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Droit du désarmement 2021

Bibliographie sélective
1- Doctrine

Jean-Marc Lavieille
Droit international du désarmement et de la maîtrise des armements

Résumé
Les enjeux de ce droit sont impressionnants : politiques stratégiques,
scientifiques, technologiques, économiques, financiers, écologiques,
institutionnels, sociaux, éducatifs... Les questions qu'on peut se poser sont
nombreuses, par exemple : Existe-t-il une obligation de désarmement ? Les
armes nucléaires sont-elles licites ? Ce droit est-il effectivement appliqué ?
Quels sont les aspects positifs et les insuffisances de tel ou tel traité ? Quels
nouveaux traités faudrait-il conclure ? Quelles sont les conceptions de la
sécurité ? Doit-on, veut-on, peut-on contrôler la technoscience ? Cet ouvrage
apporte des informations précises, une synthèse et des réflexions sur la nature

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Droit du désarmement 2021

et l'évolution de ce droit, en particulier sur la variété des institutions, des


principes, des obligations et des procédures. Dans une première partie sont
analysés les caractères de ce droit : objet, sources, institutions, vérification.
Dans une seconde partie est analysé le contenu : traités relatifs aux armes
nucléaires, chimiques et biologiques, conventionnelles, ainsi que d'autres
traités qui intéressent ce droit. Une introduction rappelle l'histoire du
désarmement, une conclusion dresse un tableau des rapports entre le droit du
désarmement, le droit de la paix, le droit du développement, le droit de
l'environnement et les droits de l'homme. Un ouvrage qui ne peut être ignoré
de ceux et celles qui veulent connaître le droit international actuel et les
relations internationales contemporaines. Un ouvrage qui est indispensable
pour ceux et celles qui s'intéressent aux questions d'armement, de
désarmement, de défense, de sécurité, de paix aux niveaux local, national,
continental, international.

Sommaire
Histoire du désarmement et de la maîtrise des armements
Les caractères du droit du désarmement et de la maitrise des armements
L'objet du droit international du désarmement et de la maîtrise des armements
Les sources du droit international du désarmement et de la maîtrise des
armements
Les institutions du droit du désarmement et de la maîtrise des armements
La vérification des traités de désarmement et de la maîtrise des armements
Le contenu du droit du désarmement et de la maitrise des armements
Les traités relatifs aux armes nucléaires
Les traités relatifs aux armes chimiques et bactériologiques
Les traités relatifs aux armements conventionnels
Les autres traités et actes finals intéressant le désarmement
Les rapports du droit du désarmement.

2) Politique étrangère de la France

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Droit du désarmement 2021

France Diplomatie
Politique étrangère de la France - Ministère de l’Europe ...
https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france

* Désarmement et non-prolifération

Membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies et Etat doté


d’armes nucléaires au sens du Traité sur la non-prolifération des armes
nucléaires (TNP), la France a des responsabilités particulières pour la
préservation et le renforcement de la paix et de la sécurité internationales.
L’action de la France en matière de lutte contre la prolifération, de maîtrise des
armements et de désarmement prend en compte cette double responsabilité. Elle
est guidée par des principes constants : agir pour un monde plus sûr ;
développer les relations amicales entre Etats ; prévenir les menaces à la paix ;
respecter le droit à la légitime défense ; refuser la course aux armements ;
progresser vers le désarmement général et complet.
La France agit par les moyens du multilatéralisme, des régimes normatifs et,
lorsque cela est nécessaire, des initiatives informelles.
Elle soutient les organisations internationales chargées de mettre en place des
dispositifs internationaux de vérification, et participe aux mesures de
confiance et de sécurité destinées à assurer la stabilité et la transparence au sein
de la communauté internationale.

Elle prend enfin en compte les mutations des conditions de la sécurité


internationale et les évolutions du contexte stratégique, en recherchant la
solidarité internationale la plus large.
Lien utile :
Représentation permanente de la France auprès de la Conférence du désarmement à Genève
Représentation permanente de la France auprès des Nations unies

*Lutte contre la prolifération nucléaire


Le désarmement nucléaire et la lutte contre la prolifération constituent deux
dimensions essentielles de la paix et de la sécurité internationales. De
nombreuses résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et différents
instruments internationaux, dont le plus connu demeure le Traité sur la

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Droit du désarmement 2021

non-prolifération des armes nucléaires (TNP), visent à faire progresser de


manière concrète le désarmement et à endiguer les crises de prolifération.
Par la résolution 1887 adoptée par le Conseil de sécurité le 24 septembre 2009,
la communauté internationale a réaffirmé son engagement à « œuvrer à un
monde plus sûr pour tous et à créer les conditions pour un monde sans
armes nucléaires, conformément aux objectifs énoncés dans le Traité sur la
non-prolifération des armes nucléaires, d’une manière qui promeuve la stabilité
internationale, et sur la base du principe d’une sécurité non diminuée pour
tous ».
À l’approche du cinquantième anniversaire de son entrée en vigueur ainsi que de
la Conférence de révision de 2020, le Traité sur la non-prolifération des armes
nucléaires (TNP) a témoigné de son efficacité et est aujourd’hui un des
fondements du système de sécurité collective.
L’action de la France en faveur du désarmement nucléaire, premier pilier du
TNP, s’articule autour de trois axes :
Elle maintient une approche progressive et pragmatique conforme à l’article VI
du TNP respectant le principe de sécurité non diminuée pour tous.
Elle agit de manière concrète en faveur du désarmement. Elle a un bilan
exemplaire – et pour certains domaines sans équivalent - en matière de
désarmement nucléaire. Elle a par exemple réduit son arsenal au niveau le plus
bas compatible avec le contexte stratégique et démantelé de manière
irréversible ses installations de productions de matières fissiles, avec
transparence.
Elle a fixé des priorités claires afin de poursuivre le désarmement de manière
progressive, dont les prochaines étapes que sont :
La poursuite par les États-Unis et la Russie, qui possèdent encore près de 90%
des arsenaux nucléaires, de leurs efforts de réduction. L’extension du traité
New Start et la négociation en parallèle d’un instrument bilatéral couvrant les
autres systèmes nucléaires sont une condition nécessaire à la stabilité
stratégique ;
L’entrée en vigueur du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires
(TICE) ;

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Droit du désarmement 2021

La négociation à la conférence du désarmement d’un Traité interdisant la


production de matières fissiles pour les armes (FMCT) ;
La poursuite des travaux sur la vérification du désarmement nucléaire, et des
efforts de maîtrise des armements ;
La réduction des risques stratégiques liés à l’arme nucléaire reposant sur la
transparence des doctrines nucléaires, le dialogue entre responsables
politiques et militaires, les instruments de communication de crise et les
mesures de réassurance.

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Droit du désarmement 2021

Pour en savoir plus :


Site de la Mission permanente de la France auprès de la Conférence sur le désarmement à Genève
Site France TNP
Lutte contre la prolifération biologique
Sommaire
Position de la France

Carte du désarmement et de la non-prolifération chimique et biologique dans


le monde

Les instruments internationaux de désarmement et de lutte contre la


prolifération biologique

*Position de la France

Face aux risques engendrés par les armes biologiques, l’attitude de la France
prend en compte le caractère singulier de ces armes (notamment le caractère
potentiellement dual des activités de recherche dans le domaine de la biologie),
mais aussi le régime d’interdiction sur lequel elles reposent.

L’action de la France en matière de désarmement et de lutte contre la


prolifération biologique s’articule autour de plusieurs axes :
Une participation active aux réunions biannuelles de la CIABT, afin de
contribuer au maintien de l’attention sur les questions de prolifération
biologique d’une part et de faire progresser le consensus sur les modalités de
mise en œuvre de la Convention d’autre part. Le programme intersessions mis
en place dans le cadre de la Convention a montré son intérêt en réunissant
experts et diplomates autour de principes et de valeurs communes, dans le but
de faire progresser de manière concrète la norme d’interdiction des armes
biologiques ;
Une soumission annuelle des mesures de confiance dans le cadre de la
Convention d’interdiction des armes biologiques et un encouragement aux
États qui ne l’ont pas encore fait à les soumettre : les mesures de confiance
consistent en des déclarations annuelles concernant les activités en lien avec la
CIABT. Leur soumission est politiquement contraignante. La France estime que
les mesures de confiance constituent un mécanisme essentiel dans le cadre de

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Droit du désarmement 2021

la CIABT et permettent d’augmenter la transparence et d’améliorer la confiance


entre les États-parties à la Convention ;
Une importance particulière accordée aux mesures nationales et
internationales visant à renforcer la mise en œuvre de la Convention : la
France a activement participé à la négociation en 1995 d’un protocole de
vérification de la Convention d’interdiction des armes biologiques et a proposé,
lors de la dernière Conférence d’examen en 2011, des mesures concrètes visant
à évaluer efficacement le respect des obligations de la Convention par ses
États-parties. Elle appelle ainsi à l’introduction d’un mécanisme de revue par
les pairs de leurs obligations de mise en œuvre nationale. La France attache
d’autre part une importance particulière au respect des mesures de contrôle
aux exportations (voir la page sur le groupe Australie). Elle accueille chaque
année la réunion plénière du Groupe Australie et contribue activement à ses
travaux ;
Une participation aux efforts de promotion de l’universalisation de la CIABT :
la France conduit régulièrement, par le biais de son réseau diplomatique, des
démarches visant à sensibiliser les États qui n’ont pas encore rejoint la CIABT
aux objectifs et principes de cette Convention, dans le but d’universaliser la
norme d’interdiction des armes biologiques ;
Un engagement concret dans la lutte contre la prolifération par le biais du
partenariat mondial du G7 contre la prolifération des armes de destruction
massive et de leurs vecteurs. En 2011 à Deauville, les Chefs d’Etat et de
Gouvernement du G8 ont décidé de renouveler le Partenariat mondial et d’en
élargir les objectifs, en donnant notamment une place prépondérante à la
sûreté biologique. La France conduit plusieurs projets dans ce domaine ;
La conduite de nombreux programmes et projets d’assistance dans le domaine
de la santé publique et de la lutte contre les maladies infectieuses ;
Un engagement actif dans la mise en œuvre des initiatives européennes en
matière de désarmement et de lutte contre la prolifération biologique : la
France apporte sa pleine contribution aux actions de l’Union européenne (UE)
visant à promouvoir la mise en œuvre et l’universalisation de la Convention.
Ces actions s’inscrivent dans le cadre de la stratégie européenne contre la
prolifération des armes de destruction massive de 2003 et des nouveaux axes
d’action de l’UE en matière de lutte contre la prolifération, adoptés en

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Droit du désarmement 2021

décembre 2008 à l’initiative de la France. Elles se sont notamment traduites par


le lancement des centres d’excellence de l’Union européenne, qui visent à
diffuser les bonnes pratiques européennes en matière de risques nucléaires,
radiologiques, biologiques et chimiques (NRBC) et auxquels la France participe
activement.

Le programme français de biodéfense

La France conduit depuis plusieurs années des programmes de biodéfense


destinés à renforcer la protection des populations civiles et des forces
déployées sur des théâtres d’opération contre d’éventuelles attaques
biologiques. Ces programmes sont menés dans le strict respect de la Convention
d’interdiction des armes biologiques.

Les programmes de biodéfense pour la protection des forces comprennent deux


volets :
le premier comprend les moyens de surveillance épidémiologique, et
complète le réseau de surveillance globale de l’OMS et les moyens de détection
d’agents biologiques dans l’environnement ;
le second vise à fournir une capacité de protection biomédicale face à certains
agents biologiques : il peut s’agir de vaccins, d’antibiotiques, de sérums ou
d’antidotes.

Les capacités développées peuvent être utilisées pour la protection des


populations civiles présentes sur le territoire national, face au risque
bio-terroriste notamment. Elles concourent à l’efficacité de la stratégie de
sécurité sanitaire globale établie par l’OMS, avec la prise en compte des défis
posés par les maladies infectieuses et émergentes.

Sécurité et sûreté biologiques

La sécurité biologique est un ensemble de normes et procédures définissant tout


ce qui concerne la protection des travailleurs et de l’environnement contre une
dissémination accidentelle d’agents biologiques. Les technologies mises en
œuvre pour assurer le confinement des pathogènes (filtres, équipements
étanches, etc.) participent de cette approche.

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Droit du désarmement 2021

La sûreté biologique définit les procédures visant à éviter la dissémination


volontaire d’agents pathogènes (par vol, détournement ou autre acte de
malveillance).

Dans un contexte épidémiologique aigu (SRAS, grippe aviaire, H1N1), la


sécurité des installations biologiques est une préoccupation majeure.

Un ensemble de procédures visant à assurer la traçabilité de toutes les opérations


de laboratoire (de la sécurité du site et du contrôle des accès aux opérations sur
les équipements et sur les pathogènes) est ainsi mis en place. Il s’agit également
d’identifier et de s’affranchir des sources d’erreur involontaire. Ce processus
peut contribuer à identifier un acte malveillant.
Dans le cadre du partenariat mondial du G8, la France propose son assistance
en matière de sécurité et de sûreté biologique. Ces dernières années, elle a
conduit plusieurs projets de coopération dans ce domaine, notamment en Russie,
en Géorgie et en Azerbaïdjan. Le renforcement des normes de sécurité et de
sûreté biologiques est un moyen efficace de lutter contre la prolifération
biologique.

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Droit du désarmement 2021

*Carte du désarmement et de la non-prolifération chimique et biologique


dans le monde

*Les instruments internationaux de désarmement et de lutte contre la


prolifération biologique

Le Protocole de Genève de 1925 prohibant l’emploi à la guerre de gaz


asphyxiants, toxiques ou similaires et de moyens bactériologiques

Le Protocole de Genève de 1925 "concernant la prohibition d’emploi à la guerre


de gaz asphyxiants, toxiques ou similaires et de moyens bactériologiques" a été
conçu en réaction contre l’emploi massif des gaz de combat lors de la Première
guerre mondiale. En dépit de son ancienneté, ce texte conserve toute sa
pertinence.

La France est dépositaire du Protocole de Genève de 1925. Elle a levé en 1996


les réserves relatives à la possibilité d’emploi en représailles qu’elle avait
apposées lors de la ratification du protocole, de même que la quasi-totalité des

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Droit du désarmement 2021

signataires. Cette décision visait à renforcer la norme d’interdiction totale


d’emploi.

Relevant plus du droit humanitaire et du droit de la guerre que du droit du


désarmement, le Protocole de 1925 ne prévoit pas l’interdiction des armes
chimiques et biologiques, mais impose une interdiction d’emploi à la guerre.

*La Convention sur l’interdiction de la mise au point, de la fabrication et


du stockage des armes bactériologiques (biologiques) ou à toxines (1972)

Le principal outil juridique de lutte contre la prolifération biologique existant est


la Convention sur l’interdiction de la mise au point, de la fabrication et du
stockage des armes bactériologiques (biologiques) ou à toxines et sur leur
destruction (CIABT) de 1972. La CIABT a créé les bases juridiques de
l’interdiction des armes biologiques. Ouverte à la signature le 10 avril 1972, elle
est entrée en vigueur le 26 mars 1975, et compte aujourd’hui 167 États-parties.

La France est devenue partie à la Convention d’interdiction des armes


biologiques (CIABT) le 27 septembre 1984. Elle considérait jusqu’alors que
l’absence de dispositions relatives à la vérification affaiblissait le texte et avait
adopté dès 1972 une législation interne prévoyant des dispositions analogues
aux obligations prévues par la Convention. Depuis sa ratification, la France
œuvre sans relâche en faveur du renforcement du régime et de l’autorité de
cette Convention, ainsi que de l’amélioration de son application.

