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REPUBLIQUE DU CAMEROUN REPUBLIC OF CAMEROON

PAIX – TRAVAIL – PATRIE PEACE – WORK – FATHERLAND

UNIVERSITE DE DOUALA THE UNIVERSITY OF DOUALA

FACULTE DES SCIENCES JURIDIQUES FACULTY OF LAW AND POLITICAL


ET POLITIQUES SCIENCES

BP: 2701 DOUALA Tel/Fax : 233401126 P.O Box 2701DOUALA Tel/Fax : 233401126

Master Professionnel
Option
Droit Douanier et Commerce International
Intitulé du cours du cours :

CADRE JURIDIQUE ET INSTITUTIONNEL DE LA


DOUANE ET DU COMMERCE INTERNATIONAL

Dispensé par : DR NGUEPDJOP TOUKAM Vincent


Docteur en Droit Public Interne
(Capitaine des Douanes)
Inspecteur Vérificateur à la Division des Enquêtes Douanières et de la Surveillance

Année académique
1 2020-2021
Introduction Générale
Le terme douane désigne à la fois l’institution d’un impôt frappant une
marchandise importée ou exportée, on parle de droit de douane. Il désigne
également les bâtiments qui sont en charge, les bâtiments qui les abritent et
les lieux ou ceux-ci sont établis, on parle d’administration des Douanes. Suivant
le vocabulaire juridique de Gérard Cornu.

Suivant le même auteur, le commerce international peut être appréhendé


dans deux sens.

Au sens propre, le commerce international renvoie aux opérations


d’importations ou d’exportations, ou échanges entre les Etats ou leurs
ressortissants.

Au sens extensif, le commerce international renvoie à l’ensemble des


rapports économiques, politique et intellectuelles entre les Etats ou entre leurs
ressortissants dans ce cas, l’expression commerce international s’oppose à la
notion d’autorité étatique. Le cadre juridique peut être compris comme
l’ensemble des règles juridiques qui encadrent une notion, une institution
etc..

L’Organisation Mondiale du Commerce, Organisation Mondiale des


Douanes et de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique
Centrale, sont des organes multilatéraux à caractère techniques économique et
commercial qui interviennent dans la régulation des activités commerciales
douanières à l’échelon communautaire et internationale.

Selon les cas ces institutions s’apprécient à l’échelle internationale,


communautaire et internationale. A l’instar des administrations douanières
nationale qui dans le cas du Cameroun par exemple s’apprécie à l’intérieur du
triangle national et communautaire suivant les dispositions du code des
douanes. L’Organisation Mondiale du Commerce et l’Organisation Mondiale
des Douanes quant à elles, s’étendent à l’échelle mondiale sur les questions
techniques commerciales et douanières. Pour mieux comprendre
l’Administration Douanière et les organisations du Commerce International, il
serait judicieux d’appréhender d’une part(I) le cadre juridique et d’autre part le
cadre institutionnel(II).

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Première partie : CADRE JURIDIQUE ET INSTITUTIONNEL DE LA
DOUANE: LE CAS DU CAMEROUN

Parler du cadre juridique de la douane et du Commerce International au


Cameroun, revient à énoncer les bases et les fondements juridiques qui
gouvernent l’Administration des douanes et le Commerce International.

I- CADRE INSTITUTIONNEL ET MISSIONS DE LA DOUANE


CAMEROUNAISE

Le cadre institutionnel peut s’apprécier à l’échelle organique et


fonctionnelle au niveau de la situation du corps de la Douane Camerounaise (A)
et ses spécificités (B).L’essentiel des activités douaniers étant contenu dans ses
missions

A- ORGANISATION, FONCTIONNMENT ET MISSIONS DES


DOUANES CAMEROUNAISES

Il s’agira ici globalement de ressortir l’organisation et le fonctionnement


des Douanes Camerounaises, lequel se trouve condensé dans l’organigramme
afférent à cette structure,(1) il s’agit aussi de jeter un regard sur les missions de
cette douanes(2).

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1- l’organigramme de la Douane Camerounaise
(organisation et fonctionnement)

Confère le décret n°2013/066 du 28 février 2013.

Globalement la Direction Générale des Douanes fait partie de


l’Administration Centrale du Ministère des finances. A l’image de des autres
directions générales, elle est charpentée d’un Directeur Général placé sous
l’autorité du Ministre des Finances.
A la lecture des dispositions du décret susvisé, il ressort que la Direction
Générale des Douanes est la structure technique en charge des questions
douanières elle est structurée, au niveau central par des divisions, et au niveau
déconcentré par des secteurs de douane (au niveau régional).
- des bureaux des douanes (en fonction des enjeux douaniers) ;
- des groupements actifs des douanes (au niveau régional pour seconder
les chefs de secteur) ;
- des subdivisions actives ou commerciales ;
- des brigades et des postes de douane. (Lire l’organigramme)

B- la spécificité du corps de la Douane Camerounaise


La Douane Camerounaise est organisé autour de deux sous corps
originellement destiné à exercer des compétences spécifiques.

- le sous corps de la douane commerciale ou sédentaire:


Dirigé de liquider et de prélever les recettes douanières, ce corps est
hiérarchisé du bas vers le haut de la manière suivante ;
 commis des Douanes (cadre D)
 contrôleur adjoint (cadre C)
 contrôleur (cadre b1)
 Contrôleur Principal (cadre b2)
 Inspecteur (cadre A)
 Inspecteur Principal (cadre A2)

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- le sous corps de la douane de surveillance chargée fondamentalement
de la surveillance des frontières notamment à travers la lutte contre la contre
bande, la contrefaçon, la criminalité frontalière etc…
Elle est hiérarchisée du bas vers le haut de la manière suivante :

 préposé des douanes


 brigadier des douanes
 adjudant des douanes
 adjudant principal des douanes
 lieutenant des douanes
 capitaine des douanes
 commandant des douanes

La projection actuelle en matière douanière au Cameroun est


l’harmonisation des deux corps.

En réalité, de manière fondamentale, il n’existe pas de différence entre les


deux corps du moment où ces personnels suivent les mêmes formations et
peuvent occuper indifféremment les mêmes fonctions. Il s’agit dont
simplement des orientations formelles qui interviennent en début de carrière.
D’ailleurs ces deux sous corps s’équivalent en grade de ma marinière suivante

N Douane active Douane Sédentaire


°
1 Préposé Commis
2 Brigadier Contrôleur Adjoint
3 Adjudant Contrôleur
4 Adjudant Principal Contrôleur Principal
5 Lieutenant Inspecteur
6 Capitaine Inspecteur à l’unité …..
7 Commandant Inspecteur Principal

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C- MISSION ET DEFIS DE LA DOUANE CAMEROUNAISE

Au 21ème siècle, la globalisation des échanges, l'évolution de


l'environnement international, la situation sécuritaire et sanitaire mettent en
exergue le rôle des administrations douanières, demeurant dans leurs
missions régaliennes ;mais confrontées à de multiples défis dans la gestion des
flux physiques de personnes et de marchandises ainsi que dans la facilitation du
commerce extérieur et la protection des espaces économiques nationaux.
Ces conjonctures mènent également les Douanes à faire face à des exigences
accrues dont la sécurisation de la chaine logistique et internationale, Ainsi la
Douane camerounaise s’adapte afin de gérer les nouvelles contraintes en dépit
de ses moyens limités, tout en optimisant les opportunités offertes par le
commerce international pour le développement national et sous régional.
Il s’agira donc pour nous de présenter les missions traditionnelles de la douane
camerounaise (1ere partie) et ensuite d’analyser les nouveaux défis (2 e partie)
auxquels elle doit s’arrimer en tant que matrice essentielle du commerce
international.

I- LES MISSIONS DE LA DOUANE CAMEROUNAISE

Selon le DECRET N°2008/365 DU 08 NOV 2008 portant organisation du


Ministère des Finances ; la Douane camerounaise a pour mission globale la
mise en œuvre de la politique gouvernementale en matière douanière. Pour ce
faire, son champ d’action recouvre les missions spécifiques suivantes :

1- La mission fiscale ;

2- La mission économique ;

3- La mission de surveillance et de protection du territoire ;

4- La mission d’assistance aux autres administrations.

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1- LA MISSION FISCALE

En tant qu’administration fiscale, la Douane camerounaise contribue à la


mobilisation des recettes budgétaires. Les recettes mobilisées par les services
des douanes s’élèvent en moyenne à 33% des recettes non pétrolières de
l’Etat. Ainsi elle est chargée de la liquidation et du recouvrement des droits et
taxes de douane, ainsi que de toutes autres taxes prévues par la
réglementation en vigueur ;

2- MISSION ECONOMIQUE

L’Administration des douanes participe à la création d’un


environnement légal et réglementaire favorable à l’épanouissement des
activités économiques. A ce titre, elle est chargée de la protection de l’espace
économique national, notamment en matière de satisfaction de la demande
nationale par une meilleure gestion des régimes douaniers économiques ;

-Facilitation des échanges ;

-Contrôle des règles de concurrence par la lutte contre les mesures


compensatoires et le dumping ;

-Lutte  contre la contrefaçon ; la lutte contre le trafic des stupéfiants et


autres trafics illicites
-Maîtrise des règles d’origine.

