Vous êtes sur la page 1sur 8

DIAGNOSTIC DE LA MORT

INTRODUCTION
La mort est définie comme étant la cessation définitive des fonctions vitales (cardiaque et
respiratoire) déterminant d’importantes lésions cellulaires et tissulaires touchant l’ensemble
des organes d’une manière irréversible.
Le passage de la vie à la mort ne se fait pas à travers une frontière nette entre ces deux
états puisqu’il existe une phase intermédiaire, l’agonie, de durée variable. Du point de vue
médical et social, il est important de disposer de signes de la mort permettant d’éviter de
déclarer décédées des personnes qui ne l’étaient pas comme ce fut le cas parfois jadis. Le
diagnostic de la mort est un acte médical et la délivrance d’un certificat de décès ne peut
être faite que par un docteur en médecine.
Les récents progrès de la réanimation ont enfin engendré l’apparition d’une nouvelle entité :
la mort cérébrale (coma dépassé) dont le diagnostic revêt une grande importance en matière
de prélèvement d’organes.

OBJECTIFS :
Au terme de son apprentissage, l’étudiant doit être capable de :
1. Citer les critères de la mort cérébrale ;
2. Préciser les signes précoces et tardifs de la mort ;
3. Préciser l’évolution du cadavre ;
4. Décrire le modèle avancé par le décret n°99-1043 du 17 mai 1999 et préciser les
modalités de délivrance ;
5. Estimer le délai post mortem par les signes cadavérique ;
6. Rédiger le certificat médical de décès chez un sujet décédé d’une mort naturelle.

1. LES SIGNES DE LA MORT :


La mort, proprement dite, associe des signes négatifs de vie et des signes positifs de mort.
Les signes négatifs de vie sont précoces mais ont l’inconvénient d’être réversibles, devant
être interprétés avec prudence. Les signes positifs de mort sont tardifs mais leur présence
affirme d’une manière irréfutable la mort.

1.1 LES SIGNES PRÉCOCES :


Ils correspondent aux signes négatifs de la vie. Ils sont incertains.

1
1.1.1. L’arrêt cardiocirculatoire :
Il correspond à l’arrêt de l’activité cardiaque et se manifeste par l’absence de pouls,
l’absence des bruits du cœur et par un électrocardiogramme (ECG) plat. D’autres tests ont
été proposés autrefois mais actuellement délaissés tels que la cardio-puncture, l’artériotomie
et le test à la fluorescéine.

1.1.2. L’arrêt respiratoire :


Il se manifeste par l’absence de mouvements thoraciques respiratoires et un silence
pulmonaire à l’auscultation (absence de murmure vésiculaire). D’autres tests peuvent être
utilisés tels que le test du miroir et le test de la bougie.

1.1.3. L’arrêt des fonctions cérébrales :


Il se manifeste par l’absence toute motricité et d’une disparition de la sensibilité générale.
Il est à l’origine d’une hypotonie généralisée (mâchoire inférieure tombante, bouche et yeux
ouverts et des pupilles dilatées).

1.2. LES SIGNES SEMI-TARDIFS :


Ces signes débutent 2 heures environ après l’arrêt cardio-respiratoire.

1.2.1. Le refroidissement cadavérique :


L’être humain est homéotherme et fabrique de la chaleur pour garder la température de son
corps constante à 37°c. Les mécanismes de la production de la chaleur sont des mécanismes
vitaux et s’arrêtent avec la mort à partir de laquelle la température corporelle chute
progressivement (environ 1°C/heure) pour arriver à un équilibre avec le milieu ambiant. La
vitesse du refroidissement du cadavre est variable et dépend de plusieurs facteurs dont
- la température ambiante : plus cette température est proche de celle du corps, plus vite
l’équilibre est obtenu. Dans le cas où la température du milieu est plus élevée que celle de
l’organisme, la modification de la température du cadavre évolue dans le sens de
l’augmentation.
- le revêtement vestimentaire : plus le revêtement vestimentaire est épais, plus lents seront
les échanges thermiques entre le cadavre et le milieu ambiant.
- l’épaisseur du panicule adipeux : plus le tissu adipeux est épais, moins rapides seront les
échanges thermiques.
- la cause de la mort : en cas de maladie fébrile, l’équilibre thermique est plus lent à se
manifester.

