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Chapitre 7 : Types et propriétés des lubrifiants

1. Définition et constituants d’un lubrifiant


Un lubrifiant est un mélange d'huile de base et d'additifs qui renforce les qualités
naturelles de l'huile de base. Les huiles de bases sont le constituant principal de l'huile (75 à 85
%). Les huiles de base peuvent être d'origine minérale ou synthétique. Les bases minérales sont
produites par le raffinage du pétrole brut. Les bases synthétiques sont produites par synthèse
chimique.
2. Différents types de lubrifiants selon leur état
Les lubrifiants existent dans les trois états de la matière, à savoir :
2.1. Lubrifiants gazeux
Dans certains mécanismes on trouve des surfaces mobiles totalement séparées par un
flux de gaz maintenu sous pression ; le plus souvent, pour des raisons évidentes de disponibilité
et de coût, on utilise de l'air. Il ne s'agit pas là d'une lubrification au sens propre du terme, mais
d'une disposition constructive qui permet d'utiliser à bon escient les propriétés physiques des
écoulements gazeux.
2.2. Lubrifiants solides
Ces produits, d'origine naturelle ou synthétique, sont rarement utilisés tels quels mais
surtout à l'état de suspension dans les graisses et les huiles. Quand ils sont dits purs, ils sont
cependant presque toujours associés à un liant qui facilite leur adhésion ou leur mise en place
directe par brunissage, sous forme de films secs épais de 5 à 15 micromètres.
Le graphite et le bisulfure de molybdène MoS2, tous deux d'origine naturelle, sont les
lubrifiants solides les plus utilisés et les moins chers. On utilise aussi des produits synthétiques,
qui ont tous une structure hexagonale : bisulfure de tungstène, nitrure de bore, biséléniures de
tungstène, de molybdène et de niobium, iodure et bisulfure de titane. Le fluorure de graphite
est semi synthétique et résulte de la fluoration du graphite. Le talc, connu du grand public pour
adoucir la peau, a depuis longtemps été utilisé dans de nombreux secteurs industriels : papier,
peintures, plastiques, etc.
2.3. Lubrifiants semi-solides
Ce sont en général les graisses, qui sont constituées d’une huile de base pouvant être
d’origine minérale ou synthétique, des additifs et un gélifiant (épaississant) qui est plus connu
sous le nom de savon métallique (calcium, lithium, …). C’est l’épaississant qui donne la
consistance à la graisse, les qualités de la graisse sont généralement définies par l’huile de base
et l’épaississant utilisé.
2.4. Lubrifiants liquides
Ce sont les huiles de lubrification qui peuvent être d’origine minérale, synthétique,
animale ou végétale. Les huiles minérales constituent environ 75 % des huiles commercialisées
de nos jours, le reste est essentiellement constitué d’huiles synthétiques. Les huiles d’origine
animale ou végétale sont très peu utilisées de nos jours, vu leur faible pouvoir lubrifiant et/ou
leur durée de vie très réduite.
Les huiles lubrifiantes peuvent être utilisées pures ou additivées, les additifs sont utilisés
pour améliorer les propriétés intrinsèques de l’huile lorsque celle-ci ne répond pas
convenablement aux exigences de service de certains mécanismes. Les additifs ajoutés à l’huile
sont spécialisés et de différentes natures.

3. Propriétés des lubrifiants


3.1. Propriétés des huiles
Densité: Les valeurs pour les huiles de pétrole sont entre 0,85 et 0,95 et peuvent atteindre 1,5
pour les synthétiques. La densité diminue avec la température. La comparaison de la densité
d'une huile usagée avec celle de l'huile neuve permet de détecter d'éventuelles pollutions.
Couleur: Pour les huiles de pétrole, elle varie du blanc pur au rouge foncé en passant par le
jaune citron et le jaune orange. La couleur foncée d'un lubrifiant usagé peut être un bon moyen
d'apprécier son altération, de même qu'un aspect laiteux peut indiquer la présence d'eau.
Conductivité thermique: Elle définit le flux thermique passant à travers un corps sous l'effet
d'un gradient thermique.
Viscosité : La viscosité est la résistance qu'oppose un fluide au glissement de ses molécules les
unes sur les autres, autrement dit, sa résistance à la déformation.
Indice de viscosité (IV): Il permet de juger la tenue de la viscosité d’une huile vis-à-vis de la
température. Les progrès du raffinage, ainsi que l'invention de lubrifiants synthétiques et
d'additifs de viscosité, ont permis d'obtenir des indices de 130, 150, voire 200.
Compressibilité: Les huiles sont d'autant moins compressibles que la pression est plus forte,
la viscosité plus faible et la température plus basse.
Coefficient de viscosité-pression: Si la pression croît, la mobilité des molécules diminue et la
viscosité augmente selon une loi exponentielle. Pour une huile minérale classique, la viscosité
à 350 bars est deux fois plus forte qu'à la pression atmosphérique, ce qui équivaut à une baisse
de température de 10 à 15 °C.
Pression (bars) Viscosité de l'eau Viscosité de l'huile
1 1 1
1 000 1, 08 4,3
2 000 1, 16 15
4 000 1, 36 110