3- LA MISSION DE SURVEILLANCE

Les missions de surveillance concernent la protection des personnes et


des biens. Ces missions ont cours plus particulièrement aux points d’entrées
terrestres, maritimes et aériens. Cette mission confère à la douane des
responsabilités particulières en ce qui concerne la sûreté aérienne et la lutte
contre les trafics illicites et la criminalité organisée.

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En tant que Corps paramilitaire, l’administration des douanes peut être
appelée, dans certaines circonstances, à apporter son concours à la défense de
l’intégrité territoriale.

4- LA MISSION D’ASSISTANCE AUX AUTRES ADMINISTRATIONS

En raison de sa présence aux frontières, la douane est amenée à


effectuer des missions d’assistance au bénéfice d’autres administrations. Elle
porte ainsi son concours à divers services de l’Etat notamment :

Au Ministère en charge de la Défense en matière de contrôle de l’entrée


d’armes et munitions et du trafic des produits dangereux ;

Au Ministère en charge de la Santé Publique en ce qui concerne le


contrôle de l’importation des médicaments et de la qualité des produits
alimentaires ;

Au Ministère en charge de l’Elevage, des Pêches et des Industries


animales , s’agissant du contrôle de l’importation des produits alimentaires et
de la perception de la taxe d’inspection sanitaire vétérinaire ;

Au Ministère en charge des Forêts et de la Faune en matière de contrôle


des produits forestiers ;

Au Ministère en charge de l’Environnement en matière de lutte contre


les déchets toxiques et industriels et la protection de la couche d’ozone;

Au Ministère en charge de l’Agriculture et du Développement Rural à


travers les services phytosanitaires;

Au Ministère en charge de l’Industrie, des Mines et du Développement


technologique, en matière de contrôle des importations et des exportations
des produits pétroliers et miniers;

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Au Ministère en charge du Commerce, dans le domaine de l’application
de la politique d’importation et d’exportation ;

Au Ministère en charge de la culture en matière de répression du trafic


des œuvres d’arts;

Au Ministère en charge de l’Administration Territoriale et de la


Décentralisation, s’agissant de la liquidation des taxes parafiscales au bénéfice
d’autres administrations.

II- LES DEFIS DE LA DOUANE CAMEROUNAISE

La Douane camerounaise pour s’adapter aux nouvelles contraintes et


optimiser les opportunités offertes par le commerce international, doit faire
face à l’influence des contraintes ci-après :

 la complexité des échanges internationaux ;


 les menaces contre la sécurité ;
 les menaces sur la santé publique ;
 l’augmentation des activités de la criminalité organisée, du terrorisme ;
de la cybercriminalité
 les exigences des opérateurs économiques en matière commerciale ;
 la fraude douanière (contrebande, fraude documentaire, etc.) ;
 le contrôle de la conformité aux normes sanitaires, environnementales,
de propriété intellectuelle.

 le contrôle des changes et des opérations financières du commerce


extérieur ;
 la coopération avec les services répressifs, les administrations et les
organismes chargés de la sécurité aux frontières et de la sécurité
intérieure ;
 la gestion et l'application des accords commerciaux préférentiels entre le
Cameroun et des pays ou organisations tiers.

Conformément à ses missions traditionnelles, à savoir collecte des recettes,

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surveillance du territoire, accompagnement de l’économie et assistance aux
administrations, les réponses de la Douane aux différents aspects
susmentionnés peuvent se résumer comme suit :

1- DEFIS BUDGETAIRES

Recherche de nouvelles niches de matière taxable :


 Véhicules non dédouanés ou mal dédouanés en marche de la
règlementation en vigueur
 Meilleur prise en charge des téléphones portables ; tablettes numériques
et logiciels
 Dédouanement formel des marchandises visibles sur le marché tel que
bijoux, cigarettes cigares liqueurs
 Conciliation des dépenses fiscales avec les objectifs assignés avec une
meilleure gestion des abattements, exonérations à titre exceptionnel, afin
de s’assurer du respect du principe de l’égalité de la charge de tous
devant les charges publiques.

2-DEFIS MANAGERIAUX

En mettant un accent particulier, sur :


 La promotion continuelle de l’éthique et de la bonne gouvernance
 La lutte contre la corruption
 Meilleure gestion des carrières on observe beaucoup de désordre au
niveau du suivi des avancements
 Meilleure gestion des ressources humaines axée sur la compétence
Dans le cadre des nominations
 Nécessité d’organiser des séminaires et formation pour, imprégner le
personnel en notion du commerce international, susciter des vocations
sur les métiers du commerce international et sortir du cadre léthargique
de la douane traditionnelle.

 Stimulation de la pro activité et de l'innovati

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3-DEFIS ECONOMIQUES

Mise en place de mesures d’accompagnement stratégique opérationnel des


opérateurs économiques :

Accords stratégiques avec des opérateurs économiques fiables


Accord des exonérations
Gestion des moratoires
Octroi et suivi des facilites
Accord des magasins sous douane
Gestions des régimes économiques perfectionnement actif et passif
Renforcement de la dématérialisation
Réduction du « fardeau administratif » pour le commerce licite, Révision
et simplification des procédures existantes ;
Gestion des nouveaux modèles d’entreprise comme le commerce
électronique.
Sensibilisation, dissuasion et répression des comportements
répréhensibles
Intégration continue des APE UE - CAMEROUN
Préparation de la mise en place prochaine de la ZLECAF (zone de libre-
échange continentale africaine fusion entre les communautés).

4- DEFIS SECURITAIRES
Renforcement des missions de surveillance par :
 Imprégnation du personnel de la douane aux métiers de la douane ayant
un impact sécuritaire : mise sur pied d’une brigade canine et Douane
marine.
 Formation sur le maniement des armes lourdes et conduite des engins et
détection des stupéfiants et métaux, Spécialisation en matière de
criminalité transfrontalière s’imprégner de la réglementation y relative :
trafic d’armes ; trafic humain ; blanchiment d’argent
 Coordination et coopération entre les autorités et les organismes
intervenant dans la sécurité aux frontières pour une gestion intégrée et
coordonnée
 Dispositif de lutte contre la fraude et le commerce illicite aux frontières
et dans le rayon des douanes (contrebande, biens culturels, produits
mettant l’environnement ou la santé publique en danger, espèces
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protégées de la faune et de la flore, etc.)
 Promotion d’un échange de renseignements fluide tant à l'échelon
national qu'international

5- DEFIS DE COOPERATION INTERNES ET EXTERNES

 Information et mise en œuvre des prescriptions réglementaires


applicables aux voyageurs, marchandises et moyens de transport qui
traversent les frontières, et qui circulent dans le territoire
 Mise en œuvre des mesures visant à limiter la propagation de la
pandémie Covid 19
 Collaboration plus étroite entre les douanes sous-régionales et
internationales
 Actualisation et harmonisation des réglementations communautaires
 Développement du transit sous-régional
 Coopération locale, bilatérale et multilatérale.

CONCLUSION

Pierre angulaire des marchés, source de recettes pour le budget de l’Etat,


la Douane camerounaise assure également la sécurité des frontières et protège
les citoyens contre les marchandises interdites et dangereuses telles que les
armes, les engins explosifs et leurs précurseurs, les drogues et les produits
nocifs pour l'environnement. Elle facilite les échanges entre le Cameroun et le
reste du monde, ce qui est vital pour la croissance nationale.
Avec une série d’actions pour l’amélioration des performances des douanes
tout en facilitant la vie des entreprises et en protégeant la santé et la sécurité
des citoyens, les autorités douanières ont besoin de méthodes de travail encore
plus intelligentes pour pouvoir gérer leur longue liste de responsabilités, qui ne
cesse de s'allonger.

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1- Cadre juridique des douanes camerounaises

Il faut entendre par cadre juridique international des douanes


Camerounaises, l’ensemble des règles juridiques appliquée ou applicables au
Cameroun en matière douanière dans le cadre des transactions internationales.

Il convient de rappeler que stricto senso la douane Camerounaise n’a pas


de cadre juridique propre. La réglementation Douanière appliquée de manière
générale au Cameroun est définie au sein de la CEMAC qui est le territoire
douanier unique dans la sous région consenti par six pays qui la composent à
savoir, la Guinée Equatorial, le Gabon le Congo Brazzaville, le Tchad, la RCA et
bien sur le Cameroun. Ainsi les règles douanières imposées de la CEMAC.
Toutes fois sur des questions précises notamment liées de protectionnisme, ces
règles peuvent être inspirées de la loi de finances qui d’ailleurs chaque année
apporte les précisions sur les mesures douanières en vigueur.
Au delà du cadre communautaire, la douane Camerounaise étant membre
de l’Organisation Mondiale des Douanes s’inspire des avis de cette dernières
pour ses activités.

