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Conjoncture www.cfcim.

org
Mensuel des décideurs - Chambre Française de Commerce et d’Industrie du Maroc
Tests d’admission
21 mai 2011

Mai 2011

ACTUS CFCIM ECHOS MAROC NTIC


Lancement officiel Office des Changes : Comment contrôler
du DEVCOM Maroc les chantiers en votre image sur L’invité de Conjoncture
cours internet ?

DOSSIER
BTP : un pilier de la croissance
marocaine Abdellatif Jouahri

L’actualité écono-
mique vue par le
service économique
de l’Ambassade de
France

Cahier central
Nouveaux adhérents
Vos infos pratiques

926
NUMERO 50ème ANNÉE
©Michel
Source Teuler
: CFCIM

Dispensé de timbrage
Autorisation n° 956
Chantiers en cours
Joël Sibrac
Président La mise à niveau de l’économie marocaine, engagée méthodiquement par
les autorités publiques depuis plus d’une décennie, conditionne le succès
d’un développement socio-économique qui se doit aujourd’hui d’être pé-
renne. Grâce à une politique volontariste et aux plans sectoriels engagés, le
Royaume du Maroc dispose d’une feuille de route claire et précise, qui doit
lui permettre de relever les défis de notre temps.

Outre le renforcement des entreprises et la structuration des marchés dans


Cette mise à ni- lesquels ces dernières évoluent, les autorités ont bien compris que cette
mise à niveau passe aussi par la modernisation et l’amélioration de la gou-
veau passe aussi par vernance au sein des structures publiques.

la modernisation et Vous avez pu en avoir une nouvelle fois confirmation ces dernières se-
maines, lors de la venue dans votre Chambre de Noureddine Bensouda, Tré-
l’amélioration de la sorier Général du Royaume, afin de présenter la réforme en cours des mar-
chés publics, ou encore celle de Jaouad Hamri, Directeur Général de l’Office
gouvernance au sein des Changes, venu lui aussi présenter à la CFCIM les chantiers en cours au
sein de l’Office.
des structures pu-
Votre Chambre, notamment à travers le travail réalisé par les différentes
bliques Commissions, participe bien sûr à cet effort et continue d’apporter, au quo-
tidien, sa contribution au développement du Royaume.

La CFCIM organise ainsi le mois prochain, à Casablanca, le Salon Interna-


tional des Métiers du Bâtiment (Interbat 2011, du 21 au 23 juin), destiné aux
professionnels d’un secteur-clé de l’économie marocaine, le BTP, auquel
Conjoncture consacre ce mois-ci un dossier spécial.

Aux mêmes dates et dans le même cadre - le Parc des Expositions de l’Of-
fice des Changes - se déroulera un autre événement d’importance, toujours
organisé par votre Chambre, en partenariat avec le Ministère de l’Energie,
des Mines, de l’Eau et de l’Environnement : le Salon EnR des Energies Re-
nouvelables.

Fort d’un soutien institutionnel - national et international - qui ne se dé-


ment pas, le secteur des énergies renouvelables dispose là encore d’un
plan de développement très ambitieux, qui, à l’instar des autres chantiers
en cours, permet au Royaume du Maroc de se tourner vers l’avenir avec
confiance et sérénité.

Editorial Conjoncture N° 926 - Mai 2011 - 3


Editorial 3
Sommaire Actus cfcim
• Lancement officiel du DEVCOM Maroc 6
6
Conjoncture www.cfcim.org
Mensuel des décideurs - Chambre Française de Commerce et d’Industrie du Maroc
Tests d’admission
21 mai 2011

Mai 2011
• Parc industriel d’Ouled Salah :
15 lots seulement restent à attribuer 6
ACTUS CFCIM ECHOS MAROC NTIC

8
Lancement officiel Office des Changes : Comment contrôler
du DEVCOM Maroc les chantiers en
cours
votre image sur
internet ?
L’invité de Conjoncture
Echos Maroc
DOSSIER • Office des Changes : les chantiers en cours 8
BTP : un pilier de la croissance
marocaine Abdellatif Jouahri
• Enquête de conjoncture économique 10

12
L’actualité écono-
mique vue par le
service économique
de l’Ambassade de
France
Service Economique de l’Ambassade de France
Cahier central
• L’économie en mouvement 12
13
Nouveaux adhérents
Vos infos pratiques • Secteur à l’affiche
926
• Les relations France-Maroc 13
13
NUMERO 50ème ANNÉE
Teuler
: CFCIM

• Affaires à suivre
©Michel
Source

Dispensé de timbrage
Autorisation n° 956

Conjoncture est édité par

L’invité de Conjoncture 14
• Abdellatif Jouahri, Gouverneur de Bank Al-Maghrib 14

Dossier : Le BTP, un pilier de la croissance 17


marocaine
15, avenue Mers Sultan • Le BTP, un pilier de la croissance marocaine 17
20 130 Casablanca • Interview avec Bouchaïb Benhamida, président de la FNBTP 20
Tél. LG : (+212)05 22 20 90 90
• Interview avec Mohamed Mait, Responsable Sécurité à Manpower 22
Fax : (+212)05 22 20 01 30
E-mail : conjoncture@cfcim.org • Interview avec Larbi Bencheikh, Directeur Général de l’OFPPT 23
Site Web : www.cfcim.org • Interview avec Mohamed Jamal Bennouna, expert international en
Risk Management RICS 24
Directeur de la publication
Joël Sibrac
• Les matériaux de construction profitent de la reprise 25

Rédacteur en chef
Philippe Confais
Immobilier 26
Comité de rédaction • Zones commerciales : une nouvelle génération de projets 26
Président : Serge Mak
Journaliste/secrétaire de rédaction :
Christophe Guguen
Ont participé à ce numéro : Dominique
Bocquet, Laurence Jacquot, Rachid Alaoui,
Finances 28
Anne-Sophie Colly, Franck Dautria et les • Bourse : 2010, l’année de la reprise 28
collaborateurs de la CFCIM.

Photos et illustrations : Michel Teuler,


Studio Najibi, Pixmac.ma. Juridique 29
• Faciliter l’accès aux marchés publics 29
Publicité
Mariam Bakkali
Tél.: 05 22 93 11 95 - 05 22 93 81 28
GSM : 06 61 71 10 80 Management 31
mariam.bakkali@menara.ma
• Imtiaz, Moussanada : comment ça marche ? 31
Anne-Marie Jacquin
• Presse et public : soigner ses relations 32
Tél.: 05 22 30 35 17 - GSM : 06 61 45 11 04
jacquin_annemarie@yahoo.fr • Lutte contre l’échec scolaire : les anti-sèches des entreprises
pionnières 34
Mise en page : X-Graphics
Impression : Direct Print (Procédé CTP)

ISSN : 28 510 164 NTIC 36


Ce numéro a été tiré à 13 000 exemplaires.
• Comment contrôler votre image sur internet ? 36
ACTUS CFCIM

Agenda Lancement officiel du DEVCOM Maroc


Manifestation professionnelle dédiée au développement
commercial, au marketing et à la communication, la 1ère
édition du DEVCOM Maroc a été officiellement lancée le 29
mars dernier. Co-organisé par la CFCIM et la société MLG
Consulting, le DEVCOM Maroc est une convention d’affaires
prévue les 7 et 8 décembre 2011 à Casablanca afin d’appor-
ter aux entreprises du royaume des solutions concrètes et

© CFCIM
des conseils pratiques pour leurs projets de développement.
DEVCOM Maroc leur permettra également de découvrir les
• Mardi 10 mai dernières tendances en matière de développement com-
Réunion technique mercial, communication et marketing au travers de démonstrations, cas clients,
« Loi 09-08 sur la protection des conférences, innovations, diagnostics personnalisés, etc.
données personnelles : quels risques Au menu : plus de 100 « speed démos » animées par les entreprises exposantes, 30
et impacts pour les entreprises ? »
conférences réparties en 4 forums thématiques et la remise des Trophées DEVCOM
En présence de Richard Bertrand,
qui récompenseront les meilleures démonstrations dans 5 catégories (Performance
Gérant du cabinet Actecil
14h30 au siège de la CFCIM commerciale, Marketing multi-canal, Solutions de communication, E-commerce et
Innovation).
Contact : Contact :
Charafa Chebani Hicham Bennis
cchebani@cfcim.org hbennis@cfcim.org

• Jeudi 19 mai Parc industriel d’Ouled Salah :


Forum adherents
Abdellatif Maâzouz seulement 15 lots restants à attribuer
Ministre du Commerce extérieur
« Internationalisation des entreprises La commercialisation des lots du nouveau parc industriel CFCIM d’Ouled Salah se
marocaines : opportunités et défis » poursuit. 15 lots sur 92 restent à attribuer, qui feront l’objet d’un appel à candida-
18h30 au siège de la CFCIM tures afin de sélectionner les projets les plus intéressants. Au total, 112 demandes
ont été reçues pour être étudiées lors des réunions de la Commission d’attribution
• Jeudi 2 juin des lots, qui est composée de la CFCIM, du Ministère de l’Industrie, du Commerce et
Forum adhérents des Nouvelles Technologies, du CRI du Grand Casablanca, de la commune d’Ouled
Moncef Belkhayat Salah, de la Province de Nouaceur, et de la SOGEPOS.
Ministre de la Jeunesse et des Sports
Contact :
« La dynamique sportive et la poli-
tique des grandes infrastructures Mounir Benyahya
sportives au Maroc » Directeur chargé des parcs industriels
18h30 au siège de la CFCIM mbenyahya@cfcim.org

Contact :
Meriem Yousri Rapport d’activité 2010 Inauguration royale
myousri@cfcim.org
Le rapport d’ac-
du projet INMAA
tivité 2010 de Rapport annuel

la CFCIM a été Informer Développer


Le projet INMAA va être inauguré dé-
Fès : envoyé à l’en- but mai par le Roi Mohammed VI. Ce
semble des en- projet consiste en la mise en place à
nouvelles coordonnées treprises adhé- Casablanca d’une usine modèle pour
rentes. Outre la Former Conseiller
diffuser les principes du Lean Mana-
La Délégation régionale de la CFCIM composition du gement au sein du tissu industriel ma-
à Fès change de coordonnées : Bureau et des rocain et accompagner les entreprises
Khadija Quessar, Commissions marocaines dans leur transformation
Assistante de la Délégation de la CFCIM, le rapport présente les opérationnelle. C’est la CFCIM qui a
Délégation régionale de la CFCIM différentes actions menées en 2010 octroyé un lot de terrain de 1000 m2
33 Avenue Abdelkrim El Khattabi par les équipes de la Chambre sui- sur la zone industrielle de Bouskoura
Imm Manar. vant les 4 grands pôles d’activité : pour abriter la première usine-école.
Bureau N° 14, 5e étage. V N. Informer, Développer, Former et
30 000 Fès Conseiller. Le rapport 2010 présente Contact :
Tél : 05 35 94 30 36 aussi un bilan de mandature (2008- Mounir Benyahya
Fax : 05 35 94 30 36 2010) du Past-Président de la CFCIM, Directeur chargé des parcs industriels
Email : kquessar@cfcim.org Bernard Digoit. mbenyahya@cfcim.org

Conjoncture N° 926 - Mai 2011 - 6


ECHOS MAROC

Office des Changes : les chantiers en cours


Refonte réglementaire et législative, nouveau système d’information, amélioration de la
gouvernance et de la communication : l’Office des Changes poursuit sa mue et réaffirme
le caractère progressif et irréversible de la libéralisation du contrôle des changes.
Jaouad Hamri, Directeur général de l’Of- Le deuxième projet de texte prévoit la
fice des Changes, a présenté à la CFCIM réécriture des textes de loi afin de pas-
les grands chantiers menés par ses ser- ser de la prohibition à la libéralisation,
vices, à l’occasion d’un forum adhérents conformément aux engagements in-
organisé le 14 avril dernier. « Le véritable ternationaux du Maroc. « C’est une in-
challenge, c’est que ce contrôle des version totale. On dira que tout est libre
changes soit le plus indolore et le plus sauf interdictions, au lieu de dire que
incolore possible, à la fois pour les opéra- tout est interdit sauf autorisations spé-
teurs économiques et pour les citoyens. ciales, comme c’est le cas aujourd’hui ».
C’est donc dans la gestion que réside le Troisième projet de texte : la refonte du
plus grand potentiel d’amélioration ». dispositif législatif qui régit la répres-
sion des infractions à la réglementation
Pallier aux insuffisances des changes. « L’objectif est de garan-

© Studio Najibi
L’Office des Changes a donc décidé de tir aux opérateurs économiques une
pallier aux insuffisances en lançant connaissance des textes, des risques
plusieurs grands chantiers. Le premier encourus et des possibilités de recours,
d’entre eux concerne l’actualisation et parce qu’aujourd’hui ce n’est pas le Jaouad Hamri, Directeur général de l’Office des
Changes.
la simplification des textes réglemen- cas ».
taires. « Ce sont des textes promulgués des pratiques frauduleuses », explique
essentiellement pendant la période Nouveau système d’information le Directeur général de l’Office. D’où la
coloniale. Ils sont en total déphasage Deuxième grand chantier de l’Office mise en place du contrôle sélectif, qui
avec l’évolution de l’environnement des Changes : le système d’informa- devra être renforcé par une exhaustivité
économique national et internatio- tion. « C’est la colonne vertébrale, un de l’information reçue des banques et
nal ». Jaouad Hamri pointe également des chantiers les plus structurants de des opérateurs. « Nous avons aussi mis
la multitude de textes – instructions, l’Office, car nous nous sommes aperçus en place un comité de transactions, en
circulaires, notes, lettres au GPBM – qui que les données transmises par les opé- attendant le nouveau texte de loi », pré-
les rendent inaccessibles et créent « un rateurs économiques et par les banques cise Jaouad Hamri.
véritable obstacle à l’acte d’investir ». ne permettent pas à l’Office d’exercer
Que propose l’Office des Changes ? des contrôles ciblés ». L’Office compte Vers une meilleure communication
« Nous nous sommes rapprochés du mi- donc mettre en place un système de re- Enfin, dernier grand chantier lancé par
nistère des Finances et porting avec les inter- l’Office des Changes : la communica-
nous estimons pouvoir C’est une inversion médiaires agréés (les tion. « L’Office a déployé des efforts
aller vers un Code des banques) qui permette importants en termes de facilitation de
Changes », explique
totale. On dira que tout d’alimenter la base de libéralisation. Par contre, les banques,
Jaouad Hamri. Ses ser- est libre sauf interdic- données et la rendre faute de ressources humaines compé-
vices se sont donc at- la plus exhaustive tentes dans le domaine, peuvent parfois
telés à la réalisation de tions, au lieu de dire possible. L’Office tra- ne pas assurer la diffusion de cette régle-
trois projets de texte. Le vaille également avec mentation des changes ; il nous arrive
premier concerne la re-
que tout est interdit les opérateurs écono- de recevoir des opérateurs pour des au-
définition des missions sauf autorisations spé- miques afin de mettre torisations alors que ces opérations sont
de l’Office et ses règles en place des comptes- totalement déléguées aux banques. Et
de gouvernance. « Au- ciales, comme c’est le rendus dématérialisés ça rejaillit sur l’image de l’Office, et du
jourd’hui, je dois vous (transfert de données pays, aux yeux des investisseurs poten-
le dire, le Directeur gé-
cas aujourd’hui informatisé). tiels ». L’Office prépare donc un véritable
néral de l’Office dispose de pouvoirs dis- Troisième grande insuffisance pointée plan de communication. Le site internet
crétionnaires exorbitants. Il est urgent par Jaouad Hamri : les contrôles « ta- a par ailleurs été nettement amélioré
que cette gouvernance change et qu’on tillons », sans impact réel sur les réserves ces dernières années et « il continuera à
se donne les moyens d’une gouver- de change « mais qui pénalisent cer- l’être », promet Jaouad Hamri.
nance moderne, avec à la fois un conseil taines entreprises qui ne devraient pas
d’administration, des comités d’audit, l’être, alors que dans le même temps, Christophe Guguen
de contrôle de gestion, etc. ». on va négliger des entreprises qui ont conjoncture@cfcim.org

Conjoncture N° 926 - Mai 2011 - 8


ECHOS MAROC

Enquête de conjoncture économique


2nd semestre 2010 – Perspectives 2011
L’enquête semestrielle de conjoncture de la Chambre Française de Commerce et
d’Industrie du Maroc a porté sur 138 entreprises adhérentes réalisant un chiffre
d’affaires supérieur à 2,5 millions de dirhams.
Méthodologie La part des sociétés de services réalisant
Part des entreprises interrogées affichant
Trois types de questionnaires ont été une croissance positive de leur CA entre 91 et 100 % de leur CA à l’export
transmis aux entreprises adhérentes de  est passée de 4,1 % à 6,8 %. Si aucune
  
la CFCIM selon leur appartenance sec- 
 

entreprise commerciale au second se-

torielle : Industrie, Commerce, Services.  mestre 2009, puis 15,7 % au premier

Un total de 138 questionnaires a été  semestre 2010 réalisaient un CA à
analysé : 40 entreprises industrielles, 24 

l’export supérieur à 10 %, elles restent
entités commerciales et 74 entreprises  aujourd’hui 12,5 % à franchir le seuil au

de services. HUVHPHVWUH QGVHPHVWUH HUVHPHVWUH QGVHPHVWUH HUVHPHVWUH QGVHPHVWUH
      
second semestre 2010.