La CIABT n’intègre pas de disposition en matière de vérification. Le respect de


l’interdiction demeure subordonné à la bonne foi des États-parties, puisque
aucun contrôle international ne s’exerce sur leurs activités biologiques.

À la suite de l’échec, en 2001, de la négociation d’un protocole de vérification


de la CIABT, un cycle intersessions, prévoyant chaque année une conférence des
États-parties et une réunion d’experts, a été mis en place. Ces réunions annuelles
ont pour but de dégager des vues communes sur les moyens susceptibles
d’améliorer la mise en oeuvre de la Convention. Néanmoins, seules les
Conférences d’examen quinquennales ont un pouvoir de décision.

La dernière Conférence d’examen, en décembre 2011, a déterminé trois sujets


qui seront à l’ordre du jour des réunions du cycle actuel d’intersessions

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Droit du désarmement 2021

(2012-2016) : la coopération et l’assistance, avec une attention particulière


portée à l’article X ; l’examen des développements dans le domaine de la
science et de la technologie ; le renforcement de la mise en œuvre nationale. Par
ailleurs, deux thèmes feront l’objet d’un examen biannuel spécifique : les
mesures de confiance (2012-2013) et le renforcement de la mise en œuvre de
l’article VII portant sur les mesures d’assistance aux Etats susceptibles d’être
victimes d’une attaque biologique (2014-2015).

Pour en savoir plus :


Stratégie européenne contre la prolifération des armes de destruction massive (PDF, 92 Ko)
Centres d’excellence de l’Union européenne pour la maîtrise des risques NRBC

3) Résolutions du CS

Haut du formulaire

Résolutions adoptées par le Conseil de sécurité en 2020

S/RES/2546 (2020) 2 octobre 2020 Maintien de la paix et de la sécurité internationales

S/RES/2532 (2020) 1 juillet 2020 Maintien de la paix et de la sécurité internationales 


Lettre du Président du Conseil sur le résultat du vote (S/2020/632) et les déta

S/RES/2515 (2020) 30 mars 2020 Non-prolifération : République populaire démocratique de Corée


Lettre du Président du Conseil sur le résultat du vote (S/2020/246) et les déta

4) Rapports du SG

Rapports du Secrétaire général soumis ou transmis au Conseil de sécurité en 2019

S/2019/54 28 juin   soixante-neuvième rapport mensuel du Directeur général de


1 2019 l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), (Lettre)

S/2019/44 30 mai   soixante-huitième rapport mensuel du Directeur général de


7 2019 l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), (Lettre)

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Droit du désarmement 2021
S/2019/35 30 avril   Soixante-septième rapport mensuel du Directeur général de
5 2019 l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) (Lettre)

S/2019/20 1er mars   Soixante-cinquième rapport mensuel du Directeur général de


1 2019 l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) (Lettre)

S/2019/91 29 janvier   Soixante-quatrième rapport mensuel du Directeur général de


2019 l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) (Lettre)

Rapports du Secrétaire général soumis ou transmis au Conseil de sécurité en 2020

 S/2020/105 29 octobre Quatre-vingt-cinquième rapport mensuel du Directeur général de l’Organisation pour


6 2020 l’interdiction des armes chimiques (OIAC) (Lettre)

S/2020/898 11 Coopération entre l’Organisation des Nations Unies et les organisations régionales ou
septembre autres
2020

S/2020/860 31 août Rapport sur le renforcement du partenariat entre l’Organisation des Nations Unies et
2020 l’Union africaine sur les questions de paix et de sécurité en Afrique, et notamment sur
les activités du Bureau des Nations Unies auprès de l’Union africaine

S/2020/456 29 mai 2020 Quatre-vingtième rapport mensuel du Directeur général de l’Organisation pour
l’interdiction des armes chimiques (OIAC) (Lettre)

S/2020/348 30 avril 2020 Soixante-dix-neuvième rapport mensuel du Directeur général de l’Organisation pour
l’interdiction des armes chimiques (OIAC) (Lettre)

S/2020/95 4 février Dixième rapport sur la menace que représente l’EIIL (Daech) pour la paix et la
2020 sécurité internationales et sur l’action menée par l’Organisation des Nations
Unies pour aider les États Membres à contrer cette menace

S/2020/82 30 janvier Soixante-seizième rapport mensuel du Directeur général de l’Organisation pour


2020 l’interdiction des armes chimiques (OIAC) (Lettre)

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Autres références

­ E. MILLER (S.), « Le triomphe du scepticisme. L’Administration


Bush et le déclin de la maîtrise des armements », in RIS,
dossier sous la direction de COURMONT (B.), Les conflits
asymétriques : l’avenir de la guerre ? Automne 2003, pp.
13-36.
­ GASPARINI ALVEZ (P.) et GIPOLLONE (D.B.), « L’arrêt du trafic
des armes de petit calibre et des technologies sensibles: un
ordre du jour pragmatique », Désarmement 1997(XX) 2-3, pp.
67-84.
­ KINLOCH PICHAT (S.), « Le maintien de la paix, le
désarmement et une force internationale : un paradoxe », in
Maintien de la paix : une évolution ou extinction ? Forum de
désarmement, Institut des Nations Unies pour la recherche sur
le désarmement, trois 2000, pp. 7-22.
­ LORIDON (M.), « Maintien de la paix : la phase cruciale du
désarmement des belligérants », in Opérations des Nations
Unies, leçons de terrain, Cambodge, Somalie, Rwanda,
ex-Yougoslavie, Cot (J.), (dir.) FED, Paris, 1995, pp. 363-366.
­ RICHADIER (J-B), STAINIER (V.) et TEMPLE (J.), « La lutte
contre les mines antipersonnelles au Cambodge », in
Opérations de Nations Unies, leçons de terrain, Cambodge,
Somalie, Rwanda, ex-Yougoslavie, Cot (J.), dir. FED, Paris,
1995, pp.111-122.
­ RONA (S.), « Les armes légères dans les conflits actuels »,
Désarmement, 1996(XIX) 2, pp.35-39.
­ SUR (S.), « La résolution 1540 du Conseil de sécurité (28 avril
2004) : entre la prolifération des armes de destruction massive,
le terrorisme et les acteurs non étatiques  », RGDIP, 2004, pp.
855-882
­ WULF (H.), « Désarmement et démobilisation des anciens
combattants : mise en œuvre du micro-désarmement »,
Désarmement, 1996 (XLX) 2, pp.46-52.
14
Droit du désarmement 2021

Désarmement et droit international1

Même si l’entreprise du désarmement revêt largement une forme juridique, et


passe notamment par la voie de traités, le droit international a encore à établir
l’utilité et l’originalité de son apport à cet égard. Parmi les spécialistes
nombreux et divers qui s’occupent de ces questions, on rencontre en effet bien
peu de juristes. On trouve naturellement dans le cercle des négociateurs des
diplomates et des militaires, mais leurs préoccupations sont avant tout d’ordre
politique, stratégique, voire administratif, dans la mesure où une bureaucratie du
désarmement tend désormais à se mettre en place. Il est par exemple frappant
que la Conférence du désarmement à Genève, instance multilatérale de
négociation, n’ait pas de conseiller juridique propre. On trouve également,
autour de ce noyau utile, en tout cas le plus immédiatement actif, un cercle plus
large et plus diffus de chercheurs, d’experts voire de militants provenant de
différentes spécialités – analystes politiques, stratégiques, scientifiques
appartenant à diverses disciplines. Cette nébuleuse promène de ville en ville une
problématique itinérante, au fil des colloques, conférences et autres séminaires
qui se tiennent et se retrouvent tout au long de l’année dans le monde entier sous
diverses bannières. On n’y rencontre pas non plus beaucoup de juristes. Il est
vrai qu’il y a de la part des spécialistes assez peu de demande d’informations ou
de réflexion juridiques, en dehors du concours ordinaire des services juridiques
des administrations nationales. Pourquoi une telle situation ? L’explication n’est
sans doute pas propre à l’entreprise du désarmement. Elle doit être élargie à
l’ensemble des relations politiques internationales. On sait par exemple que le
rôle des juristes, et des préoccupations juridiques, a été restreint lors de

1
Désarmement et droit international – Centre Thucydide
https://www.afri-ct.org/2006/desarmement-et-droit-international

15
Droit du désarmement 2021

l’élaboration de la Charte des Nations Unies, pourtant texte cardinal pour la


société internationale. On sait aussi que la place du règlement juridictionnel des
différends – et notamment de la Cour internationale de justice – est modeste
dans cette société, et par conséquent dans le domaine des accords relatifs au
désarmement. Or il existe une tendance répandue, quoique inexacte, à assimiler
considérations juridiques et intervention d’un juge. C’est ainsi que l’on découvre
l’importance du droit dans la construction communautaire à partir de la
jurisprudence de la Cour de justice des Communautés européennes, comme le
développement du droit constitutionnel à partir de la jurisprudence du Conseil
constitutionnel. C’est dire que l’approche juridique du désarmement doit se
distinguer radicalement d’une approche jurisprudentielle. Pour autant,
l’entreprise du désarmement est largement une entreprise juridique. Elle passe
par des traités, des accords, des engagements qui tirent leur autorité du droit
international, et dont la valeur et la pérennité sont liées à l’acceptation par les
Etats d’un ensemble de règles et principes juridiques communs gouvernant leur
activité. Tout le monde a présent à l’esprit un ensemble d’instruments qui
matérialisent l’entreprise et lui donnent son efficacité. Quelle peut donc être
l’utilité du droit international ? Elle se rattache aux fonctions générales que
remplit la régulation juridique internationale, et que l’on peut ici tenter
d’analyser dans quatre directions: l’orientation des comportements étatiques,
leur prévisibilité, leur évaluation, la réglementation des réactions qu’appelle la
violation des engagements acceptés.
▪ L’orientation réside dans le caractère normatif des instruments, dans les
prescriptions qu’ils contiennent et qui peuvent se déployer sur divers
plans – obligations primaires, qui sont la substance même des
engagements; obligations secondaires, tenant par exemple à la
vérification des premières ; conditions d’application dans le droit interne
des parties, etc…
▪ La prévisibilité résulte du postulat que les Etats concernés appliquent et
respecteront leurs engagements, et que par là leur comportement futur
peut être raisonnablement anticipé, ce qui accroît la sécurité des
partenaires. Elle permet également, en faisant fond sur les
comportements futurs, d’envisager le développement des instruments,
de construire progressivement un régime dynamique. Ainsi pour le droit

16
Droit du désarmement 2021

de l’espace, ou l’ensemble du régime de l’Antarctique, les conventions de


principe constituent à cet égard une matrice conduisant à l’élaboration
de règles nouvelles.
▪ L’évaluation considère les normes acceptées comme des instruments de
mesure, auxquels on peut confronter les comportements pratiques afin
de déterminer s’ils sont ou non compatibles avec les engagements
souscrits. Les normes juridiques sont à cet égard des normes de
jugement. Elles comportent toujours une certaine part de flexibilité, de
telle sorte qu’elles sont enrichies par la pratique, et que la pratique elle-
même permet de les évaluer. L’évaluation fonctionne donc en un double
sens, et les traités ne sont pas des tentes dressées pour le sommeil.
▪ Quant aux réactions qu’appelle la violation des engagements, elles
soulèvent en droit international des questions particulièrement difficiles,
et en même temps particulièrement importantes dans le domaine de la
sécurité et du désarmement. Qu’appellera-t-on une violation? Qui pourra
la constater? Qu’attend-on des réactions? Le retour au respect intégral de
la norme ou la protection de ses propres intérêts ? Reposeront-elles sur
des mesures individuelles ou collectives ? S’agit-il d’assurer une
réparation au profit des victimes ou de sanctionner le manquement à la
règle ? Le droit a beaucoup de réponses à apporter, et encore davantage
d’imagination à déployer, compte tenu de la structure particulière de la
société internationale, qui ne permet qu’un faible développement des
sanctions institutionnelles, collectives et organisées.
On mesure l’intérêt de ces fonctions générales pour le succès de l’entreprise du
désarmement. On peut les analyser plus précisément en se situant sur deux plans
différents. D’abord, dans une approche pragmatique, on s’attachera au rôle
concret que peuvent jouer les préoccupations juridiques et les juristes dans la vie
des engagements internationaux relatifs au désarmement – dans leur élaboration,
pour leur application, et pour assurer leur respect. Ensuite, dans une approche
plus théorique, doctrinale, on s’interrogera sur l’existence d’un droit
international du désarmement, régi par ses propres principes, reposant sur des
techniques juridiques spéciales, développant sa propre problématique. La
réponse n’est pas à l’heure actuelle nécessairement positive, mais cette question
relève de l’intelligence générale du désarmement, de la réflexion sur ses

17
Droit du désarmement 2021

fondements et finalités. Dans la mesure où l’entreprise est une entreprise


volontariste, il est bon de savoir dans quel cadre elle se situe, ce que l’on a fait et
ce que l’on tend à faire.
APPROCHE PRAGMATIQUE
On raisonnera ici dans le cadre des traités, qui représentent une part importante
quoique non exclusive de l’entreprise du désarmement, et qui résultent d’une
négociation, comportant la rédaction d’instruments internationaux, instruments
qui d’une part forment un ensemble organisé se suffisant à eux-mêmes, mais
d’autre part doivent être également intégrés dans l’ensemble du droit
international, voire du droit interne des parties. Le concours des juristes à la
mise au point des instruments ainsi qu’à leur application ne se borne pas – ne
devrait pas se borner – à une mise en forme subalterne de la substance d’accords
politiquement établis par ailleurs. Les préoccupations juridiques sont étroitement
liées à l’ensemble de la vie des traités, tant à leur élaboration qu’à leur pratique.
Ces préoccupations tiennent à la rigueur des termes et des concepts utilisés, à
leur précision. Elles doivent aussi comporter une part d’imagination – qualité
souvent considérée comme étrangère aux juristes – lorsqu’il s’agit de construire
des mécanismes permettant de faciliter l’application des traités ou de définir les
moyens de réagir contre leur violation. On peut ici tenter de distinguer trois
stades, ou trois types de problèmes qui exigent une approche juridique,
certainement pas exclusive mais importante: celui de la rédaction des
instruments; celui de leur application; enfin les problèmes variés liés au respect
– ou plus exactement au non-respect éventuel – des instruments.
La rédaction des instruments
– Définitions Deux éléments peuvent ici être soulignés. D’abord, le problème
des définitions des termes employés, qui doivent être suffisamment précis et en
même temps suffisamment généraux pour couvrir les activités ou les matériels
que l’on veut réglementer. On peut à cet égard donner quelques exemples de
lacunes ou de difficultés liées à un emploi insuffisamment précis de terme. Ainsi
dans la traite sur l’espace, la notion d’utilisation pacifique de l’espace est
devenue un pont aux ânes pour les commentateurs. Certains y voient l’exclusion
de toute usage militaire – ce qui est au demeurant largement contraire à la
pratique – d’autres l’interdictions de l’usage à des fins agressives, ce qui
n’ajouterait rien au droit international général et en particulier à la Charte, dans

