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Constructions parasismiques

par Jacques BETBEDER-MATIBET


Conseiller Scientifique à EDF-SEPTEN (Service Études et Projets Thermiques et Nucléaires)
et Jean-Louis DOURY
Ingénieur en chef au CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment)
Secrétaire technique de la Commission française de normalisation
des règles de construction parasismique

1. Éléments de sismologie de l’ingénieur .............................................. C 3 290 - 2


1.1 Causes des séismes..................................................................................... — 2
1.2 Données sur les mouvements sismiques.................................................. — 3
1.3 Théorie élémentaire du mouvement sismique ......................................... — 6
1.4 Mouvement sismique de calcul sur un site donné ................................... — 9
2. Conception parasismique des ouvrages............................................ — 11
2.1 Sols et fondations........................................................................................ — 11
2.2 Dispositions d’architecture ......................................................................... — 12
2.3 Dispositions de construction et d’installation ........................................... — 16
2.4 Dispositions parasismiques spéciales ....................................................... — 19
3. Bases du calcul sismique....................................................................... — 22
3.1 Calculs pour les ouvrages courants ........................................................... — 22
3.2 Indications sur d’autres modes de calcul .................................................. — 27
4. Réglementation parasismique.............................................................. — 27
4.1 Évolution de la réglementation parasismique .......................................... — 27
4.2 Aspects législatifs ........................................................................................ — 29
4.3 Réglementation parasismique existante ................................................... — 29
5. Enseignements à tirer des séismes de Northridge et de Kobé ... — 33
5.1 Intérêt présenté par ces deux séismes ...................................................... — 33
5.2 Aspects sismologiques ............................................................................... — 34
5.3 Bilan des pertes humaines et matérielles.................................................. — 34
5.4 Principaux constats faits sur les bâtiments ............................................... — 35
5.5 Comportement des ouvrages d’art ............................................................ — 36
5.6 Autres ouvrages........................................................................................... — 37
5.7 Organisation des secours ........................................................................... — 38
5.8 Conclusions.................................................................................................. — 39
6. Conclusions ............................................................................................... — 39
Références bibliographiques ......................................................................... — 39

ans la plupart des régions sismiques, l’adoption de techniques de construc-


D tion visant à réduire les risques liés aux tremblements de terre apparaît
5 - 1997

comme très ancienne. Ainsi, les fouilles conduites sur le site de Taxila (Pakistan)
ont mis en évidence les mesures de renforcement des fondations lors de la
reconstruction de la ville après le séisme de l’an 25. De même, à l’époque byzan-
tine, on a pu constater des changements radicaux dans les modes de construction
dans plusieurs villes de Syrie et d’Anatolie (réduction de la hauteur des maisons,
renforcement par des charpentes en bois, suppression des murs de briques non
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renforcés). La Chine et le Japon fournissent aussi de nombreux exemples de


constructions anciennes dont la conception a certainement été influencée par
la considération du risque sismique. L’hypothèse selon laquelle l’architecture très

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particulière des monuments incas (murs formés de blocs irréguliers ajustés entre
eux avec un soin extrême) correspondait à un souci de protection parasismique
a également été avancée.
À l’origine purement empirique, la construction parasismique s’est progres-
sivement développée et a pris place parmi les techniques de l’ingénieur ; elle
est pluridisciplinaire par nature, puisqu’elle fait appel aux géologues, sismo-
logues, architectes, mécaniciens des sols, ingénieurs de structures et calcula-
teurs, dont la collaboration est nécessaire pour tout projet important en zone
sismique. Même si l’on reste dans le domaine du bâtiment courant, la bonne
utilisation d’un code parasismique par un ingénieur de structures suppose, de
la part de celui-ci, des bases suffisantes en sismologie et la compréhension des
particularités de l’action sismique (aspects dynamiques, notamment aléatoires,
et raisonnement en termes de déformation plutôt qu’en termes de force).
Le présent article vise donc à présenter une vue d’ensemble de la construction
parasismique, sans se limiter aux considérations sur les structures et les maté-
riaux. On abordera successivement les éléments indispensables de sismologie,
la conception parasismique proprement dite, les méthodes de calcul et l’état
actuel de la réglementation.
Dans la suite, il est nécessaire de compléter l’article sur les deux points
suivants :
— les évolutions, très sensibles depuis 1991, des textes législatifs et régle-
mentaires applicables en France pour la prévention du risque sismique, ainsi que
des documents techniques sur lesquels ils s’appuient (§ 4.3) ;
— les enseignements tirés des séismes majeurs de Northridge (Californie)
du 17 janvier 1994 et de Hyogo-Ken-Nambu (Kobé, Japon) du 17 janvier 1995 qui
ont un intérêt exceptionnel, car ils ont permis de tester en vraie grandeur l’effi-
cacité des codes parasismiques sur un grand nombre de bâtiments et d’ouvrages
soumis à de très fortes secousses (§ 5).

1. Éléments de sismologie — le décrochement, c’est-à-dire le coulissage horizontal d’une


plaque contre une autre (failles transformantes), dont l’exemple le
de l’ingénieur plus connu est la célèbre faille de San Andreas en Californie (contact
entre les plaques Pacifique et Amérique du Nord) ;
— la compression, c’est-à-dire la collision frontale sans subduc-
1.1 Causes des séismes tion qui se traduit par la formation de chaînes de montagnes, comme
l’Himalaya, résultat de la collision des plaques Inde et Eurasie.
1.1.1 Tectonique des plaques Ces mouvements relatifs entre plaques ne se font pas, en général,
de manière progressive, mais par à-coups et chacun de ces à-coups
La compréhension du mécanisme responsable de l’activité sis- constitue un séisme, plus ou moins intense suivant l’amplitude et
mique du globe terrestre est récente, puisque ce n’est qu’en 1968 la rapidité du mouvement, ainsi que l’étendue de la zone concernée.
que J. Morgan, D. McKenzie et X. Le Pichon ont formulé la théorie Cette théorie de la tectonique des plaques est maintenant bien
de la tectonique des plaques qui fournit un modèle cinématique établie et fournit une explication immédiate des séismes qui se pro-
cohérent des déformations de l’écorce terrestre [21]. duisent au voisinage des limites des plaques (séismes interplaques).
Le moteur de ces déformations est (figure 1) l’expansion des fonds Si ce type de séisme représente effectivement la plus grande partie
océaniques (proposée en 1960 par H. Hess après l’échec d’autres de l’activité sismique, qui est donc concentrée dans certaines zones
tentatives d’explication de la « dérive des continents », imaginée bien définies, on observe aussi des séismes, moins nombreux mais
en 1915 par Wegener) par création continue de croûte océanique le pouvant être violents, à l’intérieur de certaines plaques (séismes
long des dorsales médio-océaniques ; cette expansion, qui peut intraplaques). Cette sismicité intraplaque, plus diffuse et plus difficile
atteindre 170 mm/an pour les dorsales les plus actives, pousse les à prévoir que la sismicité interplaque, résulte de l’état de contrainte
unes contre les autres les différentes plaques rigides (une douzaine qui règne à l’intérieur des plaques du fait de leurs interactions
au total, figure 1) qui constituent l’écorce terrestre. Plusieurs types mutuelles ; l’hypothèse des plaques parfaitement rigides ne
de mouvements peuvent résulter de ces affrontements entre constitue en effet qu’une première approximation, et celles-ci sont
plaques : en réalité susceptibles de subir des ruptures locales sous l’effet des
— la subduction, c’est-à-dire la plongée d’une plaque sous une champs de contraintes qui agissent sur elles.
autre (ce qui permet de compenser l’augmentation de surface Les ruptures brutales qui sont la cause des séismes tectoniques
résultant de l’expansion des fonds océaniques), comme celle de la (interplaques ou intraplaques) se produisent le plus souvent dans
plaque Nazca sous l’Amérique du Sud, ou de la plaque Philippines la partie supérieure de l’écorce terrestre (séismes superficiels,
sous l’Eurasie au niveau du Japon ; suivant la terminologie des sismologues, c’est-à-dire survenant à
moins de 60 km de profondeur). On connaît aussi, particulièrement

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Figure 1 – Carte simplifiée des grandes plaques lithosphériques actuelles et de leurs limites (modèle de J. Morgan) (d’après [21])

dans les zones de subduction, des séismes intermédiaires (pro- 1.2 Données sur les mouvements sismiques
fondeur de 60 à 300 km) et des séismes profonds (profondeur supé-
rieure à 300 km).
1.2.1 Données d’observation : échelles d’intensité
Les mouvements sismiques qui intéressent l’ingénieur sont ceux
1.1.2 Autres causes de séismes
qui se produisent à la surface du sol ou à son voisinage immédiat
(usines souterraines, tunnels, canalisations enterrées). Ils peuvent
La quasi-totalité de l’activité sismique correspond aux séismes se manifester :
tectoniques ; il existe cependant d’autres types de séismes, d’origine
— par des déplacements résultant de la rupture qui débouche en
naturelle ou artificielle :
surface (ce qui n’est pas le cas général) ou de ruptures secondaires
— séismes volcaniques, associés à la montée du magma ou affectant les terrains superficiels (figure 2);
au dégazage avant et pendant les éruptions ; ces séismes sont — par des ondes vibratoires se propageant dans les terrains
généralement faibles et localisés au voisinage des volcans actifs ; (ondes sismiques, figure 3).
— séismes artificiels résultant des explosions souterraines
(tirs de carrières et de mines, essais nucléaires) ou de l’exploitation Le premier type d’effets (déplacements liés aux ruptures) reste,
des mines (« coups de toit ») ; dans le cas où il est observé en surface, localisé au voisinage des
— séismes dits induits, souvent associés à un apport massif failles ; le second type (ondes sismiques) peut par contre, pour de
d’eau dans les terrains (mise en eau d’un grand barrage ou injection grands séismes, être fortement ressenti sur des surfaces considé-
à grande échelle dans le sol) ; ces séismes induits, dont on connaît rables (plusieurs centaines de milliers de km2).
quelques exemples, paraissent devoir être attribués à la diminution Avant l’obtention d’enregistrements de ces mouvements au
de résistance à la rupture des roches lors de l’infiltration d’eau dans moyen de sismographes, de nombreuses échelles d’intensité ont
leur réseau de microfractures. été proposées pour apprécier la force des mouvements sismiques.
Le tableau 1 présente la description abrégée de l’échelle MSK (des
initiales de ses créateurs Medvedev, Sponheuer et Karnik en 1964)
actuellement utilisée en Europe.

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Figure 3 – Ondes sismiques

Figure 2 – Rupture en surface


niveau d’intensité, encore largement utilisée pour certains projets,
présente de sérieux inconvénients, en raison :
Le principe de ces échelles d’intensité est de classer par degrés — du fait que, par nature, l’intensité n’est pas une mesure d’un
(12 degrés dans l’échelle MSK) les effets observés en termes de paramètre physique caractéristique du séisme, ce qui a pour consé-
dégâts aux constructions, d’impressions ressenties par les témoins quence qu’un même niveau d’intensité en un site donné peut corres-
et de comportement des sites naturels (sols, pentes, lacs et rivières, pondre à des séismes de caractéristiques très différentes et donc à
etc.). Une telle appréciation des effets nécessite un travail minutieux des mouvements sismiques très différents par leur durée, leurs
(visites détaillées sur le terrain, dépouillement des questionnaires périodes dominantes d’oscillation et leur amplitude en vitesse ou
remplis par les témoins). Il en découle que l’intensité, à la différence en accélération, qui sont des paramètres essentiels pour l’ingénieur ;
de la magnitude définie au paragraphe 1.2.2, n’est jamais connue — de la dispersion considérable qui en résulte pour les corréla-
immédiatement après le séisme, mais seulement après un délai de tions que l’on a cherché à établir entre l’intensité et certaines
l’ordre de plusieurs semaines. caractéristiques du mouvement sismique (accélération maximale ou
L’intérêt de l’intensité est surtout d’estimer l’importance des vitesse maximale du sol), comme le montre la figure 4.
séismes anciens et de pouvoir les comparer aux séismes récents D’autres échelles d’intensité sont en usage dans le monde, notam-
pour lesquels on dispose d’informations instrumentales. En dehors ment l’échelle MM (Mercalli Modifiée) utilisée aux États-Unis, qui
de ce cas, la caractérisation des mouvements sismiques par leur comporte aussi 12 degrés et ne diffère guère de l’échelle MSK, et
l’échelle japonaise JMA (Japan Meteorological Agency ), qui n’a que
8 degrés.
(0)

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Tableau 1 – Description abrégée de l’échelle MSK


Degré Effets
Secousse imperceptible à l’homme, inscrite seulement par
I les sismographes.
Secousse ressentie par un petit nombre d’observateurs et,
II surtout, par ceux situés aux étages supérieurs des maisons.
Secousse ressentie par un certain nombre d’habitants,
comme le serait l’ébranlement produit par une voiture
III lancée à grande vitesse ; la direction et la durée de la
secousse peuvent parfois être appréciées.
Ébranlement constaté par quelques personnes en plein
IV air, par beaucoup à l’intérieur des maisons ; vibration de
vaisselle, craquements des planchers et des plafonds.

V Ébranlement constaté par toute la population ; réveil des


dormeurs ; ébranlement de meubles et de lits.
Des personnes effrayées sortent des habitations ;
VI tintement général des sonnettes, arrêt des pendules ;
crépis fendillés, vaisselle brisée ; cloches mises en branle,
chute de plâtras.
Maisons légèrement endommagées, lézardes dans les
murs ; chute de cheminées isolées en mauvais état ; écrou-
VII lement de minarets, de mosquées ou d’églises mal
construites.
Sérieux dommages, fentes béantes dans les murs, chute
de la plupart des cheminées, chute de clochers d’église ;
VIII renversement ou rotation des statues, des monuments
funéraires ; fissures dans les pentes raides ou dans les
terrains humides ; chute de rochers en montagne.
De solides maisons de construction européenne sont
IX sérieusement endommagées, un grand nombre rendues
inhabitables ; d’autres s’écroulent plus ou moins
complètement.
La plupart des bâtiments sont détruits avec leurs
fondations ; rails de chemins de fer légèrement recourbés ;
dommages aux ponts ; tuyaux de conduite brisés ou
X
refoulés les uns dans les autres ; fentes et plis ondulés dans
les rues ; éboulements ; l’eau des rivières et des lacs est
projetée sur le rivage.
Figure 4 – Corrélation intensité-accélération
Destruction totale des bâtiments de pierre, des ponts, des entre 1933 et 1973 (d’après [5])
XI digues ; larges déchirures et crevasses dans le sol ; grands
éboulements de terrain.
A0 amplitude de référence prise égale à 1 µm.
Rien ne demeure plus des œuvres humaines ; change-
ments dans la topographie ; formation de grandes failles ; La relation entre ce paramètre M L et l’énergie E c des ondes
XII dislocations horizontales et cisaillements du sol ; rivières sismiques (exprimée en joules) s’écrit :
détournées de leur cours.
lg Ec = 1,5 M L + 4,8 (2)
La magnitude M L de Richter correspond donc à un para-
1.2.2 Données d’enregistrement : magnitudes mètre global du séisme (énergie totale libérée sous forme
d’ondes sismiques). Ce paramètre ne suffit pas à lui seul pour
Les premiers sismographes ont été mis au point à la fin du caractériser l’amplitude des mouvements sismiques sur un site
XIXe siècle (R. Milne). Leur perfectionnement et leur implantation donné, puisque cette amplitude dépend évidemment aussi de la
dans des observatoires répartis sur la surface du globe ont rapide- distance R qui sépare ce site de la source sismique (zone de rupture).
ment permis de comprendre la nature des ondes sismiques et d’en L’utilisation pratique de la définition (1) suppose d’ailleurs que soient
déduire un modèle de la structure interne de la Terre. La détection effectuées des corrections appropriées sur la distance, puisque
des séismes et la localisation rapide des épicentres furent rendues l’épicentre n’a aucune raison de se trouver précisément à 100 km
possibles dans la plupart des régions sismiques dès le début du sismographe.
du XXe siècle.
En 1935, C. Richter eut l’idée de déduire de l’enregistrement obtenu
L’expression souvent employée d’échelle de Richter est
sur un sismographe une mesure de l’énergie Ec libérée par le séisme
incorrecte, puisque M L est une mesure, qui peut prendre des
sous forme d’énergie cinétique des ondes sismiques. Il définit un
valeurs numériques quelconques (éventuellement négatives
nombre, appelé magnitude locale M L , par la relation :
pour des séismes très faibles pour lesquels A serait inférieur
M L = lg A /A0 (1) à A 0 ), alors qu’on devrait réserver le nom d’échelle aux
grandeurs qu’on ne sait pas mesurer, mais seulement repérer par
avec A amplitude maximale de la réponse d’un sismographe degrés successifs exprimés par des nombres entiers. L’intensité
étalon (du type Wood-Anderson, pendule de torsion de MSK, définie au paragraphe 1.2.1, est une véritable échelle et l’on
période propre 0,8 s, muni d’un dispositif amplificateur convient généralement de marquer ce caractère en écrivant les
de coefficient 2 800) supposé placé à 100 km de niveaux d’intensité en chiffres romains ; les magnitudes
l’épicentre, s’écrivent par contre en chiffres arabes avec une décimale.

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D’autres définitions de la magnitude ont été données depuis la ailleurs, même si l’on s’impose certains critères de similitude pour
proposition initiale de Richter : cette utilisation. C’est pourtant ce que l’on est contraint de faire, faute
— magnitude m b associée aux ondes de volume ou M s associée de mieux, dans les pays qui, comme la France, sont dépourvus
aux ondes de surface ; d’enregistrements strong-motion directement utilisables.
— magnitude M d liée à la durée du signal ;
— magnitude-moment M w . 1.3 Théorie élémentaire
La réponse du sismographe Wood-Anderson, sur laquelle la du mouvement sismique
mesure de M L est fondée, subit en effet des modifications pour les
ondes de période supérieure à sa période propre (0,8 s), et il en
résulte que M L sous-estime l’énergie émise pour les séismes de forte 1.3.1 Modèle élémentaire de faille
magnitude.
On considère (figure 6) un bloc parallélépipédique de croûte ter-
La magnitude M s des ondes de surface, correspondant à une restre de longueur L, de largeur B et de hauteur H. Ce bloc est soumis
période de 20 s, permet d’aller plus loin dans la gamme des magni- à une déformation tectonique de cisaillement qui, lorsqu’elle atteint
tudes, mais présente aussi un phénomène de saturation aux niveaux un certain niveau, provoque une rupture suivant le plan médian du
très élevés. bloc (plan de faille). Après la rupture, un nouvel état d’équilibre est
La magnitude-moment M w , définie au paragraphe 1.3.1, est la atteint, dans lequel le bloc est divisé en deux compartiments décalés
seule qui soit dans tous les cas représentative de l’énergie d’une longueur ∆u. Ce mécanisme de déclenchement d’un séisme
émise, car elle est directement reliée aux paramètres physiques de par accumulation progressive de contrainte et libération brutale par
la source. glissement d’un demi-bloc sur l’autre a été proposé par H. Reid à
La relation (2) montre que E c varie très vite en fonction de la magni- la suite du grand séisme de San Francisco (1906).
tude (un écart de 2 sur la magnitude correspond à un rapport On admet que, lors de la rupture, la contrainte de cisaillement
de 1 000 sur l’énergie). La prétendue « échelle de Richter » est donc passe instantanément de la valeur σ u , contrainte ultime pour
trompeuse pour le profane non familiarisé avec les échelles laquelle la rupture se produit, à la valeur σ f , contrainte finale pour
logarithmiques. le nouvel équilibre ; on note ∆ σ = σ u – σ f la chute de contrainte
Les sismographes classiquement utilisés en sismologie sont des au cours de la rupture. µ étant le module de cisaillement (second
appareils très sensibles capables de détecter des séismes très loin- coefficient de Lamé) du matériau, on a la relation :
tains (plusieurs milliers de km) pourvu qu’ils dépassent un certain µ ∆u
niveau de magnitude. En contrepartie, ils ne permettent pas, en géné- ∆ σ = -------------- (3)
B
ral, l’enregistrement des signaux au voisinage de l’épicentre, car ils
« saturent » lorsqu’ils sont soumis à de fortes secousses. Des accélé- Outre la chute de contrainte ∆ σ, on introduit un autre paramètre,
romètres spéciaux (dits strong-motion ) ont été développés pour le moment sismique M 0 défini par :
enregistrer ces signaux de fort niveau, qui sont d’une importance
capitale pour l’ingénieur de génie parasismique. On peut observer M 0 = µ L H ∆u (4)
(figure 5) l’allure extrêmement irrégulière, évoquant un signal aléa-
toire, d’un accélérogramme (courbe de variation de l’accélération en On déduit immédiatement de (3) et (4) que le volume LHB du bloc
fonction du temps) obtenu en zone épicentrale d’un fort séisme. est donné par :
Les enregistrements de mouvements forts sont actuellement au LHB = M 0 /∆ σ (5)
nombre de plusieurs milliers et chaque nouveau séisme se
De plus, le bilan d’énergie avant et après rupture s’écrit :
produisant dans une zone bien instrumentée accroît cette collection.
L’importance de cette base de données ne doit pas faire illusion : E u = E f + E fr + E c (6)
dans bien des régions mal instrumentées, les enregistrements d’un 2
niveau significatif pour le génie parasismique font totalement avec Eu énergie élastique avant rupture = LHB σ u / ( 2 µ ) ,
défaut ; c’est le cas, entre autres, de la France métropolitaine. Compte 2
Ef énergie élastique après rupture = LHB σ f / ( 2 µ ) ,
tenu de la grande variabilité des mouvements sismiques, qui est
manifeste lorsqu’on examine les enregistrements disponibles, il E fr énergie dissipée par frottement = LH σ f ∆u,
n’est pas évident que l’on puisse valablement utiliser, dans des Ec énergie cinétique libérée sous forme d’ondes sismiques.
régions où les données sont absentes, des enregistrements obtenus

