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Revue d'histoire et de philosophie

religieuses

Les sept puissances divines dans l'Inde et l'Iran. Communication


faite à Rome, le 28 septembre 1935, au XIXe Congrès International
des Orientalistes
Jean Przyluski

Citer ce document / Cite this document :

Przyluski Jean. Les sept puissances divines dans l'Inde et l'Iran. Communication faite à Rome, le 28 septembre 1935, au XIXe
Congrès International des Orientalistes. In: Revue d'histoire et de philosophie religieuses, 16e année n°6, Novembre-
décembre 1936. pp. 500-507;

doi : https://doi.org/10.3406/rhpr.1936.2980

https://www.persee.fr/doc/rhpr_0035-2403_1936_num_16_6_2980

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*
Note et Etude critique

Les sept puissances divines dans l'Inde et l'Iran (1)

leur
toute
groupés
trône
Élément,
sances
l'exposé,
Déesse.
Strabon,
par
et
montagnes
au
(I,
effort
nien.
que
rie
d'abord
tard
dieux,
Ciel,
dansla
Soleil,
Hérodote
Cette
131).
des
Zeus
l'adjonction
coutume
les
le
Lune.
Soleil,
la
Les
Ouranos.
systématique
divines
s'étaient
panthéon
C'est
reconnu
Éléments
circonférence
Vents,
et
la
nous
Ce
dans
hiérarchie
à principaux
le et
la
liste
forment
Un
Vent.
texte
Lune,
dit,
ainsi
Lune,
est
de
le
appellerons
énumérées
Le
conçus
autre
trois
des
unifiés
panthéon
d'Aphrodite
àiranien
sacrifier
de
Si
Ciel
que,
est
(2),
propos
Terre,
aàpour
sept
monter
une
l'on
la
Éléments
bientôt
du
facteur
dieux
important,
occupe
d'abord
dans
j'ai
Terre,
depuissances
Ciel
suppose
d'une
ordonner
hiérarchie
par
àde
cette
grec.
Feu,
manière
Zeus,
essayé
la
sur
qui
la
été
(ουρανός)
tardif
qui
Hérodote
dans
au
mythologie
:divinité
religion
comme
En
série
Eau,
Terre,
les
peuplent
dérangée
Feu,
ce
donnant
vient
parce
ce
l'ancien
étudiant
de
divines
tendait
plus
progrès
àau
«système
Vent.
;àl'heptade
montrer
constituer
Feu,
un
des
et
étrangère,
se
sommet
alors
l'Eau
qu'il
hauts
ils
des
par
réduisent
le
l'univers
groupe
Perses
est
polythéisme
àEau,
naguère
réalisé,
Pour
sacrifient
nom
témoigne
après
la
Perses
bouleverser
et
l'introduction
portée
sommets
qu'on
même
iranienne
aux
de
et
un
la
: simplifier
de «le
que
les
sont
laquelle
àla
Grande
Vents
d'après
...
Zeus
nouvel
quatre
àsept
Soleil
théo¬
place
avait
puis¬
aussi
Mais
d'un
plus
huit
ira¬
des
ici
la
».à»:

hiérarchie, à savoir la prééminence accordée au Feu dans cer¬


tains milieux. Strabon s'en fait aussi l'écho lorsqu'il déclare
qu'en Cappadoce « les mages sont nombreux et appelés prêtres
du feu (πύρχώοι) ». Et ailleurs : « Quel que soit le dieu auquel

XIXe
vers.
(1)deL'Influence
(2) Congrès
Communication
BruxellesInternational
, n°
iranienne
3, faite
1932,enàdes
p.Grèce
Rome,
287-93.)
Orientalistes.
et dans
le 28l'Inde.
septembre
( Revue 1935,
de l'Uni¬
au

Revue d'Histoire et de Philosophie Religieuses, 1936, n" 6.


LES SEPT PUISSANCES DIVINES 501

les mages sacrifient, ils commencent par une invocation au


FeuPassons
(1). » maintenant dans l'Inde. Un très ancien sutianta
bouddhique,
rus à une Grande
le Mahâsamaya,
Assemblée : énumère ainsi les dieux accou¬

Varuna,
Y vinrentlesaussi
dieux
lesVaruna
dieux Eau,
et la Terre,
Lune avec
Feu, le
Vent,
Soleil.
Vinrent (aussi) les dieux de la suite de Mitra et de Varuna (2).

Si nous éliminons les dieux secondaires rattachés à une


grande divinité dont ils constituent l'entourage, il reste sept
puissances divines : Eau, Terre, Feu, Vent, la déesse Varuna,
c'est-à-dire la Grande Déesse qu'Hérodote appelait Ouranie,
la Lune et le Soleil. On voit que l'heptade indienne du Mahâ¬
samaya reproduit l'heptade iranienne avec cette différence
que le Ciel, Ouranos, est remplacé par sa parèdre, la déesse
Ouranie. Dans la liste d'Hérodote, le Ciel était au premier
rang. Dans la liste du Mahâsamaya bouddhique, où les dieux
sont probablement
sante, Ouranie vienténumérés
immédiatement
dans l'ordre
au-dessous
de dignité
du Soleil
crois¬
et
de la Lune, comme dans l'énumération de Strabon. Tout se
passe donc comme si les idées religieuses avaient évolué
parallèlement dans l'Inde et dans l'Iran. Nous allons voir
qu'en explorant la littérature indienne, on peut découvrir
d'autres faits qui éclairent ce parallélisme.

