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L ADMIRABLE

SERM0N
PAR

LE RÉV. C.-H. sPURGEON.

-•e>-

TRADUIT DE L'ANGLAIs

Par le traducteur de : Solennel avertissement, le Ciel et l'Enfer,


la Résurrection spirituelle, etc.

| C • -

TOULOUSE ,
SOCIÉTÉ DES LIVRES RELIGIEUX.
Dépôt : rue des Balances, 35, hôtel Sans.

1866

|
LADMIRABLE
SERMON

LE RÉV. C.-H. sPURGEON.

TRADUIT DE L'ANGLAIS

Par le traducteur de : Solennel avertissement, Le Ciel et l'Enfer,


La résurrection spirituelle, etc.

TOULOUSE,
SOCIÉTÉ DES LIVRES RELIGIEUX.
Dépôt : rue des Balances, 35, hôtel Sans.

1866
PUBLIÉ PAR LA SOCIÉTÉ DES LIVRES RELIGIEUX
DE T0UL0USE,

toULoUsE, IMPRIMERIE DE A. CHAUVIN, RUE MIREPoIx, 3.


LADMIRABLE !

On appellera son nom : rAdmirable (Esale, Ix, 6.)

Il y a quelques jours à peine, je me rendis


au bord de la mer. C'était le soir, et la tem
pête mugissait avec furie. La voix de l'Eternel
était sur les eaux; et qui étais-je pour rester
tranquillement chez moi, quand la voix de mon
Maître m'appelait au dehors ? Je sortis donc,
et, debout sur le rivage, je me tins en présence
· du Créateur, contemplant les sinistres lueurs
de ses éclairs, et admirant la magnificence de
son tonnerre. L'Océan et la foudre semblaient
se disputer la prééminence : celui-là essayait,
par ses clameurs infinies, de dominer les éclats
retentissants du tonnerre ; mais bien au-dessus
, du mugissement des vagues, cette voix de Dieu
se faisait entendre, parlant avec des flammes
de feu et ouvrant les fontaines de l'étendue.
4 L'ADMIRABLE !

La nuit était sombre ; de lourds nuages cou


vraient le ciel, et c'est à peine si l'on voyait
poindre çà et là, dans les trouées que la tem
pête laissait sur son passage, la timide lueur
d'une étoile. Je contemplais depuis quelque
temps ce magnifique spectacle, quand tout à
coup j'aperçus bien loin à l'horizon une vive
lumière, brillante comme de l'or. C'était la
lune, qui, voilée pour nous par les nuages,
laissait tomber ses rayons sur un point de la
vaste mer où aucun obstacle n'interceptait sa
douce clarté. En relisant hier soir le IX° cha
pitre d'Esaïe, j'ai pensé à cette nuit d'orage.
Tout autour de lui et jusque dans les profon
deurs de l'avenir, le regard inspiré de l'homme
de Dieu ne rencontrait qu'obscurs nuages. Il
entendait les grondements des tonnerres pro
phétiques; il voyait briller par avance les éclairs
menaçants de la colère divine. L'histoire de
l'humanité, pendant une longue suite de siè
cles, se déroulait devant lui, pleine de troubles
et de ténèbres. Mais soudain, au fond des âges,
il découvre un point lumineux, un point tout
resplendissant d'une clarté qui vient du ciel.
Alors il s'assied et il écrit ces mots triomphants :
Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une
grande lumière, et la lumière a relui sur ceux qui
habitaient dans le pays de l'ombre de la mort (v.1).
L'ADMIRABLE ! 5

Et quoique des scènes d'oppression et de vio


lence, de tumulte et de carnage (v. 3 et 4) se
pressent confusément sous les yeux du pro
phète, il n'en tient pas moins son regard fixé
avec espérance sur ce point brillant qui illumine
l'avenir, et il annonce qu'une ère de paix, de
prospérité et de bénédictions se lèvera enfin
sur le monde. « Car l'enfant nous est né, »
. s'écrie-t-il, « le Fils nous a été donné, et l'em
· pire a été posé sur son épaule, et on appellera
son nom l'Admirable! » -

Mes chers auditeurs, nous vivons aujourd'hui


sur les confins de ce point lumineux. Le monde
a traversé de sombres tempêtes, de profondes
obscurités ; maintenant la lumière commence à
poindre, comme paraissent au matin les pre
mières lueurs de l'aurore. Nous marchons vers
des temps plus beaux, et, sur le soir, il y aura
de la lumière (1). Les ombres et les ténèbres
seront roulées comme un manteau dont on n'a
plus besoin, et Dieu apparaîtra dans sa gloire
pour régner sur son peuple. Mais, remarquez-le,
mes frères, le brillant avenir qu'entrevoyait
Esaïe devait être la conséquence du grand évé
nement qu'il nous annonce par ces paroles :
L'enfant nous est né, le Fils nous a été donné;
• f ,

(1) Zach, xIv, 7.


6 LADMIRABLE !

et si nous-mêmes nous discernons quelque lu


mière, soit dans nos propres cœurs, soit dans
l'histoire de l'humanité, souvenons-nous que
cette lumière ne procède que de Celui-là seul
dont le nom est l'Admirable, le Conseiller, le
Dieu fort et puissant.
La personne dont il est parlé dans notre texte
est sans nul doute le Sèigneur Jésus-Christ. Au
point de vue de son humaine nature, il est
bien, en effet, cet enfant qui nous est né; il
est né de la vierge Marie. Evidemment l'essence
divine qui habitait en lui ne put pas naître
d'une femme, car cette essence est éternelle ;
mais comme enfant, il naquit, comme fils de
l'homme, il fut donné. — L'empire a été posé
sur son épaule et on appellera son nom l'Admi
rable. Il y a dans le monde une infinité de
personnes et de choses qui ne méritent pas le
nom qu'elles portent; mais Jésus-Christ n'est
point dans ce cas. Mon texte ne renferme ni
panégyrique ni flatterie. Si Christ est appelé
l'Admirable, c'est parce qu'il l'est. Dieu le Père
ne donna jamais à son Fils un nom auquel il
n'eût point droit. C'est simplement le titre que
Jésus mérite, et ceux qui le connaissent le
mieux seront les premiers à proclamer que,
bien loin d'exagérer sa valeur, ce titre, emprunté
à notre pauvre langage humain, reste infini
L'ADMIRABLE ! 7

