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Discours sur les réveils

religieux
Charles G.Finney

Édition 1886

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I. Ce que c'est qu'un réveil religieux

« O Eternel ! Ranime ton œuvre dans le cours des années. Fais-la connaître dans le cours des
années; dans ta colère souviens-toi de tes compassions (Hab 3:2). »

On suppose que le prophète Habacuc était contemporain de Jérémie, et que cette prophétie eut
lieu dans la perspective de la captivité à Babylone. En vue des jugements qui s’avançaient
rapidement contre la nation, l’âme du prophète était saisie d’une sorte d’agonie, et il s’écrie dans
sa détresse: «Oh! Seigneur, ranime ton œuvre ! »—comme s’il eût dit : « Oh ! Seigneur, accorde
nous que les jugements ne jettent pas Israël dans la désolation. Fais, au milieu de ces années
solennelles et terribles, que tes jugements deviennent un moyen de ranimer parmi nous la
religion. Dans ta colère, souviens-toi d’avoir compassion.» Telle est la pensée que nous désirons
appliquer à notre état présent.

Au fond, la religion est, pour sa bonne part, l’œuvre de l’homme. Il y a là pour l’homme quelque
chose à faire, il doit, lui, obéir à Dieu. Sans doute, c’est Dieu qui l’y porte, qui influence
l’homme par son Esprit, à cause de la répugnance de celui-ci à faire le bien. Si cette influence de
Dieu n’était pas nécessaire, et que les hommes fussent disposés d’eux-mêmes à obéir à Dieu,
nous n’aurions pas de raison de nous écrier avec notre texte : « Seigneur, ranime ton œuvre ! »

Mais il est certain que si Dieu n’interposait pas l’influence de son Esprit, il n’y aurait pas sur
toute la terre un seul homme qui obéirait à la loi de Dieu.

Un réveil religieux suppose un assoupissement et une décadence qui ont précédé.


Presque tout ce qu’il y a de religion dans le monde a été produit par des réveils.
Dieu a jugé nécessaire de profiter de la faculté qu’ont les hommes d’être excités
dans leurs sentiments pour produire chez eux un ébranlement presque toujours
nécessaire pour les porter à l’obéissance. Les hommes sont tellement mous sur ce
point-là, il y a tant d’objets qui détournent leur esprit de la religion et qui
s’opposent aux influences de l’Evangile, qu’il est nécessaire d’exciter chez eux un
mouvement qui sorte de l’ordinaire, jusqu’au point où l’ébranlement, semblable à
la marée montante, emporte et balaie tous les obstacles.

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Considérez l’histoire des Juifs, et vous verrez que Dieu, pour maintenir la religion parmi eux, se
servait de certaines occasions particulières où le peuple se trouvait excité, et alors se retournait
vers l’Eternel. Et même après un réveil semblable, il ne s’écoulait jamais beaucoup de temps
avant que de nouvelles influences ennemies ramenassent le relâchement dans la religion. et la
maintinssent dans ce triste état, jusqu’à ce que Dieu eût pour ainsi dire le temps de donner aux
événements telle tournure qui produisait de nouvelles excitations, après lesquelles il répandait de
nouveau son Esprit pour convertir les pécheurs; puis recommençait l’action des influences
ennemies, le relâchement rentrait dans les esprits, et la nation était engloutie dans le gouffre du
luxe, de l’idolâtrie et de l’orgueil.

Il en est de même de l’Eglise chrétienne, elle a si peu de fermeté dans ses principes, de stabilité
dans ses résolutions, qu’à moins d’une grande excitation elle recule bientôt dans le sentier du
devoir, et elle cesse de s’occuper de l’avancement de la gloire de Dieu. Ainsi va le monde, et
ainsi ira-t-il probablement jusqu’aux temps plus heureux que l’Ecriture nous permet d’attendre ;
jusque-là la religion n’avancera guère que par le moyen d’excitations périodiques et répétées.
Sans doute on a souvent cherché à s’en passer; et plus d’un homme de bien même a supposé et
suppose encore que le meilleur moyen de propager ou de maintenir la religion est de marcher
uniformément d’un pas tranquille pour rassembler, sans bruit, les impies.

