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DROIT DES SOCIETES

“La responsabilité civile des dirigeants


sociaux“

Encadré par : Pr. ELOUFIR Chakib

Réalisé par :
ELMASTINI Zineb
MECHKOURI Youssef
OULAIZ Oumaima
Kemmach Toufik (salarié)

Année universitaire : 2021-2022


Plan
Introduction
I – L’encadrement et la mise en œuvre de la responsabilité
sociétaire
A- Les conditions de la mise en jeu de la responsabilité
B –les modalités d’exercice de la responsabilité

II- La restriction de la responsabilité


A- Sanctions et entérinement des actes de dirigeant
B- Les obstacles des actions en responsabilité

Conclusion
Introduction
Aujourd’hui plus que jamais, le dirigeant d’entreprise doit faire face à une montée en
puissance des risques de toutes sortes. Par ailleurs, il convient de protéger les entreprises
d’un autre risque à savoir le risque de réputation. Par conséquent, le développement, la
survie de l’entreprise passe aussi par l’acceptation par l’entreprise d’une prise de risques.
Jean Paillusseau avait définit l’entreprise comme une organisation économique, humaine
hors que la société n’est pour lui qu’un cadre juridique, un contrat portant sur les biens ou
savoirs communs ou bien les deux en contrepartie, les associés s’engagent à contribuer aux
pertes. Le droit marocain des sociétés connait aujourd’hui six formes de société différentes.
On en distingue entre 3 sortes de sociétés commerciales, celles de personnes, autres de
capitaux et la SARL qui y déroge (société mixte). Ce qui compte pour cette distinction c’est
qu’elle est fondée sur le rôle que joue la considération de la personne des associés ainsi sur
les garanties offertes aux créanciers sociaux ce qui limitent la responsabilité qu’en vue de
leurs apports. La gestion de l’entreprise, de par la multiplicité des règles à respecter,
demeure génératrice de risques pour le dirigeant relativement à sa responsabilité civile. La
responsabilité civile du dirigeant demeure donc très vaste. Parmi les principales exceptions,
nous retrouvons celles liées à la qualité de l’associé gérant (de droit ou de fait) 1, ainsi que
celles relatives aux cautionnements éventuellement consentis par un associé .Être dirigeant
n’est pas une mince affaire. En effet, la gestion quotidienne de l’entreprise nécessite de
prendre de multiples décisions susceptibles d’engager sa responsabilité sur les plans civil,
pénal et fiscal2. La responsabilité civile permet de réparer un préjudice pour des dommages
causés à un tiers. La responsabilité pénale quant à elle oblige l’auteur ou le complice d’une
infraction délictueuse à répondre de ses actes devant la société tout entière. La
responsabilité fiscale à son tour est distincte, engagée soit à titre d’exemple pour retard de
dépôt de bilan de société ou encore une liquidation précipitée avant fin de contrôle fiscal.
En effet, le dirigeant doit toujours rechercher si sa décision n’est susceptible d’aucun
recours. Sur en fin de minimiser les risques, la délégation de pouvoirs peut constituer une
solution de limitation de responsabilité mais ça ne peut constituer en aucun cas une
échappatoire de la mise en cause de la responsabilité civile. Le microenvironnement ainsi
que le macro-environnement sont relatifs à la société du fait qu’ils peuvent avoir un impact
sur ses stratégies, notamment sur les décisions de cette dernière, à travers ces facteurs
légaux, socioculturels, technologique, politiques et économiques. Les effets constituent des
externalités.
Faute de négligence, erreur de gestion, omission dans le contrôle de la sécurité, concurrence
déloyale, discrimination qu’elle soit légère ou lourde, intentionnelle ou non, la notion de
faute est imprécise. Elle évolue en fonction de la jurisprudence, ce qui accroît les risques
pesant sur les dirigeants sociaux. En cas de pluralité de dirigeants, ces derniers peuvent être
appelés ensemble en responsabilité, le tribunal saisi disposant du pouvoir de déterminer la
part à prendre en charge par chacun d’entre eux. Lorsque que vous êtes dirigeant
d’entreprise, vous êtes responsable à la limite de la loi et par les statuts de la société. Au
1
Ibid., Page 106
2
La Responsabilité Du Dirigeant - Par Elodie Janquert, le 14/09/2019
droit positif marocain, la société est un contrat par son origine et une institution par son
développement. A ce sujet, trois textes juridiques témoignent : La loi 05-963, la loi 17-954, et
le Dahir des obligations et de contrats. Selon l’article 903 du DOC, le dirigeant doit répondre
à une triple obligation : compétence, diligence et bonne foi. Hors Depuis toujours, le droit
des sociétés a été conçu comme un droit ayant le devoir de protéger les intérêts des tiers.
Une assurance en responsabilité civile couvrant les risques liés à la gestion peut être
envisagée selon la taille, le secteur d’activité et les enjeux financiers de la société. Par
ailleurs ça peut ainsi être question de culture à titre d’exemple aux USA et dans les pays
anglo-saxons, échouer est synonyme d’expérience selon l’adage «Fail fast, Fail often» 3,
source de la fameuse méthode de l’itération chère à la SiliconValley 4 et de l’esprit start-up :
lancer un projet coûte que coûte sans en attendre une réussite, le principal étant de se
lancer, et de recommencer. Au Maroc souvent la société est censée être plus solvable que
les dirigeants. Cette solution semble être avantageuse pour les tiers créanciers.
Plusieurs questions nous amènent autour de la problématique suivante :
En conséquence nous pouvons nous demander quelle est l’étendue de la responsabilité
civile des dirigeants sociaux ?
Répondre à cette problématique c’est d’abord s’interroger sur la mise en jeu de la
responsabilité et les modalités de son application en premier lieu, enfin sur les effets, les
sanctions et les obstacles des actions en responsabilité.