Figure 5 – Accélérogramme de la composante N-S enregistrée à El Centro (Californie) le 18 mai 1940

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Pour les magnitudes inférieures à 7,5, les valeurs de M s et M w


sont très voisines. Au-delà de 7,5, seule la magnitude-moment M w
est représentative de l’énergie émise. Ainsi, le grand séisme chilien
(22 mai 1960) avait une magnitude M s de 8,3 alors que sa magni-
tude-moment a atteint 9,5 (correspondant à un moment sismique
de 2 × 1023 J). Un séisme aussi fort représente sans doute à peu près
le maximum concevable que la plupart des sismologues s’accordent
pour borner supérieurement à la valeur M w = 10.
On déduit de (7) et (8) :
∆σ

lg E c ( joules ) = 1,5 M w + 9 + lg ---------
2µ 
En identifiant cette relation avec la formule (2) (en admettant
M L = M w ), on trouve pour ∆ σ :

∆ σ = 2 µ × 10 – 4,2
c’est-à-dire, avec la valeur communément admise µ = 3 × 10 4 MPa :
∆ σ = 3,8 MPa (9)
Cette valeur est en bon accord avec les résultats obtenus par
ajustement des modèles de source, d’après lesquels ∆ σ varie
généralement de 1 à 10 MPa ; la valeur (9) est voisine de la moyenne
géométrique de ces deux bornes.
Avec cette valeur de ∆ σ on peut calculer, pour des moments
sismiques de 10n joules (n variant de 15 à 24 par valeurs entières,
c’est-à-dire des magnitudes de 4 à 10 correspondant à la gamme
des séismes potentiellement destructeurs), les ordres de grandeur
des dimensions L, H, B et ∆u des failles. Les résultats sont présentés
dans le tableau 2, où l’on peut voir qu’il y a une grande différence,
en termes d’étendue de la zone concernée par la rupture, entre les
petits séismes d’échelle kilométrique (magnitudes de 4 à 5) et les
Figure 6 – Modèle élémentaire de faille grands cataclysmes où la rupture s’étend sur plusieurs centaines de
kilomètres (magnitudes supérieures à 8). (0)
En reportant dans (6) les expressions de E u , E f et E fr on trouve
pour E c :
Tableau 2 – Ordres de grandeur des dimensions
LHB∆ σ 2 caractéristiques des failles
E c = -------------------------
2µ en fonction de la magnitude-moment M w
soit encore, compte tenu de (5) :
M0 Ec R0 L H B u
Mw
M0 ∆ σ (J) (J) (km) (km) (km) (km) (m)
Ec = ------------------- (7)
2µ 1015 4 6,3 · 1010 0,40 1,99 0,68 0,20 0,025
On voit l’intérêt d’une caractérisation du modèle de faille par le 1016 4 2/3 6,3 · 1011 0,86 4,30 1,46 0,43 0,054
moment sismique M 0 et la chute de contrainte ∆ σ puisque le produit
de ces deux paramètres donne [au facteur constant 1/(2 µ ) près] 1017 5 1/3 6,3 · 1012 1,85 9,25 3,14 0,92 0,12
l’énergie sismique E c alors que leur quotient est égal au volume du 1018 6 6,3 · 1013 3,98 19,9 6,77 1,99 0,25
bloc ayant subi la rupture.
1019 6 2/3 6,3 · 1014 8,57 42,8 14,6 4,28 0,54
Au moment sismique M0 on associe la magnitude-moment M w
(Kanamori 1977) par la relation : 1020 7 1/3 6,3 · 1015 18,5 92,5 31,4 9,25 1,17
1021 8 6,3 · 1016 39,8 199 67,7 19,9 2,51
2
M w = ----- lg M 0 ( joules ) – 6 (8) 1022 8 2/3 6,3 · 1017 85,7 428 146 42,8 5,41
3
1023 9 1/3 6,3 · 1018 185 925 314 92,5 11,7
Comme indiqué au paragraphe 1.2.2, la magnitude-moment est
liée directement à des caractéristiques physiques (surface LH du plan 1024 10 6,3 · 1019 398 1 990 677 199 25,1
de faille et déplacement relatif ∆u des deux demi-blocs). La mesure
directe de ces caractéristiques est souvent impossible et il faut alors Valeurs calculées avec ∆ σ = 3,8 MPa ; R 0 = 0,62 (M 0 /∆ σ ) 1/3
avec R 0 en m
et ∆ σ en Pa ; L = 5 R 0 ; H = 1,7 R 0 ; B = 0,5 R 0
déduire leurs valeurs de l’ajustement des paramètres d’un modèle
dynamique de source aux enregistrements obtenus sur les sismo-
graphes ; malgré cette difficulté, la magnitude-moment est actuel-
lement considérée comme le meilleur paramètre pour caractériser 1.3.2 Lois d’atténuation
l’énergie sismique. Les coefficients numériques de la relation (8) ont
été choisis de manière que M w coïncide pratiquement avec M L ou M s Les considérations précédentes sur le bilan d’énergie dans la zone
pour les gammes de magnitudes non affectées par le phénomène de rupture montrent que l’énergie par unité de volume qui se trans-
de saturation évoqué au paragraphe 1.2.2. forme en énergie cinétique des ondes sismiques est égale à

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∆ σ 2/(2 µ ). En égalant ce terme à une énergie cinétique volumique bien, mais qu’il y a des différences significatives dans les valeurs
2 numériques entre les différentes lois. Il n’y a pas lieu de s’étonner
ρ v 0 /2 , on trouve pour la vitesse v 0 : de cette dispersion, ne serait-ce qu’en raison de la variabilité des
chutes de contraintes (de 1 à 10 MPa, 3,8 MPa n’étant qu’une valeur
∆σ ∆σ
v 0 = --------------------- = -------- (10) moyenne) et des conditions géologiques locales. Il est au contraire
( µρ ) 1/ 2 ρc remarquable, compte tenu de la multiplicité des paramètres, le plus
souvent impossibles à quantifier, qui interviennent dans la réalité,
avec c vitesse de propagation des ondes de cisaillement :
que l’on parvienne à dégager des lois générales portant sur un
c = (µ /ρ )1/ 2, nombre réduit de variables et que ces lois permettent de rendre
ρ masse volumique. compte de l’ordre de grandeur des phénomènes observés avec une
précision acceptable. (0)
La vitesse v 0 donnée par l’équation (10) représente l’ordre de gran-
deur des vitesses particulaires produites par le séisme dans la zone
de rupture. À l’extérieur de cette zone, la vitesse particulaire v décroît
en fonction de la distance. Pour les points suffisamment loin de la Tableau 3 – Lois d’atténuation de la vitesse
zone de rupture, cette zone peut être assimilée à une sphère de v ( cm /s ) =  exp (  M ) D –  exp ( –  D ) exp ( ε S ) (1)
rayon R 0 donné par :
d
ε
  
1/ 3 1/ 3
 
 --------
4π 
3 M0 
R0 = - ( LHB ) 1/ 3 = 0,62 --------- (11) (km)
∆σ
➀ Mc Guire [20] ................ 0,368 1,07 0,96 0 0,07 0
et l’on peut admettre que la propagation des ondes sismiques est ➁ Joyner-Boore [6]........... 0,214 1,13 1,00 0,005 9 0,39 4
radiale à partir du centre de cette sphère, ce qui entraîne une décrois- ➂ Petrovski [23] ................ 0,365 0,928 0,867 0 0 0
sance en R –1 de l’amplitude du mouvement, donc de la vitesse, ➃ Sabetta-Pugliese [25] ... 0,195 1,048 1,00 0 0,306 3,6
R étant la distance au centre de la sphère. On a donc dans ce modèle ➄ Équation (14)................. 0,168 1,15 1,00 0 0 0
la loi suivante de variation de la vitesse particulaire v en fonction
de R : R v (cm/s) selon
R  R0 : v = v0 M (km) ➀ ➁ ➂ ➃ ➄

 (12)
R > R0 : v = v0 R0 / R  10 8,50 5,30 5,13 3,47 5,28
5 25 3,53 2,07 2,31 1,45 2,12
c’est-à-dire, d’après (10), (11) et (8) (en écrivant M = M w ) : 50 1,81 0,90 1,43 0,73 1,06
c 10 24,8 16,4 13,0 9,89 16,7
R  620 ∆ σ –1/ 3 exp ( 1,15 M ) : v = ----- ∆ σ
µ 6
25 10,3 6,40 5,85 4,14 6,71
50 5,28 2,79 3,61 2,09 3,34
 100 2,71 1,04 1,98 1,05 1,67
R > 620 ∆ σ –1/ 3 exp ( 1,15 M )
 10 72,3 50,8 32,8 28,2 52,9
620 ( c / µ ) ∆ σ 2/ 3 exp ( 1,15 M )  (13)
v = -----------------------------------------------------------------------------------------
R  25 30,0 19,8 14,8 11,8 21,2
 7 50 15,4 8,65 9,14 5,97 10,6
100 7,90 3,23 5,01 2,99 5,29
Avec les valeurs µ = 3 × 104 MPa, c = 3 333 m/s (ce qui correspond 200 4,08 0,90 2,75 1,50 2,65
à une masse volumique ρ = 2 700 kg / m 3 ) et ∆ σ = 3,8 MPa
(1) avec D = (R 2 + d 2)1/2,
[relation (9)], on trouve en exprimant R en km et v en m/s : R (km) distance à la source,
M magnitude (M w ou M s ),
R  0,004 exp ( 1,15 M ) : v = 0,42 S index de sol (= O dans le cas présent).

R > 0,004 exp ( 1,15 M ) 


 Des lois d’atténuation de la forme de l’équation (15) ont aussi
0,001 68 exp ( 1,15 M )  (14) été établies pour l’accélération a des mouvements sismiques
v = ---------------------------------------------------------------- 
R enregistrés en surface. Le tableau 4 présente certaines d’entre

elles. Il n’est pas possible de les comparer avec une loi déduite du
La relation (14), établie à partir d’un modèle très simple, donne modèle de faille du paragraphe 1.3.1, car celui-ci est trop simpliste.
bien l’ordre de grandeur des vitesses mesurées sur les enregis- Les sismologues s’accordent actuellement pour considérer que
trements de mouvements forts. De nombreux auteurs ont, pour dif- l’accélération dépend essentiellement de ruptures à petite échelle
férentes régions du monde, établi à partir des enregistrements sur le plan de faille et du mécanisme de propagation de la rupture
disponibles des corrélations entre v et les valeurs de magnitude et sur celui-ci.
de distance ; la plupart de ces corrélations peuvent être mises sous En conclusion de ce paragraphe sur la physique des mouve-
la forme générale : ments sismiques, il est utile de faire quelques remarques.
v = α exp (βM ) D – γ exp (– δ D ) exp (εS ) (15) — La dispersion des lois d’atténuation, déjà mentionnée, fait
que la prédiction des mouvements sismiques sur un site donné est
avec D = (R 2 + d 2)1/2 nécessairement entachée d’incertitudes importantes. Typiquement,
α, β, γ, δ, ε étant des coefficients numériques, d une constante ayant l’écart-type logarithmique de ces lois est de l’ordre de 0,3,
la dimension d’une longueur et S un index caractérisant la nature c’est-à-dire que la valeur correspondant à la moyenne plus un
des terrains superficiels (en général S = 0 pour le rocher et S = 1 pour écart-type est voisine du double de la moyenne. (0)
les sols) [8]. — Comme l’indique la loi théorique (14), l’amplitude du mouve-
Le tableau 3 présente certaines de ces corrélations, que l’on ment (en termes de vitesse ou d’accélération) au voisinage immédiat
nomme lois d’atténuation de la vitesse, et leur comparaison avec de la source ne dépend pas de la magnitude, mais seulement de
la relation (14) ; on constate que les ordres de grandeur se recoupent la chute de contrainte [5] ; ce résultat est cohérent avec les

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est de nature probabiliste car la notion d’une occurrence possible


Tableau 4 – Lois d’atténuation de l’accélération est en pratique toujours liée à la fixation, explicite ou implicite, d’un
a ( m /s 2) =  exp (  M ) D –  exp ( –  D ) exp ( ε S ) (1) seuil de probabilité au-dessous duquel l’aléa est considéré comme
négligeable. On rappelle que l’aléa (probabilité d’un phénomène
d naturel) ne doit pas être confondu avec le risque (probabilité
    ε d’un dommage résultant de l’action de ce phénomène naturel).
(km)
En dépit de son caractère probabiliste, l’aléa sismique est sou-
➀ Mc Guire [20] ............... 0,306 0,89 1,17 0 – 0,20 0 vent déterminé en utilisant des méthodes dites déterministes ; on
➁ Joyner-Boore [6].......... 0,955 0,573 1,00 0,005 9 0 7,3 peut ainsi, par exemple, fixer un niveau maximal (en termes de
➂ Petrovski [23] ............... 0,599 0,539 0,844 0 0 0 magnitude ou d’intensité épicentrale) et une distance au site mini-
➃ Sabetta-Pugliese [25] .. 0,274 0,705 1,00 0 0,389 5,8 male pour les séismes susceptibles de se produire dans la région ;
les mouvements sismiques à envisager sur le site découlent
R a (m/s2) selon ensuite de l’utilisation d’une loi d’atténuation appropriée à la
M (km) ➀ ➁ ➂ ➃ région [17].
Dans une telle approche, le choix du niveau maximal du séisme,
10 1,77 1,26 1,27 0,81
c’est-à-dire la valeur d’intensité ou de magnitude dont on convient
5 25 0,61 0,55 0,58 0,36
que sa probabilité de dépassement est négligeable, s’appuie sur
50 0,27 0,25 0,33 0,19
les données de la sismicité historique de la région et sur l’examen
10 4,31 2,23 2,18 1,63 des failles actives que l’on a pu identifier. Sauf exception, quelle
25 1,48 0,98 1,00 0,73 que soit la qualité des données utilisées, il subsiste toujours une
6 incertitude dans ces évaluations et l’on cherche souvent à prendre
50 0,66 0,44 0,56 0,38
100 0,29 0,16 0,31 0,19 une marge de sécurité sur le résultat, par exemple en majorant la
magnitude de 0,5 ou l’intensité de 1 degré (ces deux types de
10 10,5 3,96 3,73 3,30 majoration sont sensiblement équivalentes et reviennent à peu
25 3,60 1,74 1,72 1,48 près à doubler les amplitudes de mouvement).
7 50 1,60 0,78 0,96 0,76
100 0,71 0,29 0,53 0,38 D’autres méthodes, explicitement probabilistes, sont aussi uti-
lisées pour les études d’aléa sismique ; elles aboutissent au calcul
200 0,32 0,08 0,30 0,19
de la probabilité de dépassement d’un niveau donné de mouvement
(1) avec D = (R 2 + d 2)1/2. sur le site à partir d’une délimitation des zones-sources et du choix
R (km) distance à la source. d’un modèle probabiliste de production de séismes par ces zones-
M magnitude (M w ou M s). sources. L’inverse de la probabilité annuelle de dépassement du
S index de sol (= O dans le cas présent). niveau de mouvement retenu est égal à la période de retour de ce
dépassement ; on vise typiquement des périodes de retour de l’ordre
enregistrements récemment obtenus à proximité de failles. Les dif- de 100 à 500 ans pour les ouvrages présentant un risque « normal »
férences entre un séisme de faible magnitude et un grand séisme et de l’ordre de 1 000 à 10 000 ans pour les ouvrages à risque
ne portent donc pas sur la vitesse ou l’accélération dans la exceptionnel.
zone-source, mais sur les dimensions de celle-ci (tableau 2) et sur
la durée du signal, qui est proportionnelle à ces dimensions (dans
l’hypothèse d’une vitesse constante de propagation de la rupture sur 1.4.2 Caractérisation par le spectre de réponse
le plan de faille). Les petits séismes (magnitude de l’ordre de 4 à 5,5)
ne peuvent être destructeurs que localement et seulement s’ils sont Une fois déterminé l’aléa sismique, il faut le transcrire en données
très superficiels. utilisables dans les calculs ; une valeur d’accélération ou de vitesse
et a fortiori un niveau d’intensité sont insuffisants pour caractériser
— La présence dans certaines lois d’atténuation de l’index S
une action dynamique comme l’est l’action sismique. On utilise le
caractérisant les terrains du site attire l’attention sur ce que l’on
plus souvent la caractérisation par le spectre de réponse, défini
appelle l’effet de site, c’est-à-dire les modifications des mouvements
comme suit.
sismiques par les particularités topographiques ou stratigraphiques
du site. Il est maintenant bien connu, suite à certains séismes récents On considère (figure 7) un oscillateur simple, c’est-à-dire un sys-
(notamment ceux de Mexico, 19 septembre 1985, et de Californie, tème constitué d’une masse m reliée à un support par un ressort
17 octobre 1989), que des couches d’alluvions ayant de faibles carac- de raideur k et un amortisseur visqueux de constante c. Lorsque le
téristiques mécaniques sont susceptibles d’amplifier considéra- support est excité par un accélérogramme γ (t ), l’équation qui
blement (d’un facteur 3 ou même davantage) les mouvements en détermine le déplacement relatif x (t ) de la masse m par rapport au
surface par rapport à ceux que l’on observe sur des affleurements support s’écrit :
rocheux. De même, certains reliefs accusés (crêtes, rebords de pla-
teaux) sont souvent le siège de mouvements plus violents que ceux mẋ˙ + cx˙ + kx = – m γ ( t ) (16)
des zones à topographie douce. La distribution fréquemment très 1
Soit encore, en posant ω = (pulsation) et ξ = ------ c ( mk ) –1/2
(k /m )1/2
irrégulière des dégâts sismiques dans les villes peut, dans beaucoup 2
(amortissement réduit, supposé inférieur à 1) :
de cas, être expliquée par la considération de ces effets de site [1] [2].
ẋ˙ + 2 ξωx˙ + ω 2 x = – γ ( t ) (17)
1.4 Mouvement sismique de calcul La solution de cette équation, avec les conditions initiales x (0) = 0,
sur un site donné ẋ ( 0 ) = 0 , est donnée par l’intégrale de Duhamel :

γτ
t
1.4.1 Évaluation de l’aléa sismique 1
( ) exp [ – ξω ( t – τ ) ]
x (t ) = – ---------------------------- (18)
ω 1 – ξ2 0
L’évaluation de l’aléa sismique sur un site donné consiste à déter- sin ω ( t – τ ) 1 – ξ 2  dτ
miner les mouvements sismiques les plus agressifs dont on doit
considérer l’occurrence sur ce site comme possible. Cette définition

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On désigne par Sd le maximum du module de x (t ) et l’on pose : L’intérêt du spectre de réponse vient de ce que la réponse
linéaire d’une structure complexe peut être obtenue en
S v ( pseudo-vitesse ) = ω S d  combinant les réponses de ses modes propres de vibration
 (19) qui se comportent comme des oscillateurs simples indépen-
S a ( pseudo-accélération ) = ω 2 S d  dants (§ 3.1.5). Le spectre de réponse fournit donc, pour un accéléro-
gramme donné, la réponse maximale d’un ensemble quelconque de
Le spectre de réponse est un diagramme représentant, pour un
modes propres, d’où l’on peut déduire facilement une estimation de
amortissement réduit ξ donné, la variation de Sv (spectre en
la réponse maximale d’une structure quelconque (§ 3.1.6).
pseudo- vitesse) ou de Sa (spectre en pseudo-accélération) en fonc-
tion de ω (ou de la fréquence f = ω /2 π ou de la période T = 2 π /ω ). On observe sur la figure 8 que le spectre de réponse d’un accé-
lérogramme réel présente des fluctuations irrégulières, d’autant plus
On voit sur la figure 8 un exemple de spectre de réponse d’un
que l’on considère de faibles valeurs d’amortissement. Il en résulte
accélérogramme sismique, tracé pour différentes valeurs de ξ.
qu’un tel spectre ne doit pas être utilisé directement pour des calculs
de vérification de la sécurité. Ces calculs sont faits à partir de spectres
Pour les faibles valeurs de ξ que l’on rencontre habituellement,
de réponse lissés (figure 9) où l’on a « gommé » ces fluctuations
la pseudo-accélération Sa est voisine de la valeur maximale du
aléatoires en faisant une analyse statistique (moyenne ou moyenne
module de l’accélération absolue ẋ˙ + γ (t ) [l’égalité est rigoureuse
plus un écart-type) d’un ensemble de spectres de réponse d’accéléro-
pour ξ = 0, comme on le voit dans l’équation (17)].
grammes réels. Dans la suite, lorsqu’on parlera de spectres
de réponse, il s’agira toujours de spectres lissés.

1.4.3 Autres représentations du mouvement

Le spectre de réponse est la donnée d’entrée utilisée dans la


grande majorité des calculs sismiques. Il arrive que d’autres
représentations du mouvement lui soient préférées, notamment :
— un ou plusieurs accélérogrammes, lorsqu’il est nécessaire
de faire un calcul dans le domaine temporel (calcul non linéaire par
exemple) ; les accélérogrammes utilisés peuvent être un ensemble
d’accélérogrammes de séismes réels ou des accélérogrammes
synthétiques, choisis pour que leur spectre de réponse soit voisin
d’un spectre donné ;
— une densité spectrale de puissance, lorsqu’on veut utiliser
les méthodes de la dynamique stochastique.