·!» *

Dans la Chändogya-upanisad, V, 11-18, six brahmanes


de grand savoir vont interroger le roi Asvapati Kaikeya sur
trine.
l'ÄtmanPour
Vaiévânara.
l'un, l'Ätman
Chacun
Vaisvänara
des brahmanes
est le Cielexpose
; pour sa
l'autre,
doc¬

Asvapati
est
Brhadâranyaka-up.,
tandis
Vaisvänara.
le Soleil
qu'un
naraàComme
la
est
seul
que
base
;un
leur
pour
aspect,
l'a
dans
On
Tout
dujustement
expose
est
Vaisvänara
l'autre,
lasupérieur
une
parti
Chândogya
V, qu'ils
partie
9,
le
de
observé
Vent,
est
il
l'idée
aux
n'ont
de
est
Agni,
c'est
parties
l'univers.
d'un
Deussen
l'Espace,
appelé
en
le
Yâtman
principe
vue,
Feu
quiAgni
L'Ätman
(3),
divinisé.
l'Eau,
le
respectivement,
qui
composent.
laVaisvänara,
ignénotion
est
la
commun
Dans
Vaisvä¬
appelé
Terre.
qui
la

p. 160-163.)
(3)
(1) Sechzig
(2) E. La
Cf. Benveniste,
Déchéance
Upanishad's
Persian
de la des
Grande
religion,
Veda
Déesse.
, 3ep. éd.,
(R.
52 H.
etp. 60.
R.,
144.sept.-déc. 1934,
502 revue d'histoire et de philosophie religieuses

à tous les hommes et l'on est passé à la notion d'ätman. Si


l'on néglige ce développement pour ne retenir que la notion
originelle: chacun
suivant du Feu,des
l'épisode
sept personnages
d'Asvapatirevendique
se réduit au
la préémi¬
schème

nence pourle un
seulement Feuprincipe
au premier
divin.rang
Mais
; ilAsvapati
déclare qu'Agni
ne placeest
pas
le
Tout et que les six autres puissances n'en sont que des aspects
particuliers.
La somme de ces puissances forme une série analogue à
l'heptade iranienne :

heptade d'Asvapati
épisode iranienne : Ciel Soleil Lune Terre Feu Eau Vent Espace (1)

On aperçoit d'une série à l'autre deux différences : a) les


Éléments, qui
iranienne, forment
étaient
avec
au l'espace
nombre un
de quatre
groupe dans
de cinq
l'heptade
dans

Tout
d'une
éviter
D'ailleurs
dans
donc
modification
sode
serait
au
et
Et
Strabon
ceaux
l'épisode
entre
doctrines
desilDans
Feu.
ceci
est
Éléments
se
l'heptade
l'énumération
d'Asvapati
admettre
en
Yâjnavalkya
unité,
empruntés
d'allonger
lepasse
Pour
est
sur
relation,
la
d'Asvapati
Grand
d'Asvapati.
de
laBrhadär.
àla
l'un
de
Lune
six
;comme
Asvapati,
mettre
iranienne,
d'autre
religion
plan
que
Tout
la
àdes
un
autres
d'une
l'Upanisad
(Soma)
et
liste
;du
l'heptade
up.,
dans
si,
dont
grands
remaniement
b)
en
lepart,
part,
Mahäsamaya
Agni
des
le
la
et
maîtres
roi
la
parallèle
le
agroupe
chaque
Lune,
faisait
conserver
Mages.

disparu
Mahäsamaya,
astres
Janaka.
avec
est
confirme
leçon
iranienne,
supérieur
relativement
qui
des
divinité
l'accroissement
encore
la
avec
avait
tardif.
L'analyse
s'ouvre
dans
Éléments
avait
prééminence
Le
le celes
bouddhique.
cadre
premier
été
n'est
partie
qui
que
la
aaux
letémoignages
Cesur
subi
supprimé
série
troisième
d'autres
reparaît
nous
de
qu'un
remaniement
au
s'autres
un
étant
de
dans
expose
de
l'heptade.
indienne.
attribuée
brahman.
On
apprend
dialogue
la
la
aspect.
accru
dieux
l'épi¬
pour
mor¬
rang
peut
série
sans
les
de

Pour l'un d'eux, le brahman est parole (uäc), pour l'autre il

est souffle
iram),
Yâjnavalkya
esprit
(präna),
montre
(marias),
pour
l'insuffisance
et l'autre
pour le œil
de
dernier
ces
(caksus),
définitions.
cœur oreille
(hrdayam).
Parole,
(s'ro-

disposé
(1) Pour
dans faciliter
un ordrela arbitraire
comparaison
les termes
avec l'heptade
de la série
iranienne,
d'Asvapati.
j'ai
LES SEPT PUISSANCES DIVINES 503

souffle, etc., désignent non le brahman lui-même, mais ses


séjours (äyatana ).
Par l'inspiration, le contenu, la mise en scène, ce dialogue
s'apparente
deux cas, lesétroitement
enseignements
à l'épisode
des six maîtres
d'Asvapati.
sont réfutés
Dans les
en
présence d'un roi, mais tandis que dans la Chänd., la réfuta¬
tion est l'œuvre d'Asvapati, dans la Brhadär ., l'enseignement

est donné
mane
Chacun
Yätmanà un
despar
ou roi
lesixbrahman
Yäjnavalkya
peut
maîtres
êtreet
considère
l'indice
l'étroitesse
et cette
d'un
soussubstitution
remaniement
deuncesaspect
vues d'un
particulier
est
du finale¬
texte,
brah¬

ment dénoncée. On peut donc supposer à la base des deux


récits des conceptions analogues. Voyons si l'épisode de
Yäjnavalkya se laisse interpréter de la même manière que
celui d'Asvapati.
Dans l'heptade iranienne les sept termes sont empruntés
au macrocosme. Dans l'épisode de Yäjnavalkya, à part le
brahman, principe suprême, les six autres termes sont relatifs
au microcosme ; il faut donc les transposer du plan humain
sont
dans données
le plan cosmique.
par Brhadär
Pour
., I,
cinq
3 : d'entre eux les équivalences

voix
Feu souffle
Vent œil
Soleil oreille
Régions esprit
Lune

Les Régions (disah) désignent ici l'Espace (äkäsa). Nous


tenons donc déjà cinq puissances divines. Sur la sixième, des
précisions sont apportées par Brhadär. VI, 1. Les six organes
de l'homme se disputent la prééminence en présence du
dialogue
brahman. de
Au Yäjnavalkya
fond, la question
et de
posée
Janaka,
est la même
mais ce
quesont
dans les
le
organes personnifiés qui prennent ici la parole et le cœur est
remplacé par le sperme. Or, la Brhadär., nous apprend ail¬
leurs avec
tion (VI, 4,
les9)eaux
que (III,
le sperme
2, 13).
sort
Onducomprend
cœur et qu'il
dès est
lorsen
que
rela¬
le

sixième
correspondant
élémentdudumicrocosme
macrocosmeestestsuivant
l'Eau et
les que
cas l'élément
le cœur
(hrdayam) ou le sperme (retah).

