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Pièces mécaniques soudées

Calcul des assemblages


par Alain MICHEL
Ingénieur CNAM et ESSA
Professeur à l’École supérieure du soudage et de ses applications (ESSA)

1. Assemblages sous charge statique en état de ductilité................ BM 5 187 - 2


1.1 Assemblages à cordons bout à bout et en angle réalisés
à pleine épaisseur......................................................................................... — 2
1.1.1 Matériaux non dégradables par le cycle thermique de soudage .... — 2
1.1.2 Matériaux dégradables par le cycle thermique de soudage............ — 2
1.2 Assemblages à cordons laissant subsister une discontinuité en racine . — 3
1.2.1 Composantes de contraintes dans les cordons ................................ — 3
1.2.2 Principe et modèle de calcul en état de ductilité .............................. — 3
1.2.3 Fondements expérimentaux des formulations de calcul................. — 4
1.2.4 Application pratique des règles au calcul analytique....................... — 5
2. Assemblages sous charges variables. Calculs en fatigue............. — 9
2.1 Principaux facteurs intervenant sur l’endommagement en fatigue......... — 9
2.2 Particularités du comportement en fatigue
des assemblages soudés ............................................................................. — 9
2.3 Méthodes de dimensionnement en fatigue
des assemblages soudés ............................................................................. — 10
2.3.1 Fondements expérimentaux du dimensionnement en fatigue ....... — 10
2.3.2 Dimensionnement en fatigue des assemblages soudés.................. — 10
Références bibliographiques .......................................................................... — 14

ien que déplacée sur le plan chronologique, la conception se devant de pré-


B céder le calcul d’une structure, cette troisième partie demeure une suite
logique à la précédente au cours de laquelle l’auteur s’est efforcé de montrer que
même dans les meilleures circonstances, les assemblages soudés donnent lieu
à une perturbation notable des lignes isostatiques au travers des liaisons.
Dans les lignes qui suivent, sont abordés les deux principaux modes de dimen-
sionnement par calcul qui s’adressent d’une part aux assemblages sous charges
statiques en état de ductilité (la vérification de la résistance à la rupture fragile
des structures soudées en acier non austénitiques est abordée en BM 5 188) et
d’autre part aux assemblages sous charges variables.
Il est important de noter que l’exposé ne peut constituer à lui seul un code de
dimensionnement ; il se fixe comme principal objectif de donner une méthodo-
logie dans l’approche du calcul et une explication des formulations proposées
par le passé, ainsi qu’actuellement dans le domaine de la construction métalli-
que notamment.

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1. Assemblages 1.1.2 Matériaux dégradables


par le cycle thermique de soudage
sous charge statique Ainsi qu’indiqué au paragraphe précédent, il s’agira principale-
en état de ductilité ment :
— d’aciers durcis par écrouissage ou par traitement thermique
(trempe martensitique + revenu ou mise en solution + hypertrempe
+ précipitation) ;
1.1 Assemblages à cordons — d’alliages d’aluminium durcis par écrouissage ou par traite-
bout à bout et en angle réalisés ment thermique (mise en solution + hypertrempe + précipitation).
à pleine épaisseur Aux deux catégories précédentes s’ajoutera celle des alliages
soudables seulement de façon hétérogène à l’aide d’un produit
d’apport conduisant à une zone fondue (ZF) possédant des caracté-
1.1.1 Matériaux non dégradables ristiques mécaniques de résistance (fy , fu) plus faibles que celles du
par le cycle thermique de soudage métal de base éventuellement adouci (cas des aciers à 3,5 % et 9 %
de Ni et cas général des alliages d’aluminium durcis par traitement
Il s’agit des métaux et alliages de base pour lesquels le cycle ther- thermique).
mique de soudage n’est pas de nature à faire apparaître localement Contrairement aux aciers pour lesquels les conséquences de
(en ZAT) un abaissement significatif des caractéristiques méca- l’adoucissement sont observables dans le cas de pièces minces, la
niques de résistance (limite d’élasticité et charge de rupture). situation des alliages d’aluminium durcis est particulièrement péna-
Nota : la signification des sigles employés est donnée au début de l’article [BM 5 185]. lisée en raison de leur conductibilité thermique élevée, ce qui est de
Il convient de noter à ce sujet que les mécanismes susceptibles de nature à élargir la ZAT et à contribuer ainsi à l’abaissement intrin-
conduire à un adoucissement notable d’une structure métallurgique sèque de la résistance du joint. Ces considérations conduisent natu-
préalablement durcie sont les suivants : rellement à donner la préférence à des procédés de soudage
— restauration/recristallisation d’un état écroui ; assurant une focalisation d’énergie tels que faisceau d’électrons (76)
— mise en solution et hypertrempe d’un état durci par précipi- ou faisceau laser (751) plutôt que les procédés classiques à l’arc
tation ; (131, 141). La figure 1a, b illustre de façon comparative l’influence
combinée de l’épaisseur et de la focalisation d’énergie sur la largeur
— surrevenu d’un état durci par trempe martensitique (suivi de
de la ZAT.
revenu).
Nota : pour la classification des procédés, se reporter à l’article BM 5 185, tableau 1.
En référence au tableau 1 de [BM 5 188, § 1.5], les aciers relevant
de la catégorie définie par ce paragraphe, sont les suivants : Quoi qu’il en soit, et sur le plan du calcul de dimensionnement
— groupe 1 : nuances 1-1 à 1-3 sauf états écrouis ; d’un assemblage réalisé à pleine épaisseur, les trois catégories pré-
cédentes conduisent à tenir compte d’un coefficient de joint dont la
— groupe 2 : nuances 2-1 à 2-3 (sous réserve d’épaisseur suffi-
valeur est à déterminer expérimentalement sur la base d’essais de
sante (e > 8 mm) dans le cas des nuances 2-3) ; traction effectués sur maquettes ou échantillons de QMOS.
— groupe 3 : nuances 3-1 et 3-2 ;
Dans le cas des constructions en alliages d’aluminium, des docu-
— groupe 5 : nuances 5-1 à 5-3 ;
ments spécifiques [1] indiquent la valeur des coefficients à consi-
— groupe 7 : nuances 7-1 et 7-2 ; dérer dans le cas des procédés de soudage à l’arc (1xx) utilisés sur
— groupe 8 : nuances 8-1 ; les nuances courantes avec leurs traitements habituels.
— groupes 9,10 : nuances 9-1, 9-2, 9-4 et 10 sauf états écrouis ;
— groupe 11 : nuances 11-1 et 11-2 sauf états écrouis.
En référence au tableau 2 de [BM 5 188, § 2.2], les alliages d’alu-
minium qui relèvent de cette même catégorie sont les suivants :
— groupe 1 : nuances 1-1 à 1-4 utilisées à l’état non écroui (O ou
H111 par exemple) ;
T
— groupe 2 : nuances 2-1 utilisées à l’état adouci (O) ; a procédés 131,141 b procédés 76,751
— groupe 3 : nuances 3-1 et 3-2 utilisées à l’état adouci (Yx0). Tf
Dans ces conditions, les assemblages bout à bout et en angle réa-
lisés à pleine épaisseur n’ont pas à faire l’objet d’une justification Tmax = Φ (y)
dimensionnelle statique en état de ductilité si les conditions supplé-
mentaires suivantes sont respectées : Dureté H
T*
— les caractéristiques mécaniques du joint (ZF en particulier),
vérifiées à l’aide de QMOS, sont au moins égales à celles minimales
garanties pour le matériau de base. Pour un grand nombre de nuan- Courbe enveloppe des
températures maximales
ces courantes, et dans le cas de modes opératoires de soudage clas-
siques, cette condition est satisfaite et la QMOS s’avère inutile (MOS
préqualifiés) ;
— l’absence de défauts de compacité rédhibitoires (défauts plans
en particulier), est vérifiée à l’aide d’un contrôle non destructif dans y
le joint soudé et ses abords, en particulier l’élément transversal du
joint en croix si tel est le cas.
Par ailleurs, il convient de préciser que le calcul du corps des T *= T recristallisation (état écroui)
pièces entrant dans cette catégorie d’assemblages n’a pas à tenir T mise en solution (état durci par précipitation)
compte d’un coefficient (majorateur d’épaisseur) du type de celui
encore en vigueur actuellement dans la construction d’appareils à
pression, et dont la signification ne repose sur aucun fondement Figure 1 – Influence combinée de l’épaisseur et de la focalisation
technique. d’énergie sur la largeur de la ZAT