18
Droit du désarmement 2021

le cadre de laquelle le traité est expressément inscrit. La distinction entre


activités civiles et militaires est également très difficile à opérer car une activité
donnée peut être à double finalité ou au minimum à double capacité. Le
problème se complique encore si l’on constate que dans le même traité la lune et
les autres corps célestes sont consacrés à des usages exclusivement pacifiques…
La différence entre un usage pacifique et un usage exclusivement pacifique n’est
pas non plus très claire. Vise-t-on à écarter la légitime défense, par exemple ?
Certainement pas, puisque celle-ci est consacrée par la Charte, dont le traité
reconnaît la supériorité et qui s’impose au demeurant à lui en vertu de ses
propres dispositions (article 103). Un autre exemple de définition incomplète ou
problématique tient à la catégorie largement utilisée par les traités pertinents, des
armes de destruction massive. On admet généralement que cette catégorie
regroupe les armes ABC, ou armes atomiques, biologiques (bactériologiques) et
chimiques. Il faut d’abord observer à cet égard qu’on est plutôt en présence
d’une distinction que d’une définition, puisque la catégorie repose sur la
différenciation entre armes de destruction massive et autres armes – que dans
l’usage on dénomme classiques ou conventionnelles. Cependant cette distinction
est à elle seule insuffisante et en tous cas ne recouvre pas toutes les hypothèses
d’armes prohibées: ainsi les vecteurs, les missiles – qu’il convient encore de
classer suivant leur portée – ne rentrent clairement dans aucune de ces
catégories. Certaines font l’objet d’interdictions spécifiques (missiles à portée
intermédiaire avec le Traité FNI de 1987), ou encore les armes causant des
traumatismes excessifs (Convention de 1981), sans même parler des problèmes
de définition dans le cadre de la négociation FCE. En outre, si l’on examine en
elle-même la catégorie armes de destruction massive, on peut mettre en doute
son homogénéité: assimiler armes atomiques et chimiques renforce
l’argumentation « arme chimique / arme nucléaire du pauvre » dont les experts
dénoncent de plus en plus l’inexactitude et même le danger. On peut en effet
estimer que les armes chimiques ne sont nullement des armes de destruction
massive niais plutôt des armes de terreur, intégrées dans des corps de bataille et
appelées à être mises en oeuvre en complément d’une stratégie classique. Il y
aurait donc grand intérêt à une réflexion juridique plus approfondie sur la
définition et classification des armes et de leurs vecteurs. Il est certes vain de
vouloir enfermer un développement technologique toujours rapide dans des

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Droit du désarmement 2021

catégories trop rigides, et celles-ci sont sans doute appelées à se transformer


avec l’évolution des armements. Mais l’établissement de listes et définitions
convenues pourrait constituer une base de travail pour les négociateurs. A cet
égard les difficultés des définitions ne sont pas toutes de même nature. Certaines
résultent d’un choix délibéré, maintenant l’ambiguïté comme formule de
compromis ouverte ; elles ne peuvent donc pas être surmontées, au moins au
stade de la rédaction du traité. D’autres en revanche sont purement techniques,
tenant à la variété des langues officielles utilisées et à la difficulté de rendre
exactement les mêmes notions dans des systèmes linguistiques différents. Elles
peuvent être plus facilement éliminées. Entre les deux, on trouve des lacunes
opportunistes, tenant à ce qu’on n’a pas souhaité résoudre des problèmes qui ne
se posaient pas au moment de la négociation, bien que l’on ait eu conscience
qu’ils se poseraient un jour: ainsi du problème de la délimitation entre
atmosphère et espace extra-atmosphérique. On trouve aussi des lacunes
méthodologiques, tenant à ce que certains développements n’avaient pas été
prévus, et que les prohibitions établies sont trop restreintes, permettant un
contournement ultérieur, comme le traité ABM en offre différents exemples. Il
est clair que ces différentes difficultés n’appellent pas le même type de
traitement, mais qu’elles sont renforcées par l’insuffisante attention apportée aux
problèmes strictement juridiques de la rédaction des traités. – L’articulation
entre les différents traités Elle pose également des problèmes spécifiques. On
en prendra quelques exemples. En premier lieu, en principe chaque traité ou
instrument possède son régime juridique propre et les termes qu’il emploie
doivent être considérés comme lui étant propres, surtout s’il contient ses propres
définitions. Mais l’interprétation du traité se déroule suivant le sens naturel et
ordinaire des mots, dans le contexte du traité et du droit international
(Convention de Vienne de 1969 sur le droit des traités, article 31). Ainsi
existe-t-il un vocabulaire commun qui peut être repris d’un traité à un autre, et il
convient toujours de s’interroger sur le point de savoir si un terme est employé
dans son sens général ou dans un sens spécial, particulier au traité. En second
lieu, des traités successifs peuvent avoir au moins partiellement le même objet.
Il convient de savoir comment leur application peut s’harmoniser dans les
relations entre les Etats qui sont également parties aux deux traités. Le droit
international général contient certes une solution de principe, favorable à la

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Droit du désarmement 2021

prévalence du traité postérieur en cas de conflit (article 30 de la Convention de


Vienne). Mais la Charte des Nations Unies, quant à elle, l’emporte sur tout autre
instrument, antérieur comme postérieur (article 103). Les traités peuvent
également harmoniser leurs relations par des dispositions spéciales et les
rédacteurs doivent soigneusement y veiller. On peut à cet égard mentionner
l’exemple de la convention sur l’élimination des armes chimiques en cours de
négociation et de ses rapports avec le Protocole de Genève de 1925. En
apparence la future Convention devrait recouvrir et donc rendre inutile ce
Protocole. Mais il n’est pas établi qu’ils auront exactement les mêmes parties, ce
qui impose le maintien du Protocole; en outre cette convention chimique peut
ultérieurement disparaître, et il convient d’éviter que sa disparition éventuelle
n’emporte la disparition récurrente du Protocole, qui devrait au contraire
recouvrer toute sa portée dans une telle hypothèse; enfin certaines parties ont
émis des réserves à l’égard du Protocole de Genève, en limitant notamment
l’interdiction d’usage au premier emploi, maintenant donc expressément la
possibilité de représailles par les mêmes moyens. Ces Etats refusent de voir leur
réserve remise en cause par la nouvelle convention qui contient des interdictions
beaucoup plus larges. Il y a certes là une difficulté politique, puisque d’autres
Etats n’aperçoivent pas ou ne veulent pas apercevoir le sens d’une réserve qui
deviendrait purement virtuelle dès lors que les armes chimiques seraient
totalement éliminées. Mais il est clair que le problème rédactionnel de la
convention, établissant une articulation satisfaisante pour tous entre Protocole et
nouvelle convention, appelle une solution juridique qui met à l’épreuve
l’imagination des juristes.
L’application des instruments
On peut également prendre quelques exemples de problèmes qui demandent une
réflexion et une solution juridiques, qui ne relèvent pas de la simple mise en
forme. Le problème central de la vérification d’abord, celui du règlement des
différends relatifs aux engagements souscrits ensuite, celui des mécanismes
d’adaptation et d’évolution des traités enfin. – La vérification Une des
originalités les plus marquantes du droit international du désarmement – on y
reviendra – réside dans les problèmes posés par la vérification des traités. Or
cette vérification met en cause le droit à un double égard. – D’une part elle
implique l’appréciation juridique du comportement des parties, et non seulement

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Droit du désarmement 2021

l’examen matériel de leur comportement. En d’autres termes, il ne faut pas


confondre surveillance, ou monitoring, et vérification. La surveillance comporte
le rassemblement et l’analyse d’un ensemble de données relatives au
comportement des Etats. La vérification consiste à évaluer dans quelle mesure
ce comportement est ou non conforme au traité, ou au minimum compatible
avec lui. Il s’agit donc d’une activité essentiellement juridique. Cette activité est
le privilège des parties. Les tiers ne sont pas en principe compétents pour y
intervenir, à tout le moins sans le consentement des parties. Ceci ne manque pas
de soulever diverses questions, notamment quant au rôle que peuvent jouer les
organisations internationales en la matière. Une recherche juridique serait à cet
égard fort utile. Or cette dimension juridique est trop souvent négligée ou
inaperçue, notamment dans la littérature anglo-saxonne. Parfois, et notamment
dans la littérature soviétique, lorsqu’elle est prise en considération, elle est
confondue avec un mécanisme de garantie, qui est d’une nature différente. La
garantie tend en effet à assurer le respect du traité, et donc à démontrer
positivement qu’il est convenablement appliqué : ainsi les garanties de l’AEA
dans le cadre du TNP. La vérification en revanche ne saurait démontrer que le
traité est respecté mais seulement qu’on ne peut pas établir sa violation, ce qui
est tout différent. La police ainsi ne peut garantir le respect du Code pénal, mais
seulement établir qu’il n’est pas violé – ou au contraire qu’il l’est. Pour
simplifier, une garantie tend à une démonstration positive alors que la
vérification ne peut aboutir en règle générale qu’à une démonstration négative. –
D’autre part, la vérification tend à reposer de plus en plus sur des moyens
juridiques organisés, et organisés par les traités eux-mêmes. Ce n’est pas ici
notre propos de rendre compte de cette évolution profonde que connaît
actuellement la vérification, où certains voudraient voir une véritable révolution.
Observons simplement qu’elle met en oeuvre des procédures internationales
coopératives, notamment des mécanismes d’enquête, qui doivent être
soigneusement organisées et réglementées, d’autant plus qu’elles comportent
une intrusion sur le territoire des parties. Il est frappant ainsi de constater la
croissance rapide des instruments spécialement consacrés à la vérification et à
ses procédures dans les traités et négociations récents – le Traité FNI, les
négociations START, FCE, ou celles relatives aux armes chimiques. Deux types
de problèmes juridiques nouveaux apparaissent. D’un côté, le rôle des

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Droit du désarmement 2021

organisations internationales spécialement mandatées, créées par le traité,


impliquant le développement d’un droit institutionnel de la vérification – statut
des inspecteurs, origine internationale de la réglementation qu’ils appliquent,
etc…. De l’autre, le rapport entre ces obligations nouvelles et le droit interne qui
ne doit pas y faire obstacle. Dans le cadre de la convention chimique en cours de
négociation, on rencontre ainsi le problème du droit interne des Etats-Unis, dont
la Constitution s’oppose à des formes trop intrusives de vérification mettant en
cause des activités privées. De façon plus générale, la question de la protection
du secret industriel doit également être résolue. Tous ces domaines restent
largement à explorer et devraient se développer à mesure que l’entreprise du
désarmement touchera à des activités civiles, comme l’industrie chimique. – Le
règlement des différends Ce problème est dans l’ensemble peu et mal réglé dans
les conventions en vigueur. Le règlement juridictionnel international est
rarement prévu, et au demeurant inadéquat. Il est en pratique trop long, et mal
adapté au mélange de considérations juridiques, stratégiques et politiques
indissociables dans le traitement de telles questions. L’élément juridique existe,
mais il est difficilement isolable, en tous cas de façon utile pour un règlement
concret. La formule que l’on trouve dans beaucoup de traités, surtout bilatéraux,
américano-soviétiques, est celle des commissions consultatives, bipartites et
paritaires. Il est difficile de formuler un jugement à leur égard dans la mesure où
leur pratique demeure largement confidentielle. Cependant, si la commission
prévue par le Traité FNI semble pour l’instant fonctionner harmonieusement,
celle qui est prévue par le Traité ABM n’a pas été en mesure de régler les
profondes divergences d’interprétation de ce Traité, liées notamment au projet
IDS. D’autres formules plus intégrées existent, notamment avec le Traité de
Tlatelolco, ou dans le cadre des garanties de l’AIEA, ou encore avec le projet de
Convention sur l’élimination des armes chimiques, ou dans le contexte des
négociations FCE. A cet égard l’entreprise apparaît comme un chantier, où
l’imagination juridique devrait se déployer, et où la recherche à un rôle utile à
jouer. Il est clair que les problèmes politiques et stratégiques sont dominants,
mais la perspective juridique est indispensable à la mise au point des instruments
qui favorisent l’entente et à tout le moins constituent des canaux de
communication efficaces. Le règlement des différends est un prolongement
normal de la vérification, permettant notamment d’éliminer les cas douteux, de

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Droit du désarmement 2021

jouer un rôle de filtre séparant questions importantes et simples malentendus, et


de bien préciser les positions en cas de divergences plus sérieuses.
– Mécanismes d’adaptation et dévolution des traités Ils peuvent être
nécessaires lorsque les traités se référent à des techniques évolutives, voire
appellent un perfectionnement de leurs dispositions. Or il est très difficile en
pratique de réviser les traités même imparfaits. Ils reposent sur un équilibre
qu’une remise en question risquerait de détruire. Une formule à cet égard
consiste dans l’adjonction de protocoles, d’instruments adventices qui sans
remettre en cause les fondements d’une négociation aboutie, permettent de la
compléter. De tels protocoles peuvent être contemporains du traité, mais
pourront être remaniés plus rapidement et plus simplement que le traité
lui-même (Traité FNI par exemple); ils peuvent aussi être postérieurs. Un
modèle récent en est fourni par les Protocoles de 1990 relatifs aux Traités
américano-soviétiques de 1974 et 1976 sur l’interdiction partielle des essais
nucléaires souterrains; il peut aussi s’agir de documents indépendants – comme
avec le système des garanties de l’AIEA -, ce qui donne souplesse et flexibilité à
des engagements résultant d’un traité unique. Un régime conventionnel peut
ainsi comporter une série d’instruments variés, et il convient de répartir les
différentes dispositions entre eux, en fonction de leur importance et de leur
technicité. Une formule plus négative mais souvent inévitable est celle des
réserves, qui constituent une technique d’individualisation des engagements.
Elles ne peuvent être émises qu’au moment où l’Etat exprime son consentement,
et tendent à limiter la portée de son engagement. Le traité peut les interdire, et à
cet égard il convient de ménager la sauvegarde des principes essentiels à son
fonctionnement et une flexibilité qui tienne compte des situations particulières.
La technique des conférences périodiques d’examen existe dans certains traités
multilatéraux. Ces conférences n’aboutissent pas à une renégociation des traités,
mais à une évaluation des résultats, de leurs avantages et inconvénients, et
constituent toujours un moment de remise en question de leur intérêt, voire un
moment de vérité. Mais il est important de souligner que, en dépit des
frustrations qui ont pu s’exprimer dans leur cadre, aucun retrait n’a été prononcé
et qu’aucun traité n’a jusqu’à présent pris fin. Les traités insatisfaisants ne sont
simplement pas entres en vigueur – SALT II (1979), interdiction partielle des
essais nucléaires (1974 et 1976). Ceci démontre l’intérêt du droit international

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Droit du désarmement 2021

comme le fait que les parties prennent leurs engagements au sérieux et


n’entendent pas les remettre en cause à la légère. La question de leur respect et
des réactions qu’appellent leurs violations n’en conserve pas moins tout son
intérêt. – La violation des engagements Les deux questions, essentielles sur le
plan juridique, que soulèvent la détermination des violations d’un engagement –
son respect n’ayant pas à être démontré puisqu’il est toujours présumé – et les
réactions autorisées par le droit face à de telles violations demeurent un terrain
large- ment inexploré dans le contexte du désarmement et de la limitation des
armements. Certes, le droit international général, notamment tel que codifié dans
la Convention de Vienne, s’applique, et il domine l’ensemble du régime en
vigueur. Certes, les traités particuliers peuvent toujours comporter des
dispositions plus précises, canalisant les mécanismes en cause et tendant à en
renforcer l’efficacité. Mais on doit constater qu’ils sont de façon générale muets
ou brefs sur la question. Aussi y a-t-il un domaine ouvert à la recherche, même
si le projet de convention chimique contient pour sa part des indications plus
développées. Cette absence peut tenir au fait que les parties refusent a priori
d’envisager la violation comme une hypothèse praticable – sous-produit de
l’ancienne argumentation soviétique suivant laquelle la vérification organisée
n’était pas très utile parce que toute violation militairement significative ne
pouvait manquer d’être décelée et se trouvait par là même dissuadée. Elle peut
aussi tenir au fait que les parties entendent conserver à cet égard toute liberté
d’appréciation et d’action et donc ne souhaitent pas être enfermées dans un
cadre prédéterminé. Elle peut également résulter de la considération que les
mécanismes élaborés devraient être coopératifs, voire collectifs, contraignants et
lourds, et par là difficiles, voire impossible, à mettre en oeuvre, voire
inefficaces. Il ne s’agit pas ici de tenter d’imaginer de tels mécanismes, mais
d’indiquer les principales questions qui devraient être abordées dans le cadre
d’une régulation juridique de l’établissement des violations et des réactions
qu’elles appellent. – Les violations – Une première question a trait à la
détermination de la violation. Qui peut l’établir ? En vertu du droit international
général, seules les parties sont habilitées à le faire, et elles ne peuvent le faire
que d’un commun accord si l’on veut que cette constatation s’impose à toutes.
Elles peuvent certes décider de s’en remettre à un organe tiers, par exemple à
une juridiction qui, sur la base de leur consentement, trancherait avec force de