Mais quelque spécieux que puisse paraître cet argument en théorie, les faits se chargent d’en
démontrer la fausseté. Si l’Eglise était assez avancée dans la connaissance et avait assez de
stabilité dans ses principes pour se tenir elle-même éveillée, alors la marche ci-dessus suffirait.
Peut-être, à mesure que nous approchons d’un meilleur avenir, aurons-nous moins besoin de
secousses périodiques: un jour, sans doute, l’Eglise sera pleine de lumière et tout entière affermie
dans des habitudes de piété et d’obéissance: alors elle s’empara de l’esprit des enfants, et elle les
cultivera pour Dieu ; alors ceux-ci ne seront plus entraînés par les torrents de la mondanité, de la
mode et de l’avarice qui, jusqu’à présent, ont toujours englouti la piété de l’Eglise dès le moment
où elle n’était plus extraordinairement excitée.

Et sans doute, on doit désirer vivement de voir l’Eglise ainsi affermie. Les excitants nuisent
facilement à la santé; trop longtemps prolongés, ils nous ôtent même les forces, et nous rendent
incapables d’accomplir nos devoirs. Et si jamais la piété acquiert dans le monde une influence
générale, il ne nous faudra plus de spasmes religieux. Alors on ne verra plus les chrétiens dormir
la plus grande partie du temps, pour se réveiller de temps en temps, se frotter les yeux, faire un
moment de vacarme et se rendormir ensuite de nouveau.

Alors les ministres pieux ne seront plus obligés de se tuer de peine, presque tout seuls, pour
repousser le torrent d’influences mondaines qui revient toujours assaillir l’Eglise. Mais aussi
longtemps que les choses iront comme à présent, ce sera anti-philosophique et absurde de
vouloir ranimer la religion sans excitant. La foule d’agitations politiques et mondaines qui
fatiguent la chrétienté sont toutes hostiles à la religion, et détournent l’esprit des intérêts éternels
de l’âme. Ces agitations ne peuvent donc être balancées que par une excitation religieuse. Ceci
est tout à la fois de la philosophie et de l’histoire.

Il est de même parfaitement improbable que la religion ne fasse jamais de progrès parmi les
païens sans l’influence des réveils religieux. On essaie maintenant d’obtenir ces progrès par
l’éducation et par d’autres moyens lents et graduels. Mais aussi longtemps que les lois de l’esprit
humain resteront ce qu’elles sont, on n’arrivera pas au but par ce moyen. Il faut un ébranlement
suffisant pour réveiller des forces morales assoupies, et pour faire reculer le flot de la
dépravation du péché.
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Et à proportion que nos contrées chrétiennes redeviennent semblables au paganisme, il est
impossible à Dieu comme à l’homme d’avancer la religion sans quelque ébranlement. Tout ceci
devient évident parce fait même, c’est que Dieu a toujours agi ainsi. Et ce n’est pas pour rien et
sans raison qu’il le fait. Combien, par exemple, n’y en a-t-il pas qui savent qu’ils devraient être
religieux, mais qui craignent de se convertir de peur que leurs compagnons de péché ne se
moquent d’eux. Il y en a qui nourrissent des idoles dans leur cœur, d’autres renvoient la
repentance jusqu’à ce qu’ils se soient établis solidement dans cette vie, ou qu’ils aient mis en
sûreté quelque intérêt favori qu’ils ont dans ce inonde. Ces personnes ne poseront jamais leur
fausse honte ou leurs projets ambitieux avant d’y être contraintes par quelque excitation qui les
arrache pour ainsi dire à elles-mêmes.

Mais tout ceci n’était que de l’introduction ; je veux maintenant établir !

1° Ce que n’est pas un réveil religieux.

2° Ce qu’il est.

3° Les agents qui le produisent.

I Un réveil religieux n’est pas un miracle.

1° On a généralement défini un miracle comme une intervention divine qui met de côté ou
suspend les lois ordinaires de la nature. Or, dans ce sens, un réveil n’est pas un miracle, toutes
les lois de la matière et de l’esprit restent en force.

