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Verbes [± coverbe] ou verbes [± opérateur]

Un nombre important de verbes présentent comme traits contextuels la possibilité de pouvoir


régir des déterminants réalisés non pas par des syntagmes nominaux, mais par un infinitif : c’est le
cas de figure des coverbes ou des verbes opérateurs, ou par toute une phrase, subordonnée
complétive, directe ou indirecte, et c’est le cas des verbes opérateurs de phrase. Pour tous ces
verbes nous retiendron le trait contextuel [ opérateur], qu’ils puissent se combiner avec un infinitif
seulement, ou bien avec un infinitif ou une complétive, et nous les appellerons, quand ils régissent
un infinitif, coverbes ou opérateurs d’infinitifs, sans ou avec préposition, et opérateurs de
phrase quand ils régissent une subordonnée que P.
Plusieurs classes de verbes opérateurs sont à envisager suivant le type de rection, directe ou
indirecte, qui les caractérise, et la double latitude de pouvoir se combiner avec un infinitif ou une
complétive à un mode personnel (indicatif ou conditionnel / subjonctif).
Verbes [± opérateur d’infinitif ]
Ce sont des coverbes qui régissent un infinitif de rection directe ou indirecte :
Rection directe (ou préposition ) : aller, s’en aller, courir, descendre, devoir, écouter, emmener,
envoyer, faillir, filer, grimper, laisser, manquer, monter, oser, passer, pouvoir, regarder, rentrer,
rester, retourner, sentir, (re)venir, etc. :
Jean va / court / file / monte / ose / retourne… passer son examen. – Une fois
réveillés, les valeureux allèrent musarder à la foire de la Plaine. (Albert Cohen).– Il
aurait dû en [des confitures] donner aux petits. (Ibid.)
Rection indirecte (prépositions à et de) :
– à : s’abaisser, aboutir, aider, s’amuser, s’appliquer, arriver (en construction personnelle),
aspirer, s’astreindre, s’attacher, s’autoriser, avoir…, se borner…, chercher, concourir,
conduire…, destiner, demeurer, donner…, s’employer, s’évertuer, exhorter…, forcer, s’habituer,
inciter, s’ingénier…, jouer, laisser, se (re)mettre…, obliger, s’obstiner…, participer…, se plaire…,
pousser…, prêter, se refuser, renoncer…, rester…, se risquer, songer, servir, se surprendre,
tarder…, se tuer, venir, viser, etc. 
Jean aspire / se borne / cherche / s’évertue / hésite / joue / s’obstine / se risque… à
passer l’examen. – […] ils avaient pensé à se masquer le visage à la façon des
chirurgiens. (Albert Cohen) – Les deux Anglaises, sidérées par le spectacle peu
londonien, n’avaient pas songé à quitter la barque. (ibid.)
– de : s’abstenir…, achever…, affectionner, s’amuser, s’aviser, se blâmer, brûler, se cacher,
cesser, (se) charger, conseiller…, décider, dédaigner, se dépêcher…, se devoir, s’efforcer…,
envisager, essayer, (s’)étonner, feindre, (se) féliciter, se garder, se hâter, imaginer, s’inquiéter…,
se lasser, se mêler, négliger, offrir, parler, se passer…, se priver, projeter, proposer…, refuser, se
repentir, se réserver, se retenir, revenir (construction impersonnelle), sommer, tenter, tenir, (se)
vanter, etc. :
Jean achève / brûle / choisit / dédaigne / envisage / se hâte / néglige / projette /
refuse… de passer ses examens. – Enfin ils avaient décidé d’envoyer à Marseille une
délégation…(Albert Cohen) – Le lendemain […] je me suis contenté, oh bandit que je
suis  ! de les regarder. (Ibid.) – Puis, de tous ses doigts écartés, il feignit de lui
assigner un rendez-vous pour huit heures… (Ibid.)
Remarques :
1. Les prépositions Ø, à et de sont, parfois, en variation conditionnée par l’opposition
grammaticale forme active / forme pronominale : décider de / se décider à, devoir / se devoir
de, offrir de / s’offrir à, refuser de / se refuser à, résoudre de / se résoudre à, etc., mais : (se)
charger de, (se) déterminer à.
