olivia allait bientôt arriver
et Nathan savait qu’il aurait beaucoup plus de mal à séduire la petite humaine
après cela. Gabriel ne se privait jamais d’appeler sa sœur à l’aide pour faire
avancer les choses.
Olivia avait été une tentation. Ils s’étaient amusés ensemble, mais ça ne
pouvait mener à rien. Elle le savait, car Nathan avait été très franc sur ce
sujet-là. Même Olivia avait bien accepté la tournure que les choses avaient
prise. Par contre, il ne comprenait toujours pas pourquoi Gabriel affirmait
avec insistance que c’était lui le mauvais gars.
Écartant ces pensées, il préféra se concentrer sur Tanya qui monta à
l’escalier puis plongea un pied dans l’eau avant d’enlever son peignoir.
Nathan ne put que se féliciter de la présence des bulles, qui aidaient à
cacher la montée de l’intérêt qu’il ressentait à la vue du corps de Tanya.
Même si elle était de petite taille, c’était tout ce qu’elle avait de « petit ».
Dans sa silhouette, tout n’était que courbes. En outre, elle ne portait pas de
maillot une pièce, mais avait préféré mettre un minuscule bikini. Sa poitrine
pesait contre les petits triangles de tissu, qui dévoilaient la courbure de ses
seins dessous et dessus. Quant à la culotte du bikini… elle lui montait haut
sur les hanches et mettait en valeur son cul abondant en forme de cœur.
Quand il se força à détourner le regard de son corps magnifique, Nathan
faillit pousser un gémissement.
Sans le quitter des yeux, elle se glissa dans l’eau. Le bassin était assez
grand pour qu’elle puisse se tenir au milieu en ayant encore de l’eau juste au-
dessus des épaules. Le regard dont elle le gratifia était calculateur et il ne put
s’empêcher de sourire.
— Pourquoi cette expression ? demanda-t-il.
— Je vous regarde, c’est tout.
— Pour t’assurer que je reste un gentleman ?
Un sourire coquin lui traversa le visage.
— Non… je veux dire, un gentleman, c’est très bien, mais je ne peux pas
fréquenter quelqu’un qui n’est pas complètement fou de mon corps.
Elle allait le rendre fou. Nathan leva un sourcil, réprimant sa forte envie de
la mettre sur ses genoux et de la prendre sur place.
— Et moi qui croyais que les humaines étaient des créatures craintives.
— Toutes les humaines ne sont pas les mêmes. Elle pencha la tête. Alors ?
Est-ce que tu aimes ce que tu vois ?
Nathan rit.
— En voilà une question ! T’es-tu déjà regardée dans un miroir ? Tout
homme attiré par les femmes serait fou de ne pas te désirer fortement en te
voyant. La première fois que j’ai repéré ton odeur de pomme verte, ça m’a
donné envie d’écarter tes cuisses veloutées. Viens sur mes genoux que je te
montre exactement à quel point tu m’excites.
Elle eut le souffle coupé, comme si ce qu’il disait était choquant. N’avait-
elle pas l’habitude que les hommes soient francs avec elle ? Il lui saisit les
hanches sous l’eau et la rapprocha suffisamment pour pouvoir la tenir avec
les genoux pendant que ses mains remontaient le long de son corps. Il avança
lentement la main vers ses seins mûrs, impatient d’écarter ce tissu. Pourtant, à
sa grande surprise, elle lui prit la main et secoua la tête.
— Bon, ce n’est pas parce qu’il y a du désir que cela signifie que je te
choisis, bafouilla-t-elle.
— Je comprends. Je suppose que tu veux nous essayer tous les deux à
plusieurs reprises avant de te décider. Cependant, je ne peux pas te montrer
ce dont je suis capable si tu ne me laisses pas te toucher.
Ses pupilles se dilatèrent, mais elle secoua quand même la tête sans lui
lâcher le poignet.
— Pas question. Je veux d’abord faire connaissance avec vous deux.
Qu’est-ce que le statut d’alpha signifie pour toi ? Je veux dire, pourquoi
veux-tu cette position ? Et déjà, comment es-tu devenu alpha ?
L’expression de Nathan s’assombrit pendant un moment, mais il bannit
rapidement les pensées auxquelles cette question avait mené. Il préféra lui
offrir un autre sourire éclatant et la rapprocha encore.
— Je veux être avec toi.
Il l’embrassa dans le cou et en grignota la peau. Tanya frissonna et il
profita de l’occasion pour la mettre sur ses genoux. En fait, le mouvement la
souleva de quelques centimètres et il enfouit sa bouche plus profondément
dans son cou. Les mains posées sur les hanches de Tanya, il se frotta contre
elle de dessous. Elle eut le souffle coupé et se raidit, mais pas de la bonne
façon.
— Stop, dit-elle. Je ne…
Au moment même où Nathan commençait à se retirer, un rugissement
retentit autour d’eux. Nathan leva le regard et vit Gabriel charger vers eux
avant de plonger dans le bassin, entièrement habillé. Tanya eut le souffle
coupé quand l’autre alpha l’arracha à Nathan et la poussa derrière lui. Tanya
glissa et Nathan se rua en avant, frappant Gabriel directement à la mâchoire.
— Espèce de monstre répugnant…
Gabriel envoya un direct dans le ventre de Nathan, qui se plia en deux, le
souffle coupé.
De l’eau gicla hors du bassin quand il répliqua. Un poing frappa Gabriel au
côté du visage et un pied au genou. Quand Gabriel tomba, Nathan lui attrapa
l’arrière de la tête et le frappa contre le bord du bassin. On entendit un
craquement et du sang coula, se répandant rapidement dans l’eau, mais
Gabriel n’était pas vaincu. Il saisit Nathan par la taille et le souleva quasiment
de l’eau. Avec un autre rugissement, il le lança hors du jacuzzi.
Quand Nathan atterrit violemment, il sentit quelque chose craquer dans sa
colonne vertébrale. L’air fut chassé de ses poumons, mais il se releva quand
même pendant que Gabriel sortait du jacuzzi en pataugeant. Même si l’autre
alpha était plus fort et plus gros, il n’avait pas l’expérience de Nathan. Le
petit alpha le chargea…
Un bras sortit de nulle part et le frappa à la gorge. Le haut de son corps
tomba en arrière pendant que le bas continua d’avancer et il se retrouva donc
une nouvelle fois sur le dos. Étonné, il se tourna vers la personne qui l’avait
frappé et un gémissement lui échappa. Olivia. La louve donna rapidement un
coup de pied dans les jambes de Gabriel, qui allait s’en prendre à Nathan, et
se planta fermement entre eux.
— Assez ! Tu as presque noyé ta conjointe.
Le cœur de Nathan accéléra. Il chercha rapidement Tanya et la trouva
debout de l’autre côté du jacuzzi. Elle avait les cheveux plaqués contre le cuir
chevelu, les yeux écarquillés. Elle saignait à une lèvre. Nathan se releva, mais
Olivia resta entre lui et l’humaine. Nathan écarquilla les yeux quand il vit sa
propre sœur se tenir à côté de l’humaine et l’envelopper dans une serviette.
— Grace ? dit-il, surpris. Que fais-tu ici ?
Il se retourna brusquement vers Gabriel quand l’autre alpha se releva, mais
avant qu’il n’ait pu parler, Tanya le fit. En fait, elle se mit à hurler.
— Qu’est-ce qui se passe, ici ? Elle tapa du pied, le visage déformé par la
colère. J’aurais pu me noyer ! Nous ne faisions que parler. Rien ne vous
forçait à bondir là-dedans et à me jeter par-ci par-là comme si Nathan était en
train de m’agresser. Après avoir désigné Gabriel du doigt, elle se retourna
brusquement vers Nathan. Et toi ! Réfléchis un peu avant de frapper les
autres au visage.
La voix grave de Gabriel gronda.
— Vous lui disiez de s’arrêter et il…
— Il était en train de s’arrêter, puis vous vous êtes comporté en homme
des cavernes avec lui. La prochaine fois, évitez les suppositions. Si j’ai
besoin de votre aide, je la demanderai. Vous feriez mieux de vous améliorer,
vous deux, ou c’est elle que je prendrai comme conjointe, dit Tanya en
désignant Olivia, et elle pourra être alpha !
Nathan se retrouva bouche bée. C’était certainement une possibilité qu’il
n’avait pas envisagée ! Olivia, Grace et Gabriel eurent l’air tout aussi
étonnés. Tanya serra la serviette plus près de son corps et partit d’un pas
lourd sans se retourner. Nathan passa une main dans ses cheveux mouillés et
en secoua l’eau en trop. Il avait très mal au dos, mais au moins, il n’avait pas
saigné. Le visage de Gabriel faisait peine à voir et du sang en coulait encore.
Grace avança jusqu’à lui en secouant la tête.
— Il faut vraiment que tu apprennes à te maîtriser.
Nathan ne répondit pas, mais se tourna vers Gabriel. L’adrénaline courait
encore en lui et il serrait les poings, pris par l’envie de frapper quelque chose.
Il avait été en train de progresser avec Tanya et l’autre alpha avait tout gâché.
— Comment oses-tu ?
— Comment est-ce que j’ose quoi ? M’assurer que tu sais que « non » veut
dire « stop », pas « continue » ?
— Je ne parle pas de Tanya. J’étais en train d’arrêter, comme elle l’a dit.
Comment oses-tu impliquer ma petite sœur dans cette affaire ? Il bougea
légèrement pour se placer devant Grace. Tu n’avais pas le droit. Grace n’a
rien à voir avec cette affaire. Tu sais qu’on perd forcément patience de temps
à autre. Je n’arrive pas à croire que tu…
— Gabriel ne m’a pas demandé de venir. La petite main de Grace se pressa
contre le bas de son dos. Ses grands yeux le regardaient fixement avec
crainte.
Nathan essaya de se calmer. Grace était petite et frêle pour une louve et il
détestait la voir malheureuse.
— Dans ce cas, qui l’a fait ?
— Moi, dit Olivia. Elle se mit les cheveux derrière le dos et lui envoya un
regard qui l’aurait réduit en cendres si elle avait eu ce pouvoir. Je suis
d’accord avec Gabriel. L’humaine a besoin de parler à quelqu’un. Cependant,
une seule sœur, cela me semblait bancal. Je me suis dit qu’il fallait que les
deux conjoints potentiels de Tanya soient représentés. C’est plus juste.
Elle prononça le mot comme si c’était une insulte. Nathan passa un bras
autour de Grace, regardant son rival et Olivia d’un air renfrogné. Enfin, au
moins, elle ne croyait pas au mensonge flagrant que Gabriel essayait de faire
passer. Grace était si timide, si réservée qu’il ne l’imaginait pas le défendre si
Gabriel se mettait à le critiquer. Cela ne ferait que la placer dans une position
insoutenable.
— Partons, grommela-t-il en emmenant Grace.
Gabriel et Olivia les regardèrent partir. Dès qu’ils furent trop loin pour les
entendre, Gabriel se tourna vers sa sœur et commença à parler sur un ton
grave et courroucé. Nathan leur jeta un coup d’œil furieux avant de faire
entrer Grace dans le manoir.
— Comment ça va ? demanda-t-il en se tournant vers sa sœur. Je suis
désolé que tu aies assisté à cette scène.
— Je vais bien, mais je suis sérieuse, Nate. Il faut que tu te contrôles.
Pendant que tu te battais contre lui… Elle inspira profondément… tu
ressemblais à notre père.
Nathan tressaillit. Il se passa la main dans les cheveux une fois de plus et
secoua la tête.
— Je suis désolé. J’essaie, Gracie, j’essaie vraiment. C’est juste qu’il… il
me l’a arrachée et l’a jetée çà et là. Je sais qu’il pensait la protéger, mais j’ai
juste… perdu la raison.
Grace appuya la tête contre lui.
— Je sais.
Ils restèrent silencieux et Nathan sentit son estomac continuer à se tordre.
C’était la dernière fois qu’il laissait Gabriel le provoquer. La toute dernière
fois.
Chapitre QUATRE
Tanya

Tanya était presque déçue que les deux alphas aient emmené leurs sœurs au
manoir.
Presque.
La présence de deux autres femmes aidait beaucoup. D’abord, maintenant,
elle se sentait plus à l’aise quand elle faisait le tour du manoir. Si elle se
rendait à la bibliothèque, elle n’avait pas besoin de craindre qu’un des loups
la viole contre les livres. Elle trouvait étrange d’avoir ces fantasmes crus, ou
plutôt d’avoir deux hommes impatients de lui offrir cette expérience plutôt
qu’un simple fantasme. Elle savait qu’elle devait faire attention avec eux.
Pour eux, ce n’était pas un film porno. Il fallait qu’ils décident de leur avenir
et de l’avenir de leur meute.
Comme il ne fallait pas que Tanya leur donne une idée fausse, elle ne
pouvait pas coucher avec eux. Elle le voulait, en avait terriblement envie,
mais ils interpréteraient son geste de travers. Du moins, Gabriel le ferait alors
qu’elle pensait que Nathan comprenait mieux ce genre de choses.
— Tu n’écoutes pas. La voix d’Olivia interrompit ses pensées.
Les trois femmes faisaient le tour du lac qui s’étendait derrière le manoir.
Olivia avait raconté une histoire, mais Tanya avait la tête remplie de pensées
sur ses deux alphas.
Non, ils ne m’appartiennent pas.
Avec un gémissement, elle se frotta le visage des mains.
— Je réfléchis, c’est tout. Je n’ai que deux mois pour résoudre ce
problème… mais il faut que vous sachiez que je ne peux choisir ni l’un ni
l’autre, d’accord ? J’ai une vie là-bas, un travail, des gens qui… comptent sur
moi, en quelque sorte. Tanya poussa un soupir. C’est comme un rêve, mais je
ne peux pas rester ici. Il faut que je convainque les hommes qu’ils doivent
choisir une autre femme.
— Il n’y a aucune autre femme, dit doucement Grace. Si tu les rejettes tous
les deux, les meutes sombreront dans le chaos. Aucun des deux ne sera
accepté comme nouvel alpha et tous les mâles célibataires te poursuivront de
leurs assiduités pour te convaincre de faire d’eux ton alpha. La lune t’a
choisie…
Tanya secoua la tête.
— Je suis entrée par hasard dans un cercle de mégalithes. C’est une pure
coïncidence. De plus… je veux dire, ils s’attendent tous les deux à ce que
je… vous savez ce que je veux dire.
Même si Gabriel l’avait dit moins franchement que Nathan, il était clair
qu’il avait les mêmes attentes. La façon dont il la regardait était sans
ambiguïté. Il voulait la dévorer. Son hypothèse d’origine, selon laquelle
Gabriel était un obsédé sexuel et Nathan un gentleman, était une grossière
erreur. C’étaient des obsédés sexuels tous les deux. Nathan, lui, n’avait pas
peur de le dire et, à chacune des deux nuits qu’elle avait passées ici, il était
venu à sa porte pour lui demander si elle voulait coucher avec lui. Gabriel
avait été plus subtil. Au lieu de lui dire qu’il voulait lui arracher ses
vêtements, il l’avait invitée à dîner.
Elle savait que ça aurait dû l’effrayer, que c’était la réaction qu’une…
bonne fille était censée avoir. Et pourtant, elle les désirait incontestablement.
Lors de chacune des deux nuits, elle avait dû se lever toutes les quelques
heures pour prendre une douche froide, espérant ainsi calmer ses ardeurs.
— En quoi le sexe serait-il un problème ? lui demanda Grace, en levant un
sourcil.
— Eh bien… tu sais, je ne peux pas coucher avec deux hommes, c’est mal.
La jeune femme haussa une épaule.
— S’il faut que vous teniez toute la vie ensemble, il faut que vous soyez
physiquement compatibles. Le sexe est juste un élément parmi d’autres,
comme aimer les mêmes livres. Nathan a eu beaucoup d’amantes, mais
aucune d’entre elles ne l’a jamais incité à renoncer à toutes les autres. Il
espère que ce sera toi. S’il ne ressentait pas ça pour toi, je ne crois pas qu’il
t’accepterait, même si tu le choisissais.
Tanya gonfla les narines. On l’avait rejetée assez souvent comme ça et elle
n’avait pas besoin qu’un autre crétin décide qu’elle n’était pas assez bonne
pour lui. Elle avança plus vite, en martelant le sol des pieds.
— Eh bien, je ne vais pas le choisir. Je ne choisirai aucun des deux et il n’y
aura pas de sexe. Je ne veux pas finir avec un queutard, de toute façon.
Olivia et Grace gloussèrent en même temps.
— Un quoi ?
— Un queutard. Le sang monta au visage de Tanya. Vous savez, un
homme qui couche avec beaucoup de femmes.
Les autres femmes rirent encore plus fort. Tanya ne voyait pas ce que ça
avait de si drôle et marcha plus vite, essayant de les semer. Était-elle censée
se résigner au fait qu’elle allait être coincée avec un homme qui ne savait pas
calmer ses ardeurs ? Non. Elle voulait un homme qui l’aime, qui la chérisse
et, de son point de vue, cela signifiait ne pas coucher avec d’autres personnes
quand on était ensemble. Même si on lui disait qu’elle était vieux jeu, elle ne
voulait pas partager. Ou plutôt, on aurait dû la traiter d’hypocrite parce
qu’elle aimait imaginer deux hommes la partager. Cela dit, ce n’était qu’un
fantasme. Quand elle s’engageait auprès d’un homme, il était le seul qui
existe pour elle.
— Si Nathan est un queutard, j’imagine que cela fait de moi une queutarde,
dit Grace en gloussant. Chez les loups, il est fréquent d’avoir plusieurs
partenaires sexuels avant de se ranger avec son conjoint. Ça ne t’est pas
arrivé ?
— J’ai eu des relations, marmonna Tanya qui ne voulait pas avouer qu’elle
n’avait pas eu de partenaires sexuels.
Olivia produisit un bruit guttural.
— Si c’est ça qui t’inquiète, je peux t’assurer que Nathan sait exactement
comment faire plaisir à une femme.
Les yeux de Tanya faillirent sortir de leurs orbites.
— Et comment le sais-tu ?
— Par expérience personnelle. La louve lui fit un sourire impertinent et un
clin d’œil.
Tanya n’en pouvait plus. Elle frappa plus fort des pieds en respirant
laborieusement par le nez. Grace se remit à rire bêtement, comme si c’était
hilarant. Tanya lui envoya un regard noir, mais ça ne l’arrêta pas. La petite
louve avait les yeux qui étincelaient et elle marchait avec entrain. Qu’est-ce
qui l’excitait à ce point ? Ne voulait-elle pas que son frère devienne l’alpha ?
— Pour être honnête, Gabriel a beaucoup d’expérience lui aussi, poursuivit
Olivia. Évidemment, je ne parle pas de la vie sexuelle de mon frère avec lui,
mais il y a eu des quantités de femmes qui…
— Tu pourrais arrêter ? dit Tanya en se tournant vers elle et en plissant les
yeux. Si tu ne veux pas que je devienne ta belle-sœur, mission accomplie ! Tu
peux arrêter de me raconter ses prouesses sexuelles, maintenant.
Les deux femmes la regardèrent fixement, bouche bée, comme si ce qu’elle
venait de dire était complètement absurde. Comme cela ne fit que la mettre
encore plus en colère, elle fit demi-tour et se dirigea vers la maison. Peu lui
importait que les meutes se délitent en l’absence d’une femelle alpha. Cela ne
la concernait pas et elle n’allait pas finir avec un coureur de jupons. Où était
le problème si certains de ses fantasmes préférés impliquaient deux
hommes ? Les fantasmes et la réalité étaient deux choses très différentes.
— Je suis désolée, dit Grace en courant pour la rattraper. Je ne voulais
pas…
— Tu as pensé que c’était très drôle que je m’énerve.
— J’ai cru que ça signifiait que tu étais jalouse et que, si tu étais jalouse,
cela signifiait peut-être que tu étais en train de tomber amoureuse de Nathan.
Parlait-elle sérieusement ? Tanya secoua la tête, incrédule. Elle ne
connaissait Nathan que depuis deux jours. Comment aurait-elle pu ne serait-
ce que penser à l’aimer ? Surtout qu’elle était, en fait, prisonnière ici. Elle
expira avec agacement et secoua la tête une fois de plus. Peut-être son
rédacteur en chef avait-il engagé des gens pour la rechercher, maintenant.
Elle devrait au moins l’appeler et lui dire qu’elle était chez les loups, en
parfaite santé. Elle fronça les sourcils. Aucun des loups ne lui avait dit qu’elle
ne pouvait pas avoir de contact avec le monde extérieur, mais jusqu’à
maintenant, elle n’avait même pas songé que quelqu’un puisse regretter son
absence.
Au bout d’un moment, Olivia prit la parole.
— La jalousie, ce n’est pas de l’amour, Grace. Si tu es jalouse, cela signifie
que tu n’as pas confiance en cette personne et il n’y a pas de place pour le
manque de confiance dans un amour sincère.
— Je ne peux pas faire confiance à des gens que je ne connais même pas,
marmonna Tanya. Elle se gratta le menton et laissa tomber sa main. Je suis
désolée de vous avoir crié dessus. Toute cette situation est impossible,
vraiment impossible. C’est comme le retour de la barbarie, de forcer les gens
à se marier ou à se battre jusqu’à la mort ou quoi que ce soit d’autre.
— Oh, ils ne sont pas censés se battre jusqu’à la mort. C’est pour cela
qu’ils ont décidé de te laisser choisir pour que ça ne se termine pas par la
mort de l’un d’eux, répondit Olivia. C’est juste qu’ils ont tous les deux une
personnalité très forte. Gabriel n’aime pas la façon dont les choses se sont
déroulées entre Nathan et moi. Il refuse de comprendre que j’en suis aussi
responsable que Nathan. S’ils apprenaient à se maîtriser, je suis sûre qu’ils
seraient de grands amis.
— Je le pense moi aussi, ajouta Grace. C’est dommage qu’ils ne soient pas
gay ou que l’un d’eux ne soit pas une femme. Ils pourraient être alpha
ensemble et tu ne serais pas coincée ici à cause de cette situation.
— Ils ne seraient pas forcés d’être gay. S’ils étaient bisexuels ou
pansexuels, ça marcherait tout aussi bien. Olivia donna à Grace un petit coup
dans les côtes. Au fait, je voulais te poser la question. Tu aimes les mecs,
hein, Tanya ? Tout cela serait une pure perte de temps si tu n’aimais que les
filles.
Pourquoi fallait-il que, maintenant, à ce moment-là, elle se mette à rougir
une fois de plus ? Tanya baissa la tête. La question était un peu trop
personnelle pour lui plaire. La réponse n’avait rien de vraiment embarrassant,
mais elle n’avait jamais vraiment eu de copines avant, certainement pas des
filles qui parlaient aussi ouvertement de sexualité. En grandissant, elle avait
beaucoup désiré rencontrer des gens avec lesquels elle aurait pu parler de
cette sorte de chose. Ses parents avaient été vieux jeu et, pour eux, elle était
un ange pur et innocent dépourvu de désirs sexuels.
— Oui, dit-elle finalement pour que les autres femmes ne se fassent pas
une idée erronée. J’aime les hommes. C’est juste que je n’ai pas beaucoup
d’expérience… ou plutôt aucune expérience. Les mecs qui m’intéressent ne
m’ont jamais trouvée belle. Et maintenant, depuis que ces deux mecs me
regardent comme ça… je veux dire, j’ai toujours fantasmé à l’idée de coucher
avec deux hommes en même temps et ces deux-là sont si sexy que je suis
sûre que j’adorerais ça, mais…
— Stop ! Grace leva une main. Elle avait le teint verdâtre et elle se tenait le
ventre comme si elle allait vomir. Quand Tanya jeta un coup d’œil à Olivia,
elle constata qu’elle avait à peu près la même expression. Je t’en prie, ne
parle pas comme ça en ma présence.
— Avec moi non plus, gémit Olivia. Elle frissonna. C’est vraiment… trop
dégoûtant.
Génial. Elle se trouvait avec les seules personnes qu’elle connaissait et qui
pensaient que les relations sexuelles occasionnelles ne posaient pas problème,
mais ses fantasmes étaient quand même tabous. Tanya sentit le
découragement l’envahir. Génial. Maintenant, elles allaient penser qu’elle
était une perverse, et elle l’était peut-être, d’ailleurs. Après tout, qui exigeait
qu’un conjoint soit entièrement fidèle pour ensuite demander à participer à
une partie à trois ?
— Je suis désolée. Je croyais juste que… laissez tomber.
Olivia lui envoya un regard compréhensif.
— Il faut juste que tu saches que cette sorte de chose n’est pas rare chez les
loups, mais qu’elle ne marcherait jamais chez les alphas. Ils sont trop
dominants. Jamais ils ne partageraient une femelle ou la direction de la
meute. Cela dit, je t’en prie, ne parle plus de mon frère comme ça. Il a déjà
fallu que j’entende ce genre de chose et je n’en peux plus.
— Bien sûr. Tanya baissa la tête. Désolée.
Elles continuèrent à marcher et la discussion se tourna alors vers un sujet
moins polémique. Tanya repensa aux deux alphas et elle dut réprimer un
autre soupir. Grace croyait qu’elle était en train de tomber amoureuse, mais
c’était trop tôt pour ça. Pour le désir, par contre… elle était tout à fait
conquise et il faudrait qu’elle s’échappe de cet endroit avant de passer à l’acte
ou, autrement, ce serait un désastre.
Chapitre CINQ
Gabriel

