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L' Lt I1 THEATRE DEs VARTETES-


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(DIRECTEURS DENIS ET MARCEL MAI'RETI
COMEDIE EN DEUX ACTES
ECRITE ET MISE EN SCENE PAR
RAYMOND DEVO.S
DBCORS ET COSTUMES DE
JEAN-DENIS MALCLES
EFFETS IITUSICAUX t.-M. THTERRY
CREATTON AU THEATRE DES VARIETES LE 15 SEPÎEMBRE 1967

@ RAYMOND DEVOS 1967

EXTRA.MUROS ',, , : l

mIIEST - LE VOISIN
I,E F\)NqIIONNÀIR,E - I,E CI,IEIÛP DII BAR. NONO ZAMMTT
IJE DIR,ECTSUR'I'E PATRON . I,E POR'TET'Ii
LE TOYOU, - PIERA,E - LINSPT,CrEUR, PIERR.E DORIS
L'AUXBgR . ANTOINE . PAT'L . JEâN .
. JACQUES . ETIÉNNE BONNA.RD RAYMOND DEYOS
IIEI{RIEfTE. LA EILLE ARI,ETTE DIDIER,
LÂ PR.EPOSSE PrIOTOMATON - IIEI;EITTE JULTA DANCOI'R,T
I,'AGENT PIERREMAGUET,ON
ls HOMME - LE MALADE . LA I'IIfI
LA SENTINET.LE .I,E BARMAN DANIEIJ LAI.OÛX
III DAME . LTNFTR'MIERE
I,A BARONNE MADEI,SINE CI.;ERVANNE
, T TIOMME . IÆUIf' XV ROCIER' R.IFF'ARD
3t EOMME . I,OT'I8 FII GEry4FD DOI'RNEI,'
L'AUMONIER JACQI'ES COI'TORIER
DOCTET'R IIONORE JEAN OBE
L'EMPT,OYE - LE GARDIEN PAI,I, PREtsOIgT
EXTRA.
MUR cTEXTE
Enxesr. Je crois que c'est Èlolière qui a dit.,.
Prologue Le olnecrr,un. Cessez de citer lcs auteurs,
vous... D'ailleurs, nous n€ soûlmes pas ici
Au leoer du rideau, la scène, à part une petite parler des auteurs, mais du theâtre I de
table surchargée de manuscrits, est oide. théâtre | (Au public.) Et la salle l- Vous
Ernest, le régisseur, entre, les bras chargés de cette salle ?... Une des plus anciennes de
manuscrits et les pose sur ceux déià empilés sut Mil huit cent sept... ElIc scot son vieux
la petite table, C'est merveilleux I Jamais vous DG trouverez
une salle moderne ce côté yénrste-, cette
Le Directeur ent.re, très désinoolte. Et les murs ? Quand ie pensc gu'il y en
voudraient me les faire grattcr- il ne faut
LE DrREcrDuR.Quel beau théâtre I
Toutes les taches que yous yojrÊz sott fâitef
Enxesr. Oh I oui, monsieur le Directeur 1... Dites..., il main t... Et I'usure du tapis ?- Pour lustrer ur
y a là quelqu'un... comme celui-là..., il en faut des allëts ct venrt
LE DTREcTEUR. Une seconde t Une seconde t Quelle
belle scèneI le suis très fier 1... Il y a tout ce qu'il
faut 1... Une machinerie de premier ordre I Des
cintres t Des rideaux I Des projecteurs 1... Nous
avons aussi... ? Ernest, qu'avons-nous aussl.. ?
Enxest. Ben 1... euh t...
hein ? Et les fauteuils ?... Vous :rrrz vu sur
vous êtes assis,Messieurs-Damcs ?- Eh bien
en a qui disent : < Vous pourriez tu moinÈ'
consolider t r les vandales I... il ae feut 1ns
à ça 1... Si vous avez I'imprudencr dc
peu.{ yous ébraalez toutes les assiscs ôtt
Il ne faut pas remuer... Ne remuez oas ie
ç
f
I
dsmende I Et le balcon ?... ça tient l,- Un
Le'orRrcrEur. Allons, Ernestt... Cherchez bient Quel-
qu'un que nous avons... qui est indispeosable ? Pas se pencher, Eurtout pas 1... Et Ic lustrt
(Impatîent.) Allons, Ernest t (Cherchant du regard, et à Ernest.) Où cst h lE

Enlresr, hésitant. Je crois savoir... Enmsr. Il est tombé la semaine dernière :

Le ornecrsuR. Eh bien I Dites-le I Le ornrcrEun Ah I Vous m'avez fait peur t


ERxEsr. Je peux me tromper t ERxesr. Monsieur, il y a là quelqu'un... ,
LB DIREcTEIIR.Mais non, Ernest t Allons t Qgelqu'un Le ornectrun. Si c'est pour le ravalement de la
d'indispeasable I norL non, et non t
ERNEsr, moileste. Ohl Enxesr. Non, il vient vous proposer...
Ls orREcrEuR. Mais si I L'homme sur les épaules de J,e otnrcreun. Encore une subvention de la 'Eà'i
qui tout repose ?... C'est,.. ? I'Etat ?... Je refuseI Dites-lui que c'est uu th
privé, ici t
Ennesr, confus. C'est noi I
Enxrsr. Non I C'est à propos d'une piècet '
Ln otnrcrsuR. Non t C'est moi I
Le ornecrrun. D'une pièce?... Eh bien I qu'il
Enxesr. Je m'en doutais bien un peu t (Ernest sort. Le Directeur continue sa dén
Iæ orrrcreuf,- Vous n'imaginez tout de même pas que tion.) Et la poussière 1...) II passe Ie doigt nt,
s:lns vons t... Ah t Ah I nou t mais t vous plai- des montants.) C'est d'une épaisseur I D'une
Santez ? sité t C'est dramatique t... Il faut laisser
quel t... Un coup de plumeau là-dessuseL.. ui
Enxesr. fe. plaisantais, Monsieur t... Il y a là quel- C'est toute la tradition qui s'envole t Des
qu'utr... conune celui-là, on n'en fait plus t... D'ailleun
LE DTREcTEUR" Une secondel... Nous avons encore...? sécurité s'y oppose | (Il se dessine, à l'aide de
(Il cherche.) Ernest, qu'avons-nous encore ? doigt plein de poussîère, une petite moust0/
Ah I Ie suis très fier I Très fier I :i
Eanesr, attirant I'attention du Directeur. Le public
L'iru:trun, entrant et parlant à un personnage
Le ornecrnuR. Comment ? naire. Cher ami, ie vous remercie de m'avoir
Enresr, insistant. Iæ public I pagné jusqu'ici... (Le Directeur, surpis,
f-e onecrsus" Eh oui I tiens I Nous avons le public, aeux l'interlocuteur.) ... ie crois que sans
geux
aee . ...te. . v v q . -rr .t sa
... ,e v. v -e :ev v-

diable I < Ce monstre aux milliers d'yeux, de


n'aurais jamais eu le courage d'entrer.
bouches et d'oreilles... qui nous attend dans Lr ornrcrsun, à Ernest. C'est I'auteur?
I'onbre... r
ERxrsr. Oùi, Monsieurt
Ennesr. Comme disait Shakespearet
Ls otREcreun, à I'Auteur. ... A qui parliez-vous.là
LE DrREcrEuR,Shakespeare disait cela aussi ?... C'est
dommage I La définition était belle... Ça ne fait L'ÂurEUR, gêné. le parlais à un.., interlocuteur
rien, je vais en trouver une autre. < Tous ces gens ginaire 1...
qui sont là assis, par rangées, les uns derrière Ies Ls ornBcrsun. Tiens I
autres, regardant ce qui se passe sur scène, corrrme
si c'était vrai 1... r L',rutruR. Oui 1,.. Je suis tellement timide que'
ne sens pas quelqu'un à côté de moi..., je ne
Ennssr. Comrne disait Claudel I rien entreprendre.
Le ornEcreun, oexé. Bon I Eh bien..., puisque tout a LE DIREcTEUR,après un furtif coup d'æil à
été dit...
Je comprends ça I
Enxesr. J'aiouterai...
L'AUTEUR.Voulez-vous me permettre de vous le
Ls ornscteun. N'ajoutez rien I senter ?...
]e vous en Prie ! L'AtrrEUR.C'est...
É DTRECTEUR.
à <I'ami r. Monsieur le Directeur ! LE otnectp,un- Exactement ça ! C'est domma8,e...On
['^uTEu& était fait pour se comprendre !... mieux, pour se
Enchanté I
Lr DIRECTEUT. deviner.,.
peux
r,^uTEuR,au Directcur. Un ami t Sur le-quel ie ERNEsr, apportant le manuscrit. Le voilà | (Lisant.)
"nt'appuyer en toute circonstance, n'est-ce. pas ? Bonnard.
ln oâ iou, s'appuger sur < une épaule > imaginaire...
et tombe.) LE DIRECTEUR, prerunt le manuscrit. Antoine, Paul,
rÉ DIRECTEUR. Si i'étais vous..., moi..., votre ami..., ie tean, tacques et Etienne,.. Cinq prénoms ?
'- ne m'Y fierais Pas t
L'eurr,un. Hélas ! Cinq fois hélas I Qu'est-ce que i'ai
r.'AUTEUR, se releoant. Bah I Nous avons tous nos eu comme difficultés I C'est vrai que, des difficultés.
-' moments de faiblesset i'en ai touiours eu... dès ma naissance1...que dis-ie !
Avant t Mes difficultés sont prénatalesI Peu de
E DTRECTEUR. B.ont _Venons'en au fait t Vous m'ap- temps avant que je naisse, ma mère était allée con-
portez une Plece t sulter une voyante qui lui avait prédit : c Vous
t aurez des quintuplés, Madame I r Alors, ma mère
['^uTEUR.Non t le viens vous la reprendre
acheta cinq berceaux et retint cinq prénoms :
lE DTRECTEUR. fe ne comPrends PasI Antoine, Paut, tean, facques et Etienne I Jc naquis
t.'^urEUR.Il y a six mois.'., je vous ai envoyé un le ptemier, on attendit les suivants...,mais... pfuitl...
-
manuscrit et comme ie n'ai pas eu de nouvelles rien ne vint I Ma mère reporta sur qroi toute 6on
dePuis-.. affection. f'endossais les cinq prénoms et ie frrs
dorloté dans cinq berceaux différents 1... On me
[E DIRECTEUR. Oui I Quel est votre nom ? balançait, si i'oso mlexprimer ainsi, d'un berceau à
['^urEUR. Bonnard... Antoine Bonnard I I'autre I Ah t j'ai eu une enfance douloureuseI Ma i
mère m'a touiours considéré comme ses fils'.. et, I
LE DTRECTEUR, appelant. Ernest t Voyez s'il y a un qu'elle m'appelât Antoine, Paul, Jean, facques ou '
manuscrit âu nom de M. Bonnard, et rendez-le à Etienne, i'étais touiours son préféré I le mangeais
son auteur. comme quatre... pour ne pas abuser.A l'école, il fallait
(Pendapt que Ernest oa à la petite table et chcrche.l touiours que ie sois dans les cinq premiers. A la
L'rutEun, à linterlocuteur imaginaire. Vous pouvez mè maison, quand ie donnais I'impression de m'en-
laisser, cher ami... |e n'ai plus besoin de votre nuyer, ma mère me disait : < Va iouer avec tes
soutien... Merci 1... Au revoir t frèies t r Alors... i'allais dans la cour et ie iouais
à la balle au mur... tout seul I De temps en temps'
LE DTREcTEUR, un peu dëpassé. Au revoir, Monsieur I ma mère disait : < Je ne vous entends pas t t Alors'
Ennest, crrercrrant touiours. Il est comment, votre... ? ,e criais : < Attrape, Paul I Envoie, lacques 1,.. que
je passe la balle à Jean qui I'enverra à Etienne t r...
L',rureun.I: couverture est rouge 1... en m'efforçant de n'oublier personne..' parce que
[E DIREcTEUR. Oui, oui, on va trouver !... ma mère se serait inquiétée. Quant à mon père, lui,
il avait reconnu les ènfants de sa femme. Elle lui
L'^urEUR.Il est épais comme ça t avait dit : < ]'en ai cinq I r Il avait dit : < Bon t
LE DIREcTEUR. Oui, oui, un manuscrit rouge, épais D'accord t > Il ne vérifiait pas les comptes t Il se
comme ça t disait père de famille nombreuse 1...Bien qu'un iour
il m'ett confié dans le creux de I'oreille : < Toi, tu
L'rureun. C'est ça !... me ressembles,mais les autres...? I Pour les autres,
Ls ornrcreun. C'est ça !... Oh t mais ie me souviens il faisait des réserves. Ce qui ne I'empêchait pas
bien 1... Ce que je puis vous dire... de toucher les allocations familiales pour ses cinq
enfants. Ça a duré longtemps, mais, un iour que
L'rureun. Oh I Ne vous donnez pas cette peine, ie ie iouais au ballon dans la cour...' ie faisais une
le sais ! partie de rugby à treize..., à la sortie d'une mêlée,
Ls ornecreun. Ah bon t le ballon est tombé dans la rue. Quelqu'un a crié :
< Qui a jeté ce ballon ? r J'ai dit : < Ce n'est pas
L'rureun. Vous allez me dire que I'ouvrage est inté- m o i . c 'e s t E t i e n n e . r <M e n t e u r l e h l r - <S i ! J e
ressant... t'ai vu t r - < Moi ? Je n'ai iamais eu le ballon..- I
Le ornecreun. Très t - < Alors, c'est Paul ? r Et, tout à coup, j'ai aperçu
au-dessus du mur deux têtes de gendarmes qui me
L',rureun. Mais ce n'est pas le genre de Ia maison I regardaient curieusement. < Oir sont tes frères ? I
Le nrnecteun. C'est exactement ça t me dit I'un d'eux. < Ah ben I i'ai dit, ie ne sais pas'
tiens I Ils étaient là, et puis ils se sont égaillés! I
L'rurrun. Ce à quoi je répondrai... Il me dit : < A quoi iouez'vous là ? I J'ai dit :
Ls ornncteun, Ne vous donncz pas cette peine, je le < On ioue au rugby t r < Ça ne vous dérange pas
qu'on joue un peu avec vous ? , - < Ah t j'ai dit
sais!
non t Ça fera deux de plus, quoi ! Au lieu de jouer
L'eurrun. Ah ! bon I au rugby à treize, on iouera à quinze, c'est tout ! >
Les gendarmes ont sauté au bas du mur et se sont
Le olnrctrun. Vous allez me répondre que vous n'in- mis à chercher mes frères toute la iournée ! Le soir'
sistez pas t ils étaient fous t lls sont allés faire un rapport, à la
L',rurEUR.C'est exactem€nt ça ! . suite de quoi la famille ;fut ramenée à sa iuste
proportion; le cercle se iestreint, les allocations
Le nrRpcreun. Voulez-vous que ie vous dise ce que je aussi. Alors, là, i'ai connu une période de disette.
pense? parce que I'on a beau dire : Quand il y en a pour
L',rureun. Inutile t Je le sais ! Vous pensez : < Il pour- un, il y en a pour cinq..., ce n'est pas vrai ! Ça m'a
profondément marqué ! Toute ma vie, i'ai été hanté
rait au moins me demander mon opinion sur son par I'idée d'être plusieurs.Petit à petit, j'ai décou-
ouvrage t r vert en moi d'autres aspects de moi-même qui' tout
Le otRectEul. Inutile t Car vous pensez : < Ce n'est en étant différents, me ressemblaient comme des
pas nécessairepuisqu'il ne I'a pas lu I > frères. Pour les distinguer,ic leur achetaisà chacun

1
un chapeau, et ie leur donnais un prénom... Eh Lr, ornecreun. Tout de suite 1... Vous allez
bien ! il y a des moments où je ne sais plus si ie les comédiens et faire les éclairagesI
m'appelle Antoine, Paul, fean, facques ou Etienne. Enxrsr. Quels éclairages?
Et ie me dis que, peut-être, ma mère avait raison,
nous étions cinq ! Voyez-vous. souvent on se prend Lr otnsctsun. Ernest ! Avec un peu d'i
pour quelqu'un, alors qu'au fond on est plusieurs I Et plantez le décor.
LE, DTREcTEUR. Vous ôtes un auteur-né, mon vieux t ERNEsr.Quel décor ?
Votre opinion, Ernest? L'aurEun. Des murs !
Ent.test.Sur...?
Lr orRr,creun. Pourquoi des murs ?
Le otnectr,un, désignant le manuscrit. Sur ça I
L'rurrun. Pour cernerle suiet,localiserI'actionI
ERNesr. L'ouvrage est intéressant, mais ce n'est pas le
genre... EnHrsr.Des murs... Alors...,attendez...,
i'ai
(ll regarde les cintres,') Ah I ben oui 1...
Ls ornecrsun. Ça va, ça va I Monsieur connaît la for- vieux mur, là..., qui nous servait dans une,
mule... Vous ne I'avez pas lu t précédente1... Seulement...,c'est un mur de
Ennesr. Moi, non, mais ma femme I'a Darcouru des Le otnecrruR. Du moment que c'est un mur...
yeux !
ERNEsr, cn sortant. Bon 1... fe vais toujours Ie
LE DIRÉcrEuR.Et alors ? cendre...
Enwesr. Elle a trouvé que I'ouvrage était intéressant.." Lr, ntnecrsun, à I'Auteur. Naturellement,
mais... pièce comique?
Lr oraEcrrun. Mais quoi ? L"rureun. Euh 1...C'est tout ce que I'on veut t.
Enwesr. Mais I mais !... C'est tout ! LE DIREcTEUR, affinnatif , Alors, c'est comiqueI
LE DTREcTEUR. Elle a dit < mais r t Ça veut tout dire, L'rursun. C'est que... précisément, en ce
n'est-ce pas ? C'est bien !,.. mais.., n'ai pas I'esprit à...
L'eureuR. Mais... (Au Directeur.) En un mot, ma pièce LE DTREcTEUR.
... à la rigolade !
ne vous intéresse pas I
L'r'ureun. C'est ça !
Ls ornecreun. Si... mais | (A Ernest.) N'est-ce pas ?
Le ptnr,crr,un. Vous avez des ennuis ?
Enu-esr. Ah ! C'est ce qu'elle a dit !... Elle a même
ajouté que, tout ( mais > mis à part, il y avait de L'eureun. Plutôt".. oui I
fort bonnes choses. Le otnscrsuR. Excellent !... Vous allez nous les
L'rureun. Ça m'étonnerait ! (Oursrant le manuscrit.) L'rurr,un. Ce ne sera pas drôle I
Parce qu'il n'y a rien d'écrit.
Ls ptnecrrun. Mais, mon cher, décrit par vous, c'e
Le ornr,crEun, constatant. Il n'y a que des feuilles désopilant !
blanches ! Comment, Ernest ! Vous aviez ceci dans
mes tiroirs et vous ne me I'avez pas signalé ? L'rurrun. J'en doute I
Enrnsr. Vous savez bien, monsieur le Directeur, qu'ici Le otnscreun. Allez, racontez...
on ne lit jamais les pièces, c'est une tradition t L'eureun. I'ai tous les malheurs !
Le ornscreuR. JustementI CelleJà, on n'avait pas Le olnEcteun. Comme départ, c'est bon I
besoin de la lire t Ça aurait dû vous sauter aux
yeux ! L'eurrun. Si ie vous disais..., vous n'allez pas'
croire !
Enxesr. Prlisqu'il n'y a rien d'écrit !
LE DIREcTEUR. ]'y crois ! J'y crois ! C'est déjà
L'eurr,un. Si ! Il y a une petite phrase...
L'rureun. Il y a quelque temps...,j'ai perdu mon
Enxesr. Où cà ? feuille...
L'eurrun, Au début ! Vous I'avez passée... Le otnsctrun. Ah ! ah I ça ne peut arriver qu'à
Ls, orngcrgun, tro..oant et lisant. < Avec un peu d'ima- L'rurrun. ... avec mes papiers et tout mon a
gination... r C'est le titre ?
LE DIREcTEUR. Sensationnel! Ah t ah 1...
L'rureun. Non, c'est une indication I
L'rureun. Quand je dis : mon argent ! Ce n'était j
le orRecrsun. Alors, à partir de là... pas le mien.
L',rurrun. On peut tout imaginer t Le orRrcreun. Ah ! ah I Terrible t
Ls ntRectsun. Fabuleux t L'rureun. Je devais en rendre la moitié à un
ERvsst. Ça doit représenter une certaine somme de Lr: olnrcrruR, Ah ! ah ! La tête de I'ami I
travail t
L'aurrun. Quand j'ai dit ça à ma femme...
L'eureun. Cent vingt-six pages de rêverie !.., Il faut les
faire t LE ntRecteuR. Là, il y a une belle scène à faire'f;ïi

Le ornscrrun, feuilletant le manuscrit. Et, pourtant, L'rureun. Elle est partie 1...
on ne sent pas I'effort ! Le otnrcrruR. Ah ! ah ! Sans blague!
L'ruteun. ]e suis arrivé à le gommer I L'rureuR. C'est sérieux!
Le' orRscrrun. Dites-moi..., cette pièce..., vous n'en Lc otRrctrun, s'esclallant. Vous avez dit ça
n'avez soufflé mot à personne ? ton 1...
I.'eurruR. ... Qu'à moi I L'irurrun. C'est sérieux!
l-c ornrcrsuR. Elle est inédite ?... Parfait ! Je la monte ! I-r otnrcreun. Plus c'est sérieux, plus c'est drôle t ÂË'-I
Enresr. Quand, Monsieur ? ah ! Elle est partie ? 't!,'t.1
Oui !
L'^urr.uR. Ennssr. Quatre?... te n'en ai que trois.. I
LE DIRECTEUR.Avec qui ? L',rureun. Il m'en faut quatre! C'est pour cetner lc i
suiet1...
r'^urEUR. Avec I'ami à qui ie devais de I'argent I Et
-' .omme cet ami était mon patron... (Lc Directeur montrc quatrc doigts à Ernest.)

Ah ! ah 1..-Ia réaction en chaîne, quoi I Enxgst. le me permets de vous faire remarquer...


LÉ DTRECTEUR.
L'eureun. Oui.
L'^UTEUR,Une cascade de rires...
Irrésistible 1... Ah I ah 1... Et puis ? Le otnecteun. Oui !
LÉ DIREcTEUR.
C'est tout I EnHrsr. ... que, si I'on met un quatrième mur devant...,
L'AUTEUR. les gens ne verront plus rien t
LÉ DTRECTEUR. Ah l?... Non, mon petit I ça ne suffit
pas t Lr otnectsun. Ernest 1... Avec un peu d'imagination,
allons I
L'^urEUR.Comment ? ERNEsl. Alors, il faut en commander un quatrième.
LEDTREcTEUR. Il faut avoir le courage d'aller plus loin I
LE DIRECTEUR. Eh bien, commandez-le!
L'AUTEUR. Qu'est-ce que vous entend€z par e aller plus j'veux
Ennssr. Moi, bien t
loin I ?
Le orRectrun. A propos I Comme je suis non seulement
LE DIRECTEUR. Jusqu'à la misère noire t
directeur, mais aussi comédien..., si vous voyez
L'AurEUR.Mais... ie suis dans une misère noire t dans votre pièce un rôle qui me convienne, n'hé-
Alors..., il faut une chute t sitez pas à me le confier.
LE DTRECTEUR.
suis sur le bord, vous savez I L'eureun, Vous savez1...Je n'aime pas beaucoup impo-
le
L'AUTEUR. ser un comédien à un directeur.
LE DrREcrÊuR,Oh t mais, ie vous fais confiance I Avec Puisque le directeur, c'est moi I
LE DIREcTEUR.
un peu d'imagination, vous allez trouver. (A Ernest
qui, après aooir fait descendre le mur, revient.) L'rureun. Alors, c'est à vous de vous iuger.
Qu'est-ce que c'est que ça ? Lr, ornecrrun. Eh bien t.., Je me fais confiance t lens !
ERNEsr.'C'est un élément de décor d'une pièce qu'on fe vais me prendre à I'essai et (Confidentiel.) si, au
a iouée icl cours des répétitions, vous voyez que ça ne va pas,
vous me le direz..., hein ? discrètement I Je m'ar-
LE DIREcTEUR. Quelte pièce ?
rangerai pour me mettre à la porte... avec ména-
ERxesr.c Les Hauts Murs r t gement t
LE DTRECTEUR. Il se passe dans mon théâtre des choses L'lurr,uR. le saurai vous le faire comprendre, Mon-
que i'ignore I On a joué < Les Hauts Murs r, ici ? sieur I
Enxesr. Oui, Monsieur ! Lr, orRectrun. Bravo ! C'est comme ça qu'il faut trâiter
Dans mon théâtre ?
LE DrRÈcrEUR. les affaires, avec tact I