Figure 7 – Oscillateur simple

Figure 8 – Spectre de réponse


de la composante N-S enregistrée à Tolmezzo
(séisme du Frioul) le 6 mai 1976

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2. Conception parasismique
des ouvrages
2.1 Sols et fondations
Nota : On se reportera à la rubrique Géotechnique. Mécanique des sols et des roches de
ce traité.
C’est un fait d’expérience bien établi que les ouvrages fondés sur
sol meuble sont plus vulnérables aux actions sismiques que ceux
fondés sur rocher. Cela tient, d’une part, aux effets de site (§ 1.3.2)
et, d’autre part, aux sollicitations induites dans les fondations par
la déformation des sols sous l’effet des ondes sismiques.
Dans certains cas, l’action du mouvement sismique sur le sol
provoque des désordres importants : tassements, effondrements
locaux, diminution considérable de la force portante. Particulière-
ment notable est le phénomène de liquéfaction des sols, qui peut
affecter les sols granulaires saturés d’eau ; ce phénomène résulte
de la montée de la pression interstitielle de l’eau lorsque les vibra-
tions sismiques tendent à tasser les grains les uns contre les autres ;
cette montée de pression peut être telle qu’elle détruit la cohésion
du squelette solide et lui fait perdre toute résistance au cisaillement
[17]. Ces désordres au niveau du sol peuvent avoir des répercussions
très défavorables sur la tenue des fondations et des ouvrages.
Il convient donc d’éviter, dans la mesure du possible, les
terrains fortement fracturés, les zones d’éboulis, les remblais
insuffisamment compactés, les sols présentant un indice des
vides élevé et les sols mous imprégnés d’eau.
Bien entendu, de telles conditions de fondation sont également
défavorables du point de vue du comportement sous charges sta-
tiques (poids propre), mais il faut prendre conscience que l’action
sismique est une circonstance aggravante qui peut transformer une
situation médiocre, mais admissible en ce qui concerne la force
portante et les tassements sous poids propre, en une situation
inacceptable.
Lorsqu’il n’est pas possible de modifier l’implantation des
ouvrages pour trouver de meilleures conditions de terrain, il faut
étudier très soigneusement les mesures correctives envisageables
(compactage, injections, substitution de sol). Le recours aux fonda-
tions profondes (pieux, barrettes, puits) constitue souvent la
meilleure solution, sous réserve que celles-ci soient bien conçues
et calculées pour résister aux actions sismiques. Le séisme de Mexico
(19 septembre 1985) a montré que les bâtiments fondés sur pieux
Figure 9 – Spectres de réponse élastique RE (T ) normalisés
travaillant en pointe se sont bien comportés, alors que plusieurs
des Recommandations AFPS 90 suivant le type de site
exemples de rupture de fondations sur pieux flottants ont été
(S 0 , S 1 , S 2 ,S 3 ) pour  = 5 % (d’après [24])
observés. Cette constatation a conduit les autorités mexicaines à
diminuer sensiblement la valeur de l’adhérence prise en compte pour
le calcul des pieux flottants (qui est passée de 60 % à 35 % de la
Enfin, les méthodes de calcul simplifiées, encore largement cohésion non drainée), ce qui à Mexico revient pratiquement à inter-
pratiquées, définissent en général le mouvement sismique par un dire les pieux flottants pour la plupart des immeubles, la longueur
simple jeu de coefficients sismiques, c’est-à-dire de valeurs de pieux nécessaire à l’obtention d’une force portante suffisante avec
d’accélération statique qui, multipliées par les masses sur lesquel- cette valeur de l’adhérence étant telle que les pieux atteindront
les ces accélérations agissent, fournissent un système de forces nécessairement la première couche dure vers 35-40 m de
d’inertie statiques dont l’action est supposée équivalente à celle profondeur [2].
des véritables forces d’inertie dynamiques qui sollicitent la struc-
Dans tous les cas, il faut respecter le principe d’homogénéité du
ture pendant le séisme. Ces coefficients sismiques sont souvent
mode de fondation qui doit être le même sur toute l’étendue de
déduits de considérations sur les spectres de réponse, mais ceux-ci
la fondation, à moins que celle-ci ne soit fractionnée en unités de
ne sont pas nécessairement explicites pour l’utilisateur de ces
fondation séparées par des joints ; le mode de fondation peut alors
méthodes.
varier d’une unité à l’autre, mais doit rester homogène dans chacune
d’elles. Par exemple, on ne peut pas fonder une même unité partie
sur semelle, partie sur pieux. D’une façon générale, lorsque le sol
présente des discontinuités telles que contacts de formations géo-
logiques très différentes, il est préférable d’implanter l’ouvrage tout
entier d’un même côté de la discontinuité [12] [24].

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Les fondations et leurs liaisons avec les superstructures doivent différentes parties qui conduisent à des accumulations de sollicita-
être conçues de manière à prévenir la possibilité de déplacements tions dans certaines zones sous l’action des mouvements sismiques.
relatifs entre les éléments ; en application de cette règle, les En d’autres termes, si l’on cherche à faire « tenir ensemble » des élé-
points d’appui d’un même bloc de construction doivent générale- ments structuraux ayant des réponses sismiques et des capacités
ment être solidarisés par un réseau bidimensionnel de longrines. de déformation très différentes, on doit s’attendre à ce que les
On verra au paragraphe 2.4.1 que le principe des fondations spé- liaisons entre ces éléments « souffrent » particulièrement ; de telles
ciales parasismiques consiste, au contraire, à assouplir les liaisons structures sont, notamment, très sensibles aux effets de torsion
horizontales entre superstructures et fondation ; les moyens (figure 10).
mis en œuvre pour obtenir cet assouplissement et contrôler les Lorsque la fonction de l’ouvrage impose l’adoption d’une struc-
déplacements relatifs qui en résultent doivent être étudiés avec ture fortement dissymétrique, on peut, dans certains cas, amé-
beaucoup de soin. liorer le comportement sismique en découpant la structure en
Les fondations des bâtiments dont la forme en plan est sous-structures relativement symétriques séparées par des
irrégulière (par exemple en T, en L, ou en U) doivent, de joints (figure 11) ainsi qu’on l’a vu ci-avant pour les fondations.
préférence, être découpées en blocs de forme sensiblement Cette méthode est, toutefois, d’un emploi plus difficile pour les
rectangulaire, séparés par des joints ; ces joints doivent être bâtiments, dont les mouvements horizontaux sont, en général,
conçus de manière à ne pas transmettre d’efforts notables fortement amplifiés par rapport à ceux des fondations, ce qui
(matériaux d’obturation ou d’étanchéité facilement écrasables, impose de réaliser des joints très larges pour éviter le risque de
couvre-joints déformables ou libres de glisser sans se coincer). choc entre éléments adjacents ; de plus, les déplacements relatifs
qui résultent de cette sous-structuration peuvent être incompa-
Un problème très important, au niveau des fondations, est celui tibles avec la fonction de l’ouvrage.
du raccordement entre le réseau des canalisations intérieures
et le réseau des canalisations extérieures. Ce raccordement est, Le problème des chocs entre corps de bâtiments voisins
en général, un point très vulnérable, en raison des déplacements a été clairement mis en évidence par l’analyse des dégâts causés
relatifs induits par le séisme entre la fondation de l’ouvrage et les par un certain nombre de séismes. Dans bien des cas, l’espace-
points fixes du réseau extérieur ; les incendies causés par la rupture ment des bâtiments aurait pu être notablement augmenté (évitant
des canalisations de gaz ont parfois aggravé de façon catastrophique ainsi le risque de choc) sans inconvénients d’ordre fonctionnel et
le bilan des dégâts et des victimes dû aux seuls effets des secousses sans surcoût appréciable de construction.
sismiques. Il est impératif de prendre pour ces raccordements des Lorsque la sous-structuration d’un bâtiment dissymétrique n’est
dispositions appropriées, leur conférant une souplesse suffisante pas possible, la prise en compte de l’action sismique se traduit, en
pour « encaisser » sans dommages excessifs ces déplacements rela- général, par des renforcements importants, qui doivent résulter
tifs (lyres, soufflets). Ce problème est typique du souci du détail qui d’une étude très soignée du comportement dynamique de l’ouvrage
doit inspirer l’action du responsable de la conception parasismique ; (modèle tridimensionnel représentant les effets de torsion).
celui-ci doit viser à obtenir la meilleure sécurité, non seulement pour L’attention doit être attirée sur le fait qu’un bâtiment de forme
la tenue des structures de l’ouvrage, mais aussi pour tous les équi- symétrique peut être fortement dissymétrique du point de vue de
pements potentiellement dangereux ; l’imagination (pour envisager sa structure résistante ou de la distribution des masses (figure 12).
les différents schémas possibles d’accidents) et le bon sens sont, Le principe de symétrie s’applique aussi bien aux raideurs et aux
ici, les meilleurs guides. À titre d’exemple, on peut signaler le cas inerties qu’aux formes géométriques.
de portes d’évacuation placées trop près d’un couvre-joint, qui ont
été coincées par le déplacement de celui-ci, alors qu’un petit chan- Le principe de régularité s’applique en plan et en élévation ;
gement de position de la porte, ou un simple aménagement du bas la clef de son application est d’éviter les discontinuités ou les varia-
de porte, aurait évité ce coincement et permis l’évacuation. tions trop rapides dans la distribution des inerties et des raideurs,
comme dans les exemples suivants :
— parties supérieures souples surmontant des parties rigides
2.2 Dispositions d’architecture (ce qui est souvent le cas pour des surélévations de bâtiments) ;
ces parties supérieures peuvent être très fortement sollicitées par
2.2.1 Symétrie et régularité un effet du type coup de fouet (figure 13) ;
— étages en retrait ou en porte-à-faux ; de telles irrégularités
L’analyse des dégâts sismiques montre clairement que les peuvent être sans conséquences exagérément défavorables si elles
bâtiments à structure régulière et symétrique se comportent mieux restent dans certaines limites (figure 14). Les porte-à-faux impor-
que ceux dont les formes géométriques et la distribution des tants et lourdement chargés sont par contre très défavorables (effets
éléments résistants sont complexes, même lorsque les règlements de la composante verticale de l’excitation et de la torsion) et ont,
parasismiques ont été correctement appliqués. Les calculs prescrits dans certains cas, entraîné la ruine complète de constructions qui
par ces règlements ne représentent, en effet, les sollicitations auraient pu survivre à la secousse, si les ruptures de porte-à-faux
sismiques subies par les bâtiments que d’une façon assez grossière n’avaient amorcé la dislocation du reste de l’ouvrage (mode de ruine
et cette représentation est sans doute plus proche de la réalité dans en château de cartes) ;
le cas des bâtiments réguliers, dont la réponse sismique est plus — irrégularités dues au changement de type de structure à l’inté-
simple, que dans celui des bâtiments irréguliers. En outre, il est rieur du même bâtiment : passage d’un contreventement par voiles
essentiel de comprendre que la sécurité sismique repose au moins à un contreventement par portiques ou cohabitation de deux types
autant sur le respect de règles empiriques que sur des vérifications de structures sur toute la hauteur (figure 15) ;
par le calcul et que ces règles empiriques sont mieux connues pour — bâtiments présentant des niveaux transparents, notamment au
les bâtiments réguliers, plus répandus et plus simples, que pour les rez-de-chaussée, résultant de nécessités fonctionnelles (accès,
bâtiments irréguliers, dont chacun constitue un cas particulier. stationnement de véhicules, manutentions, etc.) ; les parties situées
Les principes de symétrie et de régularité sont donc très au-dessus du niveau transparent se comportent en pendule inversé,
importants pour les concepteurs d’ouvrages parasismiques les éléments porteurs du niveau transparent sont très fortement sol-
[10]. licités (en particulier par des effets du second ordre) et ont souvent
été la cause d’effondrements partiels (pertes d’un étage) ou complet
Ils recommandent d’éviter les formes compliquées et les irré- (château de cartes) (figure 16) ;
gularités dans la distribution des inerties et des raideurs ; — irrégularités à la base du bâtiment, par exemple lorsque celui-ci
les structures fortement dissymétriques, en effet, ont le plus souvent suit la pente du terrain ou est fondé sur des pieux de longueurs
des modes de transmission des efforts et des moments entre les variables (figure 17).

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Figure 10 – Torsion d’un bâtiment irrégulier (modes propres d’un bâtiment en L) (d’après [10])

Ces considérations sur la symétrie et la régularité ne doivent pas — la nécessité de réaliser des planchers rigides dans leur
laisser croire que la conception parasismique exclut nécessairement plan (diaphragmes), de manière à assurer la transmission des forces
toute recherche architecturale. Elles visent à attirer l’attention sur horizontales aux éléments de contreventement et, par-delà, aux
la nécessité d’une réflexion approfondie au niveau de la conception fondations ; cet objectif de rigidité est parfois difficile à atteindre dans
et d’un calcul très soigné pour les projets des bâtiments qui ne res- les bâtiments industriels (appuis très écartés, proportion importante
pectent pas les principes énoncés précédemment. Les règlements d’ouvertures dans les planchers, trémies de manutention) (figure 18)
parasismiques reconnaissent cette nécessité en excluant l’emploi de et dans les bâtiments irréguliers (notamment au voisinage des
méthodes de calcul simplifiées pour les bâtiments irréguliers [14]. angles rentrants ou saillants) ;
Une étroite collaboration entre l’architecte et l’ingénieur est, à l’évi- — la nécessité de bien fixer les équipements lourds aux
dence, requise pour ce type d’ouvrages. structures de génie civil (murs, planchers).

2.2.2 Monolithisme 2.2.3 Contreventement

Un autre principe de base pour la conception parasismique est Les éléments résistants de la structure et en particulier ceux
celui du monolithisme, d’après lequel les différentes parties de la fournissant la résistance latérale (contreventement) doivent être
structure doivent être convenablement liées entre elles pour éviter capables de reprendre les efforts et les moments dus à l’action sis-
la désolidarisation de leurs éléments sous l’action des secousses mique. Dans ce but, il y a intérêt à doter les constructions d’une maille
sismiques. Ce principe se traduit essentiellement par : structurale régulière, à éviter de recourir à la torsion des pièces pour
— l’adoption de chaînages dans les structures en maçon- équilibrer certains efforts, à faire en sorte que les éléments porteurs
nerie ; la nécessité d’un chaînage horizontal est évidente mais un se superposent convenablement d’un étage à l’autre et que les élé-
chaînage vertical est également requis, même si le poids propre et ments de contreventement soient disposés suivant des plans [12].
le frottement assurent une certaine solidarisation des éléments ; Le contreventement est l’un des aspects les plus impor-
d’une façon générale, d’ailleurs, les règlements parasismiques tants de la conception parasismique, l’action des séismes se
n’admettent qu’exceptionnellement le recours à des équilibres de traduisant par des efforts horizontaux qui peuvent dépasser très
forces par effet de frottement ; sensiblement ceux dus aux effets du vent. Pour des bâtiments éle-
vés, l’action du vent peut être plus grande que celle du séisme

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Figure 11 – Sous-structuration par joints (d’après [10])

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horizontal, mais cela n’est généralement vrai que dans le sens ■ Le contreventement par ossatures est beaucoup plus souple
transversal (vent ou composante sismique parallèle au petit côté que le contreventement par voiles ; il impose donc des déformations
du bâtiment) ; dans le sens longitudinal (grand côté), c’est le importantes aux éléments non structuraux, ce qui peut compro-
séisme qui est presque toujours prépondérant ; il faut donc prévoir mettre leur tenue ; par contre, il conduit à des efforts sismiques plus
le contreventement dans les deux directions horizontales. faibles et présente, en général, une meilleure ductilité (capacité de
Comme indiqué ci-avant, on a intérêt à réaliser des plans de déformation au-delà du comportement élastique, § 2.3.1). Il peut être
contreventement ; ceci permet d’éviter l’apparition de torsion et de particulièrement avantageux dans les cas de fondation sur rocher
cisaillement aux « brisures » de la ligne de contreventement. On ne (période fondamentale contrôlée par la raideur propre de la structure
peut donner ici que des indications très générales sur le choix du et suffisamment grande pour éviter une forte amplification de
mode de contreventement qui peut être réalisé par voiles (murs réponse), sous réserve que la tenue des éléments non structuraux ne
continus parallèles à la direction de l’effort), par ossatures (systèmes soit pas critique.
de poutres tels que des portiques) ou par noyaux (assemblage de On trouve ainsi le principe selon lequel il faut construire souple
murs formant une poutre caisson sur toute la hauteur du bâtiment). sur sol raide et raide sur sol souple.
■ Le contreventement par voiles est généralement très raide, ce ■ Le contreventement par noyaux est souvent utilisé pour les
qui présente l’avantage de limiter à des valeurs très petites les immeubles de grande hauteur. Les noyaux qui correspondent aux
déformations imposées aux éléments non structuraux (remplis- cages d’escaliers ou d’ascenseurs peuvent être combinés avec des
sages, cloisons, fenêtres) ; par contre, cette raideur élevée conduit à éléments de contreventement situés en façade (figure 19) ; on
des valeurs de la période fondamentale de la structure qui sont, le obtient ainsi des structures tubulaires comportant des tubes inté-
plus souvent, situées dans la zone fortement amplifiée du spectre en rieurs pleins (noyaux) et un tube extérieur ajouré (façade) ; celui-ci
pseudo-accélération, donc à des efforts importants ; dans le cas de doit bien entendu être lié aux tubes intérieurs par des structures
fondation sur sol relativement mou, c’est la raideur du sol, plus que rigides de manière à assurer la participation au contreventement de
celle de la structure, qui contrôle la période fondamentale du bâti- l’ensemble des éléments résistants. Ces structures rigides de liaison
ment et le contreventement par voiles peut être particulièrement peuvent être présentes à tous les niveaux du bâtiment (par exemple,
avantageux. en remplaçant systématiquement certaines cloisons par des refends)
ou seulement à certains niveaux.

Figure 12 – Forme symétrique et structure dissymétrique Figure 13 – Effet de coup de fouet

Figure 14 – Retraits et porte-à-faux.


Exemples de règles de limitations des irrégularités

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Figure 16 – Bâtiment à rez-de-chaussée transparent (d’après [10])

Figure 15 – Changement du type de contreventement


à l’intérieur d’un même bâtiment

■ Les systèmes de contreventement doivent être conçus pour


résister, non seulement aux efforts horizontaux, mais aussi aux
moments de torsion d’axe vertical ; ceux-ci ont pour origine :
— les excentricités « théoriques », c’est-à-dire les écarts entre le
centre d’inertie et le centre de torsion aux différents niveaux du
bâtiment, tels que calculés dans les conditions normales (raideurs
élastiques des contreventements, répartition des masses et des sur-
charges correspondant aux conditions normales d’exploitation) ;
— les excentricités « accidentelles » résultant, par exemple, de la
dégradation de certaines raideurs pour les éléments dont le compor-
tement devient inélastique ou d’une distribution particulière des
surcharges ;
— les déphasages dans l’excitation sur l’étendue de la fondation
du bâtiment pour les ondes sismiques dont la longueur d’onde est
comparable aux dimensions de la fondation.
Les deux dernières de ces causes de torsion (excentricités acci-
dentelles et déphasages d’excitation) montrent que la torsion doit
être envisagée même dans les cas où la structure est parfaitement
symétrique (excentricité théorique nulle à tous les étages). Les sys-
tèmes instables ne pouvant équilibrer les moments de torsion
(figure 20) sont donc interdits [10].
On montre facilement qu’un système stable de contreventement
par voiles doit comporter au moins trois refends non concourants.
Un dernier point important pour la conception des systèmes de
contreventement est la supériorité des systèmes hyper-
statiques sur les systèmes isostatiques. La redistribution des Figure 17 – Irrégularités à la base du bâtiment (d’après [10])
efforts qui caractérise les systèmes hyperstatiques en cas de compor-
tement inélastique leur confère en effet une meilleure fiabilité
vis-à-vis de l’action sismique [10]. 2.3 Dispositions de construction
et d’installation
2.2.4 Ordre d’apparition des rotules plastiques 2.3.1 Ductilité des éléments structuraux
Les comportements inélastiques étant acceptés dans la conception La ductilité est, rappelons-le, la capacité de déformation d’un élé-
parasismique, il convient que le projeteur optimise la capacité ment de structure au-delà de sa limite élastique. Cette capacité de
résistante de la structure en agissant sur l’ordre d’apparition de ces déformation inélastique permet la dissipation de l’énergie sous
comportements dans les différents éléments. À cet égard, il est chargement cyclique par formation de boucles d’hystérésis
recommandé de privilégier la conception poteaux forts- (figure 22).
poutres faibles dans laquelle la formation des rotules plastiques
La ductilité dépend des matériaux utilisés mais aussi du mode
dans les éléments porteurs verticaux ne peut précéder la formation
de travail de l’élément considéré (flexion, cisaillement,
de rotules dans les éléments transversaux (figure 21). De cette
traction-compression) et, pour les matériaux composites, des dis-
manière, la structure est capable de dissiper de l’énergie sans dégra-
positions prises pour tirer parti des qualités spécifiques des
dation de sa capacité porteuse, alors que dans la conception inverse
composants. Si l’élément comporte des assemblages, ceux-ci
(poteaux faibles-poutres fortes) celle-ci pourrait être compromise,
peuvent être moins ductiles que la partie courante de l’élément.
notamment sous l’effet des moments du second ordre résultant de
la grande déformation des éléments verticaux [24].

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Figure 21 – Apparition des rotules plastiques

Figure 18 – Défaut de rigidité des planchers (d’après [10])

Figure 22 – Cycles d’hystérésis.