Cette enquête doit être envisagée 6RXUFH&)&,0

comme une enquête de tendance à ca- Les secteurs de l’industrie et des services Des commandes supérieures aux prévi-
ractère indicatif. Elle permet de dégager s’inscrivent également dans une réelle sions
quelques grandes orientations sur la vi- dynamique de croissance. Respective-
sion de la conjoncture économique ac- ment 75 % et 84 % des opérateurs in- Le semestre s’est avéré meilleur que
tuelle qu’ont les chefs d’entreprises ad- terrogés font état d’une hausse de leur prévu avec près de 67,4 % des so-
hérentes à la CFCIM. En outre, on peut CA ce semestre. On peut souligner que ciétés interrogées qui ont vu leur
considérer comme significative la com- 29,2 % des sociétés industrielles ont volume de commandes s’accroître.
paraison avec les études réalisées les même enregistré un accroissement de Le secteur industriel enregistre la plus
semestres précédents selon les mêmes leur CA supérieur à 10 %. belle performance : l’accroissement des
méthodes. commandes concerne 70,8 % de ces en-
Un CA à l’export en légère récession treprises ce semestre, ce qui place cette
CA : Une progression continue Si 79 % des répondants affirmaient branche devant les services.
Au terme du second semestre 2010, exporter une partie ou l’ensemble
81 % des entreprises interrogées affi- Commandes
de leurs produits ou services au pre- Evolution 2nd semestre 2010
chent une croissance positive de leur mier semestre 2010, 70 % du panel est 
70,8 %
CA contre 69,5 % au premier semestre concerné par l’exportation au dernier
 65 %
67,6 %
&RPPHUFH

2010. L’indicateur augmente ainsi de semestre 2010. L’indicateur connaît 
,QGXVWULH

6HUYLFHV
plus de 10 points. Cette progression ainsi une baisse de 9 points qui doit être 

confirme le regain annoncé de la crois- relativisée, puisque 50 % des sociétés  20 %
16,7 % 17,6 %
15 %
sance. interrogées réalisent moins de 10 % de 
5,4 %
9,5 %
13 %

0% 0%
La baisse significative du nombre d’en- leur activité à l’international, alors que

 1RQUpSRQVH 3RVLWLYH 1pJDWLYH eJDOH

treprises enregistrant une diminution seulement 7,2 % des répondants génè- 6RXUFH&)&,0
de leur CA supérieure à 10 % vient corro- rent un CA à l’export supérieur à 90 %.
borer cette reprise. En effet, elles étaient 17 % des entreprises industrielles inter- Les entreprises se montrent plus opti-
12 % au cours du second semestre 2009 rogées réalisent plus de 90 % de leur mistes quant aux 6 mois à venir, avec
et 9,5 % au premier semestre 2010, et ne CA à l’export, ce qui représente une 68,8 % d’entre elles qui anticipent une
constituent désormais plus que 5,9 % progression de 2 points par rapport au hausse de leurs commandes. A noter,
des répondants. Le nombre de sociétés premier semestre 2010. toutefois, que 12,3 % prévoient une
affichant une hausse de leur chiffre baisse.
d’affaires supérieure à 10 % représente Les sociétés industrielles et de services
Part du CA Export / CA Total
30,4 % des répondants au second se- sont les plus confiantes quant à l’évolu-
mestre 2010 contre 19,5 % au premier 
tion de cet indicateur ; respectivement


semestre 2010. 75 % et 70,3 % d’entre elles anticipent

Le nombre d’entités commerciales en- 
un développement de leur activité au

registrant une croissance positive de 
cours du semestre à venir.
leur CA s’élève à 80 %, contre 57,9 % au 


En revanche, seulement 62,5 % des so-
premier semestre 2010 et 35 % des so-  ciétés commerciales se montrent opti-
ciétés disent réaliser une progression  1RQUpSRQVH j j j
mistes quant à une évolution favorable
supérieure à 10 %. 6RXUFH&)&,0 de leur carnet de commandes.

Conjoncture N° 926 - Mai 2011 - 10


ECHOS MAROC
Investissement : perspectives encoura- avoir augmenté leur effectif, contre Renforcement de la concurrence
geantes 44,9 % au semestre précédent. Les so- au 2nd semestre 2010
La part des entreprises qui ont consacré ciétés de commerce continuent d’étoffer 
72,5 % 70,3 % &RPPHUFH

plus de 10 % de leur CA aux investisse- leurs équipes dans une dynamique très 
62,5 % ,QGXVWULH

ments reste stable (14,5 % des répon- favorable puisque 52,5 % d’entre elles  6HUYLFHV

dants). Quant aux opérateurs ayant ont embauché. 


37,5 %

25 % 24,3 %
investi moins de 2 % de leur CA, ils sont La création d’emplois a baissé de 10 

passés de 43,8 % au semestre précédent points dans l’industrie, avec 33,3 % des 
2,5 %
5,4 %

à 37 %. sociétés qui ont embauché au premier  1RQUpSRQVH 2XL 1RQ

semestre 2010, contre 43,2 % au se- 6RXUFH&)&,0


Prévisions d'investissement
au 1er semestre 2011 mestre précédent.
Regain de confiance pour les entrepre-
Un niveau d’utilisation des locaux qui neurs
1RQ 43 %
reste élevé Au moyen d’une échelle allant de -5 à +5
Parmi les dirigeants du panel consulté, (« -5 » : situation très mauvaise, « 0 » :
2XL 57 %
64 % affirment utiliser plus de 70 % de situation moyenne et « +5 » : situation
leurs locaux et/ou entrepôts, et 30 % excellente), les chefs d’entreprise ont
       d’entre eux témoignent d’un niveau eux-mêmes jugé la situation de leur en-
6RXUFH&)&,0
d’utilisation supérieur à 90 %. Ce sont les treprise.
sociétés de services qui sont en tête dans 96 % des opérateurs ayant répondu à
Concernant les entreprises de com- ce domaine, avec 32,4 % des entreprises l’enquête estiment que la situation ac-
merce, 5 % d’entre elles consacrent plus utilisant à plus de 90 % leurs locaux. tuelle de leur entreprise est plutôt po-
de 10 % de leur CA aux investissements sitive (situation moyenne à excellente),
contre 13,2 % au premier semestre 2010. Des entraves à l’activité en légère hausse contre 90 % au premier semestre 2010.
Les sociétés de services et industrielles On observe une légère augmentation Les prévisions formulées lors de la pré-
sont respectivement 20,3 % et 12,5 % à du nombre d’entreprises du panel dé- cédente enquête (93,3 %) sont donc
dédier plus de 10 % de leur CA aux inves- plorant des entraves importantes à leur largement atteintes. Il est aussi intéres-
tissements. activité au cours du second semestre sant de souligner la confiance des diri-
Alors que 39 % des entreprises interro- 2010, soit 24 % contre 20,5 % début 2010. geants dans le développement de leur
gées envisageaient d’investir au cours Ce sont les entités évoluant dans le do- entreprise.
du dernier semestre 2010, elles sont dé- maine de l’industrie qui en ont le plus En outre, 94 % des chefs d’entreprise in-
sormais 57 % à déclarer des projets d’in- souffert (37,5 % des entreprises de la terrogés jugent que la situation de leur
vestissements pour le premier semestre branche). entreprise sera globalement positive au
2011. La principale cause citée concerne les premier semestre 2011.
Le secteur du commerce est le plus fri- difficultés de financement, suivies du
leux, avec 40 % des entités consultées qui déficit en main-d’œuvre qualifiée et de Un climat des affaires toujours encoura-
prévoient d’investir dans les prochains la cherté des matières premières. geant
mois. Tandis que 60,8 % et 70,8 % des Après une réelle amélioration du climat
sociétés appartenant respectivement Une concurrence de plus en plus rude des affaires au premier semestre 2010,
aux branches des services et de l’indus- 69,6 % des sondés ressentent une inten- l’environnement économique reste
trie planifient des investissements. sification de la concurrence au second globalement positif. En effet, 54 % des
semestre 2010, alors qu’ils étaient 64,7 % entreprises estiment qu’il est propice
La création d’emplois ne s’affaiblit pas à l’éprouver au semestre précédent. aux affaires, tandis que 26 % le jugent
La tendance baissière des dernières an- Le domaine du commerce semble être passable.
nées, s’est enfin inversée au second se- particulièrement concerné par cette L’appréhension des sociétés face aux
mestre 2010 : 51,1 % du panel interrogé intensification. En effet, 72,5 % des ré- conflits sociaux est grandissante par
déclare avoir procédé à des créations pondants voient leur environnement rapport au semestre dernier puisque
d’emplois permanents, contre 43,3 % au concurrentiel se renforcer, suivis de près seulement 46,4 % d’entre elles n’y
premier semestre 2010. 37,7 % des son- par les sociétés de services avec 70,3 %, voient pas d’obstacles à leur évolution
dés ont maintenu un effectif stable. puis l’industrie avec 62,5 %. Les chiffres (63,3 % début 2010). A noter cependant
Les sociétés de services sont 67,6 % à du semestre précédent étaient égale- que 30 % des sociétés contactées n’ont
ment élevés concernant le secteur du pas souhaité se prononcer à ce propos.
Evolution de l'effectif permanent commerce (78,9 %) et l’industrie (63,5 %).
67,5 %
La progression de l’offre nationale se



3RVLWLYH
poursuit au second semestre 2010 et de- Contact : Charafa CHEBANI
52,5 %
 50 % 1pJDWLYH
meure la première cause du développe- 05 22 43 96 33
 eJDOH
40 %
33,3 % ment de la concurrence, selon 42 % des cchebani@cfcim.org


 23 % répondants. Ce facteur prévaut particu-


 16,7 %


7,5 % 9,5 % lièrement pour les sociétés de services La CFCIM ne peut être tenue responsable de
 (cité par 60,8 % des entreprises) et de l’utilisation et de l’interprétation de l’information
 &RPPHUFH ,QGXVWULH 6HUYLFHV
commerce (35 %). contenue dans cette étude.
6RXUFH&)&,0

Conjoncture N° 926 - Mai 2011 - 11


L’actualité économique vue par le service
économique de l’Ambassade de France
L’économie en mouvement
Un chiffre mis en perspective
La dette extérieure représente 22,3% du PIB en 2010
Selon les données du Ministère de l’Economie et des Finances, la dette extérieure
(quasi exclusivement publique) a atteint 173 Mds MAD à la fin 2010, soit 22,3 % du
PIB, en progression de 14 % par rapport à 2009.

La dette extérieure est composée de la dette extérieure directe du Trésor et de la


dette garantie par l’Etat (au bénéfice des collectivités locales et de certaines entre-
prises publiques).

Dans le cas du Maroc, plusieurs facteurs contribuent à la stabilité de la dette ex-


térieure. D’une part, elle est entièrement composée d’engagements à moyen et
Mot du Chef du Service long terme, et donc peu vulnérable à des mouvements spéculatifs ou dus à des
économique au Maroc facteurs externes. D’autre part, elle est essentiellement souscrite à taux fixe. En-
fin, les bailleurs multilatéraux détiennent près de la moitié de l’encours de la dette.
Lesieur, d’abord, Cosumar, en-
suite, sont les deux premières en- Le service de la dette extérieure (le paiement des intérêts et le remboursement du
treprises sur la liste des cessions principal) a représenté 4,8 % des recettes ordinaires en 2010, confirmant la baisse
d’actifs de la SNI. C’est, après la observée depuis 2004.
fusion ONA-SNI, le démarrage ef-
fectif de la transformation voulue Les nouveaux emprunts proviennent pour un tiers des marchés financiers inter-
par les holdings royaux, désireux nationaux, une situation inhabituelle pour le Maroc, qui a recours traditionnelle-
d’évoluer vers un rôle d’investis- ment aux prêteurs multilatéraux ou bilatéraux. Ainsi en septembre 2010, le Maroc
seur stratégique n’exerçant plus a facilement emprunté 1 Md sur les marchés internationaux à travers une émis-
le contrôle opérationnel des fi- sion d’obligations à 10 ans (taux de 4,50 %).
liales devenues matures.

