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Rhéologie des fluides non newtoniens et viscoélasticité

1 Introduction
Le mot rheology (en anglais) a été introduit en 1928 par Eugene Bingham, professeur à
l'université Lehigh aux États-Unis. La rhéologie a pour objet d'étudier la déformation et
l'écoulement de la matière sous l'effet d'une contrainte appliquée.
Elle permet en particulier de décrire le comportement linéaire ou non linéaire des
matériaux dits complexes dont le comportement relève à la fois d’un solide (seuil
d’écoulement, élasticité) et d’un fluide visqueux (viscosité).
Une catégorie importante de ces matériaux sont appelés fluides viscoélastiques. Les
applications liées aux écoulements de cette catégorie de fluides sont nombreuses et variées de
telle sorte que leur modélisation a suscité un vif intérêt de la communauté scientifique.
L'objectif était, et est encore, d'arriver à une meilleure compréhension des phénomènes
viscoélastiques. Les physico-chimistes ont élaboré plusieurs modèles rhéologiques permettant
de bien représenter le comportement de ces fluides. De leur côté, les numériciens ont
développé des méthodes plus ou moins efficaces pour résoudre numériquement les équations
liées à ces modèles.
Certains phénomènes viscoélastiques spectaculaires, observés avec des polymères
fluides, ne peuvent être décrits par les équations de Navier-Stokes. Ces effets sont
caractérisés, entre autres, par une dépendance des propriétés élongationelles et des effets de
mémoire associés à l’élasticité du matériau. Ces effets peuvent être très importants lors de la
mise en forme des matériaux polymères : les instabilités d’écoulement, par exemple, limitent
le taux de production lors de nombreuses opérations telles que l’extrusion des fibres. Des
instabilités sont observées à très faible nombre de Reynolds, alors qu’un écoulement
newtonien correspondant, est stable.
La relation entre la contrainte et le taux de cisaillement d’un matériau peut être linéaire
(fluide newtonien) ce qui peut décrire, dans certaines conditions, des fluides composés de
molécules simples comme l’eau ou certaines huiles. Pour d’autres matériaux cette relation
peut être non-linéaire et/ou dépendante du temps (fluides non-newtoniens ou complexes) ce
qui décrit le comportement, sous écoulement, d’un grand nombre de matériaux courants
comme les dispersions des particules ou les polymères en solution. La description de ces
comportements, leur modélisation et leur interprétation en relation avec leur structure
microscopique (ou mésoscopique) constitue la rhéologie des fluides complexes ou fluides
structurés.
2 Comportement linéaire (Fluides Newtoniens)
Un fluide est dit à comportement linéaire ou newtonien lorsque
les contraintes visqueuses sont des fonctions linéaires des taux de déformation. Le facteur de
proportionnalité se nomme viscosité ߤ‫ݏ‬.
Considérons la situation représentée dans la figure (2.1), un matériau est considéré
comme un ensemble de couches de particules parallèles emprisonnées entre 2 plans parallèles
de surface S séparés d’une distance h. Un des plans est fixe, et le second est mis en
mouvement par une force F appliquée à la plaque supérieure. La force nécessaire par unité de
surface pour tirer la plaque est à l’origine de la contrainte (τ = F / S). Sous l’effet de la force
tangentielle, la première couche de particules se déplace à la même vitesse que la plaque
supérieure. Les couches inférieures vont se mouvoir dans la même direction mais avec des
vitesses de plus en plus petites. Il se crée entre les deux plans un gradient de vitesse.

y S
U F

Figure 2.1: Représentation schématique d’un écoulement de cisaillement simple induit par
une force F, le fluide confiné entre deux plaques de surface S, qui se trouvent à une distance
y, la plaque supérieure se déplace à une vitesse U.

Le fluide est soumis à une force de cisaillement F. La force F par unité de section est
définie comme suit (en cisaillement simple):
୊ ୢ୳
= μୱ ୢ୷ (2.1)

୊ u du U
En posant : τ= ୗ et    
y dy h
On obtient : τ= μୱߛሶ (2.2)
où u est la composante de vitesse instantanée dans la direction x.