ERNEsr.Oui, Monsieur. L'eursun. Ditest Est-ce que vous pourriez me versetr


un petit acompte... avec tact I
LE DTRECTEUR.On aurait pu me le dire.
LE DTRECTEUR.
Pourquoi faire ?
Enmsr. fe croyais que vous éûiez au courant I
L'rursun. Ben t... |e ne vous cacherai pas qu€ ça
Lr, ornecreun, sec. Je ne I'ai pas su !... Et... ça a m'enlèverait une épine du pied.
marché ?
LE DTREcTEUR. Faut pas I Faut pas !... Gardez vos
EnNest.Très bien I épines I Plus vous aurez d'épines, plus ce sera
Le olRecrsun. On aurait pu me le faire savoir, tout drôle I
de même 1.., A l'époque, on aurait pu me dire : L'AUTEUR.C'est ça.., Je m'en ferai une couronne...
< Monsieur le Directeur, on ioue en ce moment,
dans votre théâtre une pièce qui marche r, ça m'au- Lr ornecteun. Si vous pouvez ! C'est la gloire !
rait fait plaisir !... Vous ne croyez pas ? L'eure,un. Je me la mettrai sur la lête...
Ènre,sr.Vous n'avez donc pas lu les critiques ? Le ornrcteuR. C'est bon I C'est bon I
Ls ornrcrEun. Si t Elles étaient excellentes t Mais, L"rurr,un. ... comme un chapeau t
comme j'ignorais que le spectacle était monté par
Lr ornecreun. C'est bon I Hcin, Ernest ?
mes soins, je ne nl'en suis pas particulièrement
réioui..., 'au contraire.., Vous m'avez privé d'une Enxest. Ah I C'est bon I
grande ioie, Ernest t C'est tout t
L'eursun. Chaque fois que quelqu'un me saluerait...,
Enrcsr. Puisque ça a marché I ii le saluerais à mon tour | (lI rit.)
Le nrnecrrun. Oui !... mais sans moi t C'est un manque Le oinc,creun. Excellent !
de tact I Tenez..,, c'en est même vexant I Supposez
que j'agisse de Ia sorte..., que ie monte un spectacle L',rure,uR.Ça me soulagerait la tête.
de mon côté..., en cachette... LE DTREcTEUR. Ernest, vous entendez ?
ErNrsr. Sans moi ? EnHr,sr. C'est bon I i
Ln ntnectguR. Oui, sans vous t... Sans même vous en L'rurrun. Mais comme ça mè piquerait les mains, aïe t
avertir..., hein ? le la remettrais vite sur la tête...
Enrnsr. Oh ! vous en seriez bicn incapable ! Le nrRrcrrun. Aïe I Ah ! ah !... Et pour soulager Ia
Lt:,ornecrruR. C'est vrai, Ernest t Il a raison, ie suis tête,..
irrcapablede faire une mauvaise action.;. (Désignant L',rurrun. Je resalueraisI Ah I Ah I
lc mur.) Alors, ce mur vous convient-il ?
Lr olnecteun, hilare. Et comme vous vous piqueriez
L'rurrun, Oui t... Vous m'en mettrez quatre. les mains...
Pas d'imprudencest Venez I
LE DIREcTEUR.
L'^urEUR. Aie !... Je la remettrais ! Il n'y a pas de
raison pour que ça s'arrête. L'eurrun. Doucement t
LE DIREcTEUR. Burlesque t Le otnecrEun. Tenez t Vous avez une petite
ERNEsr. Que c'est bon I ah I ah I là,.., de quoi écrire t
L'evreun. Si bien que ie donnerais l'impression de L'lu:rEuR, se tenant touiours la tête. Monsieur.-.
saluer tout le monde !
Quoi ?
LE DTREcTEUR.
LE DTREcTEUR, poulfant de rire. Arrêtez I
L'eureuR- f'ai des envies de chocolats !
L'eursun. On dirait : < Il est bien poli, cet homme' t
Aîe ! Aîe I LE DTRECTEUR. ]e vous en apporte t Je vous en-a
(L'auteur sè rend en gémissant à son lie.u-de.
Le prRrcrsun. Sans compter l'épine du pied t Ah t ah t  Èrn"tt.j L'accouchèment va être difficile I
aooir fait-signe à Ernest de laire les roule
L'rureun. Chaque fois que je ferais un pas"' Aie t en et Ernest se
marchant ! Aie I en saluant I Silence. Le-Directeur
écoutent.) Vous entendez ce silence ?
Enrrsr, frappant le plancher du,brigadier tel-lement il
---';i-'ùaii'que c'eit bonl Mais que c'est bonl Enxesr. C'est imPressionnant !
Le ornecrnun. C'est bon I C'est bon t.'. Le ntnr,creun.Vous ne sentezpas qu'il
(Silence.) passerquelque chose?
L'lutsun, se tenanl la tête. Aie ! Je ne me sens
pas Enxesr. Ah si 1...
très bien I Votx oe r.'eutrun. PrâlinésI
LE DIREcTEUR- Ce sont les premières douleurs"'
Le otnecreun. Comment?
I.'rurr,un. I'ai des vertiSes t Votx DE L'AUTEUR.Prâlinés..., les chocolats t "
Le otneccun, à Ernest. Il est plein de personnages t Oui | (A Ernest.) C'est une
LE DIREcTEUR. Oui
imaginaires ! Venez vous asseoir I
Il ne faut pas le contrarier... (A- I'auteur'\. Ie
L'rureun Oh I apportei |e vous en apporte.l (I! soyfle.
"n
o, oàiier) Avec
en papier.) un Peu
Alec un nation !...
oeu d'imagination (
!... (Il
Le ornscreun. Quoi ?
(Ernest frappe les trois coups. La scène s'
L'eureun, se tenant Ia tête. fe les ai sentis bouger"'

FIN DU PROLOGUE

' : f::t

ii,i':^ii

T HÉa rnE E N U N A C TE f
t\ous rappelons
Nousrappe'a,s à nos
q
V.Tom1,,2jrind !:-\',':*1: tous les animateurs de troupes amateurtr:.
-Iectews.suc
"u' -trô'i,,lrti1irriîra-""-irA intérêt _chez-i.:-i:.,-1:::-,:::,",::"i:,.:::::":*:;"#r":,
i',. <Ie ce deuxièmetomeporte Eurdespièæ1:'
XiiTiâ',"'"i'o"oii.'",,1";;"u;;';,-î;;;.-q"'a-r;r,'ii9i. "hot,
Théô,e>, Àa,i" souuent épuiié- Dans géIæ::i
oubriées dans les ";;;;;r'iiât"àïà-al
iléià -on "iÀi"^iii"ane ,J: ".11.
ûàno't s.est ettv'ce ;;'';;';;;;;'-)î-iâ;;iî'iïi;;;;;;i;;.
sest etlorcé ;J
tton "; qui -':.:,:::"-!::,-i":::::-o:.,':::br'.","*;;
nrunéro spécial rendra seroiceà tout';
personnages,des rôles ot â';i;"î;ai.-r"i"âii,-iiu"".tpér"it ". (coln1':
L'sMPnuNr (césar santelli)' sun uNE
Âu 56MMAIRE : uurnor,rr - (lean siloain)-' t-Es APPRocHEs DU sor^
-PLA.E^ns..L'ou'sl
(Michel Sutlranl, r," vaMPlBr
Semprunl, uns nÉpÉTrrr;;Ë"il;; Tiira'-i2"a1"beygtyi,
(Claude des.Presles)' 15s';
os Boucrvrl (GeorgesN;"";,*;;d"tt" tCn"Aes Y"ildiac\, LEs B'^ux-P^nnnrs (Rnmon
(Marcel Mithois\, rnro En iu* i i497 del llalle lnclanl'' ""
coups t E tnÉrrns 4ut!')';;-;;-;d
(Julien Laclnire\, cocu' "ti-"^i
BATTU."t (Aleiandrâ'..Casonal, I'Iupnountu D6s coLLINES''i
LE cHEvALenrnr ""n""*"' ' AcrE vI (Antlré Marie\'
tlussotl rr LEs Au'rlrsrLs ib"ttri"i
\vsur 4' v* tt r^Rrurrg
Arovt), .!
îiùii'-U"i"tn),'r.Es
l,{,ber,
^*rn""î.
'ç3
(Etr' S'50 F) L'AVANT-SCENE' 27' tue St-André-der-Arts' Parir-5':
Prir de ce ouméro spécial : 7 F -
acte

Seule la petite ktmpc au-dessus de Ia table @ux comme deux amoureux, c'est merveilleux. C'est
manuscrits) reste allumée, ainsi que le côté où se entendu ?
fiouoe Ernest.
Henntrrrr. Entendu | (EIIe pose le dossier sur ceux
Ce dernier, ayant déposé son brigadîer, décroche qui se troutsent sur la petite table.) Mais, je vous
le téléphone et compose un numéro, tandîs que préviens..., ce sera un rendez-vous d'affaires t
Ia lumière côté téléphone baisse et que s,éclàirc
Ie plateau sur lequel on découure un bureau direc- Ls prrnox, C'est ce que i'al dit à ma femme. (la
toial, un téléphone, un porte'manteou sur lequel secrétaire sort. ll reoient à son bureau en fredon-
sont accrochés plusieurs chapeaux et la petite ndnt, Chantant.) ( D'un pas léger, ie vais souvent
table chargée de dossiers. trottant le nez au vent, et là là là... r (Il s'ossoit
Le téléphone sonne. et comrncnce à signer son courrier. Un temps.
Le patron entre, suiùi dc sa secrétaire. Soudain, une pile de dossiers tombe de la petite
table ct Antoine < Béret , apwraît en train de
traoaillcr. Stupéfait,\ Qu'est-ce que vous faites là ?
LE p^TRoN, qui porte sur Ia tête le chapeau de sa
secrétaire, chante : < Avez-vous vu Ie nouveau cha- AHrorNr. Je travaille I
peau de Tazo ?... >
Le ptr:nox. Vous travaillez dans mon bureau ?
Lr spcn'Érrrne, Rendez-moi mon chapeau! AHtoIxr. Oui, Monsieur.
LE p^TRoN.< C'est un chapeau... un papeau rigolo ! r Le, prrnox. Depuis quand ?
Lr secnÉtelnr. Monsieur !... ANToTNE.Depuis dix ans.
(Le patrcn décroche le téléphone et fait signe à sa
secrétaire. Pendant Ia conoersation téléphonique, la Le rrtnox, sc leoant. Là..,, à cette place ?
secrétaire essaiera de reprendre son chapeau. Iz AxroIrr. Oui, Monsieur.
patron s'esquioera.,., en prcndra un (d'homme\ sur
le portemanteau, le mettra sur Ia têle de sa secté- Le plrRon. Depuis dix ans ?
taire qui, après auoir récupéré Ie sien, qu'elle afta- Axtorxe. ... Et des poussières.
chera des mains du patron, reposera le chapeau
d'homme sur le portemanteau, tandis que Ie pafion LE ptrnow. Qui êtes-vous?
suiura le chapeau des yeux.) Arrolxe. Je suis votre homme de confiance ! Votre
Le plrnox. Allô !... f 'écoute ! ' comptable !

Vorx o'ERHpst. Accessoires en tout genre ? Le pernox. C'est stupéfiant 1... Je I'ignorais t

Ls prrnox. Oui t Axrorxe, Il n'y a pas de mal t

Vorx o'EnNEst. Avez-vous des murs ? Le p,rrnox. ..Sans doute t... Une étourderie de ma
part !
LE P^TRoN,Quel genre de murs ?
Axrotxr. On ne peut pas avoir I'ceil à tout, Monsieur !
Vorx o'Enxssr. Factices t
Ls plrRot-t. Enfin 1... Jtaurais pu vous voir passer,
Lr prrRoN. Factices ? Oui, j'en ai iustement un là en au moins ! fe ne sais pas, moi t
vitrine...
AxroIxp. Oh t je passe inaperçu, Monsieur t
Votx o'ERwr,sT.C'est un mur de face ?
Lç prrnoN. Tout de même, à ce point-là t Vous
Le prrnox. Ah non t II est de côté, Monsieur t
d.evezy mettre dc la bonne volonté t
Votx n'EnNesr, déçu, Ah t.., Vous ne savez pas où je
ANToINE. Oh I
pourrais en trouver un de face ?
Ls pernox. Vous vous dissimuliez ou quoi ?
Lt prrRox. Si, à côté t
Votx o'ERxesr. Où est-cc, à côté ? Arrolxe. le ne dissimule rien !... Je ne m'affiche pas,
c'est tout !
Lt prrRox. Juste en face !... Amusant, non?... (ll rit.
Lp prtRoN. Vous étiez là... depuis dix ans ! A dcux
En raccrocharrf.) A qui sont ces chapeaux?.., pas de mon bureau !... Tous les jours ?
HErnrerre. je ne sais pas... Ils sont là depuis des
ANrorxr.. Ah çà ! tous les io,urs,Monsieur ! le n'en ai
années. pas manqué un seul t... Dlâilleurs, si je n'avais pas
Le prrRox. Tiens ! (A sott burcau.) Le courrier est été là, vous I'auriez remarqué t
prêt ?
Le prrnoN. Ah Cà I strement t Strement !
He:vnrerrr.Vous n'avez plus qu'à le signer.
Anrotxr. Vous permettez? (ll désigne la pilc dc dos-
Lt prrRox, lui prenant la main ct ld caressant tout en sicrs qui cst à terre,)
<'hantant. Que cette main est froide I Laissez-moi
fa réchauffer, il fait si sombre... (ll lui baise la Lr rlrnox. ]c vous en prie | (Atttoitte remcl lL's
tnain.) Le temps d'expédier mon courrier et je dossiers en placc.) Comment vous appelle-t-on ?
vous emmène.,.(ChanIant.)< Prendre le thé à dcux, A N ToTN E .A ntoi nc...

't
Lr prtnox. Antoine... Vous êtes sûr que c'est chez ANToTNE, reDendnt. Comment ?
moi que vous travaillez ? Vous ne vous seriez pas Le pernox. Extra-muros I Je me vois dans
trompé d'établissement, par hasard ? gation de me priver de vos services,sortez t
Arrorxe, après auoir jeté un regard circulaire. Ah non t ANrorNE. Bien. (/I cst, sur le cou1t, pris d'une
C'est ici | (lI retourne à sa table et disparaît der-
rière les dossters.) Lr prrRoN, se précipitant. Henriette | (EIle entr2
aide le Directeur à releoer Antoine qui, après
LE pernox. Effarant I Effarant | (ll se replonge sans pris les chapeaux qui se trou0aient sur le
conoiction dans Ia lecture d'une lettre qu'il signc manteau, sor!.) Vous saviez qu'il travail
discrètement.) Antoine I vous ?
AxrorHe. Oui, Monsieur ? Hr,xntnrrg. Bien sûr,.., c'est lui qui faisait tout I
Le plrnox. Je ne vous entends pas respirer I Lr pernox. !e croyais que c'était vous I
Axtotxe. Pourtant, je respire, Monsieur ! HrxRlsrre. Franchement I Est-ce que vous me
LE PATRoN.Régulièrement ? travailler ?
ANrotNE. Oh I Régulièrement t Le rrrnox. Non 1... Mais lui non plus, ie
voyais pas I Pourquoi ne m'en avez-vous pas
Ls prrRor.t. Je ne I'entends pas | (ll signe une lettre
et écoute.\ .., Antoine I Hexnter"rE. Vous ne vous adressiez iamais la
je croyais que vous étiez fâchés.
ANToTNE....
Le pernox. On n'était pas fâchés, on ne
Le pernox, inquiet. Vous m'entendez ? pas se voir, c'est tout I
Axtorxe. Clairement, Monsieur I
HexnInrrs. Pourquoi I'avez-vous congédié ?
Ls prtnor. Toussez t
Le prrnou. Pour sa maladresse 1... Il a renvemé
Axrorne. Comment ? pile de dossiers.
Ln prnrcrrun. Toussez I HexnIeTTe. Oh t Vous auriez pu fermer les yeux '
Anrotxe, faiblement. Kheu ! Kheu ! Le rtrnox. Je I'aurais vu qrxlnd même 1...
Lr rlrnox. Plus fort ! Hnnnrerrs. Dites..., maintenant qu'Antoine n'est
ANToTNE.Je ne peux pas, Monsieur, c'est mon maxi- là, qui va faire le travail ?... Vous ?
mum ! Ls pltnox. En tant que patron..., je me vois
Ls perRox. Ça s'expliquel (Il recommence à.signer (ll tiésigne Ia petite table.)
des lettes ; soudain, iI explose,) Vous n'allez donc Hexnlette. Alors t Qui va le faire ?
jamais aux toilettes ?
Le prtnox. Je n'ose pas dire vous t
Axrotxe. |e me retiens, Monsieur I
Hrxntstre. Vous faites aussi bien, parce que .cè
Le rlrnou, leoant les bras et les laissant retombcr pas dans mes compétences.
dans un geste d'impuissance. Alors t l
Lr, rrtnox. Il me semble que je vous paye
Hexntrtte, entrant. Je suis prête I samment.."
Le plrnox. Chut I (fl fui fait signe de se taire, qu'il Hexnrsrte. ... Pour prendre le thé à deu:c.., oui t.-
ne peut pas parler parce qu'il n'est pas seul, etc.) pour travailler comme quatre t (EIle s'apprê
(Henriette sort. Le Directeur se lèoe, allume une sortir.)
cigarette et arpente son bureau de long en large.)
Le prtnox. Qu'est-ce que vous faites ?
ANToINE.Monsieur !
Hrxnlerte. le pars... Je n'ai plus rien à faire ici...
Le rllnox, surcautant, Hein ? Quoi I
Le prrRox, la rattrapant. Mais ie ne peux 1ns
ANrorNE. Faites comme si ie n'étais pas Ià ! passer de vous, Henriette I
Lr pernon. Oui I Alors, depuis dix ans, je paye un Hrxnlette. C'est Antoine dont vous ne
employé... vous passer...
AxrorHe, Ne soyez pas regardant, Monsieur I Le rerRox. C'est vrai I Je I'ai compris en
Le p^ttnou. Non ! (II souffle, retourne s'asseoir der- voyant pârtir I Oui ; i'ai compris que cet I
rière son bureau, cssaie de se concentrer... Bruits était tout pour moi 1... Que sans sa
de papier froissé. Il éclate.) Antoine t Vous me sans son charme...
dérangez I Hrlnretts. ... Le charme d'Antoine I
AxroIrr. !e n'ai rien dit ! Le rlrnox, emporté par son éIan. Sans son
rire..., sans sa féminité...
Lp p,trnor. Non t Mais vous froissez du papier ct
ça m'énerve... et puis... cessez de toujours m'ob- HexRrsrre. La féminité d'Antoine I
server I
LE pATRoN..., Que, sans son parfum même..,, la lvli
AxroIxe. fe ne vous regarde pas, Monsieur t n'avait plus àucune saveur t'(La pressantcontre:laL\
Antoine.." Je vous aime I ' r,t
Le urnox. Si,.., vous m'épiez, je le sens!
Hexntr,rrr. te ne suis pas celui que vous croyerl .
Anrorxe. |e suis la discrétion même I
Le pltnoN. Comment ?
j ::.:
t

Ls prtnox. Si I Je vous ai vu !... Venez ici | (Antoine


quitte sa table, ôte son bëret et s'auance timide- Hr,xRrerre. Vous m'avez appelée Antoine t 'r :'li
menr.) Depuis que je sais que vous êtes là, je ne Ls pernox. Ah !... C'est dans mon désarroi... HE4
peux plus vous supporter ! Allez ! Disparaissez ! riette, je vous demande de rester I ; ii
(Antoine s'assied derrière scs dossicrs.) Ah non I
Pas là. Dehors ! Hrxntr,rrr, Vous reprenez Antoine ? '-a '
p^TBoN, Daincu. Il ne tient qu'à vous I Lr oeuxrÈur rioMME,sarcastique. Ah ! ah !
!E
Merci, Monsieur mon patron... Il faut le (Antoine se dirigc oers I'agent.)
flENRTETTE.
pralvenrr... Docreun HoNonÉ. Monsieur, ie vous observe depuis
pArRoN.]e vais aller faire un saut chez lui... un moment I Puis-je vous poser une question ?
LE
I{FNRTETTE. Non I Non I le m'en charge !... S'il y était, ANrolxe. |e vous en prie t
"- uorr seriez capable de ne pas le voir 1... (EIle DocreuR HoxonÉ,. Où allons-nous?
cmbrasse le Directeur et sort.)
ANToTNE.Comment ?
rE pATRoN,découurant Ia carte d'identité qu'Antoinc
'- a laissée tomber sur le sol. Il a perdu sa carte Docreun HoxonÉ. Otr allons-nous?
d'identité t... Mon chapeau1... Çà alors I Mon cha- Axrorte. Qui ?
peau ! (Il sort rapidement.)
DocrruR HowoRÉ. Nous !... Ics hommes !... Et d.abord,
qui sommes-nous?
( RenDer sement d' ëclai rage. AHrortr. !e ne sais pas t
RlJtlrmcs. Docrrun HoHonÉ. fe me présente... Docteur Honoré t
Tandis que le décor qui représcntc une cabine de Axtollrs. Honoré, Docteur t
photomaton àans un lieu public se précise, Antoine
5'g intègre. Docrrun HoxonÉ. Oui I Où allons-nous?... Oir va le
' Les gens oont et oiennent, dont Hcnriette qui oa monde ?
chcz Antoine. Axrotxe, soupirant. Si nous te savions t
Lorsque Antoine se préscnte aoec ses cinq cha- Docreun HoxonÉ. Oui I Otr irions-nous ? Déià, te regard
pcaux... de I'homme se tourne vers la lune !... Et si nous
la rations, la lune ?
Proposition de ieu :
Anrornp. Où irions-nous ?
It peut y aooir une personne à I'intérieur de la
cabinq, qui se lait photographier... Docrr,un HoxonÉ. Sans aller si loin !... si Ia terre. au
Derrière Antoine, iI peut g aooir d'autres personnes. lieu de tourner dans un sens. se mettait à tourner
(Suioant !) Antoine pénètre dans la cabine... pen- dans un autre ?... Si l'ordre des choses était subi-
dant les < clignotements l ; ld préposëe découpe les tement bouleversé?... Si, au lieu d'ailer de t'avant,
photos du premier quidam qui, les ayant regardées, nous faisions marche arrière ?
est lort satisfait de son phgsique. AHrorxe. Oir irions-nous?
Petdant qfAntoine change de chapeau, réplique
.c'est
possible .' < Oh ! petit père, pas un endroit Docreun HoxonÉ. Sans aller si toin.... si tout se met-
pour essayer des chapeaux. r tait à marcher de travers ?... Si tes crabes mar-
chaient droit ?... Si les ptantes mouraient à Ia fleur
Antoine sort, tandis que le troisième homme cntre de l'âge... et les hommes à t'âge de la fleur ?
et prend des poses saugtenues.
ANrorxe. Où irions-nous?
Lr pnÉposÉe.Regardez droit devant vous dans I'appa-
reil ! DocrEUR. HoxonÉ. Et si les arbres se mettaient à
pousser des soupirs... et les bêtes à pleurer ?... Et
La pRrMteR HoMME.Vous avez 'mis le clignotant... Je si la tête que vous faites rétrécissaitrau lavage ?..-
tourne. (II prend des poses.) Mais, sans aller si loin, I'air que nous respirôns à
Lr pnÉposÉe Non ! non t pleins poumons..., croyez-vous que nous en aurons
assez pour tenir jusqu'au bout ?... Et si I'air, c'était
Lt pRrlusn HoMME.Si..,, si..., je tourne de I'ail t du vent, Monsieur ?
(Lc clignotant s'arrête.) ANToTNE.Où irions-nous ?
Lr pRÉposÉs.C'est fini... Suivant ! Docreun HoxoRÉ. Sans aller si loin..., croyez-vous que
Lr oeuxrÈup HoMME,quittant la cabine. Mes photos ? nous aurons toujours le soleil pour nos vacances...
(Prcnant celles d'Antoinc et constalc4t.) Cela ne et la neige pour nos sports d'hiver ? Et s'il se
me ressemble pas I mettait à faire chaud I'hiver et froid l'été ?
Lr pnÉposÉe.Evidemment, ce ne sont pas les vôtres t ANrolHs. Oir irions-nous ?
(Elle découpe les photos d'Antoine.) DocrruR HoronÉ. Et la mer qui monte pour que I'on
Le oeuxrÈme HoMME.Alôrs, mes photos ? puisse s'y baigner et qui, sitôt le bain pris, se retire
sur la. pointe des pieds..,, croyez-vous que ça va
Lr pRÉposÉe.Vous, ce sont les suivantes. durer ?...Et s'il n'y avait plus d'eau ?
Le unuxrÈMr HoMME.I\{ais... je suis déjà passé... Axrorx.n, Alors, là, oir irions-nous?
Lr pnÉposÉ,r.Dans la cabine, oui, mais... pas dans la Docrrun HoxonÉ,. Oîr irions-nous ? Eh ! cessez de
petite boîte t poser la question I Vous voyez bien que ie ne suis
pas en mesure de vous répondre. (ll sort.)
Lr rnorsrÈME,HoMME, fixant la petite boîte.
le ne
pourrai jamais rentrer là-dedans| (Rire hystërique.l - L'ecrrr. Eh bien ! Dites donq! Si tout le monde était
Ah I ah | (Tandis que la préposée, après àooir comme lui...
clottrté les photos à Antoine qui s'éloigne, aeut
couper celles du suioant, Ie troisième homme les Axrotxr. Oùr irions-nous? Le bureau des iden'.itis. s'il
Iui arrache des mains,) Non, non, ne coupez pas, vous plaît ?
Mademoiselle | (Regardant les photos.) Oh t dh t L',rcsxt. Au fond du couloir !
Déception I Déception | (Le deutième homme oeut
attssi proposer ses photos < sous le manlcau >. A ANToINE. Merci ! (ll traoerse l<t scène, éclairëe stule-
ttttc dame.) Si ça vous intéresse? mcrtt par utt projecteur qui I'isole ; Ic restc dc la
scènc étant dans I'obscuritl. Arriué côté jardin,
Lr ormr, scandalisée.Oh ! Cochon t iI lrappe à unc porte lictiue ou réclle, selon,)
L'snproyÉ. Entrez I comme ça..., mais.,. il ne faut pas se fier aux
(Une certaine zone s'ëclaire, représentant une salle rences, ie ne suis qu'un employé.
dans la Préfecture de Police. Au mur, quelques Axrotxs. |e suis str que vous auriezpu être
dossiers. Derrière une petite table, l'employé.) d'autre, vous aussi.
AxrorHe. Bonjour, Monsieur. Pour les demandes de L'r,mprovÉ. Ah I si les circonstances avaient été
cartes d'identité, c'est ici ? rentes I Oui, porteur à la gare Saint-
L'eMproYÉ. Oui, Monsieur ! m'aurait plu I Ou menuisier aussi ! Co
i'aurais aimé 1...
ANToINE.]'en voudrais cinq I
AxrorxE. Eh bien I voilà I
L'rmpr.ovÉ. Combien ?
L'exployÉ. Quoi ?
Axrorxe. Cinq t
Axrotxs. Vous avez compris t...
L'euerovÉ, surpris. C'est pour vous ?
L'suprovÉ, Ah t ie vous en prie t Ne me I
AxroIxB. Oh t aon, moi, je n'existe plus, Monsieur I plus intelligent que je suis1...le n'ai rieo
fe ne suis qu'une apparence t Bon I Ecoutez..., oi va toujours faire les deu
L'eùrprovÉ. Vous n'êtes pas mort, tout de même ? Mais je ne vous promets rien. Alors..., leurs
particuliers ?
Arrorxe. Non, Monsieur, je suis porté disparu.
Aurotne. Vous avez les photos.
L'nmprovÉ. Disparu ?
L'EMpLoyE. Ah ben t oui, i'ai les photos... Eh
Axrotxe. Oui, Monsieur t si votre apparence veut bien me donner les'
L'emrroyÉ. Et vous n'avez aucune idée de I'endroit g,nements concernant ses différents aspects...
oir vous pourriez être ? nant une des photos.) Celui-là..., qui est-ce ?
Amrotxe. Non t AxtoINe, mettant le haut-de-forme. C'est moi I ',
L'eurt.ovÉ. Vous êtes bien quelque part ? L'euprovÉ. Votre nom ?
ANToTNE.Je dois être extra-muros ! Axrorxe. Paul I
L'rnrprovÉ. C'est arrivé... comment ? L'el\ÂprovÉ. Profession ?
Anrorxe. Bêtement !... A la suite d'une mauvaise nou- Axrorxe. Libérale I
velle, i'ai perdu connaissance. L'emprovÉ. Yeux ?
L'EMPLoYE.Et alors ? Axrorxr. Pochés.
Axrorue. Quand on m'a relevé..., i'étais les autres... L'rmprovÉ. Nez ?
L'emprovÉ. Quels autres ? ANToINE.Bourbonien !
ANToINE. Les autres que j'aurais pu être... et que ie L'euprovÉ. Sexe ?
suis devenu...
AnroIxr. Discret !
L'srnrrovÉ' Et vous êtes devenu combien ?
L'r.upr-ovÉ. Parfait | (Il donne un coup de
ANrorxe. Cinq t (lI pose les chapeaux sur la table.) Suivant | (Antoine enlètse le haut-de-forme et
L'euprovÉ. Ah !... Alors, les cartes d'identité ? Ia casquette.) NomT
Axrotxe. C'est pour eux. Anrorxe. ]ean.
L'snproYÉ. Vous avez des photos ? L'rmprovÉ. Profession ?
AuroIxe. Oui. (Il les sort de sa poche.) Tenez I ANToINE.Travailleur t
L'eurtorÉ, les examinant Qui sont ces gens-là ? L'enprovÉ. C'est-à-dire ?
ANrorNE. Eux 1... Ce sont cinq aspects différents de ANrorNE. Que je bosse I
ma personnalité. L'ruprovÉ. Et quand vous avez bossé?
L'elrproyÉ. Dites donc. ils vous ressemblent I Axrotxr. Je trime I
Axrorxe. Oui, mais nous n'avons pas les mêmes L'emprovÉ. Et en dehors de ça ?
expressions.
ANrorns. fe boulonne I
L'emprovÉ. Bon I Eh bien, faites-les entrer.
L'euplovÉ,. Parfait I Les yeux ?
Anrorxe. Ils sont là, Monsieur.
Axrorxr. Fatigués I
L'eÀ{pr.ovÉ.Où ?
L'rmplovÉ. Nez ?
Axrorre. Devant vous t
ANToTNE,A I'emporte-pièce I
L'emrrovÉ,.Devant, ie ne vois que vous.
L'enproyÉ. Sexe? .6h
Axrorxe. Moi, ie n'existe plus, Monsieur, ie ne suis i: t ::,.1'
qu'une apparence I Axrottr. Agressift ,t:,,i-*;i':
L'rmprovÉ. Oui ! Oui t Oui ! Il ne faut pas chercher à L'rlrprovÉ. Eh t ':1.T1
comprendre. Vous me demandez des cartes d'iden- ANToTNE. Il faut bien se raccrocherà quetquecbæËt
tité pour cinq aspects de votre apparence? Tout
bonnement t L'euprovÉ. Ouil (Tampon.)Suivant| (Antoine fcfi,
la casquetteet coilte le chapeaumoû.) NoÉ 7 .1-:
ANlorNE. C'est cela I
AxroInr. jacquest .r:&1:,
LirurrorÉ, sortant de son paquet une cigarette en L'rltproyÉ. Profession ?
:tll..

