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Intégrale impropre d'une fonction


continue sur un intervalle de R. Exemples
Les fonctions considérées sont a priori dénies sur un intervalle réel I non réduit à un point,
à valeurs réelles ou complexes et continues par morceaux.

38.1 Dénitions et exemples d'intégrales impropres


Dans un premier temps, on se donne un intervalle réel I = [a, b[ avec −∞ < a < b ≤ +∞ et
une fonction f : [a, b[ → R (ou C) continue par morceaux.
On rappelle tout d'abord la dénition d'une fonction continue par morceaux sur l'intervalle
I.

Dénition 38.1 On dit qu'une fonction f dénie sur l'intervalle I est continue par morceaux
sur cet intervalle s'il existe une subdivision

a0 = a < a1 < · · · < ap < ap+1 = b

telle que la fonction f soit continue chacun des intervalle ]ak , ak+1 [ (0 ≤ k ≤ p) et admette une
limite à droite en a et des limites à droite et à gauche en chacun des points ak (1 ≤ k ≤ p).

Avec les notations de cette dénition, la restriction de la fonction f à l'intervalle ]ap , b[ se


prolonge en une fonction continue sur [ap , b[ et pour tout entier k compris entre 0 et p − 1,
la restriction de la fonction f à l'intervalle ]ak , ak+1 [ se prolonge en une fonction continue sur
[ak , ak+1 ] .
Une fonction continue par morceaux sur I est donc en particulier localement intégrable sur
cet intervalle, ce qui signie qu'elle est intégrable sur tout segment [α, β] ⊂ I.
Si f est continue par morceaux sur I, on peut dénir sa primitive F nulle en a, c'est-à-dire
la fonction dénie sur [a, b[ par :
∫ x
∀x ∈ [a, b[ , F (x) = f (t) dt.
a

Précisément, pour x ∈ [a0 , a1 [ , on a :


∫ x
F (x) = f (t) dt
a0

935
936 Intégrale impropre d'une fonction continue sur un intervalle de R. Exemples

et pour x ∈ [ak , ak+1 [ avec k compris entre 1 et p, on a :


k−1 ∫
∑ aj+1 ∫ x
F (x) = f (t) dt + f (t) dt.
j=0 aj ak

Dénition 38.2 Avec les notations qui précèdent on dit que l'intégrale de f sur [a, b[ est conver-
gente, si la fonction F admet une limite nie quand x tend vers b dans I. Dans ce cas on note
∫ b
f (t) dt cette limite.
a
Le scalaire ainsi déni est appelé l'intégrale généralisée (ou impropre) de f sur [a, b[ .
Dans le cas où F n'a pas de limite nie en b on dit que l'intégrale de f sur [a, b[ est divergente.

On a donc, en cas de convergence :


∫ b ∫ x
f (t) dt = lim f (t) dt.
a x→b a

Remarque 38.1 Si f : [a, b[ → R (ou C) est une fonction continue par morceaux et si c ∈ [a, b[
alors l'intégrale de f est convergente sur [a, b[ si, et seulement si, l'intégrale de f est convergente
sur [c, b[ (le problème de la convergence se pose en b) et dans ce cas, on a :
∫ b ∫ c ∫ b
f (t) dt = f (t) dt + f (t) dt.
a a c

Cela résulte immédiatement de la relation de Chasles pour les intégrales dénies :


∫ x ∫ c ∫ x
∀x ∈ ]a, b[ , f (t) dt = f (t) dt + f (t) dt.
a a c

On dénit de manière analogue l'intégrale d'une fonction f à valeurs réelles ou complexes


dénie sur un intervalle ]a, b] avec −∞ ≤ a < b < +∞ et continue par morceaux sur cet
intervalle par : ∫ ∫ b b
f (t) dt = lim f (t) dt
a x→a x
quand cette dernière limite existe.
Dans le cas d'une fonction f dénie sur un intervalle ]a, b[ avec −∞ ≤ a < b ≤ +∞ (et
toujours continue par morceaux), on dit ∫que l'intégrale∫ de f est convergente sur ]a, b[ si pour
c b
tout c dans ]a, b[ chacune des intégrales f (t) dt et f (t) dt est convergente. Dans ce cas
a c
la somme de ces intégrales impropres ne dépend pas de c, ce qui permet de dénir l'intégrale
généralisée de f sur ]a, b[ par :
∫ b ∫ c ∫ b
f (t) dt = f (t) dt + f (t) dt
a a c
∫ b ∫ y
= lim f (t) dt + lim f (t) dt.
x→a x y→b a

