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Histoire de la langue

№1 Histoire linguistique de la France : les origines de la langue française


1. Objet et tâche de l’histoire de la langue française.
La langue française existe depuis plus de dix siècles et évolue toujours. Il est incontestable
que le français parlé de nos jours n’est plus le même qu’au X s. ou à l’époque de Molière.
L’objet d’étude de l’histoire du français est l’évolution de la langue française durant quinze
siècles depuis son état préhistorique (latin vulgaire, gallo-roman) jusqu’au XVIII s.
Les tâches de l’histoire de la langue française sont  les suivantes:
– considérer les particularités du latin populaire et les causes de sa transformation en langues
romanes;
– déterminer les facteurs extralinguistiques qui exerçaient une influence la formation du
français sur chaque étape de son évolution;
– établir les facteurs structuro-systématiques (les facteurs internes) qui ont déterminé les
tendances essentielles de l’évolution du système phonétique, grammatical et lexical du français;
– essayer de prognostiquer l’évolution ultérieure du français partant des tendances historiques
et modernes de l’évolution de la langue.
La langue est un système qui varie dans le temps, dans l’espace et dans la société. Chacun  de
ces aspects du fonctionnement de la langue est étudié dans le cadre d’une science linguistique
spéciale. L’aspect temporel représente l’objet d’étude de l’histoire de la langue, l’aspect spatial
est étudié par la dialectologie, l’aspect social – par la sociolinguistique. Et tous ces trois facteurs
–  le temps, l’espace et la société – ont leur part dans l’évolution de la langue.
2. Histoire de la langue et histoire du peuple.
La langue est parlée par les êtres humains, elle est produite par l’homme. Donc, la langue est
un fait humain. En même temps la seule raison de son existence est d’assurer la communication
entre les membres de la communauté humaine. Cela permet de considérer la langue en tant
qu’un fait social.
L’évolution d’une langue est étroitement liée à l’histoire du peuple qui la parle. La langue se
développe dans la societé humaine et avec la société qu’elle dessert. Le caractère social de la
langue met en évidence les rapports qui existent entre la vie d’un peuple et sa langue. La langue
vit dans une société, tout en reflétant fidèlement la destinée du peuple, par ex., les dialectes
picard, normand, lorrain et d’autres tombent en rang des patois, parce que les états où ils étaient
parlés sont devenus des provinces tandis que le francien devient langue littéraire.
La langue sert d’outil de communication dans la sociéte humaine. Et c'est notamment son
caractère social qui exclut toute possibilité d’un changement brusque brisant la compréhension
mutuelle. Ainsi d’une part, la langue nous apparaît comme un phénomène stable et immuable,
ce qui permet aux générations qui se succèdent de se comprendre; d’autre part, la comparaison
de la langue à une époque donnée avec la même langue d’une autre époque met en évidence son
caractère changeant et mobile. Mais les changements qui se produisent dans la langue sont si
lents, presque imperceptibles qu’il se succède plusieurs générations avant qu’on en prenne
conscience, car les habitudes langagières sont lentes à se modifier.Les changements restent
presque imperceptibles aux sujets parlants, qui ont l’impression de parler toujours la même
langue. Il est à noter que l’accumulation des changements dans la langue se fait très lentement
et dure plusieurs siècles. Par exemple, dans le cas du latin se transformant en ancien français il
s’agit de cinq-six siècles. Certains traits apparaissent déjà dans le latin classique, mais ils sont
supprimés par l’influence de la norme. Leur développement s’accélère seulement à l’époque de
la dislocation de l’Empire romain car l’influence du latin littéraire s’affaiblit considérablement.
3. Périodisation du cours de l’histoire du français.
Il est impossible d’étudier l’évolution du français qui a duré plus de mille ans sans la
diviser en parties. Cette répartition en coupes synchroniques permet d’entreprendre une analyse
plus détaillée des changements de la langue à chaque époque donnée.
Dans l’histoire de la langue française les linguistes dégagent les périodes de l’ancien
français, du moyen français et du français moderne. Mais quant à la chronologie de ces périodes
les savants n’y sont pas unanimes.
La périodisation la plus largement admises est la suivante:
A. L’ancien français qui dure du IXe au XIIIe s.; on comprend sous ce terme l’état dialectal,
quand la France n’est qu’une seigneurie parmi plusieurs autres et quand l’idiome parlé dans le
royaume de France, le francien, n’est qu’un dialecte parmi plusieurs autres;
B. Le moyen français qui va du XIe au XVIe s.; par ce terme on désigne la période, où la
consolidation sociale, politique et économique de la France met fin à la féodalité, et où le
dialecte de l’Ile-de-France devient langue de la nation française;
C. Le français moderne qui va du XVIIe s. et qui dure encore; on subdivise cette période en
deux: le français classique (du XVIIe au XVIIIe s.) et le français moderne ou contemporain (du
XIXe au XXe ss.). La période des XVIIe – XVIIIe ss. est celle où s’achève la formation de
l’Etat national français et s’établissent les normes de la langue française en tant que langue
littéraire et écrite.
4. La préhistoire du francçais: ligures et Ibères, colonies gresques, l`invasion celte, les
druides
Ligures et Ibères
Les premières populations dont les noms nous sont parvenus sont les Ligures qui occupèrent le
sud -est du territoire de la France (le bassin du Rhône, la Franche- Comté), la Suisse et les
montagnes du nord de 1’Italie, et les Ibères, qui remontèrent d'Espagne jusqu’ à la Loire, sans
doute vers – 600.
Les Ligures
On pense aujourd’ hui que les Ligures parlaient une langue indo-européenne (peut-être même
italo-celtique) dont quelques termes sont passés en provençal, en savoyard et, par emprunt, en
français (par exemple sur le suffixe ligure -anque le mot calanque emprunté au provençal et le
mot avalanche venu des Alpes, les toponymes gallo-romans en -ascus, d’ou Tarascon, ou -iscus,
-oscus comme dans Manosque) .
Les Ibères
Les Ibères qui parlaient une langue non indo -européenne, attestée assez tardivement par
quelques inscriptions dont le sens nous échappe, étaient apparus dans l'Europe de 1’Ouest dès le
VIe millénaire avant notre ère. Ils ont laissé encore moins de mots à notre langue car ceux que
l'on cite ont disparu du vocabulaire courant, comme artigue « champ défriché ». L’ aquitain,
langue ibérique, serait 1’ ancêtre du basque que certains chercheurs actuellement considèrent
comme une langue caucasienne.
Des colonies grecques Vers - 600 aussi, des marins phocéens (Grecs d’ Asie Mineure) s’
installèrent sur la côte méditerranéenne. Les noms de lieux surtout témoignent de leur passage :
Massilia donne Marseille ; Heracles Monoikos, « Hercule le solitaire » , Monaco parce que ce
héros y avait un temple ; (Théa) Nikaia, ‘la déesse de la Victoire', Nice ; Antipolis, 'la ville d'en
face', Antibes , leukas, '[la] blanche', Leucate ; Agathê tukhê, ‘la bonne Fortune’ , Agde ;
Aphrodisias, latinisée plus tard en Portus Veneris ('le port de Vénus - Venus est le nom latin d’
Aphrodite), Port-Vendre. Mais les rapports des Grecs avec la population locale furent rares et
presque uniquement commerciaux , aussi le grec ne devint- il pas la langue du pays bien que
quelques mots grecs soient restés, en provençal surtout. Plus tard, entre - 159 et - 120, cette
population, menacée par des attaques gauloises, appela au secours les Romains, ses alliés. Ce
fut la première colonisation romaine de la Gaule : la région conquise reçut le nom de provincia
(romana,) aujourdhui Provence.
Le français contient quantité de mots grecs, mais d'introduction plus tardive et
fréquemment d'origine savante. Citons comme mots introduits à cette époque et passés du
provençal au français des mots comme ganse, dôme ( 'maison' en grec), enter (= greffer),
biais trèfle.
Les Gaulois
L'invasion celte
C'est vers - 500 qu’aurait eu lieu l'invasion celte, mais des infiltrations s’étaient sans doute
produites bien antérieurement. Venus d’une région correspondant aux territoires actuels de la
Bavière et de la Bohème oú leur présence est attestée il y a plus de 3 000 ans, ils occupent
progressivement la majeure partie de l’Europe de l'Ouest et parviennent jusqu'à cette péninsule
du bout de 1’ Europe qui deviendra la France, puis repartent par le nord de 1’ Italie jusqu'au
Danube et même jusqu’ en Asie Mineure, au troisième siècle avant notre ère. On les connaît
sous des noms différents : Bretons sur le territoire de 1’Angleterre, Gaulois sur celui de la
France. Celtibères au nord de la péninsule ibérique, oú leurs ethnies fusionnèrent avec celles des
Ibères, Galates en Asie Mineure.
Les Gaulois, à 1’ époque oú on commence à les connaître, avaient une langue divisée en
nombreux dialectes mais présentant une certaine unité, comme leurs coutumes et leur
religion dont le sacerdoce était exercé par les druides. Au moment de la conquête romaine
selon César, la Gaule transalpine était divisée en trois parties (elles mêmes terriblement
subdivisées, puisque l'on comptait environ 330 petits « rois ») : la Gaule aquitaine, de la
Garonne aux Pyrénées, qui avait un parler proche du basque, c'est-à-dire non indo-
européen , la Gaule belgique, du Rhin à la Seine et à la Marne , la Gaule celtique de là
jusqu'à la Garonne. On parlait dans ces territoires des langues séparées par des
différences dialectales, mais on peut aussi se demander si tout le monde parlait gaulois
dans les régions celtophones : restait-il, parmi les populations asservies quelque 550 ans
plus tôt, des groupes parlant encore leur langue maternelle, ou bien ces populations
avaient-elles été complètement assimilées ?
Après la conquête romaine, des témoignages indiquent que le gaulois a subsisté jusqu’au Ve
siècle et même plus tard dans certaines régions montagneuses. II est donc normal que, bien que
les Gaulois aient adopté le latin, langue de leur colonisateur, le contact des deux langues ait, à la
longue, transformé le latin parlé dans ces régions celtophones.
5. Traces du gaulois en français: dans la phonetique, la grammaire, le lexique.
Traces du gaulois en français On appelle substrat une langue dominée qui influence ainsi la
langue dominante qui la remplace peu à peu. On considère généralement comme dû à ce
substrat gaulois un changement phonologique important, le passage du /u/ latin (prononcé
comme notre ou) à /y/ (prononcé comme notre u), mais ce changement ayant eu lieu très
tardivement, au VIIe siècle, 1’ influence gauloise est contestée.
La palatalisation de certaines consonnes et le maintien de la prononciation du s final seraient
sans doute aussi dus à la prononciation celte. Les Gaulois utilisaient aussi une numérotation
inconnue du latin mais répandue dans les idiomes celtiques, la numérotation par vingt qui
subsistait encore au XVIIe siècle (trois-vingts, six-vingts, les quinze-vingts, quatre-vingts).
Par ailleurs, le gaulois a laissé de nombreuses traces dans le lexique français. Outre des
noms de lieux - en particulier ceux en -ac dans le sud, en -y dans le nord -, on trouve beaucoup
de termes ruraux se référant aux travaux des champs : sillon, glaner, javelle, soc, charrue, ruche
ou à la configuration du terrain : marne, grève, lande, boue, bourbier, galet, quai, talus, de
termes domestiques (la langue maternelle n est-elle pas la langue de la mère ?) dont le plus bel
exemple est le verbe bercer, de noms d’ animaux et de plantes : bouleau, bruyère, if, chêne (l’
arbre sacré des druides), mouton, saumon, lotte, alouette, bouc, quelques noms de mesures