ment au-dessous de la glorieuse réalité. Et


observez, je vous prie, mes chers auditeurs,
qu'il n'est pas dit seulement que le Père lui
ait décerné le nom d'Admirable; sans doute
cette idée est sous-entendue dans mon texte ;
mais, de plus, il est affirmé qu'il sera appelé
de ce nom, c'est-à-dire qu'il le sera de siècle
en siècle et de génération en génération. Au
jourd'hui il est appelé l'Admirable par son peu
ple croyant, il l'a été dans le passé, et tant que
le soleil et la lune dureront (1), il y aura des
hommes, des anges et des esprits glorifiés qui
réaliseront la prédiction du prophète : On ap
pellera son nom l'Admirable.
Avant d'aller plus loin, je dois dire que le
mot hébreu qu'on a traduit par admirable est
susceptible de diverses interprétations. Dans
d'autres passages de l'Ecriture, ce même mot
a quelquefois été traduit par étonnant ou mer
veilleux, un savant critique allemand lui donne
même le sens de miraculeux. Christ est, en
effet, la merveille des merveilles, le prodige
des prodiges. « Il sera appelé le Miraculeux, »
car il est le suprême miracle de Dieu son Père.
Grand est le mystère de piété! Dieu manifesté
en chair (2)... — On peut aussi donner à ce

(1) Ps. LXXII, 5, — (2) 1 Tim., lIl, 16.


8 - L'ADMIRABLE !

mot le sens de séparé, mis à part. Et Jésus


Christ occupe bien, en effet, un rang à part au
· milieu de l'humanité. De même que Saül dé
passait de la tête tous les guerriers d'Israël (1),
· de même Christ domine infiniment tous les en
fants d'Adam. Il a été oint d'une huile de joie
au-dessus de tous sés semblables; il est plus
beau qu'aucun des fils des hommes; la grâce
est répandue sur ses lèvres; c'est pourquoi
« on appellera son nom le Séparé, l'Unique,
l'Incomparable. »
| Tout en reconnaissant la valeur de ces di
verses interprétations, je prends mon texte tel
qu'il se trouve dans nos versions les plus ré- .
pandues (2), et je vais essayer de vous démon
trer, mes chers auditeurs, que Jésus-Christ est
véritablement L'ADMIRABLE, dans le sens le plus
absolu du mot. Pour cela, je n'aurai recours
à aucun argument de la sagesse humaine ; je
me bornerai à vous rappeler très-rapidement
d'abord, CE QUE JÉSUS A ÉTÉ DANS LE PASSÉ ; en
second lieu, CE QU'IL EST DANS LE PRÉSENT, et
enfin CE QU'IL SERA DANs L'AVENIR.
A

(1) 1 Sam., X, 23. - (2) La version anglaise porte l'Etonnant au


lieu de l'Admirable, ce qui nous a obligé de modifier légèrement cer
tains passages de ce discours. (Note du Trad.)
L'ADMIRABLE ! 9

CE QUE JÉSUS A ÉTÉ DANS LE PASSÉ : tel est


donc le premier point sur lequel je vous invite
à fixer votre attention. Recueillez vos souvenirs,
mes bien-aimés, et les concentrez un moment
sur la glorieuse personne de Christ. Considérez,
avant tout, son existence éternelle. « Engendré
du Père avant tous les siècles, engendré et non
pas fait, Dieu de Dieu, vrai Dieu de vrai Dieu,
il est d'une même substance avec le Père (1), »
son égal en toutes choses. Rappelez-vous que le
faible enfant qui naquit à Bethléem n'était au
tre que le Roi des siècles, le Père d'éternité,
qui était au commencement et qui sera jusqu'à
la fin. Quel mystère, quel admirable mystère
que cette éternelle existence de Christ ! — Quand
nous rencontrons un vieillard chargé d'années,
n'est-il pas vrai que nous éprouvons un mé
lange de respect, de curiosité et de surprise,
en songeant à la longue carrière qu'il a four
nie ? et s'il ouvre devant nous le riche trésor
de ses souvenirs, avec quel intérêt nous l'écou
tons ! — Mais qu'est-ce, après tout, que la vie
du vieillard comparée à la vie du chêne sécu

• (1) Symbole de Nicée. - . | | | --


10 L'ADMIRABLE !

laire qui lui prête son ombrage ! Longtemps


avant que cet homme, aujourd'hui courbé par
l'âge, eût ouvert les yeux à la lumière, l'arbre
étalait au loin ses verdoyants rameaux. Com
bien d'orages n'a-t-il pas essuyés ! Combien de
rois ont paru et disparu, combien d'empires
se sont écroulés depuis le temps où ce vieux
chêne sommeillait encore dans le gland qui lui
servit de berceau? — Mais qu'est-ce que l'ar
bre lui-même comparé au sol sur lequel il croît?
Quelle longue, quelle intéressante histoire ce
coin de terre pourrait nous dire ! Combien de
vicissitudes n'a-t-il pas subies durant ces pé
riodes diverses qui se sont succédé depuis le
jour où Dieu créa les cieux et la terre ! A cha
que atome de ce riche terroir, qui fournit au
chêne sa nourriture, est lié peut-être quelque
étonnant souvenir. — Mais qu'est-ce que l'his
toire du sol, comparée à celle de la couche de
granit sur laquelle il repose, du rocher qui la
soutient ? Oh ! qui dira les révélations que le
roc pourrait nous faire, les secrets cachés dans
ses entrailles ? Il existait déjà sans doute à cette
époque mystérieuse où la terre était sans forme
et vide, et où les ténèbres étaient sur la face de
l'abîme. Peut-être a-t-il assisté à ce matin et à
ce soir qui furent le premier jour, et pourrait-il
nous expliquer par quelles voies inconnues le
L'ADMiRABLE ! 11

