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Gestion

de • •
patr1mo1ne
Stratégies juridiques, fiscales et financières

4eédition

Coordonné par
1 Arnaud Thauvron

DUNOD
Tous les droits d'auteur de cet ouvrage sont versés
à la Fondation de France.

Conseiller éditorial: Olivier Meier


Maquette de couverture: MATEO

le pictogrcmme qui figure ci-contre d'en~ s~ieur. prolOqtXl'll une


mérite une explication. Son objet est lxiisse brutale œ ocfm de ltes et de
d'alerter le lecteur sur Io menace que reYUei,~_poi'·.~~~''lopm~iléJ~~'
repré~tepoix rovenirderêcrit,
porticulièremeni dons le domaine
de l'édition technique el univer$i·
taire, le déYeloppemenl massif du
pl>atacapilla90.
®
DANGER
1e de a ...... oes ....,,.....,
.........
nouvelles el de les foire êditer cor·
rectem:witesto.ijourd'l-M.ii menoOOe.
Nous rappelons donc que lolrfe
..proO.ctian, paoielle au blale,
le Code de Io proprlétê inlellec· de Io présente publication est
tuelle du I" juillet 1992 interdit lHKlioo.Kl#l inlerd'de ~ oubrisotion de
eneffet expressémentlophotoco· TUELE UVRE rou1ieur, de son éditeur ou du
pie à u$0ge collectif wns ollfori· Centre fronçais d'exploitation du
sotion des cryooh «oit. Or, cette pratique droit de copie (CFC, 20, rve dei
s'est génêrdisée dons les étoblis.semenh Grond:s·Augustins, 75006 Paris).

© Dunod, Paris, 2009, 2010, 2013


ISBN 978-2-10-059584-6

le Code de Io propriété intelleduelle n'ouk>risont, a ux termes de l'a rticle


l. 122·5, 2'° et 3° o J. d'une port, que les • copies o u reprodudions strielement
réservées à l' usage privé d u copis.le et oon des1inées à une utilisation collective•
et, d'outre port, qve &es o nofyse.s et &es eoorles citolie>ns dons un bul d'exemple et
d 'illusirotion, • k>ule représenkJtion ou reprodvction intégrole ou partielle foite
sons le eon ~n lemenl de l'outeur ou de se-s oyonl$ droit ou oyonts oouse est
illicite ~ (ort. l. 122-4).
Cette représentotion ou UIJ)foduction, por quelque procédé que- ce soli, oonuitve-
roit donc une contrefaçon sanctionnée par &es a rticles L. 33.S.2 et suivants du
Code de Io propriété intellectuelle.
Les auteurs

Coordination:

Docteur en sciences de gestion, Arnaud Thauvron est maître de conférences en


finance à l'Université Paris-Est Créteil (anciennement Université Paris 12), dont il
dirige l'Institut d'administration des entreprises (IAE Gustave Eiffel). Il y est égale-
ment responsab le du Master Gestion de patrimoine. Son domaine de spécialité est
l'évaluation d'entreprise, thème sur lequel il a publié un ouvrage : Évaluation
d 'entreprise, 3c édi1ion, Econornica, 2009.

Contributeurs :

La plupart des contributeurs de cet ouvrage interviennent au sein du Master


Gestion de patri moine de l'Université Paris-Est Créteil (IAE Gustave Eiffel).
Se r ge Anouchian, expen-comptable et commissaire aux comptes, est titulaire
d 'un DES de gestion de patrimoine (Clermont-Ferrand) et d'un DU de gestion fis-
cale des entreprises (Dij on). P résident-fondateur du Club Expen-Patrimoine, il est
chargé d'enseignement à I' AURE? et à l'université de Montpellier. Ses domaines de
prédilection son t l' immobilier d'entreprise et la société civi le, ainsi que l'ISF. Il est
l'auteur d'un livre intitu lé L'ISF et les biens professionnels, paru chez Gualino.
Diplômé d'un master en gestion de patrimoine, Mathieu Becker a débuté sa car-
rière en tant que chargé d'affaires dans un groupe bancaire. Ayant développé une
Ill
GESTION DU PATRIMOINE

expenise au suj et des problématiques fiscales et de placements financiers, il accom-


pagne la montée en compétences d 'une populacion de CGP, de couniers, de
conseillers en investissements financiers sur différences thématiques d'ordre tech-
nique et commercial afin de répondre aux exigences de leurs clients.
F rançois Besnard est tiru laire du Diplôme supérieur du notarial (Paris V), du DU
de gestion de patrimoine (Clermont-Ferrand), du Mascer 2 de droit immobilier et de
la construction (Paris Il) et du Certificat d'aptitude à la profession d'avocac. II est
conseil en banque privée entrepreneurs chez BNP-Paribas après avoir été clerc de
notaire de 2005 à 2009. II est chargé du cours« Impôt sur le revenu » au sein du
Mascer 2 Gestion de patrimoine de l'IAE Gustave Eiffel.
Juriste de formation notariale, Catherine Bienvenu est responsable du service des
donations et legs de la Ligue nationale contre le cancer. Son domaine de spécialité
est le droit de la famille.
Diplômée d'une maîlrisede finance de marchée! gestion de l'épargne puis du Mascer
de Gestion de palrimoine de Clermont-Ferrand, Roseline Charasse Labat a débuté en
1999 en tan! que conseil en gestion de patrimoine à Paris au sein de BNP Paribas-
Banque Privée, pour exercer ensuite la fonction d'ingénieur patrimonial au CIC Banque
Privée.
Professeur agrégé des universités, Pierre Choliet exerce ses fonctions à l'ISEM
(lns1iru1 des sciences de l'entreprise et du management), Université de Montpellier 1.
II y dirige le Mascer Finance-Gestion patrimoniale. Il est également chercheur et
directeur de :recherche au sein du laboratoire Montpellier Research in Managemenc.
Ses sujets de recherche ponenc notamment sur les options, les produits dérivés
actions, les investissements directs à l'étranger et l'inves1issemen1 socialement
responsable.
Après un début de carrière à Paris en qualité d ' ingénieur patrimonial, Vincent
Cornilleau conseille désormais une clientèle internationale à Luxembourg. Il déve-
loppe cene cl ientèle en s'appuyant principalement sur les techniques d'estate plan-
ning, d' assurance-vie et de cons1i1u1ion de sociétés. Il est aussi intervenant à l' ISG
Paris sur le thème du diagnostic patrimonial, et y est responsable des séminaires
« Reprise et transmission d'entreprises». Il est notamment coauteur de l'ouvrage
Pratique du démembrement de propriété aux édit ions Licec (2• édition).
Jean-Pierre Cos.sin est conseiller maîcre à la Cour des comptes, professeur associé
à l'Université de Paris-Esc Créteil, ancien secrétaire général du Conseil des impôts et
du Conseil des prélèvements obligatoires, membre du conseil des prélèvements obli-
gatoires. II est également membre de diverses commissions fiscales et du j ury de
l'examen de commissaire aux comptes. Il est l'auteur d'un rapport sur la fiscalité des
petites el moyennes enrreprises à la demande du premier ministre (1991).
Bruno Dalmas (DEA de droit de Paris II ec DES Gestion de patrimoine de
Clermont-Ferrand) est fondateur de Patrimoine Office, cabinet de conseil en straté-
IV
Les auteurs ..

gie patrimoniale et en investissement s'adressant aux groupes familiaux et leurs


actionnaires, dirigeants d 'en1reprises et équipes dirigeantes, investisseurs en capital,
cédants et acteurs du private equity. Il assure la formation de conseillers en gestion
de pa1rimoine depu is dix ans. Il est coauteur des ouvrages Pratique du démembre-
ment de propriété, Licec, 2009 et La société civile, instrument majeur de la gestion
de patrinu>ine, Gualino, 2006.
Jérôme Dubreuil, diplômé de l'Université Paris Dauphine (DESS 223 Droit du
patrimoine professionnel, maîtrise d 'ingénierie banque-finance-assurance et maî-
trise des sciences de gestion), est responsable d'équipe Banque privée au sein de
BNP Pari bas. Il est également chargé d'enseignemen1 au Mascer223 de l'Université
Paris Dauphine et en licence professionnelle Banque-assurance de l'Université de
Poiti ers.
Diplômée d 'un DEA de fiscalité et finances publ iques, Gwénaëlle Laize a tra-
vaillé au sein du dépanernenc fiscali1é personnelle e1 rnobili1é iniernaiionale du
cabinet d' avocats Landwell & Associés, où elle s'occupait de la situation fiscale des
salariés impatriés ec expatriés, des problématiques liées aux cransfens internationaux
et des s1ock-op1ions. Elle est désormais responsable du pôle Expenise patrimoniale
de la société Cyrus Conseil où elle conseille et val ide les s1ratégies d'optimisation
dans les domai nes de la fiscalité personnelle et patrimoniale que sont la fiscalité des
paniculiers et plus particulièrement des dirigeants, la transmission d'actifs, la pré-
paration des successions et des donations.
Soni de !'École nationale des impôts en 1995, Olivier Lejeune est directeur divi-
sionnaire des impôts. Son domaine de spécialité est le con1rôle fiscal des particu-
liers, la détection des montages juridiques frauduleux et la fiscalité des résidents à
l'é1ranger.
Experc-compc.able stagiaire, Benoît Nowaczyk es1 diplômé du DESS Droit des
Affaires & Fiscalité, DJCE ainsi que du Mascer Compmbili1é-Con1rôle-Audi1 de
l'Université Nancy 2. Il intervient également au sein de l'enseignement de droit
~
fiscal du Mascer Droit de l'entreprise de l'Université Nancy 2.
~§ Notaire à Taverny, Maî1re Frédéric Petit est diplômé du DES Gestion de patri-
~ moine (Facuhé de Clermont-Ferrand). Il est également membre du conseil d'admi-
:~ nis1ration de l'lnstiruc notarial du pa1rimoine ec de la famill e ec chargé d'enseigne-
i ment à l'Université Paris-Esc Créteil et à l'Université Jean Moulin (Lyon 3).
2 Pascal Pineau est consul cane et formateur, spécialiste en stratégie et communication
.~ comportementale au sein du cabinet Métisse Formation. Son approche in1égra1ive lui
Î permet d'aborder en complément d'outils opérationnels des dimensions émotionn elles
{ et non verbales, sources de confiance et de récurrence dans le monde des affaires. Il
.'.l travaille 1ou1 paniculièremenc auprès des métiers de la Banque Finance.
] Diplômé du Mascer de Gestion de patrimoine à l'Université Paris-Esc Créteil,
© Mario da Silva a passé 3 ans au sein d 'un importanl cabinet de conseil parisien en
V
GESTION DU PATRIMOINE

gestion de patrimoine, en cane que consultant patrimonial. Il y a nommmenc déve-


loppé son ex perlise auprès de cadres de groupes incemacionaux bénéficiant de stock-
options. Auj ourd'hui associé fondateur de PEA Malin, société spécialisée dans le
conseil en gestion de PEA, il se concentre sur l'optimisation financière de la gestion
de cene enveloppe.
Sonie de! 'École nationale des impôts en 1986, Emmanuelle Roy est directrice
divisionnaire des impôts. Son domaine de spécial icé est le contrôle fiscal des entre-
prises et la fiscalisation des particuliers (revenus distribués).
Renaud Salomon est conseiller référendaire à l a Cour de cassation et professeur
associé à l'université de Paris-Esc Créteil, où il enseigne le droit des marchés
financiers, le droit fiscal et le droit pénal des affaires. Directeur d'une chronique
mensuelle à la revue Droit des sociétés, il est l'auteur d'ouvrages (Précis de droit
commercial .aux PUF et Manuel de droit pénal des affaires chez Licec) et de publi-
cations dans ces branches du droit.
Diplômé d'un DESS en droit des affaires et d'un DEA de sciences politiques,
Arnaud Sul'tan a débuté sa carrière en tan! qu'ana ché parlemenmire au Sénac avant
de rejoindre une compagnie d'assurance brimnnique. Il y exerce actuellement la
fonction d' ingénieur patrimon ial et intervient auprès d'une clientèle« privée» sur
des problématiques tan! personnelles que professionnelles. Il assure par ailleurs la
formation régulière des apporteurs (courtiers, agents généraux et conseillers sala-
riés) et des services de gestion de la compagnie.
Avocat et docteur en droit, Sabine Vacrate est spécialisée en droit des sociétés et
en gestion de patrimoine. Elle exerce au sein d' un cabinet pluridisciplinaire à Paris
et intervient régulièrement en formation dans ces domaines pour le compte d'orga-
nismes tels q ue Francis Lefebvre Formation.

VI
Remerciements

C e li vre est le fruit d' un long 1ravail coll eccif, associant une grande panie du
corps professoral acru el ou passé du Mascer Gestion de pa1rimoine de l'Insti-
1u1 d' Adminis1r.a1ion des En1reprise (IAE Gustave Eiffel) de l'Université Paris-Esc
Créteil. Je ti ens ain si à remercier sincèrement les différents con1ribu1eurs de ce t
ouvrage : Serge Anouchian , Mathieu Becker, Françoi s Besnard, Catherine Bienvenu,
Roseline Charasse-Labat, Pi erre Choll ec, Vincent Comilleau, Jean-Pi erre Cossin,
Thi erry Creux, Bruno Dalmas, Jérôme Dubreuil , Gwénaëll e Lai ze, Oli vier
Lej eune, B enoît Nowaczyk, Frédéri c Petit, Pascal Pineau, Emmanu elle Roy-
Spiridion, Renaud Salomon, Mario da Silva, Arnaud Sul!an et Sabine Vacrace.

Cet ou vrage e st également l'occasion de remercier les autres intervenants du mas-


cer : Frédéri c Aumont, Sylvain Cassel, Sandrine Colas-Jacomrne, Fabri ce Cossin,
Maria Cruz Poveda, Manhi eu Déhu , Karine Dupuis, David Gandar, Souad Lajili,
Claude Lajugée.

Gestion de patrinu>ine est un proj et qui n' aurait pu voir le jour sans le travail de
Geneviève Curlier, assistance pédagogiqu e du programme de Mascer.

Jean-Pi erre Rondeau (Megara Finance), par sa con1ribu1ion à la création du Mascer


Ge scion de pa1rimoine en formation continue de l'IAE, a ouven à ce derni er de nou-
veaux horizons.
Enfin, j e ti ens à exprimer ici ma gratirude à mon coll ègue Oli vier Meier, à l'ori gine
de ce projet
Qu ' ils 1rouven1 ici l' expression de mes sincères remerci ements.
Arnaud THAUVRON
VII
Table des matières

Introduction
Partie 1
Le conseil en gestion de patrimoine

1 Les professionnels de la gestion de patrimoine 7


Renaud SALOMON

Section 1 les obligations des conseillers en gestion de patrimoine 8


Section 2 la responsabilité des conseillers en gestion de patrimoine 10

2 Le diagnostic patrimonial 17
Bruno DALMAS. Pascal PI NEAU el Vincent CORNILLEAU
~

~ Section 1 Préambule 17
§ Section 2 le recensement patrimonial 22
~
:~ Section 3 !'.analyse patrimoniale 35
i Section 4 la stratégie patrimoniale 36
.2
Î{ 3 La dimension émotionnelle de la gestion de patrimoine 37

j Pascal PINEAU
] Section 1 le nom patronymique, le premier titre de propriété 38
© Section 2 De la propriété à l'utilité 41
IX
GESTION DE PATRIMOINE

Partie 2
La dimension juridique de la gestion de patrimoine

4 Les ré.gimes matrim oniaux 47


Catherine BIEN VENU
Section 1 le régime primaire 49

Section 2 le régime légal de la communauté rédu ite aux acquêts 55


Section 3 les régimes conventionnels communautaires et séparatistes 68

5 Le divorce 74
Catherine B IENVENU

Section 1 les cas de divorce 74

Section 2 les conséquences patrimoniales du divorce 75

6 Les successions 83
Catherine B IENVENU
Section 1 les héritiers à défaut de volonté expresse du défunt 84
Section 2 les héritiers suivant la volonté expresse du défunt 91

Section 3 les règles fiscales 100

7 Les libéralités 106


Catherine BIEN VENU
Section 1 la donation simple 107

Section 2 la donation-partage 107

Section 3 les clauses conventionnelles autorisées 109


Section 4 le sort des donations au décès du donateur 11 2
Section 5 l'évaluation des biens donnés 11 2
Section 6 le régime fiscal des donations et le paiement des droits de donation 11 2

Section 7 le testament 115


X
Table des matières ..

8 La protection du conjoint survivant 116


Frédéric P ETIT

Section 1 la protection du conjoint survivant par le régime matrimonial 117

Section 2 la protection du conjoint survivant par les libéralités


et lors de la succession 122

Section 3 la protection du conjoint survivant par l'assurance-vie 132

9 La protection d'un incapable 139


Cath erine BIEN VENU

Section 1 les mineurs 140

Section 2 les majeurs 142

Section 3 les actes intéressant la gestion de patrimoine 144

Section 4 le man dat de protection future 146

Section 5 Cas particulier de l'adu lte han dicapé 148

10 Le démembrement de propriété 151


Bruno DALMAS

Section 1 Définition du démembrement de propriété 152

Section 2 !'.évaluation des droits démembrés 161


~

~ Section 3 la fin du démembrement 167


§
~ Section 4 la fiscalité du démembrement 170
-~
.~

iil 11
f.
La société civile 181
Serge ANOUCHI AN

{ Section 1 la société civile: définition et mode de fonctionnement 18 3


j
] Section 2 Une société civile pour gérer son patrimoine 198

© Section 3 la société civile comme outil de transmissio n de son patrimoine 205


XI
GESTION DE PATRIMOINE

Partie 3
La dimension fiscale de la gestion de patrimoine

12 L'impôt sur le revenu 225


Benoît NOWACZY K et François BESNARD
Section 1 Champ d'application de l'impôt sur le revenu
des personnes physiques (IRPP) 227

Section 2 o,étermination du revenu brut global 229


Section 3 Calcul de l'impôt sur le revenu 243
Section 4 o,éclaration et paiement de l'impôt sur le revenu 248

13 L'imposition des revenus du patrimoine financier 250


Emmanuelle Rov-SPJRJDJON et Mathieu BECKER
Section 1 les revenus de capitaux mobiliers {RCM) 251

Section 2 les produits exonérés d'impôt 257


Section 3 l'imposition des gains de cession de valeurs mobilières
et de droits sociaux 258

L'imposition des revenus des patrimoine immobilier


14 et les produits de défiscalisation immobilière 264

Oli vi er L EJEUNE
Section 1 le régime du" micro-foncier" 265
Section 2 le régime réel d'imposition 266

Section 3 les régimes dérogatoires 270


Section 4 les régimes spécifiques 273

15 L'impôt de solidarité sur la fortun e 281


Jean-Pierre Coss1N
Section 1 le champ d'application de l'ISF:
les personnes et les biens imposables 282
XII
Table des matières ..

Section 2 les biens exonérés d'impôt sur la fortune 284

Section 3 !'.exonération des biens professionnels 290

Section 4 !'.assiette et le calcul de l'impôt 298

Section 5 la déclaration et le paiement de l'impôt 303

Partie 4
La dimension financière de la gestion de patrimoine

16 Les produits d'épargne et de place ment 307

Arnaud THAU VRON

Section 1 les différents critères de choix des produits d'épargne


et de placement 308

Section 2 les produits d'épargne non risqués 309

Section 3 les produits d'épargne risqués 314


Section 4 les produits boursiers 316

Section 5 les produits d'épargne collective 331

17 L'assurance-vie et la gestion de patrimoin e 337

Roseline CHARASSE L ABAT


Section 1 Présentation générale de l'assurance-vie 338
~

~ Section 2 !'.assurance-vie comme outil de constitution d'une épargne 341


§
~ Section 3 !'.assurance-vie comme outil de transmission d'un capital 350
-~
.~

i
.fil 18
Pierre
Gestion d' un portefe uille titres
CHOLLET
361

l Section 1 Éléments fondamentaux de la gestion de portefeuille 362

] Section 2 Acteurs, processus et types de gestion de portefeuille 372

© Section 3 Performance de portefeuille 379


XIII
C DE PATRIMOINE

19 L'épargne retraite 385

Catherine BIENVENU el Arnaud SULTAN

Section 1 les grands principes des systèmes de retraite 386

Section 1 les régimes obligatoires 389


Section 2 les régimes facultatifs: l'épargne retraite collective ou individuelle 393

Parties
Le dirigeant d'entreprise

20 Le régime fiscal des rémunérations des dirigeants 403

Jérôme D UBREUIL

Section 1 le régime fiscal des rémunérations directes 404

Section 2 le régime fiscal des rémunérations indirectes 409

Section 3 le régime fiscal des rémunérations différées 413

21 Les stock-options 417

Gwenaëlle LAIZÉ el Mario DA SILVA

Section 1 les stocks-options: environnement juridique et fiscal 418

Section 2 les pistes d'optimisation 427

22 La protection du patrimoine du dirigeant 438

Sabine VACRATE

Section 1 D.angers et précautions liés au statut d'entrepreneur individuel 439

Section 2 D.angers et précautions liés au statut de dirigeant de société 446

Section 3 Responsabilité du chef d'entreprise et procédures collectives 454

Section 4 Responsabilité fiscale et sociale 457

Section 5 les solutions d'optimisation de la protection 458


XIV
Table des matières ..

23 La fiscalité de la transmission d'entreprise 464

Jean-Pierre Coss1N
Section 1 la transmission à titre onéreux de l'entreprise 465
Section 2 la transmission à titre gratuit de l'entreprise 477

Partie 6
Études de cas de stratégie patrimoniale

24 Stratégie patrimoniale 491


VincenJ CORNILLEAU
Section 1 le recensement patrimonial 492

Section 2 !'.audit patrimonial 494


Section 3 Préconisations patrimoniales 497

Section 4 Synthèse de la préconisation 503


Section 5 le remploi des capitaux 504

Approch·e dyn_amique du règlement patrimonial


25 d une succession 507

Frédéric PETIT

Section 1 Présentation de la succession Clermontois 508


~

~ Section 2 !'.analyse des biens composant la succession


§ et préconisations immédiates 512
~
.~ Section 3 les stratégies post-successorales 520
.~

i Section 4 Après la mise en œuvre des stratégies: situation des héritiers 527
2
f 26
.E
Étude de cas SCI 528
j Serge ANOUCHI AN

]
© Index 541
XV
1 ntrod uction

A rnaud THAUVRON

L a gestion de patrimoine peul se définir comme lactivité qui permet d'optimiser


le patrimo ine d'une personne. Cene activité es1, par nacure, pluridisciplinaire
car l'optimisation peul s'entendre du point de vue juridique, fiscal et/ou financier.
Plus précisément, la gestion de patrimoine va avoir pour objet de faire fructifier un
patrimoine, 1ou1 en le pm1égean1 des aléas de la vie personnelle ou professionnelle
et en limitant autan! que faire se peul son imposition. Elle doit, par ailleurs, per-
menre sa transmission dans les meilleures conditions possibles.
Cet ouvrages 'organise ainsi autour de s ix parties.
La Partie 1 (Le conseil en gestion de patrimoine) débute par une présentation
des différents acteurs de cene activité, et des règles juridiques qui les encadrent (Les
professionnels de la gestion de patrimoine). Puis est présentée la démarche de
diagnostic, préalable à 1ou1 conseil (Le diagnostic patrimonial). Enfin, elle se ter-
mine par une réflex ion sur le premier des actifs donc 1ou1e personne dispose, son
nom de famille (Vers une gestion globale du patrimoine).
La Partie 2 ( La dimension juridique de la gestion de patrimoine) présence
en détail les différences règles de droit qu'il est impératif de connaître. Cene
partie débute p.a r crois chapitres que l'on pourrait résumer par tout va bien (Les
régimes matrimoniaux), tout va mal (Le divorce) et tout est fini (Les s ucces-
. . GESTION DU PATRIMOINE

sions). Mais le droit n'est pas une discipline stacique, il se gère de façon dynami-
que. L 'u1ilisa1ion des règles du droit peut permenre d'aider un proche (Les libé·
ralit.é s), de protéger son conj oint (La protection du conjoint s urvivant) ou son
en fant incapable (La protection d ' un incapable). Enfin, le droit peul être util isé
comme un outil d' optimisation, que ce soie au travers du démembrement (Le
démembrement de propriété) ou du recours à une forme particulière de société
(La s ociété civile).
La Partie 3 (La dimension fiscale de la gestion de patrimoine) 1rai1e d'un sujet,
ô combien sensible en France, l' impôt Après une présentation général e des grands
principes de l'impôt sur le revenu (L' impôt sur le revenu), sont démillées deux des
principales catégories de revenus pa1rimoniaux, ceux issus du pa1rimoine financier
(L' imposition des revenus du patrimoine financier) et ceux provenant du patri-
moine immobilier (L 'imposition des revenus du patrimoine immobilier et les
produits de défiscalisation immobilière). Cene partie se cermine par de longs
développements sur l'ISF (L' impôt de s olidarité sur la fortune).
La Partie 4 (La dimension financiè re de la gestion de patrimoine) débute par
une présentation des différents produits financiers dans lesquels un particul ier peul
être amené à investir (Les produits d ' épargne et. de placement). Puis l'assurance-
vie, support d'investissement préféré des Français est expl iquée en détail
(L'assurance-vie et les contrats de capitalisation). Une des règles de base de la
finance est que la rentabilité espérée d' un placement est proportionnelle au risque
encouru. Ce principe et son utilisation sont ainsi détaillés (La gestion d 'un porte-
feuille titres). Enfin, la constirution d'une épargne en prévision de la re1rai1e fait
l'objet du dernier chapitre (L 'épargne retraite).
La Partie S (Le dirigeant d ' entreprise) se focalise sur une catégorie spécifique
de particul ie:rs, les dirigeants. Après une présentation des particularités fiscales aux-
quelles ils sont soumis (Le régime fiscal des rémunérations des dirigeants), le
système des stock-options ec les pistes de son oplimisation sont 1rai1és (Les s tock-
options). De par son acti vité, le dirigeant est amené à prendre des risqu es. Il est alors
important pour lui de meure en place des outi ls de protection de son patrimoine
privé (La protection du patrimoine du dirigeant). Enfin, à l'occasion de la 1rans-
mission de son entreprise, cermines impositions sont dues. Afin d 'éviter que ces
dernières soient pénalisances pour l'activité économique et la pérennité des entrepri-
ses, le législateur est intervenu afin d'en limiter les conséquences (La fiscalité de la
transmission d 'entreprise).
Enfin, la Partie 6 (Études de cas de stratégie patrimoniale) conclue l'ouvrage
par crois études de cas donc l'objet est de montrer que le patrimoine des particuliers
doit se gérer de façon active et selon une approche pluridisciplinaire, faisane 1ou1
autan! appel au droit, à la fiscalité et à la finance.

2
lritroduct 011 ..

Public intéressé par l'ouvrage

Grâce à la rigueur de son contenu et à son approche résolument opérationnelle, cet


ouvrage s'adresse:
- aux érudian1s des masters de gestion de patrimoine, de droit (fiscal ou notarial)
et de finance, des universités et écoles de commerce ;
- aux professionnels de la gestion de patrimoine, qu' ils soient conseillers indépen-
dants ou salariés des réseaux bancaires ;
- aux particuliers soucieux de gérer de façon éclairée leur patrimoine.

3
Le conseil
en gestion
1 de patrimoine

L e conseil en gestion de patrimoine est une activité en plein essor. Afin de pro-
téger les épargnants, la Loi de sécurité financière de 2003 a encadré l'ac1ivi1é
de conseil en investissements financiers et des associations professionnelles one fait
l'objet d'un agrément par I' Autorité des Marchés Financiers. Le chapitre 1, rédigé
par Renaud Salomon (Cour de Cassation et Université Paris-Esc Créteil) présence les
cadres j uridiques associés à cene activité. P réalablement à 1ou1 conseil, il est impé-
ratif de réaliser un diagnostic, par le biais d'un recensement patrimonial, avant de
pouvoir aboutir à une analyse puis à la définition d'une stratégie patrimoniale. Ce
thème, très opérationnel, fait l'objet du chapitre 2, coécril par Bruno Dalmas
(conseiller en gestion de patrimoine indépendant). Pascal Pineau (Métisse Finance)
et Vincent Com illeau (Banque du L uxembourg). En matière de conseil en gestion de
patrimoine, chaque cas est un cas particulier. Il est donc primordial, pour le
conseiller en gestion de patrimoine, de tenir compte des spécificités de chaque client
dans ses recommandations afin d' intégrer 1ou1 ce qui fait son patrimoine, y compris
ce qui relève de l' immatériel, qu'il s'agisse de son nom de famille ou de ses valeurs.
C'est ce thème qui est traité par Pascal Pi neau au sein du chapitre 3.
Les professionnels
, de la gestion
de patrimoine
Renaud SALOMON

L a France compte quelque 3 000 conseillers en gestion de patrimoine, regroupés


en près de 1 500 établissements, tenus aux crois quarts d' encre eux par des
professionnels i ndépendancs.
Cene profession, longtemps dépourvue de scaruc, s'est strucrurée depuis la loi du
I"' aoO! 2003 de sécurité financière. Ainsi, !OUI d'abord, cene dernière a défini la
profession de conseiller en investissement financier (arc. L. 541-1 du Code moné-
taire et financier), donc le périmètre d'activité, qui recoupe partiellement celui du
conseiller en gestion de patrimoine, est soumis à la rue elle de I'Autorité des marchés
financiers (AMIF) et qui s'est vu doter d'un encadrement j uridique destiné à morali-
ser la profession. Par aill eurs, la profession de conseiller en gestion de patrimoine se
strucrnre autour d'organisations professionnelles qu i offrent à leurs adhérents une
assurance de responsabilité civile professionnelle, leur propose des formations ainsi
que des guides de bonnes pratiques professionnelles uniformes.
Le conseil en gestion de patrimoine, donc l'ac1ivi1é consiste à orienter son client
dans des choix de placement ainsi qu'à l'informer des conséquences juridiques et
fiscales des orientations prises, reste cependant très hé1érocli1e. Révélateur à cet
égard sont les diverses professions qui participent à cene activité de gestion de patri-
moine : outre les conseillers indépendants, les banques, entreprises d'inves1isse-
men1, assureurs, expens-compmbles, gérants de ponefeuilles, commissaires-
priseurs, nomires ...
7
LE CONSEIL EN GESTION DE PATRIMOINE

À défaut de sw1u1 autonome du conseil en gestion de pa1rimoine, le droit financier


renvoie indirectement aux règles concernant les prestataires de services d' invescis·
semenc ainsi que sont les conseillers en investissement financier (CIF).

Section 1 Les obligations des conseillers en gestion de patrimoine


Section 2 La responsabilité des conseillers en gestion de patrimoine

Section 1 LES OBLIGATIONS DES CONSEILLERS


EN GESTION DE PATRIMOINE

Il convien1 de distinguer les obligations propres au conseiller en investissement


financier de celles propres au presllllllire de services d'investissement

1 Les obligations spécifiques du conseil en investissement


financier (CIF}
Le CIF est soumis à des obligations liées à son activité de conseil, mais également
à des obligacions quant à son organisation.

1.1 Les obligations inhérentes à l'activité de conseil

L'obligation d'information
Il s'agit de l'obligation minimale qui s'impose au professionnel.« Elle se caracté-
rise par sa neutralité, dans la mesure où elle n' impl ique aucune impulsion à agir
mais "porte sur des faits objectivement vérifiables"'·»
Ainsi, toue d' abord, le CIF doit reme11re à son client, dès son encrée en relation
avec celui-ci, un document componanc son Slll!UI de CIF et son numéro d' adhérent
à l'association donc il dépend, l'identité des écabl issemencs promoteurs de produits
financiers avec lesquels il en1re1ien1 une relation significative de nacurecapicaliscique
ou commerciale (an. 335-3 du Règlement général de I' AM F). Par ailleurs, l'ar-
ticle 335-4 du Règlement général de I' AMF prévoie que, avant de formuler un
conseil, le Cl F délivre à son client une Jeure de mission, comprenant notamment la
nature et les modalités de la prestation, les modalités de l'information due au client
ainsi que les modalités de sa rémunération.

1. S . T andeau de f\farsac, LiJ re.'ffH)ttrübiHté de.f é<)n.reil.r e11 ges.tit>11 d e fl(Jlri11uû11e , Li tee, 2006, n<:i 374.

8
Les professionnels de la gestion de patrimoine . .

L'obligation de conseil
Débordant largement la simple obligation d'information, l'obligation de conseil
« implique une véritable immixtion dans les affaires du client, une orientation posi-
tive de l'activité de l'ac1ivi1é du panenaire à qui le conseil est dQ » 1• Le CIF doit
donc fournir un conseil adapté, en fonction 1ou1 à la fois de la situation financière du
client, de son expérience en matière financière et de ses objectifs en matière d'inves-
tissements. À cene fin, la pratique du bilan patrimonial est le préalable indispensable
à la délivrance d'un conseil adapté. Enfin, l'article 335-5 du règlement général de
I'AMF pose le principe de la nécessaire information du client sur les risques juri-
diques, fiscaux et financiers que componen1 les propositions de placement du CIF.

L'obligation de discrétion
Comme 1ou1 professionnel, le CIF est soumis au secret professionnel, dans les
condi1ions de droi1 commun, le cas échéanl, sous peine de sanc1ions pénales (ar1.
226-1 du Code pénal). En outre, l'article 335-7 du Règlement général de l'AMF
prévoit que, sauf accord exprès du client, le CIF doic s'abstenir de communiquer et
d 'exploiter, pour son propre compte ou pour le compte d 'autrui, les informations
relatives au client qu'il détient du fait de ses fonctions.

1.2 L'obligation d'organisation


En application de l'article 335-8 du Règlement général de I' AMF, le CIF doit
disposer de moyens et de procédures adaptées à l'exercice de son activité et notam-
ment de moyens techniques suffisants et d'outils d 'archivage sécurisés. Par aill eurs,
selon l'anicle 335-9 du Règlement général de I' AMIF, lorsque le CIF emploie plu-
sieurs personnes dans le cadre de son activité, il se dote de procédures écrites lui
permenan1 d'exercer son activité en conformité avec les dispositions législatives,
réglementaires et déontologiques en vigueur.

i
~
2 Les obligations spécifiques au prestataire de services
d'investissement (PSI}
-li
E
~
g 2.1 Les obligations inhérentes à l'activité de conseil
·~ Le prestataire de services d' investissements doit constamment évaluer les compé-
j 1ences de son cl ient et doit, à ce titre, se renseigner sur sa situation patrimoniale et
; connaître les obj~tifs de gestion avant de préciser les opérations ou les investisse-
_, mencs conseillés. A l'instar du CIF, le PSI doit informer le client des risques inhé-
]
0 1. S . Tandeau de f\farsac, <)f'· d1.

9
LE CONSEIL EN GESTION DE PATRIMOINE

rents à la nature des opérations envisagées (risques financiers, juridiques et fiscaux)


ec conseiller le clienc sur les aspeccs fiscaux ec financiers des produics proposés.
Enfin, en application de l'obligation de coopération dans le contrat (an. 1134 al. 3
du Code civil), le PSI doit exécuter avec loyautés.es obligations et privi légier l'inté-
rêt de son cli ent avant ses propres intérêts.

2.2 Les obligations déonto logiques


L e déontologue a pour mission d'assurer au sein de l'entreprise de PSI le respect
des règles de bonne conduite (an. 332-26 à 332-32 du Règlement général de
I' AMF). Il incombe donc au déontologue d'étabLir un recueil de bonnes pratiques,
notamment d'éviter la circulation d' informations privilégiées au sein de l'entreprise,
par l'édification de« murailles de Chine» entre front et back-office. Le déontologue
sensibilisera tout paniculièrement les collaborateurs du PSI aux obligations pesant
sur eux de secret professionnel et d'abstention sur le marché, dès lors qu' ils détien-
nent des informations de marché confidentielles.

Section 2 LA RESPONSABILITÉ DES CONSEILLERS


EN GESTION DE PATRIMOINE

1 La responsabilité civile
L a mise en cause de la responsabilité civile du conseiller suppose que soit établie
à l'encontre de ce dernier une faute (1. 1) en relation causale (1 .3) avec le dommage
éprouvé ( 1.2).

1.1 La faute
L a faute, qui est de différents types, peut être limitée de diverses façons.

Les divers types de faute


L e conseil en gestion de patrimoine doit tout d' abord établir le profil du client et
ses objectifs afin d'être en mesure d 'effectuer les choix les plus j udicieux au profit
de ce dernier. Par ailleurs, le conseil doit se rens.eigner sur la nature j uridique, la
fiscalité ainsi que les caractéristiques financières des produits qu' il est susceptible
de conseil ler. Pèse ensuite sur le conseil une obligation d'informer les clients des
risques encourus par les opérations qu'il propose. En pratique, c'est essentiel lement
en matière de défiscalisation que se concentrent les principaux manquements de ce
10
Les professionnels de la gestion de patrimoine . .

professionnel à son obligation d'information, en cas de redressement opéré par l'ad-


miniscracion fiscale. À cec égard, si pèse sur le conseil une obligacion de résul!ac en
cas d'information donnée sur le contenu d'une règle fiscale déterminée, l'obligation
d 'information n'est que de moyen en cas d'incenirude sur l'efficacité d' un montage.
Enfin, le conseil en gestion de patrimoine est tenu à une obligation de conseil qui,
débordant l'obl igation d'information portant sur des faits objectivement vérifiables,
consiste à oriencer les choix du client en fonction de ses objectifs et de ses besoins.
C'est paniculièremenc en matière d 'abus de droit (arc. L. 64 du Livre des procédures
fiscales) que se pose de façon cornélienne la responsabilité du conseil : si le conseil
doit faire preuve d 'optimisation, voire d' imagination fiscale, celles-ci ne doivent pas
dégénérer en abus, sous peine d' engager sa propre responsabilité.

La limitation de la faute
La faute du conseil en gestion de pa1rimoine peul s.e trouver anénuée lorsqu'il est
en présence d'un client aveni, soit parce qu' il possède une compétence propre, soit
parce qu' il est conseillé par ailleurs en matière j uridique et fiscale. Mais cene limi-
tation de responsabilité ne j oue que pour l'obligation d'information, et non pour
l'obligation de conseil (Cass. civ. I"', 13 décembre2005 à propos d'un notaire). Par
ailleurs, le principe de libené contractuelle posé à l'anicle 1134 du Code civil n' in-
terdit pas l'insertion de clauses de limitation de responsabilité contractuelle dans les
contrais passés en1re les conseils et leurs clients. La j urisprudence veille seulement
à ce que de celles clauses ne privent pas le contrai de cause en application de l'ar-
ticle 1131 du Code civil. Au demeurant, de celles clauses sont systématiquement
écartées par le j uge en cas de dol ou de fauce lourde du professionnel.

1.2 Le préjudice
La victime d'un manquement du conseil de gestion de pa1rimoine à ses obligations
professionnelles doit établir le préjudice qu ' elle a subi. Ce préjudice doit être 1ou1 à
la fois réel, cen.ain et direct. En venu du droit à la réparation intégrale, ce préjudice
~ doit correspond:re tan! au gain manqué qu'à la pene subie (art 1149 du Code civil).
§ Mais, en marge des 1ex1es, la jurisprudence a admis le droit à réparation du client en
] cas de pene de chance réelle et sérieuse de gain.
E
~
g 1.3 Le lien de causalité
·~ La victime doit enfin établir le lien de causalité ence la faute commise et le préju-
j dice subi. En premier lieu, le professionnel de la gestion de patrimoine parviendra à
; écarcer sa responsabilicé s' il émblic que le dommage résul!e non de sa fauce, mais des
~ choix de gestion faits par la victime. De même, la responsabilité de ce professionnel
g peut être écartée si ce dernier établit un aléa financier ou encore une faute de la
o v1c1Jme.
11
LE CONSEIL EN GESTION DE PATRIMOINE

2 La responsabilité pénale
Cene responsabi lité peul résul!er d' infractions de droi t commun (2.1) et du droi t
pénal des sociétés (2.2) ainsi que d 'infractions boursières (2.3).

2.1 Les infractions de droit commun


L a lune contre le blanchiment de l'argent sale passe par une répression du conseil
en gestion de patrimoine lorsque celui -ci « facilite, par cous moyens, la j ustification
mensongère de l'origine des bi ens ou des revenus de l'auceur d' un crime ou d' un
délit ayant procuré à celui-ci un profil direct ou indirect ou(... ) apporte un concours
à une opération de placement, de dissimulation ou de conversion du produit direct
ou indirect d 'un crime ou d' un délit» (art. 324-1 du Code pénal). Par ailleurs, dans
la mesure où le conseil en gestion de patrimoine se fait remettre des fonds à l'occa-
sion de sa profession, lui est également imputable le délit d'abus de confiance en cas
de détournement «au préjudice d 'autrui des fond s, des valeurs ou d 'un bi en quel-
conque qui lui ont été remis et qu 'elle a accepté à charge de les rendre, de les repré-
senter ou d'en faire un usage déterminé» (art 314-1 du Code pénal) '.

2.2 Les infractions du droit pénal des sociétés

Les différentes in/radions encourues


Si le conseiller en gestion de patrimoine exerce sa profession dans une scrucrure
sociétaire à engagement limité (SA, SARL , SAS ...), il peul engager sa responsabi-
lité pénale au 1i1re diverses i nfractions au Code de commerce. On peut en relever
quatre en particulier, qui donnent lieu à un con1en1ieux nourri devant les juridictions
répressives.
Ainsi, 1ou1 d' abord, si ce professionnel fait, de mauvaise foi, des biens ou du crédit
de la société qu 'i l dirige, un usage qu 'ils savent contraire à l'in1érê1 de celle-ci, à des
fins personnelles ou pour favoriser une autre société ou entreprise dans laquelle ils
sont intéressés directement ou indirec1emen1, i l commet le délit d'abus de biens
sociaux2, puni d 'un emprisonnement de cinq ans et d' une amende de 375 000 euros3

Ensui te, le fait pour un dirigeant social de présenter aux actionnaires, même en
l'absence de 1ou1e distribution de dividendes, des comptes annuels ne donnant pas,
pour chaque exercice, une image fidèle du résul!ac des opérations de l'exercice, de

L Pour une illustration, s'agi s.~an t d' un prestnaire de services d , in ves ti s.~emen t, T ri b. Corr. Paris, 5 oct. 2010,
üff. Ken'iel dst)(;iété gé11ért1/e : Dr Sociétés 2011, ooin1n . 55, obs. R. rvto11ier. Lejugeinent du tJ'i bunal correctionnel
a é té oonfirrné en. appel : cour d'appel Paris, 24 oct. 2012, ./CP nq 47, 1702, note R. rvto11ier.
2. C . oom., ait. L 24 2 6, ) <I, pour les d irigeants d e socié tés ano nyine:s. C . coin., a11. L 241 3, 4 <1, pour les d iri
4 4 4 4

geants des SARL.


3. A. Lepage, P. rvtaistre du Chambon et R. Sal o.non, Droi1 péna 1des affai res, 2ème éd. 2010, n~ 757 et s.

12
Les professionnels de la gestion de patrimoine . .

la situation financière et du patrimoine, à l'expi ration de cene période, en vue de


dissimuler la véricable siruacion de la sociécé conscicue le délie de présencacion ou de
publication de bilan inexact, puni des peines de l'abus de biens sociaux ' .
En outre, encoun les mêmes peines le dirigeant qui commet le délie de répanition
de dividendes fictifs, consistant à d' opérer respectivement encre les actionnaires ou
encre les associés une répanition de dividendes, en l'absence d' inventaire ou au
moyen d' inventaires fraudu leux2 •

Enfin, le dirigeant d' une société en étal de cessation des paiements qui :
- procède à l'achat en vue d' une revente au-dess-ous des cours ou emploie des
moyens ruineux pour se procurer des fonds ;
- détourne ou dissimule 1ou1 ou panie de l'actif du débiteur;
- augmente fraudu leusement le passif de la société;
- ou procède à diverses irrégularités comptables (tenue d'une comptabilité fictive,
disparition de documents comptables, abstention de tenir 1ou1e comptabilité
lorsque les 1ex1es en font l'obligation ou tenue d 'une comptabilité manifeste-
ment i ncomplète ou irrégulière au regard des di spositions légales) commet le
délie de banquerou1e1, réprimé par un empri sonnement de cinq ans ec une
amende de 75 000 euros.

La rigueur du droit pénal en droit des sodétés


L 'ensemble de ces infractions s'illus1re par une grande rigueur du droit pénal tan!
dans leur appréhension que dans leur appréciation.

• Une appréhension rigoureuse des infractions du droit pénal des sociétés


La matérialité de l'i nfraction de droit des sociétés est appréhendée de façon exten-
sive, qu 'elle soi! de commission ou d' omission.

A i nsi, 1ou1 d'abord, l'abus de biens sociaux et les délies comptables - présentation
de comptes i nexacts et répartition de dividendes fictifs - présentent des concours
~ matériels beaucoup plus larges que ceux de l'abus de confiance et de l'escroquerie,
§ infractions donc ils procèdent respec1ivemen1.
~
-li Par ailleurs, les infractions sanctionnant des omissions ou des abstentions 1enden1
·E à occuper une p lace paniculièremenc importance en droit pénal des sociétés. En
~ effec, ce dernier punie encore de nombreuses omissions, dans Ja mesure où il cend à
~ imposer des règles positives de conduite. De tels délies présentent un avantage
t
{ L C. coin., a11. L 242·6, 2<', pour les dirigeanL~ de sociétés anonyme.i:; .. C. coin., a.1. L 241·3, J<', pour les di ri·
.5 geanu: des SARL A. Lepage, P. rvtaistredu Chambon et R. Salo.non, Droi t pénal des affaires, préc., nq 821 et s.
] 2. C. coin., a11. L 242·6, J<', pour les dirigeanL~ de s ociétés anonyrn~.· C. 001n ., ai1. L 24).J, J<I, pour les di ri·
§ geanu: des SARL A. Lepage, P. f\faistredu Chambon et R. Salo.non, Droit pénal des affaires, préc., n~ 843 et s.
O
O 3. C. coin., a11. L 654-2.

13
LE CONSEIL EN GESTION DE PATRIMOINE

probatoire indéniable : la tâche de la partie poursuivante est grandement facilitée,


car la seule carence du débiteur de l'obligation de faire conslirue le délit'.
Le peu d 'importan ce accordé par Je droit pénal des sociétés à l'élément moral se
traduit de deux façons : tan1ô1, Je dol général est présumé, tantôt Je dol spécial exigé
par Je 1ex1e d 'incrimination se dissout dans Je dol général.
Le dol général peul 1ou1 d' abord résul!er des défaillances matérielles du dirigeant
social constatées par J'enquête. Il se retrouve dans cenaines infractions commises
lors de la cons1iru1ion ec lors du fonc1ionnemen1 de la société, celles que les délies
d'établissement et de publication de la valeur d 'actions non négociables) ou de
répartition de dividendes ficcifs2 • Il peul ensuite se déduire de la qualité de profes-
sionnel de J'agenc. Ce dol de fonction se retrouve notamment dans un grand nombre
d'infractions commises par les dirigeants sociaux (abus de biens sociaux, omission
de déclaration dans J'acte de société, défaut de tenue de l'assemblée générale ... ) .
Par ailleurs, la tendance contemporaine à la dissolution du dol spécial dans Je dol
général, se manifeste 1ou1 particulièrement dans les infractions comptables ainsi que
dans les infractions relatives à la gestion de la société (présentation de faux bilan,
distribution de dividendes fictifs, abus de biens sociaux). Plus particulièrement, en
matière d 'abus de biens sociaux, la preuve du dol spécial - l'usage à des fins per-
sonnelles - est facilitée par Je jeu d' une présomption simple posée par la jurispru-
dence lorsque Je dirigeant a prélevé de façon occul!e des fonds sociaux. En pareil
cas, la Cour de cassation présume que ces fonds one été utilisés dans l'in1érê1 per-
sonnel des dirigeants sociaux, sau f si ces derniers justi fient de leur utilisation dans
Je seul intérêt de la sociécé 3 • Par ailleurs, plus généralement, la jurisprudence prend
en considération au litre du dol spécial 1ou1 mobi le•.

• Une appréciation rigoureuse des infractions du droit pénal des sociétés


Le droit pénal des sociétés s'illustre, 1ou1 d 'abord, par une grande sévérité des
sanctions encourues. Outre l'emprisonnement, pouvant s'élever jusqu'à dix ans,
sont encourues des peines d' amende particulièrement dissuasives. Par ailleurs, cer-
taines peines accessoires cons1iruen1 de véritables mesures de prophylaxie commer-
ciale : interdiction de gérer, faillite personnelle, interdictions diverses d'exercer
certaines activités économiqu es ...
En outre, ce droit très technique est désormais confié à des enquêteurs (services
régionaux de police judiciaire, sections de recherches, offices centraux ... ) ainsi qu 'à
des magistrats ayant acquis une solide expérience financière.

1. A. Lepage, P. rvtaistre du Chambon et R. Salo.non, préc., n~ 628.


2. C. coin., a.1. L 242 4.4

3. Cass. cri rn. , 20 j uin 1996 : Bull . .l<>ly St><:iété.f 1997, p. 18. - Cass. cri rn., 9 j uill. 1998 : Bull. .foly St><:iété.f
1998, p. 1257, note J. F. Ba1bièri.
4

4. W. Jeandidier, L'élément moral des infractions d'affaires ou l'a.1 de la métamorphose, in f\•lél. A. Decocq,
Li1ec, 2004.

14
Les professionnels de la gestion de patrimoine . .

L 'ensemble des infractions de droit pénal des affaires est bien évidemment impu-
table, depuis le 1er janvier 2005, cane aux personnes physiques qu'aux personnes
morales'.
Le droit pénal des sociétés connaît, enfin, des règles particulières, parfois déroga-
toires au droit c-0mmun, notamment en matière de prescription. Si les infractions du
droit pénal des sociétés sont, pour la plupart d'en1re elles, des infractions instanta-
nées, elles 1enden1 toutefois à se rapprocher, à raison du point de dépare particulier
de leur prescription, des infractions continues. Ainsi, en matière d' abus de biens
sociaux, la Cour de cassation retient comme point de départ de la prescription du
délie, la dace de présentation des comptes sociaux, sauf si les faits one été
dissimulés2.

2.3 Les infractions boursières


Les infractions boursières présentent en droit français une double face. En effet, la
France est un des rares pays connaissant une double définition des actes illicites en
matière boursière, 1ou1 à la fois pénale et administrative. Dans le premier cas, il
s'agit des délies, prévus et réprimés par les anicles L. 465-1 et L. 465-3 du Code
monétaire et financier. Dans le second, il s' agit des manquements administratifs au
Règlement général de I 'AMF, dès lors que les pratiques boursières one pour effet, de
« fausser le fonc1ionnemen1 du marché, procurer aux intéressés un avantage injusti-
fié qu ' ils n' auront pas obtenu dans le cadre normal du marché, porter aneince à
l'égalité d'infonnation et de 1rai1emen1 des investisseurs ou à leurs intérêts, faire
bénéficier les émeneurs et les investisseurs des agissements d' intermédi aires,
contraires à leurs obligations professionnelles.»
Cene réglementation duale vise des pratiques boursières diverses, notamment de
la parc des conseils en gestion de pa1rimoine. Ainsi, l'ucilisacion ec la communication
d 'une information privilégiée, avant que le public en aie connaissance, sont simuha-
némenc cons1icu1ives des délies d' initié et de communication d' information privilé-
~ giée, prévus à l'article L. 465-1 alinéas 1 et 2 du Code monétaire et financier, et du
§ manquement d' initi é prévu aux anicles 621-1 et suivants du Règlement général de
~ I'AMF. D e même, l'inobservation des règles générales d' information sur le marché
-li est cons1i1u1ive 1ou1 à la fois du délie de fausse information de l'article L. 465-2
·E alinéa 2 du Code monétaire et financier et du manquement à la bonne information
~
g du public prévu à l'article 632-1 du Règlement général de I' AMF. Enfin, la manipu-
.~ lacion de cours peul ê1re appréciée au regard, tan! du délie prévu à l'anicle L. 465-2
~ alinéa 1er du Code monétaire et financier que des articles 631-1 à 631-4 du
{ Règlement général de I' AMF.

l L Cass. crirn., 27 .avr. 2011 : Dr sociétés 2011,oomrn. 162, note R. Salo.non.


o 2. Ca~s . crim., 5 1trUi 1997 : Bull. Joly Sociétés 1997, p. 953, note J.. f. Bai·biéri. - Ca~s . crim., 13 oct. 1999 :
0 Rev. sociétés 2000, p. 360, note B. Bouloc.

15
LE CONSEIL EN GESTION DE PATRIMOINE

Cene double réglementation des comportements boursiers est l'œuvre de pouvoirs


normatifs discinm. En effet, s' il revient à la loi, en venu de l'anicle 34 de la
Constirution de 1958, d'incriminer et de sanctionner les délies boursiers, c'est à
I' Au1ori1é des marchés financiers qu 'incombe le soin de prendre, en application de
l'article L. 621-6 du Code monétaire et financier,« pour l'exécution de ses missions
un règlement général» définissant les concours des manquements boursiers.
Coexistent donc le plus souvent une incrimination de nacure pénale et un manque-
ment ad mini scrati f de nacure para-pénale, pouvanc respectivement donner lieu à une
condamnation pénale, prononcée par la juridi ction correccionnelle, et à une sanction
administrati ve, prononcée par I' Au1ori1é des marchés financiers'.

liste des associations


professionnelles agréées
CHAMBRE DE:S INDÉPENDANTS DU PATRIMOINE (CIP)
52, rue de Ponthieu, 75008 Paris
Téléphone: ·01 42 56 76 50
Télécopie : 01 42 56 76 51
ASSOCIATION DES ANALYSTES CONSEILLERS EN INVESTISSEMENTS FINANCIERS (AACIF)
24, rue de Penthièvre, 75008 Paris
Téléphone: ·01 56 43 4310
Télécopie : 01 45 63 OO 58
COMPAGNIE DES CONSEILLERS EN INVESTISSEMENTS FINANCIERS (CClf)
20, rue de l'Arcade, 75008 Paris
Téléphone : ·01 44 94 27 70
Télécopie : 01 44 94 14 89

CHAMBRE NATIONALE DES CONSEILLERS EN INVESTlSSEMENlS FINANCIERS (CNCIF)


22, rue de Longchamp, 75116 Paris
Téléphone: ·01 56 26 06 01
Télécopie : 01 56 26 06 03
ASSOCIATION NATIONALE DES CONSEILS FINANCIERS-CIF (ANACOFl-Clf)
21, boulevard des Batignolles, 75008 Paris
Téléphone: ·01 40 02 oo 80
Télécopie : 01 40 02 OO 55
LA COMPAGN IEDES CGPI- LA COMPAGNIE DES CONSEILS EN GESTION DE PATRIMOINE INDÉPENDANTS
34, rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris
Téléphone: ·01 42 65 59 48

1. Sur ces infractions, A. Lepage, P. rvtaistre du Chambon et R. Salo.non, préc., n~ 935 et s.


Le diagnostic
2 patrimonial

Bruno DALMAS , Pascal PINEAU et Vincent CORNILLEAU

N ous venons de découvrir, dans les pages qui précèdent ce chapitre, que la
gestion de patrimoine est une activité qui embrasse un champ vaste de
matières aux fronti ères étendues'.

Section 1 Préambule
Section 2 Le recensement patrimonial
Section 3 L'analyse patrimoniale
Section 4 La stratégie patrimoniale

Section 1
PRÉAMBULE

Le diagnostic pacrimonial concribue à la réalisacion d'une mission. Avanc d'abor-


der le contenu de cene mission, il convient d'en définir le champ d'intervention.

L S. Tandeau de f\farsac, La re.ffH)n.rtJbililé de.f é<)11.reil.r e11 ge.rtfo11 de flâlri11uû11e, Li1ec, 2006.

17
LE CONSEIL EN CiESTION DE PATRIMOINE

1 Définition de la gestion de patrimoine

«Elle consiste à promouvoir un ou plusieurs produits patrimoniaux en s'appuyant


sur une prescription justifiée par la siruation patrimoniale de la personne conseillée. »1
Cene définie ion fixe deux domaines d'intervention : la gestion des actifs financiers
ou immobiliers, et le conseil patrimonial. Le conseil patrimonial s'anache à déter-
miner les scrucrures j uridiques d' accueil des biens du patrimoine, adaptées aux
besoins du client Le gestionnaire d'actifs, quant à lui, propose des produits corres-
pondants aux anences du client, qu'il s'agisse, à litre d'exemple, de la valorisation
d'un capital ou de la recherche de revenus. Autrement présenté, le conseil patrimo-
nial serait le con1enan1 de la gestion de patrimoine ec la gestion d'actifs son
contenu.
Ses deux activités sont-elles complémentaires ou en opposition ? Compte tenu du
mode de rémunération des conseils en gestion de patrimoine, les commissions ver-
sées provenant quasi exclusivement de la commercialisation des produits financiers,
deux écoles semblent aujourd'hui se distinguer. Il y a ceux qui considèrent que l'ac-
tivité de conseil patrimonial est exclusive de 1ou1e vente de produits financiers afin
de garantir au client l'objectivité de la préconisation. Il se rémunère par des hono-
raires sur le conseil donné. D'autres, au contraire. estiment que ces deux domaines,
conseil et vente d'un produit, sont complémenmi:res. À l'appui de leur argumenta-
tion, ils font valoir que :
- Se limiter à préconiser les axes d'une stratégie sans accompagner le client dans
sa mise en œuvre revient à le laisser au mil ieu du gué.
- Vou loir distinguer la vente du conseil comme garant de l'objec1ivi1é n'est qu ' un
paravent dans un marché inondé par l'offre de produits immobiliers ou finan-
ciers. Uniquement dans le secteur financier, ce sont près de 25 000 OPCVM qui
sont proposés en Europe donc 40 % en France. Comment être assuré de l'objec-
1ivi1é de celui qui préconise dans un choix aussi vaste? Aura+il véritablement
la facuhé de comparer efficacement 1ou1es les offres? Par ailleurs, les conditions
de gestion comme des prélèvements des frais sont aujourd' hui largement smn-
dardisés, et les marchés évoluent de la même manière pour cous les acteurs. La
différence ne 1ien1-elle pas finalement à la qualité de l'individu, et au-delà, du
suivi de son client ?

2 la gestion d'actifs

Si l'on mec de côté le marché particulier de l'art, le choix des investisseurs se


retrouve !Ouj ours face à crois secteurs : le marché financier, le marché monémire, et

L P.rvt. Guillon, LiJ ge.rtfo11 de fl(Jtri11uû11e, Economie.a, 1996.


Le diagnostic patrimonial ..

le marché de l'immobilier. Il est curieux que l'assurance-vie soie sys1ématiquemen1


présentée comme un secteur d'investissement Ce réftexe conduit d'ailleurs à la
confusion des clients. Un conseil qui préconise l'assurance-vie peul être rapidement
considéré comme un« vendeur d'assurance». En outre, les fluctuations de la valeur
de rachat peuvent être inacceptables venant d'un produit die d'« assurance». Il
convient de rappeler avec force que l'assurance-vie n'est qu'un mode de détention
particulier d'acti fs qui peuvent être financiers, monétaires ou immobiliers; un cadre
j uridique qui, par ses caractéristiques propres, recèle des atouts cenains.
Quoi qu'en disent les représentants des plus belles maisons de gestion, les prévi-
sions économiques n'engagent que ceux qui les an noncenc. Force est de constater
qu'un analyste sur deux se trompe. C'est la raison pour laquelle les principes qui
gouvernent la gestion d'actifs res1en1 profondément ancrés sur des préceptes sim-
ples. Seule une diversification permet d'obtenir une relative sécurité dans la flucrua-
cion d'un pacrimoineen vued'obcenir une rentabilicé accepcable. Quant aux meilleurs
moments pour arbitrer, nul ne sachant le niveau le plus haut pour céder un actif, ni
le plus bas pour l'acheter, ici encore il est régul ièrement fait référence aux adages
classiques : «pierre qui roule n'amasse pas mousse», «un tient vaut mieux que
deux eu l'auras», etc. Comme 1ou1 est question de mesure, ce seront le 1empéramen1
d'investisseur du client et les conditions de marchés qui viendront tempérer ou
amplifier les compor1emen1s.

i Le conseil patrimonial
L'activité de conseil patrimonial, scruccurée comme elle l'est aujourd'hui, est
récente. On peu 1la dater de la fin des années 80. Jusqu'à alors, beaucoup de profes-
sions liées au conseil revendiquaient la pratique du conseil patrimonial. Mais bien
peu avait un regard sur coutes les dimensions juridique, fiscale et économique du
patrimoine privé comme du patrimoine professionnel. Le conseiller patrimonial
moderne, véritable point géodésique du patrimoine global, doit développer des corn-
. pécences générales et spécifiques dans des matières aussi riches que diversifiées. On
~ anend de lui qu' il affiche des compétences dans les domaines du droit civil (droit de
i la famille, droit des libéralités, droits des successions, droit des biens, droit des per-
-11 sonnes), du droit social (droit de la protection sociale et droit du travail), du droit
E commercial (droit des sociétés), du droit fiscal (fiscalité de la personne physique et
~ fiscalité d'entreprise), ec encore de la comptabilité e1 de la gestion. Cene réalité se
~ retrouve dans le contenu des enseignements universitaires dédiés récemment à la
·ë- gestion de patrimoine. Il convient de noter que les champs du droit liés à la gestion
j de patrimoine offrent un large espace de liberté. Concrairemenc aux idées reçues, les
l:;- Français disposent d'oucils efficaces, simples d'ucilisation, pourvu que l'on en face
un emploi raisonné. Charge aux conseillers de le leur faire découvrir' .
0
0 L Exemple : ai1icle 1387 du Code ci\1iL

19
LE CONSEIL EN CiESTION DE PATRIMOINE

4 la combinaison des activités de conseil et de gestion

Comment utiliser les outils juridiques dans la réalisation d' objectifs financiers?
Selon la réponse, l'exercice du métier de conseil en gestion de patrimoine aura une
ceinte plu1ô1 juridique ou plu1ô1 financière.
Deux positions s' affrontent généralemenc. Il y a ceux qui considèrent le droit
comme un outil au service du financier'. Dans cene conception économique de la
gestion de patrimoine, on estime que le droit est un véhicule devant facil iter le mou-
vement des biens dans le temps et à 1ravers les générations. On peut remarquer que
grand nombre des étudi ants en mascer de gestion de patrimoine viennent de filières
de gestion et non de droic. À l'opposé, il y a les partisans du respect de l'application
classique de la règle de droit ne devant pas s'affranchir des principes de protection
de la paix familiale. Ou1re les risques fiscaux que font peser certaines préconisations
originales, il coiwienl aussi de mettre en avant Les risques humains de discordes.
Cenaines su-atégies peuvent se révéler de véritables bombes à retardement au sein
des familles. La fin économique ne justifie pas que l'on aie recours à n'importe quel
moyen de droit détourné de son objectif premier.
La vérité est certainement en1re ces deux positions. La gestion de patrimoine a
pour objectif exclusif de meure le patrimoine des individus à leur service, en 1enan1
compte des principes de modération qui gouvernent leurs relations. Au risque de
décevoir un grand nombre de conseils, la fiscalité n'est pas un objectif pa1rimonial,
même si la recherche d' optimisation reste le« spon préféré des Français ». Réduire
son as si eue d ' imposition ou son impôt passe par des choix d' in vestissements comme
des cadres juridiqu es donc les conséquences vont bien au-delà de l'économie fiscale.
D 'ailleurs, nombreux sont les conseillers qui one pu constater dans leur clientèle les
effets dévastateurs de cette quête quasi mystique.

5 L'exercice du conseil en gestion de patrimoine

La difficuhé liée à ce métier est double :


- Elle tien1, d'abord, à l'intimité nécessaire de la relation encre le client ec son
conseil ler. En Angleterre, on appelle les conseillers en gestion de patrimoine les
nu>neys doctors. La qualité de la relation humaine est déterminante dans la réu~sice
de la mission. C'est ce que l'on a désigné par relation commerciale. À la différence
d'un médecin qui n'a que des patients, le CGP a une activité marchande, qu 'il pro-
pose un conseil juridique ou un produit financier. Cet aspect commercial du métier
de gestion de pa1rimoine est encore lrOp souvent entaché d'une connmalion péjora"

1. Un des partisans de cet instJ'uinental isation du droit au service de La ou tière financière est Jean Aulagnier.
20
Le diagnostic patrimonial ..

cive, liée à une réalité historique non contestable, qui ne tient pas compte de Jadiffi-
cul!é et des qualités requises pour offrir à son interlocuteur une écoute efficace.
- Elle tient, ensuite, à la matière qu 'elle touche: l'argent. Il est inutile de rappeler
que la culrure judéo-chrétienne nourrie un rapport à l'argent paniculier que l'on
ne rencontre pas, par exemple, dans Je protestantisme' .

Le domaine d ' intervention du conseiller en gestion de patrimoine ainsi défini,


reste à fixer les modalités selon lesquelles il va réaliser sa mission.

6 Définition du diagnostic patrimonial

Le diagnostic patrimonial consiste à collecter les informations pertinentes du


client, à les organiser et à les traiter pour proposer des stratégies.
La collecte. Derrière ce mot simple se trouve la plus grande des difficultés. Il
s'agit, en effet, de capter des informations à travers des échanges matériels (de docu-
ments) et verbaux.
Première difficulté : les mots ren ferment les valeurs de celui qui les prononce.
Dans les discussions entre individus, Je premier réflexe est d' entendre son interlocu-
teur avec ses propres croyances et valeurs. Le message enregistré a donc de fortes
chances d'être faussé. La qualité de cene collecte repose sur la capacité d'écoute du
conseil.
Les informations pertinentes. La qualification de la peninence des informations
va dépendre du CGP. Des filtres vont nécessairement apparaître en fonction de son
historique propre, professionnel ou non. Selon son analyse, un tri s'opère narurelle-
ment entre ce qui est important de ce qui ne l' est pas pour le cl ient.
L'or ganisation des informations. Le diagnostic patrimonial revêt un aspect for-
mel incontournable. En la matière à chacun son style.
~ Traitement d es informations. La méthode de traitement des informations est
§ propre à chacu n . Il convient néanmoins d'être anentif au vocable employé. Laper-
~ ception par Je client du travail accompli peut être bi aisée.
-li
E Il peut s' agir:
~
g - d' un bi lan, c'est-à-dire d'une photographie du passé immédiat;
- d' une étude : un ensemble de travaux qui précèdent l'exécution d'un projet;
- ou encore d'un audit: procédure de contrôle pour vérifier que l'organisation
patrimoniale du client correspond à ses objectifs.

] 1. Voir sur œue •1>proche sociol ogique notam1nent M . Weber, L"é thiq"e 1m>1e.rta111e e1 l"e.rprit d" capita/i.011e,
0 Gallimard, 2004.
21
LE CONSEIL EN CiESTION DE PATRIMOINE

Si, sur le fond, le 1mi1emen1 abouti! à un même résulta!, ces crois documents (bilan,
étude et audit) semblent répondre à des anentes apparemment différentes. Le senti·
ment du client sur la qualité du travail réalisé dans un bilan n'est pas le même s'il
anendaic de son conseiller un document intitulé érude. Partant, le CGP peul suivre
une mul!irude de démarches dans son approche avec le client De manière générale,
le diagnostic patrimonial se décompose en crois phases : le recensement patrimonial,
l'analyse, ec la s1m1égie.

Section 2
LE RECENSEMENT PATRIMONIAL

Au fil du temps et des modes, de multiples techniques de communicalion ont été


développées. Leur utilisation excessive, parfois à la limite de l'agressivité, a fait la
renommée des démarcheurs financiers bien malgré eux. Pounanc, utilisées à bon
escient, il convient de reconnaître qu'elles facili1en1 l'échange encre le professionnel
ec le profane.
Après avoir présenté une méthode d'approche dans la prise de renseignements par
le conseiller, nous nous arrêterons sur le contenu même du recensement patrimonial.

1 La prise de renseignements par le conseiller en gestion


de patrimoine

Deux points apparaissent essentiels: d'une parc, l'identification par le conseiller


des anences du client et, d'autre pan, la présenllltion d'une organisation particulière
dans la prise de renseignements.

1.1 L'identification des attentes du client

Présentation

Utilisons un e image : à quoi peul bien servir une voirure de Formule 1 si l'on doit
faire le Paris-Dakar? Inversement, un véhicule cout terrain serait bien ridicule au
départ d'un grand prix.
Quel que soie le contenu de son savoir ou de ses compétences, la première de
coutes les précautions à prendre est de les adapter aux anences de son interlocuteur.
Il est peu1-ê1re inutile de réaliser une étude en profondeur pour un client qui souhaite
simplement meure en place une épargne. La démarche vise aussi à éviter une mul!i-
22
Le diagnostic patrimonial ..

cude d'embarras au rang desquels on peul re!fOuver une question complè1emen1 étran-
gère au domaine de compétence du conseiller. Si l'offre de conseil n'est pas en phase
avec la demande du client, i l est i nutile de poursuivre la relation. Par ailleurs, renoncer
à répondre à une question en dehors de son champ d'i ntervention n'est pas une preuve
d'incompétence, mais au contraire une preuve de lucidité plu1ô1 rassurante pour le
client De manière schématique, on retrouve deux types d'anence chez le client:
- soie il souhaite une réponse à une question bien déterminée ;
- soie il est dans l'anence d'une démarche globale.

L'approche spécifique
L 'énoncé d'une question particulière n'appelle pas, a priori, de longs développe-
ments. Elle peul se décliner soie dans le volet j uridique et fiscal, soi e dans le volet
économique.
Les questions d'ordre patrimonial que l'on renconcre sont, par exemple:
- la rédaction d'une donation encre époux ;
- la rédaction d'un engagement collecti f de conservation de litres;
- remplir une déclaration de revenus ...

Au plan financier, les questions semblent évidences :


- faire l'acqui sition d'une résidence principale ou secondaire;
- anticiper le financement des érudes de ses enfants ;
- valoriser un capi ml. ..

À ces questions prati ques, le client anend une réponse de même nacure. Sans que
cela présume de la plus ou moins grande complexité de celle réponse. Pour faire face
à cene demande, le CGP aura besoin d'un minimum de renseignements qu'il obtien-
dra par une évaluation simple de la siruation. Une grille de renseignements classique
est généralemen t utilisée, au sein de laquelle seront déterminés les moyens, les moti-
~ vacions et les objectifs poursuivis. La réponse qui s'en suie est généralement rapi de
§ et orientée vers un produit financier si la demande a un caractère économique, ou
] vers la rédaction d'un acte (ou l'orienmtion vers le professionnel compétent le cas
·E échéant) s'i l s'agit d'un besoin patrimonial. Il convient de préciser que dans ce
~ con1ex1e, la préconisation d 'un produi t financier, même rapide, n'est pas choquante.
g À une demande spécifique, il est répondu par un produi t particul ier adapté. En
·~ revanche, la relation encre le CGP et le client a de fones chances d'échouer si le
j conseiller propose à son in1erlocu1eur une démarche en profondeur cane d' un point
; de vue du recensement que de l'analyse. Elle est alors perçue comme crop i ndiscrète,
-'. en cous les cas incongrue. Dans son cravail de vérification le CGP, pourra néanmoins
] contrôler que, derrière la question simple formulée, ne se dissimule pas en réalité
o une problématique globale mal exprimée par le clienc. Profane, le client ne mesure
23
LE CONSEIL EN CiESTION DE PATRIMOINE

pas la peninence de cous les éléments de sa réflexion et ne livre, au moins dans les
premiers insiancs de la relation, que quelques bribes.

L'approche globale
A contrario, coutes les fois où le client exprimera des besoins plus larges, une
approche en profondeur s'imposera. On retrouve très fréquemment comme préoccu-
pations générales qui encrent dans ce type d'approche la protection du conj oint
survivant, la préparation de la retraite, la cransmis.sion de son entreprise. Tou ces ces
questions embrassent en même temps :
- la nacure des relations encre les individus ;
- la réparti tion des prérogatives, acruelle ou furure, sur les biens encre le conj oint
survivam et les enfants ;
- la fiscali 1é du patrimoine, des revenus, ou successorale ;
- la réparclclon des acdfs du patrimoine ;
- la perception de revenus complémentaires ...

Le niveau de renseignements requis pour répondre aux anences du client est bien
supérieur à celui réclamé pour une question spécifique. Dans ce cadre, la mission
du CG P est généralement fixée par convention pour limiter au mieux l'étendue des
travaux à réaliser. Ici, le CGP qui offrirait une solution «produit »simple ou éla-
borée, même parfaitement adaptée, serait indéniablement perçu comme un
marchand.

Démarche spédfique ou globale ?


Quel que soie le niveau de compétence du conseil, il y a des choses qui ne se devi-
nent pas. Et le meilleur moyen de connaître les anences de son in1erlocu1eur, c'est
encore de les lui demander. L'expérience nous montre que même si cela va sans le
dire, cela va mieux en l'écrivanc. Cela se matérialise par des questions élémentaires.
Exemples
« En quoi puis-je vous aider?», « Avez-vous une attente précise pour laq uelle vous
voulez une réponse du même ordre, ou souhaitez-vous, au contraire, une é tude approfon-
die de votre situation pour vérifier tous les paramètres qui pourraient influer sur la préco-
nisation ? », « Souhaitez-vous que l'on réalise un bilan global, ou les seuls éléments que
vous m'a\•ez confiés doivent me suffire à la construction d' une solution?», e tc.

1.2 La méthode d'approche

La méthode présentée suie un parcours ordinaire mais irréductible. Elle se décom-


pose en quatre étapes : la siruacion présence, les projets, les obstacles à la réussite du
projet, et les ressources nécessaires au projec.
24
Le diagnostic patrimonial ..

L'état présent
• L'écoute du client
Le CGP en1re dans la phase de découvene de son clienc. Il s'agit de faire connais-
sance. En la matière, il existe une méthode universelle qui esc celle du silence ec de
la reformulation des questions, pour faire préciser au maximum son incerlocuceur.
Elle conduit le client à mieux définir le sens de ses propos. Ce mode de communi-
cation cence d'éviter les a priori générés par les propres croyances ec valeurs du
CGP.
Exemples
Et donc? .. Pouvez-vous préciser ?Vous ê tes satisfait?... Cela pose problème ?Quelles
conséquences? Avant d'entrer dans les différentes sol utions que vous avez adoptées,
d'après vous, sont-elles efficaces? ... Et suffisantes?
Ceue phase d'écoute permet de vérifier le niveau d'aucorisacion octroyé par le
client au CGP dans le cadre d'une approche spécifique ou dans le cadre d' une appro-
che globale. Le clienc peuc, en effec, au fil des encreciens, exprimer des objectifs
ambitieux en ayanc livré peu d'éléments pour élaborer une s1racégie. Ec à l'impossi-
ble, nul n'esc cenu. Il suffira dès lors de lui faire remarquer que son niveau d'exi-
gence esc prufai cemenc inadapté à la qualité des éléments qu 'il aura fourni.
Elle offre aussi un regard sur le niveau de stress du client par rappon à la problé-
matique qu 'il soulève. Il peul avoir une vision confuse de sa sicuacion patrimoniale
alors qu 'elle se révèle sans difficulcé. Cene écoute perme11ra finalement de rassurer
le clienc ec de le confoner dans ses choix.
• L'inventaire patrimonial
Il correspond à la panie chiffrée de la phase de découverce du client Dans la pre-
mière panie de l'en1recien, le CGP a dCl relever les informations relatives aux scruc-
cures j uridiques qui composent le pa1rimoine1• Si la connaissance qualitative de ces
différences composantes esc essentielle, la connaissance quancicative va permenre de
~ mieux appréhender les enjeux des questions soulevées. Le CGP esc-il face à des
§ enjeux financiers significatifs ou à des questions de principe encre différents indivi-
~ dus auxquels il peul répondre seul ? Cene mesure esc d'importance, car elle va
-li
.E permenre au CGP de vérifier si les solutions envisageables nécessicenc ou non l' in-
~ cervention d' autres professionnels du conseil. Il pourra ainsi valider, soie un travail
~ complémencaire à réaliser avec les panenaires accuels du clienc, soie proposer une
·~ offre de service globale avec ses propres panenaires.
~
l
~

]
0 1. Voir !W(Jrâ, section 2 point 2.6.

25
LE CONSEIL EN CiESTION DE PATRIMOINE

Méthode de collecte des informations


Il est toujours craint que l'interlocuteur ressente négativement cet interrogatoire sur le
contenu financier du patrimoine. li s'agit, alors, de montrer que le quanta n'est qu'un élé-
ment parmi tant d'autres. Pour y parvenir, différentes m éthodes existent.
Exemple: Vous détenez quoi? Depuis quand? Vous l'avez reçu comment (achat, donation,
succession) ? Combien? (~aspect quantitatif sera toujours réservé pour la fin !)

Les projets
Cene seconde phase vise à détenniner l'état désiré dans lequel le client souhaite-
rait se retrouver une fois la stratégie mise en place. Il s'agit de définir les objectifs
mais aussi les contraintes de gestion. Autrement dit, il y a ce que le client désire, et
la manière selon laquelle il va y parvenir. Le contrôle est toujours présen1. Le CGP
vérifie en permanence la sincérité des infonnations délivrées par le clien1.
Exemple de questions
Idéalement, quelles mesures sont nécessaires ? En quoi est-ce utile ? Est-ce simplement
utile pour vous, ou également pour d'autres? Pour q uel objectif? Comment saurez-vous
que vous ê tes dans la bonne direction? Comment saurez-vous que vous avez atteint votre
objectif?
La dernière question donne un indice particulièrement intéressant pour le CGP. Il peut ainsi
noter les critères de réussite définis par son client pour les constater le moment venu.

Attention
Comme cela a été rappelé précédemment, la fiscalité n'est pas un objectif patrimonial.

Les obstacles à la réussite du projet


La volonté n'est pas 1ou1. Des freins à la réussite existent, ils peuvent être exté-
rieurs ou propres à soi. Les identifier permet d'évaluer les chances de réussite, a
priori, du projet. Il est évident que si le client exprime en même temps des contre-
indications rédhibitoires à la mise en place de la stratégie, il y a peu à anendre de
son succès. Ici, on mesure aussi le niveau de motivation du client, car ne perdons pas
de vue que choisir une stratégie, c'est aussi renoncer à autre chose. Par exemple,
donner la nue-propriété d'un bien, c'est renoncer à sa libre disposition. Il serait
dommage d' inscrire un client indécis dans une stratégie irréversible.
Il faut enfin connaître ces aversions à la perte (quantitative), à la dépossession
(valeur affective) et au risqu e (aléas immédiat et futur). Ces trois aversions dévelop-
pées par la finance componementa)el influencent La prise de décision du client. Il est

L Voir les travaux de Daniel Kahneinan, prix Nobel d'économie en 2002.


Le diagnostic patrimonial ..

donc nécessaire d'établir un cadre de référence de ce qui est supportable ou non,


pennenanc de menre en perspective les choix et leurs conséquences.
Exemple de questions
Existe-t-il un a~pec t qui vous empêche de réaliser votre objectif? Existe-t-il des incon-
vénients, pour vous ou pour d'autres? Et si jamais vous n'y arrivez pas? .. Que per-
driez-vous? Etc.
Cette phase importante, s'il en est, révèle les contraintes fixées.

Les ressources nécessaires au projet


Cette phase identifie les moyens concrets que le client est prêt à mobiliser pour
parvenir à son objectif.
Exemple
Le client souhaite obtenir un capital de 1 lXXl lXXl €dans 10 ans. Pour cela, il est prêt à fuire un
effort d'épargne annuel de 50 (XX)€. Or, pour atteindre son objectif avec les ressources qu'il est
prêt à y consacrer, il faudrait soit que le taux de rentabilité annuelle soit supérieur à 14,5 %, soit
pour un taux plus raisonnable de 5 % qu'il consente à allonger le tenue à plus de 14 ans.

Exemple de questions
De quoi avez-vous besoin pour réaliser votre objectif? Que vous faut-il exactement pour
réussir? Les avantages sont-ils plus importants que les inconvénients? De quels moyens
disposez-vous en termes de partenaires, d'épargne, de capital? De qui avez-vous
besoin ? Que décidez-vous? Quand commencez-vous ?

Inventaire patrimonial
ÉTAT PRÉSENT PROJETS
Données non chiffrées

FREINS RESSOURCES
Pourquoi le client Comment il est prêt
ne ferait ou à faire
n'y arriverait pas

Figure 2.1 - Synthèse

Le conte nu du recensement pat rimonia l

L 'offre en logiciels pour faciliter le travail des CGIP est aujourd'hui conséquence.
] Généralement de bonne faccure, on peul néanmoins leur faire un reproche lié à leur
avantage : la sc.andardisacion des données. Pour les clients à la surface financière
0

27
LE CONSEIL EN CiESTION DE PATRIMOINE

res1rein1e, ils conviennent parfaitement En revanche, ils se prêtent moins aux patri-
moines plus étendus et complexes.
Quelle que soit la méthode employée, le recours à un document de synthèse s'im-
pose pour plusieurs raisons :
- il fournie au client un étal clair de sa situation, à lui faire valider;
- il matérialise aux yeux du client l'emploi des données confidentielles qu'il a
fourni au CGP ;
- ce document délivre un premier aperçu des qualités in1rinsèques du CGP. Il
mon1re au client sa capacité de synthèse, sa clané, et son efficacité ;
- enfin, il donne une indication supplémentaire au client sur la démarche globale
en1reprise.

Sauf cas particulier, si cene étape n'est pas franchi e, cela peul ê1re un signe que le
CGP n 'a pas l'adhésion du client. Dans ce cas, il est préférable de stopper la
relation .
Les éléments présentés ci-après n 'ont pas la prétention d' être exhaustifs. Ils sont
une illus1mcion de la démarche proposée tan! sur le fond que sur la forme. Retenons
toutefois que l'on mesure la qualité d' un conseil à ses questions et non à ses
réponses.

2.1 La situation familiale


On encre ici dans l'incimicé du client. Il s'agit de mêler des prises d'informations
basiques et plus techniques.

État civil

Âge/date de naissance des époux.


Prénom des enfants/âges/régime matrimonial s'ils sont mariés/profession.
Prénom des petits-enfants/âges.
Nom/prénom/âge des parents du client.

Nature du régime matrimonial. Il permet de connaître la répartition de la pro-


priété des biens encre les époux. Une déclaration d' ISF ne la précise pas. S' il s ont
fait un contrai de mariage, il est important d'en avoir la copie. Il arrive fréquemment
que les clients ne soupçonnent pas le contenu ingénieux de leur convention.
En présence d'un régime de communauté, les récompenses sont fréquences et
peuvent créer un passif dans la succession . Il faut alors ventiler les biens en fonction
de leur narure juridique :
Le diagnostic patrimonial ..

- biens propres de Monsieur;


- biens propres de Madame ;
- biens communs.

En présence d'un régime de séparation de biens, i l convient de vérifier la peni-


nence du régime au j our de l'analyse :
- soie le régime de la séparation de biens a été respecté et l'un des époux ou les
deux one constitué un patrimoine propre imponan c grâce à une réussite profes-
sionnelle ou un héritage. Dans cene hypothèse, le régime ne protège plus le
patrimoine contre le risque économique si c' est celui qui détient l'in1égrali1é du
patrimoine du couple qui en suppone le risque ;
- soie le régime de la séparation de biens a pu aboutir à un déséquilibre des patri-
moines encre Monsieur et Madame, ce qui peul être un inconvénient pour la
pro1ec1ion du conj oint survivant selon l'ordre des décès ;
- soie le régime n'a pas été respecté et 1ou1es les acquisitions one été faites ensem-
ble (indivision). Auquel cas, il conviendra de vérifier si un régime communau-
taire semble plus adapté.