3
Fail Fast, Fail Often: How Losing Can Help You Win - Ryan Babineaux, John D. Krumboltz- 2013
4
 SiliconValley : vallée du silicium: pôle des industries de pointe, zone géographique caractérisée par la
présence importante d'entreprises évoluant dans les techniques de pointe.
I- L’encadrement et la mise en œuvre de la responsabilité
sociétaire :
La responsabilité civile est susceptible d’être mise en œuvre à l’égard de la société, et à
l’égard des tiers (A), et à travers les modalités d’exercice (B).

A- Les conditions de la mise en jeu de la responsabilité


D’abord il faut rappeler que la notion de dirigeant englobe le dirigeant de droit, celui visé
par la loi ou les statuts, et le dirigeant de fait, celui qui accomplit des actes positifs
de gestion et de direction engageant la société, en toute liberté et en toute
indépendance, et ce de façon continue et régulière. On attend de lui qu’il agisse dans
l’intérêt social, de manière loyale, d’être normalement compétent, prudent et diligent. Mais
aussi qu’il partage l’information qu’il reçoit et rende compte régulièrement de sa gestion en
évitant les situations de conflit d’intérêts.5 Le principe est que le dirigeant est interrogé sur
les fautes qu'il commet dans l'exercice de ses fonctions de direction. Cette responsabilité est
soumise aux règles et principes généraux de l’activité judiciaire, qu'elle soit civile ou pénale.
Le dirigeant pourra être interrogé civilement sur les fautes qu'il commet envers la société en
tant que mandataire et il sera même interrogé sur ses fautes mineures, notamment celles
liées à l'abus de pouvoir ou de l'adresse de la société. 6 Être dirigeant exécutif d'une société
est devenu une fonction à risque. Le dirigeant n’assume pas seulement le risque
économique et financier inhérents à la gestion des entreprises mais assume aussi des risques
juridiques qui trouvent leur sources dans le droit des sociétés, le droit des procédures
collectives, le droit fiscal, le droit social sans préjudice de réglementation particulière. Plus
les règles de droit devient nombreuses et complexes, et plus l'exposition des dirigeants à
voir la responsabilité engagée est importante et plus il faut prêter attention à la gestion des
risques juridiques.7
La mise en œuvre de la responsabilité civile des dirigeants nécessite donc les conditions
classiques de la responsabilité civile : une faute, un dommage et un lien de causalité les
unissant. Le dirigeant doit en effet avoir commis une faute causant un préjudice à la société
ou aux associés.
Le préjudice subi tant par les associés que par la société est généralement matériel (perte ou
gain manqué). Même si la preuve de celui-ci apparaît facile à rapporter son évaluation
s'opère assez difficilement des lors qu'une même décision peut produire des effets différés
dans le temps ; il faudra alors tenir compte de la globalité de l'opération.