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La vérification d’un joint transversal se ramènera alors à une for-


mulation simple du type :
F ¤ a , < bf y

relation dans laquelle fy est la limite d’élasticité ; b représente le


coefficient minorateur de joint et F la valeur majorée de l’effort, ou
la valeur pondérée, c’est-à-dire affectée d’un coefficient dit de sécu- a τT
rité ou d’incertitude ou encore coefficient partiel d’action (g F), qui
dépend de l’incertitude sur la valeur caractéristique de l’action ainsi τ//
que de la probabilité d’occurrence de cette dernière, et dont la
valeur est supérieure à l’unité.
De son côté, la vérification des pièces comportant des joints obli- σ// σT
ques ou même des joints longitudinaux s’effectue en considérant la
démarche exposée au paragraphe 1.2.4.5.

Figure 2 – Composantes de contraintes dans un cordon


1.2 Assemblages à cordons laissant
subsister une discontinuité en racine

1.2.1 Composantes de contraintes


dans les cordons
2q q
Les composantes de contraintes dans un cordon (figure 2), encore
actuellement désignées selon la recommandation ISO/TC 44, sont
calculées par référence à la section efficace de ce dernier d’une part e
ainsi qu’à une action majorée, ou pondérée comme expliqué précé- σT
demment, d’autre part, et sont les suivantes : σT
τT
— s^ : contrainte normale perpendiculaire à la direction du τT
cordon ; A
— t^ : contrainte tangentielle perpendiculaire à la direction du a a a=e/ 2
cordon ; q charge linéique En A :
— t// : contrainte tangentielle parallèle à la direction du cordon. q 10q q
σT = τT = σT = et τT =
La composante s// qui représente la contrainte normale parallèle à a 2 a 2 a 2
la direction du cordon, et qui ne dépend pas de la section efficace de
a système plan symétrique b système plan non symétrique
ce dernier, ne sera jamais prise en compte dans le calcul des soudu-
res en état de ductilité, en raison des critères retenus qui reposent
sur la ruine plastique du cordon.
Figure 3 – Contraintes moyennes, système plan

1.2.2 Principe et modèle de calcul


en état de ductilité
Dans un cordon constitutif d’un assemblage soudé, les trois
composantes de contraintes caractéristiques (s^ , t^ , t//) sont calcu-
lées sur la base de contraintes moyennes (dans l’épaisseur de gorge q
du cordon) en tenant compte, le cas échéant, de l’effet géométrique
Système
introduit par la conception de la structure au niveau de l’assemblage e
axisymétrique
(figures 3a, b et 4).
La notion de contrainte moyenne est bien adaptée au calcul ana- σT τT
lytique élastique, qui s’effectue alors selon les règles de la résis-
tance des matériaux, et qui permet de résoudre un grand nombre de
dispositions simples courantes (voir § 1.2.4). Rm a
Dans le cas du calcul numérique (analyse par éléments finis par
exemple) qui sera en revanche plus approprié à l’analyse de structu- q
res complexes, le modèle à utiliser doit nécessairement ne tenir σT = τT =
a 2
compte que de l’effet géométrique et surtout ne pas introduire l’effet
local résultant de la forme transversale du cordon et de la présence
de discontinuité entre les pièces. Dans ce but, les modèles aux élé-
ments finis doivent faire appel à des éléments de type : Figure 4 – Contraintes moyennes, système axisymétrique
— poutres pour les structures constituées de pièces élancées et,
dans ce cas, il convient de s’assurer que la conception des liaisons
soudées poutre/poutre ne soit pas de nature à introduire un effet
géométrique qui ne serait pas perçu et rendrait caduc le calcul de
l’assemblage ; Lorsque le calcul numérique est mis en œuvre et en l’absence de
— ou coques pour les structures constituées de produits en logiciel disposant d’un élément adapté aux cordons de soudure, les
feuilles, auquel cas l’effet géométrique est nécessairement pris en composantes de contraintes dans les cordons sont calculées à partir
compte par le modèle. des efforts internes au(x) nœud(s) constitutif(s) de l’assemblage.

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1.2.3 Fondements expérimentaux


des formulations de calcul

1.2.3.1 Détermination expérimentale de la ruine plastique


du cordon
La définition d’une contrainte de comparaison :
sc = F(s^ , t^ , t//), τT σT τ
//
a
permettant ensuite la vérification de la stabilité du cordon si :
sc < (fy ou f u / g Mw ), a

(fu charge de rupture) a pu être menée à bien par le passé, grâce à


de nombreuses expérimentations permettant l’étude du comporte-
ment à la ruine plastique d’éprouvettes sollicitées simplement sous
des efforts générant certaines composantes pures (figure 5a, b, c )
[2] ou d’autres [3] qui, conjuguant s^ et t^ (figure 6), étudiaient l’état
a b c
plan de déformation et définissaient ainsi la fonction limite de ruine
plastique à l’intérieur de laquelle une conique de la forme :
2 2 2 Figure 5 – Études expérimentales du comportement
s c = s ^ + lt ^ représentait un critère simple et sécurisant.
à la ruine plastique ; éprouvettes générant des composantes
de contraintes pures
1.2.3.2 Formulation initiale de l’ISO concernant
les soudures sur aciers
Comme certaines expériences s’accordaient sur le fait que t^ et
t// avaient la même influence sur la ruine plastique, la formulation

traction
60
initiale de l’ISO fut établie sur la base de : I
2 2 2 2
s^ + l (t ^ + t // )< (a f y )

II
σ T

II
II
40
traduisant de la sorte un ellipsoïde de révolution autour de l’axe de

I
la contrainte normale s^.