2° Ce n’est pas non plus un miracle, d’après cette autre définition qui le représenterait comme
une chose au-dessus des pouvoirs de la nature. Il n’y a rien dans la religion qui soit au-dessus des
pouvoirs ordinaires de la nature : Elle ne consiste absolument que dans un juste exercice de ces
pouvoirs, rien de plus, rien de moins. Lorsque les hommes se convertissent ce n’est pas
proprement qu’ils deviennent capables d’efforts dont ils étaient auparavant incapables, ils usent
seulement d’une manière différente, et pour la gloire de Dieu, de forces qu’ils avaient déjà.

3° Enfin un réveil, dans aucun sens, n’est un miracle ou ne dépend d’un miracle: C’est le pur et
simple résultat philosophique d’un bon usage que nous faisons de moyens établis par Dieu,
comme tout autre effet, produit par l’emploi de certains moyens. Il peut y avoir ou n’y avoir pas
de miracles parmi les causes qui ont agi auparavant. Les apôtres n’employaient des miracles que
pour établir la divine autorité de leur commission, ou pour exciter l’attention. Mais le miracle
n’était pas un réveil, il y avait une liaison entre ces deux choses, mais c’étaient deux choses.

J’ai dit qu’un réveil n’est que le résultat d’un bon usage des moyens convenables. Les moyens
que Dieu a établis pour obtenir un réveil, ont naturellement une tendance à le produire: sans cela
Dieu ne les aurait pas ordonnés. Mais les moyens ne produiront pas le réveil sans la bénédiction
de Dieu, nous le savons tous; pas plus que sans cette même bénédiction des semailles ne
produiront une récolte.

Il nous est impossible de prouver que l’influence de Dieu pour produire un réveil est plus
miraculeuse que celle qui est nécessaire pour produire une récolte. Qu’est-ce que c’est que ces
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lois de la nature d’après lesquelles on suppose que la semence produit des fruits ? Ce n’est autre
chose que le moyen établi de Dieu à cet effet. Or, dans la Bible, la parole de Dieu est comparée à
une semence, la prédication à l’action du semeur et le résultat à un champ couvert de blé. Dans
les deux cas, les relations de cause à effet sont absolument les mêmes.

Je désire que vous soyez bien pénétrés de cette pensée, car il a longtemps régné l’idée que
l’avancement de la religion a quelque chose de particulier, dont il ne faut pas juger par les règles
ordinaires de cause et d’effet, ou en d’autres termes, qu’il n’y a pas de connexion entre les
moyens et le résultat. Aucune doctrine n’est plus dangereuse que celle-là, pour la prospérité de
l’Eglise, et aucune n’est plus absurde.

Supposez qu’un homme allât prêcher ce principe parmi des fermiers ; qu’il allât dire que Dieu
est souverain, qu’il ne leur donnera une moisson qu’au moment de son bon plaisir, et que,
s’imaginer de labourer et de planter dans l’attente d’une récolte est une présomption, que c’est
ôter l’ouvrage d’entre les mains de Dieu, empiéter sur sa souveraineté et marcher dans la force
de l’homme; qu’en un mot, il n’existe aucune liaison nécessaire entre les moyens qu’ils
emploient et le résultat qu’ils veulent obtenir.

Supposez que les fermiers embrassent une pareille doctrine, et ne verrions-nous pas bientôt le
monde mourir de faim ? C’est un résultat tout semblable que trouverait l’Eglise si elle se
persuadait que l’avancement de la religion est un sujet mystérieux et insondable de la souveraine
divinité qui n’a rien de commun avec les relations de cause et d’effet. Que dis-je ? on a
longtemps pensé ainsi, et quels en sont les résultats ? Une génération après l’autre est allée se
jeter en enfer. Oui, il n’y a aucun doute que des millions et des millions d’âmes sont tombées
dans la damnation pendant que l’Eglise rêvait et attendait que Dieu sauvât toutes ces âmes sans
se servir des moyens propres à cela; et ce principe a été le moyen le plus puissant du diable pour
perdre les âmes! La liaison dont je parle est aussi claire en fait de religion que dans le cas du
fermier et de sa graine.

Il y a dans le gouvernement de Dieu un fait qui est digne d’être généralement remarqué, et qu’on
ne l’oublie jamais. C’est que les choses les plus utiles et les plus importantes sont celles qu’on
obtient le plus aisément et le plus certainement par l’emploi des moyens convenables.

