Vous êtes sur la page 1sur 16

GEOCHRONOLOGIE

Table de matières
I - Définition
des isotopes

II - Abondances
isotopiques

III - Les isotopes


radioactifs et la Radiochronologie

IV - Méthodes
de Géochronologie

1
- Méthode Rubidium - Strontium

2 - Méthodes
Uranium - Thorium - Plomb

3 - Méthode
Potassium - Argon

4 - Méthode
du Carbone 14 (14C)

I - Définition des isotopes

Une espèce atomique X


est caractérisée par son numéro atomique Z
(égal
au nombre de protons du noyau) et sa
masse atomique
M
(égale au nombre de protons et de neutrons)

MXZ
Les isotopes d'un élément chimique
X ont tous le même nombre atomique Z (c'est à dire le même
nombre de
protons), mais des masses atomiques M différentes, correspondant
à un nombre de neutrons différents. Prenons
l'exemple de
l'oxygène :

18O
; N° atomique Z = 8 protons ; Masse atomique M = 18 (8 protons + 10
neutrons)
8

16O
; N° atomique Z = 8 protons ; Masse atomique M = 16 (8 protons + 8
neutrons)

8
 

II - Abondances isotopiques
Il existe dans la nature environ 340 espèces
nucléaires répertoriées mais qui n'ont pas tous, bien
sûr, la même
abondance et la même importance.

La plupart des éléments possèdent


plusieurs isotopes. On peut exprimer les abondances isotopiques de plusieurs
façons.

a - Par le rapport (ou %) de la quantité


d'atomes d'une certaine espèce isotopique MXZ
au nombre total d'atomes
d'un élément donné. Prenons
l'exemple des 3 isotopes de l'oxygène :
16O : 99,759 %

17O : 0,037 %
18O : 0,203%

b - Par le rapport d'une quantité d'atomes


d'un
isotope MXZ à la quantité d'un
autre isotope du même élément.
Prenons l'exemple du
strontium
: Sr38 qui possède 4 isotopes:
84Sr : 0,56%

86Sr : 9,86%
87Sr : 7,02%

88Sr : 82,56%

Le rapport 87Sr / 86Sr est


égal à 7,02/9,86 ; soit 87Sr / 86Sr
= 0,712

c - Par l'écart "d"


d'un rapport isotopique (R) d'un échantillon en comparaison du même
rapport isotopique avec
un étalon de référence standard
pour lequel le rapport isotopique R est connu ;

ou en 0/00

Par exemple pour l'oxygène 18O,


le standard de référence est le rapport isotopique 18O/16O
très constant dans les
eaux océaniques (Standard Mean
Ocean Water : SMOW). Ce rapport RSMOW 18O/16O
est égal à 2,035 . 10-3. Si
pour un échantillon
le rapport isotopique 18O/16O (R éch)
est égal à 2,043 . 10-3 :

d
= 3,931 %o
Certains isotopes naturels sont stables. D'autres
au contraires sont instables et radioactifs et donnent naissance
à
des isotopes radiogéniques. C'est ainsi qu'un isotope
père (P) radioactif se désintègre en un isotope fils
(F)
radiogénique :

           
P ------------------------------------> F

(Isotope père radioactif) --------------------->


(Isotope fils radiogénique)

Ce sont les isotopes instables, radioactifs qui sont


utilisés en radiochronologie.

III - Les isotopes radioactifs


et la Radiochronologie
Dès le début du XX° siècle,
suite aux découvertes sur la radioactivité, les scientifiques
tentèrent d'appliquer ses
principes à la mesure des temps
géologiques.

En 1905, Rutherford, le premier, réalisa une


détermination d'âge sur un minéral en mesurant les
quantités de He et
U. En 1911, Holmes publia des résultats
radiochronologiques obtenus par la méthode U-Pb. Mais, jusqu'en
1945,
tous les essais de géochronologie demeurèrent imparfaits,
en raison notamment de difficultés d'ordre analytique
(imprécision
due aux spectromètres de masse de l'époque). Actuellement,
la technologie permet une précision
analytique de tout premier ordre,
qui autorise des mesures et des résultats de bonne qualité,
même pour des
concentrations isotopiques relativement faibles. Il
existe aujourd'hui de nombreuses méthodes de radiochronologie.
Avant
d'en exposer quelques unes, examinons les phénomènes radioactifs.