I
Le coefficient l proposé devait être compris entre 1,8 et 2,5 tandis
que a représentait un coefficient de qualité, pénalisant les gorges 20
épaisses. III
Dans la formulation initiale de l’ISO ainsi que d’autres postérieu- III IV
V
res, la contrainte limite à considérer, fy , est la limite d’élasticité de
l’acier de base, garantie par un document normatif définissant le
τT IV III
0
produit. 10 20 30 IV
V
C’est précisément cette formulation de l’ISO avec les coefficients
l = 1,8 et a = min [0,8(1 + 1/a) ; 1] qui sera retenue dans les règles V
CM66 [4] et qui conduira à une formulation enveloppe simple du -20
type :
F/(0,75 a , ) < afy ,
relation dans laquelle F représente l’effort résultant sur un cordon
-40
dont la section efficace est égale à a , .
V
1.2.3.3 Formulation actuelle relative aux soudures II
VI
sur aciers V
-60

compression
I
Aujourd’hui, la vérification d’un cordon de soudure s’exprime à
l’aide d’une relation qui a perdu en simplicité ce qu’elle a gagné en
rationalité ; la formulation générale proposée dans les règles euro-
péennes de calcul des structures en acier [5] de limite d’élasticité fy -80
n’excédant pas 500 MPa se ramène à la double vérification VII

σ T
suivante :
2 2 2 2 2
b w [ s ^ + 3 ( t ^ + t // ) ]< ( f u ¤ g Mw ) (1) Figure 6 – Études expérimentales du comportement à la ruine
plastique dans un système plan conjuguant s ^ et t ^
et :
s ^ < f u ¤ g Mw (2)
— l’élimination du coefficient de qualité a ;
Par rapport à la formulation initiale de l’ISO, les modifications — la référence à la charge de rupture (fu) de l’acier de base,
introduites sont les suivantes : garantie par un document normatif ;
— l’emploi d’un coefficient l égal à 3 en conformité avec celui de — la prise en compte d’un coefficient partiel ( g Mw ) sur la charge
V. Mises ; de rupture et dépendant de la nuance de l’acier de base ;

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— l’introduction d’un coefficient (bw) en relation avec la nuance — b et g sont des coefficients minorateurs caractérisant l’abaisse-
de l’acier de base, et qui représente le fait qu’en matière de soudage ment éventuel de résistance mécanique du joint soudé, qui dépen-
d’aciers doux non alliés ou microalliés (fu < 510 MPa), les produits dent de la nuance et de l’état de l’alliage de base ainsi que de la
d’apport de soudage à l’arc par procédés classiques confèrent aux nuance du produit d’apport.
zones fondues des caractéristiques mécaniques très supérieures à Quelques valeurs des coefficients b et g sont reproduites dans le
celles de la nuance de base. tableau 2, pour diverses liaisons courantes obtenues à l’aide des
Les coefficients bw , et g Mw proposés par le document sont procédés de soudage à l’arc (131, 141).
regroupés dans le tableau 1.

Tableau 2 – Quelques valeurs de b et g , pour diverses


Tableau 1 – Coefficients bw et g Mw [5] liaisons obtenues par soudage à l’arc (131, 141)
Épaisseur Nuance
fy fu Alliage 1/État Alliage 2/État b g
Nuance fy /fu bw g Mw (mm) apport
(MPa) (MPa)
AW 5754/H111 AW 5754/H111 < 20 AW 5154 1 1
S235 235 0,65 360 0,80 1,25
AW 5086/H111 AW 5086/H111 < 20 AW 5356 1 1
S275 275 0,67 410 0,85 1,30
AW 6060/T5 AW 6060/T5 <8 AW 4043 A 0,6 0,9
S355 355 0,70 510 0,90 1,35
AW 6060/T5 AW 6060/T5 <8 AW 5356 0,65 1
AW 6081/T6 AW 6081/T6 < 20 AW 4043 A 0,45 0,8
C’est précisément pour tenir compte de la différence de caracté- AW 6081/T6 AW 6081/T6 < 20 AW 5356 0,45 1
ristiques mécaniques entre ZF et MB, qui serait de nature à générer AW 7020/T6 AW 7020/T6 <8 AW 4043 A 0,6 0,7
une ruine par cisaillement sous cordon d’un assemblage sollicité
préférentiellement sous la composante s^ , que la condition (2) AW 7020/T6 AW 7020/T6 < 12 AW 5356 0,8 0,65
s’impose. AW 5086/H111 A-S7G0,6/Y33 <8 AW 4043 A 0,4 0,8
Une formule enveloppe, déductible de la relation générale, est AW 6060/T5 A-S7G0,3/Y23 <8 AW 4043 A 0,6 0,8
proposée par ce même document sous la forme :

åFi ¤ ( a , ) < fu ¤ ( bw g Mw 3)
Il y a lieu de noter qu’une formule enveloppe est également expri-
relation dans laquelle SFi représente l’effort résultant dans la section mable sous la forme :
efficace (a , ) considérée.
å Fi / ( a , )< abg fy ¤ 1,64
1.2.3.4 Extension de la formulation générale actuelle
aux aciers à haute limite d’élasticité (HLE)
Une extension éventuelle de la formule présentée précédemment 1.2.4 Application pratique des règles
aux aciers HLE à grains fins de limite d’élasticité fy comprise entre au calcul analytique
500 et 700 MPa, serait admissible dans la mesure où le produit
d’apport retenu confère à la zone fondue les caractéristiques méca- 1.2.4.1 Assemblages soumis à des efforts dans leur plan
niques telles que :
Cette catégorie d’assemblages, dans lesquels la résultante des
fuw > fu , fy w /fuw < 0,8 et A 5d > 20 %, efforts en transit est coplanaire avec les divers cordons constitutifs,
conduit en principe à déterminer au préalable le centre de rotation
et dans ces conditions, les coefficients bw et g Mw prendraient les instantané (CRI) du système après s’être assuré que les éléments
valeurs respectives de 1 et de 1,5. constituant l’assemblage présentent une rigidité suffisante pour que
En ce qui concerne les aciers HLE de limite d’élasticité supérieure cette théorie soit valide.
à 700 MPa et dans le cas de cordons de gorge modeste (a < 10 mm La méthode du CRI est en principe applicable à toutes formes de
par exemple), les valeurs numériques des coefficients bw et g Mw ligne de joint (polygonale fermée ou non, ou circulaire), mais la
nécessitent une expérimentation à l’aide d’essais mécaniques réali- détermination du CRI devient fastidieuse si le contour est polygonal.
sés sur échantillons soudés représentatifs en tous points (géométri-
D’une manière générale, le CRI se calcule en écrivant les équa-
que, métallurgique et thermique) de la liaison à réaliser. Pour des
tions d’équilibre de la statique dans un système plan. Dans le cas
cordons comportant une gorge épaisse, la démonstration de l’état
d’un seul cordon parallèle à l’effort (figure 7), cela conduit à :
de ductilité à la racine reste à faire à l’aide d’essais de mécanique de
la rupture. — moments par rapport au point O (CRI) :

1.2.3.5 Formulation relative aux cordons de soudure


sur alliages d’aluminium
F (D + k ) = 2 E0
,
r dR (3)

Les règles de calculs AL71 [1] proposent une formulation générale — projection sur l’axe y :
s’exprimant par :
2 2 2
s ^ + 2,7 (t ^ + t // ) < (a bg f y )
2
F= 2 E
0
,
cos q dR (4)

dans laquelle : Dans chacune de ces expressions, l’effort élémentaire est :


— a représente un coefficient de qualité d’exécution compris dR = aAr dy, où a représente la gorge du cordon et A une constante
entre 0,8 et 1 ; de proportionnalité qu’il est inutile de préciser.

