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MERCI DE NE PAS DIVULGUER AVANT LA PUBLICATION DANS LA PRESSE ÉCRITE

Repenser le 3e lien Québec-Lévis


L’auteur de ce texte est professeur titulaire au Département des génies civil, géologique
et des mines de Polytechnique Montréal. Les propos contenus ci-dessous reflètent son
opinion personnelle et professionnelle seulement, et ne doivent d’aucune façon être
interprétés comme une prise de position officielle de Polytechnique Montréal.

En 2015, le ministère des Transports du Québec m’a confié la réalisation d’une étude de
préfaisabilité sur un troisième lien routier à l’est de Québec. Depuis, le débat a évolué et
les options se sont multipliées. Cette lettre présente une analyse du dossier sous l’angle
de sa faisabilité, mais également de sa nécessité.
Le temps faisant son œuvre, il faudra éventuellement envisager des réparations
importantes aux deux ponts actuels. La création d’un lien routier additionnel ne doit donc
pas être écartée, surtout dans un contexte où la fermeture prolongée de l’un des ouvrages
existants entraînerait des répercussions désastreuses sur les plans économique et
environnemental.

Des risques élevés de dépassements budgétaires


Plusieurs options ont été envisagées jusqu’ici. La proposition actuellement considérée
compte parmi celles qui comportent le plus de risques. Les projets de tunnels viennent en
effet avec un haut niveau d’incertitude en raison principalement de la nature des sols, en
partie inconnue. Il n’est pas rare que ce genre de projet voie son échéancier prolongé et
engendre des dépassements de coûts importants.
Avec un diamètre de près de 20 mètres, le projet de tunnel envisagé est à la limite de ce
qui est techniquement réalisable. Très peu d’entreprises de construction dans le monde
sont présentement en mesure de réaliser pareil ouvrage et aucune ne s’aventurera dans un
tel projet sans avoir la garantie que le propriétaire absorbera les dépassements budgétaires
associés aux imprévus.

Des normes de sécurité à respecter


Les tunnels sont des ouvrages où la sécurité des usagers doit être assurée. En cas
d’incendie, les usagers doivent avoir accès à des issues de secours menant à des corridors
protégés et ventilés. Les services d’urgence doivent aussi pouvoir accéder rapidement au
site de l’accident. Pareilles conditions seront difficiles à mettre en place pour un tunnel à
six voies de circulation sur deux niveaux. Un double tunnel avec des interconnexions
régulières serait sans doute préférable.

Contraintes et impacts du projet actuel


Le tracé actuel relie l’autoroute 20 au sud à l’autoroute Laurentienne au nord. Les pentes
et les courbes du tracé feront en sorte que le transport lourd roulera à vitesse réduite alors
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qu’on ne pourra pas y transporter de matières dangereuses. Il est ainsi difficile de


concevoir qu’une telle infrastructure améliorera la circulation des usagers de la route.
Elle pourrait être bénéfique pour l’est de Lévis, mais il est peu probable qu’elle soit utile
pour les gens de la Capitale-Nationale. En fait, ce sont eux qui subiront les contrecoups
lors de la construction et de l’afflux de trafic au carrefour déjà très congestionné des
autoroutes de la Capitale et Laurentienne, et ce, sans en tirer de bénéfices tangibles. La
proposition actuelle constitue un choix que l’on devrait remettre en question.

Scinder le projet pour réduire les coûts et mieux servir les usagers
Pour mieux servir la population, une option à envisager serait de scinder le projet en
deux, en créant un lien de type transport collectif entre les centres-villes de Québec et de
Lévis et en ajoutant un troisième lien routier à l’endroit où il serait le plus avantageux.
Chacun des liens répondrait ainsi à des besoins différents. Le lien routier pourrait prendre
différentes formes, mais un pont serait le choix optimal du point de vue du coût et de
l’échéancier. Trois sites sont envisageables : près des ponts actuels, à l’ouest de
Cap-Rouge et à l’est de Lauzon.
Il est fort probable que deux projets distincts, bien intégrés aux réseaux de transport en
commun et de transport routier, coûteraient au final moins cher à l’État et pourraient être
réalisés plus rapidement que le projet actuellement considéré.

Repenser le projet collectivement


Mon intervention se limite essentiellement aux enjeux et défis techniques. Les questions
de développement économique, de protection de l’environnement, d’urbanisme et autres
doivent être incluses dans le débat. Je laisse le soin aux experts dans ces domaines
d’apporter leur éclairage sur ces points.
Il n’y a certes pas de choix simple, mais l’option présentement envisagée mérite très
sérieusement d’être reconsidérée, collectivement. Il s’agit d’un exercice qui doit être
entrepris, sereinement et sans partisanerie politique, au bénéfice des générations futures.

Bruno Massicotte
Professeur titulaire de génie civil
Polytechnique Montréal

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