1 - Les phénomènes
radioactifs
Il existe plusieurs formes de désintégration
radioactive

a - RADIOACTIVITÉ a

Un atome se désintègre en émettant


une particule a, c'est
à dire un noyau d'hélium (4He2).

MX ------->
M-4X' +
4He
Z Z-2 2

Ex : 238U92
-----------> 234Th90 + a
(Période T = 4,51.109 ans)

b - RADIOACTIVITÉ b-

La particule émise est un électron. Ce


phénomène correspond à la transformation d'un neutron
du noyau en proton
avec émission d'un électron selon la réaction
:

n ---------> p+ + e

MX MX' e (b-)
Z ----->
Z+1
+

ex : 87Rb37 --------->87Sr38
+ e (b-)
(T = 4,7.1010 ans)

c - CAPTURE D'UN ÉLECTRON DE


LA COUCHE K

Un électron de la couche K réagit avec


un proton du noyau pour former un neutron

e + p+ ----> n ; Z -----> Z - 1

MX ----> MX'Z+1
Z +
e

ex : 40K19
+ e ----> 40Ar18

d - FISSION SPONTANÉE

Un noyau lourd éclate en deux noyaux de masses voisines, avec émission


de neutrons ;

Ex : 235U

2 - Les lois de
la désintégration - Équations fondamentales de la
géochronologie
Les méthodes de la géochronologie reposent
sur le principe suivant :

Soit un isotope radioactif Père (P) qui se


désintègre en élément radiogénique fils
(F)

P ---------> F

Le rapport de concentration P/F à un instant


donné est une fonction de la constante de désintégration
l
(qui est la
probabilité de désintégration par unité
de temps) de l'élément P et de l'âge t.

La quantité d'atomes P désintégrés


dans le temps dt est proportionnelle au nombre P d'atomes et à la
constante de
désintégration l.
On peut alors écrire :

P = nombre d'atomes pères radioactifs

l = constante de désintégration

dP/dt = taux instantanée de transformation

Si P0 représente
la quantité d'atomes pères à l'instant t0,
l'équation 1 s'intègre selon les équations (2) et
(3) :
Dans la pratique, on ne doit faire intervenir dans
l'équation que des grandeurs mesurables actuellement. Or, on ne
connaît pas le nombre d'atomes pères P0
à l'instant initial t0. Au cours
du temps, un certain nombre d'atomes P0
radioactifs se sont transformés en éléments fils radiogéniques
F. On pose alors l'hypothèse, que le nombre d'atomes
père
à un temps t (P) est égal au nombre d'atomes pères
initiaux (t0) moins le nombre d'atomes
fils radiogéniques
produits au cours du temps t. Soit :

P = P0 - F

ou P0 = P + F

En remplaçant P0
par sa valeur (P + F) dans l'équation (3) on obtient :

P + F = P elt

ou F = P elt
- P ; soit :

De cette équation (4) on peut en déduire


l'âge (t) :

Une problème peut apparaître. La quantité


d'atomes F mesurés aujourd'hui correspond en fait à la quantité
d'atomes
fils radiogéniques provenant de la désintégration
de l'élément père (P) radioactif, mais aussi à
la quantité d'atomes
fils (F0) qui
étaient présents dès le départ dans le système.
C'est à dire que :

F total mesuré = F radiogénique + F0


existant au départ

L'équation (4) peut alors s'écrire


:

Cette équation (6) est l'équation fondamentale


de la géochronologie. Elle permet d'obtenir l'âge d'une formation
(ou
d'un minéral) selon l'équation (7)

L'âge est obtenu dans les conditions suivantes


:

1. la constante de désintégration l
soit connue avec précision
2. que l'on connaisse P et F avec une bonne précision
3. que l'on connaisse F0 ; ce qui
est souvent délicat, voir impossible
4. que le système soit resté clos (Rien ne
se perd, rien ne se crée, tout se transforme)

IV - Méthodes de Géochronologie

1 - Méthode Rubidium
- Strontium
a - Principe et équation fondamentale
Le Rb37 possède
2 isotopes : 85Rb et 87Rb.