Ce mouvement s’inscrit dans une


double perspective : la moderni- Fiche express :
sation de l’économie marocaine, Assurances : une année 2010 marquée par l’essoufflement de
bien sûr, mais également son ou-
verture, puisque les investisseurs l’assurance-vie
internationaux peuvent, parmi
d’autres, se porter acquéreurs. Deuxième d’Afrique (après l’Afrique du Sud), le secteur de l’assurance au Maroc
enregistre un chiffre d’affaires de 21,9 Mds MAD en 2010 (en hausse de 4,5 %), soit
Pour eux, c’est une belle oppor- près de 3 % du PIB.
tunité à condition de prendre la L’assurance non vie (15,2 Mds MAD, +7 %) représente près de 70 % du chiffre
mesure de l’enjeu. Les sociétés d’affaires du secteur. Cette branche reste dominée par l’assurance automobile
concernées exercent leur activité (7 Mds MAD, + 10 % en 2009) qui, en raison de son caractère obligatoire, concentre
dans un domaine sensible pour à elle seule près du tiers du chiffre d’affaires global du secteur.
la « fibre » nationale : il est lié, à L’assurance vie et capitalisation (6,7 Mds MAD) représente 30 % du chiffre d’af-
la fois, à l’alimentation et au dé- faires du secteur. Cette branche, en nette progression ces dernières années (en
veloppement agricole. En outre, raison notamment de son adossement aux prêts immobiliers), voit son chiffre d’af-
l’ONA a entendu faire de ces so- faires baisser de 0,9 % en 2010.
ciétés des références, aussi bien
en termes de responsabilité so- Les cinq premières compagnies du secteur concentrent les trois quarts du marché :
ciale que de contribution au tissu Les 5 premières compagnies d’assurance au Maroc
Primes émises en 2010 Part de marché
économique. Il ne faut donc sous- (en millions de mad) en 2010
WAFA ASSURANCE 4 498 20,6%
estimer ni l’acquis en ces ma-
RMA WATANYA 4 448 20,3%
tières, ni la nécessité de le porter
AXA ASSURANCE MAROC 2 984 13,6%
plus loin encore. CNIA SAADA ASSURANCE 2 974 13,6%
SANAD 1 218 5,6%
Dominique BOCQUET

Conjoncture N° 926 - Mai 2011 - 12


Les relations France-Maroc Secteur à l’affiche
Evénement à retenir Fiche express : Emergence
Trente professionnels français se penchent sur les des « clusters » au Maroc
chantiers d’infrastructures au Maroc (4-8 avril 2011) Le Sommet de l’Innovation, tenu en
mars dernier, a été l’occasion de pré-
Co-organisé par l’Ecole des Ponts, senter l’état d’avancement de la stra-
le Ministère marocain de l’Equi- tégie « Maroc Innovation », lancée
pement et des Transports, l’Asso- voici deux ans et dont l’un des axes est
ciation française du génie civil et la promotion des clusters.
l’Ecole Hassania des Travaux pu-
blics, ce séminaire d’étude a per- Un cluster repose sur les trois acteurs
mis à une délégation d’une tren- suivants : entreprises (grands groupes,
taine de professionnels français PME, starts-up), organismes de forma-
de prendre directement connais- tion (universités, grandes écoles, for-
sance de projets emblématiques : mations spécialisées) et organismes de
grands ouvrages de l’aménage- R&D (public et privé). L’objectif de cette
ment de la vallée du Bouregreg mise en synergie est de développer des

© Studio Najibi
(pont Moulay Hassan, pont à projets innovants « orientés marché ».
hauban), autoroute Fès-Oujda,
ligne ferroviaire à grande vitesse, Quatre clusters ont été créés dans cer-
Tanger Med, qui ont donné lieu à tains des secteurs identifiés par le plan
des présentations et discussions Karim Ghellab, Ministre de l’Equipement et des Emergence :
techniques approfondies. Transports
• Maroc Numeric Cluster (Casablanca)
- domaines : services mobiles / sécu-
Le Ministre de l’Equipement et des Transports, Karim Ghellab, sous la prési-
rité, monétique, droits numériques /
dence duquel se plaçait le séminaire, l’a ouvert par une conférence de haut
multimédia / progiciels
niveau replaçant ces grands chantiers dans le cadre de la politique générale - président : Mehdi Kettani, Directeur
et de la stratégie de développement économique et social du Maroc. général de Bull Maroc
La richesse du programme, la qualité des présentations, l’animation et la • Cluster Microélectronique (Rabat)
chaleur des échanges ont reflété l’étendue et l’intensité des relations exis- - domaines : systèmes embarqués,
tantes : les « pontistes » marocains occupent des postes-clés (dont celui de conception de circuits intégrés, op-
Ministre des Transports issu de la promotion 1990), leur amicale des anciens toélectronique et packaging
est la première hors de France, la première convention avec l’Ecole Hassania - président : Hicham Bouzekri, repré-
remonte à 1978… sentant de ST-Ericsson

pierre.daignieres@dgtresor.gouv.fr • Cluster Electronique – Mécatro-


nique – Mécanique (CE3M - Moham-
media)
- domaines : électronique embar-
Affaires à suivre quée, mécatronique, énergie et en-
vironnement, médical
Un Attaché douanier vient d’être nommé à l’Ambassade de France au Maroc : - président : Saïd Tanta, Président di-
il s’agit de Thierry IVARS, dont les missions couvrent trois grands domaines recteur général de A2S
d’activité : la facilitation économique, la représentation auprès des autorités
• Cluster Maritime (Tan Tan)
locales et principalement la lutte contre les trafics illicites À l’occasion de
- domaines : exploitation et valorisa-
la 5ème édition des ‘‘Sustainable Energy Europe Awards’’, organisée par l’Union
tion des ressources halieutiques et
Européenne, l’usine Renault-Nissan de Tanger a reçu le prix de la production. biologiques marines, technologies
Elle sera la 1ère usine automobile ‘‘zéro carbone’’ au monde : les émissions CO2 marines et exploitation des res-
seront réduites de près de 98 % et sa consommation d’eau sera de 70 % infé- sources énergétiques marines, etc.
rieure à une usine classique Le conseil de gouvernement a adopté un projet - président : Omar Bensouda, Direc-
de loi relatif à la production biologique des produits agricoles et de la mer (n° 29- teur général de l’Omnium Marocain
10). Elle fixe les conditions de production, de préparation et de commercialisa- de Pêche
tion des produits biologiques ainsi que les engagements et les responsabilités
incombant à ceux qui veulent en bénéficier Conseil économique et social : Dans le cadre de la politique « Maroc
le Président, Chakib Benmoussa a rencontré son homologue français, Jean- Innovation », l’Etat soutiendra les clus-
Paul Delevoye, le 19 avril dernier à Rabat. Cette rencontre est le fruit d’une série ters à travers un fonds d’appui pour la
d’échanges entamés depuis l’installation du Conseil marocain en février 2011 mise en place de leur structure d’ani-
L’Office chérifien des phosphates organise, du 9 au 13 mai à Marrakech, la mation et le financement de leurs pro-
1ère édition de Symphos, manifestation dédiée aux innovations technologiques jets de R&D.
d’avenir dans le secteur des phosphates Premiers indices de succès du Clean
Tech d’Oujda : des entreprises françaises ont décidé d’investir.

Conjoncture N° 926 - Mai 2011 - 13


L’INVITE DE CONJONCTURE

‘‘ Le secteur bancaire consolide ses


fondamentaux ‘‘
Ce mois-ci, Conjoncture reçoit Abdellatif Jouahri, Gouverneur de Bank Al-Maghrib.
Il nous livre son analyse de la politique monétaire marocaine et des actions menées
par ses services.
Conjoncture : Que peut-on dire de la
politique monétaire menée par Bank Al-
Maghrib ?
Abdellatif Jouahri : Le cadre de la poli-
tique monétaire, ainsi que le cadre insti-
tutionnel de la banque dans sa globalité
font l’objet d’une profonde réforme et
d’amélioration au cours des dernières
années.
Sur le plan institutionnel, les nouveaux
statuts de Bank Al-Maghrib, en vigueur
depuis 2006, lui assignent la stabilité
des prix comme mission fondamentale

© Studio Najibi
et lui confèrent un degré d’autonomie
en matière de définition et de conduite
de la politique monétaire, conformé-
ment aux meilleures pratiques au ni- Abdellatif Jouahri, Gouverneur de Bank Al-Maghrib
veau international.
Le cadre analytique de la politique mo- En matière de régulation du marché augmenter le montant de ses injec-
nétaire a, pour sa part, connu une pro- monétaire, Bank Al-Maghrib a pu tions dans le marché monétaire. Ces
fonde mutation, la Banque ayant adop- s’adapter au passage d’une situation injections ont été accompagnées par
té une nouvelle approche de diagnostic de liquidité excédentaire, durant la plusieurs baisses du taux de la réserve
des risques inflationnistes, reposant, première moitié de la décennie 2000 obligatoire qui ont ramené le ratio de la
en plus des agrégats de monnaie et de jusqu’au début 2007, à un besoin en réserve monétaire de 15 % à 6 %.
crédit, sur le suivi des évolutions de la liquidité et ce, en veillant à ce qu’il n’y Pour 2011, la Banque centrale compte
sphère réelle et de la sphère financière. ait pas de rupture brusque de l’offre de poursuivre ses efforts pour que le sec-
Dans le même temps, afin d’asseoir sa crédit par les banques, mais plutôt un teur bancaire dispose des liquidités suf-
crédibilité, la Banque a œuvré pour le atterrissage en douceur et un retour fisantes à travers la révision du cadre
renforcement de la transparence autour graduel vers une situation normale. opérationnel de mise en œuvre de sa
de la décision de politique monétaire et politique à travers, notamment, un élar-
la facilitation de sa compréhension par Quelle appréciation fait Bank Al-Ma- gissement du collatéral et la révision du
le grand public, ainsi que pour l’amélio- ghrib de la liquidité du système ban- calendrier des périodes d’observation
ration du contenu et de la fréquence de caire marocain ? de la réserve obligatoire.
communication. Le système bancaire marocain a été Par ailleurs, Bank Al-Maghrib continue-
En termes de résultats, la politique mo- marqué depuis 2007, par un resserre- ra d’encourager les banques à renforcer
nétaire a contribué à assurer un niveau ment des liquidités qui s’est toutefois leurs capitaux propres pour faire face à
d’inflation en ligne avec l’objectif de atténué à compter du dernier trimestre l’augmentation de leurs engagements
stabilité des prix, soit une moyenne de de l’année 2010. Cette amélioration long terme.
1,8 % entre 2000 et 2010, au lieu de 4,2 % s’est poursuivie au cours des trois pre-
entre 1990 et 1999. Elle a également fait miers mois de l’année 2011. Durant Comment le système bancaire se com-
preuve de réactivité, permettant ainsi cette période, l’insuffisance moyenne porte-t-il face à la reprise mondiale ?
de minimiser les effets de second tour des trésoreries bancaires s’est située à Dans un contexte de reprise graduelle
de la flambée des cours internationaux un niveau de 12,5 milliards de dirhams de l’économie mondiale, le secteur ban-
du pétrole et des matières premières ali- contre 18,8 milliards de dirhams à la caire, fort de son assise financière, a
mentaires entre 2006 et 2008, avant de même période de l’année dernière. consolidé ses fondamentaux.
contribuer au maintien de la vigueur de En effet, le creusement du déficit com- En 2010, il a vu ses indicateurs pour-
la demande intérieure au cours de l’an- mercial a beaucoup pesé sur la liquidité suivre leur orientation à la hausse. La
née 2009, face aux effets récessifs de la bancaire ces trois dernières années. distribution du crédit est demeurée
crise internationale. Ce qui a poussé la Banque centrale à soutenue, en dépit du ralentissement

Conjoncture N° 926 - Mai 2011 - 14


L’INVITE DE CONJONCTURE

de son rythme de croissance, qui s’est 2010 et de l’impact de la crise interna- à l’actualité régionale (Côte d’Ivoire,
établi à 8,5 % en 2010. Cette progres- tionale sur les recettes de voyage et les Tunisie,...) ?
sion s’est accompagnée d’une nouvelle transferts courants en 2009. Il est donc L’intensification de la concurrence sur
baisse du taux des créances en souf- possible de distinguer, globalement, le marché local a poussé les grands
france qui s’est affiché, pour la première deux phases. Une phase excédentaire groupes bancaires marocains à déve-
fois, en deçà de 5 %. entre 2001 et 2007 durant laquelle, lopper de nouvelles stratégies visant
En dépit de cette décélération du rythme les transactions courantes avec l’exté- à assurer des relais de croissance ex-
de croissance des crédits, le secteur ban- rieur se sont soldées par un excédent terne, une plus grande proximité avec
caire a réalisé globalement des résultats de l’ordre de 2,2 % du PIB en moyenne. les marocains résidant à l’étranger et
satisfaisants. Le bénéfice net cumulé Ce résultat s’explique notamment par un accompagnement efficient des opé-
ayant marqué une hausse de 5 %, en les bonnes performances enregistrées rateurs économiques.
léger retrait par rapport au niveau de aux niveaux des recettes des voyages Cette stratégie commence à donner
2009, qui était de 7 %, dégageant une et celles des MRE, dont les hausses ont des résultats. Ainsi, selon les données
rentabilité des actifs de 1,1 % et une ren- atteint en moyenne annuelle 15,5 % et de fin décembre 2010, l’activité à l’in-
tabilité des fonds propres de 14,2 %. 15 %. La deuxième phase entre 2008 ternational a contribué pour près de
Sur le plan prudentiel, le ratio de solva- et 2010 a été marquée par un déficit 14 % au volume d’activité des banques
bilité du secteur ressort à 12,3 % avec un moyen du compte courant de près de ayant des implantations à l’étranger.
Tier1 de 9,7 %. 5 % du PIB, suite à l’aggravation du Elle a été également à l’origine de 15 %
solde négatif de la balance commer- des dépôts, 13 % des crédits et 9 % du
Comment expliquez-vous le faible taux ciale qui a atteint en moyenne 21,6 % résultat réalisé.
d’inflation enregistré au Maroc ? du PIB. Quant aux recettes des voyages Bank Al-Maghrib, tout en appuyant
Historiquement, le Maroc est considéré et celles des MRE, elles se sont élevées, cette stratégie, veille à ce que sa mise
comme étant le pays le moins infla- en moyenne, à 7,5 % du PIB et à 7,2 % en œuvre s’effectue sur des bases
tionniste parmi un échantillon de pays respectivement. saines. Ainsi, le suivi des activités des
émergents et en développement ainsi Pour ce qui est du solde du compte capi- filiales à l’étranger fait l’objet d’une at-
que dans la région de l’Afrique du Nord tal, il s’est établi en moyenne annuelle tention renforcée, sur la base d’une pro-
et Moyen Orient (MENA) avec une infla- sur la période 2001-2010 à 0,9 % du PIB, cédure de surveillance s’appuyant sur
tion moyenne proche, mais inférieure contre près de 1 % en 2000. Aussi, les ré- la transmission de données financières
à 2 % durant les dix dernières années. serves de change ont-elles représenté trimestrielles des filiales, l’examen des
L’inflation sous-jacente, qui est un indi- environ 7 mois d’importations de biens rapports de leurs commissaires aux
cateur des tensions inflationnistes, est et services en 2010. comptes et des rapports d’inspection
restée également faible durant cette de leurs maisons-mère. Des informa-
période. Plusieurs facteurs expliquent Qu’en est-il de l’implémentation de tions complémentaires sont égale-
ce fait stylisé, dont le régime de change, Bâle II ? Et des préparatifs de Bâle III ? ment obtenues à partir des rapports de
qui se caractérise par un ancrage du di- Le processus de déploiement de Bâle contrôle des autorités de supervision
rham à un panier de devises composé II au Maroc s’est déroulé en deux des pays d’accueil et des contacts avec
de 80 % d’euro et de 20 % de dollar qui phases. La première, achevée en juin certaines de ces autorités et ce, grâce à
a joué un rôle important dans l’impor- 2007, porte sur l’adoption des ap- des conventions signées avec ces pays.
tation de la désinflation mondiale. Sur proches standards en ce qui concerne Concernant la situation des banques
le plan interne, outre la maîtrise du dé- les risques de crédit, opérationnel et marocaines à l’étranger, la filiale d’At-
ficit budgétaire, la conduite d’une poli- de marché. Parallèlement, les disposi- tijariwafa Bank en Tunisie a consolidé
tique monétaire prudente a permis de tions relatives au pilier II et III ont été son assise financière et son implanta-
contenir les pressions inflationnistes mises en œuvre. La deuxième phase, tion et ne semble susciter aucune in-
émanant de la demande à des niveaux relative aux approches avancées, a vu quiétude, étant signalé que la situation
plus modérés. Aussi, le mécanisme de la publication des textes y afférents en politique dans ce pays est en voie de
soutien des produits énergétiques et de décembre dernier. normalisation.
certains produits alimentaires de base à Pour ce qui est de Bâle III, Bank Al-Ma- En ce qui concerne la Côte d’Ivoire, il y
travers la caisse de compensation, a per- ghrib compte transposer, suivant une a eu plus d’inquiétudes compte tenu
mis de limiter la transmission des prix approche progressive et graduelle, les de la situation chaotique qu’a connu
internationaux des matières premières nouvelles normes internationales pré- ce pays. Cependant, à la faveur des
aux prix intérieurs. vues dans ce dispositif. Les premières derniers développements, on peut en-
études d’impact sur les banques ont visager l’avenir avec plus de sérénité.
Qu’en est-il de l’évolution de la balance été effectuées. Elles seront mises à Ce pays présente un potentiel écono-
des paiements ? jour régulièrement. mique important qui pourrait profiter
En dépit de la persistance du déficit de à l’ensemble des acteurs économiques,
la balance commerciale, le compte cou- Les banques marocaines sont lancées dans des délais rapprochés.
rant a enregistré des excédents entre dans une course à l’internationalisa-
2001 et 2007. Cette tendance s’est par tion, notamment en Afrique. Quelles Propos recueillis par
la suite inversée sous l’effet de la hausse sont les opportunités de cette interna- Christophe Guguen
rapide des importations en 2008 et tionalisation mais aussi les risques liés conjoncture@cfcim.org

Conjoncture N° 926 - Mai 2011 - 15


DOSSIER

Le BTP, un pilier de la croissance


économique du pays
Le secteur du BTP est l’une des forces motrices de l’économie marocaine. Sa
croissance est tirée par les projets immobiliers et la politique des grands projets
infrastructurels initiés par l’Etat. Il pèse un peu plus de 6 % du PIB, la moitié de la
FBCF du pays et emploie environ 9 % de la population active âgée de plus de 15 ans.