Le lemme qui suit justie


∫ l'armation
∫ précédente et nous dit aussi qu'il sut de vérier la
c b
convergence des intégrales f (t) dt et f (t) dt pour une valeur de c.
a c
Les intégrales de Riemann 937

Lemme

38.1∫ Si, avec les notations qui précèdent, il existe un réel c ∈ ]a, b[ tel que les intégrales
c b
f (t) dt et f (t) dt soient convergentes, alors l'intégrale de f sur ]a, b[ est convergente et
a c
pour tout réel d ∈ ]a, b[ , on a :
∫ d ∫ b ∫ c ∫ b
f (t) dt + f (t) dt = f (t) dt + f (t) dt.
a d a c

∫ b
Par abus de langage, l'expression  étudier la nature de f (t) dt , sans savoir si cette
a
intégrale converge ou non est un raccourci pour  étudier la convergence de l'intégrale de f sur
]a, b[ .
∫ c
Remarque 38.2 Il faut bien noter que la divergence de l'une des deux intégrales f (t) dt et
∫ b ∫ b
a

f (t) dt équivaut à la divergence de f (t) dt.


c a
∫ x
Remarque 38.3 Dans le cas où a = −∞ et b = +∞ l'existence de lim
x→+∞
f (t) dt ne
−x
prouve
∫ x pas la convergence de l'intégrale de f sur ]−∞, +∞[ . Par exemple pour∫ x f (t) = t on a
f (t) dt = 0 pour tout x > 0 et pourtant l'intégrale diverge. En eet lim f (t) dt = +∞.
−x x→+∞ 0
Pour prouver la convergence
∫ de l'intégrale de∫f sur ]−∞, +∞[ on doit prouver indépendamment
0 x
la convergence de lim f (t) dt et lim f (t) dt.
x→+∞ −x x→+∞ 0

Exercice 38.1 Montrer que l'intégrale de f : t 7→ sin (t) est divergente sur [0, +∞[ .
( )
1 1
Exercice 38.2 Montrer que l'intégrale de f : t 7→ + ln (t) − e−t est convergente
∫ 1−e −t t
+∞
sur ]0, +∞[ et f (t) dt = 0.
0

Dans le cas où la fonction f, dénie sur [a, b[ avec b ni, admet une limite nie ℓ en b, le
problème de convergence de l'intégrale est un faux problème. En eet, en posant f (b) = ℓ la
fonction f se prolonge par continuité en b et désignant par F la primitive nulle en a de la
fonction continue par morceaux f sur [a, b] , la fonction F est continue en b et on a :
∫ x ∫ b
lim f (t) dt = lim F (x) − F (a) = F (b) − F (a) = f (t) dt
x→b a x→b a

la dernière intégrale étant une intégrale de Riemann.

38.2 Les intégrales de Riemann


Une famille importante d'intégrales généralisées est donnée par celle des intégrales de Rie-
mann.
938 Intégrale impropre d'une fonction continue sur un intervalle de R. Exemples

Théorème 38.1 Soient α un réel et f la fonction dénie sur ]0, +∞[ par :
1
f : t 7→ .

1. L'intégrale de f sur [1, +∞[ est convergente si, et seulement si, α > 1 avec :
∫ +∞
dt 1
∀α > 1, = .
1 t α α−1

2. L'intégrale de f sur ]0, 1] est convergente si, et seulement si, α < 1 avec :
∫ 1
dt 1
∀α < 1, = .
0 t α 1−α
∫ +∞
dt
Remarque 38.4 L'intégrale est divergente quel que soit le réel α.
0 tα

On peut montrer de manière analogue (ou en eectuant le changement de variable u = b − t


1
[resp. u = t − a]) que pour a < b et α dans R l'intégrale de f : t 7→ [resp. f : t 7→
(b − t)α
1
] sur [a, b[ est convergente si, et seulement si, α < 1 avec :
(t − a)α
∫ b ∫ b
dt dt 1 1
∀α < 1, = α = .
a (b − t)α a (t − a) 1 − α (b − a)α−1

1
Par exemple, pour a = 0, b = 1 et α = , on a :
2
∫ 1
dt
√ = 2.
0 1−t

38.3 Opérations sur les intégrales généralisées


On se place sur I = [a, b[ et se donne deux fonctions f et g continues par morceaux sur cet
intervalle.