Élément à comportement bilinéaire avec dégradation

matériaux ; il en est ainsi, par exemple, pour les poutres métalliques


dont l’élancement ou la minceur des tôles sont tels que les actions
sismiques de compression produisent des phénomènes de flambe-
ment ou de voilement ;
— d’une façon générale, le mode de travail d’un élément qui est
le plus favorable pour l’obtention de la ductilité est la flexion simple ;
l’existence d’un effort normal important agissant en même temps
que la flexion est susceptible de réduire fortement la ductilité ;
Figure 19 – Structures tubulaires (d’après [10]) — la rupture par effort tranchant présentant souvent un carac-
tère fragile, il importe que les plastifications qui apparaissent en
premier dans l’élément considéré correspondent à des effets de
flexion et que la résistance aux efforts tranchants reste assurée,
même en cas de formation d’une rotule plastique de flexion ;
— malgré les progrès des modèles de calculs, l’expérimentation
reste indispensable pour quantifier la capacité ductile d’un élément
donné ; les essais sont le plus souvent effectués en « statique
alterné », c’est-à-dire suivant une suite de cycles où le signe de
l’effort appliqué change d’un cycle à l’autre.
Figure 20 – Contreventements instables vis-à-vis de la torsion En ce qui concerne les avantages et les inconvénients des
différents matériaux, on ne peut donner ici que quelques appré-
ciations tirées de l’expérience.
Quelques indications très générales peuvent être données sur — Structures en acier ; elles présentent en général une bonne
les facteurs qui influencent la ductilité : ductilité sous réserve que les phénomènes d’instabilité de forme
— tout d’abord il faut insister sur le fait que la ductilité visée doit mentionnés ci-avant ne produisent pas de dégradation sensible
être obtenue pour plusieurs cycles de chargement et non pour un des raideurs et que les assemblages ne soient pas fragiles ; la qua-
seul ; certains éléments peuvent présenter une capacité importante lité des soudures est évidemment essentielle pour la sécurité de
de déformation post-élastique au premier cycle et voir leur résis- ces structures.
tance se dégrader très vite pour les cycles suivants ; — Structures en béton armé ; d’une façon générale, c’est le risque
— certains matériaux intrinsèquement ductiles, comme l’acier de rupture du béton comprimé qui limite la ductilité des éléments
habituellement utilisé en charpente métallique, peuvent être mis en en béton armé ; le ferraillage des sections doit être conçu de manière
œuvre dans des conditions qui ne permettent pas d’obtenir en réalité que l’allongement plastique des armatures du côté tendu précède
une bonne ductilité des éléments structuraux utilisant ces

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l’écrasement du béton côté comprimé dans les pièces qui travaillent 2.3.2 Éléments non structuraux
en flexion ; cette condition est plus facile à réaliser lorsque le taux
de ferraillage n’est pas trop grand. Il est également essentiel que Les éléments non structuraux (remplissages de maçonnerie des
les armatures transversales soient en nombre suffisant pour éviter structures contreventées par portiques, cloisons, façades) jouent
que le béton fissuré ne se désagrège et ne laisse les armatures souvent un rôle important dans la réponse du bâtiment à l’excitation
longitudinales à nu, ce qui conduit très souvent à leur ruine par flam- sismique. Dans l’état initial non dégradé, leur raideur peut en effet
bement sous l’action de l’effort normal (figure 23). être comparable à celle des éléments structuraux et donc influencer
— Structures en maçonnerie ; l’expérience montre que ces struc- les caractéristiques dynamiques (périodes et modes propres) de la
tures, sous réserve qu’elles soient convenablement chaînées, structure. Pour des excitations de fort niveau, leur dégradation, qui
résistent bien jusqu’à un certain niveau d’excitation, mais qu’au-delà peut être brutale, est une des causes possibles de l’apparition d’une
leur dégradation est rapide suite à la désolidarisation des blocs et torsion accidentelle (§ 2.2.3). Ils peuvent enfin présenter des risques
la chute de certains d’entre eux. Bien qu’il soit difficile de définir avec pour les personnes, même dans les cas où le bâtiment résiste aux
précision la limite élastique pour de telles structures, le secousses (chute de cloisons, projections d’éclats de verre suite à
comportement observé est typique des structures peu ductiles. la rupture des vitrages, etc.).
— Structures en bois ; la diversité de ces structures, notamment Les interactions entre éléments structuraux et non struc-
par leurs modes d’assemblage, et le manque d’informations d’ori- turaux constituent un des problèmes les plus difficiles du
gine expérimentale pour certaines d’entre elles ont jusqu’ici génie parasismique ; le cas typique est celui des ossatures en
conduit, en France, à des estimations très prudentes de leurs capa- béton armé avec remplissage en maçonnerie de pierres ou de par-
cités ductiles ; cette situation pourrait changer rapidement si un paings. L’action sismique horizontale tend à déformer le panneau
programme d’expérimentation adéquat était réalisé. de maçonnerie en parallélogramme (figure 24), provoquant la for-
mation d’une bielle diagonale de compression qui agit sur le coin
Pour conclure sur la ductilité, il convient de remarquer que la
du cadre en béton armé, avec notamment une tendance au
ductilité d’ensemble d’une structure est généralement plus faible
soulèvement ; on connaît plusieurs exemples de dommages subis
que celle de ses éléments structuraux. La ductilité d’ensemble,
par ces cadres du fait de ce phénomène.
dont le calcul cherche à rendre compte par le biais du coefficient
de comportement q (§ 3.1.7), dépend pour une large part du type D’une façon générale, pour une action dynamique comme
de la structure et de l’arrangement de ses composants [15] [24]. l’action sismique, il n’est pas toujours facile de dire a priori quelles
sont les simplifications qui vont dans le sens de la sécurité. Si pour
un calcul statique l’omission de la résistance des éléments non
structuraux est une pratique prudente admise sans discussion, il
n’en est pas de même pour les situations sismiques, où cette omis-
sion peut conduire à sous-estimer certains efforts agissant sur la
structure.

2.3.3 Installation des équipements

La sécurité sismique des équipements contenus dans un bâti-


ment dépend essentiellement de la tenue de leurs ancrages.
Ceux-ci doivent être étudiés et réalisés avec soin. L’attention est atti-
rée sur le fait que les réactions d’appui de l’équipement, induites
par le séisme, ne sont pas toujours connues au moment où l’on fait
la vérification du génie civil ; il est donc souvent nécessaire de les
estimer forfaitairement par excès à ce stade, pour éviter de
sous-dimensionner les platines d’ancrage.
Bien entendu, on doit rechercher au maximum, pour l’installa-
tion des équipements lourds, la réduction des écarts entre le centre
de gravité de l’équipement et le plan de supportage, en évitant
autant que possible les porte-à-faux importants (aussi bien dans le
sens horizontal que dans le sens vertical).

Figure 24 – Effet de bielle dans un panneau en maçonnerie


Figure 23 – Insuffisance d’armatures transversales

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2.3.4 Modes de construction ces boucles permettent, après enfilage d’armatures verticales, de
réaliser une liaison résistante entre panneaux par clavetage de béton
La sécurité impose non seulement d’avoir une bonne conception coulé en place.
parasismique, mais aussi un contrôle rigoureux de l’exécution Le bon comportement de ces bâtiments, dont le procédé de pré-
sur le chantier. L’expérience enseigne que les séismes de forte fabrication et d’assemblage paraît dériver du procédé français
intensité sanctionnent impitoyablement les défauts d’exécution et Camus, montre qu’il est parfaitement possible de réaliser des
les malfaçons. La définition du mode de construction et des moyens constructions préfabriquées présentant un bon niveau de
nécessaires pour effectuer les contrôles fait partie intégrante de la sécurité en zone sismique.
conception parasismique et doit tenir compte des particularités de
chaque projet (qualité et mode de stockage des matériaux, qualifi-
cation de la main d’œuvre locale). 2.4 Dispositions parasismiques spéciales
Un débat a souvent été ouvert, notamment suite au séisme armé-
nien de Spitak (7 décembre 1988), sur la sécurité des constructions 2.4.1 Appuis parasismiques
préfabriquées en zone sismique. La grande majorité des victimes de à la base des bâtiments
ce séisme (25 000 suivant le bilan officiel, mais certainement plus
en réalité) résulte de l’effondrement de bâtiments préfabriqués à L’allure des spectres de réponse qui définissent le mouvement
ossature poteaux-poutres en béton armé, avec planchers alvéolés sismique (figure 9) montre que la réponse en pseudo-accélération
et remplissages de tuf appareillé ou de panneaux (figure 25) ; la décroît pour les longues périodes (branche descendante du spectre
préfabrication portait sur les éléments d’ossature (poutres et à droite du plateau où l’amplification est maximale).
poteaux), les éléments de plancher et les panneaux de façade [3]. Il est donc intéressant de chercher à bénéficier de cette
La ruine de ces constructions ne tient pas à leur préfabrication, décroissance en réalisant un supportage souple du bâtiment,
mais essentiellement à leur très mauvaise conception d’un point de manière que sa période fondamentale soit suffisamment grande
de vue parasismique : absence de liaisons résistantes entre le pla- pour obtenir une réponse atténuée [26].
cage en tuf ou en panneaux et l’ossature, éléments de plancher Cette technique des appuis parasismiques, dont il existe plusieurs
simplement posés sur les poutres. L’effondrement provient soit de variantes, suscite actuellement beaucoup d’intérêt dans la plupart
la chute des placages suivie de la rupture des jonctions de l’ossa- des pays concernés par le risque sismique. La France a été parmi
ture par insuffisance du contreventement, soit de l’écartement des les pionniers en la matière puisque ses premières réalisations
mûrs entraînant la chute des planchers et la ruine en château de remontent à la fin des années 70 ; il s’agit du lycée de Lambesc (épi-
cartes. centre du séisme provençal du 11 juin 1909) construit en 1977 en
On a pu observer, au cours de ce même séisme, le bon utilisant le système d’appuis « Gapec » développé par G. Delfosse
comportement de bâtiments de 9 niveaux à panneaux porteurs pré- (CNRS Marseille) et de la centrale nucléaire de Cruas-Meysse dans
fabriqués. Ces bâtiments (figure 26), malheureusement peu nom- la vallée du Rhône, dont les travaux ont commencé à la même
breux, sont réalisés par assemblage de panneaux porteurs en béton époque. À l’étranger, on cite comme premiers exemples des écoles
allégé (granulats expansés de tuf) avec armatures en treillis sur les à Skopje (Yougoslavie, 1969) et à Mexico (1974) et des réalisations
deux faces et boucles interpénétrantes sur leurs arêtes verticales ; néo-zélandaises (immeubles de bureaux et grande cheminée d’une
usine) au début des années 80.

Figure 25 – Bâtiment préfabriqué en poteaux et poutres (Arménie, d’après [3])

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Ce n’est qu’à partir de 1985-1986 que le Japon et les États-Unis


se sont lancés dans cette voie, après avoir manifesté initialement
quelques réticences.
L’obtention d’une période fondamentale assez grande (comprise
le plus souvent entre 1 et 2 s) n’est pas, en soi, suffisante pour
garantir un bon comportement sous action sismique ; il faut en
outre :
— prévoir des dispositions permettant de tenir compte de
l’augmentation des déplacements qui résulte de la diminution
des accélérations (sur la branche descendante du spectre de la
figure 9, le déplacement augmente proportionnellement à la
période), notamment du point de vue de ses conséquences sur les
liaisons du bâtiment avec l’extérieur (accès, canalisations, etc.) ;
— s’assurer que l’effet des modes de vibration autres que le
fondamental, dont les périodes propres sont plus petites, et qui
peuvent donc se situer dans la zone amplifiée du spectre, ne remet
pas en cause les gains obtenus en allongeant la période
fondamentale ;
— obtenir un grand coefficient de sécurité sur la tenue des
appuis parasismiques, qui doivent présenter un comportement
non fragile et maintenir leur fonction de supportage, même en cas
d’un dépassement significatif de l’intensité du séisme par rapport
à celle retenue pour la conception ;
— vérifier que les effets du vieillissement des appuis et des
conditions d’ambiance (température, hygrométrie, agents
chimiques) ne sont pas de nature à compromettre le bon fonction-
nement des appuis tout au long de la durée de vie prévue pour le
bâtiment ; cette condition implique notamment de prévoir la
possibilité d’inspecter les appuis et, si nécessaire, de les remplacer.
Le plus simple des systèmes d’appuis parasismiques fait appel aux
appuis en élastomère fretté, analogues aux appuis couramment
utilisés pour les ponts. Ces appuis (figure 27), de forme carrée ou
circulaire (dimensions en plan de l’ordre de quelques décimètres à
un mètre et épaisseurs de 5 à 30 cm) sont constitués d’un empile-
ment de feuillets d’élastomère séparés par des frettes métalliques ;
la présence de ces frettes confère aux appuis une grande rigidité
dans le sens vertical (compression) alors que les feuillets d’élasto-
mère peuvent se déformer facilement en cisaillement horizontal,
permettant d’obtenir une grande souplesse vis-à-vis des efforts hori-
zontaux agissant sur le bâtiment.
En agissant sur l’épaisseur d’élastomère h et la surface totale
d’appui S, on peut choisir la raideur horizontale du système (égale
à Ge S/h, Ge étant le module de cisaillement de l’élastomère, de
l’ordre de 1 MPa) de manière à placer la période fondamentale T1
du bâtiment dans la gamme souhaitée (de 1 à 2 s en général). Une
bonne approximation (par défaut) de T1 est obtenue par la
formule :
T1 ≈ 2 π (mh /GeS)1/2 (20)
avec m masse totale du bâtiment.
Cette formule correspond à l’hypothèse d’un bloc rigide de
masse m posé sur les appuis.
En pratique S est déterminé par le choix de la compression sous
poids propre dans les appuis (de l’ordre de quelques MPa) qui ne
doit pas être trop élevée (pour éviter de trop solliciter l’élastomère
et pour conserver une marge pour la prise en compte de la
composante verticale de l’action sismique), ni trop faible (pour
garantir que les appuis restent toujours comprimés). Le paramètre
déterminant pour le choix de T1 est donc l’épaisseur h.
On admet généralement de faire travailler les appuis avec
une distorsion (déformation de cisaillement) de l’ordre de 1 ; il en
Figure 26 – Bâtiment préfabriqué en panneaux porteurs
résulte que le déplacement relatif horizontal induit par le séisme
(Arménie, d’après [3])
entre le bâtiment et le sol doit être sensiblement égal à
l’épaisseur h d’élastomère. Pour des séismes de forte magnitude

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élastiques. Le surcoût d’installation qu’ils représentent peut donc


être largement compensé par les gains sur le dimensionnement des
superstructures ou des équipements, ou par l’amélioration obtenue
en termes de sécurité pour certains équipements sensibles et
coûteux (on peut signaler qu’au Japon, certains centres de calcul
ont été construits sur appuis parasismiques pour mieux protéger
l’investissement considérable représenté par les ordinateurs).
Les conditions énoncées au début de ce paragraphe
(déplacements, modes supérieurs, sécurité des appuis, vieillisse-
ment) peuvent, en général, être remplies sans trop de difficultés. On
peut montrer, par exemple que la quasi-totalité de la réponse du bâti-
ment est concentrée dans le mode fondamental (ce qui rend négli-
geable l’effet des modes supérieurs) et qu’une distorsion de 1 dans
les appuis est tout à fait compatible avec l’objectif de sécurité visé,
la distorsion correspondant à la ruine de l’appui étant généralement
supérieure à 2 (sans d’ailleurs que cette ruine s’accompagne
nécessairement de la perte du supportage). Les problèmes de vieillis-
sement continuent pour certains à faire l’objet de polémiques, mais
l’expérience accumulée porte maintenant sur des durées significa-
tives dans les conditions réelles d’exploitation et le bilan global est
satisfaisant. De toute manière, tous les systèmes d’appuis réalisés
jusqu’à présent ont respecté les conditions d’inspection en service
et de possibilité d’un remplacement.
Outre les appuis en élastomère fretté, décrits ci-avant, plusieurs
systèmes d’appuis plus complexes ont été proposés ; ils utilisent
aussi, pour la plupart, l’appui en élastomère fretté, mais en
combinaison avec des dispositifs complémentaires visant à procurer
un effet d’amortissement par dissipation d’énergie ; on peut citer,
par exemple :
— les systèmes avec plaques de glissement, où la dissipa-
tion d’énergie résulte du frottement entre plaques, comme celui
réalisé par des sociétés françaises à la centrale nucléaire de
Koeberg (Afrique du Sud) (figure 28) ;
— les systèmes avec amortisseurs visqueux, développés
notamment au Japon ;
— les systèmes avec amortisseurs mécaniques, où la dissi-
pation d’énergie est produite par la déformation plastique d’élé-
ments métalliques (noyau de plomb des appuis développés en
Nouvelle-Zélande, barres d’acier de certains systèmes japonais).
Figure 27 – Appuis parasismiques en élastomère fretté

2.4.2 Dispositifs spéciaux pour équipements


(égale ou supérieure à 7,5), tels que ceux envisagés au Japon ou
en Californie, les déplacements à considérer pour des périodes de Pour certains équipements (tuyauteries, échangeurs, réser-
1 à 2 s sont importants (jusqu’à 0,3 m), ce qui entraîne la nécessité voirs,...) différents dispositifs ont été proposés, qui visent à amé-
d’appuis épais avec un grand nombre (20 à 30) de feuillets d’élas- liorer leur comportement vis-à-vis de l’action sismique :
tomère. Pour des séismes de magnitude faible à moyenne (4,5 à — amortisseurs de différents types, mécaniques ou hydrauliques ;
6,5), tels que ceux envisagés en Europe occidentale, les spectres — butées limitant le débattement latéral d’appareils élancés
sont moins contraignants en déplacement (même si les accéléra- dans le sens vertical ;
tions peuvent être élevées) et l’on peut adopter des appuis moins — griffes anti-soulèvement pour les engins de manutention sur
épais (5 à 15 cm) avec seulement quelques couches d’élastomère. rail ;
Ces appuis en élastomère fretté fournissent une solution efficace — dispositifs auto-bloquants des tuyauteries permettant, à la
et simple à mettre en œuvre au problème de la protection parasis- manière des ceintures de sécurité, un blocage des mouvements pour
mique des bâtiments. Ils permettent une réduction sensible des sol- les sollicitations dynamiques rapides, tout en autorisant les mou-
licitations subies par les structures et une fiabilité supérieure des vements lents, tels que ceux résultant des dilatations thermiques.
calculs de conception, notamment en raison du fait que la réponse Ces dispositifs doivent être étudiés avec soin, notamment du
d’un bâtiment sur appuis est fondamentalement plus simple, et point de vue de leur fiabilité et des conséquences, éventuellement
mieux contrôlée en fréquence, que celle d’un bâtiment sur fondation défavorables sur l’exploitation, de leur fonctionnement intempestif.
classique, surtout si l’on admet pour celui-ci des comportements non

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Figure 28 – Appuis parasismiques


avec plaques de glissement
(centrale nucléaire de Koeberg, Afrique du Sud)

3. Bases du calcul sismique l’opinion selon laquelle ce type de calcul ne visait à obtenir qu’un
degré minimal de protection et n’était pas applicable aux structures
pour lesquelles on recherche une sécurité élevée.
Nota : on se reportera aux articles Vibrations [A 410] et Théorie de l’élasticité [A 305]
dans le traité Sciences fondamentales.
Cette opinion est en partie mal fondée, car elle repose essentiel-
lement sur l’idée erronée que l’accélération statique considérée dans
ce calcul (variant de 1 à 2 m/s2 pour des coefficients sismiques de
3.1 Calculs pour les ouvrages courants 0,1 à 0,2) représente l’accélération du sol (auquel cas des valeurs
de 1 à 2 m/s2 ne sauraient correspondre à des séismes véritablement
3.1.1 Calcul statique forfaitaire destructeurs). En fait, sous réserve que la structure présente des
capacités suffisantes de ductilité, la vérification de sa stabilité sous
Le calcul statique des sollicitations sismiques par utilisation de un effort statique de 10 à 20 % du poids suffit généralement pour
coefficients sismiques (§ 1.4.3) a été et reste largement pratiqué, en obtenir un comportement satisfaisant (dégâts structuraux limités)
raison des simplifications qu’il apporte par rapport au calcul dyna-
vis-à-vis de fortes secousses (de l’ordre de 3 m/s2 d’accélération au
mique, dont certains aspects font appel à des techniques très
sol, ou même davantage). Le calcul spectral avec coefficient de
sophistiquées.
comportement (§ 3.1.7), prescrit pour les bâtiments courants par la
Les coefficients sismiques couramment utilisés sont relativement plupart des codes parasismiques actuels, conduit d’ailleurs souvent
faibles, de l’ordre de 0,1 à 0,2 (ce qui revient donc à vérifier la à des valeurs comparables (1 à 2 m/s2) des accélérations utilisées
résistance de la structure vis-à-vis d’un effort horizontal valant pour la vérification de stabilité.
de 10 à 20 % du poids). Cette constatation a contribué à répandre