Le 87Rb est radioactif et se désintègre


par radioactivité ß en 87Sr radiogénique.
87Rb ------>87Sr (radioactivité
ß)

Selon l'équation fondamentale de désintégration


(6) du 87Rb (éléments père radioactif,
P) en 87Sr (élément fils
radiogénique,
F)

(6) F = P (elt
- 1) + F0
On peut écrire :

(8) (87Sr)
= (87Rb) (e lt
- 1) + (87Sr )0
l =
1,42.10-11an-1
Sr38 possède
4 isotopes 84-86-87-88.

Seul 87Sr est radiogénique.

Dans l'équation (8), (87Sr),


(87Rb) peuvent être
mesurés et sont connus. Par contre la quantité de (87Sr)0
est une
inconnue.

Le 86Sr est un isotope stable non radiogénique,


non radioactif. Sa quantité dans le système est donc une
constante.
Dans l'équation (8), on rapporte les concentrations de
(87Sr)t,
(87Rb)t et
(87Sr)0à
cette isotope stable (86Sr).

Cette équation est de la forme y = ax + b

Considérons plusieurs échantillons


cogénétiques de même age, distincts des uns des autres
par leur rapport
87Rb/86Sr, évoluant en système clos ; les
points représentatifs de ces échantillons doivent dans un
diagramme
(87Sr/86Sr) - (87Rb/86Sr)
s'aligner sur une droite, dénommée
isochrone, dont
la pente (elt-1)
est fonction de l'âge du
système. L'ordonnée à
l'origine permet de connaître le rapport (87Sr/86Sr)0(fig.1)
(fig.2).

b - Ages absolus et age apparents


Age "absolu" : lorsque tous les points analytiques
sont, dans le diagramme (87Sr/86Sr)
- (87Rb/86Sr),
alignés (aux
incertitudes analytiques près), cela signifie
que 3 conditions ont été remplies :

(1) - Les échantillons ont le même âge

(2) - Les échantillons ont le même rapport initial (87Sr/86Sr)0.

(3) - Les échantillons se sont comportés


en système clos vis à vis du rubidium et du strontium

L'âge obtenu peut être alors considéré


comme un " âge absolu."

Age "apparent" : Suite à un


événement thermique (tel qu'un épisode métamorphique),
le système peut s'ouvrir,
facilitant alors la diffusion des
éléments géochimiques. Les concentrations en Rb et
Sr sont alors perturbées et l'âge
obtenu n'est plus un âge
"absolu" mais un âge "apparent".

c - Isochrones sur roches totales et sur


minéraux (fig.3)

Si on imagine que au cours du temps un événement


thermique, (suite à un événement thermique, tel qu'un
épisode
métamorphique), un élément géochimique
s'est moyennement déplacé sur une distance d (fig.3),
les petits systèmes
(tels que les minéraux A) seront ouverts
plus intensément que les grands systèmes (tels que l'échantillon
de taille B
dont seule la pellicule extérieure aura changé
de composition. (Les parties grisées représentent le matériel
qui a
échangé avec l'extérieur du système.
Si cette frange ouverte est d'un volume faible par rapport au reste de
l'échantillon, on considère que celui-ci n'a pas été
affecté par la perturbation thermique. L'isochrone obtenue sur
roches
totales permet d'obtenir un âge "absolu", alors que l'isochrone tracée
à partir des analyses de minéraux
(isochrone sur minéraux),
permet d'estimer un age "apparent".