2.2 La situation sociale


Il s'agit d' identifier le staruc et le régime social auxquels les clients sont soumis:
- profession de Monsieur, de Madame ;
- identi fier les différents mandats (gérant, administrateur, présidenc. .. );
- selon le cas, demander si un chiffrage de la retraite a été réalisé.

Question
Quel est le ni l'eau de risque économique qui pèse sur I' octivité ? Cette question anodine per
met de vérifier si une intervention éventuelle sur le régime matrimonial est envisageable.

2.3 Les libéralités antérieures


~ Dans cene étape, il s'agit d' identifier les différences mutations à 1i1re graruic (dona-
i lions et testaments) qui sont intervenues dans le champ familial au sens large :
-li - Un 1escamen1 a-1-il été rédigé? Si oui, quel est son contenu ?
E - Une donation encre époux a-t-elle été rédigée? Si oui, en relever la copie.
~
g Anencion il n'est pas rare que certains clients aient rédigé sans le savoir des actes
·~ paniculiers. À cicre d' exemple, on trouve régulièrement des donations encre époux
j qui ne contiennent qu'une seu le option : 100 % en usufruit Jusqu'à la loi du 23 juin
:;- 20061, cene rédaction pouvait se révéler inadaptée par rapport à la capacité du
..J

] 1. La loi du 23 jllin 2006 a modifié la règle d'i mputation pour év i1er celte conséquence L« ue de la loi du
O 3 décembre 2001.

29
LE CONSEIL EN CiESTION DE PATRIMOINE

conjoint survivant de revendiquer aussi le \4 en pleine propriété de la dévolution


légal e. À ce stade de prise d'infonnacions, l'objectif n'est pas de commencer une
analyse sur le vif du contenu des actes. Il s'agit simplement de recueillir les éléments
qui penne11ron1 ensuite de rendre une anal yse précise de la situation juridique des
clients.

Pour éviter de répondre à des questions alors que ce n'est pas l'o bjet du rendez-vous, géné-
ralement les conseillers diffèrent leur réponse.
Exemple:« Je note que cette question vous intéresse, nous y reviendrons lorsque je vous
présenterai le résultat de mon analyse.»

- Si un parent est décédé, comment s'est déroulée la succession? Le défunt


avait-il consenti une donation encre époux au profil du survivant ? Le parent vivant
a-1-il pris 100 % en usufruit ou une autre option ? Quel est l'étal de la forrune des
parents? One-ils reçu des donations de leurs parents? Si oui, quoi, quand et com-
bien ? Si cela paraît significatif, ou s'il y a un démembrement, en demander lacte.
Si s'agit d'une donation de parcs de SCI, demander l'acte.

Dans l'acte de donation, en général au moins six inform ations sont intéressantes:
- Date: pour le rappel fiscal.
- Qui reçoit ..
- Quoi et combien.
- Si démembrement :y a-t-il une cla use de réversion d'usufruit?
- Si donation de parts de SCI, quelle valeur a été retenue?
- Y a-t-il une clause d'exclusion de communauté?

En présence de plusieurs enfants, coutes les donations autres que les donations
parcages peuvent contenir un risque juridique. Il peul être intéressant de connaître
les misons pour lesquelles les clients one procédé de la sorte. Il convient de partir du
principe que ces motivations one !Oujours une source valable.
Exemple
Un client d onne, e n 1992, un appartement à l' un de ses e nfants qui part faire ses é tudes
à Paris, Valeur 1 MF, donation simple en avance d' hoi rie. En 2007, son deuxième enfant,
à son tour d ébute des études supérieures à Bordeaux. Il souhaite lui faire aussi la donation
d'un appartement d'une valeur de 150 000 €. Valeur de l'appartement parisien:
400 000 €.
30
Le diagnostic patrimonial ..

Question : A-t -il conscience des difficultés j uridiques q ue cette situation peut occa~ion­
ner dans le temps?

2.4 Les objectifs patrimoniaux


Les objectifs peuvent être soit purement financiers, soit purement patrimoniaux,
soit la combinaison des deux. Chaque conseiller développe un champ de compé-
tence et d' activité qui lui est propre. Définir au préalable avec précision les anentes
du client évitera pour les uns comme pour les autres de faire fausse mute.
Exemple
Objectifs patrimoni aux : transmission, protection d u conjoint survivant, protection
d' un enfant diminué, etc.
Objectit:~ financiers : construction, recherche de revenus complémentaires, constitution
d' un capital, financement des études des enfants, la retraite, etc.
Une fois les objectifs définis, il convient de les hi érarchiser par ordre de priorité
et selon la durée de l' investissement. Cene précision est essentielle pour la construc-
tion d'u ne stratégie et d'un plan de travail adapté.

2.5 Les contraintes de gestion


Après la définition de l'objectif (quoi?), il faut établir la façon dont le client sou-
haite y parvenir (comment?). Il fixe son idéal.
Avantages:
- Cela vient d e lui.
- Si ce n 'est pas atteignable, le CGP l' identifie immédiatement. Il n' esl pas obligé
de poursuivre la relation. Est-ce bien raisonnable de courir après un objectif
qu'on ne pourra jamais atteindre' !
- Cela perme! de vérifier que ce que le client anend de son CGP entre bien dans
le champ de ses compétences, et non pas celles de l'avocat, du notaire ou de
l'expert-comptable.
~
-li Exemple
E Comment va-t-0n arriver à voire objectif? Comment saura+on que nous y sommes parvenus?
~
g
·~ 2.6 La composition du patrimoine privé
~
l C' est une photographie complète du contenu du patrimoine privé.
~

]
0 L Voir i11/rü, section 2.

31
LE CONSEIL EN CiESTION DE PATRIMOINE

Parmi les questions à poser


Est-il suffisamment di versifié selon vous? Les liquidi tés sont-elles suffisantes ou sura-
bondantes ? Y a-t-il un déséquilibre entre le patrimoine de Monsieur et celui de Madame ?
La pression fiscale est-elle maîtrisée? Quel degré de risque est accepté dans la gestion
de ce patrimoine ? Etc.

Tableau 2.1
Communauté/ Passif
Monsieur Madame Total
indivision
Marché monétaire·

Compte sur livret


Compte chèques
Assurance-vie

Total

Marché financier: 1

PEA
Comptes titres
Assurance-vie

Total

Marché immobilier: 1

Résidence princ..
Résidence sec.
LOC<>tlf
SCPI
SCI
Total

Total global _J

Renseignements relatifs aux sociétés civiles


Comme cela a été précisé dans le chapitre relatif à la société civile, lorsque le
capital social est faible et que le bien détenu par la société civile a été acquis à crédit
et dont le financement est terminé, alors des comptes courants d'associés sont pré-
sents. Seule une comptabilité correctement tenue permet de les matérialiser. Si ce
n'est pas le cas, il y a de fones probabilités pour que la déclaration d'ISF, s'il y en
a une, soit mal rédigée. Elle ne peut faire apparaître ses comptes courants, et la
val eur des parts sociales est général ement estimée pour la valeur du bien, ce qui est
faux.

32
Le diagnostic patrimonial ..

Exemple
Associés:
-M:X%.
-Mme: Y %.
- Enfant 1 : W %.
-Etc.
Capital:
Val eur des biens :
- À l'achat
- Auj ourd'hui .

Financement :
- À crédit ? En cours ou terminé ?

Revenus:
Charges:

Renseignements relatifs à /'assurance-vie


Il s'agit de colleccer des données. Ce n'est pas le moment de faire l'inventaire de
cous les avantages de l'assurance-vie, ou de critiquer la rédaction d' une clause béné-
ficiaire, etc.

Tableau 2.2
Intitulé du contrat/ Date de versement
Date de souscription Clause bénéficiaire
souscripteur des capitaux

~
§

] Renseignements relatifs aux valeurs mobilières


E
-; Il s' agit de conn aître la façon donc sont gérés ces ac-tifs. La personne les gère-1-elle
i seule, ou par ) 'intermédiaire d'un professionnel ? Quelle s1m1égie de gestion ?
·~ Qu elle répartition géographiqu e, seccori elle, etc. ?
~
{ Exemple
Sur la diversification sectorielle : services, banque, assurance, distribution, bâtiment,
pétrole, e tc.
Sur la divers:ification géographique : Amérique, Europe, Asie, e tc.

33
LE CONSEIL EN CiESTION DE PATRIMOINE

Sur le nombre de lignes : s'il y en a beaucoup trop, si certaines sont insignifiantes ou


conséq uentes par rapport au capital, lignes en plus-values ou moins-values, etc.
Sur la répartition du couple rendement/ri~que: % risque,% sécurité, %coté,% non coté, etc.
Si le portefeuille est démembré : qui d e l'usufruicier ou du nu-proprié taire paie
l'impôt plus-value?

2.7 La composition du patrimoine professionnel


Un schéma évite bien des difficultés de compréhension. Les informations compta-
bles sont nécessaires pour appréhe nder la situation économiqu e de l'entreprise, son
mode fonctionnement et ses propres contraintes. Ell es menent aussi en lumi ère la
méthode de gestion du chef d 'entreprise.

SAS BIG Business

A D

Figure 2.2
Exemples
Avez-vous réalisé un engagement collectif de conservation de titres : JSF/ transmission ?
Existe-t-il un pacte d'associés?
Avez-vous songé à la transmission de votre entreprise, totalement ou partiellement?
Avez-vous des projets de développement, de croissa.nce interne ou de croissance externe ?
Souhaitez-vous ba<.culer une partie de votre richesse industrielle dans voire patrimoine privé?
Pour y parvenir, êtes-vous prêt à intégrer un tiers au capital ?
Etc.

2.8 La fiscalité

Impôt sur le revenu

Il convie ne d e se munir des a vis d ' imposicion comme de la d éclaration elle-même.


En effet, certaines informations essentielles n 'apparaissent pas dans la première
(ex.: ligne EE, les revenus soumis à prélèvement libératoire). Le contribuable a-t-il
fait une dem ande en restitution sur le fondement du bouclier fiscal ?
34
Le diagnostic patrimonial ..

Les revenus fonciers: déclarations 2044 /2072


Il peul être intéressant de dresser le tableau suivant afin de mesurer la véritable
rentabilité du patrimoine immobilier. Pour cela, encore faut-il prendre la valeur du
bien pour son prix de marché acruel.

Tableau 2.3
lmmeuble1 Immeuble 2 Immeuble 3 l
Revenus bruts avant charges
Revenus bruts après charges
Revenus nets après 1R
Valeurvênale (prix du marché)

Taux de rendement avant ISF

Taux de rendement après ISF

L'impôt sur le patrimoine: /SF


Assiene mxable/cranche maximum/montanc.
Vérification de l'opcimisacion du plafonnement Plus tard, il sera !Oujours temps de
comparer avec l'ucilisacion du bouclier fiscal, la meilleure des deux parades pour
réduire la pression de cet impôc.

2.9 Le bilan retraite


Selon l'âge du client et de ses préoccupations, il peut être nécessaire d'avoir une
vision précise de cene projection.

~
§
~ Section 3
~ L'ANALYSE PATRIMONIALE
~
g À partir du recensement patrimonial, il s'agit de vérifier si oui ou non ce qui
·~ a été réalisé par le client est en adéquation avec ses objectifs et ses contraintes
j de gestion. L'objectivité de l'analyse est garantie parce qu ' elle se fonde sur des
; informalions inconiescables, celles communiquées par le clieni lui-même. C'es1
-'. dans cene phase que le CGP dévoile ses compétences techniques. Il peul être
] confronté à un dilemme: comment annoncer les résul!acs d'un choix mal éva-
o lué? Même si un conseiller n'a pas à rechercher la popularité, il saie aussi ce
35
LE CONSEIL EN CiESTION DE PATRIMOINE

qu'il advient du messager de mauvais augure. Il convient alors d'adapter le fond


à la forme.
Dans cene phase d'analyse, ici encore, plusieurs formes de présentation sont pos-
sibles. Elle doit être adaptée à la siruation patrimoniale du clienc. Cenains distin-
guent l'audi1 économique de l'audit juridique. D' autres auront plu1ô1 tendance à
suivre une méthode thématique selon les objectifs énoncés par le client

Sect ion 4 LA STRATÉGIE PATRIMONIALE

Elle se décline sous ses crois aspects juridiques, fiscaux et économiques.


L'ordonnancement de ces anribucs est dépendant des anences du client Il est difficile
de préconiser une méthodologie particulière. Le CGP s'adapte en permanence.
Quelques précautions de bon sens peuvent être néanmoins énoncées :
- Répondre direc1emen1 aux questions qui sont posées. Un client n' anend pas de
son conseil qu ' il fasse un cours ou un livre sur sa problématique. Dans ce sens,
les documents de plusieurs dizaines de pages, sauf cas particuliers, sont à pros-
crire. Ils ne rassurent et ne servent que ceux qui les rédigenc.
- Adopter une démarche pédagogique : le CGP est amené à utiliser des notions
familières pour lui mais à chaque fois découverte par le clienc. Le principal
reproche formulé à l'encontre de certains conseils est le langage abscons usité.
Ce n'est pas un facteur positif qui incite le client à s'inscrire dans une stratégie,
et ce quelle que soie sa pertinence.
- Les comparaisons de stratégie éven1uellemen1 proposées doivent s'anacher à
présenter les facteurs soumis à la comparaison. Il s'agit d'éviter de comparer des
éléments incomparables.
La dimension
émotionnel le
3 de la gestion
de patrimoine
Pascal PINEAU

P arl er d'une gestion globale du patrimoine, c'est prendre le risqu e d'être géné-
raliste et d ' oublier la notion de spécificité de chaque cas. Cependant, ces deux
approches, globale et spécifique, sont indissociabl es. En quelque sorte, i l s'agit de
travailler à la louche et à la loupe.
Faire systématiquement ce chemin de la louche à la loupe, et inversement, est
nécessaire pour v alider, ou non, un ensemble de solucions. C'est reconnaître que ces
alternatives ne sont souvent qu'une ébauche. C'est revenir sans cesse sur ce qui est
commun et sur ce qui est différencianc. Là se trouve la critique constructive de son
propre travail en cane que conseill er en gestion de patrimoine. C'est i ci que l'on gère
l'angle more de 1ou1e prise de décision. C'est ce décai 1anodin, plus ou moins pris en
compte, qui donne la préconisation juste et pas juste une préconisation.
Le principe de précaution nous demande donc de partir de notre plus petit déno-
minateur commun, de ce qui nous est universel, de ce qui représente la genèse de
notre patrimoine. Il nous ramène ainsi, avec émotions, à notre première v aleur, notre
premier actif: notre nom patronymique.

Section 1 Le nom patronymique, le premier titre de propriété


Section 2 De la propriété à l'utilité

37
LE CONSEIL EN GESTION DE PATRIMOINE

Section 1 LE NOM PATRÇ>NYMIQUE, LE PREMIER TITRE


DE PROPRIETE

Noire nom pa1ronymique est porteur de l'histoire vécue par les nôtres et il est
parfois déjà lourd d'impacts sur les décisions futures à prendre. Le conseiller en
gestion de pa1rimoine se doit d' intégrer cene donnée. C'est d'ailleurs cet élément
qui lui a pennis d' obtenir un rendez-vous (par recommandations, par prescription ou
par téléphone) pour présenter son activité et ses services. C'est le point de dépan de
1ou1e relation humaine, commerciale et con1racmelle. Mais le conseiller a-1-il déjà
fait le lien avec la gestion de patrimoine si globale et si dédiée?

1 De la famille

Dès notre conception, les nôtres nous intègrent déjà dans la lignée de La Famille.
Ils nous projenenc dans l'histoire, nous imaginent un métier, un posi1ionnemen1, une
qualité de vie ...
Pour assurer ce scénario, ils nous équipent souvent de leurs propres valeurs - de
ce qui est bien et mal, de ce qui coO!e et de ce qui rappone, du degré d'autonomie
ou de coopération dans un projet, des droits et devoirs et de coutes les dérogations
possibles pour parvenir à ses fins. Et pour les plus chanceux, de moyens matériels,
de biens et de capitaux.
À chacun de prendre ou de laisser ce cadeau. C'est avec leur nom patronymique
que nous allons signer et engager notre vie. Ce nom, noire nom, recouvre de nom-
breuses réali!és : noire réputation, notre image, noire origine famil iale, nos réseaux
relationnels induits, notre puissance financière, nos entités s1rucmrelles et déjà nos
successions à prévoir ! À chacun selon sa famille_ Mais déjà, je possède !
Et même sans aucun acti f financier, je peux gérer un po1en1iel. Toue n'est pas écrie,
bien entendu, et heureusement, mais en filagramme, l'espoir des nô1res vibre. À
partir de ce constat, nous pouvons décider, quel que soie l'âge d'ailleurs, de ne pas
suivre la voie tracée et de renier ce nom.
Ou de le garder et de se faire un prénom. Exister. ..

2 De l'impact de notre famille sur la qualité de notre signature

Ce nom nous donne aussi la qualité de noire signature : ouvrir un compte en


banque, investir, devenir propriétaire de biens concrets, val ider les écrirures des
au1res, protéger les miens, témoigner du passé, prouver mes droits et mes
devoirs ...
La dimension émotionnelle de la gestion de patrimoine . .

Je suis qui je signe.


Mon nom pacronymique devient une valeur plus ou moins reconnue des autres,
voire du marché. Dans une approche patrimon iale digne de ce nom, i l serait dom-
mage que le conseiller en gestion de patrimoi ne ne prenne pas le cemps de relever
les effets induits de l'histoi re de ce nom.
En faic, qui signe ?
Monsieur D. ou Monsieur D. investi d'une mission de tradition familiale - de la
sienne ec prufoi s de sa belle famille! La qualité de ma signacure peuc-êcre une res-
source, un accél éraceur, un créateur de droic comme une limite à mes projets, à ma
conception d'i nvescissemencs - on n 'a jamais dans notre famille fait de telles opé-
rations, ça ne se fait pas, ce n 'est pas bien.
D'où viennem ces« on, ça, ce»?

i Du poids de la tradition familiale sur la stratégie patrimoniale

Quel esc le service réel de cene fil iation dans un monde en perpéruel mouvement
avec de nouveaux outils financiers ec de nouveaux cexces de loi s?

Qu.elle est votre stratégie patrinumiale ... peul se révéler une question complexe.
T radu isons-la par: Exi sce-c-il une ligne directrice personnelle quand vous prenez
des décisions quanc à vocre patrimoine? Souvent, cene ligne n'esc pas conscience. li
peuc êcre i mporcanc de la définir pour mieux comprendre la motivation du client, son
moci f d'action. !Les premiers acces patrimoniaux enclenchent, s'ils sonc réussis, une
croyance positive du dispositif de prise de décision. L a validation des éléments rete-
nus, du mode de réflexion ec de calcul, des conseillers sollicités se fonc par la vali-
dation des résulcacs souhaités ec obtenus. La fin j ustifie les moyens.
On ne change pas un processus qui fonctionne ec qui apporte le résulcat escompté.
~ On le valide comme vrai. Ma manière de voir l 'environnement, de gérer les
§ contraintes et les opportunités est la bonne, la meilleure ! Telle est ma croyance.
~
-11 Bien évidemnnenc, l'inverse esc vrai : l'échec d' un montage, par un effec de géné-
.E ralisation, écane un système complet de prise en compte du problème ec des facteurs
~ ~
qui lui sonc associés : un produit, une fiscalité, un individu, un rythme de décision,
g
• un environnemenc. .. Rares sonc ceux qui analyse ne séquence par séquence ce qui esc
·ë- à garder ecce qui esc à remenre en cause. Le cerveau par un raccourci (crop) rapide
j
Q.
décide que c'esc dorénavant ainsi que« ça marche» ou que« ça ne marche j amais».
~ Vous remarquerez que« l'honnêcecé »du cerveau n' esc pas couj ours une donnée fiable.

] A i nsi, il ex iste une vraie stratégie (ec pas touj ours la meilleure) qui nous anime.
o Nous avons cous remarqué que les scénarios d'investissement decercains clients sonc
39
LE CONSEIL EN GESTION DE PATRIMOINE

verrouillés: «J'ai toujours acheté mes investissements avec un apport personnel de


30 % en eaux fixe ec amortissable, alors même si c'esc mieux de faire un crédic in
fine, je maintiens ma décision.»
Et donc, dans certains cas, la solution n'est pas optimisée. La gestion de patri-
moine est globale, elle prend en compte des données qualitatives de l'histoire de vie
du client - son scénario de vie, le conseiller peul essayer de les traiter, de les relati-
viser en montrant que le con1ex1e et les objectifs ne sont plus les mêmes. Il doit
surcout ne pas oublier qui signe.
Le respect de la relation humaine, pas !Oujours porteuse de la solution la plus
optimale, esl la base de cet intuitu personae.

4 De la personne et de son patrimoine mesurable

Ce patrimoine, obtenu par héritage ou par acquisition, est vivanc. Il évolue, fluctue
et le marché lui donne l'occasion d'être mesuré, pesé, arbitré. Son propriétaire est
sollicité pour élaborer un bilan patrimonial no1a mmen1 par son conseiller (ou la
concurrence qui y voie une pone d'entrée en vue d' une déstabilisation po1en1ielle)
afin de conslater la bonne santé des comptes, des acquis et des flux financiers. Tel
un vrai bilan, l' idée est de répenorier son actif et son passif bien entendu, mais aussi
d'aller jusqu'à la prise en compte des éléments personnels et professionnels.
Souvent, le lu>rs-bilan est négligé : les assurances (hors capitalisation), les respon-
sabilités, les cautionnements ec nantissements, le mode réel de détention des biens,
les héritages à venir. ..
Ces données sont incontournables, et une fois de plus, c'est par ces éléments
que le conseiller accède à la gescion globale du patrimoine. Il s'agic donc bien
d'aller au-delà de ce qui pèse uniquement sur le plan comptable. Le simple ven-
deur de produits financiers basiques, de solution one slu>t ne s'intéresse pas ou
peu à ces éléments - presque invisibles : il n' a pas besoin de les prendre en
compte, il n'aura pas à gérer l'histoire de sa vente. Pour le client, c'est un des
marqueurs de crédibilité de son in1erlocu1eur : à qui vais-je confier la gestion de
mes biens ?

5 Du pouvoir de disposer de son patrimoine

Posséder c'est avoir du pouvoir. Notamment celui de choisir: l'arbitrage.


Pour pilocer son patrimoine, dans un souci de c<>hérence (c' esc le cas le plus sou-
vent rencontré), son propriétaire, nourrie de ses expériences, définie donc une ligne
de conduite. C'est d'ailleurs une des premières décisions qu'il va prendre et qui peul
changer dans le temps: vais-je piloter seul ou m 'entourer?
40
La dimension émotionnelle de la gestion de patrimoine . .

Quel degré d' autonomie' vais-je laisser au professionnel de la gestion de patri-


moine pour arbitrer - mandat sous gestion, accord de principe par prise d'avis,
ratification de chaque mouvement? Et ce degré d'autonomie accordé n'est pas tou-
jours lié au degré de compétence de l'un comme de l'autre d'ailleurs. Cene expé-
rience de pouv<>ir délégué, voire transféré- selon les résul!ats obtenus et leurs prix
à payer (en temps, en énergie, en argent, en con flics), sera dé1erminan1e lors de la
préparation del.a transmission du patrimoine avec les débats démembrement, indivi-
sion, mandataire, pacte familial ... Ne pas reproduire les sources d'échecs ou valider
les facteurs de succès d'hier aux miens. La boucle est bouclée ...

Section 2
DE LA PROPRIÉTÉ À L'UTILITÉ

1 Du patrimoine global au service d'une mission spécifique


Quelle est la mission de ce patrinu>ine, quelle e.~t son utilité aux yeux de son
propriétaire ?
En effet, hormis ceux qui considèrent (el il y en .a) que le bue est d' avoir plus,
!Oujours plus, d' autres pensent que leur patrimoine est un outil au service de quelque
chose de plus noble : la protection des leurs, la vie sans souci lors de la retraite, la
possibilité de changer le monde par la réalisation d' un projet, d' une création, d'une
invention, l'indépendance pour faire ce que l'on souhaite... Une solution patrimo-
niale qui ne répondrait pas à cet aspect (peu révélé par le client car trop souvent non
recherché par son conseiller) ne saurait durer à travers le temps. Le conseiller pas-
serait ainsi du pourquoi (origine de la problématique) au pour quoi (destination de
la solution) : quel en est l'enjeu?

~
§ 2 De l'objectif à un besoin de gestion spécifique
~
-liQuelle gestion serait la plus adaptée eut profil de ce client compte tenu de son
E objectif et de la durée estimée de réalisation ?
~
g La prise de risque est aussi une histoire de vie dans sa globalité à rapporter à l'ins-
·~ cane présent: l'enjeu réel de son objectif. Cenains clients alors qu ' ils one largement
j le temps et les liquidités de se positionner sur des contrats à échéance moyen-long
; 1erme boyconem des solutions de 1ypes ass1.1ra1u:-e-vie ou inveslissemenis en valeurs
..J

]
0
1. Voir Le <<>nreil "" ge.'1i"11de11a1rinwi11e, 11m1dre
édiLions Afnor, 2012 .
.~>i11 de .te.• diefll.<, par Claude Lajugée et Pa.<eal Pineau aux

41
LE CONSEIL EN GESTION DE PATRIMOINE

mobilières. Une aberration pour les professionnels, une décision invivable pour les
pmpriécaire~. La rencabilicé parfois obsédance pour cenains cliencs ec conseillers
n'esc qu'une donnée (à faible coefficienc de pondération) pour d 'aucres. C'esc une
fois de plus un couc qu'i l fauc gérer, le couc du client
L e profilage des accifs de cype Prudent, Équilibré, Ojfensifesc un débuc de réponse
donc la Di reccive MIF a précisé les concours pour évicer les abus. Cependant, même
contrôlée, et même bi en bordée par les textes réglementaires, la gestion pacrimoniale
est avant tout une gestion de croyances personnelles.
Se positionner sur des taux variables pour l'acqui sition d'un immobilier locati f
(dans la mesure où objectivement c'est le meilleur taux et la meilleure configuration
compte tenu du marché) peut-être mal vécu par un client de typologie prudent. Son
interprétation pourrait êcre: j'achète à crédit avec une dette indexée sur la Bourse!

i De la gestion patrimoniale au management du patrimoine

Car i l s'agit bien de manager un individu, un client (avec un nom pacronymique)


et ses croyances (comme une règle de gestion de son pacrimoine), ses aversions et/
ou appétences aux risques, ses droits et ses devoirs sur ses biens : un vrai manage-
ment de con1rain1es et d'opportunités à la fois du client mais aussi du marché.
L a finance comportementale (selon Daniel K.ahneman, lauréat du prix Nobel
d'économie en 2002) nous apprend que l'on ne gère pas l 'argent d 'un individu mais
un individu qui a de l'argent!
T ransformer les éléments, les souhaits, les croyances de la vie quotidienne du
cl ient en positionnements j uridiques et financiers, telle est la mission du conseiller
en gesti on de patrimoine. Plus le pacrimoine est conséquent, plus la diversification
semble faci le. Quoique...
L à aussi, la gestion globale du pacrimoine n'esc pas un vain moc. Une préconisa-
tion pourraic s'envisager comme une véritable combi naison de plusieurs facteurs.
Nous pourrions parler d'un Rubbick 's Cube"' avec ses six facenes:
- financièr e : que la solution réponde à la diversification des suppons d'investis-
sement (sui vant le fameux dicton : ne pas mettre tous les œufs dans le même
panier);
- fiscale : que le choi x se pone sur l'ouverture des faits générateurs des niches
existantes (évitant d'en privilégier une et d'être menacé de sa fermeture par
simple décret politique) ;
- successoral e : que cet aspect soit anti cipé (san s j ouer les alarmistes) en complé-
tant les propositions produits avec des aménagements et services j uridiques;
-sociale : que les aléas et les certitudes soient débattus et trouvent une réponse (le
décès, l'i nvalidité, les retraites, les pensions de réversion ...);

42
La dimension émotionnelle de la gestion de patrimoine . .

- contractuelle : que la meilleure rentabilité ne soit pas tributaire de pénalités


excessives, d e conditions contraignantes et abusi ves ;
- psychologique : que la solution soit compatibl e avec le client, son histoire et ses
croyances ...

4 Du contrôle et de l'adaptabilité

Le con1rôle des combinaisons penne! de valider dans sa globalité si les décisions


prises sont saines, cohérences et adaptabl es dans le temps. Cene dernière notion
d 'adaptabilité est certainement la plus décisi ve faisant écho au rapport Delrnas
Marsale1 quant aux notions d'aj ustements dans le temps des préconisations. Ell e
donne le droit au propriétaire de changer d'avis, de nuancer ses choix et de ne pas
(1rop) subir l'en vironnemen1 économique et familial.
Face à cene complexité, qui pourrait ê1re ce conseiller en gestion de patrimoine
respectant le client dans la globalité?...

43
La dimension
juridique
de la gestion
2 de patrimoine

D ans la vie d'un couple, il arri ve un momenl où la question du cadre j uri-


dique de ce dernier se pose. Faut-il opter pour l'union libre, le mariage ou
le PACS ? Et, au sein du mariage, quel régime doit être retenu, compte tenu des
deux patrimoines en présence, des revenus respectifs, des objectifs recherchés ... ?
Puis vient, éven1uellemen1, le moment où la vie de couple ne correspond plus aux
anences d 'une ou des deux panies. Une procédure de divorce peul alors être enga-
gée, avec des conséquences patrimoniales diverses. Si le divorce n'est jamais cer-
tain, le décès finie !Ouj ours par arriver. En présence d'un patrimoine, se pose alors
la question de 1a succession, qui aura pu être préparée ou non par le défunt Il est
cependant possible de ne pas anendre ce moment fatal pour transmenre à litre
gratuit 1ou1 ou partie de son patrimoine. Cene possibilité est cependant très enca-
drée afin de ne pas trop porter préjudice aux héritiers. Ces différents points font
l'objet de quatre chapitres (4. les régimes matrimoniaux, S. le divorce, 6. les suc-
cession s, 7. les libéralités) rédigés par Catherine Bienvenu, responsable des dona-
tions et legs à la Li gue nationale contre le cancer.
Le futur défunt peul souhaiter qu'une fois plus de ce monde, son patrimoine serve
à protéger son conj oint ou un incapable, que cene incapacité soie liée au fait que la
personne à procéger soie mineure, maj eure aux facul!és personnelles al!érées ou
handicapée. Le !hème de la protection du conjoint survivant fait l'objet du chapitre 8,
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

rédigé par Frédéric Pe1i1 (notaire), et celui sur la protection d'un incapable du cha-
pilre 9 écrie par Catherine Bi envenu.
Enfin, le droit français est une matière suffisamment riche pour permenre des
montages optimisant la gestion d'un pa1rimoine. Ceci peul se faire faire, nommmenc,
par le recours au démembrement de propriété. Ceue technique conduit à séparer les
droits d'user (usus) et de cirer des revenus (fructus) d'un bien du doit de propriété
de ce dernier (abusus). Ceci abouti! alors à distinguer l'usufruitier du bien de son
nu-propriétai re. Cene technique est présentée en détail par Bruno Dalmas (conseil
en gestion de patrimoine indépendant) au chapitre JO.
Un autre outil très utile en matière de gestion de patrimoine est le recours à la
société civile. Ce cype de société présence l'immense avantage de laisser une grande
liberté dans la rédaction de ses statues. Elle fait l'objet du chapitre 11, rédigé par
Serge Anouchian (expert-comptable), comprenant par ailleurs deux études de cas
1rès éclairan1es.
Les régimes
4 matrimoniaux

Catherine BI ENVENU

L es régimes matrimoniaux sont une partie des règles qui constiruenc le s1aru1 des
époux dans leurs rappons mutuels et dans leurs relations avec les tiers. Ces
règles permenenc de répondre à diverses interrogations, donc cer1aines concernent la
vie de tous les jours :
- Quelle répercussion l'étal d'époux a-1-il sur le son des biens détenus avant et
après le mariage, ainsi que sur le passif, les denes?
- Qui va gérer ces biens? Monsieur, Madame, les deux et alors dans quelles
conditions?
- Comment vont être réglés les in1érê1sdes époux à la dissolution du lien conj ugal,
quelle qu'en soie son origine?
Mais les régimes matrimoniaux ne sont qu'une partie des évènements, des rela-
tions, des devoirs, des obligations et de 1ou1 ce qui peul arri ver pour le meilleur et
pour le pire à un couple. Le mariage a des effets d'ordre personnel et financier. Le
droit patrimonial de la famille se consacre exclusivement aux effets pécuniaires.
De nombreuses autres règles régissent les époux, en tan! que couple, comme
l'obligation alimentaire, les libéralités ou les successions qui sont vues dans
d'autres matières et, dans leurs relations avec les autres, et au premier chef avec
leurs enfants.
47
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Le régime matrimonial se limite donc à déter miner la propriété des biens et


leur gestion.
Il n'existe pas un seul régime matrimonial. Le mariage est un fait, mais c'est aussi
un contrat passé entre deux personnes. Même si les époux n'ont rien signé car, dans
ce dernier cas, ce sont les règles établies par le Code civil qui s'appliqueront. Le
législateur a laissé une grande liberté aux futurs époux, qui peuvent prévoir le règle-
ment de leurs relations comme ils l'entendent, sous réserve, bien entendu, de respec-
ter l'ordre public et les bonnes mœurs ainsi qu'un certain nombre de dispositions
relatives à ce que l'on pourrait appel er les devoirs des époux, et qualifié par la pra-
tique de régi me primaire ou statut impératif de base.
Si le législateur a laissé une grande liberté, il a égal ement prévu des régimes types
pour ceux qui n'auraient pas fait précéder leur union d'un contrat (régime légal de
la communauté réduite aux acquêts) ou qui se seraient contentés des dispositions
proposées par le Code civil e1 reprises dans les modèles de contrais de mariage des
notaires (séparation de biens, panicipation aux acqu êts et commu nauté universelle).
La libené des conventions matrimoniales permet aux futurs époux (ou suite à un
changement de régime matrimonial, possible après 2 ans sous un régime précédent),
par contrat de mariage, d'aménager comme ils le jugent souhaitable leurs relations
patrimoniales entre eux et avec les tiers.
À côté du statut impératif de base ou régime primaire (section 1), qui est commun
à tous les régimes, le Code civil prévoit le régime légal de la commu nauté réduite
aux acquêts (section 2) et des régimes convention nets communautaires et séparatis-
tes (section 3 ).

Régi me primaire

Régime légal

La communauté Régimes Régimes


réduite aux acquêts communautaires séparatistes
(Art. 1400 Code civil et s.) (Art.1497Codecivil. et s.) (Art.1536 Code civil. et s.)

Figure 4.1

Séctlon 1 Le régime primaire


Section 2 Le régime légal de la communauté réduite aux acquêts
Section 3 Les régimes conventionnels communautaires et séparatistes
Les régimes matrimoniaux . .
Section 1
LE RÉGIME PRIMAIRE

Le statu! impératif de base (Code civil 214 à 226) est fondamenml car il s'impose
aux époux quel que soie le régime matrimonial et quelle que soie la dace de leur
mariage. Ces dispositions sont d'ordre public, on ne peul donc pas y déroger, y
compris dans le con1rat de mariage. Le régime primaire permet d'éviter, à la fois,
que l'étal d'époux ne constitue une en1rave à l'autonomie juridique, et que cene
autonomi e ne nuise aux fins du mariage. Il protège la famill e contre l'époux. Ces
anicles one une impormnce d'autan! plus pratique qu'ils concernent la vi e de cous
les jours et de 1ous les couples, même ceux donc la valeur du patrimoine est très
faibl e.

1 Le logement de la famille

Dans le bue de protéger le logement commun, l'article 215 alin éa 3 du Code civil
prévoie:
- une aneince au droit de propriété si le bien est propre ou personnel ;
- une aneince au pouvoir de propriémire de l'époux sur ses biens personnels en
régime de séparation de biens et d'administration et de jouissance de bien propre
en communauté.

Ainsi, les époux ne peuvent, l'un sans l'autre, vendre le logement familial (la
résidence principale uniquement), ni son contenu. Le propriétaire, marié, ne
peuc réaliser les acces privanc la famill e de son logemenc, sans le consencemenc
de son conjoint (vente, promesse de vente, apport en société, constitution d'hypo-
thèque, donation, bail, résiliation d'un contrai d' assurance habitation). Mais la
protection a une limite puisque l'époux propriétaire peut vendre ou donn er avec
~ réserve d'usufruit à son profil (même sans réversion d'usufruit au profil de son
§ conjoint). Cet article n 'empêche pas les hypoth èques légales, n'évite pas les
~ droits des créanciers, notamment les saisies (sauf déclaration d'insaisissabilité).
~ D e la même manière, le droit au bail sur le logement de la famill e, même conclu
~ par un seul époux, et même avant le mariage, est réputé appanenir aux deux
g époux.
·~ Ces aneinces s'expliquent car le logement de la famille ne s'entend plus avec sa
j val eur patrimoniale. M ême si souvent un tel bien con s1i1ue l'essentiel du patrimoine
; du couple, les l imimcions de pouvoirs du propriétai re 1rouven1 leurs causes dans
-'. l'évidence protection de la famille cane rna1ériellemen1 (en in1erdisan1 la réalisation
] dudit bien immobili er) que financièrement, par le crédit qu'a le ménage vis-à-vis des
o tiers lorsqu'il est propriétaire foncier.
49
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

L'imponance de la protection du logement familial se retrouve en matière de


divorce' ec de succession2, mais aussi dans le cadre de la vie des affaires grâce à la
déclaration d'insaisissabilité. Pour parer au drame que pourrait constituer la dispa-
rition du logement de la famille, souvent seul bien de valeur dans de nombreux
couples, la loi du I" aoOt 2003 sur l'initiative économique (art. 526-ls du Code de
commerce) prévoit que l'entrepreneur individuel (commerçant, anisan, agriculteur
et profession libérale) a la possibi lité de procéder, par acte notarié, à une déclaration
d'i nsaisissabi lité des droits sur l'i mmeuble où est située sa résidence principale.
Cene déclaration n'est opposable qu'aux seuls créanciers dont les droits naissent à
l'occasion de l'activité professionnelle de l'époux. et postérieurement à ladite décla-
ration. La résidence principale peut être propre à l'entrepreneur ou commune. La loi
de modernisation de l 'économie du 4 aoOt 2008 a étendu ce dispositif à tout bien
foncier bâti ou non, non affecté à son usage professionnel.

2 Les charges du mariage

Deux articles règlent le sort des charges du mariage :


- L 'article 214 du Code civil permet de rechercher dans quelle mesure chacun des
époux doit prendre pan à ce type de dépenses. C'est la contribution à la
dette.
- L 'article 220 du Code civil, quant à lui, permet de déterminer l'étendue du droit
de poursuite du créancier, notamment lorsque les époux sont communs en biens,
de savoir si ce droit peut être exercé non seulement sur les bi ens personnels du
débi teur mais aussi sur ceux dépendant de La masse commune, voi re sur les
propres du conj oint. C'est l 'obligation à la dette.

2.1 La contribution des époux aux charges du mariage


L a contribution à la dene concerne les relations mutuelles des époux. La notion de
charges du mariage est plus large que celle de denes ménagères car elles dépendent
du train de vie que, d' un commun accord, les époux se sont donné. Elles ne se limi-
tent pas au strict nécessaire (essentiellement les d épenses d'entretien du ménage et
d'éducation des enfants (même ceux d'un I"' lit). nourriture, logement, vêtements,
agréments, loisirs ...), mais aussi une acquisition immobilière si elle représente le
seul moyen d'assurer le logement de la famil le. IL a même été j ugé que la contribu-
tion aux charges du mariage peut inclure des dépenses d'agrément telles l'acqui si-
tion d'une résidence secondaire.

1. Voir chapi tre « Ledivorce ».


2. Voir chapi tre « Les successions» (les droi L~ spécifiques du co:njoint survivant sur son logement).

50
Les régimes matrimoniaux . .

Si les conventions matrimoniales ne règlent pas la contribution aux charges du


mariage, les époux y concribuenc à proponion de leurs facul!és respectives. Le
contrai de mariage ne peul pas exonérer 1omlemen1 l' un des époux de cene concri-
bulion, qui peul revêtir diverses formes : remise de deniers au conjoint, paiement
direct, collaboration non rémunérée à la profession de l'au1re époux, temps passé
aux caches ménagères ... L'époux peul demander au Juge aux Affaires familial es de
fixer ce ne con1ribution (art. 1069-3 NCPC). L'époux fautif, s'il ne s'y conforme pas,
s'expose à des sanctions pénales (délie d'abandon de famill e) et une poursuite par
son conjoint sur ses revenus.

2.2 La solidarité vis-à-vis des tiers


L'obligation à la dene concerne les relations des époux avec les tiers.

Le principe: la solidarité
La loi de 1965 a anribué, en 1ou1e récipmcicé, à chacun des époux, le pouvoir de
passer valablement seul les con1ra1s ayant pour objet l'encrelien du ménage et l'éduca-
tion des enfants. Le corollaire de cene parfaite égalité est l'association des époux dans
la responsabilité des denes qui en découlent puisque, par le canal de la solidarité, l'ar-
ticle 220 du Code civil ouvre aux créanciers (qui doivent toutefois prouver le caractère
ménager de la dene) l'accès à l'ensemble des biens appartenant au couple, ce qui
augmente le crédit de ce dernier. Ainsi, en régime séparalisce, le conjoint qui a payé
peut se retourner con1re son époux et, en régime communautaire, la dene fait partie de
la communauté. Le créancier peu! poursuivre le paiement sur les biens communs, ceux
propres de son cocon1raccan1 et ceux propres du conjoint en vertu de la solidarité.
La notion de denes ménagères est évidence pour l'éducation des enfants, la nour-
ricure, le chauffage, l'habillement ou les frais de maladie. Elle a été étendue en
jurisprudence, notamment : les loyers, cotisations re1rai1es, santé, eau, gaz, élec1ri-
ci1é, charges de copropriété (même pour un immeuble propre servant au logement),
~ acquisition d'automobiles, salaires d'une employée de maison, frais de scolarité,
§ livres, séjour li nguistique. Au contraire, la nacure ménagère n'a pas été admise pour
~ des dépenses d'investissements ou professionnelles.
-li
E Les exceptions: il ny a plus solidarité
~
g Il n'y a plus solidarité lorsque les dépenses sonl manifestement excessives et
·~ lorsqu'il y a achat à 1empéramen1 ou crédit, à moins que le bien acquis soie de valeur
j modeste et nécessaire à la vie courante. L'exclusion de la solidarité signifie que
:;- l'engagement demeure valable mais que la dene est personnelle. Ainsi, en régime de
-'. séparation, la masse débi1rice sera constituée des biens personnels du débiteur et, en
] régime de communauté, des biens communs et des biens propres du cocon1raccan1
o (mais donc pas des biens propres de son conjoint).
51
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

i l'exercice d'une profession

Chaque époux est libre de décider de travailler ou non et de choisir sa profession.


Il existe cependant des siruations particulières, lorsque les époux participent à un
même commerce. La liberté d'exercer une profession isolément n'interdit pas aux
époux de cravailler ensemble. Cene dernière siruacion, longtemps ignorée par la loi,
est désormais organisée. Il existe donc :
- des règles permenanc à l'époux qui travaille avec son conjoint d'obtenir la qua-
lité de c<>mmerçanc (ou au contraire d'éviter d'être qualifié comme tel s'il le
préfère) ;
- des présomptions de pouvoirs dans l'exercice de la profession sont accordées au
conjoint collaborateur via le système du mandat (que n'aurait pas un autre
coll aboraceu r) ;
- des règles qui fixem le smru1 social e1 fiscal du conjoim salarié ainsi que celui
des époux participant à une même exploicacion agricole.
La loi reconnaît donc le travail de l'époux auquel il donne les mêmes droits qu'un
travailleur non marié avec quelques nuances eu égard à la situation particulière des
relations ; soie par la reconnaissance dudit travail soie, au contraire, en limitant cer-
mines déduc-cions fiscales sur les salaires.
Les conséquences de ce ne liber1éconcemen1 le sore des gains ec salaires. La notion
des gains et salaires pone sur la rémunération principale comme ses accessoires,
celle une prime. Les bénéfices commerciaux et agricoles sont également des gains et
salaires.
L'article 223 donne une pleine liberté de principe à l'époux sur ses gains profes-
sionnels après avoir satisfait les besoins du ménage. La règle est remarquable, sur-
cout en régime communautaire, car les revenus professionnels (biens communs)
échappent aux restrictions que connaissent les pouvoirs respectifs des époux et au
principe de La gestion concurrence. Aux termes de l'article 1422 du Code civil,« les
époux ne peuvent, l'un sans l'autre, disposer encre vi fs, à titre gracuic, des biens de
la communauté». Cet article l'empor1erai1 sur l'a:nicle 223 dès lors que les gains et
salaires one été économisés. C'est ainsi que la Cour de cassation a affirmé (29 février
1984), à propos d'une donation de gains professionnels par un mari à sa maîtresse,
que les juges du fond avaient pu admettre la val idité de principe de la libéralité, car
elle avait été consentie au moyen de sommes provenant de gains et salaires alors que
ces sommes n'avaient pas été économisées. Ainsi, les gains et salaires, une fois éco-
nomisés, s'apparenteraient à des acquêts ordinaires.
L'époux a une libre perception de ses gains et salaires, qui « ne peuvent être saisis
par les créanciers de son conjoint que si l'obligation a été contractée pour l'entretien
du ménage ou l'éducation des enfants, conformément à l'article 220 (denes solidai-
res)» (an. 14 14 du Code civil).
52
Les régimes matrimoniaux . .

Lorsque les gains et salaires sont versés à un comp1e courant ou de dépôt, ceux-ci
ne peuvent ê1re saisis que dans les conditions définies par décrec. Il est ainsi laissé
immédiatement à la disposition de l'époux, commun en biens, une somme équiva-
lant, à son choix, au montant des gains et salaires versés au cours du mois précédant
la saisie ou au montant moyen mensuel des gains et salaires versés dans les douze
mois précédant la saisie. Il y a donc une insaisissabilité de principe des gains et
salaires d'un époux par les créanciers du conjoint

4 L'autonomie bancaire des époux


Le Code civil (art 221) pose une présomption de pouvoirs sur cous types de
comptes ouverts au nom d'un époux, mais non une présomption de propriété (un
compte au nom d'un seul époux est, a priori, commun en régime communautaire).
L' ouverture du compte est libre. Pour le fonctionnement de tout compte et pour toute
opération, la règle est la présomption irréfragable de pouvoir. En conséquence, le
conjoint du tiru laire du compte ne pourra faire bloquer ledit compte qu'en prouvant
que les fonds lui appartiennent, soie en suivant les voies judiciaires de droit commun
avec notamment une saisie-anribucion des sommes déposées, soie en suivant les
voies du régime matrimonial en obtenant le pouvoir de gérer le compte du titulaire
(1426 et 1429 du Code civil. Cf infra situations de crise). La présomption de libre
disposition est maintenue à la dissolution du mariage.

5 Gestion des situations de crise

5.1 Mécanismes judiciaires réglant les conséquences d'un désaccord


entre époux ou la défaillance de l'un d'eux
Il s'agit de mécanismes judiciaires perrne11an1 de pallier les conséquences d'un
~ désaccord encre les époux ou de la défaillance de l'un d'eux pour le bon fonctionne-
~ ment de leur régime matrimonial.
~
-li Autorisation judidaire à agir seul en cas d'incapacité ou de refus à agir
E du conjoint
~
g L'article 217 du Code civil dispose: «Un époux peul être autorisé par justice à
·~ passer seul un acte pour lequel le consentement de son conjoint serait nécessaire, si
j celui-ci est hors d'étal de manifester sa volonté ou si son refus n'est pas justifié par
; l'incérêc de la famille. » Ainsi, l'époux autorisé va agir en son nom propre pour des
-'. actes qu'il aurait dCl faire avec son conjoint (cogestion en communauté). Ce qui
1
0
exclue
.
1ou1 acte sur
.
les biens
.
propres en communauté et les biens personnels en
o régime de séparation de biens.
53
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Mandat judiciaire en cas d'incapacité à agir


Si /'u11 des ép<mr se Trouve hors d'érar de manifesrer sa volomé, f'atlfre peur se faire
lrabilirer par jusrice à le représenrer, d'une manière générale ou pour cerrains acres
parriculiers, dans /'exercice des pouvoirs résu/ra/lf du régime marrimonial... (art. 219 du
Code civil)

Circonstances

Domaine quant aux


biens
Tableau 4.1
Article Z17
- absence ou ma lad le d uconjolnt
- refus de consentir du conjoint

Biens relevant d'un régime de gestion conjo lnte


(certains biens communs/logement de la
famille).
-absence
Article 219

- maladie du conjoint

Biens privatifs du conjoint.


-
Un ou plusieurs actes relevant du
Domaine quant aux Un acte nécessitant le consentement des deux
pouvoir exclusif de l'époux absent ou
actes époux.
malade.

Le ou les actes autorisés par le juge


L'acte autorisé par le juge est opposable â engage( nt) directement le conjoint
Effets l'époux qui n'a pas consenti :celui-cl n'est pas empêché lequel est représenté (on
personnellement engagé. peut ainsi éviter la mise en place
d'une tutelle).

L'article 220-1 du Code civil


Si l'un des époux manque gravement à ses devoirs et mec ainsi en péril les intérêts
de la famille, le j uge peul prescrire 1ouces les mesures urgences que requièrent ces
intérêts. Il peul notamment interdire à cet époux, sans le consentement de l'auu-e, 1ou1
acte de disposition sur ses biens propres ou sur ceux de la communauté, meubles ou
immeubles. !Lorsque les violences exercées par l'un des époux menen1 en danger son
conjoint, un ou plusieurs enfants, le j uge peul s1a1uer sur la résidence séparée des
époux en précisant lequel des époux continuera à résider dans le logement conj ugal.
Sauf circonsrances particulières, la jouissance de ce logement est anribuée au conjoint
qui n'est pas l'auteur des violences. Le j uge se prononce, s' il y a lieu, sur les modalités
d'exercice de l'au1ori1é parentale et sur la conlribution aux charges du mariage. Les
mesures prises sont caduques si, à l'expiration d'un délai de qua1re mois à compter de
leur prononcé, aucune requête en divorce ou en séparation de corps n'a été déposée.
La durée des autres mesures prises en application du présent article doit être décenni-
née par le j uge et ne saurait, prolongation éventuelle comprise, dépasser 1rois ans.
La mise en application de cet article requien crois conditions : l'urgence, le man-
quement par un époux à ses devoirs et la mise en péril des intérêts de la famill e. Il
permet alors d'élargir le domaine de la cogestion en ponant aneince à la libre dispo-
sition des biens propres.
54
Les régimes matrimoniaux . .

Section 2 LE RÉGIME LÉGAL DE LA COMMUNAUTÉ


RÉDUITE AUX ACQUÊTS
Cene section concerne les époux soumis au régime l égal, issu de la loi du 13 juillet
1965, c'est-à-dire s'appliquant aux époux mariés sans con Irat depuis le )"'février
1966 : l e r égim e de la communauté réduite aux acquêts.
Les époux mariés sans contrai avant le )"février 1966 sont soumis au régime
légal de la communauté de meubles et d'acquêts. La différence fondamenmle vient
de ce que, dans ce cas, les biens meubles 10mben1 !Oujours en communauté, c'esc-à-
dire l'argent liquide, les comptes bancaires, les livrets, les portefeuilles de valeurs
mobilières, les actions, les obligations, le mobilier, les meubles meublants, les
tableaux, les véhicules, les fonds de commerce ... et ce quelle qu 'en soie l'origine.
Les époux mariés sans con1rm av anc le )"'février 1966 one eu la facu lcé d'opcer
pour le nouveau régime par simple déclaration notariée jusqu 'au 31 décembre 1967.
Peu d'époux one usé de cene possibilité. B eaucoup de couples sont encore soumis
au régime légal de la communauté de meubles et d'acquêts où cous les biens meu-
bles sont, en pri ncipe, dans la masse commune.
Aux termes de l'article 1401 du Code civil. « La communauté se compose active-
ment des acquêcs faits par les époux ensemble ou séparément durant le mariage et
provenant mnc d e leur industrie personnelle que des économies faites sur les fruits et
revenus de leurs biens propres.» L 'article 1402du Code civil précise qu'« est un bien
commun 1ou1 bien donc les époux ne rapportent pas la preuve du caractère propre».
Le Code civil émblic donc une présomption de communauté :
- Encre époux: c'est donc à l'époux qui invoque un bien propre qu'il incombe
d' en apporter la preuve, en principe par écrie. D 'où l'in1érê1 du con1rat de
mariage (même pour un régime légal) où l'on peul insérer un inventaire succes-
soral ou dressé encre époux, notamment quant aux biens meubles. La preuve
pourra en ê1re rapportée par cous moyens, en cas d 'impossibilité morale ou maté-
rielle, mais sera rarement admise.
- Vis-à-vis des tiers: la preuve qu'un bien est propre, par un époux con1re un tiers,
se f era par écrie et la preuve d'un tiers con1re un époux par cous moyens.

La composition de la communauté légale

Les gains et salaires (produits de l'activité professionnelle des époux)

] Ils sont communs avant même leur perception. Chacun des époux peut néanmoins
o en disposer librement après s' être acquiné des charges du mariage (art 223). Depuis
55
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

la loi du 23 décembre 1985, ils ne peu vent être saisis par les créanciers du conj oint
(voir supra). Les subsciru1s de gains et salai res son! aussi communs. Ainsi, l'indem·
nicé de licenci ement versée à un époux !Ombe en communauté.

1.2 Les acquêts


Les acqu êts sont cous les biens, meubles ou immeubl es, acquis à 1i1re onéreux par
l'un ou l'autre époux, voire les deux, pendant le mariage ainsi que ceux créés. Ils
comprenn en1 nocammenc :
- l'en1reprise commercial e (exploitée à li1re individuel ou en société), acquise ou
créée pendant le mariage, bien qu 'exploicée p.ar un seul des époux ;
- la val eur du fonds libéral, créé ou acquis pendant le mariage, y compris la valeur
du matériel et des locaux ;
- la val eur de rachat des con1racs d'assurance-vie souscrits pendant la commu-
nauté et non dénoués au j our de la dissolution (Ci v. I"' 31 mars 1992, Praslika,
!Ouj ours applicable sur le plan civil) ;
- la val eur des con1racs de crédit-bail souscrits dans les mêmes conditions (Civ. I"'
I" juillel 1997);
- la valeur des options de souscription non encore levées au j our de la dissolution du
mariage {réponses ministérielles publiées aux JO des 16 juin et 23 aoO! 2001 );
- l'industrie personn elle, qui comprend 1ou1 ce qui provient du 1ravail, au sens
large (ex.: tabl e fabriquée, même un gain du 1010), l'œuvre de l'esprit où le
monopole exploitation est propre mais le droit pécuniaire commun.

1.3 Les fruiits et revenus de biens propres


la comm1mauré n"a droir qu"a llr f ruirs pe rçus er no n consommés.
Ma is récompen se po urra lui êrre due à la d issolurion de la communa uré po ur les f ruirs
que /"épo u r a n égligé de pe rcevoir ou a con sommésfraud uleusem ellf, sa11s qu"a ucune
reclrerclre, rourefois, soir recevable au-delà de cinq année..,i.

• Les revenus consommés : chaque époux a la libre administration de ses biens


propres. Il a donc le pouvoir de consommer les fruits et les revenus de ceux-ci après
avoir acquiné sa con1ribu1ion aux charges du mariage, sans récompense au profil de la
communauté. Néanmoins, si l'un des époux utilise les revenus d'un bien propre en vue
de son amélioration (ex.: 1ravaux d'agrandissement), cet acte, bien que non fraudu-
leux, donnera lieu à récompense. En revanche, les 1ravaux d'entretien, financés de la
même manière, ne donnent lieu à aucune indemn ité au profil de la communauté (char-
ges usu fructuaires). De la même manière, aucune récompense ne sera due pour les
intérêts d'emprunt de l'acquisition d' un bien immeubl e propre ;
• Les revenus non consommés : ils sont communs dès leur perception.

1. A 11. 1403 al. 1et2.

56
Les régimes matrimoniaux . .

1.4 Les biens communs par la volonté du donateur ou du testateur

«La libéralité peut stipu ler que les biens qui en font l'objet appartiendront à la
communauté. Les biens tombent en communauté sauf stipulation contraire, quant la
libéralité est fai1e aux deux époux conj ointement.» 1 !En pratique, l'utilisation de cet
anicle remplit les objectifs d'un couple souhaitant transmenre un bien qui doit pro-
fiter à son enfant (et son conjoint), puis à ses petits-enfants. On peut envisager deux
solutions.

Analyse comparative

• Donation oonsentie à l'enfant et à son épouse conjointement


Lorsque la donation est faite conj ointement aux deux époux avec stipulation que
le bien deviendra commun aux donataires (généralement les enfants), elle s'analyse
comme une donation faite pour moitié à chacun d'eux. Les droits de mutation à titre
gratuit sont liquidés suivant le degré de parenté des donataires avec le donateur. Le
conj oint de l'enfant n' a pas, en venu de la loi, de lien de parenté avec le donateur.
Il ne peut donc b énéficier, ni de l'abanement personn el, ni du tari f en ligne directe2.
L 'enfant acquittera des droits de mutation à titre gra1uit sur la moitié du bien, avec
abanement et tari f en ligne directe. Son conj oint devra, lui, acquiner les droits de
mutation à titre gratuit sur la moitié du bien, sans abanement et au tarif entre étran-
gers (60 %).

• Donation oonsentie à l'enfant assortie d' une stipulation de communauté


La donation est considérée comme faite en totali té à la personne désignée au
contrat. Le régime fiscal des droits de mutation en ligne directe est donc appl icable
à la totalité de l'opération (réponses ministérielles des 22 mars 1969 et 16 février
1987) . L 'enfant sera soumis aux droits de mutation à titre gratuit sur la totalité du
bien, avec abanement et tari f en ligne directe. Son conj oint n' aura aucun droit de
mutation à acqu iner, et n 'a ni à intervenir ni à consentir à l'acte.
~ Application
§ Monsieur B. est propriétaire à titre personnel d' un terrain à bâtir d' une valeur de
ii 300 000 €. Il en fait donation à son fils Jean, marié sous le régime de la communauté
-li
.E légale, pour )' construire la résidence du couple. Aussi souhaite-t-il en faire également
~ profiter sa belle-fille. Deux solutions sont envisageables (voi r tableau page suivante).

.g
t
l
~

1. A11. 1405 al. 2.


2. Voir c hapi1re « Les libéralilés » .

57
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

1. Donation conj ointe au profit de Jean 2. Donatio n d u teriain à Jean, assortie


@Id@ sa f@mm!! : d'un!! !llpulatlo n d@ bl@n commun:

Droits dus par Jean: Droits dus par Jean:


Assiette: 300 000 f.
Assiette, 300 ooo f. t 2 . 150 ooo f. Abattement : 159 325 f.
Abattement 159 325 f. Base taxable: 140 679 f.
Soit :0
Droltsâ:
Droits dus par la femme de Jean: 5% (sur g 072) solt403,60 f.
10% (sur 4 037} soit 403,70 f.
Assiette, 300 ooo f. t 2 . 150 ooo f. 15% (sur 3 823) soit 573,45€
Taux: 60% 20% (sur 124 747} soit 24 949,40 f.
Soit : 90 000 f. Soit: 26330,15 f.

NB: Cette solution est applicable aux legs â un


desœnda nt marié sous condition d'entrée du bien
(Fiscalité au 01.01.2011) dans la communauté.

Difficulté.ç d'applicatio11 de cette do11atio11


Il faudra a.ttirer l'attention des parties sur l'égali té entre les successibles. La donation est
rapportable', pour la totalité, par l'époux donataire e t imputable pour le tout sur sa part
de réserve. Ce qui créera un déséquilibre avec les frères e t sœurs. L'effet de cette clause
est immédliat, e t définitif, entre époux. Il est toutefois possible de prévoir une clause de
condition résolutoire en cas de divorce ou de stipuler une clause de récompense dans
l'acte.

2 La composition du patrimoine propre

2.1 Les biens propres à raison de leur origine

Les biens présents


Resle/If propres les bien s dom les épollt avaienr la propriéré ou la possession au jour d e
la célébra1ion du mariage'.

Les biens acquis à titre gratuit: dévolution successorale légale,


legs, donation (art. 1405 al. 1)
Sau f volon té contraire du donateur ou du testateur:.1, les biens acquis à titre gratuit
restent propres à l'époux gratifié, y compris le capital issu du dénouement, par le
décès du souscripteur, d 'un contrat d 'assurance-vie lorsque celui-ci constitue « une

L Voir chapi tre « Les successions».


2. A11. 1405 al. 1.
3. A11. 1405 al. 2.

58
Les régimes matrimoniaux . .

opération de capitalisation» et réalise « la 1ransmission d'une épargne en venu


d'une incencion libérale »1•

Les biens acquis à titre d'aa:essoire d'un bien propre


« Forment des propres, sauf récompense s'il y a lieu, les biens acquis à 1i1re d'ac-
cessoires d'un bien propre... »2 En matière immobilière, c'est l'application de la
notion d'accession. Ainsi, un époux est propriétaire d'un terrain au jour du mariage.
Le couple finance la cons1ruc1ion de la maison familial e (opération à ti1re onéreux,
acqu êt de communauté). La théorie de l'accession permet à l'époux propriétaire du
terrain de conserver en propre la propriété de la maison moyennant récompense. En
matière de biens professionnels, c'est l'accessoire au service de l'unité d'exploita-
tion. Ainsi, le matériel destiné à l'exploitation d'un bien propre en est l'accessoire
(destination économiqu e); il est propre même s'il esc acquis à 1i1re onéreux pendant
le mariage. L'extension d'activité d'un bien professionnel propre en est aussi l'ac-
cessoire, sauf création d'une clientèle nouvelle (Civ. I« 17 décembre 1996).
S'agissant des plus-values apponées par le 1ravail d'un époux sur son bien propre,
ou même celui de son conjoint, lui restent propres, sans récompense.

Les biens acquis par accroissement


Forme/If égalemellf des biens propres, les valeurs nouvelles el aurres accroissemems se
raTTaclram à des valeurs mobilières propres'.
En cas d'augmentation de capital d'une société anonyme, le droit préférentiel de
souscription est propre ainsi que les val eurs préférentiellement et nouvellement
acquises, sauf récompense à la communauté lorsque des deniers communs one été
utilisés pour acqu érir les actions nou velles. De même, lorsqu' il y a augmentation de
capital par incorporation de réserves, les« actions grarui1es » restent propres (sauf
mise en réserve anormale). Il en va différemment avec la question de la gestion d'un
ponefeuille de valeurs mobilières (voir infra).

::! 1 La cession de droits indivis


~
§ L"acquisirio11 faire à rirre de licirario11 ou aurreme111, tle porrio11 d 'un bien dom l'un des
ii époux érair propriéraire par indivis, 11e forme/If poim 1111 acquêr, sauf la récompense due
-li
.E à la comm1111auré pour la somme qu 'elle a pufoumir'.
~ L' indivision peul être d'origine successorale ou conventionnelle. L' acquisition
~ peut se faire à 1i1re onéreux, sous forme de panage, de vente, de licitation, de droit
t
l
~ 1. Civ. J• J8juillê t2000, Arrêt l.ti'ôuxoo11firnlé pàl'Civ. 1" 29jaiwiêr 2002.
2 . A11. 1406 al. 1.
3. A11. 1406.
4. A11. 1408.

59
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

de préemption du co-indivisaire ou de substirution ' . Il n'est pas nécessaire que la


cession fasse cesser l'indivision. Il n'est pas tenu compte de la pan conuibutive de
la communauté. Ainsi, si par succession, l'un des époux est propriétaire d' un
dixième d' un bien, i l peut acquérir celui-ci qui lui restera propre contre récompense
à la commun auté à hauteur des 9/10'.

2.2 Les biens propres par nature


Fonnellf des propres par narure, quand même ilsauraiem é1é acquis pendam le mariage,
les vêremems el linge à usage personnel de /"un des époux, lesacrions en répararion d"u11
dommage corporel ou moral, les créances el pensi.ons incessibles, el plus généralemellf
rous les biens qui om 1111 caracrère pers.01mel er rous les droirs exclusivemellf arrachés à
la personne. FormellT aussi des propres par narure, mais sauf récompense s "il y a lieu,
les insrr111nems de Travail nécessaires à la fJrOfession de !"1111 des époux, à moins qu'ils
11e soie11r f"accessoire d"1111fo11ds de commerce 011 d"1111e exploirario11faisam parrie de la
commtmauré 2•
L es dispositions de cet anicle s'appliquent depuis la loi du 23 décembre 1985
également aux époux mariés sans contrai avant le I" février 1966, donc soumis au
régime légal de la communauté des meubles et acquêts.

2.3 Les biens propres par subrogation

La subrogation réelle automatique


L es créances et indemnités qui remplacent un bien propre « forment aussi des
propres, par l'effet de la subrogation réel le, les créances et indemnités qui rempla-
cent les propres ... »J Par exemple, le prix de veme d'un bien propre reste propre
comme l'i ndemnité d' assurance à la suite d' un sinistre ou l'indemnité
d'expropriati on.
Le bien acquis en échange d"u11 bien qui appa11enair à !"un des ép<mr esr lui-même propre,
sauf la réc.ompense due à la c.omm1111auré ou par elle, s "il y a soufre. Tourefois, si la soufre
mise à la charge de la c.omm1111auré esr supérieure à la valeur du bien cédé, le bien acquis
en échange r.ombe dans la masse commune, sauf récompense au projir du cédam. 4
L es pans souscrites en concrepanie de l'appon en société de bi ens ou de deniers
propres sont propres sans qu ' il y aie lieu de procéder à déclaration de remploi 5 • Cene
sirualion ne doit pas être confondue avec l'acquisition de parcs existantes à l'aide de

1. A11. 815-14et 815-15.


2. A11. 1404.
3. A11. 1406 al. 2.
4 . A11. 1407.
5. C iv. 1.c 2 1 llOVembre 1978.
60
Les régimes matrimoniaux . .

deniers propres qui nécessite une déclaration d'emploi pour assurer le maintien dans
le pa1rimoine qui l'a financé.
Pour les valeurs acquises à l'occasion d 'arbitrages dans la gestion d' un porte-
feuille de val eurs mobilières propre, il y aurait probablement application de la
notion d'universalité dégagée par la Cour de cassation le 12 novembre 1998 (arrêt
Baylet) à propos d' un portefeuille démembré.

La subrogation réelle par emploi ou remploi


L'emploi est L'utilisation de deniers propres reçus par succession ou libéralités ou
possédés antérieurement au mariage. Le remploi es1 l'utilisation du prix de vente
d 'un bien propre. Pour qu ' un bien, acquis à l'aide de deniers propres, demeure pro-
pre à l'un des époux, celui-ci doit le revendiquer.

• L'emploi ou le remploi concomitant


L"em1Jloi ou le remploi esr ce11séfai1 à l'égard d "u11 é1Joux, rouies les fois que lors d "u11e
acquisi1io11, il a déclaré qu "elle érair faire de deniers propres ou prove11a111 de /'alié11ario11
d "u11 propre el pour lui Tenir lieu d "emploi ou de remp.loi. 1
Il est nécessaire qu ' il y ait une double déclaration dans l'acte d' acquisition :
- manifestation unilatérale de volonté (l'accord du conjoint est inutile) ;
- la doubl e décl aration (origine des deniers et souhait de (r)emploi) est nécessaire
dans l'hypothèse d' une acquisition. Elle n'est donc pas indispensable lorsqu ' un
époux réalise un placement à l'aide de deniers propres (placement en compte
épargne: Civ I« 3 novembre 1983).

L'époux doit en outre se ménager la preuve de l'origine des den iers utilisés pour
évi1er 1ou1e comesca1ion ul!érieure de la pari du conjoinc ou des créanciers.

• Le remploi a posteriori
À défaul de celle déclara1io11 (ma11ifesra1io11 de volo111é) dans l'acre, l'emploi ou le rem-
ploi 11'a lieu que par l'accord des deux épollr el il 11e 1>rodui1 ses ejfels que dans leurs
rappons réciproques'.
Ainsi:
- le consentement du conjoint est nécessaire puisqu 'il s 'agit de faire sortir un bien
de la communauté ;
- il est, par ailleurs, utile de se ménager une preuve écrite de l'accord du
conjoint ;
- ce remploi n ' a que des effets limités: il est inopposable aux tiers.

1. A 11. 1434.
2 . A 11. 1434 i11ji11e.
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

• Le remploi par anticipation


Si l'emplo i ou le remploi est fa it para11ticipatio11, le bien acquis est propre sous la co11di-
rio11 que les sommes aTTe11dues du parrimoi11e propre soie/If payées à la comm111ia111é dans
les 5 a11s d e la dare de f'ac1e'.
Ainsi:
- l'acquisition précède la vente ;
- i l faut une double déclaration unilatérale dans l'acte d' acquisition ;
- la reconnaissance du caractère propre du bien est subordonnée au rembourse-
ment de la communauté dans les délais impanis par la loi ;
- 1an1 que la communauté n' esi pas rembour.;ée, le bien esi considéré comme commun.

Tableau récapitulatif des biens propres par r.ubrogation

Tableau 4.2
Subrogation automatique Subrogation non automatique
-créances et Indemnités remplaçant un bien
propre
- emploi de deniers propres
Opérations -échange
- remploi de deniers propres
-apport
- arbitrages
-doubledédaratlonunllatêrale dans
l'acte d'acquisition
Formalisme Aucun -ou accord des époux manifesté
postérieurement â l'acte

En c.as d'échange, si la contribution de la SI la contribution de la communauté est


Limites communauté est supérieure â la valeur du supérieure â la valeur du bien propre, le
bien propre, le bien devlentrnmmun. bien devient wmmurt

i Les pouvoirs de gestion dans la communauté légale

L es pouvoirs de gestion sont différents selon la nacure des biens propres ou com-
muns. Il y a une variation des pouvoirs sur les biens communs en fonction de la
nacure de l opération. Il existe, en effet, 3 types de gestion :
- la gestion concurrence (an. 1421 al. 1 Code civ il), qui concerne la gestion des
biens que chacun des époux a le pouvoir d' administrer seul et d'en disposer;
- la gestion exclusi ve (an. 1421 al. 2 Code ci vil), qui concerne la gestion des biens
réservée exclusivement à l'un des époux ;

1. A11. 1435.
Les régimes matrimoniaux . .

- la cogestion (art. 1422, 1424 et 1425 Code civil), qui concerne les biens nécessi-
!anl l'incervencion des deux époux.
Sur les biens propres, la gestion est !Ouj oursexclusive, exception faite de l'immeu-
ble assurant le logement de la famille (an. 21 S al. 3 Code civil) et, ponc1uellemen1,
lors des situations de crise.

Tableau4.3
Opération sur bien commun
- Type de gestion 1
PRINCIPE GESTION CONCURRENTE (ar t. 1421 al. 1)
Actes courants (achats, vente mobilière, ball
Gestion concuirrente (art. 1421al.1)
d'habitation, pré!..•)

cautionnement Gestion concuirrente

EXCEPTIONS GESTION EXCWSIVE OU COGESTION

Actes courants concernant l'exercice d'une activité


Gestion exdus1"" de l'exploitant (art. 1421 al. 2) sauf us
professionnelle, séparée (accord du conjoint s'il est
cogestion (lnb)
salarié ou collaborateur)

Cogestion (art..1422)
• Donations (d lrecte:s, lnd lrectes,dêgulsêes, dons
exception faite des gains et
manuels)
salaires (art.223) avec la distinction s'llsont été
• Sauf présents d'usage (sauf si dispropor tionnés)
économisés ~422) ou non (223)

Ventes Immobilières et constitutions d'hypothèque


ou d'usufruit, ventes et nantissements de fonds de
Cogestion (arL.1424)
commerce ou exploitation dépendant de la
communauté, apports en société de ces mêmes biens
Cessions de droits sociaux non négociables (parts de
Cogestion (arL.1424)
société de personnes; parts SARL)

Ball commercial et 0011 rural Cogestion (arL.1425)

Cession de ball, location gérance si le conjoint


Cogestion (art.. 2 lol 10Juillet 1982)
participe â l'activité du chef d'entreprise

~ Revenus des biens propres


Gains et salaires
Gestion exclus Ive (art.1403 al. 2 et 223) tant qu'ils ne
sont pas économisés
§
~ Apport de biens communs â socJétéou acquisition de Cogestion et Information du conjoint (art. 1832-2 du
-li parts sociales non négociables Code civil) pou r revendiquer la q uallté d'associé
E Gestion exclus Ive
~
.g Legs
M<ols (art.1423)un époux ne peut léguer plus que sa
part dans la communauté. Un legs particulier sera
délivré en nature ou envaleur selon le résultat du
t
l
partage de la c.ommunauté

~
· En raison de la grande liberté de gestion laissée aux époux, la loi a prévu, à côté
] des règlements des siruations de crise issus du régi me primaire (voir supra), des
o mesures de dessaisissement j udiciaire propres au régime de la communauté.
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

D'une part, l'article 1426 du Code civil sur les biens communs, lorsqu'il y a incapa-
cicé, inapcicude ou fraude du conjoint L'époux qui sollicice le dessaisissemenc a déjà
couc pouvoir sur la communauté. Il demande seulement à agir seul. Il n'y aura substi-
tution que dans les cas où le conjoint avait des droits exclusifs comme dans l'exercice
d'une profession séparée. D'autre part, l'article 1429 du Code civil sur les biens pro-
pres du conj oint si ce dernier est dans l'incapacilé d'agir ou a des componements
répréhensibles (laisse dépérir ses propres ou les détourne). Le conjoint demandeur
pourra alors :représenter son époux pour les actes d'administration et de jouissance.

4 Passif dans la communauté légale


Il y a lieu de distinguer entre l'obligation (relations des époux avec les tiers) et la
contribution (relations mutuelles des époux) à la dene :
- Une delle peut être commune sous le double aspect de l'obligation et de la
con1ri bu1ion. Il s' agit d'un passif définitif à la communauté qu i devra récom-
pense au patrimoine propre qui l'acquinerait.
- Une dene peut être propre sous le double aspect de l'obligation et de la contri-
bution. Il s'agit d' un passif définitif pour le patrimoine propre qui devra récom-
pense à La communauté si elle a été réglée avec des deniers communs.
- Une dene peut être commune du point de vue de l'obligation, mais personnelle
qu ant à La contribution. Si le créancier a poursuivi le règlement sur la commu-
nauté, elle aura droit à récompense.
Les denes nées au cours du mariage sont communes au plan de l'obligation (vis-
à-vis des tiers créanciers). Toutefois, en fonction de l'auteur de la dene (un seul
époux ou les deux ensemble) et de sa nature, le gage des créanciers (le ou les patri-
moines qu'ils pourront poursuivre) sera plus ou moins large:
Tableau 4.4

Dettes Biens communs Biens propres


Dettes d'un époux avant le mariage et dettes Uniquement les revenus du Du seul époux
successorales débiteur débiteur

Dettes ménagères même par un seul époux (art.


Tous Des 2 époux
220 Code civil)
Tous sauf 1112• annuel des gains et
Dettes postérieures aumarlageduchefd'un seul salaires du conjoint dudêblteurou Du seul époux
époux montant des gains et salaires débiteur
versés le mols précédant la saisie
Emprunt ou cautionnement souscrit par un seul Uniquement les revenus du Du seul époux
époux débiteur débiteur

Emprunt ou cautionnement souscrit par un époux Du seul époux


Tous
avec accord duconjolnt débiteur

Emprunt ouc.autionnement souscrit par les 2 époux Tous Des 2 époux


Les régimes matrimoniaux . .

La contribution à la dene est relative à la répartition définitive du passif. Lors de


la liquidation du régime matrimonial, il y aura lieu de distinguer le passif définitif
de la communauté et son passif provisoire. Ainsi, les denes incombant à un seul des
époux, qui auraient été acquinées avec des deniers communs, feront l'objet d'une
récompense du patrimoine propre de l'époux débiteur au patrimoine commun
(voir infra). Inversement, une dene commune acquittée par un des patrimoines pro-
pres engendrera une récompense depuis le patrimoine commun vers le patrimoine
propre qui l'a acquinée.

5 La dissolution et la liquidation de la communauté légale

5.1 Les causes de dissolution d u régime

Tableau 4.5

CAS DE DATE D'EFFET


DISSOLUTION Entre époux À régard des tiers
1
Décès Au jourdudécès

Absence déclarée Date de la transcription en marge de l'acte die naissance

Date de l'assignation ou date de


Divorce ou séparation cessation de la cohabitation ou de la
de corps collaboration

Divorce par Lol 26.0S.2004 ,


consentement mut1.1el Date d'homologation Date de la mention en marge de l'acte de
m.arlage et des actes de naissance
Autre divorce Ordonnance de non-conciliation

Séparation de biens
judiciaire Jourde l'assignation

~
§
] On peul noter qu'une dene née après la dace d'effet encre époux et avant la dace
·E d'effet vis-à-vis des tiers est une dene encrant dans la communauté.
~
.g 5.2 Les effets de la dissolution

"f Dans l'anence de la liquidation et du panage de la communauté, c' est une indivi-
{ sion posc-communaumire qui s'installe.
~

65
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Application des artides 815 et s. du Code civil entre les indivisaires


Dès la dissolution de la communauté, c'est le droit de l'indi vision qui s'applique
encre les époux ou en1re le conjoint survivant et les héritiers du défunc. Toue bien
acquis pendant l'indi vision est présumé personnel à l'époux acquéreur. L'indivision
se compose des biens commu ns.

Application de l'article 815-17 du Code civil au profit des créanders


Les créanciers de l'indivision (ceux donc la créance est née de la conservation et
de la gestion des biens indivis pendant l'indivision et les créanciers qui auraient pu
agir sur les biens de la commu nauté avant qu'ils ne 10mben1 dans l' indivision) one
le droit d' être payés par prélèvement sur l'actif indivis avant le partage. Lescréan-
ciers personnels des indivisaires (ceux donc la créance est née après la dissolution
de la commun auté pour une autre cause que la conservation et la gestion des biens
indivis et ceux qui, en cours de mariage, n'auraient pas eu de droit de poursuite sur
le pa1rimoine commun) n'ont aucun droit sur l'ac-cif indivis.

5.3 Les opérations de liquidation

Ell es one pour bue de perrnenre à chacun des époux de reprendre ses biens propres
et de se partager l'actif commun.

La reprise des biens propres


Ell e suppose la preuve du caractère propre des biens et donc le renversement de
la présomption de communauté de l'anicle 1402 du Code civil.

Le ca/cuf des récompenses


Il est destiné à corri ger les mouvements de val eur encre les patrimoines propres et
communs ' e1 est soumis aux règles d'évaluation de l'article 1469 du Code civil. En
principe, la récompense est égal e à la plus faibl e des deux sommes encre :
- la dépense faite au j our où elle a été réalisée;
- le profil subsistant, évalué au j our de la liquidation.

Par excepc ion :


- la récompense ne peut pas être inférieure à la dépense faite si elle étai!
nécessaire ;
- elle ne peul pas ê1re inférieure au profil subsistant lorsque la val eur util isée a
servi à acquérir, à conserver ou à améliorer un bien.

L A11. 1433 e1 1437 du Code c ivil.

66
Les régimes matrimoniaux . .

Tableau4.6
Cause de la récompense Montant de la récompense
Dépense utile La plus fa lble des 2 sommes entre dépense faite et profit subsistant

Dépense nécessaire Au moins la dépense faite


Acqulsltlon,amélloratlon,conservatlon Au moins le profit subsista nt

Une fois les récompenses é1ablies, on en faic le comp1e, de sorte que le solde donnera
1ieu à règlement. Le règlement en numéraire n' esc possible que si la récompense esc due
par la communauté à un des époux. Le règlement peul, dans un sens ou dans l'autre, se
faire par incorpo:racion au pariage de la communauté. Le solde des récompenses esc alors
un acti f ou un passif de la communauté. Il y aura lieu de par1ager le solde de la commu-
nauté en attribuant à lépoux créancier ou débiteur cec ace if ou ce passif.
Les époux pourront aussi procéder à des opérations de prélèvements préalables au
partage de la communauté.« Les prélèvements s' exercent d'abord sur l'argent comp-
canc, ensui te sur les meubles ec subsidiairement sur les immeubles de la commu-
nauté. » 1 Ainsi, l'époux créancier pourra prélever des bi ens communs à concurrence
de sa créance. En sens inverse, si c'esc un des époux qui esc débiteur, c'esc son conj oint
qui procédera au prélèvement Il ne restera plus alors qu'à partager lacommunaucé par
moitié selon la volonté des parties ou par voie j udiciaire en cas de désaccord.
Tableau 4.7
Bilan du
-
Atouts l imites
régime légal 1

La présomption de communauté profite Pour assurer le maintien de son patrimoine


!qulllbre a la masse commune.Malsles époux propre, chaque époux doit être titulaire de
des patrimoines conservent la propriété des biens deniers propres et procéder â une déclaration de
présents et des biens d'origine familiale. remploi.
Risques de conflit et de blocage,corrlges par les
Les 2 époux ont aujourdJhui les mêmes
Les règles mécanismes (jud iciaires} du régime primaire.
pouvoirs. Les actes les plus Importants
de gestion Atteinte â l'autonomie de l'époux professionnel
nécessitent leur accord.
qui exploite un fonds commun.
Le conjoint qui n'exerce pas d'activité Si l'unde:s époux est salarié de l'autre, la
rémunérée profite de l'activité de déduction fisc.ale de son salaire est li mitée en
La protection
r autre.Leconjolntsurvivantou l'ex· raison des Interférences entre les patrimoines
du conjoint
époux conserve sa part de propres et communs, le partage peut compliquer
communauté. le règlement de la succession ou d ud lvorce.
L'. accu mu lation des dettes du chef de l'un et de
La répartition L"etendue du gage des créanciers
l'autre risque de mettre en danger le patrimoine
des dettes permet â la femme comme au mari
familial et/ou professionnel, malgré les règles
des époux d 'obtenlrducrédit.
protectrices de la loi de 198S.
Régime adapté â de jeunes époux dont Régime â déconseiller pour des époux dont l'un
un seul exerce une activité rémunérée (ou lesdeux) a (ont) une activité présentant des
Conduslon
ou exerçant tous les deux une activité risques fi nanclers et/ou supposant un bien
salariée. professionnel â sauvegarder.

]
0 1. A 11. 1470 .
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Sect ion 3 LES RÉGIMES CONVENTIONNELS


COMMUNAUTAIRES ET SÉPARATISTES

1 Les régimes conventionnels communautaires

Il est possible aux futurs époux, ou lors d'un changement de régime matrimonial,
d'établir dans un contrai de mariage un régime macrimonial sur mesure en modifiant :
- la composition des patrimoines ;
- la gestion des patrimoines (cet aménagement n'est que difficilement envisagea-
ble car il s'agirait d'augmenter les situations de cogestion, situation difficile à
vivre en pratique) ;
- la liquidation et Je parcage des biens communs.

