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Raisonnement par l'absurde

Le raisonnement par l’absurde (du latin reductio


ad absurdum) ou apagogie (du grec ancien Sur les autres projets Wikimedia :
apagôgê) est une forme de raisonnement logique, apagogie, sur le Wiktionnaire
philosophique, scientifique consistant soit à
démontrer la véracité d’une proposition en prouvant
l’absurdité de la proposition complémentaire (ou « contraire »), soit à montrer la fausseté d’une proposition
en déduisant logiquement d’elle des conséquences absurdes.

Sommaire
En philosophie
Apagogie positive
Limites de ce mode de raisonnement
Apagogie négative
En logique et en mathématiques
Exemples
Voir aussi
Notes et références

En philosophie

Apagogie positive

On parle d’apagogie positive ou de démonstration par l’absurde simple quand la conclusion affirme la
véracité d’une proposition, non en l’établissant directement par une démonstration tirée de la nature même
de la chose, mais indirectement, en faisant voir que la proposition contraire est absurde. On conclut de la
fausseté de l’une à la véracité de l’autre.

Par exemple, Spinoza démontre par l’absurde que « la production d’une substance est chose absolument
impossible » (Éthique I, proposition VI, corollaire). En effet, si une substance pouvait être produite, la
connaissance de cette substance devrait dépendre de la connaissance de sa cause (sachant que la
connaissance de l’effet suppose celle de la cause) et ainsi elle ne serait plus une substance, puisqu’une
substance est précisément ce qui est en soi et est conçu par soi.

Limites de ce mode de raisonnement

Ce raisonnement n’est légitime que lorsqu’il n’y a que deux propositions contradictoires possibles, dont
l’une est nécessairement fausse si l’autre est vraie, et réciproquement ; autrement il dégénère en sophisme
s’appuyant sur un faux dilemme. Ou alors, il faut effectivement prouver la fausseté de toutes les autres
thèses alternatives : soit A, B ou C considérées comme hypothèses possibles, on prouve que B et C sont
fausses, A est donc vraie (il s’agit classiquement de ce qu’on appelle aussi le raisonnement disjonctif ou
modus tollendo-ponens).

D’un point de vue épistémologique, cette preuve reste toujours inférieure à la démonstration directe, parce
que, si elle contraint l’esprit, elle ne l’éclaire pas et ne donne pas la raison des choses, comme le fait la
preuve directe ou ostensive. Il est donc préférable de ne l’employer que quand on ne peut faire autrement :
si, par exemple, dans la discussion, on a affaire à un contradicteur qui se refuse à toute preuve directe ou
qui nie les principes. C’est le cas pour la réfutation de certaines doctrines, comme le scepticisme.

Apagogie négative

En philosophie, la méthode apagogique ou réduction à l’absurde a une place plus importante dans le
domaine de la réfutation des idées adverses. L’apagogie consiste alors à faire ressortir que la proposition à
réfuter conduit à des conséquences absurdes car impossibles (contradictoires avec elles-mêmes ou avec
d’autres principes admis comme vrais). Moins risqué que l’apagogie positive, ce mode de raisonnement
n’affirme pas forcément que l’inverse est vrai. Ainsi, on réfutera par exemple la proposition tout ce qui est
rare est cher en indiquant que si c’était vrai, alors il s’ensuivrait qu’un cheval bon marché, qui est chose
rare, devrait en même temps être cher, ce qui est absurde, c’est-à-dire contradictoire dans les termes. La
proposition « tout ce qui est rare est cher » est donc nécessairement fausse. Mais on n’affirme pas pour
autant que l’opposé logique de cette proposition, à savoir « Il existe quelque chose qui est rare sans être
cher », est vraie.

Moins rigoureusement, voire de façon sophistique, on se contentera de faire ressortir des conséquences
funestes ou désagréables d’une thèse ou d’une doctrine (voir l’argumentum ad consequentiam).

Néanmoins, il reste aussi préférable d’un point de vue logique de réfuter par l’analyse directe de la fausseté
des principes. Aussi un usage non critique de ce type de preuve peut-il être soupçonné d’appartenir plus à
la dialectique éristique et à la rhétorique qu’à la philosophie proprement dite.

En logique et en mathématiques
La démonstration par l’absurde, utilisée en logique classique pour démontrer certains théorèmes, rentre dans
la preuve apagogique.

Admettons que nous ayons à démontrer une proposition p . La démarche consiste à montrer que
l’hypothèse non p (c’est-à-dire que p est fausse) mène à une contradiction logique. Ainsi p ne peut pas être
fausse et doit être donc vraie.

La reductio ad absurdum est donc représentée par :

Dans ce qui précède, p est la proposition que nous souhaitons démontrer et S est un ensemble d’assertions
qui sont données comme déjà acquises ; celles-ci pourraient être, par exemple, les axiomes de la théorie
dans laquelle on travaille ou des hypothèses spécifiques. En considérant la négation de p en plus de S , si
ceci mène à une contradiction logique F, alors on peut conclure que, des propositions de S , on déduit p .