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Droit du désarmement 2021

vérité légale. Mais cette hypothèse est peu probable. Le Traité de Tlatelolco, le
Traité sur l’Antarctique en fournissent des exemples isolés. Encore la
compétence de la Cour est-elle seulement facultative. Autrement sont seules
prévues des procédures de consultation qui s’inscrivent dans le cadre général du
règlement des différends mais ne fournissent pas de solution obligatoire.
L’intervention d’autres organes tiers ne peut lier les parties si elles ne lui ont pas
donné leur consentement préalable. C’est ainsi que ni l’Assemblée générale des
Nations Unies, ni même le Conseil de Sécurité, ne peuvent constater de façon
autoritaire la violation d’un traité conclu entre Etats tiers. Le Conseil est certes
en mesure de constater qu’un comportement donné constitue une menace à la
paix, voire une rupture de la paix, et agir en conséquence sur la base du chapitre
VII. Mais le fondement de son action serait la Charte exclusivement. Elle
reposerait ainsi sur une autre base juridique que le traité éventuellement violé.
Quant aux parties agissant individuellement, elles peuvent émettre un jugement
sur le comportement des autres parties, et soutenir qu’il constitue une violation
de leurs engagements. Mais cette prétention ne lie à l’évidence personne d’autre
que l’Etat qui la soutient. Il peut seulement espérer convaincre l’autre ou les
autres parties du bien-fondé de sa prétention – comme cela a été le cas dans le
cadre du Traité ABM pour la position américaine à l’égard du radar de
Krasnoyarsk, puisque les Soviétiques ont finalement reconnu que son existence
était contraire à leurs engagements. L’imagination, la recherche juridique,
devraient s’attacher à la mise au point de formules permettant d’éviter l’impasse
de prétentions juridiques opposées, ou alors de faciliter le règlement du
différend. Il pourrait par exemple s’agir de méthodes coopératives, formalisant
la discussion, obligeant à motiver les comportements, à organiser un débat entre
parties intéressées, à se prêter à une confrontation organisée des argumentations.
Les formules seraient naturellement plus complexes dans un cadre multilatéral
que dans un cadre bilatéral. – Une seconde question concerne la classification
des violations. On ne saurait toutes les mettre sur le même plan. A priori, on
pourrait distinguer en fonction de leur objet, de leur origine, de leur consistance
et de leur intensité. En fonction de leur objet, on peut par exemple distinguer les
manquements qui portent sur la substance des engagements, et ceux qui touchent
à d’autres obligations, comme par exemple les procédures de vérification, par
entrave à leur fonctionnement régulier. D’autres encore peuvent mettre en cause

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Droit du désarmement 2021

des dispositions plus secondaires, notamment d’ordre procédural. En fonction de


leur origine, il faut distinguer les violations intentionnelles et celles qui ont un
caractère accidentel, ou résultent d’une carence administrative davantage que
d’un comportement délibéré. A priori, les premières devraient être plus graves
que les autres. Mais si l’on raisonne en termes de sécurité, on ne peut exclure
qu’une violation volontaire n’ait que des conséquences mineures tandis qu’un
manquement accidentel peut être lourd de risques. En fonction de leur
consistance, on opposera par exemple les manquements actifs supposant un
comportement déterminé – et les manquements passifs, c’est-à-dire l’inaction ou
le retard dans l’application du traité. Le critère de l’intensité est le critère
essentiel, et il se superpose à l’ensemble des autres davantage qu’il ne s’en
détache. Sur cette base, et dans le contexte du désarmement, ce critère conduit à
distinguer les violations militairement significatives, qui mettent en cause la
sécurité des parties, et les autres. Il est difficile d’enfermer une telle distinction
dans un cadre juridique prédéterminé puisque l’appréciation du caractère
significatif dépend de l’ensemble des circonstances du manquement, ainsi que
de l’état général des relations entre les parties. Le jugement à cet égard demeure
donc fondamentalement politique, et il commande le choix des réactions jugées
appropriées. – Les réactions – Très schématiquement, les différents traités en
vigueur ne contiennent en général que deux types de réactions: le retrait du
traité, la saisine du Conseil de Sécurité. Le retrait d’un traité n’est jamais
intervenu, et risquerait fort au demeurant de conduire à sa destruction.
Possibilité qui souligne l’accent mis sur la sécurité individuelle des parties,
puisqu’il s’agit d’une mesure protectrice qui leur rend toute leur liberté d’action
au détriment du traité lui-même. Quant à la saisine du Conseil de Sécurité, elle
constitue en vérité une disposition cosmétique, car elle serait possible en toute
hypothèse sur la base de la Charte. Sur la base du droit international général, le
manquement entame diverses conséquences possibles. La mise en cause de la
responsabilité internationale de l’Etat auteur du manquement et la réparation des
dommages causés, d’abord. Il s’agit d’un processus long, aléatoire, insuffisant à
lui seul pour répondre à toutes les situations. La possibilité de prendre des
contre-mesures ensuite, permettant de remplir plusieurs objectifs: se protéger
contre les conséquences de la violation, exercer une pression sur l’Etat
responsable pour le conduire à régulariser son comportement, sanctionner son

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Droit du désarmement 2021

attitude. Les Etats-Unis se sont ainsi officiellement référés à cette possibilité


dans le cadre de la controverse sur le radar de Krasnoyarsk, avec semble-t-il un
certain succès. La formule offre l’avantage de ne pas sortir du cadre du traité, de
le maintenir donc en vigueur, même s’il peut éventuellement être provisoirement
suspendu (article 60 de la Convention de Vienne). Elle offre en contrepartie
l’inconvénient de reposer sur l’intérêt individuel des parties qui mettent en
oeuvre les contre-mesures, davantage que sur la sauvegarde du traité lui-même.
– Dans une perspective plus prospective, on peut ainsi distinguer entre deux
catégories de réactions: celles qui tendent à la protection de la sécurité
individuelle des parties, éventuellement au détriment du traité; celles qui tendent
avant tout à rétablir le respect des engagements souscrits, et qui s’attachent donc
à la sauvegarde des régimes établis par le traité, maintenant ses objectifs
collectifs. On peut penser que le premier type de réactions se justifie davantage
dans le cadre des traités bilatéraux et que le second est davantage requis dans
l’hypothèse de traités multilatéraux. Ces derniers comportent en effet une
dimension de réglementation collective qui dépasse les seuls intérêts individuels
des parties. Cette distinction se relie largement au caractère individuel ou
collectif des réactions. Là encore, une recherche juridique systématique serait
très utile, dégageant des modèles de réactions possibles, en fonction de la gravité
des manquements et de la nature des intérêts lésés. Le projet de convention
chimique ouvre des pistes intéressantes dans cette direction.
APPROCHE DOCTRINALE
Il est naturellement tentant à cet égard de rechercher une unité conceptuelle de
l’entreprise du désarmement qui puisse se traduire en termes juridiques, par une
systématisation doctrinale dégageant un « droit du désarmement », à l’instar
d’un droit international économique, d’un droit du développement, d’un droit de
la mer, d’un droit de l’environnement, etc… Peut-on céder ici à ce péché
mignon des juristes, parfois justifié par de simples exigences didactiques, parfois
mieux assuré par une réelle autonomie, reposant sur des éléments originaux
communs – un corps de règles interdépendantes, une problématique identique, le
recours à un ensemble de techniques propres, etc… ? Il semble qu’à ce stade du
développement du désarmement, et même au stade actuellement envisageable,
une telle tentation soit fallacieuse et l’effort artificiel. Le terme de désarmement
lui-même, que l’on a employé pour des raisons de commodité, recouvre des

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Droit du désarmement 2021

notions et des pratiques différentes. Si l’entreprise du désarmement présente une


incontestable unité, elle ne réside pas tant en elle-même que dans la relation
qu’elle entretient avec la sécurité internationale. C’est par rapport à la sécurité
internationale qu’il faut rechercher son sens, sa dynamique, ses perspectives. Le
« droit du désarmement » apparaît dès lors comme une branche du droit de la
sécurité internationale, ou comme un ensemble de rameaux qui se rattachent à
des approches différenciées de la sécurité internationale. Sur un plan plus global
encore, les instruments juridiques relatifs au désarmement peuvent enfin
apporter une certaine contribution au droit international général.
L’hétérogénéité du « droit du désarmement »
On ne peut en effet dégager un corpus homogène de régies juridiques, chaque
instrument conservant son individualité et restant soumis à son propre régime.
Les processus d’élaboration sont, de la même manière, divers et demeurent
indépendants. Il est même difficile de trouver des principes communs à
l’ensemble des instruments. – Un corps diversifié L’essentiel passe par des
traités, eux-mêmes très divers, mais il ne faut pas négliger d’autres instruments,
instruments collectifs non conventionnels, ou actes unilatéraux étatiques, ou
encore résolutions d’organisations internationales. En revanche, et par
dérogation au droit international dans son ensemble, le rôle de la coutume
internationale reste limité. S’agissant des traités, il est clair que la plupart des
grands traités politiques de l’après-guerre, et même certains traités de paix, ont
un lien avec le désarmement: les Traités de paix de 1947 avec les alliés de l’Axe,
le Traité sur l’Antarctique (1959), le Traité sur l’espace (1967), plus directement
l’ensemble des Traités relatifs aux armes nucléaires et autres armes de
destruction massive – interdiction partielle des essais nucléaires (1963), TNP
(1968), Traité sur le fond des mers (1971), Convention sur l’interdiction des
armes biologiques (1972), etc… Mais des traités plus anciens, comme le
Protocole de Genève (1925) doivent aussi être pris en considération. Ce dernier,
comme la plus récente Convention sur l’interdiction des armes causant des
traumatismes excessifs (1981), relève au demeurant autant du droit humanitaire,
ou du droit des conflits armés, que de l’entreprise du désarmement. Ces
instruments limitent l’usage de certaines armes par souci de protéger les cibles
virtuelles mais n’ont pour effet ni d’interdire ni de limiter les armes
elles-mêmes. Certains traités en outre concernent exclusivement le

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Droit du désarmement 2021

désarmement, d’autres partiellement seulement – le Traité sur l’Antarctique, ou


le traité sur l’espace. A côté de ces grandes conventions multilatérales existent
au surplus des accords bilatéraux, américano-soviétiques – des Accords SALT 1
de 1972 au Traité FNI de 1987 – qui restent totalement indépendants et relèvent
d’une autre approche du désarmement. Certes, les traités en cause peuvent
parfois se recouper ou se compléter. Se recouper parce que des obligations
partiellement identiques se retrouvent dans des traités différents à l’égard des
mêmes parties – ainsi pour l’interdiction des essais nucléaires dans
l’Antarctique, dans l’espace extra-atmosphérique et l’interdiction plus générale
formulée par le Traité de 1963; se compléter parce qu’un traité postérieur
apparaît comme un développement logique d’un traité plus ancien – ainsi de la
Convention sur les armes biologiques de 1972 et du projet de convention sur
l’élimination des armes chimiques à l’égard du Protocole de Genève de 1925.
Mais le principe demeure que chaque traité établit un régime juridique
autonome, et ne se fond pas dans un ensemble juridique commun. On doit aussi
mentionner certains instruments collectifs – comme l’Acte final de la
Conférence d’Helsinki de 1975, ou le Document final de la Conférence de
Stockholm de 1986 – dont la nature juridique est problématique. Ils ne se
présentent pas comme des traités, mais plutôt comme un acte unilatéral collectif,
imputable à l’ensemble des participants à une conférence, ou encore comme un
faisceau d’actes unilatéraux convergents, imputables individuellement à chacun
des participants. On peut au demeurant s’interroger sur cette qualification, et se
demander s’il ne s’agit pas en réalité de véritables traités, au moins au sens du
droit international. La qualité de traité ne leur serait refusée qu’au regard du
droit interne des parties, ce qui exclurait les procédures usuelles requises pour
les engagements conventionnels des Etats, et notamment la ratification. On
serait alors en présence d’une catégorie nouvelle d’accords en forme simplifiée,
qui n’en sont pas moins des traités au regard du droit international. Ces
instruments conservent cependant leur originalité en ce qui concerne leur
contenu. Ils contiennent des mesures de confiance et de sécurité, concept qui
enrichit la gamme des techniques de l’entreprise du désarmement, et méritent à
cet égard de figurer dans une catégorie spéciale. Les actes unilatéraux étatiques,
qui jouent un rôle non négligeable, appelleraient une recherche plus
approfondie, notamment du point de vue de leurs effets juridiques. Ainsi, la

30
Droit du désarmement 2021

renonciation à l’usage en premier de l’arme nucléaire, la réduction spontanée


des armements, la réduction des dépenses militaires, le retrait de troupes du
territoire d’Etats étrangers, etc… Il serait également intéressant d’analyser les
liens qu’ils entretiennent avec les traités. Ils peuvent intervenir dans le cadre
d’une négociation, constituer une sorte d’application anticipée d’un accord à
venir; ou encore intervenir parallèlement à un traité, sans que leur auteur entende
devenir partie au traité – ainsi la renonciation aux essais nucléaires dans
l’atmosphère; ils peuvent même se substituer à une convention, qui n’est pas
entrée en vigueur – ainsi pour l’application pendant une dizaine d’années par les
Etats-Unis et l’URSS du Traité SALT II de 1979, qui ne fut jamais ratifié par les
Etats-Unis. Les actes des organisations internationales, et notamment les
résolutions de l’Assemblée générale, contribuent sur un autre plan à enrichir ce
corpus, quoique sur une base non obligatoire. Le Conseil de Sécurité dispose
également d’une compétence spécifique sur la base de l’article 26, qui l’autorise
à préparer « des plans… pour l’établissement d’un système de réglementation
des armements ». Cette compétence n’a pas jusqu’à maintenant été utilisée, mais
elle n’est pas nécessairement lettre morte, surtout compte tenu du renouveau du
Conseil. Quant à l’Assemblée générale, elle est traditionnellement attachée au «
désarmement général et complet sous un contrôle international efficace »,
suivant le leitmotiv du Document final de la première session extraordinaire
consacrée au désarmement en 1978. Elle adopte chaque année dans le cadre de
sa première commission un nombre impressionnant de résolutions. La plupart
ont un caractère déclaratoire. Certaines, moins nombreuses, sont opérationnelles,
notamment en ce qui concerne le mandat donné au secrétaire général de
procéder à des enquêtes factuelles en cas d’usage allégué d’armes chimiques ou
biologiques. C’est dans ce Document de 1978, formellement une résolution
adaptée par consensus, que l’on trouve l’effort d’unification le plus sensible de
l’entreprise du désarmement. Il se caractérise par une volonté d’oecuménisme,
retenant du désarmement une approche globale et voulant faire place à toutes les
techniques comme à tous les principes. A ce titre ce texte très développé, voire
diffus, relève de la logique du filet, qui capte toutes les propositions et recueille
tous les acquis, plus que d’un discours totalement organisé. Il relève en tous cas
du discours, sans autorité juridique contraignante. Au surplus son trait le plus
marquant est la condamnation de la dissuasion nucléaire au nom de la sécurité

