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Pathologie Biologie 59 (2011) e97–e102

Article original

Diagnostic biochimique et moléculaire de l’hyperoxalurie primaire de type 1 :


étude tunisienne à propos de 15 cas
Biochemical and molecular diagnosis of primary hyperoxaluria type 1: Tunisian study about
15 cases
R. Belhaj a,*, N. Hayder a, T. Gargueh b, M. Zorguati c, O. Marrakchi a, S. Abdelhak c,
R. Lakhoua b, J. Abdelmoula a
a
Service de biochimie, hôpital Charles-Nicolle, Tunis, Tunisie
b
Service de pédiatrie, hôpital Charles-Nicolle, Tunis, Tunisie
c
Service de génétique, institut Pasteur, Tunis, Tunisie

I N F O A R T I C L E R É S U M É

Historique de l’article : Introduction. – L’hyperoxalurie primaire de type 1 (HP1) est la forme la plus fréquente et la plus sévère
Reçu le 31 mars 2009 des hyperoxaluries primaires. Elle est liée à un déficit enzymatique en l’alanine glyoxylate
Accepté le 15 mai 2009 aminotransférase (AGT). Il s’agit d’une maladie héréditaire autosomique récessive. Rare en Europe,
Disponible sur Internet le 5 novembre 2009
elle est responsable de 13 % des insuffisances rénales terminales chez l’enfant en Tunisie.
But. – Le but de ce travail est d’évaluer les examens biologiques et moléculaires aidant au diagnostic
Mots clés : précoce et au suivi des malades atteints d’HP1 et de tester leur sensibilité à la pyridoxine.
Hyperoxalurie type 1
Patients et méthodes. – Il s’agit d’une étude prospective réalisée chez 15 enfants présentant une
Oxalurie
Glycolaturie
hyperoxalurie (oxalurie supérieure ou égale à 500 mmol/l) et une fonction rénale normale. Tous les
Mutation maghrébine malades ont bénéficié d’une étude biochimique de la cristallurie, des dosages de l’oxalate et du
glycolate–glycérate urinaires. Une étude moléculaire basée sur la recherche de la mutation T853C
(Ile244Thr) dite « maghrébine » a été faite par séquençage direct de l’exon 7 du gène AGXT. La sensibilité à
la pyridoxine a été testée chez 13 patients.
Résultats. – L’oxalurie de concentration était supérieure ou égale à 1000 mmol/l dans neuf cas (60 %) et
comprise entre 600 et 1000 mmol/l dans les cas restants. L’oxalurie de débit était significativement
élevée quelle que soit la tranche d’âge. La glycolaturie était élevée chez huit malades (57 %). Dans 61,5 %
des cas, l’espèce cristalline la plus fréquente était la whewellite (C1). La mutation recherchée a été
identifiée à l’état hétérozygote chez neuf malades avec une fréquence allélique de 25 %. La sensibilité à la
pyridoxine a été objectivée chez les 13 cas testés.
Conclusion. – L’HP1 a la particularité d’être fréquente dans notre pays d’où la nécessité de faire son
diagnostic précocement. L’utilisation d’outils biochimiques simples tels que l’étude de la cristallurie,
l’analyse morphologique des calculs et le dosage de l’oxalurie permettent rapidement d’orienter le
diagnostic vers une HP1 qui sera confirmée par la détermination de la glycolaturie. Le recours à la
biologie moléculaire est surtout utilisé pour les formes atypiques.
ß 2009 Publié par Elsevier Masson SAS.
A B S T R A C T

Keywords: Background. – The primary type 1 hyperoxaluria (HP1) is the most frequent and severe form of the
Hyperoxaluria type 1 primary hyperoxaluriae. It is related to an enzymatic deficit in alanine glyoxylate aminotransferase
Oxaluria
(AGT). It is a recessive autosomic disease. Rare in Europe, it is responsible for 13% of the end stage renal
Glycolaturia
failure in the Tunisian child.
Maghrebin mutation
Aim. – The aim of this work is to evaluate the biological and molecular examinations contributing with
the early diagnosis and the follow-up of the HP1 patients and to test their response to pyridoxin.
Patients and methods. – A prospective study of 15 children who have oxaluria lower than 500 mmol/l
and normal renal function is carried out. The cristalluria study, oxaluria and the glycolate–glycerate
urinary ratio were carried out on all the patients. The so-called mutation maghrebean T853 (Ile244 Thr)

* Auteur correspondant.
Adresse e-mail : raja_belhaj@yahoo.fr (R. Belhaj).