La responsabilité des dirigeants sociaux à l’égard de la société est susceptible d’être


engagée pour l’une des trois alternatives suivantes :

5
https://www.lemondedudroit.fr/interviews/69939-focus-responsabilite-civile-dirigeants-actionnaires-periode-
crise.html (consulté le 04/12/ 2021)
6
‫ و‬117 ‫ ص‬.1984/83 ‫ الرباط‬،‫ مكتبة المعارف‬،‫ الوسيط في القانون المغربي المقارن الجزء الخامس في الشركات‬،‫السباعي شكري أحمد‬
118
7
EL MERNISSI Mohamed-Traité marocain de droit des sociétés-LexisNexis(2020), http/www.lexisnexis.fr ;
page : 561
*Violations des dispositions légales et règlementaires applicables aux sociétés : les
dispositions dont la violation peut engager la responsabilité des dirigeants sont les
dispositions impératives de la loi 17-95. Il convient d’ajouter les dispositions qui relèvent de
l’ordre sociétaire et qui s’articulent autour de trois axes principaux : l’égalité des associes, la
protection des minoritaires et des tiers, en particulier les créanciers sociaux, et le respect de
l’intérêt social.8
*Violation statutaire : Chaque fois que les administrateurs n'observe pas les dispositions
statutaires, il commettre une faute susceptible d'engager la responsabilité. Il en est ainsi en
cas de dépassement de l'objet social, de non-respect des limitations de pouvoir ou de détails
statutaire de convocation ou encore Line observation des règles de leur contrôle de cession
d'actions
*Faute de gestion : La notion de la faute de gestion n’a fait l’objet d’aucune définition légale,
ce qui rend son appréhension difficile. Les textes qui font référence à la notion de faute de
gestion évoquent simplement d’une part : les dirigeants de société dont la situation est saine
sont responsables des fautes qu’ils commettent dans la gestion. 9Le troisième et dernier cas
prévu par l’article 67 de la loi 5-96 et l’article 352 de la loi 17-95 sur les SA est celui de la
faute commise dans la gestion par le dirigeant. On attend du dirigeant qu'il se comporte en
bon père de famille, ainsi, une obligation de moyen pèse sur lui en matière de gestion.
Pratiquement, la liste des fautes retenues à l'encontre des dirigeants est très diversifiée. Il
peut aussi bien aller d'une négligence ou d'une simple imprudence jusqu’à des manœuvres
frauduleuses, employées par un dirigeant de droit ou de fait. En effet, au regard de la
jurisprudence, la faute de gestion est constituée non seulement par tout acte positif, mais
aussi par toute abstention commise par un dirigeant de société qui peut s'analyser comme
une erreur dans la direction de l'entreprise, une imprudence, une négligence ou une
transgression des obligations légales ou des dispositions statutaires.
Sa notion est aussi encadrée par des critères à la fois objectifs et subjectifs fixés par la
jurisprudence et qui peuvent évoluer. La plupart des mises en jeu de responsabilité du
dirigeant visent à combler tout ou partie du passif de la société tombée en redressement ou
liquidation judiciaire à travers le patrimoine personnel du dirigeant 10.Par ailleurs, la faute de
gestion peut trouver sa source au cours la gestion commerciale et financière de l’entreprise.
Dans le même sens on peut également citer le cas d’absence de tenu de comptabilité,
l’émission de factures fictives ou encore l’engagement d’un prêt bancaire pour renflouer la
trésorerie ou de subventions très aléatoires 11 ou encore l’inexistence des états de synthèse
reflétant la situation financière de la société, le détournement de fond et la manipulation
des recettes réels de l’entreprise.

8
EL MERNISSI Mohamed-Traité marocain de droit des sociétés-LexisNexis(2020), http/www.lexisnexis.fr ;
page 559
9
Y. DECORDT « le statut juridique du dirigeant d’entreprise » édition LARCIER, 2009, page 236 et suivant
10
Article 352 al1 de la loi n°17-95 relatives aux sociétés anonymes.
11
C.A de commerce de FES Arrêt n°786, le 7/6/2005, dossiers joints n°230, 221 et 322/05, revue jurisprudence
de la cour suprême n°53. " ‫و‬221 ‫ و‬230 ‫ ملفات مضمومة رقم‬2005/ 6/7 ‫ بتاريخ‬786 ‫محكمة االستئناف التجارية بفاس قرار عدد‬
53 ‫ منشور بمجلة قضاء المجلس العل عدد‬05/322"
Si le préjudice est subi par un tiers, c’est la responsabilité civile de la société qui est engagée.
Autrement dit, c’est la société qui doit dédommager les tiers.
La responsabilité du dirigeant à l’égard des associés : Un associé a la possibilité d’engager la
responsabilité du dirigeant s’il estime qu’il a subi un préjudice. À condition que l’associé
puisse démontrer qu’il éprouve un préjudice personnel et distinct, c’est-à-dire qui n’est pas
celui de la société.
En revanche, il n’est pas nécessaire que l’associé démontre que le dirigeant a commis une
faute séparable des fonctions. Le caractère distinct du préjudice n’est pas facilement
caractérisé en jurisprudence. Néanmoins, un exemple couramment cité est celui du
détournement, par le dirigeant, des dividendes qu’aurait normalement dû toucher un
actionnaire. De même, le délit de présentation ou publication de comptes infidèles peut
causer un préjudice personnel direct aux associés d’une société.