rcgardant Antoine de biais. Il allume sa cigarctte. ,.$.:rt:


Non..., mais..., d'accord !... f'ai I'air de comprendre AnrorNr. Truand ! riri;
L'EMPLOYÉ.Yeux ? passoire. Il n'y en a qu'un qui chapeau, 1
-travaille -du
ici, c'est moi t |e voudrais qu'il
Accrocheurs I ne subsiste aucun l
Al-rotNE. doute là-dessust
Nez ?
L'ErrlPLoYÉ. L'ei,rprovÉ. Alors, vous, peut-être, allez-vous pouvoir
ANToINE.Fouineur t me répondre raisonnablement?
L'EMPLoYÉ.Sexe ? ANToINB.|e suis assezfou pour cela I
ANrorNE.Rabatteur I L'emplorÉ. Qui est-ce qui va payer les frais ?
L'EMPLoYÉ,.Parfait | (Tampon.) Suivant. (Antoine troque ANIoINE. C'est combien ?
lc chapeau mou contre la pcssorre.) Nom ?
L'emprovÉ. Cinq francs I C'est un prix raisonDable ?
AlirorNE. Etienne t Axrorxe. Non, Monsieur, c'est un prix fou I (Réali-
L'srr,rproYÉ.Profession ? sant.) Un prix fou 1... C'est dans mes prix 1... (Il lui
donne cent sous.)
ANrorNE.Instable et précaire !
Yeux ? L'r,urlovÉ,. Bon, tout est réglé. Merci, Monsleur I
L'EMPLoYÉ.
ANToINE, tête nue. Vous avez vu tous les aspects ?
ANToINE,chantant. Les yeux de ma mère I Les yeux
de ma mie 1... L'eÀ,rprorÉ. Apparemment oui t
L'er,trroYÉ, éoioant. Hagards t Nez ? Anrorne. Merci I (II ramasse ses chapeaux et s'éloigne.l
ANrorNE, déclanunt. Moi, Monsieur, si j'avais un tel L'euptovÉ. Vous pouvez disposer. (Le rappelant ct lui
nez, iL faudrait surJe-champ que je me l'ampu- tendant le béret.) Vous avez oublié quelqu'un ?
tasse I
Axtotxe, reoenant. Ahl
L'EMpLqlÉ, éc:rûsant. Disproportionoé I Sexe ?
LlenrtorÉ,, tsoyant qu'Antoine a les bras encombrés,
ANToINE.Vous en êtes un autre t Iui mettant Ie béret sur Ia tête. Voilà 1... Au revoir,
Messieurs.
L'EmeI-orÉ,écrîtsant. Prostré l? Parfait. (Tampon.) Sui-
vant ! Dites donc, entre deux chapeaux, vous n'au- Arrorxe, se retournant, le béret sur Ia tête. }Iêl
riez pas les cinq paires de chaussures qui vont
avec ?'Non t Parce que..., à la réflexion, cinq cha- L'EMrLoYÉ. Je dis : au revoir, Messieurs I
peaux, ça fait court ! Eh I C'est que I'Adminis- Axrolxe. Hé |
tration €st exigeante I Ils vont trouver que ça
manque de papiers... Voilà 1... que ça manque de L'eltprovÉ. Je dis... Oui, bon... Allez I allez 1...
papiers officiels. (Tandis qu'Antoine disparaît dans le lointain, le
patron apparaît et s'adressant à I'agent.)
ANrorNE.J'ai ceux du disparu.
Le prrnoN. Pardon, Monsieur, vous n'auriez pas vu
L'mplovÉ. ... M'intéressent pas 1...M'intéressent pas t... passer cet homme ?
Ce sont les autres que je voudrais, ceux du groupe I
En fait, c'est ça, vous représentez un groupe ? L'rcext. Si... [e l'ai aperçu t...
.ANrorNE.De cinq t Ls pernox. Ah t
L'ruployÉ. Iæs frais d'enregistrement, qui est-ce qui L'ecexr. Il avait I'air absent...
va les payer 7 Lr p,rrnox. C'est bien lui I Otr est-il allé ?
o
Axtorxs. C'est Ie comptable ! L'rcsxr. Suivez-moi I Au fond du couloir...
L'nlrproyÉ. Qui est le comptable ? Ls prtnor. Merci I (Le patron s'engage dans le couloir
A\rorNE. C'est le béret I et s'adresse à I'emploVé.)
L'rnproyÉ. Eh bien I mettez-le | (Antoine met le béret.) L'rurtor-É. ... (Le patron €ntre.) Vous êtes combien ?
Yeux? (Antoine fait signe qu'il en a deux.) Nez?
Le rrrnox, regardant autour de lui. fe suis tout seul t
(Nouoeau signe d'Antoine uoulant dîrè : un.) Sexe ?
Antoine mime : un et demi.) Parfait | (Tampon.) L'emproyÉ. Et vous me dérangez pour si peu ?
Ah ! ah I dites..., pour le règlement...?
Ln rernon. Ah I mais... ]e ne viens pas pour moi...
AHrorHp. Hé ? (Montrant la carte d'identité.) Vous connaissez ce
L'enrproyÉ.Pour les frais ? monsieur ?

Anrorxe. Hé ? L'r,uruoyÉ. Encore t

L'rlrproyÉ, Le remboursement des timbres ? La prrnoH. Comment, encore ?

ANToINE, ôtant le béret et mettant la casquette. Dis L'r,r,rprovÉ,.Eh ben oui 1... des comme celui-là... ils
donc, mon pote, tu vois bien que le guichet est sont multiples... Tenez | (Etalant les photos d'An-
fermé ? Non ? toine.) Tenez I Tenez t
Le rrtnox, montrant Ia carte d'identité. CeluiJà pré-
L'nrrnployÉ.Ce n'est pas à la casquetteque ie m'adresse.
cisément.
ANToINE,troquant Ia casquette contre Ie chapeau mou.
L'rurrovÉ, regardant. Il est tête nue ? Alors, vu aous
Faudrait savoir à 9ui qu'tu causes? cet angle, iI n'y a pas à chercher, c'est le disparu !
_
L'nmproyÉ. |e cause à... (II enlèue le chapeau mou et ' Ls prrRox. Disparu 7
le remplace par le haut-de-forme.) Monsieur, là t
Anrorxe. Merci, mon jeune ami ! Combien vous dois-ie L'eÀ'rprovÉ.Eh oui t il est venu lui-même me signaler
pour le vestiaire ? sa disparition.

L'emproyÉ. Le vestiaire ? Vous n'êtes pas un peu... Lr plrRoN. Lui-même ?


dérangé? L'err.rployÉ.En personne I
Axrgtxe, ôtant le haut-dc-forme et se coilfdnt de la Lr pernoN. Il vous a donné des explications ?

h
.I
L'enpl-oyÉ, Non ! Axrorre. Ai-je une tête de rien du tout ?
LE pe.rnox. Comment !... Quetqu'un vient vous dire Le rrrnor, au public, Ça s'explique très bien t
qu'il disparu sans vous donner d'exptications et sion t (Anlor'ne le gifle
ei[le et sort.) Je
Ie suis frappé
fra
vous -ale laissez partir sans faire une eniuête ? l'image de mon employé..., maintenant que ie
L'rlrproyÉ. Mais, Monsieur, pour enquêter sur Ia dis- prévenu... (Antoine rentre de dos atsec une
parition de quelqu'un, il faut d'abord qu'il ne soit soire.) Tenez..- (Il le retourne.) Il n'y a plus
plus Ià I surprise... (Entre un agent intrigué par la passoii
Question d'accoutumance I Tenez l) (Il
Lp pernox. Il faut absolument le retrouver t l'agent et ne ttouoant pas le oisage d'.
L'nmproyÉ,. Est-ce bien nécessaire ? Alors, là..., ça ne s'explique pas I Il y a
chose qui cloche t
Lr rrrnox. Nécessaire,?... Il faut que vous sachiez,
Monsieur... que, si ie ne retrouvé pas cet ù;;a; L'rrcext. Comment ?
je perds une secrétarre. Le rrrnox. Vous devriez avoir la même tête que
L'snnoyÉ. Un I autres...
Lr perRox. Comment ? L'rcnxr. Quels autres ?
L'rmprorÉ. Un secrétaire ! Ls, p,rrnor. Que le premier venu..., quoi t
Antoine.) Que Monsieur, par exemple I Lui, il à
Le prtnox. Non, une t tête qui correspond.
L'rnproyÉ. 1... (Il reprend une cigarette, I'allume en L'ecrxr. Et Ia mienne ne correspond pas ?
regerdant le patron de Drars.)-Non..., mais d'ac-
cord..., je fais celui qui ne coinprend pas..., mais... Le prrnoN. Ah non I
Ls perRox, Ne cherchez pas, Monsieur, le cæur a ses ANrotNE. Oh non I
raisons 1... (L'agent, intrigué, se passe la main sur Ie
L'enproyÉ. Alors ? Ie ne la cherche pâs ? Le rlrnoN, l'obsensant. Cette tête..., ce n'est pas
mal..., là, ça m'inquiète...,
m'inquiète..., il faut que.,.
que.r. !e
Je suis
su
Le plrnox. Ah si t cherchez-le t
fond du couloir | (II sort.)
L'nlrproyÉ. C'est ambigu t C'est ambigu, tout ça ! Bon ! L'rcex:r, à Antoine. Qu'est-ce qu'elle a, ma tête ?
rn Drenr talssez-moi sa carte. Nous allons fouiller
dans toutes les bottes de foin du guartier, et si Axrorxe. Elle est remarquable 1... Elle est
Dous retrouvons votre aiguille... L'rcr,xt. Ah !,.. d'abord, vous t Qu'est-ce que
Le pernox. Je compte sur vous t Merci | (Il sort.) faites là, avec cette passoire ?
L'emerovÉ, rangeant le dossier. Cette affaire étant ANrorxe. !e passeI
au-dessus dc mes compétences. Je vais ta confier L'rcert. Tiens !... D'où venez-vous, là ?
immédiatement à un subordonné... (Il sort. La table
aussi.) AxrorNr, De nulle part t
(On ooit le Patron et Antoine eter dans Ie couloir. L'rcENr. Et où allez-vous?
Au-dessus d'eux, des flèches lumineuses, < mobiles >,
AxrolNe. Nulle part I
indiquant la sortie. Tout à coup, le patron, à ui
tournant du < labyrinthe >, tombe nez à nez avec L'rcsxr. Ah bon ! Vous retournez d'otr vous
. Antoine coiflé du haut-de-forme.) en somme ?
Le prrnox. Antoine t Axrorne. Oui. Je rentre 1...A peine sorti de nulle
j'éprouve le besoin d'y rentrer...
ANToTNE,Pardon ?
L'^cENT. Pourquoi ? N'êtes-vous pas bien, ici ?
Le prtnox. Excusez-moi, je vous avais pris pour mon
employé I ANrorNr. Ici, c'est I'inconnu I
Axrorxs. Ai-je une tête d'employé ? (Il reprend sa L'AcENT,Ça vous fait peur ?
marche.) Axrornr. Oui !
Le rlrRox. Pourt)nt, j'aurais bien cru que c,était mon L'ecexr. Pourquoi ?
chapeau | (II sort une cigarette et s,adressant à un
homme en qui passe.) Vous avez du feu, ANToINE.Parce que je ne me sens pas chez moi I
-casquette
s'il vous plaît ? L'ecsrr. Allez en face..-
Anrorre. Ai-je une tête à avoir du feu ? Axrornr. En face, c'est comme à côté, c'est a
(Tous deur reprennent leur marche.)
t'ecrnr. Alors, allez au hasard I
Le nrnox. !'ai compris... Ce n'est pas mon employé,
c'est sa tête qui me hante... euand ie I'avais sous Altorxr. C'est trop risqué I
les yeux, je ne la voyais pas... Maintenant qu'elle L'rcexr. Vous ôtes dans une impasse,quoi !
n'y est-plus..., je la vois partout... C'est un phéno-
mènc de compensation| (Il heurte quelqu,un.) Ohl ANrotNE, Oui I ça ne mène nulle part t
pardon ! L'ecrltr. C'est-à-dire d'oir vous venez ?
Axtorxr, coiffé d'un béret. Ai-ie une tête à pardonner ? Axrotxr,. Oui I Et où je retourne I
Le plrnoH. Ça s'explique... Obsessiont... ça va passer! L'rcrxr. Alors, bon voyage, Monsieur !
Ce n'est rien I (Nozucau passaged'Antoine.)'ll f.aut
ANToTNE,allant pour sorrir. Merci I
{V faire. (Entre un homme lisant son iournal.)
Tenez..., derrière ce journal..., que vais-ie décou- L'^GENT,au public"
vrir ? (11 ôte Ie journal.) La tête de...
J'ai pcur !... J'ai peur de I'eau qui dort !
Awrotna, chapeau rnou. De quoi ? |'ai peur du feu qui couve !... f'ai peur des
mettes!
Le prrnox. De rien du tout I Le tabac me fait peur I Oh 1... Et puis...
La santé me travaille I Le grand air m'étouffe I L'euprovÉ,. Tenez I (II dégrate son cèinturon et le tend
Le nylon m'irrite ! Iæs cheminées m'attirent t à l'agent.l Si ça peut vous rassurer | (L'ag,ent se
,'ai peur de tout et tout me fait peur I l'agrafe.) Mais c'est moral, hein ?
Les c j'y suis j'y reste D me font peur t
L'ircexr, reprenant son autorité. Je n'ai pas d'ordre à
Les a i'fous I'camp r aussi t læs < qui sommes-
recevoir de vous t Compris | (En sortant ) Vous ne
lnous ? r, 'me faites pas peur, vous savez. (Il sort en sifllant.)
< D'otr venez-vous. où vas-tu ? > m'angoissent I
Répondre à I'appel, ça me fait peur t (On entend diflërentes sonneries.)
J'ai peur des sirènest Des ballons captifs I L'euerovÉ, seul. I'ai peur des merles qui sifflent t Des
Des retours de flamme ! serpents à sonnettes.,,,des petites annonces... Plan-
Des cartes perforées I ton I (Le silence se fait.) I'ai peur des abonnés
Quand je pense 1... absents...|'ai peur de la minute de silence t... J'ai
Penser aussi me fait peur ! la trouille, quoi t
,e tremble de peur t
Oh I Et puis... L"rcExr, feoenant, Que se passe-t-il ?
La soupe n'est pas bonne t L'eMprovÉ. Ah I Quand on parle de la peur du gen-
Le percepteur m'ennuie I darme, ce n'est pas de celle qu'il inspire, mais de
Le gouvernement m'intimide t celle qu'il éprouve là I (5e jetant dans les bras de
L'opposition m'inquiète t I'agent.) Ah I f'ai peur I
J'ai peur de tout, et tout me fait peur I
Les Américains me font peur I L'ecrxr. De quoi ?
Les Russes aussi I L'nurrovÉ. De tomber I Ah I Planton, vous qui m'avez
Les Pakistanais t connu avant..., quand j'avais encore mon revolver
Les Cypriotes t sur le côté..., I'autorité que i'avais... Depuis que ie
Les Patriotes I n'ai plus ce petit truc-là, ie suis comme ça...,
M'angoissent I effondré..., apeuré,.. le ne peux plus prendre d'ini-
< Hisser les couleurs ,, ça me fait peur t tiatives t
J'ai une peur bleue (IIs sortent. Bonitace et Antoine soilent de la losse
De la magie noire t
Des nuits blanches t et se croisent sur Ie palier. Antoine est coiffé du
Du rouge baiser I haut-de-forme.)
Malgré... BoNIFÂcE.Boniour, monsieur Bonnard t
Malgré aussi me fait peur I
Bon gré aussi t ArroIxe, chantonnant et titubant légèrement. Salut,
mon brave t
J'ai peur de tout t
De rien I Boxrrecr. C'est à cette heure-ci que vous rentrez ?
J'ai peur des clous t Axrorxs. |e rentre quand ça me fait plaisir 1... Je suis
Peur des coups I
un joyeux fêtard I
Des fous I
J'ai peur I Bonrrece. Ce n'est pas dans vos habitudes t
Je crève de peur, quoi !... C'est net t... Et, pourtant, ANrotNe. ]e fais ce qui me plaît 1... !e n'ai de comptes
il ne se passe rien I
à rendre à personneI Hein, Paul ?... Ah I ce qu'on
(L'employé entre.) a pu rire, hein, Etienne ? A Ia tienne, Etienne t
L'enrLoyÉ, I aperceoant. Je vous iai fait peur ? Bon 1... (ll chante.) < Nous sommes un groupe, une petite
Tenez, planton t,.. (Il' Iui tend la csîte d'identité troupe.., t
d'Antoine.) Recherchez-moi cet hommè t Boxtrecr. fe ne vous reconnais plus, monsieur Bonnard.
L'rcexr, C'est lui I Axrorxe. D'abord..., à quel Bonnard vous adressez-
L'enployÉ. Vous le connaissez? vous ?
L'^cENr.Non 1...Mais i'ai I'impression d'avoir déià vu... Boxtrrce. Comment, quel Bonnard ? Mais à vous,
au fond du couloir..., mais c'est très fugitif I Antoine, mon voisin.
L'emrroyÉ. Et ceux-là | (Il lui tend les photos.) Axrotxr, déçu. Aht bon I (Retirant son gibus.) Fini de
L'rcrxr. Hé t ceuxlà 1...c'est comme lui... Il me semble rire. (Il met son béret.)
bien que..., mais ie ne peux rien affirmer... Boxtr,rce. Vous avez trop bu, hein ?
L'rmproyÉ. Bon t Occupez-vous de cette affaire et AxrotNe, calme. Moi7.". (Faisant claquer son ongle sur
promptement t ses dents.) Pas ça I
L',rcext. Oui, Chef | (Il prend les photos en tremblant.) Boxrnce. Tiens t Vous n'allez pas au bureau ce matin ?
L'ErrnorÉ. Mais vous trerirblez, planton I Anrotre. !'en viens..., on m'a congédié1...
L',rcrrr. Parce que... je suis comptètement désarmei Boxrrlce,, Tiens I Moi aussi t...
Ah I Chef, si vous m'aviez connu avant..., quand
j'avais encore mon revolver sur le côté..., I'autorité Axrotxs,. Il y a parfois des coincidences !...
que j'avais 1...J'étais la loi en marche t Forte I Stre BoxIr,rcr. Le plus difficile, ça va être de l'annoncer à
d'elle 1...A un carrefour, au moindre refus d'obéis- ma femme.
sance..., paf 1... !'avais la main là 1... comprenez-
ANrorNE.Et moi à la mienneI
vous ?... Le iour où on m'a retiré ce petit truc-là,
j'étais comme ça t... Effondré t Incapable de me Boxtrrcs. Comment, à la vôtre ?... Mais... votre défunte
diriger moi-même I Hébété I Apeuré t... Quand un femme est au ciel 1...
piéton me demandait : . C'est à moi de passeç? r,
je disâis : < Je n'en sais rien r - Axrotxe,. te n'en suis pas si str que vous, Monsieur t
. Alors, me
disait-il, c'est aux autos ? r le lui disais : < |e ne Boxrr,lce. Si elle vous entendait I
peux pas vous le dire, Monsieur, débrouillez-vous I Anrotxr. Oh I mais elle m'entend I
Faites ce que vous voulez... Moi, je ne peux plus
prendre d'initiatives 1... n Ie suis complètement Boxtnrcr. Elle vous entend ?
dépersonnaliséI Axrorxr. Et elle me parle I
ËoNrF^cE.De I'au-delà ? ANrotNe-BoxrFAcE,Au voisin...
Anrolxe. De I'au-delà I HÉr-ÈNe.II n'est donc pas au bureau ?
Boxrprce. Ce n'est pas possible t AxrotNe-BoxrFlcE. Non, ils I'ont foutu à la porte t i
Axrornn. Si I Dès que je suis dans ma chambre, elle HÉrÈxe. Eh bien I Si tu ne te dépêches pas..., c'e5i
corlmence à me faire des réflexions désagréables... qui va t'arriver...
Borrrece, montrant le plafond. De...? Anrorxe-Boxrrecn. A ce propos..., je voulais te
ANrorNe. Oui t HÉrÈnr. Tu n'as pas oublié de ramener le
BoNrrrce. Dites 1... Vous devriez vous distraire, sortir Axtorxe-Boxrrrce. Hein ? Ah si I tiens t (Ils re
un peu. reprennent leur couoercle.)
Axrorxs. Elle ne veut pas. Boxtr.rce. C'est ma femme...
Boxrrrcr. Qui ? ANrotNe. Non, c'est la mienne I
Axrone, montrant le plafond. Elle I Elle me I'a nette- Bolrrprcs. De I'au... ?
meût fait entendre Ia nuit dernière I Axrotxr. ... Delà ! (Il rentre chez lui tandis que
BorIrece. Tiens ! (Rianr curieusement ) Ah ! oui t Ah 1... face, intrigué, reoient sur s€s pas et écoute
Les femmes sont terribles I porte d'Antoine qui dépose le couuercle.) Le
Arrorxs. Quand elles ne sont plus là, c'est encore HÉt Ètr, qui s'est retournée contre le mur. Tu
pire ! mis un temps t
Bonrrecr. Ah I f'oubliais..., en même temps que le Atrotxe. fe t'en supplie, parle moins fort 1...Iæ
mien, j'ai fait votre tiercé... (II lui tend un ticket.) entend tout ce que tu dis I
... Huit, trois, quatre... C'est bien ce que vous HÉrÈNe. Je me fous du voisin t
m'avez demandé ?
Anrorxe. Chut I Chut I
Arrornr, le prenant, C'est ça I Merci t (Bonitace quitte Ia porte et regagne sa
Boxrrrcr. Je ne peux pas me tromper, c'est touiours
Boxtuce, entrant dans sa chambre. Chut I (At,
le même ieu que le mien.
Dasse.) I'ai écouté à la porte du voisin, il
AIrcINE. C'est ma femme qui me... conseille t quelque chose de bizarre.
Boxtrecs, De... ? HÉrÈxe, se retournant Qu'est-ce que tu me
AHrorns. Oui ! ANToINE, au plafond et à ooix basse. Ne me fai_s,
(Antoine et Boniface se dirigent oers leur porte et, chanter à cette heure-ci, ma chérie.
taut en cherchant leur clef, ils préparent à mi-ooix HÉrÈxe. Eh bien, vas-y, quoi I
une explication.)
ANToINE, chantant. < Ce n'est qu'un au revoir,
BoNrrece. Qu'est-ce que ie vais lui dire ? frères, ce n'est qu'un au revoir... t
Arrornn Et moi, donc ! HÉr.Èxs. Il est fou, celui-là | (Elle frappe à Ia
(Antoine et Boniface rentrent chez eur sans faire
ANToINE, s'arrêtant et regardant oers la porte. Ah
trop de bruit.)
BoNrrrce. Chut ! (A t:oix basse.) Viens, viens,
llÉlÈrr, encore couchée, en se tetournant. Tu es
encore là ?... HÉrÈNe. Qu'est-ce qui se passet .,.
Avrotxe, regardant le plafond. Ouil (Boniface entraîne Hélène sur le palier.) _r
Boxrr.rcr, regardant Hélène. Ouil ANToINE,répondant à HéIène. On a frappé ! .
(Ils rctirent leur oeste.) (Boniface et Hélène se sont arrêtés deoant Ia pot
d'Antoine et tendent I'oreille,) ..
HÉrÈxp. Je te croyais parti...
Boxrrrce. Chut ! Ecoute !
ArrorNe-BoxrrAcc. Oh ! f'ai tout le temps !
HÉr-Èxe.fe n'entends rien.
HÉr.Èxs, Tu sais I'heure qu'il est ?
Axlorxe, ouorant Ia porte. Vous désirez ? l,
ArrorNe-Boxrr^cE. Oh t là t (It regardent tous deux le
BoHtrircr. Nous ?... Rien t
réueil, oont et oiennent, embarrassés,)
HÉ,rÈxr. On... on écoutait quoi t
HÉrÈne. Ah I dis donc, avant de partir..., pense à vider
les ordures... Boxrrecr. On vous entendait chanter... alors...
Arrorre-Boxrr^cE. Hein ?... Ah I oui ! (l/s prennent le Awrornr. C'est ma défunte femme qui me le
seau, sortent et se retrouoent tous les deux deoant dait.
Ia < losse> commune. IIs posent le couoercle.) Boxrrecs. Ah ?... De I'au-delà ?
Axrorxe, eêné. Qui est-ce qui vous a dit de vider les Antorxr. De I'au-dela t
ordures ?
HÉrÈnp. Ah !... Comment va-t-elle?
Boxrrrcr.. C'est ma femme !
AxrotNr. EIle est en pleine forme.
ANToTNE.Non, Monsieur t C'est la mienne... Mais ' :'
cornme le plafond n'est pas épais..., vous avez H É r-È xr.Oui ?
entendu ce qu'elle me disait de I'au-delà... Axrorxs. Elle nous enterreratous, vous savez. : "1't
BoNrF^cE.De I'au-delà 7... (Il uide son seau.) HÉI-ÈNg.Eh bien ! tant mieuxt Voilà t Mon bon sou"
venir à... !..:,
Axrotxp. oidant Ie sien. le suis désolé !...
(Ils rentrcnt.) ANrotxe. ]e ne manquerai pas de lui en faire parb:.:
Dites,.., si ma femme parlait trop fort..., faitc5/-l;
HÉrÈxe. A qui parlais-tu ? le-moi savoir !... Merci ! (ll referme Ia porte.) ,,*
goNrF^cE,à HéIène sur Ie palier. Tu avais frappé, toi ? Axrorxe-Boxtrece. Mais... je ne vous vois pas, Madame I
NON. HÉrÈxe. Près du lit, Monsieur...
HÉLÈNE'
que nous étions Axrorxe-BoxrFlcE. Ici, Madame ?
DoNtF^cE.Alors, comment savait-il
derrtere la Porte , HÉrÈns. Non 1... au-delà.,.., Monsieur...
peut-être entendus !
HÉrÈlrr. Il nous a AxtotHe-BoxtFAce,fa gorge senée.... Au'delà, IVladame?
On ne disait rien- (Antoine et Hétèie i'étreignent. Bruit de baisers-
DoNIF^CE. Bonîface, intigué, tend l'oreille.., et comprend.)
(Ils rentrent tous les deux.)
Nom de Zeus 1... de nom de Zeus I
HÉr,ÈNe.Oh I Il est curieux' ton voisin t (Il sort de la chambre d'Antoîne et pénètre brus'
Tu sais, avec la femme qu'il a I quement dans la sienne en donnant de la lumiète.l
ANToTNE-BoNIFACE.
en retirant leur tseste-Bon I Eh
BoNTFACE-ANToINE, HÉrÈxe. Ciel t mon mari t... Ah I (Elle s'éoanouit.)
bien I (Antoine se lèoe brusquement, tandis que Bonilæc
se précipite.)
HÉrÈNe.DéPêche-toit
(ls enlèoent une manche.) Boxrrrcr, après aooîr tapoté la main de sa femme.
Elle est morte I
BoNrF^cE-ANroIxe. On y va t On y va I (Ils enfilent
leur oeste.) Axrolne. Eh bien ! mon vieux... Vous n'avez pas fini
de l'enteadre I
HÉrÈrr. Tu vas être en retard t (Tandis que le décor remonte, Antoine descend' cn
Boxrn,rcs-ANTolxe.Oh I Eh I Une seconde| (IIs oont marche l sur place >. Henriette entre et s'aÛête,
deoant Iq elace,) Le temps d'ajuster ma cravate I stupéfaite.)
Voilà... Allez 1... (Ils s'éloi*nent, puis s'arrêtent,)
Hennrerrr. Antoine, où allez-vous ?
Un petit coup de peigne. (IIs se le donnent.)
AxroIxr. Je fais semblant d'aller au bureau I
HÉrÈxs. Tu as Pensé au tiercé ?
Bolrr,rce-AxrolNc. Hein ? Oui I (Sortant leur ticket et HnxRrerre. Semblant ?
le montrant.) Le huit, trois, quatre. (Le temettant
dans lqur pochette.) Allez I Au revoir t ANToINE. Oui, ie fais < comme si r... Et vous ?
Hr,Hnrerrs. I'allais chez vous t
HÉrÈNe,le rappelant. Dis donc I Tu ne devais pas me
dire quelque chose ? Axrotxe. Eh bien I ie ne veux pas vous retarder.
Allez-y I
AxroIxe. Moi ?... Ah si 1... Mais... non..., ce n'est pas
urgent, je te le dirai en rentrant 1...A ce soir t Hexnrerrr. Inutile, puisque vous êtes là t
(lls sortent et se rctouoent tous les deux sur le Axrorrp. Je fais semblant d'être là 1... < le fais comme
palier.) si... r Mais, logiquement, ie devrais être en train
BoNrFÂcE.Vous u'avez pas osé lui dire... d'annoncer à ma femme que i'ai perdu ma place.
Axrorxe. Non I Hexnrerts. Votre femme..., mais elle est...
(lls s'éIoignent, puis.) Axrotxr. Oui, mais je fais < comme si I elle ne l'était
pas I
BoNrFAcE,s'arrêtant. Moi non plus. A moins que...
Hrxnrerre. Eh bien I écoutez, Antoine..., faisons
AHrorxe. Eh t Bien str t ( comme si r vous étiez là... Voulez-vous ?
Boxrrece. Et si c'était 'vous qui alliez dire à ma
femme... Axrotxe. Si ça peut vous arranger t Qu'avez-vous à
me dire ?
ANrorNE.Et vous à la mienne...
HnHnterre. Que le Patron vous cherche t
BoNrrrcr. Ça va, j'ai compris t
ANrorNE. Ah I Derrière ses dossiers?
(lls frappent clrccun à la porte de I'autre.)
HsNRteTrs. Il voudrait que vous repreniez votre place-
HÉLÈNr.Qui est Ià ?
Axrotxe. ll m'a ignoré pendant dix ans, eh bien I qu'il
Bolrn,rce-Axtorxe, Iæ voisin t continue I Qu'il fasse < cornme si r j'étais là.
HÉrÈxe. Tiens 1... (Ramenant le drap.) Entrez I (lls He,lrRrerra. Et moi..., avez-vous pensé à ce que ic
entrent.) Qu'est-ce que vous voulez ? deviendrais... sans vous I
Axrorxe-Boxrrece. Ce que j'ai à vous dire, Madame, ANToINE.Sans moi ? Vous dites ça comme si j'étais...
est délicat I indispensableI
HÉrÈNe. Vous avez attendu le départ de mon mari Hr,xnrette. Si t... Ie I'ai compris en vous voyant partir I
pour... ?
f 'ai compris que sans vous... ma présenceau bureau
AurorN-BoxIucr. ...Pour vous dire que... n'avait plus aucun sens.
HÉLÈxs.Ne dites rien, j'ai compris t Axrorxs, troublé. Ah I oui ?
ANrorxe-Boxrncs. Ah bon I Hexntelrr,, qui < joue > la scène. Savez-vousque i'étais
prête à tout quitter pour vous..., ma place-.., moo
HÉrèxr. Vous êtes charmant..., vous savez..., je com- patron,..
prends la fidélité de votre femme.
Arrotxe. Vous ne I'avez pas fait ?... Vous n'avez pas
A:lrorxe-Boxrn,rce. Dites plutôt < I'insistancer t fait ça... pour moi ?
HÉLÈxe.Tiens 1... fe croyais que c'était un ange... Hexnrr,rre. Non I
AHrorxe-BoNrrrce. Oh ! un ange 1...les apparences6ont AxroIxe, déçu. C'est dommage I
parfois trompeuses.
HsHRrrtte. Mais j'ai fait t comme si r j'allais le faire-
HÉr-Èxe. Trompeuses, en effet,., Eteignez la lumière,
voulez-vous ? Approchez... Approchez 1... AxrotxE. Henriette I