2
1.2.2. Les lividités cadavériques :
La pompe cardiaque fait mouvoir la masse sanguine dans l’organisme. L’arrêt du cœur
entraîne la stagnation du sang qui se trouve, à l’occasion, soumis à la seule action de la
pesanteur. Le liquide sanguin s’accumule, ainsi, passivement dans les vaisseaux des parties
déclives du corps en respectant les zones d’appui. En conséquence, chez un sujet à peau
claire et dont le corps, après le décès, se trouve en décubitus dorsal, on distinguera une
modification de la coloration de la partie dorsale du corps respectant les fesses et la partie
postérieure des deux épaules. Cette modification de la teinte correspond à la coloration du
sang qui en s’accumulant devient visible par translucidité. La modification post-mortem de la
coloration de la peau liée à ce phénomène définit les lividités cadavériques.
La vitesse de formation des lividités est variable. De manière générale, ces lividités sont
visibles à partir de la 2ème heure après la mort, devenant progressivement de plus en plus
marquées pour atteindre le maximum de leur intensité à la 12ème heure. Les lividités sont
dans un premier temps effaçables à la pression : un appui appliqué sur une zone de lividité
chasse le sang des vaisseaux et la peau prend une teinte plus pâle par rapport aux zones
avoisinantes. A la 12ème heure, et suite à la perte de l’étanchéité des parois vasculaires, le
sang imbibe le tissu interstitiel et l’appui appliqué sur une zone de lividité ne peut plus
déplacer le sang. A ce stade, les lividités sont dites fixes immuables.
Les lividités cadavériques renseignent sur d’éventuels déplacement ou de modification de la
position du corps après la mort. Un cadavre retrouvé sur le dos et qui présente des lividités
antérieures indique que le corps est resté pendant les heures qui ont suivi le décès en
position de décubitus ventral. Le cadavre a été, par la suite, déplacé ou retourné alors que
les lividités sont devenues fixes. Un déplacement précoce du cadavre aurait fait suivre le
sang, encore confiné dans le compartiment vasculaire, vers de nouvelles zones déclives sans
laisser, en théorie, de traces au niveau de l’ancienne zone de déclivité.
La teinte des lividités cadavériques peut donner des renseignements sur la cause de la mort.
Des lividités de teinte rouge-carmin sont typiques d’une intoxication au monoxyde de
carbone (CO). Les lividités cyanosées orientent généralement vers une cause asphyxique ou
vers un décès secondaire à une pathologie cardiaque ou pulmonaire. Des lividités
cadavériques claires orientent vers une cause hémorragique.
Sur le plan médico-légal, les lividités cadavériques permettent :
- de dater approximativement la mort
- d’aider à savoir si le cadavre a été déplacé
- d’orienter vers une cause de la mort (couleur et intensité)

3
1.2.3. La rigidité cadavérique :
La rigidité cadavérique correspond à un durcissement des muscles après la mort donnant au
corps un aspect de statue. Ce phénomène n’est pas accompagné de raccourcissement
musculaire car, par sa nature, il est différent de la contraction des muscles. La rigidité
cadavérique est due à un accrochage définitif des filaments d’actine et de myosine donnant
au muscle un aspect figé. La rigidité cadavérique intéresse les muscles squelettiques et les
muscles lisses. Le durcissement des muscles lisses se manifeste par un myosis passager, une
défécation et une éjaculation post-mortem avec un aspect en chair de poule du fait du
durcissement des muscles horripilateurs
Généralement, la rigidité commence à apparaître 3 heures après la mort. La topographie de
son installation est descendante. Elle commence au niveau des muscles masséters avant
d’atteindre dans l’ordre chronologique le cou, les membres supérieurs, le tronc et enfin les
membres inférieurs vers la 12ème heure. Cette rigidité provoque une attitude cadavérique
pratiquement identique chez tous les cadavres :
- demi flexion des membres supérieurs ;
- extension des membres inférieurs
- hyperextension de la tête sur le tronc
- serrement des deux mâchoires
- fermeture des mains
La rigidité cadavérique commence à s’estomper à la 36ème heures selon la même
topographie descendante. La disparition de la rigidité est en rapport avec l’autolyse et la
putréfaction qui détruisent la structure des filaments d’actine et de myosine ainsi que les
liaisons qui les unissent.
Une fois vaincue, la rigidité ne se reconstitue plus.
Sur le plan médico-légal, la rigidité cadavérique permet :
- de dater approximativement la mort
- d’aider à savoir si le cadavre a été déplacé