anciennes : arpent, boisseau, lieue, pièce (d'étoffe, de terrain, de métal).
Certains termes réfèrent à des supériorités techniques des Gaulois : cervoise, brasser, brasserie ;
char, charpente, benne, jante (les Gaulois étaient d’excellents constructeurs de chariots : ils
utilisaient de grands chars à quatre roues que les Romains leur ont empruntés).
Certains de ces mots étaient d’ailleurs passés en latin et se sont répandus dans toute la Romania
comme le mot char(carrus), les termes chemise (camisia) et braies (braca : 'pantalon', mot qui à
1’ origine du fr. mod. braguette), la chemise et le pantalon long des Gaulois ayant été adoptés
peu à peu par les Romains.
6. La colonisation romaine. La romanisation linguistique.
La colonisation romaine. L'adoption du latin en Gaule
Vers - 50 ( entre - 59 et - 51 exactement) a lieu la conquête de la Gaule par les Romains,
conquête qui avait été précédée, cent ans plus tôt, par celle de la Provence et par une forte
colonisation dans la région narbonnaise. Il s'est alors instauré dans toute la Gaule une
civilisation gallo-romaine qui durera jusqu'au Ve ou VIe siècle. Bien que la Gaule soit restée
une zone de faible immigration romaine et que la romanisation linguistique n'ait jamais été
imposée, le latin a été peu à peu adopté pour des raisons pratiques (communiquer avec le peuple
dominant) comme à cause de la supériorité culturelle et politique des Romains et d'une volonté
de romanisation des élites : droit de citoyenneté accordé à certains membres de l'aristocratie
gauloise, organisation d'un enseignement supérieur où les jeunes nobles recevaient leur
formation dans les villes de quelque importance : Autun, Marseille, Bordeaux, Lyon, Trèves,
Poitiers, Toulouse, Reims. Ainsi, le latin devint langue officielle sur le territoire gallo-romain
tandis que le gaulois demeurait la langue maternelle des populations colonisées.
Un latin de tous les jours. Le latin qui se parle en Gaule est cependant un latin plus tardif que
le latin classique ; c'est aussi une langue non littéraire, outil de communication du plus grand
nombre, avec des formes simplifiées et d'autres familières, imagées, voire argotiques. Une
comparaison entre le français et l'espagnol, de tradition latine plus ancienne est, dans ce
domaine, instructive. De la même façon que edere, devenu caduc, avait cédé la place, en
Espagne, à comedere (comer), en Gaule à manducare (manger), loqui, qui signifiait 'parler' et
dont la conjugaison déponente (forme passive, sens actif) était mal comprise, a été remplacé en
Espagne par fabulare (qui donne hablar) forme refaite du latin fabulari, mais en Gaule par
parabolare (qui donne parler), plus imagé, venu de l'Église : 'dire des paraboles'. Enfin, quand
deux mots latins coexistaient, le français a hérité du plus descriptif : c'est par exemple le cas de
fervere (qui donne l'espagnol hervir) et bullire (qui donne le français bouillir), proprement 'faire
des bulles, bouillonner'.
Il convient cependant de distinguer deux phénomènes : - d'une part, le choix de mots imagés,
argotiques et plaisants comme tête, qui représente le latin testa 'terre cuite' (cf. aujourd'hui bol
dans « en avoir ras le bol ») à côté de chef (cf. couvre-chef) qui vient du latin classique caput ;
jambe (lat. gamba - 'paturon du cheval') à côté du classique crus ; spatha, qui a donné épée,
désignait une latte de bois utilisée par les tisserands : - d'autre part, une évolution générale de la
langue latine au cours des siècles, entraînant en latin tardif l'émergence dans la langue standard
de tours considérés comme populaires - dans ce cas, les formes se retrouvent un peu partout
dans la Romania -, comme par exemple la généralisation des diminutifs : auris remplacé par
auricula (roum. ureche, it. orecchio, . esp. oreja, fr. oreille), agnus par agnellus (agneau) oú la
substitution de formes plus simples pour les verbes à conjugaison difficile : ferre, remplacé par
portare (porter), ou plus étoffée: ire ('aller') remplacé par ambulare (aller, nous allons) et vadere
(je vais). La disparition de la déclinaison, la création des articles, l'emploi de prépositions là où
le latin exprimait la fonction du mot dans la phrase par l'ajout d'un suffixe au radical du nom,
l’extension des auxiliaires du verbe, l'apparition de nouvelles formes de futur sont aussi des
caractéristiques de ce latin tardif. Certaines évolutions phonétiques, en particulier le
bouleversement du système vocalique du latin classique, dû à la perte de l'opposition entre
voyelles longues et voyelles brèves, sont largement attestées par des inscriptions romanes
(épitaphes ou textes votifs).
7. Les invasions germaniques. Influence germanique sur le français.
Les invasions germaniques. La fin de la civilisation gallo-romaine La Gaule romaine connut
d’ abord une période de prospérité et de stabilité mais, dès la fin du siècle des Antonins, la vie
sociale subit une sorte de désagrégation qu'accentuèrent, dès le début du IIIe siècle, les
incursions des Germains : des villes entières tombèrent en ruine. En 275, une invasion générale
des Barbares plongea la Gaule dans une période de ténèbres. La paysannerie libre fut absorbée
par les grandes propriétés foncières : le servage apparut. Ainsi, le mot vassal (qui est à l'origine,
par son diminutif *vassalitum, de notre moderne valet) est un mot d'origine gauloise et non
germanique.
On peut retenir deux dates importantes, en relation avec la menace barbare sur l'Empire : en
212, l'édit de Caracalla accorde la citoyenneté à tous les hommes libres de l'Empire et donc à
l'aristocratie gauloise, qui est ainsi complètement assimilée et pourra devenir à son tour, par la
suite, une force assimilatrice ; en 312, Constantin reconnaît le christianisme comme religion
officielle de l'Empire. Les conséquences linguistiques de cet acte seront considérables, la
cohésion culturelle n'étant plus maintenue que par la religion dans la période de barbarie qui
suivit la chute de l'Empire romain. Le christianisme se développa à partir du IIIe siècle, si bien
qu'au IVe siècle la plus grande partie de la population urbaine était convertie (trente-quatre
évêques au moins) et que des abbayes, foyers de culture et de civilisation, s'installèrent ; or la
langue officielle de cette religion était le latin, qui continua donc à progresser, en même temps
que commençait 1’ évangélisation des campagnes et la christianisation des vieilles traditions
païennes, fêtes, lieux de culte et folklore surnaturel.
Du IIIe au VIe siècle eurent lieu les invasions des Burgondes, des Wisigoths, des Saxons. Ils
déferlèrent sur le pays, qu'ils se partagèrent jusqu'à l'invasion des Francs.
Les Francs. CIovis était un Franc Salien, dont le peuple occupait le territoire de l'actuelle
Belgique. II envahit le royaume gallo-roman en 486, battit les Wisigoths en 507 et réunit le
royaume des Burgondes à celui des Francs en 534. Il se convertit au christianisme (496) et reçut
même le titre de consul romain, qui lui fut remis par un ambassadeur venu de Byzance (Empire
romain d'Orient) : cette assimilation explique en partie le fait que c'est la langue du peuple
dominé qui fut adoptée par l'envahisseur germanique, qui finit par abandonner, après plusieurs
siècles de bilinguisme, sa propre langue, le francique. On remarque en effet que contrairement à
ce qui s'était passé lors de la colonisation latine, c'est la langue dominée, le latin, qui demeura
langue officielle. La conversion de CIovis (peut-être pour des raisons politiques, car il se
conciliait ainsi les evêques dans la lutte qu’ il voulait entreprendre contre les Wisigoths,
lesquels pratiquaient une forme déviante du christianisme, la religion arienne) joua un rôle dans
cette disparition progressive du francique. En effet, si, par leur conversion, les Francs obtinrent
l'appui des Gallo -Romains, ils acceptèrent aussi le latin comme langue religieuse. Il y eut aussi
d'autres raisons à l'adoption du latin, d'ordre culturel celles-ci, car la vieille civilisation latine,
bien que vaincue, était supérieure à la civilisation dominante et, malgré les troubles de l'époque,
elle se maintenait encore plus ou moins dans les royaumes des Burgondes et des Wisigoths,
l'administration romaine subsista presque intacte ; chez les Francs, les Gallo-Romains
conservèrent tout ou partie de leurs biens, et en pleine invasion il y avait encore des écoles et
des bibliothèques oú 1’ on continuait à lire et étudier en latin. Les deux populations vécurent
côte à côte et finirent par se fondre. Les Francs ayant adopté la culture et la religion romaines,
leur administration se calqua sur l'administration romaine et leurs lois (la loi salique, par
exemple) furent rédigées en latin. On suppose que pendant une longue période (jusque vers 900
Charlemagne était encore fortement attaché au germanique), il s'établit dans les zones conquises
une sorte de bilinguisme francique/latin, tant chez les Francs que chez certains Gallo-Romains.
Influences germaniques sur le français. L’ influence des Francs sur la langue qu'ils avaient en
partie adoptée fut donc grande - on appelle superstrat cette action d'une langue qui, bien que
parlée par une minorité, souvent dominante, vient faire évoluer la langue majoritaire d'un pays.
On compte ainsi plus de 400 mots d'origine francique dans le vocabulaire français. La
coexistence de deux aristocraties, gallo-romane et franque, explique le caractère bilingue de la
terminologie guerrière et administrative : épée est gallo-roman mais brand ('épée', mot sur
lequel est formé le fr. mod. brandir), francique ; roi, duc, comte sont gallo-romans, mais
marquis, baron, chambellan, maréchal, sénéchal échanson sont franciques. Le reste du lexique
d'origine franque concerne : - la vie rurale : gerbe, blé, jardin, haie, aulne, houx, caille, cresson,
crapaud, chouette, troène, frêne, tilleul, saule, bois, forêt, troupeau, épervier, mésange, hanneton
- les Francs étaient davantage agriculteurs et chasseurs que citadins ;
- les parties du corps : échine, flanc, téton , ou l'habillement : écharpe, froc, poche, gant, feutre ;
- les sentiments ou le caractère, le plus souvent en rapport avec la chevalerie : félon, orgueil,
haïr, honte, honnir, hardi, laid ; -l'armement : épieu, fourreau, hache, heaume, haubert, etc
(termes en général disparus du fr. mod. avec l'évolution des techniques militaires), et la guerre :
guerre , guet, trêve ; - les couleurs : blanc, bleu, gris, blond, brun.
On doit encore aux Francs certains suffixes -ard (vieillard), -aud (badaud), -an (paysan) ou
préfixes mé(s)- (mésestimer, mésalliance), peut-être aussi le système à deux démonstratifs de
l'ancien français et la tendance rythmique à placer le verbe en deuxième position dans la phrase,
faits syntaxiques ou sémantiques disparus du français moderne .
L’évolution phonétique. Mais, surtout, le bilinguisme d'une grande partie du peuple a entraîné
une forte évolution phonétique, qui fait du français une langue beaucoup plus éloignée de la
prononciation latine que ne le sont l'occitan, l'italien ou l'espagnol, par exemple. La zone de
colonisation franque - c'est-à-dire la France du nord, qui a connu une migration importante de
Francs - délimite celle du français d'oïl par rapport au germanique au nord (frontière partageant
la Belgique) et par rapport à la langue d’oc (occitan) au sud. C'est l'invasion franque qui a
donné au gallo-roman cette forme particulière de prononciation qui a fini par aboutir au
français. Le tableau suivant, qui compare les formes latines, provençales et françaises, montre à
quel point la langue parlée par des gosiers germaniques s'est éloignée du latin, alors que le
provençal en restait assez proche.
Comparaison des formes latines, provençales et françaises

