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Victor Hugo (1802- 1885)

Le romantisme nourrit toute la première moitié du XIXe siècle et pour la poésie, par
convention, des Méditations poétiques de Lamartine (1820), aux Contemplations de Victor Hugo
(1856). Ce mouvement esthétique européen fait une place toute particulière au lyrisme et à l'effusion
du moi avec un goût marqué pour la mélancolie: les poètes vont donc exprimer leur mal de vivre et
leurs souffrances affectives en méditant sur la mort, sur Dieu, sur l'amour et la fuite du temps, sur la
nature et sur la gloire, et au delà de ces thèmes lyriques traditionnels sur la fonction du poète (Hugo).
„Génie sans frontières”, selon les mots de Baudelaire, Victor Hugo illustre le concept d’universalité
du mouvement romantique. Considéré comme le plus important des écrivains romantiques, il a
couvert de son immense personnalité tous les territoires de la littérature: poésie, théâtre, roman, essai,
reportage.
Victor Hugo domine le siècle avec sa poésie multiforme, lyrique, épique, satirique et engagée,
sociale, métaphysique et philosophique. De ses recueils on peut citer : Odes et ballades, Les
Orientales (1829), Les Feuilles d'automne (1831), Les Chants du Crépuscule (1835), Les Voix
intérieures (1837), Les Rayons et les Ombres (1840), Les Châtiments (1853), Les Contemplations
(1856), La Légende des Siècles (1859-1883).
À vingt ans, Hugo publie les Odes, recueil qui laisse déjà entrevoir les thèmes hugoliens
récurrents : le monde contemporain, l’Histoire, la religion et, notamment, le rôle du poète. Par la
suite, il se fait de moins en moins classique, de plus en plus romantique, et séduit le lecteur de son
temps au fil des éditions successives des Odes (quatre éditions entre 1822 et 1828).
Dès les Ballades on assiste à une transformation notable de la vision poétique dans le sens de
pittoresque et spontanéité. Les Ballades s'inspirent des légendes médiévales de Walter Scott, des
poètes allemands et illustrent le côté fantaisiste, gothique de l'inspiration hugolienne. La nouveauté
consiste dans la force du langage, dans la virtuosité rythmique qui font de Hugo un habile technicien.
En 1828, Hugo réunit sous le titre Odes et Ballades toute sa production poétique antérieure.
Les Orientales marquent un enrichissement de son inspiration et une plus grande thématique.
La préface du livre souligne que le volume contient surtout des couleurs, des transcriptions, des
couchers de soleil. Le recueil constitue le meilleur exemple d'une poésie des images qui accorde la
première place aux éléments sensoriels, aux problèmes de vocabulaire et de rythme. La sensation
immédiate y devient le tissu même de la pensée.
Après ce volume commence une nouvelle étape – celle du poète contemplateur dont le regard est
attiré par les lumières de sa vision intérieure. Les voix extérieures vont se transformer en voix
intérieures, le rêve pittoresque - en rêverie contemplative. C'est le rôle des volumes Feuilles
d’automne, Chants du crépuscule, Voix intérieures et Les Rayons et les ombres de dépasser la pure
virtuosité et de déchiffrer la réalité spirituelle qui se cache derrière les apparences. Ces quatre
volumes dessinent les thèmes majeurs d’une poésie encore lyrique — le poète est une « âme aux
mille voix » qui s’adresse à la femme, à Dieu, aux amis, à la Nature et enfin (avec les Chants du
crépuscule) aux puissants qui sont comptables des injustices de ce monde.

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Dans Les Rayons et les ombres on trouve dans Olympio un double de Hugo. La tristesse
d'Olympio est le poème le plus connu du volume, et il impose trois thèmes: la nature, l'amour et le
souvenir. Ce n'est pas une simple élégie, car le poète essaie d'ajouter une signification philosophique
à un thème humain introduisant le sentiment de la fuite du temps. La tristesse d'Olympio est une
ouverture musicale des Contemplations, tandis qu'un autre poème, Océano Nox – méditation sur la
misère et la mort, prépare La légende des siècles.