Créateur accomplit ce grand, ce sublime mira


cle que nous appelons le monde. —Mais qu'est-ce
que l'histoire du rocher, comparée à celle de la
mer qui baigne sa base, de cet Océan aux im
pénétrables profondeurs, que tant de navires
ont sillonné depuis des siècles sans laisser une
seule ride sur son front d'azur ? — Mais qu'est
ce que l'histoire de la mer elle-même comparée
à celle de ce radieux firmament, étendu, comme
un pavillon, au-dessus des eaux profondes ?
Quelle histoire que celle de l'armée des cieux,
des éternelles évolutions du soleil , de la lune
et des étoiles ! Qui racontera leur genèse ? qui
écrira leur biographie? — Mais qu'est-ce encore
que l'histoire du firmament comparée à celle
des anges, de ces esprits célestes qui entourent
le trône de Dieu ? Quel passé que le leur et
quelles annales que les annales gravées dans
leurs souvenirs ! Ils pourraient sans doute nous
parler du jour où notre jeune terre leur appa
rut enveloppée dans des langes de brouillards ;
de ce jour à jamais mémorable où les étoiles du
matin poussèrent ensemble des cris de joie, et où
tous les enfants de Dieu chantèrent en triomphe (1),
parce qu'un nouveau monde venait de, naître à
l'Eternel. — Mais qu'est-ce que l'histoire même

(1) Job, XXXVIII, 7.


12 L'ADMIRABLE !

des anges puissants en force, comparée à l'his


toire de notre Seigneur Jésus-Christ? L'ange
n'est que d'hier et il ne sait rien ; Christ, le
Verbe éternel, fait des anges ses ministres
et reçoit leur adoration. Oh ! chrétiens, appro
chez-vous donc avec respect et un saint trem
blement du trône de votre grand Rédempteur ;-
et vous souvenant qu'il existait avant toutes
choses, que toutes choses ont été faites par lui
et que rien de ce qui a été fait n'a été fait sans
lui (1), écriez-vous avec le prophète : On ap
pellera son nom l'Admirable ! * - -

En second lieu, mes frères, considérez le


grand fait de l'incarnation, et dites-nous si, à
ce point de vue également, Christ n'a pas droit
à toute notre admiration. 0 prodige inouï ! Quel
spectacle s'offre à mes regards! L'Eternel, le
Dieu des siècles, l'Ancien des jours, Celui
dont les cheveux sont blancs comme de la laine
blanche et comme la neige (2) devient un petit
enfant ! Est-il bien vrai ? Anges du ciel, n'êtes
vous point confondus? Quoi! cet enfant qui re
pose sur le sein d'une vierge, et qui se nourrit
de son lait, c'est le Fils de Dieu ?... Oh ! crèche
de Bethléem, tu renfermes le miracle des mira
cles ! Quand je t'ai contemplée, rien ne peut

(1)Jean, I, 3. — (2) Apoc., I, 14.


L'ADMIRABLE ! 13

plus me surprendre. Parlez-moi du soleil et


des grands phénomènes dont il est la source ;
décrivez-moi les cieux, l'ouvrage du Très-Haut,
la lune et les étoiles qu'il a agencées : toutes
les merveilles de la nature m'apparaissent
comme rien, lorsque je les compare au mys
tère auguste de l'incarnation de notre Seigneur
Jésus-Christ. Assurément ce fut un grand spec
tacle que celui de Josué ordonnant au soleil
de s'arrêter sur Gabaon (1); mais combien plus
grand encore est le spectacle que nous présente
le Fils de Dieu, paraissant s'arrêter, lui aussi,
dans sa marche éternelle à travers les siècles,
et voilant sa splendeur divine sous le nuage de
notre pauvre humanité ! Il y a, dans les divers
domaines de la science, de ces faits étranges
et inexplicables dont les meilleurs esprits sont .
obligés de dire, après des années de médita
tion : « Ce sont les hauteurs des cieux, nous
ne saurions y atteindre; ce sont les profondeurs
des abîmes, nous ne saurions les sonder. »
Mais tous ces problèmes, je le demande, ne
ressemblent-ils pas à des jeux d'enfant, quand
on les compare à la venue en chair du Fils de
Dieu ? Les anges eux-mêmes ne se lasseront
jamais de se pencher avec extase sur cet inef
(1) Josué, X, 12. •
14 L'ADMIRABLE !

fable mystère, et de redire, avec une admiration


toujours croissante, la merveilleuse histoire du
Fils de Dieu, qui naquit de la vierge Marie et
devint le fils de l'homme. O Jésus, toi notre Dieu
et notre frère , oui, tu es l'Admirable, et tu le
seras jusqu'à la fin ! Tout ensemble Créateur
et créature, Etre infini et faible enfant, dispo
sant de la toute-puissance et suspendu au sein
d'une femme, soutenant le monde par ta force
souveraine, et ayant besoin d'être soutenu par
la main de ta mère ; Roi des anges et fils mé
prisé de Marie, héritier de toutes choses et
humble charpentier, ta grande figure m'appa
raît environnée d'une éblouissante, d'une inimi
table auréole ! On appellera ton nom l'Admi
rable !
Mais suivez le Sauveur dans sa vie terrestre,
et vous verrez combien, dans les diverses phases
de cette vie de douleur, il justifie le nom que
le prophète lui décerne. N'est-il pas admirable,
en effet, quand il se soumet aux dédains et aux
injures de ses ennemis ! Admirable quand, jour
après jour, il permet aux taureaux de Basçan
de l'environner, et à l'assemblée des gens ma
lins de le poursuivre de leur rage ? Admirable
quand, aux blasphèmes dirigés contre sa per
sonne sacrée , il n'oppose qu'une douce et
grave sérénité ? Mes frères, si vous ou moi
L'ADMIRABLE ! 15