1.2.4. La déshydratation cadavérique :


Il s’agit de la perte d’eau par évaporation. Elle est plus marquée chez le nourrisson et fait
défaut chez le noyé. Cette perte en eau est plus marquée dans un climat sec et chaud. Les
conséquences de ce phénomène sont :
- L’apparition de plaques parcheminées : plaques dures, résistantes, sèches, jaunes
brunâtres, siégeant principalement aux lèvres et au scrotum et sur les territoires érodés
superficiellement ou qui ont été l’objet de pression ;

4
- Les modifications du globe oculaires avec hypotonie des globes oculaires, perte de la
transparence cornéenne et l’apparition au niveau de l’angle externe de l’œil de la « tache
noire scléroticale ».
- L’obtention, au pincement de la peau, d’un pli cutané prononcé qui peut devenir persistant.

2. LES SIGNES TARDIFS :


Au fil du temps, le cadavre va subir progressivement un certain nombre de phénomènes
dont l’autolyse, la putréfaction et la destruction par des animaux nécrophage

2.1. L’AUTOLYSE ET LA PUTRÉFACTION :

2.1.1. L’autolyse :
L’autolyse correspond à une autodigestion des cellules par leurs propres enzymes
lysosomiaux. Macroscopiquement, l’autolyse se manifeste par une perte de l’architecture
normale des organes. Ce phénomène est plus marqué dans certains organes tel que le
pancréas, alors que d’autres organes sont plus résistants tels que l’utérus.

2.1.2. La putréfaction :
La putréfaction est la conséquence de la pullulation des bactéries et des champignons au
niveau du cadavre. Elle est plus rapide au niveau du tube digestif et surtout le cæcum là où
la flore intestinale est responsable de l’apparition de la tâche verte abdominale au niveau de
la fosse iliaque droite. La tâche verte, résultat de la transformation, sous l’action des
bactéries, de l’hémoglobine (de couleur rouge) en verdhémoglobine (de couleur verte),
s’étend progressivement vers tout l’abdomen, le thorax puis la tête. Elle est accompagnée
d’un ballonnement du cadavre secondaire à la libération de gaz putride par la flore
bactérienne. Le ballonnement intéressant d’abord l’abdomen intéressera par la suite le
thorax, la tête et chez les hommes, le scrotum qui devient turgescent.
La putréfaction intéresse aussi les vaisseaux. Au niveau de la peau, la transformation de la
couleur du sang et le dégagement du gaz putride fait apparaître le dessin des vaisseaux à la
surface cutanée. Ce phénomène est appelé la circulation posthume.
L’autolyse et la putréfaction évoluent en réalité ensemble et aboutissent à une profonde
modification de la physionomie du cadavre le rendant souvent méconnaissable.
La vitesse de l’autolyse et de la putréfaction varie selon :
- La température ambiante : la température élevée contribue à accélérer l’autolyse et la
putréfaction. Le froid ralentit cette évolution et la congélation du cadavre l’arrête.

5
- L’humidité : un milieu humide favorise la décomposition du cadavre.
En cas de chaleur sèche, le cadavre se déshydrate rapidement et l’autolyse et la putréfaction
sont ralenties voire mêmes stoppées, c’est la momification du cadavre.
- La masse pondérale du cadavre d’un sujet obèse se décompose plus rapidement que celui
d’un sujet maigre.
- L’imprégnation du corps par certaines substances tel que l’alcool à l’occasion d’intoxications
éthyliques ralentit la putréfaction.