Supposons 4 roches (1-2-3-4) cogénétiques,


caractérisées par des rapports 87Rb/86r différents
et par un rapport
initial (87Sr/86Sr)0
identique (fig.4). Tant que le système reste clos, l'augmentation
du rapport 87Sr/86Sr des roches
est fonction du temps
et permet d'obtenir une isochrone sur roche totale correspondant à
l'âge absolu du système.

Dans la roche 2 ont cristallisé des plagioclases


(Pl2) et des biotites (Bi2). Lors de la cristallisation de ce magma au
temps t = 0, magmas et minéraux ont le même rapport initial
(87Sr/86Sr)0.

Lors d'un événement thermique (tm),


daté par l'isochrone sur roches totales tm le 87Sr radiogénique
est mis en
mouvement. Les minéraux, plagioclases et biotite, échangent
leurs isotopes et leurs rapports isotopiques
(87Sr/86Sr)tm
s'équilibrent avec celui de la valeur 87Sr/86Sr
de la roche 2 au moment de l'événement thermique tm.
Graphiquement,
l'isochrone des minéraux bascule lors de l'événement
thermique autour du point représentatif de la
roche totale de façon
à acquérir une pente nulle (tm). Il
y a homogénéisation isotopique. Quand l'événement
thermique est terminé, les minéraux (Pl2, Bi2) et la roche
2 se mettront à vieillir selon l'équation (9) et dessineront
une isochrone sur minéraux.

En conséquence, une isochrone sur roche totale


correspond à la fermeture d'un système magmatique correspondant
à la première cristallisation et la mise en place du magma.
Une isochrone sur minéraux signe un événement
thermique.
Dans ce cas le rapport 87Sr/86Sr n'a pas de signification
car il dépend du rapport 87Rb/86Sr de la roche
totale correspondante.

2 - Méthodes Uranium
- Thorium - Plomb
a - Méthodes des isochrones
U - Th - Pb

Le plomb (Pb82)
possède 4 isotopes stables :

204Pb : non radiogénique

206Pb - 207Pb et 208Pb,


isotopes radiogéniques qui sont les produits de 3 chaînes
radioactives naturelles
(radioactivité
b)

(10) 238U92 --------------->


206Pb
82 + 8 4He    l
=
1,55.10 -10

T = 4,47 Ga

(11) 235U92 ------------------->


207Pb
+ 7 4He    l'=
9,85.10 -10

T = 0,704 Ga

(12) 232Th90 -------------->


208Pb
+ 6 4He    l"
= 4,95.10 -10

T = 14 Ga

Pour chacune des chaînes, l'équation


radiochronologique (6) peut être appliquée :

(10) -----> 206Pb = 238 U (e lt


- 1) + (206Pb )0

(11) -----> 207Pb = 235 U (e l't-


1) + (207Pb )0

(12) -----> 208Pb = 232 Th (e l"t


-
1) + (208Pb )0

Dans les trois équations (10) - (11) - (12),


les teneurs initiales en éléments radiogéniques (206Pb
)0 - (207Pb )0 -
(208Pb )0
sont inconnues. L'isotope stable du plomb, non radiogénique (204Pb)
sera utilisé comme référence ; les
équations
chronométriques pour chacun des couples sont alors :
Il est donc possible, comme dans le cas de la méthode
Rb - Sr, de tracer des isochrones dans des diagrammes :

206Pb/204Pb - 238U/204Pb
(équation 13 - isochrone I)

207Pb/204Pb - 235U/204Pb
(équation 14 - isochrone II)
208Pb/204Pb - 232Th/204Pb
(équation 15 - isochrone III)

L'avantage de cette méthode est donc de pouvoir


estimer l'âge d'un système par le tracé de 3 isochrones
différentes.
Les âges obtenus par ces trois isochrones peuvent
être comparés ; soit, ils sont sensiblement identiques et
l'on peut
alors estimer que ces âges concordants sont des
âges "absolus", soit ils présentent des différences
sensibles, ce qui
suggère que certains âges obtenus peuvent
être des âges discordants "apparents"

