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Jean-Michel KUMBU ki NGIMBI

&
Yves-J. MANZANZA LUMINGU

DROIT DES ASSURANCES


Notes de cours destinées aux étudiants de Master 2 en Droit
– Université Catholique du Congo –

Kinshasa, Avril 2021


INTRODUCTION

La présente introduction portera sur l’identification du cours, ses


objectifs et son contenu minimum.

I. IDENTIFICATION DU COURS

Identifier le cours de Droit des assurances consiste d’abord à rappeler


le lien intrinsèque qui existe entre la vie humaine et le besoin de sécurité ressenti
par tout individu, avant de définir le principal mécanisme de satisfaction de ce
besoin et de déterminer les règles de droit destinées à l’organiser et à assurer
l’efficacité des mesures qui en résultent.

1. La sécurité : un besoin inhérent à l’existence humaine

L’existence humaine, de la naissance à la mort, constitue un parcours


au cours duquel tout individu fait face à plusieurs évènements, heureux et
malheureux1. La probabilité de réalisation de ces évènements suscite ainsi le
besoin de sécurité et surtout la nécessité de mettre en œuvre des mécanismes
efficaces en vue de juguler leurs conséquences éventuelles ou de les réduire à un
niveau humainement et surtout économiquement acceptable.
Les mécanismes les plus connus pour ce faire sont l’assistance,
l’épargne et l’assurance. Fondée sur les principes de charité et de solidarité,
l’assistance est un mécanisme qui dépend de la volonté et de la disponibilité des
membres d’une communauté à porter secours à l’un d’eux qui aurait subi ou causé
un dommage à la suite de la réalisation d’un risque quelconque. Or cette
dépendance à une solidarité non contraignante ne saurait pas garantir de manière
fiable et continue la répartition ou l’étalement des risques éventuels entre les
différents membres de la communauté. Le refus d’accorder une telle assistance ou
encore la rupture de la solidarité, qui pourrait être justifié notamment par le
manque ou l’insuffisance des revenus nécessaires, aurait des conséquences
fâcheuses pour l’individu qui est dans le besoin.
S’agissant de l’épargne, elle est calculée sur base de la formule « revenu
moins consommation » (E = R-C) et permet à un individu de faire des réserves
qui pourront servir à la réalisation de certains projets ou à la prise en charge de
certains évènements aléatoires. Or, il est possible qu’un sinistre survienne pendant

1
Voy. aussi F. Lukau Nkodi, Gestion des assurances. Manuel à l’usage des étudiants de licence en gestion de la
RD Congo, Paris, L’Harmattan, 2014, p. 17.

2
que l’individu concerné n’a pas encore pu réunir les moyens nécessaires pour y
faire face2. En outre, l’utilisation inattendue et non planifiée des réserves
accumulées pendant un laps de temps peut vite conduire au dénuement
économique. Ainsi, l’épargne semble ne pas garantir efficacement les nombreux
risques de vie quotidienne à cause de sa dépendance aux revenus de l’épargnant.
Enfin, l’assurance est un mécanisme basé sur le principe de prévision
ou mieux de prévoyance. Elle consiste en des précautions que prend un individu
en vue de contenir ou de maîtriser les conséquences de survenance éventuelle de
différents risques auxquels il est ou peut être exposé. Contrairement à l’assistance
sociale, le recours à l’assurance se fait a priori ou en amont, c’est-à-dire avant la
réalisation des risques qu’on redoute. En outre, les garanties qu’elle offre ne
dépendent ni de la simple solidarité volontaire des autres sujets rentrant dans la
masse, ni des ressources disponibles de l’individu concerné ; mais elles sont
soumises aux règles et méthodes de répartition de risques suivant le principe de
mutualisation ou « la loi des grands nombres »3. C’est que plusieurs personnes
acceptent de couvrir ensemble leurs risques moyennant paiement d’une prime par
chacune, pour qu’en cas de survenance d’un dommage chez l’une d’elles, cela soit
pris en charge grâce aux primes collectées ou au fonds constitué.
Il résulte de l’analyse minutieuse de ces différents mécanismes que
seule l’assurance paraît plus efficace et susceptible de satisfaire le besoin de
sécurité, même s’il est évident que tous les risques de l’existence ne sont pas
assurables. Fondée sur le principe mutualiste de constitution d’épargne collective
et de division de risques, elle combine les notions d’assistance et d’épargne.

2. Essai de compréhension du concept « assurance »

Examen de la notion et des fonctions de l’assurance.


A. La notion d’assurance
La définition de l’assurance dépend le plus souvent de la perspective
avec laquelle on essaie de l’appréhender. Ce concept peut en effet revêtir plusieurs
sens selon qu’il est employé dans une acception économique, juridique ou
technique. Ainsi, il peut désigner tantôt un produit commercial ou une opération

2
Voir aussi en ce sens Kande Buloba Kasumpata, Droit congolais des assurances, Kinshasa, Editions Droit et
Société, 2016, p. 16.
3
La loi des grands nombres est un théorème mathématique fondamental des probabilités et statistiques qui,
appliqué au domaine des assurances, consiste pour l’assureur à garantir un nombre élevé des risques, c’est-à-dire
à collecter des primes auprès d’un grand nombre d’assurés, afin de lui permettre de mieux prendre en charge les
sinistres éventuels, sans que cela n’entraîne sa propre faillite.

3
de mutualisation des risques, tantôt le sous-bassement ou l’instrument par lequel
se réalise cette opération.
a) L’acception économique
L’assurance est comprise du point de vue économique comme un
produit commercialisé par les entreprises d’assurances sous la forme d’un paquet
de garantie. Il s’agit donc d’un produit destiné à procurer aux clients qui l’achètent
une certaine sécurité et un sentiment de sûreté, en ce qu’il tend à les mettre à l’abri
de certains risques désormais transférés à l’assureur.
b) L’acception juridique
En droit, la même notion est définie comme le contrat par lequel une
partie se fait promettre par une autre partie une prestation en cas de réalisation
d’un risque moyennant le paiement d’un prix appelé prime. En effet, l’article 4 de
la loi n° 15/005 du 17 mars 2015 portant code des assurances définit le contrat
d’assurance comme « une convention en vertu de laquelle, moyennant paiement
d’une rémunération appelée prime ou cotisation, une partie, l’assureur, s’engage
envers une autre, le preneur d’assurance, à fournir une prestation stipulée dans le
contrat au cas où surviendrait un événement incertain que, selon le cas, l’assuré
ou le bénéficiaire a intérêt à ne pas voir se réaliser ».
Cette définition paraît cependant très étroite parce qu’elle se limite à un
pari entre deux personnes et occulte l’aspect technique qui constitue toute une
opération de mutualité.
c) L’acception technique
Sur le plan technique, l’assurance désigne « l’opération par laquelle une
partie, l’assuré, se fait promettre, moyennant une rémunération, la prime ou
cotisation, pour lui ou pour un tiers, en cas de réalisation d’un risque, une
prestation (pécuniaire) par une autre partie, l’assureur […], qui, prenant en charge
un ensemble de risques, les compense conformément aux lois de la statistique »4.
Il s’agit, pour l’exprimer en des termes plus simples, d’une opération par laquelle
un assureur organise en mutualité une multitude d’assurés exposés à la réalisation
des risques déterminés et indemnise ceux d’entre eux qui subissent un sinistre
grâce à la masse commune des primes collectées.

4
G. Cornu (dir.), Vocabulaire juridique, 12ème éd., PUF, Paris, 2018, p. 96.

4
La démarcation entre l’acception juridique et l’appréhension technique
du concept « assurance » réside dans la mutation du terme contrat vers celui
d’opération. En effet, en appréhendant l’assurance comme une opération plutôt
qu’un simple contrat, on quitte l’aspect bilatéral de la relation « assureur-assuré »
vers un aspect plus technique de mutualité. Dès lors que le règlement des sinistres
éventuels par l’assureur se fait grâce à la masse commune des primes qu’il aura
collectées auprès de tous les assurés, il est évident qu’il faille prendre en compte,
outre le lien juridique, la communauté d’intérêts dont l’assureur est considéré
comme le représentant5.
B. Les fonctions de l’assurance
Les principales fonctions de l’assurance sont d’une part d’ordre social,
et d’autre part d’ordre économique. Sur le plan social, l’assurance a une fonction
essentiellement réparatrice, qui consiste à indemniser ou à prendre en charge les
préjudices subis ou causés par un individu. Ainsi, elle contribue à résoudre des
conflits et elle procure la paix.
Du point de vue économique, l’assurance a plusieurs fonctions. Elle
constitue d’abord un instrument de sécurité et de prévoyance qui protège le
patrimoine national sous toutes ses formes (sécurité des entreprises, sécurité des
familles et sécurité des individus). Elle est aussi un instrument de crédit, parce
qu’elle garantit notamment les industriels et les commerçants contre les pertes
occasionnées par l’insolvabilité de leurs clients. Enfin, en permettant
l’accumulation de l’épargne grâce aux primes collectées par l’assureur auprès des
assurés, elle contribue au financement de la croissance économique6 et au
maintien de la balance des paiements à travers le mécanisme de redistribution
financière sous forme des prestations dues aux sinistrés et aux autres bénéficiaires
des contrats.
Compte tenu de son importance et de sa complexité, l’assurance fait
l’objet d’une réglementation particulière qui constitue le droit des assurances.

3. La réglementation des assurances

Qu’est-ce qui justifie l’intervention des pouvoirs publics en matière


d’assurances ? Qu’entendre par droit des assurances ? Et quelles en sont les
sources ?

5
Voy. également F. Lukau Nkodi, Op. cit., p. 24.
6
Ibidem, pp. 24-25.

5
A. Fondement
Les limites de l’assistance familiale, clanique et communautaire ainsi
que la montée de l’individualisme observée à partir du XIXème siècle ont rendu
difficile la prise en charge des dommages subis ou causés par certaines personnes
vulnérables, notamment les malades, les invalides et les vieillards. Aussi était-il
nécessaire de réglementer le besoin de sécurité par l’intervention des pouvoirs
publics, en vue de garantir et de protéger les intérêts de toutes les parties prenantes
et de veiller à l’efficacité du marché des assurances. De même, la nature de
certains risques impose des dérogations à l’autonomie de la volonté et justifie
ainsi la nécessité pour l’Etat d’instituer certaines assurances obligatoires.
B. Définition
Le droit des assurances peut être compris comme l’ensemble de règles
et de principes généraux de droit qui régissent les opérations destinées à satisfaire
le besoin de sécurité contre les risques existentiels de l’homme ainsi que le mode
de fonctionnement et le contrôle des entreprises qui exercent ces opérations.
Notez que ces règles et ces principes généraux ne concernent pas
seulement les assurances en tant que techniques de garantie des risques, mais ils
portent aussi sur l’organisation, le fonctionnement et le contrôle du marché où
s’exercent les opérations d’assurances. Ce deuxième aspect met donc en évidence
le rôle des acteurs, notamment des sociétés d’assurances et des organismes publics
de contrôle.
C. Sources du droit des assurances
La matière qui constitue le droit des assurances se trouve consignée
dans les textes légaux et réglementaires, dans la jurisprudence, la doctrine et les
principes généraux de droit. Concrètement, ces sources sont :
- La constitution du 18 février 2006 (cf. art. 202, point 36 litera a) ;
- La loi n° 15/005 du 17 mars 2015 portant Code des assurances ;
- Les actes réglementaires portant mesures d’application du Code des
assurances ;
- La jurisprudence ;
- Les principes généraux du droit ;
- La doctrine.

6
II. OBJECTIFS DU COURS

L’objectif général de ce cours consiste à présenter et à commenter la


législation ainsi que la pratique des assurances en République Démocratique du
Congo, afin de permettre aux apprenants non seulement d’acquérir des
connaissances et de développer des compétences de base en matière d’assurances,
mais aussi, spécialement pour ceux qui seraient intéressés par une carrière dans
ce domaine, de mieux s’y préparer et d’assurer ainsi les chances de leur
employabilité.
A la fin de l’enseignement, les apprenants seront à mesure de :
- déterminer les avantages de l’assurance parmi les différents mécanismes de
garantie des risques et de comprendre ses règles techniques et son mode de
fonctionnement ;
- circonscrire la législation congolaise sur les assurances, y compris les
fondements et les enjeux de son adoption ;
- maîtriser le contenu ainsi que les différentes étapes du cycle de vie d’un contrat
d’assurance.
En vue d’atteindre ces objectifs, les apprenants seront invités à
participer activement aux différentes activités d’enseignement-apprentissage, à
compléter les connaissances acquises au cours par la lecture de différentes
ressources, dont celles indiquées dans la bibliographie, et à développer des
compétences personnelles dans l’analyse critique et l’étude des cas.

III. PLAN DU COURS

Le cours sera abordé en trois chapitres correspondant respectivement


aux différents objectifs spécifiques énoncés ci-dessus. Ainsi, le premier chapitre
sera consacré à la présentation de l’évolution de la législation et de la pratique des
assurances en République Démocratique du Congo. Le deuxième chapitre traitera
de l’organisation de l’assurance. Enfin, le troisième chapitre sera focalisé sur
l’étude du contrat d’assurance.

7
CHAPITRE I. EVOLUTION DE LA LEGISLATION ET DE
LA PRATIQUE DES ASSURANCES EN REPUBLIQUE
DEMOCRATIQUE DU CONGO
La matière d’assurance, avons-nous signalé dans l’introduction, fait
l’objet d’une réglementation particulière destinée à encadrer les différentes
opérations en la matière et à fixer les conditions d’accès sur le marché ainsi que
les principes fondamentaux de fonctionnement des entreprises opérant dans ce
secteur. Ces différentes règles sont l’œuvre du législateur, laquelle dépend parfois
des contingences spatio-temporelles, c’est-à-dire des particularités propres à
chaque pays, sans préjudice de certaines normes internationales ratifiées par les
Etats comme socle de référence de leurs actions normatives.
En tant que telle, cette réglementation peut connaître une évolution qui
tient généralement compte des besoins et de nouvelles réalités auxquels la société
concernée fait face. C’est cette évolution normative en matière d’assurances qui
fait l’objet de ce premier chapitre. Il sera essentiellement question de parcourir les
grandes phases du développement de la législation et de la pratique des assurances
en RDC, à savoir la période relevant du régime colonial, celle comprise entre 1966
et 2016 et enfin celle régie par le Code des assurances.

SECTION I. LA LEGISLATION ET LE MARCHE DES ASSURANCES


SOUS LE REGIME COLONIAL

Nous allons parcourir ici l’historique des assurances en République


démocratique du Congo de l’époque coloniale jusqu’à la première grande
intervention du législateur congolais en cette matière.

§1. Historique

Les assurances au Congo se sont institutionnalisées notamment avec


l’Acte général de Berlin de 1885 qui a consacré la liberté du commerce et de la
navigation à travers le bassin conventionnel du fleuve Congo. Cette liberté a
provoqué l’éclosion d’intenses trafics avec des personnes et des capitaux qu’il
fallait sécuriser par la technique des assurances maritimes.
C’est ainsi qu’on pouvait trouver des assurances maritimes pour des
gens de mer, les navires et leurs cargaisons à destination des terres inconnues
d’Afrique en général et du Congo en particulier. Les sociétés d’assurances ont
donc évolué dans un régime de libéralisation. La première maison d’assurance qui

8
était une filiale de la société belge Charles Le Jeune avait été installée au Congo
depuis 1889, après avoir réussi à négocier en 1886 le premier contrat d’assurance
maritime pour une marchandise destinée à l’État indépendant du Congo7. Cette
société de droit belge deviendra plus tard, en 1931, une société par actions à
responsabilité limitée de droit colonial.
Mais dès 1901, on dénombrait déjà une douzaine d’autres opérateurs
d’assurances sur le sol congolais, parmi lesquels : l’Entreprise immobilière
d’Afrique (IMMOAF), qui disposait d’un département pratiquant l’assurance, et
la SEDEC, branche commerciale et de distribution du Groupe UNILEVER.
Quant aux populations autochtones, elles recouraient aux principes
de solidarité et d’entraide sociale pour prendre en charge les risques divers,
principalement les évènements majeurs de la vie (le mariage, la naissance, la
maladie, le décès), les dommages causés à autrui, la construction des logements,
les inondations, la sécheresse, etc. Ainsi, le règlement d’un sinistre survenu à un
membre du groupe et la réparation d’un préjudice causé par l’un d’eux étaient
l’affaire de tous8. Dans la pratique, c’est le chef du clan ou de la famille qui avait
la charge d’intervenir en faveur de tous les membres du clan ou de la famille qui
dépendaient de lui.