0369-8114/$ – see front matter ß 2009 Publié par Elsevier Masson SAS.
doi:10.1016/j.patbio.2009.05.009
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was detected by direct sequencing of the exon 7 gene AGXT. The response to pyridoxin was tested among
13 patients.
Results. – The oxaluria concentration was greater or equal to 1000 mmol/l in nine cases (60%) and
ranging between 600 and 1000 mmol/l in the remaining cases. The oxaluria flow was significantly high
depending on the age. The glycolaturia was high among eight patients (57%). In 61,5% of the cases, the
most frequent crystalline species was whewellite (C1). The ‘‘maghrebin’’ mutation was identified in nine
patients at the heterozygous state, showing 25% allelic frequency. The response to pyridoxin was
observed in the 13 tested cases.
Conclusion. – The HP1 is frequent in our country from where the need for an early diagnosis. The use of
simple biochemical tools such as the study of the cristalluria, the morphological analysis of stones and
the oxaluria allow to direct the diagnosis towards a HP1, confirmed by the glycolaturia determination.
The molecular biology is required in the atypical forms.
ß 2009 Published by Elsevier Masson SAS.

1. Introduction entraı̂nant une détérioration progressive de la fonction rénale


allant jusqu’à l’insuffisance rénale terminale (IRT).
L’hyperoxalurie primaire de type 1 (HP1) est une affection En Tunisie, pays à fort taux de consanguinité, l’HP1 est
métabolique rare mais grave, dont le mécanisme et l’approche responsable de 13 % des insuffisances rénales terminales chez
thérapeutique sont de connaissance récente. Cette maladie, l’enfant versus 0,3 % en Europe et 0,7 % en Amérique du nord [3,4].
transmise selon le mode autosomique récessif, est liée à un déficit L’objectif de notre travail a été d’établir des moyens biochimi-
enzymatique hépatopéroxysomiale en alanine-glyoxylate amino- ques et moléculaires simples pour le diagnostic précoce de l’HP1.
transférase (AGT) [1]. Cette enzyme, en présence de phosphate de
pyridoxine (vitamine B6), catalyse la transamination du glyoxylate
2. Patients et méthodes
en glycine à partir de l’alanine [2]. Il en résulte une production
hépatique excessive d’oxalate et de glycolate caractéristique de
Notre étude prospective a été réalisée chez 15 enfants provenant de 12 familles
l’HP1. La précipitation des cristaux d’OxCa monohydratés est à porteurs d’une hyperoxalurie, colligés au service de pédiatrie de l’hôpital Charles-
l’origine de lithiases urinaires et/ou de néphrocalcinose (NC) Nicolle de Tunis.

Tableau 1
Caractéristiques épidémiologiques, cliniques et radiologiques des malades.

Patient Sexe Âge actuel Consanguinité Circonstances de découverte Examens radiologiques


e
1 M 8 ans 3 degré Enquête familiale AUSP : NC
Écho rénale : NC bilatérale + calculs caliciels bilatéraux

2 M 15 ans 0 degré Fièvre/douleur abdominale AUSP + écho rénale sans anomalie

3 M 1 an 0 degré Infection urinaire à répétition AUSP + écho rénale non faits

4 F 6 ans 0 degré Infection urinaire à répétition AUSP non fait


Écho rénale : calcul pyélique au RD

5 M 9 ans 4e degré Épisodes d’anurie AUSP : NC


Écho rénale : NC + calcul

6 M 1 an 2e degré Fièvre/pyurie/infection urinaire AUSP : NC


Écho rénale : NC

7 M 6 ans 2e degré Hématurie macroscopique AUSP : normal


Écho rénale : calcul au niveau du RG

8 M 4 ans 2e degré Infection urinaire à répétition AUSP : normal


Écho rénale : NC bilatérale

9 M 8 ans 0 degré Expulsion spontannée de calcul/ AUSP : NC


infection urinaire à répétition Écho rénale : multiples calculs intracaliciels

10 F 1 an 2e degré Fièvre AUSP : non fait


Écho rénale : NC

11 F 18 ans 1er degré Enquête familiale AUSP : NC


Écho rénale : multiples lithiases intracalicielles bilatérales

12 F 6 ans 1er degré Enquête familiale AUSP : normale


Écho rénale : microcalculs bilatéraux

13 F 16 ans 1er degré Fièvre/douleur abdominale AUSP : présence de 3 opacités calciques se projetant au
niveau de l’aire rénale gauche
Écho rénale : lithiase pyélique gauche