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z
y F
dR z

Plan de
r dy
l'assemblage

O θ1

2<
0 < 2 a2
Tz

G x

k D Ty
Nx
x
Figure 7 – Assemblage soumis à un effort dans son plan,
y
parallèle au cordon unique. Méthode du CRI
< 1 a1
y

Figure 8 – Composantes du torseur des sollicitations


L’intégration de (3) conduit à :
dans le cas général
2
F (D + k ) = 2 A a , (k 2 + , ¤ 3 ) (5)
tandis que celle de (4) se traduit par :
F=2Aak, (6) <1 a1
T4(T)
et l’introduction de (5) dans (6) donne finalement : 1
N1(M) T3(T)
2
k = , ¤ 3D N1(N)
Nota : un résultat identique est obtenu dans le cas d’un cordon perpendiculaire à
l’effort. a3 ∆ wz
4
Lorsque l’effort est très excentré et que le cordon est court, il N4(N)
convient d’observer que le CRI est confondu avec G (centre de gra- <3 3
vité du cordon) et l’erreur commise en réduisant, en G, l’effort F et Nx N3(N)
son moment F D devient ainsi négligeable.
y
L’abscisse k du CRI étant définie, il devient possible de déterminer
la constante de proportionnalité A, ce qui permet alors d’obtenir la N2(N)
contrainte maximale de cisaillement :
N2(M)
2
t = A (k 2 + , )0,5 2
laquelle autorise enfin le calcul des composantes de contraintes : a Tz b

s^ = t^ = t sin q1/ 2
Figure 9 – Assemblage d’un profil H sur un plan vertical rigide
t// = t cos q1

— lorsque plusieurs cordons sont équi-orientés vis-à-vis d’une


1.2.4.2 Assemblages soumis à des efforts quelconques
composante, celle-ci se transmet dans chacun des cordons selon
une règle de proportionnalité :
1.2.4.2.1 Cas des assemblages constitués de cordons
• de section (cas d’une composante effort),
rectilignes discrets
• de moment statique (cas d’une composante moment).
Au centre de gravité G des sections efficaces des divers cordons
L’exemple donné par la figure 9 qui représente l’assemblage d’un
contenus dans le plan d’assemblage défini par Gy, Gz du trièdre de
profil H sur un plan vertical rigide, à l’aide d’un cordon sur chaque
référence (figure 8), est calculé le torseur des sollicitations en transit
aile du profil (figure 9a ), et de deux cordons sur l’âme de ce même
entre les deux éléments, dont les six composantes sont :
profil (figure 9b ), permet d’illustrer l’application des hypothèses
— un effort normal (au plan d’assemblage) : Nx ; précédentes.
— deux efforts tranchants (ou rasants) : Ty et Tz ;
● L’effort Nx se transmet dans chaque cordon au prorata des sec-
— un moment de torsion : } x ;
tions, et le cordon 1 (section : a 1 , 1) reprend un effort normal :
— deux moments de flexion : } y et } z .
Dans la mesure où l’élément contenu dans le plan y Gz est suffi- N1 ( N ) = ( a1 ,1 ) Nx ¤ å ( ai ,i )
samment rigide pour ne pas introduire d’effets géométriques indé-
sirables, deux hypothèses simplificatrices sont communément ● Le moment fléchissant } y est transmis en totalité par les cor-
admises : dons d’ailes 1 et 2, lesquels sont parallèles au vecteur moment } y ,
— une composante du torseur peut être transmise en totalité par si bien que sur le cordon 1 précédent s’ajoute :
le (ou les) cordon(s) le(s) mieux disposé(s) ou orienté(s) pour assu-
rer ce transit [cordon(s) parallèle(s) au vecteur] ; N1(M) = } y /Dwz

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● Enfin l’effort tranchant Tz est repris en totalité par les cordons


d’âme 3 et 4, lesquels sont parallèles au vecteur d’effort Tz , si bien z
que ces deux cordons ont à transmettre un effort oblique qui est la
résultante de :
θ
N3 ( N ) = ( a3 ,3 ) Nx ¤ å ( ai ,i )
y
et : Ty
T3(T) = Tz /2
G
x
Nx
1.2.4.2.2 Assemblages par cordons circulaires
Les assemblages par cordons circulaires ne peuvent être calculés Tz
en admettant la première hypothèse simplificatrice précédemment x
énoncée, mais en revanche leur forme se prête bien à l’étude analy-
tique de la répartition des composantes de contraintes dans la sec- y
tion efficace annulaire de rayon moyen Rm et de largeur a, au centre
G de laquelle se retrouvent les six composantes du torseur (Nx , Ty , z
Tz , } x , } y et } z ) ainsi que représenté sur la figure 10.
Figure 10 – Composantes du torseur des sollicitations dans le cas
À l’évidence, Nx et } x donnent lieu à une répartition uniforme des
d’un assemblage par cordon circulaire
composantes de contraintes telle que :
— sous Nx : s^ = t^ = Nx /(2pRma 2 ) et t// = 0 ;
2
— sous } x : s ^ = t^ = 0 et t// » } x /(2p R ma ).

Si les deux éléments assemblés sont rigides, les efforts rasants Ty z


a
ou Tz conduisent à une répartition des composantes selon une fonc-
tion trigonométrique telle que :
— sous Ty : s^ = – Ty cos q /(2pRm a 2 ), t^ = Ty cos q / a y

(2 p Rm a 2 )et t// = – Ty sin q /(2pRm a ) ;


— sous Tz : s^ = – Tz sin q /(2pRm a 2 ), t^ = Tz sin q / G

(2 p Rm a 2 )et t// = Tz cos q /(2pRma ).

Enfin, les deux moments fléchissants } y et } z se traduisent par Nx <


une fonction trigonométrique sur les deux composantes s^ et t^ , ce Tz
x
qui conduit à :

— sous } y : s^ = t^ »
2
} y sin q /(p R m a 2 ) et t// = 0 ;
— sous } z : s^ = t^ »
2
Ð } z cos q /(p R m a 2 ) et t// = 0. z
e
Il est alors possible de rechercher soit analytiquement, soit à
l’aide d’un calculateur programmable, le point d’orientation qc pour
Figure 11 – Assemblage d’un plat par deux cordons équirésistants
lequel le critère de contrainte exposé au paragraphe 1.2.3 conduit à
la valeur maximale.
Le problème de la fonction de répartition des composantes indui-
tes par les efforts rasants Ty ou Tz se pose lorsque l’élément ayant 1) Nx bu = f y ,e < Nx w avec : Nx w = 2 2, as ^ .
l’axe Gx comme axe de révolution est un tube mince, pour lequel il
y a lieu de penser que la flexibilité radiale est de nature à conduire à Comme :
une transmission non uniforme d’un effort orthogonal à cet axe.
2 b w s^ < fu /g Mw ,
il vient :
1.2.4.3 Concept de cordons équirésistants
Nx w = fu 2,a /(bwg Mw) > f y , e ,
Dans un contexte de sécurité, ou lorsque les efforts en transit
dans les cordons sont difficilement calculables, le dimensionnement d’où : a > (fy /fu) (e bw g Mw / 2 ), c’est-à-dire : a > 0,46 e
de ces derniers peut s’effectuer sur la base d’une équicapacité résis-
tante entre la section des pièces et celle des cordons les réunissant, 2) Tz bu = fy , e 3 < Tz w avec : Tz w = 2 , a t// .
conduisant en cela à définir la gorge des cordons en fonction de la
dimension caractéristique de la pièce assemblée. L’application de ce Comme :
concept à l’assemblage d’un plat (section Ab = , e ) à l’aide de deux
cordons (gorge a, longueur , ) (figure 11) soumis successivement b wt// 3 < fu /g Mw ,
aux sollicitations isolées suivantes : il vient :
— effort normal Nx ;
Tz w = 2fu , a /(b wg Mw 3 ) > f y , e 3 ,
— effort rasant Tz ;
— moment fléchissant } z ; d’où : a > (fy /fu) (e b wg Mw /2), soit : a > 0,33 e
conduirait, dans le cas d’une structure en acier S235 calculée selon
des dispositions récentes à écrire que : 3) } z bu = fy , e 2/6 < } z w avec : } z w = 2 e ,as^ .