L’estomac tout retourné, Gabriel finissait de redisposer les roses. L’odeur du


dîner qu’il avait préparé lui-même était tentante et il était impatient de le
partager avec Tanya. Elle en apprécierait les touches personnelles. Par
exemple, il avait remarqué qu’elle aimait mettre des poivrons sur tout, même
sur de la glace. Montrer qu’il avait plus que du sexe à lui offrir était sa
meilleure chance.
Il voyait comment elle regardait Nathan. Elle le désirait. C’était clair.
Pourtant, quand on devait prendre des décisions importantes, il fallait tenir
compte d’autres éléments que le simple désir. De plus, quand elle le
regardait, ses pupilles se dilataient et ses joues rougissaient. Bien qu’elle soit
attirée par Nathan, cela ne signifiait pas qu’elle n’était pas aussi attirée par
lui. Donc, il fallait qu’il lui montre qu’il pouvait lui apporter quelque chose
de plus.
Quelqu’un frappa à la porte de façon hésitante. Gabriel regarda sa montre
puis alla ouvrir. Tanya se tenait de l’autre côté de la porte. La déception
l’envahit quand il vit qu’elle portait un jean et une chemise ample et qu’elle
s’était noué les cheveux derrière la tête en un chignon hâtif. Il lui avait
demandé de s’habiller élégamment. Il portait lui-même un costume trois-
pièces.
Tanya écarquilla les yeux.
— Oh ! Vous vouliez vraiment qu’on dîne ensemble ?
— À quoi d’autre vous attendiez-vous ?
Elle rougit.
— Euh… en fait, je pensais que c’était juste une excuse pour du sexe. Mais
je… Elle se regarda. On devrait annuler. Je ne pensais pas…
Gabriel lui sourit. Il pourrait lui laisser du temps pour se changer, mais, en
fin de compte, était-il si important qu’elle ne se soit pas habillée
élégamment ? Il allait enlever la veste, le gilet et la cravate et tout irait bien.
— Vous êtes belle. Et oui, c’est juste pour le dîner. Pas de sexe. D’ailleurs,
j’aimerais faire votre connaissance et c’est difficile quand on transpire et
qu’on est à bout de souffle.
Tanya rougit encore plus. Elle hocha la tête et entra sans dire un mot.
Gabriel leur versa à tous les deux un jus de raisin pétillant avant de
s’asseoir. Dès la première bouchée, Tanya poussa un gémissement qui le fit
presque s’étouffer.
Pas de sexe, se rappela-t-il.
Les lèvres charnues de Tanya s’avancèrent et elle leva les yeux au ciel.
Gabriel leva les sourcils et lui sourit.
— D’habitude, il y a toujours trop peu d’épices, mais là c’est parfait, dit-
elle, les yeux brillants. C’est délicieux !
— Bien.
Tanya commença à approcher une part énorme de nouilles de sa bouche
puis s’arrêta et réduisit la part avec son couteau.
— Alors, comment êtes-vous devenu alpha ?
Gabriel réfléchit un moment. Il était surprenant que quelqu’un d’aussi
jeune que lui ait réussi à devenir alpha.
— La plupart du temps, on hérite de sa position d’alpha. L’aîné,
généralement un fils, est formé par son père dès son jeune âge. Alors, quand
son père vieillit, il lui cède la place. La transition se fait sans heurt : l’ancien
alpha est encore là pour aider le jeune. Cependant, dans mon cas, mes parents
étaient déjà très âgés quand ils nous ont eus, Olivia et moi. Nous sommes
jumeaux et je n’ai que quelques minutes de plus qu’elle.
Il sourit à Tanya et elle lui rendit son sourire.
— Donc, votre père a arrêté pendant que vous étiez encore jeune ?
— Non. Le sourire de Gabriel disparut. Ma mère est morte contre toute
attente et, après ça, mon père a perdu le goût de la vie. Il est devenu distrait et
distant. On aurait dit qu’il avait péri lui aussi et il a juste fallu quelque temps
à son corps pour rattraper son retard. Je suis devenu l’alpha, mais de façon
officieuse, et il n’était pas vraiment là pour m’aider. Après sa disparition, on
a remis en cause ma place à plusieurs reprises. Comme j’ai gagné à chaque
fois, je suis encore alpha.
— Je comprends. Tanya semblait avoir perdu l’appétit. Mes parents m’ont
eue à un âge avancé, eux aussi. En fait, ils sont plutôt mes grands-parents.
Quand ma mère m’a eue, elle n’a pas voulu de moi et m’a donc confiée à mes
grands-parents. Depuis qu’ils sont morts, je n’ai plus eu de nouvelles d’elle.
Mon père a été là pour moi pendant quelque temps… jusqu’au jour où il a
sauté par la fenêtre de sa tour de bureaux.
Elle pencha la tête et aspira de l’air entre les dents. Gabriel tendit le bras
au-dessus de la table et lui serra la main. Il savait ce que c’était de perdre ses
parents, mais lui, au moins, il avait encore Olivia. Il n’arrivait pas à imaginer
comment on pouvait ne pas désirer son enfant.
— Quand les avez-vous perdus ?
— Il y a deux ans, d’une façon vraiment stupide. La chaudière a
dysfonctionné. Elle a laissé fuir du monoxyde de carbone pendant leur
sommeil. J’étais censée leur rendre visite, mais à cause d’une histoire, je n’y
suis pas allée. Je sais que je n’aurais rien pu faire pour eux, mais – sa voix se
brisa et elle s’essuya les yeux. Ils me manquent tellement. Parfois, j’ai
l’impression d’être si seule.
Gabriel déplaça sa chaise pour être assis à côté d’elle au lieu d’être en face.
Tanya laissa échapper un soupir qui la fit trembler quand il la prit dans ses
bras. Il appréciait tellement d’avoir la chaleur de son corps dans ses bras qu’il
aurait voulu ne jamais la lâcher. Il sentit une faible douleur s’atténuer dans sa
poitrine. Il la connaissait si bien qu’il n’y pensait plus jamais, mais ses
parents lui manquaient terriblement à lui aussi.
Au bout d’un moment, Tanya se dégagea.
— Vous avez vu comme je gâche ce beau dîner ?
— Vous ne gâchez rien.
— Parlez-moi d’Olivia, dit-elle en se forçant à afficher un sourire radieux.
Elle ne m’a pas dit que vous étiez jumeaux. Pourquoi ?
— C’est à elle qu’il faudrait le demander. Gabriel rit. Olivia… en fait, je
me repose sur elle plus que sur qui que ce soit d’autre. Honnêtement, je ne
pourrais pas être alpha sans son aide. Cela dit, elle a des idées bizarres et je
ne comprends pas du tout pourquoi elle fait certaines choses. Avez-vous des
frères et des sœurs ?
Tanya secoua la tête.
— C’est ce qu’il y a de mieux et de pire. J’ai la chance de bien m’entendre
avec ma sœur.
— Et vous la protégez beaucoup.
L’expression de Gabriel s’assombrit. Elle vous a parlé de…
— Sa liaison malencontreuse avec Nathan ? Tanya hocha la tête, mais
n’eut l’air ni de se mettre en colère ni de juger Olivia. Elle m’a dit que vous
étiez encore plus en colère contre Nathan qu’elle. Je ne sais pas, je pense que,
peut-être… Elle rit doucement et secoua la tête. Je ne veux pas gâcher ça.
C’est un beau repas, donc, ne parlons pas de lui, d’accord ? Pas maintenant,
du moins.
Gabriel inspira profondément et hocha la tête à contrecœur. Il aurait aimé
lui parler de tous les défauts de Nathan, mais il savait d’expérience que les
femmes n’aimaient pas cette sorte de chose. Il fallait qu’il montre qu’il était
le bon choix au lieu de traiter Nathan comme s’il était le mauvais choix,
même si c’était la vérité.
— Quel est votre travail ? demanda-t-il. N’aviez-vous pas parlé d’une
histoire ?
— J’ai oublié de vous dire ça. Je suis journaliste.
— Quoi ?
L’expression de Tanya s’assombrit et elle le regarda en plissant les yeux.
— Rien ne vous oblige à le dire comme si je gagnais ma vie en noyant des
chatons.
Gabriel lutta pour ne pas garder son air renfrogné.
— Dans ce cas, qu’est-ce que vous faisiez dans les bois l’autre jour ? Vous
essayiez de prendre des photos de nos rituels ?
— Non. Tanya secoua la tête, plissant encore les yeux. J’essayais de
retrouver la route pour repartir en ville. Ma voiture est tombée en panne alors
que je passais par là. Mon rédacteur en chef, dit-elle en faisant une grimace,
veut que je lui ramène un scoop ou il me licenciera. En fait, je suis
probablement déjà licenciée à l’heure qu’il est… Je voulais avoir plus
d’informations sur vos rituels, oui, mais jamais je n’aurais pris de photos sans
permission. Je prends le droit à la vie privée très au sérieux. Toutefois, pour
le monde extérieur, les loups sont un grand mystère. Une grande quantité de
préjugés et de rumeurs circule dans la population.
Gabriel réprima un grognement tout en s’écartant d’elle.
— Nous aimons qu’on nous laisse tranquilles.
Tanya hésita un moment puis poursuivit.
— Je comprends. Cependant, il faut que vous soyez au courant de ce que
l’on dit sur vous dans le monde extérieur. Si vous pouviez raconter votre
propre histoire, cela pourrait aider à instruire le public… Nous pourrions faire
une interview exclusive. Elle détourna les yeux de lui et son regard s’éclaira.
Vous pourriez faire entendre votre point de vue.
— Et ça aiderait aussi votre carrière.
Elle le regarda à nouveau.
— Nous ne sommes pas obligés de le faire.
Il ne pouvait pas rester en colère avec elle. Avec un gloussement grave et
guttural, Gabriel l’installa sur ses genoux. Elle écarquilla les yeux et ses
mains se posèrent sur les épaules de Gabriel.
— Oh ! couina-t-elle.
— Étonnée ?
— Que la chaise nous supporte tous les deux ? Oui. Elle baissa la tête. Ne
craignez-vous pas qu’elle cède ?
— Nous resterons plus sages que ça. Pas de sexe, c’est bien ce qu’on avait
dit, n’est-ce pas ?
Gabriel la plaça pour qu’elle soit assise à califourchon sur lui. Il aurait été
tentant de briser leur accord de chasteté et de se déshabiller. Il se força à
garder les mains sur les hanches de Tanya tout en frôlant sa bouche avec la
sienne. Tanya gémit et passa ses bras autour de la tête de Gabriel. À la grande
surprise de ce dernier, elle commença à se frotter contre lui à travers leurs
vêtements, ce qui le fit gémir. Il taquina la bouche de Tanya et, quand elle
s’ouvrit, il y plongea sa langue. Il serra les doigts sur ses hanches, les
enfonçant dans son jean.
Soudain, la porte s’ouvrit violemment. Gabriel n’eut que le temps de
percevoir l’odeur de Nathan avant que ce dernier ne lui arrache Tanya.
Gabriel laissa échapper un son étouffé de protestation. Nathan enroula les
jambes de Tanya autour de ses hanches et se tourna pour la plaquer contre le
mur. Il l’embrassa rudement, ce qui provoqua chez Tanya un couinement qui
fut vite suivi d’un gémissement. Tanya plongea les doigts dans ses cheveux et
il ondula des hanches comme pour faire l’amour.
Sauf que Nathan n’était pas capable de faire ça. Pour lui, ce serait
seulement un coït animal sans amour.
Gabriel se leva d’un bond. Il saisit l’autre alpha par le col et le tira en
arrière. Tanya glissa le long du mur en poussant un cri perçant. Nathan
repoussa Gabriel et se retourna vers elle. D’un geste brusque, il lui déchira
son sweat. Ses seins semblèrent jaillir du tissu et une odeur de pomme
envahit soudain Gabriel, qui était trop en colère pour reconnaître l’odeur de
l’excitation sexuelle.
— Comment oses-tu ? cria-t-il en envoyant un coup de poing dans les reins
de Nathan. Comment oses-tu manquer de respect à ma future conjointe dans
ma maison, dans ma salle à manger !
Nathan le repoussa. Il trébucha et atterrit sur la table. Elle s’effondra en
entraînant leur repas. Quand Gabriel se releva d’un bond, Nathan se plaça
devant Tanya, presque comme si c’était lui qui la protégeait.
— Tu devrais partir, dit-il par-dessus son épaule. Gabriel et moi, il faut
qu’on parle.
— Pas question ! Tanya le poussa et se plaça entre les deux alphas. Les
yeux brillants de fureur, elle regarda d’abord Nathan puis Gabriel. Ça suffit.
Je ne sais pas ce qui te passe par la tête, Nathan, mais entrer ici pendant que
je parle avec Gabriel et m’arracher mes vêtements, c’est une mauvaise idée.
Et toi, Gabriel, je ne veux pas que tu attaques Nathan à chaque fois qu’il
m’embrasse. Enfin, quoi !
— Il vous manquait de respect…
Tanya leva un doigt juste devant son visage.
— Ne t’imagine pas que je n’ai pas remarqué ce que tu as dit. Ma future
conjointe. Ma maison. Mon salon. Toi, toi, toi. Tu ne l’as pas attaqué pour me
défendre, mais pour te défendre toi-même.
Était-ce vrai ? Gabriel ne put pas répondre, trop choqué par cette
accusation.
— Et moi, je refuse d’être un pion dans votre combat de coqs, compris ? Il
n’y aura plus de bagarres tant que je serai ici ou, autrement, je reprends
l’avion pour l’Angleterre et vos deux meutes pourront dépérir, compris ?
Chapitre SIX
Nathan

Interdit de se battre ? Nathan haussa les épaules.


— D’accord.
Il passa les bras autour de la taille de Tanya. Il remonta son sweat déchiré
sur ses épaules pour avoir une vue entière de ses seins ronds. Son cœur battit
la chamade et son estomac se noua. L’énergie brûla partout dans son corps et
une horreur profonde s’installa dans sa poitrine. Il fallait qu’il pense à autre
chose.
— Si on se débarrasse de ce puritain, on pourra crier assez fort pour faire
éclater les vitres. Je veux voir si tu as le goût de pommes.
Tanya le repoussa.
— Arrête. Tu ne peux pas passer ton temps à me déchirer mes vêtements
sans mon consentement. Il faut décider de ce type de chose à l’avance.
Elle rougissait très fort. Même si elle dégageait une forte odeur
d’excitation sexuelle, elle avait les yeux écarquillés et paraissait presque
effrayée. Nathan la lâcha immédiatement. L’horreur resserra son emprise sur
lui. Il imaginait l’air qu’il avait maintenant. Le regard paniqué, comme un
animal. Il avait l’impression d’en être un. Piégé, acculé, en cage, décrivant
des cercles pendant que des couteaux le blessaient. Il fallait qu’il s’en aille
avant qu’il la frappe ou qu’il recommence à s’attaquer à Gabriel.
— Que se passe-t-il ? L’expression de Tanya s’adoucit. Nathan ? Qu’est-ce
qui ne va pas ? S’est-il passé quelque chose ?
Gabriel grogna.
— Il est ce qu’il est, rien de plus. Un être immature, égocentrique…
Nathan grogna.
— Tu ne sais rien sur moi.
— J’en sais suffisamment. Tanya, tu devrais peut-être lui demander
comment il est devenu alpha, dit Gabriel avant de sourire.
— Espèce de…
Nathan se prépara à bondir en avant. Une bagarre brûlerait cette énergie
comme le sexe, ou peut-être serait-ce un meilleur exutoire. Tanya le repoussa
avec une force étonnante. Elle se tint entre eux, les mains tendues comme si
elle avait vraiment pu les arrêter s’ils en venaient à se battre.
— Qu’est-ce qui se passe ici, bon sang ? Nathan ?
Il ne pouvait rien dire tant que M. Le Saint était dans la pièce.
— D’accord, dit Tanya d’un ton sec. Elle le prit par la main. Nous allons
discuter.
Gabriel protesta d’un grognement.
— Ne commence pas. Ma menace de tout à l’heure tient toujours.
Nathan ne se souvenait pas qu’une femme ait jamais été aussi ferme avec
lui. Autrefois, quand il avait connu des problèmes similaires, sa petite amie –
ou ses petites amies, selon le cas – avaient parlé gentiment avec lui, l’avaient
cajolé. Elles l’avaient réconforté, materné, traité comme s’il avait été en
porcelaine. Maintenant, dans le vestibule, Tanya l’emmenait vers sa chambre
en lui tenant fermement la main. Il n’aurait pas été étonné si de la fumée lui
était sortie des narines. Elle était soupe au lait.
Quand ils furent dans sa chambre, Tanya enleva sa ceinture et, l’espace
d’un instant, Nathan espéra que cela signifiait qu’ils allaient quand même
coucher ensemble. Cependant, Tanya ne fit que se la rattacher autour de la
taille pour que les deux moitiés de son sweat restent fermées. Alors, elle se
tourna vers lui et se mit les mains sur les hanches.
— Bon, vas-tu me dire ce qui s’est passé ou alors vas-tu bouger ton cul
d’ici et me laisser faire connaissance avec Gabriel sans t’en mêler ?
— J’ai décidé que je ne voulais pas qu’il t’ait rien que pour lui, dit Nathan
en tentant de sourire. Il entendit sa propre panique dans sa voix et se racla la
gorge, essayant de calmer le battement rapide de son cœur. Je te veux dans
mon lit et…
Elle tendit une main pour l’interrompre.
— Ce n’est pas du tout ça. Si tu t’attends à ce que je veuille ne serait-ce
que t’envisager comme conjoint, il va falloir que tu sois honnête avec moi.
Donc, tu vas expliquer pourquoi tu sembles frôler la crise de nerfs. Que s’est-
il passé ?
Nathan fut tenté de ne rien lui dire du tout et de partir. Quelle chance
aurait-il qu’elle le choisisse, de toute façon ? Pourtant, quand il la regarda, il
constata qu’il ne pouvait ni détourner le regard ni partir.
— Tu… tu sais qu’Olivia et moi on avait couché ensemble ?
— Elle me l’a dit.
Il baissa les épaules.
— T’a-t-elle également dit que je l’ai vraiment maltraitée ?
— Maltraitée ? Elle fronça les sourcils. Comment ?
— Comme un objet sexuel. Soudain, il s’effondra. La colère et l’horreur
l’avaient quitté et il n’avait plus la force de se tenir debout. Quand j’étais
avec Olivia… je ne m’occupais pas du tout d’elle. Je ne lui prêtais attention
que quand j’avais envie de sexe. Elle avait vu en moi un garçon malheureux
et elle avait pensé qu’elle pouvait me sauver. Je l’ai fait payer pour ça. J’ai
été horrible… et je pourrais encore l’être. Il rit amèrement. J’entends une
chose qui me fait souffrir et la première chose que je fais, c’est t’arracher tes
vêtements et te traiter comme ma drogue.
Tanya déglutit. Elle s’agenouilla hors de portée de Nathan.
— Si j’avais dit non, tu te serais arrêté.
— Oui, mais je n’aurais pas dû commencer.
— Que s’est-il passé ? demanda-t-elle d’une voix douce, mais avec une
expression indiquant qu’il était forcé de lui répondre.
Nathan déglutit avec difficulté.
— J’ai entendu parler Grace et Olivia. Grace a demandé à Olivia pourquoi
elle ne m’avait jamais parlé… du bébé.
Tanya comprit et écarquilla les yeux. Elle mit une main à la bouche et
Nathan se mit à rire encore plus. Son amertume avait disparu et il n’était plus
qu’une coque vide. Il avait seulement envie de pleurer et cela ne lui était pas
arrivé depuis très longtemps.
— Elle était enceinte de mon enfant et savait que je… Comment aurait-il
réagi à ce moment-là ? Il vivait dans un mode si noir, un monde où il n’y
avait de place que pour son propre esprit torturé. Elle n’a pas voulu que je le
sache.
— Qu’est-il arrivé au bébé ? Est-ce qu’elle s’en est… débarrassée ?
Il avait exigé qu’elle le fasse dès qu’il avait surpris les paroles de Grace.
— Si elle l’avait fait, je ne lui en aurais pas voulu… mais c’était une fausse
couche. Elle a fait une fausse couche et j’ai cassé avec elle parce qu’elle était
trop émue. Comment pourrait-on lui reprocher de ne pas m’avoir tenu au
courant ?
Tanya frissonna, mais secoua la tête. Il y avait de l’horreur dans son
expression, mais aussi autre chose. Elle ne voyait pas en lui le monstre qu’il
était. Qu’avait-elle ? Quel était leur problème à tous ? Pourquoi ne pouvaient-
ils pas le chasser comme il le méritait ?
Soudain, il se remit à rire. Il se haïssait tant qu’il ne pouvait plus se
contenir. Depuis cette horrible histoire avec Olivia, il avait changé. Il avait
progressé, il avait arrêté d’être le jouet de la colère et de la haine. Il lui avait
adressé ses excuses et elle lui avait pardonné franchement. Cela ne signifiait
pas qu’il allait se pardonner lui-même.
— De plus, il s’avère que je suis exactement comme mon père, murmura-t-
il, les yeux écarquillés et le regard sauvage, sentant revenir l’énergie qui le
consumait. J’avais juré que je ne serais pas comme lui, et pourtant, je le suis.
Tu devrais choisir Gabriel. C’est un homme bon, un bon alpha. Il te traitera
bien.
— Nathan… Elle avança en tendant les bras pour le serrer contre elle. Il se
releva d’un bond et secoua la tête. Elle resta à genoux et leva les yeux vers
lui. Elle avait les larmes aux yeux. Nathan, il faut que tu…
— Rien du tout. Choisis Gabriel. Choisis-le, c’est tout.
Il s’enfuit de la pièce avant qu’elle puisse dire un autre mot. L’énergie lui
courait dans les veines, des pensées pulsaient dans son sang. Il ne pouvait pas
l’empêcher : c’était comme un poison qui l’envahissait. Les murs se
refermaient sur lui et il sortit du manoir à toute vitesse. Il eut vite atteint les
arbres et se transforma, déchirant ses vêtements sans s’en soucier.
Son père avait traité sa mère comme ça. Dès qu’il ressentait quelque chose,
il l’emmenait dans leur chambre. Nathan entendait les cris et savait
exactement ce qui se passait, mais sa mère jurait toujours qu’il ne lui faisait
jamais de mal et, sur le plan physique, c’était peut-être vrai. Pourtant, parfois,
Nathan la voyait pleurer. Et les cris. Toujours des cris et des insultes… cela
avait laissé des cicatrices aussi profondes que s’il avait eu des os cassés.
Il courut pendant des heures, agité par des pensées chaotiques. Finalement,
il revint en arrière avec une idée en tête. Il s’était senti terriblement mal, mais
n’avait pas crié sur Tanya. Il ne l’avait pas insultée. Quoi qu’il ait fait d’autre,
il n’avait pas fait ça et il pourrait s’excuser auprès d’elle pour les actions qu’il
avait commises. Alors qu’il se rapprochait du manoir, la terreur lui nouait
l’estomac. Et si elle ne voulait pas le voir ?
Olivia l’attendait sur le porche de devant. Nathan se crispa, mais elle tapota
la place à côté d’elle et il s’assit.
— Tanya m’a dit ce qui s’était passé, dit-elle calmement. Tu ne devrais pas
paniquer comme ça, c’est malsain. Je ne sais pas ce qui te passe par la tête,
mais ce n’est pas ta faute si j’ai perdu le bébé.
Nathan tira sur une peau morte de son pouce.
— Tu ne m’en as pas parlé.
— Je ne l’ai su qu’une semaine, Nathan, et, à ce stade, on avait déjà cassé.
— Tu as craint que je te rie au visage si tu me le disais.
Olivia secoua la tête.
— J’avais pensé que tu voudrais être mon conjoint. J’avais pensé que ça te
changerait complètement, que savoir que tu serais père allait complètement
bouleverser ta vie, que tu allais faire tout ton possible pour évacuer la colère,
la peur et la douleur, pour essayer d’être un homme bon pour ton enfant.
J’avais pensé que ce serait une bonne chose.
— Mais tu n’avais pas pensé…
— Arrête de me dire ce que j’ai pensé. Olivia posa une main sur son bras.
— Je ne voulais pas être ta conjointe seulement parce que j’étais enceinte
et, quand j’ai eu la fausse couche, j’ai compris que tu allais t’en vouloir. Nous
étions deux gamins fous et torturés. Après la mort de mes parents et quand
Gabriel est devenu alpha, j’ai subi trop de pression. Je voulais lui faire du
mal, comme si ce qui s’était passé était de sa faute.
— Et nous savons tous comment j’étais, dit doucement Nathan.
— Olivia… je suis vraiment désolé.
— Je sais, mais je ne veux pas revenir là-dessus. Nous avons eu notre
temps ensemble, c’était horrible et, maintenant, il faut avancer. De plus, je
pense que tu as ta chance avec Tanya… mais peut-être pas de la façon dont tu
l’imagines. Elle sourit comme si elle connaissait un secret, les yeux
étincelants. Au fait, elle veut te parler. Tu devrais y aller, mais… commence
peut-être par prendre un bain.
Nathan lui sourit. Après son défoulement et sa discussion avec Olivia, il se
sentait assez fort pour discuter avec Tanya, pour lui expliquer ce qu’il avait
ressenti et s’excuser de s’être comporté de la sorte. Après tout, il s’était
empressé d’aller la trouver comme si elle avait eu pour mission de le réparer.
C’était trop lui demander.
Il se doucha et s’habilla puis se dirigea vers sa suite. Gabriel y était déjà.
Nathan le salua d’un hochement de tête, que Gabriel lui rendit. Quelqu’un
avait dû le tenir au courant des derniers développements. Comme Nathan ne
savait pas quoi faire maintenant, il se contenta de s’asseoir sur le sofa.
— Où est Tanya ?
— À la salle de bains.
Juste au moment où Gabriel finit de parler, la porte de la salle de bains
s’ouvrit. Tanya en sortit, vêtue d’une paire de chaussures rouges à lanières et
à talons hauts, mais de rien d’autre. Nathan se leva d’un bond, bouche bée. Il
jeta un coup d’œil à Gabriel et trouva le même air stupéfait sur son visage.
Tanya inclina une hanche et se mit les mains à la taille.
— Maintenant, dit-elle, on va résoudre ce problème.
Chapitre SEPT
Tanya

