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Relations Economiques Internationales Faouzi BOUSSEDRA

CHAPITRE 2 : LE SYSTEME MONETAIRE

INTERNATIONAL (S.M.I)

INTRODUCTION :Rappel historique :

Avant la 1ère guerre mondiale, le SMI sur l’étalon or (gold standard) entre les
2 guerres, un système d’étalon change-or (fondé sur la prépondérance de la livre
sterling et du dollar). Au lendemain de la 2 éme guerre mondiale, un système
d’étalon devise-or (gold standard Exchange) a été mis en place, conservant la
prépondérance du dollar.

Ce système appelé plus couramment « system de bretton woods » a éclaté au


début des années 1970 pour laisser sa place à un système de changes flottants
(accord de KINGSTONE en Jamaïque en 1976).

Certaines régions du monde ont mis en place leur propre sous-système : il


s’agit en particulier du système monétaire européen (système de changes fixes)
d’autres régions ont maintenu un lien entre leur monnaie et une devise de
référence (exemple : $ Hongkong et $ US).

SECTION 1 : LE SMI de Bretton Woods :

Au lendemain de la 2éme guerre mondiale, les alliés décidèrent de mettre en


place un système qui permettrait de favoriser les relations commerciales en vue
de renforcer la croissance économique. Une condition était alors nécessaire : la
stabilité des changes pour éviter les situations d’avant guerre (protectionnisme,
dévaluation compétitive,……)

A cet effet s’est tenue une réunion en juillet 1944 au Etats-Unis à Bretton-woods
et a été mis en place un SMI.

1-LES PRINCIPES DES ACCORDS DE BRETTON-WOODS :


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De nouveaux principes sont énoncés afin de déterminer le système des


changes, la monnaie de référence et un organisme garant du bon fonctionnement
du système.

1.1-Le système des changes fixes : les principes de ce système sont :

• Chaque monnaie a sa parité définie en or ou en dollar

• Le dollar est convertible en or au taux de 35 dollars l’once d’or

• Chaque banque centrale doit intervenir pour maintenir son taux de change
dans une des marges de fluctuations de plus (+) ou moins (-) 1% autour de
la parité

• En cas de déficit structurel des paiements, elle peut recourir à une


dévaluation ou à une réévaluation

Chaque membre peut recourir à des prêts du FMI pour résoudre des difficultés
passagères de sa balance des paiements.

2-FONCTIONNEMENT DU SMI ET SON DEREGLEMENT :

Le SMI a permis de développer les échanges commerciaux au niveau


mondial. Néanmoins, il comportait certaines ambiguïtés qui l’on fait éclater.

2.1- Effets favorables : la réunion de Bretton Woods et ses résolutions ont


montré la volonté des Etats à coopérer. Plus encore, la mise en place en 1947 du
GATT n’a fait que renforcer cette coopération. Ce SMI caractérisé par une
stabilité des années 1950 et 1960 qui s’est traduite par des taux de croissance de
PIB non égalée aujourd’hui.

2.2- Ambiguïtés du système : Robert TRIFFIN a mis en évidence le problème


posé par le fait que le dollar est à la fois monnaie nationale et monnaie
internationale.

2.3-effondrement du système de Bretton Woods : cet effondrement est marqué


par diverses étapes :
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Le déficit de la balance des paiements des USA est réglé par l’émission de
dollars qui s’accumulent dans les principales banques centrales non américaines.
Celles-ci demandent de plus en plus de convertir ces dollars.

Le président Américain NIXON, ne pouvant pas faire face à cette hémorragie


d’or, supprime la convertibilité du dollar en or, en Août 1971

En décembre 1971 les marges des fluctuations sont élargies à plus ou moins 2,25
% et le dollar dévalue à 38 dollars l’once d’or. La baisse du dollar continue, il
est à nouveau dévalué (42$ l’once d’or. Les banques centrales refusent de
soutenir le dollar à partir de 1973. Les changes deviennent flottants. En fait,
c’est au début des années 1960 qu’apparurent les premiers indices montrant les
problèmes relatifs au système de changes fixes. 3 éléments ont joué dans le sens
de la dégradation :

La surévaluation du dollar

L’augmentation des dépenses militaires occasionnée tout d’abord par le conflit


en Corée et ensuite par le conflit au VIETNAM ;

Le développement très rapide de l’eurodollar permettant de mobiliser


d’importants montants pour procéder à des opérations spéculatives (les avoirs en
eurodollar étaient en 1970 de prés de 60 milliards de dollar)

SECTION2 : LE SMI DEPUIS 1976 :

En 1976 les accords de la jamaique entraînant la mise en place d’un nouveau


système monétaire international.