Point d'écoulement: Suffisamment refroidies, toutes les huiles minérales s'épaississent jusqu'à
prendre l'apparence de solides plus ou moins rigides.
Température de floculation: Elle vaut pour les machines frigorifiques. Le fréon entraîne de
l'huile dans les circuits de réfrigération et on cherche à mesurer la température à partir de
laquelle survient une précipitation de cristaux capables de boucher les conduites.
Rigidité électrique: On s'en sert dans le cas des huiles isolantes.
Résistivité: On peut admettre pour les huiles minérales une valeur de l'ordre de 109 ohms.cm.
Tension de vapeur: À la pression atmosphérique, la température initiale de distillation des
huiles avoisine 360°C. La tension de vapeur à la température ambiante est donc très faible, de
l'ordre de 1,3 10-7bar. Certains fluides synthétiques ont une tension de vapeur encore plus faible
qui les fait apprécier pour les usages à très faible pression ou dans le vide.
Tension superficielle et onctuosité: Le terme général d'onctuosité, englobe un ensemble de
phénomènes de capillarité, de tension superficielle, d'adsorption, de polarisation moléculaire,
tout cet ensemble représentant en fait les propriétés de contact et d'adhérence avec la matière
au niveau d'une épilame moléculaire.
Point d’aniline: C’est la température à laquelle une solution à parts égales d’aniline et d’huile
se trouble en se refroidissant. Elle permet de prévoir le comportement de l’huile avec les
élastomères. Avec un point d’aniline bas, les joints auront tendance à gonfler. S’il est élevé, ils
seront contractés et durcis.
Combustibilité (Point d’éclair, Point de feu): A partir d’une certaine température, les
constituants volatiles de l’huile peuvent brûler au contact d’une flamme (Point d’éclair). Si on
chauffe davantage, il arrive un moment où la combustion devient permanente (Point de feu).
Température d’auto-inflammation : C’est la température à partir de laquelle se produit une
oxydation spontanée dans l’air (400°C). Elle est nettement supérieure au point d’éclair.
Indice d’acide: Il correspond au nombre de mg de potasse nécessaire pour neutraliser un g
d’huile. En général, il croit lentement avec le temps de service. Un accroissement anormalement
rapide est le signe d’un problème de lubrification.
Indice d’alcalinité: Il représente le nombre de mg de potasse qui neutralisent autant d’acide
chlorhydrique qu’un g d’huile essayé. Il s’applique surtout aux huiles très chargées en additifs
détergents (moteurs diesel - souffre).
Détergence et dispersivité: C’est l’aptitude de l’huile à éliminer les résidus de combustion qui
se condensent à basse température et les produits de la dégradation de l’huile à haute
température.
Teneur en cendres: Il est obtenu en comparant le résidu de la calcination de l’huile/masse
initiale (huile minérale pure: 0,001-0,05%). Une teneur élevée pose des problèmes dans les
moteurs modernes car les résidus de combustion de l’huile ont tendance à se déposer dans les
filtres.
Résidu Conradson (teneur en carbone): Il ne s’agit pas d’une mesure de la proportion du
carbone dans les molécules du lubrifiant (conformité).
Indice de saponification: Il exprime le nombre de mg de potasse nécessaires pour saponifier
un g de l’huile, ce qui permet de mesurer la proportion d’huiles végétales ou animales.
Teneur en eau: Lorsqu’un lubrifiant reçoit de l’eau directement ou par la condensation des
vapeurs, ses performances sont fortement diminuées. Une teneur en eau trop élevée est un signal
d’alerte avant une prochaine défaillance du mécanisme concerné.