avions possédé sa toute-puissance, n'est-il pas


vrai que nous eussions mille fois pulvérisé nos
ennemis? Au lieu d'endurer en silence leurs
insultes et leurs crachats, quel regard fou
droyant n'eussions-nous pas laissé tomber sur
eux, regard qui eût précipité leurs âmes dans
les tourments éternels ! Mais lui, il entend tout,
il sait tout, et il reste maître de lui-même. A
la fois digne et humble, courageux et débon
naire, Lion de la tribu de Juda, et agneau
muet devant celui qui le tond, il réunit dans son
individualité les traits en apparence les plus
opposés. Je crois de toute la puissance de mon
âme que Jésus de Nazareth est le Roi du ciel,
et que pourtant il fut un homme sujet aux
mêmes infirmités que moi, un homme pauvre,
méprisé, persécuté, calomnié ; je ne puis com
prendre ce mystère, mais je le crois; ma raison
est confondue, mais je bénis mon Sauveur, je
l'aime, je l'adore à cause de sa condescendance
infinie; je désire exalter à jamais son amour ;
je désire répéter avec le prophète, jusque dans
les profondeurs de l'éternité : On appellera son
nom l'Admirable.
Mais voyez-le mourir... Venez, ô mes frères !
enfants de Dieu, assemblez-vous autour de la
croix. Voyez votre Maître. Il est là suspendu au
bois maudit. — Comprenez-vous cette étonnante
16 · L'ADMIRABLE !

énigme : « Dieu a été manifesté en chair et


crucifié par les hommes » ?... Mon Maître, mon
adorable Maître, non, je ne puis comprendre
comment tu courbes ta tête auguste sous le
poids d'un tel supplice ! Je ne puis compren
dre comment tu as consenti à échanger le dia
dème d'étoiles qui, de toute éternité, ceignait
ton front puissant contre la couronne d'épi
nes ! Je ne puis comprendre comment tu as
pu te résoudre à déposer le manteau de ta
gloire, le sceptre de ton empire , et surtout,
oh ! surtout, comment tu as souffert qu'on te
revêtît de la pourpre dérisoire, puis qu'on te
dépouillât de tes vêtements, comme un vil es
clave ! Mais si tu es incompréhensible pour ma
raison, tu es admirable pour mon cœur. Plus
grand mille fois que l'amour des femmes (1) est
l'amour dont tu m'as aimé. Y eut-il jamais un
amour comme ton amour, une douleur comme
ta douleur, un dévouement COmme ton dévoue
ment ? En toi, ô mon Sauveur crucifié, je vois
tout ensemble une incomparable charité qui te
porta à mourir pour moi, une incomparable
puissance qui te rendit capable de soutenir le
poids de la colère divine, une incomparable
justice qui te fit acquiescer à la volonté du Père

(1) 2 Samuel, I, 26.

-
-
L'ADMIRABLE ! 17

et satisfaire pleinement à toutes les exigences


de la loi, une incomparable miséricorde qui
, s'étend même aux plus grands des pécheurs.
On appellera son nom l'Admirable.
Mais il est mort! il est mort ! Les filles de Jé
rusalem pleurent au pied de la croix sanglante
où vient d'expirer le Fils de l'homme. Joseph
d'Arimathée reçoit son corps inanimé. On l'em
porte au sépulcre ; on l'ensevelit dans un jar
din. Qui oserait encore l'appeler Admirable ?
Est-ce donc là le Sauveur dès longtemps promis,
le Sauveur dont les prophètes ont salué la ve
nue avec tant de joie! Et il est mort ! Soulevez
ses mains : elles retombent inertes à ses côtés.
Regardez ses pieds : n'y voyez-vous pas la mar
que des clous ? — « Où est maintenant votre
prétendu Messie? » s'écrie le Juif d'un ton in
sultant ; « où est celui que vous nommiez pom
peusement l'Admirable, le Conseiller, le Dieu
fort et puissant ! La mort en a fait sa proie ;
dans quelques jours, il sentira la corruption.
Sentinelle ! sois vigilante, de peur que ses dis
ciples n'enlèvent son corps. » — Mais atten
dons. Quoi qu'en dise le Juif, Dieu ne laissera
point l'âme de son Fils dans le sépulcre, et il
me permettra point que son Saint sente la cor
ruption. Oui, Jésus est admirable jusque dans
sa mort. Ce cadavre glacé est admirable. Que le
18 · L'ADMIRABLE !

Prince de la vie, le vainqueur de Satan et de


l'enfer se soit laissé lier pour un peu de temps
par les cordeaux du sépulcre, c'est là peut
être, dans l'histoire de Christ, ce qui confond le
plus mon intelligence. Mais voici le grand , le
suprême miracle qui devait couronner tous les
autres. Le triomphe de la mort ne fut que pas
sager. Ces chaînes fatales qui retiennent captifs
dans la tombe des milliers innombrables de fils
et de filles d'Adam, et que nul être humain n'a
jamais brisées, si ce n'est par une intervention
surnaturelle de la puissance divine, ces chaînes
furent pour Jésus comme des liens d'étoupes.
La mort croyait avoir terrassé notre Samson.
Elle disait : « Je le tiens en ma puissance; je
lui ai coupé les tresses de sa force ; sa gloire
s'est évanouie ; maintenant il est à moi. » Mais
le Sauveur s'est ri du roi des épouvantements.
Le troisième jour, il se dégage de son étreinte
et sort victorieux du sépulcre, pour s'élever en
suite, triomphant et plein de gloire, vers le
ciel, menant après lui une multitude de captifs
et distribuant des dons aux hommes (1). — 0
Sauveur tout-puissant, Agneau de Dieu vivant
aux siècles des siècles, je t'admire dans ta mort,
je t'admire dans ta résurrection, je t'admire dans

(1) Ephés., lV, 8.


