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Séance 6

A) Les conflits de rattachement

Le conflit de rattachement vient essentiellement du fait que les Etats n’optent pas pour les mêmes
critères de rattachement. Si par exemple touts les Etats rattachaient le statut personnel à la loi
nationale il n’y aurait alors pas de conflits de rattachement. Ainsi concernant la catégorie juridique
du statut personnel, certains Etats vont la rattacher à la loi nationale alors que d’autres Etats vont la
rattacher à la loi du domicile, les résultats seront différentes selon que l’on appliquera la loi nationale
ou la loi du domicile.

La situation du conflit de rattachement est double, elle peut être positive ou négative. On parle de
conflit positif lorsque deux Etats considèrent, selon leur règle de conflit respectif, que leur loi est
compétente pour régir une même situation juridique. La méthode conflictuelle ne peut pas mener à
l’application de deux lois au même temps, il faut aboutir à l’application d’une seule loi. La solution la
plus logique est que le juge saisi applique sa propre règle de conflit, et dans le cas où sa propre loi est
désignée, que celle-ci soit appliquée.

[Google : Le conflit positif : par l’effet du rattachement qu’ils ont respectivement adopté, les deux
systèmes en présence donnent compétence à leur propre Loi. Principe : dans ce cas, l’autorité saisie
doit appliquer sa propre règle de conflit sans tenir compte de la contrariété des solutions.]

On parle de conflit négatif lorsque la règle de conflit du for désigne la loi d’un Etat étranger, et que la
règle de conflit de cet Etat étranger désigne également la loi d’un Etat étranger. Par exemple, en
droit suisse le critère de rattachement en matière de statut personnel est la loi du domicile, alors
qu’en droit marocain le critère de rattachement est la loi nationale. Par exemple, un suisse domicilié
au Maroc, il se retrouve confronté à un problème relatif à son statut personnel. Dans le cas où le juge
marocain est saisi, en faisant jouer la méthode de conflit il aboutit à la loi nationale, il faudrait alors
appliquer le droit suisse. Cependant en droit suisse, leur règle de conflit aboutit à la loi du domicile,
c'est-à-dire que le litige sera renvoyé au droit marocain. Aucune loi ne se considère comme
compétente. Le juge va devoir agir au cas par cas pour choisir d’appliquer soit la loi du for soit la loi
qui a été désignée par ses propres règles de conflit.

B) l’identification de la loi applicable

a) les éléments de désignation de la loi applicable

Les éléments de désignation de la loi applicable se ramènent à des catégories, il existe trois
catégories. La première catégorie concerne la personne, les critères de rattachement sont la
nationalité et le domicile. Lorsque c’est la nationalité on dit que c’est la loi nationale qui est
applicable, lorsque c’est le domicile on dit que c’est la loi du domicile qui est applicable. La deuxième
catégorie concerne la chose, le critère de rattachement est le lieu de situation de la chose. Quand on
parle de la situation d’un bien, il peut s’agir soit de la situation matérielle du bien (c’est le cas pour un
bien immobilier) soit de sa situation juridique (c’est le cas un bien mobilier). Concernant la situation
juridique d’un bien mobilier, par un exemple un navire, celui-ci a vocation à bouger dans l’espace, il
est difficile de le situer à un instant donné. Il va alors falloir chercher sa situation juridique, c'est-à-
dire déterminer le lieu de son immatriculation (dans le cas du navire il s’agit du port d’attache). La
troisième catégorie concerne les obligations contractuelles et extracontractuelles, soit un événement
voulu ou non voulu. Il faut ici distinguer les actes juridiques des faits juridiques, dans les deux cas
naissent des effets juridiques, volontairement ou involontairement. Concernant les actes juridiques
le droit international privé a consacré la loi d’autonomie, c'est-à-dire que ce sont les contractants qui
auront désigné, généralement, quelle sera la loi applicable en cas de litige. Concernant les faits
juridiques ce sera très souvent la loi locale (lex loci), c'est-à-dire la loi du lieu où est survenu le fait
dommageable.