Elle n’avait jamais rien fait d’aussi effronté. L’excitation et la peur s’agitaient
dans sa poitrine. Refuser de coucher avec eux pour ensuite arriver ici
complètement nue en espérant commencer une partie à trois, c’était dément.
Elle avait la bouche sèche, mais d’autres parties de son corps palpitaient déjà
d’anticipation.
Depuis que Nathan était parti, elle s’était demandé que faire. Une partie
d’elle-même avait pensé qu’il fallait qu’elle agisse doucement, avec
gentillesse, mais elle avait rejeté cette approche parce qu’elle était trop
maternelle. Elle ne savait pas vraiment quand elle était passée de « Je m’en
vais d’ici » à « Je pourrais peut-être tenter le coup », mais elle avait fini par
se décider.
Elle ne pouvait pas les aider dans ce qu’ils devaient faire. Elle n’avait
aucune expérience en gestion des adultes, surtout pas en gestion de meute. Ce
qu’il leur fallait, c’était plus que l’aide d’une personne. Il leur fallait une
égale, une associée. Olivia et Grace avaient dit qu’elles travailleraient
ensemble s’ils voulaient tenter le coup. Eh bien, c’était ce qu’il leur fallait :
être alphas ensemble.
Elle espérait qu’elle arriverait à aider Gabriel à arrêter de détester Nathan
et Nathan à se pardonner lui-même, mais maintenant, c’était à elle d’agir.
Cela fonctionnerait avec le groupe de trois qu’ils formaient ou pas du tout.
— Je vois que vous êtes étonnés tous les deux, dit-elle le souffle coupé.
Ses poumons fonctionnaient plus rapidement que d’habitude et, étant donné
l’endroit où Nathan avait le regard rivé, il était content. Gabriel regardait un
peu plus bas, à la jointure de ses cuisses. Quand ils l’entendirent parler, ils
relevèrent brusquement la tête tous les deux.
— J’ai réfléchi. Je ne veux plus me retenir. Je vais le faire. Je veux
m’assurer que nous soyons sexuellement compatibles.
Nathan regarda Gabriel d’un air soupçonneux. Tanya espéra que cela
signifiait qu’il comprenait ce qu’elle voulait dire. D’un autre côté, Gabriel
avait encore du mal à la regarder dans les yeux et elle n’était pas sûre qu’il
l’avait même entendue.
— Sors, dit-il à Nathan en grognant.
— Tu rêves.
Le désir cru qui les opposait exerçait un effet étrange sur les intestins de
Tanya. Elle eut soudain une envie pressante de se rhabiller, mais rejeta cette
idée stupide. Elle essayait d’avoir un rapport sexuel et se cacher aux yeux des
hommes avec lesquels elle voulait le faire n’allait pas améliorer la situation.
Gabriel se tourna vers Nathan en grognant et l’autre alpha recula. Le front
plissé, il regarda son rival puis Tanya.
— Je ne sais pas si c’est une bonne idée, dit-il. Après ce… ce qui s’est
passé…
— Exactement, convint Gabriel. Donc, sors d’ici.
Tanya poussa un soupir.
— Je ne veux pas que vous vous battiez pour moi. Ce n’est pas pour cela
que vous êtes ici.
Gabriel se retourna vers elle.
— Tu ne le veux pas ? Je crois que si… je crois que ça t’excite quand on se
bat pour toi. Ça te pousse à te sentir sexy et désirable.
— Elle est sexy et désirable, grogna Nathan.
Peut-être n’était-il pas idéal d’être nue pour parler de ça. Gabriel hocha la
tête. Visiblement, il n’avait pas compris que la déclaration de Nathan avait
caché une menace.
— Ça m’excite un peu, admit-elle, mais pas quand j’ai l’impression que
vous allez vraiment vous battre. Je ne veux pas que vous en veniez aux
mains. Vraiment pas. Je suis sérieuse. Si ça arrive, je sauterai dans un avion
pour l’Angleterre et je ne reviendrai jamais. Cependant, je pense que j’ai
trouvé une solution.
— Peu importe qui t’aura en premier. Celui que tu ne choisiras pas se
battra pour t’avoir. Gabriel avait la voix tendue et les mains serrées contre les
flancs.
Tanya hocha la tête. Elle se plaça entre eux, prit une main à chacun d’eux
et les guida vers ses seins. Les deux hommes agacèrent ses mamelons et elle
gémit en fermant les yeux.
— Tu as raison. Donc, nous ne discuterons pas pour savoir qui m’aura en
premier. Vous pourrez m’avoir en même temps. J’ai regardé du porno et c’est
possible. Le premier le fait par l’orifice naturel et l’autre peut me sodomiser.
J’ai des préservatifs et du lubrifiant…
Elle ne précisa pas comment elle s’était procuré ces choses particulières.
Olivia avait gémi et s’était plainte de l’aspect dégoûtant de ces choses quand
Tanya lui avait demandé pour la première fois et elle lui avait juré de ne pas
le dire à Grace. Pour des femmes d’une culture aussi libre de pensée, les deux
louves étaient assurément plutôt pudibondes. Cela dit, c’était probablement
parce que les partenaires de Tanya étaient leurs frères… elle secoua la tête
pour ne plus penser aux sœurs de ses alphas.
— Alors, qu’en pensez-vous ? murmura-t-elle. Acceptez-vous d’essayer ?
Nathan et Gabriel se regardèrent furieusement l’un l’autre pendant un
moment. Ils avaient encore chacun une main sur son corps, mais Tanya
retenait son souffle. Si l’un d’eux renonçait maintenant… elle ne savait pas
comment elle ferait pour les convaincre. Pour elle, il était clair qu’elle ne
pouvait pas avoir l’un sans l’autre. Elle avait essayé de se convaincre d’y
renoncer parce que les fantasmes n’étaient que des fantasmes et devaient le
rester.
Seulement, elle savait intuitivement qu’elle ne pouvait pas se contenter
d’un seul des deux loups. Cela déséquilibrerait trop les pouvoirs.
— Je ne pense pas que Gabriel veuille que je sois dans cette pièce, dit
Nathan. De plus, comment allons-nous décider qui va où ?
Gabriel fit pivoter Tanya et s’appuya contre son cul.
— Je sais exactement où je veux aller.
Un frisson remonta vivement le long de la colonne vertébrale de Tanya.
Elle gémit de plaisir et d’excitation et recula pour se frotter contre Gabriel.
Elle ferma les yeux quand ses grosses mains lui enveloppèrent les seins, mais
elle les rouvrit rapidement pour regarder Nathan. Il avait l’air déchiré et elle
s’étonna. Elle avait cru qu’il serait plus impatient que Gabriel de passer à
l’action.
— Si tu ne veux pas, ce n’est pas un problème, murmura-t-elle. Nous
pourrons en reparler. Il n’y a pas d’obligation.
Avec un grognement, Nathan se mit à genoux devant elle. Il mit une des
jambes de Tanya par-dessus son épaule et Gabriel se déplaça pour la tenir en
l’air par le cul. La langue de Nathan sortit rapidement et électrifia le corps de
Tanya. Tanya prit les cheveux de Nathan en poussant un cri étouffé de
surprise. Gabriel l’embrassa dans le cou, lui donnant des fourmis. Coincée
entre ses deux partenaires, Tanya sentait des frissons lui parcourir la colonne
vertébrale et elle tenait tout juste bon. Elle ne craignait pas du tout qu’ils la
laissent tomber.
— Vous avez déjà fait ça, dit-elle le souffle coupé. Ses hanches se
balançaient toutes seules, se frottant toujours plus contre la langue de Nathan.
Le gloussement de Gabriel fit écho dans la poitrine de Tanya et l’excita
encore plus.
— Seulement une fois.
Tanya eut le souffle coupé.
— Vous l’avez donc vraiment fait ?
Ce fut au tour de Nathan de glousser. Il se releva, remit Tanya sur ses pieds
et se colla contre elle. Tanya oublia presque ce dont ils parlaient quand la
poitrine de Nathan lui écrasa les seins. Gabriel s’écarta d’elle et elle protesta,
mais s’arrêta quand elle jeta un coup d’œil en arrière et le vit se déshabiller.
— Ça nous est arrivé une fois, dit Nathan avec décontraction, pendant une
nuit d’été plutôt chaude où une fille nous a invités tous les deux à aller nous
baigner nus. Apparemment, le triolisme, c’est comme faire du vélo. Ça
s’apprend en une seule fois.
Gabriel arracha son pantalon et enleva Tanya à Nathan. Il la posa sur le lit
et Nathan commença à se déshabiller. Après un baiser intense, il la retourna.
Il se frotta contre le cul de Tanya en grognant et Tanya sentit la chaleur
l’envahir. Il prit quelque chose sur la table de nuit. Quelques moments plus
tard, quelque chose de froid goutta sur le cul de Tanya, qui haleta fortement
quand Gabriel étala le lubrifiant pour s’assurer qu’elle soit bien préparée. Elle
le trouva avec sa main et, quand Nathan les rejoignit, elle le saisit lui aussi.
Les deux loups gémirent quand elle commença à s’occuper d’eux au même
rythme.
— Ne m’embrasse pas cette fois, grogna Nathan en explorant le corps de
Tanya de ses mains. Je n’aime pas les hommes comme ça.
Tanya laissa échapper un rire.
— C’était un accident. Le lendemain matin, je l’ai pris pour elle. Gabriel
prit un air honteux. Tanya entendit que l’on déchirait du papier aluminium et
elle se contorsionna pour le regarder mettre le préservatif. Son cœur se mit à
battre la chamade. C’était réel. Son rêve, son fantasme préféré.
Gabriel se pressa contre le cul de Tanya pendant que Nathan lui glissait
une main entre les jambes, se dirigeant directement vers son point le plus
sensible. Tanya leva les yeux au ciel, extatique. Elle s’accrocha à lui.
— Y a-t-il quoi que ce soit qu’on devrait savoir avant de continuer ?
murmura Nathan dans son oreille.
Bonne question.
— Euh… je suis vierge ?
Gabriel laissa échapper un grognement étouffé.
— Et pourtant, tu sais exactement ce que tu veux… c’est si…, il la
pénétrait centimètre par centimètre… si sexy !
Tanya agita les hanches vers l’arrière, car elle voulait profiter de lui au
maximum, mais Nathan la serrait fermement, l’empêchait de bouger. C’était
si bon que des éclairs de plaisir la traversaient, mais elle ressentait aussi un
peu de douleur. Cependant, ça ne la gênait pas et, comme Gabriel faisait le
va-et-vient en elle tout en la lubrifiant entièrement, la douleur se dissipa.
Alors, il la tint en place pendant que Nathan se mettait un préservatif et la
pénétrait aussi lentement que Gabriel. Elle se sentait si pleine qu’elle
craignait que ça ne rentre pas, mais ils furent bientôt tous deux enfouis en
elle.
— C’est si bon, soupira-t-elle en tenant Nathan, le visage tout contre sa
poitrine pendant que Gabriel promenait ses mains sur son corps. C’est mieux
que ce que j’imaginais.
Ses deux hommes gloussèrent. Ils commencèrent à bouger, d’abord
Gabriel puis Nathan. Ils maintenaient un rythme parfaitement synchronisé :
quand l’un la pénétrait, l’autre se retirait. Tanya gémissait en sentant la
chaleur l’envahir toujours plus. Elle avait les ongles plongés dans la colonne
vertébrale de Nathan. Gabriel lui mordillait la nuque et ses dents laissaient
une légère sensation de piqûre. Elle adorait ça. Ses deux partenaires avaient
une main sur ses hanches, l’empêchant de bouger tout en accélérant le
rythme.
Ils bougeaient de plus en plus vite. Tanya criait à chaque coup de reins.
Elle avait les yeux écarquillés. La tension en elle devenait si forte qu’elle en
avait presque mal. Les sensations la submergeaient et, soudain, tout craqua.
Ses membres se ramollirent et battirent dans tous les sens pendant que les
alphas s’acharnaient sur son corps. Elle leva les yeux au ciel, incapable ne
serait-ce que de penser. Gabriel jouit peu après, suivi par Nathan.
Ils restèrent allongés tous les trois sur le lit, tellement serrés les uns contre
les autres que la sueur qui leur recouvrait le corps les réunissait pour n’en
faire qu’un seul être. Tanya haletait pendant qu’ils l’exploraient de leurs
mains. Quand Nathan lui murmura quelque chose à l’oreille, elle ne put que
grogner pour lui faire savoir qu’elle l’avait entendu.
Finalement, les deux loups se retirèrent en laissant tous les deux des
sensations cinglantes dans leur sillage. Gabriel lui apporta un verre d’eau puis
lui embrassa un sein pendant qu’elle buvait.
— Tu vas bien ? demanda-t-il d’une voix riche et grave.
— Mieux que bien. Elle avait la voix éraillée après avoir crié si fort.
C’était… c’était extraordinaire. Est-ce que j’ai saigné ?
Nathan revint de la salle de bains, serviette en main. Il lui en épongea les
cuisses. La chaleur la fit soupirer et bouger sous son toucher. Il l’inspecta un
moment puis secoua la tête.
— Il y a un peu de sang. Rien d’important. Est-ce que ça t’a fait mal ?
Tanya avait l’impression que tous ses os s’étaient liquéfiés, mais même la
légère douleur avait maintenant disparu. Elle secoua la tête.
— J’ai adoré ça. J’ai vraiment adoré… vous formiez une harmonie
parfaite. Êtes-vous sûrs de n’avoir fait ça qu’une fois avant aujourd’hui, vous
deux ?
Gabriel lui suça le téton et une nouvelle secousse de plaisir la traversa. Elle
écarquilla les yeux. Était-ce possible ? Ils venaient de faire l’amour.
— La nuit avait été longue, dit Nathan en enfonçant un doigt en elle. Celle-
ci peut l’être, elle aussi. À moins que tu ne veuilles discuter.
Tanya arqua le dos, poussant ses hanches plus fort contre sa main pendant
que Gabriel passait à son autre sein.
— La discussion attendra. Continuons, je vous prie !
Chapitre HUIT
Gabriel