L'ADMIRABLE ! 19

ton ascension ! Oui, toujours et partout, tu es


digne d'être appelé l'Admirable !
Mais arrêtons-nous un moment, mes chers
auditeurs, et recueillons nos pensées. La rapide
esquisse que je viens de faire passer sous vos
yeux est bien pâle, il est vrai, et bien impar
faite ; mais ne sentez-vous pas cependant qu'il
y a en elle quelque chose de souverainement
admirable ? Quelles merveilles pourriez-vous
comparer à celles-ci? Peut-être vous est-il par
fois arrivé, lorsque vous contempliez avec ra
vissement quelque grand phénomène de la na
ture, d'entendre quelqu'un s'écrier à vos côtés :
« Ceci vous étonne-t-il? J'ai vu des choses bien
autrement surprenantes. » Ou, quand après une
longue et pénible ascension , vous étiez enfin
parvenus au sommet de l'un de ces pics subli
mes qui semblent se perdre dans les nuages, et
que, regardant à vos pieds, vous laissiez éclater
votre enthousiasme, peut-être l'un de vos com
pagnons a-t-il murmuré à votre oreille : « J'ai
vu de plus beaux spectacles que celui-ci ; des
panoramas autrement vastes, autrement gran
dioses se sont déroulés sous mes yeux. » Mais
lorsque nous parlons de Christ, nul n'a le droit
de tenir un langage de ce genre. La personne et
la vie de Jésus constituent, passez-moi l'expres
sion , le point culminant de tout ce qui se peut
20 L'ADMIRABLE !

admirer. Il n'y a point de mystère égal à ce


mystère, point de prodige égal à ce prodige,
point d'admiration égale à l'admiration que toute
âme humaine devrait ressentir en contemplant
notre Seigneur Jésus-Christ, tel qu'il nous ap
paraît , environné des gloires du passé.
Mais il y a plus, En général , l'admiration
s'use vite : c'est un sentiment fugitif et passa
ger ; c'est une fleur qui ne vit qu'un jour. Mais
celle qui a Christ pour objet se distingue au
contraire par son caractère permanent. Vous
pouvez admirer Christ pendant soixante ou qua
tre-vingts années ; mais au terme de cêtte lon
gue période, vous l'admirerez plus qu'au com
mencement. Mieux on connaît Christ, plus on
l'admire. Abraham l'admira sans nul doute,
quand il vit son jour à travers les voiles de
l'avenir; mais je ne pense pas qu'Abraham lui
même pût l'admirer autant que le fait aujour
d'hui le plus petit dans le royaume des cieux,
et cela parce que le moindre croyant de la nou
velle alliance connaît mieux le Sauveur que ne
le connaissait le patriarche, et que l'admiration
pour Christ grandit en raison de la connaissance
qu'on a de lui.
Observez encore, mes chers auditeurs, que
l'admiration à laquelle Jésus a droit est une ad
miration sans réserve. Ici-bas, vous le savez, il
L'ADMIRABLE ! 21

n'est rien qui ne présente un côté faible, vul


gaire, défectueux ; les plus nobles âmes, comme
les plus belles productions des arts ou des
sciences , ont leurs imperfections et leurs ta
ches. Mais en Christ, tout est grand, tout est
parfait, tout commande l'étonnement et l'admi
ration. Sous quelque aspect qu'on l'envisage, il
est l'Admirable, et il l'est dans un sens unique,
exceptionnel, absolu.
De plus , on peut dire de l'admiration dont
Jésus est l'objet qu'elle est universelle, en ce
sens qu'elle n'est circonscrite à aucune classe,
à aucune catégorie de personnes. On nous ré
pète souvent, il est vrai, que la religion de
Christ n'est bonne que pour les vieilles femmes
et pour les ignorants. Je reçus un jour un sin
gulier compliment au sujet de mon genre de
prédication. On me dit (avec une intention peu
bienveillante , cela va sans dire) que mes ser
mons conviendraient parfaitement à une assem
blée de noirs. — « Dans ce cas, » répondis-je,
« je ne doute pas qu'ils ne conviennent aussi
aux blancs ; car entre les blancs et les noirs
il n'y a qu'une différence de peau; or, je ne
prêche pas à la peau des gens, mais à leurs
cœurs. » Et ce que je disais de moi-même, je
puis le dire avec bien plus de raison de mon
adorable Maître : il s'adresse à tous indistincte
22 L'ADMIRABLE !

ment, parce qu'il s'adresse avant tout au cœur.


Qu'on ne nous dise donc plus que Jésus-Christ
n'est admiré que par les femmes, les petits es
prits et les moribonds : les plus nobles intelli
gences, les plus grands génies eux-mêmes se
sont inclinés devant lui. Au pied de sa croix,
les Locke et les Newton ont reconnu qu'ils n'é-
taient que des enfants. Il est certaines natures
qu'il est fort difficile d'émouvoir. Les profonds
penseurs et les rigides mathématiciens sont de
, ce nombre ; ils ne se laissent pas souvent do
miner par l'étonnement ou l'enthousiasme. Et
pourtant on a vu de tels hommes se prosterner
jusque dans la poussière, en confessant que la
grande figure de Christ les avait plongés dans
une religieuse extase, dans une solennelle ad
miration. On appellera son nom l'Admirable.

II.

Mais j'ai hâte d'arriver à mon second point.


Si Jésus-Christ, comme nous venons de le voir,
justifie le titre d'Admirable par ce qu'il a été
dans le passé, le justifie-t-il par CE QU'IL EST
DANs LE PRÉSENT ? Telle est la question que
nous allons examiner. Seulement , comme ce
sujet est aussi complexe qu'immense, je ne l'a-
borderai que sous une seule de ses faces, et me
L'ADMIRABLE ! 23

plaçant sur le terrain de l'expérience person


nelle, je me bornerai à demander à chacun de
vous, mes bien-aimés : « Jésus est-il Admirable
pour votre âme ? »
A ce sujet, souffrez que je vous raconte une
page de ma vie intime, et, en décrivant ce qui
s'est passé en moi, je suis assuré que je décrirai
aussi, en quelque mesure, ce qu'ont éprouvé
tous les enfants de Dieu. Il fut un temps où je
n'admirais pas Christ. J'entendais louer ses
charmes, mais je ne les avais point vus; j'en
tendais exalter sa puissance, mais je ne la con
naissais point ; tout ce qu'on me disait de lui
était pour moi comme le récit de ce qui se se
rait passé dans un pays éloigné : je n'y prenais
aucun plaisir. Mais voici qu'un jour un person
nage à l'aspect sinistre et menaçant frappa à ma
porte. Je m'empressai d'en tirer les verroux,
. puis je la tins de toutes mes forces. Peines inu
tiles l L'étranger frappe à coups redoublés, jus
qu'à ce qu'enfin la porte cède. Il entre , et
m'appelant d'une voix sévère, il me dit : « Je
suis porteur d'un message pour toi de la part
de Dieu ; je viens te dire : tu es condamné à
cause de tes péchés. » Je le regardai avec éton
nement et lui demandai son nom. « Je m'ap
pelle La Loi, » me répondit-il ; ce qu'ayant
ouï, je tombai à ses pieds comme mort. Quand
24 - L'ADMIRABLE !