2.2. LA DESTRUCTION PAR DES INSECTES NÉCROPHAGES :


Le cadavre humain constitue, comme tout autre type de cadavre, une source alimentaire
pour une multitude d’insectes et d’animaux aquatiques et terrestres dits nécrophages.
Certains insectes, par générations successives (escouades), sont attirés par l’odeur du
cadavre déjà en début de décomposition. C’est le cas de la mouche bleue, Calliphora
Œphorus, qui peut arriver à pondre ses œufs sur le cadavre dans les premières heures du
décès. L’étude du stade de développement de l’insecte trouvé et de son escouade
(entomologie médico-légale) permet d’estimer l’ancienneté de la mort.
En quelques années (3 à 5 ans environ) le produit de ces attaques entraîne une disparition
de toutes les structures anatomiques du corps, dont ne persistent que les os, dents, cheveux
et ongles. L’inhumation du corps réduit la vitesse de sa destruction en le protégeant contre
l’action de la faune nécrophage.

3. LA DATATION DE LA MORT :
Quelque soit la méthode utilisée, l’estimation du délai post-mortem ne peut être
qu’approximative. L’incertitude augmente avec ce délai.

3.1. LA MÉTHODE DE VIBERT :


Cette méthode approximative se base sur l’étude de la rigidité, des lividités, d’une estimation
grossière de la température du cadavre et sur la recherche des premiers signes de la
putréfaction. Les constations sont rapportée sur le tableau suivant (tableau de Vibert
modifié) qui donne une approximation du délai post-mortem.

6
3.2. AUTRES MÉTHODES :
On peut en citer :
- La mesure de la température rectale du cadavre grâce à un thermomètre spécialement
conçu pour ce type de mesures, sur le lieu de la découverte du corps. Cette estimation reste
approximative, à interpréter selon la température ambiante, la tenue vestimentaire...
- Les méthodes biochimiques dont le dosage du potassium dans l’humeur vitrée, …méthodes
toutes approximatives.

4. LA MORT CÉRÉBRALE
La mort cérébrale correspond à la suppression définitive des fonctions cérébrales secondaires
à la destruction du cerveau. Les causes de cette destruction sont multiples : traumatiques,
infectieuses, métaboliques et toxiques. En cas de mort cérébrale, la vie peut être maintenue
par des moyens artificiels (ventilation mécanique et administration de drogues
tonicardiaques). Le diagnostic de mort cérébrale autorise le prélèvement des organes, dont
les organes vitaux, sur le cadavre en vue de greffe (voire chapitre législation).*

7
5. DIAGNOSTIC DE LA FORME MÉDICO-LÉGALE :
Sur le plan médico-légal on distingue :

5.1. LES MORTS NE POSANT PAS DE PROBLÈME MÉDICO-LÉGAL :


Ce sont les morts naturelles qui s’inscrivent dans l’ordre universel qui préside à l’existence et
à la succession des êtres humains (décès par maladie ou par vieillissement).
Le médecin dans ce cas va constater le décès et délivre à la famille un certificat médical de
décès portant la mention pas d’obstacle médico-légal.

5.2. LES MORTS NE POSANT PAS DE PROBLÈME MEDICO-LEGAL :


Ce sont :
- Les morts violentes qui résultent d’un accident, d’un suicide ou d’un crime 
- Les morts subites qui surviennent de façon inattendue et soudaine 
- Les morts suspectes trouvent leur fondement dans le doute. Ce sont les circonstances
de survenue de la mort qui la rendent suspecte. Exemple : un cadavre retrouvé sur la voie
publique.
Dans tous ces cas, une autopsie médico-légale est nécessaire pour préciser les circonstances
et les causes de la mort.

6. ASPECTS LÉGAUX :
Tout Docteur en médecine est appelé à constater un décès et à rédiger un certificat médical
de décès. Le certificat médical de décès est un document essentiel pour déclarer le décès
auprès de l’Officier de l’Etat Civil. Ce certificat permet de procéder aux funérailles et d’ouvrir
les procédures de succession. Ce certificat ne peut être délivré que par un Docteur en
Médecine.

Vous aimerez peut-être aussi