La responsabilité du dirigeant à l’égard des tiers : Le dirigeant peut voir sa responsabilité


engagée par un tiers, par exemple un cocontractant de la société. Néanmoins, il existe une
condition : il convient de démontrer que la faute est une faute séparable de ses fonctions
sociales. À défaut, si la faute n’est pas séparable des fonctions, la responsabilité du dirigeant
ne peut pas être engagée ; seule celle de la société pourra être recherchée. Cette condition
s’applique aux organes statutairement envisagés dès lors que la qualité de dirigeant leur est
reconnue.
Ont par exemple été considérées, en jurisprudence, comme des fautes séparables des
fonctions, remplissant les conditions de l’arrêt du 20 mai 2003 :
- La double mobilisation de créances.
- Un dirigeant engageant de multiples recours étrangers à l’objet et à l’intérêt de la société,
agissant nécessairement dans un but d’enrichissement personnel (Com. 10 nov. 2015, n°14-
18.179)
- Des actes de contrefaçon commis par le dirigeant (Civ. 1re, 3 juin 2015, n°14-14.144)

B- Les modalités d’exercice de la responsabilité


Les pouvoirs des dirigeants sociaux se distinguent en pouvoirs externes consistant à
représenter la société par la signature sociale notamment, et en pouvoirs internes consistant
à décider ou agir en toutes circonstances 12. Aujourd’hui toute personne subissant un
dommage, cherche à en obtenir réparation. Le dirigeant qui prend chaque jour des décisions
sur des questions multiples, ne choisit pas toujours la meilleure solution. La gestion n’est
souvent que l’art de choisir la moins mauvaise des solutions, sans avoir le temps de réfléchir
en pesant longuement le pour et le contre. On en distingue entre deux modalités. L’action
individuelle se différencie de l’action sociale qui a pour objet la réparation du préjudice subi
par la société, et non de celui éventuellement subi par les associés eux-mêmes 13.
Cependant, parallèlement à l'action sociale, les associés peuvent exercer une action
individuelle en vue d'obtenir réparation de leur propre préjudice. Cette procédure s'appelle
12
C.Ducouloux-Favard, Droit pénal des affaires, édition Elservier Masson, paris, 1993p. 87 et 88.
‫ و‬117 ‫ ص‬.1984/83 ‫ الرباط‬،‫ مكتبة المعارف‬،‫ الوسيط في القانون المغربي المقارن الجزء الخامس في الشركات‬،‫السباعي شكري أحمد‬
13