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Il n’est pas sans intérêt de signaler à ce propos que les autorités avec [M ] matrice de masse,
japonaises ont maintenu l’obligation d’un calcul statique par coef- [C ] matrice d’amortissement,
ficients sismiques dans tous les cas, même pour les ouvrages à
risque spécial (centrales nucléaires, notamment) pour lesquels on [K ] matrice de rigidité,
exige aussi des calculs dynamiques, souvent très élaborés. La raison {u } vecteur des déplacements relatifs (c’est-à-dire par
de ce maintien est que l’approche par le calcul statique est considérée rapport au sol) des points de la structure,
au Japon comme validée par l’expérience, compte tenu du grand γ (t ) accélérogramme correspondant au spectre de réponse
nombre de bâtiments ainsi calculés qui ont bien résisté à de forts qui caractérise le mouvement dans une direction
séismes. donnée,
Le principal défaut du calcul statique est qu’il ne permet pas de {∆} vecteur de cette direction (c’est-à-dire un vecteur dont
détecter les zones sensibles de la structure dans lesquelles des accu- les composantes valent 1 pour les degrés de liberté de
mulations de contraintes sont susceptibles de se produire dans des translation parallèle à cette direction et 0 pour ceux qui
situations dynamiques. lui sont perpendiculaires ou qui correspondent à des
rotations).
Les matrices [K ] et [M ] sont normalement symétriques et
3.1.2 Hypothèses du calcul spectral
définies positives.
Le calcul spectral est un calcul dynamique sur la base des modes Par exemple, pour une structure parfaitement régulière à N étages
propres de la structure, dans lequel l’excitation sismique est repré- (figure 29) qui se déforme en cisaillement pur (ce qui est approxi-
sentée par un spectre de réponse (§ 1.4.2) et où l’on ne cherche à mativement vrai pour un contreventement par portiques), on obtient
obtenir qu’une estimation des valeurs maximales de la réponse, sans pour [M ], [K ] et { ∆ } :
s’intéresser aux variations de cette réponse au cours du temps. Il
suppose donc que le comportement de la structure reste linéaire m 0
(sinon il ne serait pas possible de considérer les modes propres). m
Dans sa version la plus couramment pratiquée, il s’appuie en outre
sur les hypothèses suivantes [17] : .
[M ] = .
— mouvement « en bloc » du sol, sans déphasage d’excitation
entre les différents points, et ne comportant que des composantes .
de translation (2 horizontales, 1 verticale) ; m
— encastrement parfait de la base du bâtiment dans le sol ; 0 m
— amortissement de type visqueux (proportionnel aux vitesses
relatives) et permettant le découplage des modes propres (§ 3.1.5) ;
— caractère indépendant des modes entre eux (au sens utilisé
pour les variables aléatoires) (§ 3.1.6).
2k –k 0
–k 2k – k
3.1.3 Modélisation . . .
[K ] = . . .
Nota : on se reportera à l’article Essais de structure [C 2 070] dans ce traité.
. . .
La modélisation de la structure en vue du calcul dynamique
consiste en l’établissement d’un modèle de calcul qui reproduise au – k 2k – k
mieux le comportement dynamique réel de la structure ; l’expérience 0 –k k
et le jugement du calculateur sont ici des facteurs essentiels. Même
pour des structures d’apparence simple, une bonne modélisation
nécessite en général un ensemble de réflexions et de choix sur les
1
points suivants :
1
— nombre de dimensions à considérer pour le modèle ; le
recours à un modèle tridimensionnel est souvent inutile pour des .
structures suffisamment symétriques, dont la réponse à l’excitation {∆} = .
est essentiellement plane ; .
— degré de raffinement du modèle, suivant qu’on en attend une
1
connaissance détaillée des sollicitations dans les différents éléments
ou simplement une réponse globale qui fournira des données pour 1
des analyses locales fines (on est généralement, dans ce dernier cas,
pour des structures complexes) ; avec m masse d’un étage,
— représentation des éléments non structuraux (§ 2.3.2) ; k raideur de cisaillement entre deux étages.
— caractérisation des propriétés mécaniques des matériaux
(coefficients d’élasticité, amortissement). On a supposé, pour l’écriture de [K ], que les étages sont numé-
rotés de 1 à N en allant du rez-de-chaussée vers le toit.
Compte tenu des incertitudes affectant certains de ces choix, il peut
être nécessaire de paramétrer le modèle, par exemple en retenant
une fourchette de valeurs, plutôt qu’une valeur unique, pour 3.1.4 Modes propres non amortis
certaines caractéristiques mécaniques. Il arrive souvent, en outre,
que l’on doive faire des modèles différents pour le séisme horizontal On rappelle que d’après [17] :
et pour le séisme vertical (ce dernier sollicite les planchers en flexion
hors de leur plan). — les modes propres non amortis sont des modes de déformation
de la structure qui, en l’absence d’amortissement et de toute force
Dans le cadre d’hypothèses énoncées au paragraphe 3.1.2, le excitatrice, correspondent à des efforts internes qui équilibrent exac-
travail de modélisation se concrétise par l’établissement de tement les forces d’inertie associées à une variation sinusoïdale dans
l’équation : le temps de cette déformation ; ces oscillations sinusoïdales suivant
[M ] { u̇˙} + [C ] { u̇ } + [K ] { u } = – γ (t ) [M ] { ∆ } (21) les modes propres peuvent donc se maintenir indéfiniment (dans
la réalité, il y a toujours un certain amortissement qui atténue

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Figure 29 – Bâtiment parfaitement régulier


à déformation de cisaillement

progressivement l’amplitude des oscillations) ; les modes propres


Di sont définis (à une constante multiplicative près) par l’équation :
2
ω i [ M ] { D i } = [K ] { D i } (22)

les ω i étant les pulsations propres des oscillations sinusoïdales cor-


respondantes, qui sont les valeurs de ω qui annulent le déterminant
de la matrice [K ] – ω 2 [M ] ; on définit, à partir des ω i , les fréquences
–1
propres fi = ω i /2 π et les périodes propres T i = f i = 2π/ ω i ;
— les modes propres, dont le nombre est égal au nombre de
degrés de liberté de la structure, vérifient les relations
d’orthogonalité :

t
{ D i } [M ] { D j } = 0 

t avec i ≠ j  (23)
{ D i } [K ] { D j } = 0 

— ils constituent une base complète sur laquelle peuvent être


projetés tous les vecteurs qui présentent un intérêt dans le pro-
blème posé par l’équation (21).
Pour l’exemple considéré au paragraphe 3.1.3, les modes propres
peuvent être déterminés de façon analytique ; on trouve :


D i,n = sin ( n Φ i ) / sin ( N Φ i ) 
 (24)
ω i = 2 ( k /m ) 1/ 2 sin ( Φ i /2 ) 

avec n numéro de l’étage,


Figure 30 – Modes propres d’un bâtiment à 4 étages
i indice du mode propre,
Φi la quantité :

i }[C ]{Dj } = 0 pour i ≠ j ), il y a découplage des réponses des dif-


2i – 1 t {D
Φ i = -------------------- π avec i = 1, 2, ..., N (25)
2N + 1 férents modes et la solution de l’équation (21) se met sous la forme :
La figure 30 représente ces modes propres dans le cas d’un bâti-
ment à quatre niveaux (N = 4).
{u} = ∑ ri (t ) { Di } (26)
i
Dans le cas général, les modes et les pulsations propres doivent
être déterminés à l’aide d’un logiciel. les fonctions ri (t ) (réponses des modes) étant les solutions des
équations différentielles :
t t
3.1.5 Résolution sur la base des modes propres { Di } [ C ] { Di } 2 { D i } [M ] { ∆ }
t
- r˙i + ω i r i = – γ (t ) ---------------------------------------
ṙ˙i + --------------------------------------- t
- (27)
{ D i } [M ] { D i } { D i } [M ] { D i }
Lorsque la matrice d’amortissement [C ] est telle qu’elle se dia-
gonalise sur la base des modes propres (c’est-à-dire que

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Les coefficients : Pour l’exemple du paragraphe 3.1.3, la formule (33) conduit à :


t
{ D i } [M ] { ∆ }
 ---------------------------------------- 
1/ 2
1 + 2N (N + 1)
p i = ---------------------------------------
t
- T 1 = 2π ( m/k ) 1/ 2 (34)
{ D i } [M ] { D i } 5
Cette expression fournit une bonne approximation de la valeur
multiplicateurs de – γ (t ) au second membre, sont les facteurs de exacte déduite de (24) (on trouve moins de 1 % d’erreur).
participation des modes ; ils vérifient la relation :
Lorsqu’on ne peut utiliser ces méthodes simplifiées (notamment
{∆} = ∑ pi { Di } (28) pour les bâtiments irréguliers, § 2.2.1), la considération des masses
modales effectives permet de sélectionner les modes qui contribuent
i
de façon significative à la réponse globale de la structure. On peut,
Les équations (27) sont de la forme classique : le plus souvent, ne retenir qu’un nombre assez réduit de modes signi-
2
ficatifs (de 3 à 10 dans les cas courants), nettement inférieur au
ṙ˙i + 2 ξ i ω i r˙i + ω i r i = – p i γ (t ) (29) nombre total de modes.
qui est celle régissant la réponse d’un oscillateur simple (§ 1.4.2) ; On prendra garde, toutefois, au fait que certaines réponses
le coefficient d’amortissement réduit : locales peuvent être fortement influencées par des modes
dont la masse modale effective est faible et qui apparaissent
t comme négligeables selon des critères généraux comme celui des
{ Di } [ C ] { Di }
ξ i = ---------------------------------------------------
- masses modales.
t
2 ω i { D i } [M ] { D i }

est généralement introduit directement à ce stade et non pas calculé 3.1.6 Combinaison des réponses modales
au moyen de la formule précédente. Dans ce cas, il n’est pas néces-
saire d’expliciter la matrice d’amortissement qui est toujours forte- Le spectre de réponse, qui caractérise le mouvement sismique,
ment entachée d’incertitudes, les causes physiques de fournit par simple lecture la valeur maximale du module des
l’amortissement (viscosité, frottement, hystérésis, ...) étant réponses modales ri (t ) ; l’équation (29) est en effet identique, au
complexes et leurs effets difficiles à quantifier. Les connaissances facteur pi près, à l’équation (17) d’un oscillateur simple ; on a donc,
sur l’amortissement reposent essentiellement sur des mesures si le spectre est donné en pseudo-accélération Sa (ω ) :
in situ dans des bâtiments qui ne peuvent guère donner plus qu’une 2
estimation de paramètres globaux, comme les coefficients d’amor- Max r i (t ) = p i S a ( ω i ) / ω i (35)
tissement des modes principaux.
À partir de ces valeurs maximales des ri (t ), différentes règles
Les quantités : peuvent être adoptées pour estimer la valeur maximale de la réponse
t  globale qui résulte de la combinaison des modes suivant la
M i = { D i } [M ] { D i }  formule (26) ; une borne supérieure est évidemment obtenue si l’on
t 2  suppose que toutes les réponses modales atteignent leur maximum
[ { D i } [M ] { ∆ } ]  (30)
m *i = --------------------------------------------
-  en même temps et avec le même signe ; cette règle, dite de
t
{ D i } [M ] { D i }  combinaison arithmétique, est exagérément pénalisante dans la
 grande majorité des cas et n’est pratiquement jamais utilisée. La
règle communément adoptée est celle de la combinaison dite
sont appelées respectivement masse généralisée et masse modale quadratique , d’après laquelle le maximum probable Z d’une
effective du mode i. réponse de la structure (composante de déplacement, de contrainte,
La somme, pour l’ensemble des modes, des masses modales ou d’effort en un point) est la racine carrée de la somme des carrés
effectives est égale à la masse totale de la structure (calculée en ne des réponses Zi correspondant aux différents modes :
tenant compte que des masses qui correspondent à des degrés de 1/ 2

∑ Z 
liberté non bloqués dans la direction choisie pour le mouvement 2
Z = i (36)
sismique). i
Pour l’exemple considéré au paragraphe 3.1.3, on trouve pour Elle correspond à une hypothèse d’indépendance (au sens statis-
les facteurs de participation et les masses modales effectives : tique) des réponses modales qui est analogue à la règle d’addition
des variances pour une somme de variables aléatoires gaussiennes
( – 1 ) i + 1 2 sin 2 ( N Φ i )
p i = ------------------------------------------------------------ (31) et à moyenne nulle. Elle constitue une bonne approximation de la
( 2 N + 1 ) sin ( Φ i /2 ) réalité dans le cas où le spectre définissant le mouvement sismique
possède une large bande de fréquences et où les modes propres
m sin 2 ( N Φ i ) de la structure sont bien séparés les uns des autres et se situent à
m *i = -------------------------------------------------------
- (32) l’intérieur ou au voisinage de cette bande. Dans d’autres cas (modes
( 2N + 1 ) sin 2 ( Φ i /2 )
de fréquences voisines ou modes dont les fréquences sont éloignées
du pic d’excitation), sa validité n’est pas établie et diverses propo-
Pour N = 4 (figure 30) la formule (32) donne pour le mode fonda-
sitions ont été présentées pour obtenir une meilleure approximation.
mental une masse modale effective égale à 89,3 % de la masse totale.
Parmi celles-ci, on peut citer :
Ce résultat est typique des structures régulières, pour lesquelles le
mode fondamental est largement prépondérant dans la réponse. Les — des combinaisons mixtes où certains modes sont combinés
codes parasismiques admettent donc pour ces structures des calculs de façon arithmétique avant d’être introduits dans la combinaison
simplifiés fondés sur la considération du seul mode fondamental, quadratique ;
généralement représenté par une approximation facile à calculer — des combinaisons quadratiques complètes, de la forme :
(déformée en parabole ou en loi-puissance). La période propre T1 1/2
du fondamental peut être estimée (par défaut) avec une bonne pré-
cision au moyen du quotient de Rayleigh :
Z =
∑ α
i, j
i, j Zi Zj
 (37)

t 1/2 les coefficients αi, j étant des fonctions données des périodes et des
{ w } [M ] { w }
T1 ≈ 2π
 --------------------------------------
{ w } [K ] { w } 
t
- (33) coefficients d’amortissement des modes i et j ; ces combinaisons
quadratiques complètes, dont la combinaison quadratique habi-
tuelle n’est qu’un cas particulier (αi, j = δ i , j ) sont vraisemblablement
avec {w } déformée statique sous accélération uniforme.
appelées à devenir d’usage courant.

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Il convient de signaler :
— que la combinaison quadratique ne s’applique qu’aux réponses
pour lesquelles, en valeurs instantanées, la contribution des diffé-
rents modes s’exprime sous la forme d’une somme ; c’est le cas pour
les composantes de déplacement ou de contrainte ; ce n’est pas le
cas, par exemple, pour les intensités de contrainte correspondant
au critère de von Mises ;
— que les résultats de la combinaison, quel que soit son type,
ne doivent pas servir de données pour calculer d’autres grandeurs ;
par exemple, si l’on s’intéresse à un déplacement différentiel entre
deux points, il ne faut pas l’obtenir à partir des déplacements, cal-
culés par la combinaison, de chacun des points ; la méthode correcte
consiste à déterminer le déplacement différentiel pour chacun des
modes et à faire la combinaison sur ces déplacements différentiels
modaux ; de même, les efforts devraient être calculés par
combinaison des efforts modaux et non à partir des forces d’inertie
que l’on peut déterminer en considérant les accélérations calculées
par combinaison des accélérations modales, bien que cette méthode
soit souvent utilisée ;
— qu’il est de bonne pratique de tenir compte des masses non
représentées par les modes retenus (ces masses correspondent à
la différence entre la masse totale de la structure et la somme des
masses modales effectives des modes retenus) ; cette différence
peut être importante, même avec une bonne modélisation, pour
certaines structures pour lesquelles des éléments de masse impor-
tante ont un comportement quasi rigide vis-à-vis de l’excitation sis-
mique considérée : c’est le cas, par exemple, des radiers
d’ouvrages massifs fondés sur sol raide ; la correction pour tenir
compte de ce défaut de masse s’effectue généralement au moyen
d’un « pseudo-mode » rigide, dont la masse correspond au défaut
de masse et dont la réponse est calculée par application statique
de l’accélération maximale du sol [17]. Figure 31 – Oscillateur élastique-parfaitement plastique

3.1.7 Évaluation des effets non linéaires élastique définissant le mouvement du sol ait été transformé en un
par le coefficient de comportement spectre de dimensionnement par la prolongation du plateau de la
zone amplifiée jusqu’au point de période nulle et le relèvement de
la branche descendante (figure 32). Ces opérations visent à corriger
Le calcul spectral, qui vient d’être brièvement présenté, suppose
les conséquences potentiellement dangereuses de l’utilisation d’un
un comportement linéaire de la structure. Or il n’est pas réaliste, en
coefficient de comportement indépendant de la période : sous-
dehors des ouvrages pour lesquels les impératifs de sécurité sont
estimation des déplacements inélastiques pour les structures à
particulièrement stricts, de considérer que le comportement des
courte période (prolongation du plateau) et précaution insuffisante
structures reste dans le domaine linéaire, pour des séismes de forte
vis-à-vis des effets du second ordre pour les structures à longue
intensité. Il faut donc donner au projeteur, qui ne dispose que des
période (relèvement de la branche descendante) [24].
résultats d’un calcul linéaire, le moyen de déterminer à partir de ces
résultats le niveau de déformation qui correspondrait à la réalité Une telle approche reste évidemment assez simpliste et il n’est
(comportement non linéaire). pas possible de donner une définition mécanique précise du
coefficient de comportement ; les valeurs numériques de ce coef-
L’hypothèse généralement utilisée pour cette détermination est
ficient sont donc essentiellement tirées de l’observation des perfor-
d’admettre que les déformations réelles (avec comportement
mances des différents types de bâtiments pendant les séismes
non linéaire) sont sensiblement égales à celles que l’on calcule
récents, et de la discussion des résultats des calculs que l’on peut
sur un modèle linéaire correspondant à l’état initial (non fis-
faire pour en rendre compte. Le choix du modèle non dégradé pour
suré) de la structure. On peut montrer que cette hypothèse est
le calcul élastique de référence a été critiqué, certains lui préférant
assez bien vérifiée pour des oscillateurs simples dont le ressort suit
un modèle à rigidité dégradée en fonction du niveau de déformation
une loi élastique-parfaitement plastique, à condition que la période
attendu. En fait, dans l’état actuel des données, il est logique de s’en
des oscillations élastiques soit supérieure à la période dominante
tenir au modèle non dégradé, car c’est celui qui a été utilisé dans
du signal sismique [4]. Il en résulte alors que l’effort dans le ressort
l’analogie avec l’oscillateur élastique-parfaitement plastique et dans
élasto-plastique est égal à l’effort calculé sur un modèle élastique
la plupart des études de comportement de bâtiments réels.
divisé par le coefficient de ductilité de l’oscillateur, c’est-à-dire le rap-
port entre la déformation ultime et la déformation qui correspond En dépit de son caractère très approximatif, la prise en compte
à la limite d’élasticité (figure 31). des phénomènes inélastiques par le biais du coefficient de
comportement, adoptée par les codes parasismiques modernes
Par analogie avec ce cas de l’oscillateur élastique-parfaitement
(§ 4.1.3), constitue un progrès significatif par rapport aux codes anté-
plastique, il est donc admis que les efforts réels dans une
rieurs, comme les Règles PS 69/82 en France (§ 4.1.2)).
structure peuvent être obtenus à partir des efforts calculés sur
un modèle linéaire correspondant à l’état non dégradé en les Dans ces derniers, en effet, la réduction du spectre élastique est
divisant par un coefficient q, dit de comportement. Les opérée forfaitairement et de la même façon (coefficient β des
« efforts sismiques » ainsi déterminés ont un caractère particulier PS 69/82) quel que soit le type de structure. Il n’est donc pas possible
puisqu’ils expriment plus une compatibilité de déformations qu’un de tenir compte des différences dans les capacités de déformation
équilibre de forces. inélastique avant rupture et il en résulte une distribution disparate
des coefficients de sécurité.
Le coefficient de comportement est global pour une structure
donnée ; il dépend du mode de contreventement et de la nature des
matériaux mis en œuvre. Son utilisation suppose que le spectre

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cependant limitée et constitue plus un outil de validation des


méthodes forfaitaires (comme celle du coefficient de comportement)
qu’une aide directe à la conception [4].
La plupart de ces calculs non linéaires admettent en effet des
simplifications importantes :
— non-prise en compte ou prise en compte partielle de
l’influence de l’état de sollicitation sur les lois élasto-plastiques des
éléments structuraux (par exemple, influence de l’effort normal sur
la flexion) ;
— non-prise en compte des éléments non structuraux ;
— non-prise en compte des autres causes de non-linéarité, notam-
ment celles associées à l’interaction sol-structure (glissement et
décollement des radiers, poinçonnement du sol) ;
— excitation sismique généralement unidirectionnelle.
L’influence de ces simplifications a pu être appréciée dans certains
cas simples, mais demeure un sujet d’interrogation pour les
structures complexes. Dans tous les cas se pose également le pro-
blème de la sensibilité des résultats au choix de l’accélérogramme
caractérisant l’excitation sismique. Il est généralement admis que
les particularités de l’accélérogramme peuvent avoir une influence
Figure 32 – Spectres de dimensionnement R D (T ) beaucoup plus grande sur la réponse non linéaire que sur la réponse
normalisés des Recommandations AFPS 90 linéaire, et ce constat a conduit à un débat, non encore tranché, entre
suivant le type de site (S0 , S1 , S2 , S 3) pour  = 5 % les partisans des accélérogrammes naturels et ceux des accéléro-
[d’après [24], pour la définition des sites, se reporter figure 9] grammes synthétiques.
Le calcul stochastique (linéaire ou non linéaire) commence à
L’approche par le coefficient de comportement permet, au connaître des développements prometteurs dans le domaine
contraire, d’obtenir un niveau de sécurité relativement sismique, car il est particulièrement bien adapté au caractère aléa-
homogène entre les différents modes de construction. Elle peut toire de l’excitation (article Méthodes d’études des problèmes clas-
aussi permettre de tenir compte de la fragilité plus grande des struc- siques dynamiques stochastiques [A 1 346] dans le traité Sciences
tures ayant une répartition irrégulière des inerties et des raideurs, fondamentales). Il s’agit sans doute d’une technique d’avenir, mais
dont l’expérience montre qu’elles sont plus sensibles que les struc- dont la diffusion demande encore un travail important de mise au
tures régulières à l’accumulation des déformations dans certaines point de méthodes et d’outils de calcul, ainsi qu’une évolution des
liaisons (§ 2.2.1). dispositions réglementaires.
Les valeurs numériques du coefficient de comportement actuel-
lement envisagées en France varient de 1,5 à 2 pour les structures
peu ductiles, à 4 à 6 pour les structures ductiles ; de telles valeurs
s ’ a p p l i q u e n t a u x b â t i m e n t s r é g u l i e r s ; l e c o e f fi c i e n t d e 4. Réglementation
comportement des bâtiments irréguliers est déduit de celui des
bâtiments réguliers par multiplication par un facteur réducteur de parasismique
l’ordre de 0,85 à 0,7 suivant l’importance des irrégularités.
4.1 Évolution de la réglementation
parasismique
3.2 Indications
sur d’autres modes de calcul 4.1.1 Premières tentatives
Pour certaines applications, les hypothèses habituelles de calcul C’est au début du XXe siècle, après les séismes de San Francisco
spectral (§ 3.1.2) sont manifestement inadéquates. Il en est ainsi, (18 avril 1906) et de Messine (28 décembre 1908), que les premières
par exemple : règles de calcul parasismique furent proposées ; elles visaient sim-
— des ouvrages ayant des grandes dimensions en plan, pour plement à imposer une certaine résistance des structures vis-à-vis
lesquels on ne peut plus admettre une excitation en phase de tous des efforts horizontaux, au moyen d’un coefficient sismique for-
les points du sol sous la fondation ; faitaire (de l’ordre de 0,1), éventuellement modulé en fonction de
— des ouvrages ayant des fondations massives sur un sol la cote (coefficient sismique plus élevé pour les étages supérieurs).
déformable ; l’hypothèse d’un encastrement parfait doit alors être On ne disposait à cette époque d’aucune donnée d’enregistrement
abandonnée ; de mouvements forts, et les valeurs d’accélération du sol étaient
— des ouvrages comportant des dispositifs amortisseurs l’objet de conjectures (fondées, par exemple, sur le renversement
localisés, dont les matrices d’amortissement ont une structure qui ou le maintien en place de statues) qui s’accordaient en général pour
ne permet plus de supposer que les modes peuvent être découplés. prédire des valeurs assez faibles (de l’ordre de 1 à 2 m/s2) et justi-
Dans ces cas, il est possible, moyennant certaines complications fiaient les coefficients sismiques choisis.
des modèles, de faire des calculs représentatifs de la réalité, soit en En parallèle avec ces premières tentatives de calcul, l’importance
conservant la définition spectrale du mouvement, soit en passant des dispositions de construction et particulièrement des « choses à
à une représentation temporelle (accélérogrammes). On peut ne pas faire » a été rapidement reconnue et les premiers codes
signaler, notamment, le développement récent des techniques de parasismiques ont introduit des recommandations sur la nature
calcul de l’interaction sol-structure [17]. des contreventements et la mise en œuvre des matériaux.
Le calcul non linéaire proprement dit est en évolution rapide par
suite des progrès dans les capacités de calcul et les techniques de
modélisation. Son application aux problèmes sismiques reste