En logique mathématique, on distingue la règle de réfutation:


p → Faux, donc non(p), qui peut être prise comme définition de la négation,
de la règle de raisonnement par l’absurde :

non(p ) → Faux, donc p qui est le raisonnement par l’absurde.

La logique classique et la logique intuitionniste admettent toutes deux la première règle, mais seule la
logique classique admet la deuxième règle, qui suppose l’élimination des doubles négations. De même, on
rejette en logique intuitionniste le principe du tiers exclu. Une proposition que l’on peut prouver en logique
intuitionniste ne nécessite pas de raisonnement par l’absurde. Une proposition prouvée en logique
classique, mais invalide en logique intuitionniste, nécessite un raisonnement par l’absurde. Dans sa pratique
courante, le mathématicien, utilisant intuitivement la logique classique, a tendance à ne pas faire de
distinction entre les deux règles.

Il est possible d’utiliser un raisonnement par l’absurde pour prouver l’existence abstraite d’objets
mathématiques. Pour une proposition affirmant l’existence d’un tel objet, le raisonnement par l’absurde
consiste à supposer que cet objet n’existe pas et en déduire une contradiction. On conclut alors à l’existence
du dit objet sans l’exhiber. Ce type de raisonnement est rejeté en logique intuitionniste car il ne donne en
aucune façon une construction effective du dit objet. À l’inverse, si l’affirmation de l’existence conduit à
une contradiction, on en conclut que l’objet n’existe pas (on réfute son existence) sans qu’il y ait
1
raisonnement par l’absurde et donc ce type de raisonnement est accepté en logique intuitionniste .

Le raisonnement par l’absurde est également utilisé dans le raisonnement par contraposition, consistant à
prouver l’implication P → Q en montrant que non(Q) → non(P).

Exemples
Démonstration de la proposition ’zéro n’a pas d’inverse’ : on suppose vraie la
proposition ’zéro a un inverse’. On en déduit qu’il existe un réel a tel que : a × 0 = 1 . Or,
a × 0 = a × (0+0) = (a × 0) + (a × 0) ; on aboutit donc à l’égalité 1 = 2, qui est une
absurdité. Donc, par l’absurde, on a prouvé que zéro n’a pas d’inverse.
Démonstration de l’irrationalité de √2 : on suppose vrai que √2 est rationnel. Il existe
a
donc deux entiers a et b, que l’on peut supposer premiers entre eux, tels que √2 = b . On
a alors 2b 2 = a 2. Si on prend les restes des deux membres dans la division par 2, on
obtient a 2 = 0 mod2 , donc a est pair égal à 2a' (a' étant un entier). On a alors b 2 = 2a'2,
ce qui, par un raisonnement comparable, conduit à b pair. Or le fait que a et b soient tous
deux pairs conduit à une contradiction avec a et b premiers entre eux. L’affirmation √2 est
rationnel conduit alors à une contradiction, et donc sa négation est valide, √2 est
irrationnel. Dans cette démonstration, on a seulement utilisé le fait que, si une proposition
P conduit à une contradiction, alors on a non (P). Il n’y a donc aucun raisonnement par
l’absurde, malgré les apparences. Le raisonnement tenu est donc valide aussi bien en
logique classique qu’en logique intuitionniste.
Démontrer qu’il y a une infinité de nombres premiers : on suppose qu’il n’y a qu’un
nombre fini n de nombres premiers, et on les note, dans l’ordre,
p1 = 2 < p2 = 3 < p3 = 5 < ... < pn. On considère alors P = p1p2p3 ... pn + 1. Par
construction, P est strictement supérieur à 1 et n’est divisible par aucun nombre premier.
Ce résultat est absurde. L’hypothèse est donc fausse ; il y a donc une infinité de nombres
premiers (dans la prop.20 du livre IX des Éléments d’Euclide, Euclide ne raisonne pas par
l’absurde, mais se borne à montrer que les nombres premiers sont en plus grande quantité
que toute quantité proposée de nombres premiers).
Démontrer le théorème des valeurs intermédiaires : même si un raisonnement par
l’absurde ne semble pas apparaître dans la démonstration de ce théorème il est
l’absurde ne semble pas apparaître dans la démonstration de ce théorème, il est
cependant fait appel au principe du tiers exclu dont la validité repose sur le raisonnement
par l’absurde. L’existence de la racine affirmée par le théorème est purement formelle et
non effective. Ce théorème n’est pas accepté en analyse constructive sauf à rajouter des
2
hypothèses plus fortes .

Voir aussi
Analyse constructive
Déduction naturelle
Proposition contraposée

Notes et références
1. Karim Nour, René David et Christoffe Raffalli, Introduction à la logique : théorie de la
démonstration, 2004, 352 p. (ISBN 978-2-10-006796-1)
2. (en) Errett Bishop et Douglas Bridge, Constructive analysis, Berlin/Heidelberg/New York etc.,
Springer-Verlag, 1985, 477 p. (ISBN 3-540-15066-8), p. 40

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