C’est là évidemment un principe général dans le gouvernement de Dieu. Toutes les nécessités de
la vie, par exemple, s’obtiennent avec une certitude parfaite par l’usage des moyens les plus
simples, les objets de luxe sont déjà plus difficiles à obtenir; les moyens de se les procurer sont
plus compliqués et moins assurés dans leurs résultats, tandis que les choses absolument nuisibles
et vénéneuses, telles que l’alcool et autres choses semblables ne s’obtiennent souvent qu’en
torturant la nature et en faisant usage d’une espèce de sorcellerie infernale pour se procurer cette
abomination mortelle.

Ce principe a la même vérité dans le gouvernement des choses morales ; et comme les
bénédictions spirituelles surpassent tout le reste en importance, nous devons nous attendre à ce
qu’on les obtienne avec une grande certitude en usant des moyens convenables. Et je suis
parfaitement convaincu que si les faits étaient bien connus, on trouverait que lorsque les moyens
ont été employés convenablement, on a obtenu les bénédictions spirituelles avec plus de
régularité que les temporelles.

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II Ce que c’est qu’un réveil. Nous avons déjà dit que ce mot suppose que l’Eglise était tombée
dans le relâchement, dans le sommeil. Le réveil consiste dans le retour à l’état contraire et
dans la conversion des pécheurs.

1° Un réveil suppose toujours une conviction de péché de la part de l’Eglise. Des hommes qui
avaient précédemment professé la foi, ne peuvent se réveiller et recommencer à marcher
convenablement dans le service de Dieu, sans qu’il y ait « de grandes considérations dans les
cœurs ». Il faut que les sources du péché paraissent au grand jour. Souvent, dans un véritable
réveil, on a vu les chrétiens amenés à de telles convictions, et éclairés sur leurs péchés d’une
manière si vive, qu’ils désespéraient d’abord de la possibilité de leur réconciliation avec Dieu.
Sans doute les choses ne vont pas toujours à ce point, mais un véritable réveil présente toujours
de profondes convictions de péché, et souvent des tentations au désespoir.

2° Alors les chrétiens déchus sont amenés à la repentance. Un réveil n’est autre chose qu’un
retour à l’obéissance, envers Dieu. Comme dans le cas de la conversion d’un pécheur le premier
pas est une profonde repentance qui brise le cœur, qui nous jette dans la poussière devant Dieu,
avec une profonde humilité et en nous faisant abandonner le péché. (Ap 2:5)

3° Alors, la foi des chrétiens se renouvelle. Pendant qu’ils sont dans leur état de déchéance, ils
sont aveuglés sur la véritable condition du pécheur: leurs cœurs sont durs comme le marbre; les
vérités de la Bible n’apparaissent que comme un songe; ils admettent tout pour vrai: leur
conscience et leur jugement y donnent leur assentiment, mais leur foi ne voit pas les vérités
saintes saillir en un effrayant relief et dans les brûlantes réalités de la vie éternelle.

Quand ils entrent dans un réveil, au contraire, alors ils ne voient plus les hommes marcher
comme des arbres, mais toutes choses leur apparaissent dans cette vive lumière qui renouvelle
l’amour de Dieu dans leurs cœurs. Alors ils se sentent portés à travailler avec zèle pour amener
d’autres âmes à Dieu. Ils s’affligent de ce que les hommes n’aiment pas leur Père céleste, tandis
qu’ils ont appris eux-mêmes à l’aimer tant.

Ils emploieront les instances les plus tendres pour persuader à leurs alentours de donner leur
cœur à Jésus. C’est ainsi que se ranimera leur amour pour tous les hommes; ils seront remplis
d’une charité tendre et ardente pour les âmes. Ils soupireront après le salut du monde entier. Ils
seront en agonie pour tels ou tels individus qu’ils voudraient voir sauvés, pour des amis, des
parents, des ennemis. Non-seulement ils les presseront de donner leurs cœurs à Dieu, mais ils les
porteront à Dieu dans les bras de la foi; ils supplieront l’Eternel avec des cris et des larmes,
d’avoir pitié d’eux et de sauver leurs âmes des flammes éternelles.