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4.1.2 Codes parasismiques


de deuxième génération
Le premier enregistrement de mouvement fort fut obtenu à Long
Beach en 1933 et, jusqu’en 1970, le nombre de tels enregistrements
est resté très limité. Le plus célèbre, qui a été utilisé par des géné-
rations de calculateurs, est celui d’El Centro en Californie (18 mai
1940) dont une composante horizontale a atteint l’accélération
de 3,4 m/s2 ; cette valeur paraissait très élevée d’après l’opinion la
plus répandue à l’époque, et beaucoup d’experts pensaient qu’elle
était proche du maximum concevable qui était considéré comme
étant de l’ordre de 5 m/s2.
En 1971, le séisme de San Fernando, également en Californie,
fournit un très grand nombre d’enregistrements dont un, celui de
Pacoima Dam, dépassait l’accélération de la pesanteur. Les ingé-
nieurs de génie parasismique, dont certains avaient déjà pressenti
que les spéculations alors en vigueur sur la limitation des mouve-
ments sismiques n’étaient guère fondées, durent reconnaître que ces
mouvements pouvaient être beaucoup plus intenses que ce que l’on
croyait.
Corrélativement, la compréhension du comportement des struc-
tures sous charges dynamiques progressait rapidement suite au Figure 33 – Coefficient  des Règles PS 69/82
développement des études expérimentales, notamment celles sur
table vibrante (article Essais de structure [C 2 070] dans ce traité),
et à l’apparition du calcul informatique. Le rôle fondamental de Le coefficient β est comparable à un spectre de dimensionne-
la dissipation d’énergie lors des cycles de déformation inélastique ment (figure 32) dont les ordonnées auraient été divisées par un
fut mis en évidence et permit de comprendre le bon comportement coefficient de comportement de l’ordre de 4 ; il traduit donc à la
de certaines structures non calculées au séisme, ou calculées avec fois le caractère dynamique de la réponse et l’intervention de la
des coefficients sismiques modérés, et la ruine de certaines autres, ductilité.
dont les capacités de dissipation d’énergie étaient insuffisantes.
Ces progrès dans les connaissances ont été concrétisés dans les
codes dits de deuxième génération (comme les Règles PS 69/82 en 4.1.3 Codes parasismiques
France) dans lesquels : de troisième génération
— le caractère dynamique de la réponse est explicité par un
coefficient dépendant de la période fondamentale de la structure ; Le défaut principal des codes de deuxième génération est que la
— le rôle de la ductilité est reconnu implicitement par le fait que prise en compte de la ductilité n’est pas explicite et qu’il n’est donc
les coefficients sismiques restent modérés (alors que les nouvelles pas possible de représenter les différences de comportement entre
données d’enregistrement auraient dû conduire à une augmentation les structures véritablement ductiles et celles qui le sont peu. Il en
sensible) et par l’accent qui est mis sur les dispositions qualitatives résulte, comme indiqué au paragraphe 3.1.7, une disparité dans la
de construction (notamment pour les chaînages des maçonneries sécurité effectivement obtenue avec ces codes.
et les armatures de béton armé) nécessaires pour l’obtention de la C’est pourquoi les codes parasismiques modernes, dits de
ductilité. troisième génération, ont choisi d’expliciter le coefficient de
Les Règles PS 69/82 ont pris, en France, la suite des Recomman- comportement défini au paragraphe 3.1.7. Différentes appellations
dations AS 55, règles de première urgence édictées pour l’Algérie et notations sont utilisées :
après le séisme d’Orléansville (1954). Élaborées pour l’essentiel en — facteur R w des codes américains UBC 1988 et SEAOC 87-88 ;
1962, retouchées en 1964, elles ont été publiées en octobre 1970 sous — facteur S de type structural du New Zealand Standard NZ 4203
forme d’un DTU (Document Technique Unifié). Après le séisme de de 1984 ;
1980 à El Asnam (ex-Orléansville), la nécessité de certaines révisions — facteur de comportement sismique Q et facteur de réduction Q ′
a conduit à la rédaction des Addenda de 1982. de la norme mexicaine de 1987 ;
Dans ces Règles, le coefficient sismique horizontal σx est donné — facteur de réduction de force Ds du Building Standard Law japo-
par la formule : nais (1981) ;
— facteur de comportement B et facteur de qualité Q de la norme
σx = α βγ δ (38) algérienne RPA 88 ;
— facteur q de comportement du projet Eurocode no 8 [14] [15].
avec α coefficient d’intensité, caractérisant l’aléa sismique (α = 1
pour une intensité MSK de VIII) ; En France, la nécessité d’une refonte complète des règles para-
sismiques, en vue de passer des PS 69/82 à un code de troisième
β coefficient de réponse (figure 33), fonction de la période
génération, a été perçue dès 1982, à l’époque de la rédaction des
fondamentale T et du niveau d’amortissement (normal,
Addenda aux Règles PS 69. Après un travail de plusieurs années,
moyen ou faible) ; pour l’amortissement dit normal, β est
un premier fascicule contenant les trois premiers titres (I – Géné-
compris entre 0,05 et 0,1 ;
ralités – II Règles communes à tous les ouvrages, III – Sols et fon-
γ coefficient de distribution suivant les étages ; par exemple, dations) est paru en 1990 sous forme de Recommandations de
pour un bâtiment parfaitement régulier comme celui l’AFPS (Association Française du Génie Parasismique) [24].
considéré au paragraphe 3.1.3, on a pour l’étage de rang n :
Ce premier fascicule comporte neuf chapitres ; un total de
γn = 3n /(2N + 1) vingt-quatre chapitres est prévu, dont la plupart sont déjà terminés
ou en cours de relecture ; un deuxième fascicule doit paraître fin
δ coefficient de fondation, variant de 0,9 à 1,3, destiné à tra- 1991 ou début 1992.
duire le fait que les constructions sont plus vulnérables sur
sol médiocre (§ 2.1).

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Ces recommandations AFPS serviront de base pour la installations pour lesquels les risques sont limités à l’ouvrage
rédaction des nouvelles normes françaises, destinées à rem- lui-même ou à son environnement immédiat. Plusieurs classes de
placer les PS 69/82 ; une commission de normalisation a été créée risque sont définies à l’intérieur de la catégorie « à risque normal »
dans ce but le 7 mars 1991. pour moduler le niveau de protection requis en fonction de l’impor-
Outre l’introduction du coefficient de comportement, les tance socio-économique de l’ouvrage.
recommandations AFPS diffèrent des Règles PS 69/82 par un certain Ce décret définit également le zonage sismique de la France en
nombre de points : officialisant la nouvelle délimitation territoriale des zones sismiques
— définition du mouvement sismique par des spectres de réponse telle qu’elle résulte d’études techniques concrétisées en 1985 par le
élastique, différents suivant la nature du sol, et modulés en sévérité « nouveau zonage sismique de la France » (figure 34) [11].
par un facteur multiplicatif a n (accélération nominale), fonction de En parallèle, un arrêté a été préparé pour fixer les conditions
la zone de sismicité et du niveau de sécurité visé ; d’application du décret aux bâtiments de la catégorie à risque
— extension considérable du champ d’application ; des chapitres normal. Il fait référence aux Règles PS 69/82, puisque les nouvelles
entièrement nouveaux ont été rédigés, par exemple, sur les sols, les règles ne sont pas encore disponibles, mais pourra être modifié
appuis parasismiques et les équipements industriels ; dès la publication de celles-ci. Il est à noter que, pour les habita-
— élargissement de l’éventail des méthodes de calcul (possibi- tions individuelles, la possibilité, sous certaines conditions, d’utili-
lité de faire des calculs temporels ou stochastiques, indications sur ser des règles plus simples (DTU PS-MI 89) a été retenue dans le
le traitement de l’interaction sol-structure) ; but de mettre à la portée de tous les constructeurs et entrepre-
— harmonisation des critères de vérification de la sécurité avec neurs, même les plus modestes, une méthode pratique de
l’approche semi-probabiliste aux états-limites définie dans les construction parasismique des maisons individuelles, pour lesquel-
« Directives Communes » (circulaire 79-25 du 13 mars 1979) et dans les il est sans doute illusoire de prétendre exiger des notes de cal-
les projets Eurocode. cul découlant de l’application des règles générales [13]. Un second
arrêté, portant sur les ouvrages à risque spécial, est en projet.

4.2 Aspects législatifs 4.3 Réglementation


L’obligation d’appliquer les Règles PS 69/82 à certains types
parasismique existante
d’ouvrages a été imposée par des décrets et des arrêtés ministériels
publiés au coup par coup jusqu’en 1986. On trouve ainsi : 4.3.1 Coordination entre la puissance publique
— l’arrêté du 18 octobre 1977 du ministère de l’Intérieur portant et la communauté scientifique
règlement de sécurité pour la construction des immeubles de
grande hauteur ; Il n’est possible de prescrire que ce que l’on sait faire. Toute obli-
gation réglementaire d’atteindre un objectif alors qu’aucun moyen
— l’arrêté du 6 mars 1981 du ministère de l’Environnement et du
cadre de vie précisant les conditions d’application des règles para- d’y parvenir n’existe encore serait vouée à l’échec.
sismiques aux bâtiments d’habitation collective (zones de moyenne Or les mesures préventives vis-à-vis du risque sismique sont
et forte sismicité) et individuelle (zone de forte sismicité) ; basées sur des techniques constructives, la construction parasis-
— l’arrêté du 10 mars 1986 du ministère de l’Intérieur visant les mique, élaborées par des scientifiques. Il faut donc une coordination
ERP (Établissements Recevant du Public) du premier groupe (arti- étroite entre les acteurs politiques, décideurs des mesures à faire
cle Sécurité contre l’incendie dans les ERP [C 3 280] dans ce traité), appliquer, et la communauté scientifique concernée. Dans ce
un ensemble de décrets concernant les marchés publics de l’État domaine particulier, ceci a été réalisé par la création en 1988 du
Groupe d’étude et de propositions pour la prévention du risque sis-
pour les travaux de bâtiments.
mique en France, appelé GEP, constitué d’une bonne vingtaine
Même en ajoutant à cette liste les installations pour lesquelles des d’experts, venant d’horizons très diversifiés, et dont plus de la moitié
procédures spécifiques sont mises en œuvre (centrales nucléaires, appartiennent ou ont appartenu à la communauté scientifique. La
barrages, établissements classés « Seveso »), on constate que de mission du GEP est justement de déterminer et de proposer ce que
nombreux bâtiments et ouvrages sortent du champ d’application de l’on peut faire à partir de ce que l’on sait faire : une bonne régle-
ces différents textes : l’essentiel des immeubles de bureaux (non mentation est le fruit de ce qui est, à la fois, socialement nécessaire,
ERP), de nombreux bâtiments à usage industriel, les bâtiments de techniquement possible et économiquement supportable.
l’armée, des forces de l’ordre, des organismes de secours, les
ouvrages de télécommunication, les ouvrages d’art, etc. Certains oublient ou ignorent ces principes incontournables, base
déontologique de la réflexion du GEP. C’est ainsi qu’un projet de
La loi du 22 juillet 1987 relative à l’organisation de la sécurité décret, imposant de rendre parasismique tout le bâti existant, est
civile à la protection de la forêt contre l’incendie et à la prévention sur le point de sortir ; il a été élaboré à l’insu du GEP qui sait, bien
des risques majeurs constitue une étape fondamentale de la sûr, que cette mesure est, pour le moment, totalement irréaliste. À
politique de prévention que l’État entend mettre en œuvre défaut de pouvoir arrêter la promulgation de ce texte, le GEP tente
afin de réduire la vulnérabilité de la société vis-à-vis du risque d’en subordonner les conditions d’application à un arrêté qui sera
sismique. Elle prévoit, dans son article 41, que les zones particuliè- pris le moment venu.
rement exposées à un risque sismique, l’intensité du risque à prendre
en compte et les catégories de bâtiments, équipements et installa-
tions nouveaux soumis à des règles parasismiques particulières, 4.3.2 Partage des rôles
seront définies par décret.
En application à cet article 41 de la loi précitée, le décret du La puissance publique a le devoir d’informer la population des
14 mai 1991 relatif à la prévention du risque sismique établit les prin- risques qu’elle encourt, d’ordonner les mesures de prévention de
cipes de classification des bâtiments, équipements et installations ces risques et d’organiser les secours. C ′ est pourquoi elle indique
en fonction de leur vulnérabilité. Il distingue la catégorie dite à risque la localisation des risques par la définition des zones de sismicité,
spécial et la catégorie dite à risque normal, la première s’appliquant elle prescrit les règles techniques à appliquer et elle réglemente
aux ouvrages qui présentent un danger pour l’ensemble d’une région l’organisation de l’information des citoyens et l’organisation des
(centrales nucléaires, certaines industries chimiques, grands plans de secours.
barrages, etc.), la seconde à des bâtiments, équipements ou

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Figure 34 – Nouveau zonage sismique


de la France (d’après [11])

En outre, en raison des incertitudes sur les niveaux d’agression ■ d’établir les règles techniques, les règles de construction parasis-
sismique, en raison aussi de la complexité d’application des règles mique, c’est-à-dire principalement :
de construction parasismique et des coûts d’application de ces — des principes de conception qui favorisent la résistance aux
règles, la protection n’est pas totale. Les risques sont seulement séismes ;
minimisés par une modulation du niveau de protection en fonction — des dispositions constructives d’exécution ;
de la puissance de l’excitation sismique probable (les zones de — des règles de dimensionnement, soit forfaitaires, soit résultant
sismicité) et en fonction d’une classification des ouvrages, de calculs ;
bâtiments, installations, équipements, selon la gravité des — des méthodes de calcul adaptées à la complexité des
conséquences de leur endommagement pour les personnes et pour ouvrages ;
l’activité économique. De ce fait, le choix des niveaux de protection — des méthodes d’essai pour valider des comportements.
ainsi modulés présente un caractère politique et relève donc de la
responsabilité de la puissance publique.
De son côté, la communauté technique et scientifique a la 4.3.3 Textes légaux, réglementaires
charge : et administratifs existants
■ d’éclairer les responsables de l’Administration sur les aspects
La volonté de la Nation est exprimée dans deux lois :
techniques des choix et décisions qu’ils ont à prendre ; c’est le cas
pour le zonage sismique de la France, pour le choix des règles tech- — la loi no 87-565 du 22 juillet 1987, modifiée et complétée par ;
niques à imposer, pour celui des niveaux minimaux de protection à — la loi no 95-101 du 2 février 1995, dite Loi Barnier.
exiger ;

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Pour ce qui concerne le risque sismique, ces lois exigent la mise ■ Décret no 95-1089 du 5 octobre 1995 relatif aux plans de préven-
en place de mesures concernant les thèmes suivants : tion des risques naturels prévisibles (PPR).
— la détermination des zones de risques et les conditions Ce décret indique que l’établissement des PPR est prescrit par
d’urbanisation dans ces zones ; arrêté du préfet. Il énumère leur contenu, les conditions de leur éta-
— les dispositions techniques parasismiques : la prévention du blissement et celles de leur modification.
risque sismique ;
— l’organisation des secours ; ■ Décret no 95-1115 du 17 octobre 1995 relatif à l’expropriation des
— l’information des citoyens. biens exposés à certains risques naturels majeurs menaçant grave-
ment des vies humaines.
Des décrets, arrêtés et circulaires ministérielles précisent les
conditions de mise en œuvre de ces lois. On examine succinctement Ce décret précise les conditions de la procédure d’expropriation,
les parties essentielles du contenu de tous ces textes, en les groupant accompagnée d’indemnités d’expropriation. Il apporte aussi des
selon les quatre grands thèmes précités. précisions sur la gestion des fonds de prévention des risques natu-
rels majeurs.
4.3.3.1 Les deux textes légaux
4.3.3.3 Textes réglementaires
■ Loi no 87-565 du 22 juillet 1987 relative à l’organisation de la sur la prévention du risque sismique
sécurité civile, à la protection de la forêt contre l’incendie et à la
prévention des risques majeurs. ■ Décret no 91-461 du 14 mai 1991 relatif à la prévention du risque
Dans son article 1, elle impose l’organisation de la sécurité civile sismique.
qui « a pour objet la prévention des risques de toute nature ainsi Ce décret a été pris en application de la première loi, la loi Barnier
que la protection des personnes, des biens et de l’environnement étant postérieure.
contre les accidents, les sinistres et les catastrophes ». Il vise les bâtiments, équipements et installations nouveaux, qu’il
Dans son article 21, elle affirme que « tous les citoyens ont un droit répartit en deux catégories dites « à risque normal » et « à risque
à l’information sur les risques majeurs auxquels ils sont soumis dans spécial » selon que les conséquences d’un séisme demeurent ou
certaines zones du territoire et sur les mesures de sauvegarde qui non circonscrites à leurs occupants et à leur voisinage immédiat.
les concernent ». Pour la catégorie dite « à risque normal », les biens visés sont
Dans son article 41, elle stipule que « les zones particulièrement répartis en quatre classes A, B, C, D par ordre croissant du risque
exposées à un risque sismique ou cyclonique, l’intensité du risque qu’ils présentent pour les personnes ou l’activité économique en cas
à prendre en compte et les catégories de bâtiments, équipements de défaillance.
et installations nouveaux soumises à des règles particulières para- Toujours pour cette catégorie dite à risque normal, les cinq zones
sismiques ou paracycloniques sont définies par décret en Conseil d’aléa sismique sont définies par le nouveau zonage sismique de
d’État ». la France et une annexe au décret répartit les départements, les
En outre, « les conditions d’information du public sur les mesures arrondissements et les cantons entre ces zones (la zone III, de plus
prévues dans les zones exposées à un risque sismique ou cyclonique forte sismicité, ne concerne que les Antilles françaises).
sont fixées par décret en Conseil d’État ». Enfin le décret renvoie à des arrêtés d’application pour les diffé-
■ La loi no 95-101 du 2 février 1995 relative au renforcement de la rents types de biens dans les différentes catégories.
protection de l’environnement. ■ Arrêté du 16 juillet 1992 relatif à la classification et aux règles de
Cette loi, appelée loi Barnier, vient notamment modifier et construction parasismique applicables aux bâtiments de la catégo-
compléter la loi de juillet 87. rie dite « à risque normal » telle que définie par le décret no 91-461
Ainsi, sept articles numérotés 40-1 à 40-7 sont ajoutés juste avant du 14 mai 1991 relatif à la prévention du risque sismique.
l’article 41 de la loi de juillet 87. Ces articles prévoient « des plans Cet arrêté :
de prévention des risques naturels prévisibles tels que les inonda- — définit les règles de classification des bâtiments nouveaux
tions, les mouvements de terrain, les avalanches, les incendies de dans les quatre classes A, B, C et D ;
forêt, les séismes, les éruptions volcaniques, les tempêtes ou les — prescrit l’application des Règles PS 69/82 ;
cyclones ». — fixe les valeurs minimales du coefficient sismique α en fonction
En outre, l’article 41 de la loi précédente est ainsi modifié : de la zone de sismicité et de la classe du bâtiment (§ 4.1.2) ; ce coef-
ficient fixe le niveau de protection choisi en modulant la sévérité de
« Dans les zones particulièrement exposées à un risque sismique
l’action sismique de calcul ;
ou cyclonique, des règles particulières de construction parasismique
— accepte l’application des Règles PS-MI en substitution aux
ou paracyclonique peuvent être imposées aux équipements,
Règles PS 69/82 pour les maisons individuelles situées en zone de
bâtiments et installations.
sismicité II au plus.
Si un plan de prévention des risques est approuvé dans l’une des
zones mentionnées au premier alinéa, il peut éventuellement fixer, ■ Arrêté du 10 mai 1993 fixant les règles parasismiques applicables
en application de l’article 40-1 de la présente loi, des règles plus aux installations soumises à la législation sur les installations
sévères. classées.
Un décret en Conseil d’État définit les modalités d’application du Il définit la procédure à suivre par le préfet et par l’exploitant
présent article ». pour assurer l’objectif de sûreté de ces installations.
■ Circulaire DPPR/SEI du 27 mai 1994 relative à l’arrêté
4.3.3.2 Textes réglementaires du 10 mai 1993 fixant les règles parasismiques applicables aux
sur la détermination des zones de risques installations classées pour la protection de l’environnement.
et les conditions d’urbanisation dans ces zones
Cette circulaire explique et détaille les opérations de la procé-
■ Circulaire de l’Équipement no 88-67 du 20 juin 1988 relative aux dure imposée par l’arrêté.
risques naturels et droit des sols.
■ Arrêté du 15 septembre 1995 relatif à la classification et aux
Cette circulaire définit les notions de phénomène naturel, de risque
règles de construction parasismique applicables aux ponts de la
et de catastrophe. Elle fait la liste des différents documents de pla-
catégorie dite « à risque normal » telle que définie par le décret
nification ou de prévention, à vocation générale d’urbanisme, docu-
no 91-461 du 14 mai 1991 relatif à la prévention du risque sismique.
ments qui prennent en compte les risques. Elle détaille et précise
les contenus de ces documents et leurs conditions d’élaboration.