Les règles de la communauté légale res1en1 applicables pour cous les points qui
n'ont pas fai 1 l'objet d'un aménagemenc.

1.1 L'aménagement de la composition des patrimoines


Il pourra se faire par J'écablissemenc de clauses paniculières :
- Clauses restrictives de la masse commune : on pourra ainsi prévoir une s1ipula-
1ion de bien propre pour des biens communs sous Je régime légal en excluant,
nocammenc, les gains et salaires ou un bien professionnel paniculier.
- Clauses extensives de la masse commune : on prévoira ainsi l'ameublissement
d' un bien, propre en régime légal, par une stipulation de communauté.
Ce sera également Je cas des deux contrats prévus par Je Code civil, la communauté
de meubles et acquêts et la communauté universelle, qui, eux aussi sont adaptables.

La communauté de meubles et acquêts


La composition active du patrimoine commun est celle de la communauté légale,
augmentée de cous « les biens meubles donc les époux avaient la propriété ou la
possession au jour du mariage ou qui leur sont échus depuis par succession ou libé-
ralité, à moins que Je donateur ou Je 1esca1eur n'aie stipulé Je contraire » 1• En consé-
quence, les biens propres sont les immeubles possédés par les époux avant Je
mariage et ceux recueillis par succession ou libéralité, les biens meubles qui auraient
formé des biens propres par narure sous Je régime légal en appl ication de l'anicle
1404 du Code civil, les acquisitions à 1i1re d' accessoire de propre2, les acqu isitions

1. A11. 1498 al. 1.


2. A11. 1406 d u Code ci vil
68
Les régimes matrimoniaux . .

assonies de subrogation réelle dans les mêmes conditions que dans le régime légal
(submgacion aurnmacique ou par la cechnique de l'emploi ou du remploi) ainsi que
les donations et legs de meubles avec stipulation de propres.
Le passi f se gère comme en régime légal, sauf les denes antérieures au mariage
afférentes aux meubles qui 1omben1 en communau1é. Les règles de gestion sont
celles du régime légal et, lors de la dissolution du régi me, il y a un pan age par moitié
sauf stipulation contraire.

La communauté universelle
La composition active de la communauté comprend cous les biens appanenanc aux
époux avant le mariage et ceux qui leur échoient par succession ou libéralité pendant
le mariage. Ce qui ne signifie pas qu' il ne puisse pas y avoir de biens propres. D'une
pan, les biens déclarés propres par l'article 1404 du Code civil ne 1omben1 pas dans
la communamé. sauf si les époux en manifestent la volonté. D' amre part, les époux
peuvent recevoir des biens avec exclusion d'en1rée dans la communauté.
La communauté supporte définitivement coutes les denes des époux, présences et
futures. Les règles de gestion sont celles du régime légal. Quant à la dissolution du
régime et, à défaut de stipulation con1raire, la communauté fait l'objet d'un parcage
par moitié encre le conjoint survivant et les héritiers. Toutefois, le plus souvent, le
régime est assorti d'une clause d'anribucion intégrale de la communauté au conjoint
survivant (cf. infra la technique de l'avantage ma1rimon ial).

1.2 Aménagement du partage et de la liquidation de la communauté


Renvoi infra aux développements sur la protection du conjoint survivanc.

Tableau 4.8
1 Clauses de prél è·
Clause Stipulation de Attribution
vement moyen·
préciputaire parts inégales intégrale
nant indemnité
Fondement
Art.lSTI Art. lSlS Art.1S20 Art.1S24
(Code civil)
Assiette Biens communs en pleine propriété ou en usufruit
Le conjoint survivant ou l'êpouxdêsignê.Prêvolr l'appllc.ationde la clause au seul e.as
Bénéficiaire
de dissolution par décès
Opération
Nature de l'opération Avantage matrimonial
de partage
Possibilité de prévoir une clause
Protection des h érit iers
de reprise des apports
Protection enfants
Action en retranchement
de 1•• llt
Fiscalité Droit de partage 1 Aucune

69
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

1.3 Aménagement de la liquidation des biens propres:


la faculté d'attrib ution ou d'acquisition
Renvoi infra aux développements sur la protection du conjoint survivant.
Tableau4.9
Fondement Art. 1390 Code civil
Assiette Biens propres de l'époux prêdêcêdê
Bénéficiaire Le conjoint survivant
1) Partage si le conjoint est appelé â la succession
Nature de ropération
2) Vente s'il n'y est pas appelé
Fiscalité Droit de partage + droit de mutation â titre onéreux sur l'éventuelle soulte

2 Les régimes conventionnels séparatistes


2.1 La séparation de biens pure et simple
Tableau 4.10
1 Biens personnels Biens indivis
Les époux peuventcrêervolontalrement
Chaque époux est prlvativement propriétaire
une masse de biens Ind ivis en réalisant des
des blensqu'll possède au jour du mariage
acquisitions au nom de l'un et de l'autre
et des biens qu'il acquier t indlvid uellement
(ex. : le logement familial est souvent acquis
pendant le mariage â titre gratuit ou â titre
en lnd lvlslon).
Composit ion onéreux.
des patrimoines Il est prudent de se ménager des modes
Lorsque les époux n'appor tent pas la preuve
de preuve et/ou de prévoir dans le contrat
de leurproprleté lndlvlduelle, l'artkle 1S38
de mariage des présomptions de propriété.
du Code civil prévoit une présomption
Le titre l'emporte sur le mode de
d 'Indivision applicable pendant la vie
financement (Clv l re 17décembre 1997).
du régime comme â la dissolution.
Chaque époux conserve" l'ad mlnlstratlon, la
j ouissance et la libre disposition de ses biens Principe d'unanimité pour les actes
Pouvoirs
personnels» (art.1S36al. 1),â 1exceptlondes d 'administration et de disposition
de ge<tlon
biens qui assurent le logement de la famille (art. 81S-l).
(art. 21S al.l).
Chaque époux" reste seul tenu des dettes
nées en sa personne, avant ou après
Les créanciersdes époux peuvent attelnd re
le mariage• (art. 1Sl6 al. 2), sauf les dettes
Les dettes les biens Indivisdans des cond ltlons prévues
ménagères de l'artkle 220 Code civil, à l'article 81S-17Code clvll.
l'engagement solidaire et le cautionnement
de l'un au profit de l'autre.

Quelle que soit lacausededlssolutlon, 11 ya


lieu à partage des biens Indivis (art.1S4l).
Perception du droit proportionnel de partage
Chaque époux conserve la propriété de ses
étendu au montant des soultes éventuelles,
La dissolution biens personnels sous réserve d'en rapporter
sauf 11les époux avalent prévu une l ia use
la preuve.
de tontine en vertu de laquelle l'époux
survivant sera réputé seul propriétaire
du bien rétroactivement depuis l'acq ulsltlon.

70
Les régimes matrimoniaux . .

Tableau 4.11
Avantages limites
Régime peu équitable lorsqu'un époux n'a pas d 'activité
Indépendance des époux. rémunérée ou peu de revenus :il ne profite pas de
l'activité de l'at.rtre.

Le patrimoine de l'un est protégé contre les risques Sauf : société de faltouco-exploltation/solldaritê
de l'activité de l'autre. conventlonnelle/c.autlonnement.

Sauf requallficatlonde certaines opérations en donations


La liquidation du régime est en principe sim ple sous Indirectes, désonnais irlévocablesdepuls la loi du 26 mai
réserve des dlfficultës éventuelles de preuve et 2004 réformant le divorce (achat au nom de l'un et financé
du règlement des créances entre époux (soumises en toutou partie par l'autre), avec les risques de révocation
depuis la loi du 23décembre 198Saux règles en coursde régime ou au Jour de la dissolution par le
d'évaluation de l'art. 1469). divorce des époux ou de rêd uctlon pour atteinte â la
réserve au cas d>ed lssolutlon par décès (if. successions).

Régime à conseiller:
Régime à pmsc rire,
• aux rommerçrnts, aux époux ayant une activité
• si l'un des époux n'a ni patrimoine personnel,
présentant des rlsq1.1es financiers;
ni activité rémunératrice, même pour quelques années
• aux époux ayant chacun un patrimoine et
(épouse voulant élever ses enfants, époux touché
souhaitant une lndé pendance totale;
par la maladie, l'lnvalldlté, le chômage ...}.
• aux époux ayant des enfantsd'un précédent mariage.

2.2 Aménagement de la séparation de biens:


la séparation de bien avec adjonction d'une société d'acquêts
Tableau4.U
Biens Biens Biens constitutifs 1

1 de Madame de Monsieur de la société d'acquêts

La société d~cquëts peut ëtreconstltuêede biens acquêts au


sens du régime de communauté léfi!le (acquis atitreonéreux
pendant le mariage).. mais aussi de biens acquisantérieurement
au mariage, voire Issus de successlonsou libéralités.
la société d'acquêts peut être plus ou moins large selon
la volonté des épollX et tenir compte par exemple:
Composition -de la nature des biens (eic le logemertfamlllal et les meubles le
Propriété Propriété
des glmlssant; revenus des époux; tous lesacquêts Immobiliers ou
privative privative
patrimoines mobiliers; tous lesbiens des ép>ux autres que professionnel ...);
-de leur moded'ac.qulsltlon (ex.: biens acquis pendant le
mariage avec les éc.onomies faites sur les revenus des
époux, biens Issus de successions et/ou libéralités...).
Selon les c.as, prévoir la question du changement
d'affectation des biens (ex.: logement familial), et/ou
celle de l'emploi ou du remploi de deniers personnels.

- appllc.atlon des règles de gestion de la communauté


légale (gestion concurrente mais aussi conjointe au sens
Indépendance Indépendance
R@gie< des articles 1424 ets . Code civil};
de l'époux de l'époux
de gestion -attention aux ar ti cles 1413 et 141S Code civil également
propriétaire propriétaire
applicables aux biens constitutifs de la socJété d 'acq uëts
(Il convient donc d'en li miter le contenu).

71
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Biens de Biens de Biens constitutifs


~ame Monsieur de la société d'acquêts
- partage par moitié des biens constitutifs de la société
Conséquences Reprise Reprise d'acquèts, sauf aménagement de lad lssolutlon du régime
de la des biens des biens enc.asdedêcès avec la prévision d'un avantage
dissolution personnels personnels matrimonial : clause d'attribution Intégrale de la société
d'acquêts au conjoint survivant, clause de préciput..

2.3 La participation aux acquêts


Ce régime est un compromis en1re la séparation de biens, donc elle emprunte les
règles en cours de régime, et la communauté de biens à la dissolution du régime car
les époux participent à l'amélioracion, en valeur, du patrimoine de l'autre.

Tableau 4.13
Madame Monsieur
Biens personnels soumis â gestion autonome. Biens personnels soumis â gestion autonome.
Pendant la vie Dettes personnelles sauf exceptions. Dettes personnelles sauf exceptions.
Biens Indivis soumis â l'article 815·3. Biens Indivis soumis â l'art.815·3.
du régime
Fonctionnement identique â un régime de séparation de biens.
Patrimoine final - P'atrimolne originaire P'atrimolne final - P'atrimolne originaire
À la • Enrichissement • Enrichissement
dissolution
du régime Chacun des époux adroit en valeur, â la moitié de l'enrichissement réalisé par l'autre.
Le résultat compensé donne lieu au versement d'une créance de participation.

L e patrimoine d' origine (biens n'ouvrant pas droit à participation) comprend (art
1570 du Code civil):
- les biens appanenanc aux époux au j our du ma riage ;
- les biens reçus par succession ou libéralité ;
- les biens propres par narure n' ouvrant pas droit à récompense;
- 1ou1 bien subrogé à l'un de ceux-ci, à l'exclusion de ceux donc l'époux a disposé
par donation. De la même manière, les fruits ne sont pas compmbilisés.

La preuve de la consistance du patrimoine originaire pèse sur l'époux auquel on


conseillera de faire un inventaire (valeurs et écm) et des déclarations de remploi en
cours de régi me. L'évaluation du patrimoine se fait en fonction de l'étal au jour du
mariage ou de l'acqu isition avec la valeur au jour de la liquidation ou de l'aliénation
sauf subrogation. Les denes dépendant du pa1rimoine d'origine sont les denes pré-
sences au jour du mariage et celles grevant les successions et libéralités pour leur
valeur nominale ou réévaluée (selon les règles de l'arc. 1469 du Code civil) s'il
s'agit d' une dene d'acquisition, d 'amélioration ou de conservation des biens.
72
Les régimes matrimoniaux . .

Le patrimoine final comprend cous les biens existants à la dissolution du régime,


donc en ce compris les biens originaires qui s'y 1rouven1, sans omenre les créances
encre époux et les biens légués. Les biens sont évalués selon leur étal au jour de la
dissolution avec leur valeur au jour de la liquidation. On y réunie fic1ivemen1, parce
que leur dispari ti on n'est pas opposable au conjoint, les biens d'acquêts donnés sans
le consencemenc du conjoint ou aliénés frauduleusement (art. 1573), les améliora-
tions apponées pendant le mariage à des biens originaires, donnés sans le consen1e-
men1 du conjoint (art 1574) et le déficit du patrimoine originaire (an. 1571 al. 2)
engendré par les acquêts. Les biens donnés sont évalués selon leur étal au jour de la
donation et leur valeur au jour de la liqu idacion. Les .améliorations sont évaluées au
jour de l'aliénalion. En principe, la créance de participation se règle en numéraire,
dans un délai maximum de 5 ans. Par excepcion, et si les deux époux en sont d'ac-
cord, la créance peul être réglée en narure par remise d'un bien.

73
5 Le divorce
Catherine B IENVENU

A vec la réforme du divorce par la loi du 26 mai 2004, le législateur a main-


tenu la pluralité des cas, 1ou1 en simplifiant les procédures et en perme11an1
d'adapter les demandes en cours d'instance. Elle prévoie également un accompagne-
menc des époux afin de les aider à organiser les conséquences de leur séparacion le
plus efficacement possible, en évimnc les conflits après le prononcé du divorce.

Section 1 Les cas de divorce


Section 2 Les conséquences patrimoniales du divorce

Section 1
LES CAS DE DIVORCE

1 Le divor,ce par consentement mutuel

Il s'agit de l'unique procédure envisageable lorsque les époux s'accordent à la fois


sur le divorce et sur ses conséquences. Ils présentent alors au juge une convention
reprenant cous les points d'accord sur la rupture du mariage et ses effets, y compris
74
Ledivorce . .

la liquidation du régime matrimonial. Le divorce esl désonnais prononcé, en prin-


cipe, à l'issue d' une seule audience, au lieu de deux .auparavant

2 Le divorce accepté
Le j uge constatera l'accord des époux sur le principe de la rupture, sans considé-
ration des faits à l'origine de celle-ci. Par contre, les époux s'en remenent au juge
pour statuer sur les conséquences de la rupture, faute d'avoir pu trouver un accord.

i Le divorce pour altération définitive du lien conjugal

Dès lors que le juge constate que les conditions de l'altération définitive du lien
conj ugal sont réunies, il doit prononcer le divorce, sans rechercher les causes de la
rupture comme .auparavant. Le conjoint subissant la rupture pourra obtenir une com-
pensation financière (soit une prestation compensatoire, soit des dommages et inté-
rêts sur le fondement de l'an. 266 Code civil).
Le but de la loi étant de pacifier les situations, ce cas de divorce penne! d' éviter
un divorce pour faute :
- soit parce qu'il est demandé à titre principal, même par un seul des époux, dès
lors que la communauté de vie a cessé depuis plus de deux ans lors de l'assigna-
tion en divorce (et non plus de la requête comme précédemment) ;
- soit parce qu'il est demandé à titre reconventionnel, sans condition de délai, ni
de cessation de vie commune, dès lors que la demande principale en divorce
pour faute est rejetée.

4 Le divorce· pour faute


Il nécessite que le conjoint ait commis une viol ation grave ou renouvelée des
devoirs et obligations liés au mariage, rendant intolérable le maintien de la vie corn-
~ mune. Les faits sont laissés à l'appréciation du juge. On notera qu'en cours d'ins-
§ tance, la loi a prévu des passerelles vers les divorces les moins contentieux en cas
] d'accord des époux.
E
~
g
·~ Section 2
~ LES CONSÉQUENCES PATRIMONIALES DU DIVORCE
l
~
· La nouvelle loi tendant à ce que les époux règlent définitivement les effets du
] divorce, il y a lieu d'en prévoir minutieusement les conséquences patrimoniales en
o amont. Contrairement à la législation antérieure, le divorce est désormais sans
75
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

incidence sur les droits que les époux ciennent de la loi (pensions de retraite ... ) ou
de convencions passées avec les li ers (assurance· vie ... ).
Pour l'établissement des conventions relaci ves à la liquidation du régime matrimo-
nial (art. 265-2), et quel que soit le cas de divorce, un acte notarié n'est exigé que si
la liquidation pone sur des biens soumis à publicité foncière. Dans les autres cas,
el le peut résulter d'une convention établ ie, par les parcies et leurs avocats, qui sera
soumise à l'homologacion du juge. Le recours au notaire est toutefois recommandé
puisqu'il est le spécialiste du droit de la famill e. Nous n' évoquerons ici que les
conséquences pécuniaires entre époux, mais c'est bien l'ensemble des conséquences
de la rupture qui doivent être prévues, notammen1 en ce qui concerne les enfants.
Il y a lieu d'être particulièrement vigilant sur la date et le report des effets du
divorce dans les rappons entre époux et la date des mêmes effets vis-à-vis des ciers.
Une dene contractée par un époux entrera dans la communauté, vis-à-vis du tiers
créancier, si elle est née entre ces deux dates. En cas de divorce par consentement
mutuel, le jugement prend effet à la date de 1'homologation de la convention réglant
les conséquences du divorce, à défaut de clause paniculière. Dans les autres cas, ses
effets sont fixés, non plus à la date de l'assignacion, mais à cel le de l'ordonnance de
non-conciliation. Ceci n'interdit pas à un des époux de demander, en cours de pro-
cédure, au juge de fixer les effets du jugement à une autre date (cessation de la
cohabitacion notamment). À l'égard des tiers, la dissolucion du mariage n'est oppo-
sable qu'à la date de la mencion du jugement d e divorce en marge de l'acte de
mariage et des actes de naissance.
Nous verrons ainsi le son qui est réservé aux libéralités et avantages matrimoniaux
(1), au logement de la famill e (2), les indemnités financières qui peuvent être dues
entre époux (3) et la liquidacion du régime matrimonial (4).

1 Libéralités et avantages matrimoniaux (art. 265 Code civil}


Désormais, le sort des avantages matrimoniaux et des libéralités ne dépend plus
du cas de divorce mais de leur nature. En principe, ceux qui produisent leurs effets
en cours de mariage, donc avant le divorce, sont maintenus. Au contraire ceux qui
n'ont pas encore produit leurs effets sont révoqués de plein droit.

1.1 Les donations de biens présents


Le nouvel arcicle 1096 du Code civil pose le principe de !'irrévocabilité des dona-
cions de biens présents entre époux (qui ont donc produit leurs effets pendant le
mariage), sauf application des disposicions de droit commun (inexécution des condi-
cions sous lesquelles elles ont été faites et l'ingratitude). Comme sous l'empire de la
loi antérieure, ces donations ne sont pas révoquées pour cause de survenance d'en-
Ledivorce . .

fane (art 1096 al. 3). L'article 1096 du Code civil ne s'applique, en dehors de 1ou1e
procédure de divorce, qu'aux donations consenties après le Jcr janvier 2005. En
conséquence, coutes les donations faites pendant le mariage avant le I" janvier
2005, demeurent librement révocables.

1.2 Les dispositions à cause de mort


Le 1estamen1 ou la donation au dernier vivant (classiquement nommée également
«donation encre époux »sous entendu de biens à venir) consentis par un époux, par
contrai de mariage ou pendant le mariage, sont révoqués de plein droit par l'effet du
divorce, quelle que soie sa cause. Toutefois, l'époux qui les a accordés peul décider
de les maintenir. Dès lors sa volonté doit être constatée par le juge car le maintien a
pour conséquence de rendre la libéralité irrévocable (art 265 al. 2).

1.3 Les avantages matrimoniaux


Selon le nouveau principe de prise en compte des ac ces selon qu'ils one ou non pris
effet au cours du mariage, il y a lieu de distinguer:
- les avantages matrimoniaux, qui prennent effet au cours du mariage (appon d'un
bien propre par un époux à la communauté, par exemple) res1en1 irrévocables ;
- les avantages qui prennent effet à la dissolution du régime matrimonial, sous
entendu par décès ou changement de régime matrimonial (clause de préciput,
clause de p.artage inégal) sont révoqués de plein droit par l'effet du divorce,
quelle que soie sa cause.

Toutefois, la li be né d'organisation des effe1s du divorce perme!, comme en matière


de libéralités, à l'époux qui les a consentis de les maintenir. Ici encore, cene volonté
devra être cons1a1ée par le j uge lors du prononcé du divorce puisqu'ils ne pourront
plus être révoqués.
~
§

] 2 Le logement de la famille
E
~ Comme évoqué dans les parties réservées aux régi mes matrimoniaux et aux suc-
g cessions, le législateur organise !Oujours le son du logement occupé par la famille.
·~ La loi du 26 mai 2004 a mis en place un certain nombre de mesures provisoires, à
j la disposition du juge, permettant d'organiser la vie du couple séparé. L'une de ces
:;- mesures es1 la résidence séparée des époux j usqu'au prononcé du divorce. La pro-
~ cection édictée par l'article 21 5 alinéa 3 (voir régime primaire des régimes matrimo-
g niaux) demeure, pendant 1ou1e la durée du mariage, que les époux soient séparés de
o fait ou même de droit, donc en vertu d'une autorisation de résidence séparée. C'est
77
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

donc le j uge qui va attribuer la jouissance du logement et du mobilier du ménage.


La jouissance du logement et du mobilier peul ainsi être attribuée à 1i1re provisoire
à l'un des époux, que ce logement soie la propriété des deux époux ou de l'un d'encre
eux, ou que celui-ci soie détenu en verru d' un bail d' habitation.
La nouveauté de la loi du 26 mai 2004 impose au juge de préciser le caractère
graru ic ou non de la jouissance du logement' . Aux termes de l'anicle 262-1 alinéa 4
in fine du Code civil, j usqu ' à l'ordonnance de non-conciliation, la jouissance du
logement par un seul époux conserve un caractère graruic, sauf décision contraire du
juge.
Si la jouissance du logement revêt un caractère gracuic, elle repose sur l'exécution
du devoir de secours entre époux, devoir qui subsiste au cours de la procédure en
divorce. Si la jouissance du logement fait l'objet d'une indemnité d' occupation, le
juge n'a pas le pouvoir pour la fixer. Soie les époux s' accordent pour la fixer, soie le
juge y pourvoira à l'occasion de la liquidation du régime matrimonial lors de la
procédure de pan age j udici aire.
Lorsque le logement de la famille appartient en propre ou personnellement à l'un
des époux, le juge peul le concéder à bail à son conjoint, quel que soie le cas de
divorce, si crois conditions sont réunies :
- cet époux exerce seul ou en commun l'aucoricé parenmle ;
- un ou plusieurs enfants résident habiruellemenc dans ce logement ;
- l'in1érê1 des enfants commande une celle solulion.

Le juge doit alors fixer la durée du bail, qui peul être renouvelé j usqu ' à la majorité
du plus jeune des enfants. Il pourra également le résilier si des circonsmnces nou-
velles le j us1 ifien1.

i Les indemnisations financières


Quel que soie le cas de divorce, un des époux peul être amené à indemniser son
conjoinc.

3.1 Les dommages et intérêts (art. 266 du Code civil}


Des dommages et intérêts peuvent être demandés à l'occasion de l'action en
divorce (sauf pour le divorce par consentement mutuel) sur deux fondements :

1. Ce qui posai1de nom.breuses di fficul1és aupara\fant, lorsque l'o:rdonnance de no1H .".onci liation ne précisait rien
quant à La prise en charge de œnejouissance au ti1re dudevoi rde secours :jouissance gra1ui1e ou à l'existence d' une
éventuelle indeotni té d'occupation.
Ledivorce . .

- L'article 266 du Code civil, (preuve par le demandeur qu'il subie des conséquen-
ces parciculièremenc graves, cel l'abandon de la femme ec de leur fille handicapée
au profil d'une maîtresse) permec l'allocation de dommages ec incérêcs au défen-
deur à un divorce pour alcération définitive du lien conj ugal ou à l'époux qui
obcienc le divorce aux cons exclusifs de son conjoinc.
- L' article 1382 du Code civil répare les fautes commises par un conjoint pendant
le mariage, mais sans que le préjudice soie lié à la dissolution du mariage (inj ures
par exemple).

3.2 La pension alimentaire entre époux


Une celle pension pourra êcre fixée pendant le cours de l'instance en divorce ec
prendra fin avec son prononcé. Elle a pour bue de maintenir le niveau de vie d' un
des époux. Elle sera fonction des revenus ec charges de chacun des époux ec est
révisable.

3.3 La prestation compensatoire

Définition
La prescacion compensatoire a un caractère forfaitaire, ec esc donc déterminée lors
du divorce. Son moncanc ne peul pas êcre révisé. Son objet esc de compenser la dis-
parité dans les conditions de vie respectives des époux engendrée par la dissolution
du mariage.
Conformément au souci du législateur de ne plus lier les conséquences patrimo-
niales du divorce à sa cause, le droit à bénéficier d'une prestation compensatoire est
désormais généralisé ec ne dépend plus du cas de divorce ou de la répartition des
corcs. Toutefois, le juge peul la refuser si l'équité le commande. Sa demande doic êcre
faice en cours d' instance où le juge apprécie, à la fois, qu ' il existe une disparité dans
~ les conditions de vie des époux ec, que cene disparité résulce de la ruprure du
§ mariage.
~
-li La prestation compensatoire prend, en principe, 1a forme d'un capital, la rence
·E viagère demeurant l'exception. Toutefois, les époux one une grande libené quanc à
~ la forme de son paiement, notamment en mixant les rypes de versements. S'ils crou-
g venc un accord, les époux peuvent déroger aux principes généraux fixés aux arti-
·~ cles 274 à 276 ec déterminer librement le moncanc el les modalités de paiement de
j la prescacion. Ils peuvent nocammenc décider que la prestation compensatoire cessera
:;- à compter de la réalisation d'un événement déterminé (recraice, remariage du créan-
-'. cier. .. ), voire qu 'elle prendra la forme d'une rence temporaire. La convention devra
] êcre homologuée par le juge qui vérifiera qu 'elle préserve suffisamment les incérêcs
o des époux ec des enfants.
79
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Formes de la prestation compensatoire


• Principe du capital
Le capital peul prendre deux formes discincces ;
- le versement immédiat d' une somme d' argen l;
- l'anribucion d' un bien en propriété ou d'un droic temporaire ou vi ager d' usage,
d' habitation ou d'usufruit (pour l'attribution en propriété d'un bien propre reçu
par succession ou donation , le juge doic obtenir l'accord exprès du débiteur).

En cas d'impossibilité pour le débiteur de verser immédiacemenc l'incégralicé de la


somme fixée, le capital peul êcre fractionné sur une période n'excédant pas huic ans,
sous forme de versements périodiques. Il esc possible de s' acquiner de la prestation
en cumulant le versement d 'une somme d'argent, L'anribucion d 'un bien ec un capital
échelonné. Le débiteur peul se libérer du solde .à couc moment, sans intervention
judiciaire. Le calcul du solde à payer doic s'effectuer à panir du capital indexé.
Fiscal ement, les in cidences ne seront pas les mêmes :
- En matièr e d 'impôt sur le revenu : lorsque la cotalicéde la prestation esc versée
en numéraire sur moins de dou ze mois, ou en cas d' affectation de biens ou de
droits, l'article 199 occodecies du CGI prévoie une réduction d' impôt sur le
revenu' calculée en fonction de la valeur des biens ou droits cédés, qui doic êcre
fixée dans la convention ou le jugemenc. À dé faut, le débiteur ne peuc prétendre
à aucune réduction d' impôt En cas de prestation mixce ec dès lors que le verse-
ment esc effectué sur plus de douze mois, le débiteur ne peul bénéficier de la
déduction de ses revenus, que des sommes effeccivemenc versées. Le créancier
doic ne déclarer que ces mêmes sommes (an. 156 du Code général des impôts).
- En matiè r e de droits d'enregistrement : lorsque la prestation esc payée sur des
biens communs, il y a application du droic de panage de 1,10 %. Lorsque la
prestation esc payée au moyen de biens propres, il y a une imposition fixe de
125 €s' il s' agit d' un bien meuble, ou d' un droic d'enregiscremenc de 0,60 % s'il
s'agit d 'un bien soumis à publicité foncière.
La prestacion compensatoire a un caractère forfaitaire ec ne peul donc pas êcre
révisée. Tou1efois, les modalités de paiement du capital échelonné peuvent êcre révi-
sées, à cicre exceptionnel, ec à la seu le demande du débiteur. Le juge échelonnera
donc son versement sur une durée supérieure à 8 .ans.
• L'exception, la rente viagère
Le juge peuc, à titre excepcionnel, octroyer une rence viagère2, en considération de
la siruation du créancier, lorsque son âge ou son étal de sancé ne lui permet pas de

1. 25 % du montant du capi1al, dans La lilni1e de 30 500 €.


2. Par applic.•u ion de l'a11icle 276 alinéa 1.

80
Ledivorce . .

subvenir à ses besoins. Le montant de la rente, indexé comme en matière de pension


alimentaire, peuc être fixé de manière uniforme ou varier selon l'évolution probable
des ressources et des besoins (mise à la retraite avec pour corollaire une baisse de
revenus). Il est possible d'anribuer une fraction de la presmlion compensatoire en
capiml, lorsque les circonstances l'imposent, le mon1an1 de la rente étant en consé-
quence minoré. Sur le plan fiscal, en cas de cumul, seules sont prises en considéra-
tion les sommes versées au litre de la rente (art 199 occodecies Il COI), qui peuvent
alors être dédui1es du revenu imposable du débiteur.
On notera, qu'en principe, la prestation compensatoire ne peul être assortie de
l'exécution provisoire. Toutefois, cene règle peul s'avérer très préjudiciable aux
intérêts du créancier, lorsqu'un recours est formé sur ce ne prestation alors que le
principe du divorce est acquis. Le divorce étant devenu définitif, le devoir de secours
prend fin, privant ainsi le créancier du droit à la pension alimentaire alors que la
presmcion compensatoire n'est pas encore exigible. Ainsi, par exception et lorsque
l'absence d'exécution de la prestation compensatoire aurait des conséquences mani-
festement excessives pour le créancier, l'exécution provisoire peut alors être ordon-
née pour 1ou1 ou panie de la prestation. Con1rairemen1 à la prestation en capiml, la
presmtion compensatoire sous forme de rente peul être révisée, suspendue ou sup-
primée en cas de changement impormnc dans les ressources ou les besoins de l'une
ou l'autre des panies, que la rente aie été fixée avant ou après la dace d'entrée en
vigueur de la loi. Toutefois, le montant initial de la rente ne pourra pas être
dépassé.
Le débiteur d'une rente peul solliciter qu' il y soie subslirué un capiml à 1ou1
moment alors que le créancier ne le peul que s'il j us.ci fie qu'une modification de la
situation de son ex-conjoint rend possible la substitution. Le j uge n'est pas lié par la
demande et peul, par une décision spécialement motivée, refuser d'y faire droit Le
mon cane du capiml est déterminé, à panir du mon cane de la rente annuelle indexée ec
de l'âge du créancier, en fonction de son espérance de vie et d'un eaux de capimli-
sacion de 4 %.

~
§ Le décès du débiteur
~
-li
E La loi de 2004 a supprimé le principe de la transmissibilité de la presmtion corn-
~ pensacoire aux héritiers du débiteur, qui ne sont donc plus en principe tenus person-
g nellemenc à son paiement On y a subscirué un mécanisme automatique de prélève-
·~ ment sur la succession, dans la limite de l'actif de celle-ci (an. 280 du Code civil).
j La prestation compensatoire constirue une dene de la succession. S'il y a également
:;- un conjoint survivant bénéficiant d'une créance d'aliments (arc. 767 du Code civil),
~ ils seront cous deux en concours. Lorsque la prestation a été fixée par le j uge sous
§ forme d'un capital échelonné, le solde de ce capital indexé est immédiacemenc
0 ..
o ex1g1ble.
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Lorsque la prestation compensatoire prenait la forme d'une rente viagère ou tem-


poraire, il lui esc subscirué un capical immédiacemenc exigible, après déduccion des
pensions de réversion versées du chef du conjoint survivant, par application de l'ar-
ticle 280-2 (en l'absence de clause particulière de la convention). Par exception, les
héritiers peuvent solliciter, à l'unanimité, le maint ien des modalités de paiement qui
incombaient au débiteur lors de son décès. Ils sont alors tenus personnellement au
paiement de la prestation et bénéficient des mêmes droits que ceux donc bénéficiait
le débiteur lui-même en matière de révision ou d'apuremenc.

4 la liquidation du régime matrimonial


Les époux doivent la prévoir avant le dépôt de la requête initiale en cas de divorce
par consentement mutuel puisque, par définition, il y a accord et sur le principe du
divorce, et sur ses conséquences. Dans les autres cas de divorce, une procédure
souple permet de présenter un acte de liquidation à 1ou1 moment de la procédure,
même s'il est incomplet, voire après le prononcé du divorce. Dans ce dernier cas, la
présentation de la liquidation au juge est encadrée dans des délais stricts.
Lorsqu'il y a accord des époux, ils peuvent soumenre à l'homologation du j uge
leur convention réglant 1ou1 ou partie des conséquences du divorce, concernant cous
leurs intérêts tan! patrimoniaux qu 'ex1rapa1rimoniaux. L'homologation globale per-
met des arbicrages par les époux en fonction de leurs souhaits, sachant que le j uge
veillera, en 1ou1 étal de cause, à la préservation des intérêts de chacun des époux et
des enfants. À défaut d'un règlement conventionnel de la liqu idation par les époux
lors du prononcé du divorce, le juge ordonne la liquidation et le parcage des intérêts
patrimoniaux des époux et stacue, s'il y a lieu, sur les demandes de maintien dans
l'indivision ou d'at1ribu1ion préférentielle. Le j uge peut aussi accorder à l'un des
époux une avance sur sa pan de communauté ou de biens indivis.
Afin d'accélérer le règlement définiti f des intérêts patrimoniaux des époux qui
n'aurait pas pu avoir lieu lors du prononcé du divorce, la loi impose la mise en
œuvre de la liquidation et du parcage dans un délai d'un an après que le j ugement
est passé en force de chose j ugée. Lorsque, à lexpiration de ce délai, ces opérations
ne sont pas achevées, le notaire 1ransrne1 au tribunal un procès-verbal de difficul!és
reprenant les déclarations des parties. Au vu de ce document, le tribunal peul soie
octroyer un délai supplémentaire de six mois maximum, lorsqu'il apparaît qu'un
accord peul encore être finalisé encre les parties. soie statuer sur les con1esca1ions
subsistant encre elles, si les éléments 1ransmis par le notaire le perrnenenc. Si les
parties ne s'accordent !Oujours pas, le notaire en informe le tribunal et établie un
nouveau procès-verbal, afin qu'il soie starué sur les désaccords persistant encre les
époux. Le ccibunal starue sur ces concescalions, puis renvoie les panies devanc le
notaire afin d 'établir l'étal liquidatif.
6 Les successions

Catheri ne BI ENVENU

A u décès, le patrimoine est i mmédiatement dévolu aux héritiers.


En l'absence d'expression de volonté du défunt, la loi prévoie la dévolu-
ti on de la succession (secti on 1). Sous réserve des dispositions d'ordre public, celle
que la réserve, l e défunc peul organiser différemmenc la cransmission de son pacri-
moine, par l'é1ablissemen1 d'un 1esmmen1 ou d'une donation encre époux conférant
au conj oint des droits supplémentaires (section 2).
Pour hériter, i l suffie d' ê1re conçu et de naî1re viable. Il ne faut pas non plus ê1re
indigne (sanction sui te à une condamnation pénale l orsqu'on a anencé à la vie du
défunt). On peul refuser d'hériter en renonçant à la succession. La qualité d'héritier
se démontre par l'étal civil qui est repris dans l'acte de no1orié1é dressé par le
Nomire. En cas d'i ncenicude, on aura recours à un généalogiste pour vérifier l'exis-
1en ce de paren es.

Section 1 Les héritiers à défaut de volonté expresse du défunt


Section 2 Les héritiers suivant la volonté expresse du défunt
Section 3 Les règles fiscales
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Section 1 LES HÉRITIERS À DÉFAUT DE VOLONTÉ EXPRESSE


DU DÉFUNT

1 La dévolution successorale en l'absence de conjoint


Les principes de dévolution font appel à deux notions : l'ordre et le degré. Les
membres de la famille sont classés par ordres :
- le I"' ordre est celui des descendants;
- le 2' celui des ascendants privilégiés (père et mère) et collatéraux privilégiés
(frères el sœurs);
- le 3' celui des ascendants ordinaires (grands-parents) ;
- le 4' celui des collatéraux ordinaires (oncles et tances, cousins et cousines);
- si le défunt n'a pas de famille proche, son successeur sera l'Émc.
Un seul représenmnc d'un ordre élimine cous les ordres subséquents (l'ordre des
descendants exclue celui des ascendants : l'enfanl du défunt héritera de son père et
exclura son grand-père, père du défunl). À l'intérieur de chaque ordre, la successi-
bilité est déterminée par le degré, c' est-à-dire le nombre de générations séparant le
défunt de l'héritier. Le parent du degré le plus proche élimine le plus éloigné (l'en-
fant du défunt exclue le petit enfant).
À ces deux mécanismes, la loi a ajouté deux tempéraments que sont la représen-
tation qui permet à un héritier de degré subséquent de remplacer celui qui l'a exclu
(le petit en fant viendra à la place de son père pour hériter de son grand-père), et la
fente, qui permet une répartition encre les deux familles d'origine du défunc. Ainsi,
pour déterminer qui doit hériter, il faut procéder par étapes. Les successibles doivent
être classés par ordres, puis degrés mais il faut avoir à l'esprit que les mécanismes
de la représenmtion et de la fente peuvent intervenir pour rétablir une dévolution
perrurbée par, nommrnenc, le prédécès d'un héritier.

1.1 Le classement par ordre (1•• étape)


Le l "' ordre est celui des descendants, composé des enfants du défunt quelle que
soie leur fili ation et de leurs propres descendants sans limimtion. S' il existe un des-
cendant, il n'y a pas lieu de s'intéresser aux autres membres de la famil le pour
déterminer les successeurs.
À défaut de descendants, ce sont les membres du 2' ordre qui viendront à la succes-
sion : les ascendants privilégiés (les père et mère du défunt) et les collatéraux privilé-
giés (ses frères et sœurs ou leurs descendants). Il y a concurrence encre ces personnes.
Le père a droit à un quart de la succession, la mère un quart et les frères et sœurs à la
moitié. S' il ne reste que le père ou la mère, le survivant conservera son quart et les
frères ec sœurs se parmgeronc donc les crois quarts resmncs. Si les deux parents sont
Les successions . .

prédécédés, les frères et sœurs se parwgemnc l'in1égrali1é de la succession. À défaut


de frère et sœur, les père et mère se par!llgenc la succession chacun pour moitié. Si un
seul parent a survécu, il héritera de la 1owli1é des biens de son enfant, à la condition
qu 'il n' existe pas d' ascendant ordinaire dans l'autre branche (voir la fente infra).
S' i1n'existe aucun des héritiers ci-dessus, c'est au 3' ordre des ascendants ordinaires
que reviendront les biens. Le patrimoine sera alors dévolu aux grands-parents, arrières
grands-parents etc. Faute d'existence de membres des ordres ci-dessus, la succession
profilera au 4' ordre des collatéraux ordinaires, comprenant les oncles et lllntes, grands
oncles et grandes lllntes ainsi que les cousins et cousines jusqu'au 6' degré.
Au-delà, et à défaut de dispositions prises par le défun1, son pauimoine revient à l 'Élll!.

1.2 La notion de degré (2• étape)


À l' issue de la )"' étape, on a déterminé l'ordre de la succession. Il n' y a plus lieu de
s'intéresser aux autres ordres. Toutes les personnes appartenant au même ordre ne seront
pas héritiers. La successibilité est, en effet, déterminée par le degré. Le degré correspond
au nombre de générations séparant le défunt de celui donc on veut calculer la qualité de
successeur. Le plus proche en degré exclue les autres. Pour ce faire, on suieles branches
de larbre généalogique. Encre ascendant et descendant, 1a ligne est directe, le degré se
calcule par génération (espace) encre le défunt et le présomptif héritier.
Exemple
Au décès d'un grand-père laissant un fils et un petit-fils, les successibles appartiennent à
l'ordre des descendants dans lequel on retrouve le père au (« degré (une génération entre
le défunt et lui) et le petit-fils au 2' degré (une génération entre le défunt et le fils et une
autre entre le fils et le petit-fils). Le père exclut le fils, lui seul héritera.

Deux lignes reLiées )XII' un ancêlre commun, sont collatérales. Décenniner le degré impose
de cal eu Ier le nombre d'espaces (de génération~) en )XISSanc )XII' l'ancêtre commun.
Exemple
~ Le défunt laisse un cousin germain, fils du frère de so n père (donc oncle du défunt) et
§ une cousine issue de germaine, petite fille d'une sœurde son père (donc tante du défunt).
ii Il n'existe aucune famille du côté de sa mère.
-li
E
~ Grand-père t
g .--~~~~-'-~~~~~~~~~~

Tante t Père t Onclet

Cousine germaine t Défunt t Cousin germain

Cousine issue de germaine

85
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Le cousin germain, collatéral ordinaire, est au 4' degré : un degré entre le défunt et son
père, un 2" entre son père et son grand-père (également père de son père et de son oncle),
un 3' entre son grand-père et son oncle et enfin un 4' entre son oncle et le fils de ce der-
nier.
La cousine issue de germaine, également collatérale ordinaire, est au 5' degré : un degré
entre le défunt et son père, un 2' entre son père et son grand-père (également père de son
père et de sa tante), un 3' entre son grand-père et sa tante, un 4' entre sa tante et la fille
de cette dernière, également cousine germaine du défunt et enfin, un 5' entre sa cousine
germaine et la fille de cette dernière.
Seul le cousin germain au 4' degré héritera, la cousine issue de germaine étant au
5' degré, elle est exclue.

1.3 Les tempéraments (3• étape)


Les règles ci-dessus ne sont justes que si l' ordre naturel des décès est respecté. La
loi y pallie par deux mécanismes que sont la représentation et la fente.

La notion de représentation
Ell e ne joue que dans l' ordre d es descendants et dans celui des collatéraux pri-
vilégiés. Elle permet à un héritier évincé en fonction du degré, de prendre la place
de son auteur, qui, dans l'ordre narurel des choses et des décès, aurait dCl être appelé
à succéder au défunt.
Exemple
Un père laisse 3 fils dont un prédécédé ayant lui-même 5 enfants.
Si les 3 enfants avaient tous survécu, ils auraient eu c hacun 1/3. Sans représentation, les
2 enfants vivants, au 1« degré, excl uent les 5 petits-enfants qui se trouvent au 2' degré.
Mais, par le jeu de la représentation, les 5 petits-enfants (du fils déjà décédé) vont venir
prendre la place de leur père et donc être au 1« degré, comme leurs 2 oncles. Ils auront
droit, ensemble, à la part du 1/3 de leur père prédécédé.
Il n'y a plus de condition quant à la qualité de celui qu'on représente, qu'il soit
prédécédé, sous le coup d'une condamnation ou qu' il ait renoncé à la succession.
Lorsqu ' il n'y a pas représentation, on divise la succession en autant de pans qu'il y
a d 'hériti ers. Lorsqu ' il y a représentation, on di vise la succession en autant de parts
qu'il y aurai! eu d'héritiers, sans tenir compte du fait que tel ou tel hériti er n'y par-
ticipe pas. Le partage par têtes se transforme en partage par souches.

La notion de fente
Ell e ne joue que dans 3 situations, et lorsqu ' il n'y a pas de conj oint survivant:
1) dans l'ordre des ascendants ordinaires;
2) dans cel ui des collatéraux ordinaires ;

86
Les successions . .

3) encre un ascendant privilégié d' une branche (le père) ec des ascendants ordi-
naires dans l'aucre branche (le grand·père macernel), depuis la loi du 23 j uin 2006
(738-1 C. Civ.).
La fence tempère le principe d'unité de la succession car, avanc de partager en
fonction des ordres ec des degrés, on va procéder à un parcage encre la banche mater-
nelle ec la branche paternelle. Lorsqu ' on esc dans un des 3 cas ci-dessus, procéder à
la fence successorale devient la I « écape dans la recherche de la dévolution. Pour sa
mise en œuvre. la fence respecte l'ordre (les ascendants excluent les collatéraux
ordinaires... ) ec le degré dans chaque ordre déterminé.
Exemple
Le défunt laisse un grand-père et un arrière-grand-père paternels (a~cendan ts ordinaires
au 2' e t 3° degré) e t une arrière-grand-mère maternelle (a~cendant ordinaire au 3° degré).
On partage la. succession en deux, de sorte que le grand -père paternel (et non l'arrière-
grand-père paternel au 3• degré évincé par le grand-père au 2' degré) et l'arrière-grand-
mère maternelle héri teront chacun de la moitié.

2 La dévolut ion successorale en présence d' un conjoint


Le conj oint survivant esc successible dès lors qu ' il n 'esc pas divorcé ec quand bien
même il exi ste contre lui un j ugement de séparation de corps (Loi 23 j uin 2006).
Outre des droi ts successoraux (2.1), le conj oint a également un droit particulier sur
son logement (2.2).

2.1 Les dro its légaux du conjoint survivant

En présence de descendants
Si les enfants sonc communs au couple qu ' i l formait avec le défunt, il a un droit
~ personnel de choisir encre la pleine propriété du quan de la succession ou la cocalicé
~§ en usu fruit. Si un des enfants esc issu d' une précéden te union du défunt, le conj oint
n 'a droit qu ' à la pleine propriété du quart de la succession. L 'étendue des droits du
~
-li conj oi nt diffère selon leur narure.
E
~ Les droits en usufruit du conjoint : l'usufruit ' porte sur les biens exiscancs au
g décès (biens qui se crouvenc dans le patrimoine, au décès), desquels on déduit les
·~ biens légués par cescamenc. On noiera que canc que le parcage n'esc pas réalisé, l'usu-
.i! fruit peuc êcre converti en renie viagère à la demande du conj oint ou des enfants. Si
{ cene conversion esc imposée au conj oi nt, elle ne peuc pas porter sur le logement
~

] 1. Droi1 qui permet à l' usufruitier de se servir d' un bien (11.w.r) et d'en reœvoir les revenus ifmcw.r) maL< ne
0 perinet pa.~ d'en disposer (üb11.r11.r), de le vendre par exemple. Voir c hapitre « Ledéinembreinent de propriété».
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

occupé par lui, ni sur le mobilier le gamissanc. Fiscalement, le conjoint sera imposé
à l'impôt sur le revenu car il s' agit d' une renie consciruée à titre onéreux et les nus·
propriétaires ne pourront pas la déduire de leur revenu imposable. L'usufruit peul
également êcre converti en capiml si conjoint et enfants en sont d'accord.
Les droits en propriété du conjoint : si le défunt n' a consenti aucune libéralité
(par donation de son vivant ou par 1estamen1), le quart (revenant en pleine propriété
au conjoint) s'exercera sans difficul!é sur les biens existants au décès. Par contre, si
le défunt a consenti des libéralités, il y a lieu de recons1i1uer le patrimoine sur lequel
les droits du conjoint auraient porté en l'absence de libéralité.

Estimation de l'étendue du patrimoine


en cas de libéralité
L'estimation de l'étendue du patrimoine en cas de libéralité se fait en trois étapes:
1. Estimation de la masse de calcul, qui est constituée des biens existants au décès.À cette
masse de calcul, on réunit fictivement les biens donnés ou légués aux successibles unique-
ment (y compris au conjoint) lorsqu'ils sont rapportables (voir infra le rapport). Ceci permet
de définir les droits théoriques du conjoint;
2. Détermination de la masse d'exercke sur laquelle les droits du conjoint vont effective-
ment s'exercer, c'est-à-dire tous les biens dont le défunt n'aura pas disposé par donation ou
legs (rapportables ou préciputaires), ni sur la réserve d.es enfants;
3. Estimation des droits du conjoint. Soit la masse d'e:xercice est supérieure aux droits du
conjoint(= 'h de la masse de calcul), il sera rempli complètement de ses droits. Soit elle est
inférieure, ses droits seront réduits à la masse d'exercice.

Exemple 1
Monsieur a donné à chacun de ses trois enfants en avancement de part successorale
1 000. Au décès du père, les biens existants sont de 1 200. Le conjoint a opté pour rece-
voir 'h en pleine propriété.
Masse de calcul : 3 000 (les 3 donations rapportables)+ 1 200 (biens existants) = 4 200
Masse d'exercice : 1 200 (biens existants, mais sans préjudicier à la réserve, ici de% de
4 200 dont les enfants ont déjà reçu 3 000)
Droits théoriques : 'h x 4 200 = 1 050
Le conjoint a donc droit à la quasi-totalité des biens existants en pleine propriété ; il n'y
aura pas de réduction de ses droits puisque la masse d'exercice (1 200, dont il y aura lieu
de déduire le solde de réserve) est supérieure à ses droits (1 050). Les enfants n'auront
que 150 à se partager car ils ont déjà reçu leur part du vivant de leur père.
Exemple 2
Monsieur a légué à un tiers un immeuble (valeur200) et a un enfant d'un premier lit. Au
décès de Monsieur, les biens existants (outre l'immeuble) ont une valeur de 320 (avoi rs
bancaires}.

88
Les successions . .

Masse de calcul: 320 (et non 520car le legs n'est pas rapportable)
Droits théoriques \4 x 320 = 80
Masse d'exercice = 0 (car les avoirs bancaires constituent la réserve, voi r infra, qui est
de moitié et s'exerce sur tous les biens existants, ici 520)
Le conjoint n'aura rien, car Monsieur a disposé en faveur d' un tiers qui sera al loti avant
lui. On notera qu'ici le conjoint survivant est indirectement déshérité, n'étant pas réser-
vataire.

En présence d'ascendants privilégiés


Les droits légaux des père et mère sont du quart de la succession en l'absence de
descendant. En conséquence, le conjoint du défu nt aura la moitié ou les trois quarts
de la succession selon que les deux parents ou un seul ai ent survécu à leur enfant
défu nt.
Pour les successions ouvertes à compter du )"' janvier2007, les père et mère n'ont
plus de réserve_ Par contre, ils bénéficient d'un droit de retour sur les biens qu'ils
ont donnés à leu r enfant. Leurs droits légaux restent d' un quart chacun. Il y a lieu,
là aussi, de détermin er l'étendue des droits du conjoint. Ces droits ne peuvent porter
sur les biens ayant fait l'objet d'une libéralité ou bénéficiant du droit de retour aux
parents (par ordre) :
- droits théoriques du conjoint sur la masse de calcul : biens existants au décès,
auxquels on réunit fictivement les biens donnés ou légués lorsqu' ils sont rappor-
tabl es et desquels on déduit les biens donnés par les père et mère;
- masse d'exercice sur laquelle les droits du conjoint vont effectivement s'exercer
et ne comprenant que les biens existants au décès, à l'exclusion des donations
(rapportables ou préciputaires), des legs (rapportables ou préciputaires) et des
biens bénéficianc du droi1 de re1our aux père e1 mère;
- droits du conjoint : soit la masse d'exercice est supérieure aux droits du
conjoint (= Y2 ou* de la masse de calcul), il sera rempli complètement de ses
droits, soit elle est inféri eure, ses droits seront réduits à la masse d'exercice qui
~ devra correspondre, au moins, à sa pan de réserve du quart de la succession (voir
§ infra).
~
~ En /'absence de descendant et d'ascendant privilégié
~ Dans cene situation, le conjoint recueille l'intégralité de la succession. Toutefois,
g il n'aura aucun droit sur la moitié des biens (se retrou vant dans le patrimoine au
·~ décès) reçus par le défunt de tous ses ascendants (privilégiés ou non) qui reviennent
j à ses frères et sœurs (ou à leurs descendants) à la condition que les ascendants du
:;- défunc soienc égalemenc ceux desdi1s frères e1 sœurs (ne concerne donc pas les demi-
-'. frères et sœurs issus d'une autre ascendance). Il est à noter que lorsque le conjoint
1 a droit à la totalité ou aux 3/4 de la succession, les ascendants ordinaires dans le
~ besoin ont une créance d' aliments contre la succession.
89
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

2.2 Les d roits d u conjoint survivant sur son logement


Le conj oint bénéficie de divers droits sur le logement qui cons1i1uai1 la résidence
principale du couple.

Le droit t emporaire au logement


Le droit temporaire au logement est la jouissance gracuice du logement et du mobi-
lier pendant 12 mois, même en cas de remariage du conj oint survivant dans ce délai.
C'est un droit d'ordre public qui décou le des effets du mariage et non du droit suc-
cessoral. En conséquence, si le logement est légué, le légataire doit laisser le
conj oint dans les lieux. S'il renonce à la succession, il conserve son droit Ce droit
n'a pas de valeur pa1rimoniale susceptible d'être déduite de ses droits sur la
succession.
Si le bien est la propri été du défunt ou des époux, les charges afférentes au loge-
ment doi vent être remboursées au conj oint survivant par la succession. Si le loge-
ment étai! loué, les loyers seront remboursés par la succession et pourront être
déduits sous forme de provision (à régulariser) au passif de la déclaration de succes-
sion. Ce droit est également accordé au partenaire lié par un PACS mais n'est pas
d'ordre public et, faute d'être un effet du mariage en l'occurrence, il est un droit
successoral donc il peul être privé par cesmment

Droit viager au logement


À la suite du droit temporaire de 12 mois, le conjoint peut demander à bénéficier
du droit viager sur le logement et le mobilier lorsqu'il dépendait de la succession ou
appanenaic aussi au conj oint (le logement ne devait pas appartenir, en indivision, au
défunt et à un e tierce personne). Si le logemen1 étai! loué, ce droit se limite au
mobllier.
Eu égard à la nature d'ordre successoral de ce droit, le conj oint doit avoir
accepté la succession. La valeur de ce droit s' impute sur ses droits dans la succes-
sion. Si ses droits sont en usufruit, ils absorbent le droit viager. Si ses droits sont
en pleine propriété et que la val eur des droits v iagers est supérieure, le conjoint
conserve son droit sans devoir aucune indemnilé à la succession. Sa val eur est,
fiscalement, fixée forfaitairement à 60 % de ce lle de l'usufruit mais les parties
peuvent déc ider une évaluation économique. Ce droit n'est pas d' ordre public et
le défunt peul en priver son conj oint, mais par 1estamen1 authentique uniquement
Ce droit viager peul être converti en rente viagère. Il ne profile pas au partenaire
lié par un PACS.

Attribution préférentielle du logement


Le conj oi nt a un droit préférentiel prioritaire (sur les au1res propriétaires) sur le
logement dès lorsqu'il hérite d'une quo1e-par1 de la succession en pleine propriété.

90
Les successions . .

Le panenaire lié par un PACS y a égal ement droit si le défunt l'a prévu par cesm-
menc, mais il ne pourra pas sollicicer de délai pour s'.acquiner de l'évenruelle soulce
due, concrairemenc au conjoint

Section 2 LES HÉRITIERS SUIVANT LA VOLONTÉ EXPRESSE


DU DÉFUNT

Le défunt a pu organiser la transmission de son patrimoine. Touc d' abord, il a pu


faire des donations de son vivant. Ensui ce, il a pu prévoir la dévolution de ses biens à
son décès, soic par cescamenc, soic par donation encre époux. La liberté de cransmenre
son pacrimoine esc limicée par la réserve héréditaire, qui esc la quoce-pan du pacri-
moine donc on ne peul pas disposer. Son pendant es1 la quotité disponible donc le
défunt pourra disposer librement. En effec, celui qui souhaite disposer de son palli-
moine n'esc pas cocalemenc libre dès lors qu'à son décès il laissera des réservataires.
La quoce-pan réservamire esc détermi née au jour du décès, compte cenu des libéralités
faites par le défunt à son décès bien sfir, mais également couc au long de sa vie.

1 La réserve et la quotité disponible


Les réservami res sonc les descendants, quel que soi1 leur degré ec, en leur absence,
le conjoint non divorcé. Les ascendants ne sonc plus réservataires mais la loi a ins-
cirué à leur profil un nou veau droit de retour évoqué ci-dessus pour les biens qu'ils
auraient donnés au défunt.

1.1 La quotité disponible ordinaire


~§ La réserve des descendants
~
-li La réserve des descendants esc fon ction du nombre d'enfants. Lorsque le bénéfi-
.E ciaire de la libéralité n'esc pas le conjoint, la réserve esc une quoce-pan en pleine
~ propriété. En présence d'un enfant, la quotité disponible correspond à la moitié de la
g succession ec la réserve à l'autre moitié. Le défunt peuc donc disposer de la moitié de
·~ son pacrimoine au profil de couce personne de son choix. Lorsque le défu nt laisse deux
j enfants, la quocicé disponible esc du 1/3 ec la réserve des 213. La réserve globale se
:;- répartie encre les en fanes. Dès lors que le défunc avaic 1rois enfanis, ou plus, la quocicé
-'. disponible esc fixée au 1/4 ec la réserve globale aux 3/4. On cienc compte de l'enfant
] prédécédé s'il esc représenté (répartition par souche) ec de l'enfant renonçant s'il esc
o représenté ou lorsqu'il devra rapporter une libéralité {voir le rappon infra).
91
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

La réserve du conjoint survivant


En l'absence de descendant, la réserve du conj oint est fixe et représente le quart
en pleine propriété de la succession. La quotité disponible est donc des 3/4.

1.2 La quotit é disponible spéciale entre époux


En présence d'enfants et lorsque le bénéficiaire de la libéralité est le conj oint, la
quotité disponible est plus large que la quocicé disponible ordinaire car le conj oint
survivant peul bénéficier de l'usufruit de la réserve. Le défunt peut ainsi disposer au
profil de son conj oint des quotités suivantes :
- la pleine propriété de la quocicé disponible ordinaire, donc 112, 1/3 ou 1/4 si le
défunt laisse 1, 2 ou 3 enfants;
- le quart en pleine propriété et les 3/4 en usufruit ;
- la 1omli1é en usufruit
L e défunt peul décider laquelle de ces 3 possibilités il accorde à son conj oint En
pracique, l'opcion est laissée au conjoint qui l'exercera en fonccion de sa siruacion et
de celle de ses enfants au jour du décès. Hors l'opcion pour la quocicé disponible
ordinaire qu i laisse pleine et encière la réserve globale des descendants, le choix a,
bien entendu, une incidence sur la réserve globale des enfants.
Quel que soit le nombre d' enfants:
- si le conj oint opte pour 1/4 en pleine propriété et 3/4 en usufruit, la réserve glo-
bale sera des 3/4 en nue-propriété ;
- si le conj oint opte pour la 101ali1é en usufruit, la réserve globale sera de la 101ali1é
en nue-propriété.
Tableau 6.1

En présence En présence En présence


d1 enfant de 2 enfants de 3 enfants ou plus

Option pour la quotité QD . 113 pp QD · li4 PP


disponible -+ R • 213 PP -+ R. 3/4 PP

Option pour 1/4 PP + 3/4 U R· 3/4 NUP


Option pour la totalité
R. Totalité en NUP
en usufruit

• QD (quotité disponible), R (réserve), PP (pleine propriété), NUP (nue-propriété), U (usufruit).

En présence d'enfants issus du seul défunt, si le conjoint est gratifié en pleine


propriété (ce ne quote-part pourra se retrouver dans sa succession à laquelle les
enfants du seul défunt ne participeront pas), ces derniers pourront imposer au
conj oint que la pleine propriété soit convertie en usufruit en lui abandonnant la pari

92
Les successions . .

d'usufruit que ces enfants auraient eue en l'absence de conjoint L'usufruit forcé
n'est pas possible lorsque :
- le conjoint bénéficie du 1/4 en pleine propriété et des 3/4 en usufruit car il n'y a
pas d'usufruit à abandonner par les enfants;
- le défunt s'y est opposé, même taci1emen1, en laissant au conjoint le choix encre
les 3 ope ions.
Le conjoint ne peul pas cumuler ses droits légaux .avec les libéralités qui lui sont
consenties. Les libéralités consenties au conjoint s'imputent d'abord sur ses droits
successoraux. Si les libéralités sont moindres que ses droits légaux, il aura droit au
complément, dans la limite de la quotité disponible spéciale. La loi du 23 juin 2006
permet au conjoint de cantonner son émolument Lorsqu'il est en concours avec des
descendants, il peul limiter ses droits sur une partie des biens seulement composant
la libéralité: Le conjoint survivant peul décider de prendre moins que ce que le défunt
avait décidé de lui octroyer. En conséquence, il renonce à une partie de ses droi1s, ce
qui accroît d'au1an1 la quote-part revenant aux descendants, sans que cela soie regardé
comme une libéralité faite aux successibles, donc sans droit de succession.
La quoce-pan ainsi abandonnée revient directement aux descendants et sera taxée
aux droits de succession directement au nom des enfants, plu1ô1 que de subir un
premier transfert (exonéré) encre époux, puis des droits de succession (ou de dona-
tion) encre le survivant et les enfants.

2 La protection de la réserve :
le mécanisme du rapport et de la réduction
La réserve dont bénéficient les descendants constitue une manifestation de l'ordre
public. Deux mécanismes permenenc de la protéger:
- le rapport qui, au-delà de la présence d'héritiers réservataires ou non, permet
de recons1i1uer la masse successorale en 1enan1 compte des libéralités que le
~ défunt a consenties de son vivant ;
§
- la réduction qui sanctionne l'empié1emen1 sur la réserve héréditaire.
~
-li
E
~ 2.1 Le rapport successoral
g
·~ Ce mécanisme assure l'égalité encre les héritiers. Toue héritier venant à la succes-
.i! sion doit y rapporter les biens qui lui one été donnés par le défunt car la loi présume
{ que ce dernier veut l'égalité encre ses successeurs. La don ac ion ne serait donc qu'une
~ avance sur la succession. Ainsi, la loi établie une présomption :

] - les legs sont présumés hors pan successorale (anciennement préciputaires) c'esc-
0 à-dire non r.apponables ;
93
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

- les donations sont présumées en avancemenl sur parc successorale (ancienne-


ment en avancement d' hoirie), c'esc"à-dire rapponabl es.
Mais le donateur ou testateur peul prévoir expressément le contraire, afin que la
donation soi1 hors pan successorale ec que le legs soie rapponable.

Qui doit le rapport ?


S'agissant de recons1i1uer le patrimoine du défunt, pour l'égalité des héritiers, le
rapport est dü par 1ou1 héritier venant à la succession, réservataire ou non. Le rapport
est dCl aux s.euls héritiers. Depuis la réforme, le donataire' qui n'émie pas héritier
présomptif lors de la donation (le pe1i1-fils du vivant de son père lorsque le donateur
est le grand-père) et qui s.e retrouve héritier au décès du donateur (parce que son père
n'y vient pas), ne doit pas le rapport de la libérali!é, sauf si cela a été expressément
exigé dans l' acte de donation. De la même manière, celui qui renonce à la succes-
sion est dispensé du rappon à moillS que le donateur 11 'ait prévu le contraire. Le
légataire universel ou à 1i1re universel ne doit pas le rappon.

De quelles libéralités ?
Toutes les donations sont rapportables, sauf :
- s' il y a une dispens.e express.e dans l'acte car le donateur aura voulu avantager le
bénéficiaire ;
- les donat ions-parcages, avec une nuance pour la nouvelle donation-parcage trans-
généracionnelle : le rapport pourra être dCl par les petits-enfants dans la succes-
sion de leur père ou mère et non dans celle du grand-parent donateur.
Au contraire, les legs ne sont pas rapponables, sauf volonté contraire du 1esca1eur.
Le rappon aura ici pour intérêt d' attribuer un bien en paniculier à un héritier sans
pour aucanc Lui donner plus.

Comment?
Le rapport s.e fait au moment du parcage. Le bénéficiaire de la libéralité mec dans
la masse à partager la valeur du bien (el non le bien lui-même). Le bien est rapporté
pour sa valeur au moment du parcage d' après son étal à l'époque de la donation.
Ainsi, il sera attribué à l'héritier donataire ou légataire le montant de l'indemnité
(qu 'il ne doi1 pas verser) augmentée d' autres biens dépendant de la succession pour
compléter ses droits s' il y a lieu. Si l'indemnité est supérieure à s.es droits, il y aura
réduction de ladite libéralité (voir infra).
En cas d' aliénation du bien donné, le rappor1 est égal à la valeur du bien ce
j our-là, compte tenu de son étal au jour de la donation ou, si le prix a été rem-

1. Ne pa.~ confondre« donat.aire »,celui qui reçoi1, et « donateur », celui qui donne.
2. Il a déjà reç-u le bie1l, on lui <UtJ'i bue ficti veinent cene i ndemni ré pour a.~s urer 1'égal ilé avec ses cohéritiers.

94
Les successions . .

ployé, au bien qui lui aura été subrogé compte tenu de son état lors de l'acquisi-
cion ec proponionnellemenc à la valeur du bien iaicialemenc donné. En cas de
donation d'argent, il y aura lieu de rapporter cene même somme. Si un bien a été
acqu is, le rapport sera calculé sur celui-ci. Si le bien a disparu pour une raison
dont le donataire n'est pas la cause, il n'y aura pas rapport (sauf à ce qu'il ait reçu
une indemnité). Sinon, il rapportera la valeur que le bien aurait eue au jour du
partage. Le règlement de l'indemnité de rapport s'effectue donc en moins
prenant.
Exemple
Un père laisse deux enfants Arnaud e t Bernard. Arnaud a reçu par donation un immeuble
valant 100 000 tant au jour de la donation qu 'au jour du décès.
Biens exista11ts a u d écès :
Valeurs mobilières : 150 000 }
Maison: 300 000 550 000
Appartement : 100 000
Total de la masse à parta ger (biens existants + donation) = 650 000
Droits de chacun: 1/2 x 650 000 = 325 000
Attributiom /on; du partage :

Arnaud Bernard
Indemnité de rapport, 100000
Maison: 300000
Appartement : 100000
Valeurs moblllèreç: 25000
Valeurs mobilières: 125000

Par exception, le rapport se fera en nature s'il en a été convenu ainsi dans la libéralité ou
si le donataire le souhaite, à la condition que le bien soit libre de toute c harge e t occupa-
tion. L'intérêtt pour le donataire est alors de remettre le bien lui-même dans la ma•se à
partager e t de s'en faire attribuer un autre.

2.2 La réduction des libéralités


~ L'héritier dont la réserve est entamée par une libéralité consentie à une autre per-
§
~ sonne peut exercer une action en réduction. Dans cene siruation, la libéralité dépasse
~ la quotité disponible, et empiète donc sur la réserve. La libéralité est alors réduite de
~ telle sorte que la réserve soit reconstiruée.
g Les héritiers réservataires peuvent renoncer à exercer l'action en réduction après
-~ le décès, mais aussi désormais par avance. Dans ce cas, la renonciation porte non
j pas sur le droit à réserve, mais sur l'exercice de l'acti on en réduction. Cene renon-
; ciation ne peut avoir lieu que dans le cadre d'un pacte de famille établi par deux
-'. notaires et signé, séparément, par chaque renonçant pour garantir leur liberté et la
] bonne compréhension des conséquences j uridiques, qui doivent également être ins-
o entes dans l'acte. Le bénéficiaire de la renonciation doit être nommément désigné
95
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

ainsi que l'absence de contrepartie. La renonciation peul poner sur la 101ali1é de la


réserve ou une panie seu lement ou sur un bien précis, sans pour aucanc qu'elle dégé·
nère en une l ibéralité de la parc du renonçant (ou de ses représentants).

2.3 Le montant de la réserve héréditaire


Comme on l'a vu plus haut, la personne ayant des héritiers réservataires (descen-
dants ou conj oint en l'absence d'eux) doit leur réserver une pan de son pa1rimoine
et n'a 1ou1e libené que sur la quotité disponible. Ce n'est qu'au décès que l'on peul
apprécier si, oui ou non, le défunt a respecté la réserve (raison pour laquelle la nou-
velle possibilité de renoncer à l'action en réduction des libéralités excessives avant
même le décès est une opponunicé importance pour assurer le maintien des libérali-
tés et donc la volonté du donateur).
Pour apprécier si une llbérallcé (donadon ou legs) peul conserver ou recevoir son
entière exécution, il y a lieu de procéder à la recons1iru1ion du patrimoine. Nous
avons vu les fractions de la réserve et de la quot ité disponible. Lors du règlement
d'une succession, il faut en chiffrer la valeur au jour du décès pour pouvoir imputer
les libéralités faites et savoir s'il reste assez de biens dans la succession pour que les
héritiers réservataires soient remplis de leurs droits minimums que constirue la
réserve.

Comment chiffrer la réserve ?


Le montant de la réserve héréditaire est déterminé par l'application de sa fraction
(1/2, 2/3, 3/4 ... ) à la masse de calcul composée:
- des biens existants au décès, évalués à ce j our, en ce compris les legs et l'éven-
tuelle donation encre époux ;
- déduction faite des denes du défunt
On réunie alors fictivement cous les biens donnés pour leur valeur au jour du décès
en fonction de leur étal au j our de la donation (comme en matière de rappon), quels
que soient les bénéficiaires, la nature de la donation ou sa forme, donc en ce compris
les donations-panages. Ceci ne doit pas être confondu avec le mécanisme du rap-
port, qui concerne l'égalité en1re les héritiers et non leurs droits minimums.
Il y a lieu d'y aj outer la pleine propriété des biens vendus par le défunt moyennant
rente viagère ou avec réserve d'usufruit à un présompti f héritier à moins que les
héritiers réservataires aient consenti à cene vente qui est présumée être une donation
hors pan successorale. Pour mémoire, les avantages ma1rimoniaux n'étant pas des
libéralités, il n'y a pas lieu de les réunir à la masse de calcul (voir l'action en retran-
chement des enfants de I" li!). À cene masse de calcul, on applique le eaux de la
réserve et son pendant qu'est la quotité disponible. On peul, ensuite, imputer les
libéralités fa ites parle défunt pours'assurerqu'elles n'empiètent pas sur la réserve.
96
Les successions . .

Exemple
Un père laisse deux enfants Arnaud et Bernard, issus de son union avec le conjoint sur-
vivant.
De son vivantt, le père a donné :
-À Arnaud un immeuble valant 300 au jour de la donation et 350 au jour du décès.
- À sa nièce une somme de 50.
- Par donation entre époux, il attribue à son épouse la quotité disponible.
-Par testament, il lègue à son neveu la somme de 100.
Les biens existants au décès sont de 550. Il laisse un pa~sif de 50.
1 - En présence de 2 enfants, la réserve est des 213. Ces 2/3 ne sont pa~ à calculer sur les
550 de biens existants mais sur une masse à reconsticuer tenant compte des libéralités
faites par le défunt.
2 - Le montant chiffré de la réserve est de :
Masse de calcul :
Biens existantts : 550
-Pa~sif: -50
+Donation Arnaud : + 350
+Donation nièce : + 50
900
Réserve= 213 x 900 = 600, soit moitié pour c haque enfant= 300
Et la quotité disponible= 300
Suire du cas ci-après.

Imputation des libéralités


On Impute les libéralités dans l' ordre suivant:
- Les donations, puis les legs.
- Puis, concurremment, les legs avec la donation au dernier des vivants. On notera
que les époux peuvent prévoir à J'acte de donation qu 'elle s' imputera avant les
legs.
~ Ainsi, s' il n' y a pas assez de biens pour remplir chacun de ses droits, ce sont les
~ legs qui seront réduits en premier. Les libéralités peuvent s' imputer sur la réserve ou
~ sur la quotité disponible, selon le bénéficiaire et la nature de la libéralité.

g S'imputent sur la r éserve, les donations faites en avancement de part successo-


-~ raie aux réservataires puisqu'il s' agit d' une avance sur la succession. C'est égale-
j ment le cas de la donation faite à l'héritier réservatai re renonçant mais représenté,
:;- sauf volonté coniraire du donateur. Si la donation faice au réservacaire dépasse sa
-'. part de réserve, le surplus est imputé sur la quotité disponible. Si la quotité dispo-
] nible est insuffisante, l'excédent correspondra à la réduction que devra subir la
o libéralité. Le donateur peut prévoir à l'acte de donation faite à un héritier réserva-
97
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

mire que la donation s'imputera sur la réserve globale (celle de cous les réserva-
caires) de sorte que la quotité disponible sera moi ns vite aneince. Mais il ne donne
pas ainsi plus de droit au réservataire ayant reçu la donation qui sera, en 1ou1 étal de
cause, réduice du montant de la réserve personnelle qu 'elle dépasse.
On imputera s ur la quotité disponible les donations faites en avancement de parc
successorale dépassant la part de réserve de l'hérit ier réservataire concerné ainsi que
les libéralités faites hors parc successorale à un réservataire et celles faites aux non
réservataires. La libéralité excédant la quotité disponible est alors réductible pour
l'excédent, même si elle est faite à un réservataire car il n'y aura pas imputation sur
sa parc de réserve. Lorsque le conj oint est bénéfici aire d' une libéralité, il y a lieu de
combiner les quotités disponible et spéciale. Les deux quotités ne s'additionnent
pas : elles se recouvrent pour la pleine propriété et le conj oint peul ê1re gratifié de
l'excédent en usufruit Ainsi , les libéralités en pleine propriété s' imputent sur la
quo1i1é disponible ordinaire ec, pour l'excédent, sur ce que la quocicé disponible
spéciale lui donne en plus. L 'excédent sera réduit. Les libéralités en usufruit s'im-
pu1en1, en priorité, sur la quotité disponible spéciale. Le conj oint est en concours
avec les autres bénéficiaires de libéralités en fonct ion de la nacure et de la dace de la
libéralité.
Exemple (suite du cas)
lmp11tatioJ1 des do11atious :
La donation faite à Arnaud (350), héritier réservataire, a é té faite en avancement de part
successorale (sinon il aurait fall u que le père le décide expressément). Elle s'imputera
donc sur sa part de réserve (300) e t pour le surpl us sur la quotité disponible (300).
La donation faite à la nièce (50) s'imputera sur la quotité disponible (300).
La quotité disponible n'est donc pl us que de 300 - (50 + 50) = 200
/111p11tatioJ1 du /eg.ç et de la do11atio11 entre époux :
S uite aux imputations des donations, le solde de qrnotité disponible (200) n'est pas suffi-
sant pour remplir le neveu e t le conjoint de leurs droits.

Réserve globale • 600 Quotité disponible • 300

""
~
300 • Réserve Arnaud 300 . Bernard
..
<
Si
.~
c
Si
Reste 200

Su ire du cas ci-après.

La réduction des libéralités


Si les héritiers en font la demande, il y aura réduction des libéralités dans l'ordre
inverse des i mputacions :
98
Les successions . .

- en premier lieu, les legs concurremment (en ce compris la donation au dernier


vivanc s'il n'a pas été prévu qu'elle soit réduite après eux);
- puis les donations en commençant par la plus récente.
Jusqu 'à présent, la réduction s'opérait en principe en valeur pour les donations faites
aux successibles et en narure pour les autres. Avec la loi du 23 juin 2006, les règles de
réduction one été modifiées. Désormais, la réduction s'opère en valeur dans cous les cas.
Il n'y aura réduction en nacure que lorsqu'elle sera demandée par le bénéficiaire de la
libéralité lui-même ou si l'action est exercée con1re un tiers détenteur du bien donné. Le
bénéficiaire ayant reçu trop ne rend donc pas le bien mais la partie de sa valeur excédant
ce donc le défunt pouvait disposer à son profil. Il est donc redevable à la succession
d'une indemnité de réduction. Cene indemnité correspond à la valeur du bien donné ou
légué au jour du partage, selon son é!ll! au jour de la libéralité, comme en matière de
rappon. Elle sera acquinée lors du parwge en moins prenant si son débiteur intervient
au panage (parce qu'il est par ailleurs hécilier) ou versée dans la masse à parwger.
Exemple (suite du cas)
Le legs ( 100) au bénéfice du neveu et la donation entre époux (300) consentie à) 'épouse
vont devoir être réduits concurremment puisque Je solde de la quotité disponible n'est
plus que de 200.
Les deux libé.ralités vont devoir être réduites du montant de l'excédent (400 - 200) par
rapport au montant total des libéralités ( 100 + 300), soit :
(400-200)/ (100+ 300) = 1/2
Le legs au neveu sera réduit de 100 x 1/2 = 50
La donation a.u conjoint de 300 x 1/2 = 150
La succession se répartira ainsi :

Réserve globale • 600 Quotité disponible • 300

300 . Réserve A rnaud 300 • Bernard


. .
.~
c
Si
~
Si
150 . conjoint

Mais il y a encore lieu de procéder à la liquidation de! 'indivision et son partage, notam-
ment avec Je rapport des libéralités (s111nu 2.1). À ce stade, on a seulement déterminé
définitivement Je maintien (donation à Arnaud et à la nièce) ou la réduction des libéralités
(legs au neveu et donation au conjoint).
Pour les enfants, il faut procéder au partage égalitaire entre eux puisque la donation faite
à Arnaud est présumée faite en avancement de part successorale.
La masse parttageable dégagée comprend :
1) En nature, les biens existants (550 - 50 de pa~sit), à l'exception de ceux dont Je défunt
avait disposé à cause de mort, avant réduction [legs a u neveu (100) et donation entre
époux (300)).

99
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

2) En valeur, les rapports des libéralités aux enfan~s (350). Les indemnités de réduction
des libéralités excédant la quotité disponible (50 + 150), il n'y a plus lieu de tenir compte
de la donation à la nièce, comme ce serait Je ca~ de la donation hors part successorale à
un réservataire car il n'en a été tenu compte que pour s'a~s urer qu'elle n'empiétait pas
sur 1a réserve.
La ma~se partageable est donc de :
B~~erjstM~ 500
- Legs neveu - 1OO
- Donation entre époux - 300
100
+ Rapport libéralité Arnaud + 350
+ Indemnité réduction neveu + 50
+ lndemni té réduction conjoint + 150
650
Revenant à chacun des enfants pour moitié, soit 325 chacun.
De sorte q;ue la succession sera ainsi dévolue :

Réser"" globale • 600 Quotité disponible • 300


Droits des enfants • 6so
~

Arnaud • 32s Bernard • 32s . .


-~
c
9,
~
9,
iso • conjoint

Sect ion 3 LES RÈGLES FISCALES

L a loi n° 2007-1223 du 21 aoOt 2007 en faveur du travail, de l'emploi et du


pouvoir d' achat, dite loi TEPA, visait à alléger la charge fiscale des Françai s
dans divers domaines. Ell e s' applique pour les successions ouvertes à compter
de sa publication, soit le 22 aoO! 2007. La mesure majeure concerne la suppres-
sion totale des droits de succession entre époux et entre partenaires liés par un
PACS et le principe d 'une actualisation au I "' jan vier de chaque année des
barèmes et des a banements. Le nouveau gouvernement a remis en cause l' a bat-
tement en li gne directe (réduit à 100 000 €à compter du 17 aoOt 2012). On
notera égaleme1H les modifications quant au« non-rappel» des donations, passé
de 6 (en 2006) à JO ans le 29 juillet 2011 puis de JO à 15 an s (à compter du
16 aoOt 2012).

100
1 Les droits de succession
Les successions ..
1.1 Les abattements
On applique à la parc nene reçue par chaque successeur un abanemenc avant de
calculer les droits de succession' .
Tableau6.2
À compter du Àcompterdu À compter du
Personne concernée
1• janvier 2010 1" janvier 2011 17 août 2012

En ligne d irecte:
-sur la part dechacundes enfants vivants ou
représentés (en c.as de représentation, l'abattement se 156974€ 159 325 f. 100000€
divise entre les reprësentants) ;
- sur la part dechacundes ascendants.

Frère~ et ~œur~ ·. 15 697€ 15932 f. 15932 f.


Neveux et nièces. 7849€ 7967€ 7967€
Tout autre héritier ou légataire (dont les petits-enfants
1 570€ 1594 f. 1 594€
s'ils ne viennent pas en représentation de leur auteur).
Héritier ou légataire handic.apê.
Cet abattement s'ajoute aux autres abattements dont 156974€ 159 325 f. 159 325 f.
le successeur peut être bênêftclaire.
• E.-<onération entre frères el sœurssi le bénéfK:iaire esl ('éHbàtaire, veuî, divor('é ou séparé de corps eL à la double
condilion :
- d~tre âgé de plus de 50 ans ou intinne ;
- dàvoir eu un domid le<'On.~ tànl à\'tt le déîunl pendànl les 5 an.~ pré<édànl le d&ès.

1.2 Taux d'imposition


La parc taxable (pan nene reçue sous déduction du ou des abanemencs) est taxée
suivant la qu alilé du successeur. On applique un barème progressif, chaque tranche
étant taxée à un eaux di fféren12 •

l L Pour rappel, les donations antérieures de plus de 15 ans consenties par une rnêine personne au rnêine bénéfi.
ciai re ne sont pas prises en compte pour le calcul des droiLt: de successio n ou donation.
O 2. Pour un calcul 1·apide, on ta:<e La tôt.ali té de La pai1 reçue à La tranche supérieure et on retJ'anche l' i mpôt des
0 tranches inférieures. V oir chapi tre « L'im.pôtsur le revenu » pour une présent.ation du principe de p1ogres.~ i \1i té.
101
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Tableau 6.3- Taux d'imposition pour les successions ouvertes


à compter du 1" Janvier 2012•
FRACTION DE PART NETTE TAXABLE TAUX CALCUL RAPIDE
En ligne directe
N'excédant pas .8 072 f. S% S%x PNT
De8072à 12 109f. 10% 10%x PNT-404f.
De 12 109 et lS 9 32 f. 1S% 1S%x PNT- 1009f.
De 1S932àSS2 324€ 20% 20%x PNT- 1806f.
De SS2 324 à 90.2 838 f. 30% 30%x PNT-S7038f.
De 902 838 à 1 SOS 6n f. 40% 3S% x PNT - 147322 f.
Supérieure â 18:-0S6n€' 4S% 40% x PNT- 237606 f.

Entre frères et sœurs


N'excédant pas .24 430 f. 3S% 3S% x PNT

Supérieure â 24 430 €' 4S% 4S%x PNT-2443f.


Entre collatéraux jusqu'au 4• degré
Sur la part nette taxable SS% SS%x PNT

Entre collatéraux au-delà du 4" degré et entre non parents


Sur la part nette taxable 60% 60% x PNT

Exemple
Soit pour un enfant héritant de son père, décédé le 15 janvier 2012, de la somme de
1 200000 €:
Part brute 1 200000
- Abattement - 159 325
1 040 675

8 072 € X 5 % = 4û3,60 €
12 109-8072= 4 037x 10 % = 4û3,70€
15 932 - 12 109 = 3 823 X 15 % = 573,49€
552 324 - 15 932 = 536 392 X 20 % = 107 2:78,4 0 €
902 838 - 552 324 = 350 5 14 X 30 % = 105 154,20 €
1 040 675 -902 838 = 137 837 X 40 % = 55 133,60 €
268 946,99€

L L'ru1icle6 de La première loi de Finances rec1ifiC-<Hi\1e pour 2011 a remplacé, en ligne directe, les tau.:< de 35 %
et 40 % par respecti\1einen140 % et45 % , et est applic.able au 30 j uillet 2011 .
102
Les successions . .