4° Un réveil brise le pouvoir du monde et du péché sur les chrétiens ; il les


transporte sur un terrain si avantageux qu’ils y prennent un nouvel élan vers le ciel
; ils ont de nouveaux avant-goûts de la gloire future, un nouveau désir de s’unir à
Dieu: le charme du monde est détruit, et le pouvoir du péché abattu.

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5° Lorsque les églises sont ainsi réveillées et réformées, elles obtiennent la réforme et le salut
des pécheurs qui passent alors en grand nombre par les mêmes états de conviction, de repentance
et d’amendement ; leurs cœurs se brisent et changent; ces merveilles se passent souvent chez les
libertins les plus abandonnés: des femmes de mauvaise vie, des ivrognes et des impies, toutes
sortes d’individus dépravés se réveillent et se convertissent: les portions les plus corrompues de
la société s’adoucissent et s’apprivoisent, et apparaissent comme d’aimables échantillons de la
beauté d’un cœur sanctifié.

Tel fut le cas en particulier des réveils qui eurent lieu du vivant du célèbre président Edwards.
On voit dans le Faithful Narrative (Récit fidèle, etc.), que parmi les premiers convertis, se
trouvait une femme de mauvaise vie, et que sa conversion, après avoir excité l’indignation de
plusieurs personnes morales et vertueuses, devint ensuite l’instrument visible de leur
conversion.)

III Nous considérerons premièrement les agents qui produisent un réveil.

Ordinairement l’œuvre de la conversion présente trois agents et un seul instrument. Les agents
sont: Dieu, quelques personnes qui présentent la vérité aux pécheurs, et le pécheur lui-même.
L’instrument est: la vérité. Dans tous les cas, une conversion véritable présente deux agents
actifs: Dieu et le pécheur.

1° L’action de Dieu est double, par sa Providence et par son Esprit.

a. Par le gouvernement de sa Providence, Dieu dispose les événements de manière à mettre sa


vérité en contact avec l’âme du pécheur. Il amène celui-ci dans le lieu où l’occasion, où la vérité
frappe ses yeux ou ses oreilles. Il est souvent bien intéressant de suivre la marche des
événements dont Dieu s’est servi pour arriver à son but et comment il fait quelquefois concourir
toutes choses à favoriser un réveil.

Souvent le beau ou le mauvais temps, la santé publique ou d’autres circonstances aussi peu
religieuses, concourent précisément à favoriser la prédication de la vérité. Souvent il envoie un
ministre juste à l’époque où il sera le plus utile. Souvent Dieu fait annoncer une vérité
précisément au moment où l’individu qu’elle doit atteindre est là pour l’entendre.

b. Il y a une action spéciale de Dieu au moyen de son Saint-Esprit. Comme il a un accès direct à
l’âme, et qu’il connaît infiniment bien toute l’histoire et toutes les dispositions de chaque
pécheur en particulier, il emploie celle des vérités qui est le mieux adaptée à son cas spécial, et la
fait ensuite pénétrer avec un pouvoir divin. Il lui donne une telle vivacité, une telle force, une
telle puissance, que le pécheur se rend, pose les armes de la rébellion, et se tourne vers son
Seigneur. Sous cette influence, la vérité se taille un chemin comme pourrait le faire la flamme.
La vérité se dresse alors avec une telle grandeur, qu’elle écrase l’homme le plus orgueilleux,
comme sous le poids d’une montagne.

Si les hommes étaient naturellement disposés à obéir Dieu, la vérité, telle qu’elle est dans la
Bible, serait suffisamment claire, et la prédication pourrait leur en apprendre tout ce qui leur est
nécessaire, mais comme ils répugnent naturellement à lui obéir, Dieu l’entoure d’un éclat

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particulier et jette souvent dans l’âme un torrent de lumière auquel le pécheur ne peut plus
résister. Alors il cède, il obéit à Dieu, et il est sauvé.

2° L’action de l’homme se joint habituellement à celle de Dieu. Les hommes ne sont pas dans la
main du Seigneur de simples instruments: c’est la vérité qui en est un ; mais le prédicateur est un
agent moral ; il n’est pas passif, il agit volontairement en travaillant à la conversion des
pécheurs.