Dans le cas d’un fluide newtonien, le coefficient de proportionnalité reliant le gradient de


vitesse à la contrainte est la viscosité μୱ du fluide, qui est définie par :
߬
ߤ௦ =
ߛሶ
Tel que : τ est la contrainte de cisaillement de dimension [N.m-2], ߛሶest le taux de cisaillement
de dimension [s-1].
- la grandeur ߤ௦qui est définie comme étant le rapport entre la contrainte de cisaillement et
le taux de cisaillement est appelé la viscosité newtonienne ou bien plus communément la
viscosité dynamique, et qui est de dimension [kg .m-1 .s-1].
- la viscosité dynamique notée ߤ௦, elle est constante et indépendante de la contrainte de
cisaillement et du taux de cisaillement, et dépend des propriétés du fluide et/ou de la pression
et/ou de la température.
- L’équation (2.2) exprime la relation entre la contrainte de cisaillement et le taux de
cisaillement, cette dernière (équation 2.2) est appelée loi constitutive du fluide newtonien.

Plus généralement,   s  2  s D où s est le tenseur des contraintes visqueuses et D le

tenseur des taux de déformations. Ici le tenseur s est un déviateur de contraintes.


- la loi constitutive des fluides newtoniens est la plus simple qui puisse exister, mais
l’utilisation de cette loi dans l’étude des écoulements de fluides réels (industriels,
biologiques, agroalimentaires...) est impossible, dès lors l’introduction de lois plus
complexes s’avère nécessaire.

3 Comportement non linéaire (Fluides non newtoniens)


Un fluide est dit non newtonien lorsque les contraintes visqueuses ne sont pas des
fonctions linéaires des taux de déformation (équation 2.2), Autrement dit, lorsque sa vitesse
de déformation (par exemple le taux de cisaillement) n’est pas directement proportionnelle à
la force qu'on lui applique. Le modèle non newtonien décrit l’écoulement des fluides
comportant des molécules de tailles importantes (polymères).
Parmi les fluides non-newtoniens existants, on peut citer les fluides non-newtoniens
purement visqueux et les fluides non-newtoniens viscoélastiques.
À titre d’exemple des fluides non-newtoniens : les solutions de polymères, les
polymères fondus, les suspensions, les pattes, les émulsions et les fluides biologiques.

3.1 Fluides non newtoniens purement visqueux


Contrairement aux fluides newtoniens, la viscosité apparente (     ) pour ces fluides non-
newtoniens est fonction du taux de cisaillement  [5,19,20,22]. Il existe différentes
expressions reliant la contrainte de cisaillement au taux de cisaillement, nous citerons deux :
celle des fluides dits en loi de puissance et ceux décrit par la loi de Cross.

3.1.1 Fluides en loi de puissance et fluides à seuil


Une classe importante de fluides non newtoniens purement visqueux est décrite par la loi en
puissance dite aussi loi d’Ostwald-De Waele [2,3,5,17,19,22,..] Figure 3.1, et qui s’écrit :
  k n1

Où k est la consistance du matériau (en Pa sn ) et n l’indice de fluidité (ou de plasticité) (n=1


pour un fluide newtonien ; n=0 pour un corps rigide plastique) [5,17,19,22].

Figure 3.1 : Courbes des viscosités dépendantes du taux de cisaillement


(a) Fluide rho-fluidifiant, (b) Fluide newtonien, (c) Fluide rhéo-épaississant, (d) Fluide à
seuil (Bingham,Casson,Skelland…).