2- Cadre juridique strictement national

- Loi de Finance ;
- lois et règlements en matière douanière

3- autre cadre juridique communautaire et international


- code des douanes
- tarif des douanes
- avis et reformes OMD,OMC

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IIème Parie : CADRE JURIDQIE ET INSTITUTIONNEL DU
COMMERCE INTERNATIONAL

Le cadre juridique et institutionnel renvoi à toutes les dispositions


juridique et institutionnelles formellement reconnues.

I- les orientations philosophiques du cadre juridique et institutionnel

A- UN CONTEXTE DE CONCURRENCE ACCRUE ET MONDIALE


Dans le contexte économique actuel de mondialisation, aucun dirigeant,
gestionnaire, avocat ou juriste d’entreprise, ne peut nier l’importance du droit
du commerce international dans la vie des affaires. L’époque est en effet
révolue où une entreprise pouvait circonscrire son activité dans les limites de
sa région ou de son pays. L’ouverture progressive des marchés nationaux
depuis 1948, à l’instigation d’abord du GATT (Accord général sur les tarifs
douaniers et le commerce), puis, à partir de 1995, de l’OMC (Organisation
mondiale du commerce), a entraîné une concurrence internationale qui
s’accroît sans cesse entre les entreprises œuvrant dans des secteurs d’activités
identiques ou similaires. Cette nouvelle donne sur le plan concurrentiel,
rendue encore plus aiguë depuis le début des années 90, au moment où la
mondialisation s’est accélérée, impose une aux entreprises de se positionner si
elles veulent survivre. Les gestes qu’elles poseront et les comportements
qu’elles adopteront à cet égard seront régis par le droit du commerce
international.
Pour faire face à cette concurrence mondiale, l’entreprise dispose de
certaines options, qu’elle peut utiliser isolément, mais qu’il lui faudra bien
souvent combiner, d’autant que le nouvel environnement concurrentiel impose
un ajustement effectué non pas une fois pour toutes, mais qui doit s’opérer au
contraire de façon permanente. L’entreprise choisira par exemple de
restreindre son activité à un ou des créneaux précis (stratégie de spécialisation
ou de niche). Elle pourra aussi songer à acquérir le contrôle d’autres
entreprises d’ici œuvrant dans des secteurs d’activités identiques, similaires ou
complémentaires. Elle pourra encore fusionner avec elles, immédiatement ou
après l’acquisition de leur contrôle, ce qui n’empêchera pas de réaliser de
surcroît une stratégie de spécialisation. Lorsque ni la fusion ni l’acquisition du
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contrôle par entente ne sont possibles, l’entreprise pourra envisager de forcer
l’acquisition du contrôle par le lancement d’une offre d’achat hostile, du moins
si les actions de l’entreprise convoitée sont cotées en bourse (cas de la société
dite « ouverte »), car il est impossible de forcer la vente de titres d’une société
non cotée (ou société dite « fermée »).
Quelle que soit la stratégie mise œuvre, il demeure que le marché national
desservi par l’entreprise se révèle fréquemment une aire géographique trop
restreinte pour l’atteinte d’une rentabilité suffisante. C’est notamment le cas
des entreprises manufacturières, dont le marché d’écoulement des produits
doit être d’une taille suffisante pour générer des « rendements d’échelle ».
C’est aussi celui des entreprises œuvrant dans des secteurs qui nécessitent
d’importants investissements en recherche-développement, comme la
conception de logiciels ou le secteur pharmaceutique, qui doivent viser un
marché étendu de manière à pouvoir récupérer plus rapidement le montant
des investissements réalisés, et ainsi pouvoir générer des profits. C’est
pourquoi il est impératif que ces entreprises réalisent des opérations sur les
marchés étrangers. Elles y vendront une partie de leur production au moyen
d’exportations, en ayant généralement recours à des intermédiaires locaux.
Mais elles pourront également s’y implanter,
En créant (implantation-création) des exploitations avec (filiales) ou sans
(établissements) personnalité juridique. Les filiales pourront aussi être créées
en ouvrant son capital à un partenaire, le plus souvent local – certains États
d’implantation l’exigent –, dans le cadre d’un joint-venture (implantation-
partenariat).
Les marchés étrangers forment cependant un univers très différent du
marché national sur lequel l’entreprise a l’habitude d’agir. Les relations
d’affaires s’y nouent habituellement avec des partenaires inconnus, dans un
environnement juridique de surcroît parfois déroutant. Les risques, qu’ils
soient de nature politique, commerciale ou financière, sont en outre bien
supérieurs à ceux qui ont cours sur le marché national. L’insécurité
commerciale et juridique a donc tendance à prédominer dans les opérations du
commerce international.

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B- LES STRATÉGIES D’INTERNATIONALISATION

Dans ce contexte, l’entreprise désireuse de faire affaire sur les marchés


étrangers doit d’abord opter pour l’une des deux grandes stratégies
d’internationalisation qui lui sont ouvertes : une action vers l’étranger, telle
une simple vente à l’exportation réalisée par l’entremise d’intermédiaires
agissant sur place, ou encore une installation ou implantation à l’étranger, par
exemple lorsque l’entreprise créé un bureau de vente ou une usine de
fabrication.

Mais, à l’intérieur même de ces deux stratégies globales se profile toute


une gamme de choix plus particuliers, que l’entreprise fera en fonction de ses
objectifs spécifiques. Ainsi, lorsque l’entreprise opte pour une action vers
l’étranger, elle doit notamment se demander si elle doit agir seule, ou s’il ne
serait pas préférable de confier cette tâche à un intermédiaire de son propre
pays, comme par exemple une société spécialisée dans l’import-export. Celle-
ci pourra agir en tant que mandataire de l’entreprise exportatrice, mais elle
pourra devenir elle-même exportatrice, dans l’hypothèse où elle procède à
l’acquisition des produits avant de les exporter. L’entreprise exportatrice a
encore la possibilité de s’allier, dans le cadre d’accords plus ou moins formels
comme ceux donnant naissance à des « centrales » de vente, à des entreprises
de son pays, qui exportent déjà ou on l’intention d’exporter des produits,
complémentaires ou non aux siens, sur le marché visé.
Par ailleurs, qui représentera l’entreprise sur le marché étranger? Devra-
t-il s’agir de salariés dépêchés spécialement sur les lieux (mobilité
internationale)? Ou encore d’un partenaire local (intermédiaire ou agent)? Et,
dans ce dernier cas, quels pouvoirs l’entreprise exportatrice devra-t-elle lui
accorder? De simple représentation, c’est-à-dire que le partenaire local
négociera et conclura les contrats de vente au nom et pour le compte de
l’entreprise exportatrice (mandat) Ou bien lui permettra-t-elle de négocier et
conclure valablement les contrats en son propre nom (commissionnaire)?
En revanche, dans l’hypothèse d’une stratégie d’installation à l’étranger,
convient-il d’agir isolément en créant une implantation à partir de rien? Ne
serait-il pas plus approprié d’acquérir le contrôle d’une société locale œuvrant
dans le même secteur et bien implantée sur son marché, ou même de

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fusionner avec elle? En cas d’échec des négociations, serait-ce une bonne
chose que de tenter d’en acquérir le contrôle par la force, du moins lorsque ses
actions sont cotées en bourse? Sinon, ne serait-il pas adéquat de rechercher le
concours de cette société, ou encore d’une autre société œuvrant sur ce
marché, avec laquelle les investissements et la gestion de l’implantation, ainsi
que les risques découlant de son exploitation, seront partagés de façon égale
dans le cadre d’un joint-venture?
En réalité, le choix entre une stratégie d’action vers l’étranger ou
d’installation à l’étranger dépend du degré d’internationalisation atteint par
l’entreprise. C’est ainsi qu’habituellement, aux premiers stades de ce
processus, l’entreprise n’a d’autre alternative que d’opter pour la première
stratégie. Ce n’est que plus tard, lorsque qu’elle aura atteint ses objectifs de
pénétration du marché visé, qu’elle pourra songer à s’y implanter. De sorte
qu’il est loisible d’affirmer que l’option d’une installation immédiate à
l’étranger concerne essentiellement la grande entreprise.

C- LES INSTRUMENTS JURIDIQUES ET FINANCIERS

À chacune des deux grandes stratégies évoquées et des options


particulières qu’elles recèlent, vont correspondre des instruments juridiques,
c’est-à-dire essentiellement des contrats. Ceux-ci formaliseront la stratégie
choisie et ses modalités dans un instrument contraignant pour les partenaires.
À ces instruments juridiques vont en outre correspondre des instruments
financiers, dictés par la nécessité de procéder de manière efficace aux
paiements ou transferts de fonds devant permettre l’exécution des contrats,
tout en accordant des garanties ainsi que des possibilités de financement aux
partenaires.
La négociation de ces différents instruments, tant juridiques que
financiers, va mettre en lumière les traits particuliers des transactions
internationales. Internationales, d’abord, parce qu’elles interviennent soit
entre des partenaires relevant d’États différents, soit entre des partenaires
relevant du même État, mais relativement à une opération caractérisée par un
élément dit d’« extranéité » que nous définirons un peu plus loin.
Internationales, ensuite, parce qu’elles engendrent diverses contraintes :
normatives, judiciaires, monétaires, territoriales et fiscales, inconnues des

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opérations purement internes, et auxquelles les règles du droit du commerce
international, en particulier ses instruments juridiques et financiers, doivent
apporter des solutions adéquates.