3° Il y a encore, dans un réveil, l’action du pécheur lui-même. C’est lui qui doit obéir à la vérité.
Il est donc impossible qu’il se convertisse sans agir pour sa part. Il est influencé en cela par
l’action de Dieu et par celle des hommes. Ceux-ci agissent sur leurs semblables non-seulement
par leur langage, mais par leurs regards, leurs larmes, leur conduite journalière. Voyez cet
homme impénitent qui a une femme pieuse, son coup d’œil, sa tendresse, sa dignité à la fois
pleine de solennité et de compassion, moulées sur le divin modèle de Christ sont pour lui un
sermon continuel.

Il est tenté d’en détourner son attention, parce que c’est pour lui un reproche; mais il entend
pendant tout le jour un sermon résonner à ses oreilles. Les hommes sont accoutumés de lire dans
les regards de leurs semblables: souvent les pécheurs lisent dans les yeux d’un chrétien l’état réel
de son âme; s’ils sont pleins de légèreté, ou d’une inquiétude et d’une activité mondaine, les
pécheurs s’en aperçoivent: ils voient également si les chrétiens sont pleins de l’Esprit de Dieu, et
souvent ils ont été amenés à la conviction par la seule vue d’un homme vraiment pieux. Voici un
trait de ce genre.

Un individu vint un jour visiter les machines d’une manufacture: il était dans des dispositions
solennelles, parce qu’il avait été témoin d’un réveil. Les ouvriers le connaissaient tous de vue et
savaient qui il était. L’une des ouvrières, après avoir jeté les yeux sur lui, chuchota à sa camarade
quelque folie et se mit à rire, mais le visiteur s’arrêta et la regarda avec un sentiment douloureux.

Elle, à son tour, s’arrêta aussi, rompit son fil et se trouva si agitée, qu’elle ne put le renouer. Elle
se mit un moment à la fenêtre, comme pour se calmer, puis essaya de nouveau de se remettre à
l’ouvrage et de reprendre sa contenance accoutumée. A la fin elle s’assit, accablée par ses
sentiments, alors le visiteur s’en approcha et lui parla; et elle manifesta bientôt une profonde
conviction de péché : Ce sentiment se répandit dans toute la manufacture comme un feu, et en
peu d’heures, presque chaque personne employée dans l’établissement se trouva sous la même
impression, tellement, que les propriétaires, quoique gens du monde, furent étonnés et
demandèrent qu’on arrêtât l’ouvrage et qu’on tînt une assemblée de prière ; car, dirent-ils, il
importe beaucoup plus de voir tous ces gens se convertir, que d’avancer l’ouvrage.

En peu de jours, les maîtres eux-mêmes et presque chaque employé de l’établissement


présentèrent tous les symptômes d’une conversion réelle. C’est ainsi que le regard d’un individu,
son air solennel, sa compassion, furent un reproche pour la légèreté de cette jeune fille,
l’amenèrent à la conviction du péché et que tout un réveil résulta, en grande mesure du moins
d’un incident aussi petit.

Si les chrétiens éprouvent eux-mêmes au sujet de la religion des sentiments profonds, ils
produiront ces mêmes sentiments partout où ils se présenteront. Si au contraire ils sont froids, ou
légers, ou folâtres, ils détruiront inévitablement toute impression profonde, même chez les
pécheurs déjà réveillés. J’ai vu une fois une femme qui était d’abord très inquiète sur son âme;
mais un jour, je trouvai avec douleur que ses convictions paraissaient s’être entièrement
évanouies.
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Je demandai à cette femme ce qui lui était arrivé: elle me dit qu’elle avait passé une après-midi
en tel endroit, parmi quelques personnes qui passaient pour religieuses, ne pensant pas que
pareille chose pourrait détruire ses convictions. Mais ces gens furent légers et folâtres, et toutes
ses précédentes impressions furent perdues. Je ne doute pas que ces chrétiens de nom n’aient
détruit une âme par leur folie; car ses convictions ne revinrent pas.