Une difficulté de cette méthode résulte


du fait que l'uranium est un élément naturel mobile, sensible
aux altérations
de surface, ce qui amène un lessivage de
ce dernier. Les points expérimentaux peuvent alors ne pas être
bien alignés
dans les diagrammes et une certaine incertitude existe
sur le tracé des isochrones et les âges estimés peuvent
être
relativement certains. Dans ce cas, une méthode (la méthode
Pb - Pb) peut permettre de contourner cette difficulté
en ignorant
la concentration en uranium des échantillons.

b - Méthode 207Pb
-
206Pb

Les équations (13) et (14) peuvent s'écrire


ainsi :

Si nous divisons les 2 équations (17) et (16)


membres à membre nous obtenons l'équation (18) :

Le rapport 235U/238U est une


constante et égal à 1/137,88 . Cette valeur peut être
rapportée dans l'équation (18) et le
dosage de l'uranium
devient alors inutile ; l'équation (18) s'écrit alors :

Cette équation permet dans un diagramme 207Pb/204Pb


- 206Pb/204Pb de définir une isochrone
(fig.5) de pente
1/137,88 :

Par cette méthode, l'âge d'un système


est déterminé à partir des rapports isotopiques du
Plomb. Il n'y a pas contre
pas de possibilités de connaître
les rapports isotopiques initiaux (207Pb/204Pb)0
et (206Pb/204Pb)0 .
C'est par cette méthode Pb - Pb que fut déterminé
la première fois en 1955 l'âge de la Terre par Patterson,
Tilton et
Inghram (fig.6).

Fig. 6 : âge de la Terre défini par des météorites,


des sédiments océaniques actuels,

des galènes récentes (d'après Murphy et Patterson,


1962) selon la méthode Pb-Pb

La connaissance des rapports isotopiques initiaux y0


= (207Pb/204Pb)0 et X0
= (206Pb/204Pb)0 est obtenue
sur la
troïlite (sulfure de Fe, FeS) d'une météorite
ferreuse (météorite de Canyon Diablo) (X0
= 9,3066 ; Y0 = 10,293). De
telles météorites
sont supposées provenir du système solaire, d'âge comparable
à la Terre.

La composition actuelle des rapports isotopiques


du plomb ont été déterminés par des analyses
de météorites
ferreuses et chondritiques, des galènes
récentes, des sédiments océaniques actuels (argiles
rouges des fonds
océaniques) et des basaltes récents.
Toutes ces formations s'alignent sur une isochrone
(fig.6)
dont la pente donne l'âge de la Terre : 4,55 milliards
d'années
± 70 millions d'années.

c - Méthode U - Pb appliquée
aux systèmes enrichis

Dans l'équation (6) :

Si l'élément fils radiogénique (F) produit par


la désintégration de l'élément père
radioactif père (P) est en grande
quantité par rapport à
la quantité initiale de l'élément fils (F0),
alors ce dernier peut être négligé dans l'équation
chronométrique (6). Autrement dit, si la quantité initiale
d'éléments fils F0 est faible
par rapport à F (F0 << F),
l'équation chronométrique (6) se transpose en l'équation
(4) :

Ceci nécessite des mesures sur des systèmes


possédant des teneurs élevées en éléments
radioactifs pères, de façon
que la quantité d'éléments
radiogéniques (F) soit forte vis à vis de la quantité
d'éléments fils initiaux (F0)
(F0<< F).

Dans le cas des systèmes uranium-plomb, il


est donc nécessaire que les quantités d'atomes pères
238U
et 235U soient
élevées de telle sorte que les
quantités d'atomes fils radiogéniques produits
206Pb
et 207Pb soient fortes en regard
des éléments
fils initiaux (206Pb)0 et (207Pb)0potentiellement
présents au départ.

Dans le cas des systèmes uranium - plomb,


les systèmes enrichis en 238U et 235U sont
représentés dans les roches
magmatiques par des minéraux
riches en U. Le plus courant d'entre-eux est un minéral toujours
présent, bien qu'en
faible quantité : le zircon (ZrSiO4).
Peuvent être également utilisés des monazites ou des
minerais d'uranium.