r^
Ifexnlsrre. Antoine t... Je ne peux pas me passer de Docrsun HoNonÉ, Il aurait pu fermer sa porte t
vous I
Nrcorr. Docteur I
Axrorxr. Ah 1... Je... troublé,.. suis... tellement que...
Docreun HoHonÉ. Oui t
Élsxnrprrs, Que dites-vous ?
Ntcore. Puis-je vous parler à coeur ouvert et
Axrotxe. Que... difficiles prononcer... les mots sont...
pourtant... mais... il les dire faut... avec.,. de sim- anesthésie?
plicité le plus... et... DocrEUR HoxonÉ. C'est une opération qui se fait
HnxnrErre. Quoi ? ramment ! fe vous écoute d'une oreillette
Ntcore. .r11
Axrorxr Avec netteté... .|e. sais bien que ma démarche est .:
ventricule |
Hexnrerrn. Ah I
DocrEURHoxonÉ. Eh bien t Ventriculezt
Arrorxs. Oui I Pour vous..., les sentiments... vous dire
que j'éprouve... i1... ne me manque... que... Nrcots. Tant pis, ie vous ouvre toutes
valvulest
lfexnrerre Que... ?
Docrsun HoxonÉ. Ouvrez t Ouvrezt
Axrorxr- Il ne me manque que la parole t... Ia voix,
voilà I Et tout... c'est.. c'est tout I Enfin... fe l'ai Nrcote. Voilà I Artériellement parlant, ma tensioul
dit, quoi t vous augmente de jour en jour I '.;
Hexnrrrre. Antoine,.. réellement... vous n'êtes pas DocreuR HoNonÉ. Chère pulsation t
bien ?
Nlcors. ]e suis un peu auricule gauche, n'est-ceÏ
Anrorxe, Moi ? Si... si... ça va t
Eh bien, vous allez faire < comme si r ça
Docreun HoxonÉ. Pas du tout I C'est un
Hrxnrsrrr.
n'allait pas I
du caur I
Nrcor.n. Non t C"est une grave affection, je le se$ t
ArrotNE. Ah bon I
Hexntsrrr. Vous allez faire semblant de venir avec
Docrnun HoxonÉ. Affection que ie partageL {j
moi... Nrcorp. le n'aime pas vous voir souffrir de I'aortÈ
Anrorxe. Oui. Docreun HononÉ. Chère anomalie caractérielle.-iii
Hnxnrrtrs. Alors... qu'en vérité, vous allez consulter NtcoLE. Chère contraction musculaire...
un spécialiste !
Docrrun HoxonÉ, Mon embranchement...
Arrorxr. Mais ie ne suis pas malade t
Nlcore. Mon bistouri !
Hsxnrrrrs. Non ! Mais vous allez faire < comme si r t (Nicole est sortie. Antoine entre.)
Arrrorxe. Alors, comme ça..., ie veux bien. Docrrun HoxonÉ, Je vous attendaisI Alors I Qut
HeNRrprre. Venez I qui ne va pas ? , rd

'iit
ANToTNE.Je... vous... refuser... peut rien... ANrotNE. Eh bien !... Euh !... ]e 1... que... voilà t
(Chez le docteur Honoré. Le docteur retrousse ses Docreun HoxonÉ. Oui !,.. Troubles du langaget
manches, se saisit d'un maillet et frappe sur un
gong. Nicole entre, retenant un maladà au bout Axrorxr. Oui... je,.. quand ie... pour... euh !
d'une laisse. Ce dernier tire sur le collier.) Docrrun HoxonÉ. Parfaitement ! Si j'ai bien
Nrcor.e. ]e le lâche ou quoi ? vous voulez dire par là que les mots sont d
à prononcer ?
Docrrun HoxonÉ. Qu'-a-t-il fait ?
ANroIxp. Non. !... Je... par là veux dire... qu'à
Nrcors. Rien 1... Il voit passer des objets. difficile les mots sont...
Docrrun HoxonÉ. Des objets ? Docreun HoxonÉ. C'est pareil I
Le u.ar,rpe. Oui 1... Non identifiés. ANrorNE. Oui mais... (II lui fait signe
Docrrun HoxonÉ. Où ? sens,)

Nrcorr, Dans Ie ciel t (Aa malade.) N'est-ce pas ? Docrpun HoNonÉ, prenant une chaise, genre
et l'installant à la manière d'un
Le r4rteor. Oui I C'était comme... des... Confiez-vous à moi comme à un père !...
Docrnun HoHonÉ. ... Soucoupes ? Anrorre. Un Père Blanc !... Eh bien t voilà, mon
Lr lretros. Non !... des hirondelles t t'ai parfois I'impression de marcher a éôte de mo{
chapeau I
DocEun HoxonÉ. Ouais !... C'est le printemps... eui
êtes-vous? r DocreuR HoxonÉ. Dédoublement de la personnalitét.
Mais oui I C'est enfantin ! Vous vous êies dédoubl4,
Le rurror, exalté. le suis un tout indivisible... mani- mon vieux t t ;i:
festant des activités physico-chimiques... physiolo- iii;
giques... et psychologiques. Alromr. Ah ! Mais il n'y en a pas qu,un !
Docrrun HoxonÉ, à Nicole. Cet homme est parfai- DocrruR HononÉ. Il y en a combien ?
tement normal I Relâchez-le! Axrotxe. Cinq I i
(Nicole retire la laisse.)
DocrsuR HoNonÉ. Cinq chapeaux? Alors, vous avd
Le u.rtroe, sortant en plongeant par la fcnêtre. C'est fait une rechute I Vous avez fait un redoublemeot,
le printemps I et demi du dédoublementde la personnalité,
,; ,
Nrcou. Dommage ! ]e commençais à m'y attacher t AnrolNe. C'est beaucoup?
rmcTEURHoHonÉ. C'est trop pour un seul homme t Anrotne. Moi, ie veux bien, mais par oir ?
-- Vour m'auriez dit : < Je me suis dédoublé ou même
triplé... r, je vous aurais répondu : < Et alors ! Moi Docreun HoxonÉ,. En sortant d'ici...' vous verrez. en
aussit > Mais quintuplé 1... Alors là... je vous dis : face de vous, une porte entre deux murs ! Ne la
C'est trop I Halte I Vous avez dépassé les limites prenez pas t... Prenez le mur I LongezJe.'. et, à un
hop ! sautez-lc...et fuyez t
permisesI . momeni...,
C'est grave ? AnrorNe. Où ?
DocrEURHoxonÉ. Il vaudrait mieux ne pas récidiver,
^NToINE. Docrrun HoxonÉ. €hez vous t Tranquillement t Sans
eatce que, bientôt, vous allez vous retrouver à dix I hâte t Comme si de rien n'était !.-. Et si quelqu'un
Vous faites de I'hystérie collective, mon vieux t vous demande qui vous a conseillé de faire le saut'
ANrorNE.]e fais de I'hystérie collective ?... A moi tout né dites surtout pas gue c'est moi t Je vous remer'
seul? cie... Voità... La sortie est par ici...
DrocrEURHononÉ. Oui. Axlotxe, rettenant. Ah t dites t... Comme ie suis inscrit
à la Sécurité sociate...,si vous pouviez me remplir"'
ANrorilE. Que dois-je faire ?
DocrEUR HoxonÉ. Eh bien I c'est simple, il faut eortir Docreun HoxonÉ. ... Une feuille de maladie ?
de vous-même, mon vieux I II y a trop de monde
à I'intérieur. Axrorxr. Non I Cinq I

RIDEAU

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O l'rtorurn:nt cirr Cirtnr r (llr*l
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.(En édition luxc. Supptémant : lO FJ
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O <i'Avanr-ScinrÉÉmr0lt{"1 33 38 pl erl
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O <tAvrnt-Schr33tmn,)({rirndl0rpttéitnpuul 80 100
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Ô l'rbonnamantrfcid<Triptypr O ltiiûrrn mrctr borZktonrl:stlFrirô 7 9
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Sdnctrédr il-) frirdnh dmiènhndc-dnr*l
O 6aqcnrcntdrdm*. t t
*<AntiologfuluCirÉanDfi0il"'l(trrild;gn$i0 65 .80.
{1) Les membrei dæ Ciné-Clubs affiliés à la F.F.C.C peuvent continuèr
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.|4,5;
{oAN. 67-25). C,GP. Paris 7353-OO, chàquo bancaire, môndat posto. York N. Y.. 1OO25 - DoltaG : Th.. Cin., 8; Coupléa.21: TripL. l6i
o Pour les pryr tlrrngcra cl-d€ssus, gdres*z les æuscdptions : a ITALIE : DotL C€rlo Dl Pralormb;.vla Lambruschlnl 12, Torlno -
. B Ê L Gl o u É , co Nco , LUXEMBoURG, PAYS- BAS : H. SchendeL Ltros : Th., 8 5OO; Cin., 4 9OO; Coublés, 12 5OO; Tript, 10 500 o
6. ruo Brialmont. Brursllos. c.c.P. 2364-99 - F.B. : Th, 690i Cln.. 4ooi PORTUGAL: Livrarla Bcrtr€nd. 73, rua Garrclt, Llsboa - Escudo3 :
couplés. I OOO: Tript., 8oo.a CANADA : R. Ferron. r A ls Pago t, Th.,4OO; Cin.,225, Couplés. 58O; Tript. 48O; a À,tEXIOUE : Libralrtc
:456. ruo de is Montâgno, Montrésl Françaiso.A Paseo do la Relorma 12. Mexico O.F, - Pcsos : TtL. 178:
- Dollas C. : Th., 14.5: Cln.. 8i
Couplés. 2l: Tripl, tO a ESPAGNE : H. Avellan, Duquo de S35to,' dn., 1OO; Couplés, 26O; Tripl, 180 a SUISSE : Rogor Haefolf,
6. Maclrld. 9; (su cours drr lour) o GBANDE'BRETAGNE : Tho Tsntlvlf 11, ev. Jolimont. Genôvo: C.C.P.1.6390 - F.S. : Th,, 68; Cln-. 34.
Prcss (Mr. P. Cowte), 7. Ssdloy Place Oxford Street. London W l, S-hit 3 Couplés. 87: TripL. 78.
Th.. tOO: Crn. 6O: Couplés, 160; TtlpL. 124 a a Pour los auiros pays étrangors : chàquo bancako libsltd sn monnolo
natlonale d€ I'abonnéot odre$6 à . l'Avsnt-Scônô r.
a Ls présontô rowe r adhdr6 à I'arrsng€msnt Intomodonll dss ebonnc-
monts-Postq
acte