j'étais sans la loi, je vivais; mais quand le com


mandement est venu, le péché a commencé à re
vivre, et moi je suis mort (1). Mon sombre visi
teur commença alors à me frapper. Il me frappa
si impitoyablement, que tous mes os en furent
meurtris. Mon cœur se fondit comme de la cire ;
il me sembla que j'étais étendu sur un cheva
let, qu'on me brisait tous les membres, qu'on
me labourait les chairs avec un fer rouge. Une
inexprimable angoisse régnait au dedans de moi.
Je n'osais lever les yeux; cependant, je me di
sais : « Tout espoir n'est pas perdu. Le Dieu
que j'ai offensé se laissera peut-être fléchir par
mes larmes et mes bonnes résolutions. » Mais
chaque fois que cette pensée traversait mon es
prit, les coups de mon ennemi redoublaient
de violence. Enfin , mes souffrances devinrent
intolérables, et le désespoir s'empara de mon
âme. Il me sembla que d'épaisses ténèbres m'en
veloppaient de leurs ombres, et que des voix
lugubres, des pleurs et des grincements de
dents parvenaient à mon oreille. « C'en est
fait ! » pensai-je alors; « le Seigneur m'a rejeté
pour toujours ; je suis en abomination devant
ses yeux; il m'a foulé aux pieds dans sa juste
colère... » Mais soudain une autre figure m'ap

(1) Rom., VII, 9.


L'ADMIRABLE ! 25

parut, figure triste et douloureuse, mais où se


peignait une tendre compassion. Je la vis se
pencher sur moi, et j'entendis ces douces pa
roles : « Réveille-toi, toi qui dors, et te relève
d'entre les morts, et Christ t'éclairera (1). » Je
me levai tout surpris; alors, me prenant par la
main, l'inconnu me mena dans un lieu sombre,
où s'élevait une croix ; puis il disparut de de
vant mes yeux. Mais, ô surprise ! je le revis un
instant après, je le revis, attaché à la croix !
Oui, c'était bien lui dont le sang ruisselait sur
l'arbre maudit... Il fixa sur moi un regard si
plein d'un ineffable amour, que mon cœur en
fut comme transpercé. Je le regardai à mon
tour, et au même moment toutes les plaies de
mon âme furent guéries. Mes blessures furent
cicatrisées, les os brisés se réjouirent ; les hail
lons dont j'étais couvert furent enlevés ; mon
âme devint aussi pure que les neiges immacu
lées des lointaines régions du Nord ; mon esprit
éclatait en chants de louange, car j'étais lavé ,
purifié, pardonné, sauvé ! Oh l combien j'admi
rai l'amour de Celui qui s'était ainsi immolé
pour les pauvres pécheurs l Combien sa grâce
me parut merveilleuse l Et ce qui me confon
dait plus que tout le reste, c'est que cette grâce

(1) Ephés., V, 14,


26 L'ADMIRABLE !

se fût étendue jusqu'à moi , c'est que mon


céleste Ami eût été capable d'effacer des péchés
aussi nombreux, des crimes aussi noirs que les
miens ; c'est qu'aux orages d'une conscience
accusatrice il eût fait succéder dans mon sein
une paix sans mélange, et que mon âme ,
troublée jusque-là comme une mer en tour
mente, fût devenue tout à coup aussi tranquille
que la surface d'un lac, dont aucun souffle ne
vient rider le limpide miroir. — Ce fut alors
que pour la première fois Jésus m'apparut
comme l'Admirable. — Frères et sœurs qui
m'écoutez, vous qui avez éprouvé quelque chose
de pareil à ce que je viens de décrire, rappelez
vos souvenirs et dites si, à cette heure bénie où
Jésus vous fit entendre une parole de pardon ,
vos cœurs ne furent pas, comme le mien, trans
portés d'étonnement et d'un saint enthou
siasme ?

Et depuis lors, mes bien-aimés, que de fois


votre Sauveur ne s'est-il pas montré admirable
envers vous ? Vous avez eu à traverser des jours
de tristesse, de maladie et de deuil ; mais vos
souffrances ont été légères, car Jésus s'est tenu
au chevet de votre lit de douleur ; vos soucis
ont été , calmés, car vous avez pu vous en dé
charger sur lui. L'épreuve qui menaçait de vous
accabler n'a servi qu'à vous rapprocher du ciel,
L'ADMIRABLE ! 27

et vous vous êtes écriés : « Qu'il est admirable


Celui qui a pu répandre dans mon cœur une
telle paix, une telle joie, de telles consolations ! »
Permettez-moi de vous faire part encore de mes
expériences personnelles. Il y a quelques années,
je fus appelé à boire une coupe plus amère que
je ne saurais dire. Le seul souvenir des angois
ses intérieures auxquelles je fus alors en butte
me glace d'épouvante... Jamais personne ne vit
peut-être d'aussi près que moi la brûlante four
naise de la démence sans y laisser sa raison...
Il me semblait que je marchais au milieu des
flammes. Une multitude de pensées affreuses
torturait mon cerveau. Je n'osais regarder vers
Dieu, car la prière, qui jusque-là avait été mon
refuge dans la détresse , ne faisait qu'augmen
ter ma souffrance. Jamais je n'oublierai le mo
ment où la paix me fut rendue. Je me prome
nais, rêveur et solitaire, dans le jardin d'un
ami, méditant tristement sur mes douleurs, et
me disant que mon fardeau était plus lourd que
je ne pouvais le porter, quand tout d'un coup
le nom de Jésus traversa mon esprit. Je m'ar
rêtai. La personne de Christ se présenta vivante
aux yeux de ma foi. Au même instant, les tor
rents de lave qui bouillonnaient dans mon âme
se refroidirent. Mes angoisses furent apaisées.
Je me prosternai dans la poussière, et ce jar
28 L'ADMIRABLE !