Théorème 38.2 Si les intégrales de f et g sur I sont convergentes, il en est alors de même
de l'intégrale des fonction f et f + λg pour tout nombre complexe λ et on a :
∫ b ∫ b
f (x) dx = f (x) dx
a a
∫ b ∫ b ∫ b
(f (x) + λg (x)) dx = f (x) dx + λ g (x) dx.
a a a
∫ b ∫ b ∫ b
Si f (x) dx converge et g (x) dx diverge, alors (f (x) + g (x)) dx diverge.
a a a
Opérations sur les intégrales généralisées 939

Pour ce qui est de la somme de deux intégrales divergentes, on ne peut rien dire a priori
1 1 1 1
comme le montre l'exemple des fonctions f (x) = 2 , g (x) = − 2 et f (x) = 2 , g (x) = 2
x x x x
sur ]0, 1] .
Pour ce qui est du produit des deux fonctions f et g d'intégrales convergentes, on ne peut rien
1 1
dire a priori comme le montre l'exemple des fonctions f (x) = 1, g (x) = √ et f (x) = √ ,
x x
1
g (x) = √ sur ]0, 1] .
x
∫ b
Corollaire 38.1 Si f est à valeurs complexes, alors f (x) dx est convergente si, et seule-
∫ b ∫ b a

ment si, les intégrales réelles ℜ (f ) (x) dx et ℑ (f ) (x) dx sont convergentes et en cas de
convergence, on a : a a

∫ b ∫ b ∫ b
f (x) dx = ℜ (f ) (x) dx + i ℑ (f ) (x) dx.
a a a
∫ +∞
Exercice 38.3 Soient a, b deux nombres réels. Étudier la nature de l'intégrale eat cos (bt) dt
0
en précisant sa valeur en cas de convergence.
L'utilisation du théorème d'intégration par parties ou du théorème de changement de variable
pour les intégrales dénies est parfois utile pour justier la convergence d'une intégrale.
Théorème 38.3 (Intégration par parties) Si f, g sont de classe C 1 sur I et si lim f (x) g (x)
∫ b ∫ b
x→b

existe, alors les intégrales f ′ (x) g (x) dx et f (x) g ′ (x) dx sont de même nature et en cas
a a
de convergence, on a :
∫ b ∫ b

f (x) g (x) dx = lim f (x) g (x) − f (a) g (a) − f ′ (x) g (x) dx.
a x→b a
Dans la pratique il est préférable de reprendre la démonstration de ce théorème sur l'intégrale
étudiée en eectuant une intégration parties sur [a, x] puis en passant à la limite.
∫ +∞
Exercice 38.4 Montrer que tn e−t dt est convergente et calculer sa valeur In pour tout
0
n ∈ N.
∫ +∞
arctan (t2 )
Exercice 38.5 Montrer que l'intégrale dt converge et calculer sa valeur.
0 t2
Théorème 38.4 (Changement de variable) Soient φ un C 1 -diéomorphisme croissant de
J = [α, β[ sur I = [a, b[ et f une application continue sur l'intervalle I à valeurs réelles ou
∫ β ∫ b
complexes. Les intégrales f (φ (t)) φ (t) dt et

f (x) dx sont de même nature et en cas de
convergence, on a : α
∫ ∫
a
b β
f (x) dx = f (φ (t)) φ′ (t) dt.
a α
∫ x
Dans la pratique, on eectue le changement de variable sur l'intégrale dénie f (t) dt et
a
on passe à la limite ensuite.
∫ π

Exercice 38.6 Prouver la convergence et calculer


2
ln (sin (t)) dt.
0
940 Intégrale impropre d'une fonction continue sur un intervalle de R. Exemples
∫ +∞
38.4 Une condition nécessaire de convergence de f (x) dx
a
On sait qu'une condition nécessaire de convergence d'une série numérique est que son terme
général tende vers 0. ∫ +∞
Dans le cas des fonctions continues, la convergence de f (x) dx n'implique pas néces-
a
sairement que f soit nulle à l'inni comme le montre l'exemple de l'exercice qui suit.