D- L’IMPORTANCE DE LA LOI APPLICABLE À LA SOCIÉTÉ


L’entreprise, opérateur du commerce international, ordinairement une
personne morale de droit privé constituée en société, doit cependant tenir
compte, dans sa stratégie d’internationalisation, de la loi qui régit son statut et
son fonctionnement (lex societatis). Cette dernière, que l’on confond souvent
avec la nationalité de la société, est étroitement liée à la localisation de son
siège social statutaire. En réalité, la lex societatis pose fondamentalement la
question de la détermination et du domaine de la loi applicable à la société
lorsqu’elle exerce ses droits à l’étranger, non seulement dans l’hypothèse
d’une action à l’étranger, mais encore lorsqu’elle s’y implante. Mais son
importance se révèle d’une manière toute particulière lorsque l’entreprise doit
se restructurer afin de rester concurrentielle tant sur son propre marché que
sur Les marchés étrangers, notamment lorsqu’elle procède à cet égard à la
création ou au remodelage d’un groupe international de sociétés.

E- UN DROIT HÉTÉROGÈNE
Le droit du commerce international forme une matière complexe,
notamment parce qu’il fait intervenir plusieurs branches du droit, fait appel à
des sources formelles multiples : étatiques, nationales, internationales à
certains égards, d’origine privée entremêlée ainsi le droit public et le droit
privé, interne et international. Cette interaction, ce mélange des genres,
constitue l’écueil principal du droit du commerce international. L’on se trouve
donc devant une matière composite, qui ne possède en vérité qu’une
autonomie toute relative par rapport aux autres disciplines juridiques : elle
n’est bien souvent, en effet, que la résultante de la combinaison d’une
multitude de disciplines juridiques s’inscrivant habituellement dans un cadre
national, mais dont la présence d’éléments d’extranéité confère une autre
dimension. Il ne faut cependant pas nier une certaine part d’autonomie ou,
plus justement, de traits particuliers, propre au droit du commerce
international. Ces caractères originaux se révèlent dans le fait que les règles

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matérielles de source internationale revêtent une importance sans cesse
grandissante par rapport aux règles de conflit, dans la présence d’une source
formelle d’origine en partie privée et enfin dans le recours quasi systématique
à l’arbitrage comme mode de règlement des différends.

F-DÉLIMITATION DE LA SPHÈRE DU DROIT DU COMMERCE


INTERNATIONAL

Le droit du commerce international, si l’on adopte une conception large,


peut en fait être décrit comme une maison à étage. À l’étage, à un niveau que
l’on pourrait qualifié de macroéconomique, se trouve le droit international
économique, branche du droit international public. L’une de ses vocations, qui
nous concerne plus particulièrement, est la réglementation des échanges
économiques internationaux sous leurs aspects globaux. Celle-ci vise à
concilier les exigences apparemment contradictoires que sont, d’une part les
impératifs de l’ouverture des marchés nationaux, source de richesses accrues -
selon la théorie économique - pour les économies nationales, et d’autre part la
protection nécessaire de certains secteurs de l’économie nationale.
Le droit international économique ne réglemente cependant pas
directement les opérations qui matérialisent les mouvements transfrontaliers
des facteurs de productions (biens, personnes, services et capitaux) que
permet l’ouverture des économies nationales. C’est là plutôt le domaine, à
proprement parler, du droit du commerce international, que l’on pourrait
situer au rez-de-chaussée de la maison, soit à un niveau micro-économique.

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G- LES SOURCES FORMELLES DU DROIT DU COMMERCE
INTERNATIONAL
Comme nous venons de le mentionner, le droit du commerce
international, du moins dans sa composante micro-économique, est hétéroclite
: il fait appel à différentes branches du droit interne, fait interagir divers
systèmes juridiques étatiques, en plus d’être composé de sources
internationales proprement dites. Ses sources formelles sont donc nationales
et internationales. S’y ajoute une source particulière quoique contestée.

H- LES SOURCES NATIONALES

Les différents droits privés étatiques constituent la source fondamentale


du droit du commerce international, un peu comme le socle de la maison qui
nous a servi d’image. Il en va d’abord ainsi parce que les systèmes juridiques
étatiques comportent parfois des règles matérielles (de fond) applicables en
tant que telles aux opérations du commerce international1. Mais le principal
apport des droits nationaux réside dans les solutions qu’ils apportent aux
conflits de lois et de juridictions qu’impliquent la plupart du temps les
opérations du commerce international.
Les règles de résolution de ces deux types de conflits forment la substance
de la discipline du droit international privé, même si les règles matérielles,
quoique peu nombreuses en pratique, en font également partie. À la base, le
droit international privé est une composante des divers systèmes juridiques
étatiques, de sorte qu’il serait plus approprié de parler de « droit privé
international », c’est-à-dire de la partie du droit privé étatique dont l’objet
principal est la résolution des conflits de lois2 et de juridictions3 engendrés
notamment par les opérations comportant un élément d’extranéité, qu’il soit à
caractère économique ou non (critères objectifs d’internationalité), ou encore
qualifiées d’internationales par les parties (critère subjectif d’internationalité).

20
I- LES SOURCES INTERNATIONALES

Comme il est nécessaire d’assurer une certaine cohérence dans cet


univers souvent disparate de systèmes juridiques étatiques auxquels
conduisent les règles de droit international privé relatives aux conflits de lois, il
convient de tenter un rapprochement (coordination ou harmonisation), voire
une uniformisation (ou unification), de ces systèmes, sinon en ce qui concerne
les règles matérielles, du moins au niveau des règles de conflit.
En ce qui touche le droit matériel, ce résultat est d’abord atteint au moyen
de l’adoption de conventions internationales de droit uniforme. La question
est donc résolue au niveau 1 Ces règles de droit matériel portent plus
proprement le nom de « règles matérielles de droit international privé ». Cela
signifie que le juge étatique les applique directement, sans passer par une
quelconque règle de conflit de lois, du moment qu’il a qualifiée l’opération
litigieuse d’internationale en fonction soit du critère objectif soit du critère
subjectif. 2 La question à résoudre étant celle de savoir quel système juridique
étatique va s’appliquer. 3 Cette fois, la question à résoudre porte sur la
compétence des tribunaux étatiques (for) dans le cadre d’un litige à caractère
international. Cette compétence comporte deux volets : d’une part la
compétence directe, soit celle pour entendre et trancher un litige porté
directement devant le tribunal, d’autre part la compétence indirecte, soit celle
ayant trait aux conditions auxquelles le tribunal va reconnaître
(reconnaissance) et déclarer exécutoire (exécution ou exequatur) dans son
ordre juridique une décision rendue par un tribunal étranger ,interétatique,
soit à l’aide de la source formelle principale du droit international public qu’est
le traité (ou convention). Devant être mises en œuvre par les États parties
dans leurs ordres juridiques respectifs, ces conventions ont en réalité pour but
non pas tant d’unifier les règles matérielles étatiques à l’égard d’une opération
précise de droit privé envisagée dans un perspective purement interne4,
comme la vente ou le louage, mais plutôt d’introduire dans l’ordre juridique
des États signataires des règles matérielles prenant en compte de manière
spécifique l’aspect international de l’opération5. En effet, dans la plupart des
cas, les règles matérielles des systèmes juridiques étatiques relatives à une
opération de droit privé ne prennent en compte que l’aspect interne, ignorant
sa perspective internationale. C’est pourquoi les règles matérielles de droit

21
international privé, peu nombreuses au demeurant, sont l’œuvre de la
jurisprudence, qu’elle créée afin de pallier les carences du législateur national.