§2. Caractéristiques du marché des assurances à l’époque coloniale

Trois caractéristiques sont recensées :


A. Etroitesse du marché
Le marché des assurances avait un caractère discriminatoire à l’égard
des autochtones qui ne disposaient pas encore de grandes capacités financières
pour évoluer dans le monde des affaires. Les souscriptions étaient exclusivement
faites par les colons. Quant aux populations autochtones, elles recouraient aux
principes de solidarité et d’entraide sociale pour prendre en charge leurs risques.
B. Existence d’une législation lacunaire
Le législateur colonial n’avait pas organisé le marché des assurances,
tout comme il n’avait pas réglementé le contrat d’assurance. Le marché des
assurances et des opérateurs économiques évoluaient selon les règles du droit

7
Suivant les informations présentées par la société Assurances Le Jeune SARL, ce premier contrat portait sur une
cargaison de 42 caisses de bière expédiées du port allemand de Bremen vers le port de Boma. Voir la section « A
propos » sur http://www.lejeune.eu/APropos (consulté le 19.06.2020).
8
Cf. Tshizanga Mutshipangu, p. 25

9
commercial en général ; tandis que le contrat d’assurance était soumis au droit
commun des contrats9.
Toutefois, on note aussi l’adoption du décret sur l’assurance automobile
en 1935. En outre, le législateur colonial avait, à travers la loi du 2 septembre
1936, approuvé la Convention internationale pour l’unification de certaines règles
relatives à la saisie conservatoire des aéronefs (Convention de Rome du 29 mai
1933), instituant par conséquent sur le territoire du Congo belge l’assurance
obligatoire des aéronefs prévue par cette convention. Cette assurance
responsabilité civile pour aéronefs fut précisée aux articles 146 et 147 de
l’ordonnance n° 62/321 du 8 octobre 1955 relative à la navigation aérienne. De
même, la responsabilité civile en matière d’accident de la circulation routière fut
consacrée par l’ordonnance n° 62/262 du 21 août 1958 relative à la souscription
obligatoire de l’assurance de responsabilité civile par les exploitants du transport
rémunéré des personnes.
C. Extraversion du marché
Dans leur grande majorité, les sociétés qui s’occupaient de l’assurance
au Congo n’étaient que des succursales ou des représentations (agences ou maison
de courtage) des sociétés mères installées en Europe ou en Amérique 10. Les
revenus mobilisés par ces agences provenant de leurs activités étaient transférés
dans leurs pays respectifs.

9
A ce propos, lire Kande Buloba Kasumpata, Op. cit., p. 27.
10

10
SECTION II. LA LEGISLATION ET LE MARCHE DES ASSURANCES
ENTRE 1966 ET 2016

L’année 1966 constitue le point de départ de la deuxième période de


l’évolution de la législation et du marché des assurances en RDC parce que c’est
cette année-là qu’il y a eu la première intervention législative post-coloniale en
matière d’assurances. Cette période s’étend jusqu’en 2016, année de l’entrée en
vigueur du Code des assurances de 2015.

§1. Contexte

De l’indépendance jusqu’à la création de la SONAS, les bureaux de


représentation des compagnies ou des sociétés se comportaient comme à l’époque
coloniale car ils recourraient toujours à leur maison mère installée à l’étranger
pour des décisions importantes.
Le caractère extraverti de l’exploitation des assurances n’a pas permis
au jeune Etat congolais de disposer des ressources du secteur des assurances au
moment où il en avait grandement besoin. L’intervention de l’Etat dans ce
domaine était donc indispensable et elle s’est manifestée notamment par la
nationalisation de ce secteur à partir de novembre 1966. A la base de l’institution
du monopole d’Etat en matière des assurances se trouvent à la fois des raisons
d’ordre économique et politique.

§2. Contenu

Les premières interventions législatives post-coloniales en matière


d’assurances ont porté, du point de vue matériel, notamment sur les assurances
automobile, incendie et responsabilité civile des constructeurs, et du point de vue
de l’organisation et de la politique des assurances sur la création d’une entreprise
publique jouissant d’un monopole légal dans ce secteur.
A. Cadre légal
Le premier texte à être adopté par le législateur congolais après
l’accession du pays à l’indépendance fut l’ordonnance-loi n° 66-622 du 23
novembre 1966 [abrogé en 1973] portant création d’une assurance obligatoire
automobile, aviation, incendie et maritime. Plus tard, soit en 1973 et en 1974,
seront promulguées la loi portant obligation de l’assurance de responsabilité civile

11
en matière d’utilisation des véhicules automoteurs11, la loi particulière portant
assurance obligatoire de la responsabilité des constructeurs12 et la loi particulière
portant assurance obligatoire des risques d’incendie de certains bâtiments13.
B. Cadre institutionnel
La gestion du secteur des assurances fut confiée à l’entreprise publique
créée par l’ordonnance-loi n°66/622 bis du 23 novembre 1966, à savoir la Société
nationale d’assurances (SONAS). Entreprise publique à caractère technique et
commercial, dotée de la personnalité juridique, la SONAS était régie par les
dispositions de la loi n°78-002 du 6 janvier 1978 portant dispositions générales
applicables aux entreprises publiques et par l’Ordonnance n° 78-194 du 5 mai
1978 portant ses statuts.
Avec la réforme des entreprises publiques intervenue en 2008, la
SONAS en tant qu’entreprise publique du secteur marchand fut transformée en
société commerciale soumise au régime de droit commun14.
C. Octroi du monopole légal à la SONAS
Le monopole légal en matière d’opérations d’assurances en RDC avait
été octroyé à la SONAS par l’ordonnance-loi n° 67/240 du 2 juin 1967 et ce, à
compter du premier janvier 1967. Toutefois, la SONAS pouvait, si elle le jugeait
utile, assurer des risques en coassurance avec des sociétés d’assurances privées.
Dans ce cas, c’est elle qui devait toujours être la société apéritrice.
Par ailleurs, toutes les sociétés étrangères d’assurances agréées par elle
pour effectuer des opérations de coassurance, étaient obligées de présenter à
l’acceptation des autorités nationales compétentes une personne résidant au
Congo comme leur représentant responsable.
Enfin, les sociétés d’assurances qui exerçaient leurs activités au Congo
avant l’institution de ce monopole légal devaient s’abstenir d’accepter toutes
nouvelles souscriptions, sauf en ce qui concerne la reconduction, pour une année
au maximum, des contrats venant à échéance entre le 1er janvier et le 31 mars
1967. En ce qui concerne les contrats dont l’échéance se situe postérieurement au
31 mars 1967, elles continueront à en assurer la gestion et les obligations jusqu’à

11
Loi n°73/013 du 5 janvier 1973.
12
Loi n°74/007 du 10 juillet 1974.
13
Loi n°74/008 du 10 juillet 1974.
14
Cf. art. 4 de la loi n°08/007 du 7 juillet 2008 portant dispositions générales relatives à la transformation des
entreprises publiques ; Décret n° 09/12 du 24 avril 2009 établissant la liste des entreprises publiques transformées
en sociétés commerciales, établissements publics ou services publics

12
leur prochaine échéance, mais les clauses de reconduction de ces contrats
deviendront caduques à la date du 31 mars 1967.

SECTION III. LA LEGISLATION ET LE MARCHE DES ASSURANCES


APRES 2016

Après plusieurs décennies de monopole légal accordé à la SONAS en


matière d’assurances, l’Etat congolais qui s’est engagé depuis 2008 dans un
processus de désengagement de certaines de ses entreprises et de libéralisation de
certains secteurs d’activités a procédé en mars 2015 à la réforme de la
réglementation du secteur des assurances. Cette réforme, qu’un analyste a
qualifiée de « réveil d’une ‘belle au bois dormant’ »15, a consacré la libéralisation
du marché congolais des assurances.
Il convient d’abord de présenter ici le cadre légal qui sous-tend cette
réforme, puis de parcourir les principales innovations et d’étudier les différentes
conditions requises pour exercer les opérations d’assurances et, enfin, d’examiner
la classification et le regroupement des assurances ainsi que le régime répressif.

§1. Le cadre légal

La grande réforme intervenue en matière d’assurances en RDC a


comme soubassement la loi n°15/005 du 17 mars 2015 portant Code des
assurances16. Entrée en vigueur une année après sa promulgation, soit le 17 mars
2016, cette loi est complétée par un certain nombre d’actes réglementaires portant
mesures d’application, dont le décret n°16/001 du 26 janvier 2016 portant
création, organisation et fonctionnement de l’Autorité de régulation et de contrôle
des assurances (ARCA).
A. Contexte d’adoption
Depuis les premières interventions législatives en matière d’assurance
dans la décennie suivant l’accession de la RDC à l’indépendance, ce secteur était
longtemps régi par des textes non seulement disparates et obsolètes, mais aussi –
pour certains d’entre eux – non conformes aux instruments juridiques
internationaux en la matière. Aussi était-il nécessaire pour le législateur de
moderniser et d’unifier les normes sur les assurances, et ce en tenant compte à la

15
T.-G. Mitongo Kalonji, « La libéralisation effective du secteur des assurances en République Démocratique du
Congo ou le réveil d’une ‘belle au bois dormant’ », JuriAfrique, 10.05.2019.
16
Ci-après : Code des assurances.

13
fois des particularités, c’est-à-dire des besoins et des contraintes du marché, ainsi
que des engagements internationaux du pays17.
B. Champ d’application et contenu minimum
Le code des assurances s’applique principalement à toutes les
opérations d’assurances directes ou de réassurances réalisées en RDC et,
subsidiairement, aux opérations destinées à compléter dans certaines conditions
les garanties accordées par la législation sur la sécurité sociale 18. C’est que les
dispositions du code des assurances ne peuvent s’appliquer aux opérations
d’assurances et de réassurances ayant trait aux risques sociaux qui sont couverts
par les régimes de sécurité sociale gérés par la Caisse nationale de sécurité sociale
(CNSS) et par d’autres organismes spéciaux, telle que la Caisse nationale de
sécurité sociale des agents publics (CNSSAP), que lorsque ces opérations
viennent en complément et après épuisement des garanties de la sécurité sociale.
Structuré en sept livres contenant 512 articles, ce code réglemente les
opérations d’assurances et prévoit des règles d’organisation et de fonctionnement
des entreprises opérant dans ce secteur, y compris l’intermédiation. En outre, il
détermine les responsabilités de l’Etat en matière de régulation et de contrôle du
marché et institue des mécanismes particuliers de garantie de certains risques en
cas de non-identification des auteurs des dommages. Enfin, il prévoit des règles
sur les régimes comptable et fiscal et des dispositions transitoires et abrogatoires.

§2. Les principales innovations de la réforme

L’analyse croisée des dispositions du Code des assurances et de tous les


textes antérieurs montre que la réforme de 2015 en matière d’assurances a apporté
plusieurs innovations, dont les plus importantes sont l’ouverture du secteur à la
concurrence des entreprises privées, l’élargissement d’offres d’assurances par la
couverture d’un grand nombre des risques, la rationalisation du management et
de la surveillance des activités d’assurances, etc.
A. De la libéralisation du secteur des assurances
Conséquence de la suppression du monopole légal dont jouissait la
SONAS, l’activité d’assureur et de réassureur est désormais ouverte à des

17
Voir 6ème paragraphe de l’exposé des motifs du Code des assurances.
18
Art. 1 du Code des assurances.

14
opérateurs nationaux et internationaux, pour autant que ces derniers établissent
une filiale en République démocratique du Congo.
B. De l’instauration d’un nouveau cadre institutionnel
Le Code des assurances prévoit deux principales institutions
intervenant dans le secteur des assurances, l’une en tant qu’organe de régulation
et de contrôle et l’autre en tant qu’organe consultatif.
a) L’Autorité de régulation et de contrôle des assurances
L’Autorité de régulation et de contrôle des assurances (ARCA) prévue
par le Code des assurances est un établissement public à caractère technique, doté
de la personnalité juridique et placé sous la tutelle du Ministre ayant le secteur des
assurances dans ses attributions. En tant que tel, l’ARCA est régie par le décret n°
16/001 du 26 janvier 2016 qui la créent et qui déterminent les règles de son
organisation et de son fonctionnement ainsi que par la loi n° 08/009 du 7 juillet
2008 portant dispositions générales applicables aux établissements publics.
Chargée de veiller à la protection des droits des assurés et des
bénéficiaires des contrats d’assurances, à la solidité de l’assise financière des
entreprises d’assurances et de réassurance ainsi qu’à leur capacité d’honorer leurs
engagements, elle a reçu du législateur des missions spécifiques, qui sont
précisées par le décret n° 16/001 du 26 janvier 2016.
En résumé, il sied de retenir que les principaux mécanismes par lesquels
l’Etat, à travers l’ARCA, exerce son contrôle dans le secteur des assurances sont,
d’une part l’agrément, en tant qu’autorisation préalable d’exercice d’opérations
d’assurances directes et de réassurances, et d’autre part la vérification permanente
et tous azimuts du bon fonctionnement de ce secteur et du respect des normes
pertinentes par les entreprises agréées.
Outre l’autorité chargée de la régulation et du contrôle du secteur
d’assurances, le législateur a aussi créé un organe consultatif, à savoir le Conseil
consultatif des assurances (CCA).
b) Le Conseil consultatif des assurances
Le législateur a créé le Conseil consultatif des assurances (CCA),
comme un organe à caractère technique, dont la mission principale est d’examiner
et d’émettre des avis sur des questions dont il est saisi relativement à la situation

15
du secteur des assurances, à son organisation ainsi qu’aux moyens susceptibles
d’améliorer ses prestations19.
Il convient à cet égard de préciser qu’en tant qu’organe consultatif, les
avis que formule le CCA ne sont pas contraignants. Toutefois, ils peuvent inspirer
le Gouvernement ainsi que l’ARCA dans les politiques à développer et les actions
à entreprendre en matière d’assurances20, notamment pour une meilleure
régulation et une croissance solide du secteur.
C. De la création d’un fonds de garantie automobile
Le fonds de garantie automobile (FGA) est destiné à indemniser les
victimes des accidents de la circulation. Les modalités de son organisation et de
son fonctionnement sont fixées par décret du Premier Ministre.
Le FGA est institué pour supporter les frais médicaux et indemniser les
victimes des dommages résultant d’atteintes à leurs personnes du fait d’un
accident causé par un véhicule terrestre à moteur en circulation ainsi que ses
remorques et semi-remorques. Il n’intervient que lorsque le responsable des
dommages n’est pas connu ou n’est pas assuré, sauf par dérogation légale à
l’obligation d’assurances, et dans la limite des plafonds fixés par le ministre ayant
le secteur dans ses attributions, sur proposition de l’ARCA.
Le FGA paie directement aux victimes ou à leurs ayants droit les
indemnités qui ne peuvent être prises en charge à aucun autre titre, lorsque
l’accident ouvre droit à réparation. Il est subrogé dans les droits des victimes
indemnisées contre tout responsable identifié, en particulier contre
l’automobiliste ayant circulé sans assurance.
Pour le financement du FGA, le Code des assurances organise les
contributions suivantes :
- une contribution obligatoire de toutes les entreprises d’assurances ou de
réassurance agréées pour effectuer en RDC des opérations d’assurances
contre les risques de toute nature résultant de l’usage des véhicules
terrestres à moteur ;
- une contribution des assurés qui s’ajoute au montant des primes
d’assurances concernant les véhicules, assise sur toutes les primes versées
par les assurés aux entreprises d’assurances ;

19
Art. 397 et 398 du Code des assurances.
20
Dans le même sens, voir également P. Liongo Bootsi et A. Kasende M’bay, « Grandes lignes du nouveau Code
des assurances de la RDC », Lexology, 04.06.2015, p. 2.