Les premiers rayons de lumière entrèrent par la fenêtre et illuminèrent un


rectangle situé au-dessus des yeux de Gabriel. Tanya était allongée, la tête sur
la poitrine du loup et la sienne se soulevait au rythme de ses ronflements.
Derrière elle, Nathan avait les bras passés autour de sa taille et le visage blotti
contre sa nuque. En bougeant lentement, Gabriel se glissa hors du lit. Il avait
essayé de partir deux fois au cours de la nuit, pendant que Tanya dormait,
mais elle s’était réveillée à chaque fois et il n’avait pas eu le cœur de lui dire
qu’il essayait de partir.
Elle était si sensible, si extravertie, si impatiente de partager son corps avec
lui… et avec Nathan. Étant donné la façon dont elle les regardait, c’était
comme s’ils avaient tous les deux accepté que cet arrangement dure
éternellement. Pourtant, ce n’était pas possible. Il ne pouvait y avoir qu’un
seul alpha.
Tanya ne se réveilla pas quand il s’écarta d’elle.
— Tu sais que c’est impoli de quitter une femme avant qu’elle ne se
réveille, n’est-ce pas ? murmura Nathan sans ouvrir les yeux.
Gabriel laissa échapper un grognement d’avertissement discret. Après la
dispute de la veille, Olivia avait dit à Gabriel tout ce qui s’était passé pendant
que Tanya s’était enfermée dans sa chambre. Il avait pensé que Nathan savait
déjà qu’Olivia avait perdu un bébé et n’en avait que faire. Quand il avait vu
sa réaction après avoir appris la chose, Gabriel avait changé d’avis sur lui. Il
avait du mal à mettre de côté ses propres années de colère… mais peut-être
Nathan avait-il évolué depuis.
— J’ai des choses à faire. Je ne m’enfuis pas comme si j’avais honte d’elle.
— Comme tu veux. Ça m’est égal, murmura Nathan en serrant les bras
autour des formes plantureuses de l’humaine, mais ne viens pas pleurer
quand Tanya m’aura choisi pour être son alpha parce que je serai resté.
Il n’avait peut-être pas changé tant que ça.
Sans un autre mot, Gabriel quitta la pièce. Il partit dans sa suite pour se
doucher puis s’habiller pour la journée. Depuis l’arrivée de Tanya, il avait
négligé son travail pour la meute et il était probablement temps qu’il s’y
remette un peu. Cela l’aiderait au moins à mettre un peu d’ordre dans la
confusion qui l’agitait. Il aurait dû avoir envie de tailler Nathan en pièces
pour avoir touché ce qui lui appartenait… mais Tanya ne lui appartenait pas
et il avait aimé le plaisir qu’il avait vu sur son visage quand ils l’avaient prise
ensemble la nuit d’avant.
Il n’avait pas pensé qu’il pourrait partager la femme qu’il allait épouser
pour le restant de sa vie. Peut-être Tanya n’était-elle pas la femme qu’il lui
fallait.
Quand il entra dans la cuisine, Olivia et Grace y étaient toutes les deux. Il
les salua d’un hochement de tête en se demandant ce qu’elles faisaient debout
si tôt. Olivia tordit le nez et produisit un bruit dégoûté avec sa gorge pendant
que Grace rougissait. L’espace d’un instant, elles eurent toutes les deux l’air
tellement mal à l’aise que Gabriel fut certain qu’il avait interrompu une
discussion intime.
Cependant, il savait qu’Olivia, au moins, n’était pas attirée par les autres
femmes. De plus, Grace était beaucoup trop jeune. Elle était à peine adulte et
Olivia ne les prenait pas au berceau.
Il ouvrit le réfrigérateur et prit le lait.
— Qu’est-ce qui ne va pas, vous deux ?
Grace rougit encore plus et Olivia eut un haut-le-cœur.
— Tu ne sais vraiment pas ?
— Quoi ? Bien sûr. Gabriel rougit. Il se racla la gorge et se versa un verre
de lait avant de prendre le sirop de chocolat. Vous étiez censées aller courir
dans la forêt la nuit dernière, vous deux.
— Nous l’avons fait.
— Dans ce cas, quel est le problème ?
Olivia posa les coudes sur la table.
— Le problème, c’est la distance qu’on a dû parcourir avant de ne plus
vous entendre, tous les trois. Vraiment, tu pourrais acheter une muselière
pour ta conjointe.
— Nous n’avons pas fait tant de bruit que ça !
— Bien assez, marmonna Grace. D’abord, j’ai cru que tu étais en train de
la tuer.
Olivia rit.
— C’est vrai, c’est ce qu’elle a cru. Il a fallu que je la plaque au sol pour
l’empêcher de faire demi-tour et d’aller vous interrompre. Heureusement
qu’elle n’a pas vu ça ! La prochaine fois que vous comptez faire ce genre de
marathon à trois, allez chez Nathan et laissez-nous dormir. On vient juste de
revenir.
Gabriel tressaillit. Il voulait expliquer ce qui s’était passé, mais elles le
savaient déjà, c’était clair. Il pensait qu’elles prendraient mal toute
explication supplémentaire. Il se racla la gorge.
— Il n’y aura plus de marathons, n’ayez crainte.
Aucune des deux ne répondit. Gabriel but son lait au chocolat et prit une
barre aux protéines avant de repartir dans sa chambre. Une partie de lui-
même voulait aller retrouver Tanya, mais il n’aurait pas été juste qu’il attende
quoi que ce soit d’elle maintenant. La nuit avait été formidable, meilleure que
ce qu’il avait imaginé en rêvant d’elle. De plus, l’invité inattendu n’avait pas
été si dérangeant. Cela lui avait paru presque… naturel.
C’était vraiment bizarre. Un alpha ne s’excitait pas à l’idée de partager sa
conjointe. Et pourtant, quand il avait regardé Tanya avoir orgasme après
orgasme, parfois quand il se contentait de bouger un peu, parfois quand il
restait immobile, mais toujours avec les deux alphas… Il ne savait pas
comment le prendre.
Est-ce que cela prouvait qu’elle n’était pas sa vraie conjointe ? N’aurait-il
pas dû ressentir une violente jalousie ? Olivia disait toujours que l’amour ne
comportait aucune jalousie, mais cela faisait peu de temps qu’il connaissait
Tanya. Il devrait se sentir un peu jaloux à ce stade, non ?
Gabriel s’effondra sur son lit, refusant d’admettre sa fatigue. Il n’avait pas
dormi de toute la nuit et il n’était pas surprenant qu’il se sente épuisé. Il laissa
son regard errer sur le plafond comme s’il espérait y trouver des réponses.
Depuis sa petite enfance, il avait eu une idée très précise de ce à quoi sa
conjointe ressemblerait. Ce serait la fille qu’il reconnaîtrait comme étant celle
que le destin lui avait attribuée. Ils se rencontreraient à une réception ou par
accident et ils se reconnaîtraient instantanément l’un l’autre. Âmes sœurs, ils
n’auraient besoin de personne d’autre. Quand cette situation se produirait, il
avait presque renoncé à son droit d’être alpha pour protéger son rêve de
trouver une conjointe qui l’aime.
Il n’avait pas connu le coup de foudre avec Tanya, mais chaque fois qu’il
lui parlait, il se sentait plus proche d’elle. La nuit dernière, il avait répondu à
sa proposition avec… excitation. Ce n’était pas ce qu’il s’était attendu à
ressentir. C’était peut-être qu’il voulait prouver qu’il avait autant
d’expérience sexuelle que Nathan. Si elle voulait les avoir tous les deux en
même temps, cela signifiait peut-être que Nathan ne pourrait jamais la lui
prendre…
On frappa doucement à la porte et il se redressa.
— Entrez.
Tanya entra discrètement. Elle portait une chemise de nuit et lui souriait
d’un air timide. Gabriel lui rendit son sourire, le cœur battant la chamade.
Avait-elle quitté Nathan pour venir le retrouver ? Il lui tendit les bras et elle
grimpa sur le lit. Elle posa la tête sur le cœur de Gabriel et ils s’allongèrent.
Instinctivement, Gabriel comprit qu’ils n’allaient rien faire maintenant. Il
aurait aimé tester les choses entre eux en l’absence de Nathan, mais il savait
intuitivement que ça n’allait pas se produire.
— Tu es parti avant que je me réveille.
Gabriel haussa les épaules.
— Tu dormais profondément. Je savais que tu avais besoin de te reposer.
Elle glissa les doigts entre les boutons de sa chemise et les frotta contre les
poils de sa poitrine.
— Es-tu en colère contre moi ?
— En colère ?
— Pour la nuit dernière. Tanya se redressa sur un coude. J’avais pensé que
tu en avais autant envie que moi, mais en fait… Si je t’ai forcé à le faire, si tu
ne voulais pas vraiment le faire, alors…
Gabriel secoua la tête.
— Non.
Elle avait l’air si inquiète qu’il l’embrassa. Son baiser fut doux, gentil et
vite fini. Au bout d’un moment, Gabriel se détendit dans le lit et regarda le
plafond une fois de plus. Comment aurait-il pu lui dire ce qu’il ressentait
alors qu’il ne savait pas ce que c’était ?
— Je ne suis pas en colère contre toi, dit-il finalement. J’étais excité, la
nuit dernière. J’avais déjà fait ce genre de chose et j’aime ça. Je l’ai beaucoup
apprécié avec toi.
— Et… Nathan ? demanda-t-elle avec hésitation.
Silence.
— Si je…
Gabriel secoua la tête, sentant monter la frustration.
— Ce n’est pas toi. Tu avais expliqué très clairement ce que tu voulais et
j’ai accepté. Je veux dire… ce n’est pas ce à quoi je m’attendais.
Certainement pas avec lui.
— Donc… est-ce seulement à cause d’Olivia que tu n’aimes pas Nathan ?
Ou y a-t-il autre chose ? Je veux dire, vous avez expliqué tous les deux que
vous l’aviez déjà fait ensemble, ou du moins avec la même fille. Donc, il y a
forcément eu une période où vous vous êtes bien entendus.
Gabriel haussa les épaules.
— C’était l’été. Nous étions jeunes. C’était avant que nous n’ayons
vraiment appris à nous connaître l’un l’autre. Quant à Olivia et lui… peut-
être en savais-je moins que je ne le croyais. Il va me falloir du temps pour
m’y faire…
Tanya fredonna. Sa présence lui détendait les épaules et il commença à
fermer les yeux. Il ne voulait pas qu’elle s’en aille.
— Je suppose que je me sens juste… insuffisant, murmura-t-il au bout
d’un moment. Comme si je n’étais pas assez bon. Je voulais être l’alpha et je
suis heureux de l’être, mais mon père n’a pas été là pour m’apprendre tout ce
qu’il fallait que je sache. Je ne sais pas si je peux m’occuper de toutes les
meutes, surtout en ce qui concerne l’argent. Mon père le faisait avec facilité,
mais une fois les meutes réunies… De plus, je sais que me je fie trop à
Olivia. Elle devrait aller chercher son propre conjoint, maintenant, au lieu de
rester dans sa meute d’origine pour aider son frère à gérer le quotidien.
— Est-ce que la meute de Nathan est très pauvre ? Est-ce pour cette raison
que tu t’inquiètes pour les finances ?
Gabriel secoua la tête.
— C’était une des meutes les plus pauvres de la région, mais quand le père
de Nathan a disparu et que Nathan lui a succédé à la tête de la meute, il a tout
changé. Je ne sais pas comment il l’a fait, mais c’est maintenant la meute la
plus riche que je connaisse. Il a effacé leurs dettes et construit leur
infrastructure. C’est… remarquable.
Tanya rit bêtement, cachant son visage dans la poitrine de Gabriel.
— On dirait qu’il a fallu te l’arracher, ce compliment.
— Ce n’est pas parce que je ne l’apprécie pas en tant que personne que je
ne peux pas reconnaître qu’il sait gérer son argent. Pourtant, Gabriel ne put
s’empêcher de sourire à l’amusement de Tanya. Dans cette situation, le
problème était peut-être en partie qu’il était en train de se rendre compte que
Nathan n’était pas aussi mauvais qu’il s’en était convaincu… si tel était le
cas, beaucoup d’années de colère allaient devoir se transformer en culpabilité.
Écoute, je sais que je ne peux pas battre sa sexualité crue et torride. De plus,
même s’il est riche, je le suis, moi aussi. Je peux te donner tout ce que tu
veux.
Elle arrêta de rire et se raidit.
— Je sais que ça ne compte pas tant que ça pour toi, poursuivit-il
hâtivement. J’espère seulement que tu pourras aussi voir ma valeur.
Tanya se recula, les sourcils froncés.
— Bien sûr que je vois ta valeur. Si ça se trouve, je la vois mieux que tu ne
la vois toi-même. Tu es gentil et constant et tu te débrouilles très bien au lit.
Tu es romantique. Je crois que tu pourrais stabiliser les meutes. Tu sais
apporter de l’équilibre. Je veux dire, regarde ce que tu as fait la nuit dernière.
C’est toi qui t’es assuré que les choses se déroulent au rythme adéquat, pas
trop vite, et tu t’es assuré que je puisse me reposer et aussi que nous ayons
tous à boire et à manger. Sans toi, ça n’aurait vraiment pas été aussi agréable.
Gabriel la serra contre lui en souriant doucement, mais ne put se décider à
poser la dernière question qui lui brûlait les lèvres : et l’amour ?
Chapitre NEUF
Nathan

Autour d’eux, la forêt était chaude et résonnait des appels que les animaux
échangeaient. C’était un lieu paisible ou, du moins, il le pensait. Il avait invité
Grace à venir marcher avec lui pour qu’ils puissent parler de ce qui s’était
passé. Il ne s’était pas attendu à ce que Grace éclate en sanglots. Pendant
qu’elle essuyait ses larmes, il passa un bras autour de ses épaules.
— Qu’est-ce qui ne va pas ? lui demanda-t-il.
— Tu es en colère contre moi parce que j’aurais dû te parler du bébé
d’Olivia.
Nathan secoua la tête, soudain envahi par la culpabilité.
— Non. Non, je suis désolé si je t’ai fait penser que j’étais en colère contre
toi. Ce n’est pas du tout ça. Je comprends qu’Olivia ne voulait pas que tu
m’en parles. Tu ne faisais que respecter ses désirs. Je ne suis pas en colère.
Grace essuya une autre larme.
— Donc, tu es en colère contre Olivia.
— Je ne suis en colère contre personne.
Grace le regarda d’un air peu convaincu.
— J’étais malheureux hier, mais je me suis calmé depuis. Même hier, je
n’étais pas vraiment en colère, j’étais choqué, je souffrais, c’est tout, mais ce
n’est pas ta faute ni celle d’Olivia. C’est juste la situation. Nathan poussa un
soupir. Il n’était pas en colère. Ce n’était pas le bon mot pour ce qu’il
ressentait. Plein de regrets, malheureux, oui, mais pas en colère. Pourquoi
penses-tu que je suis en colère ?
— Je ne sais pas, je croyais juste… Grace laissa retomber ses épaules et
pencha la tête. Papa aurait été en colère.
Nathan se crispa, mais ne dit rien. Grace avait plus souffert de la colère de
leur père que Nathan. Elle était sensible et Cole avait toujours fait le
nécessaire pour que Grace sache qu’il la trouvait faible, parce qu’elle pleurait
quand il lui criait dessus. C’était une des raisons pour lesquelles Nathan
essayait de ne jamais élever la voix en présence de sa sœur, même quand il
était très malheureux. Cependant, Grace avait conservé ses angoisses et
Nathan voyait qu’elle avait peur à chaque fois qu’il se mettait en colère.
Même si Nathan ne se comportait pas comme leur père, Cole avait laissé en
elle des cicatrices qui ne guériraient pas de sitôt.
Nathan embrassa Grace sur le sommet de la tête.
— Je ne suis pas en colère. Je suis désolé de t’avoir fait peur.
— Si tu n’es pas en colère, pourquoi voulais-tu parler ?
— Je voulais parler de Tanya. Je ne pense pas qu’elle va me choisir.
Gabriel a tous les avantages. Tout ce que j’ai, c’est… eh bien, mon
expérience des aventures d’une nuit. Le dégoût qu’il ressentait pour lui-même
s’entendait dans sa voix. Même s’il savait que les loups essayaient plusieurs
partenaires avant de s’engager, il n’aurait pas dû s’y prendre comme ça.
Grace fit la grimace.
— Tu es intelligent, courageux et…
— Et je ne sais rien sur la gestion quotidienne des meutes. Certes, je sais
me débrouiller avec l’argent et les actions en bourse, mais gérer des meutes
est une affaire de relations, tout ce que je ne sais pas faire. Les meutes s’en
sortiraient peut-être mieux si Gabriel était l’alpha… Il baissa les épaules.
Peut-être Tanya serait mieux avec lui. J’ai trop de notre père en moi et je
risque de finir comme lui.
— Non. Grace lui serra la main. Même quand tu es au plus mal, tu n’es pas
comme lui. Je suis désolée d’avoir cru que tu étais en colère parce qu’il
l’aurait été lui-même. Ce n’est pas parce que je pense que tu lui ressembles.
C’est juste que… parfois, j’ai du mal à ne pas m’attendre à ce que tout le
monde réagisse comme ça. Cela dit, je vais mieux ces temps-ci.
— Tu n’as pas à t’excuser pour ce que tu ressens.
— Là ! dit Grace en lui touchant la poitrine du doigt. Voilà. Papa n’aurait
jamais dit ce genre de chose. Même quand je m’étais excusée pour ce que
j’avais dit, il se plaignait indéfiniment.
C’était vrai. Nathan se sentit furieux quand il se souvint que Cole avait
souvent forcé Grace à s’excuser parce qu’elle avait souffert d’une de ses
remarques cruelles.
— Tu n’es pas lui, Nate. Je pense… je pense qu’il faut que tu arrêtes
d’avoir aussi peur de toi-même. Quant à Tanya, elle est intelligente et elle
n’est pas intéressée par des choses comme l’argent et les relations publiques,
mais plutôt par ce que lui dit son cœur. Elle n’est pas un loup, elle ne suit pas
les mêmes règles que nous. De plus, penses-tu vraiment qu’elle choisirait l’un
de vous au bout de deux mois ? Elle veut une personne qu’elle puisse aimer.
Nathan se souvint du dîner aux chandelles de Gabriel. Il essayait vraiment
de montrer à Tanya qu’il pouvait être romantique. Nathan ne s’embarrassait
jamais de ce type de chose, mais, bon, il n’avait jamais vraiment eu de petite
amie. Tout se passait toujours de la même façon : ils couchaient ensemble
comme des fous, puis ils se séparaient quand ils se lassaient l’un de l’autre.
— Rentrons, dit-il. On va préparer le petit-déjeuner. Du bacon et des œufs.
Le regard de Grace s’illumina et ils repartirent au manoir. En chemin, ils
croisèrent Olivia sur le sentier. Quand Grace l’invita à se joindre à eux pour
le petit-déjeuner, Olivia secoua la tête.
— On n’a plus d’œufs. J’allais en acheter. Pourquoi ne viendrais-tu pas
avec moi ? Olivia jeta un coup d’œil à Nathan. Je veux parler de Grace. Je
crois que Tanya veut discuter avec Gabriel et toi, Nathan.
Discuter comme la nuit dernière ? Le regard de Nathan s’éclaira. La
proposition de Tanya l’avait beaucoup étonné, mais la plus grande surprise
avait été de voir Gabriel l’accepter. À ce moment-là, des souvenirs de cette
chaude journée d’été et de la fille qui s’était impatiemment placée entre eux
deux lui étaient revenus en masse. Il avait adoré regarder Tanya écarquiller
les yeux et se retrouver bouche bée et aussi voir une rougeur intense lui
traverser la poitrine et lui remonter le long du cou. Nathan n’avait jamais rien
eu contre les parties à trois, tant que tout le monde savait qu’il n’y participait
que pour la fille. Gabriel avait compris que, même avec la tension qui les
opposait encore l’un à l’autre, ils avaient œuvré ensemble pour offrir son
plaisir à Tanya. Y penser le fit gémir, car il voulait recommencer.
La nuit d’avant, sa seule hésitation avait porté sur toutes ces émotions
exacerbées. Si elles n’étaient plus là, il n’aurait plus aucune raison de ne pas
s’adonner entièrement à leur plaisir.
— Beurk ! Allons-y ! Grace secoua la tête et partit précipitamment sur le
sentier, suivie par une Olivia hilare.
Nathan se dépêcha de rentrer au manoir. Tanya et Gabriel étaient assis sur
la balancelle du porche de devant. Elle avait la tête penchée en arrière et
Gabriel lui touchait un pied avec la main. Cette scène était étrangement
sensuelle et Nathan passa rapidement derrière elle pour lui masser les
épaules. Elle gémit et lui fit don d’un sourire.
— J’adore avoir deux mâles superbes qui s’occupent de moi. Je suis peut-
être complètement égoïste, mais je voudrais que ça dure éternellement.
— Est-ce égoïste d’aimer bénéficier de l’attention de quelqu’un d’autre ?
demanda Nathan à voix haute. Apprécier ce que nous avons à donner n’a rien
de mal. Tu as encore du temps pour faire ton choix.
— Je ne veux pas choisir.
Les deux alphas se figèrent. Leurs regards se croisèrent. Nathan savait déjà
ce qu’elle proposait et… ce n’était pas une si mauvaise idée que ça, ou du
moins pas pour lui. Cependant, les deux alphas avaient chacun une forte
personnalité et il y aurait forcément un conflit entre eux. De plus, même s’ils
avaient réussi à s’entendre la nuit dernière, il avait vu le regret sur le visage
de Gabriel le matin qui avait suivi.
— Tu ne veux pas choisir ? marmonna Nathan.
Gabriel lui adressa un demi-sourire.
— À mon avis, cela signifie que nous allons devoir nous battre jusqu’à ce
que mort s’ensuive.
Il l’avait dit sur un ton léger et badin, mais Nathan vit dans son regard qu’il
parlait sérieusement. Cependant, cette gravité le quitta vite quand Tanya
enleva son pied de sa main et le frappa légèrement à l’estomac de ses orteils.
Elle fronça les sourcils et fit la tête en s’écartant des deux loups.
— Personne ne se battra jusqu’à la mort.
Gabriel rit.
— Je suis sûr que tu arriveras à choisir quand tu nous connaîtras mieux.
— C’est là le problème : tu te trompes. Avant, le choix était simple. J’allais
juste partir et vous laisser résoudre les problèmes de votre meute par vous-
mêmes. Cependant, maintenant, je commence à vous connaître tous les deux.
Vous parlez tout le temps de votre forte personnalité, mais il se trouve que
j’en ai une, moi aussi. Si nous n’étions plus que deux, nous finirions par nous
disputer de façon terrible. C’est arrivé avec tous mes petits amis. Comment
pourrions-nous arriver à un compromis en l’absence d’un tiers qui serve de
médiateur ?
Gabriel secoua la tête et s’écarta.
— Ça ne mènerait qu’à encore plus de disputes.
— Et hier soir, alors ? demanda Tanya en inspirant, incertaine. Elle jeta un
coup d’œil à Nathan, qui resta muet. Il ne parlerait que quand il aurait réussi à
comprendre ce qui se passait dans sa propre tête. Était-ce juste… juste parce
que vous étiez à cran tous les deux ?
— Non, dit doucement Nathan, ou du moins pas pour moi. Je voulais te
tenir dans mes bras, je voulais être sûr que tu ne me détestais pas… pour ce
qui s’était passé avec Olivia. Le bébé.
— Je ne te déteste pas, dit immédiatement Tanya. Tu souffrais et… Un air
étrange s’installa sur son visage. Était-ce vraiment à moi que tu parlais, à
l’instant ?
Nathan ouvrit la bouche pour lui dire que oui, mais la referma. Il haussa les
épaules.
— Je ne veux pas que tu me détestes… mais, Gabriel, il y a eu une époque
où j’ai cru que nous étions amis. Je sais que j’ai été affreux avec Olivia et
rien ne peut justifier la façon dont je l’ai traitée. C’était peu reluisant.
Cependant, je ne veux plus que tu me détestes.
Gabriel resta silencieux.
— Je me dis que, la nuit dernière, si j’ai accepté ce marché, c’est parce que
je pensais que ça signifiait peut-être que nous pourrions être amis… et en
plus de ça, je voulais voir Tanya avoir beaucoup de plaisir. Une femme aussi
sexy méritait une nuit sexy.
Tanya leva les yeux au ciel, mais ce qu’elle allait dire fut perdu dans le
gémissement qu’elle poussa quand Nathan lui grignota le cou. Elle posa les
mains sur les cuisses de l’alpha et Gabriel passa lentement les bras autour de
sa taille.
— Je ne pense pas que ça marchera, dit-il dubitativement. Je ne suis
vraiment pas très bon en partage.
— On n’aurait pas imaginé ça la nuit dernière, dit Nathan en lui souriant.
J’ai trouvé que c’était très amusant, comme un film porno en live où l’on
m’aurait attribué un rôle. Toute la sueur, les gémissements et…
Tanya lui donna une tape sur le bras.
— Tu présentes ça de façon vulgaire. C’était plus que de la sueur et des
gémissements. Vous avez coopéré en parfaite harmonie et cela suggère
comment vous pourriez travailler si vous étiez alphas tous les deux. Gabriel a
la touche personnelle, Nathan sait comment s’occuper de l’argent. Vous ne
comprenez pas que c’est idéal ?
Ça l’était peut-être, mais avant que Nathan ait pu dire quoi que ce soit, on
entendit le vrombissement d’un véhicule. Une moto s’arrêta sur la pelouse de
devant, envoyant voler en l’air de l’herbe et de la terre. Le motard était grand,
presque trop grand pour la moto. Il était vêtu de cuir noir de la tête aux pieds
et avait une visière teintée sur son casque.
Nathan sentit l’odeur de l’essence, qui fut suivie par une autre odeur plus
subtile de pin et de bourbon. Nathan se figea. Ses mains se resserrèrent autour
de Tanya quand l’homme descendit de sa moto. Il se tourna vers eux et
Nathan se releva d’un bond. Il se plaça à moitié accroupi devant Tanya et un
grognement féroce monta de sa gorge. Son loup hurla en faisant les cent pas
dans sa poitrine. Ses ongles se transformèrent en griffes et ses dents
s’allongèrent.
— Que se passe-t-il ? demanda Tanya d’une voix plus aiguë que
d’habitude.
Nathan l’ignora. Il ne quittait pas l’intrus du regard. Il avait énormément de
mal à se retenir de bondir par-dessus la balustrade et d’attaquer l’homme.
Gabriel se leva, se plaça à côté de lui et, pour une raison ou pour une autre,
cette action calma Nathan. C’était comme s’il n’était pas seul, qu’il avait un
allié. Alors qu’il savait qu’il était ridicule de se sentir plus en sécurité en
présence de Gabriel, il ne put s’empêcher de se détendre un peu. Il se redressa
quand Tanya s’inséra entre eux deux. Alors, il passa le bras autour de la taille
de Tanya et la fit reculer pour la tenir à distance du nouveau venu.
— Va dans la maison, lui dit-il à voix basse.
— Pourquoi ? Tanya regarda l’homme en plissant les yeux. Qui êtes-
vous ?
L’homme retira son casque et son visage détestable apparut à la lumière du
jour. Nathan poussa un nouveau grognement quand son père lui sourit sans
répondre à Tanya.
— Bonjour, mon fils.
Chapitre DIX
Tanya