©Michel Teuler
xxxxx

Quand le bâtiment va, tout va. Cet projets (ports, aéroports, complexes
adage s’est révélé juste pour le Ma- sportifs, aménagement de zones
roc au cours de ces dernières années. touristiques, etc.), qui ont permis au
Dossier réalisé Le secteur du Bâtiment et des Tra- secteur d’afficher une croissance ef-
par Rachid Alaoui vaux Publics (BTP), un des piliers de la frénée au cours de la décennie 2000.
conjoncture@cfcim.org croissance économique marocaine, a En 2010, l’activité du BTP a été tirée
affiché un développement soutenu par les travaux publics, la construc-
depuis presque 10 ans, à l’exception tion de gros œuvres du bâtiment, les
Le BTP, un pilier de la croissance marocaine 17 du tassement enregistré au cours des travaux spécialisés de génie civil, etc.
Interview avec Bouchaïb Benhamida, prési- deux dernières années à cause du Parmi ces grands chantiers qui do-
dent de la FNBTP 20 secteur de l’habitat. Outre le coup de pent le BTP, il y a bien évidemment
Interview avec Mohamed Mait, Respon- pouce du contrat-programme (2004- les autoroutes. Plusieurs tronçons
sable Sécurité à Manpower 22 2007), lequel a offert au BTP un cadre autoroutiers ont été réalisés durant
Interview avec Larbi Bencheikh, Directeur dans lequel les entreprises pouvaient la décennie 2000-2010 et d’autres
Général de l’OFPPT 23 s’épanouir et offrir une véritable va- sont en cours de finalisation dont Fès-
Interview avec Mohamed Jamal Bennouna, leur ajoutée, la dynamique du secteur Oujda (320 km), Agadir-Taroudant
expert international en Risk Management a surtout été le fait de la flambée de (voies express), Berrechid-Béni Mel-
RICS 24 l’immobilier et la politique des grands lal (172 km), élargissement de l’axe
Les matériaux de construction profitent de projets infrastructurels structurants, Casablanca-Rabat (57 km), El Jadi-
la reprise 25 en particulier l’accélération du pro- da-Safi (140 km), Tit Mellil-Berrechid
gramme autoroutier et divers autres (30,5 km), etc. Rien que pour l’année

Conjoncture N° 926 - Mai 2011 - 17


DOSSIER

2010, la société Autoroutes du Maroc a l’année écoulée, les mises en chantiers de l’activité bâtiment consécutive à la
investi quelques 7,5 milliards de dirhams ont atteint 375 254 unités dont 211 500 morosité du secteur de l’immobilier. Le
pour étendre son réseau. Avec ces pro- logements sociaux et économiques. Le secteur pèse ainsi un peu plus de 6 % du
jets, l’Etat compte porter le réseau auto- bâtiment devrait connaître à partir de PIB estimé au titre de l’année 2010.
routier linéaire à 1 800 km d’ici 2015 et cette année une nouvelle dynamique Par ailleurs, la participation du secteur
relier ainsi toutes les grandes villes du après deux années de ralenti grâce BTP à la formation brute du capital
Royaume dont la population dépasse notamment aux inci- fixe (FBCF) s’est élevée
les 400 000 habitants. tations accordées par
En 2010, sur les à 125,7 milliards de di-
l’Etat aux promoteurs rhams en 2010, soit la
Secteur tiré immobiliers qui réa- 120 000 emplois créés moitié de la FBCP du
par des chantiers structurants lisent des logements pays, correspondant
A côté des autoroutes, l’Etat poursuit sociaux et à l’enga- par l’économie maro- ainsi à plus de 50 %
sa politique de construction et de réno- gement des banques
vation des barrages. Plusieurs sont pro-
caine, le secteur du du flux des investisse-
à faciliter davantage ments, essentiellement
grammés dont Tasskourt à Marrakech, l’accès au crédit im- BTP est à l’origine de matériels (machines,
Zerrar à Essaouira, Tiouine à Ouarza- mobilier, surtout pour bâtiments, etc.), réali-
zate, Sidi Abdellah à Taroudant, etc. l’acquisition d’un lo- 63 000 postes. sés au sein du Royaume
Plus de 3 milliards de dirhams seront gement social. A noter durant l’année écoulée.
ainsi investis dans la rénovation et la que l’encours des prêts immobiliers Par ailleurs, notons que le secteur du
construction de nouveaux barrages en a affiché au titre de l’année 2010 une BTP compte environ 60 000 entre-
2011. progression d’environ 10 %. prises dont quelques 5 000 sociétés
Plusieurs autres projets infrastructurels structurées et organisées, 10 000 infor-
d’envergure sont également en cours 966 000 postes d’emplois melles mais disposant d’un local et plus
de réalisation dont des ports (Tanger Cette dynamique du BTP a induit une de 40 000 informelles non localisées.
Med II, Nador West Med, etc.), aéro- forte augmentation de la consomma- Globalement, et à l’exception de cer-
ports avec la construction de nouveaux tion du ciment au cours de la décennie taine grandes entreprises ou de PME/
terminaux pour accroître les capacités écoulée faisant passer la consomma- PMI bien structurées, les entreprises
de traitement (Casablanca, Marrakech, tion par habitant et par an de 240 kg/ du secteur du BTP sont généralement
Oujda, etc.), l’aménagement territo- ht/an en 2000 à 470 kg/ht/an en 2010. sous-capitalisées, de tailles modestes,
rial (vallée du Bouregreg, la Marina Grâce à tous ces projets d’infrastruc- faiblement encadrées, de création ré-
de Casablanca, le pôle urbain Anfa et tures, le poids du BTP dans l’économie cente avec des modes de gestion et
Casablanca Finance City, etc.), le lan- marocaine s’est fortement renforcé. d’organisation souvent inadéquates.
cement du tramway à Casablanca, le Selon les dernières données officielles Les entreprises qui entreprennent ex-
projet structurant du Train à Grande provisoires, la valeur ajoutée du sec- clusivement dans les travaux publics
Vitesse (TGV) qui devra relier Tanger et teur du BTP s’est améliorée de 1,2 % à réalisent les 2/3 du chiffre d’affaires du
Casablanca à l’horizon 2015 et dont l’in- 46,35 milliards de dirhams en 2010. secteur, les 3/4 de la valeur ajoutée et
vestissement est estimé à 20 milliards Cette faible progression s’expliquant concentrent 60 % des emplois du sec-
de dirhams, les projets touristiques du essentiellement par le ralentissement teur.
plan Azur et Biladi, etc.
A ces chantiers infrastructurels s’ajou-
tent les projets immobiliers d’enver-
gure (villes nouvelles, habitat social et
économique, etc.). Le programme de
villes sans bidonvilles, qui vise à faire
disparaître l’habitat insalubre, a contri-
bué à la dynamisation du secteur du bâ-
timent avec le lancement de plusieurs
projets dont Lkhiyata, Melloussa, Ta-
gadiat, Bouregreg, Zenata et Tamesma
qui sont en cours de réalisation. A titre
d’exemple, la ville nouvelle de Tamesna
qui comptera à terme 18 000 unités de
logements avec toutes les infrastruc-
tures d’accompagnement va nécessiter
un investissement de 22,3 milliards de
dirhams.
©Michel Teuler

A noter qu’au niveau du bâtiment, le


nombre d’unités produites s’est établi
à 226 425 unités en 2010 dont 98 823
logements sociaux. De même, durant

Conjoncture N° 926 - Mai 2011 - 18


DOSSIER

Et en matière d’emplois, le secteur du et de Casablanca City Finance. Outre secteur du BTP. Toutefois, selon les
BTP demeure l’un des premiers em- les travaux publics, l’année 2011 de- professionnels du secteur, afin que la
ployeurs du Royaume. En 2010, et se- vrait marquer la reprise du secteur du dynamique du secteur puisse conti-
lon les données du Haut Commissariat bâtiment et ce grâce au coup de pouce nuer à bénéficier aux entreprises na-
au Plan (HCP), sur les 120 000 emplois de l’Etat aux promoteurs immobiliers tionales, il urge de mettre en place une
créés par l’économie marocaine, le sec- dans le cadre de la loi de finances 2011 stratégie d’amélioration compétitive
teur du BTP est à l’origine de 63 000 visant à doper la construction de loge- des entreprises locales en améliorant
postes. Avec une création nette de ments sociaux et économiques. leur niveau d’encadrement, en encou-
52 000 postes, le nombre d’emplois du Enfin, la forte progression des ventes rageant la recherche, la maîtrise de la
secteur dépasse actuellement 966 000 de ciments (+11 %) au titre du premier qualité des produits et la sécurité des
postes, soit environ 9 % de la population trimestre 2011 illustre cette reprise du chantiers.
âgée de 15 ans et plus (qui est estimée
à 11,44 millions de personnes au terme
de l’année 2010). Par ailleurs, le BTP de-
meure le premier secteur en nombre
d’assurés auprès de la CNSS.

2011, année de reprise !


Enfin, après deux années de ralentisse-
ment de la croissance du secteur BTP,
l’année 2011 s’annonce sous les signes
du rattrapage grâce à l’accélération
des investissements publics (auto-
routes, TGV Tanger-Casablanca, amé-
nagement territorial, tramway, etc.)

©Michel Teuler
et au bâtiment. A ce titre, on notera
que les grands travaux de génie civil
du programme TGV démarreront cette
année. Idem pour le pôle urbain d’Anfa

Conjoncture N° 926 - Mai 2011 - 19


DOSSIER

‘‘ Le secteur est toujours en phase


de restructuration ‘‘
Interview avec Bouchaïb Benhamida, président de la FNBTP (Fédération
nationale du bâtiment et des travaux publics).
Conjoncture : Comment se porte le posante construction. Construction
secteur du BTP ? des nouvelles zones industrielles pour
Bouchaïb Benhamida : Il se porte bien. Emergence, construction des stations
Il y a eu certes un infléchissement et des complexes touristiques pour le
pour le secteur du logement mais de- Plan Azur ou encore de plate-formes
puis la mise en œuvre des mesures logistiques pour la logistique.
d’appui au logement social, l’activité
a redémarré. Un mot sur les éventuels freins / han-
dicaps du secteur ?
Quels sont les derniers faits mar- Notre inquiétude tient essentielle-
quants du secteur ? ment à la concurrence déloyale des
Malgré une concurrence rude d’entre- entreprises étrangères, particuliè-
prises en provenance des quatre coins rement chinoises, turques et portu-

© FNBTP
du monde, les entreprises marocaines gaises. Ces entreprises pratiquent des
ont réussi à réaliser des projets d’en- prix inconcevables pour décrocher les
vergure dans tous les domaines marchés au Maroc. De deux choses Bouchaïb Benhamida
du BTP sans la moindre défaillance l’une, soit ces entreprises sont aidées
contrairement à beau- par leurs gouverne- Un grand effort a été fait pour ré-
coup de leurs concur-
Avec la mise en ments respectifs, au- pondre aux besoins en main-d’œuvre
rentes étrangères. Pas quel cas nous faisons qualifiée, que ce soit de la part de
un grand projet réa- place de l’IMANOR, face à un dumping l’OFPPT qui a multiplié le nombre
lisé par les entreprises déloyal qui ne dit pas de formés pour notre secteur ou par
marocaines n’a connu l’institut Marocain de son nom. Soit ces en- l’université à travers la mise en place
de retard ou de dé-
Normalisation, une treprises cassent les des licences professionnelles. Une
faillance. Le deuxième prix et se retrouvent étude a été réalisée par l’OFPPT et la
fait marquant est grande impulsion va en cours de route FNBTP pour déterminer les besoins
cette déferlante sans incapables de termi- pour les années à venir et nous allons
précédent des entre- être donnée à la pro- ner leurs chantiers mettre en place les mécanismes pour
prises étrangères qui
duction des normes comme ce fut le cas y répondre en termes de formation
pratiquent à n’en pas avec certaines entre- par le démarrage de la formation dans
douter un dumping marocaines. prises portugaises ou l’Ecole de formation aux métiers du
qui ne dit pas son nom serbes. BTP de Settat en cours d’achèvement,
et qui menace par leur concurrence ou par les autres établissements de
déloyale de déstructurer le tissu na- Et dans le domaine de la réglemen- l’OFPPT ou de l’université.
tional du BTP. tation et des normes, qu’en est-il au-
jourd’hui ? Un des défis économiques du pays
Quels sont les domaines qui consti- Un grand effort est en cours dans ce est de répondre à la demande sociale,
tuent le moteur du BTP ? domaine. Nous sommes aux stan- qu’en est il du secteur du BTP en ma-
Pratiquement tous les domaines du dards européens. Par ailleurs, nous tière d’employabilité ?
BTP jouent un rôle moteur. Il ne faut appliquons les normes européennes Le BTP est, et restera longtemps, un
pas perdre de vue que nous sommes quand les marocaines font défaut. des principaux secteurs créateurs
un pays en construction, et ce dans Mais je pense qu’avec la mise en place d’emploi avec près de 8.4 % des créa-
les infrastructures, l’eau, l’énergie, de l’IMANOR, l’Institut Marocain de tions globales d’emplois en moyenne.
l’habitat, la logistique, les sports ou Normalisation, une grande impulsion
encore l’enseignement. va être donnée à la production des Quelles sont les conséquences de la
normes marocaines. flambée des matières premières dans
Les différents Plans sectoriels impac- le monde sur le secteur ?
tent-ils le secteur ? Si oui, comment et Qu’en est-il de la disponibilité de la Elle a eu certes des conséquences sur
dans quelle proportion ? ressource humaine pour répondre aux le coût de réalisation des ouvrages.
Tous ces plans sectoriels ont une com- besoins des acteurs du secteur ? Aussi avons-nous fait adopter par le