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Cet arrêté : 4.3.5 Documents techniques


— définit les règles de classification des ponts nouveaux de la
catégorie dite « à risque normal » en quatre classes A, B, C et D par Comme on l’a vu, il s’agit de textes qui expliquent le « comment
ordre croissant d’importance socio-économique ; faire ».
— prescrit l’application du « Guide AFPS 1992 pour la protection
Par qui et comment ces textes sont-ils établis ?
parasismique des ponts » ou du document d’application nationale
de l’Eurocode 8, partie 2, Ponts (article Conception des ponts Pour imposer des règles techniques, la puissance publique a
[C 4 500] dans ce traité) ; besoin de textes à statut fort, c’est-à-dire qui sont à la fois diffici-
— fixe les valeurs minimales de l’accélération nominale a N en lement contestables et difficilement modifiables.
fonction de la situation du pont au regard de la zone sismique et Pour cela, la préférence va aux normes-DTU dont la procédure
de la classe du pont ; ces valeurs caractérisent l’action sismique à d’élaboration garantit ce statut. En effet, cette procédure comporte
prendre en compte dans les calculs. les étapes suivantes :
— l’avant-projet est élaboré par les meilleurs sachants ;
4.3.3.4 Textes réglementaires sur l’organisation des secours — il est repris par une commission spécialisée qui comporte les
■ Circulaire du ministère de l’Intérieur du 2 mai 1988 fixant les représentants de tous les groupes sociaux concernés, depuis les
modalités d’application de la loi relative à l’organisation de la sécu- producteurs, les concepteurs, les décideurs, les calculateurs, les
rité civile, à la protection de la forêt contre l’incendie et à la préven- exécutants, jusqu’aux utilisateurs ;
tion des risques majeurs. — le projet ainsi établi est soumis à une enquête publique, appelée
enquête probatoire, au cours de laquelle tous ceux qui s’estiment
Elle précise les dispositions, les procédures d’établissement et
intéressés peuvent formuler des observations ;
les critères de déclenchement des divers plans de secours, plans
— les résultats de cette enquête sont dépouillés par la commission
d’urgence et, notamment, des plans ORSEC.
spécialisée ou par une commission restreinte de dépouillement au
■ Décret no 88-622 du 6 mai 1988 relatif aux plans d’urgence, pris cours de laquelle il doit être répondu à toutes les observations ;
en application de la loi no 87-565 du 22 juillet 1987 relative à l’orga- — le projet ainsi corrigé est transmis à la Commission générale
nisation de la sécurité civile, à la protection de la forêt contre de normalisation du bâtiment, la CGNorBât-DTU, qui examine les
l’incendie et à la prévention des risques majeurs. aspects juridiques et vérifie que toute la procédure a bien été
Ce décret définit les plans particuliers d’intervention, les plans respectée ; cette commission entérine le texte en tant que DTU ;
rouges (plans destinés à porter secours à de nombreuses victimes) — le texte est alors transmis à l’AFNOR qui procède à une
et les plans de secours spécialisés. enquête administrative auprès des ministères concernés, puis qui
procède à l’homologation du DTU en tant que norme.
■ Décret no 88-623 du 6 mai 1988 relatif à l’organisation générale Avec cette procédure, la révision des Règles PS 69/82 par
des services d’incendie et de secours. l’élaboration des nouvelles Règles PS 92 a nécessité dix années de
Ce décret organise notamment le corps des sapeurs-pompiers, et travaux : ceci montre qu’un tel document n’est pas révisable du jour
institue la Commission nationale technique des services d’incendie au lendemain.
et de secours.
4.3.5.1 Textes techniques français existants et leur statut
4.3.3.5 Texte réglementaire sur l’information des citoyens
On trouve les textes suivants.
■ Décret no 90-918 du 11 octobre 1990 relatif à l’exercice du droit à
l’information sur les risques majeurs, pris en application de l’article ■ Règles parasismiques applicables aux bâtiments :
21 de la loi no 87-565 du 22 juillet 1987 relative à l’organisation de la — Règles PS 69/82, qui sont une norme-DTU P 06-003 ;
sécurité civile, à la protection de la forêt contre l’incendie et à la pré- — Règles PS 92, qui sont une norme-DTU NF P 06-013, qui
vention des risques majeurs. révisent les précédentes.
Ce décret définit le contenu et la forme des informations acces- ■ Règles simplifiées de substitution aux précédentes, évitant de
sibles par toute personne, décrivant les risques et leurs faire des calculs, fournissant seulement des règles de conception et
conséquences prévisibles, et recensant les mesures de sauvegarde des dispositions constructives, mais applicables seulement aux
et les consignes de sécurité. petits bâtiments situés en zone de sismicité Ia, Ib ou II :
les règles PS-MI 89 révisées 92, qui sont aussi une
norme-DTU NF P 06-014.
4.3.4 Textes réglementaires en préparation
■ Guide AFPS 1992 pour la protection parasismique des ponts.
Trois textes ont des projets très avancés : Bien que ce document ne soit pas une norme-DTU (et c’est la raison
— le projet de décret établi à l’insu du GEP, dont on a déjà parlé, pour laquelle il ne s’agit pas de règles) parce qu’il n’a pas suivi la
étendant au bâti existant les prescriptions du décret no 91-461 du procédure ad hoc, il est cependant visé et prescrit par un texte
14 mai 1991 relatif à la prévention du risque sismique ; administratif réglementaire parce que son élaboration a réuni des
— un projet de nouvel arrêté sur la prévention du risque sismique experts issus des organismes suivants : AFPS (Association française
pour les bâtiments de la catégorie dite « à risque normal », devant du génie parasismique), SETRA (Service d’études techniques des
annuler et remplacer l’arrêté du 16 juillet 1992, dans le but principal routes et autoroutes), SCETAUROUTE, SNCF, CGPC (Conseil général
d’imposer l’application de la norme DTU (document technique des ponts et chaussées), donc représentant les maîtres d’ouvrage,
unifié) NF P 06-013 « Règles PS 92 » ; les maîtres d’œuvre et les constructeurs des ponts, c’est-à-dire la
— un projet d’arrêté sur la classification, l’implantation et la quasi-totalité des intervenants dans la construction de ces ouvrages.
justification parasismique des équipements des bâtiments et des
installations industrielles ; dans un premier temps, cet arrêté devrait ■ Recommandations AFPS 90 pour la rédaction de règles relatives
viser seulement les équipements des bâtiments et installations de aux ouvrages et installations à réaliser dans les régions sujettes aux
la classe D de la catégorie dite « à risque normal ». séismes.
Publiées sous forme de tomes, elles sont l’œuvre des experts de
l’AFPS et fournissent l’état de leurs connaissances.

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Elles n’ont aucun statut fort, n’ayant pas suivi la procédure d’éla- Il convient de souligner que les textes réglementaires imposent
boration des normes-DTU, mais elles représentent le plus haut des mesures minimales qui peuvent être accrues par voie
niveau du savoir français sur le sujet. Elles ont servi de documents contractuelle : un maître d’ouvrage, s’il ne peut pas se soustraire à
de référence pour la rédaction des règles PS 92 relatives aux la loi, a toujours le droit de demander plus que le minimum imposé.
bâtiments. Les textes techniques applicables actuellement sont :
■ Avis Techniques. — les Règles PS 69/82, pour les bâtiments nouveaux du risque
Ce sont des documents émanant d’une commission ministérielle normal et pour tous les travaux de bâtiment des marchés publics
réunissant les experts représentant les différents intervenants dans (seules règles PS visées par le Cahier des clauses techniques géné-
la construction, documents qui évaluent des procédés constructifs rales – CCTG – en vigueur, paru au décret no 93-1164 du 11 octobre
et indiquent s’ils satisfont les exigences pour atteindre certains 1993) ;
objectifs, comme par exemple être utilisables en zones sismiques ; — la circulaire DPPR/SEI du 27 mai 1994, pour les installations
ils concernent des procédés ou des produits qui ne peuvent pas être classées ;
normalisés, du fait par exemple de leur nouveauté, et donc qui ne — le Guide AFPS 92 pour la protection parasismique des ponts,
sont pas traditionnels ; pour les aspects sismiques, la Commission pour les ponts nouveaux du risque normal ;
des avis techniques fait appel à des experts de la Commission — les Règles PS-MI 89, révisées 92, comme règles de substitu-
française de normalisation des règles de construction parasismique. tion admises pour les maisons individuelles nouvelles situées en
zone de sismicité au plus égale à II.
4.3.5.2 Textes européens On remarque que les nouvelles règles PS pour le bâtiment (les
Règles PS 92 de la norme-DTU NF P 06-013, parues en décembre
Il s’agit de l’Eurocode 8 qui comporte les parties suivantes :
1995) ne sont pas visées dans les textes réglementaires actuels, ni
1-1 : Règles générales - Actions sismiques et prescriptions géné- dans les fascicules de CCTG. Elles ne peuvent donc être imposées
rales pour les structures que par voie contractuelle.
1-2 : Règles générales de conceptions relatives aux bâtiments
1-3 : Règles spécifiques aux bâtiments, relatives aux différents La communauté scientifique et technique considère que
matériaux et éléments structuraux l’application des Règles PS 92 aux bâtiments leur confère un niveau
1-4 : Dispositions pour le renforcement parasismique et la répa- de résistance vis-à-vis des séismes au moins équivalent (voire
ration des bâtiments existants meilleur) à celui apporté par l’application des Règles PS 69/82. Aussi,
2 : Dispositions spécifiques aux ponts bien qu’il n’y ait pas encore de jurisprudence, les experts techniques
3 : Dispositions spécifiques aux tours, mâts et cheminées engagent à appliquer les nouvelles règles PS dès à présent, sans
4 : Dispositions spécifiques aux réservoirs, silos et réseaux de attendre la parution prochaine d’un arrêté qui les citera comme
tuyauteries règles de référence à la place des Règles PS 69/82, en arguant que,
5 : Dispositions spécifiques aux ouvrages de soutènement et en cas de sinistre, il sera possible de démontrer que les Règles
aux aspects géotechniques PS 69/82 auront été respectées, au moins dans l’esprit et en niveau
de sécurité.
Ces documents reçoivent d’abord le statut de norme expérimen-
tale (ENV), avant d’être définitivement adoptés en tant que normes
européennes.
Pour être applicables en France, ces normes européennes doivent
être traduites en langue française et être accompagnées d’un Docu-
5. Enseignements à tirer
ment d’application nationale, le DAN, qui fournit les adaptations des séismes de Northridge
nécessaires pour respecter notamment les niveaux français de sécu-
rité et de protection. Actuellement, les dates de parution des DAN et de Kobé
français pour les différents ENV de l’Eurocode 8 sont prévues de fin
1996 à mi-1999 suivant les parties.
5.1 Intérêt présenté par ces deux séismes

4.3.6 Application des règles techniques L’occurrence, à un an d’intervalle, de ces deux séismes qui ont
frappé des régions (Californie et Japon) considérées comme les
de construction parasismique berceaux du génie parasismique moderne, présente un intérêt
exceptionnel. Le nombre très élevé et la diversité des constructions
Les règles techniques de construction parasismique sont les
qui ont été fortement secouées, la mise en évidence de pathologies
suivantes.
nouvelles, le fait que la plupart des bâtiments et des ouvrages aient
■ Règles d’application obligatoire : été conçus suivant des normes parasismiques et la multiplicité des
● pour les ouvrages visés par les textes réglementaires et
enregistrements obtenus sont des circonstances rarement réunies.
dans les conditions indiquées par ces textes, à savoir actuellement : Il en résulte que chacun de ces séismes a fourni une immense base
de données dont les activités de recherche, de validation des
— les bâtiments nouveaux de la catégorie dite « à risque méthodes d’analyse et de mise au point de la réglementation
normal », devraient tirer un grand profit.
— les installations classées sous la mention « servitudes d’utilité
publique », pour les installations nouvelles et pour celles des exis- Il est également intéressant de comparer ces deux séismes entre
tantes qui présentent un facteur aggravant des risques sous eux, non seulement du point de vue de la description et de l’ana-
séisme, lyse des dégâts observés, mais aussi sous d’autres aspects tels que
— les ponts nouveaux de la catégorie dite « à risque normal » ; l’appréciation de l’aléa sismique, les règlements parasismiques
utilisés et l’organisation des secours.
● pour les travaux de bâtiment réalisés dans le cadre des
marchés publics de l’État, donc ouvrages nouveaux.
■ Règles d’application seulement contractuelle pour tous les
autres ouvrages, c’est-à-dire si ces règles PS sont imposées dans les
documents particuliers des marchés (marchés privés principale-
ment concernés).

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5.2 Aspects sismologiques


5.2.1 Séisme de Northridge
Il correspond à une rupture sur une faille inverse à pendage vers
le sud, qui n’était pas répertoriée sur les cartes tectoniques de la
région de Los Angeles. La rupture n’a pas atteint la surface. La
magnitude-moment M w est de 6,7, associée à un plan de faille
d’environ 15 × 20 km2 et à un déplacement moyen estimé de 1 à
1,5 m ; il s’agit donc, à l’échelle californienne, d’un séisme moyen
qui n’a rien de comparable avec les grands séismes de la faille de
San Andreas qui atteignent ou dépassent la magnitude 8, avec des
longueurs de rupture de plusieurs centaines de kilomètres.
Un grand nombre d’enregistrements ont été obtenus, soit en
champ libre (c’est-à-dire en l’absence de constructions), soit dans
des bâtiments ou des ouvrages instrumentés. Ceux qui corres-
pondent à des sites voisins du plan de faille se caractérisent par des
valeurs très élevées de l’accélération et de la vitesse, nettement plus
grandes que les valeurs moyennes des lois d’atténuation établies
pour la Californie. L’accélération de 1 g (g = accélération due à la
pesanteur) a été approchée en plusieurs points et dépassée sur le
site de Tarzana Cedar Hill Nursery, qui a fourni la valeur record de
1,8 g. Pour situer ces valeurs, le code parasismique applicable en
Californie donne 0,4 g comme la valeur maximale à considérer.
Les enregistrements mettent en évidence un fort effet de directi-
vité, les mouvements les plus forts se groupant dans une bande
allongée dans le sens sud-nord, parallèlement à la direction de
propagation de la rupture sur le plan de faille.
Figure 35 – Localisation de l’épicentre du séisme de Kobé
du 17 janvier 1995 (d’après [29])
5.2.2 Séisme de Kobé
Il correspond à des ruptures affectant un ensemble de failles quasi L’opinion selon laquelle ce séisme était tout à fait inattendu, appa-
verticales, d’orientation SW-NE, qui sont visibles en surface au remment largement répandue dans la population, ne reposait donc
sud-ouest sur environ 10 km mais n’apparaissent pas au nord-est, pas sur des données objectives mais plutôt sur un sentiment falla-
au voisinage immédiat de la ville de Kobé (figure 35). Ces failles, cieux de sécurité, induit par plusieurs décennies d’accalmie
dont le mouvement est essentiellement décrochant (coulissage hori- sismique.
zontal), étaient connues des géologues japonais mais n’étaient pas
considérées comme très actives dans une région où l’aléa sismique Ces deux séismes enseignent que l’on a sans doute eu tort, tant
le plus fort paraît associé à la zone de subduction au sud de Honshu. en Californie qu’au Japon, de privilégier dans les études d’aléa sis-
La magnitude-moment est de 6,9, correspondant à une surface totale mique la contribution des failles majeures (San Andreas et zone de
de faille de 45 × 20 km2 et à un déplacement moyen de l’ordre du subduction), plus puissantes mais aussi plus éloignées des villes
mètre. Il s’agit donc, comme pour Northridge, d’un séisme nettement importantes, par rapport à celles des failles secondaires situées au
plus petit, en termes de magnitude donc d’énergie libérée, que les sein même des zones urbaines. Ces failles secondaires moins bien
plus gros séismes connus dans la région (magnitude égale ou supé- connues, voire même ignorées, sont susceptibles de produire des
rieure à 8). mouvements très violents dans leur zone épicentrale, qui peut
coïncider avec les centres de population.
Parmi les nombreux enregistrements obtenus, un niveau d’accélé-
ration de 0,7 à 0,8 g a été mesuré en plusieurs points de la ville de
Kobé ; ces valeurs sont cohérentes avec celles que prédisent les lois
d’atténuation utilisables au Japon pour la zone épicentrale d’un 5.3 Bilan des pertes humaines
séisme de cette magnitude.
et matérielles
Il y a un effet assez marqué de directivité, les mouvements
s’atténuant moins vite dans le prolongement de la faille que dans
la direction perpendiculaire. Les deux séismes se sont produits très tôt le matin ; les gens
étaient donc chez eux dans leur très grande majorité. Les zones
affectées sont urbanisées, avec une densité d’occupation des sols
5.2.3 Commentaire sur la détermination beaucoup plus grande à Kobé qu’à Northridge (qui est une des villes
de l’aléa sismique de l’agglomération de Los Angeles).
Dans le cas du séisme japonais, on peut estimer que la zone où
Le fait qu’un séisme destructeur puisse se produire sur une faille les secousses ont été très fortes, qui correspond au voisinage de
non répertoriée dans une région aussi étudiée que la Californie du la faille, est un rectangle de 40 à 50 km de long sur environ 10 km
Sud est une leçon de modestie qui illustre les difficultés de la de large ; ce rectangle contient la ville de Kobé en totalité (1,4 million
détermination de l’aléa sismique. d’habitants) et des villes contiguës ; au total, la population concernée
Dans le cas de Kobé, les failles étaient connues mais leur danger doit approcher 3 millions de personnes. Pour le séisme californien,
potentiel avait peut-être été sous-estimé, encore que la carte de compte tenu de la plus petite taille de la faille et d’une densité d’habi-
zonage sismique du règlement japonais applicable aux bâtiments tation plus faible, le nombre correspondant ne doit pas dépasser
classe Kobé dans la zone d’aléa maximal, exactement comme Tokyo. 500 000.

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Cette différence dans les nombres de personnes exposées à des Des parkings en éléments préfabriqués en béton armé ou
secousses très violentes ne suffit pas pour expliquer la différence précontraint se sont effondrés, vraisemblablement par suite de
dans les nombres de morts (6 000 contre 60). Il est à noter que les l’incapacité des éléments porteurs verticaux à suivre les
deux séismes auraient été plus meurtriers s’ils s’étaient produits déplacements du système de contreventement relativement souple
pendant la journée, en raison des effondrements ayant affecté disposé sur les façades ; cette conception, fondée sur l’indépendance
certains magasins, parkings, immeubles de bureaux et ponts routiers des fonctions de descente de charges et de contreventement, devra
ou ferroviaires. sans doute être interdite, ou au moins sévèrement limitée dans son
Les pertes matérielles ont été considérables (100 milliards de emploi, dans les versions futures du code californien. Il est éga-
francs à Northridge, 500 milliards à Kobé) ; elles correspondent aux lement possible que certains éléments, normalement considérés
coûts de déblaiement, de réparation et de reconstruction, mais aussi comme ne participant pas au contreventement, aient joué un rôle
aux incidences économiques liées par exemple à la cessation quasi dans ces effondrements ; par exemple, les rampes d’accès aux dif-
totale de l’activité du port de Kobé qui était le deuxième port du férents étages sont fixées à certains poteaux et peuvent augmenter
Japon et le sixième du monde. Dans beaucoup de cas, notamment considérablement la raideur de ceux-ci, et donc la part d’effort hori-
pour le séisme de Northridge, les coûts de réparation sont dus essen- zontal qui leur est transmise (figure 37).
tiellement aux éléments non structuraux et aux équipements. Les Les structures contreventées par des voiles en béton armé ont
codes parasismiques applicables aux bâtiments courants visent en nettement mieux résisté que les structures en portiques béton, ce
effet à prévenir le risque d’effondrement, lié à la tenue des éléments qui est un constat habituel dans les analyses postsismiques.
structuraux, et non à minimiser les pertes matérielles en cas de
séisme violent.
5.4.2 Séisme de Kobé
5.4 Principaux constats
Les dégâts sont d’une ampleur bien plus considérable qu’à
faits sur les bâtiments Northridge, comme le prouve le nombre des victimes. Il faut
cependant nuancer les affirmations selon lesquelles la construction
5.4.1 Séisme de Northridge parasismique japonaise avait subi un grave échec au cours de ce
séisme. La perte de 6 000 vies humaines est bien sûr une catastrophe
Les immeubles et maisons d’habitation ont bien résisté à quelques majeure, mais le bilan aurait été incomparablement plus lourd sans
exceptions près, ce qui explique le nombre relativement faible de aucune mesure de protection parasismique ; à titre de comparaison,
victimes. Dans les immeubles de bureaux, qui étaient vides au le séisme de Tangshan en Chine (28 juillet 1976), assez comparable
moment du séisme, on cite un cas de ruine pour un bâtiment R + 5 à celui de Kobé (séisme survenant en pleine nuit sur une faille située
contreventé par des portiques en béton armé, qui a subi le téle- sous la ville), a fait officiellement 242 000 morts (et sans doute plus
scopage complet d’un étage et l’effondrement des travées d’extré- en réalité) ; une hécatombe du même ordre, ou même plus forte
mité (figure 36). encore, se serait produite à Kobé si le parc immobilier y avait été
Un mode d’endommagement assez préoccupant a été observé, aussi vulnérable qu’à Tangshan.
semble-t-il pour la première fois, dans un certain nombre de La majorité des morts provient de l’effondrement de petites
bâtiments à charpente métallique ; il consiste en des ruptures de maisons d’habitation, souvent faiblement contreventées et dotées
soudures dans des assemblages poteaux-poutres ; ces ruptures ne de toitures assez lourdes (en raison des risques de cyclone), ce qui
sont visibles que si l’on enlève les éléments d’habillage des portiques n’est pas favorable à la tenue au séisme. De telles constructions
et peuvent donc passer inaperçues, car le bâtiment peut avoir l’air résistent bien jusqu’à des niveaux moyens d’excitation sismique,
d’être intact. En principe, ces soudures doivent être conçues et comme à Osaka où l’accélération n’a pas dépassé 0,2 g à 0,3 g,
réalisées pour conférer à l’assemblage une résistance plus grande mais se révèlent assez fragiles pour des niveaux supérieurs. Les
que celle des poutres qu’il connecte, en sorte que les plastifications plus anciennes de ces maisons n’avaient sans doute pas fait l’objet
apparaissent d’abord dans celles-ci. Les analyses sont encore en de précautions parasismiques particulières. La version la plus
cours pour identifier la cause de ces défauts et définir les mesures récente (1981) du code parasismique japonais prescrit simplement
correctives appropriées. l’adoption de mesures constructives appropriées pour ces mai-
sons, sans imposer la réalisation d’un calcul.