Roulentents. Lours xrrr. De tui-mêmet Tout seul


Les trois coups. grand!... Et pour quetteialiàn t...
""
z-'
Le rideau se lèue sur le mur qui tombe. ANrorxe. Pour des raisonspersonnelles...,
de santé! des i
Le orncreun, entrant. Ernest t eu'est-ce qui se passe?
Lours xrrr. eu'est-ce que tu dis de
Enrrst, entrant. C'est le mur qui a lâché t ça, Louis? .
Lours xv. Rien, Louis | ,.1
Ls onecrsuR. Il aurait pu écraser l.auteur t... Oi,
est-il ? *iT s'évade
de ta Santépour
Entesr. Derrière sa petite table ! Il noircit des pages ! J:i;lionsieur
ANrorNs.Quelle santé?
LE DTREcTEUR, appelant. Bonnard t
Lours xrrr. Ia prison, tienst
Vorx on r'rureun. Hein ?
ANrorNE.]e n'ai jamais été en prison
Le ornscrnun. C'est le directeur du theâtre. t
Iours xrrr. Alors, d'où sort_il?
Votx oe L'AUTEUR.Ah I Bon I
Lours xv. Oui ! D'où sort-il ?
Ls otnecreun. Alors, cette pièce, où en êtes-vous?
Axrotxe. Mais je n'ai iamais été en prison .
Vorx pe r'eureun. fe sors de chez le psychiatre... t
Lours xrrr. Comment expliques_tu
Ln ornecrruR. Il invente, c'est merveilleux ! ça, hein t
9o.p"g.r- expliques-ruque ce monsieur ,
Vorx os r':rureun. ... et ie m'apprête à sauter le mur. ,amaisété en prison...puisseen *;iilt'
A propos !... |e vous remercie t Iours xv. Je ne me I'expliquepas, Louis
t
Ls prnscreun. De quoi ? ANToTNE. Moi non plus.... (Réflëchissant.)
(Réflëcfutsanr-) Ce
(
Vorx og t'eurrun- Pour mon quatrième mur ! Il est pas prevu, ça... Non...,
tombé iuste au moment oir il fallait ! po-r.rrs'évader de- lui_mêm., -mon idée...,
-dansf."o"t
isËii'G
Le ornpcteuR. Vous voulez réellement faire le mur ? i?i.- _'':I m
pri:on
ur.querconqrJi.
Evidemment, -' s"iô"TË,
c"-f;Ë; à;lj:. "Ëii,i
Vorx oe r'eureun. Oui ! pour sortir de moi-même t regrsseurqui m'a fichu dedanst
L'atmosphère familiale est devenue irrespirable ! Lours xrrr. Tu entendsce que j'entends,Iouis
Le ornecreun. Ce sont les affres de la création !
?
Lours xv. Oui, Louis, j'entendst
Vox oe r'rurrun. J'ai besoin de prendre I'air.
Lours xrrr. Et tu y comprendsquelquechose .
Ls _orRecrgut, faisant signe à Ernest que < non >.
?
Lours xv. Non, Louis !
Ernest ! Fermez toutes les issues,qu'iî ne nous fite
pas entre les doigts. ANToTNE.
D-'abord...,
vousdeux...,vousne a"uriffi
être i ci ! -'' --"
Vorx os L'AUTEUR. . .r*o
|'ai envie de marcher un peu..., de . t iffi
rentrer chez moi ! Lours xrrr. on gêne peut-être?
Le ornecreun. Tant qu'il. n'aura pas terminé sa pièce, Auronre. Vous êtes entrésbeaucouptrop tôt, ,i Tê!
il est mon prisonnier ! Lours xrrr. C'te bonne blaguet... Heureusement
t SaF':
Enr-Esr.,Vous. n'avez gu'à le faire garder par des !q, MonsieurùË
ça, r'rvrrùrçur se ralsatf
faisaitla pairJi----
Ja palfe t ",.,1i;*,
",;ir,,,æ
genoarmes.
Arrorxe. Ecoutez...Je vais tout vous dire...
Ls ornecreun. Quels gendarmes? :xË,i
Louts xltt. Il y aurait intérêt, oui t
.,'1.-&
ERNesr. Ben ! Les deux guignols qui jouaient dans le AxrotNs. C'est une histoire que j,ai inventée a" toi*H',:
précédent spectacle. pièces... -.
't,,.,ï{;
Ls fera
-ornecrsun. Ça plus. toujours deux interlocuteurs
imaginaires
Lours xrrr. Note, Louist ,.ii',
de
(Ils sortent. Antoine escalade le mur.) Lours xv. Oui, Louis! .. "i.
Axrorxe, sautant le mur. De I'air t De I'air ! Altotr.æ. La vérité, c'est que nous sommes a"rrs .rn
(Soudain, deux gendarmes surgissent en haut theatre..., que ce mur est un décor... et que yor
du personnages n'existent que dans mon imaginatioru;
mur.)
Voilà !
i
Louts xrrr. Surpris, hein ? Lours xrrr. On rêve ou quoi ?
ANToTNE.Plutôt... Je ne m'attendais pas... à...
AxrorHn. C'est une fiction t Vous comprenez ?
Iouts xrrr. Alors, comme ça, on fait le mur t
Louts xtrr. Ça me dépasseun peu t pas toi, Louis?i,;
Anrorrn. Oui..., je me libère..., je m.évade!...
Louts xv. Ah ! si, Louis t... ",,
Lours xur. Tu entends, Louis ?
ANrorNE. e suis désolé...,mais... vous n'êtes que des
AilTorNE.... de moi-même ! -f -
fantoches..., des pantins t
rôùrs xrrr. Parfait t... Alors... (Notant.) Insultes envers Lours xv. ... pons !
- un représentantde l'autorité !... Tu...
AxrorNs. ... piez !
Louts xv. C'est noté ! Lours xut Si bien que nous nous serions immiscés...
ÂNrotNE.Ne faites pas de zèle !... Ça ne sert à rien Anrotlr. ... Dans une pièce privée où vous n'avcz
' puisque vous n'existezpas !
aucun rôle à jouer.
lours XIII. Tu entends ça, Louis ? Tu n'existes pas t Louts xv. On ne peut plus jouer, quoi I
Loursxv. Toi non Plus, Iouis I Axtorxe. Notez que...
lpurs XIII. Nous sommes des ectoplastes,quoi t Iours xrrr. Ah I Mais on note I
Dcs bulles, ni plus ni moins. Des interlo-
ANToTNE. AxrotHn, Ies bras leuls. Comme la deuxième partie
CuteUrSrmagrnarres.
n'est pas encore écrite, en tant qu'auteur..., si ie
LoursxtII. Note, Iouis t peux vous placer quelque part...
ANToTNE.Si je voulais m'appuyer sur vous, ie tom- Iputs xrrr. Ça suffit, hein I Tentative de coruption
berais !... envers de hauts fonctionnaires... Ça va chercher
loin 1...Ah ! On fait partie d'une police parallèle !...
1oursxItI. Appuyez-vous un peu... pour voir t (A (IIs lui saisissent les mains et Ie hissent.)
Louis XV,) Note toujours... (Antoine touche les
gendarmes d'abord du bout du doigt, puis il leur Vorx o'Hernrerre. Antoine I Où êtes-vous?
tâte Ie bras, enfin la figure.) Vous ne vous attendiez
pas à une telle résistance, hein ? ANrolNE. Je suis là 1...
ANToINE.Là; ça me renverse t Vorx o'HernrETTE. Où ?
Lours xIIr, écritsant. Alors t Nous disons donc : vio- ANrolxe. Entre deux parallèles.
lence physique sur les membres de nos personnes t Vorx o'Hexnrrrre. Deux quoi ?
(A Louis XV.) Tu notes, Louis ?
AxroIxs. Deux guignols !
Lours xv. C'est noté, Louis ! i
LouIs xtrr, le rossant, ainsi que Louis XV. Ah ! le
Axrorxs. Vous vous appelez tous les deux Louis ? pendard !
Lours XIII. Oui I Lui, c'est louis XV, et moi, AxrorNr. Ah ! les pandores !
Louis XIII.
louls xrIt. Deux gendarmes, Madame t
Axrorxs. C'est rapport au rugby ?
VoIx o'Hr,Hnlerrr. Qu'avez-vous fait, Antoine ?
Louts xv. Non ! C'est rapport à nos arrondissements
respectifs. AxrotNr. !'ai fait semblant de m'évader... I'ai fait
. comme si 1... et on ne m'a pas cru.
ANtotxe. Alors, c'est un affreux malentendu..., mon
imagination a dépasséles limites. Louts xtIl, le rossant derechef. Ah I le coquin t
Louls xIIr. Les bornes, voulez-vous dire t Iours xv. Ah ! le coquin t
AxroIxr, s'esquioant. Régisseur!... le suis aux prises Votx o'HexRrErrE. Où vous emmènent-ils?
avec deux fantômes de gendarmes !... Régisseur t Lours xrrr. A la Santé, Madame t
Louls xrrr. Tu vois quelqu'un, toi,'Louis ? Lours xv. Santé, Madame !
Louts xv. Non, Louis t
Votx o'Hprnrerrs. Avez-vous besoin de quelque
ANToTNE. Par oir puis-ie sortir ? chose ?
Votx o'Enxesr. Impossible, Monsieur t ANrorxe; troublé. Oui... chapeaux... mes... mes cha-
peaux..., moi... apportez-les1... Moi... chapeaux !...
lours xrrr. Et tu entends quelqu'un ? (Aux gendarmes.)Je troublé suis... tellement... que...
Lours xv. Non plus I
LouIs xIrt. Pas de message personnel..., hein, Iouis ?
Axrorre. Je me suis embarqué dans une histoire...
fe ne sais pas comment m'en sortir. RégisseurI Iours xv. Oui, Louis, pas de personnel messaget
Votx o'Enxrsr. Toutes les issues sont fermées, Mon- ANToINE. fe voudrais m'échapper 1... Mes chapeaux t
sieur I
Volx o'HeNnrrrrr. le vous les apporte t le vous les
(Antoine regarde les deux gendarmes.) apporte !
Lours xtrr. Toutes les issues sont fermées, Monsieur ! Iours xItI. Allez... Au gniouf !...
Louls xv. Oui, Monsieur t Toutes les issues sont fer- (lls lont basculer Antoine derrière le mur.)
mées t
Louts xv. Au gniouf... Allez I
(Antoîne regarde le décor, les gendarmes,)
(lls basculent à leur tour.)
Lours xru, Bon !
AurorHe. Ah I Mais 1...(IIIuminé.) C'est bien str t Vous
faites partie du décor I Le nut se lèoc... sur un intéricur de piison.
Lours xrir, à Louis XV. Note ça t On fait partie du Utte cellule circulaire.
décor t Une grille ct un escolier d'accès,
At{rorNe. Eh oui t Et comme ce décor... fait lui-même Antoine et lc gardicn apparaisse4t en luut dcs
partie d'une pièce à laquelle vous participiez... marches,
fouts xrrr, rectifiant. A laquelle nous participons ! LE cenotrx. Vous allez voir cette cellule. Monsieur !...
AHrorNe, insistant. Vous participiez ! Une des plus anciennes de Paris.., Elle sent son
Lours xrlr. ... pons t vieux temps, c'est merveilleux1... Jamais vous ne
trouvercz dans une prison moderne cette patine !
ANrorxe. ... piez t (Metlattt la clef dans la serrure.) Pour obtenir cette
grisaille, Monsieur..., il faut des années d'obscu- Axrorrr,. Enfin ! Vous ne dites pas ça pour me.
rité!... Et cette serrure... (lI a du mal à la faire plaisir ?
jouer.l ... vous avez vu l'épaisseur de la rouillet
Ls crnorcx. Non I je vois comme un grand
Pour rouiller une serrure comme celle-là..., il faut
Ah I A moins que ce soit une cuisinière à
du temps... Pour I'ouvrir aussi.., Tss 1... Quelqu'un
amélioré...
a encore joué avec | (ll réussit à I'ouorir.) Il ne faut
pas toucher à ça ! (/nsisran!.) Surtout pas I Voilà... Axrotxs. En pleine mer !
Entrez !... (Prësentant les lieux.) C'est ici que vécut
Lr crnoIru. Oui, ce n'est pas possible... Alors,
le poète assassin Lacenaire... Mil huit cent trente-
un bateau.
six... Sa signature est en bas à droite... Voici une
cuisinière à tirage amélioré, dessinée par [andru... Anrorxe. Oh I le beau bateau t On dirait qu'il
(Antoine a les geux au plaf ond.) Que regardez-vous ? vers nous I
Arrorre, <-Le ciel est par-dessus le toit t... si bleu..,, Ls crnorpx. Ah oui I On dirait t
si calme ! r
Axrotxe. Voyez t Il y a un homme debout t
Le crnotpx. N'essayez paè de détourner la conver-
LE c^RDIEN. Il nous fait signe... (Faisant un
sation, voulez-vous t.,. Voici la tête de Bonnot, de
la main.) Il nous a vus 1... Eh !... (fI s'
la bande à Bonnot, exécuté par un de ses membres,.. pas.)
avant qu'il ne fût lui-même exécuté I
(Entre I'aumônier, portant une fiole d'eau
Axrorxe. < Un arbre !... > et les chapeaut d'Antoine. Il s'anête,
Ls crnorex. Un arbre ? Axrorre. < Voyez près des étangs... ces grands
AHrotxE. < Dans le ciel qu'on voit berce sa palme. r mouillés...r
Lr crnoter. Ne cherchez pas à créer une diversion... Le crnorrx. Je les vois t Partons 1.,. (Il s'aoancit
Avec moi, ça ne prend pas 1... Voici le plan d'un pas.)
hold-up t... celui du Mont-de-Piété... que Loutrel. ANToINE, < Voyez... ces oiseaux blancs... et ces
dit Pierrot le Fou, n'eut pas le temps de... rouillées. r
Axtorxe, attirant son attention Regardez... Le crnolex, le nez au nur. Oh t oui !... < En
Le cenorex. Quoi ? les yeux, ie vois là-bas, une maisonnette... >
Axrotle. Ce coucher de soleil sur la mer... ANrorrc. Regardez t La nuit tombe...
Le cenotex. La mer !? Lu cenotex. ]e la vois tomber t
Axrorxe. Si bleue, si calme... Aurorxr. Voyez les étoiles qui brillent I
Le cenolex. Vous vous faites du cinéma, vous, hein ? Lr crnotrx. Je les vois... (ll fait un dernier pas,
du front Ie mur et s'écroule assommë.) .".
Axrorxe. Oui ! Dès que ie suis dans une salle obscure,
mon imagination s'éveille ! Awrorxr. C'était beau ?
Ls cenorrx. |'avoue que, pénétrer dans une prison par LE, cenorex. Ça valait le coup 1... fe suis ébloui
effraction, il faut l'imaginer ! étoiles..., ie les ai vues !... Mais la réalité est r
la mer a dt se retirer et je me retrouve un!
Arrorxe. Oui, hein ?... ll faut dire qu'on m'y a poussé ! brutalement sur le sable I .':I
Lr crnorex. Qui ? Axrotxs. Voulez-vous que nous repartions ?
Anrotxe. Deux gendarmesI
f-e cenorrx. Non, merci ! ,(-Se.reletsant.)
Lr crnptpN. Ah ! fe me disais aussi..., il devait avoir premier voyage.,., ça suffit !
des complices ! ArrotNe. Vous n'avez pas aimé ?
AxrorNe. Ah ! Tout seul, je ne I'aurais pas fait. Lt crRoteu. Beaucoup t Beaucoup! Mais ie ne
Ah non ! pas abuser de votre imagination débordante t
Le c,{norsx, Ça travaille, hein ? Axrorxe, aperceuant l'aumônier. Tiens ! un curé t
Axrotxe. Ah ! Ça n'arrête pas ! La force de I'imagi- LE c^RDtEN.Et ça recommence1...Ah oui I Je le
nation, c'est prodigieux !... Voyez ces vagues qui Un ioli petit curé, ma foi ! ii!
viennent mourir sur la grève... eue c'est beau t...
C'est un enchantement! Axrorxr. Il nous fait signe...
Le crnolex, I'ai beau scruter I'horizon... [e vois un LE G^RDIEN,perdu dans le rêoe. Mais oui..., du
mur... par-dessusle toit..., si bleu..., si calrne...
Curé t...
Axrorxe. Ce que vous êtes borné !... Un peu d'ima-
gination... que diable ! L',tuuoxIrn. Ça ne va pas, non ?
Lr, cenorex. fe vois un mur ! Le c,rnotex, réalisant. Oh t Pardon, mon Père t J'étabi
ailleurs I t;,+1
Axrotue. Parce que vous avez le nez dessus! prenez
un peu de recul... (ll le tire un peu en arrière.) L'euuoxteR. Oui ? Eh bien t restez parmi nous, voulez'fl
Voyez ce bateau... là ! vous ? (Au Antoine.) Mon bon ami..., je votË!
apporte ces chapeaux... ' t,,jf
Le crnptex. Je vois un mur ! ,*ë
AxrorxE, Mes chapeaux t
ANrotxs. Cette tache-là, vous la voyez?
L'eumoxlen. De la part d'une jeune femme.
Ls crRorrN. ]e ne vois que ça ! ' , rt
Axrotxe. Henriette I Elle y a pensé !... fe vais m'en
ArrotNr. En forme de bateau... offrir des voyages! ii:3:l:

Le cenorcH.Où ? L',ruuoxteR. Mon pauvre ami... Intra-muros I


ANToINE.... sur Ia mer calmée! Axrorxr, Extra-muros !
Le crRoIex. Ah oui ! Je vois une fumée I L'euuoxlen. Est-il lucide ?
LE c^RDtEN.Extra-lucide ! Un exemple : Mon Père, Le cenotex. Il arriverait à me convaincre, le bougrc I i
pour vous comme pour moi..., autour de nous, il y te n'y ai vu que du feu I Bon I Allez, dites, si I
a des murs. votre esprit repart faire un tour, qu'il soit de retour
pour I'appel du matin. Et merci quand même pour
L'^UMoNIER.Oui I Quatre I
ce moment d'évasion 1... (Antoine, Ies yeux fixes,
LE c^RDrEN.Eh bien 1... pour lui, il n'y en a pas t ne rëpond pas.) Il est déjà reparti t (Il sort.)
L'^gMoNIER.Tiens I Mon bon ami 1... Combien y a-t-il
de murs dans cette cellule ?
(Changement d'éclairage. Rgthmes. Vague bruit de
ANrorNE.Cinq t (Il oa se seroir à boire.) oagues. Un rogon de lumière liltre à traoers la
L'^uMoNrER.1... tenêtre.)
t...
LE G^RDIEN. ArrorHr,. Ah t Je vais profiter de ce petit rayon de
L'AuMoNtER.|e n'en vois que quatre. (Au garilien.) soleil pour prendre un bon bain. Allei | (Il retrousse
Oir est le cinquième ? le- bas de ses pantalons.) ... à I'eau | (II prend son
élan et plonge dans Ia fosse.) Boum t (On ooit sa
ANToTNE.Ne cherchez pas t Le cinquième mur... c'est tête rédpparaître. Au public.) Elle est bien bonne I
moi ! Il avait raison t... Il n'y a pas une goutte d'eau t
L'ruuoxten. EIIe m'a dit qu'il était fragile de la tête... Et il me I'a laissé croire, le traltre t (Il remonte...,
essaie de se tenir debout..., n'y paroient pas. Après
LE c^RDrEr. Je I'avais remarqué, figurez-vous t plusieurs tentatioes, il se décide à rum;per.)
ANrorNE,remplissant les gobelets aoec une fiole. Si ie (Coup de gong. Il s'anête aux pieds du psgchiatre.
disais : < Je bois un verre de nuages >, on dirait C9mmg le psychbtre ne remarque pas sa présence,
peut-être : c'est un poète, mais plus strement c'est iI le siffle.)
un fou. Or, cette eau a été nuage..., elle est passée
par l'état de nuages... On a pu la voir poussée par Docreun HononÉ. Vous avez perdu quelque chosc ?
le vent assombrir nos contrées, puis s'entrechoquer Axrorxe. Oui 1... mon centre de gravité t
avec un autre nuage. (,Antoine cogne son gobelet
contrc celui du gardien.) ... En un éclair se trans- Docrrun HoxonÉ. Ici ?
former en pluie avant de tomber dans mon gobe- Autorxe._ Non, là-bas, en plongeant dans ce que ie
let..' > croyais être de I'eau. Subitement, j'ai eu uD
malaise...
LE cARoteN, lyrique, leoant son gobelet. Si je disais.."
je bois un verre... Docrrun HoxonÉ. Un malaise... sans gravité ?
L'AUMoNTER. L'eau bénite ! Axrorxe. Sans gravité I Puisque ie ne pouvais pas me
Lr crnorex. ... d'eau bénite..., on dirait peut-être... c'est relever...
un poète, mais plus sûrement c'est un-. Docreun HoronÉ. Alors ?
L'rruuorren. ... fou I Vous avez bu I'eau bénite I Ah I Axrolxe. âlors, comme je ne tenais plus debout,.., je
L'eau bénite de la chapelle 1... Ah non I non I lls me suis laissé glisser dans I'escalier...
I'ont ingurgitée... Ça ne va pas, non ? Non t Mais
ça ne va pas ? (11 sort furieux.) Docreun. HoxonÉ, Sur les marches ?
(Le gardien et Antoine se regardent.) Axrorxe. Non, sur la rampe t
Le clnorex. Bon !... ça ne peut pas nous faire de mal t Docrrun HoxonÉ. Ensuite ?
ANToINE.A votre santé I ANronrs. ]e rampe depuis trois jours !
Lr crnorsx. A la vôtre | (Il boit et oa s'asseoir sur le Doctrun HoxonÉ. Vous rampez ou vous nagez?
scau renoersé.) Vous savez que j'ai failli y croire ?
AxrotNe. S'il y avait de I'eau, je nagerais,mais comme
ANToTNE,sortant les chapeaux et les accrochant au il n'y en a pas, je rampe.
maa Ah oui ?
Docreun HolronÉ. Vous rampez oir ?
Le crnorex. Quand vous m'avez montré la mer..., réel-
lement, j'ai vu de I'eau I ANToTNE.]e rampe vers vous !
ANToTNE. Et alors ? Docreun HoNonÉ. Vous avez mis trois iours pour
venir ici ?
Le crnorex. Eh bien ! Vous me diriez... il y a le feu
là..., ie le croirais t ANToINE.|e suis venu ventre à terre t
AxtotNE, riant. Qui, mais il n'y a pas le feu ! DocrsuR HoronÉ. Par oir êtes-vous passé?
Lr crRorEN, riant. Il n'y a pas d'eau non plus ! AxroIxe. f'ai serpenté le long des quais..., j'ai pris te
souterrain..., i'ai longé les murs...
ANToTNE, sec. Ah si t
Docreun HoxonÉ. Personne n'a fait attention à vous ?
Ln cenorEx. Quoi ?
ANrorxs. SiJ.., Un agentl Il m'a demandé ce que ie
ANrorNE.Il y a de I'eau ! faisais... f 'ai répondu que je lézardais I Il m'i dit' :
Ln crnorex, montrant Ia fosse. Là ? (Se leuant.) Nors, < Vous êtes sur la mauvaise pente...D Il m'a traîné
tenez t Prenez ce seau, soyez gentil..., allez me le dans la boue pendant plusieurs mètres... Et puis,
remplir... tout à coup, il s'est lasséI Alors, moi, touiours
rampant..., j'ai continué mon chemin... et me voici t
AryrorNE.Volontiers | (II prend le scau,.., lait le geste
de le remplir et Ie tend au gardien.) DocrruR HowonÉ. C'est la première fois que ça vous
arrive ?
LE crnolpx. Eh bien I Il n'y a pas d'eau t
Atrotne, regardant à son tour. Il n'y a pas d'eau ? Axrornp. Non ! Je me suis déjà surpris à ramper devant
mes supérieursI
Le crnorex. Non !
DocrruR HoNonÉ. Alors, vous auriez tendance,..(lI fait
ANrorNE, lui jetant Ie contenu à Io figure. Et ça, de Ia main un mouoement sinueut.) ... à vous
qu'est-ce que c'est ? aplatir ?
ANrorNE. Ah I nettement t ANToTNE,Ça marche t
Docrrun HoxonÉ, le contemplanr. Remarquez, si ça ne Le ronrrun. Ah ! si I'on mettai-t tout en commun;
vous gêne pas t jambes et nos têtes au coude à coude...

ANToTNE.Ah I Tout de même t... pour me laver les AxrorNe. On serait tous des champions t
mains,.., ça fait haut t... Par contre, je peux m'es- Lr ponrrun. Le vrai transport 6n commun, c'esg
suyer entièrement sur le paillassonI Voilà t (IJ
(ft dépose Antoine deoant la grille r;
d.eoant Ia vo
Dosreun HoxonÉ,. Et le moral ? ment éclairée de la prison.) C'est là que noui
séparons I
ArroIle.Il est à Plat I
Axrotxr, dësignant la grille. je ne vous fd;'
Docrsun HoxonÉ. Bon t Allongez-vous t entrer...
Axrorxn. C'est fait I Le ponreun. Non t Non 1...II faut que ie passc
Docreun HoxonÉ. Ah oui, pardon I Dites..., lia nuit qui ma femme..., elle est toujours sur motr
a précédé la chute, avez-vous rêvé ? Allez, salut | (Il disparaît)
(La grille de Ia cellule se précise. Antoinè
AxroIHe. Oui !... mais ie ne pense pas qu'il y ait un approche et appelle.)
rapport t '.!
Anrorxs. Ohé I du cachot !... Gardien !...
Docreun HotonÉ. Dites touiours t
Ouvrez t .

ArnorNE. J'ai rêvé que i'étais une épée... et que i'avais


'i:J

Lr clRoteN, apparaissant, une lantcrne à l at


du mal à sortir du fourreau t
Qu'est-ce que c'est ? i
DocrEnR HoxonÉ. Le symbole est éclatant t... Vous
muez t Anrorxs. C'est moi, Bonnard t... Vous m'avez
dehors I
Anrorne. Je mue ?
Le c,tnoren. Dehors ? (9approchanf.) Mais r
DocrEuR HononÉ. Vous êtes eo train de changer de dedans t
peau t
ANToINE. Non t C'est vous qui êtes dedans I
Anroûre. Ah t C'est pour ça que ie ne me sentais pas
bien dans la mienne t Le cenolex, ébranlé. Vous êtes str ?

DocrEUR HoxonÉ. Mais oui t C'est une question vesti- AxroIxe. Eh bien t voyons t
mentaire I Lr crnolet. Allons !... Je maintiens que c'est vous
êtes dedans t
Arrolxs. Que dois-ie faire ?
Docrsun HoxonÉ- Changez de costume ! Axrorxr. Et moi, ie vous soutiensque ie suis
ANrorNE. Pour changer de costume, il faudrait qu'oa
Le crnorex. Dedanst
me remette sur Pied t Axrorxe. Dehorst
Docreun HoxonÉ. Eh bien I Levez-vous t Le cenprex. Ouais ! Iâ, vous ne m'aurez pas... (ll
Avronr. Mais ie ne peux pas t la porte et entîe.) Regardez I

Docrsun HoronÉ. Parce que vous n'êtes pas réveillé t AxrorxB. Quoi ?
Vous dormez encore,.., mon vieux t... A cette heure- Le cenptsx. Les murs | (Il frappe du poing sur'
ci t... Vous n'avez pas honte ? (Il tait sonner le d'eux.)
rdueil.) Allons I Debout I
Antorxr,. ... Vus de I'extérieur t
ANToTNE,se mettant rapidement sur pied. Hein !...
Le cenoreN. Non 1... de I'intérieur I Tenez !... vous
Quelle heure est-il ?... en bas, à droit..., la signature du poète
Docreun HoxonÉ. Service des réveils de conscience... Lacenaire, mil huit cent trente-six ! C'est signé
Il est neuf heures. (ll sort.) Vous êtes dedans, mon vieux I
Arrorxe. Bon sang t Il faut que je regagne ma cellule I AxrotHr. Je ne vois pas I
(Antoine fait du stop. Passe un homme. Antoine
Le crnotsn. Rrrr 1... Et ça ? (Il montre un dessin,
lui tait igne. L'homme hésite un peu..., le dépasse, mur.) La tête de Bonnot..., de la bande à
tarrête et fait marche arrière.) Exécuté par un de ses membres... avant qu'il
I.e ronreun. Vous allez oir ? fût lui-même exécuté I Mil neuf cent onze -
neuf cent treize ! La date y est I Vous êtes
Arrorxe. En prison I
Axrorxe. !...
Le roRrrun. C'est sur mon chemin... Montez !
Ls cenolew. Alors, vous 1... Quand il n'y a rien à
Arrrorxs. Merci 1... (Il monte sur Ie dos du porteur.) vous voyez quelque chose...et quand il y a que
Le ronteun, se mettant en route. Je ne prends pas chose...
tout le monde en charge, vous savez !... Mais vous, Axrotxe. Je ne vois pas 1... Je ne vois pas !
vous avez une bonne tête !
Le crnotrx.
G^RDIEN.Enfin !... Et Ie à'
le plan de cette cuisinière a"{
Arrolxe. Oui..., mais je n'ai pas de iambes ! tirage amélioré dessinéô par Landru t Non ?'.$
Ls ponrtun. Moi, c'est tout dans les cuisses et rien
r-t:- r s
Enfin !... C'est gros comme ---^
une maison.
--:-^- 1,4.
dans le ciboulot.
AxrorNs. Ah I
Axrorxs. Iæ monde n'est pas parfait !
Lr crnorrx. Vous voyez ? {:
t:
Ls Fonrrun. Dites t... voulez-vous me rendre un ser-
vice ? ANToINE.Non !,.. mais je reconnais mes chapeaux! 'È

Axrotns. Pensezt Le c,rRotrN. Ah bon ! Je commençais à douter de moi 13


Lg ponrsun. Pendant que je marche pour vous, pensez Axrotxe. Ah oui ! le suis dedans t Par rapport auxl
pour moi I chapeaux,je suis dedans! i:
Par conséquent, je suis dehors t Le crnorcx. Ah ! Dessinée par loutrel dit Pierrot le
LE GARDIEN. Fou !... C'est celle d'un voyageur à qui Loutrel avait
Relativement; oui I dérobé dix mille francs dans le train.
^NTorNE. Non ! Sûrement I
LE GARDTEN. Axrolxn. Dans Ie train ?
aNTolNE.On n'est iamais str de rien !... Vous con- LE cenorEN.Oui I Dans le train, pendant qu'il dormait t
' naissez Einstein ?
(Il sort, referme la grille, mais, comme son alten-
LE GARDIEN. Non I Qu'est-ce qu'il fait ? tion est retenue par un bruit curieur, il reoient ct
uerra à traoers Ia grille Antoine faire < l'imitation
ANToINE. Toute une théorie là-dessus I du train >. Après aooir < lancé > progressioement la
Laquelle ? machine, et lorsque le <train> atteint sa <oitesse'
LE G^RDIEN.
de croisière >, Antoine oa s'asseoir sur le bat-flanc
Je vais essayer de vous l'expliquer... mais... et mime le ooyageur assr's dans un compartiment.
je ne garantis rien. Supposezque vous soyez un... Le gardien, stupélait, ouore la grille et s'approclte
^NTorNE.
talus... d'Antoine. Celui-ci, ne le reconnaissant pas, cherche
LE CARDIEN. Un talus ? dans ses poches quelque chose.) Ça ne va pas ?

ANrotNE.Un talus 1... Oui !... De chemin de fer t ANrorxs, cherchant et donnant le ticket de tiercé. Aht
tenez t
Encore... une itlusion, quoi I
LE G^RDIEN.
Ln cenoten. Un ticket de tiercé I
Moi...' ie suis un wagon t
ANToTNE.
Axrotrr. Oh ! pardon I (Il reprend le ticket dc tiercô
De voyageur ?
LE CARDIEN. et continue de chercher.)
ANToTNE.Bon I Premier cas I Le wagon que ie suis est
Ls crnorct. Ça ne va pas, non t
en mouvement,.. (ll auance.) ... par rapport au talus
que vous êtes !... Vous me suivez ? ANrotxs. Non I !e ne sais pas oir ie I'ai mis I
Lg G^RD!EN,amorçant un mouoement. Et ça repart t Le crnorex. Quoi ?
ANToTNE.Non ! Restez là..., vous êtes le talus... immo- Axrorxe. Mon billet de chemin de fer..., ie I'ai perdu..-
bile le talus I Le cenotex. Non, mais, ça ne va pas, non ?
LE crnolsx. Je ne bouge pas I AxroIxe. Hein ? (Réalisant lentement.) Ah t c'est
Anrotxe, Surtout pas !... Vous servez de corps de vous ?... fe vous avais pris pour le contrôleur !
référence... Compris ? Lr crRotex. Vous dormiez là ?
Le c,rnorex. Très bien ! Axrorne. Non ! fe somnolais... C'est Ie balancement du
Anrorxe. Deuxième cas : Le talus que vous êtes est train...
en mouvement... par rapport au wagon que ie suis I Ln crRorrn. Le train ?... Non, mais ça ne va pas, non ?
LE cARDIEN.Je bouge ou je bouge pas ? Axtolle. Non. Ça allait, mais vous avez tout gâché...
Axrorxe. Vous bougez 1... (Le retenant.) Mais seule- f'étais parti loin... loin...
ment par rapport au wagon... qui sert de corps de
Le crnotEl.r.C'est défendu, Monsieur..., vous ne devez
référence...Comprenez-vous? pas sortir d'ici t
Le cenolex, Très bien I ',
AxrorNe, s'allongeant sur le bat-flanc, Vous ne pouvez
ANToTNE. Alors, expliquei-moi... parce que, moi..., ça pas empêcher mon esprit de vagabonder.
m'échappe I Lr, cenolrx, regagnant la grille. Ouais ! I'ai I'impression
Le crRorsx. Attendez t Attendez t C'est que ça ne que ce sont ses chapeaux qui lui montent à la tête.
' (ll sort.)
s'énonce pas comme ça !... Il faut... hé 1... (Geste
réfléchi.)
AxrorNe. |e vous laisse réfléchir..., mais dépêchez-
vous t parce que ie n'ai pas beaucoup de temps. Un panneau où l'on peut lire .' < S.N.C.F. RECLA-
(Après aooir retiré son béret et aoant de mettre le MATIONS >, descend des cintres, tandis que Ie
giDus.) ... Ça y est ? fonctionnaire, assis sur un lauteuil roulant, se pro-
pulse sur la scène et prend place sous le panneau.
Le crRorEx. Oui 1... C'est-à-dire que non 1... En ce
moment, i'ai la tête vide..., mais i? réfléchirai... Ls roxctroHxerRe. Suivant | (Antoine se redresse, met
le gibus et se présente au guichct.) Monsieur ?
Anrolus. Oui t Soyez gentil, hein ?... parce que c'est
nécessaire I Il faut réfléchir de temps en temps t AHrorxs. Paul Bonnard t Je voudrais déposer une
plainte...
Ls crnorax. le vous le promets 1... Dites 1... Je réflé-
chissais là pendant que j'essayais de réfléchir... Lr roxcrronHrrne. Pourquoi ?
Puisque vous vous croyiez dehors, pourquoi êtes-
Axrotxr. On m'a volé dix mille francs I
vous reveou ?
Le roxcrtoHxrtnr. On vous a volé dix mille francs ?
ArrotxB. Pour changer de costume. (Il se coiffe du
Oir cà ?
gibus.)
AxrotNe. Dans le train, cette nuit, pendant que je
LE cenorex. Il commence à m'inquiéter, ce bonhomme t
dormais t
ANToTNE.A propos I Contrairement à ce que ie vous Le roxctroNxrrns. Dans quel train ?
ai dit..., il n'y avait pas d'eau, là t... c'était un
mirage ! Axrotxn. Je n'en sais rien, ie rêvais...
Le, cenotrx. fe le savàis, et croyez-moi..., quand ie dis Le noncrloxx,une. Vous veniez d'oir ?
que vous êtes dedans...,vous êtes dedansI Et toutes AxroIxe. C'est flou t
vos théories n'y changeront rien I Que regardez- Le roxcuoxxatne. Et vous alliez à quel endroit ?
vous encore ?
Axtolxe. fe n'en sais rien, ie me suis réveillé en
Attrorxe. Cette silhouettelà I roule...