2. Quelques verbes connaissent une double rection, directe et indirecte :  / préposition, tels
aimer (à), manquer (de), penser (à), prétendre (à), etc., d’autres, peu nombreux, tels
commencer, continuer, demander, hésiter, répugner, etc., prennent bien indifféremment à ou
de, enfin finir prend de ou par  :
J’aimais sortir avec mon père (Gide). – Il y a des lieux où l’on aimerait vivre (La
Bruyère, in P. Robert). – Jean commence à lire son texte. / Jean commence par lire son
texte, puis il le copie, et finit par en tirer les mots inconnus…
3. Certains verbes ne s’emploient qu’à la troisième personne avec des sujets noms de choses ou
des nominaux, ou carrément à la forme impersonnelle, avec un pronom personnel au datif,
sujet de l’infinitif : appartenir (de), conduire (à), consister (à), donner (à), incomber (à),
revenir (de), etc. :
C’est à vous qu’il incombe / appartient / revient de faire cette démarche. – Cela / la
solution / la difficulté consiste à expliquer le phénomène. – Le ciel nous a donné de
supporter ces épreuves. (P. Robert) – Je raconterai plus tard s’il m’est donné de
poursuivre cette narration. (Duhamel)
1. Beaucoup de coverbes, se construisant sans déterminants (verbes intransitifs : courir, monter,
venir, etc.), prennent un infinitif introduit directement (bien que sous-tendu par un pour de
finalité), à fonction de complément de phrase ; d’autres, les plus nombreux, se construisent
avec un seul déterminant (transitifs à objet direct ou indirect : adorer, croire, pouvoir, aboutir,
penser, renoncer, etc.) qui, souvent, peut prendre la forme de l’infinitif. Avec tous ces verbes,
il y a toujours identité du sujet du verbe opérateur et de l’infinitif qu’il régit :
Jean s’en va / court / retourne / ose / veut / doit … acheter des fleurs. – Bref, Scipion
regrettait d’être venu à Genève. (Albert Cohen) – J’aimais sortir avec mon père
(Gide). – Une fois réveillés, les valeureux allèrent musarder à la foire de la Plaine
(Albert Cohen). – […] ils avaient pensé à se masquer le visage à la façon des
chirurgiens. (Albert Cohen)
Parmi les nombreuses structures superficielles engendrées par les coverbes (cf. M. Gross,
1968 : 62-64), il y en a qui contiennent des verbes opérateurs d’infinitifs qui admettent un objet
double, ce qui permet de dégager plusieurs sous-classes de coverbes selon le type d’objet, direct ou
indirect, avec lequel peut se combiner l’infinitif : par exemple, faire, laisser, écouter, entendre,
regarder, voir, sentir, en tant que coverbes, appellent un objet direct ou indirect, qui est en même
temps sujet de l’infinitif, selon que celui-ci, objet direct du coverbe, est un verbe intransitif ou
transitif en construction absolue, ou bien un transitif direct, avec objet direct exprimé en surface :
Jean fait / laisse / voit… partir / chanter son fils ► Jean le fait / laisse / voit… partir /
chanter vs Jean fait / laisse / voit chanter la chanson à son fils ► Jean la lui fait /
laisse / voit…chanter.
En voici les structures principales :
 SN0 + V + Inf + SN1(obj. indir.) + SN( obj. dir.)  : on y retrouve les verbes de plus haut, quand
l’infinitif a son objet direct :
Jean fait dire à Paul la vérité. – Jean entend dire à Paul tout ce qu’il sait.
 SN0 + V + SN1(obj. dir.) + de + Inf  + (SN(obj. dir. / ind.) ) : accuser, charger, convaincre, empêcher,
féliciter, implorer, menacer, obliger, persuader, presser, remercier, sommer, soupçonner,
supplier, suspecter, etc. :
[…] Robert me presserait enfin d’exécuter mes projets (Mauriac) – Il fallut palabrer
un grand moment pour les persuader de nous suivre (Tharaud, in P. Robert).
 SN0 + V + SN1(obj. indir.) + de + Inf  + (SN(obj. dir. / ind.) ) : il s’agit, pour la plupart d’entre eux, de verbes
[+ communication], tels commander, communiquer, conseiller, crier, déconseiller, demander, dire,
donner, écrire, enjoindre, éviter, exiger, imposer, interdire, ordonner, pardonner, permettre,
prescrire, promettre, proposer, recommander, reprocher, solliciter, souhaiter, suggérer,
transmettre, téléphoner :
Solomon était abruti par cet homme infatigable qui lui demandait de regarder toutes les
femmes. (Albert Cohen) – […] les pistaches salées, gagne-pain du vieux juif, se répandirent
et roulèrent malgré les aboiements du petit chien qui leur enjoignit de rester tranquilles.