16
- un prélèvement supporté par les propriétaires des véhicules automobiles en
infraction à l’obligation d’assurance des véhicules terrestres moteur ;
- des recouvrements effectués sur les débiteurs d’indemnités ;
- un produit des placements des fonds ;
- des remboursements et réalisations de valeurs mobilières et immobilières ;
- des dons, legs et produits divers ainsi que toute autre ressource qui pourrait
être attribuée au Fonds.

§3. Le regroupement des assurances

Les assurances sont regroupées principalement en branches. L’on


distingue en outre les assurances obligatoires de celles qui sont facultatives.
A. Regroupement par branches
Le Code des assurances organise plusieurs opérations d’assurances
qu’il regroupe en deux grandes branches, portant respectivement sur les
assurances incendie, accidents et risques divers (IARD) et sur les assurances vie
(art. 402).
a) La branche IARD
La branche des assurances incendie, accidents et risques divers porte
sur des opérations d’assurances couvrant les risques pouvant être regroupés en
dix-neuf catégories ci-après :
1. les accidents, y compris les accidents de travail et les maladies
professionnelles : notamment couverture des travailleurs et employés en
cas d'accident sur le lieu de travail ;
2. les maladies : Assurance maladie (soins médicaux, hospitalisation,
rapatriement sanitaire, etc.) ;
3. les corps de véhicules terrestres, autres que ferroviaires ;
4. les corps des véhicules ferroviaires ;
5. les corps des aéronefs ;
6. les corps des véhicules maritimes, lacustres et fluviaux ;
7. les marchandises transportées, y compris les marchandises, bagages et tous
autres biens ;
8. les incendies et éléments naturels : Assurance propriété (incendies, foudres,
explosions, inondations, etc.) ;
9. les autres dommages aux biens ;

17
10. la responsabilité civile des véhicules terrestres automoteurs : assurance
automobile (couverture des dégâts causés aux tiers en cas d’accident) ;
11. la responsabilité résultant de l’exploitation des aéronefs ;
12. la responsabilité civile des véhicules maritimes, lacustres et fluviaux ;
13. la responsabilité civile générale : Assurances responsabilité civile
professionnelle (Couverture des dommages causés au tiers dans le cadre du
travail) et vie privée (Couverture des dommages causés au tiers par soi-
même ou par un membre de famille dans le cadre non professionnel).
14. le crédit ;
15. la caution ;
16. les pertes pécuniaires diverses ;
17. la protection juridique ;
18. l’assistance ;
19. tout autre risque.
b) La branche des assurances vie
Cette branche regroupe des opérations d’assurances qui couvrent les
risques suivantes :
1. la vie-décès ;
2. les fonds d’investissement ;
3. la capitalisation
B. Regroupement par régime juridique
De différentes opérations d’assurances prévues par la législation
congolaise, certaines sont obligatoires, d’autres facultatives.
S’agissant des assurances obligatoires, certaines le sont par le fait de la
loi, tandis que d’autres peuvent l’être par décret du Premier Ministre pris en vertu
des articles 238 et 402 du Code des assurances. A ce jour, les assurances suivantes
sont obligatoires :
- l’assurance responsabilité civile des propriétaires de véhicules terrestres à
moteur ;
- l’assurance responsabilité civile des transporteurs aériens ;
- l’assurance responsabilité civile des transporteurs maritimes, fluviaux et
lacustres ou des voies de navigation intérieures ;
- l’assurance des risques de construction ;
- l’assurance incendie pour certains bâtiments ;

18
- l’assurance des facultés à l’importation, c’est-à-dire l’assurance des
marchandises importées par tous moyens de transport à des fins directement
ou indirectement commerciales ou industrielles.
Les assurances facultatives, quant à elles, sont constituées de toutes les
autres opérations d’assurances énumérées à l’article 402 du Code des assurances
dans l’une ou l’autre branche auxquelles s’applique encore entièrement le principe
d’autonomie de la volonté. Elles sont laissées à l’appréciation des souscripteurs
intéressés. Il en est ainsi par exemple des assurances maladie, responsabilité civile
générale, protection juridique et de toutes les assurances sur les corps des
véhicules (terrestres, ferroviaires, maritimes ou lacustres) et des aéronefs, etc.

19
CHAPITRE II. L’ORGANISATION DES ASSURANCES
Ce chapitre porte sur l’étude de la typologie des assurances, sur les
conditions d’exercice des opérations d’assurances et enfin sur la technique
d’assurance.

SECTION I. LA TYPOLOGIE DES ASSURANCES

Il existe plusieurs types ou formes d’assurances que l’on regroupe


généralement en recourant à trois principaux critères distinctifs, à savoir la forme
que revêt la société d’assurance, le régime juridique et l’objet de l’assurance.
Ainsi, l’on distingue respectivement les assurances à prime des assurances
mutuelles, les assurances sociales des assurances privées et, enfin, les assurances
de dommages des assurances de personnes.

§1. Les assurances à prime et les assurances mutuelles

A. Les assurances à prime


Elles sont organisées sous forme de sociétés anonymes. Ce sont des
sociétés qui sont distinctes des assurés et qui poursuivent la réalisation des
bénéfices en général et des dividendes au profit des actionnaires en particulier.
Dans ce type d’assurances, l’assureur s’engage envers l’assuré
moyennant une somme convenue et invariable appelée « prime » ; une somme
payée par l’assuré en contrepartie des garanties accordées par l’assureur. Assureur
et assuré ont des obligations et des intérêts opposés pour ce qui est de la prime21.
L’essentiel des primes encaissées doit non seulement permettre à
l’assureur de couvrir les risques et les frais généraux, mais aussi lui laisser une
part de bénéfice. L’intérêt de l’assureur est de voir la prime augmenter pour faire
plus de bénéfice alors que l’intérêt de l’assuré est de voir baisser la prime.
B. Les (assurances) mutuelles
L’assurance mutuelle est celle qui consiste pour un certain nombre de
personnes exposées à des risques similaires à se mettre ensemble pour faire face
à leur risque et constituer à cet effet une société qui est en réalité une association
(société mutuelle). Elle ne poursuit la réalisation d’aucun bénéfice.

21
L’assureur veut que la prime augmente pour faire plus de bénéfice tandis que l’assuré veut que cette prime
baisse.

20
Dans l’assurance mutuelle, chacun est à la fois associé et adhérent,
assureur et assuré. Les cotisations sont variables selon le nombre et l’importance
du risque au cours de l’exercice donné.

§2. Les assurances sociales et les assurances privées

A. Les assurances sociales


Les assurances sociales tendent à assurer une sécurité collective à
certains groupes sociaux ou à une catégorie particulière des membres de la société.
Il s’agit en clair d’un système d’assurance obligatoire des salariés, partiellement
à charge des employeurs, destiné à garantir les travailleurs et leurs familles contre
les principaux risques sociaux, naturels ou accidentels22. Les risques sociaux sont
entendus ici, au sens de la Convention n° 102 de l’Organisation internationale du
travail (OIT) et de la loi n° 16/009 du 15 juillet 2016 fixant les règles relatives au
régime général de la sécurité sociale, comme des événements inhérents à la vie en
société qui entrainent, pour la personne qui les subit, une baisse de ses revenus. Il
s’agit de la maladie, de la maternité, des accidents de travail et des maladies
professionnelles, de l’invalidité, du chômage, des charges de famille, de la
vieillesse ou du décès.
Ces assurances consistent en des cotisations sociales versées à un
organisme public (en RDC c’est à la CNSS et, pour certains agents publics, à la
CNSSAP), chargé de prendre en charge des risques sociaux au moyen des
prestations de sécurité sociale correspondantes. Elles se caractérisent donc par le
fait que d’autres personnes que les bénéficiaires participent également au
paiement des cotisations.
B. Les assurances privées
Elles visent la sécurité individuelle des assurés. Elles sont exploitées
généralement par des sociétés privées ou paraétatiques.

§3. Les assurances de dommages et les assurances de personnes

A. Les assurances de dommages


Il importe d’abord d’expliciter la notion d’assurances de dommages et
de parcourir leurs différentes catégories avant d’examiner le principe indemnitaire
qui s’y applique.

22
G. Cornu, Op. cit., p. 98.

21
a) Notion
La loi définit les assurances de dommages comme celles dans lesquelles
la prestation dépend d’un événement incertain qui cause un dommage au
patrimoine d’une personne23. Il s’agit en d’autres termes des assurances qui
couvrent le préjudice que subit personnellement l’assuré dans son patrimoine, à
la suite d’une perte, d’une destruction, d’une atteinte corporelle, d’un manque à
gagner ou de la réparation des dommages causés à autrui.
b) Catégories
Les assurances de dommages comprennent à la fois les assurances de
choses et les assurances de responsabilité.
(i) Les assurances de choses
Les assurances de choses ou de biens sont celles qui visent à indemniser
l’assuré pour le préjudice subi du fait de la détérioration, de la destruction ou de
la disparition de la chose assurée. Elles couvrent donc tant les pertes matérielles
(ex. : incendies, vol, vandalisme), que les pertes immatérielles (ex. : loyers).
(ii) Les assurances de responsabilité
Les assurances de responsabilité sont celles qui garantissent la prise en
charge, en lieu et place de l’assuré, des dommages causés aux tiers, soit par
l’assuré lui-même, soit par des personnes dont il est civilement responsable ou par
des chose qu’il a sous sa garde24. En d’autres termes, des dommages couverts ici
sont essentiellement ceux pour lesquels la responsabilité civile de l’assuré est
engagée et actionnée conformément aux articles 258 à 262 du Décret du 30 juillet
1888 sur les contrats ou obligations conventionnelles (dit Code civil congolais
livre III). En revanche, les dommages résultant d’une infraction et engageant
éventuellement la responsabilité pénale de leur auteur ne sont pas couverts par les
assurances de responsabilité.
Ainsi, lorsqu’il est mis en cause, l’assuré est fondé d’appeler son
assureur en garantie. Toutefois, ce dernier peut rejeter toute reconnaissance de
responsabilité et toute transaction intervenues en dehors de lui, au cas où le contrat
d’assurance aurait prévu une telle clause25. Pareille stipulation contractuelle
permet à l’assureur de prévenir les conséquences d’une reconnaissance hâtive de

23
Art. 3 point 6 du Code des assurances.
24
Art. 38 du Code des assurances.
25
Art. 56 du Code des assurances.

22
responsabilité de la part d’un assuré qui pourrait avoir agi sous le choc, l’émotion
ou la frousse à la suite de la survenance d’un fait dommageable où il serait
impliqué
c) Mode de règlement des prestations
Nous examinerons ici le principe applicable en matière de règlement
des prestations dans les assurances de dommages ainsi que ses implications.
(i) Enoncé du principe
Le règlement des prestations dans les assurances de dommages repose
sur le principe indemnitaire26, qui voudrait que l’assurance ne constitue pas une
source d’enrichissement. Par conséquent, l’assuré ne peut, en cas de sinistre,
exiger une indemnité qui soit supérieure à la valeur de la chose assurée au moment
du sinistre ou, de façon générale, qui dépasse le préjudice subi. Toutefois, ce
principe ne s’applique pas dans l’assurance incendie d’immeubles lorsque les
dommages subis sont tels que la restitution d’un immeuble neuf demeure la seule
solution pratiquement envisageable.
(ii) Implications
Le principe indemnitaire implique premièrement le droit pour
l’assureur qui a versé une indemnité du fait d’un sinistre d’exercer un recours en
remboursement contre l’auteur du dommage et son assureur éventuel. Il existe
ainsi une subrogation de l’assureur dans les droits de l’assuré. En effet, l’article
45 alinéa 1 du Code des assurances dispose que « l’assureur qui a payé
l’indemnité d’assurance est subrogé, jusqu’à concurrence de cette indemnité, dans
les droits et actions de l’assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le
dommage ayant donné lieu à la prestation de l’assureur ». Le deuxième alinéa du
même article renchérit que « l’assureur peut être déchargé en tout ou partie de sa
responsabilité envers l’assuré quand la subrogation ne peut plus, par le fait de
l’assuré, s’opérer en faveur de l’assureur ».
Le deuxième corollaire de ce principe consiste en l’indemnisation
conditionnelle du tiers lésé par l’assureur. En effet, l’assureur n’est tenu à payer
l’indemnité due à un tiers lésé par un fait imputable à son assuré que si ce tiers
n’a pas encore été désintéressé, jusqu’à concurrence de la somme réclamée, par
l’assuré lui-même27.

26
Cf. art. 37 du Code des assurances.
27
Cf. art. 57 al. 1 et art. 107 du Code des assurances.

23
En clair, ces règles visent à empêcher qu’un assuré ou un tiers lésé, dont
le dommage a déjà été pris en charge, selon le cas, par l’assureur ou par l’auteur
du fait dommageable, puisse encore se faire payer une indemnité pour le même
préjudice. Dans le premier cas, c’est à l’assureur que revient le droit d’exiger la
réparation après qu’il aura lui-même pris en charge le sinistre survenu à son
assuré. Mais pour ce faire, l’assuré concerné est tenu de ne rien entreprendre qui
puisse rendre inopérante ou impossible la subrogation de son assureur à ses droits.
Dans le second cas, c’est à l’assuré qui aura désintéressé la victime du dommage
causé par lui ou dont il est civilement responsable, et non à cette même victime,
qu’est reconnu le droit d’obtenir de l’assureur le remboursement de l’indemnité
payée.
(iii) Autres manifestations
Outre les principales implications examinées ci-haut, le principe
indemnitaire se manifeste aussi à travers les solutions concernant les questions
qui se posent en cas de surassurance, d’assurances cumulatives et de sous-
assurance.
On parle de surassurance lorsqu’un contrat d’assurance a été conclu
pour une somme supérieure à la valeur réelle de la chose assurée28. Au cas où cette
situation serait due à la fraude ou au dol à la charge de l’une des parties, l’autre
partie peut demander la nullité du contrat d’assurance et réclamer des dommages-
intérêts. Au cas contraire, le contrat demeure valable, mais uniquement jusqu’à
concurrence de la valeur réelle des objets assurés29. En clair, il y aura réduction
de l’assurance à sa juste valeur.
Les assurances cumulatives, quant à elles, désignent des situations où
plusieurs contrats d’assurance sont conclus sans fraude par le même souscripteur
pour garantir le même intérêt auprès de plusieurs assureurs. En cas de réalisation
du sinistre, le bénéficiaire du contrat peut s’adresser à l’assureur ou aux assureurs
de son choix, sans que le total des indemnités ne dépasse la perte subie30. En
d’autres termes, il est interdit au bénéficiaire des assurances cumulatives de se
faire indemniser concurremment par plus d’un assureur pour le même sinistre.
Autrement, ce serait une fraude à la législation sur les assurances qui, sans
préjudice des poursuites pénales, donne lieu à la nullité du contrat31.

28
G. Cornu (dir.), Op. cit., p. 1003.
29
Cf. art. 41 du Code des assurances.
30
Voir notamment art. 218 et 219 du Code des assurances.
31
Cf. art. 40 et 218 du Code des assurances.