118
action ut universi s'il y a plusieurs associés, et action ut singuli s'il n'y a qu'un associé. Le code
des sociétés commerciales n’y fait qu’une simple allusion en disposant dans son article 207
que « les membres du conseil d’administration sont responsables envers les tiers ». Ainsi du
fait que l’action sociale vise le remboursement de l’affectation directe du patrimoine, et
l’article 220 du même code rajoute que « La décision d’exercer l’action ou de la poursuivre
ou celle de transiger entraînera la révocation des membres du conseil d’administration
concernés » ; cela nous mène à se demander si l’action sociale peut être exercée ut singuli 14.
Les textes subordonnent l’exercice de l’action sociale à la condition d’avoir la qualité
d’associé et de détenir quinze pour cent du capital social pour la société anonyme et le quart
du capital social pour la société à responsabilité limitée.
A ces deux conditions, on peut d’ailleurs ajouter deux autres. D’une part, les associés ne
peuvent exercer l’action sociale qu’en cas de carence des représentants légaux de la société,
et d’autre part, les associés doivent exercer l’action sociale dans l’intérêt de la société et non
dans leur intérêt propre. Ils ne peuvent retirer de cette action aucun profit personnel. A
l’intérieur d’une société, la responsabilité d’une personne déclenche souvent la
responsabilité de plusieurs autres, et la question se pose alors de savoir quelle est la nature
de leur responsabilité, s’agit-il d’une responsabilité divisée ou d’une responsabilité
solidaire ? La question est d’une utilité pratique incontestable. Etant donné que les
condamnations susceptibles d’être prononcées dépassent souvent, par leur montant, la
capacité de payer d’une seule personne, seule la solidarité est de nature à rendre efficace
l’action en responsabilité. De retour à l’action individuelle. Les décisions rendues par la Cour
de cassation de Reims en la matière font valoir une approche restrictive de la notion de
préjudice personnel. Ainsi, elle considère que la perte de valeur des titres de la société (parts
sociales ou actions) qui découle des agissements frauduleux des dirigeants ne constitue pas
un préjudice personnel, mais la seule conséquence du préjudice subi par la société (Cass.
Com, 13 décembre 2000, Bull. crim. 2000, n° 373). Sous même loupe, dans une décision du
18 décembre 2012, la Cour de cassation avait sanctionné un dirigeant indélicat qui s’était
rendu coupable de la captation d’opportunité d’affaires au détriment de la société, en
l’occurrence une SAS.
Le point sur les différents risques encourus et les précautions à prendre. Le dirigeant peut
être mis en cause pour une faute de gestion, pour infraction aux lois et règlements, ou
encore violation des statuts de la société. Par conséquent, la menace pèse sur son
patrimoine. L’assurance RCMS15 protège le patrimoine personnel des dirigeants mis en cause
par des tiers. A pour vocation de prendre en charge à hauteur du plafond annuel les sommes
de frais de défense civile, les indemnités ainsi que les frais de gestion de crise par exemple
ou certaines dépenses de la vie courante.

II. LA RESTRICTION DE LA RESPONSABILITE :

14
En effet, comme les frais de procédure pouvaient décourager la plupart des actionnaires, la loi, par une
dérogation à la règle « nul ne plaide par procureur », avait permis une sorte d’exercice collectif de l’action en
responsabilité par un mandataire représentant les actionnaires mais cela borne l’exercice, ne le crée pas.
15
RCMS : Responsabilité civile des mandataires sociaux, assurance a pour vocation à couvrir les dirigeants
contre les conséquences pécuniaires de la responsabilité civile.
Il s’agit de système répressif de la loi (A), et les limites de l’action en responsabilité (B).

A- Sanctions et entérinement des actes de dirigeant


Le dirigeant d’entreprise, on n’a pas seulement droit à des avantages, mais on fait aussi face
à de nombreuses responsabilités. Que ce soit au niveau civil ou pénal, le dirigeant
d’entreprise doit répondre de ses actes s’il ses actions sont contraires à ce que dit la loi. En
effet, il est responsable à la limite de la loi et par les statuts de la société. Toute faute en
dehors des pouvoirs attribués engage sa responsabilité16.
Cette responsabilité est régie par le code de commerce ; elle intervient lorsque la société est
mise en redressement ou en liquidation judiciaire pour sanctionner le comportement des
dirigeants de droit ou de fait, rémunérés ou non 17qui sont à l’origine des difficultés de la
société. C’est essentiellement dans ce cadre que la responsabilité des administrateurs sera
mise en cause dans la pratique.
Trois sanctions principales (comblement du passif, extension de la procédure aux dirigeants,
déchéance commerciale) sont prévues et qui peuvent être classées en deux catégories en
distinguant les sanctions patrimoniales et les sanctions personnelles.

*Sanctions patrimoniales :
Il s’agit de l’action en comblement du passif et de l’extension de la procédure aux dirigeants
-L’action en comblement du passif : Cette sanction suppose que l’entreprise est une
personne morale, société ou groupement d’intérêt économique notamment, dont le
dirigeant est déclaré responsable de fautes ou de faits ayant précité l’entreprise dans des
traitements de redressement ou de liquidation 18. L’article 738 du code de commerce prévoit
l’action en comblement du passif en ces termes. 19 Dans la majorité des hypothèses, il n’est
pas possible, à la fin de la liquidation judiciaire, de satisfaire toutes les créances car l’actif
dégagé par la procédure se révèle insuffisant. On parle, dans cette situation, de clôture pour
insuffisance d’actif .Cette sanction consiste à faire supporter totalement ou partiellement
l’insuffisance d’actif par le dirigeant. Ce dernier devra donc combler le passif avec ses
deniers personnels pour satisfaire les créanciers de l’entreprise. Cette sanction frappe les
responsables en prenant en considération la place de leur faute dans la situation de
l'entreprise. Ainsi elle peut porter sur la totalité ou seulement une partie des dettes comme
elle peut concerner un dirigeant ou plus. En cas de pluralité de responsables, la sentence
peut les condamner avec ou sans solidarité.