Ainsi, on peut constater que le a final s'est maintenu en provençal mais est devenu e sourd en
ancien français, pour cesser complètement de se prononcer en français moderne , que les
voyelle toniques ont considérablement évolué en langue d'oïl ; que les consonnes
intervocaliques t c, p se sont sonorisées en provençal, devenant d,g, b, mais en-langue d'oïl, le c
a évolué jusqu'à /j/(écrit en français y ), le p jusqu’à v et le t a même disparu .
8. La dernière invasion germanique du Moyen Age. Les Vikings. Le lexique maritime.
La dernière invasion germanique du Moyen Âge.La dernière invasion germanique eut lieu
longtemps après celle des Francs, puisqu'elle se fit sous les descendants de Charlemagne, entre
le IXe et le Xe siècle : ce fut celle des Vikings, des pirates scandinaves qui ravagèrent les
régions côtières du nord et même de l'ouest. Ils parlaient, eux aussi, une langue de la famille
germanique, le vieux norois. En 911, Charles le Simple finit par leur abandonner une partie de
son territoire, qui devint ainsi la Normandie et, en une soixantaine d'années, les envahisseurs,
convertis au christianisme, furent complètement romanisés. Hommes de la mer, ce qui n'était
pas le cas des Francs, les Vikings nous ont laissé quelques termes, souvent en rapport avec le
domaine maritime : agrès, carlingue, cingler, crabe, crique, duvet, étrave, flâner, garer (sens
premier, 'amarrer un navire'), girouette, guichet, hauban, homard, hune, joli (peut-être dérivé du
nom d'une fête scandinave,jôl, fête païenne du début de l'hiver), quille, marsouin, ris, turbot,
varech et peut-être vague. Ces Vikings assagis et sédentarisés eurent aussi une importance
capitale pour le rayonnement international du français au Moyen Âge: ce sont leurs descendants
normands qui conquirent l'Angleterre et qui fondèrent dans l'Italie méridionale et la Sicile un
royaume normand.
№ 2 Naissance et évolution de la langue française dans la période gallo-romane
1. Les tendances essentielles du développement phonétique dans la période gallo-
romane :
- changement du caractère de l’accent (LCl)
En LCl l’accent était déterminé par la hauteur du ton. Il était mélodique, musical. Toutes
les syllabes se prononçaient distinctement, c’est-à-dire sans réduction. L’accent musical du LCl
est basé sur l’opposition «voyelle accentuée – longue» ↔ «voyelle non-accentuée – brève». Les
particularités articulatoires des Gaulois changent l’accent mélodique du LCl en accent tonique
(accent de force, accent d'intensité). Cette transformation s’est achevée vers le III e s. de notre
ère. L’accent tonique met en valeur la syllabe accentuée ce qui provoque la réduction des
voyelles et des consonnes dans les positions faibles. Ce changement du type d’accent a
influencé la structure phonétique du mot: – les syllabes non accentuées s’affaiblissent et
peuvent, plus tard, réduction complète
- diphtongaison des voyelles accentuées
La diphtongaison des voyelles accentuées libres a eu comme conséquence l’alternance
des radicaux verbaux à l’Indicatif et au Subjonctif :
làvo > lèf
lavàmes > lavòns
làvas > lèves
lavàtes > lavèz
làvat > lèvet
làvant > lèvent
ADVERBE
La plupart des adverbes remontent aux mots latins de la même classe. Les uns ont changé
très peu leur aspect phonétique (bien < bene, mal < male, y < ibi), d’autres ont subi des
transformations phonétiques plus importantes, telle la fusion complète de deux adverbes latins:
aussi < aliud sic, assez < ad satis, derrière < de retro, ici < ecce hic.
SYNTAXE
Le nombre de conjonctions devient plus réstreint: par ex., la conjonction de coordination aut
(ou) a évincé (вытеснил) trois conjonctions synonymiques vel, sive, seu. En LP les
conjonctions et et que sont les plus répandues.
-influence des conditions combinatoires
Au VII e s. apparaissent les diphtongues dites conditionnées ou combinatoires.
1) la palatalisation des k et g en position intervocalique devant a, et aussi en position devant une
autre consonne:
plaga > plaje > plaie, lactu > lait;
2) la palatalisation des k et g devenues affriquées à la suite de laquelle se dégage un j devant e
issu de a accentué libre:
cáru > chiér, manducáre > manugare > mandgiér
3) les consonnes nasales n et m transforment les voyelles qui les précèdent en diphtongues:
a ~ e ~ a + n, m > a ~ n, a ~ m : manum > m a ~ i ~ n; pane > p a ~ i ~ n, fame > f a ~ i ~ m,
amare >a ~ i ~ mer; e + n, m > i e ~ n, i e ~ m : venit > vi e ~ nt. N. B. Les diphtongues ne se
forment pas dans la syllabe fermée: dente > d e ~ nt, lentu > l e ~ nt.
4) la vocalisation de l en u devant une consonne, suivie de la fusion de u avec la voyelle
précédente:
L + consonne > u + consonne : alba > aube, calidu > chaud.
- formation des affriquées
Les affriquées sont des consonnes complexes dont le premier élément est une occlusive et
le deuxième une constrictive.
Des quatre affriquées deux sont sonores [dz, dg] et deux sont sourdes [ts, tƒ]. 
Palatalisation Formation des affriquées (vers
VIII s.)

 k+i, e > k'   [ts]


 centum [k’entu]  cent  [tsent]
 k+a  >  k’  [tƒ]
 Karolus [k’arolus]  Charles [tƒarle]
  g+e, i, a >  g’  [dj]
 gardinu   [g'ardin]  jardin  [djardin]
 argilla  [arg' illa]  argille [ardjile]
 d+e  [dz]
 (duo)decim  douze [d(o)udze]
 d+i, b+i, n+i  [dj]
 rabia [rab’a]  rage  [radje]
 somnium [somn'iym]  songe [sondje]
 p+i  [tƒ]
 hapia [hap’ ia]  hache [hatƒe]
 l+i, e  [l’]
 filia [fil’ ia]  fille [fil’e]
 n+i, e  [n’]
 vinea [vin’ ia]  vigne [vin’e]
 
- réduction des groupes consonantiques
La réduction des groupes consonantiques représente l’une des tendances phonétiques les
plus stables dans l’histoire du français et joue un rôle considérable dans la constitution de la
syllabe type du français, la syllabe ouverte. La tendance à la syllabe ouverte se manifeste donc
depuis le latin vulgaire et atteint son comble vers l’époque de la stabilisation du français en tant
que langue nationale (XVIe s.).
2. Les changements dans le système grammatical :
le développement des tendances analytiques.
Les tendances analytiques précédents aboutissent à la création d’un système de formes
modernes. Les valeurs et l’emploi des temps et des modes se précisent. Le mot devient de
préférence porteur du sens lexical, les valeurs grammaticales étant exprimées par des particules
ou des mots grammaticalisés, tels l’article, les déterminatifs, les pronoms, les prépositions, etc.
Il s’établit un ordre rigoureux pour la disposition réciproque des mots significatifs et les mots
outils: les mots outils précèdent les mots à valeur lexicale qui portent l’accent du groupe
réunissant les deux valeurs en unité phonétique.
3. L’évolution du vocabulaire du latin vulgaire.
Langue indo-européenne appartenant au rameau italique, le latin, d’abord langue du Latium, a
cohabité avec deux parlers indo-européens, l’osque et l’ombrien, et avec une langue d’origine
asianique, l’étrusque, à laquelle le latin a emprunté un certain nombre de termes. Fruste à ses
débuts, le latin s’est enrichi rapidement sous l’influence du grec parlé en Italie du Sud : c’est par
les Grecs que le latin a reçu par exemple les termes égéens de l’huile et de l’olive (oliua,
oleum). Quant à l’écriture introduite vers le VIIe siècle, elle est d’origine grecque mais révèle
une influence étrusque.
Les plus anciens mots grecs avaient pénétré par le plèbe ; plus tard, au IIIe siècle av. J.-C.,
l’apport grec se manifestera dans la langue écrite et parlée par l’intermédiaire de la Koinê. Le
latin a rapidement disposé d’un vocabulaire abondant (52 290 mots recensés dans les Laterculi
de Gradenwitz).
Comme aujourd’hui en français, le latin écrit se distinguait de la langue parlée qui variait elle-
même suivant la classe sociale, le degré de culture, l’origine ethnique, etc., cette séparation
remonte certainement à une époque ancienne. Le développement d’une littérature servant plus
ou moins de modèle à une langue parlée « académique » va creuser le fossé, d’abord peu
profond, qui séparait les deux moyens d’expression.
On emploie à tort le terme de « langue » pour désigner le latin vulgaire. Il s’agit en réalité d’un
parler, utilisé en général par des gens incultes ou très peu instruits…
4. Analyse linguistique du texte du IX s. « Serments de Strasbourg, le premier
monument de l’ancien français écrit ».
Pro deo amur et pro Christian poblo et nostro commun salvament, d’ist di in
Prọ dę󠅠ọ amọr ęt prọ Kristian pọblọ ęt nọstrọ cọmọn salvamãnt, dist di in
avant, in quant deus savir et podir me dunat, si salvarai eo cist meon fradre
avãnt, in kṷant dęus savir ęt pọdir me̥ dunat, si saṷvaráḭ ęọ tsist męọn fradre̥
Karlo et in ajudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra salvar dift...
Karlọ e in adžọda e in tšadūna kosa, si kọm om pēr dréit son fradra salvar dift…