traces
entre
fonctions
Enles
d'un
somme,
sept
vitales
système
puissances
ondudécouvre
caractérisé
microcosme
divines
dans
par:du
les
unemacrocosme
anciennes
exacte correspondance
Upanisad
et les sept
les

ätman
brahman œil
Soleil esprit
Lune voix
Feu cœur
Eau souffle
Vent oreille
Régions (disah)

les Ce
six système
derniersest
termes
comparable
sont subordonnés
à l'heptade iranienne.
au brahman-ätman
Toutefois
504 revue d'histoire et de philosophie religieuses

qui occupe la place primitivement tenue par le Ciel. En outre,


dans l'épisode
l'Élément Terre
de de
Yâjnavalkya
l'ancienne transposé
heptade est
surremplacé
le plan cosmique,
par « les

Régions
que
tous
cations
l'épisode
deux
de
», un
ce
c'est-à-dire
d'Asvapati
système n'ont
ancien
paret l'Espace.
celui
pas
quiporté
de
a été
Yâjnavalkya
Il dans
remanié.
apparaît
les deux
maintenant
Les
supposent
modifi¬
cas sur

les mêmes points. La comparaison des deux épisodes nous


invite à reconstituer une ancienne liste qui comprenait sans
doute le dieu ou la déesse Ciel, les deux grands astres et quatre
Éléments : Eau, Terre, Feu, Vent, soit au total les sept puis¬
sances divines de l'Iran et du Mahäsamaija-suüanta.

* *

Les textes bouddhiques du Canon pali, c'est-à-dire de


l'École des Thera, mentionnent souvent six maîtres hérétiques

Buddha
Sâkyamuni
sur
proché
d'Asvapati
adaptation
l'École
contemporains
Cet
le fruit
des
exposé
par
les bouddhique
de
Thera.
(1),
opinions
instruit
M.ladu
n'appartient
le
Foucher
vieOn
Buddha
roi
et
religieuse
dele
Ajâtasatru
convertit
de
six
retrouve
des
l'épisode
maîtres
Säkyamuni.
d'ailleurs
Ȏpisodes
dont
leencore
du
roi.
hérétiques
d'Asvapati.
leMagadha
pas
cadre
Nous
de
Dans
dans
exclusivement
Yâjnavalkya
aavons
un
et
la
déjà
rapporte
finalement
littérature
« été
Sermon
ici rap¬
une
au
et
à

des Sarvâstivâdin. Le premier chapitre du Vinaya des Müla¬


sarvästivädin reproduit l'enseignement des six maîtres héré¬
tiques. Voici ce que dit le cinquième docteur : « Il y a sept
corps. Ce sont la Terre, l'Eau, le Feu, le Vent, la Douleur, la
Joie et la Vie... La vie occupe les parties vides entre les six
corps et y réside. Pour les six (corps), elle est le maître... (2) »
Dans le Vinaya des Mülasarvästivädin, cette doctrine est
attribuée à Ajita Kesakambalin, tandis que dans le Sämahha-
phala enqu'afin
semble pali elledeestreporter
attribuéesur
à Pakudha
le Buddha
Kaccâyana
le prestige
(3). de
Il
Yâjnavalkya et du légendaire Asvapati, les bouddhistes aient
emprunté, en l'adaptant à leurs idées, l'ancien cadre où figu-

nik.,
et
käyo
Mülasarvästivädin,
des
(1)I,
(2)
(3)tejo-käyo
Lettres
Dïgha-nikâya,
Brhadâranyaka-up.,
Jân
p. 517
Jaworski,
de
väyo-käyo
: ...sukhe
Varsovie,
compte
La
I, p.
dukkhe
Section
sukhe
rendu
trad,
XXIII,
56. dukkhe
par
Katame
de l'Ordination
des
fïve,
1930,
séances
E.
satt'ime.
jïva-sattame.
Senart,
satta
classe
de? ladans
analyse,
I,
Palhavi-käyo
Soc.
p. Cf.
le
37-38.
des
Vinaya
Majjhima-
p. Sciences
xxi.
âpo-
des
LES SEPT PUISSANCES DIVINES 505

raient six maîtres professant des opinions contradictoires et


un septième docteur plus grand que les six autres. Dans l'épi¬
sode d'Asvapati, ce dernier est un roi ; dans l'épisode de
Yâjnavalkya, c'est un brahmane ; dans les textes boud¬
dhiques,
Les sept
c'est
« corps
naturellement
» d'Ajita Kesakambalin
le Buddha. forment une série
qui n'est pas sans analogie avec l'heptade iranienne. Les
quatre Éléments : Terre, Feu, Eau, Vent sont communs à ces

Kesakambalin
humain.
deux listes.
Peut-on
Les
: Douleur,
trois
savoirderniers
comment
Joie et termes
Vie
cessont
trois
desitués
facteurs
la série
dans se
d'Ajita
le plan
sont

introduits dans l'heptade où ils semblent tenir la place des


trois puissances cosmiques : Lune, Soleil et Ciel ?
La septième puissance est appelée en pali jïva, mot que tra¬
duit le chinois ming « vie ». Le mot jïva a deux sens princi¬

pauxété
Que
ait la: vie
« conçue
âme,
(]îva)
principe
dans
identifiée
l'Inde
vital avec
» comme
et «äyus,
vie,undurée
facteur
Élément
dedela longévité,
vie l'être
de » (1).