Exercice 38.7 Soit f la fonction f ane par morceaux et continue sur [1, +∞[ telle que :
( )
1
∀n ≥ 1, f n + =n
2
et :
1 1 1 1
∀n ≥ 1, f (n) = f (n + − n ) = f (n + + n ) = f (n + 1) = 0.
2 n2 2 n2
∫ +∞
Montrer que f (x) dx est convergente et que f n'est pas nulle à l'inni.
1

Dans le cas où la fonction f est uniformément continue sur R+ , la condition lim f (x) = 0
x→+∞
est une condition nécessaire de convergence de l'intégrale.

Théorème
∫ 38.5 Soit f une fonction uniformément continue sur I = [a, +∞[ . Si l'intégrale
+∞
f (x) dx converge, on a alors lim f (x) = 0.
a x→+∞

38.5 Cas des fonctions à valeurs positives. Intégrales abso-


lument convergentes
On se place sur I = [a, b[ (avec −∞ < a < b ≤ +∞) et se donne
∫ une fonction f continue x
par morceaux sur cet intervalle. On désigne toujours par F : x 7→ f (t) dt la primitive de f
a
nulle en a.
∫ b ∫ b
Théorème 38.6 Si f est à valeurs positives et si f (x) dx converge, alors f (x) dx ≥ 0.
∫ b
a a

Dans le cas où f est continue sur I, l'égalité f (x) dx = 0 est réalisée si, et seulement si, f
a
est identiquement nulle.

On rappelle que si F est une fonction croissante de I = [a, b[ dans R, elle admet alors une
limite nie en b si, et seulement si, elle est majorée. Dans le cas où elle est majorée, on a :

lim F (x) = sup F (x)


x→b x∈[a,b[

et dans le cas contraire, on a lim F (x) = +∞.


x→b
Comme conséquence de ce résultat, on a le suivant.
Cas des fonctions à valeurs positives. Intégrales absolument convergentes 941

Théorème 38.7 Si f est à valeurs positives, alors l'intégrale de f sur [a, b[ est convergente si,
et seulement si, la fonction F est majorée.
∫ b
Pour f à valeurs positives : en cas de divergence on a f (t) dt = lim F (x) = +∞ et en
x→+∞
∫ b
a

cas de convergence, on notera naturellement f (t) dt < +∞.


a
Le cas d'une fonction f à valeurs positives se ramène à celui d'une fonction positive en
étudiant g = −f.
On déduit du résultat précédent un théorème de comparaison analogue à celui obtenu pour
les séries numériques.

Théorème 38.8 Soient f, g deux fonctions dénies, continues par morceaux sur [a, b[ , à va-
leurs réelles positives et telles que :

∀t ∈ [a, b[ , f (t) ≤ g (t) .

1. La convergence de l'intégrale de g sur [a, b[ entraîne la convergence de l'intégrale de f sur


[a, b[ avec :
∫ ∫ b b
f (x) dx ≤ g (x) dx.
a a

2. La divergence de l'intégrale de f sur [a, b[ entraîne la divergence de l'intégrale de g sur


[a, b[ .

Exercice 38.8 Montrer que l'intégrale de f : x 7→ e−x est convergente sur ]−∞, +∞[ . 2

Dénition 38.3 On dit que



l'intégrale de f sur [a, b[ (à valeurs réelles ou complexes) est
b
absolument convergente si |f (t)| dt < +∞.
a

Comme pour les séries numérique, on dispose du résultat suivant.

Théorème 38.9 Soit f une fonction continue par morceaux sur [a, b[ avec −∞ < a < b ≤ +∞.
Si l'intégrale de f sur [a, b[ est absolument convergente elle est alors convergente et on a :
∫ b ∫ b

f (t) dt ≤ |f (t)| dt.

a a

∫ +∞ ∫ +∞
cos (t) sin (t)
Exercice 38.9 Montrer que pour tout réel α > 0 les intégrales dt et dt
1 tα 1 tα
sont convergentes.