Conjoncture N° 926 - Mai 2011 - 20


DOSSIER

gouvernement le principe de la ré-


vision systématique des prix pour Les leaders du secteur
les marchés publics des travaux. Pa- impliqués dans le processus de certification
rallèlement, nous sommes en train
d’étudier avec le gouvernement une Dans le secteur du BTP, on recense moult normes, labels, certificats et mar-
refonte du système de calcul de cette quages visant à améliorer la qualité des produits ou le processus permet-
révision des prix. tant leur mise en œuvre. Ce sont les entreprises exportatrices, les filiales
des multinationales et certaines entreprises leaders ou bien gérées qui sont
Peut-on dire aujourd’hui que le sec- les plus portées par le processus de certification. Globalement, le secteur
teur est structuré, mâture ou en phase est surtout concerné par les normes ISO 9001 (système de management
de structuration ? de qualité), ISO 14 001 (norme applicable aux aspects environnementaux
Le secteur est toujours en phase de que l’entreprise peut maitriser) et le référentiel OHSAS 18 001 (système de
restructuration. C’est pour faciliter et management de la santé et de sécurité du travail). La certification la plus
accélérer ce processus que nous avons répandue au niveau du secteur du BTP est l’ISO 9001.
signé avec le gouvernement un pre- Le secteur cimentier figure parmi les plus impliqués dans le processus de
mier contrat-programme qui a permis certification. Outre le management de qualité qui intègre plusieurs aspects
d’atteindre un palier important. Nous (conformité du produit, coût, délai de livraison, etc.), ces entreprises ont
sommes en train de finaliser un deu- manifesté au cours de ces dernières années leurs engagements à la préser-
xième contrat-programme plus ambi- vation de l’environnement en certifiant leurs sites de production ISO 14 001.
tieux et plus précis. Pour ce faire, nous Ainsi, tous les sites de production des groupes cimentiers du Royaume
avons lancé 3 études stratégiques sur (Lafarge Ciments, Ciments du Maroc, Holcim Maroc et Asment de Témara)
le développement des entreprises, sont certifiés ISO 9001 et ISO 14 001 ou en cours de certification pour les
les attentes des maitres d’ouvrage et unités nouvellement installées. Idem pour la Sonasid certifiée également
les ressources humaines. Une autre ISO 9001 et ISO 14 001 en plus de la norme NM 005 801 pour la Santé, la
étude plus synthétique et globale Sécurité au Travail.
est en cours qui permettra de faire
le parallèle entre les différents plans Cahier des charges exigeant
sectoriels nationaux et une stratégie A côté de ces acteurs leaders du secteur, plusieurs entreprises des secteurs
pour l’entreprise nationale du BTP. Les d’aluminium, d’électricité de construction métalliques, de peinture,…, sont
chantiers de la maturation compor- également certifiées. C’est le cas de Delattre Levivier Maroc, exerçant dans
tent plusieurs axes, dont notamment la construction lourde qui, en plus des certifications ISO 9001, est certifiée
la consolidation et le renforcement OHSAS 18 001. Mieux, Aluminium du Maroc, société marocaine leader de
de la part des entreprises marocaines la fabrication de profilés en alliage d’aluminium pour bâtiment et indus-
dans les grands projets, l’accès aux trie, figure parmi les rares entreprises du secteur BTP certifiée ISO 9002,
nouveaux domaines comme la ges- ISO 9001 v 2000, ISO 14 001 et OHSAS 18 001.
tion déléguée des services publics, Si beaucoup d’entreprises n’ont pas encore franchi le cap de la certification,
l’énergie et l’export. malgré les avantages compétitifs que le label peut offrir, c’est que le candi-
Nous avons enregistré des progrès et dat à la certification doit se soumettre à un cahier des charges très exigeant
des acquis, mais nous sommes tou- et prouver qu’il dispose des ressources humaines et matérielles lui permet-
jours sur la brèche car c’est un chan- tant de réaliser des prestations conformes aux règles et aux prescriptions
tier stratégique pour nos entreprises, techniques en vigueur et qu’il utilise des matériaux, procédés et équipe-
notre secteur et notre économie dans ments certifiés ou conformes aux normes en vigueur.
son ensemble.

Le chantier de la régionalisation élar-


gie est ouvert, comment le secteur du
BTP peut profiter de la mise en place
d’une nouvelle carte régionale et de
l’attribution de nouvelles préroga-
tives aux régions ?
La cartographie des entreprises du
BTP montre une grande présence
régionale. D’ailleurs, nous sommes
parmi les premières organisations
professionnelles à avoir une structu-
ration régionale à travers les Bureaux
©Michel Teuler

Régionaux de la FNBTP. Le marché


du BTP comporte une part prépondé-
rante d’opportunités pour les entre-
prises de proximité.

Conjoncture N° 926 - Mai 2011 - 21


DOSSIER

‘‘ Il faut appuyer la réglementation ’’


Interview avec Mohamed Mait, responsable Sécurité à Manpower, entreprise de
travail temporaire.
Conjoncture : Qu’en est-il du recrute- Quelles sont les spécificités en matière à leurs ouvriers et bien sûr les futurs
ment de ressources humaines dans le de recrutement de ressource humaine ? acquéreurs.
secteur du BTP ? Les profils restent rares alors que la
Mohamed Mait : On a assisté à une demande est de plus en plus forte. On Qu’en est-il du volet sécurité sur les
très forte demande de ressources recherche des compétences / métiers à lieux de travail ?
humaines et de compétences dans tous les niveaux de responsabilité, des Une conduite rigoureuse des chantiers
le secteur fin 2006 et jusqu’en 2008 techniciens jusqu’aux directeurs de de bâtiment nécessite au préalable une
avec le boom qu’a connu le secteur projets. On recherche des gens mobiles précision sur les spécifications qualita-
et tous les projets immobiliers ini- avec tous les projets qui se développent tives ainsi que les produits utilisés dans
tiés par l’Etat dans le cadre des loge- dans différentes régions du pays, du la réalisation des ouvrages.
ments sociaux mais également en ce nord au sud en passant par le centre. Pour assurer la sécurité et la pérennité
qui concerne les projets dans le haut Pour ce qui des méthodes de recru- des constructions, il faut assurer une
standing. Cette forte demande s’est tement, elle sont diverses et varient stratégie de qualité avec des normes et
traduite par une rareté des compé- selon les besoins. Pour les populations beaucoup de contrôle.
tences et une surenchère des niveaux cadres, il y a les agences de recrute- Je pense que ce secteur a surtout be-
de salaires qui avaient connus des ment, les sites de recrutement. Quand soin d’accompagnement de la part
pics jamais enregistrés auparavant. aux grandes structures, elles sont plus du ministère de l’Equipement afin de
Il y a eu également l’installation au organisées et dotées d’entité en res- mettre des outils et des réglementa-
Maroc des grandes structures dans source humaine structurée, ce qui leur tions à la disposition des entrepreneurs
le domaine, venu essentiellement de permet d’anticiper les besoins et de privés.
la région du Golfe comme EMAAR, recruter directement. Pour les profils
Sama DUBAI, Quatri Dyar ou encore techniciens, ils sont identifiés et recru- Lors d’un accident du travail constaté,
FADESA. De fin 2008 à l’année 2009, tés par des employeurs, et ce dès la fin que se passe-t-il ?
la crise économique a fait que plu- de leur formation pour intégrer des Cette question est très pertinente car
sieurs projets ont été mis en stand- by chantiers. beaucoup d’ouvriers décèdent chaque
voire, pour certains annulés. Cepen- année sur des chantiers et la plupart
dant, globalement le secteur se porte Un mot sur le respect de la règlementa- d’entres eux ne sont pas assurés par
bien, en témoigne le rythme soutenu tion par les entreprises du secteur ? leurs employeurs, ni déclarés à la CNSS.
des ventes de ciment. Ceci dit, ce sont C’est surtout la réglementation en ma- C’est un secteur qui emploie beaucoup
des compétences qui restent très de- tière technique qu’il faut appuyer et de salariés au « noir » et en cas d’acci-
mandées pour répondre à la demande la formation des entrepreneurs privés dent, c’est le promoteur qui prend en
des projets lancés à travers le pays, qui vendent rapidement leurs produits charge directement l’accidenté. Il faut
comme par exemple le Tramway à sans aucune connaissance de la loi ni savoir que ce secteur emploie beau-
Casablanca et à Rabat, ainsi que les de la réglementation qui est pourtant coup de personnes illettrées et cela
projets d’autoroute et de routes sans claire et précise. Il faut aussi les sensi- rend la tâche encore plus difficile et
oublier les projets immobiliers. biliser sur le risque lié à leur métier et plus complexe.

Conjoncture N° 926 - Mai 2011 - 22


DOSSIER

‘‘ 170 000 personnes à former à l’horizon 2012 ‘‘


Interview avec Larbi Bencheikh, Directeur général de l’OFPPT
Qu’en est-il de l’offre qualitative en Justement, qu’en est-il des objectifs /
matière de formation professionnelle ? formations que l’OFPPT s’est fixé ?
La qualité de la formation et l’adéqua- Nous déployons notre offre de forma-
tion cursus / emploi sont des priorités tion, en concertation avec la FNBTP
pour l’OFPPT. Elles sont recherchées et nous la développons en fonction
à travers l’adaptation permanente de des recommandations de l’étude en
l’offre par rapport à la demande. Pour ressource humaine. Actuellement,
le BTP, toutes les filières ont été res- notre dispositif offre 47 600 places
tructurées dans le cadre de Meda1. Ce pédagogiques dans 47 cursus dont 22
processus continue, pour être en phase formations initiales et 25 qualifiantes.
avec les évolutions des métiers. Pour Cette stratégie sera confortée par la
ce faire, l’OFPPT a créé un Centre de mise en place d’établissements dédiés.
© OFPPT

développement des compétences afin D’abord, l’ISTA BTP Errahma à Casa-


d’assurer une veille technologique, dé- blanca, créé en 2010 en partenariat
Larbi Bencheikh
velopper l’ingénierie des filières, le per- avec la Fondation Mohammed V pour
fectionnement des formateurs et l’as- la Solidarité, et qui accueille un millier
Conjoncture : Quelle est l’organisation sistance technique des établissements. de jeunes annuellement. D’autres sites
générale de l’OFPPT pour former des La qualité de formation est également sont en cours de réalisation à Settat,
compétences destinées au secteur du recherchée à travers l’implication des Errachidia ou encore à Tétouan. Je
BTP ? professionnels dans le processus. A n’oublie pas de citer l’Académie des
Larbi Bencheikh : Il faut d’abord savoir l’instar des autres secteurs, la FNBTP Arts Traditionnels de Casablanca, créée
que l’essentiel de l’offre de forma- participe aux différents organes de avec la Fondation de la Mosquée Has-
tion professionnelle dans le secteur gouvernance de l’OFPPT. Elle est égale- san II et qui ouvrira ses portes prochai-
du BTP est assuré par le dispositif de ment associée à la gestion des établis- nement.
l’OFPPT qui représente plus de 94 % sements sectoriels.
de l’offre. Ces dernières années, le sec- Valeur aujourd’hui, y a-t-il des déficits
teur a connu une forte croissance qui a Quels sont les formations / métiers les de ressources humaines à combler
généré des besoins en ressources hu- plus demandés ? pour répondre aux marchés de l’em-
maines considérables. L’OFPPT a donc D’un côté, avec l’essor du secteur du ploi ?
pris les devants pour offrir les réponses Bâtiment et la non-maîtrise de l’infor- Les métiers du BTP souffrent en effet
idoines à ces besoins et a engagé, dès mel, la demande en ouvriers spéciali- d’une image négative, surtout auprès
2008, une stratégie spécifique pour sés est élevée : maçons polyvalents, les des jeunes citadins. Malgré l’impor-
le BTP. En effet, l’année 2008/2009 a carreleurs, les coffreurs ou les peintres tance de la capacité d’accueil mobili-
constitué un tournant, avec le double- se font de plus en plus rares et connais- sée, certaines formations ne drainent
ment des effectifs des stagiaires, ce qui sent une certaine mobilité entre chan- pas suffisamment de candidats. De
a porté la part du secteur dans le dispo- tiers. plus, les professionnels ont exprimé,
sitif global de l’OFPPT de 10% à près de D’un autre côté, il y a également une comme rappelé précédemment, une
20 %. Actuellement, le BTP est servi par forte demande de certains profils Tra- pénurie d’ouvriers qualifiés et de tech-
un réseau de 150 établissements dont vaux Publics, en l’occurrence les tech- niciens spécialisés, notamment dans
18 EFP sectoriels ou à dominance BTP, niciens spécialisés, tels que Chef de les métiers des travaux publics. Jusqu’à
qui accueillent 47 600 stagiaires. Je chantier, Conducteur d’engins ou Chef récemment, l’offre de formation était
tiens aussi à préciser qu’une attention d’équipe. En fait, selon les résultats de dominée par les filières du Second-
particulière est également accordée à l’étude des besoins en ressource hu- œuvre, au détriment du Gros-œuvre et
la formation qualifiante qui constitue, maine à l’horizon 2012, lancée conjoin- des Travaux Publics. Nous travaillons
à mon sens, un moyen efficace pour tement par l’OFPPT, la FNBTP et les mi- ensemble à combler ces déficits avec
répondre aux besoins. Ce mode repré- nistères concernés, les profils à former le démarrage des nouveaux Etablis-
sente actuellement 47 % de l’offre, avec par région et par métier, ont été quan- sements, notamment de l’EMFBTP
plus de 22 000 personnes concernées. tifiés à 170 000 personnes, tous corps Settat dédié aux travaux publics. Il y a
Nous travaillons également sur la mise confondus. Face à ces deux éléments, également de nouvelles spécialités qui
en place de formation pour adultes au un rapprochement avec les projections demandent une ingénierie particulière
profit de personnes sans emploi afin de du plan de développement de l’OFPPT tels que les métiers de l’hygiène Sécu-
palier le manque d’attractivité du sec- à l’horizon 2016 a été réalisé et des ra- rité dans le BTP ou l’efficacité énergé-
teur pour les jeunes et de lutter contre justements ont été faits dès cette ren- tique. Notre plan d’action à l’horizon
l’informel par le rehaussement du ni- trée pour répondre à ces demandes par 2013 pour le secteur prévoit de couvrir
veau de qualification de ses salariés. métier. graduellement ces besoins.