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Comme :
2b ws^ < fu /g Mw ,
a
il vient : τT
} z w = fue , a /( 2 bwg Mw) > fy , e2/6 , 1

d’où : a > (fy /fu) (e b wg Mw 2 /6), soit : a > 0,15 e 2 σT

La gorge enveloppe du cordon équirésistant vis-à-vis de chacune


a
de ces trois sollicitations est en conséquence égale à 0,5 e pour
τT F
l’acier S235 ; dans le cas de l’acier S355 elle serait égale à 0,6 e.
Une démarche analogue pourrait être effectuée dans le cas d’une
barre ronde (diamètre d ) assemblée par un cordon de soudure Figure 12 – Dissymétrie des composantes de contraintes
circulaire ; la gorge enveloppe serait alors égale à 0,2 d pour l’acier dans des cordons transversaux assemblant des éléments obliques
S235 et 0,25 d pour l’acier S355.

1.2.4.4 Cas restrictifs d’application


F
■ Longueur minimale des cordons
Les cordons de longueur unitaire inférieure à 5 fois l’épaisseur de
leur gorge (avec minimum absolu de 30 mm) ne doivent pas être
pris en compte pour la transmission des efforts. e

■ Longueur maximale des cordons longitudinaux


Afin de tenir compte de l’effet géométrique affectant les cordons
longitudinaux de grande longueur ( , > 150 a ), un coefficient mino-
rant b Lw est à introduire sur l’effort admissible ; la valeur du coeffi-
cient est donnée par : S < min ( e / 5 ; 3 mm)

b Lw = 1,2 – 0,2 , /(150 a )


Figure 13 – Cordons de soudure sur double chanfreinage partiel
■ Cordons transversaux assemblant des éléments obliques
La dissymétrie des composantes de contraintes (figure 12) dans
chacune des gorges des cordons 1 (angle obtu) et 2 (angle aigu) con-
duit normalement à effectuer la vérification pour cette dernière
situation dans laquelle la composante la plus élevée est le cisaille- σ
ment (t^). C’est par ailleurs à la racine de ce cordon, dont l’accès est
malaisé, que les défauts de fusion sont à craindre.

■ Assemblages à cordons sur double chanfreinage partiel


Lorsque des cordons de soudure sont réalisés sur un double
chanfreinage partiel (figure 13), aucun calcul justificatif n’est à
<1
apporter dans la mesure où la largeur de la discontinuité (épaisseur <1
du talon) n’excède pas la plus faible des deux valeurs : e /5 et 3 mm. 2<
1 e
b
1.2.4.5 Calcul des pièces soudées en alliages d’aluminium
Il convient de distinguer, sur les alliages d’aluminium, le calcul
des cordons de soudure, dans lesquels transite un effort, de celui Figure 14 – Pièces tendues soudées en alliages d’aluminium :
des pièces soumises à efforts, sur lesquelles les soudures qui sont calcul de section équivalente
réalisées (elles-mêmes sollicitées ou non) conduisent à un abaisse-
ment éventuel de la résistance des éléments lorsque le coefficient b
s’avère inférieur à l’unité.
Dans le cas de pièces tendues, un calcul de section équivalente 2. Assemblages
(figure 14) est à établir pour la vérification du corps des pièces, en
considérant que l’abaissement de résistance s’observe sur une lar- sous charges variables.
geur affectée thermiquement ( , 1 ) située de part et d’autre de l’axe
des soudures. La section équivalente s’exprime alors sous une
Calculs en fatigue
forme telle que :
Aeb = e {b – (1 – b ) å , i }
Lorsque la section affectée n’excède pas 10 % de la section trans- 2.1 Principaux facteurs intervenant
versale, la vérification n’est toutefois pas nécessaire. sur l’endommagement en fatigue
Dans le cas de poutres fléchies, constituées à partir de profils filés
(figure 15), les soudures seront naturellement disposées à une dis- À l’inverse du comportement statique en état de ductilité, lequel
tance vw telle que vw = b v. ne fait intervenir que des notions simples sur le comportement du

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∆σ ∆σ
∆σ1 ∆σ1
v
vw

∆σ2 ∆σ2

n2 n1 N n1 n2 N
Amorçage Amorçage
Propagation

Figure 15 – Poutre fléchie constituée de profils filés


Figure 16 – Endommagement généré par deux séquences
d’application d’un même spectre de chargement
matériau (Rp0,2 , Ru) et sur les sollicitations (contrainte géométri-
que), l’endommagement en fatigue des assemblages soudés met en
cause de nombreux facteurs que l’on peut classer de la façon sui-
vante :
Matériau/fabrication : r w
Propagation
— loi de comportement ; Amorçage
— grosseur du grain, état inclusionnaire (morphologie et orienta- a
tion) ;
— contraintes résiduelles (mise en forme, soudage).
Sollicitations :
Amorçage Propagation
— étendue de contraintes : Ds = smax – smin , ou de déformations ; b
— rapport de charge : R = smin /smax ;
— histogramme des étendues de contraintes et séquence d’appli-
cation des blocs d’étendues de contraintes ; Amorçage
Propagation
— variabilité des directions principales de contraintes au cours du c
cycle.
Géométrie/fabrication :
N
— forme des éléments au niveau de la liaison soudée (effet
entaille
géométrique) ;
— forme des cordons de soudure (effet local) ; Figure 17 – Comportements comparés en fatigue de pièces
— imperfections d’accostage et déformations de soudage (déni- mécaniques et d’assemblages soudés
vellation et désorientation) ;
— petits défauts de surface vers les raccordements (caniveaux,
stries de meulage et de coupage, indentations de mise en forme) ;
— effet d’épaisseur.
Milieu :
2.2 Particularités du comportement
en fatigue des assemblages soudés
— corrosion ;
— température ; Le comportement en fatigue des assemblages soudés se distin-
— fragilisation par l’hydrogène. gue de celui des pièces mécaniques usinées par deux aspects fonda-
À l’exception des facteurs liés au milieu (corrosion par exemple) mentaux.
ou au matériau (état inclusionnaire par exemple), et qui nécessitent
une démarche préalable expérimentale, les facteurs sont, dans ■ Le facteur de forme locale
l’ensemble, pris en compte (quelquefois de façon discutable) dans Alors qu’une pièce mécanique prédisposée à la fatigue et dotée
les diverses recommandations actuelles de dimensionnement en d’un rayon de congé se caractérise par une longue période d’initia-
fatigue des structures soudées. Il convient de noter dès à présent tion d’endommagement (figure 17a), les assemblages soudés peu-
que, plus que tout autre facteur, la séquence d’application des blocs vent, à l’état brut de soudage, être assimilés à des entailles d’acuité
de contraintes sur une structure soumise à amplitude de charge non variable ; ce qui réduit de façon significative et selon diverses pro-
constante, demeure un des facteurs dont la prise en compte est des portions, cette même phase d’initiation du dommage (figure 17b
plus délicates. La figure 16 illustre de façon schématique la diffé- et c). Ce premier aspect se solde par deux conséquences.
rence d’endommagement générée par deux séquences d’applica-
La première consiste à considérer qu’en l’absence de parachève-
tion différentes d’un même spectre de chargement comportant lui-
ment l’influence de la nuance de l’acier est négligeable sur la tenue
même deux blocs d’étendues de contraintes tels que :
de la structure soudée (cinétique de propagation indépendante de la
— Ds1 : juste suffisant pour amorcer (figure 16a ) ; nuance).
— Ds2 : insuffisant pour amorcer mais suffisant pour propager La seconde est de nature à faire abstraction de la polyaxialité des
(figure 16b ). contraintes dans le cas de sollicitations composées ainsi que de la

