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Si tu ne comprends pas, ou ne maîtrises pas, la notion de coefficient binomial, inutile de

chercher à calculer toi-même les nombres de Catalan, que tu découvris dans cette obscure
revue américaine d'algèbre, croyant qu'il s'agissait de “nombres catalans”
(l'anglais Catalan numbers est équivoque), avant de faire le chemin historique et de
découvrir qu'ils auraient tout aussi bien pu se nommer suite d'Euler, entiers de Seger, ou
nombres de Ming Antu.
Des textes en 16.796 signes ? Un roman de 58.786 mots ? Tu n'y penses pas !

18:35 Publié dans La 42e Clandestine, Très long texte | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 10 janvier 2007


... sur ton chemin ...
albâtre
loin de moi l'idée de graver dans le marbre de tailler dans une écorce d'arbre loin
de moi l'idée de suggérer que je m'en moque que je n'en ai rien à faire que guère je ne
m'en soucie loin de moi ces folies mais je m'échine depuis octobre et pourquoi donc
depuis début octobre même et qui m'aime me suive depuis octobre depuis ce même
dernier octobre le trois du mois je crois depuis ce temps-là depuis trois mois depuis trois
mois et une semaine je m'échine ailleurs et le très long texte n'a pas avancé d'un poil pas
beaucoup sans doute est-ce mon côté velléitaire qui ne cesse de me jouer des tours et les
méandres du très long texte se sont figés comme une gelée le long des parois d'un bocal
de verre et je vitupère contre mes essais éphémères mon tempérament affreusement
velléitaire et ce teint d'albâtre qui n'est pas le mien comme je voudrais qu'il fût d'albâtre
ou d'ébène ou autrement même sans métaphore mais au moins qu'il ait quelque tenue que
mon visage sans retenue puisse soudain passer pour un tissu une pierre un songe soit en
quelque sorte un tableau fasse tableau mais ce n'est pas le cas même ce mot albâtre jeté
au visage jeté tout à trac sur la page en haut de page ce mot me défigure ne me figure pas
ne me représente pas ne figure rien de ce que je suis de ce que je pense être et je suis
encore et toujours circonspect dans le doute et ce mot n'apporte rien aucune réponse et
donc toujours je me jette à la figure ces accusations comme des bouteilles non pas à la
mer mais bien dans la gueule oui je me donne des coups de bouteille tessons épars sur le
parquet et mes joues ensanglantées enfin que ce soit ou non métaphore que le mot
d'albâtre me figure ou non je prends ces coups ces reproches en plein visage et je
m'accuse d'être velléitaire aussi bien sûr pour trop entreprendre je lance cent feux il est
normal qu'un certain nombre des foyers meure et même ne démarre qu'à peine avant de
s'achever dans un bruit de feuilles mouillées de bois mort de bois trop vert encore pour
prendre tout cela encore métaphore et toujours métaphore peut-être est-ce le
mot albâtre qui appelle autant de métaphores ou bien les conditions d'écriture du très
long texte que par facétie ou encore autodérision je pourrais être tenté de rebaptiser très
long texte interrompu et l'adjectif interrompu ici au milieu de la ligne interrompt mes
songes interrompt le torrent de sornettes lance d'autres tirades propose peut-être d'autres
charades mais pour mieux me ramener vers le rivage bourbeux où je ne cesse de me
lancer ces reproches à la figure velléitaire velléitaire et me voici encore à ne pas même
essayer de me justifier moi-même de tout cela feux mal éteints et feux qui n'ont jamais
pris aussi me trouvé-je vingt vaines justifications improbables même si certaines sont
justes par ailleurs comme dans le cas du projet de traduire régulièrement et pensais-je au
début au moins une fois par semaine un poème et qui s'est enlisé après à peine trois ou
quatre tracasseries mais cela reprendra parfois aussi depuis début octobre le trois je crois
suspendu à ce mot d'albâtre depuis le trois octobre le trois je crois je me disais que pour
être interrompu ou inachevé le très long texte recelait de vraies possibilités et qu'il
suffisait suffirait eût suffi de s'y remettre et la machine reprendrait du galon non là cette
image-là ne va pas je mélange les formules croise les figures de style et donc je pensais
qu'il me faudrait toutes proportions gardées envisager ces carnets comme Paul Valéry
travaillant régulièrement et sans espoir d'en finir jamais chaque matin à
ses Cahiers désormais regroupés en deux tomes en Pléiade et que j'ai dévorés consultés
admirés lus compulsés longuement naguère mais il faudrait dire jadis ou balancer entre
les deux lus disons entre 1993 et 1997 et donc toutes proportions gardées je me verrais
bien ainsi à reprendre tel chantier interrompu trois mois et le faisant avancer un petit peu
mais enfin ce n'est pas possible il ne va pas se comparer à Paul Valéry l'autre oiseux oisif
ex-oisien de surcroît ancien oisien into the bargain non il ne va pas se comparer à Paul
Valéry tout de même alors que seulement et il nous l'a dit même avec métaphores tout le
tintouin oui oui noir sur blanc dit ce n'est rien d'autre qu'un affreux
velléitaire
21:00 Publié dans Très long texte | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Littérature, Poésie