№3 L’ancien français (IX-XIIIss.): évolution phonétique, grammaticale. Le moyen


français (XIV- XV ss.) : évolution phonétique, grammaticale.
1. Conditions historiques en France du IX à XV ss. Fonctionnement des dialectes.
 IX – XII. Le féodalisme en épanouissement
A cette époque, les gens du peuple étaient tous unilingues et parlaient seconde pour l'écrit I'un
ou l'autre des nombreux dialectes alors en usage en France. Seuls les «dettrés» écrivaient en
«latin d'Eglise» appelé alors le «latin des lettrés» et communiquaient entre eux par cette langue.
 987. Hugues Capet , roi de France
Hugues Capet - roi des Francs sous le nom d'Hugues I. Son surnom lui vient de ses
nombreuses chapes d'abbé. Sa dynastie va finir par se confondre avec le royaume jusqu'en
1792. Son élection marque la vraie naissance de la France.
 Une grande quantité de domaines féodaux
 Un grand nombre de dialectes différents
 La langue d’oc, la langue d’oil
à l'aube du X siècle, l'aire des grands changements distinguant les aires d'oil, d'oc et franco-
provençale étaient terminées, mais non la fragmentation dialectale de chacune de ces aires qui
ne faisait que commencer. Soulignons qu'on employait au singulier «langue d'oil» ou «langue
d'oc» pour désigner les langues du Nord et du Sud, car les gens de l'époque considéraient qu'il
s'agissait davantage de variétés linguistiques mutuellement compréhensibles que de langues
distinctes.
 XIV s. la centralisation du pouvoir politique (Philippe IV le Bel)
Philippe IV, dit « le Bel » et « le Roi de fer » devint roi à l'âge de dix-sept ans, à la mort de son
père. Sous son règne, le royaume de France atteint l'apogée de sa puissance médiévale. Avec
entre seize et vingt millions d'habitants, c'est l'État le plus peuplé de la chrétienté
Grandes personnalités historiques
Guillaume le Conquérant
• Guillaume, surnommé "le Bâtard".
• En 1035, à la mort de son père Guillaume, alors âgé de 8 ans, est le successeur désigné
au trône ducal.
• Vers 1050 Guillaume épouse Mathilde de Flandre (ils sont cousins au 5e degré).
• Le conseiller de Guillaume, négocie en 1059, le pardon de l'Eglise : les époux devront
chacun faire élever un monastère
• Mathilde et Guillaume font de Caen l'une des cités les plus puissantes de Normandie sur
les plans religieux, intellectuel, politique, économique et militaire.
• Guillaume réussit en 1066 à s’emparer de la couronne d’Angleterre
• Cette conquête fit de lui l’un des plus puissants monarques de l’Europe occidentale.
2.Tendances de l’évolution phonétique:
La diphtongaison
Rappelons qu’en latin vulgaire et en gallo-roman il s’est formé deux séries de diphtongues. Le
système vocalique de l’ancien français comporte donc quatre diphtogues spontanées: ue, ie, eu,
ei.
A côté des diphtongues spontanées il existe en ancien français un certain nombre de
diphtongues dites combinatoires, qui se sont formées sous l’influence des sons voisins:
– devant les consonnes nasales n, m: pane > pain, amas > aimes, bene > bien;
– à la suite de la palatalisation: mercatu > marchie > marchée;
– à la suite de la vocalisation: fructu > fruit.
La diphtongaison avait connu son essor en latin populaire et en gallo-roman. L’ancien
français est riche en voyelles complexes, mais déjà la pertinence des diphtongues baisse: les
nouvelles diphtongues ne se forment que rarement, et les voies de leur formation ne sont pas
pareilles à celles du latin vulgaire et du gallo-roman.
A la fin du XIIe s. le développement des diphtongues prend un sens inverse – elles
commencent à se réduire en monophtongues (processus nommé monophtongaison).
La monophtongaison
En ancien français commence un processus opposé à la diphtongaison: la réduction des
diphtongues = la monophtongaison. C’est l’analyse des graphies et des assonances qui permet
d’attester le développement de ce processus phonétique, par ex., on trouve faire écrit comme
faire, feire, fere. La monophtongaison peut être traitée en tant qu’un phénomène syntagmatique
car à l’époque étudiée elle se produit dans la parole.
Toutes les diphtongues sauf au (on atteste ao encore au XVIe s.) passent aux monophtongues
vers le XIIIe s. Certaines se réduisent totalement et deviennent des sons simples, mais il y a des
diphtongues dont le premier élément persiste en forme d’une semi-voyelle: i > j, u > w.
La réduction a touché les diphtongues spontanées aussi bien que les diphtongues
combinatoires:
ou > [eu] > [oe]: floures >fleur [fleur] > fleur [floer];
ou > [u]: coup [koup] > coup [kup];
uo > [ue] > [oe]: bovem > buef [buef] > boeuf [boef];
ei > [oi] > [we]: aveir [aveir] > aveir [avoir] > avoir [avwer];
ie > [je]: mel > miel [miel] > miel [mjel].
Les phonèmes j, w, u ne sont pas des phonèmes nouveaux, parce qu’elles sont connus encore
en latin. Le nouveau phonème est un ö, formé à la suite de la réduction des diphtongues eu, ue.
Il est d’une grande valeur fonctionnelle étant donné sa fréquence importante dans la chaîne
parlée.
Les causes de la monophtongaison ne sont pas claires. Certains savants expliquent cette
évolution des voyelles complexes par une tendance à la régularisation du système vocalique,
très riche et peut-être même surchargé dans la période ancienne, ce qui menaçait d’entraîner des
confusions phonématiques.
La nasalisation
La nasalisation = la formation des voyelles nasales a passé par trois étapes.
A. La première nasalisation a touché les voyelles antérieures a, e dans une syllabe fermée
sans tenir compte de l’accent: annu > ãn, ventum > vẽnt, sanitatum > sãnte. Cette première
nasalisation aurait eu lieu au début de l’ancien français.
Dans les syllabes ouvertes la nasalisation est suivie de la diphtongaison: manu > mãĩn, plena
>plẽĩn, cane >chiẽn, paganu > payẽn, bene> biẽn.
B. La deuxième nasalisation a touche la voyelle o, ouverte ou fermée, qui s’est nasalisée en
toute position devant les consonnes nasales: poma > põme, bonu>bõn, montanea > mõntaigne,
cumpanio> cõmpaign.
La nasalisation de la voyelle o s’est produite à la fin du XIIe s., selon M. A. Borodina.
En combinaison avec j (yod) se forme la diphtongue õin [wẽ]: cotoneu > cõing, pugnu >
põing.Les diphtongues uo, ue se sont nasalisées en uõn, uẽn: bona >buõna, homo > huẽm,
comes > cuẽns.Ces diphtongues nasalisées se conservent jusqu’à nos jours en picard et en
lorrain.
C. Les voyelles i, u se sont nasalisées les dernières – c’est la troisième nasalisation: similu >
sĩnge, vinit > vĩng, unu> ũn, impruntare > emprũnter.
Certains savants situent la troisième étape au XVIe s. Mais il y a d’autres pour qui cette
transformation aurait eu lieu à la fin du XIIIe s.
Les voyelles et les diphtongues nasalisées se prononçaient avec les consonnes nasales: bõ.n,
põ.me, fã.me. La même prononciation s’est conservée jusqu’à nos jours à la limite entre les
mots dans un syntagme: un. homme, mon. ami.
Les savants considèrent la nasalisation comme une force conservatrice qui a préservé les
prononciations anciennes. Par ex., la diphtongue ie ayantdisparu dans chief > chef, persiste en
sa forme nasalisée ĩẽ dans le mot chien. Dans certains cas les diphtongues nasalisées se sont
conservées comme graphiques: main, pain.
La nasalisation change le timbre de la voyelle. L’abaissement du voile du palais qui se
produit pendant la nasalisation nécessite l’abaissement de la langue, et les voyelles, en se
nasalisant, deviennent plus ouvertes: ĩ > ẽ, ẽ > ã, ũ > õe. La tendance à l’aperture a été
amorcée dans les voyelles nasalisées aux XIe – XIIe ss. par l’évolution [ẽn] > [ãn]: parent
[parẽnt] > [parãnt]. C’est par cette évolution que s’expliquent les hésitations quant à la graphie
de cette voyelle nasalisée: on écrivait indifféremment ante et entes, antrier et entier, etc.
La nasalisation a enrichi donc le vocalisme de l’ancien français de trois premières voyelles
nasales et de diphtongues nasalisées.
• la réduction partielle ou complète des voyelles atones
La réduction partielle et complète des voyelles se poursuit toujours, réduisant le volume du mot.
La vocalisation
Ce processus phonétique a commencé à l’époque du latin populaire et se poursuit en ancien
français. Certains savants, A. Martinet entre autres, expliquent la vocalisation par l’influence du
substrat celtique.
La vocalisation est un processus d’assimilation d’une consonne à une voyelle. On distingue
une vocalisation complète et une vocalisation partielle.
La vocalisation complète
La vocalisation complète c’est la transformation d’une consonne (devant une autre consonne)
en une voyelle. Elle enrichit le vocalisme de nouvelles diphtongues combinatoires. Ainsi la
vocalisation contribue-t-elle à la formation des diphtongues. Par ex.:
b > u: tabula > tabla > taula ( > tôle );
g > u: smaragda > esmeragde > esmeraude ( > émeraude );
g > i: nigru > neir; magister > maitre.
l > u: alba > aube ; malva > mauve;
v > u: *avicellu > aucellu ( > oisel > oiseau).
k > i: octo > oit ( > huit); factu (m) > fait ;
La vocalisation de l mérite d’être examinée à part vu sa pertinence phonologique et
grammaticale (les aboutissements morphologiques de la vocalisation).
La vocalisation se produit devant une consonne à l’intérieur du mot: saltare > sauter. Donc,
le l final subsiste.
La vocalisation partielle (la sonorisation, la spirantisation)
La vocalisation partielle amène le changement de timbre ou d’articulation: la sonorisation des
consonnes surtout intervocaliques:
k > g: pacare > pagare
s > z: rosa > rosa
La spirantisation, de même que la sonorisation peut être envisagée comme l’assimilation
partielle des consonnes aux voyelles ( = vocalisation).
La spirantisation a formé les sons interdentales dh [đ], th [q], qui sont les variantes
combinatoires de d, t. Elles sont marquées dans l’écriture par d, dh, th: ajudha, cadhuna,
fradre, espathe.A la fin du XIe s. les consonnes interdentales tendent à disparaître dans la
position intervocalique et à la fin du mot: gaudia > joie, viđa > vie, amat [amaq] > ame. Dans
le dernier cas il s’agit d’une consonne flective, c’est pourquoi son effacement contribue au
nivellement des flexions verbales au présent de l’indicatif.
2. Les changements syntagmatiques des consonnes.
Le changement syntagmatique le plus important de l’époque est la réduction des consonnes
dans les positions faibles:
– intervocaliques;
– dans les groupes consonantiques;
– finales.
• l’évolution des consonnes intervocaliques \ La réduction dans les positions
intervocaliques
Les consonnes tombent dans les positions intervocaliques: *appodiare > apoier ( > appuyer).
La réduction des groupes consonantiques
La tendance à la réduction des groupes consonantiques porte un caractère global à l’époque.
Elle revêt plusieurs aspects.
A. La réduction atteint les groupes consonantiques primaires et les groupes consonantiques
dits secondaires, c’est-à-dire ceux qui se sont formés à la suite de la chute des voyelles non
accentuées: *deb(i)ta >debte >dete, dorsu > dos, advenire > avenir, patre >père, galb(i)nu >
*galnu >jaune.
Les derniers à se réduire sont les groupes dont le premier élément est un s (le processus
commence au XIe s. et s’achève au XIVe s.e): isle >île, teste > tête.
B. La vocalisation de l (Xe s.) a réduit aussi les groupes consonantiques: chalt >chaut, val(e)t
> vaut. Mais après i et y, la consonne l suivie d’une autre consonne s’amuït: fils >fis. Le
français moderne a gardé cette ancienne prononciation.
C. Les affriquées étant des sons complexes, peuvent être, elles aussi, considérées comme des
groupes consonantiques: ts, dz, etc. Donc, elles sont sujettes à la même tendance – la réduction
des groupes consonantiques:
[tƒ] > [ƒ]: vacca > vache [vatƒe] > vache [vaƒ]
[dj] > [j] : gamba > jamba [djamba] > jambe [jambe]
[ts] > [s] : caelu > ciel [tsiel] > ciel [siel]
[dz] > [z] : dans les noms de nombre: undecim > onze quatuordecim > quatorze
Dans ces mots decim > -d’tse > -dze > -ze.
La simplification ( = réduction) des affriquées s’accentue surtout à la fin du XIIIe s.
D. Les consonnes labialisées [kw], [gw] perdent leur articulation labiale et passent à [k] et [g]
depuis la fin du XIIIe s.: quant [qwant] > quant [kant], gwere [gwere] >guere [gere].
La consonne gu se rencontre seulement dans les mots germaniques: guarder, regarder,
guerre.