'4
-Te
Ls roxcrloxrrtRe. Vous vous êtes bien réveillé quilque I LE voyou, s'apprêtant à frapper. 1... Rrr...
part, tout de même ? I
ANrorNe, sèchement. Vous êtes laid t
Axrorre. Oui, dans mon lit ! Le voyou, se cachant le oisage.ll m'a fait mal t
ae roxcrroxxrrnr. Alors, vous aviez rêvé ? L,r rrlre. Iâ, il t'a eu t
Axrotxr, |e vous le dis, depuis le départ I Lr vorou, à Antoine. fe vais t'écraser comme.-,
Lr Eoxcrtoxxrlne. Qu'est-ce que la S.N.C.F. a à voir t ANToTNE.Sans ceur I
là-dedans ? i
Le vovou, la main sur le ceur. Ah ! tu m'as
ANToTNE.Elle est responsableI I

AnrorHe. le vous ai touché Ià, hein ?


LE FoNerroNNerne.De quoi ?
I Ln vovou. Oui t Profondément t
AHrorxe. Des dix mille francs que l'on m'a volés I
j Axrorxe, à ta title. Ah t Iæ cceur,c'est sensiblet -.
le roxcrtoxN^IRe. Mais, Monsieur, la S.N.C.F. n'est
pas responsable des rêves que font les gens sur ses i Le vovou. Tu vas me payer ça t ..
I
réseaux !
i Axrotre. Vous manquez de tripes ! '
AxrotNe. Ah t pardon, si j'avais voyagé sur Air-France,
qui est-ce qui serait responsabledu vol ? / LE voyou, accusant le coup. Hé 1... Pas sous la i
j ture !
LE FoNcrIoNNArRE.[a compagnie !
i Lr rrlu. Quelle force de frappe I r
Axrorxe. Bon t Alors. rendez-moi mes dix mille francs t
I ANToTNE.Question de vocabulaire, Mademoiselle
Le rorcrtoNxrlne. ]e ne vais pas vous rendre dix mille i Le voyou, sortant le couteau. !e vais Ie buter t
francs qui n'existent pas.
ANToINE, se retour\ant, et machinalemen!. Bigleu:c
Axrorxe, sortant dir mille lrancs de sa poche. Et ça,
alors ? Le vovou, Iâchant son aftne et se cachant les
Il vise juste, le salaud I
as roxctIoHN^IRE. Eh bien ! on ne vous les a pas
volés ! Axrotxe, à la fille. Les yeux ! C'est vulnérable I
vôtres sont les plus beaux qui soient t
AxroIxe. Ah si ! ceuxJà, ie les ai trouvés...
Ln vovoui Tu vas te taire, oui ! (Iui donnant
f-E FoNcrroNNArRE. Oil çà ? coup de prled.) Tiens I - i
.ANTorNE.Au wagon-restaurant! Anrotxr. C'est curieux comme chez vous la
I.E FoNcrroNNerne.Il faut les remettre à la Compagnie peut prendre le pas sur I'intelligence !
des Wagons-Lits...
Le voxou, coup de pied. Et retiens t
AxroIxs. Pourquoi ça ?... je vous prie ?
Lr rrrrs, au ooAou. Arrête, Pierrot, tu ne vois
Ls roxcrroxN^rRE. ... quand celui qui les a perdus pas que tu es en train de battre un intellectr(
viendra les réclamer...
ANrorHE. Laissez, laissez, Mademoiselle ! j
Axrorte- C'est ça..., vous lui direz qu'il a rêvé aussi...
D'ailleurs, iI ne reviendra pas. Ls vovou. |e déteste les intellectuels ! .,
Lr' roHcuoxxrrne. Comment pouvez-vous le savoir ? Lr rttLn. N'empêche qu'ils sont drôlement
Axrotue. Parce que je ne fais iamais deux fois le ANrorNE. Mais non t Mais non !... le suis à la
même rêve t Alors, ceux-là, ie les garde en compen- de l'évolution, sans plus... (A la fille, pendant
sation... Bonsoir, Monsieur t l'autre lui botte le denière.) L'évolution...,
comme une flèche... Si vous voulez évoluer
IE FoNcrloNNetnr. Ça laisse rêveur ! le bon sens, je ne vous dirai pas < suivez-moi
(Les deux gendarmes sortent de derrière la grille.) parce que ce serait prétentieux de ma part,
Lours xIrt, à la sentinelle. Il vous a bien dit qu'il < suivez la flèche >. (S'adressantau ooyou.) !
s'appelait Bonnard ? la conversation, soyez gentil I Cessez de flatter
bas instincts, voulez-vous ? (A la fille, pendant
Lr sextrxrrte. Oui I le tsogou lui bottera l'arrière-train, iusqu'à (
Louts xrII. C'est faux !... Le vrai est à I'intérieur" sement fdu uogou). Il n'écoute pas 1... C'est
impulsif..., il n'écoute pas t... Rien à faire. (11
Louts xv. Alors, I'autre ? qu'il est buté. Et cetera.)
Lours xrrr. Usurpation d'identité..., faux et usage de (Le ooyou, épuisé, donne cncore quelques
faux..., ça va chercher loin I mais mollement.)
(lls se précipitent à la suite d'Antoine. Tandis qtte
le panneau S.N.C.F, remonte dans les cintres, entre
un oogou en casquette qui maltraite une fille, suioi
d'Antoine.)
Anrorre, s'interposant ct parlant à Ia fille qui est à
terre. Relevez-vous, MademoiselleI ANToINE. Voyez-vous 1,.. ,(Désignant te t:ogou.) C*{'i
Le voyou, ramcnant Antoine à lui. Défends-toi si tu homme..., il a pris l'évolution à rebours... Parti dq,:l,
, es un homme t la pointe, il a dévalé la pente, comme une pierre.lJ
iAwrolrs. Moi, Monsieur, je ne me bats qu'avec des le flanc de la montagne... (Antoine et ld lille aidenti,i
j le ttogou à se releucr,) ... Mais, me direz-vous, . ne:'.;
mots ! sommes-nous pas tous des pierres..., les pierresl,'
d'une cathédrale dont la flèche est à la nointe dcili
i Lr, vovou. Des mots ? fe vais te tes faire rentrer dans
i la gorge...avec mes poingst l'évolution ? Ie vous répondrai : < Oui I Nous i
sommes tous "des pierres, mais ne vaut-il pas mieux'
lAHrolNe- Vos poings, je vais vous les mettre sur les être une pierre à la pointe qu'une pierre à lN,:r
(i> ! base ? >
L:"
L[ voïou, faiblement. Je hais les inteltectuels t Ce tu,€rt...,ce sera un scandaledans les journaux-.. .
n'est pas de ma faute | (Il se met à pleurer.) < Un père abat son fils sous les yeux t ôiiiliJ"- a"
sa,femme... Toute la famille au câtt d; ;;-;1-i€:,
ÂNTotNE.Pourquoi pleurez-vous? déshonorée 't
LE voyou. Parce que je pèche par ta base t... |e ne suis Prur, ri sa femme. Eh uitte t Ecrase un peu, toi | '
qu'un,illettré I
Lr ornoxne. Qu'cst-ce à dire ? : :.
ANrorNE.Eh bien ! Si ça peut vous consoler, Monsieur.
moi qui suis à la pointe de l'évolution.,., parfois Peu,r,
Ça veut dire... tu Ia bouctes...et tu laises faire
ie suis pris de vertige..., j'ai peur de ne pas-être
- à tes hommes I Vas-y, mon petit | (Il pr.end un,.rude
la hauteur ! Adieu, Monsieur t coup.) ?
LE voyou. Monsieur I vous m'avez convaincu t Le ornolte. En vertu des principes...
ÂNTOTNE, rÛmd.ssantla casquette que le tsogou a < aban- Prur. Tes principes... (lI reçoit, de la p,ôrt dè i6h
donnée r. Et ne la frappez plus 1... (Soudain, tout quetques rudes coups.l fils,
courbattu.) ... ça me fait si mal I
D.rxr*. On s'assoit dessust
Ll o,rnoxNe. Ah t Comme des chiffonniers t Il va me
(La musique reprend. Antoine sort d,un côté, Ie le ruer
re tuer ! uernarn,
Demain, dans toute
toute Ia
la presse : < Un fils
ûoyou et la fille de l'autre, < en guinchant ,- Le lye son père sous les yeux horrifiés de sa mlre...
mère...r,
décor < rue > remonte, tandis que celui d,un inté- Toute la famille...
rieur < cossu r se met en place. Drxrrl. Oh ! Hé t Ia Daronne !... uitte t... Cesse de
L9 uale! < foseph > s'y incorpore, puis Daniel, le reniller, tu veux t
lils de la maison, se met à danser te jerk.)
L,t ornor.rnr, suffoquée. Ha I
LE pÈRE.Igrep!! Laissez-nous,ie vous priel Çoseplt Pru-r-._Ah ! les mémées..., j'te jure..., il faut se les
sorl.) Mon fils, vous avez fort brillamment passé faire I
vos examens; je suis content de vous.
Lr ornoxxe, indignéc. Ohl
LE FrLs. f'en suis ravi, mon père !
Drnrer-. T'as raison, dab t
Le rÈnr. Vous entendez le tatin..,
Ll ornonxe. Demain, en gros titre : ( Blesséedans rcn
LE FrLs. Amen, Pater noster... orgueil, une mère succombe! r
Le pÈne. Vous parlez I'anglais couramment... DrHrer. Orphelin à mon âge, ce n'est pas trop tôt t
LE FrLs. Thank you for that, Sir... Prur., Veuf^au mien, c'est trop tard t... Stop t... (Irès
Lr pÈne. Vous avez une exceltente éducation. colme.)_9top1...parfait I La teçon est ter;inée'pour
aujourd'hui !... Rendez-moi voire casquetti.
LE FrLs. |e vous remercie, mon père. Gà f;ls
!a- lui rend.) Très bien t Excusez-volus auprès de
Le rÈne.- Alors, maintenant, il faut oublier tout ça et Madame votre mère...
voir la vie en face... Voilà une casquette... Tu te Dexrer. I beg you to excuse me, Madame my mother t
la mets sur la tête... (II la lui met.) Et tu me dis
tu! Prur. Et allez vous laver les mains t
Lc F'rr-s.Mais..., père ! D.rNter-. Lavabo manus meas, pater noster t
Lr pÈne. Ne pose Èas de question... Tiens-toi comme Peur. Bien !
ça... et serre les poings I Detlrr, en sortant. Cornment fus-je, père ?
LE FrLs, Pourquoi, père ? Peur. Brillant ! Fort brillant t Vous m'avez fait bon-
Ln pÈnr.-Parce que Ia vie, c'est ça t.,. Et que si tu ne néur !
te défends pas, des coups, tu vas cn prendre plein D^NIEL, en sortant. Salut les copains !
la tronche t
Prul,. Tss ! Tss t Madame, vous pouvejz faire servir !e
LE FrLs. Qu'est-ce que ie fais ? dîner. (lt aa se préparer.)
Le pÈne. Tais-toi et frappe | (Après quelques timides Ll o_rnoxxr, seule. On se refuse un amant du palpitant.
échanges de coups de poing.) Tu mariques d,édu- On se surveille la jactance..., on se rééàuque te
cation physique, tnon garçon'l Insulte-moi t déhanchement.,., on se corsette le moral..., on se
Lc rrls. Que dois-je dire, père ? < face à main dans la tronche ,. Et toui
ça pour
voir deux connards qui se prennent pour de!
Le pÈne. Traite-moi de père indigne ! ;irtes,
se battre comme des chifionniers... Ma mèré me
Le rrr-s. Indigne, père ! l"avait bien dit : < Tu les regretteras, les fortifs. r
Enfin I (ElIe sonne.)
Le pÈnr,. Fils dénaturé t
Lu ntrs. Déjà que ta bouille..., i'ai du mal à I'en- Joserrr, entrant, Madame ?
caissert Lr prnoxxe. Joseph! Tu serviras la bouffo dans 1e...
Peul. Petit mufle, va !... Bravo t foseru, la rappclant à l'ordre. Tss t Tss t Tss t
Drwlel. Chiffe molle ! Ll orRorule. Pardon, Joseph!... Vous servirez le dîner
dans le petit salon.,.
P,rur. Vas-y! Défoule-toi, petitl (Echange de coups.)
-
C'est bon ! C'est bon ! foseru,.Bien, Madame 1...(Elte.sorr.) Mézig,ue,il était
derrière la porte... Il a tout-esgourde...-Si'c'est
I.l ornotte, entrant Hal fâ
le beau monde, c'cst pas jojo t (ll sorr.)
Peur. Traite-moi de fumier ! (PauI, c'est-à-dire Antoine, reoient, encadré par
D.rnrer. Fumier ! deux gendannes.)
Peul. Enfant de salaud t... va t Lours xrrr. Gendarmerie paraltèle t
Le ornoxxe. Comme des débardeurs t,.. Ils s'entre- Axrorrr. Ie m'y attendais t
Louts xttt. Alors, on se fait passer pour Bonnard ? Le gardien s'approche du bat|Ianç où le
Ah I C'est bien imité I laisse â penser qu'Antoine U est allongé et
la casquette qu'il cache.l
ANrorvs. Mais, Messieurs, ie suis Bonnard !
IÆurs xrrr. Non, Monsieur, le vrai Bonnard, I'original, Le crnotex, à tsoix basse.Bonnard !
est en lieu str 1... C'est nous qui I'y avons mis, AHrotne, sous la coutserture, Ouil
hein, I"ouis XV ?
LE cenolnx. Vous dormez ?
Ipurs xv. Oui, Louis XIIL
AxrorNe. Plus ou moins.
AxrotHe. Alors, moi, qui suis-je ?
Ls crRorru. Vous savez que i'ai beaucoup réfléchi...
Iours xttI. Une pâle copie t Bonnard, suivez-noust
AntoIxe. A quoi ?
Arrorrr. Oir ?
Lr cenolex. A votre histoire de talus qui bouge
Louls xttt. A I'expertiset rapport au train.
Axrorne. le ne veux pas aller chez I'expert... Axrorxr. Eh bien ?
(Les deux gendarmcs s'approchent d'Antoine. Ils
Lr ceRoIeN.Ça me dépasseI
déplient une couoerture.l
i Axtorxe. Moi aussi t
Lours xrtt. Allez, emballons I )
Ia coutserture qui Le crnorex. Que le wag,on buge... (Il fait la démc
Iours xv. EmballonifrIli-ji1u"tt""t tration auec l'aide de ses mains.) ... par rapport
oient < s'étaler > sur Ie sol. Antoine a disparu. Il
talus... fe I'admets ; mais... que Ie talus...
s'est < enloncé > dans le sol.) Il s'est dérobé I ceuant dans son champ oisuel la < masseb
Lours xtIt. Bon t Affaire classéeI toize.) Antoine I
Lourx xv. Louis, je suis pris d'un doute ! AxrolHe. Oui I
Louts xttr. Allons, bon ! Le crnotex. Je vois un talus...
Iours xv. Otons nos uniformes t AxroIxe. Oir ?
Inuts xtrt. Quoi ? LE G^RDIEN.Là, devant moi...
tpurs xv. Et regardons-nous ! Regardons honnêtement ANrotHe. le ne vois rien.
s'il y a quelqu'un à I'intérieur! Ls cenotEx. La force de I'imagination, c'est prodigieux
Lours xrrr. Pas d'initiative personnelle, Louis ! AxrorNr. Attention ! Attention ! Ne serait-ce pas
Lours xv. Osons !... {Il commence à déboutonner sa une illusion d'optique... ?
tunique.) Le c,rRoIex. Non, ie vois un talus ! La preuve, c'
Lourx xttt, la lui reboutonnant. Pas de bêtise, Louis I qu'il vient de bouger I
Ipurs xv. Et si nous n'étions pas autre chose que... ANroIxn. Par rapport à quoi ?
(Montrant la coutserture.) ... Ça ! LE G^RDIEN.Au wagon que ie suis !
Louts xrtr. C'est-à-dire ? AxrotHe. Alors, ce n'est pas un talus.
Iours xv. Une illusion ! Et si I'homme que nous avons Lp crnorex. Parce que...
mis sous les verrous avait vu juste ! Tiens, si je
m'écoutais... (Il redéboutonne sa tunique.) ANrorNe. Parce qu'en aucun cas vous ne pouvez êtrelt:
un wagon.
Lours xrrt, reboutonnant calmement la tunique de son
collègue. Ne t'écoute pas, Louis XV, ce que tu dis Ln crRorpx. Regardezvous-même. !i

n'est pas intéressant. (Iouis XV redéboutonne sa AxrotNr. |e ir'ose pas! ' i::
tunique. Louis XIil gentiment, comme à un enfant.)
Ecoute, Iæuis..., tu ne vas pas te déshabiller comme Le crnornx. Pourquoi?
ça... devant tout le monde..., hein ? Ça ne se fait Axrotxe. J'ai peur.
pas... et puis..., en supposant qu'il n'y ait rien à
I'intérieur, comme tu dis... (Louis XV déboutonne Lr, cenorex,De quoi ?
mointenant la tunique de Louis XIII, quî se rebou- Axtolws. Des gendarmes t
tonne.) Tu vois la tête des gens, hein ? Ils seraient
déçus, les gens... IIs diraient : c Il se déshabille et, Le crnorex, riant. Ah ! ah I Il n'y a pas de gendarmes
finalement, il ne nous montre rien... > Alors, sois ici I Vous êtes en sécurité.
gentil, Iouis, ne te déboutonne plus... Axtorxe, Etes-vous str que ce que vous prenez
(La lumière Daisse.) un talus..., ce n'est pas Iouis XIII I
Louts xv, Bien, Louis t LE crRprnr. Ah ! ah ! Mais non, voyons I
Lours xrtr. Tu me le promets ? Atrrotxe. Alors, c'est Louis XV I
LouIs xv. Oui, Louis XIII. Lr crnotex. Ah ! ah t Vous croyez aux fantômes, vous ?.
(Et, tandis que tout en continuant de sc boutonner ANToINE, souletsant la couoerture. Vous croyez bieo
et de se reboutonner, ils sortent cn mouoement aux talus t
tournant, Antoine relait surface, < entraînant > la
couaerture..., ce qui lui donne I'asp.ect d'un fan- Le c,rnorcx. C'est encore lui t... Ah t vous, hein I
tôme.) Qu'est-ce que vous faites là-dessous?
ANToTNE.fe me le demande!... C'est étranget... I'ai.'
cru un moment que i'étais saint Antoine.
(Lumière. Le gardien s'approche de Ia grille, mar- " :i'
Le crnorex, se leoant. Il faut tout de même que j'el
chant dans le mouoement du < train par rapport touche deux mots à I'aumônier.
au talus >, une lampe sourde à la main. II ouure la . i1!

porte et pénètre dans la cellule. Dans Ia pénombre, Axrorxr, désignant le mur. Tiens t Le gibus n'cst pat.
on distingue uaguement le < lantôme r d'Antoine. rentré t
PteRne. Et pourtant Einstein lui-même dit..
r r c^RDIEN.mine de rien. < Le ciel est par-dessus le I
"" toii... ii'ur.u, si calme... > (Antoine dallonge-sur le Axrorxs. Einstein dit... Einstein dit..., ce que diti
iit'-ltin" en'mettant Ia passoirc -sur sd t€te') < Un Einstein est très relatif,.. Alors, oir il est, votrel
palme' >
arbri dans le ciel qu'on voit, berce sa point ?
lll sort.)
PrrnnE. Il est nulle part t
(Changement d'éclairage. La passoire d'Antoine
iiiù1. tt la ramàsser, mais un coup de pied AxrotNe. Alors, disons qu'il est dans le temps.
ta proiette"rut Pierre entre et pousse une
.plus loin. Prsnns. Pas d'accord, pas d'accord t
autre passotre,ce qut enftaîne la confusion' Chacun
-de
Tnrend'la pasioire I'autre et s'en coiffe' Anrorxr. Pourquoi ?
PTERRE. C'est drôle t Plus ie vous regarde et plus ie Prenne. Parce que le temps n'existe pas, c'est un
''";;;;"-q* vous n'êtes qu'une simpie figure de 8'éo- leurre t
métrie daqs I'esPace. Axrotxr. Alors, là, permettez 1... Iæs heures, ça existe I
Ântot"t. Relativement t Les minutes.... les secondes...
PTERRE. Non, absolument ! PrennE. Ecoutez,.., je vous dis : le temps n'existe pas I
Vous me parlez d'heures, de minutes, de secondes...
ANToTNE.Et moi, plus ie vous contemple, plus vous Vous entrez dans les détails 1... Moi, ie vous dis,
n'êtes plus qu'un point c'est tout. dans I'absolu, et en gros : le temps n'existe pas...,
pas I
Prsnne. Ah t ça ne m'étonne pas t Ça ne m'étonne un point, c'est tout.
Je suis ce qu'on appelle un absolutiste I
AxroIxr. Relativement ?
ANrotNE. C'cst-à-dire?
Ptrnns. Non. absolument t... L'argent non plus...,
Prenne. C'est-à-dire que je suis pour I'absolu I puisque le temps, c'est de I'argent... Ia parole aussi,
ANToINE.Exemple ? c'est de l'argent.
Prs,nRe.Exemple : læ zéro est absolu ! AxrorNe. Et le silence, alors I
ANrotNE. Ah I ca illustre bien... Prcnne, C'est de l'or t
Et vous ?
PTERRE. AxrotNe. Alors, là, ie ne suis pas d'accord.
ANToINE.Ah non t moi, je suis un relativiste ! PrpRne. Pourquoi ?
PTERRE.Qu'entendez-vouspar là ? Axrotxe. Parce que le silence est d'or, bon t Mais I'or,
c'est quoi ?... De I'argent..., et avec de I'argent,
ANrorNE. f'entends par là que je suis pour la théorie on achète quoi ? Le silence 1...Alors, combien ?
de la relativité.
Combien quoi ?
PTERRE.
Prenne. Exemple.
Axrotxe. Pour obtenir le silence t
ANrorxe. Exemple : Par rapport à Einstein, ie -suis un
zéro, mais, par rapport à vous, je vaux plus que PrsnRe. Le silence absolu ?
ça l Axrorxp. Non, relatif I
Pre,nne.Oui, relativement t Prrnns. Relatif ?,.. Ça ne m'intéresse past
ANToINE.Non, absolument ! AxrorNr. Bon ! N'en parlons plus I
PteRne. Prenons une chose précise : tenez..., un point Prpnnn, Et si la relativité n'existait pas ?
dans I'espace.,.
ANrorxe. Eh bien..., il faudrait I'inventer..., là I
ANToTNE.Là, nous nous égarons ! (Pierre sort, tdndis qu'Antoine remonte oers la
Prrnne. Comment ça ? grille deuant laquelle se trouue une sentinelle.
Lorsque Antoine s'en approche, la sentinelle, qui
ANToTNE.L'espace...,c'est indéfini !
mange dans sa gamelle, se lèoe auec bcaucoup de
Prrnne. Situons-le là, tenez ! (Il montre un point.) précipitation.)
ANrorxe. Où ? Ll sexrrxrLrE. On ne passe pas I
PTERRE,dësignant. Là... dans l'absolu ! Arrorne. Je dois regagner ma cellule I
AHrotxe. Iâ... par rapport à oir ? LA sENTINELLc. Vous avez la clef ?
Prsnnr. A ici ! Atrrotxe. Non I le suis Etienne Bonnard, un des pri'
Axrotxe. Alors..., ce n'est pas absolu, c'est relatif I sonniers !
PteRnr. C'cat iuste ! Alors, situons-le ailleurs. Lr sextlxstLe. Je m'en fous..., on ne passe pas t

ArurorNr. Oir ? AxtotHs. Il faut que je sois présent pour I'appel du


matin.
PtrRns. ... à une certaine distanceI
Ll sextrNr,Lts. Avez-vous la clef ?
ANtorHe. Pas d'accord !... Pas d'accord t
ANtolne. Pourquoi me demandez-vous toujours si j'ai
Ptenne. Pourquoi ? la clef ?
Anrolxr. Les distances n'existent pas... Ici ou ailleurs, Lr ssHrtxeLts. Parce que c'est le mot de passeI
c'est pareil, et là-bas, c'est comme ici I Tout est
relatif... Axrorltr. Le mot dc passe?
PIcRnr. Enfin, pour moi, ailleurs ce n'est pas ici ! Oui, le mot clef I
LA sE.NrrNtrLLe.
ANrotxe. Non, c'est ailleurs ! Mais pour ailleurs, là-bas, AHrotnr, sortant une clef de sa poche. f'ai la clef de
c'est ici... donc, c'est partout ailleurs I mon rêve I
Ptenne,.Oui relativement! Ll sextlter-ll,aoec force. Le rêve ne passe pas I
ANrotne. Non, absolument t Anrorxr, C'est un passe-partoutI

"\.!