1.3 La réduction sur les droits dus

Toue héritier, donataire ou légataire ayanc au moins 3 enfants vivants ou représen-


tés bénéficie d'une réduction de :
- 610 €par eafanc en sus du deuxième, si la transmission s'opère en ligne directe
ou encre époux ;
- 305 € par eafanc en sus du deuxi ème, pour les autres cransmissions.

2 Paiement des droits de succession et pénalités de retard


L es droits de succession doivent êcre réglés à la Recene des I mpôts dans un
délai de 6 mois à compter du décès, à défaut de qu oi des i ncérêcs ec maj orations
sonc encourus :
- au-delà de six mois du décès : 0,40 % par mois de retard ;
- au-delà de douze mois du décès: une maj oration de 10 % ;
- lorsque la déclaration de succession n'a pas écé présentée dans les 90 j ours après
la première mise en demeure : une maj oration de 40 % ;
- lorsque la déclaration de succession n'a pas écé présentée dans les 30 j ours après
la seconde mise en demeure : une maj oration de 80 %.
Le versemenl d 'un acompte sur les droits de succession dans un délai de six
mois du décès, ou même ulcérieuremenc, arrête le cours des i ncérêcs ec évencuel-
lemenc les maj orations des droi ts. Les héritiers sonc solidaires du paiement (à
l'exception du conj oint depui s la loi du 21 aoüc 2007 puisqu'il n ' esc plus rede-
vable de droit), mais l'adminiscracion ne peul demander le paiement i ntégral à
l'un d'encre eux : elle doic le demander à cous les héciciers. L ' Admi niscracion
dispose de 3 ans, plus l'année en cours, pour coacescer les énonciations de la
déclaration. Elle a 6 ans depuis la loi T EPA (an1écieuremen1 le délai étaie de
10 ans) pour constater cou ce omission dans la décl aration.
~
§
] i La déclaraition des revenus courus du 1•' janvier
E aujourdudécès
~
g La déclaration des revenus du décédé doic êcre déposée dans un délai de 6 mois à
·~ compter du décès. Il y a lieu de déposer deux déclaracions de revenus pour l'année :
j la première reprendra cous les revenus se rapporcanc à la période écoulée depui s le
; 1er j anvier j usqu'au j our du décès avec le nombre de cranches correspondant à la
-'. situation du cou ple au premier j anvier. L a deuxième ponera sur les revenus encais-
] sés depuis le j our du décès, j usqu 'au 31 décembre, avec le même quotient familial
o qu'au I"' j anvier de l'année d'i mposition.
103
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

4 Les pièges fiscaux à éviter

4.1 Compte indivis ou joint avec un héritier (art. 753 du CGI)

Tous les l itres ou sommes d' argent figurant sur ce compte seront censés faire
panie de la succession pour moitié. Toutefois, I'Administrati on a la facul!é de
retenir, comme base de calcul, l'i n1égrali1é du compte j oi nt au nom du défunt, en
apportant la preuve notamment que l'héritier n ' a effecrué aucun dépôt sur ce
compte ou bien encore qu 'il avait des revenus très faibles ne lui permenanc pas de
l'alimenter.

4.2 Comptes ouverts au nom des mineurs (art. 784 du CGI)


S'il s'avère que le compte a été uniquement al imenté par les parents, les fonds
doivent être rapponés à la succession (sau f à les analyser comme des cadeaux ou
présents d 'usage).

4.3 Retraits bancaires avant le décès (art. 752 du CGI)


L 'Adminis1racion a la facul!é de réintégrer dans l'actif taxable, coutes sommes
retirées dans l'année précédant le décès, à charge par elle de prouver la conservation
de ces sommes. Par ailleurs, il est rappelé que 1ou1 retraie même au-delà d' un an peul
être cons1icu1if d 'un don manuel qui , en tan! que tel, serait réintégré dans la
succession.

4.4 Dettes du défunt envers ses héritiers (art. n3 du CGI)


T oute dene due par le défunt envers ses héritiers, quand bien même serait-elle
réelle et sincère, ne pourra être déduite de l'actif successoral qu ' à condition qu 'elle
soie établie par un document ayant dace cenaine ou par acte notarié. Par exemple, si
un héritier a payé des faccures pour le compte du défunt avant le décès, sans autre
formalité, il ne pourra les déduire.

4.5 Biens appartenant en usufruit au défunt et en nue-propriété


aux héritiers (art. 751 du CGI)
Ils sont réputés, j usqu 'à preuve contraire, faire panie i ntégralement de la succession.
Néanmoins, cene règle ne s'appl ique pas lorsque le démembrement de propriété
résul!e d' une donation établie plus de 3 mois avant le décès. La preuve contraire
consiste nommmenc à démon1rer que le nu-propriétaire a effectivement acquis la nue-
pmpriécé à l'aide d'une somme d'argent lui appanenanc personnellement
104
Les successions . .

4.6 Donations antérieures (art. 784 du CGI)


Toutes donations antérieures consenties à un titre ou sous une forme quelconque
par le défunt, à l'exception de celles passées depuis plus de 15 ans, doivent être
déclarées.

4.7 Biens existants au premier décès et taxés


une deuxième fois au second décès
- Les comptes titres. Si, au premier décès, le compte titres est laissé intégrale-
ment au nom du conjoint survivant seulement, sans faire état des droits des
enfants en nue-propriété, l'ensemble de ces titres sera taxé lors du deuxième
décès sau f à établir un compte d 'administration reprenant les différentes opéra-
tions ayant eu lieu entre le premier et le second décès. Pour éviter cela, il
convienc simplemenc d'effecruer un acce de pariage au lendemain du premier
décès qui organisera la gestion de ces titres et qui évitera une double taxation au
second décès.
- Les s ommes d 'argent (art. 587 du Code civil). Il convient de déduire au deu-
xième décès, au titre d'une dene de restitution, la valeur nominale des sommes
d' argent ayant été déclarées au premier décès. Mais aucun texte fiscal ne
consacre ceue solution. Il est préférable alors d ' avoir établi un acte notarié de
«reconnaissance de quasi-usu fruit ».

105
7 Les libéralités

Catherine B IENVENU

L a libéralité est l'acte par lequel une personne transmet à 1i1re gratuit 1ou1 ou
panie de ses bi ens ou de ses droits au profil d' une au1re personne (an. 893 al.
1, C. ci vil). C elui qui dispose doit donc avoir une intention libérale et doit s' appau-
vrir. Il ne peul le faire que par donation, pour un e transmission de son vivant, ou par
legs, pour une transmission à son décès.
Comme on l'a vu plus haut (chapitre« Les successions »), 1ou1e libéralité peut
être couch ée par un e action en réduction pour anein1e à la réserve héréditaire. Ce
n'est donc q u' au décès du donateur qu e l'on connaîtra le sort de cen e libéralité,
ce qui fragil ise la situation du bénéficiaire et des tiers. La loi du 23 j uin 2006 a
ce pendant r enforcé la sécurité j uridique de la libéralité. D ' une pan, il y est
affirm é le principe de la réduction en val eur, ce ll e en nature étant l'exce ption et
ce, qu ' il s 'a gisse d 'un e donation ou d' un legs, à un successibl e ou non. En cas
de réduction, c'est donc bi en une somm e d ' argent que le gratifi é sera tenu de
restituer et non pas le bi en lui-m ême. D ' autre pari, alors qu ' il n 'était possibl e de
renoncer à e xercer l'action en réduction qu ' une fois la succession ou verte, la loi
rend licite Le pacte par lequel l'hériti er réservataire présomptif y renonce du
vivant du di sposanr.
Cene innovation de la loi constitue un e véritabl e opponuni1é pa1rimoniale, adaptée
à la réalité é conomiqu e et sociologiqu e de noire époque, ainsi qu 'à l'évolution
106
Les libéralités ..

actuelle de l'espérance de vie. En effet, elle va penneu re de consolider les donations


qui sont faites aux pe1i1s-enfan1s, d'envisager diffé:remmeni les transmissions de
patrimoine au sein des familles recomposées, d'assurer efficacement la pro1ec1ion
d'un enfant handicapé, de fai re échapper les changements de régimes ma1rimoniaux
aux aceions en re1ranchemen1. .. Finalement, plus qu ' un pacte de renon ciation, la loi
consacre un véritable pacte de famill e.

Section 1 La donation simple


Section 2 La donation-partage
Section 3 Les clauses conventionnelles autorisées
Section 4 Le sort des donations au décès du donateur
Section 5 L'évaluation des biens donnés
Section 6 Le régime fiscal des donations et le paiement des droits
de donation
Section 7 Le testament

Section 1
LA DONATION SIMPLE

Le donateur doit être propriétai re du bien au moment de la donation et avoir le


droit d'en di sposer. Il s'en dépouille irrévocablement. Le donataire accepte la dona-
tion. Ces donations peuvent porter sur coutes sortes de biens donc la valeur est éva·
luée au jour du décès du donateur'.

~
§ Section 2
] LA DONATION-PARTAGE
E
~
g La donation partage est un acte double.
·~ D' une part, el le réalise un e donation irrévocable, par des parents de leur vivant, de
.i! certains biens à leurs enfants ou, depuis la loi du 23 j uin 2006, à leurs petits-enfants
l ou présompti fs hériti ers (notamment les frères et sœurs) et même au sein des
-'• familles recomposées voi re au profil d'une tierce personne lorsqu' il s' agira de
]
0 L Voir c hapi1re « Les successions».

107
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

l'allotir d'une entreprise individuelle (c 'était déjà le cas avant la réforme) ou exploi-
tée sous forme de société, à la condition que le donateur exerce une fonction de
direction. D ' au1re part, elle constirue un parcage anticipé et définitif avec la possibi-
lité de réintégrer les donations antérieures (évaluées con1rac1uellemen1) et de com-
poser des lols d'i négale v al eur. Cet acte permet un pan age définitif des biens donn és
qui sont définitivement évalués au j our de la donation. Il est exonéré du droit de
parcage de 1, 10 % (sau f sur les bi ens réintégrés).

1 La donation-partage transgénérationnelle

La donation panage aux peti1s-enfan1s en présence d'enfants s'effecruera par


souche. La génération intermédiaire devra donner son accord (on re1rouve l'idée du
pacte de renonciation à la réserve). T echniquement les petits-enfants seront censés
avoi r reçu les biens de leur auteur direct Une celle donation ne peul ê1re consentie
qu 'encre pe1i 1s-enfan1s. S'agissant d'un panage anticipé de la succession, un pré-
sompti f héri1ier (enfant) au moins doit y parti ciper. Toutefois, le donateur qui n'a
qu'un en fane peul consentir une donation cransgénérationnelle au profil de cet en fant
unique et de ses pe1i1s-enfan1s ou même au profil uniquement de ses pe1i1s-enfan1s.
L 'en fant qui abandonne ainsi ses droi ts doit donner son consentement à l'acte.
T outefois, i l ne faut pas oublier que d'écarter un de ses enfants lors d'une donation-
parmge au p:mfil de descendants de degrés différents fait perdre l'avantage de figer
la valeur des biens donnés. En effet, un des avantages de la donation-panage est de
pouvoi r maintenir la val eur des bi ens donn és au j our de la donation, pour le calcul
de la réserve, à la double condition que cous les enfants de l'ascendant donateur aient
donn é leur consentement au parcage et qu'i l n'aie pas été prévu de réserve d'usufrui t
sur une somme d'argenc.

2 La donation-partage dans les familles recomposées

La donation-panage conj onctive permet aux parents, mariés sous le régime de la


communauté, de répartir, ensemble, leurs biens - propres et communs - encre leurs
en fants ec descendants.
Mais, avant la loi du 23 j ui n 2006, la donation-parcage conj onctive soulevait des
difficul!és lorsque les époux avai ent des en fants qui ne leur émient pas communs
(tel un enfant d' un premier lie). La j urisprudence déclarait nulle la donation-
panage conj onctive« ponant indistinctement sur les biens des deux époux».
Avec la réforme, il est possible de réaliser une donation-parcage conj onctive en
présence d'enfants qui ne sont pas i ssus des deux époux. D ésormais:

108
Les libéralités ..

- Les enfants non communs ne peuvent donc recevoir que des biens propres de
leur auceur ou des biens communs. S'agissanc des biens communs, l'aucre époux
ne peut pas se porter codonaceur. Il n' intervient que pour donner son consen1e-
men1, conformément à l'actuel anicle 1422 du Code civil.
- Les enfants communs, quant à eux, peuvent recevoir indifféremment des biens
propres et des biens communs de leur père et mère.

Sect ion 3 LES CLAUSES CONVENTIONNELLES AUTORISÉES

Les libéralités peuvent ê1re faites avec charge' cane qu 'elles conservent leur narure
de libéralité (la charge ne doit pas avoir une valeur supérieure au bien donné) et que
la charge soie possible, licite ec morale.
On listera ici un certain nombre de clauses.
La clause d'inaliénabilité (Code civil, an. 900-1 ) qui doit être temporaire et j us-
tifiée par « un intérêt sérieux et légitime. Même dans ce cas, le donataire ou le léga-
taire peul ê1re j udiciairement autorisé à disposer du bien si l'in1érê1 qui avait j ustifié
la clause a disparu ou s'il advient qu 'un intérêt plus impormnc l'exige ». La Cour de
cassation j uge temporaire l' inaliénabilicé stipulée pour la vie du donateur lorsque la
clause garantie L'un de ses intérêts qui est lui-même viager.
La clause de retou r conventionnel (arc. 95 1 et 952 du Code civil) par laquelle le
« donateur pourra stipuler le droit de retour des objets donnés, soie pour le cas du
prédécès du donataire seul, soie pour le cas du prédécès du donamire et de ses des-
cendancs ».Une celle clause évicera d' avoir à acquiner des droics de succession si le
donataire venai1 à décéder avant le donateur, qui serait alors son héritier. On peul
prévoir un droit de retour même si le bien a été ven du. L'avanmge sera de créer un
passif dans la succession du donataire.
~ La clause de dispense de rapport (art 844 du Code civil) pour la donation hors
§ pan successorale (voir chapitre« Les successions »).
~
-li La clause de rapport forfaitaire (an. 860 du Code civil). Les règles légales
-E d'évaluation du rapport peuvent être conven1ionnellemen1 modifiées dans une
; donation simple. Notamment, il peul être prévu de fixer le rapport à une somme
.~ forfaitaire, insuscepcible d'évoluer. Par exemple pour la donation de parcs
~ sociales donc on saie que la plus-value sera acquise par le travail du donataire.
l La clause d'exclusion ou d'inclusion de la communauté (ou de la société d'ac-
~ quêcs) du donataire qui permet, soie de maintenir au bien son caractère propre dans le
]
0 1. Celui qui bénéficie de la libéralilé doit, par ailleurs, suppo11er une charge.

109
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

temps, soit de l'inclure immédiatement dans la communauté de biens du donataire. Il


y a lieu de prévoir égalemenc la révocation ou la reprise en cas de divorce. Par
exemple, lors de la transmission d'une entreprise, la clause d'inclusion penne! de
tenir compte du travail du conjoint par une donation consentie au couple et non pas
simplement à l'enfant du donateur. Fiscalement, une donation conjointe à un enfant
et au conjoint de celui-ci entraûiera une taxation au titre des droits de donation au taux
en ligne directe pour l'enfant sur la moitié de la va leur du bien et au taux entre étran-
ger pour le conjoint de l'enfant pour l'autre moitié. Alors qu'une donation à l'enfant
avec stipulation de communauté (1 404 al. 2 Code civil) n'engendrerades droits qu'en
ligne directe sur la totalité de la valeur du bien transmis. Toutefois, si cet enfant a des
frères et sœurs, c'est bien la totalité de la donation dont il sera tenu compte dans ses
droits (dans la succession de son père donateur) et non pas seulement la moitié.
La clause d 'administration, pour les donations consenties à un mineur, permet de
stipuler dan~ l'acte de donation que les fonds donnés ne seront pas gérés par les parents
(administrateurs légaux) mais par toute autre personne (grands-parents, frère ... ).
L' obligation d' emploi permet de stipuler dans l'acte de donation les conditions
d'emploi des biens donnés.
La gestion de l'après cession d'un bien démembré. Cene clause organisera les
conséquences de la cession d'un bien démembré par l'usufruitier et le nu-
propriétaire. En principe, toute cession d'un bien démembré entraîne le partage du
prix de cession en fonction de la valeur respective de chaque droit, mais il est pos-
sible de déroger à cene règle, notamment en prévoyant le maintien du démembre-
ment sur un nouveau bien.
La donation de residuo ou résiduelle s'analyse comme une clause de substitution.
El le opère une double mutation. Elle est désonnais autorisée quels que soient les liens
de paremé ou non, encre le disposanc, le grevé ec le premier gracifié. Elle ne peuc jouer
qu'à concurrence de la quotité disponible, sauf accord du premier gratifié. Le donateur
va imposer au donataire la charge de restituer ce qu'il reste des biens donnés au décès
du donataire à une personne désignée, qui doit être conçue au moment de lacte de
donation. Le donataire n'a pas la charge de conserver le bien donné (contrairement à la
donation graduelle, voir infra). Si la donation est exempte de toute charge, elle peut
porter sur la part de réserve hérédi taire. Ainsi, le premier gratifié peut disposer du bien
par acte entre vifs, que ce soit à titre onéreux ou à ti tre gratuit (sauf clause contraire de
l'acte dans ce dernier cas, encore que cene clause contraire ne puisse peser sur les biens
donnés en avancement de part successorale à 1'héritier réservataire). Cependant, comme
il a l'obligation de transmenre au second gratifié ce qui restera, il ne peut en disposer à
cause de mort, mais ici encore, l'héritier réservataire, à qui les biens ont été donnés en
avancement de part successorale, ne supporte pas ceue restriction et il conserve 1a liberté
de dl sposer à cause de mort. Le second gracifié cient ses drol ts directement du dl sposant,
ainsi n'est-il pas exposé à une action en réduction des héritiers réservataires du premier
gratifié. Cene donation bénéficie d'un régime fiscal de faveur. Au décès du disposant,
110
Les libéralités ..

seul le premier gratifié acquine les droits comme sur n'impone quelle libéralité. Les
droits de succession au décès du premier gratifié sont calculés en fonction du lien de
parenté existant entre le disposant et le second gratifié: les taux applicables et la valeur
imposable du bien transmis sont déterminés au j our du décès du premier gratifié, mais
les droits acquinés lors du décès du disposant (par le premier gratifié) sont imputables
sur ceux dus sur le même bien par le second gratifié. Par exemple, un couple de grands-
parents souhaite donner à leur petit-fils une somme d'argent. Ils tiennent à ce qu'en cas
de décès du donataire, cene somme revienne exclusivement à leur fille, mère du dona-
taire. Ils feront une donation de residiw avec comme premier donataire le petit-fils et
comme donataire en second leur fille. De la même manière, pour un couple ayant deux
enfants, dont l'un est handicapé et n'aura jamais de postérité. À la donation consentie à
l'enfant handicapé, il va être stipulé une clause de resid iw au profit de son frère.
La donation g raduelle issue de la loi du 23 j uin 2006 permet au donateur d'impo-
ser au donataire la double charge de conserver les biens donnés et de les iransmenre,
à son décès, à une autre personne désignée par le donateur lui-même. Jusqu'à présent,
une telle donation (dite substirution fidéicommissaire) était interdite sau f si le dispo-
sant était le père ou la mère du grevé ou, en l'absence d'enfant, le frère ou la sœur.
Maintenant, peu impone le degré de parenté avec le second gratifié, qui peut même
être un étranger à la famille. Le second gratifié ne pourra pas avoir l'obligation de
conserver le bien. Si la donation est faite à un héritier réservataire, elle devra être faite
hors pan successorale, la part réservataire ne devant pas supporter de charge.
Toutefois, le grevé pourra consentir à ce que la charge porte sur tout ou partie de sa
réserve, à condi tion que la libéralité bénéficie de plein droit à ses enfants nés et à
naître. Fiscalement, lors de la libéralité, le premier gratifié acquine les droits de muta-
tion à titre gratuit sur la valeur totale des biens transmis. À son décès, le second
gratifié acquinera les droits en fonction de son degré de parenté avec le premier gra-
tifié, mals les droits acqulnés lors du premier décès ne seront pas Imputables.
On notera qu 'une autre forme de libéralité permet une transmission similaire, avec
une fiscalité moins lourde: la double libéralité d 'usufruit à une personne (qui serait
~ le premier gratifié dans la libéralité graduelle) et de nue-propriété à une autre (qui
~§ serait le second gratifié dans la libéralité graduel le). Les droits seront alors calculés sur
les valeurs respectives del 'usufruit et de la nue-propriété mais uniquement en fonction
~
-li du lien de parenté entre le disposant et chacun des bénéficiaires.
E
~ Avec la clause de réserve d 'usufruit, le donateur conserve le droit de jouir (de
g manière viagère en général) du bien dont le donataire a la propriété mais à charge
·~ d'en conserver la substance. Il y aura réserve de quasi-usufruit si le bien donné est
.i! consomptible (bien qui disparaît à l'usage, une somme d'argent par exemple).
i
; La réserve d ' un usufruit successif conduit à ce que l'usufruit soit constitué au
-'. profit de plusieurs personnes appelées à en j ouir successivement. Le tirulaire d'un
] usu fruit successi f devient usu fruitier avec tous les d:mits anachés à cene qualité, à
o l'extinction de l'usufruit précédent. La Cour de Cassation l'analyse comme une
111
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

donation à cenne de biens présents. C'est le cas de la réversion d'usu fruit encre
époux. Il y a lieu de préciser que depuis la loi du 26 mai 2004 sur le divorce, les
donations de biens présents entre époux consenties à compter du I"' janvier2005 sont
irrévocables. Ainsi, si l'acte a été passé avant le I" j anvier 2005, la réversion reste
librement révocable. Toutefois, la loi du 23 j uin 2006 a aménagé !'irrévocabilité des
donations de biens présents encre époux, puisque seules y seront désonnais soumises
les donations qui prennent effet au cours du mariage. Les donations qui ne prennent
pas effet au cours du mariage redeviennent par conséquent librement révocables.
Enfin, la délivr ance à terme du bien donné permet de stipuler, sur une donation de
somme d'argent par exemple, une remise à cenne. Il s 'agit alors d'une donation d'une
créance que l e donateur crée sur lui-même et donc l'exigibilité est reponée. Le cenne
peul même être le décès du donateur. La donation constituera un passi f successoral.

Section 4 LE SORT DES DONATIONS AU DÉCÈS DU DONATEUR

On renverra aux développements sur les successions. Pour rappel, les donations ne
doivent pas porter aneince à la réserve héréditaire. Mais le donateur peul avantager
la personne de son choix par le biais de la quotité disponible.

Section 5
L'ÉVALUATION DES BIENS DONNÉS

Les biens doivent être évalués pour leur valeur vénale au jour de la donation. Il doit
être tenu compte de la narure juridique et du statu! des biens transmis (participation
minoritaire d'une société famil iale, bien immobilier occupé mais en 1enan1 compte du
rendement locatif qui, s'il est élevé, ne permettra pas une décote imponance ... ). Lors
du décès du donateur, il y aura lieu de procéder à une nouvelle évaluation des biens
donnés (voir chapitre sur les successions: droits du conjoint survivant, mppon, réduc-
tion) afin d'assurer l'égalité des héritiers et la protection de la réserve.

Section 6 LE RÉGIME FISCAL DES DONATIONS ET LE PAIEMENT


DES DROITS DE DONATION
La loi prévoie que les frais et droits sont acquiccés par le donataire. Cene disposi-
tion législative n'est pas d'ordre publ ic. Ainsi, il est possible de prévoir, dans l'acte

112
Les libéralités ..

de donation, une clause stipulant que les frais de d onation seront à la charge du
donateur. Cet avantage n'est pas taxabl e, le paiement des droits par le donateur
n 'étant pas regardé comme un supplément de donation.

Comme en matière de successions (voi r supra), la loi T EPA du 21 aoO! 2007 avait
allégé la charge fiscale en matière de donations consenti es à compter de son encrée
en v igueur, soie le 22 aoO! 2007. L a nouveauté maj eure concerne l'égalité de 1rai1e-
men1 encre les époux et les partenaires liés par un Pacs et, comme en matière suc-
cessorale, le principe d'une acrualisation au I"' j anvier de chaque année des barèmes
ec des abanemencs.

1 Les abattements au 1er janvier 2011et1er février 2012

L ' article 6 de la première loi de Finances rectificative pour 2011 a remplacé,


comme en ligne directe, les mux de 35 % et 4 0 % par respec1ivemen1 40 % et 45 %,
applicable au 30 j uillet 2011. On applique à la parc nene reçue par chaque donataire
un abanemenc personnel avant de calculer les droits de donation. L ' abanemenc se
reconscirue cous les 15 ans' .

Tableau7.1
Personne concernée Montant de l 'abattement

159 325 €'entre parent et enfant.Abattement réduit â


ioo ooo €'à compter du 17 aoüt 2012
En ligne directe
JI 86S €entre grand-parent et petit-enfant
S 310 €'entre arrière-grand-parent et arrière.petit.enfant
Entre époux et partenaires liés par un PACS 80 724€

Entre frères et sœurs (sauf exonération sous les


lS 932 €
mêmes conditions <iill'en matière successorale)
Àun neveu ou une nièce 7967€

159 325 €'qui 5e rajoutent aux autres abattements


~ rsonne handicapée
dont le donataire peut être bénéficiaire

~
§
~
-li
E 2 Les taux d ' imposition au 1er janvier 2011 et 1er janvier 2012
~
g La parc taxabl e (pan nene reçue sous déduction du ou des abanemencs) est taxée
·~ sui vant la qual ité du donataire. On applique le même barème progressif qu 'en
.i! matière success-ora1e2.
l
~
l 1. Pour rnéinoire, œ délai eSI passé de 6 (en 2006) à 10 ans le 29 j ui Ilet 2011 pui s de 10 à 15 ans (à compter du
16 aoOt 2012).
O
0 2. Voir chapi1re « Les successions».

113
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Tableau 7.2 - Entre époux et entre partenaires liés par un Pacs


Fraction de part nette t axable (PNT) Taux C.kul rapide

N'excédant pas 8 072 € S% 5%x PNT

De 8 07H 15 932 € 10% 10%x PNT -404€

De 15 932 H l 865 € 15% 15%x PNT - 1200€

De 31865 à552324 € 2-0% 20%x PNT -2793€

De S52 324 à 902 838 € 3>0% 3>0%x PNT -58026€

De902838a 18056n€ 40% 35% x PNT - 148 310 €

Supérieure à 1805 6n € 45% 40%x PNT -238594€

i Les réductions supplémentaires sur les droits dus

L orsque la donation étai! faite en nue-propriété et que le donateur avait :


- moins de 70 ans, la réduction sur les droits dus étai! de 35 % ;
- de 70 ans révolus à moins de 80 ans, elle étail de 10 %.
L orsque l a donation étai! fai te en pleine propri été ou en usufruit et que le
donateur avait :
- moins de 70 ans, la réduction sur les droits dus étai! de 50 % ;
- de 70 ans révolus à moins de 80 ans, elle étail de 30 %.
D epuis le 31 j uillet2011, il n' y a plus de réduct ions des droits de donation li ées à
l'âge du donateur sau f dans le cas de certaines donations d 'entreprise.
Une réduc1ion de 50 % des droits de donation c ontinue à s' appliquer uniquement
lorsque le donateur, âgé de moins de 70 ans, consent une donation en pleine pro-
priété de parts ou actions d'une société ou d'une entreprise individuelle ayant une
activ ité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale.
L 'âge du donateur s'appréci e à la dace de l'acte notari é ou à la dace d'enregistre-
ment de la déclaration de don manuel.

4 Réduction forfaitaire complémentaire sur les droits dus

La même réduction qu 'en matière de succession s'applique:


- 610 €par en fant en sus du deuxième, si la transmission s' opère en ligne directe
ou encre époux ;
- 305 €par en fant en sus du deuxième, pour les autres transmissi ons.

La loi TEPA a étendu cene réduction aux donations réalisées encre partenaires liés
par un Pacs.

114
Les libéralités ..

Section 7
LE TESTAMENT

1 Les différentes formes de testament


Le testament olographe doic êcre écrie en enlier de la main du cescaceur mais égale-
ment daté ec signé de sa main. Le testament authentique esc reçu par deux notaires
ou un notaire ec deux témoins. Il doic êcre diccé au nocaire par le cescaceur. Le testa-
ment mystique esc clos, cacheté ec scellé. La forme manuscrite n'esc pas obligatoire.
Le testament international (Convention de Washington du28.10.l 973) ne néces-
site pas un élément incernacional. Le cerme « incemacional » faic référence à la source
juridique. Il n 'esc pas nécessaire que le cestamenc soie écrie de la main du cescaceur
mais, il doic êcre signé par le cescaceur sur chaque page. Le cescamenc faic l'objet d'un
acce de dépôt chez un notaire. Il permet de rendre un cestamenc valable en la forme,
quel que soie le pays où il a écé écabli, qui, nocammen1, n'impose pas nécessairement
les mêmes conditions de validité que dans le pays où il devra êcre exécuté.
Le mandat à effet posthume, qui doic êcre donné ec accepté par acce nocarié, à
l'effet de gérer ou adminiscrer coucou partie de la succession revenant à un héritier
déterminé, peul êcre donné depuis le I" janvier2007. Le mandat doic êcre motivé par
un incérêc sérieux ec légitime (car il prive l'héritier du droic d'administrer ses biens)
lié à la personne (incapacité d'un héritier) ou à l'existence d'un bien, notamment
professionnel, donc la gestion requiert des compétences paniculières. La durée du
mandat esc en principe de 2 ans mais peul êcre de S ans avec une ou plusieurs pro-
rogations à solliciter auprès du juge.

2 Les fonctions essentielles d'un testament

La rédaction d' un cescamenc permet de modifier Les règles légales de transmis-


sion en effecruanc des legs ou, à l' inverse, en exhérédant un héritier. Il permet de
désigner des bénéficiaires pour les concracs d'assurance-vie ou les personnes
habiles à gérer le patrimoine d'un mineur ou enc-0re de nommer un exécuteur
testamentaire.
On peuc y inclure les clauses listées ci-dessus. Avanc la loi du 23 juin 2007, l'exé-
cuteur testamentaire avaic pour seule mission de ve iller à la bonne exécution des
volontés du cesc.ateur. Il pouvait prendre des mesures conservatoires mais devait êcre
autorisé par le juge pour agir. Désormais, sous cercaines conditions, il pourra exécu-
ter lui-même les volontés du défunt qui pourra étendre sa saisine, c'est-à-dire sa
compétence aux biens immobiliers en l'absence d'héritier réservataire.

115
La protection
8 du conjoint
survivant
Frédéric PETIT

D epuis la« loi en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d 'achat » du


21 aoO! 2007, la protection du conjoint survivant prend une nouvelle colo-
ration. En effet, désormais, cane le conjoint survivant que le partenaire survi vant sont
totalement exonérés de droits de succession. Il en résuhe que la protection du
conjoint survivant se 1rai1e désormais exclusivement d'un point de vue patrimonial
et juridique, l'objectif étant de lui conférer un pouvoir d 'action circonstancié (maxi-
mum, ou au moins ciblé) sur le patrimoine du de cujus.
Cet objectif a notamment pour con1rain1es, la siruation familial e (familles recom-
posées ...), la scruccure patrimoniale (biens frugifères 1 ou non, aisément cessibl es ou
non ... ), la narure des droits détenus sur ce patrimoine (biens propres ou communs,
droits en plei ne propriété, en démembremenc. ..). Ainsi compris, l'objectif de protec-
tion du conjoint survivant v a pouvoir être réali sé en agissant sur crois niveaux : le
régime matrimonial, les libéralités et succession et enfin, l'assurance-vie.

1. Bien mobilier ou immobilier qui rappo11e des fruiLt:.


116
La protection du conjoint survivant . .

Section 1 La protection du conjoint ·s urvivant par le régime


matrimonial
Section 2 La protection du conjoint survivant par les libéralités et lors
de la succession
Section 3 La protection du conjoint survivant par l'assurance-vie

Sectio n 1 LA PROTECTION DU CONJOINT SURVIVANT


PAR LE RÉGIME MATRIMONIAL

1 Du choix du régime légal ou régime conventionnel

1.1 Le choix initial


La loi prévoi1 différents régimes matrimoniaux, qu'elle réglemente à défaut de
conventions contraires. En terme de protection du conjoint survivant, ce choix initial
n'est pas neutre. À l'évidence, un conj oint survivant n'ayant jamais travaillé sera
mieux protégé par un régime de communauté légale (ou de séparation avec partici-
pation aux acquêts ou de séparation avec société d'acquêts), grâce auquel il aura la
moitié des acquêts de l'autre, que par un régime de séparation de biens pure et
simple. Au surplus, la convention initiale peut prévoir des avantages matrimoniaux
en cas de dis sol ut ion par décès.

1.2 La modification du régime matrimonial

Mais, dans 95 % des cas, les époux, par ignorance, n'envisagent pas une telle
~ convention. Il leur est pounant possible, après deux années d'application du régime
§ matrimonial d'origine, de modifier totalement ou paniellement leur régime matri-
~ monial, ce qui peut donc arriver plusieurs fois au cours d'une même union.
-li
E Depuis la loi du 23 juin 2006 (an. 1397 du Code civil), l'homologation judiciaire
~ du changement de régime matrimonial n'est plus nécessaire que dans deux cas :
g
- en présence d' enfants mineurs ou de petits enfants mineurs venant par
représentation ;
- en cas d'opposition des enfants maj eurs ou des créanciers ou des personnes qui
avaient été parties dans le contrat modifié.
] Sous peine de nullité (nullité absolue selon une doctrine maj oritaire), l'acte doit
o contenir une liquidation du régime modifié, lorsque celle-ci est nécessaire (précision
117
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

issue de la loi du S mars 2007). Selon les travaux parlementaires ayant précédé cene
loi, et une réponse ministérielle du 11. 11.08, << il apparli enc au notaire, voire au j uge,
de décider de la nécessité ou non de la liquidation ; lorsque l'opération ne conduit à
aucun changement dans la composition et l'organi sation des patrimoines des époux,
la liquidation peul être inuti le.»
Toutefois, on mesure bien 1ou1 l'in1érê1 d'u ne celle liquidation lors du passage
d'u ne communauté légal e à une communauté universelle:
- il est important de déterminer les biens propres et les causes de récompenses
pour permettre la reprise en cas de divorce ul1érieur, en cas d'exercice d 'action
en retranchement, pour faire prendre conscience aux époux de ce qu' il s
abandonnent ;
- il convient de mesurer l'utilité du chan gement de régime et peul être qu'à la suite
de cene l iquidation ne sera-t-il pas nécessaire d' effecruer ce changement;
- il convient de décenniner l'impact du changement de régime sur les donmions
antéri eur es (qui peuvent deven ir de ce fait rédu ctibl es) et sur les clauses contra-
di ctoires inclu es dans des actes antérieurs.

2 La stipulation d'un avantage matrimonial

2.1 La notion d'avantage matrimonial


Il peul être défini comme l'avantage qu'un époux lire de son contrai de mariage
du fait de l'adoption d 'un régime de communauté conventionnelle, par rapport aux
règles de la communauté légal e.
Exemple J - Communauté légale avec clause de pré ciput sur le logement
Communauté =l ogement ( 100) + liquidités (50) = 150
Droits du conjoint sous ce régime: 100 % du logement (préciput)+ \li liq uidités= 125
Droits du conjoint sous communauté légale: \li logement+ \li liq uidités= 75
Avantage matrimonial = 125 - 75 = 50
Exemple 2 - Communauté universelle avec attribution intégrale
Communauté = 1 000 000 (dont 400 000 d'apports)
Droits du conjoint sous ce régime= 1 000 000
Droits du conjoint sous communauté légale = \li x 600 000 (compté hors apports)
= 300000
Avantage matrimonial si l'époux apporteur survit= 300 000
Avantage matrimonial si l'époux non apporteur survit = 700 000
L 'avantage matrimonial peul résul!er des clauses extensives de la composition de
la communauté (communauté universelle, communauté meubles et acquêts, apport
118
La protection du conjoint survivant . .

d'un bien) ou des clauses relatives au partage (préciput, stipulation de pans inégales
donc fait parlie L'amibucion intégrale de communauté au sucvivanc). Il ne peul porter
que sur des biens communs ou assimilés (société d' acquêts, créance de
panicipation ... ).
Sur le plan fiscal, l'avantage matrimonial a perdu sa supériorité par rappon aux
droits successoraux du conjoint sucvivanc depuis que ce dernier est exonéré de 1ou1
droit de mutation à litre gratuit Mais le préciput, le prélèvement moyennant indem-
nité et la clause de panage inégal (sauf celle d'anribution intégrale) sont fiscalement
considérés comme des opéracions de parcage et donnent lieu au droit de 2,5 %. Par
ailleurs, l'avantage matrimonial ne donne plus lieu à perception d'honoraires pour
le notaire rédac1eur.
Sur le plan civil, les avantages matrimoniaux ne sont pas considérés comme des
donations, cane sur la forme que sur le fond, mais comme des convencions de
mariage et encre associés. Ainsi, ces avantages consentis au conjoint ne sont pas
soumis aux règles du rappon et de la réduccion pour aneince à la réserve héréditaire,
en présence d'enfants communs. Par ailleurs, le conjoint peul cumuler ces avantages
matrimoniaux s'il y a lieu avec ses droits successoraux. En outre ces avantages ne
peuvent être révoqués pour cause d'ingratitude. L' avantage matrimonial conscicue
donc un oucil privilégié de la protection du conjoint sucvivanc.

2.2 Les limites de l'avantage matrimonial

L'action en retranchement
Puisque l'avantage matrimonial peul aboutir à léser les enfants au profil du
conjoint survivant, la loi vient ici protéger les enfants qui ne sonc pas issus des deux
époux. Il s'agit des enfants nacurels, simples ou adul!érins, et des enfants d'un pré-
cédent mariage. Sont, au contraire, considérés comme issus des deux époux, les
enfants de l'un, adoptés même simplement par l'aulre (arrêt Cour Cass. du 7 juin
~ 2006). Les enfants communs profilent de l'exercice de cene accion par les autres,
§ mais ne peuvent eux-mêmes l'exercer. L' action en retranchement a pour effet de
~ réduire l'avantage matrimonial et de le limiter, en valeur, à la quotité disponible
-li encre époux prévue à l'article 1094- 1 du Code civil.
E
~ Pour autan!, les titulaires de cene action (les enfants non issus des deux époux)
g peuvent chacun renoncer à l'exercer, et le conjoint sucvivanc conserve alors l'avan-
·~ cage matrimonial, !Oujours en franchise fiscale (arrêt cour cass I"' civile du 6 mai
j 1997) . Ils peuvent aussi renoncer par avance à l'exercer (an. 1527 al. 3 du Code
:;- civil. Loi du 23 juin 2006). Si le formalisme est le même que celui de la renonciation
-'. anticipée à l'action en réduccion (articles 929 et 930 du Code civil), la ponée s'en
] éloigne car la renonciacion n'est ici que provisoire en ce sens qu ' il y aura lieu de
o déterminer, au premier décès, le montant du retranchement pour ne le revendiquer
119
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

qu'au second décès. Cet outil de pro1ec1ion du conj oint survivant dans les familles
recomposées sera à uciliser en cas de bonne entente. Un peu comme un quasi·
usufruit, le conj oint survivant est en sicuacion de débi teur à terme de sommes d'ar-
gent, même si les renonçancs bénéficient de cenaines garanties (inventaire des
meubles, é1a1 des immeubles, privilège de plein droit sur les immeubles que l'on
inscrira ou non).

1 Le droit de reprise (art. 1525 du Code dvil)


L es biens propres mis en communauté par leur auteur peuvent être repris par leurs
héritiers, sauf clause contraire, ce qui devrait être une clause de scyle dans la conven-
cion matrimoniale lorsque celle-ci a pour bue d 'au gmenter la protection du conj oint
survivanc.

1 Le divorce (art. 265 du Code civil)


La loi du 26 mai 2004 ponant réforme du divorce a opéré une discinccion :
- sont révoqués de plein droit par le divorce, les avan cages matrimoniaux prenant
effet à la dissolution ou au décès d'un époux (c'est-à-dire coutes les clauses de
panage) ;
- sont maintenus ceux prenant effet au cours d u mariage (c'est-à-dire coutes les
clauses 1i ées à la composition de la communauté).
T outefois, la loi du 23 j ui n 2006 a validé« la cl ause alsaci enne» par laquelle les
époux peuvent reprendre, en cas de divorce, les biens qu'i ls auront apportés à la
communauté. Il est égal ement opponun de prévoi r une clause révoquant cous ces
avantages matrimoniaux en cas de décès pendant une instance en divorce.

i Les variétés d'avantages matrimoniaux

3.1 Les clauses liées à la composition de la communauté


Il s'agit ici d'élargir la communauté en prévoyant qu'un bien, normalement propre
sous le régime légal, sera commun. L.a clause peu l vi ser tel bien précis ou bien une
catégorie de biens (cous les meubles ou cous les immeubles par exemple), qu'ils
soient détenus avant et/ou après le mariage, par succession ou donacion.
La clause l a plus ex1rême est la communauté univ erselle de biens présents et à
venir. Sous l'an gle de la pro1ec1ion du conj oint survivant, l'in1érê1 d'une celle clause
de mise en communauté est que le conj oint non-apporteur devient propriétaire pour
moitié du bien apponé, voire même davantage en cas de clause de parcage en ce
sens. T outefois, un tel mécanisme peul s'avérer inefficace dans le cas parciculier
d'un bien apporté provenant d'une donacion contenant une clause de droit de retour,

120
La protection du conjoint survivant . .

une clause d'interdiction d 'ali éner ou une clau se d'interdiction d' entrée en commu-
nauté. Il convient alors de fai re intervenir les parents donateurs pour y renoncer.
L ' adoption d'une commun auté universelle de biens présents et à venir doit se faire
à bon esci enc. Ell e étend les règles con1rai gnan1es de gestion, issues du régime de
communauté, aux biens propres devenus communs. Elle élargie le passif commun
qui devi ent également universel (une presmtion compensatoi re, par exemple, versée
sous forme de rente par l'époux apporteur, qui doit alors être supportée pour moitié
par chaque époux en cas de communauté universelle, et en 101ali1é par l'époux sur-
v ivant en cas d' a11ribucion intégrale).

3.2 Les clauses liées au partage de la communauté

Les clauses d 'attribution et de prélèvem ent

Ces clauses one en commun qu'elles vi sent au profil du seul conjoint survivant
(possibilité de prévoir des clauses différences selon que ce soie Mon si eur ou
Madame), un bi en précis en narure, une somme d' argent, ou une cermine quantité
d 'une espèce déterminée de biens, le 1ou1 en plein e propriété ou en usufruit ou même
en quasi-usufrui t
La facul!é d'anribucion ou d'acquisition vise les bi ens propres du prédécédé et
consciru e une sorte d'a11ribu1ion préférentielle pour le conjoint survivant Au
contraire, la clause de préciput et la clause de prélèvement moyennant indemnité one
pour objet des biens de commun auté. La clause de préciput rompe l'égalité en narure
et en v al eur au profil du conj oint survivant puisqu'elle lui permet d'appréhender le
bien avant 1ou1 partage sans rien devoir. Par contre, 1a clau se de prélèvement rompe
l'égalité en narore mais non en val eur, le conjoint survivant prélevant le bien mais
devant une indemnité d 'égal montant (ce qui ne cons1i1ue pas un av antage matrimo-
nial et est donc utile dans les familles recomposées, sauf si le versement de l'indem-
nité est stipu lé payable au second décès). Ces clauses one surcout pour avanmge
~ qu'elles sont d' exerci ce facu l!acif pour le conj oint survivanc. Ce caractère essentiel
~ donne 1ou1e sa souplesse au mécanisme. La recherche du «sur-mesure » en faveur
~ du conjoint survivant sera aneince en prévoyant dans l'acte une séri e de préciputs en
-li pleine propriété, en usufruit ou en quasi-usufruit, sur 1ou1 ou partie des différents
·E éléments pouvant composer la communauté au décès... Reste alors au conj oint sur-
~ vivanc à faire son « marché ».
.tg 1 Les stipulations de parts inégales
i~ Concrairemenc au principe du parcage par moitié, il est possible de prévoir
-gd 'autres quotités, par exemple l'a11ribucion des immeubles à un époux et des
g meubles à l'autre, les 5/8"' en pleine propriété et les 3/8"' en usufruit ou en quasi-
o usufruit au survivant, l'anribucion intégral e en pleine propriété au survivanc. ..
121
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Seule l'anribucion intégrale ne peul se faire qu'au profil du survivanc. Pour ce qui
est du passif, chaque époux en recueillera une parc proponionnelle. Les stipula·
lions de parcs inégales ne sont pas facul!atives, d 'où leur manque de souplesse.
Aussi a-1-on envisagé valablement des clauses alcernatives (c'est-à-dire différences
stipulations de parcs inégales selon qu'il y a divorce ou décès, selon qu'il y aie des
descendants ou non ; selon que le conjoint survivant est capable ou non ... ) et a
!'on aussi envisagé, mais beaucoup plus discucablemenc, des clauses optionnelles
au seul choix du conjoint survivant (ex. : « 5/8< en pleine propriété 3/8< usufruit
ou anribucion intégrale»).
C'est pourquoi il est conseillé d 'utiliser diverses clauses de préciputs (cf supra),
qu'il convient de coupler avec une stipulation de parts inégales neu1re (100 % de
l'usufruit au conjoint survivant et 100 % de la nue-propriété au prédécédé).

Sectio n 2 LA PROTECTION DU CONJOINT SURVIVANT


PAR LES LIBÉRALITÉS ET LORS DE LA SUCCESSION

1 L'anticipation successorale et la protection du conjoint


survivant
Cene anticipation peut se réaliser par des libéralités de biens présents et des libé-
ralités de biens à venir.

1.1 Les don.ations de biens présents au profü du conjoint survivant

1 La donation-partage au profit des présomptifs héritiers


(art. 1075 al. 1 du Code civil)
C'est une innovation de la loi du 23 juin 2006 que d'ouvrir la donation-parcage
non plus seul ement à ses descendants, mais désonnais à cous ses présomptifs héri-
tiers, et tel est le cas de son conjoint en présence d ' enfants. L 'intérêt pour le conjoint
est de pouvoir bénéficier d'une évaluation au jour de l'acte pour ce qui est de l'im-
pucacion et du calcul de la réserve (arc. 1078 du Code civil) si les conditions en sont
réunies. Qui plus est, la donacion-panage n'est pas rapponable. Cependant, il
conviendra de rappeler à l'époux donateur qu'une celle donation, de biens présents
et prenant effet au cours du mariage, est irrévocmble (arc. 1096 du Code civil). De
plus, sur le plan fiscal, l'époux donataire demeure taxable au-delà de 80 724 €
(contrairement à l'époux héritier). Une celle donation-partage, cerces intéressante
pour le conjoint, sera donc à érudier au cas par cas.
122
La protection du conjoint survivant . .

1 La donation d'usufruit successif


Il est fréquen l que des parents donateurs de la nue-propriété se réservent un usu-
f ru it, qu ' ils se donnent muruellemenc et successi vement Une celle clause s'analyse
en une donation à terme de bi ens présents et le droi t du second usufruitier lui est
définitivement acquis dès le j our de l'acte, seul l'exercice de ce droit s'en 1rouvan1
différé au décès du donateur' . La loi du 23 j uin 2006 .a confirmé (art 1096 a contra-
rio et débats parlemenc.aires) qu 'une cel le donation, de biens présents mais ne pre-
nant pas effet au cours du mari age, demeurait révocable. Sur le plan fisc.al, alors que
les donations de biens présents encre époux demeurent tax ables, il est désormais
précisé que les réversions d' usuf ruit au profil du conj oint survivant bénéficient de
l'exonémlion de droits de succession lui profitant (an. 796-0 quater nouveau CG!).

1.2 La donation de biens à venir au profit du conjoint survivant


Les droi ts successoraux du conj oi nt survivant, en l'absence de cous 1escamen1s ou
libéralités (« vocation ab intestat ») tels qu 'i ls résu l!enc de la loi du 3 décembre
2001, lui sont désormais très favorables. Malgré cela, la donation au dernier des
v ivants lui appone touj ours une protection supérieure.

La supériorité quantitative de la donation au dernier des vivants


sur les droits ab intestat du conjoint survivant
T ableau comparati f :
Tableau 8.1
Héritiers en concours Loi de 3 décembre 2001 Donation entre époux l
Absence d'ascendants,
de descendants, frères, Tout en pleine propriété (art. 757·2)
Idem
sœursou neveux et Héritier réservataire pour 1/4
nièces
• btallté en p leine propriété (ar t. 752·2)

~
• Réserve d ·114 en pleine propriété (art. 914-1)
(même si Instance end lvorce ou séparation Idem
§ Frères, sœurs ou neveux
de corps et même si jugement de séparation Droit de retour légal anéanti En ce
et nièces
~ de corps a été prononcé - lol 23 j uin 2006) sens: Rép Min du 13 févrie r 2007
-li •Droit de retour de moitié en pleine
E propriété au profit des collatéraux (art. 757-3)
~

't.
g • Moitié en pleine propriété en présence pére
• Totalité en pleine propriété
(art. l 0
94
du C.clv.)
et mére (art. 757-1 al. 1)
Ascendants • 3/4 en pleine propriété en présence de père • Les ascendants ne sont plus
ou mère (art. 757•1al. i) réservataires - (suppression
l de r ar t. 914 - lol 23 j uin 2006)

]
0 L A rrêt Cour Ca~s . Ci\1• 1.c 2 1octobre1997 et A rrêt Cour Cas.~ . Ch. mi.·oe08 j uin 2007.

123
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Héritiers en concours Loi de 3 décembre 2001 Donation entre époux l


•Droit de retour d'l/4chacun sur ies biens
qu'ils ont donnés, en nature ou en valeur,
• Droit de retour d'l/4chacun sur les
s'imputant sur leursdroits successorawc:
biens qu'ils ont donnés, en nature ou
d'ord re public (art. 738-> lol 23 juin 2006)
en valeur, s'imputant sur leursdroits
•Non taxable (art. 763 Bis CGI Issu art.48 LFR
successoraux: d'ord re public
2006)
(ar t. 738-2 lol 23 juin 2006)
• Totalité en pleine propriété en présence
Non taxable (art. 763Bls CGI Issu
d'autres ascendants (ar t. 757-2)
art.48 LFR 2006)
•Héritier réservataire pourl/4 (art. 914-1 C.
clv.- Lol 23 juin 2006)

Art Ide 1094 - 1


Rappel étant Ici fait que sauf
rédaction contraire, la réduction a
désormais lieu en valeur
Totalité en usufruit
Ou
1/4en pleine propriété 114 en pleine propriété
Enfants Issus
ou
des 2 époux
Totalité en usufruit (art. 757} 3/4en usufruit
ou
Quotité d lsponlble ord lnalre:
-112 en pleine propriété si 1enfant
-113 en pleine propriété si 2 enfants
-114 en pleine propriété si 3 enfants
et plus.

Enfants non issus des 2


114 en pleine propriété (art. 757} Idem que ci-dessus
époux

La supériorité liquidative de la donation au dernier des vivants sur les droits


ab intestat du conjoint survivant

Tableau8.2
Loi Donation entre époux (DEE)

Usufruit Tous les biens existants sauf ceux légués Tous les biens existants

Masse de calcul:
Art. 922 Biens existants + toutes
Biens existants + libéralités non préciputaires
libéralités
Pleine Propriété Masse d'exercice:
Peut porter sur tous les biens existants
Biens existants sauf les légués, et sans
même légués
préjudicier auxdroltsde réser ve etde retour

Il en vade même malsdans une


molnd re mesure car DEE et legs
Le conjoint survivant volt ses d rolts réduits par
s'imputent concurremment (arrêt Cour
Commentaire les libéralités faites â d 'autres personnes etq ui
Cass du 10.02.1998).
s;lmputeralent sur la quotltédlsponlble.
Clauses â Insérer :exécution prioritaire
de la DE El autres legs (art. 927 du C.clv)

124
La protection du conjoint survivant . .

Exemple 1
Soit un conjoint avec 3 enfants:
- bien existant= 1 600
- Je défunt avait fait un legs au profit de sa voisine pour un montant de 400
1. Hy110thèse: le co11joi11t opte 110ur le quarl légal e11 /}lei11e propriété
a) Ma~se de calcul
Bien existant 1 600
Sous déduction du legs -400
Total 1 200
Dont Je quart représente la vocation théoriq ue du conjoint, un quart = 300.
b) Calcul de la quotité disponible (art. 922 C. Civ)
Bien existant 1 600
Dont la quotitté disponible égale au quart soit: 400
La quotité disponible est totalement absorbée par Je legs ; Je conjoint ne reçoit rien.
2. Hy110thèse: le co11joi11t opte 110ur u11 114 e11 plei11e propriété et 314 e11 usufruit e11
verht d'u11e tfo11atio11 e11tre époux
La quotité disponible demeure égale à 400 comme précédemment. Mais, cette fois-ci, Je
legs e t la donation seront réduits concurremment de telle sorte que Je legs sera réduit à
hauteur de 4 00/800 x 400 = 200.
La vocation en pleine propriété du conjoint sera rédllite à 200 (et il aura l' usufruit de
1200).
3. Hy110thèse: le co11joi11t opte 110ur u11 114 e11 plei11e /}ropriété et 314 e11 usufruit e11
verht d'u11e tfo11atio11 e11tre époux avec clause d'exéc11tio11 prioritaire
La quotité disponible demeure égale à 4 00 comme précédemment. Mais cette fois-ci la
quotité disponible est totalement absorbée par la donation entre époux.
Le conjoint reçoit 4 00 en pleine propriété e t l' usufruit de 1 200.
La légataire ne reçoi t rien.
Par ailleurs, depuis la loi du 23 j uin 2006, ec sauf volontés contraires du disposant,
~ les libéralités consenties au conjoint survivant s'imputent sur ses droits dans la suc-
§ cession (art. 758-6 C. civ). Lorsque les libéralités ainsi reçues sont inférieures à sa
] vocation légale. le conjoint survivant peut en réclamer le complément, sans jamais
·E pouvoir dépasser chacune des quotités définies aux articles 1094-1. Cette imputa-
~ lion signifie que le conjoint survivant ne prendra sa part successorale que dimi-
~ nuée de ce qu'il a déjà reçu.
t Exemple2
{ Donation en pleine propriété de biens présents à son épouse: 40 (portefeuille d'actions)
~ Biens existantts au décès de ~1. : 120 (résidence principale)
] 1 enfant commun
o Mme opte pom V.. en PP
125
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

1. Masse de calcul (011 inclut fa do11atio11 au co11joi11f S11TViva11t)


Biens existants 120
Donation rapportable. 40
160x25%= 40
2. Masse d'exercice
160
Réserve -80
80
3. lmputatio11 sur les droits légaux
40 ( 114 légal) -40 (donation) = 0
Donc Je conjoint survivant ne prend rien de plus da.os les biens existants. A vix une dona
tion entre époux, Je conjoint aurait eu l' usufruit des biens existants.

Exemple 3
Donation en pleine propriété de biens présents à son épouse: JO (portefeuille d'actions)
Biens existants au décès de M. : 100 (résidence principale)
1 enfant commun
Mme opte pour la totalité en usufruit (évalué, par hypothèse, à 50 % de la propriété,
compte tenu du barème de l'art. 669 CGI).
Pour imprnter des droits en pleine propriété reçus pa.r libéralité sur des droits légaux reçus
en usufruit, il faut convertir cet usufruit en pleine propriété.
En l'absence de libéralités, le conjoint survivant aurait un usufruit de 110, soit à 50 %
= 55
Donc, 55 (vocation légale) - JO (donation)= 4 5
ainsi Mme aura sur les biens existants l' usufruit de 90 (car 50 % = 45)
S'il y avait eu une donation au dernier des vivants, le conjoint survivant aurait eu l' usu-
fruit de tous les biens existants ! (Et il aurait également conservé sa donation). Le tout
étant inférieur à l'article 1094- 1 du C. civ.
Variante :
La donation au conjoint du bien valant JO n'est plus faite en pleine propriété mais en
usufruit (il s'agit par exemple d'une réversion en u sufruit).
Les biens existants au décès valent toujours 100.
- Avec un usufruit légal (sur option offerte par l'article 757 C. civ) et du fait de l'impu-
tation prév ue à l'article 758-6 C. civ, Je conjoint su.rvivant n'a droit qu'à l' usufruit de 90
(usufruit de 100 moins l' usufruit de JO déjà reçu).
- Avec un usufruit converti (issu d'une donation au dernier vivant) Je conjoint a droit à
un usufruit de 1OO, c'est-à-dire l' usufruit de tous les biens existants, et ce, tout en conser-
vant le bénéfice de la précédente libéralité en usufruit (la seule limite, non dépa5sée ici,
étant celle de l'article 1094- 1 C. civ).

126
La protection du conjoint survivant . .

La supériorité qualitative de la donation au dernier des vivants


La donation au dernier vivant peul, par ailleurs, servir de support à un cenain
nombre de clauses, celles que :
- une renonciation à exercer l'action en réduction (RAAR), de façon à aug-
menter les droits du conjoint survivant par une libéralité en pleine propriété
ou par une renonciation à la facul!é de conversion en renie viagère ou à
l'obligation d' emploi (permenre de con férer un quasi-usufruit sur tels
actifs) ;
- en présence d'enfant d'une précédente union, il est possible d'assortir les
droits en pleine propriété con férés au conjoi n t survivant, d'une clause de
residiw;
- clause précisant que les arbitrages effecrués par l' usufruitier sur un ponefeuille
de valeurs mobilières le seront librement, sans qu'il puisse y avoir d' aneince à la
subscance;
-clause s1ipul an1 que si l'emploi est demandé par les enfants, le conjoint aura cous
pouvoirs pour déterminer la nature du remploi ;
- clause prévoyant un usufruit temporaire ou un simple droit d'usage et
d' habitation;
- clause anribuanc au conjoint la pleine propriété de 1ou1e la succession (ou le
quasi-usufruit), libre alors aux enfants de demander la réduction, ou bien au
contraire ne conférer d' emblée que 1ou1 ou partie des quotités disponibles encre
époux.
Seulement s'il a été gratifié par 1estamen1 ou donation au dernier des vivants (el
donc tel n'est pas le cas lorsque l'usufruit est reçu par convention matrimoniale ou
par la Loi), le conjoint survivant peul cantonner son émolument (art 1094-1 al. 2 et
1002-1 Code ci vil), sauf disposition coniraire du disposani. Le conjoini peul alors
limiter l'effet de son accepmtion à une partie seulement des biens et droits donc il a
été gratifié (il peul par exemple limiter ses droits à la pleine propriété du bien A,
l'usufruit du bien B, et un droit d'usage sur le bien C, à l'exclusion du bien D), sans
~ que cene li mi talion soit analysée comme une libéralité.
§ Cene facul!é est très ucile. Elle permet aux descendants d'hériter immédiatement
] de cenains actifs en évitant une double taxation (auparavant, le principe de l'indivi-
.E sibilicé de l'option faisait que le conjoint étai! censé accepter le 1ou1 puis fai re dona-
~ cion d' une partie). Elle constitue une arme de négociation pour le conj oint survivant
~ (par exemple, pour obtenir en échange un quasi-usufruit).
t S'applique à 1ou1es les donations encre époux déjà faites. Neutralité fiscale : les
] biens ainsi recueillis par un héritier ou un légamire sont réputés transmis à titre gra-
~ cuic par le défun c' ec non par le renonçanc.

]
0 1. A11. 788 bis CGI - i s.~ u LFR 2006 a.1. 53.

127
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

2 La gestion successorale et la protection du conjoint survivant

2.1 Le bilan patrimonial


Préalablement à la mise en place d' outils de protection du conjoint survivant, il
convient de procéder à un bilan patrimonial.

1 Analyse de la famille
Les héritiers du défunt et du conjoint survivant sont-ils les mêmes? L' entente
est-elle bonne avec les enfants? Avec leur famille? Quelle est la siruation matri-
moniale des enfants? Ce bilan patrimonial doit permenre de mesurer l'adéquation
de la siruation avec les objectifs de chacun, et de proposer, le cas échéant, des
conventions visant à organiser le démembrement, voire d'au1res actes (donation,
panage... ).

Analyse économique des éléments composant la succession


On peul cicer par exemple :
- la distinction des biens propres, communs, indivis (en incluant ceux qui sont
«hors succession», tels que les contrats d'assurance-vie présents et à venir, les
successions à recevoir, ceux détenus en pleine propriété, nue-propriété ou
usufruit) ;
- l'analyse par catégorie d'actifs: en distinguant les stocks et les flux, à l'actif et
au passi f, en comparant la maruricé de ces biens/espérance de vie du conjoint
survivanc, en incluant le patrimoine social (réversions de re1mi1es ...) en analy-
sant l'écac des biens (par le biais d'expenises, par exemple);
- l'analyse« affective» : (ex.: c'est le défunt qui gérait le portefeuille de valeurs
mobil ières, le conjoint survivant n'y connaît ri en,« maison de famille», souhait
d'un des enfants de conserver tel actif. ..).

Analyse politique des droits et obligations de chacun sur les éléments


composant la succession
En distinguant les pouvoirs d'administration et de disposition, les actes rele-
vant d'une gestion exclusive, concurrence ou de la cogestion et leurs consé-
quences (pa:r exemple, la vente d'un immeuble pour aller en maison de re1mi1e),
les décisions immédiates (accepter ou non une clause bénéficiaire, panager le
compte titres ou convention de quasi-usufruit, demander l'emploi ou y renoncer,
cantonner l'usufruit sur certains biens seulemenc. .. ) et les décisions futures
(réparations à faire, assemblée de copropriété, arbitrage des acti fs ou des modes
de dé1en1ion ... ), ce qui relève du postulat et ce qui peul ê1re mis en œuvre par
convention .. .

128
La protection du conjoint survivant . .

1 Analyse des inddencesfisca/es


C onséquences immédiates : Calcul des droits de succession, modalités de paie-
ment (paiement différé, fractionné ... ), quels actifs arbi1rer pour payer, évaluation
des biens (problème ISF antéri eur déclaré ou non, - 30 % sur la résidence principale,
choix du cours à retenir pour les valeurs mobilières ... ).
Conséquences futures : Incidence des choix d'aujourd'hui sur la succession
future, problème des plus-values (sur un ponefeuille val eur mobilière laissé au nom
des nus-propriétaires ou les faire supponer par l'usufruitier. .. ), incidences fucures
sur le patrimoine des en fants (ISF, plus-values, transmission à leurs enfants ... ).

2.2 La protection légale des nus-propriétaires

1 L'obligation pour le conjoint survivant usufruitier de faire inventaire


Au terme de l'article 600 du Code civil, «l'usu fruitier prend les choses dans
l'étal où elles sont, mais il ne peul encrer en j ouissance qu'après avoir fait dres-
ser in ventaire des meubles et étal des immeubles suj ets à usufruit, en présence
du nu-propriétaire ». Le bue de cet articl e est de permenre au nu-propriétaire de
se précons1i1uer la preuve de la consistance des biens soum is à usufruic. Les frais
de l'acte sont à la charge de l'usufruicier. Si l'usufruitier refuse de faire inven-
taire, le nu-propriétaire peul refuser l'entrée en jouissance des biens et faire
ordonner leur séquestre provisoire.
L' inventaire est d' ordre publ ic dans les libéralités encre époux en présence de
descendants (art 1094-3 du Code civil). Pourtant, en pratique, on trouve souvent
une dispense insérée dans l'acte : le nu-propriétaire peut cependant demander
qu' il soie fait in ventaire, mais alors, les frais sont à sa charge. L 'usu fruiti er peut
encrer immédiatement en j ou issance. À défaut d ' inventaire effectué, le nu-
propriétaire peul alors prouver par cous les moyens l'étal de la consistance des
biens soumis à usufruic.
~
i1 L'obligation pour le conjoint survivant usufruitier de fournir une caution
~ Cene formalité à la charge de l'usufruitier permet d'assurer le respect de ses
-; obligacions envers le, nu-propriétaire, et de garantir son obligation de resci1u1ion en
i cas d'insolvabil ité. A défaut de caution, l'usufruitier peut présenter une garanti e
.~ équ ival ence (hypothèque, gage ... ). L' intérêt de fournir une caution réside dans le
~ cas de mésentente ou d' héritiers du défunt et de l'usufruitier qui ne seraient pas
{les mêmes.
~
· En cas de non-respect de son obligation de caution (art 602 Code civil) : les
] immeubles sont loués ou mis en séquestre et les sommes d'argent sont placées ...
o L' auteur de la libéralité peul dispenser l'usufruicier d 'avoir à fournir une caucion. Si
129
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

l'usufruitier esc dispensé d'avoir à fournir une caution par le nu-propriétaire, il n'a
donc pas à fai re emploi des sommes, à meure sous séquescre les immeubles ... (qui
ne sonc que les sanctions du défaut de caucion). Il y a donc un véritable quasi-
usufruic sur les sommes d'argenc.

L'obligation pour le conjoint survivant usufruitier de faire emploi


des sommes d'argent
Deux cas sonc à distinguer:
- Il y a obligation d'emploi lorsque l'usufruitier écaic cenu de fournir caution mais
qu'il n'a pu satisfaire à cene obligation. Dans ce cas, l'emploi esc une
sanction.
- Il y a obligation d'emploi lorsque l'usufruit procède d'une libéralité au profil du
conjoint survivant ec en présence de descendants. L'anicle 1094-3 du Code civil
die que « les en fancs ou descendancs pourronc, nonobscanc couce scipulalion
contrai re du disposant, exiger quanc aux biens soumis à usufruic. .. qu'il soie faic
emploi des sommes ... ». Ce cexce esc donc d'ordre public mais les descendants
peuvent y renoncer après ouvenure de leurs droits. Ce cexce n 'esc pas applicable
en cas de convention matrimoniale (il esc possible de stipuler un quasi-usufruit
avec dispense de fournir caution ec donc emploi) sauf en présence d'enfants non
issus des deux époux : le quasi-usufruit sur une fraction excédant la quocicé dis-
ponible serait vraisemblabl ement un avantage matrimonial.

- Le conjoint survivant usufruitier légal se trouve de plein droit soumis au droit commun de
l'usufruit (art. 600, 601, 602 Code civil). li n'y a pas de titre constitutif du démembrement;
- Le conjoint survivant bénéficiaire d'une libéralité en présence de descendants est
fina lement dans la même situation en ce qui concerne l'emploi (néanmoins, les clauses
qui le dispensent de fournir une caution l'obligent ipso facto à faire emploi des sommes
d'argent);
- Le conjoint survivant est dans une bien meilleure situation lorsqu'il tient son usufruit
d'une convention matrimoniale (sauf en présence d'enfants non issus des deux époux).
En pratique,. et compte tenu des actes standardisés, trop de dispenses ou de renonciations
à emploi, caution et inventaires sont libell ées sans que les parties concernées ne prennent
la mesure de ces engagements.

2.3 La convention organisant le démembrement


La loi, en macière de démembremenc, n'es! bien sou venc pas d'ordre public el il
convie ne alors d'organiser les relations économiques, politiques, juridiques, fiscales,
encre usufruitier ec nu-propriétaire, sur la cotalicé des actifs détenus.

130
La protection du conjoint survivant . .

1 La convention d'usufruit
Une convention d'usufruit est possible, cane sur des biens meubles qu'immeubles.
Par exemple :
- sur un immeuble:
- prévoir qui panicipera et votera aux assemblées de copropriété,
- prévoir qu'en cas de vente le prix ne sera pas panagé mais fera l'objet d'un
quasi-usufruit ou d'un remploi,
- qualifier davantage ce qui relèvera des grosses réparations ou des réparations
d'entretien ; on pourrait aussi répartir di fféremmenc la charge des réparations ... ;
- sur un portefeuille de val eurs mobilières :
- définir le degré de liberté de l'usufruitier quant aux arbitrages,
- organiser l'information du nu-propriétaire,
- déterminer qui supponera la plus-value (le nu-propri étaire par principe ou
l'usufruitier par convention ) et organiser le moyen de la financer,
- apport à société civile, mandat de gestion ...
La convention de quasi-usufruit
La convention de quasi-usufruit peul porter sur des biens consomp1ibles ou non. Seuls
des biens consomptibles peuvent, par narure, faire l'olljec d'un quasi-usu fruit La
convention penne! alors l'organisation des rappons encre quasi-usu fruitier et
nu-propriémire.
La reconnaissance d'un quasi-usufruit sur les biens consomptibles permet de
prendre acte de la renonciation à demander emploi, de notifier aux banques les
droits du quasi-usufruitier, de figer la bonne entente sans pouvoir revenir dessus
après (mésen1en1e ul!érieure, prédécès d'un enfant) et de conserver la mémoire de
la créance de res1iru1ion cane vis-à-vis de I' Admiais1ra1ion fiscale (fucur passif
fiscal et civil) que de chacune des parties (hypo111èse d'héritiers différents, de
prédécès).
Il est conseillé au nomire d'inscrire cene convention au « Fichier des dispositions
~ de dernières volontés » au nom tan! de l'usufruitier que du nu-propriétaire (en cas
§ de prédécès sa créance constitue un actif).
~
-li La convention permet égal ement de mesurer le quantum de la res1i1u1ion (en 1enan1
-E compte du cal cul des récompenses, du passif, des droits et frais de succession ... ).
~
g Elle permet d'organiser la protection du nu-propriétaire pour sécuri ser son droit à
.~ restirution lors du décès du quasi-usufruitier (garanties à prendre, indexation
~ conventionnelle ... ). Quant aux biens non consomptibl es, ils nécessitent une conven-
{ lion pour faire l'objet d'un quasi-usufruit
~ Exemple - Sur une witure neuve au jour de la succession (ou sur des meubles meublants)
] Valeur 15 000 €
o Droits payés par l'enfant= 3 000 €(droits à 20 %)
131
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Valeur au deuxième décès= 0


Alors qu'avec la convention de qua~i-usufruit, la dette de restitution sera de 15 000 €
à porter au passif et imputable sur les autres actifs.
Exemple - Sur un portefeuille de valeurs mobilières
Les plus values deviennent imposables chez le qL1a~i-us ufruitier. Par ailleurs, une telle
convention offre plus de sécurité fiscale au second décès, car elle évite une pratique fiscale
qui consiste, malgré l'arrêt Baylet (C. Cass. 12.11.98), à demander un compte de remploi
sur les différents arbitrages du portefeuille ; évite les problèmes issus de la « pollution »du
portefeuille ;
Dans cet acte, on fixera également les modalités de calcul de la dette de restitution
à porter au passif successoral du quasi-usufruitier.
Exemple
- fixer une clause d'indexation (sur tel indice en rapport avec l'objet de la convention ou
l'activité de l' une des parties ; en prévoyant un indice de substitution en cas de disparition
de l'indice de référence) ;
- adopter le système de la dette de valeur en prévoyant la subrogation ;
- prévoir un seuil plancher (la valeur actuelle du portefeuille en pleine propriété).
On organisera l'information du nu-propriétaire, en prévoyant évenruellement
l'obligation de remploi (au seul nom du quasi-usufruitier): ce qui serait à mi-chemin
entre l'usufruit et le quasi-usufruit. On pourrait garantir le nu-propriétaire en le dési-
gnant bénéficiaire à titre onéreux, d'un contrat d 'assurance-vie souscrit par le quasi-
usufruitier el qu'il aurait accepté ... (ex. : dans les familles recomposées).

Section 3 LA PROTECTION DU CONJOINT SURVIVANT


PAR L'ASSURANCE-VIE

1 Les clauses bénéficiaires au profit du ,c onjoint

Deux questions sont ici évoquées. Quelle rédaction adopter pour rendre bénéfi-
ciaire son conj oint en cas de décès? Quels sont Les risques d 'une telle désignation
en cas de divorce ?

1.1 La portée des différentes clauses bénéficiaires au profit


du conjoint survivant
Désigner son conj oint en tant que bénéficiaire d'un contrat d'assurance, peut se
faire sous différents libellés, dont il faut mesurer la portée.

132
La protection du conjoint survivant . .

1 "Mon conjoint»
Cene désignation indirecte est valide en ce que le bénéficiaire est détenninable
(art. L. 132.8). La clause vise ici celui qui aura cene qualité lors du décès de l'assuré
et non pas celui lors de la souscription du contrat (cf. an. L. 132-8 al. 4). Le concu-
bin peut-il prétendre revêtir cene qualité ? C'est ce qui a été décidé par la cour
d 'appel de Rennes le 6 novembre 2002, en considérant qu 'il résultait des pièces
fournies que tell e était l'intention de la souscriptrice qui était veuve depuis plusieurs
années, et consi dérant que sous la clause type, il n'y en avait pas de seconde qui
prévoyait « si exceptionnellement cene clause ne convient pas, indiquer ci-dessous
celle demandée » ...

1 "Madame F X, mon conjoint»


Cene clause n'est efficace que si Madame X est effectivement le conj oint lors de
l 'exigiblllté. Si le divorce est prononcé, le contrat sera réputé sans bénéficiaire dési-
gné alors même que le souscripteur s 'est remarié.
Toutefois, la j urisprudence a admis parfois que le bénéfice soit versé à l'ex-époux.
Ainsi, dans un arrêt de la Cour d' Appel de Paris du 11 j uin 2002, dans le cas d' un
contrat avec pour clause « mon épouse, née Manine D », la Cour énonce la clause
qu '« en mentionnant sur le bulletin individuel d' adhésion les nom et prénom de sa
première épouse, l'assuré a voulu faire de celle-ci la bénéficiaire du capital décès
quelles que soient les circonstances ultérieures».

1 " Madame X »
La désignation est ici nominative, donc Madame X recevra le bénéfice alors même
qu 'elle ne serai! plus le conj oint.

1 "Madame X» qui est la maîtresse


Cene clause pose le problème de l'assurance-vie souscrite en vue du maintien de
~ relations sexuelles, notamment adultérines. Elle serait désormais valable car « n'est
§ pas contraire aux bonnes mœurs la cause de la libéralité dont l'auteur entend main-
~ tenir la relation adultère qu 'il entretient avec le bénéficiaire » (Cass. I"' Civ. du
~ 3 février 1999).
~
! 1.2 Le sort de la clause acceptée par le conjoint
î
-&. 1 La clause enfaveurdu conjoint:
~ les limites en présence d'une libéralité indirecte ?
] En principe, 1a stipulation pour autrui ne peut plus être révoquée lorsque le tiers
o bénéficiaire a déclaré vouloir en profiter (an. 1121 du Code civil et an. L. 132-9 C.
133
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Ass.). Que se passe+il si, alors marié, le conj oint a accepté le con1rat et que le
divorce a été prononcé par la suite ? Dans quelle mesure le souscripteur peul· il révo·
quer la clause bénéficiaire malgré l'accepcacion? Depuis les lois du 26 mai 2004 et
du 23 juin 2006, seules les donations de biens présents qui prennent effet au cours
du mariage sont irrévocables. Or, bien que le con1ra1 d'assurance soie porteur d' une
donation indirecte, il ne peul pas s'agir d' une donation de biens à venir, pour cause
de mort La donation ne porte pas sur 1ou1 ou partie de la succession du souscripteur,
mais bien indirec1emen1 sur les primes versées, représentées alors par la valeur de
rachat, au jour de l'accepmtion.
Si le contrai d' assurance est porteur d' une donation indirecte de biens présents,
celle-ci prend-1-elle «effet au cours du mariage» ? La réponse à la question posée
est négative car il nous semble que l'assurance-vie, si elle est qualifiée de libéralité,
doit s'analyser en une donation à terme de biens présents. À ce ti1re, le droit du
bénéficiaire lui est définitivement acquis dès le jour de son accepta ci on et seul l'exer-
cice de ce droit s'en trouve différé au décès du souscripteur. Dès lors, et 1ou1 comme
en matière d' usufruit successif en1re époux (c'est d' ailleurs l'objectif poursuivi par
la loi du 23 j uin 2006), une celle donation demeure révocable. Au demeurant, la
ré1roac1ivi1é de l'accepmtion ne change rien, car toue comme en matière d'usufruit
successif accepté au j our de la donation, c'est au décès que le bénéficiaire appré-
hende le capiml. En l'absence d' une jurisprudence en ce sens, il conviendra plus
encore qu 'hier, d'émblir la clause bénéficiaire par 1esmmen1.
La loi du 17 décembre 2007 vient néanmoins diminuer la portée de cene discus-
sion puisque désormais le Législateur subordonne l'accepmtion du bénéficiaire et
son effet de blocage, à l'accord du souscripteur. Sous un autre angle, on notera la
prééminence de l'anicle 1096, en ce sens qu 'un époux, qui aurait ainsi validé l'ac-
cepmcion de son conj oint bénéficiaire, pourrait toujours, malgré cela, révoquer sa
désignation ...

1 La clause en faveur du conjoint: en /'absence d'une libéralité indirecte?


La désignation du conj oint a été envisagée comme ayant été faite à 1i1re gracuic.
Faut-il encore que l'in1en1ion libérale existe. Tel n' a pas été le cas, selon la Cour de
Cassation, dans l'affaire des époux Noguer (arrêt Cour Cass. 13 mai 1998). Les faits
émient les suivants : chacun des époux avait adhéré de façon concomitance à une
assurance groupe, en désignant comme bénéficiaire le conjoint, à défaut les enfants.
Puis Monsi eur modifie la clause quelques années après au profil de ses parents, et
décède. La Cour énonce:
ATTendu que la Cour d"Appel a consraré que les assurances des époux éraie/If conrrac1ées
dans l"imérêr de la famille, er que la désignarion de chaque conjoim en qualiré de béné-
ficiaire du capiral décès avair pour co11Tre1wrrie la désignarion de l'aurre, de so11e qu'au-
c1111e donarion indirecre n"érair réalisée Jaure d"imemion libérale; qu"enfin, en releva/If
la volomé commune des ép<mr qua/If à la désigna rien du bénéficiaire, la Cour d"Appel a

134
La protection du conjoint survivant . .

par là même carac1érisé l 'acceprario11 de l'épouse de sa désig11ario11 comme bénéficiaire,


ce qui avair p()ur ejferde la rendre irrévocable.
Les juges considèrent ici logiquement que l'opération de prévoyance écarte l'in-
tention libérale, ce qui écarte l'application de l'anicle 1096 du Code civil et donc la
désignation devient irrévocable.
Sous l'empire des 1ex1es nouveaux, il n'est pas sflr que la solution soit différence:
en effet la loi du 17 décembre 2007 ne s'applique qu 'aux con1rats non encore accep-
tés; or c'est ceue désignation réciproque qui caractérise l'acceptation du contrai par
le bénéficiaire mais aussi, peu1-ê1re, l'accord du souscripteur au sens de la nouvelle
loi : prudence donc ...

2 Le contrat d'assurance et ses incidences liquidatives


sur les époux
Les incidences liquidatives de la souscription d' un contrai d'assuran ce sont diffé-
rences selon que le con1rat est dénoué (par le fait du décès de l'assuré) ou non
(divorce; con1ra1 souscrit par le conjoint survivant).

2.1 Le contrat est dénoué

1 Le contrat est dénoué au bénéfice du conjoint


Trois cas sonc à distinguer:
- Dénouement en cas de vie (assurance en cas de vie souscrite par un époux sur
sa propre 1ê1e) : lorsque les primes émient communes, il en est de même du
capital versé pendant la communauté car nul époux ne peul se constituer un bien
propre avec des fonds communs.
- Dénouemen 1en cas de décès lorsque le contrai a été souscrit par un tiers au profil
de l'un des époux : s' agissant des con1rats mode mes d'assurance-vie (réalisant
une donation indirecte), le conjoint bénéficiaire ne reçoit le capital qu ' à 1i1re de
propre, comme procédant d'une intention libérale.
- Dénouement en cas de décès lorsque le contrai a été souscrit par un époux au
profil de son conjoint : nous sommes pleinemenc dans l'hypothèse visée à l'ar-
ticle L. 132-1 6 du Code des assurances et « le bénéfice de 1'assurance contractée
par un époux commun en biens en faveu r de son conjoint, constitue un propre
pour celui-ci. Aucune récompense n'est du e à la communauté en raison des
primes payées par elle, sauf dans les cas spécifiés dans l'article L. 132- 13, deu-
xième alinéa ». Ici, le capital perçu par le conjoint bénéficiaire lui sera propre,
soit par namre lorsque la souscription poursuit un but de prévoyance, soit parce
qu 'elle réalisera une libéralité indirecte.
135
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Mais récompense est due lorsque les primes sont manifestement exagérées (art
L. 132· 16 al. 2). Ici le 1ex1e renvoi à l'arlicle L. 132· 13. La notion, on le sait, est
floue puisque le législateur n' a pas fixé de critères précis. On peut s' inspirer de la
jurisprudence rendue au regard de l'anicle L. 132-13:
- un premier critère est la comparaison encre le montant des primes d' une pan et
le patrimoine et les revenus du souscripteur d' autre pan ;
- un second cri1èrees1 celui de l'utilité de l'opération pour le souscripteur (cf arrêt
Régent Cour Cass. 01.07.1997).
Il nous semble que le redevable de la récompense est le souscripteur (ou sa suc-
cession) car si l'on su ie un raisonnement classique, en droit des régimes matrimo-
niaux, la récompense est due à la communauté par l'époux qui a appauvri cene
dernière (cf arc. 1412), peu impone la qualité du donataire (en l'occurrence ici
l'autre époux).
Quelle est la fiscalité applicable au contrai dénoué, souscrit par un époux au béné-
fice de son conjoint ?
Depuis la loi du 21 aoO! 2007, le conjoint survivant est totalement exonéré de
droits de succession ; il en est de même lorsqu ' il est bénéficiaire d' un contrai
d'assurance-vie, que ce dernier relève de l'article 757-B ou 990-1 du CGI'.

1 Le contrat est dénoué au bénéfice d'un tiers


L 'article L. 132-16 ne concerne pas cene hypothèse puisque le contrat n'est pas
dénoué ici au bénéfice du conjoint mais d 'un tiers et dès lors une récompense est due
à la communauté (Arrêt Daignan Cour Cass. civ. I"' - 10 juillet 1996). Sauf donc le
cas de prévoyance (art 1409 C. civ.), une récompense peul être due même si le
bénéficiaire est un enfant, et notamment en cas de clause bénéficiaire démembrée
(on peut douter qu 'il y aie dépense de prévoyance en ce qui concerne la nue-
propriécé) ... Ce que l'on oublie peut être trop souvenc. .. Mais le cas d 'application
des récompenses, n'étant pas d 'ordre public, une clause du contrai de mariage (ou
changement de régime) pourrait écaner la récompense dans cene hypothèse.
L 'appli cation d' une récompense, quand les bénéficiaires sont les enfants com-
muns, peut avoir son intérêt fiscal (au premier décès seulement cependanc. .. car la
récompense viendra augmenter la masse taxable de la deuxième succession).
Lorsque la récompense est due, quel en est son montant ? La question est ici de
savoir si la récompense est égale à la dépense faite (c 'est-à-dire les primes acquinées
voire augmentées des autres frais d'entrée ... ) ou égale au profil subsistant (capital
perçu par le bénéficiaire). La jurisprudence est incenaine et la doctrine est divisée
mais penche en faveur du « profil subsismnc » .