31
Droit du désarmement 2021

collective, et la priorité reconnue de ce fait au désarmement nucléaire. Or la


pratique montre que la plupart des accords conclus s’inscrivent au contraire dans
la logique de la dissuasion nucléaire, ou alors s’attachent par priorité – dans le
cadre européen spécialement – au désarmement classique. La coutume
internationale, précisément en raison de l’individualisation des traités et de leur
diversité, ne joue qu’un rôle unificateur très limité. Elle n’est pourtant pas
totalement absente de l’entreprise. On peut ainsi considérer que l’interdiction
d’usage en premier d’armes chimiques ou biologiques, ou encore l’interdiction
de placer sur orbite des armes de destruction massive, également la
démilitarisation de la Lune, ou celle de l’Antarctique, établis sur une base
conventionnelle, ont acquis un caractère coutumier. Mais cette extension
demeure exceptionnelle. En particulier on peut sérieusement mettre en doute la
prétention à une interdiction coutumière de l’usage des armes nucléaires, et
même de l’usage en premier de telles armes. – Des processus d’élaboration
indépendants Cette indépendance découle de ce qui précède. Les principales
instances de négociation sont sans lien juridique entre elles, même si leur
synergie politique est indéniable. Ainsi les négociations bilatérales
américano-soviétiques, qui ont toujours joué un rôle moteur, sont exclusives de
toute intervention ou droit de regard des tiers, et les résultats n’en sont
éventuellement communiqués que sur une base purement volontaire aux autres
Etats, parfois dans le cadre de la Conférence du désarmement. Il en est de même
pour les négociations régionales, essentiellement européennes pour l’instant, qui
se déroulent dans des cadres autonomes. La Conférence de désarmement, dont
les mécanismes actuels procèdent de la réorganisation réalisée sur la base du
Document final de 1978, est même en théorie indépendante des Nations Unies.
Si elle est présentée comme l’instance multilatérale unique de négociation, elle
n’est pour autant universelle, demeurant limitée à quarante participants. Ils ont
pour charge d’élaborer des projets de convention à vocation universelle.
– L’absence de principes communs On pourrait tenter d’identifier ces principes
dans deux directions: en s’attachant d’abord aux exigences générales de la
vérification des instruments, qui pourraient constituer une caractéristique
commune; en s’interrogeant ensuite sur la notion de ‘désarmement’ elle-même,
qui pourrait constituer une matrice unique pour des instruments par ailleurs
diversifiés. Cette double recherche ne conduit cependant qu’à des résultats

32
Droit du désarmement 2021

incertains. – S’agissant d’abord de la vérification, il paraît clair aujourd’hui


qu’elle constitue une exigence centrale et commune pour la conclusion des
accords. Mais, d’abord, la vérification ne concerne que les traités ou autres actes
collectifs. Ensuite, ses modalités sont trop diversifiées et spécifiques pour
relever d’une construction juridique unique. Certains accords – comme le
Protocole de Genève, ou le Traité de 1963 sur l’interdiction partielle des essais
nucléaires, ou le Traité de 1967 sur l’espace – ne contiennent aucune disposition
particulière à cet égard. D’autres – comme le Traité FNI de 1987, le projet de
convention sur les armes chimiques ou le projet FCE – comportent à l’inverse
des dispositions très élaborées. Cela correspond à une dynamique, permise par
l’accord, récemment réalisé à partir de l’évolution de la position soviétique, sur
des mesures intrusives de vérification. Le principe de spécificité de la
vérification demeure cependant dominant, et chaque traité développe, suivant les
besoins et les modalités qui lui sont propres, ses propres moyens et méthodes.
On peut se limiter parfois aux moyens techniques nationaux, on peut parfois
développer des formes de vérification coopérative limitée aux parties, on peut
parfois prévoir l’interdiction d’organisations internationales. Celles-ci ne
sauraient en toute hypothèse jouer un rôle réellement coordonnateur ou unifiant,
faute de compétence générale à cette fin. La vérification demeure le privilège
des parties. L’Assemblée générale peut certes exercer une fonction régulatrice –
ainsi avec l’adoption en 1988 par la Commission du Désarmement de 16
principes relatifs à la vérification -, voire jouer un rôle opérationnel- ainsi avec
les enquêtes du secrétaire général en cas d’usage allégué d’armes chimiques ou
biologiques. Mais cette intervention demeure dominée par deux principes. Le
principe de subsidiarité – l’Assemblée générale ne fait que ce que ne peuvent
pas ou ne veulent pas faire les Etats – et le principe d’assistance – son
intervention est fonction du concours des Etats et tend à faciliter l’exercice de
leurs responsabilités propres. L’étude qui vient d’être achevée (1990) par un
groupe d’experts gouvernementaux à la demande de l’Assemblée est à cet égard
très éclairante. Enfin, la vérification, qui connaît un développement
spectaculaire dans le domaine du désarmement, est probablement appelée à
connaître d’autres prolongements. D’un coté, elle peut s’étendre à d’autres
aspects de la sécurité internationale, notamment en matière de gestion et de
résolution des crises; de l’autre elle peut déborder sur d’autres questions,

33
Droit du désarmement 2021

notamment en matière de droits de l’homme et de droit humanitaire, ou encore


dans le domaine du droit de l’environnement. – S’agissant du concept même de
désarmement, il est en réalité plus divers, voire contradictoire, que les images
simples qu’il évoque ne pourraient l’indiquer. On n’insistera pas sur ce point, car
la différence fondamentale qui existe sur le plan théorique entre désarmement –
réduction organisée tendant à l’élimination graduelle et totale, ou au moins
asymptotique, des armements, et maîtrise des armements (arms control) –
gestion de la dissuasion nucléaire, et en définitive légitimation de la dissuasion
nucléaire -, est bien connue. Cette distinction, et même cette opposition, suffit à
souligner l’absence d’homogénéité, ou l’ambiguïté profonde qui est au coeur
même de l’entreprise du désarmement. Elle manifeste également que le
désarmement trouve sa raison d’être, non en lui-même, mais par référence à des
conceptions données et extérieures de la sécurité. C’est dans ces conceptions,
dans leurs contradictions et dans leurs éventuelles convergences, que réside la
véritable problématique du désarmement et sa dynamique.
L’intégration du « droit du désarmement » au droit de la sécurité
internationale
On sait que les conceptions de la sécurité sont très variées. Elles sont au moins
aussi nombreuses que les Etats. Chacun d’eux, disposant d’un droit à la sécurité
et du droit de l’assurer par ses propres moyens dans le respect de ses obligations
internationales, a tendance à construire sa conception autour de ses propres
intérêts. Mais les conceptions de la sécurité internationale – supposant une
approche plus large, et à la limite universelle – sont plus restreintes.
– Différentes conceptions de la sécurité internationale Il n’est pas question de
les passer ici en revue. Trois semblent en pratique dominantes. La vieille théorie
de l’équilibre international d’abord, à la fois degré zéro d’un système puisque
correspondant à une pratique très empirique, et fond commun de tous les
systèmes. On sait que l’équilibre est une notion très complexe, par nature
instable et d’une gestion particulièrement délicate. Plus récemment apparues, et
même propres au XX siècle, sont la sécurité collective et la dissuasion nucléaire.
La première, volontairement organisée et institutionnalisée par la Charte des
Nations Unis, est le système de référence officiel de la société internationale. Le
Document final de la première session extraordinaire sur le Désarmement de
1978 s’en réclame abondamment et entend la réaffirmer. La seconde a été

34
Droit du désarmement 2021

empiriquement développée sur la base des développements de l’arme nucléaire


et de ses vecteurs, dont elle a suivi la rapide croissance. Bien qu’ils coexistent,
ces deux systèmes s’opposent radicalement. Le premier suppose une gestion
globale et collective de la sécurité inter- nationale, subordonnant et garantissant
à la fois la sécurité individuelle à celle de l’ensemble des Etats. La sécurité
comporte ici une dimension solidariste. Elle repose sur l’interdiction de la
menace et de l’emploi de la force et sur la réaction collective à l’égard de
l’agresseur. Le second à l’inverse repose sur la primauté de la sécurité
individuelle des Etats participant à la stratégie nucléaire, prêts à défendre leur
propre sécurité et elle seule, par des moyens extrêmes. La justification de cet
égoïsme sacré est l’efficacité de la dissuasion, qui repose sur la menace et non
sur l’emploi de l’arme, lequel serait non une application mais un échec du
système. – Sécurité collective, dissuasion nucléaire, inégalité entre Etats et
désarmement Pour opposés qu’ils soient, les deux systèmes ont cependant
certains éléments communs. D’abord, l’un et l’autre système reposent sur une
inégalité très forte entre Etats. Pour la sécurité collective, c’est le privilège
juridiquement garanti, avec les responsabilités correspondantes, des cinq
membres permanents du Conseil de Sécurité. Pour la dissuasion, c’est le
privilège de fait que constitue la détention de l’arme nucléaire, assorti de
tentatives juridiquement organisées de verrouillage du statut nucléaire, que ses
détenteurs souhaitent monopoliser. Le fait que les détenteurs officiels coïncident
exactement avec les membres permanents du Conseil ne contribue pas peu à
renforcer cette attitude. Ensuite, l’un et l’autre supposent une certaine forme de
désarmement, et il n’est pas surprenant que l’entreprise du désarmement soit
parallèle à l’éclosion et à la mise en œuvre de ces systèmes. Le désarmement tel
que conçu et mis en œuvre par les Etats n’a en effet qu’une dimension éthique
secondaire. Il est un instrument de leur sécurité, il y trouve son fondement et ses
limites. Il est dès lors logique que l’entreprise du désarmement reproduise pour
l’essentiel les données principales des systèmes de sécurité en vigueur. Là se
trouve l’explication de l’inégalité qui caractérise souvent, en fait, les accords sur
le désarmement. Inégalité de fait, asymétrie des obligations, absence de
réciprocité, mais non inégalité de droit. L’égalité de droit est en effet assurée dès
lors que les Etats ont souverainement consenti aux traités en cause, parce qu’ils
y trouvent un avantage proportionné à leurs besoins. Les controverses très

35
Droit du désarmement 2021

complexes relatives au caractère discriminatoire de certains traités, comme au


privilège du bilatéralisme américano-soviétique, échappent en réalité au droit et
se déploient sur le terrain politique. Un égal droit à la sécurité peut se traduire
par des obligations très différenciées. Au demeurant, l’équilibre ne s’est non
plus jamais confondu avec l’égalité. – Différence des systèmes de sécurité et
différence des types de désarmement En revanche, les types de désarmement
qu’appelle chacun des deux systèmes sont très différents. La sécurité collective
requiert des traités multilatéraux généraux, et, sans aboutir au désarmement
général et complet, suppose une réglementation des armements. Les Etats
conservent en effet le droit de garantir leur propre sécurité et doivent pouvoir
prêter leur concours au Conseil de Sécurité en tant que de besoin. Mais il est
clair qu’une course aux armements, que des politiques généralisées et
incontrôlées d’armement constituent une menace au système dans son ensemble.
On a vu au demeurant que tel était l’esprit de la Charte, qui confiait précisément
une compétence de réglementation des armements au Conseil de Sécurité
(article 26). Sur un autre plan, on observera que l’entreprise de réduction des
armements en Europe s’accompagne d’un effort de redéfinition d’un cadre de
sécurité, qui devrait également comporter une dimension de sécurité collective
paneuropéenne. Quant à la dissuasion nucléaire, elle repose par définition sur
l’existence des armes nucléaires. Mais la dynamique technologique de ces armes
est telle qu’elle risque fort de conduire à une autodestruction de la dissuasion,
par impossibilité de fixer leurs doctrines d’emploi, par une généralisation qui
rend leur utilisation sur un champ de bataille de plus en plus probable. Ce n’est
donc pas seulement comme correctif mais comme condition de survie que la
dissuasion nucléaire appelle une entreprise de maîtrise des armements (arms
control), qui ne suppose pas leur disparition mais leur simple limitation ou leur
réduction. L’accent est alors mis sur les armes nucléaires, mais sur leur
sauvegarde comme armes de dissuasion, et non sur leur disparition. Ainsi les
principaux accords conclus, soit multilatéraux soit naturellement bilatéraux,
s’inscrivent-ils dans le cadre de la maîtrise des armements et non du
désarmement. Et le désarmement général et complet auquel se réfèrent
l’Assemblée générale et nombre de pays non alignés? Au-delà du caractère
rhétorique de la formule, il souffre probablement de n’être relié à un système de
sécurité clairement défini, dont il assurerait la mise en œuvre, et qui lui

36
Droit du désarmement 2021

confèrerait un bénéfice politique. Ce système ne pourrait guère être autre chose


qu’une sorte d’Etat mondial, comportant un monopole effectif du recours à la
force au profit d’organes internationaux disposant de leurs propres moyens. Or,
on l’a indiqué, le Document final de 1978 se réfère à la sécurité collective,
laquelle n’implique pas le désarmement général et complet, et à la limite même
l’exclut. La situation actuelle de l’entreprise du désarmement reflète donc ces
équivoques, et les traduit sur le plan juridique. Elle relève pour une part
de l’arms control et de la dissuasion nucléaire, et pour une autre part de la
réduction de armements et de la sécurité collective. Le désarmement chimique
se trouve quant à lui à la confluence de ces deux logiques. Il repose sur le refus
de l’idée – répandue quoique inexacte – d’arme chimique « arme nucléaire du
pauvre », et exclut les armes chimiques de la théorie de la dissuasion. Il tend à
prévenir une prolifération génératrice ou aggravatoire de conflits locaux, qui
constituent autant de défis à la sécurité collective. – La contribution de
l’entreprise du désarmement au droit international général Deux contributions
possibles ont déjà été relevées. -*Il s’agit d’abord de la recherche d’une
classification des violations des engagements internationaux et des réactions
corrélatives qu’elles appellent. Sans doute une telle classification ne pourrait pas
être transposée telle quelle à l’ensemble des obligations internationales, ni même
des traités. Mais elle comporterait probablement des enseignements utiles pour
la mise au point de classifications plus compréhensives. -*Il s’agit ensuite des
principes de la vérification. On l’a dit, elle peut s’étendre à d’autres types
d’accords ou d’engagements. Sur ce point, l’avance méthodologique prise par
les accords relatifs au désarmement peut être utile pour dégager des règles
générales – ainsi des modèles de procédures d’enquête, les règles relatives au
statut des inspecteurs, les modalités de la coopération avec des organisations
internationales … -*On peut ajouter à cet exemple la recherche d’une
classification des obligations. Celles qui sont contenues dans les différents
accords obligations de faire, de détruire, de coopérer, de se soumettre à certains
centrales, etc …, obligations de ne pas faire, de ne pas fabriquer, de ne pas
essayer, de ne pas déployer, de ne pas transférer, etc …, obligations primaires,
obligations secondaires (vérification) – sont suffisamment diversifiées pour
nourrir et enrichir les analyses classiques.
***

37
Droit du désarmement 2021

Si l’on reprend les quatre fonctions générales du droit international dégagées au


début de cette étude – orientation, prévisibilité, évaluation et réactions en cas de
violation -, il apparaît qu’elles s’appliquent parfaitement au domaine du
désarmement, quelle que soit la conception que l’on en retient. Il apparaît
également que le bilan des instruments en vigueur est à cet égard plutôt
satisfaisant, puisque aucun retrait n’est intervenu, et que les techniques
juridiques du désarmement connaissent ou sont en passe de connaître de
notables développements. La contribution de l’analyse juridique à l’entreprise
du désarmement est donc multiforme. Dans les différents chantiers qu’ouvrent
les négociations, comme dans la réflexion générale qu’appellent tant le bilan que
les perspectives ouvertes, les considérations et les préoccupations juridiques ont
à jouer un rôle éminent et en tout cas indispensable.