t
Lr surINeLrr. Le passe-partout ite passe pas I Le roxcrroxxrrne. Ah | (Il réexamineIa mi
Axtorxg. Ecoutez..., le temps passe,.. Axr,o_txe.Oui I )'ai un coup dur..., ie suis repéré.j
Ll srxuNeu-r.
Chez moi, tout à I'heure,en montaDtI'escalier,il y
Le temps ne passe pas t avait un gendarme devant ma porte !
Axrotxr. Vous êtes str de ce que vous dites ? Le roHcrroxxrtne.Alors ?
Lr srxrlrpue. Quoi ? Axrorxe. J'l'ai descenduI
Axrorm. Vous avez dit : Le temps ne passe pas t Ln roxcrrotxerne. Le gendarme?
Lt srxrrxette. Il ne passe pas t
Axrotxe. Non, I'escalier 1... ]e me suis dit : < S'il
Axrolxe. Dans ce cas..., i'ai tout le temps devant moi ! voit avec une mitraillette, il trouvera ça
(Antoine s'éIoigne en disant.) I'ai tout le temps ! Alors, combien ?
f 'ai tout le temps 1... (La sentinelle, médusée,absorbe Le roNcrroxxernr. Ce que ie vous ai dit..., vingt
une grande cuillerée de nourriture.) Ça ne passe
pas t AMrorNE. Vingt francs..., une mitraillette,..
(Les deux gendarmes sortent de derrière la SriIJe.) Louis XV qui uient d'entrer à témoin.) ... A
levier d'écrasement...,bouton de blocage... et
Lours xtIr, à la sentinelle. Il vous a bien dit qu'il Vingt francs... (Réalisant et en reposant Ia mi
s'appelait Bonnard ? lelte.) D'accord I
Le seNrrNsrre. Oui t (L'employé lui donne oingt francs et, tandis qu'
toine s'esquioe, Louis XV s'approche de I'empl,
Iours xttt. C'est faux t... Le vrai est à I'intérieur.
Antoine gagne doucement la sortie, mais iI est
Lours xv. Alors, I'autre ? pcr Louis XIII qui attend dehors.)
Iours xtrr. Usurpation d'identité..., faux et usage de Louts xv. Vous connaissez ce monsieur ?
faux..., ça va chercher loin t Le rorcrrorxerne. Non t
(Ik se précipitent à la suite d'Antoine.)
Lours xv. Il vient souvent ici ?
Lr snxtrxsttÊ, aoalant péniblement. C'est passé I (lt
sort en disattt.) Par otr ie passe ? Le roxcrroxxlrne. C'est la première fois que j e ,
(Antoine se lèoe du bat-flanc, coilfé du clnpeau vois I
mou, armé d'une mitraillette, tandis que la. c'abine Iouls xv. Str ?
MONT-DE-PIETE arioe.) LE FoNcrroNNln.e. Certain t
Axrorxr. Par où ie passe. (Le fonctionnaire s'y rend Louts xv, sortant une mitraillctte de dessous sa
rapïd.ement. Antoine brandissant sa mitraillette.\ nne. Vous m'en offrez combien ?
Haut les mains ! (Le fonctionnaire lèoe les mains.)
Tu es seul ? Le roxcrloxxernr. Comme d'habitude ! Vingt
Le roNcrroxxrrns. Oui ! f,ouIs xv. D'accord | (II empoche le billet.)
(Antoinc, pris entre < deux gendarmes r, essaie
Axrotxe. Personne dans I'arrière-boutique ?
luir... au ralenti, poursuirsi par les gendarmes quî|
Le roxcrroxrl.rrnE. Non ! coulent après lui, également au ralenti. Pmdant ce,-.
Axrotxe. Tu m'en offres combien ? trajet < ralenti >, Ia cabine < Mont-de-Piété > s'eî:i
face" Un panneau descend des cintres et I'on peut.
Le roxcrtoNxrlnn, examr'nant la mitraillette. F,lle a tire .' SECURITE SOCIALE. IJn fonctionnaire, efi
beaucoup servi ! lauteuil roulant, oient s'g placer.)
ANrorxr. Ça ne te regarde pas !... Combien ? Le roHcrtoxNrrnr. Suivant t ,f :.:

Le roxcrroxt.terne. Vingt francs ! Axrotxs, piootant sur lui-même. Ils vont m'entendrel':,
Axtotxe. Tu te fous de moi !... Quand ]acques Bonnard, (Devant Ie guichet.) Alors, mon pog,non, il vient,,l
dit < Cause touiours r, sort la mitraillette, c'est quand ?
.";:
pour plus que ça I Le roxcrtoxxrrne. Votre nom ?
LE roHcrroxx,lrne. Pas ici, Monsieur t
.r;,:
ANToTNE,fean Bonnard I
:f-i:
,
ANrotxe. |'en veux Ie double I Lg roNctroxxrtne. Votre numéro ?
Le roxcrroxxrlns. Non I AxroIxe. Huit cent trente-quatre.
.;:,Iù
AxrotNr, reprenant la mitraillette et Ie menaçant. Le Le Eoxcrroxxrtne. Une seconde! "..;;
double ou ie te bute I r{"Ë
ANToTNE.Ah ! Ils vont m'entendre. Alors, ça vient'f...ift
Le roxcrtoxxrrne. Vingt francs I 'a
.;
LE roNcrtoxxtrxe" alignant les billets. Voilà ! ' tïj
ANrorxe. C'est ton dernier mot ?
Alrotxe, très surpris. Quoi ! .,. Vous payez t o u t d q ,
Lr roxcrloNNrlnr. Le dernier I
suite ?
Axrorxr. Ah ! Il est buté | (Reposant Ia mitraillette.)
Le rolrcrronxrrnr. Oui I
Tu es dur à la détente, toi I Allez, on coupe la
poire en deux ! Trente francs ! AxrotNe, dësappointé. Ah !... vous me prencz au
Le roHcrroxxernr. Vingt ! dépourvu !... J'avais pensé que ça demanderait huit
jours..., alors,.. j'avais préparé des iniures..., tout
Axrotxr, reprenant la mitraillette. Trente, ou je te çal
coupe la poire en deux t
Le Eoxcrtorlrlne. Ce n'est pas nécessaire.Tenez 1.,.
Le roxcrronnrrne. Ça ne m'intéresse pas ! (ll pose les billets.)
Axrotxr. Tu n'as donc pas compris ?
ANrorNE. Tss !... Attendez huit iours, quoi !... Soyez
Le roxrroxlietnr. Quoi ? chic 1...Donnez-moi le temps de rouspéter!...
AxrolNr. Qu'il fallait que je m'en débarrasse! Lr noncrronxrlnr. Prenez votre arg,enl.
r
médité ! Mon Dieu t le vous jure que je n'ai pas
ANToINE.Alors, parce que vous me donnez de l'argent' joué dans I'espoir de gagner t... Mes intentions
vous croyez me faire taire ?
étaient pures I le n'ai fait que suivre I'exemple des
LE FoNcrloxN,rtne.f 'ai des ordres I autres... Tout le monde joue au tiercé et personne
ne gagne jamais... Alors..., pourquoi moi ?... Pour-
ANrorNE. Oui t Eh bien t votre argent..., ie n'en veux quoi cet acharnement ? Peut-être vouliez-vous
pas I
m'éprouver ?... Si c'est cela..., je déchire mon ,
LE FoNcTtoNN^IRE. Don t Ie le Sardet ticket I (Sur Ie
trcket le point de Ie fairc.) Mon Dieu, Dieu, i
donnez-moi Ia force et le courage de renoncer aux
ANToINE.Vous le gardez ?
biens de ce monde | (Hésitant.) Oh t mon Dieu.
Hé I
LE FONCTTONN^IRE. pourquoi retenir mon bras 1... (S'acharnant.) Non t'
ANToINE,Parfait t... Où est le bureau des réclamations ? Non I Laissez-moi faire... Pourquoi
Pourouoi m'empêchez-
m'emoêchez-
vous de déchirer le ticket ? N'avons-nous pas tou-
LÉ FoNcrroNNAIRE. Tout de suite, là, Monsieur I jours vécu humblement, ma femme, mon fils et
(Le panneau RECLAMATIONS uienr de tomber') moi, dans I'ordre I Dans un trois-pièces! Chambre,
cuisine, toilette I Dans le désordre t N"ai-ie pas,
ANToINE, au public. L'adminisftation, i'te iure 1... Ils
toujours accepté avec ioie et résignation les épreuves.
vont m'eniendre | (Frappant sur la planche.) Il y a que le ciel a eu la bonté de m'envoyer réguliè-
quelqu'un?
rement I N'ai-ie pas touiours gardé à mes côtés la
LE FoNcrroxNetnr, s'y précipicant. Voilà I Voilà I sainte femme que vous m'avez choisie en pénitence
de mes fautes I N'ai-je pas repoussé cent fois le
ANToINE, sec, le poing sur Ia planche. Alors, mon démon de Ia chair, lorsque celui-ci se présentait
pognon, il quand ?
.vient à moi en iupe courte et en décolleté ? Avouez qu'il
LE FoNcrtoNNArRE. Mais... y avait de quoi se méprendre I Ne souriez pas,.
laissez-moi déchirer mon ticket | (Nouuelle tenta-
Arrorxr. ... te traverse tout Paris..., ie perds une demi- tioe.) le n'en ai plus la force t |e sens que vous
journée de travail..., ie poireaute pcndant une
m'abandonnez t Seigneur t Vous qui m'avez toujours
heure..., tout ça pour m'entendre dire : < Votre
pognon, ie Ie Sarde t r maintenu dans une certaine pauvreté, ne permettez
pas que votre serviteur sombre dans I'opulence I
LE FoNcrroNNrrnr. Votre numéro. Avec la bénédiction là-haut, du Père, du Fils et
du Saint-Esprit, dans lbrdre I Je resterai humble,
ANToTNE.Huit cent trente-quatre. pauvre et fidèle, dans le désordre... ici-bas I (Letsant
LE FoNcrroNN,rtnr.Je vais voir... son ticket oers Ie crel.) Tenez I Déchirezle vous-
même t (Soupirant.) Bon t Eh bien I je vais aller le
ANToTNE.C'est tout vu t... Vos explications, je les
toucher.
connais.,. Je veux mon pognon 1... I'en ai besoin !
Vous m'entendez I VoIx ou c^RDrEN.Huit cent trente-quatre 1... (Antoine
s'arrête. Le gardien fait irruption.) Huit cent trente-
LE FoNcrroNNrrnr"fe vais faire le nécessaire...
quatre I Vous n'entendez pas ?
ANToTNE.Le nécessaire ! Ah I c'est bien ça 1... Parce
que j'ai une casquette, vous allez faire le néces- ANrotxe. Hein ?
saire... Si i'avais un gibus..., vous auriez fait dili- Lr crnolrx. Répondez présent quand on vous appelle I
gence I
ANroIrr. Ah 1.., I se disait aussi.,., ce n'est pas vrai I
Le roxcrloxxrtne. On vous I'enverra, Monsieur.
Lu ceRorsx.Qui < il r ?
Axronre. Quand ?
AHrotxE. Le huit cent trente-quatre.,. Il a cru que son
Le roxcnoxrurns. Sous huitaine... numéro était sorti"
Axrorxr. Ça va t... (Soudain calmé,) Maintenant que Le crnotex. < Il r ? Vous ne pouvez pas dire < je >
j'ai vidé mon sac, vous pouvez me le donner tout comme tout le monde ?
de suite t...
ANrotNE. |.." il ne peut pas I
Le roxcrroxxerne. Eh bien I Monsieur, passez au gui-
chet à côté, vous I'aurez immédiatement... Ls crRoteH. Ça ne s'arrange pas t
L'rultoxtrn, entrant. Mon bon ami..., je vous salue.
Anrotxe. Merci 1... (Au public.) Lui, au moins, il est
compréheosif...Alors, mon poSnon, il vient quand ? Axrotrr,. Il vous salue aussi.
(II se dirige uers le guichet SECURITE SOCIALE,
L'eulroxrcn. Qui < il > ?
mais le lonctionnaire qui, cette fois, I'a deuancé,
lui ferme Ie guichet au 4ez,) ... L'administration, Axtotxe. Le numéro qui est devant vous t
j'te iure | (Tandis qu'Antoine s'éloigne, le panneau
L'euuoxtrn, au gardien. Il parle de lui à la troisième
RECLAMATIONS r.emonte. Antoine se retrouoe personne ?
assis sar le bat-flanc, le béret sur la tête, hébété.
On entend la ooix du gardien qui fait I'appel.) Ls crnole,x" Il ne peut pas dire < ie >.
Huit cent trente-deux ? (Présent I répondent les
prisonniers.) Huit cent trente-trois ? (Présent l) Huit L',tutrrorItn. Tiens I (A Antoine.) Vous ne pouvez pas
d i r e < j e >?
cent trente-quatre !... Huit cent trente-quatre t
Axrolxr. Non.
Axroltrr, sortant son ticket de sa poche et s'exclamant..
Ça y est 1... I'ai gagné Ie tiercé I (Heureux et érnu.) L'eur,roxtpn.Alors, que dites-vous?
J'ai gagné | (Les larmes aux ycux.) J'ai gagné | (Auec ANrorNE.fe dis < il >.
conoiction et repcntir.) Oh I mon Dieu I Pourquoi
m'avez-vous procuré une si grande ioie ?... Que L'ruuoxten, au gardien. Pourtant, là, il a dit < ic >-
vous ai-je fait ? Oh t fe sais I Vous allez me dire : En disant < je dis il r, il a dit < ie r"
< Tu n'avais pas à jouer au tiercé I Tu n'as que ce Arrotxr. Il a dit . je r à vous cxceptionnellement.
que tu mérites I C'est bien fait pour toi I C'est pour que vous compreniez, mais au gardien, il dit
vrai t... Pourtant, ie I'ai fait sans malice I Oui, i'ai < il r.
ioué I J'ai joué I Le huit, le trois et le quatre I Dans
I'ordre ! Comme j'aurais pu iouer le quatre, le huit L'ruuoxtrn, à Antoine. Du moment que vous pouvez
et Ie trois ! Dans le désordre I Ce n'était pas pré- me dire < ie r à moi..., ie ne vois pas pourquoi..-
Axronre. Eh bien ! il ne le dira plus, là !... C'est vrai t casquette... (Il prend celle du gardien.) Qtî
Il essaiede vous faire comprêndre... que vous dites ?
L'rumoxrrn. Comprendre quoi ? Ar.rrotNe.Tiens t Un prêtre ouvrier t
Anrolxe. Ils étaient cinq : Antoine, paul, fean, tacques L'rurnoxlen. Oui I L'exemple n'est pas bon t
et Etienne. Sur les cinq, quatre sont sortis... Bôn t
(Se désignant ) ll en reste un... Lequel est-ce ? Axrorne', à l'aumônier. Qu'est-ce que vous
prouver au iuste ?
1-'eulrorrrn, au gardien, De qui parle-t-il ?
L'eumoltrsn. Que le chapeau ne fait pas le
Is crRDrBu. Des autres t fe veux dire par là... que vos chapeaux sont i
objets inanimés et qu'ils n'ont pas d'âme l {t
I'ruuoxren. Quels autres ?
1e crnoreH, à l'aum6nier. Moi, j'ai mis le temps ; mais ANrorxe. C'est faux 1...Les miens ont une âme t
I
j'ai fini par comprendre t L'ruuoxten. Alors, s'ils ont une âme, ils ont un cdr
1-'euftronren. Eh bien I Eclairez-moi I
En ce cas,je vous demande: < Où sont les corp!
LE cARDTEN. Iæs chapeaux que vous lui avez apportés... AxroIHn. Il les attend d'une minute à I'autre l

L'ruuoxren. Oui t L'iruuoNren. Alors, attendons-lesI

LE c^RDrEN.Ce n'était pas pour lui. AnroIxr. Attendons-les I


(Un temps.)
f-'rumoxten C'était pour qui ?
LE c^RDrEN.Ça risque de s'éterniser I
LE cARDIEN.Pour les autres !
L'eumoxtr,n. Il faut lui faire toucher du doi
I'euuoxrcn. ]'entends bien t Mais, encore une fois, qui erreur I
sont ces autres ?
AxrorHr, se leuant. Tenez t... La preuve que les
LE, crnorrx. Lui-même. existent..-
L'rumonren. Saint-Esprit, éclairez-moi !
L'ruirtoxrrn, l'interrompant. Tant que ie n'aurai pas
Lr c^norsr. Comment vous éclairer ?... Par exemple.... mes yeux vu les corps, je ne croirai pas aux
vous... vous avez urr seul Dieu en trois personnes ? que vous prétendez être ! C'est trop facile I
I,îuuoxrcn. Oui !... Le Père, le Fils et le Saint-Esprit ! ANToINE. Mon Père..., croyez-vous en Dieu ? o
ANrorxe. Mais que font-ils ? Que font-ils ? L'rumoxren.Ah oui ! DiableI
!e ceRDrex.ça fait trois !... Eh bien I lui, il en rajoute, Axrorxa. L'avez-vousvu ?
il est cinq personnes à lui tout seul !
L'eulroxtgn. Comment oou"""-nou, comparer
l-reuuonren. C'est beaucoup t... Il se serait multiplié, folie à la mienne I Krr 1.,, Vous me faites dirc
en somme I sottises t Tenez t
le crnorcx. Comme des petits pains ! Lr crnoten, à Antoine. Ce n'est pas bien I Ce n'e.sttx
Et vous n'avez pas cherché à le détrom- bien I r,.
I-'runonrrn.
per ? L'ruuowten. Moi, ie sais que Dieu existe!.,. Et ;e peuil
I.s cenorcx. Il avait I'air heureux comme ça ! vous en donner une preuve irréfutablet
li.,l
ANToTNE, à lui-même. Mais qu'est-ce qu'ils font ?... LE, ceRDtex. Saint-Esprit, éclairez-le t tii,
Mais qu'est-ce qu'ils font ? L'eumoxlen. La preuve que Dieu existe... Alexis... Ecôfui:fi
tr-r cenorrx, complaisant. Ne vous inquiétez pas !... Ils tez cela aussi..., ça peut vous être utile 1... Ia preuvÇj
ont peut-être eu un empêchement..- avec les encom- irréfutable que Dieu existe..., c'est que... (II cherchei:,
l'æil fixe.) I ,i-
bremenb !
(Un grand silence,)
L'ruuorren, au gardien. Vous mentez t... Ce n'est pas
bien t Axrorre. Un ange passe t
,:;.
Le cenore*. C'est par charité ! L'euuolIen. C'est une preuve t... mais ce n'est pas lai
plus importante t Non | (Cherchant toujours.) Iz.:.,
l-'ruuolten. Il ne faut pas, par charité, laisser cet plus importante ? C'est... Ah I i'ai une absence.-
homne dans I'erreur I .-,,'--
ANrotrr,. C'est la fatigue, mon Père t -;..;
Le cenolsr. Qu'est-ce que vous allez lui dire ?
L'eumoxteR. Ah I C'est la fatigue... (S'énensant.) lÀ.!:
L'rumoxrrn- La vérité I preuve irréfutable que Dieu edste..., voyonsrrÏ'
Ls cenornr. Ce n'est pas bien ! Ce n'est pas bien ! Alexis ? ' . :,!i.'
':il
L'eumoxIr,n,à Antoine. Cher ami..,. dans la vie, il y a LE cARDIEN.Je ne sais pas, moi !
des évidences. .-.-
L'eumoxIEn. Mais si, rrr !
Axrorrr'. C'est évident ! Le cenotex. C'est la fatigue !
L'rumorten. Un chat est un chat t... Et un chapeau...,
L'irumoNtEn.Ah ! C'est la fatigue,.. parce que je ne suis
un chapeauI qu'un humble aumônier, le Bon Dieu me laissc
Lr, cenotrx. C'est évident ! tomber !... Si je m'étais appelé Jehanne d'Arc... tr I
a belle lurette qu'il m'aurait soufflé I
I'ruuoxtsn. Il ne faut donc pas appeler un chat, un
chapeau...,ni un chapeau,un chat t... je ne sais pas Axrotxr. Mon Père, puisque vous ne croyez que ce
si ie me fais bien comprendre 1... Prenons un fait que vous voyez, regardez ce mur... Que remarquez'
précis : par exemple, moi, quand vous me voyez vous ?
arriver tête nue..., qu'est-ceque vous dites ?
L'eumonren.Rien t
AxroIxr,. Tiens ! Voilà un aumônier !
Ln cenotEN, bousculant l'aumônier, Ah si ! fe vois u!
L'ruuoxtsn. Très bien ! Maintenant..., si ie mers une chapeau...,là... RegardezI

-i
Je ne vois rien t AHrorxe. < le >.
L'AuMoNtER.
GARDTEN,lc poussant du coude. Ce que vous êtes L'eumoxlen. Il s'est retrouvé, Dieu merci | (II tsa pour
LE
borné | sortir. Rctsient.)Ah t La preuve que Dieu existe...,
c'€st que... Ah 1... Oh !... Mais faites confiance à
L'AuMoNrER. le ne vois rien t I'aumônier... C'est un acharné I Tant qu'il n'aura
Parce que vous avez le nez dessust.., (lt pas retrouvé la preuve..., il ne va plus penser qu'à
LE,GARDIEN.
I'entraîne un peu.\ Cette tache-là..., là..., voyez- ça... Il se connaît. (ll sort l)
vous ? (II Ie pince.) AxrotHe. Alors, c'était vous qui... ?
L'^UMONTER. Ah I Lr c,rRorr,x.Chaque fois gue j'entrais et que je vous
LE GARDIEN,insistant. En forme de chapeau... voyais parti dans vos rêves...

L'^uMoNIER,comprcnant. Ah oui I Je le vois | (Au gar- ANrorxe, Vous me retiriez mes illusions. Dites ! Vous
dien.) Vous m'obligez à mentir I attendez quelqu'un ?
C'est par charité t
LE GARDIEN. Ln crnotrH, surpris. Non ! Pourquoi ?

L'^UMoNIER. n'est pas bien t


Ce AxrorNe. Parce que, comme moi, ie n'attends plus per-
sonne..., on pourrait peut-être en profiter pour
LE c^RDrEN.Oh I mais, il n'y a pas qu'un chapeaut... dormir un peu t
J'en vois deux, trois..., quatre chapeauxI
Le crnotEr. Oui. (/t gagne la sortie.) Vous ne m'en
L'eur,roxlen.Oh oui ! Toute une multitude t voulez pas ?
ANrotNE.Oh t Eh ! Uitte ! Cessezde faire les guignols, (lls rient.)
voulez-vousI
Axrorxe. Ah I ah !... !e pense qu'il y en a un qui n'est
!'^uMoNrER.Comment ? pas encore sorti de I'auberge.
AuroIne. Sur ce mur..., il n'y a rien I Le c,rnorex. Qui ?
LE G^RDIEN.1... Axrotxe. L'aumônier t Ah t ah I En ce moment. il doit
tourner en rond dans sa cellule, le regard perdu
Axrornp. Rien t vers le ciel... et posant la question : < Il y a
L'eut'lorten. Effectivement ! En y regardant de plus quelqu'un là-haut ? Eh bien t ditesJe 1...r
près...
Votx oe L'AcENT. Oui. (Antoine et le gardien se regar-
AHrotNe. ... Il n'y a pas de chapeaux,n'est-ce pas ? dent, surpris.) Eh I Il y a quelqu'un en bas ?
L'ruuoxteR. Non I Le crnorex, s'agenouillant Oui I
ANToINE.Eh bien !... il devrait y en avoir t Vorx oe r.'eceHr. Eh bien t dites-le t Nom de Dieu de
L'ruuoxteR. Ah ! Il est fatigant t nom de Dieu I
ANToINE.Mes chapeaux devraient être là 1...Or, ils n'y AxrotNr. Ce n'est pas lui t
sont. pas. L'lcENT, apparaissant. Ça ne va pas, non ? Antoine
L'runoHren. Et pourquoi n'y sont-ils pas ? Bonnard ?
Axrotxe. Parce qu'ils sont sur la tête de ceux qui sont Lp ceRorrx. Il est là I
sortis t L'ecnnr. Ah I Eh bien t Depuis le temps que je vous
L'.ruuoxtan, au gardien. Comment expliquez-vous ça ? cherche... fe voudrais que vous répondiez à trois
questions. Primo : Pourquoi vous êtes-vous fait
Le cenolew. Il faut bien réfléchir, I'Aumônier. porter disparu alors que vous êtes là ? Secundo :
L'ruMoxten. C'est tout réfléchi... Nous nous trouvons Pourquoi êtes-vous là, alors que vous n'avez aucune
devant une chose qui nous dépasseI C'est évident ! raison d'y être ?
Le cenoIrx, le tirant un peu à I'écart. C'est I'absence Axrotle. On a prétendu que je m'étais évadé I
des chapeaux qui vous pousse à cette conclusion ? L'rcexr. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?... Vous
L'ruuoxrsn. Absolument I Cette absence ne peut s'ex- n'avez jamais été en prison I Votre casier iudiciaire
pliquer que par I'intervention de forces qui trans- est vierge I
cendent les lois de la matière.... les forces démo- Axrotxe. C'est ce que j'avais dit aux gendarmes!
niaques t
L'ecs,xr. Justement t Renseignements pris, vos deux
Le cenoIsN. fe ne voudrais pas aller contre les forces gendarmes n'existent pas I
que vous dites..., mais les chapeaux. (Il lui chu-
chote quelque chose à l'oreille.) Axrolne, Je le savais bien I Ils ne voulaient pas
I'admetue I
L'ruMoNren. Imbécile t Vous ne pouviez pas me le dire
plus tôt !... Vous me laissez m'empêtrer... L'^cENT. Admettre quoi ?
Le crnorsx. j'ai cru bien faire ! ANrotre. Qu'ils n'existaient pas I
L'ruuoxtrn. Ce n'est pas bien ! (A uoix Dqsse,) Eh L'^cENT. Vous savez,.. pour faire admettre ça à un
bien I allez les chercher | (Le gardien sort. A gendarme I
Antoine.) Mon fils, il faut être courageux : ceux
que vous attendez ne reviendront pas I Anrorxe. Oui I C'est impossible t

ANToTNE. Pourquoi ? L'rcrxr. Tertio : Qui sont ces quatre individus


prénommés : Paul, Jean, lacgues et Etienne ?
L'eumoxlen. Parce que.,.
AxrotNn. Vous m'auriez posé la question cinq minutes
(Le gardien rcuictrt avec les chapeaux, Lourd plus tôt... je vous en aurais parlé longuement 1...
silence.) Mais maintenant, je ne peux plus rien vous en
AnrorHe. Je ne m'explique pas... dire !
L'rumoHIeR.Il a dit < ie >. (Au gardien.) Il a dit < je r ! L'rcsxr. Ah I Bon t.., Et c'est à moi que vous
Il est sauvé. voudriez faire admettre... t

I
Âxrorxr. Oui, c'est impossible ! Hcxnrsrre. Salut ! Alors t'es de sortie ?
L'^cENr. Alors ! Faux repris de justice ! Faux gen- Axrorxe, au gardien. T'as vu I'esprit d'à propos
darmes I Faux frères !... Qu'y a-t-il de vrai dans (A Henriette ..) Tiens ! fe te présente mon
ta
tout cela ? du corps... un pote. (Au gardien :) Hen
dont ie t'ai causé... Elle est merveilleuse...,
Anrorrr. Tout ! Puisque tout est faux ! et tout !,.. Elle est comme ça t
L',rce,Nr. Oui ?... Eh bien... le seul moyen de m'en Hn,nntgttr. Oh, t'exagères!
sortir, c'est de faire un faux rapport ! En attendant'
vous êtes libre ! (Il sort, pris de panique, cn AxTottr,'sec. Toi, ne commence pas à me
criant :\ Je n'ai pas peur I Je n'ai pas peur de dire, hein ! Ou alors c'est la beigné ... Boa
l'eau qui dort... Ie n'ai pas peur du feu qui (Au gardien ..) Tu sais qu'elle encaisse
couve..., etc. (Il se sauve en courant.) leusement ! Une résistance à toute épreuve t
elle qui fait tout !
k crnotrx. Bon ! Vous êtes libre ! Avant de partir,
je voudrais vous demander une chose. Comment Heunrrrrr, Pas tout !
vous faites pour vous évader comme ça en Axrotxe. T'occupes !.., On t'a rien demandé... I
pensée? f'avais beau vous regarder faire..' il y
à mon ami... Tu permets que je parle à
y a un truc, hein ?
ami, oui I
Anrotxr. Evidemment, il y a un truc !... (Prenant HENRTETTE.Il veut me faire passer pour
le chapeau mou.) Tenez ! Regardez ! que ie suis...
I.e crRotsx. C'est dans le chapeau ? Axrotxe, pouce leoé. Parce que tu n'es pas
Axrorxr. Tout est dans le chapeau! ça peut-être ?
'LE GARDTEN. m'en doutais t HENRTETTE. Franchement non !
]e
Axrotne, se coilfant du chapcau moz. D'abord, il Altrotxs. C'est curieux cette mauvaise foi t Tu
faut faire abstraction de ce qui vous entoure. pas bonne cuisinière peutétre ? Ose dire
(Au gardien.) Ça y est ? (Coup de cymbales.) mon ami que tu n'es pas bonne cuisinière ?
Ls clnolgx, se concentrant. Ça y est I HeHnrerrs. Boh !
ArrorNe. Pensez fortement que vous êtes un autre... Axrorxe. Bon !
:i.'