Fils ? C’était le père de Nathan ? Comme Gabriel et Nathan se tenaient l’un


contre l’autre devant elle, Tanya voyait à peine l’homme, mais le peu qu’elle
en apercevait révélait des traits semblables à ceux de Nathan.
Mais comment était-ce possible ? Elle avait cru que Nathan ne pouvait être
alpha que si son père était mort. S’il était ici, et tout à fait en vie, pourquoi
Nathan était-il l’alpha ? Elle essaya de s’introduire entre les deux loups, mais
Gabriel tendit une main pour l’arrêter.
— Va-t’en d’ici, grogna Nathan. D’abord, Tanya crut que c’était à elle
qu’il s’adressait, mais il ne quittait pas son père des yeux. C’était comme s’il
ne se rendait même pas compte qu’il y avait quelqu’un d’autre. Je t’ai dit de
partir !
— Nathan, on ne parle pas comme ça à son père. L’homme monta par
l’escalier et Tanya réussit finalement à se faufiler entre ses loups. Le père de
Nathan lui sourit de toutes ses dents.
— Bonjour. Je suis Cole. Vous devez être la femelle qui a été choisie pour
être la compagne de l’alpha.
Tanya ne répondit pas. Cole était plus grand que Nathan et Gabriel et il
avait les épaules plus larges. Des rides fines lui plissaient le visage et il avait
les cheveux poivre et sel avec quelques traces de roux. Quand il avança vers
Tanya, Nathan poussa un grognement, se plaça entre lui et elle et poussa la
poitrine de Cole. Quand Nathan banda tous ses muscles, Gabriel le saisit et le
tira en arrière.
— Que se passe-t-il ici ? demanda Tanya. Elle avait le cœur qui battait la
chamade et les yeux rivés sur Nathan.
— Il ne fait que réagir comme le ferait n’importe quel alpha détrôné, dit
Cole en lui souriant d’un air suffisant. Ignorant complètement son fils, il fit
un autre pas en avant. Tu vois, Nathan est devenu alpha parce que tout le
monde a cru que j’étais mort. Maintenant que je suis revenu, je vais récupérer
la place qui me revient de droit et il va devoir… attendre.
La place qui lui revient de droit ? Tanya recula machinalement. Le regard
prédateur de Cole ne la quitta pas.
— Vous êtes l’alpha ? demanda-t-elle d’une voix étranglée.
— Oui et je suis venu chercher ma conjointe.
— Ah, non ! s’exclama-t-elle. Sa situation avec Gabriel et Nathan avait
juste commencé à progresser et elle n’accepterait pas de tout remettre en
question à cause d’un gars qui passait visiblement trop de temps à faire de la
gymnastique. Vous ne pouvez pas arriver comme ça, déclarer que Nathan
n’est plus alpha et vous attendre à ce que je vous donne les meutes en cadeau
de mariage. Non. Inutile d’y penser !
Ses loups avaient toujours l’air un peu exaspérés et amusés quand elle
piquait une de ses crises, mais ils l’écoutaient quand même. Cole ne sembla
même pas l’entendre. Il la toisa et gonfla les narines. Il se lécha les lèvres et
Tanya frissonna. Elle détestait la façon dont il la regardait.
— Nate, on a oublié… Grace sortit des arbres qui se dressaient à gauche du
porche.
Cole se tourna vers elle.
— Grace. Comme vous avez tous grandi !
Grace pâlit. Elle tituba sur place en écarquillant les yeux.
— Quoi ? Tu n’embrasses pas ton père ?
Ses genoux se dérobèrent sous elle, mais avant qu’elle puisse tomber,
Nathan avait bondi par-dessus la balustrade et l’avait rattrapée. Sans arrêter
de jeter un regard noir à Cole, il serra sa sœur contre sa poitrine et l’emporta
précipitamment. Quand ils partirent, Tanya entendit que Grace commençait à
pleurer. Elle se mit à les suivre, mais Cole lui barra la route d’un bras et
l’attrapa immédiatement par la hanche de son autre main.
— Ne les écoute pas. Si tu dois être ma conjointe, il faut qu’on fasse
connaissance, toi et moi.
— Je…
Gabriel arracha Tanya à l’emprise de Cole et la poussa vers la maison.
— Vas-y, j’arrive bientôt. C’est une chose dont il faut qu’on discute en tant
qu’alphas, Cole et moi.
— Mais il n’est pas alpha ! C’est Nathan qui l’est.
L’expression du visage de Gabriel indiquait qu’il était de la même opinion
qu’elle, mais il secoua la tête et la poussa doucement vers la porte une fois de
plus. Tanya serra les dents et entra dans la maison, résolue à ressortir derrière
et à trouver Grace et Nathan. Malheureusement, quand elle sortit à l’arrière,
elle les vit disparaître à nouveau dans les arbres.
Avec un grognement, elle repartit vers le porche de devant en espérant
surprendre un peu de la conversation. Avant qu’elle n’y arrive, Olivia apparut
et lui fit monter l’escalier.
— Je veux savoir ce qui se passe, grogna Tanya en sentant monter son
agacement.
— Et moi, je vais te l’expliquer, mais pas ici.
Olivia l’emmena dans sa chambre, où elle ferma et verrouilla la porte avant
de se tourner vers Tanya. Elle avait une expression incertaine et Tanya sentit
son estomac se contracter.
— Ils sont en train de convoquer le conseil pour déterminer si Cole a le
droit de revendiquer ça, dit Olivia en désignant les alentours d’un geste, et le
droit de te revendiquer. Je pense que le conseil va l’y autoriser.
Tanya sentit de la bile lui remonter dans la gorge.
— Que fait-il ici, de toute façon ? Je croyais que Nathan était alpha.
Comment son père peut-il encore être là ?
— Les gens ont supposé que Nathan avait tué Cole. Tout le monde
soupçonnait qu’il abusait d’eux et, quand il a disparu, la plupart des gens ont
pensé que Nathan avait fini par craquer. Comme on n’a trouvé aucune preuve
en ce sens, Nathan a été nommé alpha. Maintenant que Cole est revenu…
Tanya frissonna.
— S’il remplace Nathan, alors, je choisirai juste Gabriel et ce sera tout…
La bile lui remonta dans la gorge quand elle vit l’expression d’Olivia. Qu’y
a-t-il ?
L’autre femme s’assit en poussant un soupir. Elle secoua lentement la tête
en se tordant les mains.
— Nathan et Gabriel avaient convenu que tu choisirais entre eux, mais
traditionnellement, cela se décide par un combat. Comme Cole risque de ne
pas respecter l’accord passé par Nathan, il va peut-être insister pour se battre
pour toi.
— Non. Tanya arpenta la chambre en secouant la tête. Impossible. Il ne
peut pas me forcer à l’épouser… n’est-ce pas ? Il ne va pas faire ça… n’est-
ce pas ?
Elle ne pouvait pas dire le mot. Rien que la possibilité lui donnait le
vertige. Si Cole demandait vraiment à se battre, alors, il faudrait qu’elle parte
loin d’ici. En Angleterre, en Espagne, en Jamaïque, la destination importait
peu. Une partie d’elle-même se demanda si elle était injuste avec lui et si elle
devait lui donner une chance, mais à ce moment-là, elle se souvint comment
Grace et Nathan avaient réagi en le voyant. Si ses propres enfants
l’accueillaient de la sorte, ce n’était pas un homme avec lequel elle voulait
entretenir des relations. Quelle sorte de maltraitance les gens avaient-ils
soupçonnée ?
— Le concept de se battre pour une femelle est très démodé, lui assura
Olivia. S’il demande ça, je ne pense pas que le conseil le lui accordera, et si
le conseil accepte, alors, je serai la première à t’amener à un aéroport.
Tanya la serra dans ses bras avec reconnaissance, mais frissonna quand
même. Juste au moment où elle commençait à s’en sortir… Elle ferma les
yeux et pria pour que Nathan reste avec eux. Elle pourrait encore les choisir
tous les deux, pas vrai ? Ils pourraient trouver un moyen de faire marcher leur
relation…
***
Le conseil se rassembla le lendemain. Ses membres eurent vite atteint une
décision. Nathan fut démis de ses fonctions d’alpha et Cole récupéra sa
position. Heureusement, il accepta d’attendre jusqu’à la deuxième pleine lune
pour que Tanya choisisse son conjoint au lieu de se battre pour elle.
Cependant, au manoir, l’ambiance changea subitement.
Nathan voulait déménager immédiatement, mais Tanya le pria de rester un
peu plus longtemps. Grace et Olivia partirent toutes les deux, ce qui augurait
mal, et Tanya prit l’habitude de coucher toutes les nuits dans la chambre de
Gabriel avec la porte fermée à clé. Nathan était présent la journée, mais
partait toujours la nuit. Cela poussait Tanya à se demander si le pire lui était
arrivé et ce qu’elle ferait si Cole essayait de s’en prendre à elle.
Plusieurs jours après l’arrivée de Cole, Tanya se rendit dans la cuisine pour
y manger quelque chose et l’y trouva en train de lire le journal, une tasse de
café en main. Quand il l’aperçut, il sourit.
— Tanya. Où sont tes gardes du corps ?
Son estomac se fit entendre et elle voulut s’en aller. Au lieu de ça, elle
ignora Cole et alla jusqu’au réfrigérateur. Gabriel était au téléphone avec un
membre de la meute pour régler une sorte de dispute entre voisins et elle
n’avait pas vu Nathan ce matin. Elle saisit un Tupperware au hasard et vérifia
que son contenu soit comestible. De la pizza. Parfait.
Quand elle se tourna pour partir, Cole lui barra la route.
— Pourquoi as-tu tellement peur de moi, Tanya ? Tu ne m’as même pas
donné une chance de faire ta connaissance. Que t’a raconté Nathan ?
— Nathan ne parle pas de vous, mais j’ai vu comment Grace a réagi en
vous apercevant.
— Grace ? Cole secoua la tête. Grace est une fille très anxieuse. Elle a…
des problèmes. C’était juste la surprise. J’ai été absent pendant des années,
après tout. J’admets que je n’ai pas été le meilleur des pères, mais on m’a
aidé à progresser et je suis un nouvel homme.
Tanya en doutait.
Cole se rapprocha en la toisant.
— Quand j’ai entendu dire que c’était une humaine qui avait été choisie
pour devenir la compagne de l’alpha, j’ai trouvé ça stupéfiant. Cela dit, tu
n’es pas une humaine ordinaire, n’est-ce pas ? Tu as des courbes partout,
c’est si sexy. Un peu jeune pour mes goûts, mais…
— Ça m’est égal, dit Tanya sans ambages. J’ai déjà pris ma décision et je
ne vous choisirai pas. Même sans tenir compte de Grace et Nathan, je refuse
d’être la conjointe d’un homme qui est assez âgé pour être mon père. Je ne
suis pas ce style de fille.
Cole avança vers elle. Elle voulut reculer, mais leva le menton et le regarda
furieusement. Cette fois-ci, elle n’allait pas se laisser intimider. Elle affrontait
des mecs comme lui tout le temps, dont son rédacteur en chef… Pourquoi
avait-elle même désiré ce travail, au fait ? Ah, oui. Parce qu’elle voulait être
une journaliste d’exception et gagner des récompenses. Depuis peu, ce rêve
lui paraissait de moins en moins séduisant…
— Je ne vois pas comment tu aurais pu décider quoi que ce soit, murmura
Cole en enroulant une mèche des cheveux de Tanya autour de son doigt.
Nous n’avons rien essayé. Je suis sûr que Gabriel est enthousiaste, mais
l’expérience a beaucoup plus de valeur, Tanya. Il y a une chose que je sais
faire et tu vas adorer. Penche-toi au-dessus de la table que je te montre
maintenant.
Tanya agit sans réfléchir. Le sang lui monta au visage et elle le gifla
violemment. La gifle lui fit mal à la main, mais dessina une marque rouge sur
la joue de Cole. Une colère noire apparut sur le visage de Cole et elle le
repoussa puis se dirigea vers la porte sans lui tourner le dos.
— Je ne me pencherai nulle part. Laisse-moi. Cole la saisit par le poignet.
Tanya tira puis se dégagea. Son cœur battit la chamade et de la bile lui monta
dans la gorge. Touche-moi une fois de plus et j’appelle les flics !
— Tu te comportes comme si je faisais quelque chose de mal. Tu es ma
conjointe. Les yeux noirs de Cole étincelèrent. Arrête de te comporter comme
si j’allais te violer. Tu vas retirer tous tes vêtements pour moi et, quand
j’aurai ton corps, tu en aimeras chaque minute.
Tanya avait envie de vomir. Cela l’empêcherait-il de l’agresser ? Elle
recula devant lui et secoua la tête.
— N’approche pas de moi !
— Arrête d’en faire une histoire ! Ah, les humaines ! Chez les loups,
quand une femelle désire un mâle, elle se penche pour l’accueillir. Laisse
tomber cette moralité humaine de puritaine et…
— Cette femelle ne veut pas de ce mâle, dit Tanya en le montrant du doigt.
Je t’avertis pour la dernière fois. Ne t’approche pas de moi. Si les gens n’ont
pas souffert quand ils ont cru que Nathan t’avait tué, il y a une raison et je
commence à comprendre laquelle !
Cole lui saisit à nouveau le poignet. Il ouvrit la bouche, mais avant qu’il ait
pu dire un mot de plus, un grognement remplit la cuisine. Une forme floue
passa devant Tanya et la main de Cole la lâcha. Quelque chose frappa Tanya
à la poitrine et la repoussa. La table fut renversée et les chaises s’envolèrent
dans tous les sens. Nathan frappait Cole de ses poings sans s’arrêter.
Tanya hurla.
Chapitre ONZE
Gabriel

Le cri de Tanya coupa le souffle à Gabriel.


Laissant tomber son téléphone portable, il quitta son bureau à toute vitesse.
Il dévala l’escalier, un grognement montant du fond de sa gorge. Les poils se
hérissèrent sur sa nuque, son costume lui parut trop petit et des griffes
apparurent brusquement à l’extrémité de ses doigts. Des grognements et des
rugissements venaient de la cuisine. Il chargea à l’intérieur, arrachant ainsi la
porte à ses gonds. La première chose qu’il fit fut de trouver Tanya et de la
prendre dans ses bras.
De l’autre côté de la pièce, un fracas assourdissant attira son attention. Le
réfrigérateur était allongé sur le côté, le câble et la prise électrique arrachés
du mur. Les portes étaient ouvertes et divers aliments étaient éparpillés par
terre.
— Que se passe-t-il ? demanda-t-il quand un autre fracas se fit entendre
dans le garde-manger.
— Nathan, sanglota Tanya.
Gabriel décida que c’en était assez. Il poussa Tanya vers la porte en lui
disant de monter dans sa chambre et de s’y enfermer à clé. Il chargea dans le
garde-manger et y trouva Nathan et Cole en train de se battre. Leurs deux
corps étaient couverts de fourrure noire. Des crocs acérés claquaient dans le
vide et des griffes s’attaquaient à l’adversaire. Nathan était sur le dos et il
envoyait des coups à Cole pendant que le mâle plus grand le plaquait par
terre et le frappait constamment au visage. Du sang gicla en l’air et Nathan
hurla.
Gabriel bondit en avant. Il saisit Cole par les épaules pour que l’autre alpha
le prenne par le cou et le jette contre le mur. Cole poussa un grognement et se
retourna, bondissant une fois de plus. Cette fois-ci, Gabriel donna un coup de
poing dans le ventre de Cole et réussit à l’écarter de son fils en usant de la
force brute.
— Nathan !
Tanya s’insinua au beau milieu de la querelle et se jeta sur Nathan. Gabriel
laissa échapper un bruit étranglé de protestation, mais à ce moment-là, Cole
le frappa à la mâchoire. Il s’effondra en voyant trente-six chandelles.
Quand il se releva d’un bond, ses genoux refusèrent de le soutenir et il
retomba. Cole fonça en avant, mais Nathan plaqua Tanya en boule contre sa
poitrine et roula sur lui-même en la protégeant contre les coups dont Cole le
frappait constamment. Gabriel poussa un grognement et se jeta une fois de
plus entre les deux combattants. Il saisit Cole par le col et se servit de toute sa
force pour l’extraire du garde-manger.
— Tu vas faire mal à Tanya ! cria-t-il… La conjointe de l’alpha !
Cole se libéra de l’étreinte de Gabriel. Il se tint debout, haletant et grognant
pendant un moment, puis se redressa et envoya un regard noir à son fils, qui
se relevait maintenant tout en tenant Tanya derrière lui. Il avait le visage en
sang, le nez visiblement cassé et diverses ecchymoses apparaissaient sur sa
peau. Il poussa un grognement, mais Tanya lui prit le bras et le retint.
— Tu essaies d’attaquer ton alpha, gamin ? grogna Cole, encore couvert de
fourrure noire. C’est pour cela que tu ne ferais jamais un alpha décent. Tu ne
réfléchis jamais ! Ta première réaction, c’est toujours la violence… Et ça
t’étonne que ta mère n’ait pas voulu de toi ? C’est ta faute si elle est partie
sans se retourner.
Tanya eut le souffle coupé. Nathan fonça en avant. Gabriel l’intercepta et
le lança en arrière avant qu’il ne puisse toucher Cole. Une douleur crue
s’alluma dans les yeux de Nathan. Alors, son expression se durcit et il sortit à
toute vitesse du garde-manger. Poussant Cole de côté, il fonça vers la porte.
Quand Gabriel et Tanya eurent atteint la porte de la cuisine, il y avait des
fragments de vêtements partout et un hurlement résonnait dans les couloirs.
— Nathan ! cria Tanya en partant à sa poursuite. Ses jambes se dérobèrent
sous elle et elle poussa un cri aigu. Gabriel l’attrapa.
— Tu es blessée.
— Ce n’est rien.
Une jambe de son pantalon était déchirée et le sang lui dégoulinait le long
du mollet. Gabriel la souleva.
— Pas d’accord. Je t’avais dit d’aller dans ta chambre. Tu ne peux pas
t’immiscer dans des combats entre loups. Tu aurais pu te faire tuer.
— Donne-la-moi. Cole saisit Tanya et tira avant que Gabriel ait pu
protester. Il la lâcha pour ne pas lui faire plus de mal et elle poussa un autre
cri aigu. La douleur s’afficha brièvement sur son visage, mais elle repoussa
quand même Cole.
— Lâche-moi, gros affreux…
Cole grogna et elle se tut.
— Je t’ai protégée contre Nathan. Il allait te prendre pour lui alors qu’il
n’est plus alpha.
Tanya se retrouva bouche bée et Gabriel comprit exactement ce qu’elle
ressentait. Nathan n’était pas ce type de mâle. Voir Cole venir ici comme ça
et tout gâcher… la colère monta en lui, mais il se força à ne pas le montrer.
Attaquer un autre alpha n’était jamais une bonne idée, surtout si on était plus
petit et qu’on avait moins d’expérience que lui. Les alphas n’arrêtaient jamais
de grandir et, quand ils étaient vieux et grisonnants, ils pouvaient dépasser les
deux mètres.
— Lâche-moi, répéta Tanya en donnant des coups de pied. Nathan me
protégeait et, quand j’en aurai fini avec toi, tu seras sous les verrous pour
toujours. C’est du harcèlement sexuel ! Une agression sexuelle !
— Une agression ? répéta Cole. Je ne t’ai même pas encore touchée. Crois-
moi, quand je t’« agresserai », tu en redemanderas.
C’en était trop pour Gabriel. Il poussa un grognement et envoya un coup
vers le visage de l’autre alpha. Cole se retira juste à temps, le poing de
Gabriel lui érafla la mâchoire, il serra Tanya un peu plus fort, puis ses yeux
noirs brillèrent et il sourit à Gabriel.
— C’était juste une blague, Gabe. Inutile de réagir à l’excès.
— Pose-moi, dit Tanya. Tu es un homme vil et dégoûtant et je te déteste.
Cole leva les yeux au ciel.
— Tu es blessée, ma petite. Laisse-moi te porter à la salle de bains pour
que je puisse te panser la jambe.
L’adrénaline envahissait le corps de Gabriel. Il voulait attaquer. Il voulait
défendre sa conjointe, tailler Cole en pièces, mais s’il envoyait un autre coup
de poing, il risquait de faire mal à Tanya. Il serrait les poings et sa bouche
était tellement séchée par la colère que sa langue restait collée à son palais.
Cole essaya de lui passer devant, mais Gabriel saisit Tanya et s’écarta de
l’autre alpha.
— Je vais m’occuper d’elle, dit-il en posant Tanya sur ses pieds au cas où
il faudrait qu’elle s’enfuie. Elle trembla contre lui et, une fois de plus, il dut
réprimer sa forte envie d’attaquer. Son loup lui griffait la poitrine, lui disait
de défendre sa conjointe, mais la meilleure façon de la protéger était de
désamorcer la situation. Ils pourraient s’occuper à nouveau de Cole plus tard.
L’autre alpha plissa les yeux, mais fit un geste avec sa main comme pour
dire « vas-y ». De toute façon, il faut que je réunisse le conseil… mon propre
fils m’a attaqué… ça pourrait suffire à le faire expulser de la meute.
— Tu… dit Tanya en s’élançant.
Gabriel la prit par la taille. Il la souleva par-dessus son épaule et sortit à
grands pas pendant qu’elle crachait et criait des insultes destinées aussi bien à
lui qu’à Cole. Elle lui frappait le dos de ses poings et il grimaça quelques
fois, mais ne ralentit pas. Il la porta dans sa chambre et l’allongea sur le lit.
Elle le frappa à la mâchoire, la fureur dans le regard. Il tendit les mains et
recula.
— Je comprends ce que tu ressens, mais il faut qu’on reste calmes, dit-il.
— Tu n’as qu’à rester calme, toi ! lui cria Tanya en se relevant d’un bond.
Sa jambe blessée trembla, mais elle ne sembla pas le remarquer. Je vais aller
récupérer Nathan puis appeler les flics et cet homme va aller en prison ! C’est
incroyable. Que fais-tu encore ici ? Il faut qu’on retrouve Nathan.
Gabriel hocha la tête, mais la rallongea sur le lit.
— Il faut que je panse ta jambe et Nathan a besoin de temps pour se
calmer, comme nous tous. De plus, il faut que je trouve un moyen
d’empêcher Cole de nous faire des ennuis. S’il en appelle au conseil…
— Je ne comprends pas pourquoi vous ne pouvez pas tout simplement le
chasser d’ici. Sérieusement, Gabriel, il n’a rien à faire parmi nous et tu as
entendu qu’il a dit qu’il allait me violer !
Gabriel poussa un grognement. Rien que cette pensée lui donnait envie de
redescendre et de tabasser l’autre alpha.
— Ça m’est égal qu’il dise que c’était une blague ! Il n’accepte pas le refus
et ça me fait peur. Tanya frissonna en se serrant le ventre. Nathan me
défendait. Cole faisait toutes sortes de réflexions crues et n’imagine pas que
je n’ai pas remarqué que les deux autres femmes ont mystérieusement disparu
dès son arrivée.
Gabriel secoua la tête.
— C’est parce qu’Olivia voulait rester avec Grace. Elles sont bonnes
amies. Cela dit, Grace a juré que Cole ne l’avait jamais abusée… comme ça.
Comme Nathan a corroboré ses dires, je ne pense pas que Cole chercherait
vraiment à te violer. Cela ne signifie pas que je n’ai pas envie de le tuer
quand même.
— Tu peux encore l’expulser.
— Je ne le peux pas, ou alors, ça te mettrait encore plus en danger.
Tanya écarquilla les yeux.
Soupirant, Gabriel commença à essuyer le sang qu’elle avait sur la jambe
avec une lingette à l’alcool. Ce n’était pas une éraflure vraiment grave, mais
elle saignait quand même alors que Tanya était assise.
— Nathan et moi, nous avons accepté de te laisser deux mois pour te
décider. Le conseil demandait que l’on te déménage de chez moi pour
t’installer chez Nathan, mais nous avons convenu que nous ne voulions pas le
faire. Si j’expulsais Cole, ils insisteraient pour que nous continuions
l’échange. Je serais obligé de te confier à Cole la moitié du temps et je ne
serais pas là pour te protéger s’il… allait trop loin.
Tanya pâlit et Gabriel pensa presque qu’il aurait mieux fait de ne rien dire.
Pourtant, en vérité, il fallait qu’elle sache. De plus, même s’il pensait que
Cole n’essaierait pas de la violer, cela ne signifiait pas qu’il n’essaierait pas
de la séduire par d’autres moyens plus rusés. Si rien d’autre ne marchait, il
pourrait très bien déclarer simplement qu’il voulait se battre pour elle.
Tanya prit Gabriel dans ses bras et commença à sangloter.
— On ne peut vraiment rien faire ?
— Je ne permettrai pas qu’il te fasse du mal, promit Gabriel.
Il caressa les cheveux de Tanya pendant qu’elle sanglotait. Une
détermination inébranlable monta en lui. Si Cole n’était pas l’alpha, il
n’aurait aucun droit sur Tanya. Gabriel déglutit. Il était clair que Cole avait
maltraité ses enfants d’une façon ou d’une autre, mais il ne savait pas à quel
point. S’il pouvait convaincre Nathan et Grace de parler contre lui et Nathan
de remettre en question le droit de Cole à être alpha… Nathan pourrait peut-
être redevenir alpha.
Et si je l’acceptais comme co-alpha de ma meute, nous pourrions nous
allier, pensa sombrement Gabriel. Ensemble, ils auraient une chance de
vaincre Cole.
Un sourire en coin s’afficha sur son visage. Quand Tanya avait proposé
une partie à trois, il l’avait entièrement accepté. Seulement, ensuite, les
doutes et l’incertitude avaient fait leur apparition et, quand elle avait suggéré
qu’ils soient alphas tous les deux, cela avait été impensable. Maintenant, cela
lui semblait être le meilleur choix possible. Il savait qu’il pourrait travailler
avec Nathan, mais est-ce que Nathan accepterait de travailler avec lui ?
— J’en discuterai avec Nathan quand il rentrera, promit-il, mais pour
l’instant, permets que je m’occupe de cette jambe.
Chapitre DOUZE
Nathan