Pour prendre un exemple de convention internationale de droit matériel,


mentionnons la Convention de Vienne sur la vente internationale de
marchandises du 21 avril 1980, élaborée notamment sous les auspices de la
Commission des Nations Unies pour le droit commercial international
(CNUDCI).
Cet organe subsidiaire de l’Assemblée générale joue un rôle majeur sur le
plan du droit uniforme. Mais il y a également lieu de souligner celui
d’UNIDROIT (Institut international pour l’unification du droit privé),
organisation internationale intergouvernementale à part entière, qui est aussi à
l’origine de la Convention de Vienne ainsi que d’autres conventions de droit
matériel, dont celles d’Ottawa du 28 mai 1988 portant respectivement sur
l’affacturage international et le crédit-bail international.
Il faut toutefois reconnaître que, à l’exception de la Convention de Vienne,
ces instruments de droit uniforme ont peu de succès sur le plan des signatures
et des ratifications étatiques. De plus, sauf pour celles qui concernent le
transport international, elles peuvent être écartées, en partie ou en totalité,
par les cocontractants. La raison d’une telle liberté est que ces conventions ont
été conçues en fonction de l’intérêt des opérateurs du commerce international,
intérêt de nature privé dont ils sont encore, selon les États, les meilleurs juges.
Devant le peu de succès et l’efficacité relative des conventions
unificatrices de droit matériel, il est nécessaire d’emprunter une voie plus
réaliste, à savoir celle de l’harmonisation des règles nationales de droit
matériel. Pour cela, un instrument plus souple, d’une nature complètement
différente de la convention internationale, est utilisé. Il s’agit de la loi type ou
modèle, c’est-à-dire un prototype de loi sur une matière spécifique, proposé
aux États, qui peuvent ainsi l’adopter, tel quel ou avec modifications, dans leur
ordre juridique national.
La CNUDCI est sans conteste le fer de lance en cette matière. Son modèle
ayant connu le plus de succès a cependant trait au domaine procédural, à
savoir la loi type sur l’arbitrage commercial international du 21 juin 1985, sur
laquelle sont basées les dispositions sur l’arbitrage. Il y a lieu de souligner
l’exception que constituent les lois uniformes adoptées dans le cadre de

22
l’OHADA (Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires).
Ces lois, qui comportent parfois des dispositions visant les aspects
internationaux, unifient le droit matériel interne des seize États membres dans
les différentes disciplines comprises communément dans ce qu’on appelle le «
droit des affaires ». 5 Il est nécessaire de souligner que ces conventions
internationales de droit matériel comportent aussi, la plupart du temps, des
règles de conflits de lois que l’on retrouve aux articles 940 à 951.2 du Code de
procédure civile du Québec. Les lois types de droit matériel, telles celles sur les
virements internationaux (1992), sur le commerce électronique (1996) ou
encore sur l’insolvabilité internationale (1997), connaissent cependant
beaucoup moins de succès, même si leur influence sur les législations
nationales peut se révéler parfois non négligeable.
Comme l’unification et l’harmonisation des différentes règles étatiques de
droit matériel constituent des entreprises semées d’embûches et d’une
efficacité restreinte, les États limitent souvent leurs efforts à une tentative
d’unification ou d’harmonisation de leurs règles de droit international privé
portant sur les conflits de lois et de juridictions. Cela peut se faire au moyen de
la conclusion de traités, le plus souvent bilatéraux. Mais, en Europe, dans le
cadre particulier de la Communauté européenne (CE), une unification a pu
avoir lieu à une échelle multilatérale tant en ce qui concerne les conflits de lois
que de juridictions. C’est ainsi que, sur le plan des conflits de lois en matière
contractuelle, le droit commun des États de la CE se trouve dans les
dispositions de la Convention de Rome du 19 juin 19806. Relativement aux
conflits de juridictions, l’unification à l’échelle européenne résulte des
dispositions du règlement no 44/2001 du 22 décembre 2000, concernant la
compétence judiciaire, la reconnaissance et l’exécution des décisions en
matière civile et commerciale. Parmi les sources du droit du commerce
international, il y a lieu de souligner l’importance qu’ont les usages (ou
pratiques répétées) des opérateurs, qui s’expriment souvent par des contrats
types, qu’il s’agisse des usages propres à une communauté déterminée de
commerçants ou de ceux qui sont communs à l’ensemble des opérateurs du
commerce international. À cet égard, certaines associations privées,
représentatives des opérateurs du commerce international, se sont donné
entre autres pour mission de procéder, à des fins de clarté et de sécurité
juridiques, à la codification de ces usages. Il en va ainsi de la Chambre de

23
commerce internationale (CCI), qui est à l’origine des Incoterms ainsi que des
Règles et usances uniformes CCI en matière de crédits documentaires, que
nous étudierons dans le cadre du cours. Les arbitres du commerce international
contribuent, de leur côté, à la formulation de ce que l’on appelle les « principes
transnationaux » ou « principes généraux du droit du commerce international
». Ceux-ci sont formés de principes généraux issus soit de la recherche des
principes communs aux différents systèmes juridiques étatiques, soit encore de
règles matérielles de source internationale, comme celles que l’on retrouve
dans les conventions - que celles-ci soient en vigueur ou non - ou les lois types.

Ces principes ont fait l’objet de deux essais de regroupement et de


systématisation, à la manière d’une codification, mais qui demeure d’origine
privée. La plus importante des deux a été effectuée par UNIDROIT7. Il s’agit
des Principes Unique du droit relatifs aux contrats du commerce international.

Cette convention est présentement dans un processus de transformation


en règlement de la Communauté européenne, dit « projet de règlement Rome I
». 7 L’autre codification a été l’œuvre d’une commission composée
d’universitaires de différents États européens, présidée par le professeur Ole
Lando. Elle porte le nom de Principes pour un droit européen des contrats.
Ceux-ci ont été publiés en trois phases, au cours des années 1995, 1998 et
2002.la combinaison et de la conciliation des règles générales du droit des
contrats qui sont communes aux deux systèmes juridiques les plus répandus
dans le monde, soit le droit civil (ou système romano-germanique) et la
common law se pose alors la question de savoir si les usages du commerce
international et les principes transnationaux, forment un ordre juridique - si
tant est qu’on puisse parler d’« ordre juridique » - distinct des différents ordres
juridiques étatiques. En d’autres mots, un contrat international peut-il être
régi uniquement par la lex mercatoria, sans faire référence à une quelconque
loi étatique? C’est là tout le problème du « contrat sans loi », ou « anational »,
que nous verrons pendant le cours.

24
J- DÉFINITION DE LA MATIÈRE DANS SA COMPOSANTE MICRO-
ÉCONOMIQUE
On peut définir schématiquement le droit du commerce international
dans sa composante micro-économique, au sens strict et dans une vision
traditionnelle, comme l’étude des règles s’appliquant aux opérateurs et aux
opérations du commerce international.
Ces dernières peuvent être qualifiées d’internationales de deux manières :
soit lorsqu’elles sont rattachées à au moins deux ordres juridiques étatiques sur
la base de critères objectifs, qu’ils soient à caractère économique ou non, tels
la nationalité des parties, leur domicile ou siège social, ou encore le lieu de
conclusion ou d’exécution du contrat; soit également lorsqu’elles sont
qualifiées comme telles par les parties dans leur contrat, sans égard à la
présence d’éléments objectifs rattachant l’opération à au moins deux ordres
juridiques étatiques (critère subjectif).
Toutefois, afin de rendre compte adéquatement du phénomène actuel de
mondialisation de l’économie et des affaires, une vision plus large du droit du
commerce international s’impose. Elle consiste d’abord à le faire s’épanouir en
un droit des affaires internationales. Il s’agit alors d’inclure dans son étude non
seulement les éléments de droit fiscal (et comptable) pertinents, mais
également l’examen de l’importante question des fusions (et opérations
assimilées : scissions et apports partiels d’actif) et acquisitions internationales
de sociétés; en d’autres mots, des restructurations internationales, qui
permettent la création et la recomposition de groupes internationaux de
sociétés de nature financière, c’est-à-dire caractérisés par une participation de
contrôle8 détenue par une société mère dans le capital de sociétés filiales9. Cet
élargissement de la conception de la matière n’est néanmoins pas tout à fait
suffisant : l’étude du droit du commerce international doit de surcroît englober
celle de questions connexes, dont l’ampleur se révèle à mesure que se déploie
le phénomène de mondialisation. Il en va ainsi de la mobilité internationale
des salariés de l’entreprise, de sorte que les aspects touchant au droit du
travail et à la protection sociale doivent être pleinement pris en compte.
Le contrôle est une notion difficile à cerner. Il peut néanmoins être défini
comme le pouvoir d’influer sur le cours des activités d’une société et,
généralement, de sa vie sociale. La participation de contrôle s’oppose en cela à
la participation dite de portefeuille, qui ne constitue qu’un simple placement. 9

25
À l’opposé, les groupes dits contractuels sont le fruit de rapprochements entre
sociétés au moyen de la conclusion de contrats qui vont les lier les unes aux
autres, soit sur un pied d’égalité (accords de collaboration), comme les joint-
ventures, soit dans un rapport de dépendance de fait existant en dehors de
tout lien de capital (accords d’intégration), comme il en va par exemple de la
plupart des accords de distribution.

Une telle amplification du champ d’application de la matière a pour


résultat que le droit du commerce international, dans le cadre du cours, sera
abordé non seulement dans sa conception traditionnelle, telle que nous l’avons
déjà définie, mais plus encore suivant une vision que les auteurs d’un des
manuels cités plus bas (Mousseron, Raynard, Fabre et Pierre) qualifient
librement de droit international de l’entreprise, c’est-à-dire qui intègre tous les
aspects juridiques qui interviennent dans le cadre de l’activité internationale de
l’entreprise et dont celle-ci doit impérativement tenir compte.