(Albert Cohen) – Le ciel nous a donné de supporter ces épreuves. (P. Robert)
 SN0 + V + SN1(obj. dir.) + à + Inf  + (SN(obj. dir. / ind.) ) : aider, astreindre, amener, autoriser,
condamner, contraindre, convier, décider, encourager, engager, entraîner, forcer, habituer,
inciter, inviter, obliger, porter, préparer, pousser, surprendre, etc. :
On ne peut jamais l’astreindre à travailler. (Renan) – Marat engageait les soldats à
massacrer les chefs. (Jaurès) – L’amour de soi-même qui porte tout animal à veiller à sa
propre conservation. (Rousseau, in P. Robert)
 SN0 + V + SN1(obj. indir.) + à + Inf  + (SN(obj. dir. / ind.) ) : apprendre, donner, enseigner, etc. :
On lui apprend à jouer au bridge – Cela lui apprendra à vivre – On m’a donné cela
à faire. (P. Robert)

Verbes [± opérateur de phrase]

Les verbes au trait contextuel [+ opérateur de phrases] ont la particularité syntaxique de


pouvoir régir un déterminant réalisé par toute une proposition subordonnée dont le verbe peut être
à l’indicatif (conditionnel), au subjonctif ou à l’indicatif en variation libre, ou bien en variation
sémantique ou stylistique avec le subjonctif. Un grand nombre de verbes opérateurs de phrases
peuvent tout aussi bien se construire avec l’infinitif toutes les fois que le sujet des deux verbes reste
identique : J’adore dormir / que tu dormes tard. – J’entends aller / qu’il aille voir ce spectacle
rarissime.
Les verbes [+ opérateur de phrases] se répartissent en trois sous-classes selon le mode de
la complétive qu’ils régissent :
 V [+ opérateur de phrases] + que + P indicatif : ce sont des verbes d’opinion (affirmer,
croire, juger, etc.), de perception (constater, conclure, inférer, etc.), de décision (arrêter,
convenir, décider, etc.), d’intention (compter, espérer, penser, etc. Les plus nombreux sont les
verbes à construction personnelle, dont voici les principaux : affirmer, alléguer…, arrêter
(‘décider’), (s’)assurer, s’attendre, avertir…, concéder, confier, considérer, constater,
croire…, déclarer, dissimuler, se douter…, enseigner, établir, espérer…, se figurer…,
garantir…, (s’)imaginer, indiquer, insinuer, juger, jurer, lire, menacer, montrer…, noter…,
observer, omettre…, penser, préciser, prétexter, proclamer, promettre, publier…, raconter,
rappeler, reconnaître, répéter, reprocher, résoudre, riposter…, sentir, songer, signaler,
soutenir, suggérer, témoigner, transmettre, vérifier, voir, etc. A ceux-ci s’ajoutent des verbes
opérateurs employés à la forme impersonnelle : il apparaît, (il) n’empêche, il paraît, il reste, il
(en) ressort, il résulte, etc. :
Il m’a averti que moi et lui serions seuls, avec l’infirmière de service. (Camus) –
Après avoir combiné d’acheter un scaphandre, il avait pensé qu’il serait plus
rationnel et plus économique de faire de la natation à domicile et à sec. (Albert
Cohen) – Mangeclous, pour les scandaliser, clama que Dieu existait si peu qu’il en
avait honte pour Lui. (Ibid.) – Je vous promets que je vous écrirai. (Daniel Pennac) –
Il apparaît , à la lecture des textes, que la loi est pour vous. (P. Robert)
 V [+ opérateur de phrases] + que + P subjonctif : ce sont les verbes qui « entravent »
l’actualisation du procès de la subordonnée, les si fameux verbes de volonté et de sentiment que
citent la plupart des grammaires : abhorrer, accepter, adorer, aimer, approuver, appréhender,
attendre…, contester, craindre…, demander, déplorer, désirer, détester, douter…, empêcher,