din qui m'avait paru un Gethsémané devint


pour moi un paradis. Je ne pouvais me lasser
d'admirer la puissance du nom de Jésus. Deux
choses me surprenaient surtout : la première,
c'était la miséricorde de mon Maître envers
moi , la seconde, mon ingratitude envers lui.
Aussi puis-je dire qu'à dater de ce jour j'ai
mieux compris tout ce qu'il y a en lui d'admi
rable, et je suis heureux de déclarer publique
ment ce qu'il a fait pour mon âme.
Et à vous de même, frères et sœurs, n'en
doutez pas, Jésus se manifestera comme l'Ad
mirable, aux jours de vos tribulations et de vos
douleurs. Pareilles à la sombre feuille de métal
que le joaillier place sous le diamant afin d'en
rehausser l'éclat, vos épreuves sont destinées
par le Seigneur à faire ressortir le glorieux
éclat de son nom. Vous ne connaîtriez jamais
les choses magnifiques de Dieu , si vous ne
descendiez dans les bas-fonds de l'adversité.
Vous vous souvenez des paroles du Psalmiste :
Ceux qui descendent dans la mer, sur les navires,
et qui font commerce sur les grandes eaux, voient
les œuvres de l'Eternel et ses merveilles dans les
lieux profonds (1). Ces paroles sont aussi vraies
dans un sens spirituel que dans le sens littéral.

· (1) Ps. CVII.


L'ADMIRABLE ! 29

Oui, c'est dans les lieux profonds que nous


voyons le mieux les trésors de la sagesse et de
l'amour divins ; c'est dans les grandes eaux de
la souffrance que le fidèle reconnaît combien
Jésus est admirable et puissant à sauver.
Un mot encore avant de quitter cette partie
de mon sujet. — Il est des moments où l'enfant
de Dieu peut s'écrier avec ravissement : « Oui,
le nom de Jésus est admirable, car ce nom m'a
transporté, pour ainsi dire, au milieu des réa
lités du monde invisible. » (Je vous plains, mes
bien-aimés, si vous ne connaissez rien de ces
joies extatiques que je vais essayer de décrire.)
Il est des moments où il semble au chrétien que
les mille charmes de la vie présente n'exercent
plus aucun empire sur lui : libre et heureux, il
déploie ses ailes et prend son essor vers les cieux.
Il monte , il monte toujours, et bientôt les dou
leurs de la terre ne lui apparaissent plus que
comme un point à l'horizon. Il monte encore ,
et les joies de la terre s'évanouissent à leur tour
à ses regards; il plane au-dessus d'elles, comme
l'aigle qui vole à la rencontre du soleil plane
au-dessus des plus hautes cimes. L'image de
son Sauveur brille devant ses yeux, et vers cette
vision ineffable tendent tous ses désirs. Jésus
remplit son cœur tout entier , son âme le con
temple, et le nuage qui voilait pour lui la face
30 L'ADMIRABLE !

de son Maître semble dissipé. Alors le chrétien


peut s'écrier avec saint Paul : « Si c'est en mon
corps ou sans mon corps, je ne sais, Dieu le
sait ! mais je suis ravi jusqu'au troisième ciel (1). »
Et qu'est-ce qui a produit ce ravissement ?
Est-ce le son de la flûte, de la harpe, de la sam
buque, du psaltérion et de toute sorte de musi
que (2)? Non. Qu'est-ce donc ? Seraient-ce les
richesses, la renommée, les honneurs, les eni
vrements de la prospérité ? Pas davantage. Se
rait-ce une brillante intelligence, une imagina
tion vive? Non plus. Ces heures d'extase ont été
causées uniquement par le nom de Jésus. Ce
seul nom a la vertu de transporter l'âme chré
tienne à des hauteurs de béatitude , voisines de
ces régions fortunées où les anges jouissent d'une
félicité sans nuage.

III.

On appellera son nom l'Admirable. Quel


thème inépuisable que ces paroles du prophète !
Mais le temps me presse, et je dois, avant de
terminer, considérer mon texte à un troisième
point de vue. CHRIST SERA APPELÉ L'ADMIRABLE
DANS L'AVENIR : telle est, mes chers auditeurs,

(1) 2 Cor., XII, 2-4. — (2) Dan., III, 3, etc.


L'ADMIRABLE ! 34

la solennelle vérité sur laquelle je désire ap


peler, pendant quelques instants, votre at
tention.
Le grand jour est venu, le jour de la colère,
le jour de la justice. Le temps n'est plus. Le
dernier siècle , comme la dernière colonne
d'un temple qui s'écroule, vient de tomber
avec fracas. L'horloge de l'humanité va frapper
son dernier coup... C'en est fait l L'heure est
venue où les choses visibles doivent disparaître.
Je vois les entrailles de la terre qui s'ébranlent.
Les tertres des cimetières rendent les morts
qui sommeillaient sous leur gazon. Les champs
de bataille, engraissés par le sang humain, ne
sont plus revêtus d'opulentes moissons ; une
moisson d'un autre genre les couvre : une
· grande multitude s'élance de leur sein. L'Océan
lui-même, semblable à une mère féconde, en
fante à une nouvelle vie ceux qu'il avait en
gloutis dans ses flots. L'humanité tout entière
est debout devant Dieu. Pécheurs! vous êtes
sortis de vos tombeaux. Les piliers des cieux
chancellent; le firmament s'affaisse; le soleil,
cet œil de l'univers, roule dans son orbite
comme l'œil d'un insensé, et ne jette plus que
de sinistres lueurs; la lune est changée en sang.
Des signes et des prodiges, tels que l'imagi
nation ne peut les concevoir, frappent d'épou
32 L'ADMIRABLE !