Dans l'étape suivante, la mort de Léopoldine - la fille adorée de Hugo, en 1843, et les dix-neuf
ans l'exil anglo-normand (1851-1870) ont marqué la vie et la création de l'écrivain. Ces événements
ont apporté l'éclosion de certaines couches de la personnalité de Victor Hugo, non encore dévoilées.
À partir de l'exil commence une période littéraire qui se caractérise par sa richesse, son
originalité et par sa puissance. La première manifestation de cette étape est le volume de poésie
satirique Les Châtiments, dont les vers de combat ont pour mission de rendre public le ''crime" du
''misérable'' Napoléon le IIIe : le coup d'État du 2 décembre. Prophète des malheurs qui attendent
Napoléon le IIIe, Hugo s’y fait cruel, satirique, voire grossier pour châtier "le criminel".
L'œuvre, organisée en sept chapitres, a une composition musicale qui marque l'évolution des
ténèbres jusqu'aux lumières des espoirs – Nox – Lux. Les thèmes, assez peu, tournent autour des
grandes crimes politiques de Napoléon le IIIe et de la situation tragique des Français. La plongée dans
le passé glorieux, les comparaisons avec les héros de l'histoire, le merveilleux féerique et allégorique,
les invectives violentes et répétées, tous ces éléments situent Les Châtiments à côté de l'épopée. Tous
les thèmes, le contraste entre Napoléon le Grand et son neveu, Napoléon le Petit, l'opposition passé /
présent, ainsi que l'idée sur laquelle est centre le poème – le châtiment, sont synthétisés dans le chef-
d'œuvre L'Expiation où l'histoire et la politique se transforment en épopée.
Les Châtiments, de Nox à Lux est d'une extrême richesse, les sentiments du poète sont
exprimés sous une grande variété de formes: odes, satires, légendes bibliques, fantaisies sur des airs
populaires, l'épopée se terminant en lugubres parades macabres.
En 1856 paraissent Les Contemplations, à travers lesquelles Hugo part à la découverte
solitaire du moi et de l'univers. C'est un recueil du souvenir, de l’amour, de la joie mais aussi de la
mort, du deuil. Hugo même a déclaré que le volume représente „les mémoires d'une âme”. Les
principaux thèmes du volume, apogée lyrique de Hugo, s'organisent autour des grandes émotions
humaines et autour des réflexions métaphysiques du poète: la vie et la destinée de l'homme, l'amour,
le souvenir, la nature, la mort, les mystères de l'infini. La plupart des poèmes frappent par leur
pessimisme accentué, mais Hugo introduit aussi des poèmes qui chantent la joie de vivre ou des
poésies sociales.
Demain, dès l’aube... est l’un des plus célèbres poèmes hugoliens. Composé de trois quatrains
d’alexandrins en rimes croisées, ce court poème n’a pas de titre, si bien qu’on le désigne
traditionnellement par son incipit. Il constitue le poème XIV de Pauca meae (quelques vers pour ma
fille), livre quatrième des Contemplations dont il ouvre la deuxième partie.
Le poème est écrit comme le discours d’un narrateur qui tutoie un interlocuteur restant
inconnu, pour lui raconter, à la première personne et au futur, de quelle manière il va partir le
lendemain dès l’aube et, sans jamais se laisser distraire par son environnement, marcher à travers la
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campagne pour le rejoindre : „Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, / Je partirai.
Vois-tu, je sais que tu m'attends. / J'irai par la forêt, j'irai par la montagne. / Je ne puis demeurer loin
de toi plus longtemps.”. De manière inattendue, ce voyage s’avère finalement plus triste qu’on aurait
pu l’imaginer, puisque la fin du poème révèle que cette personne chère, à laquelle le narrateur
s’adresse et qu’il part retrouver, est en fait morte, et qu’il se rend dans un cimetière pour fleurir sa
tombe : „Et, quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe / Un bouquet de houx vert et de bruyère en
fleur.” description progressive, final inattendu la même technique utilisée par Rimbaud dans Le
dormeur du val .