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variabilité des directions principales pendant le cycle (l’entaille est


généralement d’orientation variable le long de la ligne de joint). 200

■ Les contraintes résiduelles


Alors que la pièce mécanique est le siège de contraintes résiduel- σmax
les superficielles uniformes et favorables en raison d’un traitement (MPa)
approprié (thermique ou thermochimique), la structure soudée se
trouve, à l’état brut de soudage, soumise à des champs de contrain-
tes résiduelles généralement positives, en rapport avec la limite 150
d’élasticité du matériau de base et orientées orthogonalement vis-à-
vis de l’entaille dommageable.
Ce second aspect conduit à utiliser de préférence les lois de
fatigue établies expérimentalement à partir d’assemblages à l’état
brut de soudage et basées sur l’étendue de contraintes (courbes 1
a lité
Ds = F(N )), plutôt que celles s’appuyant sur le rapport R ou bien la Qu
100
contrainte moyenne.
2
lité
Qua
2.3 Méthodes de dimensionnement
e
en fatigue des assemblages soudés gl
d 'a n
ure
oud
50
ns de s
2.3.1 Fondements expérimentaux C ordo
du dimensionnement en fatigue τ Acier type 5235
σ Qualité 1 : cordons
En raison même de la mise en œuvre du soudage dans la cons- arasés ou parachevés
truction de structures soumises à l’influence de chargements varia- F F par meulage
bles dans le temps (levage-manutention et ouvrages d’art), de σ = τ =
Σ< a Σ< a
nombreuses expérimentations ont été effectuées par le passé.
0
Sachant l’importance que pouvait présenter le détail de l’accident de -1 -0,5 0,5 1
0
forme, les expérimentations étaient réalisées sur maquettes de pou- σmin
tres fléchies construites à l’échelle unité, en respectant à la fois σmax
l’effet géométrique global (forme et position des éléments soudés),
l’effet géométrique local (forme du cordon) et les imperfections
Figure 18 – Limite de fatigue à 2 ·106 cycles des assemblages soudés
industrielles. L’exploitation des premiers résultats (diagramme de
Guerrera et Newman) avait naturellement donné lieu à des regrou-
pements par classes de détails équivalents en terme de tenue en
fatigue, et sous une représentation de la forme : smax = F(R ) à — les aciers sont de nuance telle que fy < 700 MPa et les alliages
2 · 106 cycles telle que représentée figure 18, qui est encore actuel- d’aluminium sont de nuance soudable ;
lement en vigueur dans les codes de construction relatifs aux struc- — les structures ne sont pas soumises à fatigue oligocyclique
tures d’engins de manutention [6]. Dans ces graphiques, smax (Ds < 1,5 fy environ) ;
représente l’amplitude de contrainte qu’il est possible de déterminer — les structures ne sont pas soumises à corrosion, et ne tra-
(par mesure ou par calcul) en faisant abstraction de toute modifica- vaillent pas à température élevée.
tion géométrique globale ou locale provenant du détail soudé
(notion de contrainte nominale dans l’élément dommageable).
2.3.2.1 Procédures de vérification basées sur les courbes
de Wöhler
2.3.2 Dimensionnement en fatigue Les principes retenus comme base de dimensionnement par le
des assemblages soudés document sont les suivants :
Les bases modernes du dimensionnement en fatigue des assem- — les courbes caractéristiques de résistance à la fatigue
blages soudés sont développées par une recommandation [7] (figure 19) sont données avec la représentation de Wöhler (ou cour-
de l’Institut international de la soudure sous la forme du document bes S-N c’est-à-dire : Ds = F(N )) ;
IIS/IIW XIII 1539-96/XV 845-96, édition 1996. — les courbes caractéristiques S-N proviennent principalement
d’essais réalisés sous amplitudes constantes et comportent une
Le document, qui définit au préalable les limitations de son branche descendante de pente m1 = 3 et de constante C1 = NDs 3
domaine d’application ainsi que les conditions à satisfaire pour que jusqu’à 5 · 106 cycles suivie du palier d’endurance (DsL), et ne sont
la vérification soit inutile, propose plusieurs procédures de vérifica- utilisables qu’avec la restriction d’amplitude constante ;
tion parmi lesquelles il convient de retenir, dans le cas des pièces
— les courbes caractéristiques indiquées comportent un classe-
mécaniques soudées, l’une des suivantes :
ment (CIxx) qui représente par définition l’étendue de contrainte
— la méthode de la contrainte nominale ; nominale à 2 · 106 cycles ;
— la méthode de la contrainte géométrique (dite « du point — enfin les courbes sont établies en tenant compte d’une disper-
chaud ») ; sion statistique et leur représentation correspond à une probabilité
— les approches locales : de survie de 95 %.
• soit à l’aide de la contrainte locale d’entaille,
• soit à l’aide de la mécanique de la rupture (discontinuité plane 2.3.2.1.1 Vérification à l’aide de la méthode de la contrainte
initiale ou fissure générée en service). nominale
Il convient de préciser qu’à quelques exceptions près le document Cette méthode convient particulièrement bien aux structures géo-
est applicable aux structures en acier et à celles en alliages métriquement simples ou comportant des éléments élancés (barres
d’aluminium ; les restrictions d’application sont les suivantes : ou poutres), et sur lesquelles des assemblages soudés de constitu-

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σ
lg ∆σ
σL
Limite de fatigue
Classe sous amplitude
σG
125 constante
112 σN
100
90
80
71
63
56
50
45 Figure 20 – Détermination de la contrainte géométrique
40
36
pente m1 = 3,00 — la forme locale du cordon (pied de cordon et discontinuité de
racine) ;
— les imperfections de fabrication (dans certaines limites de
6 6 6 7
lg N
niveau de qualité) ;
10 2 .10 5 .10 10
— le procédé de soudage (dans certains cas) ;
— les contraintes résiduelles,
Figure 19 – Courbes caractéristiques de résistance à la fatigue si bien que la contrainte à considérer est la contrainte nominale cal-
de Wöhler (ou courbes S-N ) culable en partie courante de la section de l’élément (ou du cordon
de soudure) au voisinage de la région d’endommagement potentiel.
Il convient de noter que certaines configurations (assemblage en
tion ou de fixation d’appendice sont réalisés. Le tableau 3 reproduit croix à cordons non chanfreiné par exemple) doivent nécessaire-
quelques-uns des très nombreux détails structuraux auxquels il est ment faire l’objet d’une double vérification :
possible de se rattacher de façon comparative au travers de la classe
CIxx, en prenant soin de respecter l’orientation de l’effort par rap- — endommagement en pied de cordon (413) à l’aide de la
port à la direction du cordon et de situer la région d’initiation de contrainte nominale dans l’élément ;
l’endommagement. — endommagement à la racine du cordon (414) à l’aide de la
contrainte nominale dans la gorge.
Dans la mesure où la conception de la structure est étudiée de
Tableau 3 – Quelques détails structuraux façon à garantir l’absence d’un effet géométrique autre que celui
de joints soudés [7] éventuellement considéré dans la classe de détail CIxx, le calcul de
la contrainte s’effectue selon la complexité de la structure, soit
no Détail structural Description CI analytiquement à l’aide de la théorie des poutres par exemple, soit
détail numériquement à l’aide des éléments finis et d’un modèle
« rustique » de type poutres ou de type coques. Dans ce dernier cas
Soudures transversales il convient de ne pas procéder à un maillage trop fin dans la région
Soudure bout à bout étudiée afin d’écarter le calcul d’une contrainte qui serait susceptible
transversale d’atelier à de correspondre à la contrainte géométrique.
212 plat (PA), angle de rac- 100
cordement b > 150 o , 2.3.2.1.2 Vérification à l’aide de la méthode de la contrainte
CND de compacité
géométrique
Soudure bout à bout Cette méthode est applicable aux structures soudées pour les-
transversale ne respec-
213 tant pas les conditions 80 quelles l’effet géométrique provenant de la disposition des élé-
de 212, CND de compa- ments n’est pas répertorié dans le catalogue des classes de détail
cité dont il est question au paragraphe précédent. Une illustration d’une
telle situation est donnée sur la figure 20 qui indique par ailleurs la
Joint en croix ou en T, quantité qui correspond effectivement à la contrainte géométrique
double cordon d’angle,
e