enjoindre, enrager, s’étonner, éviter, exiger…, imposer, s’inquiéter, interdire…, nécessiter…,
ordonner, permettre, se plaindre, préférer…, recommander, réclamer, redouter, refuser, se réjouir,
risquer…, souffrir, se soucier, supporter…, tolérer, trembler…, vouloir, etc. Bon nombre de verbes
se construisent aussi avec le subjonctif s’ils prennent l’impersonnel il ou le démonstratif neutre
cela (ça) : il convient, cela (m’ / t’ / l’…) agace / ennuie / énerve / étonne / irrite…, cela (me / te /
lui) plaît…, il dépend, il faut, il importe, il suffit, il (me / te / lui) tarde, il se peut, il vaut mieux, etc. :
[…] elle craignait que son petit mari ne tombât au milieu de la nuit à la suite de
quelque cauchemar. (Albert Cohen) – J’aurais préféré qu’elle t’épouse toi, Loussa…
(Daniel Pennac) – Il dépend d’une note écrite que ce secret soit ou non dérobé au
néant. (Martin du Gard) – L’auteur […] n’est pas tenu d’avoir du talent, il suffit qu’il
soit exactement informé. (Henriot, in P.Robert) – Il faut que j’aille chercher des chaises
et du café noir. (Camus)
A analyser de plus près le sens des verbes P subj, on peut y déceler le sème commun [+
psychologique] : la plupart de ces verbes dénotent une opération de l’esprit ou un mouvement de
l’âme, une appréhension subjective du réel, un sentiment ou un acte de volonté. L’énonciateur
formule un doute, un désir ou une volonté, une nécessité ou une possibilité quand il parle en son
propre nom (Je) ou en celui de l’interlocuteur (Tu) ou du délocuté (Il), ce qui place le procès de la
complétive, entre incertitude et certitude, sur un axe où s’égrènent possibilité, nécessité,
prescription, permission, interdiction, autant de catégories modales qui, en français, appellent le
subjonctif. La barrière entre les deux le subjonctif et líndicatif n’est cependant pas infranchissable,
il suffit parfois d’une “humeur”, d’un état d’âme, pour que le même verbe puisse se construire avec
les deux modes : devant l’énormité d’une action, l’énonciateur peut tout aussi bien l’assumer, avec
tout son sens de l’objectivité, comme réelle, comme on ne peut plus actuelle, en mettant
l’indicatif : J’admets que vous avez fait cela, ou, avec un peu de subjectivité – réserve, doute,
atténuation ou refus même inconscient d’un fait hors du commun –, l’envisager comme une réalité
contingente, en mettant le subjonctif : J’admets que vous ayez fait cela. Mais aux bonnes ou
mauvaises humeurs de l’énonciateur s’ajoutent les avatars du discours où négation, interrogation et
diverses autres modalisations peuvent survenir à tout moment et modifier le sémantisme de tel ou
tel verbe, brouillant les pistes qui mènent à l’un des deux modes. Ainsi, p. ex., attester, verbe
opérateur de la première sous-classe, par excellence [+ indicatif], se combine aussi, sans hésiter
aucunement, avec le subjonctif : J’atteste que Jean a volé le pain peut devenir : Je n’atteste pas
que Jean a / ait volé… – Je n’ai jamais attesté que Jean a / ait volé… – Je ne veux pas attester que
Jean a / ait volé… – Ai-je jamais attesté que Jean a / ait volé… ? Je n’attesterai(s) jamais que
Jean a / ait volé… – Attester, moi, que Jean ait volé…? Ça, jamais ! – Je me refuse à attester
que Jean a / ait volé…. L’indécision peut donc jouer aussi pour les verbes de la première sous-
classe [+ indicatif]. Quoiqu’il en soit, ces deux premières sous-classes de verbes opérateurs de
phrase présentent des contours suffisamment fermes pour pouvoir se constituer en traits
contextuels pertinents.