24
Enfin, il y a sous-assurance lorsqu’au jour du sinistre la valeur de la
chose assurée excède la somme garantie32, soit parce que la déclaration faite au
moment de la souscription était inexacte, soit parce que la chose assurée aurait
acquis une valeur ajoutée en cours de contrat. Sauf stipulations contractuelles
contraires, cette situation donne lieu à l’application de la règle proportionnelle33.
C’est que le dommage est proportionnellement pris en charge par l’assureur et par
l’assuré.
B. Les assurances de personnes
Qu’entendre par assurances de personnes et que comportent-elles ?
Comment fonctionne leur indemnisation ?
a) Notion
Les assurances de personnes sont celles qui garantissent les risques dont
la survenance dépend de la survie ou du décès ainsi que de l’incapacité et de
l’invalidité de l’assuré34. Elles se rapportent essentiellement à la personne de
l’assuré.
b) Catégories
Font généralement partie des assurances de personnes les opérations
suivantes : les assurances sur la vie, y compris le contrat de capitalisation, ainsi
que les assurances contre les accidents corporels et contre la maladie. On y associe
également l’assurance de groupe.
(i) L’assurance-vie
L’assurance-vie consiste pour une personne à garantir, moyennant
paiement d’une prime unique ou des primes périodiques, des prestations dont le
versement à elle-même ou à un tiers qu’elle désigne dépend de sa survie à une
date déterminée ou de son décès avant cette date35. Dans ce cas, ce sont les deux
aspects, c’est-à-dire tant le risque de décès que la survie, qui sont pris en compte.
On parle ainsi d’assurance-vie mixte.
Toutefois, il est aussi possible que cette assurance ne couvre qu’un seul
de deux risques, soit le décès de l’assuré, soit sa survie. Dans la première

32
Cf. Art. 42 du Code des assurances.
33
G. Cornu, Op. cit., p. 981.
34
Art. 3 point 8 du Code des assurances.
35
S. Guinchard et T. Debard, Lexique des termes juridiques, 27ème éd., Paris, Dalloz, 2019, p. 94. Lire aussi la
définition légale à l’article 3 point 21 du Code des assurances.

25
hypothèse, elle sera dite assurance en cas de décès, et dans la seconde hypothèse,
elle sera qualifiée d’assurance en cas de vie36.
(ii) Le contrat de capitalisation
Le contrat de capitalisation est une opération d’assurance basée sur
l’appel à l’épargne et qui, contrairement à l’assurance-vie, garantit pour le
bénéficiaire le droit de percevoir le capital constitué par les versements effectués
et les intérêts produits, sans prendre en compte la probabilité de décès ou de survie
de l’assuré dans la détermination de la prestation.
(iii) L’assurance de groupe
L’assurance de groupe désigne une assurance collective, souscrite par
une personne (généralement un employeur) pour couvrir un ensemble de
personnes répondant à des conditions définies au contrat contre certains risques,
principalement contre les risques liés à la durée de la vie humaine, les risques
portant atteinte à l’intégrité physique de la personne ou liés à la maternité, les
risques d’incapacité de travail pour maladie ou invalidité, le risque de chômage,
etc.
c) Mode de règlement des prestations
Le règlement des prestations dans les assurances de personnes obéit au
principe forfaitaire. C’est que le montant des prestations en cas de réalisation de
l’évènement couvert est déterminé dans la police d’assurance, sans évaluation du
dommage subi. La prestation de l’assureur n’est pas soumise au principe
indemnitaire.

§4. Regard sur quelques types d’assurances

De différentes opérations d’assurances prévues par la législation


congolaise et organisées dans la pratique, nous allons examiner celles considérées
comme les plus courantes, à savoir les assurances contre l’incendie, les assurances
de transport, l’assurance responsabilité civile des propriétaires des véhicules
automoteurs terrestres, l’assurance de risque de construction, l’assurance maladie
et les assurances sur la vie, etc. Il sera question chaque fois de préciser l’objet de
la garantie ainsi que les règles particulières à chaque opération d’assurance
concernée.

36
Voy. G. Cornu (dir.), Op. cit., p. 98 .

26
A. L’assurance contre l’incendie
L’histoire attribue la genèse de cette assurance aux incendies de
Londres de 1666 qui avaient détruit plusieurs milliers de maisons et d’églises dans
un seul quartier37. Le législateur la rend obligatoire pour tout bâtiment ou
immeuble ou catégorie d’immeuble, à usage administratif, culturel, sanitaire ou
scolaire, les salles de spectacle ou de loisirs, les immeubles de rapport, ceux à
usage industriel, agro-industriel, artisanal ou commercial en général (art. 210 al.
1). Elle est facultative dans les autres cas, notamment pour les biens mobiliers
ainsi que pour les immeubles non concernés par les spécifications contenues dans
le décret du Premier Ministre pris en vertu de l’article 210 alinéa 2 du Code des
assurances.
a) Objet et étendue de la garantie
L’assurance contre l’incendie garantit principalement tous les
dommages matériels causés à un bien mobilier ou immobilier à la suite d’une
conflagration, d’un embrasement ou d’une simple combustion entraînant la
destruction partielle ou totale de ce bien38. Les dommages garantis doivent donc
résulter de l’action directe d’un feu qui s’est propagé39, et non d’un simple contact
direct et immédiat du feu ou d’une substance incandescente n’ayant pas dégénéré,
encore moins de l’action de la chaleur sans aucun lien avec un embrasement
quelconque40.
Sont également couverts par la garantie tous les dommages matériels
occasionnés aux objets assurés à la suite des opérations de secours et des mesures
de sauvetage exercées pour maîtriser l’incendie (art. 49) et, le cas échéant, la perte
ou la disparition de ces objets survenue pendant l’incendie, à moins que l’assureur
ne prouve que cette perte ou cette disparition est consécutive à un vol ou à une
dissimilation (art. 50). Cette garantie s’étend aussi au recours des voisins et/ou
des tiers (art. 213 in fine) ainsi qu’aux dommages corporels résultant de l’incendie
(art. 214 al. 1).
En revanche, sont exclus de la garantie d’assurance les dommages
résultant des incendies causés par des catastrophes naturelles, notamment les
séismes, les éruptions volcaniques, les tempêtes, les ouragans ou les cyclones, et
les conséquences des cataclysmes d’origine humaine, la guerre civile, les émeutes

37
Voir notamment Kande Buloba Kasumpata, Op. cit., pp. 23-24.
38
Art. 47 al. 1 du Code des assurances.
39
G. Cornu, Op. cit., p. 531.
40
Art. 47 al. 2 du Code des assurances.

27
et les activités nucléaires (art. 52). Toutefois, les parties peuvent convenir,
moyennant compléments de prime justifiés, d’étendre cette garantie à certains
risques qui ne sont pas en rapport avec l’incendie, mais relèvent plutôt de l’action
du vent, y compris les tempêtes, des ouragans ou des cyclones et de la foudre (art.
53).
b) Evaluation des dommages
Les dommages matériels résultant de l’incendie sont évalués par les
parties conformément aux stipulations contractuelles. A défaut d’une évaluation
convenue entre les parties, les dommages sont fixés par un expert choisi par elles.
Au cas où les résultats de l’expertise ne seraient pas disponibles dans les six mois
suivant le dépôt de l’état de pertes assorti des pièces justificatives pertinentes, la
partie la plus diligente – logiquement l’assuré – peut saisir le tribunal compétent
pour faire valoir ses droits (art. 48).
B. Les assurances maritimes, fluviales et lacustres
Les assurances maritimes41, fluviales et lacustres sont celles qui visent
à garantir les risques afférents aux opérations de transport maritime, fluvial et
lacustre ainsi que les risques liés aux navires, bateaux ou embarcations qui ne sont
couverts que pour la durée de leur séjour dans les ports, rades42 ou autres lieux,
qu’ils soient à flots, en cale sèche ou en construction (art. 58). Elles concernent
aussi les risques susceptibles de survenir, dans le cadre du transport multimodal,
lors des parties du voyage effectuées par d’autres voies, dès lors qu’une partie du
voyage est effectuée sur mer (art. 102). En revanche, les risques liées aux activités
de navigation de plaisance ne rentrent pas dans le champ de ces assurances.
a) Fondement et spécification des risques
Ces assurances se fondent sur les risques de la navigation, qui
surviennent respectivement en mer, dans les ports et rades ainsi que dans leurs
dépendances ayant une communication directe avec la mer et sur les eaux

41
Historiquement, on rattache la genèse de ces assurances à la pratique de « prêt à la grosse aventure » ou
« nautika » connue au Moyen Age comme un mélange de spéculation et d’assurance. Elle consistait pour un
négociant à contracter un prêt à un taux très élevé auprès d’un particulier pour financer une expédition maritime
avec ceci de particulier que si le navire arrivait à bon port avec sa cargaison, non seulement le préteur était
remboursé, mais il participait aussi aux bénéfices de l’expédition réalisée ; en revanche, au cas où le navire périssait
au cours de l’expédition, le prêteur perdait sa mise, c’est-à-dire toute sa créance. Voy. notamment G. Cornu, Op.
cit., p. 800 ; F. Lukau Nkodi, Op. cit., p. 26.
42
Une rade est un bassin naturel ou artificiel de vastes dimensions, ayant une issue vers la mer, où les navires
trouvent un bon mouillage.

28
intérieures, navigables ou flottables, les eaux des fleuves étant considérées telles,
depuis le point de l’aval déterminé par la législation fluviale43.
Du point de vue de leur spécification, on distingue les risques de
navigation ordinaires des risques de guerre ou encore de troubles civils44. Les
risques ordinaires sont ceux qui sont inhérents aux milieux où s’exercent les
opérations de navigation. Sont considérés comme tels toute fortune de mer ou des
voies de navigation intérieures45, le vol, le pillage et la piraterie, les fautes et
négligences du capitaine et de l’équipage ainsi que les sacrifices consentis pour
faire face aux risques énumérés ci-avant.
Quant aux risques de guerre, ils font allusion à tous les actes de captivité
et de réquisition en propriété, de violence et de torture, de sabotage, de torpilles
et de représailles, consécutifs à un conflit armé de quelque nature que ce soit
(guerre civile, révolution, rébellion, mutinerie, conflit international) ainsi que les
dépenses extraordinaires qui en résultent.
Enfin, les risques de troubles civils se rapportent aux conflits collectifs
de travail (grèves et lock-out) ainsi qu’aux émeutes, pillages et tous autres
mouvements populaires pouvant occasionner des actes de malveillance ou de
sabotage.
b) Objet et étendue de la garantie
Les assurances maritimes, fluviales et lacustres peuvent être conclues
sur corps ou sur facultés46, selon qu’elles portent sur le navire en tant que tel ou
sur les marchandises transportées, à condition que les biens assurés ne soient pas
réputés illicites par la loi du lieu de la conclusion ou de l’exécution du contrat ou
par celle des parties contractantes (art. 59). Ainsi, à titre d’exemple, une cargaison
de drogue ou de toutes autres marchandises interdites ne saurait être couverte par
une assurance maritime, fluviale ou lacustre.
Il convient à cet égard de préciser que l’assurance sur corps ne concerne
pas que les navires à flots, mais aussi ceux en cale sèche ou en construction. Elle
est à la fois une assurance de choses et une assurance de responsabilité. En effet,
elle garantit d’une part les dommages matériels subis par le navire et ses
dépendances assurées, et d’autre part, dans la limite de la valeur du corps, les

43
Lire pour l’ensemble l’article 63 al. 2 et 3 du Code des assurances.
44
Art. 61 et 62 du Code des assurances.
45
Font partie de cette catégorie des risques : la tempête, le naufrage, l’échouement, l’abordage, le heurt contre un
corps fixe, mobile ou flottant, le feu, l’explosion, etc.
46
Pour plus de détails sur la distinction entre les deux concepts, voir G. Cornu, Op.cit., pp. 277 et 447.

29
dommages causés aux tiers par le navire assuré, notamment en cas d’abordage
fautif ou de heurt de ce navire contre un bâtiment ou un corps fixe, mobile ou
flottant. Toutefois, prise sous l’angle de la responsabilité civile, l’assurance sur
corps ne couvre pas les dommages survenus aux personnes, ni ceux subis par les
marchandises embarquées à bord du navire assuré47.
Quant à l’assurance sur facultés, elle couvre les pertes et dommages
matériels causés aux marchandises par tous accidents ou évènements de force
majeure48 survenus non seulement en cours de transport, mais aussi lors des
opérations de chargement et de déchargement.
Dans tous les cas, la garantie s’étend également aux sacrifices faits et
aux dépenses extraordinaires exposées dans l’intérêt du navire et de toute
l’expédition maritime49, telles que les contributions d’avaries communes50, les
dépenses d’assistance51 et de sauvetage et les mesures conservatoires. En
revanche, les dommages énumérés à l’article 75 du Code des assurances sont
exclus de la garantie. Il s’agit notamment des dommages et pertes matériels
résultant des amendes, confiscations, mises sous séquestre, réquisitions, mesures
sanitaires ou de désinfection ou consécutifs à des violations de blocus, actes de
contrebande, de commerce prohibé ou clandestin, des dommages et intérêts ou
autres indemnités à raison de toutes saisies ou cautions données pour libérer les
objets saisis, etc.
Enfin, il existe plusieurs formules concernant l’étendue de la garantie,
dont les plus connues sont « la garantie tous risques » et la « garantie Franc
d’Avaries Particulières sauf » (FAP sauf). Comme son nom l’indique, la première
formule garantit tous les risques auxquels sont exposées les marchandises
assurées. En revanche, la garantie FAP sauf est une formule d’assurance qui ne
garantit les biens assurés que contre les évènements énumérés dans la police
d’assurance52. Par ailleurs, l’assurance peut être conclue soit pour un voyage

47
Art. 88 du Code des assurances.
48
Art. 97 du Code des assurances.
49
Cf. art. 69 et 82 du Code des assurances.
50
Les avaries communes désignent les sacrifices d’une partie de l’embarcation maritime décidés ou consentis
intentionnellement par le capitaine en vue du salut commun de l’expédition maritime, c’est-à-dire dans le but de
sauver le navire, son équipage et sa cargaison contre un danger imminent (naufrage). Cf. Cours de droit maritime
(L3 Droit économique et social).
51
L’assistance maritime s’entend de tout acte entrepris pour porter secours à un navire ou à tout bâtiment flottant
en danger dans des eaux navigables ou dans n’importe quelles autres eaux. Elle est en principe gratuite et ne donne
qu’exceptionnellement lieu à rémunération, en l’occurrence en cas de succès de l’opération, en application de la
règle dite « no cure, no pay » (pas de résultat utile, pas de rémunération). Sur cette question, lire notamment les
articles 1 litera a) et 12 de la Convention de Londres du 28 avril 1989 sur l’assistance ; voy. aussi S. Guichard et
T. Debard, Op. cit., p. 87
52
Art. 81 al. 2 du Code des assurances.