14 F 2 ans 1er degré Infection urinaire à répétition AUSP : non fait


Écho rénale : NC

15 M 8 ans 1er degré Expulsion spontanée de calcul AUSP : NC bilatérale


Écho rénale : NC bilatérale
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Nous avons inclus dans ce travail des enfants d’âge inférieur ou égal à 15 ans à la urinaires (13 %) ou d’hématurie macroscopique (7 %). Trois patients
première consultation, ayant une fonction rénale normale et une oxalurie
(20 %) ont été découverts à la suite d’une enquête familiale par la
supérieure ou égale à 500 mmol/l.
Tous les patients ont bénéficié de : présence d’un cas index dans la famille.
L’échographie rénale pratiquée chez 14 malades a révélé des
 un recueil des informations cliniques et une enquête familiale à la recherche de lithiases pyélocalicielles et rénales multiples ou bilatérales chez
cas index ; huit d’entre eux (57 %) dont l’âge était supérieur à deux ans. La NC a
 un bilan de lithiase pratiqué au service de Biochimie de l’hôpital Charles-Nicolle été retrouvée dans 64 % des cas. L’association NC et lithiases
portant sur le sang et les urines du réveil fraı̂chement examinées. Dans le sang,
nous avons déterminé, sur automate koné et cobas Integra, les paramètres
urinaires a été détectée dans 28 % des cas (Tableau 2).
suivants : sodium, potassium, chlore, réserve alcaline, calcium, phosphore,
magnésium, acide urique, créatinine et protides totaux. Dans les urines, à 3.2. Biologie
l’exception des protides et de la réserve alcaline, les mêmes paramètres ont été
dosés en plus du citrate et de l’oxalate (méthode enzymatique colorimétrique).
3.2.1. Dosages biochimiques
Pour 14 de nos patients, le dosage du glycolate et du L-glycérate urinaires a été
réalisé par chromatographie en phase gazeuse au laboratoire de biochimie
médicale B à l’hôpital Necker–Enfants-Malades. Outre ces dosages, une analyse Les résultats de l’oxalurie de concentration (mmol/l) et de débit
qualitative des urines par les bandelettes Multistix 10 SG et une analyse de la (mmol/mmol de créatinine) sont résumés dans les Fig. 1 et 2.
cristallurie précédée par la mesure du pH au pH mètre ont été systématiquement L’oxalurie de concentration était supérieure ou égale à 1000 mmol/l
effectuées. La réaction de Brand au nitroprussiate de sodium a permis d’écarter le
diagnostic de cystinurie ;
dans neuf cas (60 %) et comprise entre 600 et 1000 mmol/l dans les cas
 une étude génétique, effectuée à l’institut Pasteur de Tunis, basée sur la recherche restants. L’oxalurie de débit était élevée quelle que soit la tranche
de mutations spécifiques de l’HP1 par un séquençage direct de l’exon 7 du gène d’âge. En effet, elle était supérieure à la valeur seuil de : 360 mmol/
AGXT. Cette mutation entraı̂nant le remplacement de l’isoleucine en position mmol de créatinine pour les malades âgés de zéro à six mois, de
244 par la thréonine (Ile244Thr) est dite « mutation maghrébine ».
174 mmol/mmol de créatinine pour ceux âgés de sept à 24 mois, de
Trois patients ont émis des calculs qui ont été analysés morphologiquement à la 101 mmol/mmol de créatinine pour ceux âgés de deux à cinq ans et de
loupe binoculaire (Nikon) et par spectrophotométrie infrarouge (Nicolet).
Tous les malades ont été mis sous traitement préventif à base de pyridoxine
82 mmol/mmol de créatinine pour ceux qui ont plus de cinq ans.
(vitamine B6) à la dose de 500 mg/m2 par jour. La calciurie variait de 0,23 à 5,15 mmol/l avec une moyenne de
1,78  1,56 mmol/l. La citraturie moyenne était de 0,49 mmol/l.
3. Résultats Parmi les 14 glycolaturies déterminées, huit d’entre elles
étaient élevées (Fig. 3).
3.1. Épidémiologie et clinique
3.2.2. Étude de la cristallurie
Notre série est composée de neuf garçons et de six filles (sex-
ratio à 1,5). L’âge d’apparition des premiers symptômes variait de Le pH moyen des urines du matin a été de 5,72  0,43. La
quatre mois à 12 ans et demi avec un âge moyen de 3,9 ans cristallurie était positive dans 86 % des cas (13 sur 15). L’espèce la plus
(Tableau 1). fréquente était la whewellite (oxalate de calcium monohydraté)
Les premiers symptômes étaient présents avant l’âge d’un an détectée dans 61,5 % des urines examinées associée à la weddellite
chez 40 % de nos patients, entre un et cinq ans dans 30 % des cas et (oxalate de calcium dihydraté) dans 15,40 % des cas, soit dans 76,90 %
entre cinq et 12 ans et demi dans 30 % des cas. Le taux de des cas.
consanguinité était de 66,7 % (huit familles sur 12). 66,6 % de nos La whewellite se présentait, dans 70 % des cas, sous forme de
malades provenaient essentiellement du Centre et du Sud tunisien. petits cristaux arrondis d’aspect annulaire à centre déprimé qui
Sur le plan clinique, l’HP s’est révélée principalement par des polarisent à la lumière.
manifestations rénales à type d’infections urinaires à répétition Dans notre étude, quatre patients ont présenté un nombre de
(40 %), de fièvre et douleurs abdominales (20 %), de calculs cristaux de C1 supérieur à 200/mm3.