16
https://expert-maroc.com/responsabilite-dirigeants-entreprise-maroc/consulté le 05/12/2021
17
Code de commerce article 736.
18
DRISSI ALAMI MACHICHI (M), droit commercial fondamental au Maroc, Rabat, Éditions dar al kalam, 2006 p  :
599,600
19
Article 738 du code de commerce : « Lorsque la procédure concernant une société commerciale fait
apparaitre une insuffisance d’actif, le tribunal peut, en cas de faute de gestion ayant contribué à cette
insuffisance d’actif, décider, que cette dernière sera supportée en tout ou en partie, avec ou sans solidarité, par
tous les dirigeants ou certains d’entre eux ».
Les sommes versées par les dirigeants condamnés entrent dans le patrimoine de
l'entreprise. Elles ne sont pas directement encaissées par les créanciers. En cas de
continuation de l'entreprise, elles seront affectées conformément aux indications du plan de
continuation. En cas de cession ou de liquidation, le produit de la contribution sera réparti
entre tous les créanciers au prorata de la proportion de leur dû dans l'ensemble du passif. 20
Il faut signaler que l’action en comblement de passif comme toute autre action en
responsabilité, elle est tributaire de l’existence d’une faute, un préjudice et un lien de
causalité entre la faute et le préjudice.

-L’extension de la procédure aux dirigeants


La deuxième sanction patrimoniale prévue par la loi marocaine, consiste dans l’extension de
la procédure de redressement ou de liquidation judiciaire aux dirigeants de l’entreprise en
difficulté. À la différence de l’action en comblement du passif qui repose sur la commission
d’une faute ayant contribué à l’insuffisance de l’actif, cette sanction se concrétise par la
commission de l’un des faits énumérés limitativement par l’article 740 du Code de
commerce.
Le redressement ou la liquidation judiciaire sont étendus d’office ou à la demande du syndic
aux dirigeants contre lesquels peut être relevé un des sept faits suivants :
1. Avoir disposé des biens de la société comme des siens propres ; c’est l’abus de biens
sociaux par acte de disposition ;
2. Sous le couvert de la société masquant ses agissements, avoir fait des actes de
commerce dans un intérêt personnel ; c’est l’abus de personnalité morale ;
3. Avoir fait des biens ou du crédit de la société un usage contraire à l’intérêt de celle-ci,
à des fins personnelles ou pour favoriser une autre entreprise dans laquelle il était
intéressé directement ou indirectement ; c’est l’usage abusif des biens et du crédit de
la société ;
4. Avoir poursuivi abusivement, dans un intérêt personnel, une exploitation déficitaire
qui ne pouvait conduire qu’à la cessation des paiements de la société ; c’est la
poursuite abusive d’une exploitation déficitaire ;
5. Avoir tenu une comptabilité fictive ou fait disparaitre des documents comptables de
la société ou s’être abstenu de tenir toute comptabilité conforme aux règles légales ;
6. Avoir détourné ou dissimulé tout ou partie de l’actif ou frauduleusement augmenté
le passif de la société ;
7. Avoir tenu une comptabilité manifestement incomplète ou irrégulière 21 .

