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Comportement mécanique des roches

Le comportement mécanique des massifs rocheux est un facteur


déterminant dans le dimensionnement des ouvrages qui y sont
exécutés. Afin de comprendre, expliquer et modéliser ce
comportement, il est nécessaire de connaître la structure géométrique
ou plus précisément le modèle de distribution géométrique des
fractures, ainsi que les propriétés mécaniques de chacune des
composantes que sont la matrice rocheuse et les discontinuités.

Aspect géologique

Afin d’étudier le comportement mécanique ou hydraulique d’un


massif rocheux, il est essentiel de connaître son degré de fracturation
ainsi que la répartition des discontinuités dans l’espace. Pour un
ensemble de massifs rocheux, les discontinuités constituent une
superposition de différentes familles de fractures, disposant chacune
de lois de distribution et des caractères statistiques différents. Ces
derniers sont souvent déterminés par le biais de la méthode de
projection stéréographique (représentation des solides par projection
sur un plan).
L’objectif principal d’une étude géométrique des discontinuités est de
Déterminer :
• Si elles sont classables en familles (orientations voisines),
• Si elles structurent le massif rocheux en blocs (continuité et
connectivité importantes).

a) Orientation
Les orientations des discontinuités déterminent la forme de blocs
individuels existant dans un massif rocheux et par suite elles sont
responsables de leur anisotropie qui gouverne leur comportement
hydraulique et mécanique.
Une première hypothèse simplificatrice sur la géométrie des
discontinuités consiste à supposer que ces surfaces sont des plans. La
représentation d’un plan dans l’espace se fait de diverses manières à
partir du vecteur pendage ou de la normale orientée. C’est l’angle que
fait la ligne de plus grande pente avec l’horizontale β.

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Quant à la direction, ou l’azimut, c’est l’angle que fait l’horizontale
du plan de la discontinuité avec le Nord magnétique (α).

b) Extension
La taille des fractures conditionne, avec leur orientation et leur
espacement, leur probabilité d’intersection. Par conséquent, elle joue
un rôle essentiel dans la connectivité des blocs.
Une fracture est souvent assimilée à une forme géométrique simple
dont une dimension particulière définit son extension (exemple :
diamètre d’un disque dans l’espace ou longueur d’un segment dans un
plan). Cette dimension n’est pas accessible directement. Cependant un
moyen simple pour la déterminer indirectement se présente en
observant les traces des fractures sur l’affleurement. À noter que les
diamètres obéissent souvent une loi exponentielle décroissante ou log-
normale.

c) Espacement
C’est la distance moyenne qui sépare deux intersections successives
d'une ligne droite, appelée également ligne d’échantillonnage, avec les
traces des fractures d’un affleurement. Cette grandeur dépend de la
ligne de levé et de l’extension des discontinuités. En effet, pour un
nombre constant de traces sur une surface, les plus longues ont plus de
chance d’être intersectées par la ligne de levé et semblent être plus
rapprochées.

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d) Densité
Cette grandeur est en relation directe avec l’espacement et le nombre
de fractures dans un volume fini. Souvent exprimée par une loi
uniforme, la position dans l’espace des discontinuités est décrite en
localisant un point représentatif du modèle géométrique considéré, par
exemple, le centre d’un disque ou d’un segment. Dans ce cas là, le
nombre de centres considérés dans un volume ou sur une surface
définit, respectivement, la densité volumique et la densité surfacique
des fractures. Quant à la densité linéique, elle est définie comme étant
l’inverse de l’espacement ou le nombre d’intersections entre les
discontinuités et la ligne d’échantillonnage.

e) Ouverture

Ce paramètre affecte largement la perméabilité des discontinuités et


par suite leur comportement hydromécanique. Il est défini comme
étant la distance entre les deux épontes d’une discontinuité mesurée
perpendiculairement à son plan moyen et obéit généralement à une loi
exponentielle décroissante ou log-normale. La détermination de
l’ouverture est limitée souvent aux relevés examinés directement sur
un affleurement ou sur des carottes de sondages.