K- OBJECTIF PÉDAGOGIQUE GÉNÉRAL

L’objectif général du cours revêt deux aspects : il vise d’abord à ce que


l’étudiant puisse identifier et comprendre les principales règles juridiques,
quelles qu’en soient les sources, relatives tant aux opérateurs qu’aux
opérations du commerce international. Il vise également à ce qu’il puisse saisir
la manière dont ces différentes règles interagissent lors de la mise en œuvre
des diverses modalités qui concrétisent une stratégie globale d’ouverture de
l’entreprise vers les marchés internationaux, à savoir en fonction soit d’une
action vers l’étranger, soit d’une installation à l’étranger.

26
L- OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES SPÉCIFIQUES

Au terme de cet enseignement, l’étudiant devrait être en mesure :


• de connaître, dans ses grandes lignes, l’histoire et les tendances
actuelles du droit du commerce international;
• de comprendre sommairement l’organisation juridique globale
des échanges commerciaux internationaux issue des accords administrés
et mis en œuvre par l’OMC, de même que la place que tiennent, dans ce
cadre, les accords régionaux (CE, marché commun du cône sud -
MERCOSUR-, accord de libre-échange nord-américain - ALÉNA);
• d’identifier les diverses sources du droit du commerce
international et leur imbrication;
• de connaître les solutions qu’apportent les différents systèmes
juridiques étatiques aux problèmes de conflits de lois et de juridictions
qui se posent habituellement dans le cadre des opérations du commerce
international, ainsi que le rôle et la place des différents instruments
internationaux de droit matériel ou conflictuel;
• d’identifier les règles juridiques applicables aux opérateurs,
surtout privés, du commerce international, et de saisir le rôle qu’elles
jouent dans le cadre de la création et des recompositions d’un groupe
international de sociétés;
• de comprendre les implications juridiques qui découlent des
contraintes particulières (normatives, judiciaires, monétaires,
territoriales et fiscales) avec lesquelles l’entreprise doit composer
lorsqu’elle effectue des opérations de commerce international; en ce
sens, saisir les diverses manières dont le droit du commerce
international, par l’utilisation en particulier de ses instruments à
caractère contractuel, permet de résoudre les difficultés que ces
contraintes engendrent;

• d’identifier les principales règles juridiques, quelles qu’en soient


les sources, applicables aux diverses opérations du commerce
international, suivant la grande division proprement pédagogique entre
instruments juridiques et financiers.

27
M- ORGANISMES DU COMMERCE INTERNATIONAL

1- DANS LE CADRE COMMUNAUTAIRE : LE CAS DE LA CEMAC

- Histoire

Le traité instituant la CEMAC a été signé le 16


mars 1994 à Ndjamena (Tchad) et est entré en vigueur en juin 1999.La CEMAC
regroupe l’Union monétaire de l’Afrique centrale (UMAC), qui est responsable
de la convergence monétaire des États membres, qui partagent la même
monnaie, et l’Union économique de l’Afrique centrale (UEAC), qui a pour
mission d’harmoniser les réglementations en vigueur au sein des États
membres afin de dynamiser les échanges commerciaux et faciliter la
convergences des politiques économiques au sein de la sous-région. La CEMAC
est présidée depuis le 24 mars 2019 par le président du Cameroun Paul Biya.
Depuis mai 2015, les ressortissants de la CEMAC devaient bénéficier de la
libre-circulation dans la région et n'être plus obligés d'utiliser un visa pour
voyager entre les pays de la CEMAC, tout en devant présenter un document
d'identité aux frontières. Cette liberté de circulation était initialement prévue
pour démarrer le 1er janvier 2014, mais a été retardée par la fermeture des
frontières de la Guinée équatoriale.

- Mission

Elle a pour mission :

 d'établir une union de plus en plus étroite entre les peuples des États
membres pour raffermir leurs solidarités géographique et humaine
 de promouvoir les marchés nationaux par l'élimination des entraves au
commerce intercommunautaire, la coordination des programmes de
développement, l'harmonisation des projets industriels
 de développer la solidarité des pays membres au profit des pays et
régions défavorisés
 de créer un véritable marché commun africain.

28
- Objectifs

 d’améliorer la qualité des biens et services, et le transfert des


technologies ;
 de réduire les entraves techniques au commerce et la non-
discrimination ;
 de faire participer des parties intéressées à la normalisation et respecter
le principe de transparence ;
 d’éviter le chevauchement et la duplication des travaux de
normalisation ;
 d’encourager la reconnaissance mutuelle des règlements techniques,
des  normes et des procédures d’évaluation à effet équivalent ;
 d’économiser les ressources et de protéger l’environnement ;
 de réaliser les objectifs légitimes.

- Actions

Si la libre-circulation au sein de l’ensemble de l’espace n’est pas encore


possible, c’est avant tout en raison des différentes crises sécuritaire que
connaît la sous-région, au premier chef desquelles l’insurrection menée
par Boko Haram dans le bassin du lac Tchad. L’harmonisation des législations
internes est encore à achever. Cependant, le Tchad et le Cameroun ont pris les
devants et mis en place la libre-circulation des biens et des personnes entre les
deux États par le biais d’un accord bilatéral, qui pourrait aider à concrétiser les
choses. Lors du sommet de Djobloho, le 17 février 2017, la Guinée équatoriale
et le Gabon se sont en effet engagés à lever toutes les restrictions encore
existantes. Le 22 novembre 2019, à Yaoundé s'est ouvert un sommet
extraordinaire de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique
centrale (CEMAC) présidée par Paul Biya, qui regroupe six pays, pour débattre
notamment de l'avenir du franc CFA. Après les pays d'Afrique de l'Ouest pour la
monnaie unique, c'est au tour de l'Afrique centrale de questionner la
pertinence d'une monnaie aux réserves de change déposées en France et
convertible en euro, présentée par certains comme « héritée de la
colonisation ». « Les présentes assises nous donnent à nouveau l'occasion
d'échanger et d'arrêter des mesures complémentaires pouvant consolider le
redressement économique de notre sous-région », a déclaré Paul Biya, Selon le
président de la commission de la CEMAC, «les lignes du débat sur l’avenir du
franc CFA ont bougé». «Les premiers décideurs, sans la moindre ambiguïté, ont

29
indiqué non seulement la voie, mais également l’urgence à la Commission de la
CEMAC et à la Banque centrale d’approfondir la réflexion afin de leur
permettre de décider des modalités de ladite réforme», a déclaré Daniel Ona
Ondo.
En outre, les chefs d’État de la CEMAC se sont prononcés sur cette question et
souhaitent faire évoluer leur monnaie d’autant plus que, a déclaré Daniel Ona
Ondo, «notre partenaire la France est disposée à une réforme ambitieuse du
franc CFA». Le 28 décembre 2019, le président de la Guinée
équatoriale, Teodoro Obiang Nguema, s'est rendu à Abidjan en Côte d'Ivoire.
Lors du point presse à l'issue de cette rencontre entre les deux chefs de
d'états, Alassane Ouattara et Teodoro Obiang Nguema, les deux chefs
d'État ont également échangé sur la réforme du franc CFA dans la zone Uemoa.
Le président équato-guinéen souhaiterait voir la même réforme en zone Cemac
et juge le franc CFA «d'obsolète»3.
En février 2020, au cours de leur entrevue, Ali Bongo et Daniel Ona Ondo ont
également parlé des décisions prises lors de la dernière conférence des chefs
d’État, marquée par «la volonté des chefs d’État à plus d’intégration». «J’ai
montré au chef de l’État les décisions que nous avons prises concernant les
projets intégrateurs. Nous avons des projets pour la zone Franc CFA. J’ai donc
eu la chance et l’honneur d’avoir les directives du chef de l’État concernant ces
différents dossiers», a-t-il indiqué. À en croire son propos, les réformes
engagées sont en bonne voie et les leaders de la zone CEMAC étudient un
schéma approprié quant à l’avenir d’Aujourd’hui, nos amis de l’UMOA ont pris
la décision de créer l’Eco mais naturellement l’Eco fait échos en Afrique
centrale. Les chefs d’État en Afrique centrale, lors de la dernière conférence
ont demandé à la Commission de la CEMAC et la Banque des États de l’Afrique
centrale de faire une réflexion rapide pour leur proposer les modalités de
réformes du franc CFA. Nous sommes en train de négocier. Donc ce dossier est
en cours. Vous savez que la monnaie c’est un problème de souveraineté
nationale», a-t-il soutenu4.
En août 2020, «La CEMAC et la France ont conclu un accord pour passer du CFA
à l’ECO». C’est l’annonce que des officiels camerounais ont fait il y a quelque
temps à des investisseurs internationaux, avec quelques précisions : tout
comme le processus qui est mené dans la zone jumelle de l’UEMOA, la nouvelle
monnaie serait toujours liée à l’Euro sur la base d’une parité fixe mais la France
ne figureraient plus dans les instances monétaires sous régionales.
Une légère différence cependant, le rapatriement des réserves hors du compte
des opérations du trésor public français ne serait pas acté, comme c’est le cas

30
pour l’UEMOA, mais la CEMAC n’aura plus l’obligation d’effectuer cette
consolidation des réserves de change en France. Les autorités camerounaises
ont nuancé leur propos en déclarant que c’était une option, et que pour le
moment, c’est le statu quo qui prévalait en matière de coopération
monétaire » a indiqué un diplomate sous le couvert d’anonymat, car les
discussions sur ce sujet n’étaient pas publiques.
Cette nouvelle information est très proche de ce qu’ont rapporté il y a quelque
peu, des sources proches de la BEAC, la banque centrale de la CEMAC. Selon
ces dernières, le dossier qui a été confié à la BEAC sous la supervision de
l’Union Monétaire d’Afrique Centrale (UMAC) en novembre 2019, serait déjà
complètement bouclé, et n’attend plus que la signature du président
camerounais Paul Biya, en sa qualité de président en exercice de la CEMAC.