3.2. Propriétés des graisses


• Plasticité : contrairement aux huiles, les graisses ont généralement un comportement
non newtonien : il n'existe pas de proportionnalité entre la contrainte de cisaillement et
le gradient de vitesse. Un produit plastique se comporte en effet comme un solide jusqu'à
une certaine limite d'écoulement, puis comme un liquide obéissant ou non à la loi de
proportionnalité. La plupart des graisses se ramollissent par malaxage, on dit alors
qu’elles sont thixotropiques, et retrouvent leur structure originelle après un certain
temps de repos. Les graisses rhéopexiques durcissent par cisaillement.
• Viscosité apparente : elle caractérise le comportement de la graisse circulant dans des
canalisations. Cette grandeur dépend du gradient de vitesse, de la température, et
beaucoup de la viscosité de l'huile de base.
• Pénétrabilité et consistance : la consistance représente la déformation viscoélastique
sous une contrainte donnée, la graisse étant prise au repos et à l'état solide. On la chiffre
arbitrairement par un essai normalisé de pénétrabilité au cône, effectué avec un
équipement standard et après malaxage. La pénétrabilité n'est pas liée directement à la
viscosité, certaines graisses dures s'écoulent facilement et au contraire, des graisses
molles peuvent se révéler très visqueuses.
• Point de goutte : cette caractéristique empirique est sans vrai rapport avec les
performances des produits en service. La graisse placée dans un appareil normalisé est
chauffée progressivement jusqu'à ce qu'une première goutte se détache. La température
correspondante est appelée point de goutte, elle dépend dans une large mesure de
l'épaississant..
• Pompabilité et pertes de charges : dans les réseaux de graissage, on apprécie les
graisses qui s'écoulent facilement, répondent bien à la décompression dans les tiroirs
des distributeurs et résistent à la cavitation.
• Teneur en cendres : une graisse ne doit pas en principe contenir de charges inertes,
talc, baryte... sauf pour des usages bien particuliers. La calcination permet de détecter
leur présence ainsi que d'autres anomalies ou pollutions.
• Neutralité chimique : les graisses minérales sont en général neutres et sans action sur
les métaux, mais elles peuvent réagir avec certains gaz ou fluides venant à leur contact
et qui peuvent les décomposer ou les diluer. Le cas le plus fréquent est celui de l'eau,
même à l'état de simple humidité. Les graisses à base de savons de sodium y sont très
sensibles, mais pas celles à base de calcium ou de lithium.
• Stabilité au cisaillement mécanique : les taux de cisaillement peuvent atteindre des
valeurs considérables dans les roulements à rouleaux, les engrenages ... ce qui, par
destruction réversible ou non de la structure des fibres, peut changer plus ou moins
complètement les propriétés lubrifiantes.
• Températures limite d'utilisation : elles concernent aussi bien les applications à chaud
ou à froid. Notons que les graisses à base de sodium, calcium ou lithium, sont résistantes
à la chaleur et appréciées pour les roulements.
• Résistance à l'eau : on l'apprécie par un essai de délavage. Les graisses à base de savons
d'aluminium ou de lithium résistent bien, d'où leur application pour les articulations de
matériels de chantiers ou autres.
• Pouvoir antirouille : c'est une propriété intéressante pour les roulements qui, comme
ceux des boîtes d'essieux, peuvent être soumis à des entrées d'eau ou à des phénomènes
de condensation.
• Propriétés antiusure et extrême pression : elles sont évaluées à l'aide de machines
d'essais de frottement ou d'appareils de simulation.
• Durée de vie, résistance à l'oxydation, résistance à l'évaporation : là encore il existe
de très nombreuses méthodes d'essais.