Armes légères et de petit calibre

Adoption de la Convention de l'Afrique centrale pour le contrôle des armes


légères et de petit calibre, de leurs munitions et de toutes pièces et
composantes pouvant servir à leur fabrication, réparation et assemblage, dite
Convention de Kinshasa

Cette convention a été adoptée en 2010 par onze pays signataires. Le 6 février
2017, les conditions de son entrée en vigueur étaient réunies après sa
ratification par l'Angola. La Convention entrera en vigueur le 8 mars 2017.
Le Programme mondial ONUDC sur les armes à feux (GFP) reconnait la grande
importance de la Convention de Kinshasa dans le combat contre les industries
illégales et le trafic des armes légères et de petit calibre. Elle complète et
renforce les structures régionales et globales qui comportent notamment le Traité
sur le commerce des armes, la Convention des Nations Unies contre la
criminalité transnationale organisée (UNTOC), et son Protocole sur les armes à
feux.
38
Droit du désarmement 2021

La Convention de Kinshasa a adopté des mesures plus strictes que les autres
dispositifs et a clairement bénéficié des autres dispositifs internationaux adoptés
récemment. Son entrée en vigueur renforce le cadre légal préexistant et met en
place pour la région des standards exigeants qui créent dans le même temps des
opportunités d'harmonisation à un niveau interrégional, notamment avec la
Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CÉDÉAO).
Pour le GFP, il est essentiel de noter que l'implantation de l'ensemble des
dispositifs existants, y compris du Protocole sur les armes à feux, ne doit pas
être considérée isolément. Ainsi, l'ONUDC prend en compte les dispositions
complémentaires des dispositifs régionaux lorsqu'elle fournit une assistance
juridique aux États membres. De plus, l'ONUDC encourage l'harmonisation des
efforts régionaux qui facilitent la mise en place de synergies, d'une coordination
efficace, et d'une coopération constructive entre les pays de la région.
L'ONUDC encourage les États membres dans leurs efforts d'harmonisation des
encadrements légaux en lien avec les dispositifs régionaux et globaux, mais aide
également à leur implantation efficace telle que c'est le cas pour la Convention
de Kinshasa.

Renforcement du contrôle des armes légères et de petits calibres en Afrique


centrale

Les 4/5 avril 2018, s’est ouverte à Bangui, une conférence sur les armes légères
et de petits calibres en Afrique centrale, une première dans la région.
Cette conférence a réuni des représentants de plusieurs pays d’Afrique centrale
et des cadres de différents ministères de la RCA, mais aussi des représentants du
PNUD, de la MINUSCA et de UNMAS, partenaires internationaux engagés
auprès des pays concernés, dans la lutte contre la prolifération illégale d’armes
et de munitions.
Le représentant spécial adjoint du Secrétaire général des Nations Unies, par
ailleurs chargé des affaires politiques à la MINUSCA, Kenneth Gluck, a, à
l’ouverture de la conférence, fait le constat que « les États touchés par les
conflits, sont souvent affectés par la prolifération illicite des armes légères »
avant de déplorer que cette prolifération constitue « un problème persistant à la
paix et à la sécurité nationale et régionale. » Tout en
39
Droit du désarmement 2021

reconnaissant « l’engagement du gouvernement centrafricain aux normes de


contrôle » régissant la circulation de ces armes, Kenneth Gluck a cependant fait
remarquer que « la gestion des armes et des munitions doit être améliorée » en
Centrafrique. 
Le Représentant spécial adjoint a ensuite évoqué l’objectif général de la
conférence, à savoir, « le renforcement du contrôle des ALPC dans la
sous-région de l’Afrique centrale à travers le partage des bonnes pratiques et
l’élaboration des recommandations entre les différents organismes
gouvernementaux et les organisations de la société civile », avant de souhaiter
qu’au terme de cette rencontre, ces « bonnes pratiques » soient assimilées.
Prenant la parole pour ouvrir officiellement les travaux, le Chef de l’État
centrafricain, Faustin-Archange Touadera a regretté que « les armes et les
munitions mal contrôlées contribuent à la persistance de la criminalité dans le
pays et dans la sous-région » et que leur utilisation par des personnes
non-autorisées ait favorisé « la mal-gouvernance », entre autres maux. Aussi
a-t-il souligné qu’ « il importe, dans la perspective d’une lutte efficace contre les
la prolifération des armes légères et de petits calibres, de renforcer les moyens
de contrôle et de gestion afin d’empêcher les trafics et d’éviter que les armes
légales se retrouvent entre les mains de personnes non-autorisées. »Les armes
légères et de petits calibres sont omniprésentes dans les conflits armés en
Afrique. En RCA, la situation sécuritaire s’est radicalement détériorée en 2013
et des quantités considérables d’armes, munitions obsolètes et munitions de
petits calibres circulent partout dans le pays.
L’Afrique centrale s’est dotée de son propre instrument juridique de contrôle de
ces armes-là ; il s’agit de la « Convention de l’Afrique centrale pour le contrôle
des armes légères et de petits calibres, de leurs munitions et de toutes pièces
pouvant servir à leur fabrication ou assemblage. » Laquelle convention est plus
connue sous le nom de Convention de Kinshasa. Elle a été adoptée à l’unanimité
par les membres de la CEEAC, le 30 avril 2010.
La Convention de Kinshasa demande à chaque état membre de créer une
Commission nationale de lutte contre le commerce et trafic illicites des armes
légères (COMNAT-ALPC). En Centrafrique, le gouvernement travaille sur cette
Commission avec l’appui de la MINUSCA, de UNMAS et du PNUD. Deux
décrets ont été signés par le Président Touadera le 14 février 2017, le premier

40
Droit du désarmement 2021

portant création de la COMNAT-APLC et le deuxième portant sur l’organisation,


les attributions et le fonctionnement de cette commission.

Adoption par le Conseil de sécurité d’une résolution contre le transfert des


armes légères

Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté de justesse une résolution


visant à lutter contre la prolifération des armes légères. Six pays sur 15
se sont néanmoins abstenus

La prolifération des armes légères a encore de beaux jours devant elle. Bien que
le Conseil de sécurité de l’ONU ait adopté, vendredi 22 mai, une résolution
visant à lutter contre la prolifération de ces armes qui nourrissent nombre de
conflits dans le monde, six pays se sont abstenus d'apporter leur soutien au texte.
Selon l'ONU, le monde a connu, depuis 10 ans, des dizaines de conflits où la
prolifération des armes légères a joué un grand rôle, comme en Libye ou au
Yémen. Quelque 50 000 personnes sont tuées chaque année en raison de cette
prolifération.
Les pays opposés à la résolution, parmi lesquels figurent les trois membres
africains du Conseil de sécurité (Angola, Tchad, Nigeria) n’ont pas donné leur
accord au texte car celui-ci n’interdit pas spécifiquement le transfert d'armes aux
"acteurs non-étatiques", un terme qui peut désigner notamment les groupes
armés impliqués dans des conflits contre des États. En Afrique, il s'agit par
exemple de Boko Haram, des Shebab somaliens ou de groupes rebelles dans
l'Est de la République démocratique du Congo.
Ainsi l'ambassadeur tchadien à l'ONU Mahamat Zene Cherif a-t-il expliqué, à
l'issue de la réunion, que "les acteurs non-étatiques provoquent des confits,
déstabilisent des États, sèment la destruction". Armer ces acteurs non-étatiques
"représente une menace pour la paix et la sécurité", a renchéri l'ambassadeur
angolais Ismael Abraao Gaspar Martins, en énumérant les conflits où ils sont
impliqués : Syrie, Irak, Nigeria, Mali, RD Congo, Soudan du Sud...Pour les pays
(États-Unis, Royaume-Uni, France, Jordanie) qui ont voté en faveur du texte,
une telle interdiction de transfert n’était pas acceptable, étant donné qu'ils
soutiennent, y compris militairement, les opposants syriens modérés.

41
Droit du désarmement 2021

Le terme d'"acteurs non-étatiques" est "mal défini et impossible à appliquer dans


la pratique", a fait valoir l'ambassadeur britannique Matthew Rycroft. Une telle
référence "n'améliorerait pas la situation sur le terrain".
La résolution se contente donc de "reconnaître l'importance de prévenir le
transfert illicite d'armes et de munitions à des groupes armés et à des réseaux
criminels qui ciblent les civils".
Ratifier le commerce sur les armes conventionnelles
Outre les membres africains, la Russie, la Chine et le Venezuela se sont aussi
abstenus. La résolution est passée avec neuf voix pour, sur 15 membres, soit le
minimum requis pour une adoption.
Le texte adopté insiste sur la nécessité d'aider les pays instables ou qui sortent
d'un conflit à sécuriser leurs arsenaux et à améliorer la traçabilité des munitions.
Il demande aux États membres d'appliquer strictement les embargos
internationaux et de renforcer la surveillance de ces embargos.
Il exhorte les pays qui ne l'ont pas encore fait à ratifier "dès que possible" le
traité sur le commerce des armes conventionnelles entré en vigueur en
décembre. Ce texte, le premier du genre, impose aux États de s'assurer au
préalable que les armes qu'ils vendent ne risquent pas d'être utilisées pour violer
les droits de l'Homme ou contourner des embargos.
Quatre pays membres du Conseil (Russie, Chine, Jordanie, Venezuela) n'ont pas
encore signé ce traité. La Russie l'a récemment jugé "trop faible" tout en
"imposant certains fardeaux à ceux qui y participent".

Embargo sur les armes

I. Quelques Résolutions du Conseil de sécurité et Directives du Comité


applicables
Les dérogations à l'embargo sur les armes sont régies par les dispositions
suivantes:

● Résolution 1970 (2011) du Conseil de sécurité: paragraphe 9

42
Droit du désarmement 2021

● Résolution 2009 (2011) du Conseil de sécurité: paragraphes 13


● Résolution 2095 (2013) du Conseil de sécurité: paragraphes 9 et 10
● Résolution 2174 (2014) du Conseil de sécurité: paragraphe 8
● Directives du Comité: Section 11
II. Qui est habilité à soumettre les demandes ou notifications de dérogation à
l'embargo sur les armes?
Les États Membres (généralement par l'intermédiaire de leur Mission
permanente auprès de l'Organisation des Nations) peuvent soumettre des
demandes ou des notifications de dérogation à l'embargo sur les armes. Le
Comité examine également les demandes présentées par une  organisation
internationale ou par un département de l'ONU.
III. Quels sont les différents types de dérogation à l'embargo sur les armes et
comment sont-ils appliqués?
Il existe différents types de dérogation à l'embargo sur les armes, dont certains
exigent une notification ou une demande à adresser au Comité:

● les dérogations permanentes: vêtements de protection pour certains éléments;


matériel militaire non létal, assistance technique, formation ou aide financière
ayant pour but exclusif l’aide au Gouvernement libyen pour la sécurité ou le
désarmement; fournitures de matériel militaire non létal destiné exclusivement
à un usage humanitaire ou de protection, de même que l’assistance technique
ou la formation connexes;
● les armes et le matériel connexe de tout type et toute assistance technique,
formation ou aide financière, ayant pour but exclusif l'aide aux autorités
libyennes pour la sécurité ou le désarmement: demande de dérogation au
Comité et accord de ce dernier;
● les armes de petit calibre, les armes légères et les équipements connexes pour
certains intervenants: notification au Comité et absence de décision négative
de ce dernier;
● Les ventes ou les fournitures d'armes et de matériel connexe, ou la fourniture
d'aide ou de personnel: demande de dérogation au Comité et approbation de
ce dernier.
 
1. Dérogations permanentes

43
Droit du désarmement 2021

Aux termes du paragraphe 9 b) de la résolution 1970 (2011) et des paragraphes 9


et 10 de la résolution 2095 (2013), l'embargo sur les armes ne s'applique pas aux
articles et aux destinataires ci-après. Il n'est donc pas nécessaire, dans ces cas,
d'adresser une demande ou une notification au Comité.

1. Les vêtements de protection, dont les gilets pare-balles et les casques


militaires, temporairement exportés en Libye, pour leur usage personnel
uniquement, par le personnel des Nations Unies, les représentants des
médias, les agents humanitaires et du développement et le personnel
connexe;
2. les fournitures de matériel militaire non létal et toute assistance
technique, formation ou aide financière ayant pour but exclusif l’aide au
Gouvernement libyen pour la sécurité ou le désarmement.
 
2. Dérogations concernant les armes et le matériel connexe destinés au
Gouvernement libyen
En application du paragraphe 13 a) de la résolution 2009 (2011), du
paragraphe 10 de la résolution 2095 (2013), et du paragraphe 8 de la résolution
2174 (2014), la fourniture, la vente ou le transfert à la Libye d'armes et de
matériel connexe de tous types, ainsi que de l'assistance technique, de la
formation et de l'aide financière ayant pour but exclusif l’aide au Gouvernement
libyen pour la sécurité ou le désarmement doivent être soumis pour dérogation
au Comité; la demande devra comporter les renseignements suivants:

1. l'utilisateur final précis[1]


2. la quantité exacte des articles et une liste détaillée du matériel à
fournir[2]
3. les dates de livraison envisagées
4. les moyens de transports
5. le port d'entrée envisagé
6. le point de livraison envisagé
7. une note émise par l'autorité libyenne chargée de la question des
demandes d'assistance[3]
Pour une assistance technique, de formation ou financière ou toute autre
assistance :

44
Droit du désarmement 2021

1. préciser les détails du type de formation et/ou d'assistance


2. le nom de l'entité qui fournira ce service
3. le destinataire qui bénéficiera de ce service
4. l'endroit et la durée du service
Il convient de noter que le Comité n'examinera que des dossiers de demandes de
dérogation complets.
 
3. Dérogations concernant les armes de petit calibre, les armes légères et le
matériel connexe destinés à certains intervenants
En vertu des dispositions de l'article 13 b) de la résolution 2009 (2011), la
fourniture, la vente ou le transfert à la Libye d’armes de petit calibre, d’armes
légères et d’équipements connexes, exportés temporairement en Libye et
destinés à l’usage exclusif du personnel des Nations Unies, des représentants des
médias, du personnel humanitaire et de développement et du personnel associé
doivent être notifiés au Comité; la notification devra comporter les
renseignements suivants:

1. l'utilisateur final précis[4]


2. la quantité exacte des articles et une liste détaillée du matériel à
fournir[5]
3. les dates de livraison envisagées
4. les moyens de transport
5. le port d'entrée envisagé
6. le point de livraison envisagé
Il convient de noter que le Comité n'examinera que des dossiers de notification
complets.
 