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II) Classification de la fissure des massifs rocheux
La nature des différents types de fissuration conditionne toujours directement
l’imprégnation et l’écoulement de l’eau dans les massifs rocheux.
Il est donc nécessaire de distinguer ceux-ci au premier stade, selon leurs
dimensions.
On distingue :
 Les microfissures à l’échelle de dimensions des minéraux constitutifs,
 La micro fracture à l’échelle du centimètre ou décimètre,
 La macro fracture à l’échelle du mètre et plus.

Les microfissures ne permettent pas l’écoulement de l’eau mais permettent


l’imprégnation de la matrice rocheuse. Seules les deux dernières qui seront
reprises sous le vocable fissuration
Une classification peut être faite d’un autre point de vue, qui permet de
distinguer deux états de fissuration :
 La fissuration originelle liée à la géologie du massif,
 La fissuration ajoutée induite par la proximité de la surface

On examinera successivement ces deux types de classement.


a) Il existe 4 types différents de fissurations originelles :

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 Massif non fissuré : constitué de roches compactes et sont pratiquement
imperméables.
 Massif à réseaux de fissuration lâche : Dans ces derniers, les réseaux de
fissuration se recoupent avec des fréquences variées généralement suivant
une direction à densité majeure et deux directions à densité mineure. La
perméabilité d’un tel massif est généralement anisotropie ;
 Massif à réseaux de fissuration dense : Ils sont souvent constitués de
roche de type schisteux et possèdent un réseau de joints relativement
serré. La perméabilité est aussi anisotropie et est fonction du remplissage
et de l’ouverture du joint.
 Massif à écrasement partiel diffus : Pour de tels massifs, la fissuration a
entrainé une décohésion complète de la roche.

b) La fissuration ajoutée peut être provoquée par deux phénomènes :

c) La fissuration ajoutée par décompression superficielle : Au voisinage


de la surface, le matériau rocheux a la possibilité de se décomprimer.
Cette décompression entraine une diminution des cttes au sein du massif
et, par ce fait, un desserrage des fissures existantes.

d) La fissuration ajoutée par action de la pesanteur sur les versants : Ce


phénomène est connu sous le nom de fauchage. Il est provoqué par une
sorte de fluage de la partie inférieure du versant. Toutes les déformations
se concentrent dans la fissuration originelle et provoquent une décohésion
généralisée du massif

III) remplissage d’une fissure

Une fissure peut être vide de tout matériau ou peut être partiellement ou
totalement obstruée soit par des ponts rocheux soit par des matériaux d’apport
par exemple de sable, de limon, d’argile.
On appelle coefficient de remplissage η, le rapport de la surface ouverte
d’une fissure à la surface totale (c-à-d le % de la section où
l’écoulement est conditionné).
η = 1 si la fissure est totalement vide sinon η < 1

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III) Comportement mécanique des roches
III-1) Essai de résistance de la roche
Ils testent la résistance à la rupture sous sollicitations diverses
 Essai de compression simple

En analysant la variation de la contrainte σ de compression appliquée


sur un échantillon de roche en fonction de la déformation ε qui en
résulte, nous distinguons deux phases principales :
Un comportement réversible ou élastique (linéaire ou non) et un
comportement irréversible marquant, suivant le cas,
l’endommagement, la plasticité ou la rupture de la roche. Dans ce qui
suit, nous décrivons sommairement chacune de ces phases
séparément.

Phase I – La roche est initialement chargée. En liaison avec la


déformation, les microfissures existantes se ferment, entraînant une
non-linéarité initiale de la courbe.

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Phase II –élastique avec une courbe contrainte-déformation linéaire,
axialement et radialement.

Phase III – La roche se comporte presque linéairement. La courbe de


contrainte-déformation axiale est quasi linéaire et est presque
réversible
.
Phase IV – La roche subit une rapide accélération de la
microfissuration l’augmentation du volume.

Phase V – La roche a dépassé la contrainte de pic, mais est encore


intacte, même si la structure interne est fortement perturbée.
L’échantillon subit un radoucissement des déformations (rupture).

Phase VI – La roche se rompt en plusieurs blocs plutôt qu’en une


structure intacte.