humain, c'est ce que prouve un épisode du Mahäparinibbäna-


sutta en pali. Le Buddha, qui pourrait encore vivre très long¬
temps, se décide à interrompre prématurément sa vie en reje¬
tant l'Élément äyus (äyusamkhära ) (2).
est La
doncvie,unenÉlément
d'autres constitutif
termes le temps
de l'être
ou la
humain
durée au
de la
même
vie,
titre que l'eau, le feu, etc. Cet Élément joue un grand rôle

tème
ou
«dans
bhärata,
dieux
dhisme
donc
Temps
à la
Zruvan
que
particulier,
etmythologie
sous
illimité
Kala
que
le temps,
le
comme
Zruvan
lenom
»,Temps
leiliranienne
facteur
Zervanisme.
d'Amitâyus
est
l'Élément
akarana
devenu
estdeégalement
: vie
sous
s'est
feu
le«On
ou
dieu
Vie
le
est
introduit
sait
de
nom
illimitée
suprême
au
supérieur
longévité,
que,
de
Feu Zruvan
dans
dans
divinisé.
».dans
aux
Il
est
le
le
apparaît
akarana
un
àMahä-
autres
Boud¬
Kala
sys¬

Dans la cosmogonie zervanite, Zruvan, le dieu suprême,


engendre deux jumeaux : Ormuzd et Ahriman qui sont les
deux pôles du dualisme universel. Si, dans l'être humain, la
vie est le facteur correspondant à Zruvan, quels composants
antithétiques représentent Ormuzd et Ahriman ? On lit au
chapitre XXVIII du Mènôkë Xrat (3) : « L'âme des justes
est ce qu'il y a de plus heureux ; l'âme des méchants, ce qu'il
y a de plus
sonnifie le Bien,
malheureux.
correspond
» Pardans
conséquent
l'âme humaine
à Ormuzd,
le bonheur
qui per¬

Oasamskära,
(1) Dîgha-nik.,
(2)
(3) Cf. palijioitasamskära.
Trad. Nyberg',
yâvajivarn
II, J.106Α.,
« ; aussi
Divyäv,
1929,
longtemps
I, p.p. 203
203.que
a äyuhsamskära,
dure la vie ». bha-
506 revue d'histoire et de philosophie religieuses

ou la joie ; à Ahriman, qui personnifie le Mal, correspond le


malheur ou la douleur. Joie et douleur sont précisément les
Kesakambalin.
deux facteurs qui restaient à expliquer dans la série d'Ajita

les Cette
sept série
dieuxdeprincipaux
sept Puissances
du Zervanisme.
représente donc
Parallèlement
apparemmentà
l'heptade constitutive des êtres :

terre eau feu vent douleur joie vie

on avait dans la mythologie :


Terre Eau Feu Vent Ahriman Ormuzd Zruvan

et cette heptade divine paraît être une variante zervanite de


l'heptade iranienne.
s'encadre
Le peu bien
que nous
dans savons
cette reconstitution.
du système d'Ajita
Le caractère
Kesakambalin
essen¬
tiel du Zervanisme est la prééminence du Temps : « Le Temps
est plus puissant que les deux créations (celle d'Ormuzd et
celle d'Ahriman) (1). » De même dans le système d'Ajita
Kesakambalin, la vie l'emporte sur les autres éléments. « La
vie occupe les parties vides entre les six corps et y réside (2). »
Ainsi la vie pénètre partout ; elle s'insinue entre les parti¬
cules ; elle
autres Éléments.
est le principe universel dans lequel baignent les

L'enquête que nous venons de poursuivre éclaire un des


aspects d'un problème très général, celui des rapports entre
la pensée indienne et la pensée iranienne. Considérer l'Inde et
l'Iran comme deux domaines fermés qui réagissent néanmoins
l'un sur l'autre, c'est mal poser le problème, du moins à
l'époque ancienne. Rien n'autorise à supposer l'existence
d'une barrière séparant ces deux pays. Entre les centres d'où

rayonnent de
marches-frontières
influences les l'Est
cultures

et de
se
indienne
l'Ouest.
sont croisées
et C'est
iranienne
cette
de tout
s'étendent
zonetemps
indo-ira-
des
les

lement
l'Univers
Schräder,
telowitz,
(1) Bundahim,
(2) Cf.
dans
Die
(sarvasya
Über
Jaworski,
Mahäbhärata,
Zeit
denals
chap.
Stand
hiibid.,
Schicksalsgottheit
prabhuh
Ier,
derp.
XII,
înd.
trad.
38.kâlah).
153,
Philos.,
Nyberg,
44,
inSur
der
p.
Kala
leibid.,
17-30
ind.
Kâlavâda,
estu.
p.
etleiran.
54
215.
Seigneur
; J.
Religion
cf.
Parallè¬
Schef-
Otto
de.
LES SEPT PUISSANCES DIVINES 507

nienne qui permet d'expliquer le parallélisme des deux cultures.


Disons « parallélisme », car à tout changement important,
constaté
dans l'Inde
dansune
les variation
conceptions
analogue.
iraniennes, semble correspondre
Dans une première période, la série des puissances divines
que nous
l'Inde celle
connaissons
du Mahâsamaya-suitania.
par Hérodote a pour équivalent dans

diverses
Plus
1° Influence
qui
tards'exercent
l'heptade
du culte
dans
sedutransforme
les
Feumilieux
; indiens
sous deset influences
iraniens :