Tableau 2
Résultats biologiques, génétiques et thérapeutiques des malades.

Patients no 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15

Oxalurie de concentration + + + + + + + + +
 1000 mmol/l

Oxalurie de débit + + + + + + + + + + + + + + +
(mmol/mmol de créatinine)

Avant traitement 0,712 0,120 0,308 0,161 0,521 0,165 0,800 1,554 0,429 1,275 0,910 0,993 0,444 0,647 0,293
Au cours du traitement 0,234 0,046 – 0,064 0,176 0,036 0,227 0,387 0,104 0,276 0,146 0,384 0,217 ( 0,151

Hyperglycolaturie + + + + + + + + Non fait

Nombre de cristaux + + + +
de C1 > 200/mm3

Calcul de morphologie + +
de type Ic

NC/Calcul +/+ / /+ +/+ +/ /+ +/ +/+ +/ +/+ /+ /+ +/ +/

Présence de la HTZ HTZ HTZ HTZ HTZ HTZ HTZ HTZ HTZ
mutation Ile244Thr

Pyridoxino-sensiblilité + + + + + + + + + + + + + +

HP1 confirmée + + + + + + + +

HP1 retenue + + + + + + +
e100 R. Belhaj et al. / Pathologie Biologie 59 (2011) e97–e102

Fig. 1. Valeur de l’oxalurie de concentration (mmol/l) de chaque patient au moment


du diagnostic.

Fig. 2. Valeur de l’oxalurie de débit (mmol/mmol de créatininurie) chez nos patient


au moment du diagnostic.

3.2.3. Analyse des calculs


Fig. 4. Séquençage de l’exon 7 du gène AGXT et mise en évidence de la mutation
Parmi les trois calculs analysés, deux avaient une morphologie T853C.
de type Ic spécifique de l’HP. Tous deux étaient purs composés de

whewellite (99 à 100 %). En revanche, le troisième calcul avait une


morphologique de type (IIb + Ia) avec la whewellite comme
principal composant (62 %) associé à la weddellite (28 %).

3.2.4. Étude moléculaire

La comparaison des séquences obtenues avec la séquence


sauvage par le logiciel Blast a montrée que neuf malades sur 15 (six
familles sur 12) portent la mutation Ile244Thr à l’état hétérozygote
(HTZ), soit une fréquence allélique de 25 % (Fig. 4).