2- CADRE EXTRA COMMUNAUTAIRE : (OMC), (OMD),


(CENUCED), (OCDE)

a- Organisation Mondiale du Commerce(OMC)

- Histoire

L'OMC est née le 1er janvier 19956, mais le système commercial qu'elle


représente a presque un demi-siècle de plus. Les économistes Harry White (à
gauche) et John Maynard Keynes à la conférence de Bretton Woods en 1944.En
1947, l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT : General
Agreement on Tariffs and Trade) établissait les règles du système. L'Accord
général a rapidement donné naissance à une organisation internationale
officieuse, existant de fait et aussi dénommée officieusement GATT, qui a
évolué au fil des ans à travers plusieurs cycles (ou rounds) de négociation.
Un accord général débouche sur la création d'une organisation
internationale. Débuté en septembre 1986 à Punta del Este (Uruguay), l'acte
final du cycle d'Uruguay est adopté le 15 décembre 1993 à Genève et signé
à Marrakech le 15 avril 1994. L'OMC couvre les accords passés dans le cadre du
GATT depuis 1947 et les résultats des négociations commerciales multilatérales
de l'Uruguay Round (outre l'accord instituant l'Organisation mondiale du
commerce, l'acte final comporte vingt-huit accords).Conférence ministérielle
de l'OMC de 1998, à la Place des Nations (Genève, Suisse).

31
En 1996, la première conférence ministérielle se tient à Singapour. Lors de
cette première rencontre, il est décidé de créer trois nouveaux groupes de
travail. Un sur le commerce et l'investissement, un sur l'interaction du
commerce et de la politique de la concurrence et un sur la transparence des
marchés publics. Ces sujets sont généralement désignés sous le nom
de « questions de Singapour ». En 1998, la 2e conférence ministérielle se tient
à Genève. Le commerce électronique est ajouté au programme de travail de
l'OMC. En 1999, la troisième conférence ministérielle, à Seattle aux États-Unis,
s'est conclue sur un échec, les délégations des cent-trente-cinq pays membres
se séparant sans lancer le « cycle du millénaire ». Les pays du Sud forment pour
la première fois un bloc de négociation. En 2001, la quatrième conférence
ministérielle, à Doha, au Qatar, marque le début du cycle de Doha,
du programme de Doha pour le développement et du lancement d'un
programme de négociations sur trois ans, comprenant notamment les services.
La question de l'accès des pays les plus pauvres aux médicaments s'est trouvée
au centre des discussions, ce qui permet leur ralliement au principe de
l'ouverture d'un nouveau cycle. En 2003, la cinquième conférence ministérielle
de l'OMC, à Cancún, au Mexique, marque le second échec en quatre ans,
principalement à cause de l'opposition entre grandes puissances et G22 sur le
dossier agricole. Il a été marqué par une alliance entre certains pays du tiers-
monde contre les projets de libéralisation des services qui étaient sur la table
des négociations. Cette alliance visait à obtenir de la part des pays riches une
modification de leurs politiques agricoles et a abouti, face au refus de ceux-ci, à
l'échec des négociations. En 2005, la sixième conférence ministérielle de l'OMC,
à Hong Kong, débouche sur un accord sur la suppression, d'ici à 2013,
des subventions aux exportations agricoles. Au second semestre 2017, dans le
cadre de la préparation du Brexit, le RU et l'UE doivent présenter une réforme
de leurs statuts à l'OMC. Sont notamment en jeu les litiges en cours, comme
celui opposant Airbus à Boeing au sujet de subventions7.Depuis le 11 décembre
2019, l'organe d'appel (OA), composé de sept juges nommés pour un mandat
de quatre ans, renouvelable une fois, qui peut intervenir à l'issue des
délibérations de l'Organe de règlement des différends (ORD), n'est plus en
mesure de statuer en raison de l'obstruction des États-Unis pour le
renouvellement de ses membres, appliquant systématiquement leur droit de
véto. Depuis octobre 2018, le quorum de trois membres est tout juste atteint.
Le non-renouvellement de deux d’entre eux qui devaient quitter leur fonction
le 10 décembre 2019, a conduit à un organe composé d'un seul membre et
donc inopérant. Le rôle de l'OMC est dès lors réduit à celui d'organe de
concertation sur les règles commerciales

32
- Objectif

L'objectif premier de l'OMC est d'assurer l'ouverture du commerce dans


l'intérêt de tous. L'OMC administre un système mondial de règles
commerciales, elle sert de cadre pour la négociation d'accords commerciaux,
elle règle les différends commerciaux entre ses Membres et elle répond aux
besoins des pays en développement. Toutes les grandes décisions sont prises
par les gouvernements Membres de l'OMC, soit au niveau des ministres (qui se
réunissent normalement au moins tous les deux ans), soit au niveau des
ambassadeurs ou des délégués (qui se rencontrent régulièrement à Genève).
 

-action

L'OMC a pour action de :

 gérer les accords commerciaux multilatéraux


 servir d'enceinte pour de nouvelles négociations
 régler les différends entre les membres
 examiner les politiques commerciales nationales
 coopérer avec les autres organismes internationaux (FMI, BIRD, etc.)
L'OMC s'occupe des politiques relatives au commerce des marchandises
(dumping, subventions, mesures sanitaires, etc.), et des services (Accord
général sur le commerce des services (AGCS), échangés selon quatre modes,
télécommunication, offerts sur place, grâce à l'investissement, grâce au
déplacement des personnes), des biens agricoles (ASA) et industriels, et de
la propriété intellectuelle (les aspects des droits de propriété intellectuelle qui
touchent au commerce (ADPIC)). Il existe des accords dit « plurilatéraux » dans
des domaines plus spécifiques et qui ne concernent qu'un nombre limité de
pays. Il s'agit : des aéronefs civils (Boeing, Airbus, Embraer, Bombardier, etc.) et
les marchés publics. Les produits laitiers et la viande bovine sont deux
domaines politiquement sensibles et qui n'ont pas pu encore être réglés par
l'OMC.

33
b- Organisation Mondiale des Douanes(OMD)

- Histoire

En 1947, treize pays européens créent un Groupe d'étude chargé


d'examiner les questions douanières soulevées dans l'Accord général sur les
tarifs douaniers et le commerce (GATT)1. Ces travaux aboutissent à l'adoption
en 1950 de la Convention portant création d'un Conseil de coopération
douanière (CCD), signée à Bruxelles. Le 26 janvier 19534, le CCD tient sa session
inaugurale en présence de ses 17 membres fondateurs. Puis le nombre de
membres s'accroît, couvrant désormais toutes les régions du monde. En 1994,
le CCD adopte sa dénomination actuelle d'Organisation mondiale des douanes.
Aujourd'hui, l'ensemble des membres de l'OMD assurent à eux seuls les
contrôles douaniers sur plus de 98 % du commerce international.

- Objectif

L'OMD bénéficie d'une reconnaissance internationale en tant que centre


mondial des compétences douanières. Elle joue un rôle clé dans les débats
d'aujourd'hui, pour le développement, la promotion et la mise en œuvre des
procédures et des systèmes douaniers modernes. Elle est à l'écoute des
besoins de ses membres et de son environnement stratégique. Ses instruments
ainsi que les meilleures pratiques qu'elle a adoptées sont considérés comme
fondamentaux pour une bonne gestion des administrations douanières dans le
monde entier. L'OMD a pour mission principale d'améliorer l'efficacité des
administrations membres et donc de les aider à réaliser leurs objectifs
nationaux dans les meilleures conditions, à savoir : la perception des droits, la
sécurité nationale, la facilitation des échanges, la protection de la société et le
recueil de statistiques commerciales.