dans le site présumé d’endommagement (pied de cordon en l’occur-


413 arrachement lamellaire 63
écarté, désalignement rence).
D < 0,15 e, fissuration à La détermination de la contrainte géométrique (sG), qui devient
partir du pied de cordon dans cette méthode la contrainte de référence, peut s’effectuer soit
Joint en croix ou en T, expérimentalement (par extensométrie à jauge à circuit résistif) soit
a

double cordon d’angle, par calcul numérique. Dans chacune des deux procédures, la régres-
fissuration à partir de la sion permettant de déterminer sG doit s’établir sur la base d’une
414 racine, contraintes cal- 45
spécification précise sur la position des points de mesure (ou de
culées dans la gorge du calcul) à considérer en fonction de l’épaisseur en particulier.
cordon
À l’évidence, le calcul numérique aux éléments finis à l’aide d’un
modèle « coques » est bien adapté à la détermination de sG sous
réserve d’un minimum de précautions que l’on peut énumérer ci-
Les courbes de fatigue qui se rapportent à la classe CIxx, tiennent après :
compte des divers paramètres que sont : — la (ou les) région(s) dommageable(s) est (sont) à définir au
— l’effet géométrique des éléments ; préalable ;

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— par calculs numériques soit à l’aide de la méthode des élé-


ments finis (éléments volumiques), soit à l’aide de celle des élé-
ments de frontière ;
— expérimentalement par mesures photoélasticimétriques.
La vérification de la résistance en fatigue s’effectue alors à l’aide
Éléments d’une courbe de référence S-N unique qui représente finalement le
coques recalage qu’il convient d’introduire afin de tenir compte des imper-
fections locales et des contraintes résiduelles au niveau de l’acci-
dent endommageant. La courbe proposée actuellement est celle
d’une classe de détail CI 225.
Il convient de préciser que, tout comme les deux méthodes précé-
dentes, la présente ne s’applique qu’aux structures d’épaisseur
Éléments supérieure à 5 mm.
poutres
2.3.2.1.4 Facteurs correctifs à apporter
Figure 21 – Modélisation des cordons de soudure au moyen Les trois méthodes précédemment exposées, qui procèdent par
d’éléments poutres référence à une classe de détail CIxx, doivent faire l’objet lors de la
vérification, d’une correction de classe qui introduit ainsi l’influence
de certains paramètres, énoncés au paragraphe 2.1.
— le maillage doit s’effectuer en disposant de préférence le point
■ Le rapport de charge (R )
de Gauss des éléments au niveau du site d’endommagement (pied
de cordon) ; Les structures sur lesquelles les contraintes résiduelles sont négli-
— le maillage doit être réalisé suffisamment finement si l’effet geables (structures relaxées par exemple) et fonctionnant hors solli-
géométrique conduit à un fort gradient de contrainte (possibilité citations secondaires (thermique ou mécanique) peuvent bénéficier
également d’utiliser des éléments de coque à 8 nœuds) ; d’un relèvement de la classe par un coefficient F(R ) pouvant attein-
— la prise en compte des déformations prévisibles de soudage ne dre la valeur :
doit pas être négligée surtout si l’effet géométrique est de nature à F(R ) = 1,6
faire apparaître une prédominance de contraintes de membrane ;
— les cordons de soudure peuvent être modélisés soit avec des ■ L’effet de l’épaisseur (e )
éléments coques (mais apparaît le problème des moyennes calcu- L’effet est à considérer dans le cas d’endommagement en pied de
lées aux nœuds), soit avec des éléments poutres dont la raideur est cordon sur éléments épais ; le coefficient de réduction F(e ) proposé
alors appropriée à la gorge du cordon (figure 21). pour les pièces d’épaisseur supérieure à 25 mm en acier comme en
Le dépouillement s’effectue alors sur la base de la contrainte prin- alliage d’aluminium est donné par la relation :
cipale s1 calculée sur le site d’endommagement.
F(e ) = (25/e )0,25
La vérification de la résistance en fatigue s’effectue ensuite à
l’aide d’une courbe de référence S-N qui représente finalement le ■ La température (T )
recalage entre s L et sG et qui correspond à une classe d’un détail
(CIxx) n’introduisant aucun effet géométrique (sG = sN) mais l’effet L’effet défavorable de la température peut être considéré au tra-
local de l’accident endommageant, accompagné des imperfections vers d’un coefficient de réduction F(T ) donné de façon conservative
de fabrication et des contraintes résiduelles. dans le cas de l’acier entre 100 et 600 °C, par la relation :
L’exemple d’un pied de cordon non chanfreiné et brut de soudage F(T ) = 1,12 – 0,0012 T
se traduit ainsi par la courbe CI 63.
Il convient de préciser que le concept de la contrainte géo- ■ Les parachèvements et la protection des surfaces
métrique est extrapolable au dimensionnement de pièces minces Les traitements et parachèvements superficiels exposés en
(e < 6 mm par exemple), qui sortent du domaine dans lequel les [BM 5 190] ne font pas encore l’objet d’une prise en compte chiffrée
courbes S-N ont été établies. Il y a lieu de procéder alors à une expé- sur le calcul en fatigue. Il convient alors nécessairement de procéder
rimentation sur pièces représentatives des formes, épaisseurs et à des expérimentations comparatives et statistiquement représenta-
conditions de soudage, afin de créer une ou deux classes de détail, tives, afin de permettre le recalage du comportement de l’assem-
qui constituent de la sorte une référence permettant de dimension- blage parachevé vis-à-vis de celui brut de soudage.
ner des structures semblables.
2.3.2.1.5 Procédure de vérification
2.3.2.1.3 Vérification à l’aide du concept
La procédure de vérification fait intervenir en premier lieu la poly-
de la contrainte locale
axialité éventuelle des contraintes et en second lieu l’histogramme
Dans l’état actuel, cette méthode, qui ne s’applique qu’aux struc- de chargement.
tures en acier, consiste à déterminer la contrainte locale (s L) telle
que définie précédemment, s’exerçant effectivement sur l’accident ■ Polyaxialité de contraintes sur le site potentiel d’endomma-
local de forme généré par le cordon de soudure, étant entendu que gement
le contour à considérer dans la zone de l’endommagement poten-
En ce qui concerne la combinaison de contraintes normales et de
tiel, laquelle ne peut être que le pied de cordon ou la racine, est un
cisaillement dans le site dommageable, les dispositions convention-
contour « standard » qui introduit :
nelles suivantes sont retenues :
— un rayon de congé rc = 1 mm (pied de cordon ou racine) ;
— le cisaillement est négligé lorsqu’il ne modifie pas de façon
— un angle de raccordement b = 150o (soudure bout à bout) ou
significative la direction de la contrainte principale, qu’il y ait
b = 135o (cordon d’angle).
phasage ou non des contraintes ;
La contrainte locale peut être déterminée : — à l’inverse, il est pris en compte dans le calcul de la contrainte
— par calculs analytiques à l’aide de formules paramétriques principale lorsque son influence est significative, lorsqu’il est en
définissant le kT au point considéré ; phase avec la contrainte normale ;