20
Drissi Alami Machichi Mohammed, Droit Commercial Fondamental Au Maroc, Rabat 2006, page 603.
21
EL MERNISSI Mohamed-Traité marocain de droit des sociétés-LexisNexis(2020), http/www.lexisnexis.fr ;
page 545
*Sanctions personnelles.
-Déchéance commerciale

Ces sanctions concernent les personnes physiques, dirigeants de droit ou de fait de


personnes morales ayant une activité économique et les personnes physiques, agissant en
qualité de représentants permanents des personnes morales ayant une telle activité. 22
Lorsqu’un dirigeant se trouve dans l’un des sept cas mentionnés à l’article 740, le tribunal
doit, à tout moment de la procédure, se saisir en vue, s’il y a lieu, de prononcer sa
déchéance commerciale (C.C, art 746). Cette sanction emporte 23 :
L’interdiction de diriger, gérer, administrer ou contrôler, directement ou indirectement, soit
toute entreprise commerciale ou artisanale, toute exploitation agricole et toute personne
morale, soit une ou plusieurs de celles-ci.24
La déchéance commerciale est prononcée par la juridiction répressive à titre de peine
accessoire à une condamnation pour banqueroute (C.C, art 756). Lorsque le tribunal
prononce la déchéance commerciale, il fixe la durée de la mesure qui ne peut être inférieure
à 5 ans. Il peut assortir sa condamnation de l’exécution provisoire (art 752, al1). Le jugement
prononçant la déchéance commerciale est publié au bulletin officiel (C.C, art 751, al.3).
La déchéance commerciale et l’incapacité élective qui en résulte cessent de plein droit au
terme fixé, sans qu’il y ait lieu au prononcé d’un jugement (C.C, art 752, al.1)
L’incapacité d’exercer une fonction publique élective s’applique également à toute personne
physique à l’égard de laquelle la liquidation judiciaire a été prononcée. Sa durée est de 5ans
(C.C art.751, al.2).

B- les obstacles des actions en responsabilité :

L’action en responsabilité peut se heurter à l’obstacle de la prescription. Dans les sociétés à


responsabilité limitée et les sociétés par actions, la durée de la prescription est
uniformément fixée, quel que soit le demandeur, à trois ans, en règle générale, et à dix ans
si le fait dommageable est qualifié de crime 25. Dans les autres sociétés, les textes sont en
revanche silencieux, ce qui ne manque pas de susciter quelques hésitations 26. En revanche,
l’existence du droit d’agir est hors d’atteinte tant des dispositions des statuts que des
décisions collectives des associés .En effet, le législateur a essayé d’entourer l’exercice de
l’action sociale de toutes les garanties qui sont de nature à lui assurer sa pleine efficacité. Le
législateur a ainsi mis le droit d’agir en responsabilité contre les dirigeants hors d’atteinte
tant des dispositions statutaires. En effet, est réputée non écrite toute clause statutaire
entravant l’exercice de l’action sociale.

22
CCI ALSACE, Responsabilité du dirigeant en droit des sociétés, 10/08/2018, p7
23
EL MERNISSI Mohamed-Traité marocain de droit des sociétés-LexisNexis(2020), http/www.lexisnexis.fr ;
page 546
24
CELY RODRIGEUZ ADRIANA MARIA, la responsabilité civile des dirigeants des sociétés, thèse de doctorat
novembre 2018, p 259.
25
Article 120 du code des sociétés commerciales pour la société à responsabilité limitée, et article 220 alinéas 2
du même code pour la société anonyme en droit français.
26
Code de commerce français.
L’exercice en responsabilité civile des dirigeants reste très limité dans la pratique. Il faut
donc proposer des réformes quant à l’exercice de l’action sociale et l’action individuelle.
L’action en responsabilité peut se heurter à des obstacles procéduraux.
De nombreux auteurs, comme des praticiens des affaires ou des dirigeants d’entreprise,
souhaitent approfondir l’œuvre de dépénalisation du droit des affaires, dont la
dépénalisation de la responsabilité des dirigeants sociaux n’est qu’un des aspects. Si l’accord
semble acquis que la responsabilité pénale est assez inadaptée, les solutions de
remplacement ne font pas l’unanimité : pour les uns il faut recourir à « l’autorégulation » à
la « gouvernance » ou à la « déontologie » des affaires ; pour les autres, il est nécessaire de
renforcer la responsabilité civile, corollaire de la liberté contractuelle.
Cependant, malgré la rigidité qui caractérise la responsabilité pénale du dirigeant social, un
large mouvement de dépénalisation s’impose de plus en plus. En effet, le dirigeant social,
doit composer avec les autorités dites de régularisations, que ce soit la commission bancaire,
l’autorité des marchés financiers ou le conseil de la concurrence, auxquels le législateur a
confié un pouvoir de sanction administrative à caractère répressif, généralement élargi, là
encore à l’occasion de chaque réforme législative, afin d’assurer un fonctionnement
harmonieux et efficace du marché et des rapports sociaux dont elles assurent la tutelle. Le
juge pénal ainsi devient que l’ultime recours, réservé aux délinquants dont les actes sont
caractérisés ou graves ou à ceux qui, de moindre envergure, et qui restent sourds aux
mesures des administrations.
Toutefois, La manière dont le régime juridique régissant la RC des dirigeants qui organise les
modalités de mise cause personnelle de ses dirigeants dans le cadre d’une défaillance, est
totalement corrélée à des notions qui dépassent largement le cadre du droit.
Or, la notion de la faute de gestion n’a fait l’objet d’aucune définition légale, ce qui rend son
appréhension difficile, c'est-à-dire qu’il n’existe pas une réelle définition légale de la faute de
gestion permettant de la déceler sans grande difficulté et d’en tirer les conséquences
juridiques qui s’imposent. La faute de gestion est en effet une notion complexe à plusieurs
égards. Tout d’abord, de par son caractère hybride. Comme son nom l’indique, elle est au
croisement du domaine du droit en ce qui concerne «la faute», et de celui de la comptabilité
et de la finance pour ce qui est de la «gestion». En outre, elle n’est pas définie dans les
textes ; son appréciation est dévolue au pouvoir discrétionnaire des magistrats qui ont toute
latitude pour exercer leur contrôle avec l’incertitude liée à l’aléa judiciaire 27.