- Actions

Dans le domaine de la facilitation des échanges, la coopération est


particulièrement étroite et fructueuse. La participation régulière aux
principales réunions, les contributions substantielles aux négociations menées
à l'OMC et la collaboration étendue dans le domaine de l'assistance technique

34
témoignent des relations constructives qui existent entre les deux
organisations et de leurs forces complémentaires. Ayant déjà eu le statut
d'observateur pour les travaux préliminaires menés par l'OMC en vue des
négociations, l'Organisation mondiale des douanes (OMD) a commencé à
participer régulièrement au Groupe de négociation sur la facilitation des
échanges dès que celui-ci a entrepris ses travaux. Les contributions vont des
avis techniques et de la mise au point d'outils de soutien à une large
participation aux activités d'assistance technique partout dans le monde.
Le grand savoir-faire technique de l'OMD, qui est à l'origine d'un certain
nombre d'instruments essentiels dans le domaine des douanes, en fait un
partenaire idéal pour les initiatives actuellement menées par l'OMC dans ce
domaine.
Les activités communes devraient se développer encore alors que les deux
organisations s'engagent dans un vaste programme d'évaluation des besoins et
des coûts, conjointement avec la Banque mondiale et d'autres partenaires
internationaux dans ce domaine. Le but visé est de fournir aux gouvernements
des renseignements sur leurs besoins afin de mettre en œuvre les résultats qui
pourraient découler des négociations sur la facilitation des échanges du point
de vue des mesures concrètes à mettre en place. Un outil d'analyse
fondamental en est au dernier stade de sa mise au point et est actuellement
testé sur le terrain. La version finale sera utilisée pour une série d'évaluations
nationales et régionales dans les mois à venir.
La coopération revêt également la forme d'activités conjointes dans le
cadre du Partenariat mondial pour la facilitation du transport et du commerce
(GFP). Destiné à renforcer la cohérence et à améliorer la coordination, le GFP
offre un cadre pour élaborer des réponses conjointes aux nombreux problèmes
qui se posent dans le domaine de la facilitation des échanges.

3- Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le


Développement (CENUCED)

- Histoire

En 1963, 75 pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, appellent au


lancement d'un organisme destiné à aider les pays en développement à tirer le
meilleur parti des possibilités de commerce, d’investissement et de
développement qui s’offrent à eux, et à s’intégrer de façon équitable dans

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l’économie mondiale. La CNUNED voit ainsi le jour l'année suivante (en 1964).
Dès les premières années, la volonté d'organiser le développement de ces pays
par la régulation des cours mondiaux transparait dans les débats. La CNUCED a
joué un rôle important dans la régulation des marchés de matières premières
à « une époque où l’on essayait de bloquer l’instabilité des prix et des marchés
en agissant sur leurs mécanismes, notamment par des accords internationaux
de produits »2, qui ont permis de faire face à l'emballement des cours qui a
suivi le premier choc pétrolier, et surtout le second, puis à la baisse des cours
lors du contre-choc des années 1980. Depuis, la CNUCED a produit de
nombreuses règles de droit international.

- Objectifs

La CNUCED a pour mandat de déterminer les mesures propres à aider les


entreprises, particulièrement les PME à se conformer aux normes
internationales, à promouvoir leur capacité en matière de technologie et
d’innovation, de les aider à accéder aux nouvelles technologies et de renforcer
leur participation dans les chaînes mondiales de valeur. La CNUCED s'attache à
élaborer un cadre directif pour promouvoir les politiques d'entrepreneuriat et
apporte son assistance technique pour le développement des entreprises
locales, par exemple à l'aide du programme Empretec , présent aujourd’hui
dans 32 pays. La CNUCED aide aussi les pays en développement à mettre en
place un environnement propice à la formation de relations entre les
entreprises, et fournit en appui des réseaux de services d’aide aux entreprises.
La CNUCED aide les gouvernements à promouvoir et à faciliter l’investissement,
par exemple en assurant des produit consultatifs pour les stratégies ciblant les
investisseurs, la rétention des investissements et l’appui institutionnel, ainsi
qu’en organisant des ateliers et des voyages d’étude. Elle s'efforce d'améliorer
le cadre règlementaire, institutionnel et opérationnel pour l’investissement
dans ces pays.
- Actions

La CNUCED a impulsé un certain nombre d'idées dont :

 l'accord sur le système généralisé de préférences (SGP) « en vertu duquel


les pays développés appliquent des droits très faibles ou nuls à de
nombreux produits exportés par les pays en développement, sans
recherche de concessions commerciales en contreparties ».

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 la création d'un fonds commun pour les produits de base, destiné à
financer des stocks régulateurs internationaux ainsi que le pôle recherche-
développement.
L’accord sur le montant de l'aide publique au développement (ADP) de la part
des pays donateurs : 0,7 % du PNB pour l'aide au PED en général et 0,15 % pour
l'aide aux pays les moins avancés (PMA). Ce point n'a toutefois jamais été
respecté

4- L'Organisation de coopération et de développement


économiques (OCDE)

- Histoire

Fondée en 1948 pour mettre en place le plan Marshall, l'Organisation


européenne de coopération économique (OECE) voit son rôle économique
diminuer lorsque celui-ci arrive à son terme, en 1952. L'OCDE qui lui succède en
1961 se tourne vers les études économiques et s'élargit au-delà de la
dimension européenne, en ajoutant aux 18 membres européens les États-Unis,
le Canada, puis le Japon en 19643.En plus de l'approfondissement de sa
structure interne, l'OCDE crée progressivement différentes agences rattachées :
le Comité d'aide au développement de l'OCDE (CAD, 1961), l'Agence pour
l'énergie nucléaire (AEN, 1972), l'Agence internationale de l'énergie (AIE, en
1974, à la suite du premier choc pétrolier), le Groupe d'action financière sur le
blanchiment des capitaux (GAFI, 1989). Par ailleurs, le Centre de
développement de l'OCDE assure l'interface entre l'OCDE et les pays en
développement depuis 1962.En 1989, après les révolutions de 1989, l'OCDE
commence à aider les pays d'Europe centrale (en particulier le groupe de
Visegrád) à préparer des réformes d'économie de marché. En 1990, le Centre
pour la coopération avec les économies européennes en transition (auquel
succède aujourd'hui le Centre pour la coopération avec les non-membres) est
créé, et en 1991, le programme « Partenaires en transition » est lancé au profit
de la Tchécoslovaquie, de la Hongrie et de la Pologne. Ce programme comporte
également une option d'adhésion pour ces pays. C'est ainsi que la Pologne, la
Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie, ainsi que le Mexique et la
Corée du Sud deviennent membres de l'OCDE entre 1994 et 2000.

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- Organisation

En 2019, l'OCDE compte un secrétariat général, une direction exécutive,


une direction chargée de la communication et douze départements spécialisés
sur des thèmes différents : développement, échanges et agriculture, affaires
économiques, éducation, emploi, PME, environnement, finance, fiscalité,
gouvernance publique, sciences et technologies, statistiques. Elle emploie
environ 2 500 personnes au niveau du Secrétariat. L’organisation compte par
ailleurs des organes particuliers mentionnés plus haut (AIE, AEN, Centre de
développement, et un Forum international des transports) et des entités
particulières (Club du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest, GAFI, MOPAN, et un
Partenariat statistique au service du développement au XXIe siècle).Le Centre de
développement, le Club du Sahel et le secrétariat du Partenariat statistique au
service du développement font partie de la direction de la coopération pour le
développement, un des douze départements cités ci-dessus, qui contribue aux
travaux du Comité d'aide au développement.

- Objectif

L’organisation intergouvernementale dont l'objectif est de promouvoir


des politiques d'expansion durable de l'économie et de l'emploi, une
progression du niveau de vie et la libéralisation des échanges. Dans ce sens son
activité consiste à : - Publier des études principalement de nature économique
mais qui peuvent aussi être de caractère juridique ou autre. - Organiser des
forums et des séminaires. - Publier des lignes directrices. Les nouveaux
membres de l'OCDE, dont le Mexique et la Corée du Sud, n'ont pas d'objectifs
d'émissions selon l'Annexe B du Protocole de Kyoto.

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5- Organisation des Nations unies pour le développement industriel
(ONUDI)

- Histoire
Créée par une résolution de 1966 de l’assemblée générale en tant qu'organe subsidiaire, l'ONUDI
est devenu, depuis le 1er janvier 1986, une institution spécialisée du système des Nations unies.

- Objectifs

L'ONUDI a pour objectifs de promouvoir et accélérer le développement industriel dans les pays en
développement.
- Composition

L'ONUDI comptait en avril 2019 170 États membres, depuis l'adhésion


du Monténégro, le 22 novembre 2006, compte tenu du retrait du Canada
(1993), des États-Unis (1996), du Royaume-Uni et de l'Australie (1997), de
la Nouvelle-Zélande (2013) ainsi que de la France et du Portugal (2014).C'est
pour des raisons d’économies budgétaires que la France a décidé de se retirer
de l'ONUDI2. Par décret n°2014-1409 du 26 novembre 2014 paru au Journal
Officiel du 28 novembre 2014, la France a publié la lettre de dénonciation de
l'acte constitutif de l'ONUDI. Le retrait de la France a été effectif au 31
décembre 2014, la France s'acquittant de ses obligations financières
jusqu'au 31 décembre 2014.

- Fonctionnement

La conférence générale, composée de tous les États membres, se réunit


tous les 2 ans en session ordinaire. Le conseil du développement industriel
comprend 53 membres, élus pour 4 ans par la conférence. Le directeur général
est nommé par la conférence générale pour un mandat de 4 ans. Ses effectifs
sont de 700 personnes.

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Annexes

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