 Résistance à la traction

Elle présente un double intérêt, d’abord parce que, dans un état de


confinement faible, les roches ont une résistance très faible à la
traction qu’à la compression. C’est un point faible de la roche, qui est
utilisé dans la plupart des processus de fragmentation (concassage,
broyage, abattage à l’explosif….).
La résistance à la traction des roches est un critère de qualité
indiscutable. On la détermine soit par l’essai de traction directe, soit
par l’essai de compression diamétrale connu sous le nom « d’essai
Brésilien »
Roche
F F

Essai de traction directe


Dans cet essai, le plan de rupture n’est imposé pas et les fissures les
plus grandes sont sollicitées pour amener la rupture sous un effort
faible ; le résultat est directement influencé par les fissures inter-
granulaires.

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Dans l’essai brésilien le plan de rupture est imposé : les contraintes
s’exercent sur le plan diamétral de chargement Les fissures ne peuvent
se joindre que par un biseau intermédiaire à travers la matrice de la
roche. Le résultat dépend essentiellement de la cohésion cristalline et
des défauts internes des cristaux.

Plan de rupture
2R

Essai Brésilien (traction indirecte par compression d’un cylindre selon


deux génératrices diamétralement opposées).

 Résistance sous charge ponctuelle (Essai de Franklin) :


L'essai de résistance ponctuelle est un essai d’indice de charge simple
pour la roche. Il donne l'indice de résistance ponctuelle, Is(50).

L’essai consiste à rompre des fragments de roche de forme irrégulière


et de diamètre moyen très peu différent de 50mm entre deux pièces
coniques à terminaison sphérique. L’épaisseur des échantillons entre
ces deux pièces d’appuis peut varier de 25 à 100 millimètres.
Le principal intérêt de cet essai réside dans sa simplicité et sa
possibilité d’être réalisé immédiatement au cours de la reconnaissance
sur un matériau brut ne nécessitant pas de préparation. Il contribue
ainsi à valoriser l’ensemble du sondage carotté et à répartir
l’information tout au long du sondage

Is =P/D2

Avec P= charge à la rupture et D= la distance entre les points de


charge
L’essai consiste à prendre plusieurs échantillons de formes et de tailles
différentes d’une même roche et les soumettre à deux cônes chacun
chargé d’un effort de compression (où D représente la distance entre
les points de charge). On observe des fissures le long de l’axe de

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chargement et on obtient une résistance à la compression identique
pour tous les échantillons (indépendance de la forme et de la taille de
l’échantillon).

Granite 5 – 15 en MPA
Quartzite 6 – 15
Marbre 4 – 12
Ardoise 1–9
Schiste 5 – 10
Gneiss 5 – 15
Calcaire 3–7
Mudstone 0.1 – 6
Grès 1–8
Basalte 9 – 15
Andesite 10 – 15
Gabbro 6 – 15
Quartzite 5 – 15

Corrélation entre l’indice de charge Is et qu la résistance à la


compression non confinée
q =24 Is(50)
u

Elasticité des roches

Le comportement global d’un massif fracturé est fortement anisotrope.


Toutefois l’anisotropie de la matrice rocheuse est relativement faible
et négligeable par rapport à celle qui est induite par la présence des
fractures. Pour cette raison, nous admettons que le comportement de la
roche est isotrope et caractérisé par un module de Young E et un
coefficient de Poisson ν.

Résistance des roches

Comme nous l’avons indiqué au début de ce paragraphe, la phase


élastique de la courbe contrainte-déformation est suivie par une phase
irréversible de différente nature. Nous définissons la résistance de la
roche comme étant la fin de cette phase élastique et nous proposons de
la décrire par un critère portant sur les contraintes principales. Nous
appelons ce critère : critère de résistance de la roche.

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Un critère très courant et souvent utilisé dans le domaine de la
mécanique des sols et des roches est celui de Mohr-Coulomb.
Ce critère est représenté dans le plan des contraintes tangentielles et
normales (τ,σ) par deux droites symétriques par rapport à l’axe des
contraintes normales lesquelles sont appelées courbes intrinsèques.
Il est caractérisé par deux paramètres qui sont la cohésion C et l’angle
de frottement interne Φ de la roche. L’équation de la courbe
intrinsèque s’écrit :

τ = 𝛔tgΦ + C

τ et σ représentent respectivement la contrainte de cisaillement et la


contrainte normale à la rupture. La forme géométrique de ce critère
dans l’espace des contraintes limite principales σ1, σ2, σ3 prend la
forme d’un cône à base hexagonale dont l’axe est défini par la droite
σ1=σ2=σ3