vante le cœur des hommes. Soudain, sur une


nuée, apparaît quelqu'un semblable au Fils de
l'homme. Pécheurs ! essayez de vous représen
ter votre consternation à cette vue. Où es-tu,
Voltaire ? Tu as dit : « Ecrasons l'infâme ! »
Viens et l'écrase maintenant. « Ah ! » répond
Voltaire, « je ne savais pas qui j'insultais. » —
Et toi, Judas, avance donc ! Viens imprimer sur
sa joue un baiser de traître. « Ah ! » répond
Judas, « je ne savais pas qui je baisais. Je
pensais baiser le fils de Marie et non le Fils du
Dieu tout-puissant. » — Approchez aussi, ô
vous, princes et rois de la terre, qui avez con
sulté ensemble contre l'Eternel et contre son
Oint, disant : « Rompons leurs liens et jetons
loin de nous leurs cordes (1). » Consultez-vous
maintenant contre lui et foulez aux pieds ses
lois !... Oh ! mes chers auditeurs, essayez de
vous représenter l'indicible mélange d'admira
tion, de surprise et d'effroi qui saisira les in
crédules , les sociniens, les indifférents, les
formalistes, quand ils verront Jésus de leurs
yeux, quand ils seront témoins de sa gloire.
« Tu es véritablement l'Admirable ! » s'écrie
ront-ils en se frappant la poitrine; « honte à
nous qui t'avons méconnu. Rochers! tombez
A

(1) Ps. II, 3.


L'ADMIRABLE ! 33

sur nous et cachez-nous de devant la face de


l'Agneau. » Mais Jésus leur dira : « Vous avez
cru que j'étais semblable à l'un de vous, et vous
n'avez pas voulu me recevoir comme votre Roi ;
maintenant, je suis venu dans la gloire de mon
Père, pour juger les vivants et les morts. »
Un jour, Pharaon conduisit son armée au
· milieu de la mer Rouge. Le chemin était sec,
et des deux côtés s'élevaient, ainsi qu'une paroi
d'albâtre, les eaux claires et étincelantes. On
eût dit qu'un souffle glacial, passant sur la mer,
en avait cristallisé la surface. L'armée de Pha
raon s'avance dans cet étrange défilé; mais qui
dira la stupeur et l'épouvante de cette multi
| tude, lorsqu'elle vit ces murailles d'eau s'abat
tre sur elle pour l'engloutir? Tel, et plus grand
encore, sera votre désespoir, ô pécheurs, lors
que ce Christ que vous méprisez aujourd'hui,
ce Christ que vous repoussez comme Sauveur,
ce Christ dont vous ne lisez point la Parole,
dont vous profanez les sabbats, dont vous reje
tez l'Evangile, lorsque ce Christ apparaîtra dans
la gloire de son Père et tous ses saints anges
avec lui. Alors vous reconnaîtrez qu'il est l'Ad
mirable; mais vous le reconnaîtrez en pâlissant
d'effroi, vous le reconnaîtrez à votre éternelle
confusion.
Mais il y aura peut-être, aujour du jugement,
34 L'ADMIRABLE !

quelque chose de plus étonnant encore que la


condamnation des pécheurs. Regardez là-bas.
Tout est paisible, calme, serein. Quel contraste
avec les scènes lugubres que nous venons de
contempler ! Au lieu de gémissements, de la
mentations, de.cris de terreur, nous entendons
une suave harmonie. Quelle est cette multitude
que personne ne saurait compter? Ce sont les
rachetés de l'Agneau. Voyez-les : ils s'assem
blent autour du trône. Ce même trône qui vo
mit la mort et la destruction sur les impies
devient le centre de la lumière et du bonheur
des élus. Des chants de triomphe et non des
cris d'épouvante sortent de leurs bouches. La
joie et non la terreur se peint sur leurs vi
sages. Les voyez-vous qui s'avancent, vêtus de
longues robes blanches et portant des palmes à
la main ? Les entendez-vous qui s'écrient :
« Saint, saint, saint est l'Eternel, Dieu .. des
armées ! Seigneur, tu es digne de recevoir la
gloire, l'honneur et la puissance, car tu as été
immolé et tu nous as rachetés à Dieu par ton
sang(1)? » Ah ! pour eux aussi, pour eux surtout,
Jésus est l'Admirable, mais c'est avec transport,
avec extase, avec amour, qu'ils le proclament
tel, et non point comme les autres avec regret

(1) Apoc., IV ; V.
L'ADMIRABLE ! 35

et avec effroi. Saints du Seigneur ! vous connaî

trez pleinement les merveilles de son nom,


quand vous le verrez tel qu'il est, et que vous
serez rendus semblables à lui, au jour de son
avénement. O mon âme , réjouis-toi d'une allé
gresse éternelle, car le triomphe de ton Ré
dempteur sera aussi le tien. Je suis indigne, il
est vrai; je suis le premier des pécheurs et le
moindre de tous les saints; toutefois, mon œil
le verra et non point un autre. Je sais que mon
Rédempteur est vivant, et qu'il demeurera le
dernier sur la terre, et qu'après que ma peau
aura été détruite, je verrai Dieu de ma chair (1) !
0 vous tous, enfants de Dieu , tressaillez de
joie, car votre délivrance approche. Vierges,
tenez-vous prêtes ! Que vos reins soient ceints
et vos lampes allumées. Voici l'Epoux qui vient ;
sortez au-devant de lui. Il vient, — Il vient, —
Il vient l et tout œil le verra; et lorsque vous
irez à sa rencontre, vous répéterez avec trans
port : « Oui, Seigneur Jésus, tu es l'ADMIRABLE,
et tu le seras d'éternité en éternité. Alléluia !
Alléluia ! Alléluia ! »

(1) Job, XIX, 25-27.

FIN.
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