30
(police au voyage), soit pour plusieurs voyages ou expéditions successives (police
flottante ou police d’abonnement)53, à condition que chaque expédition soit
préalablement déclarée à l’assureur.
c) Règle particulière en cas de sinistre majeur
En cas de sinistre majeur, l’assuré a le droit d’exiger de l’assureur,
moyennant abandon des choses assurées (le navire et/ou les marchandises), le
paiement de l’intégralité de l’indemnité, comme s’il s’agissait d’une perte totale.
Dans le langage technique, on parle de « délaissement »54. Pour ce faire, le sinistre
doit être notifié à l’assureur dans un délai de six mois, à compter du jour de la
réception de la nouvelle de l’évènement, et suivant l’une des formes prescrites
dans le code des assurances. Si le délaissement signifié est accepté ou jugé
valable, les choses assurées appartiennent à l’assureur, avec effet rétroactif au jour
du délaissement.
C. L’assurance responsabilité civile automobile55
a) Caractère et champ d’application
L’assurance responsabilité civile automobile est une assurance que
doivent souscrire les propriétaires des véhicules terrestres à moteur avant leur
mise en circulation. Elle est donc une assurance obligatoire ; cette obligation
s’applique aussi aux véhicules appartenant à l’Etat (art. 108) et à tous les véhicules
en circulation internationale sur le territoire congolais (art. 125 al. 1 in fine).
b) Objet et étendue de la garantie
Cette assurance garantit les dommages corporels ou matériels causés
aux tiers par un véhicule terrestre à moteur, par ses remorques ou semi-remorques,
ses accessoires et les produits servant à leur utilisation ainsi que les objets et
substances qu’ils transportent. Les évènements générateurs de ces dommages
peuvent être l’accident, l’incendie ou l’explosion du véhicule ou de ses
accessoires ainsi que la chute de ces mêmes accessoires ou des objets transportés
(art. 112).
Dès lors, l’état, l’âge et l’usage (privé ou professionnel) du véhicule
constituent des données fondamentales qui influent sur le contenu des

53
Art. 99 et 100 du Code des assurances.
54
Cf. art. 83 à 86, 93 et 103 du Code des assurances.
55
Les développements ci-dessous s’appliquent mutatis mutandis aux assurances de responsabilité civile des
transporteurs aériens (art. 184 à 187 du Code des assurances) et des transporteurs maritimes, fluviaux et lacustres
ou des voies de navigation intérieures (art. 188 à 188888 du Code des assurances).

31
engagements des parties. Aussi toute modification, notamment technique,
apportée au véhicule doit être communiquée à l’assureur, parce que susceptible
d’aggraver les risques couverts par le contrat. Il en est ainsi par exemple de
l’adjonction de petites remorques ou semi-remorques (art. 110).
Du point de vue de son étendue, l’assurance RC automobile couvre la
responsabilité civile non seulement du propriétaire du véhicule concerné, mais
aussi de toute personne qui en a la garde ou la conduite, même non autorisée, à
l’exception des professionnels de la réparation, de la vente et du contrôle de
l’automobile (art. 108) qui, eux, doivent souscrire leur propre assurance tant pour
les véhicules qui leur sont confiés par les clients que pour ceux utilisés dans le
cadre de leur activité professionnelle (art. 109).
Toutefois, l’étendue de la garantie n’est pas illimitée. L’article 113 du
Code des assurances énumère les différents cas d’exclusions de garantie
autorisées, à savoir les dommages subis par les personnes ou les biens ci-après :
- Le conducteur du véhicule ;
- Les membres de la famille du conducteur, de l’assuré, du souscripteur et du
propriétaire du véhicule ;
- Les salariés ou préposés de l’assuré, en service, responsable des dommages
dans la mesure où ces dommages sont déjà pris en charge dans le cadre de
la législation sur les accidents du travail ;
- Le voleur du véhicule assuré ou ses complices même transportés dans le
véhicule ;
- Les immeubles, choses ou animaux dont le propriétaire du véhicule ou son
conducteur sont propriétaires ou qui leur sont loués ou confiés à quelque
titre que ce soit ;
- Les marchandises ou objets transportés, sauf en ce qui concerne la
détérioration des vêtements des personnes transportées lorsque celle-ci est
l’accessoire d’un accident corporel ;
- Les victimes de chargement ou du déchargement du véhicule.
De même, l’article 114 alinéa 1 du même code prévoit la possibilité pour les
parties d’exclure, par une clause contractuelle, la garantie pour des dommages
causés par un véhicule dont « le conducteur, au moment du sinistre, n’a pas l’âge
requis ou ne possède pas le permis de conduire en état de validité exigé par la
réglementation en vigueur pour la conduite du véhicule, sauf en cas de vol, de

32
violence ou d’utilisation du véhicule à l’insu de l’assuré »56, mais aussi pour les
dommages subis par les personnes transportées lorsque le transport n’est pas
effectué dans les conditions suffisantes de sécurité fixées par le constructeur du
véhicule ou par la réglementation pertinente57. Voir aussi article 115 point 2 du
Code des assurances.
D. L’assurance des risques de construction
L’assurance des risques de construction est une assurance à laquelle est
assujetti tout professionnel des bâtiments chargé de construire, de restaurer ou de
réhabiliter un ouvrage. Toutefois, l’obligation de souscription de cette assurance
ne s’applique pas en cas de construction des bâtiments à usage d’habitation privée
des particuliers, lorsque ces bâtiments comportent moins de trois étages ou
lorsque la superficie couverte totale est inférieure à 800 mètres carré58. Elle ne
s’applique pas non plus au pouvoir central, aux provinces, aux entités territoriales
décentralisées et aux personnes morales de droit public, notamment pour la
réalisation des ouvrages énumérés à l’article 205 alinéa 3 du Code des assurances.
Cette assurance garantit les dommages à l’ouvrage ainsi que la
responsabilité civile du constructeur vis-à-vis du propriétaire et des usagers de
l’ouvrage pendant une période déterminée.
a) L’assurance des dommages à l’ouvrage
Prise sous l’angle de garantie des dommages à l’ouvrage, l’assurance
des risques de construction, qui doit être souscrite avant l’ouverture du chantier,
garantit au constructeur la prise en charge des dommages matériels qui pourraient
éventuellement survenir à l’ouvrage en cours des travaux. Elle couvre la valeur
totale de l’ouvrage ainsi que les dommages résultant de l’emploi des matériaux
impropres ou défectueux, le travail défectueux, les erreurs de dessin ou de calcul
et les dommages dus au vol (art. 193 et 194).

56
Le législateur ne cite pas ici la conduite en état d’ivresse. Il considère d’ailleurs comme nulle toute clause
contractuelle stipulant la déchéance de la garantie de la responsabilité civile de l’assuré en cas de condamnation
pour conduite en état d’ivresse ou sous l’emprise de substances prohibées. Cf. art. 118 du Code des assurances.
57
C’est le cas des personnes transportées dans des véhicules poids lourds destinés exclusivement au transport des
marchandises ou encore des personnes voyageant à bord des véhicules interdisant expressément, au moyen d’une
inscription visible faite au véhicule, le transport des passagers.
58
Voir art. 205 al. 2 du Code des assurances et Décret n°18/012 du 02 mai 2018 fixant les conditions de dérogation
à l’obligation d’assurance des risques de construction pour les bâtiments à usage d’habitation privée des
particuliers.

33
Elle est valable pour toute la durée des travaux, soit de l’ouverture du
chantier jusqu’à la réception définitive de l’ouvrage59. En cas de suspension de la
garantie ou de résiliation du contrat d’assurance, l’assureur doit en informer
l’ARCA dans un délai de trente jours.
b) L’assurance de responsabilité décennale
Aux termes de l’article 439 du Code civil congolais livre III, les
architectes et entrepreneurs sont responsables pendant dix ans des dommages
survenus à l’ouvrage (qu’ils ont construit) à cause d’un vice de construction, y
compris le vice du sol.
Cette responsabilité doit faire l’objet d’une souscription d’assurance qui
prend effet à compter de la réception définitive de l’ouvrage et s’étend à une
période de dix ans, sans interruption. La garantie qu’elle prévoit bénéficie au
maître ou aux propriétaires successifs de l’ouvrage, jusqu’à son expiration (art.
198).
E. L’assurance-vie et le contrat de capitalisation
Cf. articles 242 à 278.

SECTION II. L’EXERCICE DES OPERATIONS D’ASSURANCES

Nous allons d’abord parcourir les différentes conditions d’exercice des


opérations d’assurances avant de présenter les professionnels d’assurances.

§1. Les conditions d’exercice des opérations d’assurances

Le législateur subordonne l’exercice des opérations d’assurances et de


réassurances par une quelconque entreprise à la réunion d’un certain nombre des
conditions (A), en vue d’empêcher l’accès à ce marché aux professionnels qui ne
disposent pas de garanties financières suffisantes ou ne sont pas crédibles en
affaires. Ces conditions font l’objet d’un examen approfondi dans le cadre de la
procédure d’agrément (B).

59
Art. 197 du Code des assurances et art. 2 du Décret n°18/013 du 2 mai 2018 fixant la durée de la garantie de
l’assurance des dommages à l’ouvrage.

34
A. Les conditions de fond
Ces conditions concernent non seulement les entreprises, mais aussi les
autres professionnels d’assurances, en l’occurrence les intermédiaires
d’assurances.
a) De la formation des entreprises d’assurance
Trois principales conditions sont requises de toute entreprise intéressée
par l’exercice des opérations d’assurances et de réassurances en RDC. Elles
portent respectivement sur la forme sous laquelle l’entreprise concernée doit être
constituée, sur ses capacités financières et sur l’établissement de son siège social.
En effet, la loi exige d’une entreprise qui veut être agréée pour exercer
dans le secteur des assurances qu’elle se constitue sous la forme soit d’une société
anonyme (SA) non unipersonnelle, régie par l’Acte uniforme de l’OHADA relatif
au droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique
(AUDSCGIE), soit d’une mutuelle60 dont les modalités de création,
d’organisation et de fonctionnement sont fixées par le Code des assurances61.
S’agissant de la preuve des capacités financières, elle est établie au
moyen du capital minimum, dont le montant dépend de la forme choisie pour la
constitution de l’entreprise. Ce montant est de dix milliards de Francs congolais,
non compris les apports en nature, pour les entreprises d’assurances constituées
sous la forme de SA non unipersonnelle ou de trois milliards de Francs congolais,
non compris les apports en nature, pour les mutuelles.
Enfin, l’entreprise concernée est tenue de fixer son siège social en
62
RDC . Toutefois, les opérateurs étrangers peuvent exceptionnellement être
autorisés par le Ministre ayant le secteur des assurances dans ses attributions et
après avis de l’ARCA à opérer sur le territoire national lorsqu’aucune entreprise
nationale n’est en mesure d’offrir une couverture adéquate d’un risque ou d’une
catégorie de risques spécifiques et ce, moyennant le respect de certaines
conditions.

60
Art. 285 du Code des assurances.
61
Cf. art. 303 à 350 du Code des assurances.
62
Art. 285 du Code des assurances in fine.

35
b) De la qualité d’intermédiaires d’assurance
S’agissant des intermédiaires d’assurances, la loi exige qu’ils répondent
à des exigences d’honorabilité et de capacité et qu’ils possèdent la qualification
et l’expérience professionnelle avérées.
L’honorabilité fait allusion aux vertus du candidat. Ainsi, en application
de cette exigence, les personnes suivantes ne peuvent être agréées comme
intermédiaires d’assurances :
- toute personne ayant été condamnée (de manière irrévocable) à une peine de
servitude pénale principale (peine d’emprisonnement) pour infraction
intentionnelle ;
- toute personne ayant exercé des fonctions d’administrateur ou de directeur
dans des entreprises ayant fait l’objet d’une mesure de redressement ou de
liquidation judiciaire, de faillite personnelle ou de banqueroute, etc. ;
- toute personne ayant fait l’objet d’une mesure de destitution de fonction
d’officier du ministère public en vertu d’une décision de justice.
Il y a lieu de noter que les critères d’honorabilité ci-dessus retenus par
le Code des assurances sont très rigides et ne tiennent pas compte des effets de la
resocialisation d’une personne jadis condamnée, ni des performances ultérieures
dont peuvent faire montre des personnes ayant précédemment fait l’objet de
mesures de faillite ou de destitution par décision de justice.
S’agissant de la capacité, elle fait référence à l’âge et à la nationalité du
candidat. Ce dernier doit en effet être majeur. En outre, le législateur congolais
voudrait réserver l’exclusivité de la qualité d’intermédiaires d’assurances aux
citoyens congolais. Les étrangers ne peuvent être admis que sous réserve de
réciprocité, c’est-à-dire si les pays concernés autorisent aussi les citoyens
congolais d’exercer les mêmes activités sur leur sol.
Enfin, quant à la qualification et à l’expérience professionnelle, le Code
des assurances établit des conditions de diplôme et/ou d’expérience
professionnelle. Le diplôme admis doit être repris sur la liste dressée à cet effet
par l’ARCA, tandis que l’expérience professionnelle admise est celle acquise dans
des entreprises commerciales ou industrielles, ou encore dans l’administration.
Les opérateurs qui remplissent ces exigences préliminaires doivent
ensuite solliciter une autorisation administrative préalable auprès de l’ARCA.

36
B. L’obtention de l’agrément
L’agrément est l’autorisation accordée par l’Autorité de régulation et
de contrôle des assurances aux entreprises désirant exercer les opérations
d’assurances en RDC. Aucune entreprise ne peut commencer des opérations dans
ce secteur sans avoir été agréée. Il sera question de présenter ici la procédure
d’obtention de cette autorisation ainsi que les critères d’examen et les avis
éventuels.
a) Procédure
La procédure de demande d’agrément est presque la même, qu’il
s’agisse des sociétés de droit congolais ou des sociétés étrangères, mais avec
quelques petites différences qu’il convient de signaler.
S’agissant des entreprises de droit congolais, le Code des assurances
exige que leurs demandes d’agrément soient présentées en 5 exemplaires,
accompagnées de certaines pièces obligatoires, à savoir :
- la liste des branches que l’entreprise se propose de pratiquer ;
- la liste des pays étrangers où l’entreprise se propose d’opérer, s’il y a lieu ;
- un des doubles de l’acte authentique constitutif de l’entreprise ou une
expédition ;
- le procès-verbal de l’assemblée générale constitutive ;
- deux exemplaires des statuts, une attestation de dépôt bancaire et le relevé de
compte bancaire enregistrant les versements effectués pour la libération du
capital social ou du fonds d’établissement ;
- la liste des administrateurs et directeurs ainsi que toute personne appelée à
exercer en fait les fonctions équivalentes, avec les noms, post-noms, prénoms,
domicile, nationalité, date et lieu de naissance de chacun d’eux. Ces personnes
doivent produire un extrait de leur casier judiciaire datant de moins de trois
mois et, si elles sont de nationalité étrangère, elles doivent satisfaire aux
exigences des lois et règlements relatifs à la police des étrangers ;
- un programme d’activités, qui doit préciser la nature des risques que
l’entreprise se propose de garantir et contenir en annexes :
o Deux exemplaires des polices et imprimés destinés à être distribués au
public ou à être publiés pour chacune des branches faisant l’objet de la
demande d’agrément ;

37
o Deux exemplaires des tarifs pour chacune des branches faisant l’objet
de la demande d’agrément.
Quant aux sociétés étrangères, outre la forme de constitution et les
pièces exigées des sociétés de droit congolais, elles doivent présenter la preuve de
l’implantation d’une filiale en RDC. Toutefois, le Ministre ayant le secteur des
assurances dans ses attributions peut autoriser une entreprise étrangère (qui n’a
pas fixé son siège social en RDC) à pratiquer les activités d’assurances lorsque,
après avis de l’ARCA, il est constaté que le marché national n’offre pas une
couverture d’assurance adéquate pour un risque quelconque ou une catégorie des
risques.
Une entreprise étrangère autorisée dans ces conditions obtient un
agrément temporaire portant acceptation d’un mandataire spécial, qui est une
personne physique possédant la qualité et l’expérience professionnelle requise. Ce
mandataire doit choisir son domicile temporaire sur le territoire de la RDC et
justifier par une déclaration solennelle n’avoir pas fait l’objet d’une condamnation
à l’étranger. Il doit enfin fournir la preuve des capacités financières
proportionnelles au risque à couvrir.
Enfin, la même procédure de demande d’agrément s’applique aux
entreprises voulant exercer à titre exclusif l’activité de réassurance.
Toutefois, l’agrément n’est pas exigé en ce qui concerne les entreprises
suivantes :
- Les entreprises dont les opérations de réassurance sont totalement garanties
par l’Etat pour des raisons d’intérêt public ;
- les entreprises de réassurance étrangères autorisées à pratiquer entièrement ou
partiellement les opérations de réassurance ;
- les entreprises de réassurance régionales africaines ou interafricaines agissant
au bénéfice des accords bilatéraux ou interétatiques en vertu desquels la RDC
est partie prenante.
Signalons que tous les documents accompagnant les demandes
d’agrément doivent être rédigés en français.
b) Critères d’examen, avis et recours
Lorsqu’elle examine les demandes d’agrément qui lui sont transmises
suivant la forme prescrite, l’ARCA tient compte de plusieurs critères, dont les
plus importants portent sur les moyens techniques et financiers et leur adéquation