2° Introduction dans la série d'un cinquième Élément,


l'Espace
3° Influence
; du Zervanisme ou Kâla-vâda.
A un système nettement polythéiste, où six dieux sont

subordonnés
pluralité
unique
ou
entre
le les
Temps
qui
des
Éléments
est,
Éléments
àillimité.
un
suivant
septième,
inférieurs,
En
s'oppose
lesmême
cas,
s'en
matériels
de
letemps,
substituent
Feu,
plus en
le
s'accuse
etbrahman,
plus
l'Élément
d'autres
à le
uncontraste
l'Espace
principe
où la
vital,

supérieur, spirituel. Cette opposition, dont nous venons

d'apercevoir
de
et
entre
intellectuelle
celles
l'esprit
qui les
dominent
et ;fondements
la
c'est
matière.
l'opposition
aujourd'hui
mythiques,
encore
entreest
l'âme
notre
précisément
etviele morale
corps,
une

J. Przyluski,
Professeur au Collège de France.
Revue d'histoire et de philosophie
religieuses

Les sept puissances divines en Grèce


Jean Przyluski

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Przyluski Jean. Les sept puissances divines en Grèce. In: Revue d'histoire et de philosophie religieuses, 18e année n°3, Mai-
juin 1938. pp. 255-262;

doi : https://doi.org/10.3406/rhpr.1938.3036

https://www.persee.fr/doc/rhpr_0035-2403_1938_num_18_3_3036

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NOTES ET DOCUMENTS 255

Les sept puissances divines en Grèce

puisse
comprend
pace.
Monde
le
Feu,
Vent,
Al'Eau
(1)
ne
distinguer
trois
s'ajoute
considérer
la
et tétrade
cosmologies
la Terre,
à dans
la
que
avec
triade
puis
lies
laun
successives:
théorie
une
cinquième
grandes
précédente,
tétrade
des civilisations
Eléments,
une

élément,
enfin
un
triade
quatrième
une
l'Ether
ilformée
semble
de
pentade
l'Ancien
élément,
oupar
qu'on
l'Es¬
qui
le

Toutefois les Eléments ne sont pas tout l'univers. Dans le


premier système, où le Feu, l'Eau et la Terre constituent les
trois étages du Cosmos et se confondent avec les trois dieux
supérieurs, il semble à première vue que cette triade divine com¬
prend tout ce qui eist. Mais ceci n'est probablement qu'une appa¬
rence trompeuse. A côté des grands dieux, on trouve dans di¬
verses mythologies une Grande Déesse, mère des dieux, dont
l'un des symboles est l'étai gigantesque qui assemble les trois
étages cosmiques et paraît soutenir la voûte céleste en la reliant
à la terre. Il y a donc en dehors de la triade un principe unique
qui est une puissance supérieure à la multiplicité des Eléments.
Cette inégalité de l'Un et des Trois, loin de s'atténuer au cours
des âges, s'accentue au contraire et se précise sous l'influence
de la spéculation philosophique.
Dans un précédent article, j'ai décrit un système' de sept
Puissances divines formé par trois dieux supérieurs, le Ciel, le
Soleil et la Lune, auxquels s'adjoignent quatre Eléments. Héro¬
dote attribue aux Perses la connaissance d'un système analogue
où les Vents multiples s'ajoutent aux trois premiers Eléments.
Bien que cette hiérarchie se rencontre également dans l'Inde,

l'Utiiversité
ments
Persische
Reitzenstein
Iran
fluence
mation
Nous
divines
mesure;
complète.
relatives
se modifier.
(1)
und
neet
de
correspondant
Cf.
iranienne
prétendons
mais
àles
Griechenland,
Weisheit
lal'heptade
L'influence
depensée
origines
et
Il
on
Bruxelles,
SchjEDEr,
parait
ne
enpas
in
grecque,
divine
saurait
de
Grèce,
aux
iranienne
griechischem
certain
W.S.,
démontrer
1932,
la
Eléments
Studien
Science,
se
affirmer
1934,
on
1926;
ηqu'après
sont
9 consultera
en
3,ici
p.
ont
zum
P.-M.
Grèce
p.
propagées
Scientia,
Gewand,
178-194,
q>ue
que
287-293:
été
ce
antiken
Sci*uhl.
les
cette
profanées
ettransfert
notamment:
dans
conceptions
juillet
233-276,
jusqu'en
Z.U..
La
profanation
Synkretismus
Essai
l'Inde,
théorie
1)933.
dans
lesη.
t. Grèce
sur
puissances
A.
4,
II,
orientales
Revue
une
Sur
des
308.
Gœtze.
la1023
ait
large
sans
l'in¬
Elé¬
for
aus
été

de-;
256 REVUE D'HISTOIRE ET DE PHILOSOPHIE RELIGIEUSE

j'ai proposé de l'appeler l'heptade iranienne/ parce qu


à
ancien
la religion
texte daté
des Perses.
qui ilia signale est le passage d'Hérodo

L'heptade iranienne se divise apparemment en d


pes : les puissances inférieures qui sont les Eléments et
sances supérieures qui sont, dams le texte d'Hérodote,
Soleil et la Lune. La triade suprême est donc ici exclu
astronomique. Les textes bouddhiques signalent, parm
tres qui enseignaient dan® l'Inde à l'époque du Buddh
muni, un certain Ajita Keçakarribalin. Dans sa doct
qu'elle est résumée par l'auteur du Vinaya des Mûlas
din, les trois puissances supérieures sont la Vie, la
Douleur
tème d'Empèdoclle
(2). Cette (3).
doctrine présente des analogiels av

Contemporain de Protagoras et de Socrate, le p


d'Agrigente est à la fois un savant et un mage, un poè
ami du peuple, un voyant vénéré comme un demi-d
ne connaissons que des fragments de ses poèmes; mai
breux commentateurs en ont dégagé les tendances.
« Empédocle d'Agrigente, dit le Pseudo-Phitarque
quatre éléments : le Feu, l'Eau, l'Ether, la Terre et l
l'Amitié et la Discorde... L'Hégémonique n'est pas da
ni dans la poitrine, mais dans Ile sang... ».
Nous avons donc une heptade comprenant les qu
ments Feu, Eau, Ether (le Pseudo-Plutarque comme E
ne distingue pas l'Ether et l'Air) et la Terre ; à ces qu
ments s'ajoute une triade formée par l'Amitié, la Di
l'Hégémonique, c'est-à-dire la partie rationnelle et
de l'âme. Ce terme Hégémonique n'est pas attesté da
nous possédons de l'œuvre d'Empédocle. Mais le frag
confirme que le sang est le siège de la pensée.
Pour Empédocle, le Soleil et la Lune sont cons
les Eléments (5). Ce ne sont donc pas des puissances
On s'écarte ainsi du système décrit par Hérodote, où