1. Ce qui est p.ai1iculièreinen1intéressant en c.as de clause démembrée lorsque le conjoint survivant est l' usufrui
4

tier, puisque selon l'Adinini:aration, seul l' usufruitier est redevable de l'ai1icle 990-1 : lnst.ruction 7K 1-06 du
4

12 janvier 2006.
La protection du conjoint survivant . .

2.2 Le contrat n'est pas dénoué, mais la communauté est dissoute

Le sort civil du contrat non dénoué


Le souscripteur détient à l'encon1re de la compagnie un droit de créance sous
forme d' un dmi 1 de rachat ; «ce droit à remboursement, même différé, a une valeur
économique prédéterminée par le j eu même du eaux. d' intérêt du con1rac aux daces
prévues» (arrêt Cour Cass. 24 juin 1997). Dès lors que cene valeur de rachat s'est
constiruée sur la base de primes prélevées sur la communauté (d'où l'importance de
la clause de remploi , s' il y lieu voir supra), elle constitue un actif de communauté,
évalué à la dace de la dissolution de la communauté (dace des effets patrimoniaux du
divorce, dace du décès du conjoint du souscripteur).
Cene solution, logique juridiquement, a été posée par la juri sprudence arrêt
PRASLICKA rendu par la Cour de Cassation le 31 mars 1992. La solution a été
confirmée par la suite :
(. .. ) la somme re1>rése111a11T l'é1wrg11e faire sur 1111 conrrar d'assurance-vie en cours au
jour de la dissolurio11 de la comm1111auré e/lfre da11s l 'acrifde la comm1111auré... /'éve/lfue/
caracrère aléaroire du comrar ou encore l 'erisre11ce d'une co11rre assurance éram i11dif
férems à la sol111io11 appo11ée. Arrêr Cour Cass. du 19 avril 2005
La solution consacrée par l'arrêt Prasl icka s'applique quelle que soie la cause de
la dissolution de la communauté. Le conj oint souscripteur pourra se voir alors anri-
buer dans le parcage de la communauté, la valeur de rachat (en moins prenant).
Comme 1ou1 parcage de communauté, le droit de part.age de 2,5 % sera appliqué. La
solution est applicable à cous con1racs où il y a une valeur de rachat (ce qui a contra-
rio, exclue les con1racs d'assurance décès) et donc en ce compris les souscriptions
conj ointes avec dénouement au second décès. Quelle parade? Sur un plan civil, il
es1 possible de faire en sorie que la valeur de rachat soi! anribuée au conj oim survi-
vant, sans aucune con1repanie : par le j eu des clauses de parcage d 'une convention
de mariage.

~ 1 Le sort fiscal du contrat non dénoué


§
~ Intégrer la val eur de rachat à l'actif de communau1é en cas de décès conduit à le
-li rendre taxable pour moitié dans la succession de l'époux prédécédé ... Après moul!
'E remous, l'adminiscracion avait instauré une neutralité fiscale, laquelle avait donné
~
g lieu à la réponse ministérielle Bataille du 3 juillet 2000 :
lorsque les lréririers considère/li que le comrar d'assurance souscrir à l'aide de deniers
communs par le co11joi11T survivam au bénéfice de son époux prédécédé con srirue 1111 bien
commun, ils liquide/If la succession sur le plan civil de relie sorre que /'émolume/lf du ou
des lréririers llllfre que le co1ljoiJJT survivam esr supérieur à celui q1i'il aurair élé si le
comrar avair éré considéré comme un propre. l'impôrde succession, liquidé sur les parrs
11erres civiles d es lréririers, esr donc calculé par voie de conséquence sur cer accroisse-
me11T qui 1nvvie11T de la prise en compre du co11rrar d'assurance. Dans l'aurre cas de
137
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

figure, c 'esr-à-dire lorsque les lréririers considèrent que le comrar d'assurance con srirue
un bien propre au co11joi11r sun'Îva111, l'Admi11isrrario1111e remerrra plus e11 cause les pans
neues civUes calculées en conséquence au seul morifde la rransposirion de la jurispru-
dence PRASUCKA. L'Adminisrrarion fiscale se bornera à Tirer les conséquences des
parrs civiles déclarées par les redevables en ce qui concerne les comrars d'assurance.
La réponse maladmice qui avaic écé formulée amènaic à une con fusion des genres.
Dire qu'on ne caxe pas un bien ne signifie pas qu'on ne doic pas en cenir compte pour
la décerminacion des droits civils des héritiers... Or I'Adminiscmcion semblait bien
s'opposer à une différence de craicemenc encre les l iquidations civile ec fiscale. Par là
même, elle renvoyait aux héritiers le soin de qualifier eux-mêmes la valeur de
mchac 1, de bien commun ou de bien propre, ce qui, d 'une part concrevenaic au prin-
cipe d'immucabilicé des régimes matrimoniaux, ec d' autre pan, émie source de diffi-
culcés en cas de désaccord encre héritiers.

Un nouveau revirement a écé opéré avec la réponse ministérielle BACQUET2,


venue menre fin à la tolérance fiscale qui prévalai t jusqu'à cene dace, ec aux termes
de laquelle « la valeur de rachat des contrats d 'assurance-vie souscrits avec des
jimds communs fait partie del 'actifde communauté soumis aux droits de succession
dans les conditions de droit commun. »

1. Confinn.ation par Rép. ministérielle Doublet du 18 j.an\1ier 2001


2. Rép. ministérielle Bacquet du 29 j uin 2010
La protection
9 d'un incapable

Catherine BI ENVENU

T oute personne physique de plus de 18 ans a la capacité j uridique d'exercer les


droits dont elle a la jouissance. La capacité j uridique n'est, en principe, pas
accordée aux mineurs et peut être retirée aux majeurs dont les facultés sont altérées.
Les personnes vulnérables peuvent faire l'objet d'une protection, dans le cadre d'un
dispositif légal, réformé récemment, mais qui conserve la plupart des règles de la
tutel le des mineurs et les régimes de protection des majeurs. L'adaptation porte sur
de nouvelles institutions comme le mandat de protection future. La loi du S mars
2007, dernier texte majeur en la matière, est entré pleinement en vigueur que le
I" janvier 2009 suite aux décrets d'application et la mise en place des nouvelles
institutions. La :réforme ne concerne les mineurs que pour la tutelle. Par contre, elle
refond toutes les mesures relatives aux majeurs.
En raison de l'allongement de l'espérance de vie, les mesures de protection
devraient concerner prochainement un million de personnes.
Pour s'assurer de la capacité j uridique d'une personne, il suffit de solliciter son
extrait d'acte de naissance en marge duquel peut être poné le numéro d' une mention
au répenoire civil, dite mention « RC ». Ces mesures indiquent les j ugements
concernant, not.amment, les mesures de protection qui auraient pu être prises. Il y
aura également lieu de prendre connaissance du contenu du j ugement qui peut adap-
1er 1es règles 1égales.

139
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Section 1 Les mineurs


Section 2 Les majeurs
Section 3 Les actes intéressants la gestion de patrimoine
Section 4 Le mandat de protection future
Section 5 Cas particulier de l'adulte handicapé

Sect ion 1
LES MINEURS

En principe, le mineur est privé de la capacité j uridique pour cous les actes de la
vie civile. Il peut néanmoins conclure des actes dans crois circonstances :
- les actes conservatoires qui one pour bue d'évi ter une pene patrimoniale;
- les actes d'adminis1ration dès lors qu 'il n'y a aucune lésion;
- les actes autorisés par l'usage.

Nommmenc, le mineur peut se faire ouvrir un livret bancaire (mais non un compte
de dépôl) sans l'intervention de ses représenmncs légaux :
- avant 16 ans, il ne pourra faire aucun prélèvement sans l'accord du représenmnc
légal;
- à panir de 16 ans, il peul retirer seul des sommes dès lors qu 'il n'y a pas d'op-
position de la parc du représenmnc légal.

À panir de 16 ans, une demande d'émancipation pourra ê1re demandée au j uge des
ru celles à condition qu 'elle soie motivée. Le mineur émancipé dispose alors de cous
les pouvoirs d' un majeur.

1 La représentation du mineur

Pendant sa minorité, l'enfant est représenté. En premier lieu, les représentants


légaux de l'enfant sont ses père et mère, dès lors que la fil iation est légalement éta-
blie et qu ' ils one sur lui l'au1ori1é parentale. On parle alors d' adminis1ration légale
pure et simple. En cas de prédécès de l'un d'eux, le parent survivant devient admi-
nis1m1eur légal sous con1rôle judiciaire.
Les parenl s disposent d 'un droit de j ouissance légale sur les biens du mineur
jusqu ' à l'âge de 16 ans. Ils one alors le droit de percevoir les revenus des biens de
leur enfant, même si ces revenus dépassent les frais d 'en1re1ien et d' éducation à
lexception de 3 catégories de biens :
La protection d'un incapable . .

- les fruits du travail de l'enfant;


- les donalions ou legs faits à l'enfanc prévoyanc que les parencs n'en jouimnc
pas et qu'ils seront administrés par la personne désignée dans la libéralité;
- les successions recueillies en représentation du p.arent indigne.
Le représentant doit administrer les biens de l'enfant dans un but de préservation.
Il peut faire tous les actes d'administration qui sont ceux pour lesquels une autori-
sation spéciale n'a pas été prévue dans le régime de la tutelle. Les règles relatives à
la gestion du pa1rimoine figurant aux nouveaux articles 496àS1 S du Code civil sont
communes aux mineurs et aux majeurs sous tutelle (voir infra).

2 Les pouvoi rs des parents du mineur

Avant la loi du 5 mars 2007, chaque parent pouvait désigner un tuteur en cas de
décès avant la majorité de son enfant, mais le choix ne s'imposait pas au juge.
À défaut, la tutelle était déférée à l'ascendant le plus proche en degré. Suite à la
réforme, l'utilisation du mandat de protection future (voir infra) permet aux parents,
notamment, de désigner un tuteur mais également de prévoir d' autres points, comme
l'orientation de la gestion du patrimoine. La tutelle des ascendants est, quant à elle,
supprimée.
Dans l'administration légale pure et simple, chaque parent a le pouvoir de pas-
ser seul les actes d'administration et de gestion. À légard des tiers, ils sont censés
avoir reçu de l'autre le pouvoir d'agir seul.
Pour les actes de disposition (acquisition, acceptation d'une donation, d'une suc-
cession, signature d'un bail commercial. ..), les deux parents doivent nécessairement
agir conjointement. À défaut d'accord, l'acte devra être autorisé par le juge des
tutelles. Même en cas d'accord des deux parents, l'autorisation du juge des tutelles
sera nécessaire pour les actes ayant des conséquences lourdes : la vente de gré à gré,
~ l'appon en société d'un bien immobilier ou d'un fonds de commerce, l'emprunt, la
~ renonciation à un droit et le panage amiable.
§
~ Dans l'administration sous contrôle judiciaire, le parent ne peut faire seul que
~ les actes d' adm inistration. Pour tous les autres actes, il devra demander l'autorisa-
-; tion au juge des tutelles. Il pourra y avoir nomination d'un administrateur ad hoc
i lorsque les intérêts du parent s'opposent à ceux du mineur pour une opération pré-
·~ cise et uniquement pour celle-ci.

j La tutelle du mineur sera mise en place en l'absence de parent titulaire de l'auto-


; rité parentale (parencs déchus ou décédés). Elle pourra égalemenc être sollicitée,
~ dans l'intérêt de l'enfant, en cas d'administration sous contrôle judiciaire, voire
g d'administration pure et simple. L'enfant est alors représenté par un tuteur, éventuel-
o lement assisté d'un conseil de famille, qui donne les lignes directrices d'entretien et
141
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

d'éducation, organise la rutelle, nomme les interven ants comme le subrogé tuteur
qui surveille la gestion du cmeur ou le mandacaire bancaire qui gérera un ponefeuille
de val eurs mobilières. C'est égal ement lui qui autorise les actes de disposition. Le
conseil de famille est présidé par le juge des tutelles qui a une voix dél ibérati ve et
prépondérante.

Section 2
LES MAJEURS

Les majeurs ont, en principe, la capacité juridique d'exercer les droits dont ils ont
la jouissance. Ils peuvent néanmoins en être privés en cas d'altération de leurs facul-
tés personnelles.
La loi du S mars 2007 a maintenu les 3 mesures judiciaires traditionnelles que sont
la sau vegarde de justic e, la curatelle et la tutelle en recadrant chacune des institu-
tions. La réforme a voulu, d'une part, réserver les régimes de protection aux seules
personnes dont l'altération des facultés personnel les a été médicalement constatée
(fin de la curatelle pour prodigalité, intempérance et oisiveté), d'autre part, renforcer
les droits de la personne en la consultant autant que son état le permet et en adaptant
son régime de protection selon que son état s'aggrave mais aussi s'amél iore.
Comme nous le verrons plus loin, les mesures judiciaires deviennent subsidiaires
et ne seront donc mises en place que si aucun mode de représentation ou d'assis-
tance plus souple n'est envisageabl e. De manière générale, quel que soit le régime
de protection, la personne chargée de s'occuper des biens du majeur protégé ne peut
passer aucune convencion sur le logemenc, les meubles ec objecs personnels du
majeur (vente, bail. .. ). Une autorisation du juge des ru telles ou du conseil de
famille, en cas de nécessité ou dans l'intérêt du majeur, devra être sollicitée. La
personne chargée de s'occuper des biens du maj eur protégé ne peut pas non plus,
seul, modifier les comptes ou livrets ouvens au nom de son protégé, ni ouvrir un
autre compte ou livret.

1 La sauvegarde de justice

Il s' agit d' une mesure temporaire laissant au maj eur sa capacité. Il peut donc agir
sans représentation ni assistance. Mais cene mesure ouvre les actions de la lésion
(action en nullité de l'acte passé s'il y a préjudice pour le majeur) et de la réduction
de ses engagements en cas d'excès. Outre la nécessité du constat médical et l'audi-
tion du majeur, la procédure prévoit qu 'en cas de besoin, le juge des tutelles pourra
nommer un mandataire spécial pour accomplir des actes d'administration et de
La protection d'un incapable . .

disposition. Dès lors, à peine de nullité, le majeur ne pourra pas passer les actes
prévus audic mandat La mesure, coujours cemporaire, sera d' un an maximum,
renouvelable une fois.

2 La curatelle et la tutelle

Lorsque la sauvegarde de justice se révèle insuffisance, on pourra meure en place


d'autres mesures de protection: le majeur n'agira plus seul; il sera assisté s'il est
placé sous curatelle. Le majeur pourra même se voir retirer ses droits à agir; il sera
représenté s' il est placé sous tutelle.
Le curateur ec le 1u1eur sont désignés par le juge des rucelles qui pourra même en
nommer plusieurs pour une même personne, l'exercice de la mission étant alors
commun. Cene nouveauté évite d'avoir à choisir encre les parents d' un enfant
majeur. Le juge pourra également désigner un curateur ou 1u1eur pour la personne
du majeur et un autre pour ses biens. Il pourra, en outre, désigner un curateur ou
1u1eur adjoint pour la gestion de cenains biens nécessitant une compétence
paniculière.

2.1 Les principes communs


Dans les deux régimes de curatelle et 1u1elle, la loi du S mars 2007 instaure une
période suspecte de 2 ans précédant la mesure de protection pendant laquelle les
actes passés par le majeur seront susceptibles d'une action en réduction ou en nullité
pendant S ans. Après l'ouverrure de la mesure de protection, les nouveaux anicles
du Code civil dis!lnguenc :
- si le majeur a agi seul alors qu'il devait être assisté, la nullité ne pourra être
prononcée que s'il y a preuve d'un préjudice;
- si le majeur devait être représenté, l'acte sera nu l sans condition ;
~ - si le curateur ou le ruceur passe seul un acte alors qu'il devait y être autorisé par
§
~
le juge ou se contenter d'assister le majeur, celui·-Ci sera nul sans condition.
-li
·E La loi du S mars 2007 permet au majeur lui-même (ou les parents du majeur inca-
~ pable) de désigner ces personnes par le mandat de protection fucure (voir infra) pour
g le temps où il n' aura plus la capacité d' agir seul. Le juge pourra désigner un subrogé
·~ curateur ou ruceur, notamment pour adjoindre la fami lie à la protection si le curateur
j ou le 1u1eur est un mandataire judiciaire. Son rôle sera de surveiller le curateur ou
; 1u1eur ou d'incervenir en cas d'opposition d'incérêcs. Comme auparavanc, un cura-
-'. ceur ou ruceur ad lu>c pourra être nommé en cas d'opposition d'intérêts ou si les
] missions confiées au mandataire initial sont trop limitées. Enfin, le juge pourra déci-
o der d'adjoindre un conseil de famille.
143
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

2.2 Les règles spécifiques


Dans le régime de la curatelle, le majeur doic êcre assisté de son curateur pour les
acces de disposition ec peuc agir seul pour les acces d'administration car le majeur
n'a besoin que d'assistance ou de contrôle. Lorsqu'un acce écrie doic êcre passé, le
curateur doi1 le signer, aux côcés du majeur. Le curateur ne peul agir seul, sauf
lorsqu'il y a écé autorisé par le juge. En sens inverse, le majeur peul êcre autorisé à
agir seul lorsque le curateur refuse, sans raison valable, d'intervenir. Le juge peul
moduler l'application de la curatelle en précisant les acces que le majeur peul passer
seul ou ceux. que le curateur devra passer seul.
Le tuteur esc, quanc à lui, le représentant du majeur qui n'a plus de capacité juridique.
La rucelle peul êcre allégée, le juge énumérant alors les acces que le majeur aura la
faculcé d'accomplir seul ou avec l'assistance (ec non la représentation) de son ruceur.

Section 3 LES ACTES INTÉRESSANT LA GESTION


DE PATRIMOINE

La distinction encre les acces d'administration (simple gestion) ec de disposition


(acces imponancs avec des conséquences lourdes) fera l'objet d'un décret
d'application.

1 Les actes à caractère personnel concernant les seuls majeurs

Si le juge n'en a pas décidé aucremenc, le majeur sous proceccion peul passer les
acces suivanls, sous conditions :
- Contrat de mariage et changement de régime matrimonial : Avanc, le régime
étaie le même pour ces deux cypes d'actes. En matière de cucelle, l'accord du
conseil de famille ou des père ec mère étaie nécessaire. Sous curatelle, le majeur
avaic bes.oin de l'assistance de son curateur. Avec la loi du S mars 2007, pour le
concrac de mariage, la personne protégée devra êcre assistée de son curateur ou
de son ruceur. Quanc aux changements de régime matrimonial, sous le régime de
la curatelle comme celui de la cucelle, il faic lobjet d'une autorisation préalable
du juge des ru celles ou du conseil de famill e.
- Mariage: Avanc comme après la réforme, la personne placée sous curatelle doic
recevoir l'aucorisacion du curaceurou du juge. !Le majeur sous cucelle devait avoir
le consencemenc du conseil de famille ou celui de ses père ec mère. La loi du
S mars 2007 impose qu'il soie autorisé par le juge ou le conseil de famille.
144
La protection d'un incapable . .

- Donation : Le donateur sous curatelle doit être assisté de son cu rateur, la


réforme ne modifie pas cene intervention. Lorsqu' il es! sous 1u1elle, le donaceur
doit être autorisé par le conseil de famill e et la donation doit être faite en avan-
cement de pan successorale aux seuls descendants ou au conjoint. La loi du
S mars 2007 modifiera la situation puisque c'est désormais le juge ou le conseil
de famill e qui décidera si le majeur doit être assisté ou représenté en fon ction de
son état de discernement.
- Testament : La personne sous curatelle pouvait librement tester et le peut tou-
jours suite à la réforme. En matière de tutelle, avant, la personne protégée ne
pouvait pas tester et le testament établi avant la mise en place de la mesure était
valable sauf si la cause qui avait détermi né le testateur a disparu. Désormais, la
loi du S mars 2007 distingue :
- le testament antérieur à la mise sous tutelle demeurera valabl e sauf dispari-
tion de la cause qui l'avait déterminé;
- un testament pourra être établi en cours de tutelle avec l'autorisation du juge
ou du conseil de famill e. Il n'y a ni assistance ni représentation par le ruteur.
Le majeur agira seul ;
- le majeur protégé pourra révoquer seul son testament établi antéri eurement
ou posté:ri eurement à sa mise sous protection avec le risque d'une contesta-
tion pour trouble mental ;
- Renonciation anticipée à l'exercice de l'action en réduction des libéralités
excessives (voir supra) : Elle sera ouverte au majeur sous cu ratelle avec l'assis-
tance de son cu rateur mais à laquelle ni le majeur sous tutelle ni son tuteur n'ont
accès.

2 Les actes à caractère patrimonial concernant les majeurs


et mineurs

~ Les pouvoirs de la personne protégée ou de son représentant sont, comme aupara-


§ vant, déterminés par rapport aux pouvoirs du tuteur. Le majeur sous curatelle ne peut
~ accomplir seul que les actes que le ruteur a le pouvoir de réaliser sans autorisation,
~ à savoir les actes conservatoires et d'administration. En matière de tutelle, les règles
~ relatives à la gestion du patrimoine sont communes aux majeurs et mineurs.

g Le ruteur peut accomplir sans autorisation les actes conservatoires et d'adminis-


·~ tration nécessai:res à la gestion du patrimoine ainsi que les actions en justice pour
j faire valoir les droits patrimoniaux de son protégé. Par contre, le ruteur ne peut pas-
; ser les acces de disposition qu'avec l'aucorisation du conseil de famille ou du juge.
-'. Aucune autorisation n'est nécessaire lorsque l'acte de disposition n'émane pas
] d'une décision du tuteur (vente judiciaire). Notamment, le ruteur devra être autorisé
o par le conseil de famille ou le juge pour signer un contrat de gestion de val eurs
145
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

mobi lières. ILe ruteur choisira le gestionnaire et, à compter du I" j anvier 2009, i l
pourra résilier, à 1ou1 momenc, ec même en présence d'une clause concraire, le
contrat de gestion.
De la même manière, dès le I" j anvier 2009, le tuteur, autorisé par le j uge, pourra
souscrire ou racheter un contrat d'assurance-vie ec en désigner le bénéficiaire (initial
et en cas de substitution).

Un cenain nombre d' actes ne peuvent être accompl is par le ruteur. La liste de ces
actes est donnée par le nouvel article 509 du Code civil :
- les actes qui emponent une aliénation grarui tedes biens ou des droits du protégé,
comme la renonciati on anticipée à l'action en réduction des libéralités
excessives ;
- les actes ayant pour obj et d'acquérir d'un tiers un droit ou une créance que ce
tiers déci ent contre le protégé ;
- l'exercice d'un commerce ou d'une profession libérale au nom de la personne
protégée ;
- l'achat des biens du protégé ainsi que la mise en location d'un bien du protégé
sau f si cet acte est autorisé par le conseil de f amille ou le j uge et que le tuteur ne
soit pas un mandataire j udiciaire. L 'opération doit être exceptionnelle et dans
l'i ntérêt du protégé.

Section 4
LE MANDAT DE PROTECTION FUTURE

L a loi du 5 mars 2007 a introduit une nouvelle institution en créant une mesure de
protection conventionnel le : le mandat de protecti on future.
L e nouvel anicle 428 du Code civil énonce le principe de subsidiarité des mesures
j udiciaires de protection des incapables qui ne pourront être ouvenes que si les dis-
positifs sui vants, plus souples, se révèlent inefficaces ou insuffisants :
- droi t commun de la représentation ;
- droit des régimes matrimoniaux ou les règles fixant les droits et devoirs entre
époux ;
- mesure de protection conventionnelle, c'est-à-dire le mandat de protection future.

L a loi a prévu deux sones de mandat :


- Le mandai de proceccion fucure pour soi-même, qui perme! à une personne
maj eure ou émancipée ne faisant pas l'obj et d'une mesure de tutelle, de désigner
un mandataire chargé de la représenter, pour le j our où elle ne pourra plus
La protection d'un incapable . .

pourvoir à ses intérêts. La personne sous curatelle devra être assistée de son
curateur pour établir un tel mandai.
- Le mandai de protection future pour autrui, qui peul être établi par les parents
d'un enfant mineur, pour le cas où ils disparaîtraient avant sa majorité. Ou
encore, et sunou1, par les parents d'un enfant handicapé pour organiser sa vie
lorsqu'ils n'en seront plus eux-mêmes capables ou suite à leur décès, par la
personne de confiance de leur choix.
Le mandataire pourra être une personne physique, au choix du mandant, ou une
personne momie qui devra alors être choisie sur la liste des mandataires j udiciaires
à la protection des majeurs. L'objet du mandai pourra concerner tan! la protection
de la personne (dans un cadre légal organisé) que ses intérêts patrimoniaux. Le man-
dai ne sera effectif qu 'en cas de besoin, sur production d'un certificat médical établi
par un médecin autorisé anestanl que le mandant n'est plus capable d'agir pour lui-
même ou son enfant. Le mandataire sera autorisé à agir après vérification par le
greffier du tribunal d'instance que le mandant ne peul plus pourvoir seul à ses inté-
rêts. Un inventaire du patrimoine devra alors être dressé.
Le mandai fonctionnera selon les règles de la protection des majeurs et du droit
commun du mandai lorsqu'il ne s'opposera pas à celles-là. Les actes et mesures donc
le mandataire sera à l'origine seront rescindables (annulables) pour simple lésion ou
réduits en cas d'excès mais non annul és. L' action appaniendra à la personne proté-
gée ou ses héritiers dans le délai de Sans.
Le choix de la forme du mandai est imponan1 car il ne donn era pas les mêmes
pouvoirs au mandataire :
- Le mandai conclu sous seing privé ne permettra au mandataire d'effecruer que
les actes qu'un mceur pem faire sans autorisation :
- Le mandai conclu par acte notarié donn era la possibilité au mandataire de réaliser
cous les actes patrimoniaux que le ruceur a le pouvoir d'accomplir, seul ou avec
autorisation. et donc même les actes de disposition (à l'exception des actes de
~ disposition à titre gm1ui1 qui nécessiteront une autorisation du juge des 1ucelles).
§ Cene forme est obligatoire pour le mandai pour autrui (parents pour enfant
~ handicapé).
-li
-;E Chaque année, le mandataire établira le compte de sa gestion q~i sera super-
i visée selon les indications du mandai mais égal ement par le j uge. A l'expiration
·~ du mandai, et pendant S ans, il devra pouvoir produire à la personne prenant sa
.i! suite 1ou1 inventaire, compte de gestion et autre pièce nécessaire à la poursuite
{ de la gestion. La responsabilité du mandataire sera celle du droit commun du
~ mandat.

] Si le mandai a été conclu par acte notari é, le notaire recevra les comptes annuels
o et les pièces j ustificatives. Il n'aura pas de rôle de contrôle mais une obligation de
147
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

conservation. Toutefois, il devra saisir le juge des tutelles pour 1ou1 mouvement de
fonds ou acte non j uslifié ou ne paraissant pas confonne aux 1ennes du mandat
Le mandat prendra fin par le décès du protégé ou du mandataire. Il prendra égale-
ment fin lorsque les facul!és du mandant auront évoluées :
- soie parce qu'il aura recouvré une cenaine autonomie et que des ins1i1u1ions plus
souples suffiront (représentation de droit commun, règles des régimes
matrimoniaux ...) ;
- soie, au contraire, parce que l'aggravation de sa dépendance nécessitera une
protection renforcée par la mise en place d'une mesure judiciaire de
pro! ecc ion.
Toute personne intéressée pourra saisir le j uge des 1u1elles aux fins de contester la
mise en œuvre du mandat ou de voir statuer sur les conditions et les modalités de
son ex écu lion. Le j uge pourra alors subsliruer ou adjoindre au mandai une pm1eccion
juridique.

Section 5
CAS PARTICULIER DE L'ADULTE HANDICAPÉ

La présence d'un enfant handicapé dans une famille impose de prévoir son avenir.
Il existe, à ce litre, de nombreux outils en malière de droit de la famille comme en
gestion de patrimoine afin de préparer au mieux la vie de l'enfant lorsque les parents
ne le pourront plus ou auront disparu, 1ou1 en évimnc la charge financière à la
famille. Au-delà de la pm1ec1ion pure et simple de la personne de l'enfant, il
convient donc d'assurer son autonomie financière en en minimisant les consé-
quences perverses :
- lui attribuer trop de revenus risquerait de le priver d'aides sociales celles que
I'Allocation aux adul!es handicapés (AAH) qui assure aussi sa couverrure
sociale;
- le doter d'un patrimoine crop conséquent serait pénalisant en cenne de transmission
ul!érieure, si l'enfant n'a pas de descendant et que son patrimoine revienne à ses
frères et sœurs ou neveux et nièces supponanc des droits de succession élevés.

Des solutions personnalisées existent et leur intérêt a été renforcé par les récentes
réfonnes des successions et libéralités ainsi que celle de la tutelle. Comme nous
l'avons vu ci-dessus, si l'enfant doit être mis sous 1u1elle, les deux parents pourront
être ruceurs conjoin1emen1, il n'y aura plus à choisir encre eux. Le mandat de procec-
cion forure pour autrui penne11raégalernen1 au survivant des parents d'organiser la vie
de son enfant, selon ses désirs, pour le jour où il ne le pourra plus ou disparaîtra.
La protection d'un incapable . .

L'handicapé, bien que pouvant avoir une activité professionnelle, ne percevra


généralement que de faibles revenus, augmentés de diverses allocations allouées en
fonction de son revenu imposable. Il y a donc lieu de prévoir pour son enfant des
placements défiscalisés (Livret A, Livret d'épargne Populaire ou Livret de dévelop-
pement durable), donc les intérêts ne sont pas pris en compte dans ses ressources. En
complément, les parents ainsi que les grands-parents, frères et sœurs et oncles et
tances peuvent souscrire un con1rac de rente-survie à son profit Au décès du sous-
cripteur, l'assureur verse au bénéficiaire une rente viagère qui n'est pas prise en
compte dans ses ressources. L' État accorde une réduction d' impôt plafonnée, égale
à 25 % des cotisations annuelles).
Une partie du capital appanenanc à la personne handicapée peul ê1re placée dans
une épargne handicap, qui fonctionne comme une assurance-vie classique mais avec
un régime fiscal plus avantageux (réduction d'impôt comme le contrai de rente-vie
et prélèvements sociaux limités à la seule CROS). À l' issue du délai de 8 ans, il
pourra y avoir re1rai1s des capitaux ou sonie en rente viagère, donc une panie ne sera
pas prise en compte pour ses ressources.
Il y a également lieu d' organiser la 1ransmission du pa1rimoine que l'adul!e handi-
capé sera susceptible de recevoir ainsi que la dévolution de son propre pa1rimoine.
En fonction de la composition de la famille de !'handicapé ec de la capacité de ses
membres à le prendre en charge mais aussi de l'évolution de son handicap, on pourra
limiter la transmission de capital ou, au con1raire, laugmenter. Au sein du couple
parental, on pourra préférer reculer la transmission du pa1rimoine pour que le survi-
vant des époux conserve le maximum de droits sur le pa1rimoine commun et donc de
libené (ne pas avoir recours au j uge des tutelles pour disposer d' un bien immobil ier
par exemple). li pourra donc ê1re judicieux de recourir à une communauté universelle
en cas d'enfant unique (mais non en présence de nombreux enfants pour ne pas per-
dre les abanemencs sur les droits de succession octroyés lors de la I"' succession),
clause de préciput sur un bien immobilier pour les couples en régime de communauté
ou adjonction d' une société d'acquêts pour les époux en séparation de biens.
~ Les parents pourront aussi léguer la quotité disponible de leur succession aux
§ frères et sœurs qui assumeront l'enfant handicapé. Au contraire, ils pourront la
~ léguer à l'enfant handicapé s'il a lui-même des enfants pour faciliter financièrement
~ sa vie. Le pacte de famille (voir supra) organisé par La réforme des successions per-
~ mec d'envisager coutes les hypothèses dès lors qu ' il y a entente.

g On pourra également utilement préparer la succession de la personne handicapée,


·~ si elle n'a pas d'enfant, en évitant d' augmenter son patrimoine, 1ou1 en lui réservant
j des revenus en lui 1ransmenan1 essentiellement de l' usufruic. Notamment, on pen-
; sera à l'assurance-vie avec démembrement de la clause bénéficiaire en ins1iruan1 le
-'. protégé pour l'usufruit et ses frères et sœurs pour la nue-propriété. De leur vivant,
] les parents (el grands-parents) pourront faire des donations donc les nouvelles for-
o mes offrent souplesse et sécurité (voir supra) :
149
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

- La donation résiduelle à la personne protégée lui perrnenra de vendre les biens


compris dans la libéralité. À son décès, ce sont ses frères et sœurs qui recueille·
ron1 ce qui restera comme s'ils hérimien1 des parents (droits de succession
réduits), sous déduction des droits déjà suppo:nés par l'enfant handicapé;
- La donation graduelle bénéficie du même régime de transmission que la dona-
tion résiduelle mais avec interdiction de vendre et une fiscalité moins anrayance.
Ce qui peul être utile pour préserver un patrimoine aux frères et sœurs mais sera
difficile à gérer en cas d'aggravation de la dépendance et d'un besoin de
capiml ;
- Les parents, en fonction des affinités et des engagements que pourra prendre un
des frères et sœurs, pourront favoriser un de leur enfant par une donation parcage
avec anribution d' un bien à ce frère ou cene sœur qui aura pour charge de s'oc-
cuper de )'handicapé dans des conditions à prévoir minutieusement.
Le démembrement
10 de propriété

Bruno DALMAS

L e démembrement de propriété occupe depuis quelques années une place de


plus en plus grande dans la gestion de patrimoine. Les raisons sont à la fois
simples et multiples :
- La transmission des pacrimoines s'ancicipe de plus en plus 1ô1. Les parents dona-
teurs, donc l'espérance de vie augmente, 1ransfèren1 la nue-propriété de leurs
biens en s'en réservant la joui ssance.
- Le démembrement de propriété est un outil efficace qui permet de dissocier la
propriété des revenus. En matière de transmission d'entreprise, il offre au chef
d' entreprise la possibilité de passer le témoin à la génération suivante, 1ou1 en
conservant 1ou1 ou panie des droits à revenus qu'il peul retirer de son activité
pour agrémenter sa re1rai1e.
- La loi du 3 décembre 2001 anribue au conjoint survivant, dans le cadre de la
dévolution légale et dans la plupan des cas, la facuhé de recevoir 100 % en usu-
fruit du patrimoine de son époux décédé.

C'est cene séparation des prérogatives dans le temps encre différents indi vidus qui
fait du démembrement un mode de détention at1rac1i f pour réaliser une cransmission
progressive et moins fiscalisée des patrimoines, mais aussi 1ou1e sa complexité car
il fait cohabiter. parfois, des personnes sans liens affectifs.

151
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Section 1 Définition du démembrement de propriété


Section 2 l'évaluation des droits démembrés
Section 3 La fin du démembrement
Section 4 La fiscalité du démembremenit

Sect ion 1
DÉFINITION DU DÉMEMBREMENT DE PROPRIÉTÉ

Pour bien appréhender le démembrement de propriété, i l convient de revenir


succinctement sur la définition de la propriété. Selon l'arlicle 544 du Code civil, la
propriété esl « le droit de j ouir et de disposer des choses de la manière la plus
absolue».
Au sein du droit de propriété on retrouve 1rois composantes :
- l'usus: droit d' user du bien ;
- lefructus: droit d'en cirer des fruits, des revenus;
- l'abusus : droit d 'en disposer.

C'est la somme de ces crois prérogatives qui con fère au propriétaire la liberté
d'action 101ale sur le bien qu ' il possède.
Ce 1ou1 ai nsi formé peut être néanmoins dissocié. On sépare alors les prérogatives
d'usus et defructus de celle de disposition (d'abusus).
Au1remen1 formulé, la pleine propriété correspondrait à l'équation suivante:
pleine propriélé =
usufruil (usus + fructus) + nue-propriété (abusus)
L 'usufruitier a le pouvoir de j ouir du bien directement ou d'en cirer des revenus.
Le nu-propriétaire a le pouvoir de disposer du bi en au terme de l'usufruic.

1 Le champ d'action de l'usufruitier

Article 578 du Code civil :


l 'usufruir esr le droir de jouir des choses do11r u11 awre à la /)rOpriéré, comme le proprié-
raire lui-m ême, mais à la charge d 'e11 conserver la subsra11ce.
Au quotidi en, l'usufrui tier possède coutes les apparences du propriétaire. Qu 'i l
s' agisse d'un immeuble ou de biens meubles, il peut utiliser le bien objet du démem-
brement de propriété comme il peul le louer, le prêter,( ...), comme le propriétaire.
152
Le démembrement de propriété . .

Cette jouissance directe ou indirecte qu ' il relire du bien doit s'effectuer en bon père
de famill e. En effet, et c'est la limite de l'usufruit, lusufruitier doit s'anacher dans
son emploi à conserver la substance du bien. Il ne doit pas l'ahérer pour permenre
au nu-propri étaire de le récupérer au terme de l'usufruit
L' usufruiti er est titulaire d'un droit réel autonome et indépendant du droit de nue-
propriécé. Autrement die, il est plein propriétaire de son droit d'usufruit Par voie de
conséquence, i 1 peul en disposer librement sans l'accord du nu-propriétaire.
D' ailleurs, le nu-propriétaire ne peul pas entraver l'usufruitier dans la jouissance
qu 'il lire du bien objet du démembrement, ni même le juge (an. 599 al. I" C. civ.).

1.1 Sur les immeubles


L'usufruitier peul occuper les biens comme il peul les donner à bail. Il peul encore
céder son usufrul! temporal remenc ou défini clvemenc à un cl ers. Il se développe, d'ailleurs,
de plus en plusd' officinesqui proposent, notamment à des propriétaires fonci ers, de leur
acheter l 'usufruil, pour un temps, de leurs immeubles dans un bue d'optimisation fiscale.
En effet, le revenu locatif est soumis au barème de l'impôt sur le revenu (IR), sans avan-
tage paniculier. L'intégralité du revenu est mxée. En matière d'optimisation ISF par le
recours au bouclier fiscal ou au plafonnement ISF, cette source de revenus peul se révéler
être une contrai nie. Dans ce cas de figure, les conseils en gestion de pacrimoi ne cherchent
à minimiser le revenu imposable. Ce qui n'est pas possible avec les revenus fonciers. En
revanche, en récupérant le prix correspondant à la valeur de lusufruit pour une cenaine
durée, le cédant de l 'usufruil place général ement cette somme dans le cadre juridique de
l'assurance-vie, duquel il retirera des revenus largement défiscalisés'.
Les charges qui reviennent à l'usufruitier sont celles habi1uellemen1 dévolues au
locataire. Il es! tenu aux réparacions d'en1re1ien (art 605 ec 608 du C. civ.).
Néanmoins, les charges de grosse réparation normalement dévolues au nu-proprié-
taire (arc. 606 C. civ.) peuvent être imputées conve n1ionn ellemen1 à l'usufruitier
(art 605 al. 2 C. civ.). Pour 1ou1e la plus-value qu ' il aurait pu apporter, l'usufruitier
~ ne peul, à la cession de lusufruit, réclamer aucune in demnicé (art 599 al. 2 C. civ .).
§
~
-li 1.2 Sur les va J,e urs mobilières
E
~ Il con vient de distinguer les val eurs mobili ères de placement des droits sociaux.
g
·~ 1 Les valeurs mobilières de placement
~
{ Elles s'en1enden1 des actions, des obligations de sociétés cotées ec OPCVM
~ L' usufruiti er a droit aux di videndes et aux coupons.
]
0 L Voir chapi1re « A~s uranœ vie ».

153
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Les prérogatives accordées à l'usufruitier pour la gestion des ponefeuilles de


valeurs mobilières one écé écendues par la jurisprudence', qui lui reconnaî1 le dmic
de gérer seul. En effet, les juges, comme la doctri ne dominance, considèrent que le
démembrement ne porte pas sur les titres ou OPCVM individuellement, mais sur
l'ensemble cons1iruan1 ainsi une universalité. C'est sur cene universalité que porte
le démembrement C'est don c elle qu 'il convient d'observer pour vérifier si l'usu-
fruiti er a bien respecté son obligation de préserver la substance du portefeuille. Cene
décision , qu i permet une gestion plus efficace des ponefeuilles, n'est pas exempte
de 1ou1e critique au rang desquelles on retrouve :
- l'absence de réelle garanti e pour le nu-propriétaire qui ne dispose que d' un
contrôle a posteriori sur la gestion de l'usufruitier;
- sur la fiscalité des plus-values !Ouj ours à la charge du nu-propriétaire sauf
exception2 •

Les droits sociaux


Ce sont les litres qui permenenc à leur propriétai re d'exercer une influence directe
dans la société. La frontière de la répartition des prérogatives encre usufruitier et
nu-propriétai re semble aujourd'hui fixée. Depuis une quinzaine d' ann ées3 , cene
question a fait l'objet d 'une jurisprudence relativement abondance et pas !Ouj ours
très claire•. À présent, à la faveur d' un arrêt réce n15, la répanicion des prérogatives
encre usufrui tier et nu-propriétaire apparaît plus clairement En définiti ve, on peul
retenir que l 'usufruitier participe aux assemblées général es ordinaires pour ce qui
intéresse la gestion courante de l'entreprise. Il ne peul pas être écarté de la décision
d'affectation du résul!ac6. Quant au nu-propriétaire, il participe à coutes les assem-
blées général es extraordinaires donc les décisions pourraient affecter directement
l'objec même de la sociécé'. Mais il peuc parfaicemenc être écané de couc droic de
vote, et les d écisions prises par l'usufruitier ne seront pas contestables tan! qu 'il
respectera le formalisme prévu dans les statues et l'in1érê1 social. Cene dernière
jurisprudence distingue ainsi parfaitement deux domaines, le premier réservé à
l'usufruitier, l'affectation du résul!at, et le second, le reste des décisions qui encre
dans le champ de la libené contractuelle de l'anicle 1844 al. 4 du Code civil.

1. Cas.<:. 1•c c i ...1. , 12 nov. 1998, arrêt f\fallet-Baylet.


2. Pour les d é.-ne mb1e inen L~ issus d' une succession, nu..propriétaire et usufrui1ier, sur option expresse et irrévoc.able,
peuvent décider en.semble desouinenre à l 'i mpôt plus-value l' usufruitier, 8015 C-1-01, n<:i 199, 3 j uil. 2001.
3. A rrêt de Cà<:te, Ca<:s. coin., 4 janv. 1994, Dr. et 1xi1ri11uû11e,juil .-août 1994, p. 69.
4. L'al'lêt Chll1eau d'Yque1nen est une illustration parfai1e ! Cas.<:. coin. 9 fé\1'. 1999, Ja> N 1999, n<:i 417.
5. A rrêt Rapeaud, 2 déc. 2008.
6 . Arrêt VH Holding, 31 1n.a1s 2004, JCP N n<J 37, 9 sept. 2004, p. 1378.
7 . Pour de plus long.t: dével oppemenu:, voir l'ouvrage de B. Dalow, V. G:>nülleau, PriJtiQ11ed11démembnmum1 de
,,m,,riété, 2céd., :L i1ec, 2009.

154
Le démembrement de propriété . .

2 Le champ d'action du nu-propriétaire

2.1 Le droit de nue-propriété


Selon l'expression con~acrée !X1f le Professeur Aulagnier, le nu-propriétaire est dans
l'attente de la pleine propriété furure. D 'un point de vue économique il ne dispose de
rien, puisque celui qui profile du bien, !X1f définition, est l'usufruitier. Mais d'un point de
vue j uridique, son droit de nue-propriété lui confère des prérogatives et des garanties.
À l'instar de l'usu fruitier, le nu-propriétaire est plein propriétaire de son droit de nue-
propriécé. Autrement die, il peul en disposer librement : l'apporter, le céder ou le donner.
Dans la pratique on observe que généralement le nu-propriétaire se voie réduire
considérablement ce pouvoir. En effet, les démembrements naissent maj oritairement
des donations réalisées par les parents à leurs enfants. Les premiers se garantissent
une j ouissance paisible sur le bien donné en in1erdis.an1, dans l'acte de donation , à
l'enfant nu-propriétaire 1ou1e facuhé d 'aliénation. Cene mesure de protection à
l'égard de l'usufruitier peul se comprendre, car il pourrait lui être désagréable de
devoir partager la propriété d'un bien avec un étranger qui en aurait acquis la nue-
propriécé des mains de l'enfant donataire.
Par ailleurs, quel que soie l'usage que pourra faire le nu-propriétaire de son droit
de nue-propriété, il ne modifie pas le droit de l'usufruitier qui continue à j ouir de son
usu fruit sur le b ien, s'il n 'y pas expressément renoncé (ar!. 621 al. 2 du Code civil).
Le nu-propriétaire a finalement un rôle passi f. Il observe l'usufruitier jouir du bien.
Pour le protéger dans ses droits et lui assurer, au terme du démembrement, de récu-
pérer le bien dans les meilleures conditions, il peut bénéficier de garanties soient
offertes par la loi , soie offertes par le dispos.an!.

2.2 Les garanties du nu-propriétaire

~ 1 Les garanties d'ordre public


§
• L'inventaire
Selon les dispositions de l'article 600 du Code civil :
L"usufruirier prend les choses dans /"élar où elles son!, mais il ne peur e/lfrer en jouis-
. sance qu "a1irès avoir fair dresser, en présence du propriéraire, ou lui d(/mellf appelé, 1111
invemaire des meubles er un élar des immeubles sujers à /"u sufruir.
t
{ C 'est la j urisprudence' qui a donné à l'inventaire son caractère d'ordre public. Un
~ usu fruitier qui refuserai! l'inventaire pourrai! donc se voir refuser son encrée en jouis-

]
0 1. Ca~ s . J•c civ.,4ja1w. 1957: Bull. ci v. I, n<:i 1, p. 1.

155
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

sance sur le bien démembré. Malgré 1ou1, l'imponance pratique de l'invenmire doit être
mesurée. Même si son rôle probatoire peul s'avérer déterminant au terme de l'usufruit
pour consmcer évenruellemenc une créance au bénéfice du nu-propriémire, à faire valoir
dans le patrimoine de l'usufruitier négligeant dans l'entretien du bien, il reste peul uti-
lisé. La raison lient encore dans la source du démem bremenc : la cransmi ssion familiale.
La demande d'invenmire sera général ement mal vécue par le parent survivant

• L'emploi des sommes


L'articl e 1094-3 du Code civil dispose:
Les enfams ou descendams 1w1mrmr, nonobsram rowe sripularion comraire du disposa/If,
eriger, qua/li atLr biens so111nir à l"usufruiT, qu"il soif dre.tré invemaire des meubles ainsi
qu"éra1des immeuble.~ qu"il soi1fa i1 emploi des sommes el que les rirresau porreur soie/If, au
choix de l"usufruirier, converris en rirres nominarifs 011 déposés chez un déposiraire agréé.

Cene pro1ec1ion offerie aux nus propriécaires ne concerne que les démembrements
issus d'une donation encre époux. Un démembrement qui tirerait son origine d' une
convention matrimoniale n'encre pas dans le champ d' appli cation de ce 1ex1e. En
outre, il concerne les liqu idités détenues par le défunt Le législateur n' a pas vou lu
laisser au conjoint survivant la possibilité de convenir son usufruit en quasi-usu fruit'
sans le consentement exprès du nu-propriémire.
Il convient de noter que ce 1ex1e institue une protection force pour le nu-propriémire.
Dans la pratique, on observe toutefois que la clause de dispense de faire emploi des
sommes, stipulée dans la déclaration d'option au moment de l'ouverrure de la succes-
sion ou dans l'acte de no1orié1é, est largement systématisée. Les liquidités étant, dans
la plupan des cas, le fruit de l'épargne du couple, il est malaisé aux enfants d' apponer
au conjoint survivant une restriction dans sa capacité de j ouissance.
• La conversion de l'usufruit en rente viagère
Cene facullé, mesure de protection du nu-propriétaire, a été étendue au conjoint survi-
vant par loi du 3 décembre2001 . Elle n'est donc plus une garan1ieexclusivemen1 réservée
au nu-propriémire. Mais le de cujtLV peul interdire au conjoint survivant la demande de
renonciruion .à l'usufruit que pourrait subir les nus-propriétaires par voie 1es1amenmire.
Ar ticle 759 du Code civil :
Tour u.wfn1ir apparrenam au conjoim s ur les bien.r du prédécédé, qu"il résulre de la loi,
d "u11 resram elll ou d "une donarion de biens à venir, donne ouverrure à 1111e facu lré de
con version en rem e viagère, à la demande de 1°1111 des héririers nus propriéraires ou du
conjoim s u cce.trible lui-mêm e.
Il convient de préciser qu ' à la différence du régime antérieur, la règle est identique
qu 'il s'agisse d' un usufruit légal ou conventionnel. Le régime nouveau prévoie que cene
demande peul être formulée jusqu 'au parcage définitif, et maintient la protection sur la

L Voir infrü.
Le démembrement de propriété . .

résidence principale et les meubles meublants au bénéfice du conjoint survivant


Celui~i ne pourra pas subir de conversion forcée sur ces biens (C. civ., an. 760). Par
ailleurs, la loi du 3 décembre 2001 autorise la conversion en capiml des usufruits sous
la condition de l'accord unanime encre nu-pmpriémire et usufruitier (C. civ., art. 761 ).
Pour l'usufruit légal, l'article 767 alinéa S du Code civil dispose:
Jusqu "au pa11age déji11irij; les lréririers peuve/IT e.tiger, moye1111a11T s(/rerés sufjisallles, el
garamie du mailllie11 de /"équivalence i11iriale, que /"11s11fr11ir de l"é1w11x survivalll soir
co11ve11i e11 1111e rellle viagère équivalellle. S'ils sollT e11 désaccord, la co11versio11 sera
faculrarive pour les rrib111ia1Lt .
Pour l'usufruit cescamencaire, l'article 1094-2 du Code civil prévoie:
lorsque la libéraliréfaire, soir e11 pleine proprié1é er e1111s11fr11ir (314 US, 114 PP), soir e11
11.wfruir seulemellT (100 % US), porrera sur plus de la moirié des biens, clrac1111 des
e11fa11Ts 011 de.-rce11da11Ts aura, e11 ce qui co11cem e sa parr de succession, lafaculré d"exi-
ger, moye1111am s(Jrerés su.tfisa11res er gara mie du mai111ie11 de /"équivale11ce i11iriale, que
/"11s11fr11ir soir co11verri e11 1111e rellle viagère d'égale valeur. Tourefois, cerre faculré 11e
pourra pas s"exercerqualll à /"11s11fr11ir du local d"lrabirario11 où le co11joim grarijié avair
sa résidence principale à /"époque du décès, 11i qua/IT à /"11s11fr11ir des meubles meublallls
qui gamissem ce local.

La caution
À la différence des mesures de protection décrites précé demment, la caution est
un outil de protection qui peul ê1re encadré par le disposanc. Autrement die, il a la
facul!é de l'imposer à l'usufruitier, ou au contraire de l'en dispenser.
Article 601 du Code ci vil :
Il (1"11s11fr11irier) do1111e ca111io11 de jouir e11 bo11 père de famille, s "il 11"e11 esr dispensé par
/"aae co11sri11;rif de /"us11fr11ir : cepe11da11T, les père er mère aya/JT /"11s11fr11ir légal du bie11
de leurs e11fa11Ts, le ve11de11ro11 le do11are11r, sous réserve d"u.wjiuir, 11e sollT pas re1111s de
donner caution.
Ce 1ex1e opère une distinction selon la narure de l'usufruic. Ainsi , de manière
~ générale, pour cous les usufruits, les usufruitiers doivent fournir caution sauf volonté
§ contraire du disposant Et, au cas particulier des usufruits légaux familiaux, les usu-
~
-li fruitiers sont dispensés de fournir caution, sauf volonté con1raire du disposant
E
~
~ i Le quasi-usufruit
t
l Article 587 du Code civil :
~ Si /"usufruir compre11d des choses dom 01111e peur faire usage sa11s les co11somme1;
comme l "argellT, les grains, les liqueurs, /"11s11fr11irier a le droir de s "e11 servir, mais à la
charge de re11dre, à la ji11 de /"11s11fr11i1, soir des choses de même quamiré el qualiré soir
leur valeur esrimée à la dare de la resri1111io11.
157
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

3.1 Définition
Tous les biens meubles, corporels ou incorporels, ou immeubl es peuvent faire
l'objet d'un démembrement'. Pour aucanc, selon leur narure, les modalités selon
lesquelles vont s'exercer les prérogatives encre usufruitier et nu-propriétaire vont
différer. En effet, s'agissant des biens consomptibles par leur premier usage, c'esc-
à-dire les biens donc on ne peut j ouir sans les conwmmer, l'exercice de l'usufruit ne
pourra répondre aux exigences de l'article 578 du Code civil aux termes duquel
l'usufruitier doit conserver la substance. Dès lors, comment utiliser son droit d'usu-
fruit sur un grand vin, par exemple, sans le consommer? Comment j ouir d'une
somme d'argent sans la dépenser?
Le Code civil prévoie un régime propre aux biens donc l'usage conduit à leur des-
truction. Il élend ainsi les prérogatives de l'usufrui tier et offre au nu-propriétaire des
modalités de restirution paniculières au terme du démembremenc.

Les pouvoirs étendus de l'usufruitier


Dans le cas d'un quasi-usu fruit, l'usu fruitier reprend en apparence 1ou1es les qua-
lités du propriétaire. Il va pouvoir user du bien, en j ouir, et même le consommer. Une
expression résume parfaitement la situation : « Plus qu'un quasi-usufruit, l'usufruit
des choses consomptibles serait une quasi-propriété. ,,2
C 'est cecce liberté d'action qui donne au quasi-usufruit 1ou1 son aurait
Économiquement, l'usufruitier va pouvoir prendre seul coutes les décisions, sans
l'aucorisacion du nu-propriétaire. Qu 'on ne s'y trompe pas pour autan!, le quasi-usu-
fruit reste un usufruit, et se distingue de la propriété par l'obligation qui est faite à
l'usufruitier de restituer au terme de l'usufruit soi e des choses de même quantité et
qualité, soie leur val eur estimée à la dace de la res1 i1u1ion. Contrairement à l'usufruit
classique:i, le quasi-usufruit ne s'éteint pas par la disparition de la chose.
L 'articl e 587 du Code civil prévoie les modalités de la res1iru1ion. Si le démembre-
ment porte sur une somme d'argent, alors on appli quera le principe du nominalisme
monétaire. Pour luner contre l'érosion monétaire il pourra !Oujours être envisagé
d'indexer la créance. Pour les autres biens, la restirution pourra se faire soie en
narnre, par des choses de même qualité et quantité, soie en valeur, son montant étant
alors appréci é au jour de la restitution.

Les prérogatives du nu-propriétaire


À la différence du démembrement classique, le nu-propriétaire d'un quasi-usufruit
n'a plus de droit réel sur la chose. Il ne peul pas exercer son droit de préférence, ni

L A 11icle 581 du Code c i\1iL


2. P. Sirinelli, Le Quü.ti-11.'0Jifntit, LPA,j uil 1993, n<:i 87, p. 5.
3. A 11icle 617 du Codeci\1il, voir infrü.
Le démembrement de propriété . .

son droit de suite sur le bien. Il devient créancier chirographaire. Il sera créancier de
dernier rang, et les modalités de sa resliculion seront fixées par les ayants droits de
l'usufruitier. Face à cene situation précaire, le nu-propriétaire dispose de garanties
plus ou moins étendues selon l'origine du démembrement et la volonté du
disposanc.
Il disposera des garanties d'ordre public exposées ci-dessus, à savoir:
- l'obligation d'employer les sommes au cicre des disposicions de l'arcicle 1094-3
du Code civil si le démembrement provient d'une donation encre époux ;
- l'inventaire_

En outre, le disposant aura pu exiger de l'usufruitier qu'il fournisse caution pour


encrer dans son dmic.

3.2 Domaine d u quasi-usufruit


Si le législateur n'a envisagé le quasi-usufruit que sur des biens consomptibles, la
j urisprudence a reconnu qu'il étai! possible, par convention, de créer un quasi-usu-
fruit sur des biens qui ne l'étaient pas par nacure.

Le quasi-usufruit légal ou par nature


L'arcicle 587 du Code civil, s' il ne définie pas la nocion de biens consomptibles,
donne des exemples: l'argent, les liqueurs, les grains. Le critère essentiel retenu est
celui de la disparicion immédiate du bien par sa consommation. Si l'ucilisacion n'en-
traîne qu'une dégradation progressive du bien, alors on sore du champ de la
consomp1ibili1é_ L'exemple souvent retenu est celui des véhicules automobi les. Les
héritiers, usu fruitiers et nus-propriétaires, peuvent devoir régler des droits de suc-
cession sur un véhicu le alors qu'au décès de l'usufruitier, il y a de fones probabilités
pour qu'il aie perdu complètement sa valeur' .
~ Si le quasi-usufruit pone sur les biens consompcibles par nacure, il peul aussi trou-
~§ ver à s'appliquer dans lhypothèse de la perce subie du bien objet du démembremenc.
~ Dans ce cas de figure, le démembrement se reportera sur l'indemnité perçue par
-li l'usufruitier qui exercera alors un quasi-usufruit sur cene somme d'argenc. Ce report
·E du démembrement sur l' indemnité se juscifie par le mécanisme de la subrogation
~ réelle.
g
Les cas de subrogation automatique :
- La destruction accidentelle d'un bien : généralement le bien est assuré pour la
pleine propriété. Dans ce cas, l'indemnité est perçue par l'usufruicier qui j ouira

] 1. Il convient de n-e pas confondre la notion de• consomptibililé • "'"'"celle de• fongibili1é • . Les biens fon-
0 g i bles sont les biens q ui peuvent se remplacer c ar i l-ii n'ont pa..-i; d e c.aractère propre.

159
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

d'un quasi-usufruic. Il se peul, malgré 1ou1, que chacun des prowgonisces aie assuré
son pro1ue droic. Dans ce cas de figure, ils perçoivent la val eur représentative de
leur droil. Le démembrement est terminé.
- L'exproprialion : selon l'article L. 13-7 du Code de l'expropriation « le juge
prononce des indemnités distinctes en faveur des parties qui les demandent à des
litres difJférencs Toutefois, dans le cas d' usufruit, une seule indemnité est fixée,
le nu-propriélllire et l'usufruitier exercent leurs droits sur le mon!llnl de l'indem-
nité au lieu de les exercer sur la chose. L'usufruitier, autre que le père ou la mère
ayant l'usufruit légal, est tenu de donn er camion. Si le propriélllire d' un bien
exproprié n' a pu être identifié, le juge fixe l'indemnité pour le compte de qui il
apparti endra ».
- Les créances : si le démembrement naît d' une créance non échue, alors l'usu-
fruitier exercera un usufruit classique. Il percevra les intérêts servis par le débi-
teur. En revanche, si à léchéance du terme de la créance le démembrement
existe !Oujours, alors le produit de la créance sera remis encre les mains de l'usu-
fruitier' qui exercera un quasi-usufruit sur la somme d' argent

Le quasi-usufruit conventionnel
C'est un arrêt anci en de la chambre des requêces2 que l'on évoque habiruellemenc
comme source juridique qui reconnaît la facul!é de faire porter un quasi-usufruit sur
des biens qui ne sont pas consomptibles. Le quasi-usufruit conventionnel n'est en
fait qu 'une expression de la liberté concracruelle_ La jurisprudence a même admis
que cene volonté pouvait ne résul!er que de la seule intention des panies3 • Si le
principe est admis, sa portée reste sujene à discussion doctrinal e. La question qui
subsiste est celle de savoir si l'on peul créer un quasi-usufruit sur 1ou1 type de bien,
y compris les immeubles.
Une panie de la doctrine considère qu 'il faut que le bien soie au moins fongible
pour que l'on puisse créer un quasi-usufruic. Un immeuble étant unique par défini-
tion, on ne peul créer de quasi-usufruit sur ce type de bien. L' autre panie de la
doctrine conteste cene analyse en évoquant, d'une parc, qu 'il n'existe aucune exi-
gence sur le caractère fon gible ou non du bien objet du quasi-usufruit et, d'autre
parc, que selon l'article 581 du Code civil, le démembrement peul poner sur 1ou1e
espèce de biens meubles ou immeubles.
D' un poinc de vue pratique, cene controverse doctrinal e n' a que peu d'impor!llnce.
En effet, la donation de la nue-propriété d' un immeuble avec réserve de quasi-usu-
fruit va générer deux sources de difficul!és qui cirent leur origine de l'adage de
Loisel, «donner et retenir ne vaut » !

1. C. cass., 4 oct. 1989, JC P 1990, Il, 2 1519, no te J .-F. Pillebout.


2. C. ca<:s., ch. req., 30 ou rs 1926, DH 1927, p. 2 17.
3. C.A. Paris, 11 j uin 1980, 2c ch., sect. 1, rép. gén. n<:i G 11 655,. Juris-Dat.a n<:i 243.

160
Le démembrement de propriété . .

D'abord les notaires ne se risqueront pas dans cene voie qui leur paraît hétérodoxe
en l'absence de dépossession. Ensuite l'administration fiscale pourra considérer que
le démembrement n'avait pas d'autre but que d'éluder l'impôt' .
Concrètement, la conversion d'un usuf ruit en quasi-usufruit va trouver sa j ustifi-
cation lorsque le bien obj et du démembrement est susceptible de disparicion2 , lors-
que le démembrement portera sur des biens non f rugifères, c'est-à-dire peu ou pas
générateurs de revenus, ou enfin pour optimiser la gestion de certains biens qui
commandent des prises de décisions fréquences et rapides, tels les portefeuilles de
valeurs mo bi li ères.

Sect ion 2
L'ÉVALUATION DES DROITS DÉMEMBRÉS

Le démembrement est le résultai d'une scission de la pleine propriété :


La pleine propriété= l'usufruit + la nue-propriété
Si l'on connaît la valeur d ' un bien en pleine propriété, comment déterminer
alors la valeur de chacun des composants? Deux méthodes d'évaluations cœxis-
1en1 qui, en fait , n 'en forment qu ' une ! Elles reposent 1ou1es les deux sur la tech-
nique de l'accu.alisacion des flux de revenus futurs. La différence provient de ce
que l'une, l'évaluation fiscale, correspond à un barème intangible qui s' impose
dans des conditions définies par la loi , et que l'autre, l'évaluati on économique,
permet de s'adapter à cous les éléments environnant le démembrement d' un bien :
espérance de vi e de l'usufruitier, sexe de l'usufruitier, rendement spécifique du
bien, etc.

~ 1 L'évaluation fiscale des droits démembrés


§
] Le barème fiscal d'évaluation des droi ts démembrés a été modifié au )"' j anvier
·E 2004. Les valeurs retenues j usque là étaient basées sur l'espérance de vie des fem-
~ mes et des hommes de 1893 ! À ce ne époque, ~a durée de j oui ssance d'un usu fruitier
g étai! donc rédu11e par rapport à auj ourd 'hui. Econom1quemen1, cela signifie que la
·~ valeur du droi t d ' usuf ruit en 1905, dace à laquelle le premier barème a été institué·\
.i! est fonemen1 sous-estimée par rappon à celle qu ' il a avec les tables d 'espérance de
l
~
L Voir i11/rü.
2. Voir !W(Jrâ l'exemple des véhicules automobiles.
3. A11icle 762 du CGI.
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

vie actuelle. A contrario, la valeur de la nue-propri été de l'article 762 du Code géné-
ral des impôts (COI) se trouve largement surestimée. Le nu· pmpriécaire de 2008
anendm beaucoup plus longtemps avant de pouvoir j ouir du bien. La valeur de son
droit se trouve donc réduite.
S'il a été abrogé au I" janvier 2004, l'article 762 du COI reste encore applicable,
notamment en matière de calcul de plus-value lors de la cession de droits démem-
brés. Il convient donc de le rappeler pour mémoire:

Tableau 10.1
VALEUR VALEUR
AGE de l 'usufruitier
de rusufruit de la nue-propriété

Moins de 20 ans révolus 70% 30%

Moins de 30 ans révolus 60% 40%

Molnsde40ans révolus 50% 50%


Moins de SO ans révolus 40% 60%

Moins de 60 ans révolus 30% 70%

Molnsde70ans révolus 20% 80%

Plus de 70 ans révolus 10% 90%

1.1 Le barème des droits

L'usufruit viager
La détermination de la valeur respective des deux droits se fait en fonction de l'âge
de l' usufruitier (art. 669 du COI).

Tableau 10.2
VALEUR VALEUR
AGE de l 'usufruitier
de rusufruit de la nue-propriété

Moins de 21ans révolus 90% 10%

Moins de 31ans révolus 80% 20%


Moins de 41ans révolus 70% 30%

Moins de 51 ans révolus 60% 40%


Moins de 61 ans révolus 50% 50%

Moins de 71 ans révolus 40% 60%

Moins de 81 ans révolus 30% 70%

Moins de 91 ans révolus 20% 80%

Plus de 91 ans révolus 10% 90%


Le démembrement de propriété . .

L'usufruit temporaire
L' usufruit peuc prufaicemenc êcre fixé pour un cemps1, sans pour aucanc êcre viager.
Cec usufruit cempomiremenc limité dans le cemps esc évalué à 23 % de la pleine
propriété par période de 10 ans. Lorsqu'il esc constitué au profil d'une personne
morale, l'usufruit temporaire ne peul pas dépasser 30 ans2 •

1.2 Le champ d 'application de l'article 669 du CGI


L'article 669 du CGI s'impose pour la décerminacion de l'assiene taxable des droits
démembrés lors des mucacions à cicre onéreux ou à cicre gmcuic, qu ' il s'agisse:
- des droits d'enregiscremenc ;
- de la taxe de publicité foncière ;
- en macière d' ISF lorsque la déclamcion des droics d' usufruic ec de nue-propciécé
apparcienc à chaque cirulaire3 ;
- en matière d' impôt plus-value immobilière, uniquement lorsque l'usufruit ou la
nue-propriécé provient d' un immeuble détenu par le cédant en pleine propriété
(cas du propriétaire qui vend son usu fruit ou sa nue-propriété).

Dans le derni er cas, l'arcicle 74 SE, annexe Il du CGI dispose :


Si la cession a pour objeT la nue-proprié1é, l'u.wfruiT ou TOUTauTre droiT porra/lf sur 1111
bien acquis en pleine propriéTé, la plus -value imposable esTdéTerminée en Tenallf compTe,
d'une parr, dtl prix du droiT cédé eT, d'auTre parr, du prix d'acquisiTion afférellf à ce droiT.
Ce prix d'acquisiTion esT ré1wTé égal à unefracTion, appréciée au jour de la cession, du
prix d'acquisïTion de la pleine propriéTé du bien En cas d'u.wfmiT ou de nue-proprié1é,
ceuefracTion esT déTerminée en appliqua/If le barème insTiTué par l'arricle 669 du Code
général des impô Ts .

En revanche, dans cous les autres cas de cession de biens immobiliers ou mobi-
liers, le choix esc laissé aux parties de la méthode d 'évaluation des droits démem-
brés. Ainsi, ils pourront décider librement du prix à fixer à chacun des droits.
~
i 2 L'évaluation économique des droits démembrés
-li
E 2.1 Définition
~
•g Au plan juridique, l'usufruitier util ise le bien direc-cemenc ou indireccemenc par la
·ë- perception des revenus qu ' il génère. Quanc au nu-propriétaire, il ne perçoit rien. Il
j
Q.
esc dans l'anence de la pleine propriété fucure.
~
1. A 11icle 580 d u Code ci vil
2. A11icle 619 d u Code ci vil
3. Voir c hapi1re « ISF » .
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Reprenons les définitions économiques énoncées par Jean-Pierre Andrieu 1 :


- Définition économique de l' usufruit: « L'usufruit est le droit de percevoir les
revenus pendant la durée du démembremenc, mais ne possède plus rien à la
fin.»
- Définition économique de la nue-propriété : « C'est le droit de posséder le
bien à la fin du démembrement, mais de ne percevoir aucun revenu pendant sa
durée. »

2.2 Les paramètres


Pour déterminer la valeur du droit d'usu fruit ec de celui de nue-propriété, il faut
disposer des éléments suivants :
- l'espérance de vie de l'usufruicier: elle correspond à la durée du démembremenc
viager;
- la durée prévue pour l'opémcion de démembrement dans le cas d' un démembre-
ment temporaire ;
- les revenus nets générés par le bien : il s' agit des revenus nets des charges usu-
frucruaires, c'est-à-dire celles supponées par l' usufruitier;
- un eaux d'actualisation : il doit correspondre au rendement anendu ou espéré
d' un investissement donc le niveau de risque est équivalen12.

2.3 Le modèle d'évaluation actuarielle


Comme n' impone quel acti f, il est possible d'estimer la valeur de l'usufruit et de
la nue-propriété par actualisation des ftux de trésorerie qu ' ils vonc générer dans le
fucur. L'acru alisation est une technique qui permec de convenir une somme furure en
une somme actuelle (par exemple, combien vaut aujourd'hui 50 000 €s'il est prévu
que cene somme soie perçue dans 2 ans?).
Pour procéder à ce calcul actuariel, il faut connaî1re 1rois paramètres:
- les revenus fururs (R, , R2... R,,) ;
- les daces de perception des revenus (les années 1 à n) ;
- le mux de rendement exigé pour un investissement qui serait équivalent en cenne
d' aléa (i) .

L J.-P. A ndrieu, Cült:ul.r Fi11tmder.r el é\•(J/u(JIÙ)IU mâthém âlÙ/l'Je.f e11 ge.flÙ)l'I de flâlrinu>ine, rvtaxima, 1996,
p. 137.
2. J. A ulagnier, « Aspects d e droi1 c i\1il : é\faluation des droi Lt: d, usufrui1, d e quasi usufrui1 e t d e nue-proprié té
par l a mé1.hode d,acrualisation des flux fururs », Dr. et f1âtrim1û11e, oov. 1999, n<:i 76.
Le démembrement de propriété . .

La valeur de L'accif est alors égale à :

R R? R " R
V = - - ' - + ---- + +--"- = L, - -•-
( 1+ i )' ( 1+ i )2 ... ( 1+ i )" ,., ( 1+ i )'

Exemple
Soit un actif gui va dégager les flux suivants, sur les 5 prochaines années :

F, F,
100 120 140 160 170

Au-delà de l'année 5, pl us aucun fl ux ne sera perçu. Le taux de rendement exigé pour ce


type d'actif est de 8 %. Sa valeur est donc de :

V = ~ + ~ + ~ + ~ + ~ = 5399
(1,08)' (1,08)2 (1,08)' (1,08)' (1,08}5 ,

Détermination de la valeur de l'usufruit

L 'usufruitier va percevoir des revenus nets de charges (Re), générés par le bien,
jusqu'à la fin de sa vie, soie pendant n années (n correspond donc à son espérance
de vie).

La valeur de L'usufruit est donc égale à :

Détermination de la valeur de la nue-propriété

La valeur de la nue-propriété va être déterminée de la même façon. Le nu-proprié-


~ taire ne disposera du bien qu'au décès de l'usufruicier, soie dans n années. A ce
~§ moment là, il possédera la pleine propriété du bien. La valeur de la nue-propriété
~ correspond donc à la valeur actualisée de la pleine propriété. Si la valeur de cene
-li pleine propriété, dans n années, est VP"""' "'""'";~~ :
E
~
.g
t
] Exemple
Q.

~ Soit un bien dlont la valeur anticipée dans 10 ans sera de 5 M€. Pour un taux d'actualisa-
tion de 9 %, la valeur de la nue-propriété à la date d'aujourd' hui est:
- ICI
v"""'"•""' = s ooo ooox ( 1+ 0,09) = 2 112 054
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Cette fonnule pose cependant la question de la valeur de la pleine propriété dans


n ann ées. Pour l'estimer, il est possibl e de suivre la même logiqu e, à savoir que le
plein propriétaire percevra grâce au bien des revenus, à partir de l'année n+I jusqu 'à
la fin de vie de ce bien, en 111. On en déduit donc q ue la valeur, à l'annéen, de la PP
est:

-~ ~ ~ - ~ __R_,_
v pl.riœr••P'iét." - 1 + + ... +
? m-n - L.,; 1-n
(1 + i) (1 + ir (1 +i ) .~.,(1 +i )

On peul faire remarquer que cenains biens one une durée de vie infinie (on pense
notamment à cenains biens immobil iers), ou 1ou1 au moins indéfinie. Ceci ne remet
pas en cause l'évaluation acruarielle, et ce pour deux raisons:
- 1ou1 d 'abord, plus un revenu est éloigné dans le temps, plus sa valeur actualisée
tend vers zéro. De la sone, raisonner sur 100 ans ou un million d' années ne
change pas la valeur du bien ;
- il n'est pas possible de faire des prévisions sur un horizon de SOou 1OO ans, mais
il est souvent possible de modéliser l'évolution furure des revenus qui seront
dégagés par l'actif. Or, en posant un eaux de croissance moyen à l'infini (g), il
devient très simple d'estimer la valeur du bien ' .

Valeur de la pleine propriété (à l'année n) d 'un bien dégageant des revenus aug-
mentant chaque année d'un même eaux (g), sur un horizon infini :
R R ? • R R
v poœr ....."" (annéen) = (I ·~')' + (1 ~-)2 + ... = I(1, .').-.
- = . ~·g'
+) +) «i =n+I +) J

Dans cette siruation, la valeur de la nue-propriélé à la dace d'auj ourd'hui est :

V"''C11••P'iét.0 -~
-.
(1 .)-"
X +l
1-g

Exemple
Soit un immeuble démembré, dont la pleine propriété sera récupérée dans 7 ans. À ce
moment là, il procurera des loyers nets de 15 K€ par an. Ce bien étant situé dans le cen-
tre de Paris, il est raisonnable d'estimer que sa durée de vie est infinie, e t que ses recettes
nettes augmenteront chaque année de 3 %. Le taux de rendement attendu pour ce type de
bien est de 6 %.

V""""'-'•' = 15 X( 1+ 0,06)"" = 352,5 K€


0,06 - 0,03

L Pour une peésentuion dét.ai liée de la inétJlode, voir A. lllauvron, É\·üluütÙ)11 d'e111~1,,ise, 3c éd., Economie.a,
2009.
166
Le démembrement de propriété . .

Sect ion 3 LA FIN DU DÉMEMBREMENT

Au cenne du démembrement de propriété, qu ' i l file v iagerou temporaire, l'usufruit


rejoint la nue-propriété pour refonner la pleine propri été. Fiscalement, cene réunion
n 'est pas considérée comme une mutation, et ne donne lieu à la perception d' aucun
impôt ni mxe.
En effet, selon l'anicle 1133 du CGI :
Sous réserve d es disf)osiTio11s de l'arricle /02()1, la réu11io11 de l'usufruiT à la 11ue-f)rO-
f)riéTé 11e donne ouve11ure à aucun imf)ÔT ou Tau lorsque ceTTe réu11io11 à lieu f)ar l'exf)i-
raTio11 du Temps ffré f)Our l'usufruiT ou f)ar le décès de l'usufruiTier.
C'est cene conséquence fiscale du parcage de la propriété dans le temps qui a fait
la promotion du démembrement Il convient de distinguer les causes normales d 'ex-
dncdon du démembrement des causes parclculières.

1 Les causes normales d'extinction

1.1 L'extinction naturelle de l'usufruit

Les causes nacurelles d'extinction du démembrement sont prévues à l'anicle 617


du Code civil. Elles sont au nombre de cinq :
- La more de l'usufruitier. S'il s'agit d'une personne momie, alors le démembre-
ment s'éteindra au1omatiquernen1 au terme de 30 ans.
- Pour le temps pour lequel il a été fixé, dans le cas du démembrement temporaire.
En aucun cas, i l ne pourra perdurer au-delà du décès du disposan!2 •
- La consol idation, sur la même 1ê1e, des qualités d' usufruitier et de nu-proprié-
taire. L 'usufruitier peul recouvrer la pleine propriété soie parce qu 'il a racheté
son droi t de nue-propriété, soie parce qu 'il en a hérité.
- Par le non-usage du droit pendant trente ans. Il s'agit de la prescription acqui -
sitive qui vient constater une absence totale de j ouissance du bien durant
30 ans.
- La perce !O!ale de la chose. Ce dernier cas d 'extinction naturelle ne doit pas être
imputable à une conduite négligence de l'usu frui tier. Cela peul être le cas de
l'usure du véhicule automobile évoqué ci-dessus.

1. L'impôt pré\'u à l'a11icle 1020 du CGI est un impôt de publiC-<Uion.


2. A11icle 620 du Code ci vil
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

1.2 La vente du bien démembré

La vente entraîne le partage du prix...

Le législateur' a récemment consacré une position j misprudencielle2 bien établie.


L'anicle 62 1 nouveau du Code civil dispose que:
E11 cas de veme simulra11ée de l'usufruir el de la 11ue-1iropriéré d' u11 bie11, le prix se
réparrir emre l 'usufruir el la 11ue-1iropriéré selon la valeur respec1ive de chacun de
ces droirs, sauf accord des parries pour reporrer I' us ufruir sur le 1irix. la ve11re du
bie11 grevé d'usufruil, sa11s l'accord de l'usufruirier, 11e mod!fie pas le droir de ce
dernier, qui comi11ue à jouir de so11 usufruir sur le bie11 s 'il n'y a pas expressémellf
re11011cé.
Aucremenc die, par principe le prix de vence du bien démembré sera répani encre
l'usufruitier ec le nu-propriétaire. Les modalités de réparcicion du prix encre chacun
des prorngonisces res1en1 libres' au plan civil. Au plan fiscal, pour le calcul de l'im-
pôt plus-value, les panies sonc aussi libres de déterminer la méthode à appliquer,
sauf dans certains cas en matière immobilière• .

... sauf convention contraire


L'article 621 du Code civil recienc précisément la position de la j urisprudence qui
reconnaît aux procagonisces la faculcé de pouvoir maintenir le démembrement sur le
prix de cession 5 ou sur couc aucre bien acquis en remploi. Pour êcre valable, la subro-
gation conventionnelle alors mise en place doic intervenir impémcivernenc avanc la
cession. Après, il esc crop card, le démembrement ne pouvant resurgir une fois le
parcage con s.ommé.

2 Les causes particulières d'extinction

T rois causes paniculières d'excinccion :


- l'abus de jouissance;
- la renonciation à usufruit ;
- la conversion de l'usufruit en rence viagère".

L L 2Jj uin 2006, n~ 2006-728,./0, 24juin 2006.


2. Cas.~ . J•cci ...1. , 20 oct. 1987, D., 1988, 85, no te f\•l orin : ./CP N 1988, IL 165, no te Rem y.
3. Voir .fJ111ra.
4. A 11icle 74 SE, annexe Il du CGI, voir .t llfJtil.
5. D ans ce cao:;, il se crée un q u a.~ i 4 us u frui1 sur le prix de œs.~ ion.

6. Voir d ével oppeine n L~ .t llfJtil.

168
Le démembrement de propriété . .

2.1 L'abus de jouissance


Selon l'anicle 618 du Code civil :
L'11s11fr11ir peur aussi cesser par l'abus que l'usufruitier fair de sa jouissance, soir e11
commeTTa/lf des dégradario11s sur lefo11dç, soir e11 le lais.mm dépérir Jaure d'emrerie11.
Les créanciers del 'usujiuirier peuvellf i11Terve11i r dans les com esrario11s, pour la co11ser-
vario11 de leurs droirs; ils peuve11r offrir la réparario11 des dégrada rions commises, erdes
garamies pour l'avenir. Les juges peuve11r, suiva/lf la graviré des circo11srances, 011 pro-
11011cer l'errillcrio11 absolue de l'11s11fr11ir, 01111 'ordo1111er la re11rrée du propriéraire dans
la jouissance del 'objer qui e11 esr grevé, que sous la charge de payer a111111el/emellf à
l'11s11fr11irier, 011 à ses ayams cause, 1111e somme dérerminéejusqu'à l 'i11sram où l '11s11fn1ir
aurair d(J ces.'Oer.
L' abus de jouissance vient condamner, au plan civil, un componemenc fautif de
l'usufruitier qui va ou peul avoir pour conséquence 1a dégradation ou la disparition
du bien. Les deux componemenis décrits par le texte ne sont pas exhaustifs. En
pratique, c'est une mesure rarement mise en œuvre.

2.2 La renonciation à l' usufruit


La renonciation à usufruit est visée à l'article 621 alinéa 3 et 622 du Code civil.
Elle ne se présume pas.
Les motivations peuvent être multiples :
- volonté de libérer immédia1ernen1 le bien encre les mains du nu-propriétaire pour
lui restituer la libre disposition ;
- volonté de se séparer d' un bien donc l'entretien se révèlerait plus coO!eux que
productif;

Au plan civil, la renonciation en1raîne la recons1iru1ion de la pleine propriété. Au


plan fiscal, son traitement peul être sujet à perception de droits de mutation. En effet,
~ il convient de distinguer selon que la renonciation est abdicacive ou translative de
§ droic. Dans le premier cas de figure, elle n'est mue par aucune intention libérale.
~ Dans le second cas, au con1rai re, l'intention libérale est avérée. Pour éviter 1ou1e
~ contestation de l'adminis1ration qui souhaiterait caxercec abandon, il conviendra de
~ conserver coutes les preuves utiles pour démon1rer que la valeur d'usufruit étai! nulle

.
g et ne constituait donc pas une 1ransmission de valeur taxable.

t
l
~

169
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Sect io n 4
LA FISCALITÉ DU DÉMEMBREMENT

L e recours au démembrement de propriété s'est généralisé ces dernières années.


Sa mécanique permet, au plan civil, une préparation efficace à une transmission
progressive des patrimoines et, au plan fiscal, de réduire considérablement le coO!
de cene transmission. Cene inflation dans l'emploi du démembrement a eu une
double conséquence :
- d' abord, la pratique a fait preuve d' une imagination prolifique dans la mise en
œuvre de montages j ustifiés par des considérations seulement fiscales.
L ' administration est intervenue pour borner le champ du permis et de
l'i n1erdi1 ;
- ensui te, i l a fallu mettre en place des disposi ti fs fiscaux propres aux situations
de démembrement qui rendent la matière particulièrement complexe.