Dénition 38.4 On dit que l'intégrale de f sur [a, b[ est semi-convergente si elle est conver-
gente et non absolument convergente.
∫ +∞ ∫ +∞
sin (t) sin2 (t)
Exercice 38.10 Montrer que les intégrales généralisées dt et dt sont
0 t 0 t2
convergentes et que : ∫ ∫
+∞ +∞
sin (t) sin2 (t)
dt = dt.
0 t 0 t2
942 Intégrale impropre d'une fonction continue sur un intervalle de R. Exemples
∫ +∞
sin (x)
L'exercice qui suit décrit une méthode de calcul de dx.
0 x
Exercice 38.11
∫ b
1. Montrer que si f est une fonction de classe C de [a, b] dans R, alors lim
1
f (x) sin (nx) dx =
n→+∞ a
0.
] π] 1 1
2. Montrer que l'application f dénie sur 0, par f (x) = − se prolonge en une
[ π] 2 x sin (x)
fonction de classe C1 sur 0, .
2
∫ π
2 sin ((2n + 1) x)
3. Calculer, pour tout n ∈ N, Jn = dx.
0 sin (x)
∫ π ∫ +∞
2 sin ((2n + 1) x) sin (x)
4. On pose Kn = dx. Montrer que lim Kn = dx.
0 x n→+∞ 0 x
∫ +∞
sin (x) π
5. Déduire de ce qui précède que dx = .
0 x 2

L'exercice qui suit nous donne un exemple de fonction telle que lim |f (x)| = +∞ avec
∫ +∞
x→+∞

f (x) dx convergente.
1

Exercice 38.12 On considère la fonction f dénie sur [1, +∞[ par :


n
∀x ∈ [1, +∞[ , f (x) = xeix

où n ≥ 3 est ∫un entier.


+∞
Montrer que f (x) dx est convergente avec lim |f (x)| = +∞.
1 x→+∞

Théorème 38.10 Soit f une fonction dénie et continue par morceaux sur [a, +∞[ . S'il existe
λ
un réel α > 1 et un réel positif λ tels que pour t assez grand, on ait |f (t)| ≤ , alors l'intégrale
∫ +∞

généralisée f (x) dx est convergente.
a

λ
De même si f dénie sur ]0, b] avec b > 0 est telle que |f (t)| ≤ pour t > 0 voisin de 0
∫ tα
b
avec 0 < α < 1, alors l'intégrale généralisée f (x) dx est convergente.
0
Pratiquement, on peut utiliser les résultats suivant.

Théorème 38.11 Soit f une fonction dénie et continue par morceaux


∫ sur [a, +∞[ . S'il existe
+∞
un réel α > 1 tels que lim t f (t) = 0, alors l'intégrale généralisée
α
f (x) dx est absolument
t→+∞ a
convergente.

Exemple 38.1 De lim x2 P (x) e−x = 0 pour tout polynôme P, on déduit que l'intégrale
2

∫ +∞
x→+∞

généralisée P (x) e−x dx est absolument convergente.


2

0
Cas des fonctions à valeurs positives. Intégrales absolument convergentes 943

Théorème 38.12 Soit f une fonction à valeurs réels dénie et continue par morceaux sur
[a, +∞[ . S'il existe un réel α ≤ 1 tels que lim tα f (t) = ℓ > 0, alors l'intégrale généralisée
∫ +∞ t→+∞

f (x) dx est divergente.


a

De même si f dénie sur ]0, b] avec b > 0 est telle que lim tα f (t) = 0 avec α < 1 [resp.
∫t→0
b
lim t f (t) = ℓ > 0 avec α ≥ 1] alors l'intégrale généralisée
α
f (x) dx est absolument conver-
t→0 0
gente [resp. divergente].
Le résultat qui suit est analogue à celui obtenu pour les séries à termes positifs.