été
perioden
J.
tillana,
logues
et Souilhé,
Sciences
tiker,
E.
ouvrages
de l'Iran,
Bignone,
la(5)
(2)
(3)
(4)
traduits
pensée
1922,
» Voir
Aet.
Stromat.
Sur
Histoire
de
1936,
et
desL'énigme
généraux,
I,
la
des
Empédocle,
II,
dans
Empedocle,
grecque,
Empedokles,
p.
et
p.
Grèce,
20,
Lettres
ap.
193
de
500-507;
cette
commentés
13;
les
la
Eus.
d'Empédocle,
et
p.
pensée
Revue
II,
plus
de
suiv.
cf.
3-25;
296-305.
1916.
Pr.
J.
Festschrift
25,Varsovie,
Jaworski,
H.
récents
Εν.,
Les
Tous
scientifique,
115;
P.-M.
dans
Diels,
Cf.
sept
I,
Pseudoplut.
Arch,
les
en
8,
sont
Schuhl,
XXIII,
für
la
Puissances
Die
CR
témoignages
Γ0.,
outre
de
Gomperz,
F.
savante
III,
des
cf.
Fragmente
Phil.,
1930,
Enriques
Essai
von
ibid.
Les
Bignone,
séances
divines
Classe
t.
dernier
Arnim,
monog
1902,
sur
etIX,der
de
fra
et
ip.
la
3.p
NOTES ET DOCUMENTS 257

sances supérieures sont des réalités astronomiques. Comme Ajita


Keçakamlbalin Eimpédocle distingue à côté des quatre Eléments
matériels et passifs urne triade active constituée par deux forces
contraires sont
Eléments sous les
l'hégémonie
mêmes dans
d'unles
principe
deux doctrines.
suprême. Examinons
Les quatre

de plus près les trois forces qui les régissent.


Le fragment 22 d'Empédocle dit:
«Tous ceux-ci (les Eléments) sont amicalement liés à leurs
propres parties —
le soleil, la terre, le ciel et la mer —
(partiels) d'eux-mêmes qui sont nées séparées dans lies
mortels.
êtres

Ainsi de même, les choses qui sont plus aptes à se mêler


s'aiment entre elles, rendues semblables par Aphrodite.
Au contraire sont ennemies les choses qui sont séparées
des
lesautres
unes

par l'origine,inaccoutumées
entièrement le mélange età les'unir
cachet
et de
rendues
leur forme,
doUentes

sous l'empire de la Discorde qui leur donna origine. »


A propos de ce fragment, Bignone fait observer que là Dis¬
corde entre dans la composition des corps et il ajoute : « Dans
le dualisme perse tout ce qui eist dans la nature est bienfaisant
ou malfaisant, suivant qu'il est sous l'influence d'Ormuzd, l'es¬
prit céleste, ou d'Ahriman, la puissance des ténèbres ; il y a pro¬
bablement dans Empédocle des traces de cette conception orien¬
tale qui se répandit ensuite avec les néoplatoniciens et le culte
mithriaque. » Quand j'ai tenté d'interpréter dans la doctrine
d' Ajita Keçiakambalin la signification des deux puissances
adverses: Joie et Douleur, j'ai cru devoir les rattacher par l'in¬
termédiaire du Bien et du Mal aux deux grandes forces anti¬
thétiques du dualisme iranien: Onnuzd et Ahriman. Il est pro¬
bable que Joie et Douleur dans le système d' Ajita, comme Ami¬
tié et Discorde dans le système d'Empédocle, traduisent des
aspects particuliers des deux tendances opposées qui se mani¬
festent dans la nature par l'union ou la séparation des éléments
et dans lia conscience par la joie et la douleur.
Cette hiérarchie des quatre Eléments et des deux forces qui
le® régissent a pour sommet dans le système d'Empédocle le

assigné
prévalent
Multiple
l'action
Destin
C'est
Comme
ce fragment
le ou
le
tour
de
Destin
par
alternativement
la
dit
l'Amitié
: àl'action
Nécessité.
« Hippolyte
tour
Ilqui
appelle
».
à
détermine
Γ Amitié
de Le
la
Destin
(Ref.
ces
fragment
Discorde
et
les
deux
VII,
laàphases
mutation
la29,
et
forces
30
Discorde
p.
du
parle
du
249)
Multiple
alternée
(fragment
cycle
dupar
après
temps
cosmique
un
de
àavoir
l'Un
serment.
115,
l'Un
qui cité
par
est

1).
au
258 REVUE D'HISTOIRE ET DE PHILOSOPHIE RELIGIEUSES

pour Empédocle le fait pour l'univers d'être dominé et


nativement par l'Amitié et la Discorde1 provient du Dest
dans la période intermédiaire il est en repos » (6).
La Nécessité esit présente dan® tout l'univers.
qu'Empédodle a probablement en vue dans le fragm. 134
reifuse une forme humaine et dit qu'«elle est seulement
sacré et ineffable qui parcourt le monde entier avec d
pensées » (7). Ce principe universel régit l'individu a
que l'univers. Il est l'impulsion directrice de l'âme et c
qu'elle pénètre dans toutes lès parties de l'organisme
docle la situe danls île sang.
Par là encore le système d'Empédocle s'apparent
ment à celui d'Ajita Keçakamibalin. Pour ce 'dernier l
le plus puissant des sept « corps». Nous avons vu que l
dans divinité
cette l'être humain
nomméel'élément
Kâlia dans
quil'Inde
correspond
et Zurvân
au dans
Tem