Conjoncture N° 926 - Mai 2011 - 23


DOSSIER

Un cadre juridique et législatif en pleine


évolution
Interview avec Mohamed Jamal Bennouna, expert international en Risk
Management RICS.
Conjoncture : Quel état des lieux faites- entreprises et prestataires de service. En opérant dans les différentes branches
vous des dispositions juridiques en ma- conclusion, je peux dire que le chemin scientifiques. Cette carte doit renfermer
tière de construction ? est encore long au niveau législatif pour les risques identifiés suivants : événe-
Jamal Bennouna : La législation maro- répondre au développement rapide du ments naturels (risques sismiques, inon-
caine est très pauvre en matière de lois secteur du BTP ainsi qu’à la complexité dations), risques de sol (argile gonflante,
relatives à la construction. Nous avons des ouvrages que nous réalisons au Ma- falaises). Cette carte sera d’une grande
des lois qui gèrent le secteur de l’urba- roc. Mais, j’ai la conviction que nous arri- utilité pour les investisseurs au Maroc.
nisme et de l’architecture et non celui verons à surmonter toutes ces difficultés Depuis des années je me bats person-
de la construction : loi 12-90, loi relative et vaincre ces contraintes. nellement pour voir naître cette carte de
à l’établissement du Schéma Directeur, risques. Je continue et je ne me sens pas
Plan d’Aménagement, Plan de Zonage, Qu’en est-il du Plan de gestion de vaincu.
loi 25-90, loi relative à la création de lo- risque ?
tissements, groupement d’habitations, Vous venez de mettre le doigt sur le su- En cas de catastrophe, qui est respon-
morcellement et au recours aux profes- jet le plus délicat en matière de construc- sable de quoi et qui risque...quoi ?
sionnels pour la réalisation de ces opé- tion. Je pense que les différents acci- En cas de catastrophe naturelle, les res-
rations. En ce qui concerne la construc- dents que nous avons vécus au Maroc ponsabilités doivent être clairement
tion, un seul article dans le DOC (Dahir doivent nous pousser à réfléchir sur les définies selon la nature et l’ampleur de
des Contrats et Obligations) est réservé meilleures façons et méthodes de gérer la catastrophe : l’Etat doit se position-
à la construction. C’est l’article 769, qui les risques dans le secteur du BTP. Il est ner en tant que premier gestionnaire
concerne la responsabilité civile décen- bon de rappeler quand même quelques des risques et non pas en tant que spec-
nale des intervenants. Il faut noter que accidents dramatiques qui ont marqué tateur. Les différentes catastrophes
cet article date de l’année 1913 et de ce la société marocaine et qui se sont sol- doivent servir de leçon pour permettre
fait il est obsolète et ne répond pas à la dés par la mort de dizaines de personnes d’anticiper sur les risques à venir. Je
situation actuelle de la construction. Par et la perte de millions de dirhams en peux donner des exemples : interdire de
ailleurs, la rédaction des normes tech- dommages matériels (crue dans la val- construire au bord des rivières connues
niques est en cours de réalisation et n’est lée de l’Ourika en 1995 et en 2006, in- pour leur crues ou encore application
pas encore terminée. cendie de l’usine Rosamore en 2008,…). rigoureuse du règlement parasismique
Tous les accidents doivent nous pousser pour les nouvelles constructions. Tou-
Un mot sur le code dédié à la construc- à réfléchir sur un système nous permet- jours au rayon des responsabilités, il y
tion ? tant de répertorier les risques inhérents a également les régies et sociétés qui
Le code de la construction a toujours fait à la construction et de dresser une carte gèrent les réseaux d’assainissement
partie des demandes pressantes et insis- qui renferme tous les risques identifiés et des eaux pluviales et les élus qui ont
tantes des professionnels du secteur du au Maroc. L’établissement de cette carte une lourde responsabilité en matière de
BTP. Il est en cours de réalisation par un doit voir le jour rapidement et doit être contrôle des sociétés responsables de la
groupe d’experts. établie par les professionnels du BTP ain- gestion des réseaux d’assainissement et
Un règlement sur la labellisation des si que les experts en Risk Management eaux pluviales et de les pénaliser quand
logements est en cours de réalisation elles ne se conforment pas au cahier de
aussi par un groupe d’experts. La norme charge qu’elles ont signé.
sur les bétons tarde à voir le jour. Je peux En matière de risque, le citoyen ainsi
dire que le Maroc a tardé et tarde encore que les entreprises subissent les risques
à faire sortir une législation spécifique conséquents aux catastrophes natu-
au secteur du BTP alors que ce dernier relles. Les dernières inondations de Tan-
est très dynamique dans l’économie ger ou de Casablanca ont démontré que
marocaine et se présente comme sec- les entreprises marocaines souscrivent
teur créateur d’emploi et créateur aussi rarement les couvertures d’assurance
de métiers. D’autres problèmes législa- contre ces événements. Cette situation
tifs entravent le développement de ce est des plus dramatiques pour ces en-
secteur comme l’absence d’un ordre des treprises non assurées. Je pense qu’il
© CFCIM

ingénieurs à l’instar de celui des archi- est grand temps de rendre l’assurance
tectes et topographes ou l’absence d’un contre les catastrophes naturelles obli-
système uniforme de classification des Mohamed Jamal Bennouna gatoire à toutes les entreprises au moins.

Conjoncture N° 926 - Mai 2011 - 24


DOSSIER

Les matériaux de construction


bénéficient de la reprise
14,5 millions de tonnes de ciments ont été consommés en 2010.
L’évolution des ventes des matériaux
de construction, ciments et fer (rond à
béton et fil machine) particulièrement,
figurent parmi les principaux indica-
teurs de la dynamique du secteur du BTP
au cours de ces dernières années. Les
ventes de ciments ont enregistré durant
la décennie 2000-2010 une croissance
continue, dopée par l’immobilier et les
réalisations de grands projets d’infras-
tructures (barrages, autoroutes, aména-
gement territorial et touristique, ports,

©Michel Teuler
etc.). Ainsi, sur la période 2000-2010,
la consommation de ciment a doublé
passant de 7,5 Mt (millions de tonnes) à
14,5 Mt affichant ainsi un taux de crois-
sance annuel moyen d’environ 7 % sur les ventes ont augmenté de 11 % grâce joritaire du groupe Addoha) est entrée
la période, contre une moyenne de 3,4 % aux constructions de logements encou- en service avec une capacité de 1,6 Mt.
sur la décennie précédente. Toutefois, ragées par les incitations concernant le A côté du ciment, la consommation na-
cette croissance n’a pas été linéaire du- logement social, la politique des grands tionale du fer (rond à béton et fil ma-
rant la décennie écoulée 2000-2010. En projets infrastructurels (tramway, auto- chine) s’est établie à 1,4 million de tonnes
2006, 2007 et 2008, les ventes ont pro- routes, Tanger Med II, Nador West Med, (1,23 Mt de rond béton, 0,17 Mt en fil ma-
gressé de respectivement 10,4 %, 12,6 % aménagement territorial et touristique, chine et 0,2 Mt en laminé marchand) en
et 10 %. La décélération de la croissance etc.) et la bonne année agricole. 2010, contre 1,5 million de tonnes l’année
enregistrée durant le second semestre précédente, affichant ainsi une baisse de
2008 s’est confirmée en 2009 (+ 3,5 %) Nouveaux opérateurs 6,67 % à cause notamment du repli du
et s’est accentuée en 2010 avec des Notons que le secteur cimentier est au- marché de la construction de bâtiment.
ventes de ciments en hausse de seu- jourd’hui contrôlé par 5 opérateurs dont A noter que sur la période 2002-2010,
lement 0,35 % à 14,6 Mt sous l’effet es- 4 adossés à des groupes la consommation de
sentiellement des retards dans les pro- internationaux. La-
grammes de production de logements farge Ciments, filiale du
Sur la période 2002- fer a presque doublé
passant de 0,77 Mt à
économiques et sociaux. groupe Lafarge, est le 2010, la consommation 1,4 Mt avec un pic à
Afin de faire face à la forte demande du leader du marché avec 1,5 Mt en 2009. Une
ciment durant la période 2006-2008, une capacité installée de fer a presque dou- croissance qui a poussé
tous les acteurs du secteur se sont lan- de 6,9 Mt sur 4 usines
cés dans des politiques de modernisa- (Tanger, Tetouan,
blé passant de 0,77 Mt de nouveaux acteurs à
investir le marché de la
tion et d’augmentation de leurs capa- Meknès et Casablanca) à 1,4 Mt avec un pic à sidérurgie longtemps
cités de production. Conséquence, le pour une part de mar- monopolisé par la So-
secteur cimentier compte actuellement ché tournant autour de 1,5 Mt en 2009. nasid. Aujourd’hui, 5
12 cimenteries ayant une capacité de 38 %. Ciments du Ma- opérateurs se parta-
production installée s’élevant à 20,1 mil- roc, filiale d’Italcementi, est le second gent le marché : Sonasid, Univers Acier
lions de tonnes affichant ainsi une sur- opérateur du secteur avec 3 usines (Safi, (groupe Maroco-turc), Maroccan Iron
capacité de quelques 5,5 Mt en référence Marrakech et Agadir) pour une capacité Steel, Ynna Steel (groupe Chaabi) et
à la consommation enregistrée en 2010. de production de 5,7 Mt. Holcim Maroc, Somasteel. Parmi ces 5 acteurs, seule la
Une partie de cette surcapacité sera ab- filiale de Holcim Limited dispose d’une Sonasid, leader du secteur avec plus de
sorbée par la croissance du marché au capacité de production de 4,7 Mt sur 52 % de part de marché, est dotée d’une
cours des prochaines années grâce à la trois sites (Fès, Oujda et Settat). Asment aciérie électrique. Avec ces nouveaux ar-
reprise du marché du BTP. Ainsi, pour de Temara, filiale du portugais Cimpor, rivants, la capacité globale installée du
2011, les opérateurs du secteur tablent dispose actuellement d’une seule usine secteur s’est établie à 2,35 Mt dont 1,1 Mt
sur une reprise des ventes de ciments (Temara près de Rabat) d’une capacité pour la Sonasid, conduisant à une surca-
avec un taux de croissance compris de 1,2 Mt. Enfin, depuis 2010, Ciments de pacité effective estimée à 40 % et une
entre 3,5 % et 4 %. Au premier trimestre, l’Atlas d’Anas Séfroui (l’actionnaire ma- surcapacité installée de 70 %.

Conjoncture N° 926 - Mai 2011 - 25


IMMOBILIER

Zones commerciales :
une nouvelle génération de projets
Les projets actuellement en cours préfigurent le new deal de l’immobilier
commercial de demain
Nous avons pu constater, le mois der- • Tout d’abord, de nombreuses gale- ment comme un centre commercial,
nier, les difficultés de trouver un local ries n’ont pas pris en compte la pro- mais aussi comme un centre de loisirs.
commercial à Casablanca, résultant blématique du stationnement, rédui- Dans cet esprit, il abrite une patinoire
pour une large partie des effets per- sant de fait la fréquentation du site ; de 800 m2, ainsi qu’un bowling et un
vers du dahir du 24 mai 1955, qui, en • Ensuite, il manque bien souvent à espace enfants sur plus de 1.000 m2.
pratique, protège excessivement le ces projets une « locomotive alimen- De nombreuses manifestations et ex-
locataire au détriment du bailleur. Le taire » qui va drainer une fréquen- positions y sont organisées : artistes
propriétaire d’un local commercial tation importante et régulière. Et peintres, photographes, champion-
préfère donc le vendre plutôt que de lorsque cette enseigne alimentaire nats d’échecs, de patinage artistique,
le louer, entrainant une telle raréfac- existe, encore faut-il que la circula- etc. Le Mega Mall est ainsi également
tion de l’offre que le foncier peut dé- tion de la clientèle soit correctement devenu un lieu de promenade pour
sormais représenter jusqu’à 80 % de organisée pour en optimiser l’impact ; les Rbatis.
l’investissement initial nécessaire à • Enfin, les promoteurs des galeries,
l’ouverture et au dé- trop souvent, cèdent Une nouvelle génération de projets
marrage d’un point de Force est de consta- la propriété des lo- D’autres projets sont par ailleurs sur
vente. caux, perdant ainsi le le point d’être achevés. Le Morocco
Tant les opérateurs ter que les galeries contrôle de leur mer- Mall, tout d’abord, représente plus de
77.000 m2 de surface commerciale et
économiques que le
Ministère de l’Indus-
commerciales ont sou- chandising : les acqué-
reurs peuvent alors doit être livré avant la fin de l’année.
trie et du Commerce, vent été victimes d’un développer les activi- Ce projet, développé par Nesk Invets-
dans le cadre du plan tés qu’ils souhaitent, ment et Aksal, sur une superficie de
Rawaj, s’accordent relatif insuccès dans entrainant souvent 10 hectares, représente un budget
sur la nécessité de ré-
former ce texte pour
différentes villes du une multiplication
d’activités commer-
d’investissement de plus de 2 mil-
liards de dirhams. Il a été annoncé (1)
davantage protéger Royaume ciales peu visibles et comme devant amener 15 millions de
le bailleur et ainsi ac- n’attirant pas particu- visiteurs par an. Il doit comprendre
croître l’offre et la fluidité du marché. lièrement la clientèle. Dès lors que ce hypermarché, restaurants, salle de ci-
Mais en l’attente de cette réforme, on mouvement est amorcé, il est difficile néma en 3 D, un aquapark, un jardin
peut s’interroger sur le point de savoir à enrayer, et la situation se dégrade organique, et une patinoire qui ac-
si les galeries et centres commerciaux alors d’année en année : baisse de cueillera compétitions et exhibitions.
sont susceptibles d’apporter une solu- fréquentation, augmentation d’acti- Par ailleurs, de nombreuses enseignes
tion à cette situation. vités peu attractives, emportant elle- développées par les groupes Nesk et
même une réduction de la fréquenta- Aksal seront également présentes.
Le succès incertain tion… Enfin, le Morroco Mall a fait sensation
des galeries commerciales en annonçant l’implantation en son
Force est de constater que les galeries Mais des expériences positives sein des Galeries Lafayette, qui font
commerciales ont souvent été vic- Cependant, cette situation ne doit ainsi leur retour à Casablanca.
times d’un relatif insuccès dans diffé- pas occulter les réussites notables de Tant par sa taille que par les moyens
rentes villes du Royaume. Au-delà du certains centres commerciaux, tel le qui y sont déployés, ce projet consti-
simple constat, on peut s’interroger Mega Mall à Rabat. A titre d’exemple, tue donc manifestement la mise en
sur les raisons de cet état de fait. ce centre commercial, inauguré le œuvre d’un concept qui n’a jamais
Alain Baron, dirigeant d’AEB Consul- 30 avril 2005, reçoit désormais près été développé à ce jour au Royaume
tants, cabinet spécialisé en développe- de 70.000 visiteurs par semaine. Il du Maroc.
ment et stratégie d’entreprise, dispose rassemble une centaine d’enseignes Il emporte tout d’abord une interro-
notamment, de par ses expériences commerciales, 14 points de restaura- gation quant à la capacité du marché
professionnelles, d’une compétence tion, sur une surface d’environ 27.000 d’absorber rapidement une offre telle
reconnue en matière d’implantation m2, pour un chiffre d’affaires annuel que celle qui va être proposée à Casa-
et de développement de centres com- supérieur à 440 millions de dirhams. blanca en matière de locaux commer-
merciaux. Il distingue essentiellement Son originalité réside également dans ciaux. En effet, Casa Port, Anfa Place
deux à trois raisons d’échec : le fait qu’il ne se conçoit pas seule- (20.000 m2 annoncés), la Marina de

Conjoncture N° 926 - Mai 2011 - 26


IMMOBILIER

Casablanca (60.000 m2 annoncés), pour faire du shopping à City-Stars, donc sûre : les années 2020 auront
vont également être livrés dans les l’un des plus importants complexes bien peu de points communs avec la
prochains mois. Ces projets compor- commerciaux du Moyen Orient, qui décennie qui vient de s’achever…
tent tous des galeries ou espaces com- se situe à Nasr City, à 25 km à l’est du
merciaux. Trouveront-ils, dans cette Caire. Et les deux multiplexes de City Franck Dautria
Laforêt Immobilier – Monceau Investissement
dimension commerciale, un espace Stars font à eux seuls 20 % du box of-
pour se développer rapidement à côté fice égyptien (5). Les distributeurs égyp-
du géant que sera le Morocco Mall ? tiens estiment que, par le biais de ce (1) Maroc Hebdo International n°761 -
Sachant que la problématique ne concept, le nombre d’écrans, actuelle- A.Amourag
consiste pas seulement à abriter des ment autour de 500, doublera d’ici à (2) C’est l’agro-business américain du maïs
activités commerciales mais aussi et qui a identifié les salles de cinéma comme un
cinq ans (6).
débouché pour les surplus de production, et ce,
surtout à proposer des enseignes qui Aussi la question n’est-elle pas de sa- dès les années 1950. « Mainstream, Enquête
vont contribuer à la fréquentation des voir si ces nouveaux complexes ap- sur cette culture qui plait à tout le monde »,
sites en attirant une clientèle spéci- paraitront au Maroc, mais quand. Or, Frédéric Martel, éd. Flammarion, 2010.
fique. En d’autres termes, certains ex- des projets sont déjà à l’étude dans les (3) Le « theming » consiste à « donner un
perts s’interrogent : compte tenu de la thème à un espace commercial en exagérant
cartons, notamment, d’investisseurs
les stéréotypes d’un lieu imaginaire », ibid, 36.
catégorie d’enseignes recherchées, ne étrangers… (4) Ibid, 40.
va-t-on pas vers une suroffre ? Egalement dans ce domaine de l’im- (5) Ibid, 35.
mobilier professionnel, une chose est (6) Ibid, 50.
Et si l’on était déjà demain ?...
Mais au-delà de cette problématique
ponctuelle, le Morocco Mall ouvre la
porte à une nouvelle génération de
centres commerciaux, tels qu’ils exis-
tent partout dans le monde, sur des
modèles qui ont été initialement ima-
ginés aux Etats Unis.
Généralement, ces shopping malls se
développent autour de multiplexes
cinématographiques qui représentent
un chiffre d’affaires important, résul-
tant pour majeure partie, contre toute
attente, non des places vendues, mais
des ventes de sodas et de pop corn qui
y sont réalisées (2)…
De surcroît, ces complexes proposent
généralement un « theming » (3) spéci-
fique. Ils constituent un lieu de loisirs,
de distraction, et un endroit sûr pour
les familles et les jeunes.
Aux Etats-Unis, de tels complexes
sont même ouverts à une trentaine de
kilomètres du centre-ville des grandes
agglomérations. « Le shopping mall
est devenu le centre ville des ban-
lieues américaines. Il a pris la place
de la fameuse « main street » des
petites villes et du « downtown » des
grandes » (4).
On objectera que le Maroc, avec ses
faibles fréquentations de salles de
cinéma et le piratage chronique des
œuvres cinématographiques, parait
s’opposer au développement de ce
concept. Et pourtant, créé aux Etats-
Unis, il s’est développé partout dans le
monde : Brésil, Vénézuela, Indonésie,
en Egypte également, dans des villes
telles que Le Caire, Alexandrie… Ainsi,
l’on vient de tout le Moyen Orient

Conjoncture N° 926 - Mai 2011 - 27


FINANCES

Bourse : manque de visibilité en 2011


Au titre de l’année 2010, tous les indicateurs boursiers de la place de Casablanca
ont affiché de fortes progressions. Le marché a surtout été dopé par l’opération
stratégique SNI/ONA qui a impacté positivement sur les volumes échangés.