1 Les limites fiscales du recours au démembrement

1.1 L'abus de droit

Définition
Article L. 64 du LPF (ancien) :
Ne peuvelll êrre opposés à f"admi11isrrario11 des impê rs les acres qui di.tçimulem la porrée
vérirable d"1111 co11rrar ou d"1111e co11vemio11 à/ "aide de clauses :
a) Q11i do1111em 011verr11re à des droirs d"e11regisrreme111011à1111e rare de p11b/ici1éfo11·
cière moins élevés.
b) Ou qui déguise/If soir 1111e réalisario11, soir 1111 1ra11sfer1 de bénéfices ou de revenus.
c) Ou qui permelle/lf d"évirer, e11 roraliré ou e11 parrie, l e paiemellf des raxes sur le chiffre
d'affaires correspo11dam aux opéra1io11s ejfecruées e11 exéc111io11 d"1111 comrar ou d"1111e
COJJveJJfÎOJJ.

l "admi11isrra1io11 esr e11 droir de resriruer so11 vérirable caracrère à l"opérario11 lirigieuse. En
cas de désaccord sur les rec1ijica1io11s 11orijiées sur le fo11demem du pré.rem arricle, le lirige
esr so111niç, à la demande du comribuable, à /"avis du comiré co11.wlra1if pour la répre.tçio11
des abus de droir. l "admi11is1ra1io11 peur égalemem so umeure le lirige à f"aviçdu comiré dom
les avis rendusferom f"objer d"1111 rappo11 a111111e/. Si f "admi11isrrario1111e s"esr pas conformée
à /"avis du comiré, elle doir apporrer la preuve du bie11:fo11dé de la recrijica1io11.
L 'adminisl ralion fiscale invoque l'abus de droit lorsqu 'elle entend contester la
sincérité d'un acte j uridique. Si c'est seulement l'in1erpréca1ion d 'un 1ex1e fiscal qui
est en cause, alors l'arlicle L. 64 du LPF ne trouve pas à s'appliquer. Le contribua-
ble, quant à lui, souhaite opter pour la solution économiquement et fiscalement la
170
Le démembrement de propriété . .

plus anraccive, donc la moins onéreuse. Toute la difficul!é revient alors à fixer la
frontière encre 1'habi leté fiscal e et l'abus de droit
Les concours de la notion one été fixés par la jurisprudence du Conseil d' Ém1 1 et
de la Cour de cassation2 qui one retenu des critères d ' appréciation identiques. Trois
critères one été dégagés, qui sont d 'ailleurs al!ernatifs et non cumulatifs:
- La fic1ivi1é : elle recouvre à la fois la simulation et la dissimulation. Dans le
premier, l'acte contesté est juridiquement valable mais ne régie pas en réalité la
situation des parties. À 1i1re d'exemple, on retrouve régulièrement dans la juris-
prudence des cas de sociétés civi les fictives car elles n' ont pas de fonctionne-
ment réel. Dans le cas de la dissimulation, les parties entendent utiliser une voie
juridique alors qu 'elle correspond à une autre. L'exemple habituel est celui de la
donation déguisée en vente.
- La fraude à la loi : ce critère est ce lui qui qualifie l'objectif du contribuable.
A-1-il poursuivi ou non un bue exclusivement fiscal ?
- La violation des olljectifs d'un 1ex1e: récemment la jurisprudenc& a élargi la notion
d'abus de droit Désormais, elle relient la qualification lorsque le conllibuable a
délibérément uti tisé un 1ex1e en dehors des objectifs qui lui émient assignés.
Article L. 64 du PLF (nouveau) :
Le législateur a repris à son compte cene définition jurisprudentielle et a modifié
l'anicle L. 64 parla loi n° 2008-1443 du 30.12.08 (an. 35-V):
Afin d"en resriruer le vérirable carac1èr e, /"adminisrrarion esr en droir d"écarrer, comme
ne lui éram pas opposables, les acres con sri111rifs d"un abus de droiT, soir que ces acies
OllT un caracrè r e jicTif, soir que, r eclrer clram le bénéfice d"une applicarion lirrérale des
rexres ou de décisions à /"encomre des objecrifs poursuivis par leurs aureurs, il.rn "om pu
êrre inspirés par aucun aurre morif que celui d"éluder ou d"arré11uer les clrargesjiscales
que /"i11rér essé, si ces acres 11"avaie111 pas é1é passés m1 réalisés, a11rair 11ormaleme111
supponées eu égard à sa siruarion ou à ses acrivirés r éelles.

La procédure de répression des abus de droit


Deux situations peuvent se présenter:
- soie l'adminiscralion fiscale prend l'avis du comité consul!atif pour la répression
des abus de droit (CCRAD), c'est alors au con1ribuable d' apponer la preuve du
caractère non abusif du schéma juridique en cause ;
- soie l'administration fiscale s'abstient de prendre l'avis du CCRAD et, dans ce
cas, c'est elle qui doit apponer la preuve du caractère abusif de l'opération.

1. CE, 20 mars 1989, R.I F 5189, n• 548.


1 2. C. cass., 19 avr. 1932, DP 1932, 1, p. 125.
o 3. CE, sect., 27 sept. 2006, Sté .limfi11, req. n<:i 260050, Dr.ji.rt. 2006,. n<:i 47. Cet arrêt fait écho à La position de
0 l a CJCE : CJCE, 2 1 févr. 2006, HüliftJX, aff. C-255/02. - 12 sept. 2006, Cüdb11ry Sd1wefJ/>e.r.

171
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Les modali tés de saisine du CCRAD sont prévues par les articles R.64-1 et R.64-2
du LPF. Pour s 'assurer de la validité fiscal e d' un montage, le concribuabl e peuc !OU·
jours recourir au rescrit fiscal 1• L' administration fiscale dispose de 6 mois pour
répondre. Au-delà, le schéma soumis à son appréciation ne pourra plus être critiqué
sur ce fondement.

L'évolution de la position du CCRAD en matière de donation avant cession


On assiste auj ourd' hui à de très nombreuses ventes d 'entreprises, conséquence
mécanique du baby boom des années soixante. Le moment est arrivé des départs en
retraite. À l'occasion de ces cessions, les chefs d'entreprise 1ransme11en1 une partie
de leurs actifs vers la génération suivante. L' intérêt est double:
- Au plan civil, c'est l'occasion de meure en p lace une transmission progressive
du patrimoine vers les enfants.
- Au plan fiscal, la donation des parts sociales préalablement à la cession évite une
mutation, et donc des droits de mutation ! Les effets de cene donation sont très
intéressants fiscalement dans la mesure où, à la cession, on retiendra comme prix
d' acquisi tion pour le calcul de la plus-value, la valeur du titre au jour de la dona-
tion. Ain si toute la plus-value accumu lée entre la date où le chef d'entreprise a
crée ou repris son entreprise et la cession est gommée.

Cet aurait se trouve conj ugué avec le désirtouj our plus grand du donateur de vouloir
conserver les prérogatives les plus importantes sur les actifs cédés. Autrement dit, il
souhaite donner mais aussi garder le contrôle du bien transmis. Dès lors, les schémas
envisagés par les conseils des chefs d'entreprise conduisaient ces derniers a encadrer
les modalités de la donation de la nue-propriété des titres et de leur remploi.
Face à celle pratique, le CCRAD sollicité par l'administration fiscale qui consta-
tait un manque à encaisser (seuls les droits de donation dont le montant était infé-
rieur à l'impôt plus-value était dCl), a d' abord condamné une telle pratique sur le
fondement de l'abus de droit au motif que les conditions, obligations et engage-
ments énoncés dans l'acte de donation-panage doi vent être regardés comme restric-
ti fs des droics et prérogatives normalement dévolus au nu-propriétaire2 • Et même si
l'acte de donation ne prévoyait aucune restriction particulière, la nature même du
remploi pouvait caractériser cene restriction, en l'occurrence le remploi au capital
d'une société civile patrimoniale 3 •
Mais, depuis 2005, on observe un changement radical de la position du
CCRAD 4 • Pour des faits similaires, il n' a pas qualifié les situations d' abusives et

1. A11idt L. 64 B LPF.
2. Affai re n<:i 2004-44.
3. Affai re n<:i 2004-68.
4. Affai res n<:i 2005 9 et 2006- 11 .
4

172
Le démembrement de propriété . .

a rejeté les prétentions de l'adminis1ra1ion fiscale. Désormais, le CCR AD semble


considérer di fféremment la nécessité pratiqu e pour l es usufruiti ers cédants de
pouvoir conserver des prérogatives plus étendues sur la gestion des biens acquis
en remploi 1•

1.2 L'article 7s.1 du CGI

Le principe de la présomption defictivité


• D éfinition
Article 751 du CGP:
Esr rép11ré, a11 poim de v11e fiscal.faire f)(JrTÎe, j11sq11"à preuve comraire, de la s11ccessio11 de
l"11s11fr11irier, ro11re valeur mobilière, 10111 bien meuble 011 immeuble apf)(J/1e11a11T, pour l"11s11-
Jn1ir, a11 dé/11111 el, pour la 1111e-propriéré, à !"1111 de ses présomprifs lréririers 011 desce11dams
d"ellr, même excl111)(Jr resramem 011 à ses do11araires 011 légaraires i11srir11és, même f)(Jr res-
ramem posrérie11r, 011 à des perso1mes imerposées, à moins q11"il y air e11 do11ario11 régulière
er q11e ceue do11ario11, si elle 11 "esr f)(JS co11srarée da11s 1111 comrar de mariage, air éré co11se11-
rie plus de Trois mois avam le décès 011 q11"il y air eu démembremem de proprié1é effecr11é à
rirre grar11i1, réalisé plus de Trois mois avam le décès, co11sraré par acre a11rhemiq11e er pour
lequel la vale"r de la 1111e-propriéré aéré dérermi11ée selon le /)(Jrème prévu à l"arricle 669.
la preuve comraire peur 11oramme11T résulrer d"1111e donario11 des deniers co11srarée f)(Jr 1111
acreayam dare cerrai11e quel q11 "e11 soir l "a11reur, en v11ede ji11a11cer, plus de Trois mois avam
le décès, l"acq11isirio11 de 10111 Oii f)(Jl1Îe de la 1111e-proprïé1é d"1111 bien, sous réserve de j11s-
rijier !"origine des deniers da11s !"acre co11sraram !"emplo i.
Som rép11rées personnes imerposées l es personnes désignées dans les arricles 911,
de1Lrièmeali11éa, el l /OOd11 Code civil. To11refois, si la 1111e-1Jropriéré proviem à l"lréririer,
a11 do11araire, a11légaraire011 à la personne imerposée d"1111e veme 011 d"1111e do11ario11 à
l11i co11semie par le dé/11111, les droirs de murario11 acq11ïrrés par le 1111-propriéraire el dom
il esr j11srijié som im1wrés s11r l"impôr de rra11smissio11 par décès erigible à raison de
l"i11corporario11 des biens dans la s11ccessio11.

~ Ce 1ex1e est cenainemenc le plus redoutable pour les s1m1égies famil iales de 1rans-
§ mission, qui one recours au démembremen!3 • En effet, il présume fiscalement fictif
~ le démembrement opéré encre l'usu fruitier et ses présomptifs héritiers. Au1remen1
-li die, l'usufruitier est considéré comme plein propriécai redu bien qui a été démembré.
·E À son décès, le bien sera donc réintégré dans sa su ccession pour être caxé sur la
~• pleine propriété.
.
l
g
L CCRAD, avis n.~ 2008 06 : Dr. Fisc. 2009, instJ·. 13992. Dans cette affai re, leCom i1é a inêmeconsidéré que
4

i l a conversion du prix de cession des titres démembrés en quasi usufrui t n'étail pa.~ oons ti1u1if d' un abus de droi1 !
4

o.. L'achn inistration fisc.ale a iminédi ateinent réagi en préci sant qu'elle ooinbanrai1 œ ne posilion ...

l.5 2. Loi n° 2()()6.. 1771 du 30déœm.bre 2006 a11. 46 1 finances rectitkati\.1e pour 2006.fouma/ tifjitiel du 31 décem-
bre 2006 en vigueur I.e 1a- j.a1w ier2007: L nq 2007-1822, 24 déc. 2007, ai1. 19.
o 3. Il a été instauré en 1925 pour faire face à l a muhiplic.ation des dé.-nembreinents qui avaient été mis en place
0 à La sui1e de La reconoaissance de l'absence de t.a.'<ation à l'extinc tion de l ' usufrui t (a11. 1133 du CGI, voir .t 1111ra).

173
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

• Les actes visés


L'article 751 du CGI vise cou~ les actes qui conduisent au démembrement à l'exception:
- des donations régulières dans un concrac de mariage (doc);
- des donations régulières consenties plus de crois mois avanc le décès de l'usufruitier.

• Les personnes visées


Il s' agit :
- des héric iers présomptifs du de cujus ec leurs descendants, même renonçancs ou
exclus par cestamenc ;
- des donataires ou légataires, même instirués par cestamenc postérieur au démem-
brement de propriété, même renonçancs;
- des personnes réputées interposées encre le défunt ec les héritiers, donataires ou
légataires e1 désignées dans les articles 911 , alinéa 2 e1 1100 du Code civil.

Les limites à la présomption


Le cexce pose clairement les limites d'application de cene présomption. Ainsi, si
les nus propriétaires ne sonc pas présomptifs hériliers ec si la donation esc régul ière
ec effectuée depuis plus de crois mois avanc le décès de l'usufruitier, alors la pré-
somption ne joue pas. C'esc la raison pour laquelle les conseils one écé amenés à
proposer à leurs clients le recours à l'incerposicion d'une société civile pour l'acqui-
sition par leurs enfants de la nue-propriété d'un bien.

Compte tenu de la survalorisation de la nue-propriété fiscale (cf. barème de l'article 762 du


CGI), les contribuables, pour transmettre à moindre coût, préféraient se placer dans le
champ des mutations à titre onéreux pour appliq uer le calcul économique à la nue-pro-
priété. Préal ablement, pour fournir à l'enfant nu-propriétaire les moyens de régler cet
investissement, les parents donnaient en pleine propriété une somme d'argent correspon-
dant à la val eur économique de la nue-propriété.

L'adminislration fiscale a combanu ces esquives sous deux angles:


- D' abord. sous l'angle de la ficcivicé de la société civile'. L' abus de droic étaie
alors clairement caractérisé.
- Ensuite, sur le caractère régul ier de la donation manuelle. Un arrêt récen12 esc
venu renforcer encore la position de l'adminiscracion fiscale. Les juges one, en

L Par exem.pl.e, aff. nq 2003-23, rapp. 16 mars 2004, 13-2-04. CA Bourges, 2 oct. 2000, ./CP N 2000, p. 978 -
CA l'arL<, 7 mars 2002, ./CP N 2002, p. 1467. -Cas.<. com., 10 déc. 1996, arrêt RMC: ./CP E 1997, Il, 9 23.
2. Cas.~ . coin.,. 23 ja1w. 2007, nq 05-14.403, BO 7 G-2-07.

174
Le démembrement de propriété . .

effet, considéré que« la donation régulière perme11an1 d'écaner la présomption


de ficcivi1é du démembrement est celle de la nue· pmpri é1é ou de l'usu fruit du
bien, et non la donation d' une somme d'argent permenanc d'acheter fictivement
la nue-propriété ou l'usufruit de celui-ci, quand bien même cene donation serait
elle-même réalisée régulièrement». Par cene rédaction, la Cour de cassation a
modifié la narure de la présomption instituée par l'anicle 751 du CGI. D'une
présomption simple, elle en faisait une présomp1ion irréfragable' . C'est finale-
ment le législateur qui est intervenu pour infléchir une position con1es1able de
l'adminis!l1ltion fiscale. Désormais, la donation préalable d' une somme d'argent
est prufai1emen1 licite pourvu qu 'elle puisse avoir dace cenaine.

En définitive, les j uges veillent à ce que les stratégies famili ales ayant recours au
démembrement ne soient pas détournées de leurs objecti fs dans le seul bue de
réduire la charge fiscale. C'est la raison pour laquelle 1ou1 schéma doit être j ustifié
par un véri1able objectif pacrimonial, qu i dépasse les seuls intérêts fiscaux.

Le traitement fiscal de la créance de restitution


Article 773-2• du CGI :
To111efois ne som f)as déducribles: (. ..)
2" Les delfes con semies f)ar le défum au f)rojir de ses fr éririers ou de f)ersonnes imerf)O-
sées. Som r é11111ées f)ersonnes imerf)osées les f)ersonnes désignées da11s les arricles 911,
demieralinéa, er 1100 du Code civil. Néanmoins, lorsque la delle aéré consemie f)ar 1111
acre aurlremique ou f)ar 1111 acre sous-seing f)rivé ayanr dare cerraine avallf l"ouverrure
de la succession aurremenr que f)ar le décès d'une des 11arries comracrames, les lréririer.~
donaraires el légaraires, er l es f) ersonnes r éf)uTées imerf)osées om le droir de f)rouver la
sincériré de ceTTe delfe el son exisrence au jour de 1"01tve11ure de la succession(...)

Afin de se préserver des collusions famlll ales, l' admlnlstra!lon présume fic!lve
coutes les denes que peuvent se consentir les héritiers. La dene de res1i1u1ion que
doit l'usufruitier au nu-propri étaire dans le cadre du quasi-usufruit n'échappe pas à
la règle. Pour s' assurer de ce remboursement, il faudra donc qu 'usufruitier et nu-
~ propriétaire prennent les diligences nécessaires afin de matérialiser la dene de resti-
§ 1u1ion pour la rendre opposable. L'anicle 773-2• du CGI dispose que la dene pourra
] être acceptée si elle a été consentie par un acte authentique ou par acte sous seing
·E privé ayant dace cenaine. Il conviendra donc, dans Je cas d' une cession d' un bien
~ démembré où il aura été décidé de reponer le démembrement sur le prix, ou encore
~ dans l'hypochèse où le capical versé par une compagnie d'assurance se faic en
-~ démembrement, de rédiger une convention de quasi-usufruit qui retrace l'historique
.i! du démembrement de propriété et qui soie dümenc enregistrée.
l
~

L G. Jaffay, « Peut -On débaira<:ser l'ai1icle751 du CGI de sa mauvaise réputation '! », ./CP N 1998, n<:i 22, p. 800.
2 . L n<:l 2()()7.J822., 24déc. 2007,ai1. 19.

175
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

2 La fiscalité des revenus et des plus-values


2.1 La fiscalité des revenus
Les immeubles
Dans le cadre de la fiscalité de droit commun, l'usufruicier qui perçoit naturelle-
ment les loyers peut déduire toutes les charges qu'il suppone effeccivement.
S'agissant du traitement des éventuels déficits fonciers, c'est le même mécanisme
qui s'applique'. Pour le nu-propriétaire, les dépenses de grosses réparations dont il
est redevable sont déduccibles des autres revenus fonciers. Ces charges sont déduc-
cibles du revenu global2 en l'absence de revenus fonciers ou s' ils sont trop faibles
pour les absorber, si :
- le démembrement porte sur un immeuble détenu en direct ;
- le démembrement trouve son origine dans un acte de mutacion à titre gratuit
(succession ou donacion) ne componant aucune charge ni condition.
Depuis le L"' janvier2010, le contribuable a le choix entre deux options, ou il impute
ces travaux sur le revenu global dans la limite de 25000 €ou sur ses autres revenus
fonciers. Ceueoption est irrévocable. Il convient de rappeler que la seconde voie limite
l'imputation du déficit sur le revenu global à hauteur de !0700 €, l'excédent étant
reportable dans les conditions de droit commun. Quant à l'option pour l'imputation
sur le revenu global, l'excédent à 25000 €est reponable les 10 années suivantes.
Il convien1 de noter que cene déductibilité n'est pas soumise à l'obligacion de
détention du bien pendant 3 ans comme pour le régime général.
Dans le cadre des régimes fiscaux parciculiers «Besson », « Robien », « Borloo »,
« Scellier »et« Bouvard », le démembrement ne peut coexister avec l'avantage fis-
cal sur les logemems neufs. Il es11oléré en cas de décès. L' usufrui1ier peul demander
de poursuivre le régime sans remise en cause des .amonissements praciqués. Dans le
cadre du régime« Périssol »,il est possible de démembrer le bien, mais uniquement
concomitamment à la mise en place du disposicif. Par exception, le démembrement
est toléré par la suite dans le cas d'une donation d'usufruit, si l'usufruitier reprend
lengagement de conservacion, ou dans le cas d' une donacion de nue-propriété si
l'usufruitier poursuit son engagement de conserver le bien. Dans le cadre du régime
« Scellier outre-mer», le démembrement remet en cause les avantages fiscaux.
Les valeurs mobilières
Il convient de distinguer les valeurs mobilières de placement des valeurs de
contrôle. Les revenus produits par les valeurs mobilières de placement servis à
l'usufruicier sont fiscalisés de la même manière que s'il s'agissait d'un plein proprié-
taire. Pour les valeurs mobilières de comrôle, on opère une dis1inccion selon la

1. Voir chapitre « La fiscalité des revenus».


2. A11icle 156-1-3 d u CGI.
Le démembrement de propriété . .

nature du résul1a1. S' il l'on est en présence d'un résul1a1 courant, c'est-à-dire un
résul!ac fonné par la gestion de l'encreprise, alors il revient de droit à l'usufruitier. Il
sera mxé comme un dividende.
Si l'on est, au contraire, en présence d'un résulcac exceptionnel, alors celui-ci
revient de droit au nu-propriétaire. Dans l'hypothèse d' une distribution, c'est lui qui
devra déclarer le dividende. Mais l'administration fiscale admet qu'usufruicier et nu-
propriécaire puissent s'entendre pour anribuer le résulroc exceptionnel à l'usufruitier' .
Dans ce cas de figure, une convention devra être signée et dClmenc enregistrée avant
la clôcure de l'exercice pour qu'elle lui soie opposable. L'usufruitier déclarera alors
les dividendes versés. Il convient de noter que dans cene siruation, le démembrement
se trouve reporté sur la somme versée à l'usufruitier qui devient quasi-usufruitier. ..

i La fiscalité des plus-va lues immobilières et mobilières


De façon générale, la plus-value (PV) de cession d'un bien (en pleine pro-
priété) s'estime par différence encre son prix de cession et son prix d'acquisition :
PV = Prix de cession - Prix d' acquisition
Dans le cas de droits démembrés, 1ou1e la difficul!é va être de décenniner le prix
d'acquisition du droit cédé, qu ' il s'agisse de l'usufruit ou de la nue-propriété.

3.1 Les plus-values immobilières


Les modalités d'impositions des plus-values immobilières sont prévues aux arti-
cles ISOU et suivants du CGI. Ce sont les mêmes règles qui s'appliquent que pour
les immeubles détenus en pleine propriété s'agissant du eaux, des abanemencs et du
seuil de cesslon2. Par définlclon, le prix de vente est connu. Toue l'enjeu consiste
donc à décenni ner le prix d' acquisition du droit démembré, pour le calcul de la plus-
value et de son imposition.
Trois cas de figure sont envisagés, selon que3 :
- l'usufruit et la nue-propriété sont cédés séparément ;
- la cession porte sur la pleine propriété, après réunion de l'usufruit et de la nue-
propriécé;

1. l nst. 4 F-23)9, 8 nov. 1999, 801 11 nov. 1999 : «En pratique, l' usufruitier des pai1seS1 i1n p:>sable à hauteurdes
.~ bénétiœs oouranu: de l 'exploi1a1ion et le nu..propriétaire à hauteur des profi1s e:<eeptionnel-ii . Ce dernier peut également
~ déduire l a qua e-pai1 des défici1s réalisés par La société correspondant à ses droiL-i; . Toutefois, l' usufruitier et le nu-pro-
] priétaire dedroi1s soci aux démembrés peuvent décider d' une répai1i1ion con\1entionnelle des 1ésul1<m: sociaux. Cette
o.. répa1tiLion esLopposable à l 'adininist.ration fiscale dès lors qu'elle procède d' une convention lici te et aété conclue ou
.5 insérée dans les statuts avant La clôture de l'exercice aux tenues d' un acte régulièrement enregi.~ré. »
l 2. Voir c hapi1re « La fiscalilé des cessions d' imrneubles » .
o 3. Il convient de n.oter que plus le pri x d'acqui.iii1ion sera retenu pour un inont.ant élevé, plus La plus-value sera
O faible et l' i mpôt limité.

177
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

- la cession pone sur la pleine propriété, l'usufruitier et le nu-propriétaire cédant


ensemble.

Vente séparée de l'usufruit ou de la nue-propriété

Dans ce premier cas, il faut distinguer l'origine des droits démembrés afin de pou-
voir définir les modalités de détermination de leur valeur d 'acquisition.
Tableau 10.3
Vateur de rusufruit Val eur de la nue-propriété
cas n• 1 :Achat Init ial séparé des 2 droits
Prix d 'acq ulsltion Prix fixé dans l'acte d'acquisition Prix fixé dans l'acte d'acq uisltion

cas n• 2: Le céd.ant détient la pleine propriété du bien

Appllc<>tlon de l"artlcle 669 du CGI pour la répartition du prix


Prix d'acq ul1ltlM
d 'acquisition Initial entre l'usufruit et la nue-proprlêtê1

cas n• ~ 1: Le cé-dant détient la pleine propriété, par réunion de l'usufruit et de la nue~ proprlété, les 2 droits
ayant été acquis successivement (par acquisition, succession, ou donation)

Prix d'acquisition ou valeur retenue Prix d'acquisition ou valeur retenue


Prix d 'acq ulsltion pour le paiement Initial des d rolts pour le paiement initial des d rolts
de succession/donation de succession/donation

cas n• ~2: Le cédant détient la p leine propriété, par acquisition de la nue~proprlété et décès de l'usufruitier

Prix d'acquisition de la nue.


Prix d 'acq ulsltlon 0
propriété

cas n• ~J: Le cédant détient la pleine propriété, la nue~ proprlété 1>3r succession ou donation, et l'usufruit par
décès de l'usufruitier

Valeur retenue pour le paiement


Prix d 'acq ulsltlon Valeur retenue dans l'acte in itial de in itial des d rolts de succession/
démembrement donation

Vente de la pleine propriété, après réunion de l'usufruit


et de la nue-propriété
Ici , le vendeur ne disposait pas ini1ial emen1 de la pl eine propriété. Il l'a acquise
par réunion de l'usufruit et de la nue-propriété.
Tableau 10.4
Origine de la pleine propriété Vateur de r usufruit Val eur de la nue-propriété
cas n• 1:Acquls'ltlon à titre onéreux de la nue~ proprlété, puis de l'llSufruit par décès de l'usufruitier

Prix d 'acq ulsltlon 0 Prix fixé dans l'acte d'acq ulsitlon

cas n• 2: Acquisition de la nue~proprlété par succession ou donation, puis de l'usufruit par décès de l'usufruitier

Valeur retenue pour le paiement Valeur retenue pour le paiement


Prix d 'acq ulsltlon In itial des d rolts de succession/ In itial des d rolts de succession/
donation donation
Le démembrement de propriété . .

Origine de la pleine propriété Vateur de rusufruit Vateur de la nue-propriété

cas n• 3 :Acquisit ion à tltie onéreux de la nue~ proprlé té et de l'usufruit

Prix d 'acquisit ion Prix d 'acq ulsltlon du droit Prix d 'acq uisltlon du droit

cas n• 4: Acquisition de la nue-. propriété par donat.lon et de l'usufruit par donation ou acquisition à titre onéreux

Prix d 'acq uisltion ou valeur retenue


Valeur retenue pour le paiement
Prix d 'acquisit ion pour le paiement Initial des d roits
Initial des d roits de donation
de donation

Vente de la pleine propriété par l'usufruitier et le nu-propriétaire ensemble


Dans cene situation, l 'usufruicier et le nu-propriétaire sont deux personnes distinctes,
qui s'accordent pour céder en même temps, à la même personne, leur droit respectif.
L ' acquéreur des deux droits devient alors plein propriétaire. Il faut alors répartir le prix
de vente encre les deux cédants. Ceci peul se faire par .application du barème de l'arti-
cle 669 du CGI ou l'application d'un modèle acruariel (évaluation économique) '.
Pour ce qui est du prix initial d' acquisition de chacun des deux droits, deux cas
sont à distinguer:
- les droits one été acquis à titre onéreux : il faut retenir leur prix d' acquisition
initial ;
- les droits one été acquis à titre g mruic : il faut retenir la val eur utilisée pour le
calcul des droits de mutation à titre graruic, tels qu 'inscrics dans les actes.

3.2 Les plus-values mobilières


À l'instar des règles applicabl es pour les plus-values immobilières, il convient de
déterminer le prix d' acquisition des titres selon la situation rencontrée. Les modali-
tés d 'impositions des plus-values mobilières démembrées sont prévues dans l'ins-
1ruc1ion du 13 juin 20012. Ce sont les mêmes règles qui s 'appliqu ent pour les val eurs
· mobilières détenues en plein e propriété s'agissant d u eaux , des abanemencs et du
~ seuil de cession3• Troi s cas sont à distinguer.
§
• Cession conjointe des deux droits (usufruit et nue-propriété) avec réparti-
tion du prix de vente ou cession isolée de l'usufruit ou de la nue-propriété
Deux cas sonl ici à distinguer:
- Le cédant n 'a pas la pleine propriété des titres : le prix de revient du droit (usu-
fruit ou nue-propriété) cédé est égal à son prix d 'acquisition (en cas d' acquisi-

L Pour le c.ak:ul des droi L~ d 'enregistrement, seul le barèine est autorisé.


2. l nst. 13juin 2001 : BOi S C-1 01,
4 n~ 199, 3juill. 2001, fiche n~ L
3. Voir lechapi1re «La tiscalilé des produiLt: de placeinenLt: financiers».

179
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

cion à 1i1re onéreux) ou à la valeur retenue pour le calcul des droits de mutacion
en cas d' acquisition à 1i1re graru ic.
- Le cédant a la pleine propriété des cicres: leur valeur d' acquisicion est donc connue
ec se pose la question de sa réparcicion encre les deux droits. Cene réparcicion peut
se faire par application du barème ou sur la base de leur valeur économique res-
pective. Le calcul se fait sur la base de lâge de I' usu fruicier au jour de la cession.

• Cession conjointe des deux droits (usufruit et nue-propriété) sans réparti-


tion du prix de vente
Le fait que les litres soient cédés démembrés sans réparticion du prix encre les deux
droits correspond à deux situations particu li ères :
- le produit de cession est remployé: c'est le nu-propriétaire qui est redevable de
l'impôt;
- le prix est m1ribué à l'usufruitier (quasi-usufruil): c'es1 l'usu frui1ier qui es1
redevable de l'impô!.

Pour ce qui est du calcul de la plus-value, il faut distinguer deux cas:


- L'usufruitier et le nu-propriétaire n'ont pas disposé de la pleine propriété avant le
démembrement : le prix d'acqui sition est égal au prix d'acquisition de la pleine
propriété' (en cas d' acquisition à 1i1reonéreux) ou à la valeur retenue pour les deux
droits dans le cal cul des droits de mutacion en cas d'acquisicion à cicre gra1ui1.
- L' usufruitierou le nu-propriétaire a disposé de la pleine propriété des 1i1res avant
leur démembrement: le prix d' acquisition est ici égal au prix d'acquisition ini-
tial de la pleine propriété, au gmenté de la hausse de val eur du droit à la dace du
démemb:remenc.

• Cession en pleine propriété de titres, après réunion de l' usufruit et de la nu e-


propriété
L'usufruit pouvant être obtenu par extinction (décès de l'usufruicier) ou acqui si-
cion, il faut distinguer deux situations :
- L'usu fruit a été acquis par voie d' excinccion narurel le : le principe est alors que la valeur
de l'usufruit, pour le calcul du prix d'acquisicion (el donc de la plus-value), est consi-
dérée comme nulle. Par excepcion, lorsque les deux droits one ini tialement été transmis
en même temps à deux personnes distinctes (l'usufruitier et le nu-propriétaire), il faut
retenir la valeur ucilisée pour le calcul des droits de mutation à cicre graruic.
- L' usufruit a été acquis à 1i1re gracuic ou à 1i1re onéreux : le prix d'acquisicion de
la plein e propriété est donc la somme des prix d'acquisition des deux droits (en
cas d'acquisition à 1i1re onéreux) ou des val eurs retenues dans le calcul des droits
de mutat ion en cas d' acquisicion à cicre gracui1.

L Donc à la ,raleur d'acquisition des deux droiLt:.


180
11 La société civile

Serge ANOUCHIAN

Ce 11'esr f)GS parce que les choses som difficiles que nous 11'oso11s f)GS les faire, c 'esr
f)arce que nous 11 'oso11s f)GS le faire qu'elles som difficiles!
Sénèque

L a société civile conscirue un oucil incontournable pour 1ou1e gestion dynamique


de son patrimoine. Il s'agit, bien sflr, de la gescion d' un pa1rimoine immobilier,
à 1ravers le véhicule le plus connu que conscirue la société civi le immobilière (SCI).
Mais il convien1 également de ne pas oublier la gescion d'un ponefeuille de valeurs
mobilières, à travers la société civi le de ponefeuille. Lorsque ce portefeuille de valeurs
mobilières est consciruéd' une ou plusieurs sociétés dans laquelle l'accivicé profession-
nelle est exercée, on parle alors de sociétés civi les pauimoniales ou de sociétés civiles
de famille. Ces appellacions concernent en réalité une forme parciculière de sociétés
civi les donc l'objet est, pour un individu donné ou une famille, l'acquisition, puis la
gescion et enfin La 1ransmission de l'ensemble du patrimoine, que celui-ci soie conscicué
d' immeubles, de pans de sociétés opéracionnelles ou d 'autres valeurs mobilières.
Considéré sur le plan j uridique comme le parent pauvre du droit des sociétés, avec
un régime fiscal parciculier que des fiscalistes émérites one affublé du nom de « sacs
d'embrouilles ,, 1, cene forme de société a néanmoins un succès qui, non seulement

1. rvtauriceCo2ian., professeur éméri1e de fiscali té, trOptôtdisparu, qu' il est inutile de présenter.
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

ne se dément pas avec le temps mais, au contraire, tend à s' accroître et à se multi-
plier' . La rai son en est simple. Cene forme social e a l'immense avantage de laisser
aux rédacteurs de ses statues une immense libené, qui bien entendu s' accommode
particulièrement bien à la gestion de pa1rimoine.
Évacuons dès à présent quelques fantasmes qui one la peau dure. La société civile
est un instrument de gestion pa1rimoniale et d' op1imisation. Elle n'est pas un véhi-
cule facilitant la fraude fiscale par son caractère pseudo confidentiel, et ne fabrique
pas de richesse par génération spontanée ! C'es1 un espace de libené avant 1ou1,
liberté statutaire, libené comptable, qu ' il convient cependant de bien maîtriser car
cous ces choix, qui comportent bien évidemment des interdépendances, entraînent
des conséquences fiscales radicalement différences.
Il faut, avant 1ou1, garder à l'esprit qu ' une gestion patrimoniale dynamique ne peul
s'entendre que dans le cadre d'objectifs clairement définis, tan! il est vrai que
ceux~i peuvent ê1re sujet à tluc1ua1ions en fonction de l'âge, de la situation matri·
moniale, de la composition familiale, des revenus acruels et des revenus fucurs, le
1ou1 en gardant à l'esprit que l'ensemble de ces paramètres sont bien entendus dyna-
miques et peuvent varier et fluctuer 1ou1 au long de l'existence.
Pour un grand nombre d'individus, la gestion de patrimoine est l'arc qui consiste
à construire, lorsque l'on est en pleine activité, les conditions d'une retraite paisible
et, pourquoi pas, des conditions de transmission optimum à ses héritiers. On a cou-
rume de classer le pa1rimoine en qua1re grandes catégories, que sont l' immobilier,
les biens mobiliers, l'assurance-vie et les liquidités.
Exis1e-1-il une répartition idéale? Toue dépend des aspirations profondes, acruelles et
furures, du détenteur de ce patrimoine. Devant la diversité des solutions qui s' ouvrent
au conseiller patrimonial, la société civile est sans douce le moyen le mieux approprié
pour répondre à l'ensemble de ces problématiques. Sans oublier, évidemment, les
objets traditionnels des sociétés civiles, que sont d'éviter une indivision ainsi que la
protection de cenaines personnes dans un cadre sécuritaire. L'on évoque ici évidem-
ment la siruacion particulière d'épouse ou de concubine2, de l'enfant mineur et, plus
encore bien entendu, de li ncapable. Ceci, dans un c on1ex1e où les progrès de 1a science
one considérablement allongé la durée de vie humaine, en même temps que la libérali-
sation des mœurs a favorisé l'éclatement de l'ancienne notion de famille, donnant ainsi
naissance à une multirude de familles recomposées, avec des enfants de lies différents,
compliquant ainsi un peu plus la gestion de la transmission du patrimoine familial.
Après avoir esquissé une définition de la société civile et de son mode de fonction-
nement (sec·tion 1), nous étudierons 1ou1 d' abord la façon optimum d' utiliser la
société civile pour gérer son pa1rimoine (section 2), avant d'aborder les conditions
de la transmission de ce patrimoine (section 3).

1. Près de 1 400 000 sociétés ci\1iles au 31 décembre 2006.


2. Ça marche aussi pour l'époux et le concubin !
La société civile . .

Section 1 La société civile: définition et mode de fonctionnement


Section 2 Uné soéiete éivilé pour gerér son patrimoiné
Section 3 La société civile comme outil de transmission de son
patrimoine

Sect ion 1 LA SOCIÉTÉ CIVILE: DÉFINITION ET MODE


DE FONCTIONNEMENT

1 La forme sociétaire de la société civile


Comme son nom l'indique assez clairement, c'est avant 1ou1 une société, mais une
société à laquelle les 1ex1es n' anachenc pas une grande considération ! En effet,« la
société est instituée par deux ou plusieurs personnes qui conviennent par un contrai
d'affecter à une entreprise commune des biens ou leur industrie en vue de partager
le bénéfice ou de profiter de l'économie qui pourra en résul!er. Les associés s'enga-
gent à contribuer aux pertes » .1
Comme dans un mariage, on s'associe pour bénéficier du meilleur (partager les
bénéfices) mais aussi pour supporter le pire (concribuer aux perces). Inscrit au
1i1re IX du Code civil 1raican1 de la société, le législateur a semble-1-il expressément
souhaité laisser une grande liberté de manœuvre aux rédacteurs des sca1u1s de la
société civile, puisque les dispositions de cous les chapitres concernant la société
sont applicables« à coutes les sociétés civiles, à moins qu 'il n'y soie dérogé par le
smruc légal particulier auquel certaines d'encre elles sont assujetties. One le caractère
civil coutes les sociétés auxquelles la loi n' accribue pas un autre caractère à raison de
~ leur forme, de leur narure, de leur objet »2 •
§ De par cene définition, une société qui revêtira la forme commerciale (SNC,
~ SARL, SA, SAS) sera réputée commerciale de par sa forme, même si elle exerce en
~ réalité une activité civile.
~ Exemple 1
g Une société an onyme, propriétaire d' un immeuble qu 'elle donne en location à des parti-
culiers, activitté éminemment civile sur Je plan j uridique, restera commerciale avec toutes
les conséquences fiscales, c'est-à-dire J'assujenissement à l'ensemble des impôts corn-
merciaux.

L A11icle 1832 du Code ci vil


2. A11icle 1845 d u Code civil
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Exemple 2
Une SARL, détentrice d'un portefeuille de valeu.rs mobilières qu'elle se contente de
gérer, autre activité purement civile, est et restera aussi commerciale avec les mêmes
conséq uences sur le plan fiscal.
Le parcage des bénéfices, ec la participation aux pertes, sont en général proportion-
nels à la quoce-parc de capital détenu. Esc-ce une obligation?« La stipulation anri-
buanc à un associ é la cocalicé des profits procurés par la société ou l'exonérant de la
cocalicé des pertes, celles excluant un associ é cocalemenc du profit, menant à sa
charge la 101.alicé des perces sont réputées non écri tes. » 1
On aura compris, à la leccure de ce qui précède, que seules les clauses exorbi-
tantes, anribuanc à l'un des associ és, soie l'incégralicé du bénéfice, soie en lui impu-
tant l'incégralicé des perces, sont prohibées. Dès lors, en vertu du principe constant
que cout ce qui n'est pas expressément interdit e>t autorisé, il est parfaitement pos-
sible de concevoir des srn1uis avec des clauses de partage inégal du résulrn1.
Exemple 1
A apporte 50 % du capi tal et a droit à 80 % du bénéfice, B apporte 50 % du capital et a
droit à 20 % du bénéfice.
Exemple 2
Même cas que ci-dessus, les bénéfices sont répartis par moitié, mais les pertes sont sup-
portées pa.r A pour 75 % e t par B pour le reste.
Un autre point s'avère délicat, celui de la responsabilité de l'associé, qui demeure
responsable indéfiniment des denes sociales ec ce, proportionnellement à la quote-
part qu'il décienc dans le capital de la société à la dace d'ex igibilité de la créance.2
Par cene disposition de la loi, on aura compris pourquoi les praticiens en général, ec
les notaires en particulier, som ré1icen1s à conseiller l'acquisition de paris sociales
de sociétés civiles ec accordent toujours, lorsque cela est possible, une large préfé-
rence à l'acquisition directe de l' immeuble, y compris en constiruanc pour ce faire
une nouvelle société.

2 L'objet civil de la société


Esc-ce qu'il suffie de ne pas adopter l'une des formes commerciales (SA, SARL. .. )
pour devenir définitivement une société civile?
Fort heureusement, non. Il faut évidemment que la société soie civile, non seule-
ment par son objet, mais également par son activité réelle. Toue d'abord, il faut que
la société civile n'aie ni pourobjec ni pour activité réelle, l'une des acti vités qui sont

L A11icle 1844-1 alinéa 2 du Code civil.


2. A11icle 1857 du Codeci\1iL
La société civile . .

par nature commerciales tel que l'entend le Code de commerce. Pas question donc
d'adopcer la forme d'une sociécé civile pour vendre des camnes sur le marché, ni
même d' ailleurs de faire du commerce via In1erne1. Il conviendra de veiller à ce que
la rédaction de l'objet social ne laisse aucun douce, aucune ambiguï té quant aux
concours de l'activité de la société.
Exemple
La Société a pour objet :
- la propriété, la mise en valeur, l'administration e t !"exploitation par bail, location ou
autrement :
-de tous immeubles e t droits immobiliers détenus en pleine propriété, nue-propriété ou
usufruit, don t elle pourrait devenir propriétaire par voie d'acq uisition, d'apport,
d'échange ou autrement,
-de tous biens et droits pouvant consti tuer l'accessoire, l'annexe ou le complément des
immeubles et droits immobiliers en question,
- la propriété e t la gestion d' un portefeuille de valeurs mobilières, droits sociaux ou tous
autres titres, détenus en pleine propriété, nue-propriété ou usufruit, par voie d'achat,
d'échange, d'apport, de souscription de parts, d'actions, obligations e t de tous titres ou
droits sociaux. en général ;
- la vente de ces mêmes biens pour autant toutefois qu'elle n'expose pas la société à
perdre son caractère civil, ne puisse être considérée comme un acte de commerce et ne
porte pas en conséq uence atteinte au caractère civil de la société;
- et, généralement toutes opérations civiles pouvant se rattacher directement ou indirec-
tement à cet objet e t ne modifiant pas le caractère civil de la société.
Cene précaution rédactionnelle prise, il faudra ve iller évidemment à ce que les
actes réellement passés par la société soient conformes à son objet L'exemple le
plus connu, et par conséquent le plus grand risque pour la gestion d 'une société
civile immobilière, est celui de confondre une gestion 1radi1ionnelle d'un patrimoine
immobilier propre avec une activité de marchand de biens. Il n'est pas rare, en effet,
que l'administration fiscale puisse requalifier en opération de marchand de biens,
~ une mul!icude d ' opérations réalisées par une société civi le dans un coure laps de
§ temps, et consistant en l'achat de différents lots immobil iers, suivi peu de temps
~
après par leur revente.
~ Or, une sociélé civile qui verrait son activité requalifiée en activité de marchand
~ de biens devrai! acquiner, en lieu et place de l'impôl classique des plus-values des
g particuliers, l'impôt sur les sociétés sur la marge réalisée, après avoir acquitté une
·~ TVA au eaux normal sur la différence encre le prix de vente et le prix de revient, et
.i! cela en ayant acquitté à l'acquisition les droits d'enregistrement classiques, sans
{ avoir pu bénéficier de l'allégement spécifique aux ma rchands de bien !
~
-g Faut-il insister plus encore sur la nécessité de rédiger soigneusement l'objet de la
§ société civi le, el de mesurer précisément la portée de chacun des actes accomplis par
0
o la société?
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

i De la nécessité de tenir une comptabilité

Le rédacteur de ces quelques lignes étant expert-comptable, ne soyez pas étonné


si la réponse est indubitablement OUI ! 1 Mais pour quelles raisons? T out à la fois
pour des raisons j uridiques, économiques et fiscales.

3.1 Les raisons juridiques


Il est bien rare que les statuts d'une société, füt-el le civile, ne prévoient, suivant dif-
férentes modalités, la rescitucion aux associés des opéracions de l'année écoulée. « Les
gérants doivent, au moins une fois dans l'année, rendre compte de leur gestion aux
associés. Ceue reddicion de comptes doit componer un rappon écrit d'ensemble sur
l'activité de La société au cours de l'année ou de l'exercice écoulé comportant l'indica-
cion des bénéfices réalisés ou prévisibles et des perces encourues ou prévues. »2
Bien entendu, la loin 'impose aucune forme parciculière et, à plus fone raison, les
règles de la comptabilité commerciale et l'applicacion du plan comptable général ne
sont évidemment pas obligatoires. Les obligacions légales peuvent être valablement
remplies par la rédaction d' un rappon écrit qui se bornerait, par exemple, à indiquer
le montant du loyer perçu s'il s'agit d' un immeuble, des revenus de placement s 'il
s' agit d'un ponefeuille mobilier, en indiquant éventuellement les montants du
compte en banque à l'ouverture à la clôture de l'exercice, ainsi que la valeur acquise
par le portefeuille ou par le bien immobil ier. Le droit de savoir des associés serait
vraisemblabl ement correctement rempli. Cependant, cela serait nécessairement
insuffisant tant sur le plan économique que sur le plan fiscal.

3.2 Les raisons économiques


T out au long de la vie d 'une société, il est fréquent que les associés contribuent
aux pertes, par exemple en ramenant dans les comptes de la société de l'argent ou
bien, au contraire, profitent des bénéfices réalisés pour s' approprier tout ou partie
des bénéfice s dans les conditions prévues par les statuts. Dès lors qu ' il faut suivre
l'affectacion, à chaque associé, en proporcion des droits qui lui sont reconnus statu-
tairement, du montant des bénéfices ou la parcicipation aux penes, il convient de lui
fournir un élat précis des montants qui lui sont réclamés ou distribués ainsi que la
juscificacion de la formation du résultat, que ce soit un bénéfice ou une pene. De
toutes façons, il le réclarnera3.

1. Osc.ar Wilde aimai1 à dire : « La réponse est Oui, mai s quelle est La question '! »
2. A 11icle 1856du Codeci\1iL
3. L'ai1icle 1855 du Code civil reconnaît à tous les associés le droi t d'obtenir, au in.oins une foi s par an, La com-
munication des Livres et d oc.u ine n L~ sociaux, voire mêine de poser par écri1 des questions sur La gestion sociale
auxquelles il de\ll'aêtre 1épondu par écri t dans le délai d' un inois.
186
La société civile . .

3.3 Les raisons fiscales


Quel que soie l'i mpôt concerné, les motifs qui mili1en1 pour la tenue d'une comp-
tabilité rigoureu se ne manquent pas.

1 En matière d'impôt sur le revenu


D'une manière générale, 1ou1 contribuable qui souhaite bénéficier d'une
déduction fiscale doit pouvoir en j usti fier le bien-fondé et répondre à 1ou1e
demande de l'administration fiscale. À l i tre d ' i llus1ra1i on, en ce qui concerne les
revenus fonciers, l'adminis1racion fiscale a, dans une i nstruction ', publié un
ensemble de précisions consécutives notammenc à la loi de finances ayant
réformé les revenus fonciers. À ce 1i1re, elle a refonnulé les conditions de déduc-
ti on des travaux qui doivent répondre à différents cri tères, et notamment à ce que
la dépense:
- soie engagée en vue de l'acquisition ou de la conservation du revenu;
- soie effec1ivemen1 payée par le propriétaire qui se prévaut de sa déduction ;
- soie dûment justifiée.
Il va sans dire que la production d'une complllbilicé en bonne et due forme,
appuyée des pièces j ustificatives facilitera grandement cene j ustification. Par
ailleurs, et !Ouj ours en matière de revenus fonciers, l es sociétés civiles n'ayant pas
opté à l'i mpôt sur les sociétés sont malgré 1ou1 tenu de présenter à 1ou1e réquisition
du service des impôts cous documents complllbles ou sociaux d'inventaires, copies
de Jeures, pièces de recenes et de dépenses de nature à j ustifier l'exac1i1ude des
renseignements ponés sur la déclaration spécifique de sociétés civiles immobilières
N°2072. 2

1 En matière d'impôt sur les plus-values


Comme on le verra plus loin, le régime fiscal des sociétés civiles est marqué
par ce qu'i l convi ent d 'appeler la 1ranslucidi1é des sociétés de personnes.
,; Jusqu'à un passé récent, et pour les associés personnes physiques, subsistai! un
~ imponanc risque de double i mposition ou de double déduction des résul!acs
§ sociaux. Un anê! du conseil d'État du 9 mars 2005 a mi s définitivement fin à
~
-11 cene sicuacion.3 Depuis cet arrêt, les plus-values de cession de parcs de sociétés
·E de personnes doivent ê1re calculées en diminuant du prix de cession, le pri x de
~ revient des pari s cédées (PV de cession = Prix de cession - Prix de revient). Ce
g
• prix de revienl est déterminé par le prix d'achat des parcs augmenté par la
"f somme algébrique des éléments suivants :

l
~
L l nst.ruction 5 0-2 07 du 23 mars 2007, recodifié sur le BOFtP.
4

2. A 11icle 46 0 de l' annexe III du Code général des i inpôL~ .


3. CE 9 ou rs 2005, N<:I 248825, arrêt Barade.
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Prix de revient= Prix d'achat des pans


+les bénéfices imposés, y compris les plus.values
+ les penes comblées
- les déficits, y compris les moins-values
- les bénéfices répartis.
En d'aucres termes, la plus-value se calcule par différence encre le prix de cession et le
prix de revient, c'est-à-dire ce que les pans one réellement cofüé à l'acquéreur, en y
ajoumnc non seulement le prix d'acquisition, mais également les sommes d'argent qu' il
a pu mettre ou retirer de la société civile, mais aussi le crédit donc il a pu bénéficier
lorsque la société civile dégageait des penes fiscales ou, à l'inverse, la base sur laquelle
il a été imposé lorsque 1a société civile émie fiscalement bénéficiaire. Il semble dès lors,
pour respecter cette con1rain1e, qu 'une comptabilité précise s'impose afin de suivre non
seulement les résul!ats annuels de la société civile, mais également de suivre pour cha-
cun des associés l'évolution de son compte courant

1 En matière d'impôt de solidarité sur la fortune


Sauf cas exceptionnel, 1rai1é par ailleurs, les parcs des sociétés civiles sont évidem-
ment assujenies à l'impôt de solidarité sur la forrune. Pour déterminer avec précision
la valeur des parcs d' une société civile, il devient nécessaire d'établir chaque année
un bilan, plus exac1emen1, une siruation active et passive du patrimoine de la société.
Afin de respecter les obligations de justification, notamment des passi fs déduits, et
surcout du monmnc du compte courant', il convient là aussi d'émblir une comptabi-
lité en bonne et due forme2 •

1 En matière d'enregistrement (cession et mutation à titre gratuit)


Que ce soie à l'occasion de l'enregiscremenc d' un acte de cession de pans, pour
une donation de parcs sociales à ses héritiers ou pour asseoir les droits de succession
en cas de décès, il convient de j ustifier avec précision de la valeur des pans sociales
assujetties à ces droits de mutation. Là encore, et comme en matière d' ISF, seule la
production d 'une comptabilité probante j ustifiera aux yeux de l'adminis1ra1ion fis-
cale les montants retenus.

3.4 Les raisons légales


En cas d'option à la TVA. En cas d' acquisi ti on immobilière, il n'est pas rare
qu ' une option à la TVA soie avanmgeuse3. Dans ce cas, et même si la société ne 1ien1

L Coin.pie cou rant assujenis lui inêine à l' ISF.


4

2. La déductio n des comptes courants ne s'applique pas aux non-résidenLt: (Loi de Finances 2011).
3. Not.aininen1 si le loc.atai re est un a.<:suj eni et que les tJ'a\faux de réno\fation i inpo1ianu: sont à La charge du
propriét.aire.
188
La société civile . .

pas habiru ellemenc une comptabilité, elle doit « avoir un livre aux pages numérotées
sur lequel esc inscric, jour par jour, sans blanc ni rarure, le moncanc de chacu ne de
ces opérations, en distinguant au besoin, ces opérations taxables et celles qui ne le
sont pas » 1•
En présence d' un associé (entreprises induscri elles, commerciales ou agri coles)
soumis à un régime réel de bénéfice ou une personne morale assujenie à l'impôt sur
les sociétés (IS). Ainsi que nous le verrons au paragraphe consacré au régime fiscal
des sociétés civiles, dans cene situation, et pour la quo1e-par1 détenue par les asso-
ciés en question, la société civile est tenue de faire une comptabilité commerciale en
respectant en cous points les prescriptions du plan comptable général et du Code
général des impôcs.2
En cas de dépassement de certains seuils. Dans une situation évidemment beau-
coup plus rare, si la société civile dépasse deux des crois critères déclenchant l'obli-
gation de la tenue complète d' une comptabili té commerciale. 3

4 Faut-il amortir les immobilisations détenues


par la société civile ?
Si la société civile se trouve dans l'un des cas où la tenue de la comptabilité est
obligatoire (voir supra), il convient bien évidemment d'en respecter coutes les
règles, et par conséqu ent de pratiquer des amonissemencs. À l'inverse, si la tenue de
comptabilité n'est pas obligatoire et que les associés one choisi, pour coutes les rai-
sons évoquées ci-dessus, de tenir une comptabilité en bonne et due forme, doivenc-
ils égal ement pratiquer des amortissements ? Répétons 1ou1 d' abord qu 'il n'y a
aucu ne obligation en la matière, et que l'adoption d'un plan d'amonissemenc dépen-
dra des circonsc.ances de fait économiques, ainsi que des objecti fs poursuivis par les
associ és de la société civile. On peul se demander, dès lors, quels sont les avantages
et inconvénients à pratiquer ou non les amonissemencs dans une société civile?"

~ Tableau n.1
§
Avantages Inconvénients
~
-li Réalisme comptable, si toutefois l'immeuble perd Vérité économique, Il est rare, volrecurleux,qu'un
E réellement de la valeur. Immeuble perdede sa valeur.
~
~ Baisser mécaniquement le résultat, et donc les Baisser mécaniquement le résultat, ce qui peut.être

l
41
comptes courants, ce qui peut être avantageux, tant
en termes de transmission que d'ISF.
désavantageux, par exemple, en c.as de gros capital
libéré progres:slvement.

l !. A11iclt 28(,.3 du CGI êl M iclt 37 dt l'àllllêXê IV.


~
2. A11icle 238 bis K du CGI.
3. Tot.al du bilan S'upérieur à 1550 K€, CA supérieur à 3 000 K€ ou plus de 50 salariés.
4. Tableau inspiré de l'étude de J.P. Gare.on, JCP N<:I 49.

189
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

A""ntages Inconvénients

Risque de faire apparaitre des comptes courants


Donne, en principe, une plus grande latitude dans
dêblteurs,au c.as où la trésorerie serait prélevée en
l'évaluation des parts sociales.
l'absence de bénéfice comptable.

Il parait d.lffidlede revenir en arrière.

En conclusion, il convient de pratiquer des amortissements uniquement si on y est


obligé, soie par les 1ex1es, soie par une circonsmnce ou une situation précise.
(Voir en annexe I - Exemple d 'application chiffré)

S Faut-il instituer un capital faible ou élevé?

Rappelons, 1ou1 d'abord, qu' il n'y a aucun capital minimum, et qu'en 1ou1e
logique, le capiml maximum devrait correspondre au montant coml de l' investisse-
ment projeté. Il est possible de faire une société ci vile avec un capital variabl e, 1ou1
comme il est possible d'imaginer une société civi le avec un capital élevé, mais donc
la libération sera échelonnée sur une durée donc la loi ne fixe pas de limites.Jusqu'à
un passé récent ', la différence essentielle encre un pe1i1 et un gros capital se retrou-
vait notamment lors du calcul de la plus-value de cession des parcs de la société
civile immobilière. Nous pensons que ce débat n'a plus li eu d' être.
T oue d'abord, pour la raison pratique évoquée ci-dessus, dans la mesure où
cous les praticiens res1en1 réticents à conseiller à leurs clients de procéder à l'ac-
quisition de parcs de sociétés civiles plu1ô1 que d'acquérir directement un bien,
quine à créer pour ce faire une nouvelle société civile. Ensuite, parce que grâce
à (ou à cause de) l'arrêt Barade précité, le prix de revient des parcs retenu pour
calculer les plus-values de cession est au gmenté des montants apportés ou reti-
rés de la société civil e2 • Enfin, parce que, comme le montre l'exemple ci-
dessous, depu is la réforme du régime des plus-values immobilières, notamm ent
la suppression du coefficient de revalorisation , la di fférence d'imposition en
matière de plus-values encre cession de parc de société à gros capital ou à pe1i1
capital est faible.
(Voir en annexe 2 - Exemple d 'application chiffré)
Reste que, selon cenains praticiens, un capital fai ble laisse davantage de latirude
dans la valo:risation des parcs sociales lorsqu' il s'agit d'asseoir des droits d' enre-
gis1remen1, que ce soie à l'occasion des droits de mutation à 1i1re gracuic ou
onéreux.

1. Et qui perdure dans l'espri1 de certains auteurs !


2. Voir ci dessus, chapi1.re « Les raisons fisc.ales».
4
La société civile . .

Technique dite" à la lyonMlse"


Certains praticiens préconisent de constituer des sociétés civiles dans certaines occasions,
et notamment à la naissance des enfants, en faisant souscrire à cette société civile un bien
quelconque, par exemple des parts de sociétés civiles de placement immobilier, afin de
donner date à La création de la société. Après 30 ans de détention, et en cas de vente des
parts de la société civile, aucun impôt sur la plus-value ne sera dû, même si entre-temps la
société civile a fait l'acquisition d'un autre bien immobllier, générateur d'une très forte
plus-value!
Cette pratique, née à une époque ou l'exonération était acquise au bout de 22 ans, a connu un
grand succès entre 2004 et 2011, lorsque l'exonération totale était acquise au bout de 15 ans
seulement !
Hélas, la loi de finances rectificative d'août 2011 a porté à 30 ans la durée de détention per-
mettant d'aboutir à l'exonération complète.

6 Faut-il distribuer le résultat ou le laisser en réserves?

La question qui est posée ici consiste à réfléchir à l'affeccacion à donner aux résul-
tats dégagés par la société civile, de par son activité, que celle-ci soie liée à la déten-
tion d'un bien immobilier ou mobilier ou 1ou1 au1re élément du pa1rimoine.
De quoi s'agir-il? Sans en1rer dans les arcanes ec les méandres de la compcabilicé,
l'ac1ivi1é de la société, f01-elle civile, dégage bien en1endu chaque année un résul!ac
de l'ensemble des opérations. Différence encre le montant cotai des recenes ec le
montant cotai des dépenses (éventuellement augmenté des amonissemencs et des
provisions, si nécessaire), ce résul!ac appartient aux associés de la société qui peu-
venc décider soie de l'appréhender, soie de le laisser à la disposition de la sociéeé en
réserves ou en report à nouveau. Ils peuvent, bien entendu, arbi1rer encre ces deux
décisions en choisissant de dis1ribuer une partie de ce résul!ac et d'en conserver une
autre, en réserve dans la société. Avant 1ou1, ce choix est dicté d' abord par la 1réso-
~ rerie disponible de la société. On ne peul effectivement dis1ribuer que ce que l'on
§ possède. Ensuite, la dis1ribution va dépendre du besoin personnel des associés de
~ disposer ou non d'une trésorerie complémentaire.
-li
E Quelles sont, in.fine, les incidences pratiques de l'une ou l'autre décision?
~
.g Elles sont bien entendues radicalement opposées :
Tableau 11.2
t
{ ~~~~~-A-vK~d-~_tr_ib_ut_~_"~~~~~+-~~~~~Sa_n_s_d_~t_ri_b_ut_~_"~~~~~
~ Diminue lavaleur de la part Augmênlê lavalêur dê la part
] Augmente le monta nt d ucompte courant N'influence pas le montant du compte courant

o (Voir en annexe I - Exemple d 'application chiffré)


LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Quelles conclusions en cirer ?


Encore une fois, et comme pour 1ou1e autre question pauimoniale, cela dépend ! En
matière d'ISF par exemple, il vaut mieux ne pas disuibuer car si les parts de sociétés
civiles peuvent être, sous certaines conditions, exonérées de cet impôt, les comptes cou-
rants sont, quant à eux, sys1éma1iquemen1 imposables. À l'opposé, en matière de trans-
mission, et nommmenc lorsqu' i1s'agira de donner la nue-propriété des parcs aux enfants,
la valeur de donation sera calculée par référence au barème de larticle 669 du COI, sur
la valeur en pleine propriété et, dans ce con1ex1e, il vaudra mieux distribuer le résulcac,
ce qui aura pour con~équence de diminuer la valeur des parts de la société civile.
Que faire au concret? Dans l'incertitude, il vau1 mieux évidemment ne pas distri-
buer le résul!ac puisque l'assemblée des associés peul à 1ou1 moment décider d'af-
fecter aux associés, et donc de distribuer, l'ensemble des résulmcs antérieurs laissés
en report à nouveau.

7 Le régime fiscal applicable aux sociétés civiles


Lorsqu'elles n' one pas opté à limpôt sur les sociétés, les sociétés civiles sont des socié-
tés de personnes dites translucides ou semi transparences, qui échappent à 1ou1e imposi-
tion, puisque l impôt est réel amé non pas à la société mais à ses associés.' Pourquoi
semi-transparences ? Parce que si la société n'a pas la charge de payer l'impôl, elle a
cependant le devoir de déposer les déclarations fiscales qui serviront de base à l'assiette
des impôts dus par leurs associés. Par ail leurs, les sociétés conservent le devoir de justifier
à l'administration fiscale les monmncs indiqués dans les déclarruion~ qu 'elles déposent
D'une simplicité qui n'est qu'apparente, le traitement des différences siruacions est, en
vérité, eX1rêmemen1 complexe. En effet, le mode de détermination du résulmc est fonc-
tion de la siruacion fiscale de chaque associé. << La pan de bénéfice ainsi que les profils
résulmnc de La cession des droits sociaux sont décenninés ec imposés en 1enan1 compte
de la narure de l'ac1ivi1é et du montant des recenes de la société ou du groupement ,,2.
Exemple 1
Si la société civile, dont les a~sociés sont des personnes physiques, détient un immeuble,
il faudra appliquer la règle de détermination des revenus fonciers et, en matière de plus-
values, les règles afférentes au régime des plus-values des particuliers codifiées aux
articles 150 U et suivants du CGI.
Exemple 2
Si la société civile détient et gère un portefeuille de valeurs mobilières, il faudra appli-
quer les règles relatives aux revenus de capitaux mobiliers (RCM),eten matière de plus-
values, celles concernant les plus-values de cession des particuliers codifiées aux
articles 150-0A et suivants du Code général des impôts (CGD.

1. A11icle 8 dll Code général des i mpôLt:, alinéa 1.


2. A 11icle 238 bi s K Il du CGI.

192
La société civile . .

Joie suprême, si la société décienc conjoin1emen1 un bien immobilier et un porte-


feuille de valeurs mobilières, il faudra traiter chaque catégorie de revenus suivant
son régime propre. En réalité, l'administration fiscale fai t comme si elle ignorait
l'existence de la société, en considérant que les biens en question sont détenus direc-
1emen1 par les personnes physiques. Cela ne va pas sans poser de considérables
problèmes, que nous n'avons hélas pas le temps d 'aborder dans le cadre de cet
ouvrage. Par conséquent, et dans l'immense majorité des cas, le régime fiscal d'u ne
société civile est le même régime que celui qui s'appliquerait au parciculier, compte
tenu du bien qu' il décienc et de l'ac1ivi1é qu'il déploie. Cela sous-entend que nous
sommes face aux mêmes avantages et aux mêmes inconvénients :
- avantage en matière de simplicité liée aux obligations déclaratives et à l'absence
de tenue obligatoire d'une comptabilité;
- inconvénient lié à une imposicion sur un résuhac dégagé, même si la trésorerie
ne permet pas d' appréhender le bénéfice.
Exemple
Achat d'un immeuble pour 300 000€, financé par un emprunt d'un montant de 300000 €,
sur 10 ans, mu taux de 5,44 %.
Échéance ann uelle de remboursement 39 700 €.
Loyer annuel perçu 40 000 €.
A f)riori tout va bien. Mais l'échéance annuelle de remboursement comporte une part
d'intérêt qui vient en déduction des recettes perçues (ici 16 320 €)et une part de rem-
boursement de capital qui n'est évidemment pa~ déductible des recettes (ici 23 380).
Par conséquent, notre investisseur bien heureux va être imposé sur un montant de revenus
fonciers de: Loyers (40 000) moins intérêts (16 320 €),soit 23 680 €.
En supposant qu'il soit à une tranche marginale d'imposition maximum (41 %), e t
compte tenu des contributions annexes (15,5 %'),il devra acquitter en tout un impôt de
23 680 x 56,5 %, soit 13 379 €,alors même que son investissement ne lui rapporte pour
l'instant aucune trésorerie supplémentaire à cause des remboursements d'emprunts.
Et non seulement cette plaisanterie va durer pendant tout le temps du rembourse-

~
ment, mais elle va aller en s'aggravant puisqu 'au fu.r e t à mesure du remboursement
des échéances, l'annuité comprend de moins en moins d'intérêts e t de plus en pl us
§
de capital, augmentant par là même la base imposable alors que la trésorerie reste
~
-li nulle.
E
~
g
.~ 8 L'option pour l' impôt sur les sociétés
8-
j Jusqu 'à la parution de la loi de finances pour 2004, qui est venue modifier en pro-
; fondeur le régime des plus-values des parliculiers ec a vu la suppression de l'avoir
j fiscal, il pouvait être intéressant d'étudier la possibilité d'opter à l'impôt sur les

0 1. Taux en vigueu1· en 2012.

193
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

sociétés pour la société civile. En effet, à ceneépoque, le taux marginal d' imposition
caracolaic à 54 % ce qui, aj oucé aux prélèvemencs sociaux de 11 %, ponaic le mon·
tant total d' imposition, notamment sur les reven us fonciers à 65 %. Dans le même
temps, le taux d' impôt sur les sociétés se limitait à 33,33 %, voire même dans cer-
tains cas 15 % jusqu 'à concurrence d' un bénéfice de 38 120 €.Bien entendu, pour
employer une expression à la mode, entre 65 % ec 15 %, y a pas plu>to !
Comme nous le verrons un peu plus loin, la tentation d' opter à l'impôt sur les
sociétés a été quasi définitivement écartée par la loi de finances précitée. Elle a mis
fin à l'exonération des plus-values de cession de parts de sociétés civiles à prépon-
dérance immobil ière détenues depuis plus de 15 ans, délai porté aujourd'hui à
30 ans, et ayant opté à l' impôt société. Comparons malgré tous les avantages respec-
ti fs de l'assujenissement d' une société civile à l' impôt sur le revenu (I R) ou à l'im-
pôt sur les sociétés (IS).

Tableau 11.3
Pour r impôt sur le revenu (IR) Pour rimpôt sur les sociétés (IS)

Un taux marg inal élevé de 56.S% (41+15,5) ! Un taux attractif (15%} j usque 38 120 f.

Pas d'amortlsse ment, pas de déduction forfaitaire Amor tissement (obligatoire !}

Une Imposition sur un résultat dégagé, qu'il soit ou Seule la d.lstrlbutlonde la trésorerie rend exigible un
non disponible en trésorerie ! Impôt complémentaire

Les fraisd'achats ne sont pas déductibles La prise en compte des frais d'achats

Mals une exonération après 30 ans de patience ! Mals une sortie très pénallsante en c.as de cession

Cela étant, comme on le subodore avec l'exemple ci-dessous, il peut être particu-
lièrement pénalisant d'avoir, tout au long d' un emprunt, à financer sur ses deniers
personnels l'impôt dCl sur des revenus fonciers que l'absence de trésorerie empêche
de percevoir. Un exemple détaillé et concret nous perrnenra de mieux comprendre
les contours de cene problématique.
Étude de cas
Il s'agit d'ache ter un bien immobilier d' une valeur de 300 000 €,l'acquisition entraînant
des frais d'environ 15 000 €, le bien immobilier ainsi acheté devant générer un loyer
annuel de 30 000 €. Votre client souhaite emp runter 100 % de l'acquisition, soit
300 000 €. Il a obtenu un emprunt sur 15 ans au taux de 5 %, assurance comprise. En
matière d'impôt sur les sociétés, l'amortissement' sera calculé au taux de 4 % (amortis-
sement du bien sur25 ans : 1/25) sur 80 % de l'acquisition, les 20 % restant représentant
le terrain q ui n'est pas amortissable. Par souci de simplicité, nous allons raisonner sur un
loyer constant.

L Ne pas confondre la durée d'aino11isseinen1de l'emprunt (ici 15 ans) et la durée d'aino11isseinen1du bien (ici
25 ans).

194
La société civile . .

Voyons mainttenant, à travers différents tableaux, comment se pa~se Je financement de cet


investissement tout au long du remboursement de l'emprunt.
La première a1111ée
FISCALrrÉ IS (taux 15 %) IR (taux 56,5 %)

Loyer 30000 30000


Amortissement 9600 0

Intérêts 14 687 14 687


Frais d'achats 5 71l 0
Ba:seftsc.ale 0 15313

Impôt 0 8652

TRBORERIE

Loyer 30000 30000

Échéance 28 469 28 469

lm pôt acquitté 0 8652


Trësorerie annuelle 1531 -7 120

Trésoierle cumulée 1S31 -7 120

Comme prévu, dès la première année, J' effort de trésorerie que doit consentir à titre per-
sonnel notre investisseur n'est pas mince: plus de 7 000 €,alors que s'il avait opté pour
l'impôt sur les sociétés, sa société civile aurait une trésorerie certes minime, mais de
1530 €.
Comme Harry Potter, téléportons-nous maintenant neuf ans plus tard alors qu'il reste
encore six annuités d'emprunt:
La 11e11viè11ie .a1111ée
FISCALrrÉ IS (taux 15 %) IR (taux 56,5 %)

Loyer 30000 30000


Amortissement 9600 0
Intérêts 7926 7 926

Base fisc.ale 12 474 22074

Impôt 1871 12 472

TRÉSORERIE

Loyer 30000 30000

Échéance 28 469 28469

lrnpôt acquitté 1871 12472


Trësorerie annuelle -340 -10 940

Trésorerie cumulée 4022 -80 276

195
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Évidemment, ça ne s'arrange pas. Alors que l'investisseur ayant opté à l'impôt sur les
sociétés n"a eu affaire à titre personnel aucun apport complémentaire, celui n'ayant pas
opté à l'impôt sur les sociétés a dü remettre de sa poche un montant global près de
80000€!
Mais comme vous le devinez maintenant, cela ne va guère s'arranger jusqu'à la fin de
l'emprunt. Voyons justement ce qui se pa~se la 16' année, soit exactement un an après le
remboursement de l'emprunt.
À lafi11 de l'e111pru11t

FISCALITÉ IS (taux 15 %) IR (taux 56,5 %)

Loyer 30000 30000


Amortissement 9600 0
Intérêts 0 0

Base fisc.ale 20400 30000

Impôt 3060 16 950


TRÉSORERIE

Loyer 30000 30000


Échéance 0 0

Impôt acquitté 3060 16 950


Trésorerie annuelle 26940 1l 050
Trésorerie cumulée 2S316 -146457

Bien évidemment, e t là encore le résultat se pa~se de commentaires, notre investisseur


n'ayant pas opté à l'impôt sur les sociétés a dü puiser dans ses poches à hauteur de
14 6 457 € ' À l'inverse, cel ui ayant opté à l'impôt sur les sociétés, n'a pa~ eu à faire
d'apport complémentaire. Au contraire, il dispose même au sein de la société ci vile d'une
trésorerie de 25 000 euros.
Cela étant, pour pousser le raisonnement à son terme, que ce passe-t-il au terme de la
période d'amortissement, c'est-à-dire ici au bout de 25 ans'.

L Il s'agit ici d' un raisonnement à ve110 strictement pédagogiqu.e, les prévisions à 25 ans relevant d' une autre
planète, compte tenu de La mouvance de notre en\1i ronneinent fisc.al !
La société civile . .

À lafi11 de l 'a111ortisse111e11f

FISCALITÉ IS (taux 15 %) IR (taux 56,5 %)


Loyer 30000 30000
Amortissement 0 0
Intérêts 0 0
Ba:seftsc.ale 30000 30000
Impôt 4 500 15 690

TRBORERIE

Loyer 30000 30000

Échéance 0 0
lm pôt acquitté 4 500 16 950

TrBorerle annuelle 2S 500 B050


Disponible après RCM 15274 1l 050

Effet miraculeux de la suppression de l'avoir fiscal, de l'abattement de 40 % sur les reve-


nus de capitau x mobiliers, on s'aperçoit que même à la fin de la période d'amortissement,
et compte ten u du taux de 15 % de l'impôt sur les sociétés, extrêmement favorable, le
montant net disponible pour l'investisseur reste le plus avantageux en cas d'option à
limpôt sur les sociétés !
Le taux applicable en 2012 est de 4 1 % sur les dividendes, après abattement de 40 %,
alors que la CSG est due sur la totali té au taux de 15,5 %, soit une imposition globale de
40, 1 %
Pourquoi diable ne pas opter à limpôt sur les sociétés !
Pour deux raisons interdépendantes. La première parce que l'option à l'impôt sur les
sociétés est ir.révocable. La seconde parce que, comme nous l'avons esquissé plus haut,
la loi de finances pour l'année 2004 a mis fin à l'exonération des plus-values de cession
des titres de sociétés à prépondérance immobilière aya:nt opté à l' IS 1 Qu'est-ce que cela
veut dire concrètement. Imaginons qu'à l'aune de sa recraite, et/ou après 30 ans de déten-
~ tion, notre investisseur souhaite céder son immeuble, dont la valeur sur le marché a
atteint 600 000 €1• Envisageons successivement la situation de l'investisseur n'ayant pa~
§
~ opté puis celui ayant choisi l'impôt sur les sociétés.
-li Pour le premier cas (IR), le calcul est des plus simples, puisque que par le jeu des abat-
E tements, après 30 ans de détention, aucun impôt sur la plus-val ue ne lui sera réclamé e t
~
.g il sera donc à la tête d'un magot de 600 000 € !

t
l
~
l 1. Il eSI inutile ici d'évcxiuer la possibili té de céder les 1i1.resde La socié téCi\1ile ayant opté à l' IS (au lieu et place
O de l aœs.~ i on de l'im1neuble) car, outre les réticences des praticiens déj à évoquées, il y a lieu d'y rajouter celles nées
0 de La fin de l'exonération préci1ée.

197
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Pour le second (impôt sur les sociétés), les choses se compliquent gravement:

Prix de vente (a} 600000

Prix d 'achat (b} 315 000

Amortissement (c} 255 000

Valeur nette comptable (d . b-c} 60000

Plus-value (e . a -d} 540000

Impôt sur ies sociétés (33, 33 %} (g} 180000

Dividendes distribués (h -a -g} 420000

lmpôtsur dlvldendes (1) 103 320•

CSG et autres (j} 65 100>

Reste disp onible (k • h-1-J} 251 580

C'est alors que vous vous sou venez que loption à l'impôt sur les sociétés est irrévocable
et que vous venez de perdre un client ou un ami, voire peut-être les deux !
Il reste alors à imaginer, pour les futurs acquisitions, la solution miraculeuse, celle qui
consisterait à pouvoir bénéficier du régime de l'impôt sur les sociétés pour toute la ges-
tion de la société tout en n'ayant pas opté à l'impôt sur les sociétés pour pouvoir, malgré
tout, bénéficier de l'exonération des pl us-values après 30ansde détention. Pour ceux qui
auront le courage de lire cet ouvrage jusqu'à son terme, y compris dans les
exemples,. ce ser a la récompense !12
Conclusion de ce chapitre, au moins sur le plan des sociétés civiles détenant un
patrimoine immobilierl dans la plupart des cas, pas d'option à l' IS !
Maintenant que nous sommes familiarisés avec les grands principes de fonction-
nement comptable et fiscal de la société civile, penchons-nous sur les mérites de
cene strucrnre dans la gestion de son patrimoine.

Sect ion 2 UNE SOCIÉTÉ CIVILE POUR GÉRER


SON PATRIMOINE

Comme nous venons de le voir, la société civile, adroitement utilisée, peut devenir un
instrument de gestion irremplaçable. Elle est dotée de règles suffisantes à en définir les

1. Calculé à 24 ,6 %, soi1 41 % de tranche marginale après abanement de 40 % (donc 41 % x 60 %), une option
pour le prélèvem~n t libératoire de 18 % é tai t possible avant la LFR 201 3.
2. Depuis 2012: 15,5 %.
3. Ce ne remarque reste valable évide minent pour toute autre fonne de sociétés ci viles patJ'i moniales.
La société civile . .

concours, 1ou1 en disposant néanmoins d'une !rès grande liberté, propre à satisfaire les
envies les plus différentes dans le respec1 évident des règles fondamentales du Code
civil et du Code général des impôts. Nous allons 1en1er rapidement de voir quels sont
les points sur lesquels la société civile s' avère être un outil quasiment indispensable.

1 Un outil pour éviter l' indivision

L' indivision, qu 'elle soie subie ou voulue, est une si ruation dans laquelle plusieurs
personnes sont propriétaires d'un même bien, cela sans avoir déterminé, surcout
dans le cas d' une indivision subie, les règles du jeu, c 'est-à-dire en l'occurrence les
pouvoirs de gestion et de dispositions du bien donc les co-indivisaires sont proprié-
taires. De cene situation, le plus souvent subie, le législateur a prévu une porte de
sortie: « Nul ne peul être contraint à demeurer dans l' indivision et le partage peul
être !Ouj ours provoqué, à moins qu ' il n' y aie été sursis par jugement ou conven-
tion.» 1 Globalement, et malgré de récentes amélioracions apportées par la loi2, pour
sortir d'une celle siruation notamment dans le cadre de la disposition (cession) d' un
bien, il est en pratique nécessaire d' obtenir l'unanimité de l'ensemble des proprié-
taires. La cons1 i1u1ion d 'une société civi le permenra de subscicuer à cene règle de
l'unanimité, les règles d 'une majorité simple ou qualifiée, en 1ou1 cas celles qui
auront été défin ies dans les statues. Selon certains auceurs 3, et notamment en cas
d 'indivision « passive», il faudra préférer à la société civile une convention d 'indi-
vision à durée d éterminée, rédigée évidemment par un praticien aguerri.
Cependant, bien d' autres sicuacions peuvent conduire à une indivision voulue, si
ce n'est choisie ! La vie en union libre, l'achat en commun d 'un bien par deux époux
séparés de bien, sont des situations devenues parfaitement banales. Prévenir les
si1ualions d 'indivision consis1e à créer, bien évidemmem préalablernem à 1ou1e
acquisition, une société civile qui servira de réceptacle aux acquisitions communes,
quelle qu 'en soie la narure, immobilière, mobilière, .assurance-vie, etc., et donc les
règles de fonc1ionnemen1 (gestion) ec de cession (disposicion) auront été débatrues
~ et prévues dans les statues. Dans cene situation, et en cas de décès de l 'un des asso-
§ ciés, ce ne sonc évidemment pas les actifs qui 1omben1 dans l'indivision mais les
~ parts sociales de la société civile.
-li
·E On aura bien entendu prévu, au préalable, que le gérant de la société prendra seul
~ les décisions pour gérer le patrimoine, et que les indi visaires des parcs sociales, par
g
• exemple, seronc représentés par le géranc.
l
- L A11icle 815 du Code civil
l 2. La loi a substirué à la 1'è3le de l' unanimi1é celle des deux tiers.
~ 3. rvtarœau Clennont, Société civile et gestion de patrimoine, opporrun it~, contraintes et pièges, Éditions
l de Verneui 1. Ouvrage syntJlétiq ue, résolu rnent pratique oi'I 1'auteur, notaire, aborde avec huinour, mais compé-
O tence, les vrais ques1ions. C'est, de plu s, le seul ouvrage, à notre connaissance, qui se termine par un poème
0 à La gloire des SCI.

199
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

2 Un outil pour protéger son conjoint, un incapable, un mineur

Il s 'agit là en vérité d' une question clé, qui d 'ailleurs n 'est pas exclusive à la
société civi le, mais qui en est un anribuc essentiel. Il s' agit de la séparation du pou-
voir et des avoirs.
Dans les situations évoquées ci-dessus, il s'agit le plus souvent de générer des
revenus réguliers à des personnes à qui , pour une raison ou une autre, on ne veut, ou
on ne peul, accorder la propriété. Pour le conj oinc, il pourra s' agir d' un bien immo-
bilier, par exemple provenant de la famille d' un des époux, qui procure un revenu
imponanc. Pour le mineur, il s 'agira de pourvoir à ses besoins d' éducation jusqu 'à
sa maj orité ou à son encrée dans la vie active. Pour l' incapable, il s 'agira de lui assu-
rer une vie décence à l'abri de 1ou1 souci de gestion et d' administration.
Bien enten du, et par delà même la séparation des avoirs et du pouvoir, la société
ci vile permema dans les deux derniers cas d'éviter la présence d'un juge de
rucelle, donc on saie que la rapidité de décision, nocammenc en matière financière,
ne constitue pas le plus grand point fort En pml ique, les sca1u1s pourront prévoir
de donner au gérant 1ou1e latirude de gestion, avec éventuellement une limicacion
de son pouvoir pour des décisions de cession, par exemple en consul!anc un
conseil de famille. D ' autre précautions seront à prendre, en présence d'enfants
mineurs lorsqu 'il s ' agira d'emprunter, ou en présence d 'incapables majeurs parce
qu 'il faudra alors prévoir sca1ucairemen1 la limitation de la responsabilité de l'in-
capable, qua nd bien même cene limicacion ne serait valable qu 'en1re associés ' . Il
est impormnc d' insister sur le fait que dans ces conditions, plus que j amais, il n'est
pas question évidemment d' utiliser des sm1u1s-cype recueillis sur in1eme1. Ces
situations s ' accommodant 1rès mal du prêt-à-porter, méri1en1, à coup sflr, des sm-
rucs sur-mesure !

i Un outil pour protéger un patrimoine


Protéger son pa1rimoine, mais contre qui ?
Nous voulons parler ici des aléas de la vie des affaires. Cerces, la loi du )" aoO!
2003 2 a introduit l'insaisissabilité de la résidence principale de l'en1repreneur indi-
viduel. Notons, au passage, que selon le Garde des sce aux , une résidence principale
qui serait décenue à cm vers une société civi le immobilière ne pourrait bénéficier de
cene déclaration d'insaisissabilicé.3 Voilà pourquoi, en 1ou1 cas dans l'étal actuel des
choses, il faut rester réticent à la détention au cm vers d'une société civi le de la rési-
dence principale. Il n'en demeure pas moins que l'in1égrali1é du pa1rimoine resmnc

L rvtarceau Clermont, op. cit.