 V [+ opérateur de phrase] + que + P indicatif / subjonctif  : admettre, comprendre, concevoir,
crier, décider, décréter, dire, écrire, entendre, faire, hurler, ignorer, imaginer, méconnaître,
nier, obtenir, ordonner, oublier, persuader, poser, prétendre, répondre, supposer, etc. Et
quelques impersonnels : il advient, il arrive, il semble, etc. :
Il cria en un anglais approximatif qu’il sentait une odeur d’argent frais et que l’argent
était du temps et que l’Angleterre comptait que chacun de ses fils fît son devoir. (Albert
Cohen)  – Je n’ai pas entendu le nom de cette dame et j’ai compris seulement qu’elle était
infirmière déléguée. (Camus) – D’ailleurs elle comprenait très bien qu’une beauté aussi
éclatante eût ému un très jeune homme. (A. Maurois) – Il me semblait qu’elle ne
s’arrêterait jamais (Camus). Il me semblait parfois qu’une impression de beauté naquît
de l’exactitude. (Valéry, in D.D.F.)
Ces verbes opérateurs seraient-ils indifférents au mode de la subordonnée ? C’est ce que l’on
pourrait croire à première vue. Si les deux modes sont possibles dans des proportions et avec des
fréquences difficiles à estimer avec quelque précision, il y a toujours un mode qui prévaut. En
l’occurrence, presque tous ces verbes se construisent avec l’indicatif tant que leur sémème
actualise le trait [+ constatation] et peuvent  prendre le subjonctif dès que le trait [+ appréciation
subjective] s’en mêle. Y aurait-il une différence de sens d’un mode à l’autre ? Oui, et elle relève de
l’opposition Actuel (indicatif) vs Virtuel (subjonctif). Est-elle induite par le mode, ou bien c’est la
différence de sens du verbe opérateur qui induit, dans la complétive, tel mode plutôt que tel autre ?
C’est le sémantisme du verbe opérateur qui commande le mode de la subordonnée, mais aussi, par
une sorte de feed-back synchrone, c’est le mode – perspective actuelle ou inactuelle sur le procès –
qui agit sur le sens du verbe recteur. Le choix du mode, si tant est que choix il y ait, repose sur des
faits linguistiques (co-texte actualisant + indicatif vs cotexte virtualisant + subjonctif : négation,
interrogation, mode du verbe recteur1) ou, souvent, extra-linguistiques (évaluation faite par
l’énonciateur de l’“avenir”, certain ou incertain, du fait de la subordonnée). Les verbes P que
Indicatif / Subjonctif forment une sous-classe aux frontières très floues pouvant, donc, en attirer
d’autres des deux premières classes dès qu’intervient un des facteurs évoqués plus haut.

1
Admettre, soumettre, mettre, etc. prennent plutôt le subjonctif avec l’impératif : J’admets qu’il vient / viendra / est venu vous voir mais :
Admettons qu’il vienne / soit venu vous voir.
Un autre facteur qui joue dans le choix du mode, c’est, pour les verbes qui régissent un objet
prépositionnel (de ou à), la possibilité d’introduire leur complétive par que ou de ce que / à ce
que :
 de ce que campe le procès dans le domaine du réel, l’indicatif étant donc de mise partout,
même avec des verbes censés régir un subjonctif : s’affliger, s’attrister, se contenter,
s’émerveiller, se dégoûter, se féliciter, frémir, se froisser, haïr, s’impatienter, s’indigner,
s’inquiéter, s’irriter, se lamenter, s’offenser, se plaindre, se révolter, se réjouir, souffrir, se
vanter, se venger, en vouloir, etc., « et d’une façon générale après toutes les locutions
verbales ou adjectivales exprimant un sentiment » (D.D.F.). La construction avec que
[+ subjonctif] semble être, aux yeux des puristes, plus correcte, « mais elle se fait de plus en
plus rare » (Ibid.). La construction que P subj est, avec tous ces verbes, « source de en »
(pronominalisable par le pronom en), ce qui atteste la possibilité, et même la vivacité, de la
construction de ce que P indicatif (et non pas de ce que P subj, comme l’écrit M. Gross,
1968 : 88 : « ce qui est une conséquence du fait que ces V0 entrent dans le cadre : N0 V0 N1 de
ce que P subj) :
Il se réjouissait de ce qu’il ne mourrait pas seul ; Maria éprouva une joie confuse de
ce que l’orage avait brouillé le temps. (Mauriac, in D.D.F.) – Il se réjouissait qu’il ne
mourût pas seul. Avec Tpronominalisation  Il s’en réjouissait / Maria en éprouva une
joie…
 à ce que, si l’on en croit, entre autres, le D.D.F. de Jean-Paul Colin, « apparaît de plus en plus
souvent […], pour introduire une proposition au subjonctif dont le sujet n’est pas le même que celui
de la principale », plaçant de la sorte le procès dans le domaine du virtuel. Voici quelques verbes
ou locutions de la liste établie par l’auteur : aboutir, aider, aimer, s’arrêter, s’attendre…, avoir
intérêt, conclure…, consentir, contribuer, demander, s’employer, s’exposer, faire attention,
gagner, intéresser, s’opposer, parvenir, prendre garde, réféchir, se refuser …, réussir, tendre…,
travailler, venir, etc., et des expressions impersonnelles telles (il n’y a) rien d’important /
d’extraordinaire / d’étonnant, (il n’y a pas) de mal, etc. Avec ces verbes la pronominalisation de la
complétive amène le pronom y:
J’aime à ce qu’elle m’embrasse. (J. Vallès) – Je m’attends que tu échoueras, qu’il
échouera, etc. (D.D.F.), mais : Je ne suis pas assez fou pour m’attendre à ce qu’une foule
d’élèves sachent, par prodige, ce qui ne s’enseigne pas (Cocteau, cité par Grevisse).
