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Capsule 7 poétique des Fables orientales

Dans sa « Préface » La Fontaine écrit : « L’apologue est composé de deux parties,


dont on peut appeler l’une le corps, l’autre l’âme. Le corps est la fable ; l’âme, la
moralité ». D’autres définitions sont possibles comme : C’est un court récit qui
propose une leçon morale. Vous l’avez compris, les fables relèvent de ce genre.
La fable n’étant pas un genre reconnu ni codifié, elle laisse une grande liberté.
Mais elle implique certaines contraintes qu'évite le conte : elle est en effet
soumise à un impératif didactique, et à des exigences de brièveté. Il faut donc
concilier charme, gaieté, morale, rapidité avec la volonté de La Fontaine
d’enrichir le genre.
La Fontaine donne la prépondérance à la narration : il bouleverse ainsi l’ordre
habituel. Il va même jusqu’à fondre le récit et la leçon en une même narration.

La fable a un but didactique, elle doit se terminer par une morale, énoncé
déductif et didactique. On va du cas particulier à la maxime générale, de la fiction
à la vérité universelle qui provient souvent du fonds commun des proverbes
populaires. Ce principe qui date d’Esope est parfois repris ouvertement par La
Fontaine. Il passe ainsi du singulier au général en utilisant :
- des formules conclusives : « ceci montre… »,
VIII, 18 ; « ceci vous sert d’enseignement »,
VII, 6.
- des prises de parole de La Fontaine qui feint de
s’interroger : cf X, 5 « Voulez-vous qu’il vive en
ermite ? » ; Discours à Mme de la Sablière
« Mais que répondras-t-on à ce que je viens de
dire ? ».
- des apostrophes au lecteur, à un groupe ou à
l’humanité, cf VIII, 10 « Messieurs les
courtisans, cessez de vous détruire… » ou X,
10 « Rois qui croyez gagner par raisons les
esprits… »
Il propose aussi des fables desquelles on peut tirer de multiples enseignements,
cf VIII, 9 Le rat et l’huître : « Cette fable contient plus d’un enseignement… ».
Mais La Fontaine n’hésite pas à varier les formulations de la leçon, ainsi que sa
place dans le discours. La morale n’est pas toujours à la fin de la fable : comme
chez Phèdre elle est parfois au début (VII, 6 « Rien ne pèse tant qu’un secret /
Le porter loin est difficile aux Dames »), parfois énoncée au début et à la fin
(VIII, 1 « La mort ne surprend point le sage/ Le plus semblable aux morts
meurt le plus à regret »), parfois elle semble si évidente à La Fontaine qu’il ne
la mentionne même pas (VIII, 2). Il laisse aussi le lecteur conclure lui-même,
cf, VIII,2 : « L’Amour avait raison : de quoi ne vient à bout / L’esprit joint au
désir de plaire ? ».
Il utilise parfois aussi des phrases très simple cf VIII, 17 « Il faut s’entraider,
c’est la loi de la nature », mais il prend cependant la peine de la répéter en fin
de fable « Je conclu qu’il faut qu’on s’entraide ».
Dans « Les deux coqs » VII, 12, voici les quatre derniers vers :
La fortune se plaît à faire de ces coups ;
Tout vainqueur insolent à sa perte travaille.
Défions-nous du sort, et prenons garde à nous
Après le gain d'une bataille.

La Fontaine recommande ici la méfiance envers la vanité et l'exubérance.


L'insolence engendre automatiquement un coup du sort. Cette morale peut être
vue comme un avertissement de La Fontaine à son propre personnage, le coq. Il
essaye de lui rappeler le triste sort de son adversaire afin de le dissuader de
commettre les mêmes erreurs. Il veut briser ce cycle mortel et assurer une fin
heureuse au coq et, plus généralement, à l’Homme.

Pour brocarder-cad se moquer- en toute liberté les défauts de ses contemporains,


le maître conteur a pris soin de dissimuler ses reproches sous le masque de
l’animalité : non content d’avoir échappé aux filets-aux rets- de la censure en son
temps, Jean de La Fontaine, l’éternel contempteur de l’arbitraire et de
l’autoritarisme royal sous Louis XIV, a également rendu un fier service aux
professeurs d’aujourd’hui. Car trois siècles et demi après leur invention, la nature
luxuriante de La Fontaine, ses forêts giboyeuses, peuplées de hérons, de cigognes,
de grenouilles présomptueuses, de rats candides et de lièvres craintifs restent les
meilleurs arguments pour piquer la curiosité d’un jeune auditoire.

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