La consonne qu est d’origine latine et ne se rencontre que devant a: quarel, quant etc. Dans
d’autres cas qu > k encore en latin populaire ce qui est dû à la palatalisation: quinque > cinq.
• l’évolution des consonnes finales. La réduction dans les positions finales
Toutes les consonnes finales continuent à s’effacer.
C’est surtout la chute des consonnes finales -s et -t qui a de grosses conséquences
morphologiques, car:
– elle a contribué à l’écroulement de l’ancienne déclinaison: C. S. murs = C. R. mur;
– elle a amené l’effacement du pluriel des noms: Sing. garçon = Plur. garçons;
– elle a favorisé l’unification du présent au singulier: (tu) chantes = (il) chante.
En graphie s se conserve jusqu’à nos jours, tandis que dans la prononciation il commence à
disparaître dès le XIIIe s.
La finale -t ne se prononce plus à partir du XII e s.: (il) chante(t).
onciation et l’écriture du mot coïncident: (il) regart [regart].
La réduction des groupes consonantiques
La tendance à la réduction des groupes consonantiques porte un caractère global à l’époque.
Elle revêt plusieurs aspects.
A. La réduction atteint les groupes consonantiques primaires et les groupes consonantiques
dits secondaires, c’est-à-dire ceux qui se sont formés à la suite de la chute des voyelles non
accentuées: *deb(i)ta >debte >dete, dorsu > dos, advenire > avenir, patre >père, galb(i)nu >
*galnu >jaune.
Les derniers à se réduire sont les groupes dont le premier élément est un s (le processus
commence au XIe s. et s’achève au XIVe s.e): isle >île, teste > tête.
B. La vocalisation de l (Xe s.) a réduit aussi les groupes consonantiques: chalt >chaut, val(e)t
> vaut. Mais après i et y, la consonne l suivie d’une autre consonne s’amuït: fils >fis. Le
français moderne a gardé cette ancienne prononciation.
C. Les affriquées étant des sons complexes, peuvent être, elles aussi, considérées comme
des groupes consonantiques: ts, dz, etc. Donc, elles sont sujettes à la même tendance – la
réduction des groupes consonantiques:
[tƒ] > [ƒ]: vacca > vache [vatƒe] > vache [vaƒ]
[dj] > [j] : gamba > jamba [djamba] > jambe [jambe]
[ts] > [s] : caelu > ciel [tsiel] > ciel [siel]
[dz] > [z] : dans les noms de nombre: undecim > onze quatuordecim > quatorze
Dans ces mots decim > -d’tse > -dze > -ze.
La simplification ( = réduction) des affriquées s’accentue surtout à la fin du XIIIe s.
D. Les consonnes labialisées [kw], [gw] perdent leur articulation labiale et passent à [k] et [g]
depuis la fin du XIIIe s.: quant [qwant] > quant [kant], gwere [gwere] >guere [gere].
La consonne gu se rencontre seulement dans les mots germaniques: guarder, regarder,
guerre.
La consonne qu est d’origine latine et ne se rencontre que devant a: quarel, quant etc. Dans
d’autres cas qu > k encore en latin populaire ce qui est dû à la palatalisation: quinque > cinq.
3. Changements grammaticaux.
La déclinaisons latine
En latin classique, les substantifs, adjectifs et déterminants étaient déclinés, c’est-à-dire que
leur fonction était indiquée non par leur place dans la phrase comme en français moderne, mais
par un suffixe ou désinence qui indiquait de façon synthétique le nombre et le cas (c'est-à-dire,
grosso modo, la fonction). Ainsi, en latin, le sujet se mettait au nominatif, l'apostrophe au
vocatif, l'objet à l'accusatif, le complément de nom (ou complément adnominal) au génitif, le
cornplément d'attribution (ou objet second) au datif, et beaucoup de circonstanciels (en
particulier l'agent du passif) à l'ablatif. Voici, à titre d'exemple, les deux principales
déclinaisons latines (il en existait cinq), la première est à l'origine de nos féminins et la seconde
de nos masculins.
Les compléments circonstanciels se construisaient directement, en général à 1’ ablatif, parfois à
l'accusatif. Mais certains d'entre eux étaient précédés de préposition comme ab (en partant de),
ex (hors de), de (de), cum (avec), ad (vers, à), ante (devant), post (derrière), inter (entre), per (à
travers).
Or, en latin tardif, le -m final avait disparu, le -i se rapprochait de -e, le -u se rapprochait de –o.
La prononciation accélérait donc la confusion des cas qui étaient devenus d'un maniement
difficile pour beaucoup de locuteurs. L'emploi des prépositions suivies de l'accusatif s'est alors
étendu pour marquer la fonction, là où le latin employait une construction directe, en particulier
pour les compléments de nom (qui seront construits avec de ou ad) et les compléments
d'attribution (construits avec ad).
De la déclinaison latine, l'ancien français ne gardera que deux cas : un cas sujet, issu de l'ancien
nominatif, et un cas dit « régime » (parfois aussi « oblique »), valable pour tous les
compléments (y compris le complément de nom), forme issue de l'accusatif et de l'ablatif
confondus. La conservation du -s final est à l'origine de cette déclinaison à deux cas, qui
subsista en Gaule et dans une partie de la Suisse, déclinaison qui n'a jamais embrassé la totalité
des substantifs et adjectifs, puisque les féminins et certains mots invariables, parce que terminés
par -s ou z, y ont toujours échappé. Parmi les langues romanes, seuls l'ancien français, l'ancien
occitan et le roumain ont gardé une déclinaison du nom.
Les marques de pluriel en français
Les pluriels réguliers
II a donc existé en ancien français une déclinaison à deux cas, l'un pour les sujets et le groupe
sujet, l'autre pour tous les compléments.
Les pluriels irréguliers
Les pluriels irréguliers proviennent d'une autre évolution phonétique : la vocalisation du /l/
devant une consonne, qui fait que les latins alter et ultra sont devenus en français autre et outre.
Cette vocalisation s'était aussi opérée devant le -s désinentiel, si bien qu'on disait en ancien
français le cheval, les chevaus, mais aussi le rossignol, les rossignous , le chevel, les cheveus ;
le col, les cous. L'alternance ne s'est maintenue que pour la classe des mots en -al, il y a eu
réfection analogique, le plus souvent sur la forme plurielle, pour les autres mots.
Enfin, le -x orthographique que nous mettons à la finale de ces mots garde le souvenir d'une
habitude des scribes du Moyen Âge d'abréger en -x la séquence de lettres -us (ils écrivaient, par
exemple, les chevax).
Le genre neutre, lui, a disparu, sauf pour les pronoms ; cette évolution avait commencé
dès le latin populaire, du temps des classiques. La chute du m final a encore accentué la
confusion : les singuliers se sont donc assimilés aux masculins, les pluriels aux féminins.
Ainsi, les neutres pluriels collectifs comme folia '-( 'l'ensemble des feuilles, le feuillage')
ont été sentis comme des féminins... singuliers et ont reformé un pluriel en –as. C'est ce
qui s'est passé avec les noms de fruits, en général neutres en latin (selon la logique
symbolique décrite plus
haut : l'arbre est maternel et le produit est neutre). Par exemple, pira ('les poires' pluriel de
pirum) est compris comme un singulier : 'la poire', et il se refait un pluriel piras.
Tous les noms d'arbre sont devenus masculins, sans doute à cause de leur terminaison en us,
mais ils ont aussi connu une réfection suffixale : le poirier se disait pirus (fém ), le prunier
prunus (fém ), mais leur nom français vient de *pirarius *prunarius. Enfin, des changements
sont même survenus pour des êtres sexués, pour des noms d'animaux : le masculin vervex
(désignant le mouton châtré, le mâle se disait aries) est devenu brebis, le neutre jumentum
désignant l'animal de trait est devenu jument. Au cours des siècles, des mots ont changé de
genre, surtout lorsqu'ils se terminaient par e et que leur initiale vocalique ne permettait pas de
distinguer le genre de l'article l’ qui les précédait. On a dit autrefois un horloge, une incendie,
une âge, une abîme, un période. Pour donner des exemples récents, autoroute a longtemps hésité
et la plupart des ouvrages de linguistique que j'ai eus à consulter se gardent bien d'avoir à
accorder isoglosse.
L'emploi des déterminants du nom
Absence de certains déterminants en latin
Le latin détermine les substantifs par des numéraux : unus, duo, tres, quattuor, quinque,
sex, etc , des possessifs : meus, tuus, suus, noster, vester, sui, des indéfinis : aliquis
(quelque), quidam (un certain), etc , et des démonstratifs : hic, iste, ille (voir infra), mais il
ne connaît ni l'emploi de l'article défini, ni celui de l'article indéfini.
L'apparition des articles est à rapprocher de celle des pronoms personnels, des adverbes
comparatifs, des auxiliaires, du développement des prépositions, c’est-à-dire de cette tendance à
placer avant le mot radical des morphèmes autonomes remplaçant les morphèmes dépendants et
postposés du latin. L'article, quasiment indispensable en français moderne a en effet, entre
autres fonctions, d'être un indicateur de genre et de nombre.
Systématisation de l'emploi des articles
Articles et référence en français moderne Mais la question des déterminants est aussi à
envisager du point de vue de la référence, c'est-à-dire de l'identification des objets dont on parle.
En français moderne, l'article défini s'emploie : - parce que le référent (l'objet, la personne, le
concept dont on parle) est identifiable par l'interlocuteur. On parle alors d'emplois spécifiques.
Le référent est identifiable soit parce qu'il se trouve dans l'entourage des interlocuteurs (emplois
dits déictiques), soit parce que l'on en déjà parlé (emplois dits anaphoriques) ;
-parce qu'il s'agit d'une classe de référents (l'homme est mortel) ; on parle alors d'emplois
génériques du défini, et la question de l'identification du référent ne se pose pas puisque
toute la classe des hommes est concernée.
On peut rapprocher de ces emplois génériques tous les cas où l'identification du référent n'est
pas un problème, soit parce qu'il n'y a pas vraiment de référent («j'ai la fringale !’ : quelle
fringale ?), soit parce que l'objet est unique (la lune), soit parce que c'est un abstrait ou une
matière (l'or, le pain, l amitié). Les noms de peuples entrent aussi dans cette catégorie.
Pour l'article indéfini, bien que le référent ne soit pas supposé identifiable par le locuteur, il peut
aussi être : - spécifique : il s'agit alors d'un référent précis (un homme entra alors) ; - générique,
quand n'importe quel objet de la classe pourrait être concerné (un pain mal cuit, c 'est pâteux, ou
encore il est blanc comme un pain mal cuit).
Or, si la systématisation de l'article semble bien obéir à une certaine dérive de la langue et
aboutir à l'indication du genre et du nombre (autrefois agglutinés au radical) par morphème
autonome postposé, cette dérive ne s'est pas faite au hasard, mais selon un cheminement
sémantique précis. L’ emploi des articles ne s'est étendu que tardivement aux énoncés où la
question de l'identification du référent ne se posait pas (génériques et assimilés).
Extension de l'emploi des articles : des spécifiques aux génériques
Ainsi, en latin vulgaire, ce n'est que pour présenter un objet, toujours concret, identifiable par le
locuteur, qu'on utilise le déictique de l'éloignement ille ‘celui-là’ ou, en anaphore, pour
souligner fortement qu’ on a déjà parlé de cet objet, l'adjectif anaphorique de soulignement ipse
'lui-même'. L'article défini du bas Empire sera issu du démonstratif ille.
C'est à la même époque que l'on voit apparaître unus (un) à la place de quidam (un certain),
dans des emplois bien spécifiques quoiqu'indéfinis. Unus a d'ailleurs, dans ses premiers
emplois, une valeur de soulignement ('un, choisi entre les autres', ce qui correspond exactement
à la définition de l'indéfini spécifique, dont on dit qu' « il opère une extraction non aléatoire
dans une classe d'objets répondant à la même définition »).
En ancien français, l'article défini a tendance à ne pas s'employer dans les cas où la question de.
la référentialité n’a pas à se poser : la grande majorité des emplois génériques (souvent femme
varie) les objets uniques (lune, terre, ciel, paradis), les noms de pays et de peuples, les abstraits,
les emplois non référentiels (dans les locutions verbales ou prépositives : faire guerre, à peine,
metre pied à terre). Quant à l'article indéfini, il ne s'employait que dans les cas où le référent est