Ce que Dieu demande de l’Eglise, c’est d’user des moyens adaptés à la conversion des pécheurs.
On ne peut pas dire proprement que les pécheurs usent de ces moyens pour leur propre
conversion; c’est l’Eglise qui le fait; l’action des pécheurs consiste à se soumettre à la vérité ou à
lui résister. C’est une erreur de leur part quand ils croient user de certains moyens pour leur
propre conversion. Tout l’attirail d’un réveil, et tout ce qui s’y rapporte a pour but de présenter la
vérité à l’esprit des pécheurs, eux, ne font qu’obéir ou résister.

REMARQUES ADDITIONNELLES

1° Précédemment, et jusqu’à ces derniers temps, on regardait les réveils comme des miracles.

Quelques-uns ont à ce sujet des idées si fausses, que s’ils voulaient seulement prendre la peine
de penser, ils en reconnaîtraient l’absurdité. On s’imaginait que la conversion des âmes était une
interposition du pouvoir d’en haut, avec laquelle on n’avait rien à faire, et qu’on ne pouvait pas
plus produire qu’on ne peut produire le tonnerre, la grêle ou un tremblement de terre. Il n’y a que
peu d’années que les ministres comprennent qu’un réveil s’opère aussi bien qu’autre chose par
les moyens destinés à le produire, et qu’il n’en est pas de cette grâce de Dieu comme d’une
ondée qui arrive sur une ville ou sur l’autre, sans qu’on puisse rien faire pour la produire.

J’ai même entendu exprimer à ce sujet les idées les plus étranges, que, par exemple, un réveil
n’avait guère lieu qu’environ tous les quinze ans ; qu’alors Dieu convertissait tous ceux qu’il
voulait sauver ; puis qu’il fallait attendre ensuite jusqu’à ce que vînt un nouveau temps de
moisson. Ensuite on a abrégé le terme, et on a parlé de cinq ans. J’ai entendu parler d’un pasteur
qui avait embrassé cette singulière et malheureuse idée.

Il y avait eu un réveil dans son troupeau, l’année après, il y en eut un dans une ville voisine, il
s’y rendit pour y prêcher ; et pendant quelques jours, son cœur se voua tout entier à cette œuvre ;
puis il retourne chez lui le samedi et se prépare à la prédication du lendemain. Son âme était dans
l’angoisse, il savait combien il y avait encore dans son troupeau de personnes inconverties et
ennemies de Dieu. Tant de personnes, se disait-il, meurent toutes les années; s’il ne vient un
réveil que tous les cinq ans, pensait-il, voilà tant et tant de chefs de famille qui seront en enfer !

Il met son calcul sur le papier et l’introduit dans son sermon, le cœur saignant devant un tableau
semblable. Si j’ai bien compris l’histoire, il ne fit point cela dans l’attente d’un réveil, mais
uniquement pour répandre la douleur de son cœur devant son troupeau. Or, ce sermon amena à la
repentance quarante chefs de famille, il s’ensuivit un brillant réveil, et toute sa théorie d’un réveil
en cinq ans fut mise à la confusion. C’est ainsi qu’en général, Dieu a renversé la théorie que ces
réveils sont des miracles.

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2° De fausses notions sur la souveraineté de Dieu ont généralement fait obstacle aux réveils de
l’Eglise.

On a supposé que cette souveraineté était un arrangement si arbitraire des


événements, et que le don du Saint-Esprit surtout était si peu à notre disposition,
qu’il nous était impossible de rien faire pour en provoquer une effusion générale.
Mais ni la Bible, ni les faits n’établissent une pareille souveraineté de Dieu. Tout
nous montre que dans la nature et dans la grâce, Dieu a lié les moyens avec la
fin. Il n’y a pas un seul événement naturel dans lequel n’intervienne son action. Il
n’a point bâti ce monde comme une vaste machine qui puisse marcher seule sans
qu’il continue de s’en occuper. Il ne s’est nullement retiré de l’univers pour laisser
toutes choses s’arranger d’elles-mêmes ; de pareilles idées sont un pur athéisme.