1-LES CARACTERISTIQUES DU NOUVEAU SYSTEME :

1.1- flottants des monnaies : les changes flottants sont légalisés ; la définition
des monnaies par référence à l’or disparaît. Néanmoins les banques
centrales continuent à intervenir et le système flottant est une
réalité « impure ».
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1.2- rôle dominant du dollar parmi les liquidités internationales : les


liquidités internationales se sont diversifiées ; elles sont constituées par
l’or ; les DTS ; les Ecus ; les devises ; mais le dollar reste la monnaie
internationale privilégiée.

• L’or : bien que démonétisé, l’or fugure encore dans les réserves des
banques centrales

• Les droits de tirage spéciaux (DTS) : ils sont crées en 1969 par le FMI
pour faire face aux besoins de liquidités internationales et pour réduire le
rôle du dollar, ils doivent devenir le principal instrument de réserve du
SMI.

A l’origine égal à un dollar, le DTS est devenu depuis 1974 constitué d’un
panier de monnaies est composé aujourd’hui des 5 principales devises (le
dollar, la mark, le yen, le f français et la livre sterling)

• Les devises : le dollar reste prédominant : il demeure la première


monnaie de facturation et de règlement des échanges commerciaux (plus
de 50% des échanges sont facturés et réglés en dollar).Il garde une place
privilégiée au sein des réserves internationales (61,4% en 1993) . De ce
fait, nous pouvons dire que l’économie internationale se trouve fortement
dépendante de niveau de la monnaie américaine.

DOLLAR FAIBLE DOLLAR FORT

ECHANGES DE PODUITS RES USA-RESTE DU MONDE (RM)


MANUFACTU Les produits américaines relativement
Les importations du RM en produits chers,ont du mal à pénétrer les
américains sont favorisées, alors que marchés du RM. En revanche, le RM
les exportations vers les USA sont trouve des débouchés importants sur
rendues plus difficiles le marché américain
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EXPORTATION DE MATIERES RES


PREMIE Les recettes d’exportation
Des recettes d’exportation plus s’accroissent, favorisant des
faibles, moindre tendance aux importants et améliorant le solde
importations, des problèmes de extérieur
balance des paiements.

IMPORTATIONS DE MATIERES ERS


PREM Les importations coûtent plus chères,
Des coûts d’importation plus faibles, ce qui contribue à détériorer le solde
ce qui allége le solde extérieur extérieur, une compensation est
toutefois les débouchés vers les pays trouvée dans débouchés procurés par
exportateurs de matières premières les exportations de matières premières
peuvent se contacter.

INFLATION Le RM subit des pressions

Le RM bénéfice d’une tendance à la inflationnistes dues à la hausse du


désinflation : les coûts des dollar : inflation par les coûts.
importations en dollars sont plus
faibles

CREANCIERS EN DOLLAR ENTRALE BANQUES,……)


(BANQUE C Les créanciers ont tendance à
Les créanciers, appauvris, peuvent confirmer leur confiance dans le dollar
être incités à se tourner vers d’autres
actifs.

DEBITEURS EN DOLLAR ES, BANQUES, ETATS,…….


(ENTREPRIS Les débiteurs subissent de lourdes
Les débiteurs bénéficient d’un pertes qui se matérialisent en
allégement de charge de leur dette lors particulier lors des règlements
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des remboursements d’intérêt

1.3-Modifications de rôle du FMI a désormais 3 rôles :

• Surveiller les politiques de change :

• Prêter aux pays en développement (prêts assortis de conditions) ;

• Émettre et gérer les DTS

2-LE FONCTIONNEMENT DU SYSTEME :

Les taux de change des monnaies sont désormais fixés sur marché des
changes par confrontations de l’offre et de la demande. Ceci a eu pour
conséquence une grande volatilité des taux de change. Celle-ci a eu pour
conséquence une plus grande instabilité monétaire et un accroissement des
incertitudes néfastes à la croissance économique

SECTION3 : LE SMI EN QUESTION :

1-ECHEC DU FLOTTEMENT DES MONNAIES :

Il faut reconnaître que le système des changes flottants n’a pas atteint ses
objectifs.

• Déséquilibres internationaux persistent : le Japon enregistre toujours des


excédents constants de leur balance des paiements alors que les USA
s’installent dans le déficit difficile à réguler.