Je le pense! (Coup de cgmbales.)


I-E cARDTEN. HENRIETTE.Quoiqu'il y a certains mets... .ï:
Axrotra. Ensuite... imaginer où peut bien être cet AxrotHe. Y a pas de mais... Tu fais bien la cuisiogg,
âutre,.. et s'y rendre. Vous me suivez ? Nous c'est tout ! Il n'y a pas de honte à avoir ! ParfoÇ:i'
allons franchir le seuil... Alors là I C'est I'inconnu ! elle invente de ces petits plats ! Mon ami I '',*
(Il bute sur un hypothëtique obstacle.) Attention
Hexntrtre. Mais non t $l
à la marche !... (Soudain un bar s'illumine, entouré
de plantes vertes.) Regardez! ' AHroIxe. Alors, dis que c'est moi qui les invente t
$
LE G^RDIEN.O vision sublime !... O merveille des Hr,xnterrr,. !!!... i
merveilles t ANToINE. Dis-le que c'est moi qui les invente
Axrotxr. Champagne? HENRTETTE.T'as raison !
LE G^RDrEN.Mousseux ! Quand i'avais soif de liberté, ANToINE. Bon ! (Au gardien .') Et alors" pour ce quil
c'est exactement là que je rêvais de venir me est de la fidélité... (A Hcnriette, subitement ),
réfugier. Comment ?
(Antoine fait signe au barman : < deux >. Le
barman leur tend deux coupes oides. Antoine les HENRTETTE.
! ! !...
prend et, cérémonieusement, en olfre une au ANToTNE.Tu oses prétendre que tu n'es pas fidèle ?.
gardien.\
HENRIETTE"Si, j'suis fidèle !...
Anrorxp. A votre santé !
ANToTNE,au gardien. Elle est d'une franchise t
Lr, clnotrx. A la vôtre ! Il n'y a rien dedans !
Le cenotrx. Elle est < comme ça r t
ANrotNe. Ah ! ne commencez pas à douter, vous !
Hein ! AHrorNe. Mais elle est ( comme ça r t Pourquoi refuse'
t-elle toujours de I'admettre ? C'est pour me
Lr clRorsx. Bon t Alors qu'est-ce qu'on fait ? contrarier ou quoi ?
ANToINE.On attend ! HeNnterte, au gardien, Il m'arrive... comme tout le ;
Le cenorex. Qui ? monde, de mentir, vous savezI t
Axrolxr. Une pépée! Axrorxe. Là, tu mens !
Haxntprrs. Non ! :
Le c,rnoIrx. Chouette!
AxrolNr. Ma pépée! Compris ? Axrotxr. Je te dis que tu mens t Jamais ie ne trai
surprise en train de mentir I
Lr c,lRotr'x. Compris !
Hsxnlerre. C'est vrai, je mens là I
AxroIHe. Bon ! Bon ! Tu vas voir ce que c'est (1,
Ièue le pouce.) Elle est < comme ça > ! Lr clnoteN. Elle est comme ça t A part le petit cheveu
sur la langue.
LE GARDTEN. Et si elle t'avait posé un lapin ?
AwroIxr. Ah oui ! Elle a un petit cheveu.
Axrotxe, nontrant I'intërieur de son chapeau. Tu
vois un lapin dans le chapeau? Moi, j'ai un petit cheveu?
HENRTET'I'E.
Lr c,rnolrN. Non ! ÂxrotNr. Oui, sur la langue.
Axrorxe. Donc, il n'y a pas de lapin ! (Henriclle I{nunrrrrr. Moi, j'ai un petit cheveu sur la langue?
cntrc.) Tiens la v'là ! Salut la môme t Répètc-le que j'ai un petit chevcu sur la langueI
ÂNTotr,rE. Oui quoi ! Tu as un petit poill (Henricrrc Ce n'est pos une belle histoire
"' 1s gille.) Si elle n'était pas (comme ça t... tiens
à mourir de rire, ço ?
i'tc... (/l menacc Hcnrictte.) Débarrasse| (Se cottt<'-
îant.) DébarrasseI (Au gardicn.) Emmène-la'..
Allez, emmène-1a...ou ça va être sa fête ! (Lc Axrotxs. Tiens ! Voilà l'Inspecteur... (Anloine ajuste
gardien emntène Hcnriclle cn coulisse. Au public.) son chapeau mou et ua au-dcoant de l'inspccteur.)
' Ça n'a pas I'air de boumer, inspecteur t
C'est pos une belle histoire d'omour, ço ? L'rxsrscrsun. Boh !
Antorne. Pourtant à la P.J. vous n'avez que des
(Antoine retourne au bar, boire un terre et succès... vous arrêtez tout le monde I
s'adressant à un quidam complètement imbibé.)
ll était temps qu'elle s'en aille... parce que i'avais L'lNspecreun. Effectivement, j'en ai débusqué quel-
envie... la bouteille... tiens !... Je te la lui cassais ques-uns... démasqué quelques autres... au cours
sur la tête... Plaf !... de ma brillante carrière... Mais... il y en a un... qui
m'a touiours échappé!
LE eurD^M. Hrom ? (lI ne tient debout quc grâce
au tabouret du bar qui lui serl de babAtrotte.) ANrorNe. Qui ?

ANrorNE.f 'suis un dur !... D'accord ! Mais c'est pas L'rxspçctsun. < Cause toujours r dit < La Gâchette r,
une raison pour me pousser à bout ! Sans ça !... de la bande à Bonnard. Ah I Celui-là... ie
La bouteille, plaf t donnerais bien dix ans de ma vie... pour savoir
qui se cachait sous ce vocable I
LÉ QUIDAM.HTOm?
AxrolHe. Si vous I'appreniez, inspecteur ?
ArirorNE. Tu te ferais gifler par ta souris devant un
pote, toi ? Qu'est-ce que tu ferais ? Hein ? (Lc' L'tHspecrrun. ]e serais le plus heureux des hommes-
quidam soulèoe lentement la bouteille et la cdsse Awrotxe. Vraiment ?
iur Ia tête d'Antoîne. PIaf.) Absolument I (Lrri
touchant I'épaule.) I'te comprends (Il s'aoance L'rxspecteun. Vraiment !
u,t peu et au public.) Axrolnr. |e ne peux pas vous refuser ce plaisir plus
longtemps... Vous êtes un trop chic type !
Ce n'est pqs une belle histoire
L'txspecrrun. Comment ?
à dormir debout, ço ?
ANrolNe. Cause toujours... c'est moi.
(Le quidam sort grâce au tabour('t de bar sur L'rrsprctnuR.Ne me faites pas une fausse joie t
lcqucl il s'appuic. Antoinc retournc au comptoir ANroIxe. Puisque je vous le dis !
ct appelle Ie barman.)
L'lxspecreun. Si c'était vrai, mon Dieu !... Pouvez-
LE B^RM^N.Vous désirez ? vous me le prouver ?
Un revolver.
ANToTNE. AxrorNe. Oui t (fl sort son reuoloer et lc décharge
Vous voulez rire ?
LE BARMAN. sur l'inspecteur.)
L'rrsrecrEuR. Ah ! C'est trop beau !... ]e suis comblé !
A!,irotNE. Oui ! (Ie barman lui apportc un reoohser (Il fait signe à Antoine de s'auancer.) Cause
sur une soucoupe, Antoine le prend,) Dites-moi,
touiours, promets-moi de ne jamais dire aux
est-ce qu'il n'y a pas un homme à abattre, ici ?
autres inspecteurs qui tu es ?
Le nlRnrN. Je ne vois pas, Monsieur.
ANrorxe. Vous en avez I'exclusivité ! '
Asrorxr. Parmi vos relations. Cherchez bien I
L'tnspecteun. Ils peuvent touiours chercher !... Ils
LE srnÀ{^,N.Je ne vois personne à descendre en ce ne trouveront pas. Ils sont trop bêtes !... Ah !...
moment ! Monsieur. fe les ai eus ! Salut ! (ll plongc dans la losse.)
Axrorxe. Même urn mouchard quelconque? ANToTNE,au public.
Lr neRuirN.Non, Monsieur. Ce n'est pos une belle histoire
Axtolxs. Pas de désespéré non plus ? policière, ço ?
Le nrnmtN. Ah l Attendez ! Si !... Il y en avait un...
le monsieur qui était là... (On cntend trn coup (Le gardien entre ct taocrse Ia scène.) Eh;
de feu.) Mais... Ls c,tRoInN. Ne me ris rien, ie suis un salaud !
Atttorxe. Trop tard t ANToTNE.Oir vas-tu ?
Lt-. nlnmlN. Il vient de nous quitter !... Lr clRorex. ]e vais me foutre à- l'eau !
A:lrotxr. Décidément, pour rigoler, ça delient diffi- ANrotrs. Pourquoi ?
cile !... Alors, pas de gibier de potence, pas de
mouchard, pas de désespéré? Lr clnotnx. Parce que j'ai trompé mon meilleur ami !
ANrotxr. Tiens t fJlroyais que, iusqu'à présent,
Lr- srnlrlx. Non, Monsieur. ton meilleur ami. c'était moi ?
Arrotnr. Pas de pianiste non plus ? Le ceRotnx. Ah I mais, c'est touiours toi ! (It plonge
Ln a,tnmrN, Non plus t dans la fosse.)
Arrotxe, ëclatant. Alors, sur qui vais-ie tircr, moi ? ANToIre, au public.

l-tt lrlRrrr,rN.
]e ne vois plus que moi... Ah ah ah ah ah ! Ce n'est pos une belle histoire
Vous voulez rire ? de cocu, ço ?
^NTorNE.
l-u nlxmlx, riant. Oui !... (Paraissent lcs deux gendarmes.) Alors là, c'est
(Arttoinc lc desccnd, puis au public.) une histoire personnelleà régler entre eux et moi t
lours xv. Tiens ! Voilà encore un des Bonnard ! crit C'est fait ! (Au public.) Ah t Il i#,
prévu'. 1... (Lisant tout en
Lours xlrr. Encore une doublure, hein Louis ? faisant ce qul, "dir:iËF':
sort, ferme la grille... Roulements_-d.e tanrUol$
lours xv. Oui, Louis t on les entend... et, tandis qu'il s'éloigne, i
le
tombe... (Le mur est tombé. Silence.)
Anrorxe. Exact I |e le double dans toutes les scènes
de violence.
(Antoine sort son reooluer, tire sur Louis XV,
et t'atteint. Louis XIII dégaine et tire sur Antoine.
Ce dernier coup de leu déclenche le < ralenti >,
la lumière oire au noir (lumière noire). Le
reooluer d'Antoine est éiecté lentement et monte
Epilog
vers les cintres... Antoine sort de sa poche un
grand couteau et, tondis que Louis XV se rac- Le orRscreun.Alors, Bonnard?
croche à Louis XIII qui essaie de retenir son
collègue dans sa chute, Antoine fapproche et
VoIx ne L'eutruR. Monsieur?
trappe Louis XIII de son couteau. Louis XIII, Ls olRecrsuR,Cette pièce?
après aooir porté une main Ie côté blessé,
L'rureun, dont la tête apparaît au-dessusdu mur.
trouoe la force de braquer son reooloer sur
Elle est terminée, Monsieur | (Il descend du
Antoine qui recule. La balle k:isible) suit lente-
ment sa traiectoire, rattrape ct atteint Antoine Le otnecteun. C'est la pièce rêvée ?
qui, après auoir lôché son couteau qui tombe
L'rureuR. Ah I C'est la pièce rêvée ?
lentement, s'affaisse. Les acteurs du drante
s'écroulent au ralenti pendant que Ie noir se Le otnecreuR, ooaant les dépouilles des
fait complètement. Seul reste t)isible, un panneau le mur. Qu'est-ce que c'est que ça ?
lumineux, sur lequel on peut lire :
Enxssr. Ce sont des costumes de gendarmes*
servaient dans le précédent spectacle..,(Il oc
les enleuer.)
Ce n'est pqs une belle histoire Axrotxe. N'y touchez pas !... Il ne faut pas
sons Paroles... çE ! aux ombres, Monsieur t Ui.
LE DTREcTEUR, faisant signe à Ernest de remontetifi
nar. Exact ! Un coup de plumeau là-dessus.-'3t
c'est toute la tradition qui s'envole. Rideau !... VOut
Tandis que le dernier panneau disparaît, la scène allez voir ce rideau ! Des comme celui-là, on n'co:
s'éclaire. Quelques feuillets ionchent le sol de fait plus. D'ailleurs, la sécurité s'-voppose. (Le ridd$lj
la prison qui est oide. La grille est ouoerte. Un tombe complètement.) Ernest ! Le rideau t
temps. On tsoit sortir de la fosse le gardien qui ç,
se passe la main sur le front et gémit. Il regagne ERxest. Il est tombé, Monsieur t
,,ii
le centre de la cellule, jette un coup d'æil.) Ln olnecreun, Dogant le rideau à terre. Ah ! oulfl
LE c^RDrEN.Ah ! le traître ! j'ai plongé Ia tête la Tiens !... Eh bien t Relevez-le| (Tendant une feûIh
première dans son histoire, et pendant ce temps- à Antoine.) Tenez ; Vous me signerez ce contraq"l
-là... il a mis les voiles... Ah ! Il est fort !... (It Axrotxe, après un bref coup d'eil. Mais... il n'y a rieo
ramasse les feuillets.) < Extra-Muros >,.. (It d'écrit ! . j.:
feuillette.) Mais... je suis dedans 1.,. (Lisant.) aLe Le olRrcteun. Si !... Une petite phrase, au début t :
gardien seul sortant de la fosse ! Ah le traître !... {,
I'ai plongé la tête la première dans son histoire... ANToINE, lisant. < Avec un peu d'imagination ! r ,:*i.
et pendant ce temps-là.., il a mis les voiles. Ah t (Pcndant ce temps, le rideau s'est releoë complÈ
Il est fort ! a. Mais, c'est ce que je viens de tement, tandis que le orai rideau d'arsant'scùt
dire !... (Lisant à nouueau.\ : { Il ramassele manus- tombe.)

FIN

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0u ctiilÉMA 2 1 , r u e Sa in t- An dré-des-A rts. P ari s-V l '. D e préfércncc : C .C .P - P ari s 7353-@


I ) ( T RA- lT | U R OS
Conédien tormé à la rude ôcole de la s. Commedi.a del'ane r, rcuue et corrigée par tacques
I'abbri, humoriste-tantakiste épanoui au Cabatet ct sr læs æènes de music.hall, Raymond Deoor est
lhomm.c-orches,re du tpectacle. Littéralement. ll manie Ie cahmbour anec auta,nt de dertérité qu'il
ioue de h clarinette ou marclle tw lec mdns. A lorce de ,alcnt et d'obs*oation, ce grand acteur
ist ileuenu un grand clout.
Ambitieur ct inquiet, comtne tous les nérit4bret artistet, Raymond Deoos a ooulu, aussi, écrire
une pièce de théôte. Une uraie. Il aoait dôià donnô un spectacle aauourettx, [,es Pupitres, qui était
dauuntage une sélectîon de ses meillerrs sketches cl naméros qu'une @uare origirlle,le. Auec Extra-
|Irrros, iI réalise entin son rêue. Et le public ct h cri iquc consldtent : un ôcrirsain es, né...

RO EE R T K A N T E R S : mais avcc quclguc chosc cn plus. Oh ! C,c < quelque


chosc > est tenu, il faut le saisir au vol, I'arrachcr ru
La na i 3 s e n G € d ' u n é cr iva in rnouvement qui passc, mais il est là. Souvent érnou-
On attendait la rentrée d'un clown, et il faut saluct vant. Parfois ptofond. C'est unc phrase, une into-
h naissance d'un écrivain. D'un écrivain fantaisistc ct nâtion, un gestc... un ricn.
oui n'ose pâs encore tout à fait et toujours ditc ron Il feut voil Raymond Devos avcc les yeux du cceur.
nom, mais enfin du véritable auteur d'unc presque
conrédic qui a de I'ambition. Le cas est trop rarc d'un Rélorne.
granr! animateur de music-hall qui, cn pleinc gloire, 7-ro-t967.
ihnisit, non dc se laisser tirer vers le bas par son
public, mais au contraire d'apporter à celui<i des
plaisirs plus délicats pour que nous n'encoutagions pas
B . P OIR OT-D E LP E C H :
Trop modeste
Lll
cc rcnouvellement. voit Extra-muros, au Théâtrc
des Variétés, vous ^llez rircz peut+tre moins qu'au Devos Devos autcur sc croit obligé de limiter en quântité
classique, mais vous rirez micux. commc en diversité les intcrventions dc Dcvos interprètc
t
L'ExOrest I €t on s€ sent un peu frustré. On voudrait voir davan- --t
tage le comédien, et plus varié. On souffse dc ne

G I LB E R , T G U I L L E M I N A UL T :
25-9-1967. I plus I'entendre à la guitare ou à la clarinette. On
aimetait tant lc retlouvcr dans son rythme natutcl des
nronologues enchaînés, en découvrir de nouveaux, lui
el
Du m e i l l e u r lonesco redemander lcs anciens. Par rapport aux recitals si
Ilicn des numéros restent digncs du meilleur loncsco, éblouissants, ou à la formulc plus souple dcs Pupitrcs,
cclui des Cbaises et de I-a C.antatrice chauue, w I'autcur s'cst montré trop ambitieux ct I'acteur trcp -
Ioncsco qui connaîtrait toutes lcs ressources du citque
ct fcrait un prodigieux main à main avec lcs licux
modeste.
I b uooar. l-
c(,mmuns du vocabulaire.
I zz.t.oet. I
Virtuose de la mécanique dc I'abcurdc, expert €n IE A N -IA C QU E S GA U TIE R :
I'rrttcndrissanto bêtise de ses contemporains, tifant commc
Ce clown extraordinaire
nas un les ficelles de ses gobe-mouchcs, Raymond Dcvos
s'affirme cornme I'un des maltres du rirc d'auiourd'hui.
Il est assisté ici dans sa tâche par quclques excellents
Le principe reste le mêmc : un cnchaînement de ieu:r
dc mots fondés sur le {ait'de--pri;dt;-Ë-i;"sag.:-;;
CE
comédicns, Paul Préboist, sa paupi&e .lourdc ct eon
strurire tordu ; Pierre Doris, très convaincant directeur
d: théâtre ; I'aciduléc Arlette Didic ; l'éboudffantc
tr'ladcleine Clcrvanne, ct les décors aussi malicicux que
pied de la lettrc et d'en tirer les pircs conséquences
dans I'otdæ de I'absurdité. Le non-scns de toute logique
pcussée à scs cxtrômes limites qu'unc sortc dc délirc
tecule infiniment. L'hyper<ocasserie, parfois un pcu
c,
l)rcstement escamotables dc Jean.Denis Malclès. inquiétante, de ccrtaines ttouvaillcs placidcs résultant
L'Aarorc. dc l'obscrvation métiorleuse et sarcâstique sous scs airs
22-9-1967. ahuris, des extrapolations vertigineuscs auxquelles abou.
tit toutc cxpression quotldienne... Souvcncz-r'ous dcs
CEO R G E S L E O N : numéros sur les scns intcrdits ou la met démontcc,..
Hors de ce qu€ l'on connait Bon, ici, ce grand fantaisiste, ce clo\rn cxtraordinaire,
cxploitant commc d'habitudc lcs impasscs du raisonnc
Ccux que tenterait un quelconque parallèle dc Dcvos
nrcnt ct les ressourccs de la mécaniquc des mots,
ct de lonesco, de Devos et de Kafka ou Pirandello
n'auraient vu ct entendu I'ouvrage que par référence
dC.cide de nous montrer les méfaits et Ia force dc
I'imagination, le pouvoir du rêve, la vettu dc I'illusion,
-l
prcetablie, C.eux qui n'auraient retcnu de la piècc
(fu'un autre té'cital se trompcrâient égalemcnt la dynamiquc de I'invention poétique ct ta puissance
- Extra- d'évasion dc la penséc,
Muros se situe hors cle cc que I'on connaît, hots
aussi de ce qu'on attendait, peutitre. Mais ce que It Figaro.
lbn cspérait y trouver cst génércusement dispcnsé. Et 22.9-t967.
I'on sc prend très vite à se laisser surprendre, puis
cr:traîner dans I'univen d'une absurde logique, d'un IAN MARA :
cléfoulement continuel des plrantasmes et du rôve quc De l'extra Devos
chacun de nous ne songe pas à affronter, mais qui lui
sont familiers. Que la plupart d'cntte nous tetrouvent, r\ travcrs ces cinq personnages burlcsques, paradoxaux,
cornme si Devos, en les cxprimant, agissâit en notre en quêtc d'auteu;, c'est le dédoublcmcnt caricatural ct
quasi permanent dc la pcrsonnalité traité en farcc
nom.
aucc, en filigrane dans certaines scèncs, un soupçon de
L'll unanité.
surréalismc et d'inquiétude métaphysique. Qu'il fasse
22.9.1967. lc cliablc À cinq, ou coupc lcs chevcux cn cinq sut
ERI C W E S T P H A L : lc crânc d'Einstcin, qu'il s'évadc dc lui-mêmc ct de
sn prison, ou plongc les cinq frères cn I'air dans la
Pres q u e d e l a p h i l o s op h ie fossc d'orchestre, Dcvos ( est unc hystérie collcctivc
(;'cst presquc de Ia philosophie. C'cst unc délicieusc à lui tout scul >.
s,:irée, dont la scconde partie cst un pcu supéricurc Cettc successionallègre dc saynètcs, ces dialogucs laco-
:i la premièrc, ceci pour les spcctateurs qui se scnti- niques ct vifs, ses mimodrames elliptiques, ne consti-
râ;cnt sevr& dc rirc à I'enractc ! En fnit, on nc rit tucnt pcut-ôtrc pas ù proprement parler une pièce.
pas bcaucoup, mais on sourit tout le tcnrps. Ce n'cst Qu'importe. lls composent r!le plus
v'es désopilant
v!wvv'r-"' spcctacle
-'--"'-'-
lrltrs I'cclat de rirc dcs Pupitrcs ou du onc-nan-shou Dc I'extra Devos ! )
dc 1964,..qrroique.il y ait ,les .momcnts inésistibles. Minure. I

'trù.
I:r tt,t oli: : Pn' fc s s i ott I
l) r t,t.: l.ilxir r lc I

EXTR A
M U R (l S
' lotlll LÂ l l t( ) tr l 'l -

( ) i r ittt,,r t,. ,1, !. ) ,l r . l r <.1ttts ( .tr tr


tur icr . Âr lcttc l ) i <l i er ( ar r r r ,') .,\l a.l c
lcinc ( .lcr vitnr r r, I) ani c l l .r l ,'tr r , .l c r n
( ) lr t:. liar r nonr l l ) c r os . .l tr l i a l ) r r tt- ottr t.
Nor r o Zr r r r ttil. ( l Ér ar <l l ) otr r r r c l , l ) i c r r ..'
tr lr gr r tl,tn. I) r tr l l ) r i l r ,r i s t. l)icrrc
I) or is.

,k r r tl r ui r r '. Ic .
Ohi, Drnie l I-rltxtx,
elcinc (llcrvannc.
\1.\1.Ât)l:: Jc srris lrn t()tlt in(livisihlc

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I ! ir.l | )ttrlt lr( l .
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\trn.ut{ : ... Si ic |r(rr\ nlîc(r
,.11;11ç prrl.

'r'ls Iltl ; (..4 srrtlit I I ctttrtilc rlc


,rrrilpli(tr1 !

,IacqucsCruturicr, Raymond Dcvos.


ANrolna : Mes chapeaux ont une âme.
L',ruuoxten : Alors, s'ils ont une âme, ils ont un
(Pbotos
Clcrvannc, Daniel hloux'
Madclcinc
cesse de r€niflcr' ttl
LE, rrt-s : Oh I la Daronne,

R r r nr onc l I) c v c r s . I) i c r r c \l aguc l or t.
L'ar ;l :x 't : r \l or s . r 'ous al l c z c n fr c e l
El tux x g: En fac c , c 'c s t c onr nte à c i ttÉ

I'icrrc l)oris, l{rvrrxrntl I)ctt'r

ETtt,rxt : ()ir il tst \'()lfc l)()llll


I- i r .. tl r r r r s I'r i 's ol r r

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