l'entité suprême dont dérivent le Bien et le Mal et p


quent toutes choses. Zervanisme iranien et Kâla-vâd
doctrines d'Empédocle et d'Ajita Keçaikamibalin ces sy
ligieux et philosophiques s'éclairent mutuellement et
ment qu'on aperçoit leurs affinités, il eist impossible de
rer. Ces affinités paraîtront plus évidentes lorsque no
comparé les caractères particuliers de ces doctrines.
La doctrine des sept « corps » ou substances élém
attibuée à Ajita Keçakambalin dans le Vinaya des
vâstivâdin, est exposée dans le Sâmannaphala-suttanta
kudha Kaccâyana. Ajita dit dians le premier texte :
occupe les parties vides entre les six (autres) substa
réside. Pour les six (substances), elle est le maître ».
Kaccâyana énumère les sept substances de la même m
il ajoute : « Quand avec un sabre acéré on tranche une
sonne ne prive quoi que ce soit de la vie ; le sabre pénè
ment dans l'intervalle entre les sept substances (8). » N
vons là deux idées importante qui se complètent. D'u
matière est discontinue ; elle est formée de particule
par des intervalles; la vie occupe les interstices ent
autres substances comme l'eau s'insinue entre les grain
de sable. D'autre part les substances élémentaires

p. 206,
(6) n.
Sur38;la 207,
Nécessité
n. 45; Bignone,
dans le système
p. l&l, 424,
d'Emrpédocle,
487-490, 64

(7) Sur les controverses relatives à ce fragment, c


(p. 479 et 643) dont je re puis adopter la ma'nière de v
diu monde
que sa manifestation
ne peut être
bienfaisante,
l'Amitié. Elle
la Discorde
est la Fortune;
étant sa l'A
m
NOTES ET DOCUMENTS 259

cables ; quand on tranche une tête, il n'y a pa's à proprement par¬


ler destruction des substances élémentaires; le sabre ne pénètre
pas en elles, il s'introduit seulement dans l'intervalle qui les
sépare (9). Ce sont là des thèseis très voisines de l'atomisme.
Empédocle admet également que la matière eist discontinue.
Au frag. 22, ν. 3, il parle 'des parties élémentaires qui « sont nées
séparées .dans les êtres mortels ». D'après Théophraste, De
sensu, I sqq., d'accord avec les frag. 84 et suiv., Empédocle dit
qu'à l'intérieur de l'œil est le Feu, à l'extérieur sont (l'Eau), la
Terre et l'Air. Les pores du Feu et de l'eau sont disposés
alternativement. De même que, dans le système d'Ajita, la vie,
qui est la puissance suprême, occupe les parties vides entre les
autres substances, de même pour Empédocle, le sang qui baigne
toutes les parties de l'organisme est le siège de l'Hégémonique,
c'est-à-dire de la substance qui régit toutes les autres et que le
philosophe appelle suivant les cas le Temps, !la Nécessité ou la
Pensée. Divers auteurs ont déjà signalé les rapports entre le
système d'Emipédocle et l'atomisme (10). En fait, du moment
qu'on admettait la pluralité de substances matérielles qualita¬
tivement distinctes, chaque être, chaque corps physique devait
être considéré comme formé de particules non discernables à
l'œil et par conséquent très petites. Pour les premiers philoso¬
phes de l'école ionienne, la matière était une substance unique
dont les trois éléments étaient les trois aspects ; cette substance
pouvait donc être continue. Au contraire, la discontinuité de la
matière résulte nécessairement de sa pluralité et cette consé¬
quence conduit directement à l'atomisme.
Un autre trait important du système d'Empédocle est le
cycle cosmique. Cette question a fait l'objet de nombreuses con¬
troverses. Bignone l'a examinée en détail dans l'appendice II de
son ouvrage et, parmi lös résultats auxquels il a été conduit, voi¬
ci ce qui paraît le plus sûr : « Empédocle distingue dans l'his¬
toire cyclique du monde deux grandes phases dynamiques : l'une
conduit au mélange complet des Eléments sous l'action de l'Ami¬
tié, l'autre à leur entière séparation sous l'action de la Discorde ;
c'est ce qu'il dit explicitement en plusieurs lieux et tous les
savants sont d'accord sur ce point» (p. 547-8). Si maintenant

■partisans
sabilité
l'exposé
sectes
sqq.;
ajouter:
problemi
Rivisîa
(9)
(10)
(lObis)
Bignone,
rivales
di
et
Aqu'en
Adolf
Kranz,
del
d<e
le
enAux
Filosofia
cette
divnire
péché;
οjuger
font
se
ibid.,
Levi,
Empedokles
indications
sont
doctrine
leurs
par
Neo-Scolastica,
mais
p.
eIlaccusés
dell'
1-48.
les
adversaires
Concetto
leurs
enessere
textes
und
bibliographiques
tiraient
réciproquement
idées
die
nella
del
bouddhiques,
febbnaiô
etne
Atomistik,
argument
Tempo
de
filosofia
nous
tout
1919,
données
sont
nei
temips
d'immoralité.
pour
greca
Hermes.
ilp.
suoi
-connues
semible
les
44,
nier
sino
par
rapporti
adep-tes
note.
1912,
la
aBignone,
que
Platone,
respon¬
p. par
des
coi
les
18
260 REVUE D'HISTOIRE ET DE PHILOSOPHIE RELIGIEUSE

nous considérons que chacune des phases 'dynamiques


dée et suivie d'une période de repos, nous trouvons q

le cycle
Les textes
cosmique
bouddhiques,
est formé de
malheureusement
quatre périodes· trop

nous disent pas si la doctrine des sept « corps » comp


théorie des
doctrine se quatre
rattache
âges
au du
Zervanisme
monde. Mais
iranien
nous et
avonis
au Kâvu