• Il n’y a pas d’autonomie des économiques : les autorités monétaires sont


contraintes de maintenir des taux d’intérêts élevés afin d’éviter la fuite des
capitaux et de lutter contre l’inflation qui pénaliserait le taux de change.
Cela se fait au détriment de la croissance économique
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• La spéculation n’a pas pu être freinée : les anticipations continuent


d’influer sur les variations des taux de change.

2-NECESSITE D’UNE COOPERATION INTERNATIONALE :

Au milieu des années 1980 et plus précisément en 1985 (mois de juillet 85 :


1USD= 10,6 FRF) les gouvernements ont pris conscience de la nécessité de la
coopération internationale

2.1-les réalisations :

• les accords du Plaza en 1985 : les USA conscients des effets négatifs d’un
dollar fort, rendent possible l’accord du G5( USA, Japon, Allemagne, GB,
France) qui prévoit une gestion concertée des taux de change en vue
d’une baisse du dollar ;

• Les accords du Louvre en 1987 : le dollar connut après les accords du


Plaza une très forte baisse ce qui a poussé le G7 (G5+Italie en Canada) à
chercher à stabiliser les taux de change : il s’agit cette fois de stopper la
baisse du dollar

2.2-les difficultés rencontrées : 2 problèmes essentiels :

• L’insuffisance des interventions des banques centrales face à l’ampleur


des mouvements de change (le montant quotidien des transactions sur le
marché des changes est supérieur à 1.000 milliards de dollars) ;

• La coopération sur les taux de change nécessite un accord des différents


pays or leurs objectifs peuvent diverger.

3. LA NECESSAIRE REFORME DE SMI :

Les difficultés actuelles ont montré qu’il est temps de réformer le SMI
certaines propositions ont été faites mais le consensus ne semble encore vouloir
se dessiner.

• La création d’une monnaie panier ;


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• Le projet des « zones cibles » : J.WILLIAMSON a proposé un système


conciliant la souplesse des changes flottants et la stabilité des changes
fixes. Pour chaque monnaie, on définit un taux de change d’équilibre et
des marges de fluctuations (ou zones cibles) des problèmes demeurent en
ce qui concerne la fixation du taux de change d’équilibre.