mardi, 03 octobre 2006


... au creux de tes reins ...
texte
comme la pluie comme les pierres s'attardant traînant son absence d'inspiration au
cours de deux longues semaines un texte se meut ou se meurt sans le mouvement des
lignes ou des doigts sur la page ou des doigts sur le clavier ou du mercure dans la
caboche pas moyen d'avancer un texte se meut ou se meurt retenez bien cela rentiers de
l'écriture retenez bien cela dieux de platine dieux de marbre dieux d'ivoire dieux d'airain
retenez cela un texte se meut ou se meurt une profanation et c'est la vie le silence glissant
de l'onde immobile et plus un clapotis vous voyez lentement agoniser le texte dieux
d'airain j'en appelle à vos rictus j'en appelle même à vos socles j'en appelle à Eschyle à
Euripide j'en appelle aux astronomes avec leurs lunettes j'en appelle aux bourgeois de
vaudeville avec leurs monocles oui j'en appelle à Sophocle surtout dieux d'airain j'en
appelle aux hémicycles des amphithéâtres tout autant qu'aux hémistiches absolus du
vieux père Corneille un texte se meut ou se meurt et sur la scène aucun acteur ne meurt
vraiment tant qu'un texte latent ou dit le porte ou que le diable l'emporte un acteur porte
son texte plus qu'il ne le dit il le porte en-dedans au-dedans de soi et cela n'a rien à voir
avec un chien mort ni un trajet en autobus jusqu'aux confins d'une ville poussiéreuse
d'Afrique afin d'enterrer un enfant mort non cela ne porte pas de nom c'est seulement la
vie propre la dynamique introuvable de tout texte et si l'on vous dit de tisser fileuses
tissez si l'on vous dit de tisser dieux d'airain ne dormez pas dans l'herbe car le chemin est
long et il y aura encore des carrefours des douanes des passages étroits des fourches
caudines des dictateurs en puissance de vrais dictateurs aussi oui ceux qui veulent dicter
le sens la direction à prendre le sens d'un texte se meut ou se meurt et la garde qu'en
faites-vous oh je ne m'en préoccupe si l'on vous dit de tisser c'est votre boulot pas le mien
n'est-ce pas dieux d'airain dieux de marbre dieux d'albâtre dieux d'ivoire je savais bien
que je réussirais à placer le mot albâtre dans un texte un jour en allant de l'avant à force
d'aller de l'avant et peut-être mon seul et unique but en écrivant même en tenant ces
carnets était de parvenir au texte qui me permettrait d'écrire le mot albâtre de le graver
comme qui dirait métaphoriquement dans le marbre et cela évidemment se produit
aujourd'hui où il pleut à pierre fendre ou pas vraiment un goutte-à-goutte à peine accéléré
mais qui mouille détrempe tout et même la grande poubelle grise ouverte depuis hier afin
d'en laver le fond noirâtre mot qui rime avec albâtre dans tous les cas cette pluie est une
aubaine et justement ce jour de pluie infinie ténue mais tenace j'écris enfin le mot albâtre
et ne sais qu'en faire ne sais que faire après d'autres doués d'un sens de l'honneur plus
aiguisé que le mien ici se feraient hara-kiri c'est à n'en pas douter et tandis que la pluie
humecte puis humidifie puis mouille puis inonde la grande poubelle grise ouverte dans la
cour je ne sais ce qui me pousse à écrire encore et toujours albâtre comme si ce mot
soudainement prenait la forme d'une incantation le dernier ressort le dernier battement
des veines le dernier sursaut artériel qui permette d'aller de l'avant un texte se meut ou se
meurt l'ai-je dit je crois l'avoir écrit mais l'ai-je dit toujours est-il qu'un texte oui tu l'as dit
merci l'acteur se porte un texte se meut ou se meurt et sans un mot même désuet ou
inutile auquel se raccrocher parfois les textes les plus parfaits s'enlisent se figent dans une
immobilité d'onde gélifiée un désert de racines et de vieux bois de flottaison échoué
desséché au point de ne plus pouvoir écrire même une phrase qui tienne debout et qui
suis-je pour parler de phrase qui tienne debout moi qui assis pianotant tapotant clapotant
comme l'eau vive d'une pluie fine mais farouche ténue mais tenace ne sais rien dire
d'autre ne sais rien écrire d'autre non ne sait dire non ne sait pas écrire d'autre mot qu'

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