Nathan attendait dans le cercle de pierres de lune. Après avoir quitté le


manoir, il avait continué à courir jusqu’à être complètement sorti du territoire
des loups. Il avait volé des vêtements et erré en ville, sachant que son père
allait convoquer le conseil à cause de son attaque et qu’il allait s’en servir
pour demander l’expulsion de son fils. Les raisons pour lesquelles Nathan
avait attaqué Cole ne compteraient pour rien et il pensait que Tanya ne
pourrait même pas prendre la parole.
En y repensant, Nathan se dit que Cole avait probablement agi comme il
l’avait fait pour provoquer son fils. Il avait voulu que son fils l’attaque. Il
allait sûrement provoquer aussi Gabriel aux mêmes fins : comme ça, on
estimerait qu’il était indigne d’être alpha et Tanya n’aurait plus le choix.
Cette idée rendait Nathan furieux, mais cette affaire ne se terminerait pas
comme ça. Il savait ce qu’il fallait qu’il fasse, du moment qu’il se débrouillait
pour agir rapidement.
Un loup couleur rouille arriva dans son champ de vision et Nathan fronça
les sourcils.
— Gabriel. Je ne m’attendais pas à te voir ici.
Il y eut un craquement semblable au bruit des os que l’on brise et Gabriel
se transforma. Il regarda Nathan en fronçant les sourcils.
— Je ne m’attendais pas à te voir abandonner.
— Où est Tanya ?
— Avec Grace et Olivia. Il faut que je te parle.
Nathan le regarda fixement sans dire un seul mot.
— Écoute, je ne sais pas tout ce que tu as dû subir, mais, s’il y a une chose
que j’ai apprise au cours de ces quelques semaines, c’est que tu n’es pas le
connard pour lequel je t’avais pris.
Un gloussement amer remonta du fond de la gorge de Nathan.
— Comme compliment ambigu, je trouve ça très bon.
Gabriel s’assit à côté de lui.
— Si tu acceptes de contester la position d’alpha de Cole, je serai à tes
côtés et le conseil aussi si tu lui dis ce que Cole vous a fait, à toi et à Grace.
Tanya…
— Que sais-tu de ce qu’il nous a fait, à moi et à Grace ? Les poils de la
nuque de Nathan se dressèrent. Il en avait révélé le moins possible. La pire
des maltraitances qu’il avait évoquées avait toujours été verbale : Cole les
avait toujours manipulés. Alors, Nathan avait découvert qu’il allait forcer
Grace à prendre pour conjoint un riche membre de la meute, Zander. Quand il
l’en avait accusé, Cole avait frappé Grace.
Alors, par pure rage, Nathan avait réussi à chasser Cole, mais visiblement,
cela n’avait pas suffi à les débarrasser définitivement de lui.
— Je ne connais pas les détails, mais je peux deviner, dit Gabriel à voix
basse. Tanya veut témoigner contre Cole pour l’attitude qu’il a eue envers
elle. Ensuite, même si ce n’est pas idéal, si on devient alphas ensemble…
— Je ne suis pas alpha, interrompit Nathan. Il se détourna. De plus, si
Tanya parle contre Cole, il déformera ses paroles. Il convaincra le conseil
qu’elle l’a simplement mal compris parce qu’elle n’est pas une louve. Il
pourrait même leur demander qu’elle passe du temps seul avec lui parce que,
selon lui, je lui aurais donné une impression erronée de lui.
— Le conseil n’accepterait jamais ça.
Nathan poussa un soupir.
— Non, tu as raison. Le conseil ne l’accepterait jamais, mais certains de
ses membres, si. Ton travail est de protéger Tanya. Tu dois le faire.
Une ombre traversa le visage de Gabriel. Il saisit Nathan par l’épaule, le
regard intense et fougueux.
— Nathan, j’ai besoin que tu me répondes honnêtement. Est-ce qu’il vous
a déjà agressés sexuellement, toi ou Grace ? Est-ce qu’il le ferait à Tanya ?
Quand il entendit la question, pas celle où Gabriel demandait si Cole
pourrait s’en prendre à Tanya, mais celle qui demandait si Cole avait agressé
sexuellement ses propres enfants, Nathan se retrouva bouche bée. Oui, Cole
était ignoble, violent sur le plan émotionnel et mental, il avait voulu échanger
sa fille contre de l’argent, mais s’il y avait une chose qu’il n’aurait jamais
faite, c’était celle-là. Nathan secoua la tête et le soulagement s’afficha sur le
visage de Gabriel.
— Cela ne signifie pas que tu devrais la laisser seule avec lui, avertit
Nathan. Mon père est le roi de la manipulation. Quand il aura compris
comment elle fonctionne, il l’écrasera sous la culpabilité, il la flattera, il fera
tout ce qu’il faudra pour obtenir ce qu’il veut. Ne le laisse pas lui faire ça.
— Tu peux m’aider. Si tu l’accuses…
Nathan secoua la tête.
— Je ne suis pas alpha. Je ne peux pas m’occuper de ma meute, je ne peux
pas résoudre les conflits, je ne peux pas servir de médiateur lors des disputes.
— Mais moi, je le peux, interrompit Gabriel. Je peux faire tout ça. Par
contre, sais-tu ce que je ne peux pas faire ? Trouver comment équilibrer un
budget sans faire souffrir les gens qui ont le plus besoin de financement. Toi,
tu sais le faire. Tu as sauvé ta meute de la pauvreté et tu l’as rendue riche.
Tanya avait raison. Toi et moi, on est complémentaires.
En plus, c’était vrai. Nathan ne put s’empêcher de sourire. Il alla même
jusqu’à glousser.
— Et si Cole n’était pas revenu, je suis sûr qu’elle nous aurait convaincus
d’essayer… et je pense que ça aurait pu marcher à merveille. On est vraiment
complémentaires et pas seulement pour plaire aux femmes. Pourtant, ça
n’arrivera pas.
Ils entendirent remuer des buissons et Nathan se leva, s’attendant à voir
arriver le conseil et sa destinée, mais en fait, ce furent trois femmes qui
sortirent soudain des arbres. Nathan sursauta quand Grace, Olivia et Tanya
entrèrent toutes dans la clairière. Il fronça les sourcils, mais resta muet. Grace
avait le visage couvert de larmes et Nathan lui tendit les bras.
— Que faites-vous ici ? demanda Gabriel en regardant les femmes l’une
après l’autre. Je vous avais dit que j’appellerais si…
— Mon cher frère, si tu t’imaginais vraiment que nous allions rester en
retrait, tu ne nous connais pas, interrompit Olivia. Ça ne concerne pas que
vous deux, ça nous touche tous.
Grace prit Nathan dans ses bras pendant que Tanya se tenait de côté,
tordant les mains d’un air anxieux. Nathan serrait fort sa sœur, inquiet. Il
détestait entendre les sanglots qui lui secouaient le corps, mais tout allait bien
se passer. Il ferait le nécessaire. Pourtant, il n’était pas possible de la
réconforter dès maintenant. Personne ne devait connaître son plan.
— Je vais tout leur dire, dit Grace d’une voix étouffée. Ils ne lui
permettront pas d’être alpha s’ils savent ce qu’il a fait. Il a essayé de me
vendre et…
— Grace, je sais que tu veux me protéger. Nathan essuya les larmes de ses
yeux. J’aimerais que ça puisse être efficace, mais tu sais aussi bien que moi
que ça ne marchera pas. À présent, Zander est membre du conseil. Il niera
tout et tu donneras juste l’impression que tu essaies de me faire nommer
alpha.
— C’est ridicule, murmura Tanya. On n’est pas au Moyen-Âge… Quand
nous serons conjoints et alphas tous les trois, les choses changeront. Personne
ne peut vendre sa fille à un mari, c’est complètement illégal. Les choses vont
changer.
Nathan remarqua qu’elle avait dit tous les trois, mais ne fit aucun
commentaire. Des hurlements retentirent dans la forêt, indiquant que le
conseil arrivait. Nathan s’écarta de Grace. Il savait qu’il serait bientôt exilé.
Pourtant, en fin de compte, ça ne ferait aucune différence.
Il se tourna vers Olivia.
— Je suis désolé.
Elle se mordit la lèvre.
— Je n’aurais jamais dû te traiter comme je l’ai fait et je suis désolé que tu
aies eu l’impression que tu ne pouvais pas me parler du bébé… et je suis
désolé que tu l’aies perdu.
Olivia remuait sur place, visiblement mal à l’aise. Elle plongea les mains
dans ses poches et haussa les épaules, le regard vers le sol.
— Rien ne te force à parler comme ça. On dirait que tu t’imagines que tu
vas mourir.
Tanya laissa échapper un gémissement et Gabriel la prit rapidement dans
ses bras en lui assurant que leur histoire ne se terminerait pas comme ça. Si
seulement il avait pu le savoir ! Nathan la dégagea doucement des bras de
Gabriel et posa fermement les mains sur ses hanches d’humaine. Elle avait le
visage baigné de larmes et il se surprit à sourire. Qui aurait cru qu’un jour il
trouverait une femme qui croirait en lui, qui le voudrait juste comme il était ?
Il frôla ses lèvres contre les siennes.
— Pourquoi souris-tu ? demanda-t-elle en se frottant les yeux avec les
paumes.
— Tu pleures pour moi. J’ai toujours su que tu me préférerais à Gabriel,
mais tu tiens à moi.
— Bien sûr !
Le sourire de Nathan disparut et il l’embrassa une fois de plus, plus
intensément cette fois-ci. En fermant lentement les yeux, il lui taquina la
bouche pour l’ouvrir. Pour la première fois, il douta de lui-même, mais il
repoussa ses doutes. Rompant le baiser, il posa le front contre celui de Tanya.
— J’aurais voulu rester avec toi… mais je sais que tu vivras la meilleure
des vies avec Gabriel.
— Mais je ne veux pas Gabriel. Elle recula et les larmes lui coulèrent de
plus belle sur les joues.
Nathan leva les sourcils.
— Je veux dire, si, je désire Gabriel. Je te désire. Elle se tourna vers le
loup en question et il hocha la tête pour montrer qu’il comprenait. Cependant,
je te désire toi aussi, Nathan. Nous travaillons si bien tous les trois. Nous
pourrions être les meilleurs. Je sais que ce n’est pas courant, mais le conseil
pourrait quand même apprendre à innover un peu. On peut être alphas tous
les trois. Je t’en prie, Nathan. Tu n’es pas le seul concerné. Nous sommes
avec toi.
— C’est vrai, ajouta Gabriel. Je n’aurais pas cru que je le dirais un jour,
mais à nous trois, on ferait du bon travail.
— Tu dis ça parce que tu sais qu’elle me désire plus que toi. Nathan leur
offrit son sourire le plus arrogant avant de s’éloigner. Il secoua la tête pendant
qu’Olivia caressait doucement les bras de Grace. Sa sœur était complètement
désespérée et ses doutes s’accrurent. Vaudrait-il mieux qu’il reste avec eux ?
Mais il faisait ça pour eux.
— Ça ne marcherait pas, dit-il. Je finirais par m’ennuyer et ça nous
mènerait où ? Je ne suis pas comme Gabriel, Tanya. Il est fiable et constant.
Moi, je ne me soucie que de ma personne.
Les buissons tremblèrent et le conseil sortit des arbres. Quelques-uns de
ses membres reniflèrent dans la direction de Tanya, mais les autres ignorèrent
le groupe déjà présent et s’installèrent à leurs places. Le moment était venu.
Bientôt, tout serait fini. Nathan commença à se diriger vers la place qu’il
devait occuper en tant qu’accusé, mais hésita. Il avait besoin d’un baiser de
plus pour se sentir sûr de lui-même. Il saisit Tanya et la colla contre lui. Ils
échangèrent un baiser torride et il passa à son cou, goûtant avidement sa
peau.
— J’espère que tu es enceinte de mon enfant, lui murmura-t-il à l’oreille
avant de s’écarter d’elle. Sans la regarder, il prit sa place.
Tous les membres du conseil reprirent leur forme humaine et il ne vit
aucune sympathie sur leurs visages. Si c’était eux qui en avaient décidé, il ne
serait jamais devenu alpha. Il avait eu la chance que le rôle d’alpha dépende
beaucoup de l’ascendance et de l’opinion de la meute. La meute l’aimait,
mais dans ce cas, cela ne suffirait pas à le sauver. Après tout, il avait attaqué
l’alpha légitime. Cependant, tout cela ne comptait guère. Ce semblant de
procès serait bientôt terminé et il pourrait alors se concentrer sur ce qu’il
faudrait qu’il fasse pour protéger sa sœur, sa meute et sa conjointe contre
Cole.
Cole sortit lui-même des arbres. Il salua l’assemblée du conseil d’un
hochement de tête respectueux, puis Gabriel et les autres comme s’il était
normal de les voir en ce lieu. Il s’arrêta devant le conseil et en contempla tous
les membres.
— Je serai bref, parce que nous voulons tous éviter de prolonger ce
moment déplaisant.
Gabriel passa un bras autour de Tanya et lui murmura à l’oreille. Nathan
espéra qu’elle resterait tranquille. La dernière chose qu’il voulait était de voir
son père lui manquer de respect ici, essayer de prétendre que ce qu’il avait
fait n’était pas complètement répugnant.
— Nathan m’a attaqué. Je suis son alpha. Son père. Je suis le premier à
admettre que j’aurais pu être un meilleur père avant mon départ, mais il a agi
de façon malveillante et insultante. Je suis sûr qu’il vous dira qu’il essayait de
défendre la compagne de l’alpha et elle pense probablement que c’est ce qu’il
faisait. Elle ne comprend pas encore nos traditions… et ne les comprendra
peut-être jamais, mais Nathan… mon fils…
Nathan n’écouta pas le reste du discours de Cole. Ça n’avait aucune
importance, car il savait déjà quel serait le verdict. Il n’avait pas besoin de
l’écouter traîner son nom dans la boue. Au lieu de cela, il contempla son père
d’un regard glacial et imagina le soulagement qu’il ressentirait quand il
tuerait vraiment cet homme.
Chapitre TREIZE
Tanya