Elle est généralement définie par les juristes comme tout manquement aux règles qui
définissent le comportement d’un mandataire social normalement scrupuleux et diligent. Le
dispositif prévu par le Code de commerce est néanmoins difficile à mettre en œuvre dans la
pratique, car cela suppose la réalisation cumulative des conditions citées en réponse à votre
première question. Le lien de causalité direct entre la faute commise par le dirigeant et
l’insuffisance d’actifs de la société rend particulièrement étroite la possibilité de mise en jeu
de cette responsabilité.

27
Nawal Ghaouti, avocate près la Cour de cassation et ancienne présidente de la Commission juridique, fiscale
et sociale de la Chambre française de commerce et d'industrie au Maroc (CFCIM).
En effet, si la responsabilité civile des dirigeants se relève à la base de la faute de gestion, par
conséquent, cette faute suscite les plus grandes difficultés d’appréciation, c’est pourquoi elle
fait partie de ce que l’on appelle le flou juridique.

Conclusion

En guise de conclusion, viser la réussite en autorisant l’échec, accepter que les entreprises
vivent et meurent dans un mouvement inexorable de destruction créatrice, permettrait un
changement de paradigme qui libèrerait nos entrepreneurs de la peur liée à la défaillance.
A partir d’un droit commercial plus équilibré et moins moralisateur, nous pouvons espérer
voir naître une nouvelle culture économique plus audacieuse, adéquate aux ambitions
légitimes de notre pays.
Mais une question demeure, celle des buts de la responsabilité : réparer, prévenir ou punir ?
Bibliographie :
 CCI ALSACE, Responsabilité du dirigeant en droit des sociétés, 10/08/2018, p7
 CELY RODRIGEUZ ADRIANA MARIA, la responsabilité civile des dirigeants des sociétés,
thèse de doctorat novembre 2018, p 259.

 C.Ducouloux-Favard, Droit pénal des affaires, édition Elservier Masson, paris, 1993p.
87 et 88

 DRISSI ALAMI MACHICHI (M), droit commercial fondamental au Maroc, Rabat,


Éditions dar al kalam, 2006 p : 599,600

 EL MERNISSI Mohamed-Traité marocain de droit des sociétés-LexisNexis(2020)


 Y. DECORDT « le statut juridique du dirigeant d’entreprise » édition LARCIER, 2009.

 ‫ الرباط‬،‫ مكتبة المعارف‬،‫ الوسيط في القانون المغربي المقارن الجزء الخامس في الشركات‬،‫السباعي شكري أحمد‬
118‫ و‬117 ‫ ص‬.1984/83

Webographie :
 https://www.lemondedudroit.fr/interviews/69939-focus-responsabilite-civile-dirigeants-
actionnaires-periode-crise.html/ consulté le 05/12/2021
 https://expert-maroc.com/responsabilite-dirigeants-entreprise-maroc/consulté le
05/12/2021
 https://www.cairn.info/revue-internationale-de-droit-economique-2007-2-page-211.htm/
consulté le 04/12/2021
 https://www.marocdroit.com/attachment/1967573/ consulté le 10/12/2021

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