4. Autres dérogations concernant les transferts de matériel militaire et de
matériel connexe, la formation et la mise à disposition de personnel
En vertu des dispositions de l'article 13 c) de la résolution 2009 (2011), les
autres ventes ou fournitures d’armements et de matériel connexe ou à la
fourniture d’une assistance ou de personnel doivent faire l'objet d'une demande
de dérogation au Comité, comportant les renseignements suivants:

45
Droit du désarmement 2021

1. l'utilisateur final précis[6]


2. la quantité exacte des articles et une liste détaillée du matériel à
fournir[7]
3. les dates de livraison envisagées
4. les moyens de transport
5. le port d'entrée envisagé
6. le point de livraison envisagé
Veuillez noter que le Comité n'examinera que des dossiers de demande de
dérogation complets.
IV. Comment soumettre une demande ou une notification de dérogation à
l'embargo sur les armes?
Veuillez adresser les demandes ou notifications de dérogation à l'embargo sur les
armes, par l'intermédiaire de votre Mission permanente auprès de l'Organisation
des Nations Unies:

● Au Président du Comité, S.E. M. Jürgen Schulz (Allemagne), par l'intermédiaire


de la Mission permanente de l’Allemagne auprès de l'Organisation des Nations
Unies
Avec ampliation:

● Secrétaire principal du Comité, Mme Sana Khan (SC-1970-Committee@un.org).


V.  Décision du Comité
Par l'intermédiaire de sa Présidence, le Comité accuse réception de la
notification ou de la demande de dérogation. S'il ne prend pas une décision
contraire d'une notification dans le délai prescrit de cinq journées ouvrables, le
Comité, par l'intermédiaire de sa Présidence, en informe l'État Membre qui
soumet la notification. Toujours par l'intermédiaire de sa Présidence, le Comité
indique à l'État Membre si une décision contraire a été prise concernant la
notification. Par la même voie, il informe de sa décision les États Membres qui
sollicitent une dérogation à l'embargo sur les armes.
 
1. Le fournisseur n'est pas tenu de présenter une copie du certificat d'utilisateur
final; la confirmation qu'un certificat d'utilisateur final a été signé par les

46
Droit du désarmement 2021

autorités libyennes compétentes et l'indication de l'identité de l'utilisateur final


sont suffisantes.
2. La présentation d'une liste détaillée ne revêt un intérêt que si des articles
livrés figurent dans le Registre des armes classiques des Nations Unies ou dans
l'Arrangement de Wassenaar.
 3. Les points focaux responsables pour l'approvisionnement ont été identifiés
par les autorités libyennes au sein des ministères coucernés et notifiés au Comité
par le Mission permanente de la Libye auprès des Nations Unies : les
informations sur les individus au sein de ces points focaux ayant officiellement
autorité pour signer les demandes peuvent être fournies ou confirmées par le
secrétariat du Comité sur demande (SC-1970-Committee@un.org)

Désarmement des entités non étatiques

Le recours à la force est devenu courant dans les années 1990, ce qui rend
difficile la distinction entre des opérations consensuelles et des opérations
coercitives2. Des casques bleus sur le terrain sont utilisés pour des missions
relevant normalement de la coercition. La MONUC a été par exemple, autorisée
à faire usage de la force pour protéger le personnel de l’ONU et les civils3.
L’usage de la force autorisé par le Conseil de sécurité est justifié dans certains
cas par les exigences de la vérification du respect des engagements relatifs au
processus de paix. L’ONUSOM II, la FORPRONU, et beaucoup d’autres missions
ont été chargées de vérifier le cessez-le-feu et ont procédé à un désarmement
de troupes et une démobilisation4. Les opérations les plus récentes telles que
l’opération déployée à Burundi (ONUB), la Mission de l’Organisation des
Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) et l’Opération
des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) sont autorisées à « utiliser tous les

2
Il s’agit d’une « crise conceptuelle » des OMP, qui réside dans les difficultés à les distinguer des autres formes
d’intervention. Voir TAVERNIER (P.), « Les opérations de maintien de la paix … », op.cit, pp. 112-117.
3
ABC des Nations Unies, 2001, p. 101.
4
Voir BOULDEN (J.), « Maintien de la paix : une évolution ou extinction ? », Forum de désarmement, Institut
des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement, trois 2000, pp. 49-56, pp. 49-50 et p. 52.

47
Droit du désarmement 2021

moyens nécessaires » afin de s’acquitter des tâches multiples ayant trait à la


protection, la sécurité, la surveillance, l’assistance, le désarmement, les
élections…5
Les principales stratégies de prévention des conflits à court et à
moyen terme visent à empêcher que des affrontements ne se
transforment en un conflit ouvert et que des hostilités calmées
ressurgissent de nouveau. Leurs volets piliers sont certes la
diplomatie, le déploiement des opérations et le désarmement à
titre préventif. La prévention s’étend à la phase
post-conflictuelle par une consolidation de la paix qui incorpore
ces trois éléments en sus d’autres initiatives6.
Le contrôle de l’armement des groupes armés
Pour pacifier un CANI et restaurer le pouvoir de l’État et son monopole
dans la possession des armes, le Conseil de sécurité procède à une action
policière impliquant un désarmement des factions rebelles. Dans la charte des
Nations Unies, la conception du désarmement est une composante du système
de la sécurité collective. Elle est étendue aux entités non étatiques au sein des
États. Le Conseil de sécurité exerce de surcroît dans le cadre d’une police
d’armement un contrôle des mouvements d’armes à travers les frontières des
États en conflit. A cet effet, il établit un embargo direct sur les armes ou indirect
sur les matières dont le commerce illégal peut autofinancer les factions rebelles
pour un réarmement. Seront ainsi examinées l’exigence de la préservation de la
force armée par les États et la police de l’armement .

*- La préservation de la force armée par les États 


Les gouvernants agissant au nom de l’État disposent de la force armée
en vue de préserver sa sécurité interne et internationale. Ils sont sensés
posséder en exclusivité cette force armée7. A cet égard, trois remarques
s’imposent. L’une porte sur la nécessaire approbation des gouvernés d’accorder

5
Voir les résolutions 1545 (2004), 1565 (2004) et 1528 (2004). Dans la résolution 1756 (2007), le Conseil de
sécurité « autorise la MONUC à utiliser tous les moyens nécessaires…pour s’acquitter des missions
énumérées… », §4. De même, il « décide d’autoriser la MINUS à intervenir par tous les moyens nécessaires,
dans les secteurs où ses forces seront déployées… ». Résolution 1706 (2006), § 12/a.
6
Rapport du Secrétaire général sur l’activité de l’organisation 1999, Relever le défi humanitaire : stratégie de
prévention, in Les Nations Unies dans le troisième millénaire, op.cit., pp. 32-40, p. 36.
7
Voir ARDANT (PH.), Institutions politiques et droit constitutionnel, L.G.D.J, 1995, p. 19.

48
Droit du désarmement 2021

le pouvoir de contrainte à l’Etat. Cette approbation est fondamentale pour la


paix civile. L’autre consiste dans le fait que  l’exclusivité de la possession du
pouvoir de contrainte par l’Etat est un élément capital de son existence. Il s’en
suit que tout Etat qui laisse se développer des pouvoirs de contrainte privés et
multiples, sans son contrôle, abdique. Des atteintes à son autorité exclusive en
matière de contrainte entraînent l’anarchie et déclenche un processus pouvant
aboutir à sa dislocation8. La dernière remarque est que tout CANI porte
atteinte au monopole de la force de l’État, partagé désormais entre diverses
factions de la société (groupes paramilitaires, mercenaires, rebelles…). De
même un CANI peut être la résultante de l’exercice par l’État d’une violence
illégitime portant aberration aux droits de l’homme et des citoyens.
Dans les relations internationales, le désarmement est la condition sine
qua non du maintien de la paix et de la garantie de la sécurité9. Mais c’était à
l’occasion d’un CANI, que le désarmement a pris une dimension raisonnable et
modérée. Plus précisément, c’était avec le déploiement de l’opération des
Nations Unies au Congo (ONUC) que le désarmement a subi une mutation
majeure en passant de l’idée d’une force militaire onusienne permanente en
faveur d’une action ponctuelle de maintien de la paix, et du « désarmement
général et complet » en faveur d’une « maîtrise de désarmement10 » et du
désarmement des factions. Cette mutation s’est renforcée avec la fin de la
guerre froide. L’objectif visé par l’ONU est désormais « le désarmement des
groupes, des parties et des factions à l’intérieur des États ou d’un État en faillite
à la suite d’un accord de paix, comme au Cambodge ou d’une action visant à
faciliter une opération humanitaire comme en Somalie, ou à protéger des civils
menacés comme en Bosnie» 11. L’abandon du désarmement général et complet

8
Ibid., p. 20.
9
Voir sur les causes du désarmement, LEFEBVRE (M.), Le jeu du droit et de la puissance, PUF, 2000, pp. 262-263.
Sur les ordres mondiaux de désarmement voir PETIT (Y.), op.cit., pp.87-88.
10
Cette expression utilisée en substitut à celle du désarmement complet et général signifie qu’il s’agit
simplement d’un ensemble de mesures partielles portant sur différents aspects de l’armement, qui tout en tendant
à limiter les risques de conflits, ne met pas en cause la contribution des armements à la sécurité des Etats.
HUBERT (T.), SERGE (S.), COMBACAU (J.) et VALLE (CH.), Droit international public, Montchrestien,
Paris, 1979, p. 534.
11
KINLOCH PICHAT (S.), « Le maintien de la paix, le désarmement et une force internationale : un paradoxe »,
in Maintien de la paix : une évolution ou extinction ? », Forum de désarmement, institut des Nations Unies pour
la recherche sur le désarmement, trois 2000, pp. 7-22, p. 15. On a pu quand même assister à cause de la
prolifération des CANI à une renaissance de l’idée d’une force militaire internationale permanente comme
solution de désarmement dans de telles situations. Ibid., pp. 16 - 18.

49
Droit du désarmement 2021

en faveur de la maîtrise des armements est une mutation réaliste et en


harmonie avec la nature réelle des rapports de force et des conflits.
Les difficultés du désarmement particulières aux CANI sont multiples.
Elles s’expliquent par l’existence des réserves d’armes circulant entre les mains
des factions rebelles et justifient des coups sporadiques et des attentats
meurtriers12. L’industrie d’armement dépasse le marché national pour un
marché mondial13. S’y ajoute, l’émergence d’un « mercenariat
entrepreneurial ». Il s’agit en fait, de l’exportation par certaines sociétés –
qualifiées aussi de nouveaux mercenaires – de leur expertise militaire le plus
souvent sur le marché de la sécurité privée. Ces sociétés sont en général
rémunérées en concessions minières. Dans le but de lutter contre ce
mouvement en pleine expansion de la privatisation de la violence, une
restriction législative et un contrôle rigide qui leur sont applicables par les États
sont certainement utiles. Ainsi, la société « Executive Outcomes » qui a opéré
en Angola et en Sierra Leone a disparu lorsque la législation sud-africaine sur
l’exportation des services de sécurité est devenue plus restrictive14.
Par ailleurs, l’adoption des mesures relatives au désarmement par le
Conseil de sécurité, va parallèlement avec des mesures de démobilisation et de
réinsertion des combattants15. L’ensemble de ces mesures s’adresse
directement aux groupes rebelles et met à la charge des autorités nationales la
mise en place des programmes nationaux d’exécution. Pour cela, l’assistance
d’une opération de maintien de la paix est nécessaire. C’est le cas de l’aide de
l’ONUCI en faveur du gouvernement de réconciliation nationale en Côte d’Ivoire
16
.

12
Voir BOUTROS-GHALI (B.), Pour la paix et le développement, 1994, op.cit., p.199, § 506.
13
MOREAU DEFARGES (PH.), L’ordre mondial, op.cit., p.114.
14
ZORGBIBE (CH.), « pour une charte africaine de la diplomatie préventive et du maintien de la paix », op.cit.,
pp. 85-86.
15
Il s’agit du processus « DDRR » à savoir la démobilisation, le désarmement, le rapatriement et la réinsertion
des combattants. Voir FLORENT (J.L.), « Les destinataires non étatiques des résolutions du Conseil de
sécurité », in Le sujet en droit international, colloque du Mans, A. Pedone, Paris, 2005, pp. 107-116.
16
L’ONUCI est chargée par le Conseil de sécurité d’ « assurer la garde des armes, munitions et autres matériels
militaires remis par les ex-combattants et mettre en sûreté, neutraliser ou détruire ces matériels ». Résolution
1528 (2004), § 6/h. C’est le cas de la MANUA en Afghanistan et de la MINUSIL en Sierra Leone : résolution
1536 (2004) et résolution 1562 (2004).

50
Droit du désarmement 2021

*- La « police » de l’armement
Font partie de « la police » de l’armement, l’embargo et le
contrôle des trafics des armes légères et de petit calibre17.
Un embargo constitue une restriction aux échanges
imposée aux fins du maintien ou de la restauration de la paix et
de la sécurité internationales dans le cadre d’une action
« policière » du Conseil de sécurité18. Un embargo sur les armes
vise une cessation progressive des combats dans des situations
conflictuelles internes19. Par la doctrine, il a été assimilé à
l’interdiction de port et de vente d’armes en droit interne, puisqu’
il n’a pas pour but d’exercer une pression sur la cible des
mesures20. Il se distingue de ce point de vue, des sanctions
économiques qui visent d’infléchir la position de la cible21. Les
situations conflictuelles internes dans lesquelles le Conseil de
sécurité a imposé un embargo sur les armes sont multiples. Il en
est ainsi pour Le Rwanda22, le Libéria23, l’Angola, la Yougoslavie,
la Somalie24, la Côte d’Ivoire25 et le Soudan26.
Un embargo sur les armes est généralement renforcé par un embargo
économique imposé sur des matières premières et autres richesses naturelles
pouvant servir le circuit de commerce et d’armement illégal, comme le pétrole,
17
Voir par exemple, sur le contrôle de trafic d’armes en Somalie voir De la RIVIERE (S.), « Somalie : les
origines du conflit », op.cit., pp. 128-129.
18
ANGELET (N.), « L’embargo et l’ONU », in L’embargo, Bruylant – Bruxelles, 1996, pp. 46-85, p. 48.
19
ROBERT (E.), « L’embargo en droit international », in L’embargo, op.cit., pp. 13-43, pp. 34-35.
20
ANGELET (N.), « L’embargo et l’ONU », p. 49. L’interdiction des exportations d’armes est une des mesures
d’embargo les plus répandues. Elle peut être décidée unilatéralement par les Etats ou par l’ONU. PAYE (O.),
« les opérations de maintien de la paix et les nouveaux désordres locaux », in A la recherche du nouvel ordre
mondial, l’ONU : mutations et défis, t II, Bruxelles, Complexe, 1993, p. 123et VINCENT (M.), Exportation
d’armes et droit des peuples, Bruylant - Bruxelles, 1984.
21
Sur l’édiction des sanctions économiques en tant que moyen de pression voir BENNOUNA (M.), Les
sanctions économiques des Nations Unies, RCADI, 2002, T. 300, pp. 9-77, pp. 26-39.
22
Résolution 918 (1994), § 13.
23
Résolution 788 (1992), § 8.
24
Dans sa résolution 733 (1992), § 5, le Conseil de sécurité a visé un cessez de combats par le moyen d’un
embargo sur toutes les livraisons d’armes et équipements militaires à destination de la Somalie. D’autres cas
peuvent être cités. A propos de la situation au Burundi, le Conseil de sécurité a adopté une résolution dans
laquelle, il s’est déclaré prêt à interdire la fourniture de toutes armes et de tout matériel connexe au Burundi ».
Voir aussi la Résolution 1040 (1996), §8. De même, traitant la question de Kosovo, le Conseil de sécurité a
adopté, dans sa résolution 1160 du 31 mars 1998, des mesures non militaires en particulier l’embargo sur les
armes.
25
Voir la résolution 1572 (2004), § 7.
26
Voir la résolution 1556 (2004), §§ 7-8.