On constate que les viscosités correspondantes aux cas (a, c et d) ne sont plus constantes mais
dépendent du taux de cisaillement.
On peut les classer dans trois catégories :
a) Fluides rhéo-fluidifiant (n<1) : Le cas des courbes (a) est plus intéressant : lorsque
l'intensité du cisaillement augmente, la contrainte est plus faible que celle d'un fluide
newtonien, c’est à dire la viscosité diminue.
Ex : Le sang est également un exemple bien connu de fluide rhéo-fluidifiant. Cette propriété
est très intéressante pour la circulation sanguine car elle facilite l'écoulement du sang à travers
les capillaires et autres artérioles les plus fins. En effet, le faible diamètre des capillaires induit
un accroissement du taux de cisaillement ce qui rend le sang plus fluide et aide ainsi la
circulation.
c) Fluides rhéo-épaississants (n>1) : à l'inverse des courbes (a), les courbes (c) sont
caractéristiques des fluides dont la viscosité augmente lorsqu'ils sont fortement cisaillés. Ils
deviennent ainsi plus « épais », d'où l'appellation rhéo-épaississant.

Ex: d’un fluide rhéo-épaississant : les sables mouvants, concentrée de farine de maïs.

d) Fluides à seuil : Les fluides à seuil, comme on peut le voir sur la figure (3.1) gauche, pour
un tel fluide le taux de cisaillement reste nul tant que la contrainte n'a pas atteint une valeur
critique nommée contrainte seuil. En dessous du seuil, la viscosité correspondante est infinie
car la contrainte peut être non nulle alors que le taux de cisaillement est rigoureusement nul.
Ces fluides peuvent ainsi supporter une contrainte tout en résistant à l'écoulement. Ex: les
gels à cheveux, la mousse à raser ou encore le dentifrice.

3.1.2 Fluide de Cross

Le fluide de Cross est décrit par la loi suivante :     


0   
1   n

 Lois de Cross

 0



Fluide rhéofluidifiant 

Figure 3.2 : Modèle de Cross


Où  est un temps caractéristique, 0 la viscosité du palier newtonien à faible taux de
cisaillement et  un deuxième plateau newtonien à taux de cisaillement très élevé [5,19] (ce
deuxième ’’ plateau newtonien’’ a été observé pour les polymères en solution mais pas pour
les polymères fondus).
3.2 Comportement dépendant du temps
On peut classer les viscosités dépendantes du temps dans trois catégories :

3.2.1 Fluides thixotropes


On définit la thixotropie comme la propriété de la matière de changer d’état selon
l’énergie que l’on va lui communiquer. Un matériau qui devient de moins en moins visqueux
au cours du temps, alors qu’il est soumis à une contrainte constante, est un fluide thixotrope.
Ex: peintures, encres, suspensions d’argile, crèmes cosmétiques, yaourts, sauce tomate
concentrée, sang…

3.2.2 Fluides rhéopéctiques


C’est le contraire des fluides thixotropes. Un matériau qui devient de plus en plus visqueux au
cours du temps, alors qu’il est soumis à une contrainte constante, est un fluide rhéopectique.
Ex: La crème chantilly.

3.2.3 Fluides viscoélastiques


Un fluide viscoélastique, à une contrainte constante, peut avoir un comportement visqueux ou
élastique en fonction du temps. C’est à cette dernière catégorie de fluide que nous nous
intéresserons. Ainsi nous pourrons expliquer et comprendre les causes de certains
comportements du fluide viscoélastique.