4. Discussion

L’hyperoxalurie primaire (HP) est une maladie rare qui a la


particularité d’être plus fréquente en Tunisie. En effet, d’après
l’étude tunisienne effectuée par Chemli et al. en 2003 [5], la
prévalence moyenne de cette maladie a été estimée à 5,5 par
Fig. 3. Valeur de la glycolaturie (mmol/mmol créatininurie) par rapport aux valeurs million d’habitants et l’incidence moyenne à 0,23 par million
seuils définis selon la tranche d’âge. d’habitants alors qu’en Hollande [6] et en France [7], elle ne touche
R. Belhaj et al. / Pathologie Biologie 59 (2011) e97–e102 e101

respectivement que 2,09 et 1,05 par million d’habitants avec une allemande réalisée par Hoppe et al. en 2005 [13], où 48 % des
incidence de 0,15 et 0,12 par million d’habitants. Cela est très patients ont présenté un glycolate urinaire élevé.
probablement lié au fort taux de consanguinité (35 %) dans notre Cependant, le diagnostic de l’HP de type 1 n’a pas été exclu pour
pays [2]. En effet, la consanguinité joue un rôle important dans les six malades restants malgré une glycolaturie normale. En effet,
l’expression et la fréquence de l’HP. Dans une étude réalisée sur selon les données de la littérature, le diagnostic se l’HP1 pourrait
78 cas d’HP durant la période s’étalant de 1986 à 1996, Cochat et al. être retenue dans des situations similaires [14]. L’HP2 a été écartée
[9] ont noté un fort taux de consanguinité chez les patients chez tous nos patients devant l’absence du glycérate urinaire.
d’origine musulmane (76 %). D’autres arguments sont venus consolider le diagnostic chez ces
Dans notre série, le taux de consanguinité était de 66,7 % (huit huit malades : une cristallurie abondante en oxalate de calcium
familles sur 12). Ce chiffre est légèrement plus faible que celui des monohydraté (supérieur à 200/mm3) dans trois cas, la présence
autres séries tunisiennes étudiées par Kamoun et al. (83 %) [8] et d’un calcul de morphologie de type Ic dans un cas, l’existence d’une
Chemli et al. (86 %) [5]. Dans l’étude de Van Woerden et al. [6], le hétérozygotie (HTZ) à la mutation Ile244Thr dans cinq cas.
taux de consanguinité n’était que de 11 % (cinq familles sur 44). Pour les sept malades restants, le diagnostic de l’HP1 a été
Les malades de notre série proviennent essentiellement du retenu devant des arguments cliniques, biologiques et génétiques.
Centre et Sud tunisien, dix cas sur 15 (66,6 %). Cette origine a été En effet, le glycérate urinaire était indétectable chez tous ces
également constatée dans les séries de Kamoun et al. [13,14] et patients écartant ainsi l’éventualité d’un HP2.
Chemli et al. [5]. Cela pourrait être expliqué soit par une forte L’analyse moléculaire ayant pour but de mettre en évidence une
consanguinité au niveau de cette région, soit par une plus grande mutation au niveau du gène AGXT permet d’apporter une preuve
fréquence du gène morbide dans cette population, ou bien par une génétique pour le diagnostic d’HP1. Nous avons procédé dans cette
plus grande expressivité du gène en raison de certains facteurs étude à la recherche d’une mutation génétique Ile244Thr connue
environnementaux. fréquente dans la population maghrébine [15]. Cette mutation n’a
L’HP est essentiellement une maladie du jeune enfant, même si été trouvée qu’à l’état hétérozygote (HTZ) chez neuf malades sur
quelques cas ne sont reconnus qu’à l’âge adulte. Les premières 15, soit une fréquence allélique de 25 %. Ces résultats de biologie
manifestations surviennent habituellement avant l’âge de cinq ans moléculaire étaient en faveur de l’HP1 mais ne permettaient pas de
dans 50 % des cas et même dans la première année chez 10 à 20 % confirmer le diagnostic. La prévalence de cette mutation varie
des enfants atteints. Dans notre étude, 40 % de nos patients ont selon les études et les populations analysées. Dans une étude
présenté les premiers symptômes avant l’âge d’un an, 30 % entre un tunisienne [5], la mutation maghrébine n’a été identifiée que dans
et cinq ans et 30 % entre cinq et 12 ans et demi. Nos résultats sont un tiers des cas (deux sur neuf).
superposables à ceux de Chemli et al. [5], portant sur 15 observa- Dans l’étude de Von Schnakenburg et Rumsby [16], parmi les