Depuis la Première Guerre mondiale, et surtout depuis Bretton Woods (1944), le


changement et son imprévisibilité ont été les constantes dominantes de l'évolution du régime
monétaire international et des phénomènes qui lui sont connexes. Leurs interprètes et
prophètes les plus prestigieux (J.M. Keynes, J. Rueff, R. Triffin) ont été plus ou moins
démentis par les événements dont le cours n'a cessé d'échapper à l'emprise des desseins les
mieux étudiés et des institutions les mieux constituées.
Quinze années après l'ébranlement de l'Accord de Bretton Woods par l'inconvertibilitéor
du dollar, dix années après l'Amendement de l'Accord qui légalisa le flottement des
monnaies, à quelle conjoncture nous ont menés les développements spontanés, et que sont
les perspectives actuelles? Peut-il ou devrait-il encore être question de « réforme » du
régime, ou de négociation d'un « nouveau Bretton Woods »?
Quatre ouvrages nous aideront à faire le point. J.H. David, dans Crise financière et
relations monétaires internationales, présente un aperçu général de la question. R.N.
Cooper, dans The International Monetary System offre une perspective plus académique et
plus américaine des dimensions du problème. Le recueil d'essais réunis par L. Tsoukalis:
The Political Economy of International Money contient quelques contributions particulièrement
pénétrantes ou originales. Enfin, dans Between Two Worlds: The World Bank's Next
Décade, R.E. Feinberg et ses associés présentent un pamphlet sur ce qu'ils croient devoir
être le rôle futur de la Banque Mondiale.
I-Fixité ou flexibilité des changes?
Comme ce fut le cas après la proclamation de l'inconvertibilité de la livre sterling en
septembre 1931, celle de l'inconvertibilité du dollar en août 1971 déclencha une désintégration
du régime des changes fixes. L'expérience de l'incompatibilité de changes fixes avec l'autonomie des politiques
macroéconomiques nationales avait, d'ailleurs, amené de plus en
plus d'économistes à la suite de Milton Friedman, à prôner la flexibilité des changes comme
régime inévitable ou de moindre mal. En 1976, l'amendement dit « de la Jamaïque » des
statuts du FMI légalisa, d'ailleurs, ce régime. Selon la vue optimiste de ce système, la
flexibilité des changes, tout en assurant l'équilibre instantané des balances de paiements,
devrait inciter les agents économiques privés à spéculer dans le sens stabilisant. Les cours
seraient ainsi plus conformes aux parités de pouvoirs d'achat, et contribueraient à normaliser
les échanges internationaux. Contrairement à cette stabilisation attendue, les marchés des
changes, les balances de paiements et les conjonctures nationales ont accru leur instabilité
depuis 1973 (Cooper, pp. 103-115; Wegener, dans Tsoukalis, pp. 120, 121). Non seulement,
les cours nominaux des changes ont-ils subi d'amples fluctuations, mais ce fut aussi le
cas des taux de change réels qui tiennent compte des divergences entre les taux nationaux
d'inflation. Ceci a amplifié l'instabilité de l'emploi et a induit des mouvements indésirables
de capitaux qui ont légué un fardeau excessif d'endettement au compte du tiers-monde.
Il-Les DTS et la liquidité internationale
La longue discussion et les négociations poursuivies au cours des années 60, suite à
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l'alerte déclenchée par R. Triffin en 1959 à propos de la crise imminente qui menacerait le
système monétaire international, ont donné naissance, en 1969, à un instrument pour le
moins saugrenu de « liquidité internationale », à savoir les Droits de tirage spéciaux,
distribués sans contrepartie par le FMI aux autorités monétaires nationales et comptabilisés
par celles-ci comme toute autre devise étrangère. Né dans l'ambiguïté, le DTS est demeuré
une institution litigieuse. Prôné, d'une part, par ceux qui rêvent de substituer une autorité
monétaire mondiale aux souverainetés nationales, il est l'objet de réticence de la part de ceux
qui craignent la possibilité manifeste d'abus dans l'émission de monnaie. Cooper (ch. 10) est
de ceux qui souhaitent l'extension du rôle des DTS, et l'émancipation de celui-ci comme une
monnaie véritable utilisable dans les transactions privées. Il souhaite que son émission soit
régulièrement augmentée. Dans la ligne de Triffin, Cooper propose aussi de faire évoluer le
FMI pour en faire une véritable banque centrale qui assumerait la fonction de prêteur de
dernier ressort.
III - L'endettement international
L'émission de monnaie étant liée à l'octroi de crédit, les problèmes posés par le système
monétaire international ne sont autres que des problèmes de crédit. Au cours des années 20,
la question des réparations se conjugait à celle de l'étalon de change-or; en 1943, le projet
Keynes d'une Union internationale de paiements avait, au fond, pour objectif de faciliter
l'accès des pays appauvris au marché américain du capital; au cours des années 60,
l'endettement des États-Unis à court terme, fort au-delà des réserves-or de ce pays, menaçait
la confiance dans le dollar, ce qui provoqua la suspension de la convertibilité-or du dollar en
août 1971. Au cours des années 70, le choc pétrolier provoqua un recyclage massif des
surplus des pays bénéficiaires vers les pays appauvris. En relâchant la discipline monétaire
un peu partout, la flexibilité des changes absorba et amplifia à la fois les perturbations