4 Comportement viscoélastique (Viscoélasticité)


La viscoélasticité est définie comme caractérisant un comportement mécanique
particulier intermédiaire entre le comportement d’un solide idéal dit ”Hookéen” et celui d’un
liquide idéal dit ”newtonien”. La réponse d’un matériau viscoélastique à une contrainte est
alors un couplage entre la réponse d’un fluide visqueux (contrainte proportionnelle à la vitesse
de déformation) et celle d’un solide élastique (contrainte proportionnelle à la déformation).
Cela revient à considérer que les propriétés mécaniques observées sont de façons générales
dépendantes du temps [1].
Ainsi, une contrainte appliquée engendre une déformation dans le temps et vice versa,
ce qui traduit que les propriétés mécaniques d’un matériau viscoélastique évoluent dans le
temps et dépendent de l’histoire des sollicitations. Quatre essais fondamentaux permettent de
mettre en évidence le comportement viscoélastique des matériaux : essai de fluage, de
relaxation, de recouvrance et d’effacement.
Maxwell (1867) est l’un des premiers à proposer un modèle mathématique pour un
liquide avec des propriétés élastiques. Un solide est une matière qui ne change pas
continuellement de forme sous l’effet d’une contrainte donnée ; c’est-à-dire déformation fixe
et finale.
D’un autre coté un liquide est une matière qui change continuellement de forme (il
s'écoule) quand il est soumis à une contrainte donnée, indépendamment de l’amplitude de la
contrainte.
Contrairement à un fluide purement élastique, un fluide viscoélastique à un composant
élastique et un composant visqueux. La viscosité d’une substance viscoélastique donne à la
substance une vitesse de déformation dépendant du temps. Un matériau purement élastique ne
dissipe pas l'énergie (chaleur) lorsqu'une charge est appliquée, puis enlevé. Cependant, une
substance viscoélastique perd de l’énergie lorsqu’une charge est appliquée, puis enlevée. Plus
précisément, la viscoélasticité est un réarrangement moléculaire. Quand une contrainte est
appliquée à un matériau viscoélastique, tel qu'un polymère, une partie des chaîne de polymère
changent de positions. Ce mouvement ou réarrangement est appelé Fluage (en anglais Creep).
Les matériaux viscoélastiques ont sous certaines conditions des caractéristiques
analogues à celles de corps élastiques (non fluides) et dans d’autres conditions des
caractéristiques de fluides simplement visqueux. C’est le cas par exemple de certaines pâtes
silicones qui se comportent comme des balles en caoutchouc solides lorsqu’on les fait tomber
elles rebondissent et qui s'étalent si on les abandonne pendant le temps sur un plan incliné [1].
Pour comprendre de façon simple comment un matériau peut présenter ces deux
caractéristiques, imaginons un liquide de structure complexe qui présente une énergie
minimale au repos. Si une contrainte lui est appliquée, le « liquide » s’écoule en adoptant un
comportement visqueux ; mais, dès que la contrainte est relâchée, ses forces internes
réagissent pour récupérer l’état initial et revenir à la microstructure d’énergie minimale. Ce
comportement présente une analogie avec celui d’un solide élastique qui reprend sa forme
initiale quand on ne lui applique plus de contrainte. On parle alors d’un comportement
viscoélastique [2].

4.1 Phénomènes observables lors de l’écoulement de fluides viscoélastiques


Les fluides viscoélastiques tels que les polymères fondus ou en solution manifestent à la
fois un comportement visqueux et élastique, c’est-à- dire des fluides à mémoire ; Cela signifie
que le tenseur des contraintes au temps présent dépend de l’histoire des déformations.
Les effets de mémoire expliquent des phénomènes expérimentaux qui ne sont pas
prédits par des lois de comportement visqueux. Quelques phénomènes sont décrits dans la
suite.
4.1.1 Gonflement en sortie de filière (effet « Die swell »)

Un phénomène présent dans le processus d'extrusion montre comment un fluide


viscoélastique se « gonfle » sous l'effet des contraintes normales pour occuper, à la sortie d'un
tube, un volume plus grand que celui qu’il occupait à l’intérieur, voir la figure (4.1). Le
rapport entre le diamètre de la filière et celui de l’écoulement aval, trouvé numériquement
[5,17,19,23], est de 1.13 pour un fluide newtonien en géométrie axisymétrique, et de 1.19 en
géométrie plane. Ce dernier peut prendre des valeurs significativement plus grandes – allant
jusqu’à 4 pour les polymères fondus
Ces phénomènes trouvent leur origine à l'échelle microscopique quand les contraintes
normales dans les trois directions de l'espace ne sont pas les mêmes. D’un point de vue
physique, la génération des contraintes normales inégales et les valeurs non nulles des
différences des contraintes normales proviennent du fait que, dans un écoulement, la
microstructure d’un liquide viscoélastique devient anisotrope [3].

Figure 4.1: Gonflement en sortie de filière [3].