38
au programme d’activité de l’entreprise, l’honorabilité et la qualification des
personnes chargées de la gestion de l’entreprise d’assurance, la répartition du
capital ou les modalités de constitution du fonds d’établissement et l’organisation
générale du marché63.
A l’issue de l’examen de la demande, l’ARCA peut décider soit
d’accorder l’agrément à l’entreprise concernée, soit de le lui refuser, le refus
pouvant être partiel ou total. Toutefois, lorsqu’elle envisage de rejeter une
demande, l’ARCA est tenue d’avertir préalablement le demandeur afin de lui
permettre de présenter, dans les quinze jours suivant la mise en demeure, ses
observations éventuelles. Dans tous les cas, l’avis final de l’ARCA doit être
motivé et notifié au demandeur.
En cas de refus (partiel ou total), le demandeur peut dans les deux mois
suivant la notification de ce refus ou, à l’absence de notification, à l’expiration
d’un délai de trois mois à compter du dépôt de son dossier régulièrement
constitué, déposer un recours devant le Ministre ayant le secteur des assurances
dans ses attributions. Malheureusement, le législateur ne détermine pas le délai
légal nécessaire pour le traitement d’un tel recours et ne précise pas non plus son
sort en l’absence de réponse de l’autorité hiérarchique saisie ou en cas de
confirmation du rejet de la demande. Dans la doctrine, on s’accorde à admettre
que « les décisions du Ministre confirmant le rejet total ou partiel de l’agrément,
ou son silence éventuel après les délais prévus par les règles de droit commun en
matière de recours administratif, sont attaquables devant les juridictions
administratives compétentes »64.
Enfin, il convient de noter qu’un certain nombre des sociétés privées
ont été agréés respectivement en mars 2019 et en mars 2020 pour exercer les
activités d’assurances ou de courtage sur le territoire congolais aux côtés de la
SONAS. Font partie des sociétés agréées dans la catégorie des sociétés
d’assurance : Activa Assurance RDC, Société Financière d’Assurance Congo
(SFA Congo), Rawsur SA, Rawsur Life SA, SUNU Assurances IARD, Mayfair
Insurance Congo SA, Global Pionner Assurance SA.
Par ailleurs, les sociétés Allied Insurance Brokers SARL, Gras Savoye
RDC, Juasur SA, Elite Congo SARL et Société Dambana Assurances SARLU ont
été autorisées à exercer comme courtiers d’assurances.

63
P. Liongo Bootsi et A. Kasende M’bay, Op. cit., p. 3.
64
Voir notamment P. Liongo Bootsi et A. Kasende M’bay, Op. cit., p. 3.

39
c) Suspension, caducité et retrait
L’agrément octroyé aux entreprises est susceptible de suspension, de
caducité ou de retrait.
S’agissant de la caducité, l’agrément est caduc de plein droit soit en cas
de transfert de portefeuille, soit lorsque l’entreprise bénéficiaire de l’agrément n’a
pas commencé les opérations correspondantes dans un délai de deux ans à dater
de la publication de la décision d’agrément au Journal Officiel, ou lorsqu’elle ne
souscrit à aucun contrat de la branche ou sous-branche pour laquelle l’agrément a
été obtenu. L’agrément est également caduc en cas de renonciation par
l’entreprise agréée ; dans ce dernier cas, la caducité n’est pas de plein droit, mais
doit être constatée par l’ARCA à travers une décision publiée au Journal Officiel.
Pour ce qui est du retrait, il est décidé par l’ARCA en cas de défaut de
l’entreprise concernée à mettre en œuvre les mesures nécessaires prises par ladite
autorité pour renforcer les garanties financières indispensables lorsqu’il est
constaté un déséquilibre grave dans la situation financière de l’entreprise. La
décision de retrait total de l’agrément emporte, à dater de sa publication au Journal
Officiel et pour toute entreprise, l’interdiction d’opérer sur le territoire national
de la RDC.
C. Le respect des obligations légales
Les entreprises d’assurances et de réassurances sont soumises à
plusieurs obligations légales, dont les plus fondamentales sont la mention de
certaines informations dans tous les documents publics, la communication de ces
documents à l’ARCA, le respect de la spécialité dans l’exercice des opérations
d’assurances et la constitution d’une association professionnelle.
En effet, le législateur congolais exige que tous les documents des
entreprises d’assurances et de réassurances destinés à être publiés ou distribués au
public doivent mentionner, après le nom et la raison sociale, le numéro
d’agrément de l’entreprise concernée. Ces documents doivent au préalable être
communiqués en cinq exemplaires à l’ARCA, qui peut prescrire des rectifications
ou modifications nécessitées par la règlementation en vigueur.
S’agissant du respect de la spécialité, les entreprises d’assurances et de
réassurances ne peuvent avoir d’autre objet que de pratiquer les opérations
mentionnées dans le Code des assurances ainsi que celles qui en découlent
directement. Par conséquent, le législateur leur interdit l’exercice d’autres
activités commerciales.

40
Enfin, ces entreprises sont tenues de constituer entre elles une
association professionnelle dont les statuts devront être approuvés par arrêté du
ministre ayant le secteur dans ses attributions. Cette association pourra soumettre
à l’ARCA toute question concernant l’ensemble de la profession.
D. Le régime répressif
Il est question ici des conséquences attachées aux conditions de
formation et au principe d’agrément, c’est-à-dire des sanctions pour inobservance
des conditions.
L’exercice d’opérations d’assurances par une entreprise non agréée par
l’ARCA et donc non autorisée à opérer dans ce secteur entraîne la nullité des
contrats souscrits. Il en est de même aussi pour toute entreprise régulièrement
autorisée, mais qui exercerait des opérations d’assurances autres que celles pour
lesquelles l’agrément lui avait été accordé. Cette nullité n’est cependant pas
opposable aux assurés, aux souscripteurs et aux bénéficiaires qui justifient qu’ils
sont de bonne foi.

§2. Les professionnels d’assurances

Il n’y a pas que les entreprises ou compagnies d’assurances comme


professionnels de l’assurance. En effet, celles-ci disposent d’un réseau
d’intermédiation avec les assurés et dont la tâche consiste à distribuer l’assurance.
A. L’entreprise d’assurance
Le législateur congolais définit l’entreprise ou compagnie d’assurance
comme toute société commerciale agréée qui se livre, à titre d’activité habituelle,
à la souscription et à l’exécution de contrats d’assurances65. C’est la partie au
contrat d’assurance qui s’engage à exécuter une prestation à l’assuré en cas de
réalisation du risque (sinistre) faisant l’objet du contrat.
Il faut cependant se garder de considérer l’expression « forme
commerciale de la société » utilisée par le législateur comme critère excluant du
marché des assurances toute société ayant la forme civile. Bien au contraire, le
terme « entreprise d’assurance » doit être entendue ici au sens large, englobant à
la fois les sociétés commerciales constituées sous forme de société anonyme
pluripersonnelle et les mutuelles d’assurances agréées66.

65
Art. 3 point 31 du Code des assurances.
66
Lire utilement les articles 3 points 32 et 59, 285, 303 et suivants du Code des assurances ; voy. également P.
Liongo Bootsi et A. Kasende M’bay, Op. cit., p. 2.

41
Pour éviter cet équivoque, il aurait été souhaitable de formuler cette
disposition légale relative à la définition de l’entreprise d’assurance comme suit :
« toute société commerciale constituée sous la forme prescrite à l’article 285 de
la présente loi ou toute mutuelle agréée qui se livre, à titre d’activité habituelle,
à la souscription et à l’exécution de contrats d’assurances »
B. Les intermédiaires d’assurances
Les intermédiaires d’assurances sont les personnes physiques ou
morales dont la mission consiste à présenter une opération d’assurance ou de
réassurance ainsi que les conditions de garantie d’un tel contrat auprès des
souscripteurs éventuels, dans le but d’obtenir d’eux la souscription à une
assurance donnée. La loi prévoit un certain nombre de critères et de conditions
pour acquérir cette qualité.
Les principaux intermédiaires sont : les agents généraux d’assurance et
les courtiers d’assurance.
a) L’agent général d’assurances
L’agent général est une personne physique ou morale qui, en vertu d’un
contrat de nomination, représente dans une circonscription déterminée une société
d’assurances pour la présentation de ses opérations au public et pour la conclusion
et, éventuellement, la gestion des contrats67. En dépit de l’obligation d’exclusivité
vis-à-vis de la société mandante68, l’agent général d’assurance exerce une
profession libérale rémunérée par des commissions69.
Les actes passés par l’agent général engagent la société mandante en sa
qualité de civilement responsable de son préposé fautif. Toutefois, il est possible
que l’agent général engage sa responsabilité envers la société mandante en cas de
faute professionnelle, telle que la délivrance d’une note de couverture
irrégulière ou mieux la conclusion d’une police d’assurance postérieure au sinistre
qu’elle est censée couvrir.

67
Voir aussi la définition légale à l’article 3 point 2 du Code des assurances ; Comp. G. Cornu (dir.), Op. cit., p.
46 et S. Guinchard et T. Debard, Lexique des termes juridiques, 27ème éd., Paris, Dalloz, 2019, p. 52 qui semblent,
tous, restreindre la qualité d’agent général d’assurances aux seules personnes physiques et, pour les derniers,
admettre par ailleurs la possibilité pour l’agent général de représenter plus d’une compagnies d’assurances.
68
Cf. art. 3 point 2 du Code des assurances ; dans le même sens, F. Likau Nkodi, Op. cit., p. 338.
69
G. Cornu (dir.), Op. cit., p. 46.

42
b) Le courtier d’assurance
Le courtier d’assurance a le statut de professionnel, exerçant sous forme
de commerçant indépendant ou de société commerciale. Souvent qualifié
d’« assureur conseil », il est propriétaire d’un portefeuille de client qu’il peut
céder à son successeur.
Le courtier est en principe le mandataire de l’assuré qu’il représente à
l’égard de l’assureur. Il est rémunéré par un commissionnement sur les primes de
police d’assurance souscrites par son intermédiaire.
Sauf abus de droit, l’assuré mandant peut révoquer discrétionnairement
le courtier mandataire. Il peut arriver que l’assureur confie à un courtier le mandat
de délivrer des notes de couverture et de recouvrer des primes, voire de gérer
certains sinistres de sorte que ce dernier peut devenir également le mandataire, au
moins apparent, de l’assureur70.

SECTION III. LA TECHNIQUE ET LA GESTION DES ASSURANCES

Les opérations d’assurances se fondent sur l’utilisation des méthodes


statistiques reposant sur la loi de grands nombres, dite loi de BERNOULLI : plus le
nombre d’expériences augmente, plus les écarts absolus augmentent et plus les
écarts relatifs diminuent pour devenir pratiquement négligeables pour un nombre
très élevé d’expériences. C’est que les assureurs utilisent des méthodes
mathématiques pour sélectionner les risques qu’ils acceptent de prendre en
charge, se les repartir avec d’autres et ajuster le montant des primes en
conséquence.

§1. La sélection des risques

Il convient de signaler d’entrée de jeu que tous les risques de l’existence


humaine ne sont pas assurables. Ainsi, tout assureur sélectionne les risques qu’il
est capable de prendre en charge en déterminant le sinistre maximum possible
(SMP), c’est-à-dire en tenant compte de la perte potentielle maximale qu’il peut
supporter sans que cela provoque sa propre faillite. Et pour mieux le faire, il
recourt au calcul des probabilités, à la technique de l’inversion du cycle de
production et à l’homogénéisation des risques.

70
Courtier : double casquette : Le courtier qui est mandataire de l’assuré peut se voir confier un mandat de
l’assureur avec mandat de résoudre le problème de certains sinistres. Du coup il aura double casquette.

43
A. Le calcul des probabilités
En droit des assurances, le calcul des probabilités est le rapport entre le
nombre de chances de réalisation d’un événement et le nombre des cas possibles.
En d’autres termes, il s’agit de prévoir le nombre de sinistres qui pourront se
réaliser par rapport au nombre de risques assurés. Mais pour y parvenir, il faut des
statistiques sur des cas possibles déjà réalisés pendant une période donnée.
On peut bien l’expliquer en se référant au jeu de dé : lorsqu’un dé
possède six faces parfaitement symétriques, il y a une chance sur six, c’est-à-dire
une probabilité d’un sixième (1/6) que lorsque le dé est jeté, il tombe sur une face
donnée. Tout compte fait, le calcul des probabilités met en évidence le caractère
aléatoire de tout risque assurable.
B. L’inversion du cycle de production
L’assureur est un vendeur de sécurité. Il se distingue des autres
professionnels, notamment par la spécificité de son produit, dont le prix de revient
ne saurait être calculé d’avance. En effet, l’assurance en tant que produit
commercial est vendue moyennant un certain prix. Mais, c’est seulement lorsque
l’assureur aura réglé tous les sinistres réalisés pendant l’exercice qu’il pourra
réellement établir son prix de revient et déterminer l’équilibre de sa production.
C. L’homogénéisation des risques
L’assureur doit choisir des risques homogènes, c’est-à-dire présentant
approximativement les mêmes caractéristiques que les risques observés pour
l’établissement des statistiques. Il doit donc veiller à sélectionner autant que
possible les risques homogènes. Les risques aggravés sont soit refusés, soit
acceptés moyennant surprime, soit enfin – et c’est ce qui est conseillé –
fractionnés ou partagés avec d’autres assureurs.

§2. Le partage des risques

Comme indiqué ci-dessus, lorsqu’un assureur sélectionne les risques


assurables, il doit tenir compte de sa capacité. C’est sur base de cette auto-
évaluation qu’il détermine le montant maximum pour lequel il s’engage en cas de
survenance de l’évènement assuré. C’est ce qu’on appelle le « plein
d’assurance ». Au-delà de ce montant, il est appelé à partager les risques avec
d’autres assureurs, afin de minimiser les coûts des sinistres éventuels. Les

44
principales méthodes utilisées cette répartition des risques sont la coassurance et
la réassurance.
A. La coassurance
La coassurance désigne l’opération par laquelle plusieurs sociétés
d’assurances garantissent, au moyen d’un seul contrat, un même risque ou un
même ensemble de risques71. Elle est souvent utilisée dans la pratique notamment
pour garantir les risques d’une certaine importance comme les risques maritimes,
industriels, immobiliers, etc. Chaque coassureur perçoit une part de la prime
proportionnelle à son engagement.
En pratique, la coassurance est réalisée par le biais d’un contrat
d’assurance unique appelé police collective, souvent à quittance unique par lequel
s’engage partiellement chaque coassureur. Chacun donne à l’un d’eux, dénommé
apériteur ou société apéritrice72, le mandat d’évaluer les risques, d’établir les
polices ou contrats d’assurance, d’encaisser les primes et de les répartir entre les
coassureurs, de recevoir les déclarations des sinistres et de régler ces sinistres,
voire de représenter tous les coassureurs en justice73.
En principe il n’y a pas de solidarité entre les coassureurs74. Par
conséquent, en cas de réalisation d’un risque couvert, l’assuré concerné devrait
s’adresser à chaque coassureur pour obtenir l’indemnisation, et ce dans la limite
de l’engagement de chacun. Néanmoins, l’apériteur a l’obligation de régler la
totalité du sinistre pour le compte de la coassurance, compte tenu de son mandat
général de représentation. Dans ce cas, il disposerait d’une action récursoire
contre les autres coassureurs. Toutefois, dans certains cas, la coassurance peut être
solidaire, chacun des coassureurs devant ainsi être tenu pour l’intégralité du
sinistre à l’égard du bénéficiaire.
B. La réassurance
a) Notion et effets
La réassurance est définie comme un contrat d’assurance par lequel un
assureur, dénommé cédant, obtient la prise en charge par un autre assureur,
dénommé réassureur, de tout ou partie des risques qu’il supporte à l’égard des

71
G. Cornu (dir.), Op. cit., pp. 70 et 185.
72
Cette qualité est généralement reconnue à l’assureur qui a été le premier à signer et donc à ouvrir la police
avant les autres coassureurs. Voir dans ce sens, G. Cornu (dir.), Op. cit., p. 70.
73
Cf. S. Guinchard et T. Debard, Lexique des termes juridiques, 27ème éd., Paris, Dalloz, 2019, p. 194.
74
Cf. art. 39 du Code des assurances ; voy. aussi S. Guinchard et T. Debard, Op. cit., p. 194.