Les équations chronométriques des systèmes


enrichis des systèmes U - Pb s'écrivent :

(10) -----> (19 ) 206Pb


= 238U (e lt
- 1)

(11) ------> (21) 207Pb


= 235U (e l't
- 1)

Nous pouvons à partir des équations


19 et 21 écrire :

Les âges calculés par les équations


(20) et (22) peuvent être discutés dans un diagramme (y -
x) 206Pb/238U en y -
207Pb/235U
en x (fig.7) appelé diagramme concordia.

La courbe concordia est la courbe de coordonnées


paramétriques y/x. C'est le lieu des points dont l'ordonnées
et
l'abscisse donnent des âges identiques par chacune des méthodes
U-Pb. Tout minéral donnant le même âge par les
équations
chronométriques (19) et (21) se situe sur cette courbe. Tout minéral
situé sur la concordia donne l'âge de
cristallisation du minéral,
donc du magma.
Lorsque les âges obtenus par les deux méthodes
ne sont pas concordants, les points représentatifs se placent en
dehors de la concordia et sont souvent alignés selon une courbe
(parfois même une droite) qui définit la discordia.
Cela signifie alors qu'il y a eu ouverture du système avec perte
de plomb. L'intersection supérieure de la discordia
avec le concordia
permet d'obtenir l'âge de la fermeture du système (cristallisation
du magma). L'intersection
inférieure de la discordia avec la concordia
date l'ouverture du système (suite par exemple à événement
thermique,
telle une phase de métamorphisme).

Fig.7 : diagramme concordia pour deux populations

de zircons ; les zircons de l'échantillons


g1,
tous concordants, attribuent

un âge de 2,25 milliards d'années


à ce granite ; les zircons de l'échantillon g2
situés

sur une discordia ont été formés


en T, il y a 2,0 milliards d'années (cristallisation du

magma) et ont subi un évènement


thermique (épisode métamorphique) en T1, il y a

620 milliions d'années

d - conclusion sur les méthodes


U - Th - Pb

Les longues périodes de désintégration des


éléments pères (238U - 235U
- 232Th) permettent d'utiliser ces méthodes
pour dater
des événements très anciens (plusieurs milliards d'années
à plusieurs centaines de millions d'années).

Les méthodes U - Th - Pb ont de nombreux avantages. En particulier,


elles possèdent le pouvoir de dater des
événements
géologiques par plusieurs équations chronométriques,
permettant de juger de la validité des âges
obtenus (concordants
ou discordants) et grâce à la méthodologie des "systèmes
enrichis" connaître l'âge réel (âge
"absolu")
de cristallisation du magma et de son ouverture éventuelle (âge
"apparent").

3 - Méthode Potassium
- Argon
a - principe de la méthode

Le potassium (K19)
possède 3 isotopes naturels :

39K : 93,08%
40K : 0,0119%
41K : 6,91%

Le 40K est radioactif et se désintègre


en 2 produits radiogéniques selon 2 mécanismes :
par capture d'un électron sur la couche électronique
k selon la réaction (88%) :

MX
+ e ----> MX'Z-1
Z

40K + e -----> 40Ar18


(constante de désintégration lk
= 0,581 . 10-10 an-1)

 par radioactivité b
selon la réaction (12%) :

MX
-----> MX'
Z Z+1 + e

40K ------> 40Ca20


+ e (lb
= 4,962 . 10-10 an-1)

La constante de désintégration est


donc : l = lk +
lb = 5,543 .
10-10 an-1.

Seul le couple 40K ---> 40Ar


est utilisé en géochronologie car le 40Ca radiogénique
est trop peu abondant par
rapport au 40Ca normal.

b - Equation chronométrique

Nous pouvons utiliser l'équation chronométrique


(4) :

soit :

Dans cette équation, contrairement à


l'équation géochronologique (6) la plus courante la quantité
d'élément fils
initial (F)0,
c'est à dire la quantité d'argon (40Ar)0
est ignoré. Cette approche est possible dans la mesure où
l'argon
étant un gaz n'est pas retenu dans le réseau cristallin
lors d'une cristallisation à haute température.