4.1.2 Effet Weissenberg :

Plusieurs effets très particuliers des fluides viscoélastiques sont liés à des différences
des contraintes normales non nulles, comme l'effet Weissenberg pour lequel si l’on met du
fluide dans un bêcher, avec une barre verticale en son milieu tournant à une vitesse constante
 , un fluide newtonien aura tendance à s’écarter vers les parois sous l’effet centrifuge. En
revanche un fluide non newtonien viscoélastique va remonter la tige comme on le voit sur la
figure 4.2 [5,17,19,23].
 

Fluide Newtonien Fluide non Newtonien


Figure 4.2 : Écoulement de couette-effet weissenberg [4].

4.1.3 Effet du temps sur le comportement viscoélastique


Considérons l’écoulement de Couette entre deux cylindres coaxiaux [21]. La vitesse de

rotation  du cylindre intérieur permet de connaître le taux de cisaillement  dans l’entrefer,


et la mesure du couple C nécessaire à sa rotation permet de connaître la scission , qui
s’exerce dans le liquide
a) Retard et relaxation de la contrainte
Un tel dispositif appelé viscosimètre de Couette permet d’établir une relation entre un
paramètre de contrainte , et un paramètre de vitesse de déformation  . Si on applique,
pendant le temps t, un cisaillement  0 , en mettant en rotation, puis en arrêtant brutalement
le cylindre intérieur (fig. 4.3 a), on observe une cission 0  f  0  qui apparaît et cesse
exactement en même temps que  0 dans le cas d’un liquide purement visqueux (fig. 4.3 b).
Tandis que dans le cas d’un liquide polymérique, on observe un comportement différent (fig.
4.3 c) :
 t 
a) Application de cisaillement  0
 0

0 t t

t  t 

0 0

0 t t 0 t t
b) Fluide newtonien c) Fluide viscoélastique
Figure 4.3 – Retard et relaxation de la contrainte
L’apparition brutale au temps t=0 de 0 n’entraîne pas l’apparition immédiate de la cission 0

, de même que la cessation brutale de 0 au temps t n’entraîne pas la cessation immédiate de

0 [5,17,19,20,22].

L’ordre de grandeur du temps nécessaire à l’établissement de la contrainte est le même que


celui nécessaire à sa disparition. C’est le temps de relaxation  du fluide.

b) Recouvrance de la déformation après cessation de la contrainte : La contrainte et la


vitesse de déformation étant établies en régime permanent lorsqu’on débraye brutalement le
cylindre intérieur (c’est-à-dire que l’on fait cesser l’état de contrainte) dans le cas d’un liquide
newtonien, le liquide s’immobilise dans la mesure où les forces d’inerties sont négligeables.

t   t 

0   0  t    0 t

0 t - 0 t
Fluide viscoélastique
Fluide newtonien
Figure 4.4 – Recouvrance de la déformation
Au contraire, dans le cas d’un liquide polymérique, on observe un ’’retour en arrière’’ du
cylindre

La déformation qui apparaît au moment où l’on débraye est appelée recouvrance


[5,19,20,22]. On imagine bien qu’un corps parfaitement élastique, cisaillé dans de telles
conditions, présenterait une recouvrance totale, ce qui explique que l’on désigne ce
phénomène sous le nom de ’’retour élastique’’.

Ces différents phénomènes physiques mettent en évidence :

 L’idée d’un temps caractéristique du fluide ;


 L’idée d’un compromis entre le comportement visqueux et le comportement élastique, d’où
le vocable ’’ comportement viscoélastique ’’
4.2 Différences des contraintes normales :
La différence des contraintes normales est l’une des caractéristiques des fluides
viscoélastiques. Ces différences des contraintes, sont à l’origine de l’effet Weissenberg et du
gonflement en sortie de filière [5].
Fonctions viscosimétriques :
L’état des contraintes au sein du fluide est caractérisé par le tenseur des contraintes ߪധ
qui s’écrit d’une manière générale :
ߪ௫௫ ߪ௫௬ ߪ௫௭
ߪധ= ൭ߪ௬௫ ߪ௬௬ ߪ௬௭൱
ߪ௭௫ ߪ௭௬ ߪ௭௭
Considérons, l’écoulement de cisaillement simple de taux de cisaillement ߛሶdans le plan (x, y)
selon la direction x.
On sait que pour un fluide newtonien, pour un tel écoulement, le tenseur des contraintes ߪധ
s’écrit [5] :
−‫ߤ ݌‬௦ߛሶ 0
ߪധ= −pI̿ +߬Ӗ
௦ = ൭ߤ௦ߛሶ −‫݌‬ 0൱
0 0 −‫݌‬
Avec : ߬Ӗ ന
௦=2ߤ௦‫ ܦ‬où ߬Ӗ