transmises en chaîne. Les réflexes divergents et non coordonnés des principales autorités
monétaires, ainsi que les nécessités immédiates dans beaucoup de pays saignés par l'OPEP,
aboutirent au cours des années 80 à un endettement excessif de la plupart des pays du tiersmonde.
Depuis 1981, l'augmentation rapide et considérable du déficit budgétaire aux États-
Unis, en haussant les taux d'intérêt, a provoqué dans un premier temps (1981-1985) une appréciation exagérée
du dollar, ce qui alourdit encore le fardeau de la dette pour ceux qui y
avaient eu recours pendant la décennie précédente.
Dans leur pamphlet « Between Two Worlds: the World Bank's Next Décade », Feinberg
et ses collaborateurs font un plaidoyer à la fois généreux et idéaliste pour un nouveau
dynamisme de la part de la Banque Mondiale. Coincée entre les exigences des banques
créancières et celles du FMI en matière d'austérité, la Banque Mondiale s'est trouvée dans
une situation de plus en plus inconfortable. Au cours des années récentes, elle a été pressée
de conjuguer son activité et ses moyens aux plans d'assainissement et de restructuration
imposés par le FMI à ses membres aux abois. Dans leurs plaidoyers, Feinberg et associés
proposent des moyens divers pour sortir la Banque de l'ornière de l'austérité. S'il peut
redonner espoir à certains, il saute aux yeux que ce manifeste manque de réalisme, en ce
qu'il ne tire pas toutes les conclusions des expériences des trente dernières années.
IV - La privatisation du système monétaire international
Alors qu'au cours des années 50 et 60, le système monétaire international s'identifiait
avec le réseau officiel des banques centrales, l'internationalisation du marché bancaire privé
a, depuis, créé un système « tandem » (Llewellyn, « The rôle of international banking »,
Tsoukalis, p. 204), où les secteurs privés et officiels, de complémentaires qu'ils étaient, sont
devenus de plus en plus concurrents. Ce fut là un développement spontané, non planifié, qui
a déjoué les prévisions et les plans d'autrefois. Du fait que les banques privées n'avaient pas
pu imposer des conditions de politique économique aux instances emprunteuses, le FMI s'est
vu assigner un rôle particulièrement astreignant et ingrat lorsque les échéances se sont faites
difficiles et que les banques privées sont devenues réticentes dans l'octroi de nouveaux
crédits au cours des années 80. En élargissant les possibilités de tourner les instances
officielles, l'expansion du secteur bancaire privé dans le marché du crédit international a
retardé les ajustements désirables et a abouti à des endettements aberrants par rapport aux
ressources nationales de beaucoup de pays du tiers-monde. Le thème récurrent de la
« réforme du système monétaire international » a ainsi acquis un contenu imprévu au cours
de la présente décennie, à savoir comment sauvegarder la confiance dans le système bancaire
privé des pays riches. Cette question est admirablement traitée par Llewellyn. Il suggère une
issue positive au problème, à savoir l'expansion de l'investissement direct des pays riches
dans les pays endettés. Ce serait faire d'une pierre deux coups: empêcher
l'insolvabilité et promouvoir un développement rentable et donc mieux assis que ce ne fut le
cas jusqu'ici.
V - Les incidences « réelles » du flottement généralisé des monnaies
Après que l'illusion de la stabilité des changes se fut dissipée à partir de 1973, comment
réagirent les agents économiques privés? C'est là une question importante, longtemps
ignorée ou méconnue. André de Lattre (« Floating, uncertainty and the real sector », dans
Tsoukalis, ch. 3) y consacre une étude empirique intéressante. Il établit un inventaire des
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divers régimes auxquels ont adhéré différentes catégories de pays (alignement sur une
monnaie-clef, sur un panier de monnaies, etc.). Il analyse les degrés d'intervention
dans le flottement, les degrés d'instabilité des changes, et les procédés auxquels les agents
privés ont eu recours pour se couvrir contre le risque de change. Il étudie les politiques de
prix des entreprises face aux variations des changes, ainsi que les variations de compétitivité
et de rentabilité. En matière d'investissements, les entreprises sembleraient croire dans le
principe de la parité des pouvoirs d'achat.
VI - Règles et institutions dans l'interdépendance accrue
Dans une contribution particulièrement originale, pertinente et de large portée, Tommasso
Padoa-Schioppa (« Rules and institutions in the management of multi-country économies
», Tsoukalis, ch. 9) pose le problème de la coopération internationale à un niveau de
généralisation fort éclairant. À partir de la constatation que les économies contemporaines
sont multinationales, en ce sens que leur domaine géographique tombe sous la juridiction de
plusieurs gouvernements souverains, l'auteur soutient que l'interdépendance des économies
nationales appelle une coordination des autorités souveraines. Elle prend la forme de règles
communes, ou d'institutions de coopération. Le problème s'est compliqué considérablement
depuis une quinzaine d'années, non seulement à cause de l'interdépendance accrue des
marchés, mais aussi à cause des divisions idéologiques (keynesianisme, monétarisme) qui
marquent les partenaires gouvernementaux en présence (p. 263). Alors que dans leurs