Après deux années de baisses consécu- place ont porté sur un montant global
tives en 2008 et 2009 durant lesquelles de 205 milliards de dirhams en 2010.
le MASI a cédé respectivement -20 % et Les échanges ont été boostés par l’opé-
-4,92 %, 2010 a été une année de reprise ration d’offre publique de retrait des
pour la Bourse de Casablanca. En effet, holdings SNI et ONA. Sur le marché
les deux principaux baromètres de la central actions, le volume des échanges
place, MASI et MADEX, ont enregistré a augmenté de 44,6 % à 104 milliards
des performances respectives de 21,17 % de dirhams grâce aux valeurs ONA
à 12 655,20 points et 22,10 % à 10 335,25 (18,5 milliards), Attijariwafa bank
points. Outre le regain de confiance des (13,8 milliards), Addoha (11,96 milliards)

© Studio Najibi
investisseurs pour le marché boursier, et IAM (11,65 milliards). Les cinq valeurs
la performance de la place est aussi liée les plus actives du marché ont réalisé
aux bons résultats des sociétés cotées, à environ 50 % des transactions enregis-
la reprise des opérations d’introduction trées au niveau du marché central ac-
en Bourse, à la résilience de l’économie 2011, manque de visibilité tions, attestant ainsi l’étroitesse de la
marocaine face à la crise grâce surtout En gros, la performance de la place corbeille casablancaise. Sur le marché
à la poursuite de la politique des grands casablancaise a surtout été portée en de blocs, les échanges ont progressé de
projets structurants, à l’opération stra- 2010 par les grosses capitalisations : 36,5 % à 59,5 milliards de dirhams.
tégique ONA/SNI, etc. Lafarge Ciments (+49,61 %), Delta Hol- Par ailleurs, l’année 2010 a été marquée
Parmi les valeurs qui ont le plus profité ding (+37,97 %), Cosumar (+46,07 %), par les introductions en bourse des so-
de l’intérêt des investisseurs, aussi bien Wafa Assurance (+48,87 %), Lesieur ciétés Ennakl et CNIA Saada Assurances
nationaux qu’étrangers, figurent les Cristal (+37,44 %), Ciments du Maroc qui ont levé un montant global de
valeurs minières qui bénéficient d’une (+28,07 %), Crédit du Maroc (+39,8 %), 837,4 MDH.
bonne orientation des cours des mé- etc. Quelques capitalisations moyennes Pour 2011, le marché boursier devrait
taux sur le marché mondial. Ainsi les qui ont réalisé des opérations straté- être porté par les capacités de résilience
cours des valeurs Managem, SMI et Mi- giques se sont également bien compor- de l’économie marocaine, les bons ré-
nière de Touissit ont progressé de res- tées. C’est le cas notamment d’Unimer sultats et fondamentaux des sociétés
pectivement +183,75 % à 681 dirhams, (acquisition du groupe français Vanelli cotées. Pour nombre d’analystes, le mar-
+128,92 % à 1 900 dirhams et +72,23 % par Sanam Holding), Disway (issue de ché boursier devrait aussi bénéficier de
à 1 600 dirhams, contribuant ainsi po- la fusion Matel PC Market-Distrisoft) et l’arrivée de nouveaux émetteurs et les
sitivement à la bonne orientation de Oulmès (cession des activités gazeuse) introductions en Bourse. Plusieurs opé-
la place. A côté des valeurs minières, en affichant des performances respec- rations sont annoncées dont Méditel,
les bancaires aussi se sont bien com- tives de +78,89 %, +43,8 % et +102,22 %. Stroc, Maroc télécom (8 % du capital),
portées grâce particulièrement aux Grâce à ces performances, la capitali- etc. Toutefois, hormis Maroc Telecom
deux premières banques de la place. sation boursière s’est bonifiée de 70 dont la cession dépendra de l’Etat (dont
Les cours des titres Attijariwafa bank et milliards de dirhams en l’espace d’une le budget est mis à mal par la hausse
BCP ont progressé de respectivement année passant de 509 à 579 milliards des dépenses, notamment celles liées à
+50,74 % à 407 dirhams et +72,84 % de dirhams pour représenter environ la compensation et aux mesures prises
à 243 dirhams. Les investisseurs sont 80 % du PIB. Maroc Télécom, avec une ou qui seront prises durant l’année pour
attirés par les bonnes performances capitalisation de 131,86 milliards de faire face à la grogne sociale), l’arrivée
financières réalisées par les deux éta- dirhams, pèse 22,77 % de la capitalisa- de nouveaux émetteurs semble actuel-
blissements dans un contexte écono- tion totale de la Bourse de Casablanca, lement hypothéquée par le manque de
mique plutôt morose, à leurs stratégies devant Attijariwafa bank (13,57 %) et visibilité lié à la conjoncture politique et
de croissance aussi bien au niveau local BMCE Bank (7,64 %). sociale régionale.
qu’à l’international et à leurs perspec- Au niveau de la volumétrie, les tran- Rachid Alaoui
tives de croissance intéressantes. sactions enregistrées au niveau de la conjoncture@cfcim.org

Conjoncture N° 926 - Mai 2011 - 28


JURIDIQUE

Faciliter l’accès aux marchés publics


La CFCIM et la Trésorerie Générale du Royaume ont organisé une réunion technique
le 20 avril dernier afin d’expliquer aux entreprises adhérentes les modalités d’accès
aux marchés publics ainsi que l’impact de la réforme en cours.

Suite à la venue du Trésorier Général aux marchés négociés avec publicité et de 15 jours en matière d’approbation
du Royaume, Nourredine Bensouda, à concurrence. des marchés afin de permettre aux
la CFCIM le 24 mars dernier, pour pré- Une saine concurrence passe aussi par concurrents d’introduire des recours
senter la réforme en cours des marchés la fiabilité du processus de recours. éventuels et la réforme de la commis-
publics, la CFCIM et la TGR ont organisé La réforme prévoit à cet effet la ré- sion des marchés (renforcement des
une réunion technique le 20 avril afin servation d’un chapitre aux recours moyens et élargissement des préroga-
d’expliquer plus en détail les modalités en matière de passation des marchés tives de la commission).
d’accès aux marchés publics ainsi que (recours hiérarchique, administratif et
l’impact de la réforme en cours. juridictionnel), la fixation d’un délai de Quel(s) contrôle(s) ?
Animée par Omar Benaïcha - Président 30 jours maximum au ministre pour Abdelmjid Boutaqbout, Chef de la mis-
de la Commission Appui aux entre- répondre à la requête d’un soumission- sion d’expertise en matière de marchés
prises de la CFCIM et Directeur Général naire, la saisine directe publics à la TGR, a en-
de Bureau Veritas Maroc - cette réu- de la commission des Le succès de la ré- suite détaillé aux par-
nion a attiré nombre d’entreprises ad- marchés par le requé- ticipants le système
hérentes, directement concernées par rant et information du forme du contrôle est de contrôle en place
cette problématique. maître d’ouvrage, et la au Maroc (adminis-
Abdelaziz El Haddad, Chef de la divi- fixation d’un délai de tributaire de l’engage- tratif, juridictionnel,
sion d’arbitrage à la TGR, a expliqué 10 jours maximum au ment de tous les ac- politique). Il a réitéré
les objectifs et la teneur des nouvelles soumissionnaire pour l’engagement des
dispositions prévues par la réforme. La saisir la commission teurs de la gestion des autorités à réformer
clarification et simplification des pro- des marchés. La ré- le contrôle et accom-
cédures, réclamées par les opérateurs, forme prévoit aussi la dépenses de l’Etat pagner les ordonna-
passeront notamment par la précision fixation d’un délai de teurs, rappelant éga-
de l’offre la plus avantageuse selon la 30 jours à la commission des marchés lement que « le succès de la réforme
nature des prestations (fournitures, pour répondre au premier ministre, au du contrôle est tributaire de l’engage-
services, travaux), la généralisation de ministre et au requérant, l’introduc- ment de tous les acteurs de la gestion
la révision des prix et la précision des tion d’un délai d’attente (stand - still) des dépenses de l’Etat ».
critères d’appréciation des offres des
soumissionnaires.
Système de contrôle des marchés publics
Consolider la concurrence
Afin de consolider la concurrence, le
maître d’ouvrage sera obligé d’établir
une décision en cas d’annulation de la &RQWU{OHDGPLQLVWUDWLI
procédure et de la publier sur le portail
‡%XGJHW
des marchés publics. Le recours aux ap-
‡7*5 UpJXODULWpHWYDOLGLWp
pels d’offre restreints devra par ailleurs &RQWU{OHSROLWLTXH
‡,*)
être justifié par un certificat adminis- ‡3DUOHPHQW
tratif. ‡,*0
Un certain nombre de mesures ont
également été prises afin de renforcer
la gouvernance en matière de mar-
chés publics, comme l’interdiction des
conflits d’intérêts, l’insertion de nou-
veaux outils de passation et de gestion &RQWU{OH
des marchés (achats groupés, marchés MXULGLFWLRQQHO
Source : TGR

conception réalisation, appel à mani- ‡&RXUGHV&RPSWHV


festation d’intérêt) ou encore la préci- ‡&RXUV5pJLRQDOHVGHV&RPSWHV
sion du contenu du rapport établi par
le maître d’ouvrage en cas de recours

Conjoncture N° 926 - Mai 2011 - 29


MANAGEMENT – MARKETING

Imtiaz, Moussanada : comment ça marche ?


Conditions d’éligibilité, financements, démarches : l’ANPME fait le point sur
Imtiaz et Moussanada, programmes d’appui aux PME/PMI.
Latifa Echihabi, Directrice générale de
l’ANPME, a animé une réunion tech-
Imtiaz : Résultats de la 1ère et 2ème édition 2010
nique le 7 avril dernier à la CFCIM afin
d’expliquer et détailler les modalités 33 contrats de Répartition sectorielle
croissance signés
de fonctionnement des deux princi- Textile /Habillem ent (5)
Im prim erie et Edition (3)
paux programmes d’appui aux PME/ Investissements HT 666,4 Chim ie-Parachim ie (4)
IMME (8)
(cumulée en Mdhs)
PMI : Imtiaz et Moussanada, créés par Offshoring (2)
Agro-Industrie (5)
Primes Imtiaz Bâtim ents et Travaux Publics (3)
le Pacte National pour l’Emergence In- (cumulée en Mdhs) 113,15
A compléter Cuir (1)
Medias (1)
dustrielle. Crédits bancaires Artisanat (1)
(cumulée en Mdhs) 376,5
Répartition géographique
Apports en fonds
Imtiaz : prime à l’investissement propres
186,14
Casablanca (25)
Rabat-Salé (3)
(cumulée en Mdhs)
Le programme Imtiaz est une com- Moham m edia (1)
Marrakech (1)
Fès (2)
pétition nationale d’investissement Tém ara (1)

destinée aux entreprises porteuses Les 33 contrats de croissance signés vont permettre de générer :
d’un projet de développement et sou- Un chiffre d’affaires additionnel cumulé de 9,98 Milliards DH sur 5 ans.
haitant bénéficier d’une prime à l’in- Une valeur ajoutée cumulée de 3,08 Milliards DH sur 5 ans.
1964 nouveaux emplois.
vestissement matériel et immatériel
correspondant à 20 % de l’investisse-
ment total. La prime peut atteindre • 40 % de la prime lorsque le projet sera Pour bénéficier du programme, l’en-
5 millions DH. réalisé à 60 % treprise doit déposer une demande de
Imtiaz s’adresse à toute entreprise • Le reliquat qui sera versé une fois le participation auprès de l’ANPME ; elle
ayant au minimum 2 ans d’existence, projet de développement achevé signe ensuite un contrat de prestation
porteuse d’un projet de développe- de services avec un partenaire référen-
ment, inscrite au registre du com- Moussanada : appui à la compétitivité cé au Répertoire des Compétences de
merce et en situation régulière vis-à- Le programme Moussanada est un l’ANPME, ayant présenté une offre de
vis de l’administration fiscale et de la programme d’accompagnement des services à l’entreprise. Enfin, l’ANPME
CNSS, et dont le CA annuel hors taxe PME, à travers la mise en place de pro- et la PME signent une convention de
est inférieur ou égal à 175 millions DH. grammes d’appui fonctionnels acces- partenariat qui précise ontamment
Comment bénéficier du programme ? sibles à l’ensemble des secteurs. Il se les objectifs d’amélioration de la per-
Le dossier est à retirer auprès de décline en 3 offres : formance à atteindre, sur la base du
l’ANPME, sur son site internet (www. • Offre transverse d’optimisation des contrat de prestation de services PME-
anpme.ma) ou auprès d’une des supports : Stratégie, Fonction commer- Prestataire.
banques partenaires. Comme pour ciale, Organisation/qualité, Fonction Au niveau des financements : pour les
un dossier d’investissement classique, Financière, etc., et qui s’adresse aux offres transverse et sectorielle cœur de
c’est votre banquier qui l’examine puis PME tous secteurs confondus métier, l’ANPME finance 60 % du coût
le transmet directement à l’ANPME • Offre sectorielle cœur de métier : vise de la prestation (TTC) dans la limite
avec son accord de principe et le rating à développer les compétences métiers de 600 000 DH par entreprise. Pour
qu’il a fait de votre entreprise. Une des PME, tels les processus d eproduc- l’offre sectorielle TI, l’ANPME finance
fois la candidature obtenue, le dossier tion, l’approvisionnement, le design, la l’acquisition des systèmes d’informa-
est évalué par l’ANPME : situation de R&D, etc. tion et leur implémentation à hauteur
l’entreprise, qualité du projet. Un Co- • Offre sectorielle TI : accélérer l’inté- de 60 % du coût de la prestation (TTC)
mité Public-Privé est ensuite chargé gration des technologies de l’informa- dans une limite de 400 000 DH par en-
de sélectionner les meilleurs dossiers. tion au sein des PME (progiciels mé- treprise.
Les entreprises retenues signeront un tiers adaptés à chaque secteur) La durée d’exécution cumulée des ac-
« contrat de croissance » avec l’ANPME Le programme Moussanada est ou- tions ne devra pas excéder 36 mois.
qui fixe le montant de la prime Imtiaz vert aux PME ayant au minimum 2 ans
et le planning de réalisation. Le finan- d’existence, inscrites au registre du Plus d’informations :
cement s’étale sur une période maxi- commerce et en situation régulière vis- www.anpme.ma
male de 36 mois. Les fonds sont déblo- à-vis de l’administration fiscale et de la Info-Centre de l’ANPME :
qués par l’ANPME en trois tranches : CNSS, qui réalisent un CA annuel hors 05 37 26 26 25
• 30 % du montant de la prime versée taxe inférieur ou égal à 175 millions DH
à l’entreprise lorsque le projet sera réa- et qui affichent une performance éco- Christophe Guguen
lisé à 30 % nomique satisfaisante. conjoncture@cfcim.org

Conjoncture N° 926 - Mai 2011 - 31


MANAGEMENT – RH

Soigner ses relations publiques


Caisse de résonance pour l’entreprise, les relations presse ont connu un boom ces
dernières années. Ficelles de pro pour une pratique qui gagne le web.
« Si j’avais 1 dollar à mettre en des écueils du métier. Pour Najib
communication, je le mettrais El Amrani, « Il faut développer
en relations publiques », le des relations humaines avec les
propos est de Bill Gates. Bien journalistes et les décideurs en
connues des communicants, évitant de tomber dans le clien-
les relations publiques contri- télisme. La notion de réseau
buent à la politique d’image de est clientéliste, celle de contact
l’entreprise. Elles permettent est de l’ordre des relations hu-
de convaincre et de fédérer ses maines et de la complicité inno-
différents publics. La variété cente ». L’équilibre tient souvent
des publics justement, c’est ce à un fil, c’est là les ressorts du
qui la distingue de la commu- métier.