௦ est le tenseur des contraintes visqueuses et ‫ ܦ‬est le tenseur des taux de

déformations.
On remarque que : ߪ௫௫= ߪ௬௬ = ߪ௭௭ = −p, c’est-à-dire qu’il n’apparait pas de différences des
contraintes normales.
Pour une loi de comportement quelconque (autre que newtonienne), la forme générale
du tenseur des contraintes dans le cas d’un écoulement de cisaillement simple s’écrit :
ߪ௫௫ ߪ௫௬ 0
ߪധ= ቌߪ௫௬ ߪ௬௬ 0ቍ
0 0 ߪ௭௭
C’est-à-dire qu’il peut apparaitre des différences entre les contraintes normales ߪ௫௫, ߪ௬௬ et
ߪ௭௭. On définit alors les fonctions viscosimétriques :
 La première différence des contraintes normales, qui est la différence entre la
contrainte dans la direction de cisaillement (ici(x)), est la contrainte dans la deuxième
direction du plan de cisaillement (ici(y)) :
ܰଵ = ߪ௫௫ - ߪ௬௬ (4.1)
 La deuxième différence des contraintes normales, qui est la différence entre la
contrainte dans la deuxième direction du plan de cisaillement et la contrainte normale
au plan de cisaillement (ici (z)) :
ܰଶ = ߪ௬௬ - ߪ௭௭ (4.2)
La contrainte de cisaillement :
߬= ߪ௫௬ (4.3)

4.3 Modèles Rhéologiques de Fluides Viscoélastiques

4.3.1 Modèle unidimensionnel de Maxwell

Le comportement d’un fluide viscoélastique peut être représenté schématiquement par


le modèle unidimensionnel de Maxwell, entre autres, qui consiste en un ressort et un
amortisseur disposés en série [5,16,19,22] (Figure I-3-3).

Le ressort de module G représente un milieu parfaitement élastique (Figure 4.5).

  G  

Figure 4.5 – Schématisation d’un corps élastique

L’amortisseur de viscosité  représente un milieu parfaitement visqueux (Figure 4.6).:

    



Figure 4.6 – Schématisation d’un corps visqueux

La déformation totale  et la somme de 1 du ressort et 2 de l’amortisseur ((Figure 4.7).)

 
G 
1 2

Figure 4.7 – Fluide de maxwell


d d
Comportement du ressort :   G1  G 1
dt dt

d 2
Comportement de l’amortisseur : 
dt
d d1 d 2
Au total   1   2   
dt dt dt

1 1 d d1 d 2 d
Soit,    
 G dt dt dt dt

 d d
En posant :   , on obtient :   (4.4)
G dt dt

Où  représente le temps de relaxation évoqué précédemment.

Cette loi unidimensionnelle ne permet pas de décrire les propriétés observées dans les deux
directions perpendiculaires à celle de l’écoulement et, notamment, de l’existence des
différences de contraintes normales. Le modèle doit alors être généralisé en utilisant les
tenseurs des contraintes, des taux de déformations et leurs dérivées objectives.

4.3.2 Lois de comportement tensorielles


Les lois de comportement tensorielles des matériaux sont des relations liant le tenseur
des contraintes au tenseur des déformations. Ce sont des modélisations construites
principalement à partir d’observations expérimentales et précisées par des considérations
mécaniques (et thermodynamiques ). Elles doivent impérativement vérifier les trois principes
[5,16,17,19] :

 Déterminisme : l’état de contrainte en chaque point est déterminé par le mouvement de


l’ensemble du milieu jusqu’à l’instant considéré.