45
assurés75. Il s’agit en réalité d’une assurance que souscrit un assureur auprès d’un
autre assureur pour une partie ou la totalité du risque qu’il garantit. La convention
passée entre les parties est appelée « traité de réassurance ».
Ainsi comprise, la réassurance constitue une technique de division ou,
mieux, de répartition des risques76. En effet, bien qu’elle ne modifie pas les effets
des contrats d’assurance primitifs77 ou directs, elle permet néanmoins à l’assureur
cédant de se décharger partiellement sur un autre assureur des risques qu’il a lui-
même acceptés de couvrir lorsqu’il estime que ces derniers seraient lourds ou
dangereux78. Outre ce principal objet qu’est la limitation de risques, la réassurance
est aussi motivée par plusieurs autres raisons ou stratégies économiques.
b) Stratégies économiques
La réassurance comme technique de répartition des risques repose sur
les stratégies économiques suivantes :
- l’augmentation de la capacité de souscription : la réassurance permet à
l’entreprise cédante de souscrire des risques aux montants supérieurs à ses
capacités financières ;
- le renforcement de la trésorerie du cédant : la réassurance contribue au
financement des activités du cédant du fait des avances sur sinistre et des
dépôts constitués ;
- la garantie et la couverture sur le plan commercial : la réassurance a
l’avantage sur la coassurance d’être invisible aux yeux du client et de ne pas
poser de problème de concurrence ;
- le bénéfice de l’assistance technique : le réassureur de par sa position est à la
fois à l’écoute de toutes les cédantes d’un même marché et des cédantes de
plusieurs marchés. Il a donc une bonne expérience des différents marchés lui
permettant de conseiller efficacement les entreprises cédantes.
c) Formes
La réassurance peut être tantôt proportionnelle, tantôt non-
proportionnelle79.

75
Cf. art. 3 point 51 du Code des assurances.
76
Tshizanga, p. 44ss.
77
S. Guinchard et T. Debard, Op. cit., p. 893.
78
G. Cornu (dir.), Op. ci., p. 855.
79
G. Cornu (dir.), Op. cit., p. 855.

46
(i) La réassurance proportionnelle
En cas de couverture proportionnelle, le réassureur reçoit une
proportion de la prime et s’engage à participer pour cette même proportion au
paiement de la prestation garantie en cas de réalisation du risque. En termes clairs,
il s’agit de la participation proportionnelle du réassureur aux gains (primes) et aux
pertes (sinistres) de l’entreprise cédante.
Il existe deux variantes pour cette première forme de réassurance : il y
a d’une part la réassurance en participation ou quote-part (QP), et d’autre part la
réassurance en excédent de risque ou de plein de conservation (XP).
Dans la première variante (réassurance QP), l’assureur s’engage à
céder au réassureur une quote-part déterminée des souscriptions (taux de cession)
et obtient de ce dernier l’engagement de participer, en cas de réalisation des
risques couverts, aux paiements des capitaux garantis dans la même quotité. A
titre d’exemple, l’assureur peut décider de céder au réassureur 75% de la prime
perçue et de conserver 25%, entraînant ainsi l’obligation pour les deux parties de
se répartir également sur les mêmes bases tous les règlements qui seront effectués
en cas de survenance du sinistre.
Dans la deuxième variante (réassurance XP), le cédant définit un
montant appelé « Plein de conservation » ou « Rétention » qui correspond à son
engagement sur chaque affaire. Tous les assurés dont les capitaux garantis
cumulés dépassent ce « Plein de conservation » sont cédés en réassurance pour la
part du capital assuré dépassant ce plein. La part cédée en réassurance s'appelle
l'Excédent de Plein. L’engagement maximum du réassureur est en général égal à
un multiple du plein de conservation. La somme du plein de conservation et de
l’engagement maximum du réassureur donne le « Plein de souscription »
(ii) La réassurance non-proportionnelle
La réassurance non-proportionnelle, en revanche, est celle dans laquelle
le réassureur s’engage à prendre en charge la part des sinistres au-delà d’un seuil
à la charge de la cédante appelé « Priorité » ou « Franchise ». Contrairement à la
réassurance proportionnelle, ici l’engagement du réassureur n’est pas déterminé
en fonction du montant de la prime. La prime de réassurance n’a donc aucun
rapport avec la prime perçue par la cédante sur chaque police.
Comme dans la première forme, ici également, on distingue deux
variantes : la réassurance en excédent de sinistres (excess of loss – XL) et la
réassurance en excédent de pertes (stop loss – SL).

47
Dans la première variante, le réassureur détermine son engagement
dans chaque sinistre frappant une tête assurée ou dans chaque catastrophe. Il
s’engage ainsi à intervenir pour la part du sinistre qui dépasse le montant
déterminé par tête ou le nombre déterminé de victimes par catastrophe (ex. > 3
victimes).
Dans la deuxième variante, l’assureur détermine sa conservation en
fonction d’un rapport sinistres sur primes de l’année considérée, qui constitue sa
priorité ou franchise (exprimée en pourcentage). Cette couverture vise
particulièrement la limitation des pertes annuelles de la cédante. L’intervention
du réassureur se situe au-delà de cette franchise jusqu’à un niveau de rapport
sinistres sur primes prédéterminé. En d’autres termes, pour toutes les fois que le
rapport « sinistres sur primes annuelles » dépassera un certain pourcentage
déterminé, à partir duquel la situation financière de l’entreprise cédante devient
critique, il y aura intervention du réassureur pour aider à limiter les pertes. C’est
pourquoi d’ailleurs on parle de « stop loss ».

48
CHAPITRE III. LE CONTRAT D’ASSURANCE
Le produit d’assurance est vendu par les entreprises d’assurance sous la
forme d’un contrat passé généralement entre l’assureur et l’assuré. Il est le plus
souvent diffusé par les intermédiaires.
Quant au marché de réassurance, il est techniquement très complexe et
porte sur des engagements importants et a un caractère international. En tant
qu’activité internationale, les conventions de réassurance sont régies par des
règles juridiques du droit international et des usages internationaux80 en vue de
trancher des difficultés qui peuvent naître des rapports entre assureurs directs et
réassureurs.
Il sera question dans ce chapitre d’examiner le déroulement ou le
« cycle de vie » du contrat d’assurance, de sa conclusion jusqu’à sa résiliation, en
passant par la détermination de ses éléments constitutif, par son exécution et par
l’étude des incidents de parcours éventuels qui peuvent entraîner des conflits entre
les parties concernées.

SECTION I. LA CONCLUSION DU CONTRAT D’ASSURANCE

Tout contrat est conclu entre des parties, qui doivent respecter certaines
conditions pour que leur convention soit valide et sorte des effets qui lui sont
attachés par la loi.

§1. Les parties contractantes

Les principales parties au contrat d’assurance sont d’une part l’assureur,


et d’autre part le souscripteur qui peut ne pas être le bénéficiaire principal de
l’assurance, c’est-à-dire l’assuré. A côté de ces parties prenantes, il y a également
d’autres parties qui, sans avoir pris part à la conclusion du contrat, bénéficient des
prestations ou de la garantie d’assurance. On parle des tiers bénéficiaires
A. L’assureur
L’assureur est généralement l’entreprise d’assurance. C’est la partie au
contrat qui s’engage à exécuter une prestation à l’assuré en cas de réalisation du
risque faisant l’objet du contrat.
Dans le système de la coassurance, chacun des coassureurs sera partie
au contrat mais ils seront tous représentés par l’apériteur. En revanche, dans la

80
Notamment par les International Commercial Terms – INCOTERMS – ou usages internationaux de commerce.

49
réassurance, les réassureurs ne sont pas parties au contrat d’assurance. Seul
l’assureur est responsable vis-à-vis de l’assuré.
Les entreprises d’assurance ont accès au marché au moyen
d’intermédiaires que sont principalement les agents généraux et les courtiers
d’assurance.
B. Le souscripteur
Le plus souvent c’est l’assuré lui-même qui a la qualité de souscripteur
lorsqu’il souscrit sous son propre compte afin de protéger ses intérêts contre un
risque. Mais l’assurance peut être contractée en vertu d’un mandat général ou
spécial, ou même sans mandat pour le compte d’une personne déterminée. Dans
ce cas, l’assurance profite à la personne pour le compte de laquelle elle a été
conclue alors même que la ratification n’aurait lieu qu’après le sinistre.
L’assurance peut aussi être contractée pour le compte de qui il
appartiendra81. La clause vaut tant comme assurance au profit du souscripteur que
comme stipulation pour autrui au profit du bénéficiaire connu ou éventuel de
ladite clause82.
Le souscripteur d’une assurance contractée pour le compte de qui il
appartiendra est seul tenu au paiement de la prime envers l’assureur ; les
exceptions que l’assureur pourrait lui opposer sont également opposables au
bénéficiaire du contrat. Exemple des personnes ayant la qualité de souscripteur :
le chef de famille pour le compte de ses enfants, le banquier pour le compte de ses
emprunteurs, le groupement sportif pour le compte de ses adhérents, l’employeur
pour le compte de ses salariés, le transporteur pour le compte de ses clients
(marchandises transportées).
Il ne faut pas confondre le terme « souscripteur » d’une police
d’assurance avec la qualité d’agent souscripteur qui intervient pour le compte
d’une compagnie d’assurance83.
C. L’assuré
C’est la personne sur la tête ou les intérêts de laquelle repose une
assurance, c'est-à-dire la personne qui est menacée par le risque couvert, soit dans

81
C’est une expression française exprimée dans une clause d’assurance.
82
C’est le cas d’une voiture assurée mise en jeu lors d’une loterie. Lorsqu’elle sera gagnée par une personne
quelconque, l’assurance bénéficiera à cette personne-là.
83
Le souscripteur est l’une des parties au contrat alors que l’agent souscripteur est un intermédiaire mandaté.

50
sa personne, soit dans son patrimoine. Une confusion est souvent faite entre les
termes « assuré » et « souscripteur ».
D. Les tiers bénéficiaires
Il existe plusieurs techniques permettant à un souscripteur de
contracter une police d’assurance pour le compte d’un tiers avec ou sans mandat.
Ainsi, certains tiers étrangers au contrat d’assurance peuvent en être bénéficiaires.
Il s’agit en occurrence des assurés pour compte, des bénéficiaires des assurances
de groupe, des créanciers privilégiés ou hypothécaires et des victimes exerçant
l’action directe contre l’assureur de l’auteur des préjudices subis.
a) L’assuré pour compte
Un contractant est admis à stipuler pour le compte d’autrui à condition
de justifier d’un intérêt qui peut être pécuniaire ou moral. Une telle assurance
repose donc sur la stipulation pour autrui. Elle peut être contractée soit pour le
compte d’une personne déterminée, soit pour le compte de qui il appartiendra84.
La différence entre ces deux types d’assurances réside dans le fait que,
dans l’assurance pour compte d’autrui, le bénéficiaire est déjà connu au moment
de la conclusion du contrat ; tandis que dans l’assurance pour compte de qui il
appartiendra, le bénéficiaire n’est pas connu d’avance.
b) Les bénéficiaires des assurances de groupe
Est considéré comme contrat d’assurance, le contrat souscrit par une
personne morale ou un chef d’entreprise en vue de l’adhésion d’un ensemble de
personnes répondant à des conditions définies au contrat pour la couverture des
risques dépendant de la durée de la vie humaine, des risques portant atteinte à
l’intégrité physique de la personne ou liés à la maternité, des risques d’incapacité
de travail ou d’invalidité ou du risque de chômage. Les adhérents doivent avoir
un lien de même nature avec le souscripteur.
c) Les créanciers privilégiés ou hypothécaires
Les indemnités dues par un assureur à la suite d’un sinistre sont
attribuées aux créanciers privilégiés ou hypothécaires suivant leur rang 85. Ainsi,
tous les créanciers inscrits sur un bien faisant l’objet d’une assurance de choses

84
Voir notamment l’articles 68 du Code des assurances.
85
Art. 46 al. 1 du Code des assurances.

51
peuvent percevoir directement le montant de l’indemnité due par l’assureur,
proportionnellement à la créance que chacun détient.
d) Les tiers victimes dans le contrat d’assurance de responsabilité
L’assurance de responsabilité a pour finalité première de protéger le
patrimoine de l’assuré contre une dette de responsabilité à l’égard des tiers.
L’assureur ne peut payer à un autre que le tiers lésé tout ou partie de la somme
due par lui, tant que ce tiers n’a pas été désintéressé jusqu’à concurrence de ladite
somme, des conséquences pécuniaires du fait dommageable ayant entrainé la
responsabilité de l’assuré. Ainsi, la victime d’un dommage dispose d’un droit
d’action directe à l’encontre de l’assureur du responsable assuré.
A la différence du mécanisme de la stipulation pour autrui, il s’agit ici
d’un droit autonome qui se cristallise au moment de la réalisation du sinistre.

§2. Les conditions de validité

Le contrat d’assurance est un contrat consensuel86 qui devient parfait


par l’accord des parties sur la nature du risque assuré et les conditions de garantie,
le montant de la prime à la charge de l’assuré, la prestation due à l’assureur en cas
de réalisation du risque.
A. Les conditions de droit commun
En principe, le contrat d’assurance devient parfait dès la rencontre des
volontés de l’assureur et de l’assuré. Mais la conclusion de ce contrat requiert la
réunion des conditions de validité prévues à l’article 8 CCLIII pour tout contrat :
le consentement des parties, la capacité juridique, un objet certain et une cause
licite.
a) Le consentement des parties
Pour obtenir le consentement des parties dans un contrat d’assurance, il
faut la réunion de deux éléments :
- L’information réciproque préalable : l’assureur donne toutes les
informations relatives à l’assurance et l’assuré fournit des
renseignements corrects ;

86
Le contrat consensuel est un contrat qui est parfait par le simple fait de l’accord de volonté entre les parties
(art. 37, art. 264 CCLIII).