© Pixmac.ma
nication dite « grand public »
qui s’adresse le plus souvent au Ne s’improvise pas chargé de re-
consommateur final. Salariés, lations presse qui veut
consommateurs, mouvements En relation presse, les messages
associatifs, pouvoirs publics/collectivi- Ecoute et proximité, gare au clientélisme diffusés doivent interpeller le journa-
tés, actionnaires, investisseurs, distri- Lancement de produits, résultats finan- liste et lui fournir une information de
buteurs, partenaires, prescripteurs ou cier, action de sponsoring… informer les contenu susceptible de l’intéresser. « Il
médias… Les relations publiques s’atta- medias et diffuser régulièrement des ne faut pas confondre relations presse
chent à ces nombreux publics intermé- informations sur la vie de l’entreprise, et publicité gratuite. » met en garde
diaires. Avec pour chacun des enjeux c’est maximiser sa présence dans l’esprit notre attachée de presse. La confusion,
qui demandent une communication du consommateur quand tout va bien. souvent fréquente, suscite le rejet d’une
adaptée. D’après le Syntec Conseil en Mais également en cas de crise. L’en- information non objective, contraire
Relations Publiques, il s’agit “des dé- treprise gagne alors à prendre la parole aux chartes de déontologie de la presse.
marches de communication personna- pour expliquer. Avec une communica- Certains l’ont appris à leurs dépens. « Je
lisées (…) visant à promouvoir durable- tion déjà établie, les relais n’en seront pense par exemple au reportage diffusé
ment une notoriété ou une réputation que meilleurs dans la forme comme sur France 5 à propos de la station de
pour une institution, une société, une dans le fond. « Le principe, c’est la cita- Saïdia la veille des Assises du Tourisme.
marque, un produit, une idée ou une tion de Beuve-Méry : la proximité dans Un commercial n’est pas un chargé de
personnalité. ». Un marché chiffré à 4,9 la distance. Il faut chercher la proximité relations presse. C’est un métier. » in-
milliards d’euros en France en 2009. avec les cibles et les institutions tout dique encore Najib El Amrani. En la ma-
Une pratique qui s’est largement ré- en respectant la distance nécessaire. » tière, plus le champ d’intervention de
pandue ces dix explique Najib El l’entreprise est sensible, plus la fonction
dernières années Amrani, attaché est cruciale. Finesse et doigté s’avèrent
au Maroc en par- de presse de Maroc là encore de précieux amis. « Le grand
ticulier auprès des Telecom. Le bon public s’intéresse à la chose publique et
médias. On parle chargé de relations l’entreprise se doit de communiquer et
alors de relations presse se doit donc de réagir. Depuis le 20 février, certaines
presse. « Il y a dix d’allier dans son entreprises rencontrent des problèmes,
© xxxxx

ans, seules les en- arc proximité, sens car elles apportent de mauvaises ré-
treprises interna- humain et rigueur ponses » poursuit encore l’attaché de
tionales étaient professionnelle. « Il presse de Maroc Telecom.
enclines aux relations presse. Le mar- faut être à l’écoute, disponible, réactif, Enfin, nouveaux faiseurs et « propaga-
ché marocain, n’y était pas disposé, n’y voire proactif. » poursuit encore Sylvie teurs » d’opinion : les sites communau-
voyant pas d’intérêt, il y avait encore un Tailliez. Comme dans l’ensemble des taires et informatifs. Ces plate-formes
lien étroit entre une publicité contre un métiers du conseil, l’écoute est finale- d’opinions multi-cibles s’imposent au-
article. L’entreprise marocaine a vu le ment le meilleur des baromètres. jourd’hui comme de puissants relais
pouvoir des relations presse. Elle est de Si les spécialistes convergent sur l’im- d’image et contacts incontournables
plus en plus préoccupée par son image portance de l’écoute et de la proximité, pour les chargés de relations (presse ou
de marque dans les médias » explique le piège le plus notoire réside dans le publiques).
Sylvie Tailliez, fondatrice de l’agence de clientélisme. Peu bénéfique à terme Anne-Sophie Colly
relations presse PI Art. pour l’image de l’entreprise, il fait partie conjoncture@cfcim.org

Conjoncture N° 926 - Mai 2011 - 32


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Lutte contre l’échec scolaire :


les anti-sèches des entreprises pionnières
Pour enrayer la gangrène bien connue de l’abandon scolaire, les entreprises
se mobilisent. Soutenir les élèves en difficulté et gérer les projets éducatifs…
un nouveau métier pour ces acteurs du développement durable. Au tableau : défis,
promesses et succès !
Assurer l’éducation primaire pour tous,
c’est le 2ème des Objectifs du Millénaire
pour le Développement signés par les
gouvernements à l’ONU en 2000. Il
s’agit « de donner à tous les enfants,
garçons et filles, partout dans le monde,
les moyens d’achever un cycle complet
d’études primaires d’ici à 2015 ». Ins-
truire, ce pilier du développement, mo-
bilise les associations depuis plusieurs

©Michel Teuler
années. Une poignée d’entreprises s’en
est également saisie. Sous le titre, « Dé-
velopper l’engagement sociétal », la
CGEM y consacre d’ailleurs l’article 9 de
sa Charte de responsabilité sociale.
la Fondation Medersat.com depuis son paient pour les enfants qu’elles inscri-
Focus sur la méthode lancement en 1995 par BMCE-Bank. Elle vent. Un fonctionnement simple qui
« Lutter contre l’échec et l’abandon sco- entend encourager le savoir faire, l’ini- assure et clôt d’emblée la question des
laire sont nos deux objectifs principaux. tiative et l’ouverture d’esprit. A l’appui ressources financières. Pour autant, la
Pour y arriver, nous travaillons sur le de cette vision, des outils notamment Fondation cherche à mobiliser d‘autres
niveau des enfants et sur la formation multimédia dans les écoles. L’ouverture entreprises et s’est engagée clairement
des professeurs. C’est un objectif secon- le 11 avril dernier d’une nouvelle unité dans une dynamique de prospection
daire mais important puisque nous for- à Figuig porte à 60 les écoles créées profitant là encore des meilleurs outils
mons les professeurs qui dispensent les sous le label « medersat.com » et à 136 de la gestion entreprenariale.
cours. » explique Afaf Aït Amara, Direc- les unités pré-scolaires. Objectif de ces L’approche entend privilégier un ac-
trice de la Fondation Sanady qui signifie approches : combler de façon pragma- compagnement éducatif dans la du-
« mon support, mon appui » en arabe. tique les défaillances du système édu- rée pour conduire les enfants au Bac.
Créée par Delassus pour les enfants catif et obtenir des résultats concrets. L’équipe, comme de nombreux spé-
d’ouvriers, la Fondation Sanady a placé La démarche semble porter ses fruits. cialistes, rappelle que la réussite d’un
l’accompagnement pédagogique au Medersat affiche 98 % de taux de fidé- enfant impacte souvent sa famille.
cœur de sa démarche. Un accompagne- lité et Sanady un taux de passage d’une « Assurer le soutien scolaire des en-
ment qui inclut 4 inspecteurs de l’Educa- classe à l’autre de 95 % avec 76 % de fants permet éventuellement d’assurer
tion nationale, 95 professeurs et 4 super- réussite au bac, contre un taux national un meilleur futur pour l’ouvrier. Si son
viseurs. Côté élèves, ils sont 1.500, soit de 49 %. enfant réussit, une mère a des chances
une hausse de 25 % en une année. Avec pour que son avenir s’améliore pour
une ambition claire de réussite, l’équipe « Le besoin est immense, nous souhai- elle et pour son enfant. » conclut Kacem
a souhaité se pencher rapidement sur la tons faire des émules » Bennani-Smires.
méthode et s’entourer d’un prestataire Le message est clair. Il émane de Ka- Casser la spirale de la reproduction so-
spécialisé. « L’objectif de cette mission cem-Bennani Smires fondateur du ciale chère à Pierre Bourdieu, préparer
était de définir les objectifs de la Fon- projet en 2003. « Nous souhaitons les générations à venir en faisant le pari
dation sur trois ans avec un plan d’ac- grandir le plus possible car le besoin est d’une plus grande égalité scolaire, une
tion détaillé et un accompagnement immense dans le pays. Nous avons res- démarche qui ramène à son sens pre-
sur les aspects à la fois pédagogiques senti un effet gagnant-gagnant pour mier la notion – souvent banalisée- de
et plus stratégiques pour la croissance toutes les parties concernées, enfants, développement durable.
et la pérennité de la Fondation. » pour- parents et entreprises » Sanady compte
suit Afaf Aït Amara. Une réflexion sur la aujourd’hui 18 entreprises, 8 de plus Anne-Sophie Colly
méthode, également menée au sein de qu’en 2009. Les entreprises adhérentes conjoncture@cfcim.org

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E-réputation : contrôler et maîtriser sa


présence sur internet
Interview avec Jacques Digout, Directeur des programmes ESC
Toulouse à Casablanca (campus CFCIM) et auteur d’un ouvrage en
préparation sur la « e-Réputation des marques et des produits ».
Conjoncture : Comment définir le Est-ce que toutes les entreprises sont fléchir leurs
concept de « e-réputation » ? concernées (même les PME/PMI) ? avis. Un mé-
Jacques Digout : L’e-réputation est le L’e-Réputation concerne à la fois les tier à temps

© CFCIM
résultat de ce qu’une personne peut individus, mais aussi les marques et plein, un
se forger comme avis sur vous grâce à leurs produits. Toute entreprise qui a métier de
ce qu’elle va trouver dans le web. Elle y un client, un employé, un stagiaire, … spécialiste.
rencontrera des éléments que vous y à même de s’exprimer sur le web est Un métier nouveau que les entreprises
aurez déposé volontairement (le profil potentiellement concernée par le phé- et les agences de communication re-
que vous avez par exemple créé dans nomène. Tout individu qui cherchera cherchent de plus en plus fréquem-
ces réseaux sociaux professionnels que un nouvel emploi ou un collaborateur ment comme la perle rare : « Commu-
sont Viadeo ou Linkedin, le site de votre croisera l’identité numérique. Toute nity Manager » (*).
entreprise, …). Le fouineur y trouvera personne qui cherchera un hôtel pour Si cette information, fréquente et aux
également ce que vous y aurez laissé ses prochaines vacances ou qui souhai- sources variées, est facilement repé-
parfois involontairement, « à l’insu de tera louer sa chambre d’hôte devra se rable sur le web. Si elle remonte dans les
votre plein gré », par exemple quand préoccuper d’image en ligne. premiers liens au moment des requêtes
vous avez indiqué à Amazon quels sont formulées sur vos produits ou votre
vos sujets préférés pour que vos amis Quels outils, quelles ressources, les marque, elle sera votre bouclier en cas
vous offrent livres ou CD qui correspon- entreprises peuvent-elles mettre en de crise. Qui peut garantir qu’un ancien
dent réellement à vos goûts. Enfin, il sera place ? employé ne ternira pas votre image en
possible de repérer ce que les autres ont En tout premier lieu, et c’est primor- communiquant négativement sur vous
dit de vous (vos amis sur Facebook qui dial, il faut être informé de ce qui se dans les forums ? Êtes-vous sûr que ja-
taguent les photos où vous vous trou- dit de vous, de votre marque ou de vos mais un client déçu ne se défoulera en
vez, vos consommateurs qui donnent produits sur le web. Comment pour- ligne ? Et bien d’autres raisons peuvent
leurs avis sur vos produits ou vos ser- riez-vous réagir si vous n’êtes pas au faire qu’un jour ou l’autre vous pourriez
vices, vos employés qui parlent de leur courant ? La recherche ponctuelle dans être impacté par une cyber-crise. Votre
entreprise, …). La e-réputation, voulue des moteurs de recherche traditionnels présence en ligne antérieure permettra
ou subie, c’est ce que vous dites de vous, comme Google ou plus spécifiquement d’en atténuer l’impact.
mais surtout ce que les autres en disent. dédiés (ex. www.123people.com) ne Écouter ce qui se dit de soi, de sa marque
Le web favorise ces dépôts d’informa- constitue pas une approche suffisante. et de ses produits et être proactif en in-
tion au travers de ses hégémoniques Il faut automatiser ces recherches pour vestissant le monde du web par une
réseaux sociaux, des blogs ou du micro- que le web lui-même, sans interven- communication appropriée constitue
blogging instantané qu’est Twitter, des tion de votre part, surveille ce qui se le minimum de ce que toute entreprise
forums, des moteurs de dépôt d’avis en dit de vous, de votre marque ou de vos soucieuse de sa communication se doit
ligne, … Les internautes alimentent le produits. Des outils gratuits comme aujourd’hui de faire sur le web. A fortio-
phénomène avec leurs comportements ‘Google Alertes’ peuvent ici être utiles. ri si son activité l’expose ou lui impose
de génération dite « Y » toujours en ligne Il est utile d’anticiper sur la percep- d’être particulièrement visible comme
et avide de communiquer. Et comme ils tion que vous voudriez que prospects, par exemple des activités de B2C ou à
sont de plus en plus équipés de ces ma- actionnaires potentiels, candidats au l’international. En cas de besoin plus
tériels mobiles qui les accompagnent recrutement, … aient de vous. Il faut pressant, des prestataires spécialisés
partout et tout le temps, le phénomène réfléchir à cette image que vous voulez peuvent proposer des services dédiés.
ne fait que s’accélérer. donner, aux lieux pour l’exprimer. Ce
Au final, tout concours à une explosion sera à vous en direct ou à vos presta-
combinatoire des informations, des taires d’assurer cette diffusion organi- (*) à noter : l’ESC Toulouse et la CFCIM lancent
avis, ... qui constituent votre réputation sée et cohérente d’informations vous à la rentrée prochaine la première formation
à base d’informations récentes, mais concernant. Sachant bien sûr que ce MSc « Community Manager ». Ce programme
est lancé simultanément sur les trois sites de
aussi de traces numériques qui se sont n’est pas ce que vous direz vous-même Toulouse, Paris et Casablanca.
accumulées au fil du temps en strates qui sera le plus crédible. Il vous faudra
successives et dont vous ne savez pas aussi repérer les ‘influenceurs’ à même Christophe Guguen
vous départir. de parler de vous et trouver la façon d’in- conjoncture@cfcim.org

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