L'application de l'équation chronométrique


(5) :

doit être adaptée à la double


désintégration du potassium.

En effet les produits fils radiogéniques provenant


de la désintégration de 40K sont le 40Ar
et le 40Ca : la somme des
éléments fils radiogéniques
est donc :

S Fils = 40Ar
+ 40Ca

Le rapport d'abondance (R) de ces deux isotopes radiogéniques


est égal au rapport de leurs constantes de
désintégration
(lk
et lb).
On peut donc écrire :

La somme des produits fils peut s'écrire :

S Fils = 40Ar + 40Ca


sachant que :

L'équation chronométrique (5) s'exprime


en remplaçant F par sa valeur :

Cette équation permet donc de dater directement


une roche ou un minéral par les mesures de 40K et 40K.

c - limites et contraintes e la méthode


géochronologique K - Ar.

La méthode potassium - argon permet, en principe,


par application de l'équation géochronologique (23), de dater
des événements de quelques milliards d'années à
plusieurs milliers d'années. Cette large gamme en fait une méthode
très utilisée. Mais le fait que l'argon soit un gaz implique
quelques limites et contraintes à son usage.

1 - Contamination par l'argon atmosphérique.

Dans toutes les mesures d'argon, il y a contamination


par de l'argon atmosphérique (0,93% en volume dans l'air).
Une correction
de la mesure d'argon s'impose, pour estimer la valeur de l'argon radiogénique.
Or l'argon possède 3
isotopes :

36Ar = 0,337 %
38Ar = 0,063 %
40Ar = 99,6 %

Connaissant le rapport 40Ar/36Ar


= 295,55 de l'argon atmosphérique, il est possible en dosant dans
l'échantillon les
teneurs en 40Ar et 36Ar
et ainsi d'estimer le rapport 40Ar/36Ar de l'échantillon
et de déduire la quantité de 40Ar
radiogénique.

2 - Excès ou pertes d'argon.

Il n'y a dans l'équation chronométrique


(23), aucun terme ne se référant à l'élément
fils initial (F0 = Ar0).
On
considère donc que l'40Ar dosé dans les minéraux
(ou la roche) est, après correction de la contamination
atmosphérique
éventuelle, en totalité de l' 40Ar radiogénique
qui provient de la désintégration in situ du 40K.
Ce
postulat est établi dans la mesure où il est possible
de considérer que lors de la cristallisation d'un minéral
(ou de la
roche), l'argon qui est un gaz n'est pas retenu dans le réseau
cristallin (ou le magma). De même, il est nécessaire
qu'après
la cristallisation, et bien que l'argon soit un gaz, il n'y ait pas eu
départ d'argon radiogénique. En
conséquence, la méthode
implique que la roche étudiée (ou les minéraux) n'ont
ni conservé de l'argon initial (excès
d'argon ), ni
au contraire perdu de l'argon (perte d'argon ). Ces deux postulats
sont loin d'être vérifiés.

--- Pertes d'argon : l'argon étant


un gaz, peut être volatile et l'argon radiogénique mesuré
est alors mesuré par
défaut. Les âges apparents
obtenus sont alors trop jeunes. Ces pertes d'argon peuvent être
dues :

* à l'adsorption de l'argon à la surface


des cristaux et à son élimination aisée ultérieurement

* à une élévation de température


(métamorphisme) qui favorise l'élimination par diffusion
de l'argon qui, jusqu'alors
était retenu à l'intérieur
du réseau cristallin.
* à la recristallisation du minéral
(épisode métamorphique) qui libère totalement l'argon
par modification du réseau
cristallin.