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— enfin, le problème d’une variation indépendante et déphasée


des deux contraintes pose encore actuellement le choix d’une
méthodologie véritablement appropriée ; une sommation des dom- lg ∆σ 6 8
mages calculés séparément sur chacune des contraintes, associée à 2.10 Ncut 10
un critère conservatif semble se dégager.

m1
■ Histogramme de chargement 1 Limite de fatigue
Pour ce qui est de l’histogramme de chargement, deux cas sont à sous amplitude
m constante
considérer.
CI
● Chargement sous amplitude constante Limite de
m2 troncature
Il s’agit d’une situation qui s’avère incontestablement la plus sim- ∆σcut
ple et la plus précise à vérifier. Si DsS représente l’étendue de
contrainte calculée avec la valeur caractéristique de l’action, et si 4 5 6 7 8 9
10 10 10 10 10 10
DsR représente la valeur caractéristique de résistance donnée par la
courbe S-N, le critère de fatigue sera satisfait si : lg N

Ds S g F < Ds R ¤ g M Figure 22 – Courbe de résistance à la fatigue de Wöhler (S-N)


modifiée pour les chargements sous amplitude variable
Dans la relation précédente, g F et g M représentent des coeffi-
cients partiels de sécurité respectivement sur les actions et sur le
comportement du matériau en fatigue. Comme précisé au paragra-
phe 1.2.1, le coefficient g F dépend de l’incertitude sur la valeur la vérification à l’aide d’une étendue de contrainte équivalente
caractéristique de l’action et de la probabilité d’occurrence de cette d’amplitude constante DsE telle que :
dernière. De son côté, le coefficient g M dépend du risque de ruine
de l’assemblage. 1 ¤ m1 1 ¤ m2
ì m ü ì m ü
D s E = í å ( ni D s i 1 ) ¤ å n i ý ou D s E = í å ( nj D sj 2 ) ¤ å nj ý
● Chargement sous amplitude variable î þ î þ
Il pose par définition, le problème de l’influence de la séquence
d’application des charges et devrait normalement conduire à recom- expressions dans lesquelles :
mander la vérification à l’aide de la mécanique de la rupture lorsque — Dsi et ni représentent respectivement l’étendue de contrainte
la séquence d’application des blocs est connue. et le nombre de cycles d’un bloc d’indice i de l’histogramme, se rap-
portant à la pente m1 de la courbe S-N modifiée ;
À défaut d’une telle démarche, la vérification simplifiée courante
consiste à appliquer la règle des dommages cumulés (ou som- — Dsj et nj représentent respectivement l’étendue de contrainte
mation de Palmgren-Miner) sur une courbe S-N modifiée dans et le nombre de cycles d’un bloc d’indice j de l’histogramme, se rap-
laquelle la branche descendante (m1 , C1), est prolongée à partir de portant à la pente m2 de la courbe S-N modifiée.
5 · 106 cycles par une seconde branche de pente : m2 = 5 et de À l’évidence, la notion d’étendue de contrainte équivalente perd
constante : C2 = N Ds 5 jusqu’à 108 cycles, enfin suivie du palier de toute signification lorsque l’histogramme de chargement se
troncature (Dscut) (figure 22). La règle des dommages cumulés, qui compose de blocs dont les étendues de contraintes Dsi et Dsj sont
s’applique alors à tous les blocs i dont l’étendue de contrainte majo- de part et d’autre de la limite de fatigue sous amplitude constante
rée DsiS g F est au moins égale à la limite de troncature minorée Ds L .
DscutR /g M , se traduit par la relation suivante :
2.3.2.2 Vérification basée sur le calcul d’endommagement
å (ni ¤ Ni )<1 à l’aide de la mécanique de la rupture
i >1
Cette procédure de vérification permet de vérifier la propagation
cyclique du dommage à partir d’un défaut plan initial qui peut
dans laquelle : correspondre :
— i représente l’indice du bloc de l’histogramme ; — soit à la présence d’une fissuration amorcée en service ;
— ni correspond au nombre de cycles sous l’étendue majorée — soit à l’existence d’un défaut plan de soudure (fissure, manque
DsiS g F du bloc d’indice i ; de fusion, manque de pénétration) ;
— Ni est égal au nombre de cycles autorisés par la courbe S-N — soit à l’existence de la discontinuité de racine.
modifiée, pour cette même étendue majorée DsiS g F. Dans tous les cas, le défaut doit être décelable, positionnable et
dimensionnable avec suffisamment de précision à l’aide d’une
Certains travaux expérimentaux récents montrent toutefois que
méthode de contrôle non destructif.
cette simplification peut ne pas être conservatrice, et il est alors
proposé d’affecter la valeur 0,5 au critère limite des dommages La vérification commence alors par le calcul de l’étendue du fac-
cumulés. teur d’intensité de contrainte (DK ) à la pointe du défaut (dimension
initiale : a0), permettant ensuite de procéder à l’intégration de la loi
Par ailleurs, lorsque l’étendue de contrainte majorée DsmaxS g F du de propagation de Paris qui s’exprime par :
spectre de chargement est inférieure à la limite de troncature mino-
rée DscutR /g M de la courbe S-N modifiée, le calcul des dommages d a ¤ d N = C0 D K m
cumulés devient inutile.
À noter enfin que lorsque les divers blocs de l’histogramme pré- après avoir vérifié que la propagation était effective dans la mesure
sentent des étendues de contrainte se rapportant entièrement soit à où la valeur du facteur d’intensité de contrainte initial s’avère supé-
la pente m1 soit à la pente m2 , une possibilité est offerte d’effectuer rieure à la valeur seuil (DKth).

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PIÈCES MÉCANIQUES SOUDÉES __________________________________________________________________________________________________________

Dans la loi de Paris, le coefficient C0 dépend, entre autres, du — s’il doit être tenu compte de l’évolution de la dimension du
matériau, l’exposant m est égal à 3, tandis que la valeur seuil DKth défaut pour le calcul de DK ;
est fonction du rapport de charge R = Kmin /Kmax . — que la dimension ultime du défaut (a1) s’avère très inférieure à
Selon l’extension (Da ) de la dimension caractéristique du défaut à celle du défaut critique conduisant à une rupture brutale soit par fra-
l’issue du nombre de cycles retenu comme base de calcul, il gilité, soit par écoulement ductile dans le ligament subsistant.
convient alors de vérifier :

Références bibliographiques

[1] Règles de calcul des constructions en allia- [4] Règles de calcul des constructions en acier [6] Règles FEM 1.001. Fédération européenne de
ges d’aluminium (règles AL71 ou DTU P22 (règles CM66 ou DTU P22 701). Eyrolles - la manutention.
702), CSTB - Paris. Paris.
[2] LIGTENBERG (F.K.). – Tests on fillet welds.
Doc. XV. 170-64 of the IIW. [7] Fatigue design of welded joints and compo-
[3] VAN DER EB et VREEDENBOURGH. – Experi- [5] Eurocode no 3 (DAN P22 311 partie 6 et nents. The IIW doc XIII-1539-96/XV-845-96-
ments on fillet welds. Report TNO. annexe M) AFNOR. Abington publishing, 127 p., 1996.

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