tions (40 % avant un an, 20 % entre deux et cinq ans et 40 % entre 79 patients de plusieurs nationalités et de différentes origines
cinq et 13 ans). En revanche, dans l’étude de Barbey et al. [2], la ethniques atteints de HP1, uniquement neuf patients portaient la
maladie ne s’est déclarée que dans 15 % des cas avant l’âge de un an mutation Ile244Thr (cinq à l’état HMZ et quatre HTZ composites),
et dans 50 % des cas avant l’âge de cinq ans. donnant une fréquence allélique égale à 9 %. Santana et al. [17],
Les manifestations cliniques sont variées, ce qui explique étudiant 16 patients atteints de HP1 originaires des Îles Canaries et
certains retards de diagnostic. Dans notre série, l’HP s’est révélée appartenant à 12 familles différentes, ont trouvé que la mutation
par une symptomatologie clinique dans 80 % des cas : infection Ile244Thr (T853C) est de loin la plus fréquente chez ces patients
urinaire à répétition (40 %), fièvre accompagnée de douleurs (91,6 %).
abdominales (20 %), élimination d’un calcul urinaire (13 %) et La prévalence élevée de cette mutation serait en faveur de
hématurie macroscopique (7 %). Trois patients (20 %) ont été l’existence d’un effet fondateur. À nos jours, dans l’HP1, sept
découverts à la suite d’une enquête familiale par la présence d’un polymorphismes et 60 mutations sont identifiés [18,19].
cas index dans la famille.
Dans la série italienne de Pirulli et al. [10] regroupant 78 enfants 5. Conclusion
atteints d’HP, les manifestations cliniques se sont présentées chez
22 % des cas par un retard de croissance, chez 21 % des cas par des L’HP1 a la particularité d’être fréquente dans notre pays d’où la
infections urinaires à répétition et chez 14 % des cas par une nécessité de faire son diagnostic précocement afin d’assurer la
hématurie. meilleure prise en charge du patient pour éviter l’évolution de la
La symptomatologie lithiasique constitue également un mode maladie vers l’insuffisance rénale terminale. Le recueil des
fréquent de révélation de la maladie. Les calculs sont rarement renseignements liés au propositus et à sa fratrie est primordial
décrits avant l’âge d’un an [8,11]. En effet, les huit malades pour aussi bien pour l’orientation diagnostique que pour le conseil
lesquels l’échographie rénale a révélé des calculs avaient un âge génétique. L’étude de la cristallurie, l’analyse morphoconstitu-
supérieur à deux ans. tionnelle des calculs émis ainsi que le dosage de l’oxalate urinaire
Ces calculs sont souvent associés à une NC dans les HP. La NC est permettent rapidement d’orienter le diagnostic vers une HP1, qui
caractérisée par les dépôts d’OxCa au niveau du parenchyme rénal est confirmé par la détermination de la glycolaturie–glycératurie.
observés sur échographie rénale et/ou sur AUSP. Elle a été observée De nos jours, le dosage de l’AGT sur fragment de biopsie
chez 64 % de nos malades, proportion comparable à celle de Chemli hépatique n’est plus conseillé. En effet, il s’agit d’un geste agressif
et al. (55 %) [5] mais dépasse celle de Gagnadoux (40 %) [12]. Cette non dénué de complications potentielles. Les techniques de
association NC–calcul serait un élément très évocateur du biologie moléculaire permettant de cibler les mutations, pré-
diagnostic d’HP. Dans notre étude, elle a été retrouvée chez 28 % cédemment décrites, touchant le gène AGXT, sont devenues
de nos patients et dans 50 % des cas dans l’étude de Chemli et al. [5]. accessibles et ont l’avantage d’être non invasives pour le malade.
L’hyperoxalurie majeure de débit et/ou de concentration Elles permettent d’affirmer le diagnostic d’HP1 et d’apporter un
(supérieure ou égale à 1000 mmol/l) était très évocatrice du conseil génétique dans les familles à risque.
diagnostic de l’HP chez tous nos malades comme l’a précisé Barbey
et al. [2]. Cette hyperoxalurie massive était associée à une
Références
hyperglycolaturie dans huit cas (57 %), ce qui nous a permis de
confirmer le diagnostic d’HP de type 1 chez ces malades. Ce [1] Danpure CJ, Jennings PR. Peroxisomial alanine–glyoxalate aminotransferase
pourcentage est proche de celui retrouvé dans une étude deficiency in primary hperoxaluria type 1. Lancet 1986;2:20–4.
e102 R. Belhaj et al. / Pathologie Biologie 59 (2011) e97–e102

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