Toute tremblante, Tanya enfonçait ses doigts dans la main de Gabriel, se


retenant de hurler à Cole qu’elle avait très bien compris ce qu’il avait fait,
mais Grace l’avait bien avertie de ne pas prendre la parole. Ce n’était pas
juste ! Cole parlait sans arrêt et personne ne prenait la défense de Nathan ? Ce
n’était pas normal, il fallait faire quelque chose ! Pourquoi ne pouvait-elle pas
parler ?
— Je n’ai pas envie que cela se termine comme ça, conclut Cole, mais il
est clair que Nathan n’est plus le garçon que j’ai connu. Quand il était enfant,
il voulait protéger ceux qui l’entouraient. Maintenant… il me semble évident
que le pouvoir qu’il a acquis en devenant alpha l’a corrompu.
— Ce n’est pas vrai, s’exclama Tanya. Il défendait…
Gabriel lui serra la main.
— Tanya, tu ne peux pas parler ici.
— Si je dois devenir ta femelle alpha ou quoi que ce soit d’autre, vous
feriez mieux de m’écouter. Elle adressa un regard noir à l’assemblée de
loups, les défiant de la contester. Si c’était une femme soumise qu’ils
voulaient, ils auraient dû la laisser rejoindre la civilisation humaine avant
d’en arriver là.
Un murmure discret traversa le conseil, mais avant qu’un de ses membres
ait pu prendre la parole, Nathan le fit.
— Tanya, ça ira. C’est comme ça et c’est normal. Ne t’inquiète pas pour
moi. Gabriel s’occupera bien de toi.
— Et en quoi cela va-t-il t’aider, toi ?
Nathan ne répondit rien. Cole avait observé leur échange avec un sourire
amusé et, maintenant, il lui tournait le dos. Cela la rendit furieuse, mais
quand elle rouvrit la bouche, un des vieux hommes du conseil lui coupa la
parole.
— Nathan, avez-vous à dire quoi que ce soit pour votre défense ?
Il haussa les épaules avec un sourire arrogant au visage.
— Je n’ai rien à dire que vous accepteriez d’écouter.
Le visage du vieil homme se déforma.
— Très bien. Dans ce cas, vous êtes coupable d’avoir attaqué l’alpha et
vous devez vous attendre à…
Cole poussa un grognement grave et guttural.
— Vous êtes ici pour constater qu’il est coupable, mais, en tant qu’alpha,
c’est moi qui déciderai de sa punition. Votre autorité prend fin à ce stade. Il
se tourna vers Nathan. Normalement, je devrais faire un exemple. Attaquer
l’alpha est aussi grave que trahir sa meute. Cependant, tu es mon fils. Donc,
je vais faire preuve de mansuétude. La punition est l’exil. Tu ne fais plus
partie de ma meute et tu n’as plus le droit de vivre sur ces terres. Pars vivre
chez les humains.
— Tu n’es pas le seul alpha ici, interrompit Gabriel. Si tu l’exiles de ta
meute, cela ne signifie pas que tu peux l’exiler du monde des loups. Nathan
protégeait sa conjointe parce que Tanya est sa conjointe et dire le contraire
est faux.
Tanya produisit un petit bruit de protestation avec sa gorge. Elle n’était
encore la conjointe de personne. Cependant, ses alphas n’avaient pas accepté
d’essayer de travailler à trois et, si elle ne pouvait pas avoir Gabriel et
Nathan… Mais peut-être était-ce la façon que Gabriel avait imaginée pour
que ça marche ? Peut-être allaient-ils maintenant s’attaquer à Cole tous les
deux, le battre à plate couture, puis tout irait bien.
— J’aimerais t’inviter formellement à rejoindre ma meute, dit Gabriel en
regardant Nathan. Tu serais le bienvenu…
— Je n’ai pas besoin de ta pitié, interrompit Nathan. Il avait un
grognement dans la voix et les mains serrées, mais ses yeux étaient calmes. Je
refuse d’être le jouet dont ta conjointe se servirait quand elle s’ennuierait.
— Nathan ! Grace eut le souffle coupé. Ce n’est pas vrai et tu le sais.
Le regret lui traversa le visage, mais disparut en une seconde.
— C’est peut-être faux. Tanya ressent peut-être quelque chose pour moi,
mais nous n’avons pas d’avenir commun. Si je ne peux pas être alpha, à quoi
bon ?
Ces paroles ressemblaient si peu à Nathan que Tanya en fut choquée.
Pendant un moment très court, elle se demanda si c’était vrai, s’il l’avait
manipulée tout ce temps-là pour se débarrasser d’elle à présent, mais non.
Elle eut honte d’avoir même envisagé cette possibilité. Nathan avait été
sincère avec elle, elle le savait. Elle tordit les mains et secoua la tête, mais il
refusait de la regarder.
— Nathan, je…
Elle n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Nathan se retourna sur place
et fonça dans la forêt en se transformant. Tanya poussa un cri et partit à sa
poursuite, mais le conseil forma un demi-cercle autour d’elle et des autres.
Cole se tenait à côté d’eux et il souriait comme l’imbécile prétentieux qu’il
était. Elle le regarda furieusement en serrant les mains. Qu’espérait-il
accomplir en faisant tout cela ? Jamais elle ne le choisirait.
Grace éclata en sanglots et courut dans la direction opposée à celle que
Nathan avait prise. Olivia lança un regard noir à Cole pendant un moment,
puis elle suivit Grace.
— Maintenant que nous avons résolu ce problème, dit le membre du
conseil qui avait prononcé que Nathan était coupable, en se tournant vers
Tanya.
— Cole a expliqué que tu l’inquiétais… Tu dois lui donner l’opportunité
de te montrer ses bons côtés, humaine. Tu ne peux pas te séquestrer avec un
seul mâle, tu dois offrir autant de temps à l’un qu’à l’autre.
Tanya mit les mains sur les hanches et lança un regard noir à l’homme.
— C’est hors de question.
L’homme plissa les yeux.
— Humaine…
— Je m’appelle Tanya et, si vous voulez trouver une nouvelle femelle qui
serve de conjointe à l’alpha, parfait. Jamais je ne m’approcherai de ce
minable. Elle désigna Cole. Il n’y a eu aucune ambiguïté. Quand un homme
pose les mains sur une femme alors qu’elle lui a dit expressément de ne pas le
faire…
— Il faut tester la compatibilité, dit gaiement un des crétins du conseil. Tu
es humaine, tu ne comprends pas nos traditions…
Tanya sentit son sang bouillir. Elle siffla entre ses dents et serra les mains
si fort que ses ongles s’enfoncèrent dans ses paumes.
— Visiblement, vous ne comprenez rien au respect de base si vous pensez
que vous pouvez « tester » la compatibilité en autorisant l’agression
sexuelle ! Quand mes alphas commanderont ces meutes, la première chose
que nous ferons sera de remplacer tous les minables misogynes que vous êtes
par des gens dotés d’une véritable moralité !
— Vous ne…
Gabriel l’interrompit.
— Elle a eu une journée fatigante. Je le lui expliquerai plus en détail quand
je la ramènerai à la maison, mais pour le bien des meutes, je pense qu’il vaut
mieux qu’elle s’habitue à cette idée avant que… les choses n’évoluent.
— Pardon ? demanda Tanya en le regardant bouche bée. Elle avait dû mal
entendre. Il n’avait pas pu soutenir leurs déclarations minables ! Pour qui te
prends-tu ?
Son bras lui serra fortement la taille et il la souleva. Elle poussa un cri aigu
de protestation et le frappa avec un poing, mais il l’ignora complètement. Il
l’entraîna parmi les arbres sans même s’arrêter pour demander où se trouvait
la voiture des femmes. Tanya ne le lui dit pas. Elle se débattit contre lui
pendant qu’il l’entraînait sur la route.
— Je suis désolé, dit-il. Il fallait juste que je te sorte de là. Tu as raison, ils
sont sexistes et ne considèrent pas que les femmes peuvent prendre des
décisions indépendantes. Cela dit, si on les provoque, cela mènera à un
combat entre Cole et moi-même. Je suis fort et rapide, mais je ne suis pas sûr
de pouvoir le battre. On pense qu’il est le guerrier le plus puissant qu’on ait
jamais connu.
Elle ouvrit la bouche pour protester, mais ne dit rien. Malheureusement,
ses arguments étaient logiques. Si elle pouvait épargner à Gabriel d’avoir à
affronter ce monstre en se taisant, elle se tairait en présence du conseil, ou du
moins pour l’instant. Cependant, quand elle serait la femelle alpha, les choses
changeraient, et pas qu’un peu.
Gabriel la ramena au manoir sur son dos sous forme de loup. Tanya resta
silencieuse, mais quand ils arrivèrent, elle était épuisée. Il fallait qu’ils
retrouvent Nathan et le ramènent, mais comment ? Quand il avait dit qu’il ne
voulait pas de la pitié de Gabriel, quelque chose s’était passé. Il avait eu un
regard étrange… il avait eu l’air triste, mais déterminé. Que prévoyait-il de
faire ?
Quand ils arrivèrent au manoir, Olivia les y retrouva rapidement. C’était un
soulagement de la voir et Tanya la prit tout de suite dans ses bras. Elle avait
désespérément besoin de parler avec une autre fille.
— Grace s’est enfermée dans la chambre de Nathan et elle refuse d’en
sortir, dit Olivia. Elle passe son temps à sangloter. Elle dit qu’elle ne veut
laisser entrer personne, mis à part toi.
Tanya fut un peu étonnée. Elle avait beau être l’amie de Grace et d’Olivia,
elle avait cru que Grace était plus proche d’Olivia. Le fait qu’elle ne veuille
parler qu’à l’humaine était inattendu. Tanya jeta un coup d’œil en arrière,
mais Gabriel ne lui répondit que d’un hochement de tête et elle s’éclipsa.
Quand elle s’approcha de la chambre de Nathan, elle eut mal au cœur, mais
écartant son embarras personnel, elle décida de ne plus penser qu’à Grace.
Quand elle frappa, Grace la laissa entrer puis verrouilla la porte derrière elle.
— Il va faire une bêtise, murmura Grace. J’en suis sûre.
Tanya ne la contesta pas, car elle avait la même intuition. Elle inspira
profondément et posa une main sur l’épaule de Grace.
— Il faut que tu me parles de ton père. Le conseil va me forcer à passer du
temps avec lui et Nathan l’a attaqué si violemment… J’ai besoin de savoir
s’il t’a fait quelque chose.
Grace regarda fixement le plancher en tremblant.
— Il ne m’a pas fait ce que tu penses. Je ne pense pas que tu aies à
redouter un viol. Il n’était pas comme ça avec ses femmes et il ne nous a
jamais battues. Il se contentait de crier, de hurler et de nous dire que nous
étions vraiment consternantes. Parfois, je pense qu’il aurait été préférable
qu’il nous frappe parce que, au moins, les gens auraient pu voir les
ecchymoses.
Tanya eut mal au cœur et voulut plus que jamais s’opposer à Cole, mais
que pouvait-elle faire ? Elle était journaliste. Tout ce qu’elle savait faire,
c’était écrire. Publier un reportage cinglant dans le journal local n’aurait pas
grand effet et cela causerait probablement plus de tort aux autres loups qu’à
Cole.
— Que s’est-il passé la journée où il a disparu ?
Grace frissonna.
— Un jour, il est rentré ivre et m’a dit qu’il avait fait quelque chose de
fantastique pour mon avenir. Un des membres les plus riches de la meute
voulait m’épouser et mon père avait accepté que je sois sa conjointe. Il s’était
débarrassé de moi sans même me demander ce que je voulais. C’est
complètement inacceptable et ça pourrait aider à lui retirer sa position
d’alpha… mais l’homme auquel il m’a donnée est membre du conseil. En ce
qui me concerne, j’ai refusé. Je l’ai dit à Nathan et, quand Nathan s’est
opposé à Cole, ce dernier est devenu fou. Il m’a frappée pour la première et
dernière fois.
Tanya caressait le bras de Grace en essayant de l’apaiser et de la
réconforter sans parler. Elle était furieuse, mais faisait tout son possible pour
ne pas montrer sa colère. Il ne fallait pas que l’on permette à Cole de devenir
alpha et elle allait faire le nécessaire pour qu’il perde tout son pouvoir. Il
méritait de croupir en prison.
— Nathan l’a attaqué dès que j’ai reçu le coup. Notre père était si ivre qu’il
n’a pas pu se défendre. J’ai dû les séparer, puis notre père s’est enfui dans les
bois. Comme il n’est pas revenu, nous avons cru qu’il était mort à la suite de
ses blessures. Nathan l’avait salement amoché. Grace inspira profondément,
les yeux pleins de larmes. J’étais vraiment soulagée. Je voulais qu’il meure
et, maintenant, il est revenu et Nathan n’est plus là. Je ne resterai pas dans
cette meute.
— Bien sûr. Tanya hocha la tête. Tu peux rester ici, ou chez Olivia,
puisque… Puisque Cole allait habiter au manoir. Cela dit, tu peux tout à fait
te joindre à notre meute. Je suis sûre que Gabriel t’acceptera sans demander
d’explications.
À sa grande surprise, Grace rit bêtement puis fronça les sourcils. Qu’y
avait-il de si drôle ? Peut-être la jeune femme cédait-elle sous le choc
nerveux.
— Désolée. Grace gloussa. C’est juste que… tu as dit « notre » meute.
Quand tu es arrivée ici, tu as déclaré avec insistance que tu n’allais pas rester
ici et que tu allais prendre le prochain avion pour l’Angleterre, alors que
maintenant, tu dis « notre » meute alors que tu es humaine. La lune a fait le
bon choix en te poussant à devenir la femelle alpha.
En entendant cela, Tanya réussit à sourire un peu, mais elle ne trouvait pas
la situation aussi drôle que Grace. En fait, elle se sentait encore plus
découragée. Une partie d’elle-même avait encore pensé qu’elle aurait
toujours la possibilité de prendre cet avion, mais elle savait maintenant
qu’elle ne le ferait pas. Elle était trop impliquée. Les meutes avaient besoin
de changement et elle ne pouvait pas laisser Cole devenir l’alpha de tous ces
loups. Ils avaient encore la possibilité de retrouver Nathan.
Cela dit, reviendrait-il ? Quand elle se souvenait de ce qu’il lui avait
murmuré à l’oreille, elle avait des crampes à l’estomac. J’espère que tu es
enceinte de mon enfant. Mais il avait également dit qu’il ne serait pas son
« jouet ». Ce n’était pas ce qu’il pensait vraiment, n’est-ce pas ? Non, il
essayait juste de les convaincre de le laisser partir, mais pourquoi ?
— Pourquoi ne s’est-il pas défendu ? S’il avait dit au conseil ce qui s’était
vraiment passé… et moi, j’aurais pu le soutenir. Il n’avait pas besoin de se
laisser envoyer en exil.
Les yeux de Grace brillaient, baignés de nouvelles larmes.
— Je sais. C’est pour cette raison que j’ai peur. Il prévoit de faire quelque
chose… et je crains les conséquences que cet acte pourrait entraîner.
Chapitre QUATORZE
Gabriel

Peu de temps après leur retour au manoir, Gabriel avait reçu un appel
téléphonique de Cole, qui avait dit qu’il s’attendait à ce que Gabriel lui
« livre » Tanya au lever du soleil parce qu’il ne comptait pas repasser au
manoir. Alors, ils avaient passé plusieurs heures à discuter et Gabriel avait
essayé de convaincre l’autre alpha de changer d’avis. Quand l’appel
téléphonique avait pris fin, Gabriel avait eu le cœur lourd. Il était tristement
allé dans sa chambre en espérant y trouver Tanya. Ça n’allait pas être facile à
lui avouer, mais il fallait le faire.
La porte était fermée à clé et Tanya ne l’ouvrit que quand il lui assura qu’il
était seul. Quand Gabriel entra, il la trouva aussi malheureuse et tendue que
lui. Ses cheveux frisés étaient décoiffés, ses vêtements froissés. Elle portait
un jean et un débardeur et on aurait dit qu’elle avait fait les cent pas dans la
pièce.
— Il faut que je te parle, bafouilla-t-elle.
— Il faut que je te parle, moi aussi. Gabriel se laissa tomber sur le lit. Tu
veux commencer ?
Tanya secoua la tête.
— Commence, toi.
— Cole est reparti dans sa meute. Le soulagement s’afficha sur le visage
de Tanya. Gabriel allait devoir l’en priver et il détestait ça. Il dit qu’il faut
absolument que tu partages ton temps entre nous deux. Il affirme que ma
présence l’empêche de bien faire ta connaissance. J’ai réussi à le convaincre
de ne pas s’attendre à ta présence avant le commencement de la semaine
prochaine, mais si tu n’y vas pas… Je suis désolé. Je ne sais vraiment pas
quoi faire.
Tanya gonfla les narines et serra la mâchoire. Son odeur de pomme verte
se fit désagréable, comme si quelque chose brûlait. Elle marmonna des
injures avant de secouer la tête.
— Je n’irai pas le rejoindre. Il a essayé de vendre sa propre fille !
Gabriel se figea.
— Quoi ?
Quand Tanya lui raconta sa conversation avec Grace, Gabriel se crispa.
Quand elle eut terminé, il eut énormément de mal à ne pas se lever d’un bond
pour aller retrouver la meute de Cole et le tailler en pièces lui-même. Un tel
homme ne méritait pas d’être alpha. Il ne méritait pas d’avoir une fille aussi
adorable que Grace.
— Je vais convoquer le conseil. Je vais appeler les autorités des humains.
Je vais le faire accuser…
— D’accord, mais il a le conseil de son côté. Ses membres considéreront
que tu complotes, que tu veux lui prendre sa place. Tanya inspira
profondément. Je sais comment fonctionnent les médias. Même les meilleurs
journalistes ne peuvent se débarrasser de leurs préjugés intrinsèques. On dit
déjà beaucoup de mauvaises choses sur les loups. Si on y ajoute cette histoire,
les gens penseront que cela signifie que c’est une pratique courante chez les
loups, alors que c’est faux, n’est-ce pas ?
Gabriel secoua la tête.
— Toute cette situation est très inhabituelle et les meutes n’en sont pas
satisfaites, mais si les humains ne le voient pas comme ça, que pouvons-nous
faire ? Ne pourrions-nous pas publier notre propre article pour condamner
Cole et fustiger les gens qui ont caché ce qu’il a fait ?
Tanya resta silencieuse pendant un moment. Elle fronça les sourcils et
aspira sa lèvre inférieure entre ses dents. Plusieurs moments plus tard, elle
hocha la tête résolument.
— Nous avons besoin de Nathan. Il nous faut le versant humain de
l’histoire, les gens. Je ne pense pas que Grace parlerait sans lui. Elle a trop
peur de Cole. Nathan connaît son père. Il saura ce qu’il faut qu’on fasse pour
réussir.
Le trouver n’allait pas être facile, mais à l’idée de voir Nathan revenir
parmi eux, Gabriel sentait son inquiétude s’apaiser. Le plus d’alliés ils
auraient, le mieux ce serait. Il organisa rapidement une équipe de recherche
en demandant leur aide aux meilleurs pisteurs de la meute. Tanya insista pour
qu’on lui rende sa voiture afin qu’elle puisse parcourir les routes pendant que
les loups passaient la forêt au peigne fin.
Il était minuit bien passé quand Gabriel appela Tanya pour lui demander de
revenir au manoir. Après toute la soirée à crapahuter dans les buissons, il
avait mal aux pattes et des ronces coincées dans la fourrure. Tanya l’attendit
sur le porche de devant et le découragement l’envahit quand il secoua la tête.
— Nous reprendrons les recherches demain, lui dit-il après avoir repris sa
forme humaine. Viens. Une douche et on va au lit.
Il voyait que Tanya était malheureuse et il avait du mal à tenir le coup lui-
même. Il n’avait pas vraiment cru qu’ils retrouveraient Nathan si facilement,
mais il avait espéré qu’ils trouveraient au moins une piste. S’ils ne pouvaient
pas retrouver l’autre alpha – parce qu’il était alpha et que Cole ne l’était pas
–, il faudrait qu’ils se débrouillent sans lui. Il espérait que Tanya et lui
arriveraient à trouver une solution à eux deux…
Quand ils arrivèrent dans la chambre de Gabriel, ils s’arrêtèrent tous les
deux dans l’embrasure de la porte. Nathan était là, allongé complètement nu
sur le lit. Il leur sourit comme s’il faisait ce genre de chose tous les jours.
— Que fais-tu ici ? Gabriel ne voulait pas avoir l’air si indigné, mais il ne
pouvait pas s’en empêcher. C’est mon lit !
— Je sais. Nathan lui fit un clin d’œil. Comme tu m’as offert une place
dans la meute, j’ai compris que cela signifiait que tu étais follement
amoureux de moi. Donc, me voici, chéri.
Gabriel leva les yeux au ciel en entendant le sarcasme pesant de Nathan.
Ce devait être parce que l’odeur de Tanya était très présente dans cette
chambre que Nathan avait décidé de les y attendre. Cependant, Gabriel ne
savait vraiment pas ce qu’il faisait ici. Tanya, elle, se précipita sur lui. Elle se
jeta sur l’homme nu et lui serra les hanches de ses cuisses.
— On t’a cherché, dit-elle en lui couvrant le visage de baisers, et tu es resté
ici tout le temps ?
Nathan l’attrapa par le visage et l’embrassa intensément. Gabriel sentit
monter son excitation et réprima un gémissement. Cela n’aurait pas dû
l’affoler à ce point de les voir s’embrasser, mais il ne voulait pas détourner le
regard. Il se passa une main dans les cheveux pour en faire tomber les
brindilles. Ils pourraient parler plus tard de ce qu’ils feraient pour contrer
Cole. Il rejoignit les deux amants sur le lit, mais garda ses vêtements et ne
toucha pas Tanya.
Ils étaient encore en train de s’embrasser passionnément et Gabriel se racla
la gorge.
— Ce n’est pas le moment de faire ça.
— Pas d’accord, dit Nathan en enfouissant son visage dans le cou de
Tanya. Je pense que c’est le moment parfait. Tu as du lubrifiant dans ta table
de nuit ? Je sais que vous n’avez pas fait de folies sans moi depuis le retour
de mon père, et comment pourrait-on refuser son plaisir à cette femme
sensuelle ?
Tanya gémit et le son fit presque changer Gabriel d’avis. Pourtant, il passa
les mains entre eux et les sépara fermement. Refusant de lâcher les hanches
de Tanya, Nathan jeta un regard agacé à Gabriel.
— Hé, je veux bien partager.
— Tanya ? demanda Gabriel en levant un sourcil interrogateur.
Elle avait les joues rouges, les lèvres gonflées et l’air légèrement
désorientée, mais elle gémit et secoua la tête.
— Gabe a raison. Il faut qu’on parle. Il faut qu’on destitue Cole. Je ne
pense pas nous devrions encore impliquer les humains, mais Grace nous a dit
ce qui s’était passé. Quand tu seras à nouveau alpha, nous pourrons le faire
arrêter pour cela et nous débarrasser de lui pour de bon. Cependant, si nous
l’accusons pendant que nous tentons aussi de te rendre ta place d’alpha…
— … ils penseront que nous mentons, finit Gabriel pour elle. Donc, il faut
qu’on trouve un moyen, Nathan.
L’autre loup se crispa. Le sourire charmeur qu’il essaya d’envoyer à Tanya
fut tendu.
— Ne vous inquiétez pas. Je me suis occupé de ça. Allez, je suis prêt. Je te
veux dans toutes les positions, Miss Sexy, et comme tu as semblé apprécier la
présence de Gabriel la dernière fois, il peut se joindre à nous.
Dans sa voix, il y avait comme une inflexion qui démentait son attitude
décontractée. Gabriel fronça les sourcils.
— Que prévois-tu de faire ?
— De faire l’amour avec la femme qui, selon toi, est ma conjointe.
Tanya s’écarta.
— Nathan ?
L’autre loup la serra plus fort.
— Je vais faire le nécessaire. Je t’en prie. Je veux juste passer le reste de la
nuit avec toi. J’avais cru que j’irais bien si je m’en allais, mais ça n’a pas
marché. J’ai besoin de toi une autre fois et, après, tout ira bien.
Gabriel le saisit par l’épaule et dut réprimer le grognement qui lui montait
dans la gorge. Toutefois, ce n’était pas un grognement de colère ou
d’agacement. C’était plutôt une émotion si forte qu’il fallait qu’il l’évacue et
le grognement était la meilleure façon de s’y prendre. Il déglutit avec
difficulté.
— Tu n’es pas seul dans cette histoire, Nathan. Nous ne nous sommes
jamais vraiment entendus, mais ça a changé. Cole est peut-être trop fort pour
nous deux séparément, mais si on le combat ensemble, on peut y arriver. Il
n’aura pas la moindre chance. Tanya a reconnu nos points forts d’entrée de
jeu. Nous détrônerons Cole, puis nous pourrons être alphas ensemble, tous les
trois. Il nous faudra des efforts pour que ça fonctionne bien, mais soyons
honnêtes, nous sommes plus forts à trois que séparés.
L’autre loup détourna le visage.
— Tu sais, quand j’ai dit que tu étais follement amoureux de moi, c’était
pour rire. Tu n’as pas besoin de faire dans le sentimental.
— Nathan, je t’en prie, murmura Tanya. Tu l’as forcément sentie, toi aussi,
cette énergie qui nous anime quand nous sommes ensemble.
— C’est du très bon sexe, je te l’accorde, mais à longue échéance ?
Penses-tu vraiment que ça fonctionnerait ?
Gabriel hocha la tête.
— J’en suis sûr.
— Eh bien… c’est une idée bien gentille. Nathan commença à s’écarter de
Tanya, la bouche fermée.
Comptait-il vraiment ignorer les possibilités qu’ils avaient à trois ? Gabriel
se dit qu’il aurait dû être le dernier à soutenir ce mode d’action et, pourtant, il
le soutenait. L’agacement monta en lui. Ce n’était pas parce que Nathan était
jaloux. Il avait déjà dit que cette union lui plaisait et qu’il était d’accord pour
une autre partie à trois. Donc, où était le problème ?
— Si nous coopérons, nous pourrons destituer Cole. Penses-tu que tu es
trop fort pour avoir besoin d’aide ? Ou as-tu décidé de ne rien faire et de le
laisser gagner ?
Nathan rit.
— Tu ne lâches pas l’affaire, n’est-ce pas ?
Gabriel secoua la tête.
— D’accord. Non. Je ne comptais pas rester inactif et le laisser gagner,
mais je ne comptais pas non plus le défier. Le plan était de le tuer une bonne
fois pour toutes.
Tanya eut le souffle coupé et pâlit.
Quand Nathan vit l’expression de Tanya, il grimaça.
— Je voulais m’assurer qu’il ne puisse faire de mal ni à toi, ni à Grace, ni à
qui que ce soit d’autre. Cependant, si Gabriel est vraiment sérieux quand il
propose de me soutenir, de le défier avec moi… eh bien, je me dis que nous
aurons peut-être notre chance après tout.
— Je ne voulais pas que tu te battes pour moi, murmura-t-elle, les larmes
aux yeux. Et maintenant… tu vas quand même te battre pour moi. N’y a-t-il
pas…
— Non, murmura Gabriel en se plaçant derrière elle. C’est la meilleure
solution. Nous le défierons demain matin.
Serrant Nathan encore plus fort, Tanya recula le derrière pour se frotter
contre lui.
— Dans ce cas, on ferait mieux de profiter de cette nuit.
Chapitre QUINZE
Nathan