spécifique. On peut ainsi comparer les deux exemples suivants :II prend une pierre (= une
certaine pierre). Pierre qui roule n'amasse pas mousse (= toute pierre, n'importe quelle
pierre). De plus, il n'apparaissait qu'au singulier (le pluriel uns ne s'utilisait que pour un objet
composé d'une série d'éléments semblables : uns soliers, 'une paire de souliers' ; unes denz, 'une
denture'). Ni l'indéfini pluriel des ni l'article dit « partitif » du, de la, n'existaient (on disait il prit
chevax :'il prit des chevaux', boire vin : 'boire du vin'). L'indéfini pluriel des n'est apparu qu'en
moyen français, le partitif s'est généralisé au XVI siècle. Mais l'emploi de l'article, qui
naturellement avait tendance à s'étendre, fut l'objet d'interventions vigoureuses des
grammairiens normatifs des XVIe et XVIIe siècles. Aussi l'article défini devient-il régulier au
XVIIe siècle, même dans les emplois génériques. On ne l'emploie cependant pas toujours avec
les abstraits (mais l'usage hésite, Maupas admet Noblesse provient de vertu comme La noblesse
provient de la vertu) et les noms propres (ma provision pour Bretagne, Mme de Sévigné). En
revanche, les grammairiens exigent l'article pour les emplois où le nom est défini par une
relative : après Malherbe, Vaugelas condamne (il a été blessé d'un coup de fleche qui estoit
empoisonnee (il faut d'une flèche). Quant à l'article indéfini, il peut encore ne pas s'utiliser dans
certains emplois non référentiels : après c'est (c'est crime, c'est médisance), emplois dont
certains ont survécu (c'est folie, c'est pitié), et dans beaucoup plus de locutions verbales ou
prépositionnelles qu'en français moderne (promettre mariage, faire bouclier de son corps, faire
habitude de, de traîtresse manière.) Certains de ces emplois ont survécu (faire compliment, en
pareille occasion). Enfin, ni le défini ni l'indéfini ne s'employaient devant tout, même et autre.
En français moderne, l'article est utilisé même dans les emplois non référentiels : avoir la
trouille, les boules, la haine ; faire la manche.
Les démonstratifs
Le latin possédait un système de trois démonstratifs :
- hic, près du locuteur ;
- iste, près de l'interlocuteur, éloignement moyen du locuteur ;
- ille, éloigné du locuteur et de l'interlocuteur.
II faut adjoindre à ce système un anaphorique, is, simple pronom de rappel, qui n'a pas subsisté ;
ainsi qu’un présentatif déictique ecce ('voici') qui a été utilisé plus tard pour renforcer les
démonstratifs.
Ce système sera complètement transformé en ancien français, peut-être sous influence
germanique, les Francs n'ayant que deux démonstratifs :
- le démonstratif hic disparaîtra (le neutre hoc ne survit que dans le provençal oc (langue d'oc ),
le français moderne oui (hoc ille > oïl > oui) , 1’ ancien français ço (ecce hoc )
- le système des deux démonstratifs se fait, par renforcement de la valeur déictique, par la
combinaison du présentatif ecce et des démonstratifs iste et ille :
- ecce iste > cist, démonstratif médiéval de la proximité (= celui-ci, proche du locuteur) ;
- ecce ille > démonstratif médiéval de l'éloignement (= celui-là, éloigné du locuteur). On
remarquera donc que le démonstratif ille est à la fois l'ancêtre de l'article défini et, sous une
forme renforcée, du démonstratif de l'éloignement.
Ces démonstratifs sont à la fois pronoms et adjectifs , ils seront remplacés, entre le XIV et le
XVII siècle, par le système moderne qui oppose une série pronominale et une série «
déterminant du nom » (adjectifs démonstratifs) :
• celui, celle -ci/là, pronoms, issus de cil,
• et ce, cette, ces -ci/là, adjectifs, en partie issus de cist et en partie analogiques de le, les.
Ch. Marchello-Nizia fait remarquer que cette évolution aboutit à la formation de deux macro-
systèmes morphologiquement cohérents, d'une part les pronoms celui, celle, ceux, celles / lui,
elle, eux, elles, d'autre part les déterminants ce, cette, ces/le, la, les /un, une, des/mon, ma, mes.
L'ordre des mots, indice de fonction
Au niveau du groupe nominal ou verbal
En principe, en latin, le déterminant précède le déterminé : adjectifs et compléments de nom se
trouvent en tête du groupe nominal (insigna officia = les importants services ; Ciceronis officia
= de Cicéron les services). Si le nom est accompagné de deux expansions, elles se trouvent
toutes deux devant lui (insigna in Ciceronem officia = les importants rendus à Cicéron
services). L'adverbe précède le verbe (funditus vicit = complètement il vainquit). Cet ordre sera
très vite abandonné en ancien français ; seules quelques locutions archaïques (La Dieu merci =
la grâce de Dieu) en témoignent encore. L’ ordre moderne est déterminé + déterminant, les
compléments suivent le nom. Au niveau de la proposition.
Dans la proposition, le verbe se trouve en dernière position, l'ordre le plus fréquent étant sujet +
circonstanciel + objet + verbe : Scipto in Africa Poenos funditus vicit = Scipion en Afrique les
Carthaginois complètement vainquit.
En ancien français, le verbe est en seconde position (les linguistes disent que c’ est une
langue V2). La place du sujet n'est pas fixe, l'objet peut être antéposé, ce qui entraîne
alors la postposition du sujet : Mon père tua une foldre del ciel = une foudre tombée du
ciel tua mon père.
On dit que c'est 1’ existence d’ une déclinaison qui permet cette construction (on
remarquera cependant que, dans l'exemple proposé, le sujet est féminin, donc non
décliné). Un circonstanciel ou un adverbe entraînent aussi la postposition du sujet : Vers
lui vient li chevalier = le chevalier s'avance vers lui.
En français moderne, l'antéposition de l'objet est impossible et l'ordre des mots est fixe, puisque
la position devant le verbe est la marque de la fonction sujet et la position postverbale, celle de
la fonction obiet : Pierre bat Paul , Paul bat pierre.
Il existe cependant, une possibilité stylistique d'inversion du sujet : Restait cette
formidable infanterie de l'armée d'Espagne, mais l'objet est toujours postposé.
Selon Ch. Marchello-Nizia, l'évolution du français se caractérise moins par la fixité de la
place du sujet qui, dans certaines conditions, peut être inversé que par l’obligation de
respecter l'ordre verbe + objet qui commence à se généraliser dès le XII siècle.
L'adjectif qualificatif
Le féminin des adjectifs
La plupart des adjectifs qualificatifs latins se déclinaient selon les deux modèles que nous avons
reproduits au début de ce chapitre : ils ont donc formé leur féminin par adjonction d'un e,
évolution normale du a final bonu(m) > bon, bona > bone, orthographié ensuite bonne. En effet,
les voyelles autres que a sont tombées à la finale des mots, ce qui explique le masculin ; la
voyelle a s'est maintenue à la finale sous forme de e sourd, ce qui explique le féminin. II y avait
aussi une déclinaison neutre, qui a disparu.
Des adjectifs sans féminin
Mais il existait une quantité non négligeable d'autres adjectifs qui suivaient une autre
déclinaison, la même pour le masculin et le féminin. Le système du latin était donc
double :une série d'adjectifs s'accordaient en genre et une autre série d'adjectifs ne
marquaient pas le genre. (En revanche, contrairement à d'autres systèmes,comme celui de
l'anglais par exemple, tous les adjectifs latins s'accordaient en nombre ).
À côté de ces formes existaient déjà des formes composées, comme en français, de
l'adjectif précédé d'un adverbe : magis (plus), minus (moins), multo (beaucoup). En latin
postclassique, ces formules composées prendront de plus en plus d'extension, le Moyen
Age dira moult (< multo) savant, le plus savant, puis moult sera remplacé par très. Mais il
reste en français moderne quelques vestiges des anciens comparatifs latins : les adjectifs
héréditaires meilleur (anc. Fr. melior) et pire (anc. fr. peior, que l'on retrouve dans
péjoratif, mot emprunté), les adjectifs empruntés au latin inférieur, supérieur, antérieur,
postérieur, majeur, mineur, les emprunts à l'italien (au XVIe siècle) en –issime :
richissime, rarissime, des emprunts non francisés, appartenant au lexique du sport :
junior, senior, et enfin des mots vraiment héréditaires dont l'origine est à première vue
insoupçonnable : maire (< maior, le plus grand), seigneur (< senior, le plus vieux).
La place des adjectifs qualificatifs
Dans le cadre général du passage de l'ordre latin déterminant + déterminé à l'ordre
moderne déterminé + déterminant, on assiste à une tendance de plus en plus affirmée à la
postposition de l'adjectif qualificatif. Les adjectifs de couleur ont été antéposés jusqu'au
XVIIe siècle (blancs manteaux, rouge gorge, vert galant), des adjectifs coordonnésont pu
encadrer le nom (de vaillans hommes et sages) jusqu'au XVIe. La place de l'adjectif
n'avait pas la valeur distinctive que nous lui connaissons : un sacré mont pouvait encore se
dire d'une montagne consacrée à un dieu et une certaine nouvelle d'une information sûre.
Pourtant les grammairiens notaient déjà la différence entre une grosse femme et une
femme grosse (- 'enceinte"), mais c’ est surtout à partir de la fin du XVII qu'ils feront état
du sens différent selon la place de grand, brave, bon, galant, sage, etc.
• Les catégories verbales et leur évolution; syntaxe de la proposition et des groupes de
mots.
Morphologie : évolution des formes
La conjugaison latine indiquait la personne verbale, le temps et le mode, l'actif et en grande
partie le passif par des suffixes agglutinés au radical du verbe. II n'y avait pas beaucoup
d'irrégularités et les suffixes, bien que non accentués, se prononçaient nettement.
Ces désinences de personnes, inaccentuées, ont largement subi l'érosion phonétique. On a vu
comment l'analogie avait joué pour rétablir une marque de première personne (purement
orthographique en français moderne) et pour régulariser les personnes nous et vous.
Système des temps
Les temps, a l'intérieur des modes (indicatif et subjonctif) étaient divisés en deux séries,
nettement opposées par une différence de radical :
-une série de temps-présents, imparfaits, futur-appelée « infectum » (temps de l'inaccompli ?),
- et une série de temps – parfaits, plus-que-parfaits, futur antérieur - appelée « perfectum ».
Leur opposition morphologique est claire tandis que leur opposition sémantique est encore
discutée .
À l'intérieur de ces deux séries, des affixes placés entre le radical et les marques de personne
marquaient les tiroirs :
- affixes communs à tous les verbes , par exemple, -ba- pour l'impartait (amabam : j'aimais), -re-
pour l'impartait du subjonctif (amarem : que j'aimasse), -iss- pour le plusque-partait du
subjonctif (amavissem : que j'eusse aimé) ;
-ou affixes différents selon les verbes : pour le subjonctif présent et pour le futur. L'évolution
phonétique a brouillé ce système. Par exemple, amarem (que j'aimasse) et amaverim (que j'aie
été aimé) se sont confondus en amare ; amabit (il aimera) s'est prononcé comme amavit (il
aima).
Réfection des temps de l'infectum
Aucun tiroir temporel ou modal, à part le passé simple et le présent de l'indicatif et du subjonctif
en ancien français, n'ont été hérités tels quels du latin :
- l'imparfait a connu, dès le XIIIe siècle, la généralisation analogique des formes les plus
fréquentes, celles où la voyelle du radical était ē- (-ēbam, -ēbas) ; ces formes ont ensuite connu
une évolution phonétique et une réfection analogique (Je chantoie puis je chantois puis je
chantais,) ;
- l'imparfait du subjonctif latin (amarem) a disparu, et les formes françaises d'imparfait du
subjonctif viennent du plus-que-parfait du subjonctif (c'est-à-dire que j'aimasse vient de
amavissem, qui signifiait que j'eusse aimé) ;
- le futur a été complètement refait (amare habeo, *amarayyo, amerai, aimerai) ;
- à côté du futur, une forme nouvelle est apparue, formée sur l'imparfait du verbe avoir (amare
habebam qui donne j'ameroie, puis, avec les mêmes évolutions que l'imparfait, j'aimerais) : c'est
la forme que nous appelons « forme en -rais » ou « conditionnel ».
4. Analyse linguistique du texte du milieu du XI s. « Vie de Saint Alexis ».
Faites l’analyse du texte du milieu du XI s. « Vie de Saint Alexis » en vous basant sur les
articles lus et des commentaires qui accompagnent le texte.
Vie de St Alexis (milieu du XI s.)