 Localisation spatiale : le mouvement des points matériels situés à une distance finie d’un
point M de la configuration de référence n’intervient pas dans la détermination des contraintes
en M.
 Indifférence matérielle : la loi de comportement est invariante par changement de
référentiel.

En comportement viscoélastique, on distingue deux grandes classes de lois rhéologiques


Les lois de comportement de type intégral.
Les lois de comportement de type différentiel.

4.3.2.1 Lois de type intégral (lois à fonction mémoires)

Une loi de type intégrale dite aussi à fonction mémoire signifie que le tenseur des

extra-contraintes  est lié aux déformations à travers une expression faisant appel à une ou
plusieurs intégrales. La forme générale est donnée par l’expression suivante [19]:

t
  m(t  t) H(t, t) dt (4.5)

Où m est une fonction scalaire de mémoire, t le temps présent, t’ le temps passé et H une
fonction tensorielle dépendant des déformations.

1
Vérifie le principe d’indifférence matérielle si H est fonction explicite de C ou de C (ici

C représente le tenseur des dilatations voir I.1.1). En effet, soit V t  un vecteur matériel au

temps t dans un référentiel R est transporté au cours du temps. Dans le référentiel R  ,


 
V  t   Qt   V t  , où Qt  est la rotation relative de R  par rapport R . Or suivant [16,19]

 
V  t    F t  t    V t 
Ainsi,
   
V  t  Qt  V t  Qt  F t t  V t   Qt  Ft t  Qt T  V  t 

On a donc la règle de transformation de F dans le nouveau référentiel R 


F t t  Q t  F t t  Qt 
T
On déduit immédiatement la relation de changement de base pour C 


C t t  Qt  C t t   Qt T

Ainsi, si  est de la forme donné en (I-3-2)



  t  
    m( t  t) H( t , t) dt     m( t  t) H ( t , t ) dt
t
      

et avec H  C , on a

    m( t  t) Qt   C t t   Qt  dt
t T
   

 Qt     m( t  t ) C t t dt  Qt 


t T
   
 Qt     Qt 
T

Ce qui est exactement la définition de l’indifférence matérielle d’un tenseur. De même, si H 


1 1
C   respectera ce principe, puisque la règle de transformation de C est de la forme :
 1 1
Ct t  Qt   Ct t  Qt T

et on pourra toujours sortir Qt  et Qt T de l’intégrale.



Par contre, avec la relation F t t  Q t  F t t  Qt T , on aura certainement


 t m( t  t)Qt  Ft t  Qt T dt  Qt    t m( t  t)Ft t dt  Qt T
       

puisque [Q] dépend de t’ : Si  est fonction explicite de F ,  ne vérifie pas le principe


1
d’indifférence matérielle. On fait la même constatation avec F .

a) Modèle de Lodge
1
Est le plus souvent cité, est obtenue en posant H  C [18,19]:
1
mt  tC t tdt
t
 

où la fonction mémoire m(t-t’) est définie par :

  t  t   
m t  t   
G
exp 
   

avec :  un temps de relaxation, et G un module d’élasticité.

Les autres lois intégrales présentées dans la littérature se différencient les unes des autres par
la forme de la fonction mémoire m (plusieurs temps de relaxation, dépendance du deuxième et

du troisième invariant), et de la fonction tensorielle H .

Une forme générale de la fonction tensorielle H est donnée par [19]:

 1 
HX, t , t  1 I1 , I 2 C t t   I  2 I1 , I 2 C t t  I
   

1
avec : 1 et 2 deux fonctions des deux invariants I1=tr( C t ) et I2=tr( C t ). Dans le cas où
(1=1 et 2=0) ou où (1=0 et 2=1), on trouverait les modèles d’Oldroyd-B intégraux.