Comme pour les coverbes qui peuvent se construire avec un objet double, un SN et un infinitif
(cf. supra), parmi les V [+ opérateur de phrase], il y en a qui peuvent régir deux objets, un premier
objet direct ou indirect, réalisés par un nom ou pronom, et un deuxième qui prend la forme que P (ou
de ce que P, moins conseillé) :
 SN0 + V + SN1(obj. dir.) + que P (de ce que P) : c’est le cas de quelques verbes [+
communication] : avertir, convaincre, prévenir, informer, persuader, prier, renseigner, supplier,
etc. Ce type de construction s’impose si le sujet du verbe secondaire est différent de l’objet direct
du verbe principal :
Je vous avertis qu’il faudra changer d’attitude – Prévenez-le que nous arriverons
demain. (P. Robert) – Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre. (Villon) Le sujet
étant ici identique, on dirait plutôt de nos jours : Priez Dieu de vouloir nous absoudre ;
 SN0 + V + SN1(obj. indir.) + que P : ce sont des verbes au trait [+ communication], dont le procès
(transmission d’un message) implique forcément un actant destinataire, réalisé par l’objet
indirect (V + qqch. à qqn.) : annoncer, avouer, cacher, certifier, communiquer, confesser, dire,
déclarer, écrire, expliquer, jurer, notifier, offrir, prédire, proposer, raconter, rapporter,
rappeler, refuser, répéter, répondre, signaler, signifier, suggérer, révéler, téléphoner, se
vanter, etc. Ces verbes acceptent parallèlement la construction avec l’infinitif quand le sujet de
la complétive est le même avec le sujet ou l’objet du verbe principal (cf., pour d’autres
restrictions, M. Gross, 1968 : 87-90) :
Tu jures à Jean que tu t’en iras. ( Tu jures à Jean de t’en aller) – Je me vante à Jean
que j’y suis allé ( Je me vante à Jean d’y être allé) – Jean suggère à Pierre qu’il y
aille ( Jean suggère à Pierre d’y aller) – Je lui ai dit que je l’attendais depuis des
heures. – Je lui ai dit qu’il vienne nous voir. – Je lui ai dit que maman était morte.
[…] Elle m’avait expliqué qu’elle devait aller chez sa tante. (Camus) – Jure-moi que
tu me pardonneras. (Barbey) – On m’a rapporté que ses affaires allaient mal. (P.
Robert)
Enfin, parmi les verbes [+ opérateur de phrase], il y en a qui peuvent réaliser les deux objets,
direct et indirect, par une proposition : SN0 + V + que P subj (indic) + à (de) ce que P (cf. M.
Gross, 1968 : 67) :
Je préfère que Jeanne vienne à ce que Pierre parte. – Jean reconnaît que Jeanne est
venue à ce que tout est en désordre. – Jean déduit que ce théorème est vrai de ce que
celui-ci est faux. (exemples de M. Gross, 1968).
Et même deux complétives indirectes : SN0 + V + de que P + à ce que P :
Jean s’aperçoit de ce que ce théorème est vrai à ce que celui-ci est faux (apud
M. Gross).

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