Bons fut li secles al tens ancienur,

Bõns fõ li sieclẹs al tẽns antsienõr

Quer feit i ert e justise et amur,

Ku̯er féi i er e dzustis e amõr

Si ert creance, dunt or n’i at nul prut:

Si er creants, dõnt or n’i at nọl prọt


Tot est muez, perdut at sa colur;

Tọt est mu̯édz, perdot at sa color

Ja mais n’iert tel com fut as anceisurs.

Dža mai n’ier tȩl com fut a antseisor

№4 La Renaissance. L’affirmation du français.

1. Le XVI siècle. Les conditions historiques.


1. Les évènements qui préparent la Renaissance
François Ier (1494 – 1547) est sacré roi de France le 25 janvier 1515 dans la cathédrale de
Reims, et règne jusqu’à sa mort en 1547.
 François Ier est considéré comme le monarque emblématique de la période de la Renaissance
française.
 Son règne permet un développement important des arts et des lettres en France. Il s’affirme
comme un mécène, ami des arts et des artistes.
o La création, en 1530, du Collège royal, futur et actuel Collège de France, destiné à
contrecarrer la toute puissance de l'Université de la Sorbonne, à promouvoir l'enseignement
humaniste.
o l'ordonnance de Villers-Cotterêt, en 1539, réformant la justice et qui fit du français la langue
officielle du Royaume.
o les magnifiques réalisations de Chambord et Fontainebleau
 Le XVIe siècle fut celui de la Renaissance.
 Des guerres d’Italie, des guerres de religion ravagèrent la France tout au long du
siècle.
Le problème religieux dépasse rapidement la simple contestation des abus de pouvoirs de
l’Eglise. Il devient rapidement un véritable conflit idéologique, à l’intérieur de l’Europe et en
particulier en Allemagne, en Angleterre et en France où ce conflit dégénère en guerres civiles
qui ensanglantent le pays et font vaciller le pouvoir royal. En France, la contestation se
développe autour de l’évangélisme. François Ier protège les évangélistes jusqu’à ce que, en
1534, des affiches contre la messe soient placardées sur la porte des ses appartements. Cet acte
revient à braver le pouvoir royal autant que l’Eglise puisque le Catholicisme est religion d’Etat.
Cette Affaire des Placards marque le début des affrontements religieux entre Catholiques et
Réformés.
L'affaiblissement du pouvoir royal et les guerres
Le pouvoir royal est menacé par les Réformés. A la mort d’Henri II en 1560, Catherine
de Médicis assure la Régence jusqu’à ce que Charles IX soit en âge de règner. Les grandes
familles catholiques comme les Guise, ou protestantes comme les Condé, cherchent alors à
prendre de l’influence et se déchirent.
En 1562, Catherine de Médicis, pour éviter l’intensification des conflits, donne des droits
aux protestants, mais cette approche est un échec et entraîne le début des guerres de religion.
Catholiques et protestants cherchent alors des appuis à l’étranger : l’Angleterre soutient les
Réformés tandis que l’Espagne sert la cause catholique. En 1570, la paix de Saint Germain
accorde aux Protestants des droits importants, mais l’amiral de Coligny, chef protestant, pousse
le roi Charles IX à engager la guerre contre l’Espagne. Coligny est alors victime d’un attentat et
les Catholiques décident de faire assassiner tous les chefs protestants réunis à Paris à l’occasion
du mariage entre la sœur catholique de Charles IX et Henri de Navarre, chef protestant. C’est le
massacre de la Saint Barthélémy (24 août 1572). Dès lors les guerres civiles se succèdent.
Vers la paix
En 1589, après l’assassinat du roi Henri III, Henri de Navarre hérite du trône. Après des
années de lutte pour le pouvoir, il se convertit au Catholicisme et peut ainsi régner sous le nom
d’Henri IV, dès 1594.
 Le pays vécut une période d'exaltation : imprimerie, la fascination pour l'Italie,
l'intérêt pour les textes de l'Antiquité, les nouvelles inventions, la découverte de
l'Amérique.
L'invention de l'imprimerie
On doit l’invention de l’imprimerie à Guttenberg vers 1448. Guttenberg simplifie les
techniques de fabrication du livre pour rendre la lecture plus aisée. Pour cela, il remplace les
caractères gothiques par des caractères romains, ce qui rend la lecture plus facile et modifie le
format des livres. Ces simplifications, ainsi que la multiplication des livres et la rapidité de leur
diffusion, permettent un accès plus facile et plus large au savoir. Le premier ouvrage à être
imprimé est la Bible.
En 1492, Christophe Colomb découvre les Antilles puis l’Amérique. Après lui, Vasco de
Gama (1497), Magellan (1519-1522) ou encore Jacques Cartier ouvrent de nouvelles voies de
navigation. Ces expéditions modifient la représentation que l’on a du monde qui s’étend alors
considérablement. On vérifie la rotondité de la Terre, on découvre de nouveaux peuples et avec
eux de nouvelles mœurs. Cette mutation s’accentue encore, lorsque l’on finit par admettre le
système de Copernic selon lequel la Terre n’est plus au centre du monde.
 La monarchie consolidait son pouvoir, la bourgeoisie s'enrichissait, le peuple
croupissait dans la misère .
Une nouvelle politique culturelle
Louis XII, François Ier et Henri II apportent à la vie culturelle et artistique des orientations
déterminantes. Ainsi, dans le domaine des arts, Louis XII (1498 à 1515) puis François Ier (1515
à 1547) innovent en bâtissant dans la vallée de la Loire des châteaux qui n’ont plus la lourdeur
des constructions médiévales. L’influence italienne s’y fait sensiblement sentir. Les artistes sont
protégés par les seigneurs et surtout par le roi : François Ier, soutenu par sa sœur, Marguerite de
Navarre, joue un rôle essentiel. Il invite Léonard de Vinci et fonde une sorte de foyer d’art
(1526), à Fontainebleau. C’est là qu’ il fait installer des ateliers de bronze et de tapisserie. Il
achète pour sa bibliothèque personnelle les nouveaux livres publiés et s’entoure de poètes
comme Clément Marot.
Par ailleurs, François Ier impose par l’édit de Villers-Cotterêts en 1539, l’usage du français
au lieu du latin dans tous les actes juridiques et administratifs. Le développement des lettres se
poursuit avec Henri II et la création de la Pléiade.