dien. On connaît assez bien la cosmologie de ces deux


et il est remarquable qu'ils ont en commun une t
quatre âges du monde.
Dams les textes indiens ces quatre âges sont app
Ils sont nommés respectivement Kart, Tretâ, Dvâpar
et, comme l'a démontré H . Lüders, les noms des qu
désignaient primitivement les quatre coups du jeu de
Le premier âge, Krtayuga correspond à l'âge d'or des
le quatrième Kaliiyuga, époque malheureuse, est l'âge
vivons. Les descriptions de ces yuga qu'on rencontr
Mahâbhârata et les Purâna ne paraissent guère antér
début de l'ère chrétienne (12).
Dels croyances analogues ont dû jouer un rôle
dans le Bouddhisme primitif et elles ont survécu dans
dhisme tardif. Le cycle cosmique s'étend sur un ka
en quatre périodels et à chacune de celles-ci corres
l'origine un des quatre Buddhas Krakucchanda, Kai

que
mais
sans
dans
dhais
des
ainsi
dit
l'un
luttent,
Kâçyiapa
qu'enque
quatre
Le
l'autre
doute
de
finalement
le
du
àfait
cycle
la
ces
canon
combattent
suivant
palssé
etpremière
être
Buddhas.
Plutarque
est
dieux
Çâkyamuni
zervaniste
pali
postérieure
remplacent
dominé;
Hades
les(Horomazes
et
et
partie
mages
sur
se
empiètent
devra
(13).
est
réfère
pendant
les
au
du
déjà
pendant
également
L'origine
tomber
monuments
IIIe
IVe
età
généralement
sur
Areimanios)
siècle
Théopompe
siècle
les
et
leurs
3.000
de
3.000
ancien,
les
avant
av.
anciens,
ces
domaines
hommes
ans
ans
J.-C.
tradition
notre
la
puisqu
gouver
et
altern
qui
série
les
nou
« de
èr
Ts
r

heureux, n'ayant plus besoin de nourriture et ne proj


d'ombre... » (14). Il est ici question de quatre période
ans chacune. Pendant les deux premières, Ormuzd et
gouvernent tour à tour; pendant la troisième, ils sont
NOTES ET DOCUMENTS 261

Finalement Ahriman est réduit à l'impuissance et Je Mênôkê


Xrat, parlant de la période qui suit, dit : « Et tout deviendra pai-
eible comme au commencement » (15). Les trois périodes d'émula¬
tion et de guerre sont donc suivies d'une période de paix, ce
qui donne au total quatre périodes. Empédocle distinguait dans

le cycle Dans
tiques. cosmique
ce système,
deux phases
l'une dynamiques
des phases dynamiques
et deux phases
conduit
sta¬

au mélange des éléments, l'autre à leur séparation.


Comment se fait le mélange ? Ormuzd crée vingt-quaitre
dieux et les enferme dans un œuf. Ahriman crée vingt-quatre
démons qui percent l'œuf et se mêlent aux dieux, d'où le mé¬
lange du bien et du mal (16). Ce récit s'éclaire quand on en

rapproche
terre, les eaux
le passage
et tout suivant
le reste du
sontMênôkê-Xrat:
comme un œuf#
« les
un œuf
cieux,
d'oi¬
la
seau. Les cieux entourent la terre comme un œuf et la terre
au milieu des cieux est comme le jaune dans l'œuf » (17)*
L'œuf cosmique du Zervanisme se retrouve en Grèce et
dans l'Inde. Il faut sans doute y voir le prototype du Sphairos
d'Empédocle (18).
Reportons-nous maintenant au commentaire d'Aristote
( Phys. VIII, I, 252 a 7): «Il semble que d'après Empédocle
le fait (pour l'univers d'être dominé et mû alternativement par
l'Amitié et la Discorde provient du Destin et que dans la pé¬
riode intermédiaire il est en repos ». Cette formule pourrait
aussi bien, mutatis mutandis, s'appliquer au cycle zervaniste·
Dans la cosmologie décrite par Théopompe et par le Mênôkê
Xrat, le fait pour l'univers d'être dominé et mû alternativement
par Ormuzd et Ahriman provient de Zurvân et, dans la période
intermédiaire, c'est-à-dire avant la période dynamique et après,
l'univers est en repos.

En somme, cycle cosmique des quatre âges où des périodes


de mouvement alternent avec des périodes de repos, mélange et
séparation des Eléments sous l'action successive des deux Prin¬
cipes, cosmos en forme d'œuf ou de sphère, toutes ces notions
sont communes au système d'Empédocle et à la cosmologie zer¬
vaniste. On a longtemps soupçonné que l'œuf des cosmologies in¬
diennes et iraniennes n'était pas sans rapport avec l'œuf cosmique
262 REVUE d'histoire et de philosophie religieu

des premiers philosophes grecs et plus récemment Ju


vu que la théorie greoque des aiôn avait sans doute ét
par les croyances iraniennes (19). Il apparaît main
ces idées sont solidaires et que le cycle cosmique d
se rattache probablement comme lia théorie indienne
la cosmologie zervaniste.
L 'analyse du système d'Empédocle laisse en
cevoir une hiérarchie où quatre Eléments sont subor
trois Forces qui les régissent. A cette cosmologie s
la notion de la multiplicité et de la discontinuité <d
la théorie de la sphère cosniique et celle du retour é
vers
se retrouvent
les révolutions
dans d'un
l'Iran
cycle
et dans
à quatre
l'Inde.
périodes.
La traditi
Tou

fait d'Ajita Keçakairibalin un contemporain du Budd


que le philosophe d'Agrigente et celui du Magadh
doctrines ont tant d'analogies, ont pu vivre dans le m
Le système d'Empédocle et celui d'Ajita reflètent p
de
Zervanisme
part et d'autre
: rivalité
les de
croyances
deux forces
religieuses
contraires
qui sont
bie

malfaisante sous l'hégémonie du Temps, dieu suprêm


Structure des trois systèmes implique une inégali
Eléments et le» Forces qui les régissent, d'où est
position entre l'Esprit et la Matière.
J. PRZY

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