Comportement mécanique des massifs rocheux

 Comportement de la roche intacte


‐à court terme
‐à long terme

 Comportement des discontinuités


 Comportement global du massif

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Comme il n'est pas possible de faire des essais sur des volumes
rocheux de la taille des ouvrages, il est généralement nécessaire
d'étudier et de modéliser le comportement mécanique de la roche
intacte (matrice rocheuse) et des discontinuités (joints rocheux).
Certains modèles décrivent le comportement global du massif à partir
des propriétés de la matrice et des joints.
 Massif stratifié idéal
Par hypothèse : massif tel que la rupture ne puisse se produire que
suivant un des joints de stratifications
Le frottement plan sur plan le long d’un tel joint obéit à la loi de
Coulomb-Hvorslev: τ= (𝛔-u) tg𝛟’ + C’
𝛟’ et C’sont les caractéristiques effectives de cohésion et de
frottement de la surface de séparation.
U est la pression interstitielle que créent les efforts de cisaillement à
l’intérieur du matériau
 Dans le cas des sols cohérents, fortement sur consolidés U est
négatif est tend alors à leur donner une résistance à court terme
(essais rapides) plus forte qu’aux essais lents.
 Dans le cas des sols cohérents normalement consolidés U est
positif ; dans l’étude de la stabilité à long terme, il n’y a pas lieu
de faire intervenir ∆u
Pour les glissements roche sur roche. Le long d’une fracture, l’excès
de pression interstitielle est nul.
Il faut noter que 𝛟’ diminue lorsque la roche est en présence d’eau,
c’est donc la valeur𝛟’ après imbibition qu’il faut prendre compte dans
les calculs.
L’étude de stabilité portera sur une tranche de talus limitée par deux
plans verticaux passant par des lignes de plus grande pente.
 Massif non stratifié
Exceptions, les massifs rocheux sont découpés par les fissures en
blocs plus ou moins réguliers emboités les uns dans les autres
Les surfaces de glissements ne peuvent être elles- mêmes que très
irrégulières. Elles suivent de préférence les fissures mais peuvent
également traverser des zones de roche intacte.
A condition de considérer des surfaces importantes / aux dimensions
des blocs, on peut définir, comme pour les sols, une cohésion et un
angle de frottement interne.

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Selon que l’orientation des fissures est parfaitement aléatoire ou non,
cette cohésion et cet angle de frottement interne dépendent ou non de
l’orientation de la surface considérée. La connaissance de C et Φ
permet d’étudier la stabilité d’un talus comme on le ferait pour un sol,
à condition que les surfaces de glissement possibles soient de
dimensions importantes/ aux dimensions des blocs. La seule
différence est que l’on peut soumettre le sol à des essais de
cisaillement au labo, ce qui n’est pas possible pour la roche fissurée.
 Massif stratifié réel
La rupture peut provenir :
D’un glissement selon un joint de stratification
D’un glissement dans la masse du massif, ne suivant pas un joint de
stratification,
D’une rupture mixte, c-à-d suivant une surface située en partie dans un
joint de stratification en en partie dans la masse du massif rocheux
Influence de l’eau
L’eau intervient de deux façons :
 En diminuant par imbibition l’angle de frottement, roche sur
roche
Il convient de prendre, pour angle de frottement, l’angle
déterminé après imbibition,
 En créant des pressions interstitielles qui diminuent les cttes
effectives normales dans les joints de stratification et les
fissures, et peuvent diminuer très fortement la valeur de la
résistance au cisaillement.
Dans les roches les fissures ne communiquent pas librement et leur
volume total étant très faible / au volume de la roche, l’eau n’est pas à
la même hauteur dans toutes les fissures et la notion de la nappe
phréatique perd sa signification d’une part.
D’autre part, la porosité est en général très faible et les variations des
pressions interstitielles
Peuvent être très rapides. L’analyse des mouvements de l’eau et la
prévision des pressions interstitielles est donc plus difficile que pour
les sols.
Il faut supprimer les risques d’avoir des venues d’eau par un système
de drainage judicieux : (drains subhorizontaux perforés, galeries
drainantes etc..)

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