D’un côté, il intervient en tout; de l’autre, il a établi partout des moyens pour atteindre un but.
C’est donc bien faussement qu’on voit des gens concevoir un tel effroi à toute idée d’effort que
l’on ferait pour produire un réveil. « Vous voulez, » s’écrient-ils, « tenter un réveil dans votre
propre force ; prenez garde de vouloir empiéter sur la souveraineté de Dieu, marchez
humblement dans le cours ordinaire, et laissez Dieu amener un réveil quand il le jugera bon.
C’est une folie à vous de vouloir le produire, par cela seul qu’il vous semble nécessaire à vous,
etc. »

C’est précisément le genre de principes et de prédication qui convient au diable ; les hommes
ne peuvent faire l’œuvre du diable d’une manière plus efficace qu’en prêchant ainsi la
souveraineté de Dieu comme une raison pour ne rien faire.

3° Une des causes qui empêchent bien des hommes de désirer un réveil et d’y travailler, ce sont
les excès ou les abus qui ont quelquefois accompagné une forte excitation religieuse. Sans doute,
il y a eu des abus de ce genre. Dans tous les grands mouvements religieux, comme en tout autres,
on peut s’attendre à plus ou moins d’inconvénients et d’abus accidentels. Mais ce n’est
nullement une raison d’abandonner la chose même. Les meilleures choses, on l’a dit mille fois,
ont leurs abus; mais ces maux et ces abus qu’on peut prévoir n’ont jamais été considérés comme
une raison suffisante d’abandonner un travail sage en lui-même.

L’expérience montre que dans l’état actuel du monde, la religion ne peut se propager avec
quelque force et quelque étendue sans réveil. Les abus purement accidentels qui accompagnent
quelquefois un mouvement de ce genre sont bien peu de chose lorsque nous les comparons au
résultat général; l’Eglise ne devrait pas admettre, pour un seul moment, l’idée qu’elle puisse se
passer de réveil; cette pensée est l’ennemie la plus prononcée des intérêts de Sion, la mort de la
cause des missions: elle aurait pour suite la damnation du monde.

Enfin, j’ai à vous faire une proposition, à. vous tous qui assistez à cette séance. Je n’ai point
commencé cette suite de discours sur les réveils pour bâtir sur ce sujet une théorie curieuse et de
mon invention. Je ne voudrais point dépenser mon temps et mes forces uniquement à vous
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apprendre quelque chose, à satisfaire votre curiosité et à vous fournir un sujet de conversation. Je
ne pense nullement à faire de simples prédications sur les réveils, de manière que vous puissiez
dire à la fin : « Nous savons maintenant ce que c’est qu’un réveil, » et qu’après tout vous restiez
sans rien faire à cet égard.

Je désire vous présenter cette question : Dans quel but venez-vous entendre des discours sur les
réveils ? Votre intention est-elle, lorsque vous aurez appris votre devoir à ce sujet, de vous
mettre à l’œuvre et à la pratique ? Voulez-vous suivre les instructions que je vous donnerai
d’après la parole de Dieu, et les appliquer à vos propres cœurs ? Voulez-vous les appliquer à vos
familles, à vos connaissances, à vos voisins et dans toute la ville que vous habitez ? Ou
penseriez-vous, au contraire, employer cet hiver à vous instruire et à jaser au sujet des réveils,
sans agir ?

Je désire qu’à mesure que vous apprendrez quelque chose, vous vous mettiez à l’œuvre pour voir
si vous ne pouvez contribuer à produire ici un réveil parmi les pécheurs. Si vous n’êtes pas dans
l’intention de le faire, veuillez me le dire dès l’abord, afin que je ne me donne pas une peine
inutile. C’est maintenant, et pas plus tard, que vous devez décider ce que vous pensez faire à cet
égard.

Vous savez que nous appelons les pécheurs à décider sur le champ même s’ils veulent obéir à
l’Evangile, oui, ou non; et nous n’avons pas plus le droit de vous donner du temps pour délibérer
si vous voulez obéir à Dieu, vous, que nous n’avons ce droit à l’égard des pécheurs déclarés.
Nous vous appelons donc à vous unir maintenant pour prendre devant Dieu l’engagement
solennel que vous ferez votre devoir à mesure que vous le reconnaîtrez, et que vous le prierez de
répandre son Esprit sur cette Eglise et sur toute la ville pendant cet hiver.

Charles Grandison Finney

11 Mise en page www.bible-foi.org


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