Tanya se moulait parfaitement dans ses bras. Nathan inspira son odeur
sucrée. Il voulait se souvenir de ce moment. La dernière fois qu’ils l’avaient
fait à trois comme ça, c’était Gabriel qui était parti en douce. Il s’était fait
prendre, mais Nathan savait mieux quitter les amantes endormies que lui.
Même s’il en avait honte maintenant, au moins, il savait comment s’y
prendre.
La nuit dernière avait été magique. Nathan n’avait jamais vraiment
compris pourquoi les gens étaient tellement fascinés par le sexe. Il l’avait fait
par ennui ou parce que c’était ce qu’on attendait de lui. Pour certains, c’était
agréable, mais Nathan n’avait vraiment ressenti ce plaisir que le jour où il
l’avait fait avec Tanya (et avec Gabriel, comme le lui rappela une petite partie
de son esprit). Ça ne se limitait pas à l’acte physique. Il y avait cette
connexion émotionnelle intense qui leur permettait de sentir leurs corps et
leurs âmes fusionner.
Cela lui avait donné la force de décider ce qu’il devait faire. Certes, ils
avaient parlé de défier Cole pour lui retirer son droit d’être alpha, mais c’était
quand même dangereux. Cole ne respectait jamais les règles et, même s’ils le
battaient, il n’accepterait pas la défaite comme ça. Non, c’était trop risqué de
le laisser en vie.
Et il refusait de risquer la vie de Tanya ou de Grace… ou même, aussi
étrange que cela puisse paraître, celle de Gabriel. Il pouvait résoudre ce
problème tout seul et il allait le faire.
Ni Gabriel ni Tanya ne bougèrent quand il sortit discrètement du lit et
récupéra ses vêtements. Il se rendit dans le vestibule pour s’habiller, puis
sortit. C’était dans la cabane à outils du jardin, derrière le manoir, qu’il avait
laissé l’arme. Il ne pouvait pas gagner un combat honnête contre Cole, mais
quand la vie de ceux qu’il aimait était en danger, l’honnêteté cessait de
compter. Son ventre se crispa, mais il n’allait pas changer d’avis. Il fallait le
faire.
Il récupéra l’arme et se la cala à la ceinture avant de repartir dans la maison
pour y prendre une des voitures de Gabriel. Quand la maisonnée se
réveillerait, Cole serait mort et Nathan serait en route vers les Bahamas.
Du moins, c’était son plan.
Il n’avait pas prévu que Grace serait dans le garage. Elle était allongée sur
un sofa avec quelques bouteilles de bière dispersées autour d’elle. L’odeur
fade d’alcool qui l’entourait était obsédante, mais quand elle se redressa, elle
eut l’air assez sobre. Nathan cacha la poignée de son arme sous sa chemise et
alla s’asseoir à côté d’elle. Elle se frotta les yeux, puis les plissa pour le
regarder.
— Tu as prévu de t’enfuir une fois de plus.
— Non. Je vais résoudre ce problème. Je ne t’abandonnerai pas, Gracie.
Sa sœur plissa encore plus les yeux, puis se leva d’un bond.
— Résoudre le problème ? Tu veux dire que tu vas tuer notre père.
Comment peux-tu dire que ça revient à ne pas m’abandonner ? Tu partiras et
je serai seule.
— Ce n’est pas vrai. Tu as des amis, tu as Olivia et…
— Olivia n’est pas mon frère ! Grace serra les poings. Ne fais pas ça. Je
sais que Gabriel veut t’aider à récupérer ta position d’alpha.
Nathan resta silencieux. Il n’avait pas réfléchi à la douleur que cela
causerait à Grace ou à qui que ce soit d’autre. Cela lui avait semblé être la
meilleure idée, mais quand il entendit ce qu’elle en pensait, il se rendit
compte qu’il ne réfléchissait pas comme un frère le devrait. Il pensait à lui-
même et à ce qu’il voulait, c’est-à-dire à se venger, et ce n’était pas l’idéal
pour ceux qui l’entouraient. Avec un rire amer, il sortit l’arme. Grace
écarquilla les yeux, mais ne dit rien.
— Tu as raison. Ce que je crains, c’est que même si nous gagnons, ça ne
finisse jamais. Notre père est…
— Je sais ce qu’il est. Grace le prit dans ses bras. Mais toi, tu es plus fort,
Nathan. Tu es une personne meilleure.
Nathan posa l’arme et prit sa sœur dans ses bras en espérant qu’elle ait
raison.
***
Le conseil était déjà réuni à la maison où Nathan et Grace avaient grandi.
Dès qu’il aurait l’argent, Nathan ferait construire une autre maison. Il y
emménagerait avec Grace et ils quitteraient cet endroit. Après des années
sans entretien, il tombait en ruine, mais voir son père sur les marches de
l’escalier de devant réveilla tous les souvenirs qui lui remuaient l’estomac.
— Es-tu venu me défier, mon garçon ? grogna Cole. Est-ce pour cela que
tu as amené le conseil avec toi ?
Nathan jeta un coup d’œil à ses compagnons, Gabriel, Tanya, Grace et
Olivia. Si quelqu’un lui avait dit un mois auparavant que ça se passerait
comme ça, il l’aurait envoyé à l’hôpital pour déficients mentaux. Quand
Gabriel lui adressa un hochement de tête, un petit sourire lui traversa le
visage.
— Je ne suis pas seul, dit-il posément. Tu n’es pas digne d’être alpha.
Grace et moi, tu nous as agressés émotionnellement et mentalement pendant
toute notre vie. Tu es un homme dégoûtant aux idées sexistes et les femmes
de la meute auront à en souffrir. Tu as enfreint nos lois en essayant de vendre
ta propre fille pour qu’elle devienne la conjointe d’un homme deux fois plus
âgé qu’elle. Donc, oui, je te défie, ou plutôt, nous te défions.
Gabriel s’écarta des femmes et se plaça à côté de Nathan. Les membres du
conseil se regardèrent les uns les autres. Quelques-uns retroussèrent les lèvres
et d’autres eurent l’air perplexes. Zander, lui, avait l’air furieux.
Tanya se racla la gorge.
— En tant que compagne de l’alpha, j’avais le droit de choisir. Eh bien,
j’ai choisi à la fois Gabriel et Nathan.
— Et maintenant, nous allons nous battre ensemble pour le droit de te
prendre la place d’alpha, Cole, dit Gabriel. Démissionne ou réponds à notre
défi, mais sache que nous ne te permettrons pas de faire plus de mal à la
meute que tu n’en as déjà fait.
Les membres du conseil se regardèrent les uns les autres et marmonnèrent
à voix basse. Cole les regarda en plissant les yeux, puis sourit à Nathan,
comme s’il pensait que le combat n’aurait jamais lieu. Nathan ne quittait pas
son père des yeux, mais il avait de la bile dans la bouche et son cœur battait
la chamade.
— Je ne démissionnerai pas, dit Cole. T’imagines-tu vraiment que ça
fonctionnerait d’avoir deux alphas ? Si vous pensez que vous n’êtes pas assez
bons pour être alpha tout seul, les garçons, alors, vous n’êtes pas du tout
dignes d’être alpha. Rendez-moi la fille et vous pourrez vous enfuir et vous
lécher les plaies les uns les autres.
Nathan inspira profondément.
— C’est toi qui as peur parce que tu es un petit homme triste et pitoyable
qui a besoin de crier sur ses enfants pour se sentir fort. Pas étonnant que
maman t’ait quitté. C’était la meilleure chose qu’elle puisse faire pour
survivre.
Le visage de Cole se déforma. Nathan ne s’était pas attendu à ce que ses
mots le fassent souffrir, mais, la seconde d’après, il vit son père lui foncer
dessus. Il bondit en hurlant et se transforma à mi-course. Nathan s’écarta de
la trajectoire du loup géant, puis se retourna et l’attaqua. Il se transforma lui
aussi. Du coin de l’œil, il vit Gabriel tomber quand Cole le frappa
violemment à l’estomac de sa patte énorme.
Nathan bondit sur le dos de son père et enfonça ses crocs dans l’épaule de
Cole. L’autre loup se contorsionna en poussant des cris aigus et envoya
Nathan en l’air. Gabriel se releva d’un bond et se faufila entre les pattes de
devant de Cole avant de se transformer. Son changement de carrure le
souleva et Nathan réussit à s’accrocher à la peau de son cou et à le jeter en
arrière. Cole se contorsionna à mi-chemin puis s’abattit sur Nathan.
Avec un hurlement, Gabriel se jeta sur Cole et le mordit au cou. Le grand
loup décrivit un cercle étroit et frappa Nathan au flanc. Nathan recula en
trébuchant et en serrant les dents pendant que la douleur le prenait aux côtes.
Cole poussa un grognement et se concentra sur Gabriel. Ses pattes énormes
tapèrent Gabriel au ventre puis il se lança en avant et mordit Gabriel à
l’épaule. Le sang gicla en l’air et Gabriel laissa échapper un hurlement de
douleur.
Nathan vit rouge. Il se lança sur son père sans réfléchir à ce qu’il faisait. Il
serra ses mâchoires sur la gorge de Cole et le tira en arrière. Cole se tordit et
le griffa, mais Gabriel se releva en trébuchant et saisit Cole aux pattes pour le
faire tomber. Le grand alpha heurta violemment la terre. Nathan et Gabriel le
plaquèrent au sol, claquant des mâchoires, jusqu’à ce qu’ils le sentent se
transformer sous eux.
Nathan eut beaucoup de peine à ne pas lui donner le coup de grâce. Au lieu
de se laisser aller, il recula en haletant. Se transformer pendant un combat
équivalait à une reddition. Ils avaient gagné.
Ils avaient gagné.
— Il est vaincu ! Grace cria. Ils l’ont battu !
— Non, siffla Cole de l’endroit où il se tortillait sur le sol. Non ! Je suis
alpha. Je serai toujours alpha. Ce combat était illégal. Seul le mâle censé être
alpha peut défier l’alpha en exercice ! Deux mâles ne le peuvent pas. C’est
illégal. L’alpha, c’est moi !
Nathan se tourna vers le conseil. Tous ses membres avaient l’air sombre,
quelques-uns paraissaient agacés et un ou deux, outragés. Zander avança. Ses
yeux lançaient des éclairs de colère.
— Nos lois ne permettent pas à deux mâles d’être alphas, commença-t-il,
mais un membre du conseil l’interrompit.
— Cole a attaqué en premier. Il n’était pas en état de légitime défense
contre ses opposants. Ses actions constituent une réaction au défi. Il regarda
Cole d’un air aigri. Cela aurait été illégal s’ils avaient attaqué en premier,
mais ils ne l’ont pas fait. En les attaquant, tu as accepté leur défi. Ils sont
maintenant les alphas de ta meute. De plus, s’ils ont accepté de travailler
ensemble, nos meutes combinées ont maintenant deux alphas.
Tanya soupira de soulagement. Elle se précipita vers Nathan et Gabriel et
se jeta dans les bras de Nathan tout en rapprochant Gabriel. Nathan se laissa
aller contre eux deux, complètement épuisé. Ses yeux se fermèrent l’espace
d’un instant puis il se redressa. Il se tourna vers le conseil.
— Mon père sera arrêté pour ses crimes, dit-il, et tous ceux qui l’ont
soutenu seront eux aussi traduits en justice.
Il laissa errer son regard sur ceux qui, selon lui, avaient le plus à perdre. Ils
le regardèrent furieusement, mais il n’avait pas besoin de les affronter. Il se
retourna vers sa conjointe et vers Gabriel. Un sourire de soulagement passa
sur son visage et il embrassa doucement Tanya sur la bouche.
— Et quant à toi, murmura-t-il, je pense que ça fera une très belle histoire
pour ton journal, n’est-ce pas ? Peut-être cela te rapportera-t-il le grand prix
que tu désirais. Imagine : les interviews exclusives de non pas un, mais deux
alphas qui racontent comment ils ont conquis la femme la plus belle et la plus
sensuelle du monde.
Tanya rit et se plaqua contre lui.
— Oh, oui. C’est une sacrée histoire.
Chapitre SEIZE
Tanya

Huit mois plus tard…


Tanya gémit en s’effondrant sur le lit. Alors qu’elle était satisfaite de sa vie
et se félicitait de ses accomplissements, d’autres choses lui paraissaient moins
positives. Elle avait dû rester assise pendant toute la cérémonie au cours de
laquelle elle avait été récompensée pour ses articles approfondis sur la vie
chez les loups et elle avait mal au dos. De plus, la fête qui avait suivi lui avait
donné mal aux pieds.
— Il faut que j’arrête de porter des talons hauts, gémit-elle, triste de devoir
renoncer à ses chaussures préférées. Elle frotta la petite bosse de son ventre,
sous laquelle se trouvait son bébé. Un sourire lui traversa le visage. J’imagine
que ça en vaut la peine. De plus, il ne reste que quatre mois.
Gabriel se laissa tomber sur le lit à côté d’elle et défit les attaches délicates
des chaussures à talons.
— Et puis, la nuit a été longue. Cela dit, je suis fier de toi, chérie. Tu as
accompli de grandes choses. Je suis content que tu aies pu réaliser tes rêves.
Tanya hocha la tête, soupirant de bonheur. Elle avait obtenu la récompense
qu’elle voulait, elle racontait la vraie vie des loups, elle avait ses deux beaux
alphas et un bébé qui arrivait. Surtout, Gabriel et Nathan avaient chacun
adopté leur rôle d’alpha sans difficulté. Certes, il y avait des frictions de
temps à autre, mais ils se complétaient si bien que la transition des meutes
séparées à la meute unique s’était déroulée sans accroc. Les quelques derniers
mois avaient été les meilleurs depuis longtemps.
— Laissez-moi entrer, dit Nathan, tapant Gabriel pour rire et attrapant un
des pieds de Tanya. La prochaine fois qu’on ira à ce genre d’événement, il
faudra partir un peu plus tôt.
— Je ne pense pas que nous irons à un autre, répondit Tanya, qui
appréciait énormément le double massage qu’elle recevait. Mon désir d’être
une journaliste d’exception est récent. Je voulais être mère depuis beaucoup
plus longtemps. Ma carrière attendra. D’abord, j’aurai mon bébé.
— Si c’est ce que tu veux, dit Nathan, déplaçant ses mains du pied à la
cheville puis au mollet. Cela dit, rien ne t’y force. Avec trois parents et deux
tantes, nous n’aurions même pas besoin d’embaucher quelqu’un pour garder
le bébé.
Tanya poussa son pied un peu plus fort dans les mains de Gabriel.
— Je sais, mais c’est ce que je veux. Je veux dire, être journaliste, c’est
formidable, mais c’était comme un prix de consolation au cas où je n’aurais
jamais d’enfants. Je peux encore travailler un peu à temps partiel, mais on ne
gagne pas de récompenses en écrivant à temps partiel. Ça m’est plus ou
moins égal. Je vais quand même me tenir au courant du procès de Cole, mais
je ne pense pas qu’il durera bien plus longtemps. Les preuves sont
accablantes.
Elle jeta un coup d’œil à Nathan pour voir quel effet ses paroles avaient
produit sur lui. Elle craignait d’avoir gâché l’atmosphère détendue qui régnait
dans la pièce, mais fut soulagée de le voir sourire. Il souriait beaucoup ces
derniers temps, comme Grace. La jeune femme s’était assurément épanouie
depuis l’emprisonnement de Cole. Elle fréquentait même un beau jeune
homme et, d’après ce qu’en savait Tanya, ils étaient très amoureux l’un de
l’autre.
— Il faut qu’on parle de demain, dit Gabriel d’un ton sérieux. Il faut qu’on
décide où on va installer la statue du mémorial pour…
Nathan glissa une main vers le haut des cuisses de Tanya. Ses doigts forts
appuyèrent contre sa culotte et elle gémit fortement. La grossesse l’avait
rendue très sensible. Cela signifiait qu’ils avaient dû calmer un peu leur vie
sexuelle. Gabriel s’arrêta en pleine phrase et son regard s’assombrit quand
Tanya pencha le dos en arrière et remonta la poitrine. Il gémit lui aussi et
secoua la tête.
— Il faudra qu’on en parle demain.
— On pourra le faire demain. Nathan remonta lentement la robe de Tanya
vers le haut et déposa plusieurs baisers sur l’intérieur de sa cuisse. Il faut bien
vivre un peu.
Tanya laissa échapper un autre gémissement sonore. N’ayant pas besoin
d’un autre encouragement, Nathan releva sa robe jusqu’à sa taille en un seul
geste. Ses mains se promenèrent sur ses hanches avant d’extraire un sein de
taille conséquente de l’étroitesse de la robe sans bretelles qu’elle avait
choisie. Quand la bouche de Nathan fonça sur sa cible, Gabriel produisit un
bruit étouffé et retira le soutien-gorge de Tanya. Il laissa tomber sa tête sur
ses seins et suça le premier mamelon, puis l’autre.
Tanya arqua le dos puis leva les yeux au ciel en essayant de se rapprocher
encore plus des deux hommes. Elle plongea une main dans les cheveux de
Nathan, puis l’autre dans ceux de Gabriel. Ce dernier tendit le bras autour
d’elle et défit sa robe, poussant l’autre alpha de côté juste assez longtemps
pour retirer le vêtement qui les gênait. Il embrassa Tanya passionnément sur
la bouche, puis frôla tendrement son ventre rond des lèvres.
— Comment ai-je pu avoir une telle chance ? soupira-t-elle en sentant la
chaleur se répandre dans son bas-ventre et son cœur diffuser de la chaleur
dans tout son corps. Je suis la plus chanceuse du monde.
Deux regards doux et aimants lui sourirent. Nathan lui caressa le ventre un
moment avant de repartir entre ses cuisses. Des éclairs de plaisir la
traversèrent et elle baissa les jambes. Elle leva les yeux au ciel et serra
Gabriel plus fort. Elle commença à lui arracher ses vêtements en poussant des
miaulements. Si elle ne trouvait rien à faire, elle risquait de devenir folle !
Nathan gloussa en elle et les vibrations l’excitèrent encore plus.
— Je pense que notre petite humaine est impatiente, Gabriel.
Tanya réussit à descendre le pantalon de Gabriel et constata alors qu’il était
tout aussi impatient qu’elle. Il gémit quand elle le prit dans ses mains et le
caressa doucement, connaissant ses préférences. Nathan, lui, aimait qu’elle
aille plus vite en tordant un peu plus le poignet.
— Hé, ho ! Regardant Tanya et Gabriel, Nathan s’agenouilla et fronça les
sourcils. Pas question. La dernière fois, Gabe t’a eue en premier. C’est mon
tour. C’est moi qui fais tout.
Gabriel le regarda d’un air perplexe.
— Donc, tu veux que je… t’aide ?
Tanya réprima un petit rire. Elle savait que ce n’était pas bien d’imaginer
deux mecs faire l’amour ensemble, mais honnêtement, une partie d’elle-
même espérait qu’un de ces jours ses deux hommes feraient quelques
tentatives à deux, même si elle se sentait un peu coupable d’imaginer de telles
choses. Après tout, s’ils s’apercevaient qu’ils se plaisaient l’un l’autre de
cette façon, ce ne serait pas pour le plaisir sexuel de Tanya. Elle tira un peu
sur le sexe de Gabriel et adressa un clin d’œil à Nathan.
— Je pense que nous devrions le faire comme avant, murmura-t-elle. Vous
savez, quand vous m’avez prise tous les deux en même temps.
Ses deux alphas gémirent. Gabriel secoua la tête.
— Impossible. Ce serait trop brutal.
— Dans ce cas, ce sera un seul à la fois, dit Tanya en se relevant et en
posant les mains sur la tête de Nathan. Elle le plaqua sur ses seins et laissa sa
tête retomber en arrière en soupirant : Oh, oui, c’est génial. Je vous veux tous
deux en moi. Je le veux tellement fort…
— Aucun problème, dit Nathan, encore occupé à se repaître de ses seins.
Gabriel leva les yeux au ciel puis gémit quand Tanya lui tira à nouveau sur
le sexe. Sans un mot, il roula pour récupérer les préservatifs et le lubrifiant
sur la table de nuit. Tanya sourit par anticipation. Nathan la retourna pour
qu’elle se retrouve à quatre pattes. Il se concentra sur elle par-dessous
pendant que Gabriel la préparait avec des mouvements décontractés et
expérimentés. Elle était déjà tellement excitée qu’elle savait qu’elle n’allait
pas tarder à jouir. Elle se leva sur les coudes, gémissant sous l’effort qu’elle
devait déployer pour empêcher ses muscles de se ramollir complètement.
Elle entendit l’aluminium se déchirer et, quelques moments plus tard, l’un
de ses partenaires – elle ne regarda pas qui c’était – lui pénétra le cul. Elle
arqua le dos, leva les yeux au ciel et sentit des frissons faire l’aller-retour le
long de sa colonne vertébrale. Un miaulement s’échappa de sa gorge quand il
la pénétra entièrement. En lui tenant fermement les hanches, il la mit sur le
flanc.
Son second alpha s’allongea devant elle et entra lentement par le devant.
Elle lui mordit l’épaule pour ne pas crier. Elle était tellement pleine et c’était
si bon. Ses muscles étaient tendus et son cœur battait la chamade. Ils
roulèrent une fois de plus, elle se retrouva les mains et les genoux sur l’alpha
qui se tenait devant elle et on lui installa un coussin sous la poitrine. Elle
rouvrit les yeux et vit Gabriel qui lui souriait. Il l’embrassa intensément puis
Nathan commença à bouger.
Elle ne tarda pas à jouir. Elle avait la tête en arrière et frappait presque
Nathan à la poitrine quand tout explosa. Ses membres se ramollirent
brusquement et elle s’effondra sur Gabriel. Un son fort et prolongé,
semblable à un hurlement, s’échappa de ses lèvres et elle agrippa les
couvertures. Elle leva les yeux au ciel et ses poumons oublièrent de
fonctionner.
Ses alphas lui donnèrent le temps de reprendre son souffle avant de
recommencer. Quand ils eurent fini tous les deux, elle avait joui cinq fois.
C’était presque embarrassant, mais ils étaient tous les deux tellement heureux
de la voir satisfaite qu’elle se détendit. Ils s’allongèrent dans le lit, Gabriel
d’un côté bord et Nathan de l’autre. Ils avaient tous deux les bras autour
d’elle et elle les caressa à la poitrine, soupirant de bonheur.
— Je suis vraiment heureuse que ça ait marché. Je suis heureuse d’avoir
proposé cette idée. C’était une bonne idée.
Nathan gloussa et blottit son nez dans le creux de son cou.
— Tout à fait d’accord. Je n’aurais jamais imaginé que je partagerais ma
conjointe, mais ça me convient parfaitement.
De l’autre côté, Gabriel se rapprocha et lui mordilla le lobe de l’oreille.
— Nous nous complétons fort bien, n’est-ce pas ?
— Incontestablement. Nathan se redressa et sourit. Je sais gérer l’argent et
Gabe a de bonnes relations avec les gens. C’est lui le romantique… et moi, je
suis le chaud lapin.
— Je suis sexy, moi aussi, grogna Gabriel. Ce n’est pas parce que je n’y
pense pas tout le temps…
— Oui, bon. J’ai dit que tu étais le romantique. Te faut-il vraiment tout ?
Nathan leva les yeux au ciel et fit une grimace exagérée. C’est comme si tu
essayais de voler le travail de Tanya.
L’intéressée rit et passa les bras autour de ses deux amants.
— Eh bien, ma foi, qu’est-ce que je vais pouvoir faire de vous deux ?
J’imagine que la seule possibilité sera que je vous aime… pour toujours.

*****

FIN
Merci!
Je vous remercie d’avoir lu La Vièrge des Loups Milliardaires.

J’apprécierai grandement que vous me laissiez une revue pour que je puisse
améliorer mes livres et y puiser de l’inspiration pour continuer à écrire.

Je tiens aussi à remercier mon mari et mon fils. Votre soutient vaut tout l’or
du monde !
À propos de Jasmine Wylder
Jasmine Wylder est agent immobilier le jour et auteure de romances
paranormales & aventurière la nuit. Originaire de Californie, sa passion pour
les histoires sensuelles, les scènes osées et tout ce qui est lié à la romance est
née très tôt et ne l’a jamais quittée.
Lorsqu’elle n’écrit pas des histoires fascinantes, Jasmine adore passer du
temps dehors à faire du yoga, à peindre ou à manger dans des restaurants
raffinés.
Que vous ayez envie d’une histoire d’amour d’un autre monde
(littéralement), d’un changeur de forme dragon pour brûler votre cœur ou
d’un vampire, Jasmine a une histoire pour tout ce qui vous fait envie!

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