Théorème 38.13 Soient f, g deux fonctions dénies, continue par morceaux sur [a, b[ , à va-
leurs réelles positives et telles que f = O (g) [resp. f = o (g)].
x→b x→b

1. Si l'intégrale de g sur [a, b[ est convergente, il en est alors de même de celle de f et :


∫ b (∫ b )
f (t) dt = O g (t) dt
x x→b x
∫ b (∫ b )
[resp. f (t) dt = o g (t) dt ]
x x→b x

2. Si l'intégrale de f sur [a, b[ est divergente, il en est alors de même de celle de g et :


∫ x (∫ x )
f (t) dt = O g (t) dt
a x→b a
∫ x (∫ x )
[resp. f (t) dt = o g (t) dt ]
a x→b a

L'utilisation de développements limités permet parfois d'obtenir des équivalents.

Théorème 38.14 Soient f, g deux fonctions dénies, continue par morceaux sur [a, b[ , à va-
leurs réelles positives et telles que f v g. Les intégrales de f et g sur [a, b[ sont de même
t→b
nature, c'est-à-dire que l'intégrale de f sur [a, b[ est convergente si, et seulement si, l'intégrale
de g sur [a, b[ est convergente.
En cas de convergence, on a : ∫ ∫
b b
f (t) dt v g (t) dt
x x→b x
et en cas de divergence : ∫ ∫
x x
f (t) dt v g (t) dt
a x→b a

Remarque 38.5 Si f t→b


v g avec g de signe constant au voisinage de b (i. e. strictement positif
ou strictement négatif), alors la fonction f est également de signe constant au voisinage de b,
ce signe étant celui de g.

On déduit du théorème précédent un critère supplémentaire de comparaison aux intégrales


de Riemann.
944 Intégrale impropre d'une fonction continue sur un intervalle de R. Exemples

Théorème 38.15 Soit f une fonction dénie et continue par morceaux sur [a, +∞[
∫ . S'il existe +∞
λ
un réel α et un réel non nul λ tels que f (x) v , alors l'intégrale généralisée f (x) dx
x→+∞ xα a
est convergente pour α > 1 et divergente pour α ≤ 1.
λ
De même si f dénie sur ]0, b] avec b > 0 est telle que f (x) v , alors l'intégrale
∫ x→+0 xα
b
généralisée f (x) dx est convergente si, et seulement si α < 1.
0
A titre d'application on peut considérer le cas des intégrales de Bertrand.

Exercice 38.13 Soit α et β deux réel et f la fonction dénie sur ]0, +∞[ − {1} par :
1
f : t 7→ .
tα |ln (t)|β

1. Montrer que l'intégrale de f sur [e, +∞[ est convergente si et seulement si α > 1 ou α = 1
et β > 1.
] ]
1
2. Montrer que l'intégrale de f sur 0, est convergente si et seulement si α < 1 ou α = 1
e
et β > 1.

L'étude de la fonction Γ d'Euler est aussi un exemple typique.


∫ +∞
Exercice 38.14 On s'intéresse ici au domaine de convergence de l'intégrale e−t tx−1 dt,
0
où x est un nombre réel.
On rappelle que pour t > 0, on a tx−1 = e(x−1) ln(t) .
∫ +∞
1. Montrer que e−t tx−1 dt est convergente pour tout x ∈ R.
1
∫ 1
2. Montrer que e−t tx−1 dt est convergente si et seulement si x > 0.
0
3. En déduire le domaine de dénition de la fonction :
∫ +∞
Γ : x 7→ e−t tx−1 dt
0

tx
4. Soit x > 0 xé. On note, pour tout réel t > 0, f (t) = e−t , g (t) = . Montrer que :
x
lim f (t) g (t) = 0 et lim f (t) g (t) = 0.
t→0+ t→+∞

5. Montrer, par une intégration par parties, que pour tout réel x > 0, on a :
1
Γ (x) = Γ (x + 1) .
x

6. Montrer que Γ (1) = 1, puis que Γ (n) = (n − 1)! pour tout entier n ≥ 1.
Comparaison entre série et intégrale généralisée 945

38.6 Comparaison entre série et intégrale généralisée


Théorème 38.16 Si f : [1, +∞[ → R+ est une fonction continue décroissante, alors la série
∫ +∞

f (n) est de même nature que l'intégrale généralisée f (t) dt.
1

1 ∑ 1
L'exemple de f : t 7→ avec α > 0 nous montre que les séries de Riemann et les