51
Droit du désarmement 2021

le bois d’œuvre et les diamants27. Le Conseil de sécurité a imposé, par exemple,


des sanctions frappant le bois d’œuvre et les diamants du Libéria, par sa
résolution 1547 (2004). A propos de ce conflit, le Conseil de sécurité a mis en
exergue le lien entre l’exploitation illégale des ressources naturelles et le trafic
d’armes et les conflits en Afrique de l’Ouest 28.
Certes, un embargo n’est pas sans effets néfastes sur la population civile29
. Afin d’atténuer les risques des effets non intentionnels de l’embargo, le Conseil
de sécurité opte pour le ciblage de la sanction, c'est-à-dire l’identification
précise de ses destinataires et son objet30. Les comités de sanction surveillent
l’application des sanctions et atténuent leur rigidité par des autorisations
exceptionnelles. Les comités créés dans le cadre des CANI sont respectivement
les comités concernant l’ex-Yougoslavie, la Somalie, l’Haïti, l’Angola, le Rwanda,
la Sierra Leone, la République fédérale de Yougoslavie et l’Afghanistan, la Côte
d’Ivoire, le Libéria, la RDC et le Soudan31.
L’ONU déploie des efforts complémentaires à l’imposition de l’embargo
relatifs à l’utilisation des armes légères et de petit calibre32. Des États en proie
aux CANI, plus précisément en Afrique, ne sont pas généralement des zones
sensibles en matière d’armes de haute technologie. Les priorités de l’ONU sont
par conséquent axées sur le problème de la prolifération des armes légères.
Prolongeant et amplifiant le mouvement de désarmement des rebelles dans
les CANI, un programme d'action contre le trafic de ces armes a été adopté à

27
La Serbie et le Monténégro ont été assujettis par la résolution 757 (1992) à des sanctions économiques. Dans
sa résolution 787 (1992), le Conseil de sécurité a imposé à leur encontre un blocus maritime et fluvial. Dans la
résolution 814 (1993), le Conseil de sécurité a décidé un embargo sur le pétrole et les produits pétroliers en Haïti.
28
Résolution 1579 (2004).
29
Sur les effets néfastes de l’embargo sur la population civile, ses limites pratiques, son inadéquation avec les
données socio - politiques en Haïti par exemple, voir DAUDET (Y.), « Les particularismes juridiques de la crise
d’Haïti », art. précité, pp.44-46.
30
Voir par exemple à propos du Soudan la résolution 1556 (2004), § 5, § 7 et § 8.
31
Voir les résolutions 724 (1991), 751 (1992), 841 (1993), 864 (1993), 918 (1994), 985 (1994) ,1132 (1997), 1160
(1998), 1267 (1999), 1521 (2003), 1552 (2004), 1572 (2004) et 1591 (2005). Voir à propos des comités des
sanctions ALABRUNE (F.), « La pratique des comités des sanctions du Conseil de Sécurité depuis 1990 », AFDI,
1999, pp. 226-279, pp. 227-228. Il est à noter que s’agissant du Rwanda, la résolution 1823 (2008) a mis fin aux
interdictions décidées par la résolution 1011 (1995) et a dissolu le comité du Conseil créé par la résolution 918
(1994).
32
Sur les caractéristiques des armes légères et de petit calibre et les conséquences de leur utilisation voir ADAM
(B.), « Les initiatives internationales en vue de lutter contre la prolifération des armes légères », in La sécurité
humaine : une nouvelle conception des relations internationales, L’Harmattan, Paris, 2001, pp. 145-156, pp.
148-149. Sur le lien des préoccupations relatives aux armes légères avec l’émergence de deux concepts,
prévention des conflits et sécurité humaine, voir ibid., pp. 146-147.

52
Droit du désarmement 2021

l'ONU le 21 juillet 200133. Son trait saillant est la mise en exergue du lien entre
le terrorisme, la criminalité organisée, le trafic des stupéfiants et la prolifération
des armes légères et de petit calibre. Ce texte n’a pas une force exécutoire. Il
offre des directives sur les moyens d'empêcher l'accumulation et la
prolifération de ces armes en particulier et le lancement de campagnes
d'information sur les conséquences dévastatrices du trafic d'armes légères34.

Désarmement, Démobilisation et Réintégration (DDR)


Les opérations de paix des Nations Unies sont le principal partenaire
international des institutions nationales chargées de la mise en œuvre des
initiatives de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR) et de
la conception de programmes spécifiques au contexte pour les membres des
groupes armés.

Qu’est-ce que le DDR ?


Par un processus consistant à désarmer les membres des groupes armés, à libérer
ces combattants de leurs groupes et à les aider à réintégrer la société civile, le
DDR vise à soutenir les ex-combattants et ceux associés aux groupes armés, afin
qu’ils puissent devenir des participants actifs au processus de paix.
Ainsi, le DDR jette-t-il les bases de la sauvegarde et du maintien des
communautés dans lesquelles ces personnes retournent, tout en renforçant les
capacités en faveur de la paix, de la sécurité et du développement à long terme.

33
La paix et la sécurité en Afrique, accord à l’ONU sur le trafic des armes légères, informations du département
d’Etat, programme d’information internationales, Monday 23 july 2001, http://usinfo.state.gov/francais/ home
page.htm. L’adoption de ce programme n’a été possible qu’après la suppression -exigée par les Etats-Unis - de
deux dispositions qui portent sur l’interdiction du libre commerce et de la propriété privée d'armes légères
spécifiquement conçues à des fins militaires et de leur fourniture qu'aux gouvernements. Sur la base de cette
suppression, il est manifestement clair, que Les Etats-Unis n’ont aucune ambition à faire interdire la vente
d'armes à des insurgés dans les cas où un gouvernement commettrait un génocide et que les victimes tenteraient
de se défendre.
34
Ce programme se situe dans le cadre d’une lutte plus générale de l’ONU contre les activités commerciales
illicites qui attisent les conflits. Le bureau du contrôle des drogues et de prévention des conflits armés est actif
pour une lutte colossale contre la criminalité transnationale, le trafic de drogues et le trafic d’armes légères.
KOFFI A. ANNAN, Prévention des conflits armés, op.cit., pp. 79-80. Des efforts régionaux sont aussi
enregistrés. Voir sur le contrôle du trafic d’armes légères SUR (S.), « Le contrôle des flux d’armes légères et la
prévention des conflits infra-étatiques », in Du droit interne au droit international, le facteur religieux et
l’exigence des droits de l’homme, Mélanges GOY (R.), op.cit., pp. 399-409.

53
Droit du désarmement 2021

Où le faisons-nous ?
Actuellement, l’équipe appuie les processus de DDR dans les opérations de
maintien de la paix en République centrafricaine (MINUSCA), au Darfour (
MINUAD), en République démocratique du Congo (MONUSCO), en Haïti
(MINUSTAH), au Mali ( MINUSMA), et au Soudan du Sud (MINUSS). La
Section DDR appuie également les opérations des missions politiques spéciales
en Colombie , en Libye (MANUL), et en Somalie (MANUSOM), ainsi que le
Bureau des Nations Unies auprès de l’Union africaine (BNUUA) et le Bureau du
Conseiller spécial du Secrétaire général au Burundi.

Stratégie DDR dynamique


Le manuel sur le DDR publié en 2006, les Normes intégrées de désarmement,
démobilisation et réintégration, présente un certain nombre de conditions
préalables nécessaires au DDR. Il s’agit notamment de la signature d’un
accord de paix prévoyant le DDR, de la confiance des parties dans le
processus de paix et de leur volonté de s’engager dans le processus de DDR, et
de la garantie d’un niveau de sécurité minimum.
Pourtant, les praticiens du DDR ont constamment été invités à adapter leurs
activités aux situations de conflit en évolution, y compris celles où ces
conditions préalables ne sont pas réunies. Au cours de la dernière décennie,
l’ONU a commencé à intervenir plus tôt dans le processus de paix, les
opérations étant souvent déployées au cours d’un conflit intense. Les groupes
armés, qui ne sont pas susceptibles d’avoir signé un accord de paix, sont souvent
impliqués dans l’exploitation illégale des ressources naturelles et des réseaux
criminels transnationaux.
Dans le contexte de ces dynamiques changeantes, le DDR rencontre
périodiquement ses partenaires pour réfléchir sur les succès, les échecs et les
défis rencontrés par les programmes de DDR dans les opérations de maintien de
la paix des Nations Unies. À l’occasion du dixième anniversaire du DDR, les
participants ont mis en avant les avantages des Normes intégrées de
désarmement, démobilisation et réintégration, tout en soulignant la nécessité
d’un développement constant pour faire face aux nouvelles réalités des missions
de maintien de la paix des Nations Unies, notamment l’intensification de

54
Droit du désarmement 2021

l’extrémisme violent, la nécessité croissante de mettre en œuvre le DDR dans les


situations où la paix formelle n’a pas été atteinte, et la priorité accordée à la lutte
contre la violence au sein de la collectivité.

Lutte contre la violence au sein de la collectivité

UN Photo/UNMINUSCA/Herve Serefio
Dans le cadre de ses mandats en Haïti, en République centrafricaine, au Mali, en
RDC et au Darfour, l’ONU a mis en œuvre des programmes de Lutte contre la
violence au sein de la collectivité prévoyant une série d’initiatives de projets à
forte intensité de main-d’œuvre, d’incubation d’entreprises et de forums de
dialogue communautaire, engageant directement les membres des groupes
armés, ainsi que les jeunes à risque, afin d’empêcher de nouveaux enrôlements.
La Lutte contre la violence au sein de la collectivité joue également un rôle clé
dans la réduction des tensions au niveau local, ce qui favorise les possibilités de
cohésion sociale et de règlement des conflits.
Comme l’a noté le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la
paix lors du dixième anniversaire de la Lutte contre la violence au sein de la
collectivité le 16 novembre 2016 : « La Lutte contre la violence au sein de la
collectivité s’est avérée utile dans de nombreux contextes différents, précisément
parce qu’elle est agile et axée sur l’être humain... C’est un exemple décisif du
maintien de la paix qui apprend à s’adapter et à innover ».

DDR et processus politique


Souvent déployée dans des contextes où le conflit est en cours, l’ONU établit
des contacts avec les groupes armés dans des environnements de mission
complexes. Les agents de DDR et de la Lutte contre la violence au sein de la
collectivité sont devenus le premier personnel de l’ONU déployé sur le terrain
autorisé à entrer directement en contact avec les combattants. Ils sont donc
appelés à donner des conseils sur la manière d’entrer en contact avec les groupes
armés et de contribuer à la signature d’un accord.
Le soutien du DDR aux processus de médiation comprend trois types d’activités
qui peuvent être entreprises avant, pendant et après le processus de médiation :

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Droit du désarmement 2021

● Soutien à la médiation : déploiement d’experts, rédaction des dispositions


des accords et conseils de négociation
● Analyse : cartographie des groupes armés et identification des points
d’entrée pour le contact programmatique
● Renforcement des capacités : Renforcer la capacité des parties à œuvrer de
manière constructive en faveur d’un accord
La Section DDR a déployé des équipes de médiation au Darfour, en République
centrafricaine, en Colombie, au Mali et au Yémen.

Désengagement d’Al-Shabaab en Somalie


Le rapport de 2017 du Comité spécial des opérations de maintien de la paix
reconnaît le rôle que jouent les programmes de DDR dans la gestion du
désengagement des combattants des groupes extrémistes violents.
L’ONU en Somalie (MANUSOM) soutient le Gouvernement somalien dans la
mise en œuvre d’un programme national visant à aider les combattants
d’Al-Shabaab désengagés à réintégrer la société. Cela offre une occasion rare
d’épuiser davantage les rangs d’Al-Shabaab en offrant la sécurité et d’autres
moyens de subsistance. Le mentorat religieux et la réhabilitation idéologique
représentent une composante cruciale de ce processus. Quatre sites transitoires
recevant des (ex-)combattants sont actuellement opérationnels dans tout le pays.

Traité sur le commerce des armes

Depuis 2006, les États ont commencé à étudier la possibilité d’élaborer un "Traité sur le
commerce des armes" et ses éléments constitutifs. En janvier 2010, l'Assemblée générale
des Nations Unies a décidé de convoquer la Conférence des Nations Unies pour un Traité sur
le commerce des armes en 2012, ceci afin d’élaborer un instrument juridiquement
contraignant établissant des normes internationales communes les plus strictes possibles
pour le transfert des armes classiques. Une première Conférence diplomatique réunie en
juillet 2012 n’est pas parvenue à un accord. Une Conférence diplomatique finale pour un
Traité sur le commerce des armes a été convoquée en mars 2013. Après neuf jours d'intenses
négociations, la Conférence diplomatique finale pour un Traité sur le commerce des armes
prit fin sans que les États ne soient parvenus à un consensus sur le texte du traité tel que
requis par les règles de procédure de la Conférence. 
56
Droit du désarmement 2021
Toutefois, le 2 avril 2013, l'Assemblée générale des Nations Unies a voté à une large majorité
en faveur de l'adoption du Traité sur le commerce des armes.
Le CICR se félicite de la solide base humanitaire du Traité sur le commerce des armes. Celui-ci
réglemente les transferts internationaux d'armes classiques, de munitions et de pièces et
composants, en vue notamment de réduire la souffrance humaine. 
En vertu du traité, les décisions de transférer des armes sont soumises à des préoccupations
humanitaires. En effet, les transferts d’armes doivent être interdits lorsqu’il existe un certain
niveau de risques que celles-ci puissent servir à commettre des crimes de guerre ou des
violations graves du droit international des droits de l'homme. En outre, le devoir des États
de respecter et de faire respecter le droit international humanitaire est un principe
fondamental placé au cœur du Traité et explicitement reconnu dans le texte
Le TCA a été ouvert à la signature le 3 juin 2013. Il entrera en vigueur 90 jours après le dépôt
du 50ème instrument de ratification, d'acceptation ou d'approbation. Si un État soumet son
instrument après cette date, le Traité entrera en vigueur pour cet Etat 90 jours après le dépôt
de son instrument de ratification, d'acceptation, d'approbation ou d'adhésion.
Le texte reproduit ici inclus les corrections proposées au texte authentique français, selon
notification dépositaire C.N.279.2013 du 16 mai 2013. Aucune objection n'ayant été soumise
avant le 15 août 2013, les corrections sont appliquées.
     

Préambule
Art. 1 Objet et but
Art. 2 Champ d’application
Art. 3 Munitions
Art. 4 Pièces et composants
Art. 5 Mise en œuvre générale
Art. 6 Interdictions
Art. 7 Exportation et évaluation des demandes d’exportation
Art. 8 Importation
Art. 9 Transit ou transbordement
Art. 10 Courtage
Art. 11 Détournement
Art. 12 Conservation des données
Art. 13 Établissement de rapports
Art. 14 Exécution du Traité
Art. 15 Coopération internationale
Art. 16 Assistance internationale
Art. 17 Conférence des États Parties
Art. 18 Secrétariat

57
Droit du désarmement 2021

Art. 19 Règlement des différends


Art. 20 Amendements
Signature, ratification, acceptation, approbation ou
Art. 21
adhésion
Art. 22 Entrée en vigueur
Art. 23 Application à titre provisoire
Art. 24 Durée et dénonciation
Art. 25 Réserves
Art. 26 Rapports avec d’autres instruments internationaux
Art. 27 Dépositaire
Art. 28 Textes faisant foi

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