Dans le cas particulier du modèle BKZ proposé par Bernstein, Kearsley et Zappas [19,24], 1
et 2 dérivent d’une fonction potentielle W(I1 , I2) :

W W
1  ; 2 
 I1  I2

La définition précise du potentiel W peut être obtenue par la théorie moléculaire.

b) Modèle de Doi-Edwards

Il est donné par [19,24] :


1
 1 
1  5 I1  2I 2  3.252  1
 
1
2  1 I 2  3.25 2

et
96   t  t 
m t  t    4 2 
exp  2k  12 
  k 0   

4.3.2.2 Lois de type Différentiel ou à Dérivations Objectives

Une loi de comportement est qualifiée d’objective, si elle obéit au principe


d’indifférence matérielle, c’est à dire que, l’expression de cette loi ne change pas par
changement de repère.
Mathématiquement, on peut définir une dérivation d’un tenseur par rapport à un
repère, dit convectif, qui se déforme en même temps que la matière. Nous en retenons ici la
forme la plus générale [5,25].

D  D   1    T    1    T
   (V)      (V)    (V)      (V)  (4.6)
Dt Dt 2   2  

avec :

D 
: une bitensorielle
Dt

D
: dérivée particulaire par rapport au temps.
Dt

Si : =1, la dérivée est dite sur-convectée, si =0, la dérivée est dite de Jaumann, et si =-
1, la dérivée est dite sous-convectée.

a) Modèle de Maxwell

Une première loi de type différentiel est donnée par Maxwell [5,17,19,22,23,..] :
D 
  2 D
Dt

b) Modèle d’Oldroyd :

Oldroyd propose pour sa part une équation de la forme [26] :

D   D D
  2 D   r   (4.7)
Dt  Dt 
 

 et r étant respectivement les temps de relaxation et de retard (avec 0  r   ) le terme

D D
r revient en fait à considérer qu’au fluide non newtonien est ‘‘ajouté’’ un ‘‘solvant’’
Dt
newtonien :

  s   p

avec :

s : contribution newtonienne (solvant)

s : contribution non newtonienne (particules)

D 
s  2s D et p    2 p D
Dt

 r
s   
  s   p et  (4.8)
 p  1   r 
  

c) Modèle d’Oldroyd sur-convecté :

Le modèle contravariant, dit d’Oldroyd-B est obtenu en posant =1 dans (I-3-4) et (I-3-3)
[10,11,12].
 D       DD    
    (V)      (V)T   2 D   r   (V)  D  D  (V)T  (4.9)
 Dt    Dt 
    

par la suite, d’autres lois sont introduites, de la forme :

D   D D
    , D   2 D   r  
Dt    Dt 
 

  , D  étant une fonction non linéaire de  et D .


 
On cite notamment les modèles de Gieskus [27] et Phan- Tien- Tanner [28] (avec ici 
correspondant à p ) :

d) Modèle PTT sur-convecté

  s   p

     
1    Tr       D  (V)      (V)T   2 p D
  p     Dt 
  

e) Modèle Giesekus sur-convecté

  s   p

     
1        D  (V)      (V)T   2 p D
  p   Dt 
  

g) Modèle Thermodynamique :

Le modèle ‘‘thermodynamique’’ est élaboré à partir de considérations

thermodynamiques, fait intervenir un tenseur supplémentaire (tenseur de déformation C


d’une molécule ou d’une particule), qui tient donc compte de la contribution non newtonien à
travers ce tenseur [13,14]. Les équations qui en découlent sont relativement plus difficiles à
résoudre:

  2 D  2 G C  I C (4.10)


 

D C
   C  I 
1
(4.11)
Dt  

En développant l’équation (I-3-8) celle-ci s’écrit :

DC 
  W C  CW    CD  DC    C  1
1
(4.12)
Dt      


   0 Ckk / 3  a
(4.13)
avec :
 : paramètre caractérisant l’aptitude à la déformation de la molécule ; 0  1 ; =0
molécule ou particule rigide ; =1 molécule ou particule parfaitement déformable.
G : module d’élasticité de la molécule.
 : temps de relaxation qui peut dépendre de l’état de déformation de la molécule, à travers

par exemple le premier invariant de C , voir l’équation (I-3-10).


0 :temps de relaxation de Zimm (Zimm 1956) et a=0.5 selon de Gennes et Hinch (1974)
[13].

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