2. Loi sur l' ini1iati\1e économique.
3. JOAN d u 5 avri 12005, p. 3540, N' 528 19.
200
La société civile . .

peut servir de gage aux créanciers en cas de revers de fonune donc personne n 'est à
l'abri.
Le recours à l.a société civile, 1ou1 au moi ns pour une panie du pacrimoine, rendra
beaucoup plus difficile, notamment en présence d 'aucres associés significatifs, l'ap-
préhension par les créanciers du patrimoine détenu au travers de la société. Il
convient toutefois de rester anentif, notamment lorsque la société civi le détient un
immeuble loué à une encreprise ayant le même dirigeant que la société civile, et qui
v iendrait à déposer le bilan. Le risque n'est pas anodin de voi r rechercher si les
relations financi ères encre les deux sociétés peuvenc être considérées comme nor-
males, faute de quoi la confusion des patrimoines pourrait être démoncrée et ruine-
rait ainsi la pro1ec1ion apportée par la présence de la société civile. Ainsi, un arrêt
assez récent de la chambre commerciale de la Cour de cassation ' :
Aflrès avoir co11sra1é que la socié1é civile gérai1 1111 bien immobilier loué à 1111e SARL
d"e.:q1/oira1ioir. ayallf déf/OSé le bi/a11, que ce11e socié1é civile 11"avai1 flGS reco11ver1 cer-
rai11s loyers dus /)ar la SARL, laissa il accrofrre 1111e de11e alors même qu "elle ne dis/)osai1
flOS d"a111re ressource, avai1 sujjisammellf démo111ré /"absence 1orale d"a111011omie finan-
cière des detl>: socié1és el / "e.ris1e11ce de rela1io11s ji11a11cières anormales démomrallf /)ar
là même la co11f11sio11 des /){Jlrimoi11es.

On n' insistera évidemment j amais assez sur la nécessité de respecter l'autonomie


de chacune des sociétés, de tenir une comptabi lité régulière, de pratiquer des opéra-
tions dans des conditions normales, afin de montrer l'entière indépendance de cha-
cune des sociétés. Sous ces réserves, la société civile cons1i1ue un oucil efficace dans
l'objectif de protection de son patrimoine aux aléas des affaires. 2

4 Un outil pour gérer son patrimoine immobilier :


privé ou professionnel

Détenir son pacri moine i mmobilier à travers une société civi le compone bien évi-
~ demmenc cous les avantages donc on vient de parler. Concernant l'immobilier privé,
~ et à l'exception notable de la résidence principale dans cenains cas, que ce soie pour
i des i mmeubles de j oui ssance ou des immeubles de rappon, l'in1érê1 essentiel de la
.ai société civile réside dans la possibilité de séparer le pouvoir et l'avoir et dans la
·E grande facilité de préparer et d 'anticiper la cransmission du patrimoi ne donc il sera
~§ question plus loin3 • En effet, la technique de démembrement de propriété appliquée
~ à des parcs sociales de société civi le, combinée à une habile rédaction des droits et
"f pouvoirs respecti fs de l'usufruitier et du nu-propriémire, all iée à des donations-
{
.5 L 14janvier2004 (pourvoi N <l ()().)9.418).
l 2. Pow· aller plus loin, lire l'excellent ai1iclede rvtarie·l·lélène rvtonserie·Bon, da1t<; Drt>il & P(Jlrimt>ine, N(I 128, p. 75.
o 3. Anention toutefois, en ca~ d' i1wes1isseinen1à tiscalilé pri vilégiée, œ 11<lins a\fant.ages sont accordés avec pai·.
0 ciinonie aux a.<:sociés de sociétés ci\1i les.
201
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

parcage périodiques, permet dans la plupart des cas de 1ransmenre progressivement


et en quasi franchise d' impôt des pa1rimoines relacivemenc importants, sans j amais
se départir des revenus donc on a besoin, ni-même du pouvoir de con1rôle nécessaire
pour en assurer la sécurité' .
Concernant l' immobilier professionnel, aux avantages ci-dessus, et outre celui
consistant à protéger, dans des limites donc on a parlé, son pa1rimoine immobilier
professionnelles d'éventuelles poursui ces de créanciers liés aux aléas des affaires, il
convient d'aj outer les avantages liés à la facilitation de la cession ul!érieure de l'en-
1reprise à des tiers, 1ou1 en favorisant une évenruelle 1ransmission familiale, tan! de
l'entreprise que de l'immobil ier d'entreprise. Il n 'est pas rare, en effet, que dans le
cadre de la cellule famil iale, un enfant soie plus prédisposé à reprendre l'entreprise
qu ' un autre. Il suffira alors, en ayant pris soin de séparer l' immobilier et l'en1reprise,
de préparer La 1ransmission de l'entreprise à celui des enfants qui en a le goQ1 et les
compétences, ec d'égaliser le parcage en 1ransmenan1 à l'auire enfant le pairimoine
immobil ier, ce qui lui assurera un revenu.

5 Un outil pour gérer son patrimoine mobilier:


privé (portefeuille} ou professionnel (holding)

5.1 La société civile de portefeuille


Les sociétés civi les,2 instruments de gestion de portefeuille, sont de plus en plus
utilisées. C'est bien sflr parce que le ponefeuille de valeurs mobilières a pris une parc
prépondérance dans le patrimoine des Français. Mais c'est sunouc parce que les
avantages de la société civile, avec ses parlicu laricés j uridiques, sa souplesse et sa
flexibilité, ne sont plus à démon1rer, que ce soie pour isoler certains biens, pour se
soustraire aux règles d' incapacité ou pour profiler judicieusement des avantages de
la technique du démembremenc. Pour ê1re concis mais complet sur le sujet, il
convient d'examiner la situation avant l'arrêt Bayle!3 , et celle subsistant après.
Avant cet .arrêt, l'usufruitier devait gérer le ponefeuille dans le respect s1ric1 des
droits du nu-propriétaire. Au1remen1 die, il ne pou vait arbi1rer de lignes de son por-
tefeuille sans l'accord du nu-propriétaire, donc les intérêts peuvent ê1re parfaitement
divergents. En effet, puisque le nu-propriétaire a vocation à coucher les plus-values,
il aura une tendance naturelle à privilégier les placements sécuritaires à faible revenu
alors, qu 'à l'inverse, l'usufruitier bénéficiant des revenus cherchera des placements

L Voir en ce sens La loi TEPA du 2 1 aout 2007 p:>rtant à 150000 € l'abaneinent aw ticable tous les si:< ans alL'<
donations en ligne directe, montant indexé annuelleinent et po11é à 159 325 € pour2011, et 1'e\'u à 100 000€ en 2012.
2. Issu de l'ai1icle paru dans 01n·ett11re N<1 46 de septembre 2001, Serge Anouchian.
3. Cas.~at ion coininerciale, 12 novem.bre 1998, NO 1673.
202
La société civile . .

à plus haut rendement possible, quine à sacrifier l'aspect sécuritaire de ces place-
ments. Cene siruacion en1raînai1 généralement un blocage complet dans la gestion
des portefeuilles démembrés.
L' arrêt Baylet a bouleversé la siruation en consacrant l'universalité du ponefeuille.
En clair, l'usufruitier d' un portefeuille peut arbi1rer à l' intérieur de ce ponefeuille
certaines lignes sans requérir l'au1orisa1ion du nu-propriétaire, à charge pour lui de
réemployer le produit de cene vente dans un bien de même nacure. C'est précisé-
ment cene difficul!é qui étai! à l'origine de la créal ion de la plupan des sociétés
civiles de porte feuille. Pour aucanc, cet arrêt n 'a pas sonné le glas des avantages
conférés aux sociétés civi les. Cel les-ci continuent de bénéficier de paiements diffé-
rés des droits de mutation 1•
Par ailleurs, pour les parcs de sociétés donc le capital n'est pas divisé en actions et
donc l'acti f est composé pour plus de la moitié de biens non liquides, ce qui est le
cas des sociétés civiles de portefeuille, le délai de paiement des droits de mutation à
1i1re gratuit passe de cinq ans à dix ans. La société civi le de portefeuille permet
également d' améliorer les droits de l'usufruitier pu isque ce dern ier n'a théorique-
ment pas le droi t aux plus-values dégagées. Dans une société civile de ponefeuille,
les plus-values, élément du résultai de la société, res1en1 la propriété de la société,
donc les sm1u1s peuvent librement fixer la répartition2 .
Enfin, on saie que pour l' ISF, les valeurs mobilières cotées en Bourse sont évaluées
au cours moyen boursier. S' agissant de sociétés non cotées, il y a lieu de retenir une
estimation objective. Pour un ponefeuille détenu à 1ravers une société civi le, il sera
possible de pratiquer un abanemenc de 20 % pour tenir compte de la non liquidité
des litres de la société civile.
Anention cependant en matière fiscale. Pour ce qui est des plus-values, le régime
de droit commun prévu à l'anicle 150 OA du COI devrait s 'appl iquerdans la totalité
des cas. On ne peut toutefois complètement écarter le risque de se voir appliquer les
dispositions de l'anicle 92-2° du COI, qui assuj etti l'ensemble des revenus d' un
ponefeuille géré de façon habituel le et professionnel le au eaux marginal d' imposi-
~ cion, qui pourrai t aneindre 4 1 % +15,5 %, soie 56,5 % 3 •
§
~ On peul cependant tempérer cene crainte, grâce à la j urisprudence actuelle, qui
-li n 'utilise cet arsenal que pour les contribuables qui gèrent leur portefeuille avec les
E mêmes moyens et les mêmes risques que les professionnels de l'activité en u1ilisan1,
~
g par exemple, les achats à découven, les put, call et autres outils peu compréhen-
• sibles aux communs des boursicoteurs occasionnels !
t
l L A 11icle 4048 de l'annexe III du CGI.
~
l 2. On peut obtenir un ré:sull<lt similaire avec une 001wen1ion de quâ.<:i usufrui t. L'aliénation des ti1res perrnet
l'appropriation des plus values par le qua.<:i usufruitier.
4 4

o 3. Taux 1na.'<iinu1n d' im.pôt sur le revenu en 2013 (hors contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, non
0 encore connue à ce j()ur).

203
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Il convient d'apponer une anention paniculière aux sociétés civil es de ponefeuille


en présence de pans sociales démembrées. En effet, à la suite de différentes pérégri·
nations fiscales qu'il est inutile de rapporter ici, une instruction de la DGI du
8 novembre 1999 a organisé de façon péremptoire l'anribution du résul!at encre
usufruitier e1 nu-propriétaire dans le cadre d'une société civil e, en décidant d'anri-
buer au premier, l'usufruitier, le résultai courant et que serait attribué au second, le
nu-propriétai re, le résultai exceptionnel, faisant fi ainsi de la struccure sociale et du
pouvoir des associés sur l'affectation du résuha1. Heureusement, dans sa grande
bonté, l'administration fiscale a laissé le soin aux associés de pouvoir déroger à cene
attribution exorbitante du droit commun, si toutefois les associ és prenaient le soin
d'organiser cene répartition dans un acte ayant dace certaine, c'est-à-dire par une
assemblée soumise à la formalité de l'enregis1remen1 ou, mieux encore, par la rédac-
tion des clauses statutaires décidant de l'affeccacion des résultats en présence de
parcs démembrées. Inutile de préciser, une fois encore, l'anention qu'il convient
d'apporter aux clauses de ce cype prévues dans des statuts« presse-bouton » !

5.2 Gérer son patrimo ine mobilier : professionnel (holding)


Puisque l'on peul gérer dans une société civil e un patrimoine mobilier et person-
nel, pourquoi ne pas songer à y apponer les litres des sociétés non cotées où le
dirigeant exerce son activité. Autrement dit, pourquoi ne pas détenir les titres des
sociétés dans lesquelles on exerce son activité professionnelle principale au travers
d'une société civi le?
Afin d'éviter une méprise, il ne s'agit pas ici des cilres apponés à une société civile en
vue d'une cession ul!érieure, afin d'en« gommer» les plus-values. Cene stratégie, très
efficace et très à la mode', nécessite pour en optimiser le schéma que la société bénéfi-
ciaire de l'appon des titres soit assujeccie à l'impôt sur les sociétés, et lon a vu que cene
option étai! rarement valable pour une gestion patrimoniale efficace. Commençons 1ou1
d'abord par s.ouligner, qu'en matière d'impôt de solidarité sur la fonune, et sous réserve
de cenaines précautions, la détention de son pacri moine professionnel à travers une
société civile n'empêche pas de bénéficier de l'exonération liée à l'outil professionneJ2.
Remarquons 1oucefois que depuis la simplification et la multiplication des sociétés
par actions simplifiées (SAS), les SAS semblent mieux adaptées dans une stratégie
de holding de contrôle, que ce soit en vue d'une cession pure et simple ou pour une
transmission dans le cadre familial. Cela étant, et notamment dans le cadre d'une
transmission au sein du groupe familial, l'in1érê1 de la société civi le ne doit pas être
négligé, notamment dans son effet de levier juridique pour optimiser les techniques
traditionnelles de dissociation du pouvoir et de l'avoir.

L Anention, l a l oi de Finances recti ficati ve pour2013 est venue oonsidérablem.ent restreindre les avantages de
cette Slratégie.
2. Pour plus d ' infonnations, voi r, entre autres, ISF et bie1u f'r<ife.ttÎ<)1111el.r par Serge A nouchian, éditions
Gualino.
204
La société civile . .

5.3 Gérer le patrimoine familial : la sociét é civile de famille


Le 1i1re est suffisamment éloquent, c'est la société qui a vocation à recevoir l'en-
semble du patrimoine de la famill e ... Pour y rester !
L' on aura compris que cene société civil e aura forcément un objet qui, 1ou1 en
restant émin emment civil, sera suffisamment large pour y autoriser les activités
immobili ères, qu'elles soient de j ouissance ou de rappon, la gestion des porte-
feuilles immobil iers privés et professionnels, voire la gestion decon1ratsd' assurance-
vie donc l'u1ili1é dans une gestion patrimoniale dynamique n 'est plus à démon1rer.
Il faudra, bien sür, s 'entourer de coutes les précauti ons pour ne pas que la société
devienne commerciale, il suffira alors d' interdire 1ou1e opération commerciale ou
à bue spéculatif, d' interdire ce nains types d 'opérations, notamment en bourse,
particuli èrement à risque. Il conviendra de porter un soin paniculier à la désigna-
tion d' un ou plusieurs gérants, de prévoir les modali tés de sa succession en cas de
disparition prématurée, et de définir précisément l'étendue de ses pouvoirs, c'esc-
à-dire l'ensemble des décisions qu 'il sera autori sé à prendre seul et celles pour
lesquelles il faudra recourir à l'autorisation des associés, dans des conditions de
maj orité qu ' il c onviendra aussi de codifier. Cene s1rucrnre devrait être paniculiè-
remenc utilisée, dans le cas de patrimoines diversifiés et importants, aux mains de
grandes famille s incergénérationnelles, et qui souh ai tent ardemment et avant 1ou1
garder en leur sein l'ensemble du patrimoine et des richesses bâties par les
ancêtres ' . Une rédaction particulièrement « pointues» des statues, des clauses de
gestion, des cl au ses d' affectation de résultats, des cl auses de re1rai1 d' associés, et
de cession de parcs sera évidemment le préalable nécessaire et indispensable du
succès de l'opération.
Parmi les multiples avantages de la société civile, nous avons insisté sur celles
relatives à la transmission du patrimoine, voyons les maintenant un peu plus en
détail.

~
§
~
-li
Section 3 LA SOCIÉTÉ CIVILE COMME OUTIL
E DE TRANSMISSION DE SON PATRIMOINE
~
g
• Dans ce qui va suivre, la 1ransmission s'entend de celle qui est opérée de son plein
'f gré, c'est-à-dire de son vivan1.2
l
~ L Ce sont les adeptes de l' adage « nous n'hérilons pas de La terre de nos parents, nous l'empruntons à nos
] enfanLt: » !
o 2. Ce que nous avons ooutuinede résumer de façon poétique par l' adage : « Il vaut mieux prendre ses décisions
0 à froid pendant que 1' on est encore chaud, plutôt que d'avoir à les prendre à chaud, alors qu'on est déjà froid ! »
205
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

1 Le démembrement des parts de société civile

De façon très schématique, et sans douce un peu réductrice, optimiser la transmis-


sion d 'un patrimoine consiste à transférer les biens acqui s à ses héritiers, en respec-
tant les contraintes du droit de la famil le et du Code civil, 1ou1 en maintenant sur le
plan économique des conditions de v ie décences, le 1ou1 si possible en optimisant les
droits de mutation.
Respecter le Code civil et le droit de la famille consiste bien entendu à ne pas
considérer la société civile comme un outil qui permenraic de contourner les dispo-
sitions quasi séculaires du droit de la famille cel les que la réserve ou la quotité dis-
ponible. Maintenir sur le plan économique des conditions de vie décences nous
replonge une fois de plus dans les techniques qui consistent à dissocier le pouvoir et
l'avoir. Nous l'avons déjà évoqué et les outils à notre disposition sont assez connus.
Il s' agit d' abord de rédiger adroitement les statues de la société, en aménageant les
pouvoi rs de l a gérance, la répartition des résu ltats ou en incluant dans les starucs des
parcs à droit de vote plural. li s'agit ensuite du démembrement de propriété, et plus
exactement encore du démembrement des parcs de la société civile. Cenains sché-
mas sont à cet égard paniculièremenc efficaces, nous en verrons quelques exemples,
ce qui nous permenra d' ailleurs d' aborder quelques considérations acruelles sur les
limites qu 'i l convient d' observer encre l'habileté fiscale et l'abus de droic. Dans
l'ensemble de ces situati ons, la société civi le offre, une fois de plus, sa grande sou-
plesse ec ses facul!és d'adaptation.
D ' abord, ec même si cela combe sous le sens commun, i l est plus facile de trans-
menre20 % du capi tal d' une société civile que 20 % d' un immeuble! Ensuite, parce
qu ' il est plus discret de présenter à la formalité de l'enregis1remen1 une cession de
parcs sociales concernant x % d 'une société civi le, donc on aura fixé le capital d' un
montant faible (1 000 euros), plu1ô1 que 1ou1 ou partie d 'un i mmeuble, ce qui
requi en l'intervention d' un notaire' et l'i nscription aux hypothèques. Enfin, parce
que la transmission progressive des parcs sociales va permenre de pouvoir combiner
l'ensemble de ces avantages, en bénéficiant mal gré 1ou1 d' un abanemenc global,
généralement de 20 %, à cause de l'illiquidicé des litres de la société civile représen-
tée notamment par les clauses res1ric1i ves de négociation , généralement i ncluses
dans les starucs.

2 Transmettre à ses enfants au moindre coût fiscal

Essayons maintenant de résumer et d' illustrer ces propos à travers un exemple


concret.

L Anention ~ux fausses économies : seuls ce11<lins not.aires so:nt c.apables d'appréhender, dans certains c.as,
l'ensemble de la problé1na1ique famili ale, sur le plan ci\1il, économique et fisc.ale.
206
La société civile . .

Monsieur et Madame Tai rieur, âgés de 62 ans, one deux enfants : Alain & Alex.
Schématiquement, leur pa1rimoine se présence comme suie :

Tableau 11.4
1 Prix -
\/a leur Emprunt Rendement
d'achat acquise restant dû annuel

Immeuble de rapport ssoooo 900000 200000 soooo


Portefeuille d 'actions 300000 lSOOOO 0 lSOOO

Liquidités 20000 20000 0 0


Total 900000 1270000 200000 6SOOO

Bien entendu, et comme souvent dans pareil cas, ils souhaitent anticiper les trans-
missions de leur patrimoine pour en réduire le cofü, mais 1ou1 en conservant l' in1é-
grali1é des revenus donc ils one besoin, cane pour assurer leur 1rain de vie que pour
compléter leurs retraites futures.
• Stratégie 1
Donation parcage de la nue-propriété de l'immeuble de rappon et du ponefeuille
d'actions.
Valeur de donation :
De l'immeuble 900 000 - 200 0001 = 700 ()()()
Du portefeuille 350 ()()()
Soit au total 1050000
Compte tenu de l'âge des donateurs, la valeur respective de l'usufruit et de nue-
pmpriécé est de 50 %2, soie une valeur de donation de 525 000 €, chaque enfant
percevant 262 .500 €, ce qui après les abanemencs ac1uellemen1 en vigueur3 de
~ 1OO000 €chacun, aboutira à une base caxable de 162 500 €par enfant On remar-
§ quera dans cene s1ratégie que sur le plan de l'impôt de solidarité sur la fonune, donc
~ les parents res1emn1 redevables, la base ne pourra être inférieure au mon cane retenu
-li dans l'acte de donation.
E
~ • Stratégie 2
g
.~ Supposons à présent, que les époux Tairieur aient constirué dès l'origine une
~ société civile, au capital de 10 000 €, pour acquérir et constituer ce même patri-
{
.5 1. Il est doréna\fan.1 possible, sous œrtai nes oondi1io ns, rnêine en cas <le donation, de dédui re de La \faleur trans-
] mise les emprunL~ oornractés.
~ 2. Voir barèine de l'ru1icle669 du Code général des i mpôL~.
0 3. Abaneinent po11é à 159 325 €par La loi de Finances pour 2011 et rainené à 100000 par l a LFR 2012 !

207
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

moine. À la date de la 1ransmission projetée, le bilan de la société civile présentera

-
les caraccérisliques suivances :
Tableau 11.5
Vateur
ACTIF Vateur origine PASSIF
acquise
Immeuble ssoooo 900000 C.pltal 10000

Portefeuille
Report à
300000 3SOOOO 30000
nouveau
Emprunt 200000
Liquidités 20000 20000 Compte courant• 660000
TOTAUX 900000 1270000 TOTAUX 900000

La valeur des parts sociales s'établit ainsi à:


Acti f patrimonial : 1270000
Passif à dé duire :
- Compte courant -660 000
- Emprunt -200 000
Valeur des parts 410 000
S 'agissant de la donation de la seule nue-propriété, et compte tenu du barème
fiscal (valeur de la nue-propriété égale à 50 % de la pleine propriété), la valeur de
donation est donc globalement de 205 000€, soit pour chacun des enfants 102 500 €.
Ce montant est donc quasiment absorbé par le s abanements accordés en ligne
directe (100 000 €)et, par conséquent, aucun droit de mutation ne sera acquiné. Il
est faci le de remarquer au passage que, même pour un pa1rlmolne plus Important, et
s'agissant de parts de sociétés civi les, il est faci le de transmetlre tous les 15 ans le
nombre de pans correspondant, peu ou prou , aux: abanements, pour pouvoir 1rans-
menre dans l'énorme maj orité des cas, sur une période de 20 ans, une pan signifi-
cative du pal rimoine en quasi franchise d' impôt. '

• Stratégie 3
Cene stratégie, un peu plus « dynamique », consiste à 1ransmenre la pleine pro-
priété des parts d' une société civi le, à laquelle on aurait préalablement apponé la
nue-propriété des actifs à 1ransmenre. Par rapport au schéma précé dent, cene s1ra-
tégie a l'avantage d' autoriser la valorisation économique2 des actifs apponés
puisque le barème fiscal n'est obligatoire qu 'en matière de droit de mutations.

L Ce compte courant trouve son origine dans La contrepa11ie du po11efeuiUe et des appo11s effectués pour faire
face à l'emprunt, ainsi que l'affectation des ré:s uhaL~ antérieurs.
2. Voir chapitre« Le démembreinent de propriété».

208
La société civile . .

Cependant, sans encrer dans un débat juridique ex1rêmemen1 complexe, ce schéma


appelle encore aujourd 'hui de 1rès séri euses précaucions.
Quels sont les enjeux ?
Reprenons l'e xemple ci-dessus :

Tableau 11.6
1 Prix d'achat Vateur acquise
Vateur économique Rendement
de rusufruit annuel

Immeuble de rapport 580000 900000 SAOOOO soooo


FOrtefeullle d 'actiortS 300000 lSOOOO 211000 15000

Liquidités 20000 20000 0 0


Total 900 000 1270000 65000

Le calcul de la valeur économique' se fonde sur l'acrualisation des flux de revenus


fucurs dégagés par le bien en question, sur une durée équivalence à l'espérance de
vie du donateur :

Chaque flux lfucur (Flux!) va ainsi être converti en une valeur à la dace d 'au-
j ourd' hui, par le biais du taux d 'acrualisation (R). La somme de ces flux acrualisés
donne la valeur du bien2 •
Dans noire exemple, le calcul a été effectué sur une durée de vie moyenne de
25 ans et avec un taux d' actualisation sensiblement équivalent au taux de rendement
du bien en question. De ce fait, la valeur de la nue-propriété s 'obtient en déduisant
la valeur de l'usufruit de la valeur en pleine propriété. Au cas présent, la nue-
pmpriécé de l'immeuble resson à 360 000 € ec celle du ponefeuille à 139 000 €, soit
globalement une valorisation assez nenemenc inférieure à celle obtenue par l'appli-
~ cation du barème fiscal. Et, par conséquent, les droits de mutation à 1i1re gracuic
§ s'appliquant sur une base no1oiremen1 inférieure, l'impôt à acquiner n'en sera que

-li~ moindre.
E • D étail des calculs
~
g Valeur économique de l 'usufruit de l' immeuble :
Le taux d' intérêt annuel est de 8 %, soit un taux équivalent mensuel de:
Rm = [ 1 + 0,08] 1112 - 1 = 0,643 4 % par mois

1. Cette approche est présentée en dét.ail au chapi tre « Le déinembre.-n ent de propriété».
2. Voir étude d eca~ pour un exemple de mise en œuvre.

209
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

La valeur de l'usufruit correspond à l'actualisation à ce eaux des 300 (25 années


de 12 mois) loyers mensuels, que l'on suppose stables à4 167 €:
1 - ( 1,00643)--""'
V•~'"'' = 4 .167 X = 553 084 € ~ 540 000 €
. 0,00643
Valeur économique de l'usufruit du portefeuille d' actions :
Le revenu annuel étant de 15 K€, pour un mux de rendement exigé de 5 %, nous
obtenons, sur un horizon de 25 ans :
V , . = 15 OOOX l-(l,0 5)-" =210 41 0€ ~ 211 000€
Ul'al Nii 0,05

Cene s1m1égie, après avoir été régulièrement mise en cause par l'administration
fiscale, notamment par la procédure dite de l'abus de droit, semblait avoir connu une
période d'accalmie'. En effet, à la suite de 1rès longues pérégrinations donc il serait
encore une fois fastidieux d'en rapponer le démil ici, 2 les professionnels one enfin
cru arriver le temps de la sécu risation de ce schéma. En cous cas en ce qui concerne
le Conseil d' État, car malheureusement, en ce qui concerne la Cour de cassation, de
récentes décisions sont venues un peu souffler le chaud et le froid sur la validation
jurisprudentielle de cene scratégie. 3 Cependant, le respect de cenaines précautions
élémentaires, notamment quant à la substance et la finalité de la s1m1égie, devrait
permenre une validation défini live de ces techn iques.

i S'assurer une retraite paisible


La société civile et le démembrement peuvent apponer bien d' autres solutions en
fonccion des sicuations renconcrées dans une gesc ion dynamique du pa1rimoine. Le
métier du conseil en gestion de pa1rimoine est j ustement d'apporter la meilleure
réponse à une situation donnée. Encore une fois, prenons un nouvel exemple, symp-
tomatique de l'adapcabilicé à 1ou1e situation que permet une société civile, lorsque
l'on peul adroitement utiliser le démembrement de propriété.
Examinons le cas de M. G. Touprevu !'
Il a 56 ans, il est président d' une société florissante donc la reprise n'intéresse pas
ses deux enfants majeurs. Il a un pa1rimoine confonabl e, il est marié et heureuxs.

1. Voir à ce sujet l 'e:<œllent a11icle de f\·larc lwanesko, dans la 1'C\'Ue Dr<ûJ & Pütri11uû11e, N(I 128.
2. Nous reconaou ndons toutefois La locrure anen1ive des écri L~ de Pierre Fernou.:<, le plus ardent défenseur de
cette stratégie, noiaminent par son ai1icle réc.apirulaüf paru dans La Rev11ede Dr0i1 Fi.rtül, NO 12 du 22 ou rs 2007
et s'intitulant « SCI t t dé11\è1Ubrt11\e1H dt propriété~ 11épHôgue hturtux ti1un long oomb.àt » .
3. Not.aininen1 Saunier, Cas.~ation Commerciale 15 ou i 2007, N<:I ()6.14.262.
4. Issu d' un a11icle paru en j uin 2001, 011w~r11tre NO 45, Serge Allouchi an.
5. Coin.ne quoi, tout est possible !
210
La société civile . .

Ou1re la société donc il est le président, et donc la valeur est estimée aujourd'hui à
1 500 K€. Son pauimoine esc composé de :
Désignation Valeur actuelle
Résidence principale 350000
Résidence Cannes 450000
SCI Baseille 1 000000
Liquidités 100000
Total 1900000
Son revenu actuel est de 120 000 €par an. Bref, 1ou1 semble aller pour le mieux
dans le meilleur des mondes, mais ce brave G. Touprevu a néanmoins quelques
soucis:
- Il craint d'abord qu'à 60 ans (il en a 56), sa re1rai1e soie largement insuffisance
pour couvrir ses besoins. En effec, avanc la cons ci ru lion de la sociécé anonyme
donc il sera question, il émie anisan plombier ec dans 1ou1e la première partie de
sa vie professionnelle, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il ne s'est pas
préoccupé de ses problèmes de re1mi1e.
- Malgré une relative réussite professionnelle, il n'a absolument rien préparé
quant à sa 1ransmission, et il est parfaitement conscient qu'un décès accidentel
serait camstmphique au moment de la liquidation de sa succession.
La société civile immobilière (SCI Bastille), constituée en 1976, encaisse de la
société anonyme un loyer de 72 000 € par an. Elle a bien sflr in1égmlemen1 rem-
boursé les emprunts d'acquisition, et un agent immobilier récemment consul!é a
évalué le bien à environ 1 000 000 €. Parmi les solutions qu'il envisage, il songe à
vendre l'immeuble de sa SCI, mais il constirue pour l'inscanc un complément de
revenus appréciable ec surwuc, il n 'en1revoi1 pas de solution de subs1i1u1ion dans un
meilleur placement ayant, de par sa formation et sa cul!ure, assez peu de goüc pour
les placements boursiers.
Le choix qu'i l doit opérer est 1rès délicat pour lui :
- D'un côté, la cession n'en1raînemi1 aucune plus-value, compte tenu de la
durée de détention, et le replacement de la somme pourrait être facilement
optimisé d'après les conseils de banquiers, et cela malgré l'assujenissemenc
à l'IS F.

. - De l'au1re côté, le placement a un revenu très satisfaisant, quoique lourdement


taxé, et présence à ses yeux une sécurité donc il aimerait faire profiler ses
t
l~
en fanes.
Quanc à l'enireprise d'exploimlion, c'esc sa véricable tiercé, même si les dernières
· années one connu une légère décrue. Les résul!acs annuels sont de l'ordre de 60 K€,
] nets après impôts, et la société dispose d'une 1résorerie quasiment pléthorique de
o 1 200K€ !
211
LA DIMENSION JURIDIOUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Dans ce contexte, les objectifs étant clairemenl posés, la solution est, en réalité,
coute cmuvée ! La sociécé civile va céder l'usufruic des locaux immobiliers à la
société d'exploitation, pour une durée de 12 ans. Cet usufruit temporaire va être cédé
à la société d'exploitation moyennant un prix de 600 000 €, correspondant à la
valeur actuel le de 12 ans de loyers actualisés à un taux de 7 %, représentant le ren-
dement actuel du bien.

• Détail des calculs


Valeur économique de l'usufruit :
Le taux d 'i ntérêt annuel est de 7 %, soit un taux équivalent mensuel de:
Rm = (l+0,07 ) 1112 - 1 = 0,565 % par mois
La valeur de l'usufruit correspond à l'actualisation à ce taux des 144 (12 années
de 12 mois) loyers mensuels, que l'on suppose stables à 6 000 € :
1 -(1 00565) ,..
V , . = 6 000 X ' = 590 430 € ~ 600 000 €
U~ MO 0,00565

Sur cene transaction, la société d'exploitation devra acquiner les droits d'enregis-
trement sur une valeur définie par l'anicle 669-Il du CGI qui fixe à 23 % de la pleine
propriété, par période de 10 ans, la valeur à retenir pour un usufruit temporaire'.
Ramenée au cas présent, la valeur de la pleine propriété est de 1 M€, et celle de
l'usufruit temporaire, accordé pour une période de 12 ans, est de 460 K€ ( 1 000 K€
x 46 % car 12 ans couvrent 2 périodes de JO ans, soit 2 x 23 %). Par conséquent, le
montant des droits d'enregistrement sera de 5, 10 % sur 460 000 €, soit 23 460 €.
Voyons à présent la situation de chacune des panies à l'acte.
Pour la société anonyme d'exploitation, les avantages sont nombreux :
- elle pérennise pour une longue durée un coOt d ' occupation favorable. Elle subs-
titue, de plus, une situation d 'usufruitier à une situation de locataire ce qui est,
sur le plan juridique et sur le plan de la pérennité des droits conférés, plus
sécurisant ;
- elle substitue un loyer de 72 000 €par an à un amonissemen12 de 50 000 €cor-
respondant à l'amonissement sur 12 ans de l'acquisition de l'usufruit temporaire
de 600 000 €, ce qui a le double avantage d' augmenter les résultats d'exploita-
tion et de présenter un meilleur cash-flow, l'amortissement étant une charge non
décaissée;
- enfin, elle facilite une future cession de l'entreprise en ayant dégonflé la tréso-
rerie non directement nécessaire à l'exploitation.

1. La base des droi L~ d'enregistrement est différente de celle rete.nue pour l'appo11.
2. Coin.ne chacun le sai1 aujourd' hui, un usufruit temporaire est parfai1einen1 amo11issable.
212
La société civile . .

Pour la situation personnelle de M. G. Touprevu :


- il encaisse un capi1al non négligeable, de 600 000 €,en franchise de 1ou1 impôt,
le bien immobilier é1an1 détenu depuis plus de 30 ans ;
- il peul utiliser adroitement cene trésorerie pour combler sa principale source
d' inquiétude, le paiement évenruel de ses droits de succession, par exemple par
la souscription d'un contrai d'assurance adéquat ;
- il lui sera bien sflr possible d'appréhender directement cene somme. De la sone,
la société civile se trouvera dans une siruation idéale pour être transmise à ses
enfants en quasi franchise d'impôt compte tenu de sa siruation juridique.

Anencion : La loi de Finances rectificative a prévu de meure un terme à cene


catégorie de s1ra1égie, en imposant le prix perçu à l'occasion de la cession de
l'usufruit temporaire comme un LOYER !
Au1an1 dire qu' il faudra désormais renoncer à cene stratégie ... en cous cas dans
le schéma ci-dessus décrie.

Quant à la société civile :


- elle sera nue-proprié1aire des locaux d'exploicalion pendant une durée de 12 ans ;
- cene situation n'encramera pas de modifications profondes au niveau de l'ISF,
notamment en cas de donation uhérieure des pans aux enfants ;
- sur un plan s1ric1emen1 patrimonial, elle se trouvera en situation idéale pour que
les pans soient ainsi transmises en quasi franchise d'impôt par le j eu des abane-
mencs aux enfants de notre entrepreneur avisé ;
- au terme des 12 ans, la pleine propriété sera reconstituée dans la SCI, procurant
ainsi, de nouveau, des revenus appréciables à ses associés.
Voilà quelques pistes, que le cadre forcément restreint d' un ouvrage de ce cype ne
nous amorise pas à dépasser. Le lecteur aue1Hif aura pu cependant suffisamment déce-
ler les innombrables atouts de cet outil adaptable et pratique, à condition de faire
preuve d'un minimum de bon sens, et de ne jamais sacrifier à la 1en1a1ion de l'écono-
mie fiscale, la sagesse de la ri gueur économique dans un cadre juridique ordonné.
~
§
~
-li
La gestion dynamique d'un patrimoine à travers la société civile paraît pouvoir être valable·
E ment illustrée à travers une règle que j'appellerai: 2 I 2 R: Imagination, Intelligence, Raison,
~
g Respect!
Imagination, car vous l'aurez compris, l'espace de liberté que confère cet outil extraordi·
naire reste chaque jour à explorer. Tel schéma auquel personne n'avait songé voilà une
dizaine d'années, voire même auquel tous les praticiens prédisaient la mort subite, peut se
retrouver au rang de stratégie incontournable.
Intelligence, parce que cette grande liberté ne doit pas conduire à inventer, ni une usine à gaz,
ni à mettre en œuvre des stratégies complexes et coûteuses pour résoudre un problème mineur.

213
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Raison, évidemment, car même si le souci fisc.al demeure une préoccupation constante
dans notre pays, ce qui peut être justifié tant par le taux de pression fisc.ale que par l'insé-
curité croissante de la législation largement étayée par les changements incessants, le but
principal d'une gestion de patrimoine efficace n'est pas en premier lieu de payer moins
d'impôts, mais d'assurer la jouissance paisible de son patrimoine après une période d'in-
tense activité, tout en optimisant les conditions de la transmission d'un patrimoine si
patiemment constitué.
Respect, enfin, car la matière mêmede la gestion de patrimoine embrasse un éventail qua-
siment illimité de législation au sein desquelles il importe de savoir respecter une hiérar-
chisation des priorités.
Sénéque, encore lui, disait « Il n'y a pas de vent favorabf.e pour celui qui ne sait pas où aller».
Puisse la société civile être le bateau qui, sagement conduit par un capitaine expérimenté
et attentif, saura conduire votre patrimoine au port que vous aurez choisi.

Annexe 1 - Faut-il amortir ? Faut-il dîstribuer le résultat?


les réponses par un exemple récapitulatif
Mr & Mme Otto Heckol souhaitent acquérir, via une SCI , un bien immobilier dont lesc.arac-
téri stiq ues sont les suivantes :
Prix total 330000 Dont frais 30 000, terrain estimé â 20 %
Apport personnel 30000 Supposé étredans le capital de la SCI

Emprunt 300000 Au taux de 6% sur lS ans


Loyer annuel 29000 Non lndexë parsimpllfic.atlon

Échéance annuelle lO 889 Échéance fixe

Sur le plan c:omptable, c'est-à-dire sans les conséquences fisc.ales qui n'interviennent qu'au
niveau des associés, voici comment se passent les dix premières années:

Année 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
Lo~· 29000 29000 29000 29000 29000 29000 29000 29000 29000 29000
lnttrits 18000 17227 16«!7 15538 14 617 13 641 12606 11509 10346 9Til
Amorti ssement 17200 17200 17200 7200 7200 7200 7200 7200 7 200 7 200
R ~ ultat - 6200 - 5427 - 4607 6262 7183 8159 9194 10291 11454 12687
Cumul rtsultat - 6200 - 11627 - 16234 - 9972 - 2789 5 371 14 565 24856 36310 48997

capital
12889 ll 662 14482 15351 16272 17 248 18283 19380 20543 21m
rembourst
Trtsorerie
- 1889 - 1889 - 1889 - 1889 - 1889 - 1889 - 1889 - 1889 - 1889 - 1889
annuelle

Trésorerie
-1 889 - 3n8 - 5 666 - 7555 - 9444 -n m - 13 ll2 - 15TI1 - 16999 - 18 888
cumulée

214
La société civile . .

Et les dix années suivantes:

Année n
__ ·- -
,
12 1l 14 15 16 17 18 19 20
Loye< 29000 29000 29000 29000 29000 29000 29000 29000 29000 29000
lnttrHs 7 807 6422 4954 3 398 1748 0 0 0 0 0
Amortissement 7200 7 200 7 200 7 200 7200 7200 7200 7200 7 200 7200
lœsultat 13993 15 378 16846 18402 20052 21800 21800 21800 21800 21800
Cumul rtsultat 62990 78368 95 214 113616 lll 668 155468 1n268 199068 220868 242 668

capital
23082 24467 25935 27491 29140 0 0 0 0 0
rembourst
Trtsoreri e
- 1889 - 1889 - 1889 - 1889 - 1889 29000 29000 29000 29000 29000
annu elle
Trésorerie
- 20m - 22666 - 24555 - 26444 - 28 332 668 29668 58 668 87668 TI6668
cumulée

~amortissement est calculé sur la base d'un taux de 3 % l'an, hors la valeur du terrain. Les
frais d'acquisition sont répartis sur 3 ans. Les nouvell es règ les comptables autorisent en fait
de les passer en charges dès la première année, mais cela n'influence pas la présente
démonstration.
Regardons, dans un premier temps, la présentation du bilan de la SCI, suivant que le résultat
est affecté (distribué) aux associés ou laissé en report à nouveau.

Adif Brut
__
Présentation du bilan d'ouverture : Valeur vénale de l'immeuble de 300 000 €
,

Amort. Net Passif Net


Constructions 300000 300000 Capital (2000 parts} 30000
Frais achat 30000 30000 Report â nouveau
Emprunt 300000
Compte courant
TOTAUX 330 000 330 000 TOTAUX 330 000

Valeur de la part sociale : 15 € (30 000/2 000)


Commentaires: Il s'agit simplement de la constatation de l'acquisition, la valeur vénale de
l'immeuble est égale à son prix d'achat, et la valeur de la part est égale à son nominal.

cas n' 1: Présentation du bilan à N + 10 ans, le ré.<ulta t n'est pas distribué


Valeur vénale de l'immeuble :400 000

Adif Brut Amort. Net Passif Net


Constructions 300000 72 000 228 000 Capital (2000 parts} 30000
Frais achat 30000 30000 0 Report â nouveau 48 997
Emprunt 13011S
Compte courant 18&88
TOTAUX 330 000 102000 228 000 TOTAUX 228 000

215
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Valeur de la part sociale: 125 €


En effet:
Immeuble 400 000 €
- Emprunt 130 115 €
- Compte courant 18 000 €
Total 250 997€ Pour 2 000 parts, soit 125 € la part.
Commentaires: La société a pratiqué 10 ans d'amortissement, les associés ont comblé, par
apports en compte courant, les insuffisances de trésorerie. Le report à nouveau représente
le résultat cumulé des exercices passés (voir tableau initial). La valeur vénale de l'immeuble
a bien sûr augmenté, et l'estimation ainsi donnée paraît raisonnable. La valeur de la part
est calculée en déduisant de la valeur vénale de l'immeuble, les dettes de la société, qui
sont représentées par l'emprunt restant dû, et les comptes<ourants.

Cas n' 2: Présentation du bilan à N + 10ans, le ré.<uha t est dist ribué


Valeur vénale de l'immeuble : 400 000

Actif Brut Amort. Net Passif Net


ConstructlortS 300000 72000 228 000 Capital (2000 PARTS} 30000
Frais achat 30000 30000 0 Report â nouveau 0
Emprunt 13011S
Compte courant 6 7885
TOTAUX 330 000 102000 228 000 TOTAUX 228 000

Valeur de la part sociale: 101 €


En effet:
Immeuble 400 000 €
- Emprunt 130 115 €
- Compte courant 67 885 €
Total 202 OO€ Pour 2 500 parts, soit 101 € la part.
Commentaires : La différence saute aux yeux .11 n'y a plus de report à nouveau et le compte
courant a augmenté du résultat accumulé. La valeur de la part est calculée en déduisant de
la valeur vénale de l'immeuble, les dettes de la société, qui sont représentées par l'emprunt
restant dû et les comptes-courant. Conséquence, la valeur de la part a diminué !

Cas n° 3: Présentation du bilan à N + 15 ans, le ~uhat n'est pas distribué


Valeur vénale de l'immeuble : 500 000

Actif Brut Amort. Net Passif Net


ConstructlortS 300000 108 000 192000 Capital (2000 parts} 30000
Frais achat 30000 30000 0 Report â nouveau 133 668
Emprunt 0
Compte courant 2sm
TOTAUX 330 000 138 000 192000 TOTAUX 192000

216
La société civile . .

Valeur de la part sociale : 235 €


En effet:
Immeuble 500 000 €
- Emprunt 0€
- Compte cou ra nt 28 232 €
Total 471768 € Pour 2 000 parts, soit 235 € la part.
Commentaires: La société a pratiqué 15 ans d'amortissement, les associés ont comblé, par
apport en compte courant, les insuffisances de trésorerie. Le report à nouveau représente
le résultat cumulé des exercices passés (voir tableau initial). ~e mprunt est remboursé. La
valeur vénale de l'immeuble a bien sûr augmenté, et l'estimation ainsi donnée paraît rai-
sonnable. La valeur de la part est calculée en déduisant de la valeur vénale de l'immeuble,
les dettes de la société qui sont représentées par les comptes<ourants.
cas n' 4: Présentation du bilan à N + 15 ans, le résultat est dc<tribué
Valeur vénale de l'immeuble : 500 000

Adif Brut Amort. Net Passif Net

Constructions 300000 108000 192000 capital (2000 PARTS) 30000


Frais achat 30000 30000 0 Report â nouveau 0
Emprunt 0
Compte courant 162000
TOTAUX 330 000 138000 192000 TOTAUX 192000

Valeur de la part sociale : 169 €


En effet:
Immeuble 500 000 €
- Emprunt 0€
- Compte cou ra nt 162 000 €
Total 338000€ Pour 2 000 parts, soit 169 € 1a part.
Commentaires: La valeur de la part est toujours calculée en déduisant de la valeur vénale
de l'immeuble, les dettes de la société, qui sont représentées par les comptes-courants.
Conséquence, la valeur de la part a diminué de façon significative !
cas n' 5: Présentation du bilan à N + 20ans, le ré.<uha t n' est pasd <stribué
Valeur vénale de l'immeuble : 600 ooo

Adif Brut Amort. Net Passif Net

Constructions 300000 144 000 156000 capital (2000 PARTS) 30000


Frais achat 30000 30000 0 Report â nouveau 242 668
Emprunt 0
Trésorerie 116 668 116 668 Compte courant 0
TOTAUX 446 668 138000 272 668 TOTAUX l72 668

217
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Valeur de la part sociale: 300 €


En effet:
Immeuble 600 000 €
- Emprunt 0€
- Compte courant 0€
Total 600 000 € Pour 2 000 parts, soit 300 € la part.
Commentaires : La société a pratiqué 20 ans d'amortissement, l'emprunt étant remboursé
depuis 5 ans, la trésorerie s'accumule. Dans la réalité, les associés prélèvent, évidemment,
la trésorerie excédentaire. La valeur vénale de l'immeuble a bien sûr augmentée, et l'esti-
mation ainsi donnée paraît raisonnable. La valeur de la part est calculée à partir de la valeur
vénale de l'immeuble, car dans cette situation, il n'y a plus de dettes.
Cas n' 6: Présentation du bil an à N+ 20 ans, le résulta• est dL<tribué
Valeur vénale de l'immeuble : 600 000

Actif Brut A mort. Net Passif Net

ConstructlortS 300000 144 000 156000 Capital (2000 parts) 30000


Frais achat 30000 30000 Report â nouveau 0
Emprunt 0
Trésorerie 0 Compte-courant 126 000
TOTAUX llO 000 138 000 1S6000 TOTAUX 1S6000

Valeur de la part sociale: 237 €


En effet:
Immeuble 600 000 €
- Emprunt 0 €
- Compte courant 126 000 €
Total 474 000 € Pour 2 000 parts, soit 237 € la part.
Commentaires : Les mêmes causes produisent les mêmes effets ! La valeur de la part est
calculée en déduisant de la valeur vénale de l'immeuble, les dettes de la société, qui sont
représentée s par les comptes-courants. Conséquence, la valeur de 1a part continue de di mi-
nuer de façon significative !
Première co nstatation: La différence entre résultat distribué et le résultat mis en report à
nouveau se trouve dans la valorisation de la part et l'apparition du compte courant. Si l'on
ne distribue pas le résultat, on minimise le compte courant mais on augmente la valeur de
la part.
Quels seraient les résultats obtenus si la société civile n'avait pas comptabilisé d'amortissement 7
Très simplement, les résultats de chaque année seraient augmentés des amortissements
comptabilisés sur l'immeuble (ici 7 200 €).Et, selon que ce résultat est distribué ou laissé en
report à nouveau, la valeur de la part et les montants de compte courant évoluent.

218
La société civile . .

Voyons les conséquences sur ce tableau récapitulatif:

Année 10 10 15 15 20 20
Valeur Immeuble 400000 400000 500000 500000 600000 600000

Compte Compte Compte


Valeur Part sociale Part sociale Part sociale
courant courant courant

AVEC AMOR11SSE.MENT
Avec distribution 101 67 885 169 162000 237 126000
Sans distribution 125 18 888 235 28 232 300 0
SANS AMORTISSE MENT
Avec distribution 65 139 885 115 270000 165 270000

Sans distribution 125 18 888 235 28 232 300 0

Plusieurs constatations:
- Quand on ne distribue pas le résultat, le fait d'amortir ou non n'a aucune incidence sur la
valeur de la part ou le montant des comptes courants.
- Quand on amortit l'immeuble, on diminue évidemment le résultat, et suivant que ce
résultat est distribué ou non, on augmente soit la valeur de la part (sans distribution), soit
le compte courant (avec distribution).
- Quand on ne pratique pas l'amortissement, cela n'obère pas le résultat, et suivant que ce
résultat est distribué ou non, on augmente soit la valeur de la part (sans distribution), soit
le compte courant (avec distribution).
Conclusions
- Si l'on veut diminuer la base imposable d'une transmission de parts, et obtenir la valeur
de la part la plus faible possible, il vaut mieux ne pas amortir, et distribuer le résultat. On
se place alors dans un objectif de transmission programmée.
- Si l'on veut favoriser une cession, et diminuer les droits d'enregistrement, il vaut mieux
avoir un compte-courant important, et par conséquent, garder la même stratégie que ci-
dessus.
- Si l'on veut minimiser l'ISF, il vaut mieux éviter l'apparition de compte courant, et donc
privilégier une affectation des résultats en report à nouveau, quelle que soit la politique
d'amortissement.
- Si l'on n'a aucun objectif (c'est rare!) ou si l'on a tous les objectifs (c'est fréquent!), il vaut
mieux se garder de décisions irréversibles, et par conséquent, s'abstenir d'amortir, et comp-
tabiliser les résultats en report à nouveau!

219
LA DIMENSION JURIDIQUE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Annexez -Faut-li un capital faible ou fort?


~ réponses par un e."<einple récapitulatif.

Mr& MmeG. Touprevu, âgés de 51 ans, souhaitent acquérir, via une SCI , un bien immobilier,
d'une valeur de 200 000 € qu'ils vont financer de leurs deniers.Après une rapide discussion
avec leur notaire, ils hésitent quant à la fixation du capital entre:
1) Un petit capital de 10 000 €.
2) Un gros c.apital de 200 000 €.
3) Un gros c.apital, mais libéré progressivement.
Ils sont convaincus qu'après une dizaine d'années, à l'âge de leur retraite, ils seront amenés
à céder les titres de la SCI, l'immeuble ayant une valeur probable de 300 000 €. Ils vous
demandent de les aider à choisir le montant optimum du capital.
Présentation simplifié du bil an d'ouverture: petit capital

Actif Brut Amort. Net Passif Net

ConstructlortS 200000 200000 Capital 10000

Compte courant 190000


TOTAUX 200 000 200000 TOTAUX 200000

Présentation simplifié du bil an d'ouverture :gros capital

Actif Brut Amort. Net Passif Net


ConstructlortS 200000 200000 Capital 200000

Emprunt 0
Compte courant 0
TOTAUX 200 000 200000 TOTAUX 200000

En supposant que les loyers générés soient systématiquement prélevés par les associés, les
bilans de cessions, dix ans plus tard, se présenteraient exactement de la même façon. Par
contre, sur la base d'une valeur de l'immeuble de 300 000 €, le prix de cession des parts
serait de no 000 € dans le premier cas, et de 300 000 -€ dans l'autre.

220
La société civile . .

calculons à présent la plus-value imposable dans les deux situations:

Capital capital
10 ()()() 200000
Valeur de l'immeuble 300000 300000
À déduire: Compte courant 190000 0
Prix de cession des parts 110000 300000
Prix d'achat 10000 200000
Frais d'acquisition 750 15000
Total 10 750 215 000
Plus-value 99 250 85000
Durée de détention 10 10
Abattement en%. 50% 50%
Abattement déte ntlon 49 625 42 500
Abattement général 1000 1000
Plus-value Imposable 48625 41500
Montant lmpot ~9 %+ 12, l %) 15 220 12990
Total encaissé {Prix de cession+ compte courant- impôt) 284 780 287010

Plusieurs constatations:
- En ce qui conc:erne le capital libéré progressivement, le calcul est en tout point identique.
- Le prix de revient devrait être retraité, suivant les dispositions de l'arrêt BARADE, des
bénéfices imposés et des prélèvements opérés par les associés. Mais nous avons convenu
que les associés prélevaient régulièrement leurs bénéfices. Par conséquent, ce retraitement
ne change pas, dans cette situation, le calcul du prix de revient entre les deux situations.
- La différence d'impôt sur la plus-value est tout àfait minime. Cela est dû à la suppression,
depuis 2004, du coefficient de revalorisation dû à l'érosion monétaire, et à la baisse du taux
de l'impôt à 34,5 %, (19+15,5) contre près de 64 % auparavant.
~ Conclusions
~§ Le seul avantage tangible du capital fort est de limiter l'apparition de compte courant. Ce
'i) schéma serait donc à privilégier dans le cas où la société civile remplit les conditions pour
-li être exonérée d '15F. On pourrait également songer à ce schéma en cas d'objectif de revente
'E rapide avec forte plus-value. Dans les autres cas, il semble préférable de privilégier un capi-
~ tal faible, favorisant soit les solutions d'attente, soit les objectifs de transmission. Une
g solution idéale consisterait à combiner un capital fort... libéré progressivement, afin de
.~ prévenir les conséquences d'une fiscalité mouvante.
t '--~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~---'
l
~

221
La dimension
fiscale
de la gestion
de patrimoine

L a fiscalité des personnes physiques est un sujet paniculièrement sensible en


France, bien que l'impôt sur le revenu ne représente que 23 % des recenes fis-
cales de l'État en 2008 (contre 50 % pour la TVA). L 'impôt sur le revenu se cal cule
sur la base de huit catégories différentes de revenus, chacune faisant l'objet de règles
de taxation spécifiques. Le chapitre 12, coécrit par Benoît Nowaczyk et François
Besnard, traite des grands principes de cet impôt. Au sein de ces huit catégories, trois
intéressent plus particulièrement la gestion de patrimoine : les revenus de capitaux
mobiliers et les plus-values (mobilières), qui sont traités spécifiquement au cha-
pitre 13, coécrit par Emmanu elle Roy-Spiridion (ministère des Finances) et Mathieu
Becker (Aviva). et les revenus fonciers et les plus-values immobili ères présentés par
Olivier Lejeune (ministère des Finances) dans le chapitre 14, qui détaille également
les produits de défiscalisation immobili ère.
À coté de l'imposition des revenus, il existe un impôt taxant le patrimoine, l'impôt de
solidarité sur la fortune. Le chapitre 15, rédigé par Jean-Pierre Cos sin (Cour des
comptes), présente de façon approfondie l 'ISF et les différentes exonération~ dont il est
possible de bénéficier.
Limpôt
12 sur le revenu

B enoît N OWACZYK et Françoi s B ESNARD

L ' impôt direct sur le revenu, institué par les lois du 15 j uillet 1914 et du
31 juillet 1917 s'appl ique aux revenus perçus par les personnes physiques,
direc1emen1 ou indirec1emen11• Bien qu ' il représente aux yeux des contri buables le
principal impôt à payer, les recenes fiscales générées ne représentent que 15 à 20 %
des recenes fiscales totales annuelles de l'Écac, loin derrière un autre impôt
presqu'indolore, la TVA, qui représente près de 50 % des recenes fiscales de l'Écac.
L' impôt sur le revenu est uniquement payé par les personnes physiques (on parle
de ce fait d' impôt sur le revenu des personnes physiques, IRPP) et la détermination
de son montant suie une procédure complexe :

1. Nous rappellerons que les revenus générés par les sociétés non soumises à l' i rnpôt sur les sociétés sont i rnpo-
sés directement au niveau des as.t:ociés. 11 s'agit de La manifestation La plus tangible du concept de seini tJ'ansparenœ
4

fisc.ale des sociétés de l'ai1icle 8 du Code général des i mpôLt: (CGI) sou111ises à 1' impôt sur le revenu.

225
LA DIMENSION FISCALE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Étape l: { Revenu brut Revenu brut Revenu brut


Classification des revenus catégorie A catêgorie B catégorie C

Charges Charges Charges


déductib les déductibl es déductib les
catégorie A catégorie B catégorie C
Étape2: {
Détermination des revenus
nets par catégorie Revenu net Revenu net Revenu net
catégorie A catêgor îe B catégorie C

Étape3:
Dêtermî nation du revenu Re...,nu brut globa l
brut glob al

Charges à déduire

Revenu net global


Étap e 4:
Dêtermî nation du revenu
n et global im p osab le Abattement à déduire

Revenu net globa l imposable

n~~~::~~montant
Situation pers.annelle du contribuable
Détermi {
l'impôt sur le revenu dû ~l______M_o_nt_<i_n_t _de_l_'l_RP_P_d_û_ _ _ _ _~
Figure 12.1 - Les différentes étapes de détermination de l'impôt sur le revenu
des personnes physiques (IRPP)

Tous les ans, chaque contribuable détermine d'abord le mon cane de ses revenus par
catégorie (1rai1emen1s et salaires, revenus fonciers ...), puis déduit de ses revenus les
charges déductibles selon la réglemenmtion applicable à chaque catégorie. La
somme des revenus nets par catégorie donne le revenu brui global, auquel i l convient
de retrancher les éventuelles déductions générales (charges puis abanemencs). Il
revient alors au contribuable de déclarer ce revenu nec en n 'omenanc pas de préciser
coutes les informations personnelles utiles afin que le Trésor Public détermine avec
précision le montant de l'i mpôt dCl.
Il convienc de préciser que bien que l'IRPP aie vocation à s' appliquer à l'ensemble
des français, cous ne le paient pas, soie parce que l e mon cane de leur revenu nec glo-
bal i mposable n'est pas assez imponanc, soie parce qu'ils n'encrent pas dans le
champ d' application de cet impôt

226
L'impôt sur le revenu ..

Section 1 Champ d'application de l'impôt sur le revenu des personnes


physiques (IRPP)
Section 2 Détermination du revenu brut gl'obal
Section 3 Calcul de l'impôt sur le revenu
Section 4 Déclaration et paiement de l'impôt sur le revenu

Sect ion 1 CHAMP D'APPLICATION DE L'IMPÔT SUR LE REVENU


DES PERSONNES PHYSIQUES (IRPP)

1 Du contribuable au foyer fiscal

Selon le Code général des impôts (CG!) en son arti cle 6,


Chaque co11rribuable es1imposable à l'impôl sur le reve11u, Wiii e11 raiso11 de ses bé11éfices
el reve11us perso1111e/s que de ceux de ses e11fa111s el tles perso1111es co11sidérées comme
éram à sa charge.
Pour le droit fiscal, tout contribuable n 'est pas d estiné à être personnellement
imposable sur ses revenus. Le fisc retient la notion de foyer fiscal pour établir les
redevables de l'impôt, c'est-à-dire les personnes physiques qui devront payer l'im-
pôt. La détermination d'un foyer fiscal est emplie de bon sens. Ainsi, un couple
marié et désormais les couples pacsés sont soumis à une imposition commune sur
l'ensemble des revenus réalisés par les époux/pacsés, quel que soit le régime matri-
mon ial régissant leur vie patrimoniale. Suivant la même logique, les enfants du
couple sont ractachés au foyer fiscal de leurs parents ainsi que les personnes à la
charge des parents (voir infra pour davantage de précisions). La fiscalité épouse en
~ ce sens la vision traditionnelle de la famille.
§ Précisons toutefois que la législation applicable prévoit un certain nombre d'excep-
~ tions à ces principes généraux, notamment dans le cadre de procédure de divorce ou
~ d 'enfants ayant des revenus personnels tels que l' intérêt fiscal de la famille passe par
~ une imposition séparée.

.g
f 2 Le foyer fiscal vivant en France
l
~
· Comme tout impôt, l'IRPP a un champ d' application territorial limité. À titre
] liminaire, rappe lons que la nationalité du contribuable n' a, en principe aucun impact
o sur sa situation au regard de l'impôt sur le revenu. Sa seule situation géographique
227
LA DIMENSION FISCALE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

est appréciée pour sa qualité de con1ribuable passible de l'impôt sur le revenu en


France. En matière de fiscalité international e, le poids des conventions in1ema1iona·
les est tel qu ' il est forcement recommandé de se plonger dans la lecrure de celle
applicable à son cas d'espèce, cane les dispositions qu 'elles contiennent peuvent
présenter des différences avec les principes généraux énoncés ci-après.
Revenons à notre chère personne physique. Celle-ci sera considérée comme
contribuable si elle a son domicile fiscal en France. Cene condition se 1rouve satis-
faite si le contribuable se 1rouve dans l'un des qua1re cas suivants' :

OUI
Le foyer?

NON

Le lieu de séjour OUI


principal ?

NON

OUI
~activ ité professionnelle ?

NON

Centre des intérêts OUI


économiq ues ?

NON
NON Convention OUI
fiscale?

Figure U.2

Pour ne pas ê1re considéré comme con1ribuable par le fisc français, la personne
doit répondre successivement « NON » à ces qua1re questions puis se plonger dans
la leccure de la convention fiscale internationale donc il relève:
- Le foyer doit ici être compris dans son sens le plus commun : il s'agit du lieu où
vie habi1uellemen1 la personne ou sa famille. Ainsi, une personne physique déta-
chée par sa société pour 1ravailler une année dans un autre pays mais qui a laissé
son conjoint et ses enfants en France restera soumis à l'IRPP pour les salaires
perçus au cours de l'année.

L Les cas ne sont pa..~ cumulatifs. Une seule condition rem.plie suffit au oontJ'ibuable pour être rede\fable de
l'impôt sur le revenu français.
228
L'impôt sur le revenu ..

- Le critère du lieu de séjour principal s' apprécie par rapport à la seule situation
géographique du contribuable. Il ne doit pas avoir passé la majorité de son temps
en France: une personne vivant en France, à l'hôiel, pendant 200 jours alors que
sa famille réside dans un autre pays, sera considérée comme contribuable fran-
çais, puisqu ' ayant passé plus de la moitié d'une année en France ' .
- Pour le fisc français, toute personne exerçant son activité professionnelle prin-
cipale en France, que celle-ci soit salariée ou non, est considérée comme
contribuable.
- Enfin la personne physique dont les principaux investissements sont situés en
France ou dont le siège de ses activités est inscallé en France, est considérée
comme contribuable français selon la condition du centre des intérêts
économiques.

Sect ion 2 DÉTERMINATION DU REVENU BRUT GLOBAL

La fiscalité applicable est différente selon la nature de l'activité générant les reve-
nus du contribuable. Pour cene raison, il convient de déterminer, en premier lieu, la
nature des revenus imposables, puis en calculer le montant net, en faisant applica-
tion de la réglementation spécifique à la catégorie de revenus.

1 Les différentes catégories de revenus

Les différentes catégories de revenus sont limitativement énumérées dans l'article 1A


du CGI qui en retient huit. Que le lecteur ne se laisse pas abuser, malgré cene liste,
l'ensemble ou presque des revenus tombe sous le champ d'application de limpôt sur le
~ revenu dans la mesure où le législateur a pris soin de déterminer avec soin sept des huit
§ catégories et a laissé le soin à la dernière d'englober l'ensemble des autres revenus non
] précédemment pris en compte. Les huit catégories de revenus sont les suivantes :
E - revenus fonciers;
~ - bénéfices industriels et commerciaux ;
g - bénéfices agricoles ;
- traitements, salaires, indemnités, émoluments, pensions et rentes viagères ;
- revenus de capitaux mobiliers ;
- bénéfices des professions non commerciales et revenus y assimilés ;

] 1. Ainsi, par un calcul fo11 si mple, rester en France 183 jours ou davantage (365 jours / 2) vous oondui t à êu-e
0 imposable à l'impôt sur le revenu français.
229
LA DIMENSION FISCALE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

- plus-values de cession à 1i1re onéreux de biens ou de droits de 1ou1e narure ;


- rémunérations, d' une parc, des gérancs majorilaires des sociécés à responsabilicé
limitée n 'ayant pas opté pour le régime fiscal des sociétés de personnes et des
gérants des sociétés en commandite par actions et, d'autre pan, des associés en
nom des sociétés de personnes ec des membres des sociétés en panicipation
lorsque ces sociétés one opté pour le régime fiscal des sociétés de capitaux.
Le présent chapitre se bornera à l'érude des 1rai1emen1s ec salaires, des bénéfices
industriels e1 commerciaux, des bénéfices agricoles, et des bénéfices non commer-
ciaux ; écanc précisé que les règles régissant les autres catégories de revenus sont
présentés spécifiquement'.

1.1 Les traitements et salaires


La catégorie des 1rai1emen1s et salaires recouvre à la fois les revenus cirés d'une
activité salariée et les pensions et rentes. Une activité peul être qualifiée de salariée
lorsque crois critères sont cumulativement satisfaits :
- il existe un lien de subordination encre le salarié et son employeur;
- l'employeur s'engage à fournir à son salarié des prestations à réaliser pour son
compte;
- le salarié perçoit en concrepanie de ces prestations une rémunération.
Longtemps, la catégorie des 1rai1emen1s et salaires a été considérée comme la
«laissée pour compte» des différences catégories dans la mesure où les moyens de
contrôle don 1dispose l'adminis1ra1ion sur les montants déclarés sont autrement plus
efficaces que pour les autres catégories de reven us, le salaire déclaré par un salarié
l'écanc égalemenc par son employeur. La minoration des revenus écaic, si ce n'esc
impossible, 1ou1 du moins hautement périlleuse. Pour «compenser », le législateur
avait instauré un abanemenc général de 20 % sur les salaires déclarés. Un abanemenc
étai! également appliqué à cous les autres contribuables passibles de l'IRPP dans une
autre catégorie si ces derniers adhéraient à un centre de gestion agréé. Une refonte
complète de ce principe a eu lieu à compter de la déclaration de revenus pour2006,
avec la pene pour les salariés de cet abanemenc général et une« sanction » pour les
autres catégories en cas de non adhésion à un centre de gestion agréé (voir infra).

1.2 Les bénéfices industriels et commerciaux


La catégorie des bénéfices industriels et commerciaux (BIC) recouvre l'ensemble
des revenus cirés par une personne physique ou une société de personne d'une acti-
vité commerciale. La commercialicé de l'accivicé s'apprécie sous crois formes:

L Voir les aur.res c hapi1res de cette pai1ie de l'ouvrage.

230
L'impôt sur le revenu ..

- les activités commerciales par natu re : une personne physique sera soumise
aux BIC si elle réalise à cirre habiru el, pour son propre compce ec dans un bue
lucratif, une accivicé commerciale, induscrielle ou anisanale (arc. 34 du COI) ;
- les activités commer ciales par assimilation : le législaceur encend placer d'auco-
rité dans la catégorie des BIC certaines activités (arc. 3S du COI) même si les
contribuables n'ont pas laqualitédecommerçanc. Il s'agit notamment des activités
de location-gérance de fonds de commerce et les activités de professionnels de
l'immobilier comme les marchands de biens et agents immobiliers;
- les activités commer ciales par attraction : la règle est simple et entend sim-
plifier certaines situations. Ainsi, dans le cas d'une personne physique exer-
çant une activité soumise aux BIC à titre principal, et qui exerce une autre
activité soumise à la réglementation applicable aux bénéfices non commer-
ciaux ou agri coles, alors ces derniers sont soumis par attraction à la réglemen-
tation sur les BIC, le contribuable n'ayant plus qu'un seul revenu net à déter-
miner (art. l SS COI).
Afin de tenir compte de la diversité des siruacions, il convient de préciser que les BIC
peuvent être professionnels ou non professionnels. Sont considérés comme non pro-
fessionnelles par l'anicle 1S6 du COI les activités qui ne comportent pas« la panici-
pation personnelle, continue et directe de l'un des membres du foyer fiscal à l'accom-
plissement des actes nécessaires à l'activité». C'est notamment le cas lorsque la ges-
tion de l'activité est confiée à une personne qui n'est pas un membre du foyer fiscal.
Les conséqu ences d'une telle distinction sont les suivantes:

Tableau U.1
BIC professionnels BIC non professionnels
Imputation sur ies revenus de mème nature
Imputation sur le revenu global du foyer pendant 6 ans, et pendant 10 ans pour les
Déficits
ftsc.al, reportable sur ies 6 années suivantes déficits provenant de la location meublée

~
exercée â titre non professionnel (LMNP)

§ Régime de l'exonération des plus-values Régime de l'exonération des plus-values


Plus-values
des petites entreprises applicable des petites entreprises non applicable
~
-li
·E Impôt de solidarité
Outilsde travail exonéré OLrtll de travail non exonéré
~ sur la fortune

.g L' aurait pour l'implicacion personnelle ne semble pas devoir être démontré...
t
i
~ 1.3 Les bénéfices agricoles
] La catégorie des bénéfices agricoles recouvre l'ensemble des activités de culrure
0 et d' élevage. Ainsi, toute personne physique intervenant dans le cycle de production
231
LA DIMENSION FISCALE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

animale (élevage) ou végétale (culture) exerce une activité soumise aux bénéfices
agricoles sauf si :
- elle procède à la vente de produits ne provenant pas de son exploitation ;
- elle transforme un produit agricole autrement que pour le rendre utilisable et
consommable pour l'Homme ou les animaux.
Il convienl de préciser que pour la pratique répandue des terres données en fer-
mage, c'est le fermier qui détermine ses revenus selon les règles applicables aux
bénéfices ag:ricoles, le propriétaire étant soumis aux revenus fonciers pour le mon-
tant des fermages perçus.

1.4 Les bénéfices non commerciaux


Les bénéfices non commerciaux regroupent l'ensemble des revenus li rés d'une acci vi1é
intellectuelle ou libérale (art. 92-1 du CG!), c'est-à-dire une activité de nature civile et
non commerciale. Sont ainsi passibles de l'impôl sur le revenu dans la catégorie des
BNC, les avocats, notaires, experts-comptables, artistes, médecins, architecte...
Comme précisé ci-avant, le législateur a prévu qu'aucun revenu n'échappe à l'im-
pôc. L'article 92-1 du COI est ainsi rédigé:
Som considérés comme prove11am de/ 'exercice d'une professio1111011 commerciale [. .. /
ro111es OCCll/){JfÎo11s, exploirario11s lucrarives er sources de /JrOjiTs ne se raTTaclrallf pas à
1111e atlfre carégorie de bénéfices 011 de revenus.

La catégorie des BNC est donc vouée à regrouper les avocats et les escrocs, les
médecins et les mères porteuses...
La distinction encre revenu professionnel et non professionnel s'applique égale-
ment aux BNC, les mêmes causes produisant les mêmes effets, nous retrouvons les
mêmes conséquences qu 'en matière de distinction BIC professionnels et BIC non
professionnels :
Tableau 12.2
BNCprofessionnels BNC non professionnels

Imputation sur le revenu global du foyer


Imputation sur ies revenus de même nature
Déficits fisc.al (report.able sur les 6 années
suivantes) pendant 6 ans

Régime de l'exonération des plus-values Régime de l'exonération des plus-values


Plus-values
des petites entreprises applicable des petites entreprises non applicable
Impôt de solidarité
Outilsde travail exonéré Outil de travail non exonéré
sur la fortune

232
L'impôt sur le revenu ..

2 Les différents régimes applicables

Conscient que le revenu nec global devait être décenniné par les contribuables eux-
mêmes et que, dans la majeure partie des cas, ceux-ci exercent une activité de petite
caille comparée à celle développée par les sociétés d e capitaux soumises à l' impôt
sur les sociétés, le législateur a mis en place plusieurs régimes de détermination du
bénéfice nec par catégorie, qui se complexi fient au fur et à mesure que la caille de
l'ac1ivi1é cmîc.
Ainsi, pour les BI C, les différents régimes s'appliqueront (sous réserve d 'option
ou de forme d 'exercice) selon le chif fre d'affaires (CA) hors taxe généré par
l'ac1ivi1é :

Tableau 12.3
Activité de vente Autres activités
BIC (pour r année ZOU)
ou kKation (dont locati on meublée)
Micro-entreprises CA< 81500€ CA< 32600€
Réel slmpllne 81 500 f. <CA< n7000 f. 32600f.<CA< 234000€
Réel CA> 234000€

De plus, en cas de franchissement de ces limites au cours d'un exercice, il est


possible de bénéficier durant les deux exercices suivants des dispositions du régime
du micro BIC. Pour cela, il faut que le chiffre d'affaires n'excède pas les montants
suivants :

Tableau 12.4
BIC (pour r année ZOU) Activité de vente Autres activités
ou tocation (dont locati on meublée)
Micro-entreprises CA<89600f. CAd4 600€

Si ces nouveaux seuils sont dépassés, alors le bénéfice du régime «micro-encre-


~
-li prise» cesse de plein droit à compter du mois suivan t le dépassement de seuil.
-E Nous préciserons que lorsque l'exploicanc exerce une activité de vente et une autre
; activité, le régime «micro-entreprise» ne trouvera à s'appliquer que si le chif fre
.~ d'affaires cotai n ' excède pas 81 500€ (ou 89 600 €en cas de dépassement) et que
~ le chiffre d'affaires réalisé sur les autres activités n'excède pas 32 600 € (ou
{ 34 600 € en cas de dépassement).

233
LA DIMENSION FISCALE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Exemple
Lors de son premier exercice, un contribuable a réa.lisé un c hiffre d'affaires de 80 000 €,
se répartissant comme suit:
- Activité de vente : 60 000 €
- Autres activités : 20 000 €
Le régime « micro-entreprise» trouve à s'appliquer dans la mesure où le chiffre d'af-
faires total n'excède pa~ 81 500 € (80 000 €dans l'exemple) e t le chiffre d'affaires sur
les autres activités est inférieur à 32 600 € (20 000 €).
L es BNC connaissent égal ement un régime « micro-entreprise », avec la même
faculté de continuer à pouvoir bénéficier de ces dispositions au cours des deux exer-
cices suivanls le franchissement des seui ls. Comme pour l es acti vités soumises aux
BIC hors activité de vente et de location, le chiffre d'affaires à ne pas excéder est de
32 600 €:

Tableau U.S
Chiffre d'affaires plafond pour
BNC Chiffre d'affaires
bénéficier du micr0o-entreprises
Micro-entrepris.es CA<32600€ CA<34 600€
Déclaration contrôlée CA> 32 600€

2.1 Le régime" micro-entreprises»

Il s'agit ici du premier régime qu'une entreprise connaît lors de sa constirution.


Général ement, la première année d' exercice se solde par un niveau d' acti vité per-
menant de satisfaire à la condition de chiffre d 'affaires. En matière de BIC, l'anicle
50-0.1 du CGI prévoit que l e résultat i mposable est déterminé après un abanement
forfaitaire sur l es revenus, abanement considéré comme prenant en considération
l'ensemble des charges supportées par l'exploitant:

Tableau 12.6
Micro·BIC Activité de vente ou location Autres activités
Taux d'abattem.ent 71% 50%
Abattement minimum 305€ 305€

En cas d' activité mixte, l'abanement est appli qué selon la nature de l'activité
généra1rice de revenus.

234
L'impôt sur le revenu ..

Exemple
Reprenons la. situation du précédent exploitant qui réalise un chiffre d'affaires de
80 000€:
- Activité de vente : 60 000 €
- Autres acti\•ités : 20 000 €
Son revenu net imposable sera de :
80 000€ - (60 000€ X 71%+20 000 €X 50 %) = 80000 €- (42 600 € + 10 000 €)
=27400€
Pour le régime« Micro-BNC »,le montant de l'abanement est un peu plus faibl e,
le législateur c<>nsidémnt que ces accivités étant par nature intellectuelles, elles
nécessitent moins de charges :

Tableau 12.7
Micro-BNC Abattement
Taux d'abattement 34%
Abattement minimum

Le mécanisme de détermination du revenu net est identique à celui présenté p<>ur


le régime« Micro-BIC ».

2.2 Le régime" réel simplifié»


Ce régime est applicable uniquement p<>ur les contribuables réalisant des accivités
à caractère industri el ou commercial. Il se différencie du régime «réel» par un
allégement des obligations déclamcives fiscales et comptables, notamment en
macière de tableaux annexes à joindre à la déclaration de revenus et en matière de
tenue de comptabilité. Nous préciserons donc que dans la mesure où les modalités
~ de détermination du bénéfice net sont identiques à celles du régime« réel normal »,
§ celles-ci seront abordées dans l'étude de la détermination du revenu net par catégo-
~ rie. (voir infra).
-li
E
~
g 2.3 Options et intérêts des différents régimes
·~ Comme leur dénominacion le suggère, ces différents régimes ont une verru simpli-
j ficatrice, permeuant au j eune entrepreneur de se familiari ser doucement mais sO.re-
; meni avec les obligations comptables e1 fiscales. Cependani, comme 1ou1 choix,
~ l'option ne doit pas obligatoirement être souscrite car son apparente simplification
g cache certains effets indésirables que seul le régime du «réel normal » permet de
o corriger:
235
LA DIMENSION FISCALE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

- l'imputa1ion sur le revenu global des déficits évenruels, dans la mesure où les
régimes << Micm·BIC >> ec << Micro·BNC », par le mécanisme de l'abanemenc
forfaire, ne peuvent conduire à la détermination d' un déficit ;
- une réduction d' impôt accordée en cas d' adhésion à un centre de gestion agréé
pour les contribuables au régime réel et réel contrôlé. Le montant de cene réduc-
tion d' impôt correspond au plus faible des deux montants suivants: soie le mon-
tant de l'impôt sur le revenu dü 1, soie au mon1an1 forfaitaire de 91 S €;
- l'allégement d'impôt sur les revenus imposés dans la catégorie des BIC pour les
entreprises nouvelles ce qui, rappelons le, es1 le cas de figure le plus fréquent
pour une entreprise satisfaisant aux critères du régime des Micro2 •

i La détermination du revenu net par catégorie

Le principe général pour la détermination du revenu nec est posé par l'article 13 du
COI. Ce dernier dispose que les dépenses sont déductibles si elles concourent à la réali-
sation ou à la conservation d' un bénéfice imposable. Les charges déductibles à prendre
en compte pour la détermination du revenu nec par catégorie sont les suivantes:
- les achats de matières ec marchandises;
- les frais généraux, regroupant les postes complables traditionnels suivants: char-
ges de personnel, impôts et taxes, autres achats et charges ex cernes, services exté-
rieures (sous-traitance, honoraires ... ), charges financières et exceptionnelles;
- les provisions et amortissements.
Pour être admis en déduction, les frais généraux. doivent satisfaire crois conditions
cumulatives :
- ils doivent se traduire par une diminution de l'actif net de l'entreprise, ce qui
permet de les distinguer des dépenses d'inves-1issernen1 ;
- ils doivent être engagés dans l'intérêt de l' entreprise sans caractère excessif;
- ils doivent être documentés, c'est-à-dire comptabilisés et l'exploitant doit
conserver les justificatifs.
Pour satisfaire au mieux à ces conditions, et no1ammen1 celle de la comptabilisa-
tion des charges engagées, les exploitants indépendants (commerçants, professions
libérales, ag:ricuheurs) one la facul!é de pouvoir s'inscrire à un centre de gestion
agréé ou à une association de gestion agréée pour les contribuables imposables dans
la catégorie des BNC. Outre cene précieuse aide, les adhérents bénéficient notam-
ment des avantages fiscaux suivants :

1. A11icle 199 quater B du CGI.


2. A11icle 44 sexies du CGI prévoyant une exonération d égre s.~ i ve (exonération totale pendant 2 exercices, 75 %
pour le troisième exercice, 50 % pour le quatrième et 25 % pour le cinquième).
L'impôt sur le revenu ..

- absence de majoration de la base d'imposition des revenus de 25 % 1 ;


- déduction in1égral e en charges d'exploicacion de l'évenru el salaire du conjoint
par1icipan1 à l'exploitacion2 ;
- réduction d' impôt, plafonnée à 91 5 €par an, pour le montant des frais de tenue
de comptabilicé 3•
Quant au contribuable salarié, dans la mesure où les déclarations sont pré-rem-
plies, celui-ci n 'a plus qu ' à contrôler le montant figurant sur sa déclaration de
revenu 2042. Il peul déduire le montant réel de ses frais professionnels, c'est-à-dire
les frais inhérents à la fonction ou à l'emploi et qui n' auraient pas été engagés si le
contribuable n'avait pas occupé le poste ou les fonce ions. Comprenant que 1ou1e
déduction réelle doit être documentée, le droit fiscal permet à l'ensemble des sala-
riés de retenir un montant d'abanemenc forfaitaire pour frais correspondant à 10 %
des salaires et 1rai1emen1s taxables (plafonné à 12 000 €•)et à 10 % des pensions et
retraites rnxables (plafonné à 3 660 €5) .

4 La détermination du revenu brut global

Comme nous l'avons déjà présenté, le contribuable doit déterminer, à ce stade, le


montant de son revenu brui global à partir de l'ensemble de ses revenus nets
catégoriels.
Le principe, empreint de simplicité et de bon sens, conduit à déterminer le montant
du revenu brui global en faisane la somme algébrique des différents revenus nets
catégoriels, que ceux-ci soient bénéficiaires ou déficicaires. Fore de cene disposition,
il est apparu des montages défiscalisant permenanc de compenser avec des déficits
anificiels d'une catégorie les revenus d'activités professionnelles d'une autre caté-
gorie. Pour luner contre ces pratiques, la législation fiscale a évolué pour restreindre
peu à peu les déficits reportables sur le revenu global. Ainsi, cous les déficits prove-
nant des activités accessoires ne seront pas imputables sur le bénéfice global, et seuls
~ les déficits générés par des activités professionnelles sont désormais admis en
§ déduction du revenu global6 :
~
-li - déficits provenant de BIC et de BNC professionnels ;
·E - déficits agri coles si l'exploitant ne retire pas plus de 106 225 € de revenus
~• d' autres catégories de revenus ;
g

1. A11ic le 158.7 dll CG!.


2. A 11icle 154 du CGI.
3. A11icle 199 quM1er B du CGI.
4. A11icle 83.J<I du CGI.
5. A11ic le 158.5.a d u CG!.
6. A11ic le 156 du CGI.

237
LA DIMENSION FISCALE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

- revenus fonciers dans la limite de 10 700 €par an ( 1S 300 €pour les immeubles
sur lesquels est pratiquée la déduction au litre de l'amonissemenc << Périssol ))) ;
- régimes spécifiques (déficits fonciers en régime Malraux déductibles sans limi-
tation de montant sur le revenu global, 1rai1emen1s et salaires, intérêts d'emprunt
pour l'acquisition de la première résidence principale ...).

L es autres déficits ne connaissent malheureusement pas le même son. Ils sont


report ables sur 6 ans et sont uniquement i mputables sur les bénéfices de même caté-
gorie de revenus.

Montant du revenu net imposable

Pour déterminer le montant du revenu net imposable, il convient de suivre la méthodologie


suivante:
Étape 1 : Cla:ssification des revenus nets bénéficiaires entre, d'une part, ceux étant imposés
selon des dispositions particulières (plus et moins-values mobilières et immobilières, som-
mes faisant l'objet de prélèvement libératoire comme les produits de placements financiers ...)
et les revenus imposés selon le barème progressif de l'im pôt sur le revenu (voir infra);
Étape 2 : Détermination du revenu global en additionnant les revenus imposables selon le
barème progressif;
Étape 3 : Clas sification des revenus nets déficitaires selon la même philosophie que pour les
revenus bénéficiaires en sépara nt ceux déductibles sur le revenu global et ceux non déduc-
tibles sur le revenu global ;
Étape 4: Détermination du revenu brut global, en prenant en compte les bénéfices et les
déficit s et en gardant bien à l'esprit la spécificité des premiers et le champ d'imputation des
seconds.