Figure 37 – Parking de l’Université de Northridge


Figure 36 – Ruine du Kaiser Permanente Office Building à Northridge

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Pour les bâtiments à plusieurs niveaux, un certain nombre de Des bâtiments bien conçus, c’est-à-dire bénéficiant d’un schéma
cas d’effondrements partiels, par la ruine complète d’un étage, ont structural régulier, de la capacité de redistribution des efforts
été observés. Ils paraissent correspondre le plus souvent à des dis- résultant d’un degré élevé d’hyperstaticité et de dispositions appro-
continuités de structure dans les éléments verticaux (par exemple priées pour la mobilisation effective de la ductilité, ont par contre
un poteau constitué de profilés métalliques noyés dans du béton une réserve de résistance appréciable en cas de dépassement de
jusqu’à une certaine hauteur et de béton normalement armé l’action sismique de calcul. Un hôpital situé près de la faille de
au-dessus). Northridge a ainsi subi une accélération de 0,9 g au niveau du sol, 2 g
Le danger présenté par les rez-de-chaussée transparents (pour les au niveau du toit, sans endommagement significatif de sa structure.
activités commerciales ou le stationnement de véhicules) a été une Le fait que des accélérations enregistrées dépassent sensiblement
fois de plus confirmé. Dans certains cas, la rupture des éléments por- le niveau requis par les codes ne signifie donc pas que ceux-ci
teurs à ce niveau a entraîné le basculement complet de l’immeuble, doivent nécessairement être révisés dans le sens d’une plus grande
provoquant l’obstruction de rues ou d’avenues (figure 38). sévérité des actions de calcul. Dans le code japonais, l’action de
calcul est définie en termes de coefficient sismique (§ 1.4.3), sans
Il est incontestable que les bâtiments les plus récents, ayant utilisation explicite d’accélération, ce qui évite de possibles remises
bénéficié de l’application du code de 1981, ont nettement mieux en cause au vu des enregistrements.
résisté que les autres. Ce code impose des vérifications très
contraignantes de résistance à l’effort tranchant pour les structures Le fait que les effondrements aient été beaucoup plus nombreux
irrégulières, du point de vue de la distribution des masses et des à Kobé, qu’on ne peut expliquer, comme indiqué précédemment,
raideurs, et pour les structures peu ductiles. par le simple rapport des nombres de bâtiments concernés, ne doit
pas être attribué à des déficiences du code japonais actuellement
en vigueur. Il traduit essentiellement une vulnérabilité plus grande
5.4.3 Commentaires du parc immobilier considéré dans son ensemble, due principale-
ment aux maisons individuelles et aux immeubles les plus anciens,
sur les comportements de bâtiments
calculés suivant les versions antérieures du code. La relative « paix
sismique » dont a joui Kobé pendant des décennies, alors que le
Si l’on excepte les ruptures de soudure dans les assemblages de nord de Los Angeles avait déjà subi en 1971 un séisme à peu près
portiques métalliques (fréquentes à Northridge mais qui ont aussi aussi fort que celui de Northridge, a sans doute aussi contribué,
été observées à Kobé), les désordres constatés relèvent de causes particulièrement pour l’habitat individuel, à cette différence de
déjà mises en évidence à l’occasion d’autres séismes. Les transpa- vulnérabilité.
rences dans les rez-de-chaussée, les discontinuités de structure en
élévation ou en plan, les liaisons souvent fragiles des structures
préfabriquées ont depuis longtemps été identifiées comme poten-
tiellement dangereuses, en ce sens que même si les bâtiments ont 5.5 Comportement des ouvrages d’art
été correctement calculés et dimensionnés pour le niveau de séisme
requis par les codes, ils n’ont en général pas de réserve de résistance Les deux séismes ont affecté un grand nombre de ponts. L’agglo-
si l’agression sismique dépasse sensiblement ce niveau. Ces défauts mération de Los Angeles compte 3 000 ponts et viaducs ; Kobé est
de conception sont souvent aggravés, pour les bâtiments d’un un nœud essentiel des communications terrestres au Japon et voit
certain âge, par l’insuffisance de ductilité, notamment pour les passer tout le trafic est-ouest, routier et ferroviaire, de l’île principale ;
poteaux en béton armé où l’indigence, voire l’absence totale, des de plus, la densité des villes japonaises fait adopter très souvent des
armatures transversales de confinement conduit fréquemment à la passages en surélévation pour libérer de l’espace au sol pour les
ruine avec le flambement des armatures longitudinales (§ 2.3.1). Ce voies urbaines. Plusieurs dizaines d’ouvrages ont subi des
n’est que dans les codes parasismiques les plus récents que l’accent dommages importants, allant jusqu’à l’effondrement total.
a été mis sur l’importance capitale de la ductilité et sur les dispo- Des trois modes principaux de ruine sismique des ponts (ruine
sitions constructives permettant de l’obtenir. des fondations, rupture de piles et chute de travées), le premier n’a
été que très peu observé, en dépit de la liquéfaction massive des
sols dans la zone portuaire de Kobé. On se limite donc dans la suite
aux deux autres modes.

5.5.1 Ruptures de piles


Elles ont été nombreuses, tant à Northridge qu’à Kobé, pour des
piles en béton armé d’ouvrages assez anciens, présentant des insuf-
fisances de ferraillage transversal (figure 39). Le cas le plus spec-
taculaire est celui de la voie rapide surélevée Hanshin (est de Kobé),
qui a connu un déversement latéral de l’ouvrage sur plus de 500 m,
suite à la rupture d’un ensemble de piles au niveau du raccordement,
par soudure bout-à-bout, des armatures longitudinales du fût avec
celles du massif de fondation (figure 40). Les sections adjacentes
à la section effondrée ont un tablier à structure métallique, plus léger
que le tablier en béton de la partie ruinée, ce qui explique sans doute
leur non-effondrement, bien que leurs piles aient aussi subi des dom-
mages importants (611 piles sur un total de 1 172 sont endomma-
gées, dont 150 sont considérées comme irréparables). Un tel
ouvrage, calculé pour une accélération statique d’environ 0,2 g et
Figure 38 – Basculement d’immeuble dans le centre de Kobé pourvu de dispositions constructives considérées maintenant
comme inadéquates, est manifestement fragile vis-à-vis d’actions
sismiques beaucoup plus fortes que celles prises en compte au stade
de la conception.

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ou même dépassé le mètre, entraînant parfois des chutes de travées


(figure 41). Dans la réglementation actuellement en vigueur au
Japon, le maintien de l’appui doit être assuré pour un déplacement
horizontal du tablier égal à (L /2) + 20 (en centimètres avec la portée L
en mètres) ; pour une portée de 50 m, on doit donc prévoir un dépla-
cement possible de 45 cm, ce qui n’est sans doute pas suffisant en
cas de séisme extrêmement violent.
Vouloir empêcher les déplacements de tablier en surdimension-
nant les appareils d’appui n’est pas réaliste car, outre le risque
d’aboutir à des dispositifs monstrueux donc inconstructibles en
pratique, le principe même de cette conception (blocage du tablier
sur ses appuis) est, d’une part inopérant si les déplacements
proviennent de mouvements différentiels entre points d’appui,
d’autre part pénalisant pour les piles qui doivent reprendre des
efforts majorés en cas de blocage du tablier. Il faut donc concevoir
les appuis pour qu’un déplacement du tablier, estimé de façon
suffisamment prudente, n’entraîne pas le risque de chute ; des
dispositifs amortisseurs prenant appui sur les culées peuvent faci-
liter la solution de ce problème.
La suppression des chutes de travées est un des objectifs essen-
Figure 39 – Ruine d’un poteau du viaduc tiels de la protection parasismique des ponts ; en dehors des risques
supportant la voie du Shinkansen (TGV Japonais) qu’elles présentent pour les vies humaines, le fait qu’elles fassent
perdre simultanément deux voies de communication peut
compliquer considérablement l’organisation des secours.

5.6 Autres ouvrages


5.6.1 Souterrains
L’endommagement d’ouvrages souterrains est rare pendant les
séismes. À Kobé, deux stations de métro ont connu des ruptures
d’effort tranchant des poteaux supportant le toit, entraînant un affais-
sement de 3 m de celui-ci et de la rue qui passe au-dessus. Ces
ruptures paraissent dues aux forces d’inertie horizontales
développées dans le toit et le sol de couverture, dont le concepteur
avait semble-t-il pensé que la plus grande partie serait équilibrée
par la butée des terres aux extrémités, alors qu’en réalité ce sont
pour l’essentiel les poteaux qui ont dû les reprendre en effort
tranchant, ce qui n’avait pas été prévu.
Si cette explication est la bonne, elle illustre l’écart qu’il peut y
avoir entre les hypothèses de calcul et les conditions réelles. Pour
de telles stations souterraines, construites en tranchées couvertes,
Figure 40 – Déversement de la voie rapide Hanshin (d’après [33])
il est sans doute illusoire de compter sur une mobilisation effective
de la butée des terres, compte tenu des conditions de réalisation
Le séisme de Northridge a confirmé l’efficacité du renforcement de l’excavation et des difficultés de compactage du remblai sur son
des piles en béton d’ouvrages existants par chemisage métallique pourtour. La structure se comporte en fait comme si elle était
sur toute la hauteur ; ce renforcement, mis en œuvre de façon construite en surélévation et doit être dotée d’un système adéquat
systématique en Californie après le séisme de Loma Prieta près de de contreventement.
San Francisco (17 octobre 1989), avait été pratiqué sur 115 ponts
du comté de Los Angeles au moment du séisme de Northridge ;
tous ces ponts se sont bien comportés. 5.6.2 Ouvrages portuaires
Quelques cas de rupture de piles métalliques ont été rapportés,
ce qui est inhabituel. Des amorces de flambement ont été observées Dans la zone portuaire de Kobé, construite pour l’essentiel sur des
pour certains ouvrages de Kobé, qui peuvent sans doute être attri- terrains gagnés sur la mer par remblayage hydraulique, la
buées à l’importance de la composante verticale du mouvement sis- liquéfaction généralisée des remblais a entraîné des désordres très
mique, mise en évidence par certains enregistrements, et au fait que importants pour la quasi-totalité des quais et des engins de
les règles de calcul utilisées ne prennent que rarement en compte manutention. Les pertes associées à ces désordres ont été estimées
les effets de cette composante. à 70 milliards de francs. Les caissons en béton constituant les quais
ont pivoté et glissé vers la mer, parfois de plusieurs mètres, suite
aux tassements et aux mouvements horizontaux (lateral spreading )
5.5.2 Chutes de travées dus à la liquéfaction (figure 42). C’est un phénomène qui a déjà été
observé, mais rarement à une telle échelle, et qui souligne la vul-
Les chutes de travées, quand elles ne résultent pas de la ruine nérabilité des remblais hydrauliques à la liquéfaction.
des fondations ou des piles, sont dues aux déplacements des tabliers À une certaine distance des quais, les mouvements de sol résultant
par suite soit de l’incapacité des appareils d’appui à reprendre les de la liquéfaction ont été essentiellement verticaux ; les effets
forces d’inertie développées par le mouvement vibratoire dommageables de ces mouvements ont été minimes car les struc-
d’ensemble, soit des déplacements différentiels entre points d’appui. tures lourdes, nécessairement fondées sur pieux en raison de la
Dans certains ponts de Kobé, les mouvements de tablier ont atteint faible capacité portante des remblais, sont restées en place, même

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— parmi les réseaux, c’est le téléphone qui est en général rétabli


le plus rapidement ;
— bon comportement généralement observé pour les équipe-
ments des usines (réservoirs, pompes, tuyauteries) quand leurs fixa-
tions sont bien réalisées et quand les bâtiments qui les abritent n’ont
pas subi de dégâts majeurs.
À Kobé, les réservoirs de stockage de fuel ou de gaz, qui sont tous
fondés sur pieux, se sont dans l’ensemble bien comportés. Le seul
incident sérieux, qui a provoqué l’évacuation temporaire de tout un
quartier, est une fuite de gaz due au déplacement relatif d’une vanne,
qui n’était pas fondée sur pieux, par rapport à un réservoir ; quand
la liquéfaction s’est produite, la vanne a suivi le tassement du sol,
alors que le réservoir restait en place sur ses pieux, et la bride de
la tuyauterie de liaison vanne-réservoir s’est ouverte. Ceci illustre
la nécessité, dans les zones liquéfiables, de concevoir les fondations,
y compris celles des équipements légers, de manière à prévenir
l’apparition de déplacements différentiels entre les éléments.
Figure 41 – Chute de travée dans une double rampe hélicoïdale
À Northridge, un certain nombre de réservoirs à paroi mince ont
été endommagés ou même détruits : les fuites constatées sont
beaucoup plus souvent dues à la rupture des piquages de tuyauterie
qu’à la déchirure de la paroi, même quand celle-ci a subi des
déformations irréversibles importantes (cloquage ou bourrelet en
« pied d’éléphant »).

5.7 Organisation des secours

Le Japon a été critiqué, à l’intérieur du pays ou à l’étranger, pour


la lenteur de la mise en place des secours après le séisme de Kobé.
Les causes principales de cette lenteur paraissent être :
— l’ampleur des dégâts et la difficulté de les évaluer pour
les responsables locaux ; ceux-ci, qui à cette heure matinale étaient
chez eux, et qui habitent généralement loin de leur lieu de travail,
étaient dans l’incapacité de le rejoindre rapidement par suite de la
perte totale des principales voies de communication. La meilleure
source d’information était la télévision, qui, dès le jour venu, a
Figure 42 – Quais dévastés dans le port de Kobé envoyé des équipes de prise de vues survoler les zones sinistrées
en hélicoptère, mais on ne pouvait pas la regarder à Kobé en raison
quand les tassements ont atteint plusieurs dizaines de centimètres de la coupure de l’électricité ; le téléphone était également coupé ;
autour des pieux. De nombreux bâtiments industriels ou d’habitation — le système de prise de décision ; le principal acteur pour
et des ponts ont ainsi survécu en subissant seulement des la mise en place des secours en cas de catastrophe majeure est
dommages mineurs. l’Agence d’autodéfense (l’équivalent du ministère de la Défense dans
un pays qui a écrit dans sa Constitution qu’il n’aurait pas d’armée),
mais celle-ci ne peut intervenir que sur demande des autorités
5.6.3 Équipements industriels locales qui, comme indiqué auparavant, étaient incapables d’évaluer
les dégâts et de contacter les responsables de l’Agence ; il a fallu
attendre la soirée pour que des contingents significatifs d’hommes
Les équipements industriels concernés par le séisme de soient envoyés sur place ;
Northridge sont principalement ceux qui correspondent aux diffé- — le manque de préparation dans cette région où le risque sis-
rents réseaux (eau, gaz, électricité, téléphone), auxquels s’ajoutent mique était à tort perçu comme minime par la grande majorité de
quelques industries de haute technologie. la population et des politiques ; les efforts de préparation
À Kobé, on trouve, en outre, dans la zone portuaire d’importants présismique au Japon étaient essentiellement concentrés dans la
stockages d’hydrocarbures et de gaz, ainsi que de l’industrie région de Tokyo.
lourde. La critique est facile, mais il faut reconnaître que, face à un sinistre
Il y a donc une grande variété d’équipements ayant subi l’épreuve de cette ampleur, l’organisation des secours est difficile, particuliè-
d’un séisme majeur. La plupart des constats, dans la mesure où rement dans une ville tout en longueur comme Kobé, coincée entre
l’accès aux informations a été possible, ce qui est plus difficile pour la mer et la montagne, quand on a perdu les voies de communication
les équipements que pour les bâtiments ou ouvrages d’art, terrestres et que la dévastation des quais du port ne permet pas de
confirment ceux qui ont pu être faits à l’occasion d’autres séismes : compenser cette perte par une activité maritime importante.
— fragilité des réseaux de distribution d’eau et de gaz, qui À Northridge, où l’importance des destructions était, il est vrai,
contribue aux incendies ; à Kobé, certaines zones d’incendie nettement moindre, l’organisation a été exemplaire, grâce à une
couvraient plusieurs dizaines d’hectares ; excellente préparation. Les Californiens de cette région sont mani-
— fragilité des sous-stations électriques et de certains équipe- festement plus sensibilisés au risque sismique que les habitants de
ments de distribution alors que les centrales électriques n’ont subi Kobé.
que des dégâts relativement mineurs (sauf en cas de désordres
dans les fondations à cause de la liquéfaction) ;

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5.8 Conclusions 6. Conclusions


Si quelques types de dégâts nouveaux, ou rarement observés Le bref aperçu qui vient d’être présenté sur les différents aspects
auparavant, ont été mis en évidence à l’occasion de ces deux séismes du génie parasismique montre qu’il s’agit d’une technique pluri-
(rupture de soudures, ruine de piles métalliques, effondrement d’un disciplinaire en évolution rapide qui, dans certains domaines, relève
ouvrage souterrain), la grande majorité des dommages appartient plus de « l’art » que de la science. On peut cependant observer une
à des types connus. Les codes parasismiques modernes décrivent tendance très nette vers une approche plus rationnelle dans laquelle
les dispositions qui permettent de prévenir ces dommages, mais il le recours indispensable aux données de l’expérience s’inscrit dans
faut reconnaître que les codes antérieurs présentaient des insuffi- la recherche de la compréhension des phénomènes physiques. Il en
sances. Des villes modernes, situées dans des pays à la pointe du résulte une spécialisation croissante des intervenants et une évo-
progrès en matière de génie parasismique, présentent donc une cer- lution des règlements dans le sens de la complexité.
taine vulnérabilité vis-à-vis des séismes violents, due pour l’essentiel Les codes dits de troisième génération, maintenant adoptés, ou
à l’habitat le plus ancien. en voie de l’être, dans la plupart des pays concernés par le risque
Le fait qu’il y ait eu des dommages d’un type imprévu et que les sismique, n’échapperont sans doute pas, dans la phase initiale de
codes les plus récents autorisent certaines conceptions potentielle- leur mise en application, aux reproches habituels au nom de la
ment dangereuses montre que ces codes ne constituent pas un abou- sacro-sainte simplicité. Ils ont pourtant le mérite de mieux présenter
tissement mais plutôt une étape pour obtenir une protection la démarche assez complexe et souvent mal comprise des
parasismique de haute fiabilité. Parmi les phénomènes pouvant utilisateurs, qui est propre au calcul parasismique, tout en
affecter les constructions édifiées par l’homme, les séismes sont de permettant, au moyen du coefficient de comportement une approche
loin les moins fréquents, même au Japon ou en Californie. Le retour plus rationnelle de la sécurité. L’effort ainsi demandé au projeteur
d’expérience, élément de base du progrès en génie parasismique, pour assimiler cette démarche devrait lui permettre de mieux
est donc encore limité. apprécier la signification et les limites de validité des différents
modes de calcul, condition indispensable pour leur bonne
Ces deux séismes ont permis de tester en vraie grandeur
application.
l’efficacité des codes sur une population nombreuse et diverse de
bâtiments et d’ouvrages soumis à des mouvements sismiques extrê- L’inconvénient de ces codes, si inconvénient il y a, est peut-être
mement violents. De ce point de vue, le bilan est globalement positif, d’accréditer l’idée que le calcul représente la partie la plus importante
même à Kobé, où le code de 1981, là où il a été appliqué, a procuré de la conception parasismique. Il suffit de réfléchir à la notion même
aux bâtiments une résistance suffisante. La comparaison avec des de coefficient de comportement, et à la manière dont ses valeurs
séismes récents ayant affecté d’autres pays (Arménie 1988, Iran sont estimées, pour se rendre compte qu’une telle idée ne saurait
1990), qui ont chacun fait plusieurs dizaines de milliers de victimes, correspondre à la réalité. Le calcul élastique avec coefficient de
montre que la construction parasismique, jointe à une bonne comportement, même s’il constitue un progrès par rapport aux
préparation des agents de la Sécurité civile et de la population, atteint méthodes précédentes, reste très approximatif et vise essentielle-
effectivement l’objectif qu’elle s’est jusqu’à présent fixé, c’est-à-dire ment à fournir un procédé de dimensionnement plutôt qu’une image
la sauvegarde des vies humaines. du comportement réel.
La conception parasismique au sens propre, responsabilité
commune de l’architecte et de l’ingénieur, repose donc en grande
partie, et sans doute pour longtemps encore, sur le choix raisonné,
à partir des enseignements de l’expérience, des formes et de la struc-
turation du bâtiment, en liaison avec l’adoption de dispositions
appropriées pour la construction des éléments et un contrôle rigou-
reux de l’exécution sur le chantier.

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