La méthode conflictuelle peut désigner la loi étrangère comme étant celle applicable, il est possible
pour le juge du for de ne pas l’appliquer. Il existe un cas légitime qui permet à un juge d’évincer une
loi étrangère au profit de sa propre loi, ce n’est pas la conséquence d’un choix, on parle alors
d’éviction de la loi étrangère.

b) L’éviction de la loi étrangère applicable

Il existe deux cas dans lesquels il est possible d’évincer légitimement la loi étrangère. Le juge du for
va évincer la loi étrangère pour appliquer sa propre loi lorsqu’il va lui paraître impossible d’appliquer
la loi étrangère. Dans le premier cas il est question de l’exception d’ordre public international, le juge
va faire valoir une contrariété, une non-conformité de la loi étrangère avec son propre ordre public
international, il ne pourra alors pas appliquer la règle étrangère car elle touche son ordre public.
Dans le deuxième cas il est question de l’existence d’une fraude.

I) l’exception d’ordre public international

L’ordre public international est une notion qui a une perspective nationale, il ne s’agit pas d’une
notion qui est commune à touts les pays. Il est composé d’éléments qui relèvent de l’interne, de la
souveraineté étatique. L’ordre public international ‘marocain’ peut intégrer des principes, des
valeurs fondamentales de la société marocaine. Il peut également intégrer certains principes qui sont
universellement reconnus, tel que l’interdiction de l’esclavage.

Le droit international privé comporte un principe, la neutralité, qui veut que le contenu d’une loi ne
soit pas apprécié, il ne faudrait donc pas la confronter à l’ordre public. L’exception d’ordre public ne
doit pas être soulevée d’une manière systématique, elle doit être très exceptionnelle. Il peut y avoir
utilisation abusive de l’ordre public pour évincer une loi étrangère d’une manière malhonnête. La
divergence va de soi, elle ne provoque pas nécessairement un choc. Toutes les différences des lois en
concurrence ne touchent pas l’ordre public. Cependant il n’est pas possible d’appliquer une solution
qui serait choquante, un principe fondamental doit avoir été touché, il doit y avoir une justification.
Par exemple, l’union polygamique est contraire à l’ordre public international français, le mariage
homosexuel est contraire à l’ordre public international marocain. Dans ces cas il est possible
d’évincer une loi étrangère.

II) l’exception de fraude à la loi

La fraude en droit international privé apparaît lorsqu’une partie modifie le critère de rattachement,
dans l’unique but d’être soumise à une loi donnée dont le contenu convient mieux à ses objectifs.

Dans l’arrêt Princesse de Bauffremont, du 18 mars 1878, princesse de Bauffremont est de nationalité
française, elle souhaite divorcer pour se remarier. A cette époque en France le mariage est considéré
comme un lien indissoluble, il existe la séparation de corps qui est une situation de fait qui permet
non pas la dissolution du lien conjugal mais son relâchement. Princesse de Bauffremont part
s’installer en Allemagne pour changer de nationalité, elle devient allemande par naturalisation ce qui
lui permet de divorcer. Lorsque le prince de Bauffremont veut annuler le nouveau mariage la cour de
cassation française ne lui accorde pas l’annulation mais décide que le nouveau mariage est
inopposable au mari. La justification est que la princesse a fraudé à la loi dans l’unique but de se
soustraire à la loi française qui lui était applicable. La cour de cassation française a évince la
loi étrangère pour faire appliquer la loi française.

La fraude peut toucher toutes les catégories du droit international privé. En ce qui concerne le
statut personnel il peut s’agir d’un changement de nationalité, mais aussi d’un changement de
domicile, par exemple s’installer ailleurs dans l’unique but de se soustraire à l’application de la loi
du domicile. En ce qui concerne la chose il peut s’agir d’un déplacement d’un bien ou du
changement d’un immeuble en meuble. Par exemple, en matière de bien ça peut être un
changement du lieu, mais également un changement de l’indication du lieu de la conclusion de
l’acte.

On parle d’exception de fraude à la loi lorsque deux éléments cumulatifs sont réunis, un élément
matériel et un élément intentionnel. S’agissant de l’élément matériel, pour parler de fraude il doit
nécessairement y avoir une modification volontaire et effective du point de rattachement, soit un
changement de nationalité, de domicile, soit un changement de la situation d’un bien, de
l’indication du lieu de la conclusion d’un contrat. S’agissant de l’élément intentionnel, il réside
dans la modification du critère de rattachement qui est réalisé avec une intention frauduleuse,
c'est-à-dire
l’intention de se soumettre à une loi qui n’est pas celle qui devrait être appliquée selon la règle de
conflit.

Il n’est pas évident de dire qu’on est dans la situation de fraude.

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