4. Additifs pour lubrifiants


• additifs détergents (utilisés à raison de 3 à 15 %) : Les additifs détergents ont pour
principal effet de maintenir en suspension dans l'huile les boues et particules
charbonneuses afin d'éviter qu'elles se déposent et « gomment » les pièces, surtout à
haute température, par exemple, les gorges de segments dans les moteurs thermiques.
Un des additifs détergents les plus couramment utilisés est le sulfonate de calcium.
• additifs dispersants (de 3 à 15 %) : contrairement aux précédents, ils agissent
essentiellement à basse température en retardant la formation de dépôt ou de boues (le
sludge en anglais). Ce sont surtout des sels organiques, phénates, salycilates ou
sulfonates de métaux alcalinoterreux : calcium, baryum, magnésium.
• additifs abaissant le point de congélation (jusqu'à 0,5 %) : on les appelait autrefois
inhibiteurs de figeage. Les méthylacrylates et les acrylates améliorent le comportement
à froid des huiles paraffiniques. Grâce à leur structure fibreuse, ils forment sur les
microcristaux de paraffines un film très mince qui évite leur grossissement et leur
agglomération. Il existe une concentration optimale de l'ordre de 0,25 % au-delà de
laquelle le point de congélation ne s'abaisse plus.
• additifs de viscosité (de 5 à 10 %) : La viscosité des huiles diminue beaucoup lorsque
la température augmente et l'on a cherché à corriger ce défaut. Si l'huile ne doit pas être
trop visqueuse à froid pour faciliter le démarrage, elle ne doit pas non plus être trop
fluide à chaud pour conserver une solidité raisonnable aux films lubrifiants. On utilise
un faible pourcentage de produits de masse moléculaire élevée (10 à 20 000), du genre
polybutènes, polyméthacrylates, polyacrylates, polymères d'oléfines, qui tendent à
limiter la liberté de mouvement des molécules de la base, et ce d'autant plus que la
température est plus élevée.
• additifs d'onctuosité, de frottement, d'adhésivité (proportions très variables) : ils
augmentent l'adhérence du film d'huile pour en prévenir la rupture et sont donc très
intéressants pour le glissement à faible vitesse sous forte charge. Ils diminuent la
tendance au stick-slip dans les glissières. Beaucoup d'huiles ou de graisses contiennent
des savons, comme le naphténate de plomb qui convient bien aux couples roues et vis
sans fin.
• additifs antiusure (1 %) : utiles surtout aux basses températures, ils s'accrochent aux
surfaces par des liaisons chimiques et forment des films épais et plastiques qui
répartissent les contraintes et réduisent l'usure. Leurs propriétés dépendent du substrat
et des autres additifs qui inhibent parfois leur action, en particulier les détergents qui
entrent en compétition avec eux pour se fixer sur les surfaces. Des additifs classiques
sont le dithiophosphate de zinc, le tributylphosphate et le tricrésylphosphate, le
dithiocarbonate de zinc, qui conviennent bien aux engrenages cylindriques et coniques
moyennement chargés.
• additifs extrême pression (de 1 à 10 %) : comme les précédents, ils forment des films
protecteurs contre le grippage par interaction avec le métal de base mais leur activité se
manifeste surtout aux températures de surface élevées. Citons le bisulfure de dibenzyle,
les terpènes soufrés et divers corps gras sulfurés. Ces additifs sont devenus
indispensables pour les engrenages lourdement chargés et surtout pour les ponts
hypoïdes où un glissement important se conjugue à des charges très fortes. Ils sont en
général corrosifs pour les métaux non ferreux et sont donc à utiliser avec prudence.
• additifs antioxydation (1 % environ) : les huiles s'oxydent en formant divers produits,
résines, polymères divers ... qui se déposent sous forme des boues ou des vernis acides.
Les additifs antioxydants, phénols, amines, composés sulfurés ou phosphosulfurés,
ajoutés en faible quantité, limitent cet effet tout en protégeant les pièces contre la
corrosion.
• additifs antimousse (10 ppm) : ils empêchent la formation de mousses stables en
brisant les bulles qui surviennent par exemple lors du retour à la pression atmosphérique
du fluide d'une installation de transmission de puissance hydraulique.
• additifs anticorrosion et antirouille (1 %) : ils constituent des couches adsorbées
étanches aux produits corrosifs, ce sont surtout des savons d'amines, des sulfonates,
naphténates ...
• passivants : ils stoppent l'effet catalytique des métaux sur l'oxydation et la corrosion.
• additifs émulsifiants (proportions variables) : ils rendent l'huile minérale miscible à
l'eau et sont utiles non seulement pour les fluides de coupe, mais également en
mécanique générale s'il y a un risque de condensation.
• antiseptiques : ils sont surtout employés pour les huiles de coupe et autres émulsions
qui ont une fâcheuse tendance à fermenter et à devenir nauséabondes, voire dangereuses
en cas de blessures souillées.
• nanoparticules : elles sont étudiées dans le chapitre concernant les lubrifiants en
général.

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