politiques internes, les gouvernements ont essayé de soumettre leurs actions à des « règles »
plus ou moins rigides, en réaction aux politiques discrétionnaires d'autrefois, en matière
internationale, les règles d'antan (p. ex. changes fixes) ont fait place aux comportements
discrétionnaires. Ainsi, le rôle récent du FMI en matière de changes en a été un de simple
« surveillance ». Alors qu'avant 1970, les problèmes résultaient de trop de discrétion dans
les décisions nationales face à des règles internationales trop rigides, l'inverse a caractérisé
l'actualité récente. Padoa-Schioppa suggère que l'interdépendance soit régie de façon plus
discrétionnaire. Mais il s'agit bien de discrétion « conjointe », notamment dans la gouverne
du flottement des changes. La nécessité d'une plus grande marge de discrétion
découle de la nécessité de pouvoir faire face adéquatement à des perturbations récurrentes et
imprévisibles. Ainsi, dans le tissu fragile actuel du crédit international, un prêteur de dernier
recours est nécessaire, mais il ne peut pas être tenu pour acquis; son comportement devra
être ad hoc. La coopération peut être ad hoc ou institutionnalisée. L'auteur souhaite
que les institutions appropriées soient renforcées pour assurer des réactions adéquates aux
éventualités requérant coordination. Le principe selon lequel la bonne gestion nationale serait
suffisante autant que nécessaire à l'ordre international ne vaut plus à l'heure actuelle. Toute
la question est de mettre en place l'institution appropriée. Ainsi, les négociations au sein du
Comité des Vingt au cours des années 1973-1976 n'ont pas failli dans la mise au point de
nouvelles règles, mais elles ont trébuché sur l'incapacité politique des pays de mettre au
point des institutions efficaces. « Les talents et pouvoirs des grands hommes des années 70
ont été déployés en vue de diriger un système non viable plutôt qu'en vue de créer un
système meilleur. » Padoa fait remarquer fort judicieusement qu'alors que les
économies nationales souffrent souvent d'un excès de gouvernement, les économies multinationales
pâtissent d'une insuffisance de gouvernement, (p. 279)
VII-Au-delà de la désuétude des institutions et des idées
Comme l'écrit ironiquement Manfred Wegner (« External adjustment in a world of
floating: différent national expériences in Europe », Tsoukalis, ch. 4), « les économistes
donnent souvent l'impression de se conduire comme de vieux généraux: ils ne cessent de
reprendre les batailles d'autrefois ». Si l'on en prend vraiment conscience, l'on
devrait se montrer fort sceptique à l'égard de la plupart des idées proposées pour « réformer
» le système monétaire international. Les institutions et leurs règles n'ont cessé de
montrer leur rapide désuétude aussitôt qu'elles ont été confrontées à des imprévus. C'est
pourquoi l'on peut affirmer d'emblée que toutes les idoles et panacées d'antan (l'or, le
change-or, le DTS) peuvent être considérées comme vétustés et sans avenir. Chacune a
répondu, plus ou moins adéquatement, fictivement (DTS) et longuement (or) aux besoins
d'une époque révolue. Il est donc a priori futile de rêver d'un nouvel avenir pour le DTS au XXÏème siècle, comme
le fait R.N. Cooper. Le DTS est mort-né. Il n'a jamais correspondu à
un besoin réel. Dans le même ordre d'idées, l'on devrait se montrer sceptique à l'égard du
plaidoyer pour un rôle accru de la Banque Mondiale dans le tiers-monde. Le problème du
développement en cette fin du XXème siècle se présente sous des aspects bien différents de
ceux mis en lumière par les idéologues du dernier quart de siècle. L'époque actuelle est
marquée du déclin des idéologies et de leurs illusions. La naïveté a fait place à un
scepticisme généralisé. Les expériences des trente ou quarante dernières années ont été
tellement coûteuses à la fois en termes monétaires et humains, et tellement enrichissantes en
termes de sagesse acquise que la vertu de prudence est plus de mise que jamais. Les
problèmes actuels sont, malgré tous les cris d'alarme ou de détresse, en voie de résolution
tranquille. Les coordinations constructives, parce que pragmatiques, s'organisent à la fois
discrètement et de manière discrétionnaire, généralement en marge des forums houleux. Pour
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avoir crié « au loup » trop souvent, les faux prophètes ont vu leur auréole se ternir ou
s'éteindre.
Si le passé est irrévocablement révolu, son étude est cependant de plus en plus
enrichissante. De la naïveté de Bretton Woods à la confusion et au désarroi apparents
actuels, la sagesse tranquille a grandi sûrement. Elle préside, sans ostentation, à la solution
progressive des problèmes posés par les erreurs de jugement du passé. Elle exclut, à coup
sûr, toute tentative ou projet grandiose de résolution magique de « contradictions » dialectiques
perçues au sein du monde actuel, et dont Susan Strange (« Interprétations of a
Décade », Tsoukalis, ch. 1) a fait un excellent compte-rendu. La simple prise de conscience
de la complexité de l'ordre économique et de la diversité de ses facteurs perturbateurs est
l'acquis le plus précieux de la sagesse nouvelle. Des personnalités fortes et discrètes, telle
celle de Paul Volcker, en sont les héros par leur capacité de défier les mirages académiques
et de percevoir le champ des forces à l'oeuvre.