∫ +∞ nα
dt
intégrales de Riemann sont de même nature.
1 tα
Le résultat qui suit peut être utilisé pour montrer la divergence d'une intégrale.
Théorème 38.17 Soient −∞ < a < b ≤ +∞ et f une fonction continue par morceaux sur
[a, b[ . L'intégrale de f sur [a, b[ est convergente∫si, et seulement si, pour toute suite (xn )n∈N de
∑ xn+1
points de [a, b[ qui converge vers b, la série f (t) dt est convergente.
xn
∫ b
Pour montrer la divergence de f (t) dt il sut alors de trouver une suite (xn )n∈N de points
∑∫ xn+1
a

de [a, b[ qui converge vers b telle que la série f (t) dt soit divergente.
xn
∫ +∞
sin (t)
Exercice 38.15 Montrer que pour 0 < α ≤ 1 l'intégrale dt est semi-convergente.
1 tα
Dans le cas d'une fonction à valeurs réelles positives, on a le résultat
∫ suivant qui permet
∑ xn+1
parfois de justier la convergence d'une intégrale en utilisant la série f (t) dt où (xn )n∈N
xn
est une suite particulière de points de [a, b[ qui converge vers b.
Théorème 38.18 Soient −∞ < a < b ≤ +∞ et f une fonction continue par morceaux sur
[a, b[ à valeurs réelles positives. L'intégrale de f sur [a, b[ est convergente si, et seulement si,
il∑existe
∫ xn+1 une suite croissante (xn )n∈N de points de [a, b[ qui converge vers b, telle que la série
xn
f (t) dt soit convergente.

38.7 Un théorème d'Abel


Le théorème de Cauchy pour les intégrales généralisées et la deuxième formule de la moyenne
pour les intégrales dénies nous permettent de montrer les résultats suivants.
Théorème 38.19 (Abel) Soient f, g des fonctions continues par morceaux sur [a, b[ telles
que :
1. f est décroissante à valeurs positives sur [a, b[ ;
∫ b
2. l'intégrale g (t) dt est convergente.
a
∫ b
Dans ces condition, l'intégrale f (t) g (t) dt est convergente.
a

Théorème 38.20 (Abel) Soient f, g des fonctions continues par morceaux sur [a, b[ telles
que :
946 Intégrale impropre d'une fonction continue sur un intervalle de R. Exemples

1. f est décroissante à valeurs positives sur [a, b[ avec lim f (x) = 0 ;


x→b
2. il existe un réel M > 0 tel que :
∫ x

∀x ∈ [a, b[ , g (t) dt ≤ M
a

∫ b
Dans ces condition, l'intégrale f (t) g (t) dt est convergente.
a

Exercice 38.16 Montrer que si f : R+ → R est une fonction continue par ∫morceaux, décrois-
+∞
sante et telle que lim f (x) = 0, alors pour tout réel λ non nul, l'intégrale f (t) eiλt dt est
x→+∞ 0
convergente.
∫ +∞ iλt
e
Exercice 38.17 Le but de l'exercice est de déterminer la nature de l'intégrale dt sui-
1 tα
vant les valeurs des nombres réels α et λ.
1. Traiter le cas λ = 0.
On suppose, dans les questions suivantes, que λ ̸= 0.
∫ +∞ iλt
e
2. Montrer que, si α > 1, alors dt est absolument convergente.
1 tα
∫ +∞ iλt
e
3. Montrer que, si 0 < α ≤ 1, alors dt est semi-convergente.
1 tα
∫ +∞ iλt
e
4. Montrer que, si α ≤ 0, alors dt est divergente.
1 tα
∫ +∞ ∫ +∞
cos (λt) sin (λt)
5. Montrer que, si 0 < α ≤ 1, alors les intégrales α
dt et dt sont
1 t 1 tα
semi-convergentes.
∫ +∞
sin2 (t)
6. Montrer que dt est divergente.
1 t
sin (t)
7. Montrer que les deux fonctions f et g dénies sur [1, +∞[ par f (t) = √ et g (t) =
t
sin (t) sin2 (t)
√ + sont équivalentes au voisinage de +∞. À quelle propriété, cette question
t t
fournit-elle un contre-exemple ?

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