2. Formation de la nation française et de la langue nationale.


Depuis le XVIe siècle. Le français devient le principal moyen de communication de l'État.
La première agence gouvernementale à adopter le français moderne comme langue officielle fut
la Vallée d'Aoste en 1536, trois ans avant la France elle-même. Par l'ordonnance de Villers-
Cotrets de 1539, le roi François Ier a fait du français la langue officielle d'introduction et de
jugement en France, qui a supplanté le latin, qui avait été utilisé auparavant. Avec l'introduction
d'un dialecte clérical standardisé et la perte du système de déclinaison, ce dialecte a été appelé
moyen français (moyen français). La première description grammaticale du français, le Tretté
de la Grammaire française de Louis Maigret, a été publiée en 1550. Beaucoup des 700 mots de
français moderne qui viennent de l'italien ont été introduits pendant cette période, dont plusieurs
désignant des concepts artistiques (scénario, piano ), produits de luxe et alimentation.
La preuve de son haut niveau d'harmonie syntaxique et lexicale est le fait qu'au milieu du XVIe
siècle. apparaît l'œuvre la plus célèbre de la littérature française "Gargantua et Pantagruel" de
François Rabelais.
La première histoire de la langue française et de sa littérature s'écrit également à cette époque:
Recueil de l'Origine de langue et Poesie françoise, par Claude Foch, publié en 1581.

3. Naissance de l’intérêt envers la théorie de la langue  française:

 Le problème de l’origine des langues.


Théorie populaire du XVI s.:
Toutes les langues du monde sont égales par leur origine
Rapprochement des théories linguistiques et esthétiques
Suivant cette théorie la perfection d’une langue concrète dépend non de ses qualités internes,
mais de l’initiative des hommes qui parlent cette langue.

 Le problème du perfectionnement de la langue française.


Pléiade
 Ronsard
 Du Bellay
 Belleau
 Dorat
 Jodelle
 Baif
 Thiard
Du Bellay
« Défense et illustration de la langue française »
Thèse principale:
Le français possède toutes les données pour devenir la langue de la littérature nationale
Les procédés d’enrichissement du vocabulaire:
Le moyen français ne se caractérise pas par des modes de création originaux, malgré ce
qu’ont voulu faire croire Du Bellay et Ronsard, mais par une utilisation intensive de ces
procédés, et par la valorisation de l’un d’entre eux, l’emprunt.
Les moyens d’enrichissement de la langue se répartissent en deux groupes :
Utilisation des ressources propres à la langue, recommandée par Ronsard et qu’il
appelait le « provignement » :
On développe des « rejetons » à partir de mots du fonds ancien par les procédés de
dérivation existants (peu de modes nouveaux sont créés) qui sont beaucoup mis à profit.
Ce néologisme de mot (dans la terminologie de Darmesteter 1887, 31), qui semble
avoir peu employé la composition, se réalise en une extrême fécondité lexicale, qui se manifeste
notamment par une concurrence entre suffixes de même sens, créant de nombreux synonymes
du type arrest, arrestage, arrestement, arrestée, arrestance, arrestation.
Le fonds ancien de la langue est également mis à contribution d’une autre façon par
la Pléïade, qui prêche le recours à la vieille langue : Du Bellay (1549) conseille de reprendre
dans les vieux auteurs français des mots qui sont tombés en désuétude. Il suit en cela G. Tory
(1523) et Des Essarts.
L’ancienne langue peut être utilisée de deux façons : soit en conservant les mots qui
vieillissent, soit en reprenant des mots obsolètes qu’on réintroduit dans l’usage, ce qui est une
forme d’emprunt.
Emprunt : Les circonstances qui ont déterminé la nécessité de créer des mots nouveaux
ont fait de l’emprunt au latin l’un des procédés privilégiés de l’accroissement lexical en moyen
français. Les emprunts au latin de mots manquant au fonds héréditaire français débutent dès la
restauration des études latines par Charlemagne : de nombreux emprunts de mots dits savants
s’effectuent dans les traductions, à partir du XIIIe s., et abondent au XIVe s. où se constitue le
vocabulaire savant (scientifique, technique) du français. De même, avec les progrès du français
comme langue administrative, de nombreux termes de droit sont empruntés au latin, puis la
terminologie religieuse.

Fr. Rablais
 Les mots nouveaux:
 Bienséance désordre
 Bavard dominer
 Buvette fanfare
 Causeur jabot
 Cloche-pied marmotter
 Croyable parfum
 Croisade scandaleux

Empruns latin chez Rablais


 Antinomie encyclopédie
 Phénomène apathie
 Catastrophe catégorie
 Homonymie métamorphose
 Prototype sarcasme
 Sympathie agriculture
 Instant célèbre
 Explorer valide

 La théorie de la Pléiade.

L’imitation

Ces jeunes poètes pensent à se former par l’imitation, imitation originale, tel est le

sujet du premier livre de la Deffense et illustration de Du Bellay.

La traduction

La traduction en soi est vue comme dangereuse parce que chaque langue a son génie

propre. Ils préconisent donc l’imitation, soit le fait de se nourrir (d’où le concept

dans l’histoire littéraire d’« innutrition ») des textes anciens pour élaborer ensuite

des écrits qui s’en nourrissent mais pour aboutir à une création personnelle. Ils

prennent en cela pour modèles les latins qui se sont nourris des modèles grecs pour

élaborer leur propre littérature : Tite-Live, Tacite // Thucydide, Ovide // Pindare.

Premier modèle, c’est le modèle italien, le modèle de Pétrarque

Ainsi à l’imitation de Pétrarque ils commettent tous plus ou moins des « canzionere

» : voir les canzionere de Pétrarque, poésie lyrique contant l’aventure amoureuse de

Pétrarque avec Laure.

Du Bellay L’Olive 1549

Pontus de Tyard Les Erreurs amoureuses 1549-1550

Ronsard Les Amours 1552


Baïf Les Amours de Méline

 Le problème de la normalisation de la langue française.

Résolution du problème de la normalisation de la langue

C.Vaugelas –deuxième théoricien de la langue

« Remarques sur la langue française »

(500 remarques sur les normes de prononciation et de faits grammaticaux)

Le « bon usage » de la société cultivée

Le reflet du travail fait dans les oeuvres des classiques du XVII s. – Corneille,

Racine, Molière

Grammaire générale et raisonnée

1660 – Arnauld et Lancelot publient la grammaire

L’influence de la philosophie rationnelle de Descartes

La raison est la base de toutes les connaissances humaines

La logique prédomine dans cette grammaire

La grammaire était plutôt la philosophie de la langue qu’une grammaire normative

Cette grammaire à contribué au développement de la syntaxe

 Les premières grammaires de la langue française.


1531 de Jacques Dubois
En 1531, Dubois écrit In linguam gallicam Isagoge, la première grammaire française à
être imprimée en France, en réponse à un appel de l'éditeur Geoffroy Tory (1529) pour maîtriser
la langue française.
1550 de Louis Meigret
Louis Maigret est l'auteur du Traité de la Grammaire française, publié en 1550. Il s'agit
de la première description grammaticale du français.
1557 de Robert Etienne
Robert Etienne est un imprimeur français qui a continué l'œuvre du père Henri Etienne;
lexicographe et polymathe. Il a écrit Traité de grammaire française
1562 de Ramus
Ramus est un Philosophe français, logicien, mathématicien, rhéteur, enseignant. En 1559,
Rame publie Grammaire Française.

 Analyse linguistique du texte du XII s. «La  Chanson de Roland »


Li quens Rollant des soens i veit grant pérte;

Li ku̯ĕ́ ns Rollant des su̯éns i vei grānt pęrtę

Sun cumpaignun Oliver en apélet :

Sọn kompãnõn Oliver ān apélet :

« Bel sire, chers cumpainz pur Deu, que vos enhaitet?

Beáu̯ , tšęrs compài̭nts pọr Deo, ku̯ĕ́ vos énài̭tẹt ?

Tanz bons vassals veez gesir par tére!

Tants bọns vẹ́ẹ́ts džezír par tẹ̄rẹ !

Pleindre poüms France dulce, la béle :

Pleindre pọu̯ms Frantse dultse, la bęlẹ

De tels barons cum or remeint desérte!

De teáu̯s barons cọm ọr dẹsérte !

E! Reis, amis, que vos ici nen éstes?

E ! Reis, amis, ku̯ĕ́ vos itsi niēn éstẹs ?

Oliver, frere, cument le purrum nus faire?

Oliver, frẹ̄rẹ, kọmẹnt le pọrọm nọs féire?

Cum faitement li manderum nuvéles? »

Kọm fài̭t li mandẹ̄rọm nọveles ?

Dist Oliver :  «  Jo nel sai cument quére.

Dist Oliver: “Džo sài̭ kọment kerrẹ.

Mielz voeill murir que hunte nus seit retraite ».

Voiél mọrir ku̯ĕ́ hunte nọs seit retrài̭tẹ.

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