Exemple
Un contribuable exploite une peti te activité de négoce. Il tire de cette activité un revenu
net de 30 000 €. Toutefois, l'activité de négoce d e son épouse a généré un déficit de
2 000€.
De plus, il loue pl usieurs biens immobiliers qui lui apportent des fortunes diverses :
- l' un dégage un bénéfice de 4 000 € ;
- l'autre LLne perte de 16 000 €.
Enfin, pour être complet sur les activités immobilières de notre contribuable, ce dernier
vient de vendre deux appartements, générant une pl us-value de 45 000 €et une moins-
value de 5 000 €.
Pour sa déclaration de revenus, il a également reçu un document de sa banque lui préci-
sant le montant des produits financiers perçus au titre de l'année écoulée, soit 1 200 €.
Ce contribuable a opté pour le prélèvement libératoire.
Un peu envahi par toutes ces sources de revenus et de déficits, il conviendrai t de l'aider
à déterminer le revenu brut global.
L'impôt sur le revenu ..

En faisant abstraction de ce qui précède, nous obtiendrions un revenu bnit de global de :

Revenu brut global


Revenus bênêftclalres 80 200€
Revenus déficitaires -23 000€
Revenu brut global 57200 f.

L'application des règles précéd emment exposées a-t-elle une incidence sur le montant du
revenu global ?
Nous obtenons pour ce contribuable un revenu ne t global de:

Revenu net global


Revenus bênêftclalres 80 200€
Revenus déficitaires -17700 f.

Revenu net global SS 500 €

Il apparaît que ce revenu ne t global est supérieur de 1 300 € à cel ui calculé grossière-
ment, e n raison de l'impossibilité d 'imputer l'ensemble des déficits fonciers (- JO 700 €
et non - 12 000 €).Que notre lecteur se rassure, il ne s'agit pas à proprement parler d' un
stratagème destiné à faire peser une c harge d'impôt plu s grande sur les épaules du contri-
buable puisqrne, nous le rappelons, le déficit imputable sur des revenus de même catégo-
rie peut l'être pendant les 6 prochaines années (10 prochaines années pour les déficits
fonciers). Il ne s'agi t do nc là que d' un décalage temporaire (voir figure ci-après) :

239
"'
+:-
0

,..,..
Cl
Etape 1: i
Cl assificatio n des revenus nets bénéfi ciaires
'"
z
Produits fina nciers
"'ë5
z
Déficits fonciers
immeuble B:
- 16000 €
Revenus fonciers
immeuble A:
4000 €
BIC professionnel :
- 2 000 €
BIC professi onnel :
30000 €
avec option pour le
prélèvement libératoire :
Plus-value
immobilière:
45 000 €
...iii
"',..,..
1 200 €
1 1
! !
Somme algébrique Somme algébrique '"
Cl
• ,..
Imputabl e pendant 10 ans
sur les revenus fonciers:
- 1300€ l
Etape 2:
Détermination
,..
'"
(!0700€ - (16000€ - 4000€])
du revenu globa 1 C"I
RF:
- I0 700
BIC:
28 000 € ..."''"
0z
a
1 Moins-values
Etape 3 :
Classificatio n
des revenus nets
'"
~
...
1 Somme algébriq ue 1
immobilières : } défi cita ires ::ia

~
- 5 000 €
1 1

Revenu global soumis


Produits financier s
Plus-va lue immobilière : z
aux règles de droit
commun de l'IRPP:
(régime dérogatoire) :
1 200 €
(régime dérogatoi re):
40000 € '"
(28 000 € - IO 700 €) (45 000 € - 5 000 €)
L'impôt sur le revenu ..

Remarques:
- Concernantt les revenus de capi taux mobiliers ( « produits financiers ») perçus en
20 12, le contribuable pouvait choisir entre li mposition au prélèvement forfaitaire li bé-
ratoire (21 % ou 24 %) ou l'imposition au barème de l'impôt sur le revenu. Les revenus
de capi taux mobiliers perçus en 2013 sont taxables au barème de l'impôt sur le revenu
(sauf cas particulier) ;
- Les plus-val ues immobilières de particuliers ne se compensent pa~ avec les moins-
values. La plus-value immobilière de 45 000 €sera imposable à hauteur de son montant
sans tenir compte de la moins-value immobilière de 5 000 € ;
-Sauf régimes spéciaux, les pl us-values mobilières réalisées à compter du 1« janvier
2013 ne sont plus soumises à un taux forfaitaire mais au barème de l'impôt sur le
revenu.

5 Détermination du revenu net global imposable

5.1 Principe

Une fois le montant du revenu brut global déterminé, le contribuable doit se


demander s' il n ' a pas engagé des dépenses au cours de l'année susceptibles d'être
déduites. Il convient de préciser que ces charges et abanements sont imputables sur
le revenu global et ne connaissent pas les lim itations des imputations par
catégorie.
Pour être imputée sur le revenu brut global, les c harges et abanements doivent
satisfaire quatre conditions :
- elles doiven t être expr essément pr évues par un texte législati f (voir tableau
ci-dessous) ;
- el les ne doivent p as déjà avoir été prises en compte pour la détermination du
revenu net d ' une catégorie;
- elles doivent être docum entées, c' est-à-dire que le contribuable doit être en
~ mesure de fournir à l'administration fiscale les j ustificatifs de ces charges;
§
- el les doivent avoir fait l'obj et d 'un pa iem ent effectif au cours de l'exercice.
~
-li
E Les charges déductibles sont les suivantes :
~
.g Tableau U.8
t
l Charges déductibles
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~-+-~~~~~~~~~~~-
Base législative
---,
1

~ Fractlonde laCSG Art .lSAqulnqules Il


Intérêts des prêts consentis aux rapatriés Art.1s6, 11.1· cc1

~osions alimentaires Art.156, 11.2° CGI


LA DIMENSION FISCALE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Frais d'accueil d.es personnes âgées de plus de 7S ans Art.156, 11.2• ter CGI

Retraite mutual lste du combattant Art.156, 11.5• CGI

Arrérages de cer taines rentes Art.156, 11.2• CGI


Art.156 11.4 •,10• & W
Cotisations sodales
Art.163 quaterdedes CGI

Dépenses de grosses réparations effectuées par les nus-propriétaires Art.156-11-2• quater CGI

5.2 Principaux charges et abattements déductibles


La contribution sociale généralisée (CSG)
La CSG s'applique aux revenus du pa1rimoine et des produits de placement (reve-
nus fonciers, rentes viagères, revenus de capitaux mobiliers... ). Son eaux de 8,2 %
peul se décomposer en deux parties :
- un eaux de 5,1 % donc le montant sera déductible;
- un eaux de 3, 1 % donc le montant ne sera pas déductible.
Nous préciserons que la CROS (eaux de 0,5 %), le prélèvement social de 4,5 %, la
con1ribution additionnelle de 0,3 % ainsi que le prélèvement de solidarité de 2 % ne
sont pas déductibles du revenu nec global.

Pensions alimentaires
Les pensions alimentaires concernées sont celles versées à des individus liés au
con1ribuable par les dispositions des articles 205 à 211 du Code civil posant le principe
de l'obligation alimenmire réciproque. Le principe entend donc permettre la déduction
de l'ensemble des pensions alimentaires versées par le con1ribuable à ses ascendants
ou descendants, dans la mesure où le monmnc versé est conforme aux besoins du
bénéficiaire et en adéquation avec les revenus de celui qui la verse. Cependant, ce
principe a été aménagé nocammenc en insmuranc des plafonds de déduction :

- Enfants mineurs : les sommes versées ne peuvent donner lieu à une quel-
conque déduction si les enfants sont intégrés pour la détermination du quotient
familial du contribuable (voir infra).
- Enfants majeurs : les sommes versées à un enfant majeur dans le besoin sont
déductibles dans la limite de 5 698 € (en 2012), et cene déduction ne peut se
cumuler avec la possibilité pour ce jeune majeur de demander son ra1mchemen1
au foyer fiscal de ses parents.
- Ascendants : les sommes versées sont déductibles et, dans le cas d'une pen-
sion alimentaire versée en nature (ascendant et contribuable vivant sous le
même 1oi1), il est impératif que le contribuable puisse j ustifier l'ensemble des
dépenses engagées et qu'il entend déduire. Précisons toutefois que dans la
L'impôt sur le revenu ..

mesure où l'ascendant est sans ressource, qu'il est âgé de plus de 75 ans et
bénéficiaire de revenus n'excédant pas le plafond de ressources pour l'omoi
du minimum vieillesse (8 907 ,3 4 € pour une personne seule à compter du
I" avril 2011), le contribuable peut déduire sans j usti ficati on 3 359 € par
ascendant au 1i1re des dépenses de nourricure et d'hébergemenc. Les au1res
dépenses res1en1 déductibles si elles sont documentées.

Ces règles connaissent quelques aménagements, notamment lorsque les pensions


alimentaires sont versées suite à une décision de j ustice (divorce...) :
- les pensions alimentaires versées suite à une décision de j ustice consécutive à un
divorce ou une séparati on de fait sont déductibles du revenu global ;
- les prestations compensatoires versées sous fonne de rente sont également
déductibles du revenu global du con1ribuable.

Cotisations sociales
La grande maj orité des cotisations sociales a déjà été prise en compte pour la
décennination du revenu nec par catégorie. Cependant, il arrive que certaines cotisa-
ti ons ne l'aient pas été et i l convient alors de les déduire du revenu nec global une
fois ce dernier décenniné.
Il s'agit principalement des versements réalisés sur un Perp (Plan d'épargne
retraite populaire). Ceux-ci ne sont toutefoi s pas déductibles i n1égralemen1. A i nsi,
pour chaque membre du foyer fiscal, le plafond de déduction correspond au plus
élevé des deux montants suivants :
- 10 % des revenus professionnels de l'année précédente, plafonné à 8 fois le
plafond de l a sécurité sociale de l'année considérée (soie un plafond de déduc-
tion de 28 282 €en 2012 ec 29 058 €en 2013);
- 10 % du plafond de la sécurité sociale de l'année considérée (soi eun plafond de
déduction de 3 637 € pour2012 si le versement intervient en 2013 et 3 703 €en
2013 pour un versement en 201 4).
~
§
~
-li
E Section 3
~ CALCUL DE L'IMPÔT SUR LE REVENU
g
·~ Comme nous l'avon~ déjà présenté, il n'est réalisé qu 'une seule déclaration par foyer
j fiscal, le foyer fiscal pouvant comprendre plusieurs individu~. Au niveau de la décenni-
; nation du revenu nec imposable, cene pluralité de contribuable est prise en compte pour
-' la détermination du revenu nec imposable par l'additivité des différents revenus des
] membres d'un même foyer fiscal. Comme nous l'avons vu précédemment, le foyer fiscal
0 regroupe la famille au sens 1radi tionnel du cenne, pare111s et enfants.

243
LA DIMENSION FISCALE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Il convient de préciser quelque peu cene notion :


- seuls les couples mariés ou pacsés souscriven1 une déclaration commune au titre
de l'IRPP. L'année de leurunion, le couple aura le choix: soie il seconsidèrecomme
pleinement« marié » ec il n'aura à souscrire qu 'une seule déclaration commune, soie
il conserve la nostalgie de la vie de célibataire ec, sur option, chaque membre du
couple souscrira une déclaration séparée pour l'année du mariage/PACS;
- les concubins doivent déclarer chacun de leur côcé leurs revenus, s' incerdisanc
alors de :reporter sur les bénéfices de l'un, les déficits de l'autre;
- les enfants compris dans le foyer fiscal sont qualifiés d'«enfancs à charge »,
c'est-à-dire les enfants mineurs non émancipés ainsi que les majeurs' sans
condition j usqu 'à 21 ans ec sous condition de poursui ce des études jusqu 'à
25 ans. Pour les enfants infirmes, aucune condition d'âge n'esc exigée.

À titre d'information, ec pour que la notion de « personnes à charge » garde couc son
sens, les personnes tirulaires d'une carte d'invalidité sonc considérés comme faisane
partie du foyer fiscal sans condition de lien de parenté, d'âge ou même de ressources2 •

1 Le barème progressif

L'impôt sur le revenu n 'esc pas déterminable aisément par le contribuable, nocam-
menc en raison de l'existence d'un barème progressif des eaux d' imposition. Ces
eaux s'appl iquent à une fraction de revenus ec croissent au fur ec à mesure que les
revenus augmencenc :

Tableau 12.9 - Tranches de revenus et taux


applicables aux revenus 2012 (impôt 2013)
Fraction du revenu
(revenu perçu en 2010)

jusqu'à S 963 f.
Taux

0%
l
deS964f.à 11 896f. S,S%

de 11 897f.à 26 420 f. 14%

de26421f.à70830f. 30%

de70831f.à 150000 f. 41%

Plus de lSO 000 f. 4S%

R • revenu net im posable


N • nombre de par ts du foyer fiscal

1. Le rattachement du jeune rn.ajeur se fai1 par demande écri1e de l' intéressé au centre du Trésor Public du dom.i 4

cite de ses parents.


2. A11icle 196 A bis d u CGI.

244
L'impôt sur le revenu ..

Anention, le c.aux présenté est un mux marginal. Il ne s'applique que sur la !ranche
de revenus la plus imponance :
Exemple
Un contribuable célibataire déclarant un revenu net imposable de 30 000 € verra son
imposition déterminée ainsi :
De0€à5963€:0€
De 5 964 €à Il 896 €:(Il 896 € - 5 964 €)X 5,5 % = 326 €
De 11 897 € à26420€: (26420 €- 11897€)x14 % = 2 034 €
De 26 42 1 € à 30 000 € (son revenu net imposable) : (30 000 € - 26 421 €) x 30 %
= 1 074 €
Soit un montant d'impôt sur le revenu à payer de: 3 434 €,représentant un taux global
d'imposition de 11,45 % (3 434 € / 30 000 €).

2 Le quotient familial

Au risque de nous répéter, l'imposition au 1i1re de l'IRPP se fait sur le revenu


global d' un foyer fiscal. Afin de prendre en considération cene pluralité d'éléments,
et nommmen1 La présence prufois nombreuse de fucur(e)s con1ri buables, le droit
fiscal retient un système de quotient familial. Ce mécanisme est également desti né
à diminuer l'effet progressif de l'imposition. L e quotient familial correspond au
rappon encre le montant du revenu nec i mposable et le nombre de « pans » donc peul
se prévaloir le foyer fiscal. Ces pruts sont anribuées ainsi :
Tableau 12.10
Situation du foyer fiscal Nombre de parts l
~ rsonne seule 1part
~ rsonne seule ayant une ou plusieurs personnes âcharge 1,Spart
~ Couple marié ou pacsé 2 parts
§ Personnes à charges Nombre de parts
~ Première personne â charge + o,s part
-li
E Deuxième personne â charge + o,s part

t.
À part Ir de la troisième personne â charge + 1 part
g
Il convient de préciser que ces maj orations du nombre de parcs sont adaptées en
] cas de divorce ou de séparation (appl icable pour les contribuables ayant élevé seuls
~ les enfancs pendanc au moins 5 ans) :

]
0

245
LA DIMENSION FISCALE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Tableau 12.11
Personnes à charges (pour les 2 parents) Nombre de parts

Première personne â charge + 0,2S part


Deuxième personne â charge + 0,2S part
À partir de la troisième personne âcharge + o,s part

Exemple
Soit une famille de 4 enfant'>, tous considérés comme à charge et dont les parents sont mariés.
Le nombre de parts est de :
Couple marié : 2 parts
Premier enfant à charge : + 0,5 part
Deuxième enfant à charge : + 0,5 part
T roisième enfant à c harge : + 1 part
Quatrième enfant à charge : . + 1 part
T ota l : 5 parts
Poursuivons avec cette famille, et supposons que les parents ont divorcé. 3 enfants sont
à la charge des deux parents, le 4' é tant à la c harge d'un seul parent depuis plus de 5 ans.
Le nombre de part évoluera ainsi :
Premier parent :
Personne seule avec une ou plusieurs personnes à c harge : 1,5 part
Premier enfant à c harges partagées : + 0,25 part
Deuxième enfant à c harges partagées : + 0,25 part
T roisième enfant à c harges partagées : + 0,5 part
T ota l : 2,5 parts
Second parent :
Personne seule avec une ou plusieurs personnes à c harge : 1,5 part
Premier enfant à c harge exclusive : + 0,5 part
Premier enfant à c harges partagées : + 0,25 part
Deuxième enfant à charges partagées : + 0,5 part
T roisième enfant à c harges partagées : + 0,5 part
T ota l : 3,25 parts

i Détermination du montant de l'impôt à payer

Le montant de l'impôt à payer est déterminé à partir du quotient familial. Il s' agit
là du travail de l'administration fiscale. Le quotient familial s 'obtient en divisant le
revenu net imposable par le nombre de parts du foyer fiscal.
L'impôt sur le revenu ..

Exemple
Un couple ma.rié avec 1enfant mineur déclare un revenu net imposable de 35 000 €. Leur
nombre de pa.rts est de 2,5. Le montant de leur quotient familial est de : 35 000 € / 2,5 =
14 000€
Une fois le quotient famil ial déterminé, le contribua ble peut déterminer le montant
de l'impôt à payer, soit en faisant l'exercice de détailler l'imposition, tranche par
tranche, soit en appliquant la formu le adéquate suivante (avec R, le revenu net
imposable et N, le nombre de parts du foyer fiscal) :

Tableau 12. U - Tranches de revenus et taux app llcables aux revenus 2012
(impôt 2013)
Fraction du revenu
(revenu perçu en 2012)
jusqu'iiS 963 f.
Taux

0% 0
Montant de l 'impôt dû
l
des 964f. à ll 896€' S,S% (R xO,OSS)-(l27,97x N)
de 11 897 f. à 26 420 €' 14% (Rx0,14)-(1 H9,04x N)
de26421f.à70830f. 30% (R x0,l0)-(SS66,Hx N)
plus de 70 831f.à lSO000 € 41% (R x0,41) -(1l lS7,6lx N)
plus de lSO 000 € 4S% (R x0,4S)- ~9 lS7,6lx N)

R • revenu net imposable


N • nombre de parts du foyer fiscal

Nous préciserons que le droit fiscal a entendu limiter les effets du quotient fami-
lial ' . Ainsi, J'avantage en impôt est plafonné pour les personnes à charge à 2 000 €
par demi-part addicionnelle2 , au lieu de 2 336 € pour l'imposition des revenus de
201).

4 Les réductions ou crédits d' impôt


~
§ Le montant ressortant de la formu le de calcul ci·- dessus ne constitue pas pour
-li~ autant la charge d' impôt sur le revenu que le contribuable devra réellement acquit-
.E ter. En effet, le COI contient un certain nombre de dispositions permenant de dimi-
~ nuer le montant de l' imposition à régler. Ces véritables cadeaux fiscaux vont et
g viennent selon les modes, les aspirations des contribuables et des problèmes
·~ budgétaires.
~
l
~

1. A 11ic le 197 1-2 <lu CGI.


2. Ce montant est .à ajuster en fonction d' un q ua 11 de pai1 addi1ionnel ou d' une pai1 additionnelle.

247
LA DIMENSION FISCALE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Ils cons1i1uen1 une véritable forêt de 1ex1es législ atifs donc il est difficile de dresser
un panorama complec. Ainsi, dans l e cadre limité de cene étude, nous nous anach e·
mns simplement à présenter quelques objectifs poursuivis par le législateur et l'in-
cicacion fiscale mise en œuvre pour que ceux-ci aboutissent :
- allégement des frais de scolarité d'un montant variant de 61 € à 183 € selon le
degré d 'avancement des études' ;
- favoriser les investissements dans les PME en autorisant une réduction d' impôt de
18 % des sommes engagées dans la limite de 50000€ pour un célibataire et
100 000 €pour un couple marié ou pacsé (ces limites condui sent à plafonner le
monmnc de la réduction d'impôt à 9 000 € ou 18 000 € selon la siruacion
familiale)2 ;
- encourager le recours déclaré du personnel de maison en accordant une réduc-
tion de 50 % des sommes engagées dans la limite de 12 000 € (majorée de
1 500 € par personne à charge}\ 15 000 € pour l'année d' une première
embauch e.

Leurmodalicéd' applicacion est fon simple dans la mesure où le monmnc de la réduc-


tion ou du crédit d'impôt vient en diminution du monmnc de l'impôt sur le revenu à
payer selon Le barème progressif. Cependant, le 101al des réductions ou crédits d 'im-
pôts ne peul pas, sauf exceptions, procurer une réduction de l'impôt dCl sur les revenus
2013 supérieure à un monmnc de JO 000 €•.Concernant les revenus 2012, le plafond
est de 18 000 € + 4 % du revenu imposable. Si l'avanmge procuré excède le plafond,
un repon est possible sur l'impôt sur le revenu dCl au titre des 5 années suivantes.

Section 4 DÉCLARATION ET PAIEMENT DE L'IMPÔT


SUR LE REVENU

1 L'IRPP, un impôt déclaratif

L 'IRPP étant un impôt déclaratif, la détermination du revenu global in combe au


contribuable. Celui-ci peut, bien entendu, se faire aider par des professionnels de la
comptabil ité et de la fiscalité dans le cas d 'activité non salariée. Pour les salariés, le

!. A11idt 199 quAtêr F du CGI.


2. A11icle 199 terdecies 0 A du CGI.
4

3. A11icle 199 sexdecies du CGI.


4. A 11icle 200-0 A du CGI.
L'impôt sur le revenu ..

système de la déclaration pré-remplie par l'adminislration fiscale conduit ces der-


niers à s'assurer du correct montant reponé. Cela signifie également que tout jeune
actif qui débute se doit de se rapprocher du centre des impôts de son domicile pour
récupérer un imprimé (n° 2042) vierge afin de déclarer ses revenus et se faire
connaître auprès des services fiscaux.
Dans un souci de rapidité et d 'efficacité, le Trésor public permet désormais de
déclarer ses revenus via Internet moyennant un enregistrement préalable. Afin d'in-
citer les contribuables à utiliser cene voie, un délai supplémentaire pour« télédécla-
rer » ses revenu s est accordé. Tout contribuable qui dépasse ce délai se voit appli-
quer une pénalité de JO% au titre de l'impôt à payer.

2 Modalités. de paiement

Une fois que le contribuable a soigneusement rempli et envoyé sa déclaration au


Trésor Publi c, i l appartient à ce dernier de déterminer le montant de l'impôt dCl.
C'est à la Trésorerie qu'il revient de recouvrer la créance d'impôt que l'État a sur
chaque contribuable imposé. Pratiquement, le contribuable paie en une seu le fois
son impôt au mois de septembre de l'année de sa déclaration. Que l'on se rassure,
cela n'arrive qu'une fois, la première.
Après, chaque contribuable est inscrit dans les fichiers de la T résorerie qui met à
la disposition des foyers fiscaux deux moyens pour s'acquiner de son impôt:
- le régime des acomptes prévisionnels, reposant sur le paiement en trois fois par
le contribuable de son impôt. Les deux premiers paiements interviennent au plus
tard le 1S février et le 1S mai de l'année de la déclaration, le dernier est payé au
mois de septembre. Le montant des acomptes est déterminé par rapport à l'impôt
sur le revenu payé l'année précédente pour les deux premiers acomptes, le mon-
tant du troisième et dernier acompte est fixé pour que la nouvelle dene d'impôt
soit soldée ;
- le régime de la mensualisation est semblable à celui des acomptes prévision-
nels sauf que la périodicité de paiement est mensuelle et que l'éventuel
ranrapage des mensualités (en cas de différence de montant d'impôt sur le
revenu à payer entre deux années) peut se faire sur plusieurs échéances
mensuelles.
En cas de retard dans le paiement, c'est bien entendu la même sanction qui s'ap-
plique avec une majoration du montant de l'impôt à payer de 10 %.

249
L'imposition
des revenus
13 du patrimoine
financier
Emmanuelle R ov-SPI RIDI ON ET Math ieu B ECKER

L es revenus du patrimoine financier sont composés pour les paniculiers des


produits des placements financiers, appelés« revenus de capitaux mobil iers»,
et des gains en capital réalisés sur les produits financiers, appelés« gains de cessions
de valeurs mobilières ». Les produits financiers sont, de nos jours, extrêmement
diversifiés (placements à revenus variables, à revenus fixes, à rémunération garantie,
SICA V, FCP, 1i1res cotés sur un marché boursier, produits spéculant sur la hausse ou
la baisse de titres, des marchés monétaires, des matières premières... ) et les inves-
tisseurs panicul iers ont prufois des difficuhés à comprendre les modalités de fisca-
lisation de leurs revenus' . Les revenus de capitaux mobiliers (RCM) ont crois moda-
lités de taxation différences: taux progressif (avec ou sans abanemenl), taux propor-
tionnel (prélèvement forfaitaire libératoire) ou retenue à la source. Les gains en
capital réalisés sont, quant à eux, taxés au taux pmponionnel. Enfin , cenains pro-
duits bénéficient d 'exonérations importances, comme les livrets A, le livret de déve-
loppement durable, le PEA ...

L Tous ces prod ui L~ sont présentés en dét.ail au sein du chapi1re «Les prod ui L~ d'épargne et de placement ».
L'imposition des revenus du patrimoine financier . .

Indépendamment de leur modalité de taxation, les revenus de capi taux mobiliers et


les plus·values de cessions de valeurs mobilières soni soumis aux prélèvements
sociaux (15,5 % au cotai depuis la loi de Finances reccificacive pour 2012) suivants :
- la con1ribu1i on sociale généralisée (CSG) de 8,2 % ;
- le prélèvement social de 5,4 % (depuis la loi de finances 2012);
- la con1ribu1i on additionnelle au prélèvement social au taux de 0,30 % ;
- la con1ribu1i on au remboursement de la dene sociale (CROS) de 0,5 %.
- la con1ribu1i on sociale pour le financement du RSA : 1, 1 %.
La Loi de finances 2008 a généralisé le principe de la retenue à la source des pré-
lèvements sociaux sur les revenus de capitaux mobili ers.

Section 1 Les revenus de capitaux mobiliers (RCM)


Section 2 Les produits exonérés d'i mpôt
Section 3 L'imposition des gains de cession de valeurs mobilières
et de droits sociaux

Sectio n 1
LES REVENUS DE CAPITAUX MOBILIERS (RCM)

Les produits du ponefeuil le-1i1res et des placements financiers des paniculiers


sont i mposables à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux
mobiliers (RCM). Ces revenus se répartissent en deux grandes catégories qui sont
soumises à des règles d'imposition différences (prélèvement libératoire forfaitaire ou
taux progressif classique) :
- produits de placement à revenu fixe (principalement les obligations, dépôts,
cautionnement. .. ) ;
- produits de placement à revenu variable (principalement les aaions et pans sociales).

~
-11 1 Les RCM soumis au prélèvement libératoire
E
~g Les revenus de capitaux mobiliers soumis à prélèvement libératoire sont les pro-
• duits de placement à revenu fixe et les produi ts des bons ou contrais de capitalisation
t et d'assurance-vie de source française ou européenne: obligations, bons du T résor,
] bons de caisse, i ntérêts de créances, dépôts, cautionnements et comptes courants ...
Q.

~ T ous ces placements à revenu fixe peuvent fiscalement :


- être soumis à un prélèvement forfaitaire qui, lorsqu'il est appliqué, est libératoire
de l'impôt sur le revenu ;
251
LA DIMENSION FISCALE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

- ou être imposés au mux progressif dans les conditions classiques de l'impôt sur
le revenu.
Lorsqu' il est appliqué, le prélèvement libératoire peul être opéré d'office, sur
option ou obliga1oiremen1 au plus mrd au moment de l'encaissement des revenus.
Depuis le I" janvier2009, les produits de placement à revenu variable peuvent être
également taxés sur option au prélèvement libératoire forfaitaire. Ce choix est laissé
à l'iniciacive du con1ribuable en fonction de sa situation personnelle.

1.1 Prélèvement d'office


Le prélèvement libératoire est opéré d' office sur les intérêts des:
- bons du Trésor sur formule ;
- bons d'épargne PlT ou de La Poste;
- bons ém is par la Caisse Nationale de Crédit Agricole ainsi que par les groupe-
ments régionaux d'épargne et de prévoyance ;
- bons à cinq ans de panicipacion au développement du marché hypothécaire émis
par le Crédit Foncier de France ;
- versements en compte sur livrets.
Le con1ribuable peul toutefois demander que ce prélèvement ne soie pas effectué
et opter pour l' imposition de droit commun à l'impôt sur le revenu au moment de
l'encaissemenc. Dans ce cas, l'option se fait auprès de son établissement financier et
le con1ribuabl e repone les sommes sur sa décl aration de revenus dans la catégorie
des RCM, sans aba11emen1.

1.2 Prélèvement sur option

1 Le prélèvement s'applique aux produits de placement à revenus fixes


de source française ou européen ne
- des fonds d'État, des obligations, des parcs de fonds communs de créances, des
1i1res panicipatifs et au1res ci1res d'emprunts négociables émis par les collec1ivi-
1és publiques ou privées françai ses;
- des bons de caisse émis par les banques ;
- des créances, dépôts, cautionnements et comptes courants ;
- des primes de remboursement qui ne sont pas exonérées (art 157 .3 du CG!) ;
- des bil lecs de trésorerie, certificats de dépôt, bons des inscirucions financières spé-
ciali sées et bons du Trésor en compte courant, bons des sociétés financières;
- du bon de li quidation relatif aux fonds communs de créances ;
- des PEP en cas de retraie moins de 8 ans après leur ouvercure ;
- des bons ou con1rats de capitalisation ec des placements de même narure
(con1rats d'assurance-vie);
L'imposition des revenus du patrimoine financier . .

- des plans d 'épargne logement de plus de 12 ans et des plans ouvens avant le
I" avril 1992 arrivés à échéance.
L' option doit ê1re exercée au plus tard lors de l' encaissement des revenus. Elle
peut être partiel le, c'est-à-dire porter sur une catégorie de placements seulement, les
autres restant soumis au régime de droit commun. Une fois exercée, à panir de la
dace de paiement des produits, l'option est irrévocable, le contribuable ne pouvant
plus dès lors revenir sur son choix.

Le prélèvement sur option peut s'appliquer aux produits de placement


à revenus variables
L' option est réservée exclusivement aux contribuab les personnes physiques, domi-
ciliés fiscalement en France au sens de l'arcicle 4 B du CGI. Elle est exercée pour
chaque encaissement et peul être totale ou panielle.
T outefois, l'option pour le PLF à raison d' une partie seulement des dividendes
perçus au cours de l'année entraîne des conséquences défavorables sur l'impo-
sition des divi d endes non soumis au PLF. En effet, si l'option n 'est exercée que
pour une partie des dividendes perçus au cours de l'année, elle prive ceux qui
n ' ont pas fait l'objet de l'option du bénéfice de l'abanemenc de 40 % ec de
l'aba11emen1 fixe annuel (1 52 5 €ou 3 OSO€ selon que le contribuable soie céli-
bataire ou marié/pacsé).

1.3 Prélèvement obligatoire


Le prélèvement libératoire est obligacoiremenc appliqué pour les produits de pla-
cement versés à des contribuables non domiciliés en France. Il est toutefois impor-
tant de consu lter la convention fiscale internationale concernée, qui peut supprimer
ou réduire la ponée de cene mesure.

~ 1.4 Taux du prélèvement


i Le eaux du prélèvement varie en fonction de la nacure des produits de placements :
-li il est par exemple de 24 % pour les revenus d' obligations, et de 21 % pour les divi-
.E dendes d'actions. Par ailleurs, il peul aneindre j usqu ' à 60 % pour les bons ano-
~ nymes 1 (voir tableau en annexe à ce chapitre).
g
.~ Les revenus de capitaux mobiliers ne faisane pas l'objet du prélèvement libératoire
~ sont soumis au barème progressif de l'impôt sur le revenu. Ainsi, le prélèvement
{ forfaitaire peut être avantageux si, aj outés aux au1res revenus, les revenus de capi-
~ eaux mobiliers Imposables sont taxés, d 'après le barème de l' impôt sur le revenu, à

]
0 1. Qui sont égale1nen1soumi s à un prélève.nent spécial sur le nominal.

253
LA DIMENSION FISCALE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

un eaux supérieur à celui du prélèvemenc. C'est au paniculier de faire ses calculs lors
de l'ouverrure de son compte épargne, ou au plus tard avant les premiers versements
d'intérêts, pour savoir si le eaux du prélèvement libératoire est plus intéressant
qu ' une taxation classique au eaux progressif.
Exemple
Revenus d'obligations perçus en N ouvrant droit au prélèvement au taux de 24 %.
Si le taux marginal d'imposition au titre des revenu s de l'année N est de 5,5 %, l'impo-
sition au barème progressif se fait à un taux inférie ur à celui du prélèvement libératoire.
L'option pour le prélèvement est défavorable.
Si le taux marginal d'imposition est supérieur ou égal à 30 %, l'option pour le prélève-
ment est avantageuse.

La fiscalité appliquée à ces produits a forcement été modifiée pour ceux acquis à
partir du l"'janvier2013. En effet, l'option pour le PFL n 'existe plus que dans un
seul cas : si l e montant des revenus de ce type perçus est inférieur à 2 000 €.Dans
le cas contraire, ces revenus sont désormais soumis à l'impôt sur le revenu du
contribuable.

2 Les RCM soumis à l'i mpôt sur le revenu


Les revenus mobiliers non soumis au prélèvement forfaitaire libératoire doi-
vent être compris dans le revenu global soumis à l' impôt sur le revenu au litre
de l'année de leur paiement effectif. Les revenus sont pris en compte pour leur
montant nec des frais supportés par le contribua ble. La déduction est opérée sur
le montant brui des revenus ou, s'agissant des dividendes d' actions distribués
par les sociétés, sur leur montant nec après application de la réfaction de 40 %
(cf. paragraphe suivant). Les frais déductibles sont essen1iellemen1 les droits de
garde des li t res en ponefeuille et les frais d ' encaissement de coupons. Les frais
de coureage. les frais d 'abonnement à des revues financières ou encore les inté-
rêts d ' emprunts contractés pour l'acquisition des 1i1res ne sont, en revanche, pas
déductibles.

i Les RCM ouvrant droit à l'abattement de 40 %


et à l'abattement de 1 525 € ou de 3 050 €

3.1 Revenus des actions et parts sociales


Les dividendes d 'actions ou de pans sociales sont imposables dans la catégorie
des RCM. Sont concernés les revenus distribués par les sociétés passibles de l'impôt
sur les sociécés ayant leur siège en France, dans un Éeac de l'Union européenne ou
254
L'imposition des revenus du patrimoine financier . .

dans un Étal ou territoire ayant conclu avec la Fran ce une convention en vue d'éviter
les doubl es impositions.
Le contribuable doit déclarer ces revenus pour leur montant brui perçu. Pour le
calcul de l' impôt, un abattement proportionnel de 40 % sera appliqué au1omalique-
men1 par l'administration à ces revenus. Le contribuable peul déduire les dépenses
engagées pour l 'acquisicion du revenu (essen1iellemen1 les frais de garde des litres)
après l'application de l'abanemenc de 40 %. Un abanemenc forfaitaire de 1 S2S €ou
de 3 OSO €es1 ensuite appliqué au1omaliquemen1 par L'administration, sur le montant
nec des revenus distribués ainsi déterminé. Depuis le) « janvier2011, les dividendes
perçus peuvent, sur option du contribuable, être soumis à un prélèvement forfaitaire
libératoire de 2 1 %, calculé sur leur montant brui.
La dernière loi de Finances rectificative pour 2012 supprime l'abattement forfai-
taire de 1 S2S ou 3 OSO€. Par ailleurs, pour les produits acquis à panir du )" janvier
2013, le prélèvement sur option n'est plus possibl e. Ainsi, après l'abattement de
40 %, ils seront soumis à l'impôt sur le revenu.

3.2 Revenus imposables des actions et parts non cotées détenues


sur le PEA
Il est rappelé que les conditions à respecter pour obtenir la défiscalisation des
revenus et des gains «en capital » sur PEA (plan d 'épargne en actions) sont les
suivantes: être domicilié en Fran ce, n'avoir qu ' un seul PEA par personne majeure,
le conserver au minimum S ans sans faire de retraie et ne pas apporter plus de
132 000 €en numéraires ou en litres. Lorsque coutes ces conditions sont respectées,
le 1i1ulaire du PEA bénéficie d' une exonération des revenus et des gains« en capi-
tal » des titres d étenus sur son PEA.
Si les dividendes d ' actions ou des parcs sociales non cotés perçus au travers
d ' un PEA sont exonérés d 'impôt sur le revenu, une fraction de ces revenus peut,
~ dans certaines conditions, être imposable. Les produits de ces litres sont, en
§ effet, exonérés d ' impôt seulement dans la limite de 10 % de la valeur d 'inscrip-
~ cion au PEA des 1i1res non cotés. La fraction imposable à déclarer ouvre droit à
-li
.E l'abanemenc de 40 % ainsi qu ' à l'abanemenc de 1 S2S €ou 3 OSO€. Cene frac-
~ ci on imposable des produits de litres non cotés doi 1 être déclarée ligne FU de la

.g
.ë-
déclaration de revenus .

.i! Exemple
{ Soit 1 action non cotée inscrite au PEA pour une valeur nominale de 100 €.
~
· Di videndes perçus pour cette action: 15 €.
] Exonération à hauteur de 1OO x 10 % = 10 €, soit 5 €imposé dans la catégorie des RCM
o et ouvrant droit à l'abattement de 4 0 % e t à l'abattement fixe annuel.
255
LA DIMENSION FISCALE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

3.3 Dividendes d'actions dont les titres sont inscrits sur un PEA
Dans les limites indiquées ci-avant, les produits perçus sur le PEA sont exonérés
d'impôt sur l e revenu.

4 Cas des. produits des contrats d'assurance-vie


et des contrats de capitalisation
Les produits acquis ou constatés à compter du Jet janvier 1998 sur des contrats
d'assurance-vie et des bons de capitalisation de source française d'une durée au
moins égale à 8 ans (6 ans pour ceux souscri ts ava nt le Jet janvier 1990) sont soumis
à l'impôt sur le revenu (sau f exceptions ci-dessous) lors du dénouement du contrat,
après application d'un abattement annuel de 4 600 €(célibataires, veufs ou divorcés)
ou de 9 200€ (couples mariés ou pacsés soumis à i mposition commune). Sur option,
ces produits peuvent être soumis à un prélèvement libératoire de 7,5 %.
Il est important de noter que, quelle que soit la durée du contrat ou bon de capita-
lisation, ainsi que de celle du contrat d' assurance vie, les produits sont exonérés si
le dénouement donne lieu au versement d' une rente viagère ou, si le dénouement
résulte du licenciement du titulaire, de sa mise à la retraite anticipée, de son invali-
dité ou de celle de son conj oint.
Si le contribuable a déclaré des produits de contrats d'assurance-vie soumis au
prélèvement libératoire, et si le montant des produits soumis au barème progressi f
de l'impôt sur le revenu est inférieur à l'abanement de 4 600 €(ou 9 200 €,si mariés
ou pacsés soumis à imposition commune), il bénéficie d' un crédit d'impôt égal à
7,5 % du reliquat d'abanement (retenu dans la limite des produits déclarés soumis
au prélèvement libératoire).
Exemple
Soit un contribuable marié qui a perçu 4 000 € d e produits imposables attachés à un
contrat d'assurance-vie (option pour le prélèvement libératoire à 7,5 %) e t 8 000 €de
produits de même nature pour lesq uels il n'y a pas d'option.
L'abattement est utilisé à hauteur de 8 000 €, le contribuable bénéficie d' un reliquat
d'abattement de 1 200 € (9 200 - 8 000) qui va s'appliquer aux revenus soumis au pré-
lèvement de 7 ,5 %.
Seuls les revenus excédant 1 200 €, soit 2 800 €, auraient dü être soumis au prélèvement
libératoire_ Le contribuable bénéficiera alors d' un crédit d'impôt de 90€ (1 200 € x 7,5 %).

5 Les RCM n'ouvrant pas droit à abattement


Les autres revenus de capitaux mobiliers comme les produits d'obligations, d'em-
prunts d'État, les jetons de présence perçus par les membres du conseil d'administration
L'imposition des revenus du patrimoine financier . .

ou du conseil de surveillance, les revenus des créances, dépôts et cautionnements ou les


revenus disuibués non déductibles du résulcac de la soc:iécé donc ils proviennenc (rému·
nérations et avantages occultes, rémunérations excessives...) ne bénéficient pas de
I'abanement de 40 %. Ils sont iaxés à l impôt sur le revenu pour leur montant brut
encaissé diminué, le cas échéant, des frais supportés.

6 Nouveautés fiscales pour 2013

La loi de Finan ces pour 2013 a instauré un mécanisme d ' acompte, afin de ne
pas créer de problème de trésorerie pour l'État. Le principe est le sui vant : le
prélèvement de 24 % et de 21 % devient un prélèvement obligatoire, pris à titre
d ' acompte.
Un système de dispense de cet acompte est également prévu. L ' acompte de 24 %
n 'est pas du par les contribuables dont le revenu de référence de l'avant dernière
année n'excède pas 50 000 € (25 000 € pour un célibataire). L ' acompte de 21 %
n 'est pas du par les contribuables dont le revenu fiscal de référence de l'avant der-
nière année n'excède pas 75 000 € (50 000 €pour un célibataire).
Enfin, les contribuables percevant moins de 2 000 € d' intérêts (mais non de
dividendes) peuvent demander au moment de la déclaration de revenus l'appli-
cation d ' une imposition définitive au taux forfaitaire de 24 %. Lorsque le prélè-
vement pris se révèle supéri eur au montant de limpôt réellement dCl l'année
suivante, selon le barème progressif, il se transforme en crédit d' impôt impu-
table ou restituable.

Section 2
LES PRODUITS EXONÉRÉS D'IMPÔT

Les produits sui vants sont exonérés à l'impôt sur le revenu (cenains sont égale-
~ ment exonérés des prélèvements sociaux) :
-li
E - les intérêts des sommes inscrites sur:
~ - un livret A de caisse d'épargne, un livret d'épargne populaire;
g - un compte pour le développement durable (ex-CODEVI) ;
- un compte d 'épargne-logement;
- un plan d 'épargne-logement de moins de 12 ans;
- un livret d'épargne entreprise ;
- un livret j eune ;
- les produits capitalisés du PEP (plan d'épargne populaire) en l'absence d 'opéra-
tions condui sant à la clôture ;
257
LA DIMENSION FISCALE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

- les produits capimlisés du PEP, la prime d'épargne et les intérêts correspondant


à la capicalisacion de cene prime, afférencs aux recraics anticipés, si le concri·
bu able bénéficie du droit à la prime d'épargne au cours d' une des années du
plan;
- les intérêts des prêts (d' une durée maximale de dix ans) consentis entre le I" jan-
vier 2006 et le 31 décembre 2007 au profit d 'un enfant, petits-enfants ou arrière-
petits-enfants pour l' achat de sa résidence principale, dans la limite de 50 000 €
prêtés.

Section 3 L'IMPOSITION DES GAINS DE CESSION


DE VALEURS MOBILIÈRES ET DE DROITS SOCIAUX

Les plus-values de cessions de valeurs mobil ières peuvent être définies comme les
gains «en capiml »réalisés par les particul iers sur les titres qu 'ils détiennent. Si les titres
détenus leur offrent des revenus (distribution de dividendes), les lois de l'offre et la
demande, ainsi que la bonne santé économique des sociétés font que leurs titres peuvent
voir leur valeur augmenter (ou diminuer) assurant ain~i. en cas de vente, une plus-value
(ou une moi ns-value), calculée sur un prix de cession diminué d'un prix d'acquisition.
L es plus-values ainsi réalisées lors de cession de valeurs mobilières ou de droits
sociaux sont taxées à l'impôt sur le revenu au taux de 19 % (34,5 % avec les prélè-
vements sociaux passés à 15,5 % depuis la LFR 2012) dès le premier euro de
cession, dep uis le }" ja nvier 2011 (date de disparition du seuil de cession d ans
la loi de fina nces p our 2011).

1 Les cas d 'exonération des plus-values. de cessions

Il ex iste deux cas d 'exonération d 'impôt sur les plus-values de cession :


- Cession à un membre d 'un groupe familial des titres d 'une société soumise à
l'impôt sur les sociétés et ayant son siège en France, dans laquelle le contri-
buable ou son conj oint, ascendants et descendants ont détenu, directement ou
indirectement, au cours des 5 années précédant la cession, 2 5 % ou plus des
droits dans les bénéfices. La plus-value réalisée est exonérée à condition que tout
ou panie des droits cédés ne soit pas revendu à un tiers dans le délai de 5 ans ;
- Retraits de fonds ou de valeurs d' un PEA dans les 5 ans de son ouvenure, sans
entraûier la clôture du plan, à condition de les affecter dans les 3 mois suivant le
retrait au financement de la création ou de la reprise d'une entreprise dont le contri-
buable (ou son conjoint) assure personnellemen1 l'exploitation ou la direction.
L'imposition des revenus du patrimoine financier . .

2 Calcul des plus-values de cession


Les plus-values (ou moins-values) sont calculées par différence en1re le prix de
cession et le prix d 'acquisition. Elles peuvent être réduites, dans certains cas, d' un
abanemenc pour durée de détention.

2.1 Prix de cession


Il est constitu é, pour les litres non cotés, du prix demandé et, pour les litres
cotés, du cours de bourse du jour de la transaction. Il comprend coutes les
charges et inde mnités stipul ées au profil du cédanl ou d' un tiers. Il est diminué
du montant des frais et taxes acquinés par le cédant : commissions d' intermé-
diaires et honoraires d'experts chargés de l'évaluation des 1i1res, commissions
de négociation, counages et impôt sur les opérations de bourse pour les litres
cotés.

2.2 Prix d'acquisition


Il est conscirué du prix pour lequel les li1res one été achetés par le cédant ou, en cas
d 'acquisition à li1re gratuit (succession ou donation), de la valeur retenue pour la
détermination des droits de mutation. Il est augmenté des frais d 'acquisition : les
courtages, les commissions, les impôts sur les opérations de bourse, les honoraires
d 'experts, les droits d 'enregis1remen1 et frais d' acte el/ou les droits de succession ou
de donation proprement dies, les frais d' acte et de déclaration et les honoraires du
notaire.
En cas de cession de 1i1res de même nacure achetés à des prix différents, le contri-
buable peul retenir une moyenne pondérée des prix d 'acquisition.
Exemple
Un contribuable a réalisé une acquisition en N-6 de 100 actions X au prix de 60 €, une
acquisition en N-5 de 150 actions X au prix de 100 €. Il vend en N, 200 actions X au prix
unitaire de 120 €.
La valeur moyenne pondérée d'acquisition des titres est de :
((100 X 60 €) + (150 X 100 €)) /250 = 84 €

. Le montant de la plus-value est: (200 x 120 €) - (200 x 84 €) = 7 200 €.

t
{ 2.3 Prise en compte des éventuelles clauses
~
-g Les clauses de variation de prix (ou clause d' earn out) prévoient, lors de la ces-
§ sion, que l'acquéreur devra verser dans le furur au cédant un complément de prix
0
o déterminé en fonction d 'une indexation en relation directe avec l'ac1ivi1é de la
259
LA DIMENSION FISCALE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

société dont les titres sont vendus' . Si la clause est mise en exécution, le complément
de prix perçu par le cédanc esc imposable au eaux global de 34,5 % applicable aux
plus-values sur titres (impôt sur les plus-values à 19 % et prélèvements sociaux de
15,5 %), au l itre de l'année au cours de laquelle il est reçu, quel que soit le montant
des cessions réalisées au cours de cene année.
Les clauses de garanlie de passif ou d ' actif net prévoient, lors de la cession , que
le cédant s 'engage à reverser au cessionnaire tout ou partie du prix de cession en cas
de révélation, dans les comptes de la société dont les titres sont vendus, d 'une dene
ayant son origine antérieurement à la cession ou d 'une surestimation de valeurs
d'actif figurant au bilan de la société à la date de la cession. Un dégrèvement de
l'impôt initialement payé pourra être demandé par le cédant par voie contentieuse.
L'acquéreur. lui, tiendra compte de cene variation de prix lors du calcul de sa plus-
value de cession (diminution du prix d' acquisition des titres).

i Abattement pour durée de détention


Il était prévu un abanement égal à un tiers par an née de détention des titres au-delà
de la cinquième, ce qui implique une exonération 1otale des plus-values réalisées sur
les titres détenus depuis plus de huit ans. Ce dispositif, entré en vigueur à compter
du ]" j anvier 2006 devait s'appliquer aux cessions réalisées à compter du ]" janvier
2012 et l'exonération ne sera totale qu ' à compter du ]" j anvier201 4. Néanmoins, la
loi de Finances pour 2011 a abrogé cet abanement, ayant ainsi pour effet d' avoir
empêché toute appl ication.
Par ailleurs, l'article 29 de la loi de finance rectificative pour 2005 a instauré un
mécanisme d 'abanement pour durée de détention !ors de la cession de titres de PME
effecruées par les dirigeams en vue de leur départ à la recraice. Sous les condicions
prévues à l'article 150-0 D ter du CGI, il s 'appl ique aux cessions réalisées entre le
l" j anvier2006 et le 31 décembre2013.

4 Échang,e de titres
Les plus-values résultant d'opérations d'échange de titres (offre publique, fusion,
scission, appon à une société soumise à l'impôt sur les sociétés... ) réalisées depuis
le ]« janvier 2000 font l'objet d' un sursis d'imposition. Aucune plus-value n 'est
calculée, ni déclarée au titre de l'année de l'échange. La plus-value d 'échange ne
sera prise en compte qu ' à la date de cession. Le gain réalisé sera alors calculé à

1. Par exemple, 50 %du prix de vente des ti1reses1payé auoompt.ant et le solde sera verfé dans 1 a il, mais indexé
dans une lilni1e de ± 20 %sur le chi ffre d'affaires àcene date là.
260
L'imposition des revenus du patrimoine financier . .

partir du prix ou de la val eur des 1i1res remis à l'échange, corrigé à la hausse ou à la
baisse d'une évenruelle sou lte.
Le sursis s' applique de la même façon en cas d'échanges successifs. Les plus-values
réalisées lorsd 'échan gesopérés avant le l"'janvier2000demeurenc soumises au report
d' imposition jusqu'à la cession à titre onéreux, au remboursement ou à l'annulation
des titres reçus en échange. Ell es doi vent être portées sur la déclaration (n° 2074-1) de
l'année de survenance de l'événement affectant les 1i1res reçus en échange.

5 Dispositif de report d'imposition des plus values

Depuis le I"' janvier 2011, certaines plus-values réalisées lors de la cession de


val eurs mobilières ou de droits sociaux bénéficient, sous condition s, d'un report
d 'imposition el d'exonération d' impôt (les prélèvernenis sociaux resian1 exigibles
immédiatement).
Ce mécanisme concerne la cession d'actions, de parts de sociétés ou de droits
sociaux, ainsi que les compléments de prix perçus suite à une clause d'indexation.
Pour bénéficier de ce dispositif, le produit de la cession des ti1res doit être affecté
dans les 36 mois et à hauteur de 80 % minimum dans la souscription ou l'augmen-
cacion en numéraire du capital de la société.

6 Calcul de l'impôt sur la plus-value

À compter du I" janvier 2011, la plus-value est taxée au taux de 19 %, auquel


s'ajoutent les prélèvements sociaux (égaux au cotai à 15.5 % depuis la LFR 2012),
soie un taux d'imposition de 34.5 %.
Il existe toutefois des taux particuliers d'imposition :
~ - de clôcure d'un PEA dan s les deux ans de son ouverrure : 22,5 % ;
§
~ - de clôcure d'un PEA encre 2 et 5 ans après son ouverture : 19 % ;
-li
- de cession de litres souscrits en exercice de stock-options : 30 %.
E
~ Les plus-values de cessions de valeurs mobilières réalisées en 2013 sont impo-
g
• sables selon le barème progressif de l'impôt sur le revenu.
°f Un aba11emen1 pour durée de détention est prévu, décompté à partir de la dace
{ d'acquisition des ti1res:
~
- 20 % de 2 à 4 ans ;
- 30 % de 4 à 6 ans ;
- 40 % au-delà de 6 ans.
LA DIMENSION FISCALE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

7 Imputation des moins-values

Les moins-values subies au cours d'une année sont imputables exclusivement sur
les plus-values de même narure réalisées au cou rs de la même année ou des dix
années suivantes. Aucune i mputation sur le revenu global n'est possible. Elles ne
sont prises en compte que lorsqu'elles relèvent d'opérations imposables. Les moins-
values résultant d'opérations d'échange bénéficiant du sursis d'imposition ne sont ni
imputables, ni reponables. Le délai de report de dix ans concerne les moins-values
subies depuis le )« janvier 2002 (pour les moins-values subies avant ce ne dace, le
report étaie li mité à cinq ans).
Exemple
Un contribuable a échangé en 2002 20 titres de la société X contre 20 titres de la société
Y e t a réalisé une plus-value d'échange de 4 000 €.Cette plus-value est en report d'im-
position.
En 2005, il échange 100 actions X (ache tés au prix de 60 €)contre 100 actions de la
société Y au prix de 80 flti tre.
Il a acheté en 2007, 150 actions Y au prix de 100 €/titre. Il vend en 2008, 220 actions Y
au prix unitaire de 160 €.
Plus-value imposable en 2012 :
- plus-value en report d'imposition depuis 2002 : 4 000 €deviennent imposables du fait
de la cession des 20 titres échangés ;
- pl us-valu e sur cession des titres Y acq uis à des prix différents avec un calcul de la
valeur moyenne pondérée (VMP) d'acquisition sur la base d'un prix des titres Y de 2005
calculé à partir du prix d'acquisition des titres X remis à l'échange:
- valeur des 1OO titres Y échangés en 2005 = 60 € (x 1OO titres)
- valeur des titres acquis en 2007 = 100 € (x 150 titres)
soit une valeur moyenne pondérée de :

Montant de la plus-val ue taxable :


(200 X 160 €) - (200 X 84 €) = 15 200 €.
Prix de cession - Prix d'acquisition pondéré= base taxable
Le contribuable déclarera donc en 2012 deux plL1s-values : celle d'échange en report
d'imposition de 4 000 € e t celle de la vente de 15 200 €.
L'imposition des revenus du patrimoine financier . .

Tableau 13. 1- Synthèse des taux du prélèvement libératoire forfaitaire•


Nature des placements Période Taux (revenus 2012)

Emprunts d'État. Produits encaissés 24%

Fonds salariaux.Comptes bloqués d'associés


Prod ults encaissés 24%
(soumis au respect decertalnesobllgatlons).

Titresdecréances nëgoclables :billets de


trêsorerle,certlficatç de dépôt, bons
d 'institutions financières spêdallsêes, bons des Produits encaissés 24%
sociétés financières, bons â moyen terme
négociables.
Partsde fonds communs de t itrisation (ex.fonds
Prod ults encaissés 24%
communs decrëanc.es)
Créances, dépôts, cautionnements, comptes
courants d'associés ( l'o ption compor te des Intérêts enca ~ sés ayant couru 24%
limitations p our ces derniers}

Retrait avant 8 ans :


- moins de 4 ans 3S%
Plan d 'Épargne Populaire (PEP)
- supêrieur ouêgal &i4ans 19 %

Retrait après 8 ans 0%


lntêréts courus âcompter du
12• annlversalreduplanoude son
échéance (plan ouvert avant le
Plan d 'épargne-logem ent 24%
1-4-1992) ou â compte r d u l -1-
2006 si â cette date le plan avait
plus de 12 ans ou éta it échu

Bons du Trésor et assimilés, bons du Trésor sur Bénéficiaire Anonymat


Émis,
formule, bons de la Glisse nationale de Créd lt connu demandé
agricole, bons d'épar gne des Pl l ou de La Poste,
- entre le 1-1-1983 et le Jl-12-1989 4S% 60%
bons émis par les groupements régionaux
d'épargne etde prévoyance, bons à Sans du - entre le 1-1-1990 et le 31-12-1994 3S% 60%
Crédit Foncier de France, Bons de caisse émis par
des établissements de créd lt - à compter du 1-1-199S 18% 60%

Souscrits depuis le 1-1-1990 pour Bénéficiaire Anonymat


une durée de : connu demandé
Bons ou contrats de c.apltallsatlon et placements - moins de 4 ans 3S% 60%
de même nature (as:surance-vie)
-4â8ans 1S% 60%

- 8 ans et plus 7,50% 60%


· Auquel Il convient d'aj outer les l S,S % de prelèvements sociaux (LFR 2012).
L'imposition
des revenus
du patrimoine
immobilier
14 et les produits
de défiscalisation
immobilière
Olivier LEJEUNE

L 'investissement immobilier représente !Ouj ours aux yeux des particuliers une
valeur sflre (la valeur refuge de la pierre) quand les autres investissements
(mobiliers) deviennent risqués, notamment après l'effondrement des places bour-
sières. L' investissement locatif présence le double avantage d'ê1re généralement peu
risqué (sauf crise imponance de l'immobilier) e1 de s'autofinancer. Il est le plus
souvent réalisé au moyen d'emprunts bancaires, donc le capital et les intérêts sont
couverts par les loyers.
Les particuliers peuvent investir:
- dans les immeubles anciens, donc le prix d'acquisition est moins élevé que le
neu f, pour dégager un bon rappon « revenus/inveslissemenc » ;
L'imposition des revenus du patrimoine immobilier... . .

- dans le neuf, en accepmnc un rapport moins favorable« revenus/inves1issemen1 »


mais en misant sur une fucure plus·value immobilière.
Cet engouement pour l' investissement locatif s'est 1radui1 ces dernières années par
une adaptation de la fiscalité, avec notamment la création de régimes spécifiques
d'imposition des revenus fonciers. Nous étudierons les différents régimes de taxa-
tion des revenus fonciers (régime micro et régime réel), ainsi que les régimes déro-
gatoires (monuments historiques ... ) ou spécifiques (Robien, Borloo... ) qui one été
récemment créés.
Les personnes, résidant ou non en France, qui réalisent des investissements loca-
tifs doivent déclarer leurs recenes dans la catégorie des revenus fonciers si la loca-
tion est nue. Il existe deux régimes déclarati fs:
- le régime réel, qui nécessite le dépôt d'une déclaration spécifique (modèle
2044);
- le régime du micro-foncier, applicable de plein droit aux contribuables qui one
encaissé dans l'année moins de 15 000 euros de recenes.
Les revenus !fonciers supportent les contributions sociales au eaux de 15,5 %,
appliquées sur le montant nec du revenu immobilier. Ces contributions s'appliquent
également aux contribuables non résidents à compter du I" janvier 2012.

Section 1 Le régime du « micro-foncier»


Section 2 Le régime réel d 'imposition
Section 3 Les régimes dérogatoires
Section 4 Les régimes spécifiques

~
Section 1 LE RÉGIME DU cc MICRO-FONCIER »
§

-li~ Les personnes qui one un revenu foncier annuel inférieur à 15 000 euros sont sou-
.E mises de plein droit à un régime d' imposition simplifié (die du« micro-foncier»)
~ qui abouti! à n'imposer que 70 % des recenes. Ce régime ne peul pas s'appliquer
g dans le cas de revenus fonciers dérogatoires ou spécifiques. S'il permet aux concri-
·~ buables un allégement déclaratif impormnc (recenes brutes direc1emen1 reportées sur
j la déclaration de revenus), il ne permet pas la conscacacion de déficits. Les concri-
; buables qui seraient de plein droit dans le régime du micro-foncier peuvent, coute-
_, fois, opter pour le régime réel d'imposition des revenus fonciers, option qui est
] conseillée lorsqu' ils consca1en1 un déficit foncier (recenes inférieures aux charges).
0 Cene option s'applique pour une durée de 3 ans et est irrévocable sur cene période.
LA DIMENSION FISCALE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Section 2 LE RÉGIME RÉEL D' IMPOSITION

Une déclaration de revenus fonciers (n° 2044) doit être souscrite lorsque les
contribuables one perçu des loyers, des fermages ou d'autres revenus fonciers (droits
d'affichage, droits d'exploicacion de carrières, revenus de parcs de sociétés immobi-
lières) ou lorsqu'ils se réservent l'usage de certains biens ou droits (écangs, cours
d'eau, droits de pêche, locaux commerciaux nus) pour un montant supérieur à
15 000 euros.
Le contribuable n'a pas de revenus fonciers à déclarer pour :
- les logements donc il se réserve la jouissance. L' exonération vise les locaux
d'habitation et leurs dépendances immédiates (garages, jardins ... ) qui sont uti-
lisés à litre de résidence principale ou secondaire ou qui sont mis gmrui1emen1 à
la disposition d'un tiers en l' absence de tout contrat de location ;
- les locations et sous-locations en meublé, qui relèvent des bénéfices industriels
et commerciaux professionnels ou non ;
- les sous-locations d'immeubles nus, qui relèvent des revenus non commerciaux.

Montant du revenu net foncier

Le revenu net foncier à déclarer est obtenu par l a différence entre les recettes (principales
et/ou accessoires) encaissées dans l 'année et les charges de propriété payées dans l 'année
par l e foyer 1iscal :
Revenu net foncier = Recettes principal es+ Recettes accessoires - Charges de propriété

1 Les recettes
Les recenes sont constituées des loyers encaissés (y compris les loyers arriérés et
les loyers pe:rçus d' avance), des revenus exceptionnels (pas-de-porte, droit d'entrée)
et des avantages en narure. Il convient d'ajouter .à ces recenes principales les sub-
ventions de !'Agence Nationale pour I' Amélioration de l'Habital, les sommes per-
çues en exécution d'un contrat de garantie de loyers, le droit d' affichage et les
dépenses mises par convention à la charge du locataire (principalement des grosses
réparations, des impôts afférents à la propriété... ). Si le contribuable est assujeni à
la TVA (immeubles à usage industriel, commercial ou de bureaux), les recenes doi-
vent être déclarées pour leur montant hors TVA.

266
L'imposition des revenus du patrimoine immobilier... . .

2 Les frais et charges


Les principaux frais et charges déductibles comprennent nommmenc :
- les frais d'administration ec de gestion ;
- les primes d 'assurance;
- les dépenses d' amél ioration ;
- les dépenses de réparation ou d'entretien ;
- les provisions pour charges de copropriété ;
- les indemni1és d'éviction et frais de relogement;
- cenaines i mpositions ;
- les intérêts des denes.

2.1 Les frais d'administration et de gestion et autres frais de gestion


Il s' agit notamment des rémunérations qui sont allouées aux gardiens ou
concierges. Il s' agit également de l'ensemble des rémunérations, honoraires et com-
missions versés à des tiers pour la gestion de l'immeuble. Il s'agit enfin des hono-
raires (notaire, avocat, hui ssier ou expen) ainsi qu e des autres frais de procédure
supponés dans l'année.
Les autres frai s de gestion sont déductibles pour un montant forfaitaire de 20 €par
local. Ils représentent les frais de correspondance, de déplacement et de téléphone
et les frais évenruels d 'enregistrement des baux et actes de location.

2.2 Les primes d'assurance


Les primes d' assurance payées sont déductibles pour leur monmnc réel (assurance
du bien ec/ou assurance pour les loyers impayés').

2.3 Les dépenses d'amélioration, de réparation et d'entretien


~ Les travaux d 'amélioration sont ceux qui permeuenc d 'apporter un élément de
§ confon nouveau e!lou de s'adapter aux conditions modernes de vie, soieparu ne modi-
~ fication de son aménagement, soie par l'appon d' installations ou d'équipements nou-
-11veaux (par exemple, frais d 'insmllation du chauffage central, du 1ou1-à-l'égou1, d' une
~E salle d' eau ou de l'eau courante... ). Pour ê1redédui1es, ces dépenses doivencconcemer
g uniquement les locaux affectés à l'habitation. T outefois, les dépenses d' amélioration
.~ afférentes aux locaux professionnels et commerciaux destinées à faciliter l'accueil des
~ personnes handicapées ainsi que les dépenses d'amélioration destinées à protéger les
{ locaux des effets de l'amiante (désamianmge) sont déductibles.

l
o
L Cho i x pour le contribuable entre une déduction de l'assurance d es l oyers im.payés au niveau d es revenus
fonciers (sur La déclaratio n n<:i 2044)ou en crédi1 d' im.pôLti s'im.purant sur 1' impôt sur le revenu dO (sur sa déclaration
0 des revenus n<:i 2042).
LA DIMENSION FISCALE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Les traval!I X d e r éparation et d 'entretien sonc ceux qui ont pour objet de main-
tenir ou de remenre en étal un immeuble sans en modifier la consistance ou l'agen·
cernent intérieur et sans en accroître la valeur (par exemple, réfection des peintures
extérieures, des planchers, réparation d'une 1oirnre, réparation d'un ascenseur). Ces
travaux ne doivent pas affecter:
- la struccure de l'immeuble : les travaux de construction, de reconstruction ou
d'agran dissement ne sont pas déductibles ;
- ni sa destination: la transformation d'un bâtiment à usage industriel en locaux
d'habitacion n'est pas déductible;
- ni augmenter sa surface habimble.
L es travaux d'amélioration ou d' entretien/réparation qui sont indissociables des
travaux d'agrandissement (par exemple, réfection de la 1oirnre en cas de construc-
tion d' un étage supplémenmire) ne sont ainsi pas déductibles.

2.4 Les provisions pour charges de copropriété


L es provisi ons pour charges appelées par le syndic de copropriété sont déduites du
revenu foncier de l'année de leur versement puis :régularisées l'année suivante. Les
contribuables déduisent le montant 101al des provisions pour charges versées au
syndic au cours de l'année. Ils régularisent, la même année, les provisions déduites
l'année précédente qui correspondent, d'après l'arrêté des comptes de la copro-
priété, à des charges non fiscalement déductibles (charges locatives, travaux de
construction ... ).

2.5 Les taxes foncières et taxes annexes


La taxe foncière est déductible des revenus fonciers, sous déduction de la taxe
d'enlèvement des ordures ménagères (sur l'avis d e mxe foncière) qui elle n'est pas
déductible.

2.6 Les intérêts d'emprunts


L es intérêts et les frais d'emprunt (agios, commissions, frais de cons1i1u1ion de
dossier, frais d'inscription hypothécaire ...) sont déductibles sans limitation en ce qui
concerne le montant ou la durée. Les emprunts concernés doivent être contractés
pour l'acquisition, la conservation, la cons1ruc1ion, la réparation ou l'amélioration
des propriétés (y compris les intérêts des emprun ls contractés pour le paiement des
droits de succession). Les intérêts des emprunts substituti fs sont également déduc-
tibles si le nouvel emprunt est souscrit pour rembourser ou se substituer à l'emprunt
initial, dans la mesure où les intérêts de l'emprunt initial n'ont pas déjà été in1égra-
lemen1 dédui ts.
268
L'imposition des revenus du patrimoine immobilier... . .

i Les revenus fonciers taxables et la gestion des déficits


Pour chaque i mmeuble, le revenu taxable est égal au cotai des recenes diminué du
cotai des charges et des intérêts d' emprunc. Si le résultai déterminé est un bénéfice,
il est reponé sur la déclaralion de revenus du foyer fiscal. S i le résul!at est un déficit,
il faut calculer la parc qui est imputable sur le revenu global et celle qui est repor-
table sur les revenus fonciers des années suivantes :
- les déficits fonciers qui résul!enc des dépenses aucres que les intérêts d' emprunts
sont déductibles du revenu global dans la limite annuelle de 10 700 €;
- la fraction du déficit qui est supérieure à 10 700 €ou qui provient des intérêts
d' emprunts est uniquement imputable sur les revenus fonciers des dix années
suivantes.
Exemple
Un propriétaire loue un appartement et établit sa déclaration comme suit :
Recettes , 3 000 f.
Charges, -20 000 f.
Intérêts d'emprunt: - 10000€'
Déficit, -Z7000f.

Les intérêts d'emprunt sont imputés en priorité sur les recettes brutes, soit un déficit
provenant à nauteur de 7 000 €des intérêts d'emprunt et de 20 000 €des charges.
Le déficit pr<H'enant des charges pourra être imputé sur le revenu global à hauteur de 10 700 €,
il restera donc 9 300 €(part du déficit provenant des charges) et 7 000 €(part du déficit pro-
venant des intérêts d'emprunt) à imputer sur les revenus fonciers des dix années qui suivent.

4 La vente ou l'abandon de la location d'un immeuble


L 'imputation des déficits fonciers sur le revenu global n 'est définitivement acquise
que si le contribuable maintient l'immeuble à la location j usqu'au 31 décembre de
~ la troisième année qui suie celle au titre de laquelle l' imputation a été pratiquée (pour
§ l'imputation du déficit en 2012, le bien doit rester à la location j usqu'au 31.12.2015).
~ Si cette condition n'est pas remplie, les revenus nets fonciers des crois années pré-
-li cédentes sont reconstitués.
E
~ En conclusion, un contribuable qui réalise un investissement locatif pourra déduire
g de ses revenus fonciers les principales charges de propriété et les intérêts d 'emprunc.
·~ Cette situation est généralement très favorable aux contribuables les premières
j années, amenant à la constatation d'un déficit imputable en panie ou en 1otali1é sur
; le revenu global. Tou1efois, si le coniribuable n'a que 1rès peu de frais (pas de ira-
~ vaux, peu d'intérêts d 'emprunl), il peul décider, sous certaines conditions, de se
§ placer sous le régime du « micro-foncier », régime qui simplifie grandement ses
0 . . .
o obbgac10ns déclaratives.
269
LA DIMENSION FISCALE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

Section 3
LES RÉGIMES DÉROGATOIRES

Les deux principaux régimes dérogatoires que sont les monuments historiques et les
opérations de restaurations immobilières (loi Malraux) permenenc aux contribuables
de rédui re leur charge fiscale, soie en déduisant de leur revenu global un déficit foncier
sans limitation (monuments historiques), ou de bénéficier d'une réduction d'impôt
(pour les immeubles« loi Malraux»). Ces régimes sont nacurellemenc soumis à des
conditions liées à la siruation de l'i mmeuble mais également aux conditions de loca-
tion. Ils one fait l'objet de profondes réformes à compter du I"' j anvier 2009.

1 Les immeubles historiques

L e régime fiscal des immeubles historiques s'applique :


- aux immeubles classés monuments historiques ou inscrits à l'lnvencaire
supplémentaire ;
- aux immeubles faisane partie du patrimoi ne national en raison de leur caractère
historique ou artistique paniculier, et qui one fait l'objet d'un agrément préalable
spécial ;
- aux i mmeubles faisane partie du patrimoine national en raison du label délivré
par la Fondation du patrimoi ne sur avis favorable du service départemental de
l'archi1ec1ure et du patrimoine.
L e contribuable doi t déclarer les revenus cirés de son i mmeuble monument histo-
rique (location ou ouvenure au public payante) sur une déclaration de revenus fon-
ciers n° 2044 spéciale, comme suie: revenus - cha:rges classiques - charges liées aux
monuments historiques - i ntérêts d' emprunt =revenu foncier nec des immeubles
monuments historiques.
L es principales dérogations concernent les charges déductibles liées à la nacure de
monument historique.
Rappels sur les modalités de déduction des charges qui diffèrent selon l'usage de
l'immeuble:
- Si l'immeuble procure des recenes imposables et n'est pas occupé par son pro-
pri étaire (immeuble loué en 101ali1é ou non loué mais donnant lieu à la percep-
tion de recenes accessoires), la totalité des charges foncières afférentes à l'im-
meuble peut être imputée sur l es revenus fonciers .
- Si l'immeuble ne procure aucune recene imposable (immeuble ouven grarui1e-
men1 au public ou monument non ouven à la visite), les charges foncières affé-
rentes à l'immeuble sont imputées directement sur l e revenu global du
propriétaire.

270
L'imposition des revenus du patrimoine immobilier... . .

- Si l'immeuble procure des recenes imposables et est occupé par son propriétaire
(immeuble loué paniellemenc ou donc cenaines pièces sonc ouvertes à la visite
payante), les charges foncières se rapportant à la partie de l' immeuble donc le
propriétaire se réserve la disposition sont imputables sur le revenu global. Les
autres charges sont prises en compte pour la détermination du revenu nec
foncier.
En cas de constatation d' un déficit foncier, ce dernier est imputable, sans limita-
tion de moncanc, sur le revenu global de l'intéressé.
Exemple
Un propriétai re loue un appartement cla~sé «monument historique». Il ne l'occupe pa~
et établit sa déclaration comme suit :
Recettes: 3000€
Charges, -20000€
Intérêts d'emprunt: - 10000€
Déficit, -27000€

Ici, le déficit constaté, soit 27 000 €, sera déductible en totalité et sans limitation du
revenu global du contribuable.
Depuis le )"' j anvier 2009, le propriétaire d'un immeuble monument historique
doit remplir 1rois nouvelles conditions pour bénéficier du régime dérogatoire :
- l'engagement de conserver la propriété de l'immeuble concerné pendant une
période d' au moins quinze années à compter de son acquisition, y compris
lorsque celle-ci est antérieure au )"'janvier 2009 ;
- la détention directe de l'immeuble, sauf s'il est détenu par l'intermédiaire d'une
société civile non soumise à l' impôt sur les sociétés ayant obtenu un agrément
délivré par le minis1re chargé du Budget après avis du ministre chargé de la
Culrure, ou donc les associés sont membres d'une même famille ;
- l'absence de mise en copropriété de l'immeuble, sauf si la division fait l'objet
d' un agrément délivré par le ministre chargé du Budget après avis du minis1re
chargé de la Culrure.
~§ L'engagemenc de conserver la propriété de l'immeuble pendant une durée de
~ quinze ans impl ique une nouvelle con1rain1e pour l'investisseur qui doit tenir compte
-li de cene « immobil isation financière» sur une durée importance. Il n'a plus la facul!é
E de vendre son bien, comme c'était le cas avant le I"'j anvier 2009, car la vente dans
~
• le délai de conservation de quinze ans emporte réin1égra1ion au revenu global des
-~ charges indClmenc déduites, par tiers sur crois années.
g.
.i! Exemple
!-' Un propriétaire loue nu un immeuble classé au titre des monuments historiques acquis en
j uillet 2009 ett décide de le céder en j uillet 2019, soit d ix années après son acq uisition.
] Pendant ces dix années, le propriétaire a, au total, déduit 300 000 € de c harges. Son
revenu foncie.r net de chacune des années 2020, 2021 e t 2022 sera majoré de 100 000 €.
0
LA DIMENSION FISCALE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

2 Les opérations de restauration immobilière(« loi Malraux»}

2.1 Rappel du régime existant avant le 1••janvier 2009


Les propriétaires d' immeubles bâtis situés dans certaines zones protégées (sec-
teurs sauvegardés ou Zones de proceccion du pacrimoine archicecrural, urbain ec
paysager - ZPPAUP) qui effecruenc des travaux pour une rescauracion complète de
leur immeuble peuvent déduire de leurs revenus fonciers les dépenses suivances 1 :
- les travaux de démolicion imposés par l'aucoricé qu i délivre le permis de
construire ;
- les travaux de reconscicucion de coicure ou de murs extérieurs d' immeubles exis-
cancs rendus nécessaires par les démolicions imposées ;
- les travaux de cransformacion en logement de coucou partie d' un immeuble d'ha-
bicacion, sous réserve que ces cravaux soienc réalisés dans le volume bâci
exiscanc ;
- les travaux de réaffeccacion à l'habicacion de coucou partie d' un immeuble.
En cas de conscacacion d'un déficit foncier, ce dernier esc imputable, sans limicacion
de moncanc, à l'exception des incérêcs d'emprunt, sur le revenu global de l'intéressé.
Exemple
Un propriétaire loue un appartement situé dans une zone protégée dans lequel il a effec-
tué d'importants travaux e t il établit sa déclaration comme suit :

Recettes: 3000€
Charges, -20000€
Intérêts d 'emprunt : - 10000€
Déftclt, -Z7000€

Les intérê ts d'emprunt sont imputés en priorité su r les recettes brutes, soit un déficit
provenant à hauteur de 7 000 € des intérêts d'emprunt e t de 20 000 € des c harges.
Le déficit provenant des charges pourra ê tre imputé sur le revenu global, sans limi tation,
soit 20 000 €. Il restera donc 7 000 €(part du défici t provenant des intérêts d'emprunt) à
imputer sur les revenus fonciers des dix années qui suivent.

2.2 Régime applicable aux opérations immobilières


pour lesquelles une demande de permis de construire est déposée
après le 1••janvier 2009
Le régime décrie ci-avanc esc remplacé par un mécanisme de réduction d'impôt qui
bénéficie aux concribuables.

1. Le propriétaire doi1 prendre 1'engageinent de l ouer le l oge.nent nu à usage de résidence princi pale du locataire
pendant une durée de six ans.

272
L'imposition des revenus du patrimoine immobilier... . .

La base de l a réduction d'impôt est consciruée de 1ou1es les charges classiques


déduccibles en revenus fonciers et des charges spécifiques à la loi Malraux (frais
d'adhésion à une association foncière urbaine de restauracion, les travaux i mposés
ou autorisés dans le cadre de l'opération de restauration).
La réduccion d'impôt est calculée sur le montant des dépenses effeccivemenc sup-
ponées par le contribuable sur l'année (hors 1ravaux subvencionnés). dans la limite
annuelle de 100 000 €.
La réduccion d'impôt en 2012esc égale à:
- 22 % des dépenses précitées pour un immeuble en Z PPAUP ;
- 30 % des dépenses précitées pour un immeuble en secteur sauvegardé.
Pour bénéficier de cene réduction d'impôt, le propriétaire doit prendre l'engage-
ment de louer l'i mmeuble nu, à usage d' habitation principale du locataire, pendant
neuf ans.

Sect ion 4
LES RÉGIMES SPÉCIFIQUES

Les régimes spécifiques en rnacière de revenus fonciers sont nombreux et perme1-


1en1 aux propriétaires une imponance défiscalisation en raison de l'amorcissemenc
(pour un montant réel ou forfaitaire) du bien acheté. Mis en place à panir de 1996,
ils concernent principalement des logements neuf s (à l'exception de quatre disposi-
ti fs) et prévoient !Ouj ours un engagement de locacion, avec une durée définie, des
plafonds de loyers el parfois de ressources des locataires.
L ' intérêt pour le contribuable de se placer sous ce type de régimes réside dans
l'amoni ssement du bien, qui aboucic à la créacion d'u n déficit foncier. Ce déficit est
· ensuite i mputable sur le revenu global du contribuable à hauteur de JO 700 euros' et
~ sur les revenus !fonciers des dix années qui sui vent Le con1ribuable, pour bénéficier
i de ces régimes. doit nacurellemenc respecter les condicions liées au logement, au
-li montant des loyers pratiqués e!lou au montant des ressources du locataire. Il doit
·E également souscrire une déclaracion spéciale (n° 2044S) avec un engagement écrie
~ la première année au 1i1re de laquelle l'amonissernenc est pratiqué.
g
.~ Il est donc i mponanc, pour un investisseur, de diversifier ses placements immobi -
~ liers (immeubles neu fs ou anciens, achetés en région parisienne ou en province)
{ pour trouver une formule fiscale avantageuse pour chacun d'encre eux (chaque

]
0 1. 15 300 euros pour le disposi1if Péri s.~ol.

273
LA DIMENSION FISCALE DE LA GESTION DE PATRIMOINE

régime ayan1 des conditions différentes liées à l'immeuble ou aux loyers pratiqués,
l'investisseur a le choix de placer ou non son bien sous ce régime spécifique).
Exemple
Un propriétaire loue un appartement acheté en janvier 2006 pour un prix de 200 000
e uros, qui bénéficie du régime ROBIEN Classique. Il é tablit sa déclaration comme suit :

Recettes: 3000€
Charges, -20000€
Amortissement•: - 16 000€
Intérêts d'emprunt : - 10000€
Déftclt, -43000€

* Amortissement: 8 % du prix d'acquisition, soit 200 000 x 8 % = 16 000 euros


Les intérê ts d'emprunt sont imputés en priorité sur les rececces brutes, soit un déficit
provenant à hauteur de 7 000 €des intérêts d'emprunt e t de 36 000 €des c harges.
Le déficit provenant des c harges pourra être imputé sur le revenu global à hauteur de
JO 700 €,il restera donc 25 300 €(part du déficit provenant des c harges) et 7 000 €(part
du déficit provenant des intérêts d'emprunt) à imputer sur les revenus fonciers des dix
années qui suivent.
Le même investissement, sans le régime ROBIEN : perte de la possibilité d'imputation
sur le revenu brut global de la somme de 16 000 €correspondant à l'amortissement du
bien.
Il é tabli t s.a déclaration comme suit :

Recettes: 3000€
Charges, -20000€
Intérêts d'emprunt : - 10000€
Déftclt, -27000€

Les intérê ts d'emprunt sont imputés en priorité sur les rececces brutes, soit un déficit
provenant à hauteur de 7 000 € des intérêts d'emprunt e t de 20 000 € des c harges.
Le déficit provenant des c harges pourra être imputé sur le revenu global à hauteur de
JO 700 €, il restera donc 9 300 €(part du déficit provenant des c harges) e t 7 000 € (part
du déficit provenant des intérêts d'emprunt) à imputer sur les revenus fonciers des dix
années qui suivent.

274
e Ounod. La photocopie non autorisée est un délit.

Tableau 14.1 - Présentation synthétique des régimes spécifiques récents


1

1 le dispositif Robien "classique » le régime Robien recentré Le dispositif Borloo neuf 1

le principe : le principe : le principe :


r:
~u r un Investissement locatif dans le neuf depuis le Led lsposltlf Borloo neuf est réser vé aux contribuables
3
~u r un Investissement locatif dans le neuf, entre le
ier janvier 2003 et le 31aoüt2006, amortissement du
prix du bien: 8 % par an pendant sans, puis 2,s %
ier septembre 2006 et le 31décembre 2009,
amortissement du prix du bien: 6 % par an pendant
qui optent pour le Roblen recentré.li s'applique donc
aux Investissements réalisés depuis le ier septembre
";:::;.
0
Vl
7 ans., puis 4 % pendant 2 ans. Le montant total de 2006 et le 31 décembre 2009.Le contribuable peut
pendant 4, 7 ou io ans, soit un amor tissement
l'amortissement est donc de so% de l'investissement pratiquer sur ses revenus, en plus de l'amortissement
6
maximum de 6s % de l'investissement Initial. ::J
Initial. de 6 % pendant 7 ans et de 4 % pendant 2 ans, une
déd uc:tlon forfaitaire spécifique de 30 % (avec
o..
Le disposit if s'appllq ue également dans l'ancien, en Le R.oblen recentré s'applique: ~
c.asd·'acquisitiond 'un local suivi de sa transformation -awc logements acquis neufs depuis le possibilité de prolongation du d lsposltlf). Vl

en logement,ou lorsde l'acquisition d'un logement ier septembre 2006, ainsi qu'à ceux que le ~
non décent suivi de sa réhabilitation. Lorsque le
logement est situé dans une zone de revitalisation
contribuable fait construire;
- awc locaux acquisdepuis le ier septembre 2oo6
~
::J
rurale (ZR R), les revenus de la location bénéficient, en que le contribuable transforme en logements, ou aux c
plus de l'a mortlssement,d 'une déduction forfaitaire logements vétustes qui font l'objet de travaux de Vl
de 26 %. rehabllltatlon. o..
c
les conditions : les co