Le poème est autobiographique, Victor Hugo s’y adressant à sa fille Léopoldine, disparue
quatre ans plus tôt. Pauca meae est en effet une reconstruction artificielle qui commence par
l’évocation de souvenirs attendris de l’enfance de Léopoldine, se poursuit par l’abattement devant la
mort et se termine par une consolation religieuse avec les figures positives qui achèvent les derniers
poèmes de la partie: Mors («Tout était à ses pieds deuil, épouvante et nuit. / Derrière elle, le front
baigné de douces flammes, / Un ange souriant portait la gerbe d’âmes») et Charles Vaquerie («Dans
l’éternel baiser de deux âmes que Dieu / Tout à coup change en deux étoiles!»).
La Légende des siècles, chef-d’œuvre de V. Hugo, synthétise rien moins que l’histoire du
monde en une immense épopée. Selon la première préface, le volume est une mosaïque, une œuvre
cyclique centrée sur la figure sacrée et fatale de l'homme, peint successivement et simultanément sous
différents aspects (histoire, fable, philosophie, religion).
Malgré l'atmosphère sombre qui caractérise la plupart du recueil et l'aspect apocalyptique, on
assiste à la lutte entre le Bien et le Mal, à l'ascension triomphante vers la lumière. C'est la notion de
progrès qui ouvre une perspective vers la lumière et assure l'unité du recueil. À travers le recueil, des
régions incertaines, où se préfigure la destinée humaine, on arrive à la Terre et on suivit l'évolution du
chaos et la lutte des Titans – symbole principal du progrès politique et cosmique.
Toute la partie intitulée D'Ève à Jésus est une histoire primitive dominée par la légende où
s'expriment les motifs principaux de la symphonie humaine. Les civilisations classiques de Grèce et
Rome occupent une place restreinte. Hugo ne suit pas une chronologie, il veut traduire la lutte entre le
Bien et le Mal et le symbole de la chute; il chante l'avènement de l'homme.
Les strophes du poème philosophique Le Satire réunissent l'hymne de l'homme victime et de
l'homme vainqueur, écrasé mais relevé par son courage. Ce personnage est un symbole du Créateur,
mais sa création a été possible grâce à la découverte du mythe de Prométhée, du paganisme dans ce
qu'il a de plus profond et puissant. Le Satire représente le poème-somme, ayant le rôle de microcosme
par rapport au macrocosme; c'est une épopée dominée par le mythe titanique. Il devient le centre de la
Légende des siècles, qui annonce l'épopée moderne où s'affirme la régénération de l'homme.
La période contemporaine est relativement pauvre dans le volume. Le XIXe siècle était trop
proche pour devenir symbole ou pour former la matière de la fantaisie poétique. Par contre, le XXe
siècle finit par une prophétie optimiste, les faits réels étant le point de départ à l'élément du rêve :
Pleine mer, Plein ciel.
Le volume s'impose par la richesse pittoresque des tableaux, par la vie dramatique des contes
épiques, par l'art d'évoquer les milieux avec splendeur et sobriété. V. Hugo y mêle le fantastique au
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quotidien, le surnaturel aux détails familiers, en donnant de cette manière une impression
d'authenticité.
Victor Hugo est regardé comme le grand poète romantique intimiste, accessible et populaire,
qui a chanté les sentiments humains, qui a décrit le monde extérieur où intime (l'âme). En juin 1878,
l'activité de celui qui a mis „le bonnet rouge au vieux dictionnaire” prend pratiquement fin à la suite
d'une congestion cérébrale. Toutefois, de très nombreux recueils, réunissant en fait des poèmes datant
de ses années d'inspiration exceptionnelle (1850-1870), ont continué de paraître régulièrement
contribuant à la légende du vieil homme intarissable jusqu'à la mort.