Certains minéraux ne perdent pas facilement


leur argon (micas, amphiboles, sanidine, pyroxènes) et sont plus
particulièrement utilisés comme géochronomètres.
D'autres au contraire, tels que les feldspaths potassiques de type
orthose
ou microcline, ont une tendance à perdre plus aisément leur
argon radiogénique.

--- Excès d'argon : L'excès


d'argon a pour conséquence de fournir des âges trop vieux.
Les causes en sont
multiples, parfois obscures. Citons comme causes possibles
:

* héritage de 40Ar initial (40Ar)0.


C'est le cas des magmas qui peuvent ne peuvent pas être totalement
dégazés lors
de leur cristallisation

* 40Ar hérité lors de transferts


gazeux associés à des épisodes métamorphiques.

* 40Ar perdu par certains minéraux


et piégé par d'autres minéraux.

La méthode potassium - argon est une méthode


très utilisée en géochronologie, mais demande beaucoup
d'attention.

Elle permet de calculer, en principe, un âge


sur une seule mesure (roche totale ou minéraux), à condition
que le
système soit resté clos et qu'il n'y ait eu ni pertes
ni excès d'argon, ce qui est difficilement vérifiable d'une
façon
directe. La validité des âges mesurés
(âges absolus ou âges apparents) peut être vérifiée
en effectuant des datations
K - Ar sur roches totales et sur minéraux
séparés. Les résultats peuvent être reportés
dans un diagramme 40Ar/40K
et d'après l'équation

définir une isochrone de pente (elt


- 1).

La méthode potassium - argon s'applique à


des âges anciens (plusieurs centaines de millions d'années),
jusqu'à des
âges plus récents (quelques centaines de
milliers d'années).

4 - Méthode du Carbone
14 (14C).
Le carbone (C6) possède
3 isotropes :

12C (98,892%)
13C (1,108%)

14C (en quantité infime)

Le 14C est produit dans la haute atmosphère


par réaction de neutrons cosmiques avec l'azote ; au cours de cette
réaction, l'azote et les neutrons qui interagissent produisent le
14C et un proton ; soit la réaction :

(24) 14N7 + n -------->


14C6
+ p

Le 14C, radioactif se désintègre


par radioactivité b
en redonnant du 14N selon la réaction :

(25) 14C6 ------> 14N7


+ b       
l = 1,21.10-4.an-1 (T = 5730 ans)

Cette désintégration suit la loi :

soit : 14C = 14C0.e-lt


.
ou en se référant à l'isotope
stable 12C du carbone :

Le 14C est formé constamment dans


l'atmosphère et est incorporé dans les molécules de
CO2
et est introduit de cette
façon dans le
cycle du carbone. Le 14C, au même titre que le 12C
(stable), est alors fixé dans les végétaux ou
animaux.
Le rapport (14C/12C)0dans
l'atmosphère est une constante et est connu. Tous les êtres
vivants ont ainsi un
rapport (14C/12C)0constant.
Pour un être vivant, l'instant t0
coïncide avec sa mort, dès lors qu'il n'y a plus
d'échanges
avec le CO2 atmosphérique.

On peut voir selon l'équation (26) que connaissant


(14C/12C)0 et mesurant
14C/12C,
on peut calculer l'âge de la mort
de l'organisme.

La méthode de datation par le 14C


s'applique tant en archéologie, qu'en paléontologie (datations
d'ossements),
sédimentation (datation des carbonates et mesure des
vitesses de sédimentation), volcanologie (datation de bois
carbonisés
sous les coulées de laves), étude des météorites
(détermination de l'âge de leur chute sur terre). Etant
donné
la courte période de désintégration du 14C,
cette méthode n'est applicable qu'à la datation de matériaux
très
récents, ne dépassant pas 50 000 ans.
C'est une méthode destinée à dater des événements
de l'ère quaternaire.

ORIENTATION BIBLIOGRAPHIQUE

Albarède Francis (2001). - La géochimie190


p. (éditions Gordon and Breach, collection Géosciences).

Vidal Philippe. ( 1994). - Géochimie, 190 p. (éditions


Dunod).

Vous aimerez peut-être aussi