52
- L’échange des consentements : pour l’assureur c’est l’acceptation de la
proposition d’assurance en apposant par exemple sa signature sur la
police qu’il a établie. L’assuré doit aussi signer la police imprimée pour
manifester son acceptation. L’acceptation est toujours précédée d’une
offre87.
b) La capacité juridique
Pour accomplir valablement un acte juridique lié au contrat d'assurance
il faut être capable. En effet, l’article 215 ne classe pas la femme mariée dans le
rang des incapables. Cependant, les mariés sont soumis, selon l'esprit de l’article
448 du code de la famille révisé, au régime de l’accord réciproque préalable. Par
contre, la femme commerçante est totalement capable.
c) L’objet certain
L’objet pour l’assureur c’est de garantir l’assuré du risque qui le
menace ; pour l’assuré, il s’agit de payer la prime à l’assureur.
d) La cause licite
C’est la raison déterminante pour laquelle le contrat a été conclu. En
présence du contrat synallagmatique, l’engagement de l’une des parties sert de
cause à l’autre. Cette cause ne peut, en aucun cas, être contraire à la loi ou à l’ordre
public. Dès lors, tout contrat d’assurance qui consisterait à garantir des biens jugés
illicites (marchandises prohibées telles que la drogue)88 ou des activités interdites
par la loi ne saurait être considéré comme valable.
B. Les conditions spécifiques au contrat d’assurance
Les conditions spécifiques ou propres au contrat d’assurance portent sur
le processus de réalisation de l’accord, sur l’époque ou le moment de la conclusion
du contrat et sur la forme dans laquelle ce contrat doit être constaté.
a) Le processus de réalisation de l’accord
Aux termes de l’article 7 du Code des assurances, « l’assureur fournit
au proposant, avant la conclusion du contrat, un exemplaire du projet de contrat
ou une notice d’information sur le contrat qui décrit précisément les garanties, les
exclusions, les obligations de l’assuré et la cotisation due par l’assuré ». Ces

87
L’offre est faite à une personne déterminée, contrairement à une proposition.
88
Voir notamment art. 59 al. 2 du Code des assurances.

53
informations permettent au souscripteur intéressé notamment de connaître le
montant de la prime et l’étendue du risque couvert ainsi que les conditions
générales de l’assurance. Il s’agit d’une étape très importante, car dit-on, le diable
loge dans les clauses en petits caractères, c’est-à-dire dans les tout petits détails.
Ainsi donc, il est conseillé de prendre son temps pour un examen approfondi de
tous les documents d’information avant d’accepter une offre ou de souscrire une
proposition d’assurance. Le défaut de vigilance peut conduire à un engagement
hâtif pouvant avoir des surprises désagréables.
Mais dès lors que tous les renseignements reçus sont jugés suffisants,
le représentant de l’assureur fera remplir et signer une proposition d’assurance par
le souscripteur intéressé. Il s’agit d’un questionnaire auquel la personne qui veut
s’assurer est invitée à répondre, mais qui, à ce stade, n’engage ni l’assureur ni
l’assuré. Il est conseillé que l’assuré réponde avec précision à toutes les questions
consignées dans le formulaire de déclaration du risque et le fasse de manière
loyale.
Au vu des éléments fournis, la compagnie d’assurance va accepter ou
non de garantir les risques. Elle va calculer le montant exact des primes. Pour
couvrir et matérialiser l’accord de garantie, la compagnie d’assurance peut
émettre une note de couverture dont les effets prennent fin soit le jour d’expiration
prévu, soit le jour de prise d’effet de la police d’assurance.
b) L’époque de conclusion du contrat
Comme on pourra le voir plus loin, le contrat d’assurance est un contrat aléatoire.
En tant que tel, les risques qu’il est censé couvrir ne doivent pas déjà être réalisés
ou avoir déjà cessé au moment de la conclusion de la police89. La matière
d’assurance n’admet donc pas de procédure de régularisation après coup.
En clair, tout contrat d’assurance conclu après la survenance d’un sinistre ou la
cessation des risques auxquels les biens assurés étaient exposés est nul, dès lors
qu’il est établi que les parties ou, du moins, l’une d’elles avaient connaissance de
cette circonstance.
c) Le respect des règles de forme
Le contrat d’assurance est constaté par un document écrit appelé
« police d’assurance ». Celle-ci est un acte sous seing privé passé par l’assureur

89
Sur ce point, lire notamment les articles 65, xxx du Code des assurances.

54
et le souscripteur (preneur d’assurance), qui constate la formation définitive du
contrat d’assurance et en renferme toutes les stipulations.
La police d’assurance doit être rédigée en des termes simples et en
caractères lisibles, pour en faciliter la compréhension. Elle doit contenir les
mentions obligatoires indiquées à l’article 9 al. 4 du code des assurances, à savoir :
- les noms et domiciles des parties contractantes ;
- la chose ou la personne assurée ;
- la nature des risques garantis ;
- la qualité d’experts appelés à intervenir en cas de sinistre ;
- le moment à partir duquel le risque est garanti et la durée de la garantie ;
- le montant de la garantie ;
- la cotisation d’assurance à payer par l’assuré ;
- les cas et les modalités de prorogation ;
- les cas et les modalités de résiliation ;
- les obligations de l’assuré lors de la souscription et en cours de contrat ainsi
que et les sanctions applicables ;
- les conditions et les modalités de la déclaration à faire en cas de sinistre et
les sanctions en cas de défaut ou de retard de déclaration ;
- les délais endéans lesquels l’assureur doit faire une proposition de
transaction ainsi que ceux dans lesquels l’indemnité de sinistre doit être
payée;
- la procédure et les principes de détermination de l’indemnité ;
- la prescription de l’action en indemnisation ainsi que les cas d’interruption
et de suspension de ladite prescription.
Du point de vue sa structure, une police d’assurance comporte
généralement deux parties : l’une traitant des conditions générales, c’est-à-dire
des clauses identiques pour tous les contrats du même genre, qui expliquent le
fonctionnement du contrat et donnent des détails sur l’ensemble des garanties ; et
l’autre contenant les conditions particulières qui permettent de personnaliser ou
d’adapter le contrat à chaque cas (risque couvert, durée du contrat, somme
assurée, montant de la prime, souscripteur et bénéficiaire). Les conditions
générales et les conditions particulières forment un tout : les unes et les autres sont
obligatoires et constituent le contrat qui lie les parties. Mais en cas de conflit entre

55
les conditions générales et particulières, les particulières l’emportent sur les
générales90. Et les clauses ambiguës s’interprètent en faveur de l’assuré91.
Enfin, toute modification et addition au contrat initial doit être constatée
par un avenant signé par les deux parties. Avant l’émission de l’avenant, on peut
se faire couvrir par la note de couverture.
C. La prise d’effet du contrat
La prise d’effet est le moment auquel la police d’assurance commence
à sortir ses effets. En effet, la garantie ne coïncide pas toujours avec la conclusion
du contrat. Elle peut être avancée ou retardée. Elle est avancée par la délivrance
d’une note de couverture. Et elle est retardée soit par prise d’effet à une date
déterminée, soit par une prise d’effet dès une période fixe appelée délai d’attente
ou de carence. L’article 16 al. 1 phrase 2 du code des assurances subordonne la
prise d’effet du contrat au paiement de la prime par le souscripteur.
Par ailleurs, certaines opérations d’assurances appellent l’application
des règles particulières en matière de prise d’effet du contrat. Il en est ainsi des
assurances maritimes, fluviales et lacustres, pour lesquelles le législateur exige
que les biens assurés soient mis en risque endéans deux mois à compter de
l’engagement des parties ou de la date convenue pour la prise en charge des
risques concernés. Dépassé ce délai, le contrat est résilié avec ou sans indemnité
à la charge de l’assuré, selon que le retard dans la mise en risque des biens assurés
lui est imputable ou non92.

§3. Les caractères

Le contrat d’assurance est un contrat consensuel, d’ordre public,


synallagmatique, aléatoire, à titre onéreux et de bonne foi.
A. Le caractère consensuel
Le contrat d’assurance est formé solo consensu (par le seul
consentement des parties) même s’il faut reconnaitre qu’il est astreint à des
exigences de forme, notamment l’écrit. Il devient parfait dès la rencontre des
volontés de l’assureur et de l’assuré. Parfois l’autorité administrative peut imposer
l’usage des clauses types de contrat ; il existe plusieurs clauses types, notamment

90
Art. 2 du Code des assurances.
91
Lire notamment les articles 9 al. 1 phrase 2 et 61 al. 2 phrase 2 du Code des assurances ; voir aussi le principe
général consacré à l’article 60 CCCLIII.
92
Art. 64 du Code des assurances.

56
dans le contrat d’assurance obligatoire tel que sur le risque automobile ou encore
en matière de construction ou de catastrophe naturelle.
Toutes stipulations d’une police restreignant le champ de garantie par
rapport aux clauses types sont réputées non écrites.
B. Le caractère d’ordre public
Le caractère d’ordre public veut dire que certaines prescriptions en
matière d’assurance ne peuvent être modifiées par convention, c’est-à-dire par
simple accord des parties.
C. Le caractère synallagmatique
Un contrat synallagmatique est un contrat qui met à la charge des parties
des obligations réciproques. Chacune des parties s’engage vis-à-vis de l’autre
partie. C’est le cas du contrat d’assurance où l’assureur s’engage à garantir le
risque et le souscripteur (généralement l’assuré) à payer la prime.
D. Le caractère aléatoire
Le contrat d’assurance est une convention réciproque dont les effets
dépendent d’un événement incertain. L’aléa existe dès lors qu’au moment de la
formation du contrat, les parties ne peuvent apprécier l’avantage qu’elles en
tireront parce que celui-ci dépend d’un événement incertain. Ainsi, par exemple,
il n’est pas possible de savoir à l’avance si l’assureur aura un quelconque paiement
à effectuer au profit de l’assuré93.
La conséquence de ce caractère aléatoire est que l’assureur a le droit de
refuser de prendre en charge un sinistre que l’assuré savait déjà réalisé au moment
de la souscription du contrat : notion de passé inconnu.
E. Le caractère onéreux
La garantie de l’assureur n’est due qu’en contrepartie d’une prime ou
cotisation. Si l’assuré ne règle pas sa prime, l’assureur a la possibilité de suspendre
sa garantie et de résilier son contrat.

93
C. Puigelier, Dictionnaire juridique, 2ème éd., Bruxelles, Bruylant, 2017, n° 1292.

57
F. La bonne foi
Les parties au contrat d’assurance sont tenues de coopérer dans la mise
en œuvre de ce contrat. La bonne foi doit donc précéder et accompagner tout le
cycle de vie du contrat d’assurance.
Du côté de l’assureur, la bonne foi se manifeste tant au moment de la
souscription du contrat qu’au moment du règlement du sinistre. D’une part,
l’assureur est tenu à l’obligation de conseil lors de la conclusion94 et pendant toute
la durée de la validité du contrat. D’autre part, il est tenu d’exécuter de bonne foi
ses obligations en cas de survenance de sinistre. Le juge pourra donc recourir à
cette notion pour sanctionner l’assureur qui se comporte de manière déloyale à
l’égard de l’assuré en refusant ou en retardant le règlement du sinistre.
Quant à l’assuré, il doit répondre sincèrement aux questions qui lui sont
posées par l’assureur lors de la déclaration du risque, faute de quoi il s’expose à
la nullité du contrat et à la perte des primes déjà payées, s’il s’avérait qu’il a
intentionnellement omis ou dénaturé certaines informations qui, si elles étaient
connues de l’assureur, auraient eu une certaine influence sur sa décision ou son
engagement.
En revanche, si la mauvaise foi de l’assuré n’est pas établie, notamment
après avoir constaté que l’omission d’informations ou la déclaration inexacte
n’était pas intentionnelle, le contrat conserve sa validité. Il faut cependant préciser
que si ce constat est fait avant un quelconque sinistre, l’assureur a le choix, soit
de maintenir son engagement moyennant réaménagement du montant de la prime
en tenant compte de la valeur réelle du risque, soit de résilier le contrat dix jours
après la notification adressée à l’assuré et de restituer à ce dernier la portion de la
prime déjà payée pour la période restant à courir. Par contre, si le constat est fait
après la survenance d’un sinistre, le montant de l’indemnité sera réduit
proportionnellement au taux des primes payées par rapport au taux des primes qui
auraient été dues si les risques avaient été complètement et exactement déclarés95.
Enfin, l’assuré est tenu de respecter les conditions de garantie prévues
dans la police d’assurance, faute de quoi il s’expose à une non-garantie.

94
Art. 20 al. 1 du Code des assurances.
95
Lire pour l’ensemble les articles 14 et 15 du Code des assurances.

58
§4. La preuve

C’est la police ou le contrat d’assurance qui constitue la principale


preuve de la garantie d’assurance. Toutefois, la preuve peut aussi résulter de la
simple présentation du certificat d’assurance.

SECTION II. LES ELEMENTS CONSTITUTIFS ET LES OBLIGATIONS


DES PARTIES

Pour mieux identifier les éléments constitutifs du contrat d’assurance,


il est nécessaire de se référer à la définition de ce contrat. En effet, il ressort de
cette définition trois éléments que l’on retrouve dans un contrat d’assurance, à
savoir le risque, la prime et le règlement du sinistre.

§1. Le risque

Le risque garanti est une conjonction de deux facteurs : un dommage


causé à la chose, au patrimoine ou à la personne assurée par un évènement (fait
générateur) déterminé. Le risque garanti est donc l’élément fondamental du
contrat d’assurance puisqu’il détermine la nature et l’étendue de la protection
attendue par l’assuré. Les caractères du risque assuré détermineront le montant
de la prime. Les parties vont donc limiter le risque en aménageant
conventionnellement la nature du risque garanti, les conditions de la garantie et
les clauses d’exclusion de risque.
A. Notion
L’article 3, point 57 du code des assurances définit le risque comme un
événement redouté par l’assuré et qui constitue l’objet du contrat. Mais on peut
définir le risque comme étant un événement dont la survenance est possible sans
être certain et à la réalisation duquel est subordonné l’obligation de l’assureur
d’effectuer la prestation convenue.
Le mot « risque » est toutefois équivoque. Il peut désigner un
événement incertain, un aléa (le fait du hasard, non voulu), un péril ou un danger
(exemple : un incendie lorsqu’il n’est pas volontaire, il est donc le produit du
hasard) ; il peut également signifier l’objet qui est exposé au péril. Dans l’un ou
l’autre cas, on parle du risque-événement ou du risque-objet.

59
B. La nature du risque garanti
L’article 5 du Code des assurances consacre le principe selon lequel,
« tout intérêt direct ou indirect à la non-réalisation d’un risque peut faire l’objet
d’une assurance ». Toutefois, ce principe ne devrait pas être compris comme
faisant de l’assurance un rempart absolu ou une technique permettant de garantir
tous les risques de l’existence humaine. En effet, malgré l’efficacité que l’on
reconnaît à cet instrument, pour qu’un risque soit assurable, il faut la réunion de
deux conditions mathématiques dont dépend le calcul des probabilités actuarielles
qui lui seraient applicables : il faut d’abord que le nombre des évènements
aléatoires soit élevé pour permettre l’application de la loi des grands nombres ; en
outre, ces évènements doivent être indépendants les uns des autres, c’est-à-dire ne
pas présenter de probabilité de se réaliser simultanément96.
Cela étant, le risque assuré doit être défini de la manière la plus précise
possible afin d’éviter l’ambiguïté sur la prestation due par l’assureur. Les parties
doivent donc déterminer clairement l’objet de la garantie, le fait générateur et le
montant de la garantie.
a) L’objet de la garantie
En assurance de choses, l’objet de la garantie dont la perte donnera lieu
à l’indemnisation par l’assureur devra être précisé dans le contrat. Il peut s’agir
des pertes matérielles, mais aussi des pertes immatérielles ou pertes indirectes.
En assurance de responsabilité, la police d’assurance doit préciser la
nature de l’activité à l’occasion de laquelle la responsabilité de l’assuré est
susceptible d’être recherchée.
Enfin, en assurance de personnes, il est de coutume d’assurer le décès,
l’incapacité résultant de la maladie ou des lésions corporelles à la suite d’un
accident, la retraite, la perte d’emploi, etc.
b) Le fait générateur assuré
La police doit préciser la nature de l’événement dont la réalisation
entrainera la mise en jeu de la garantie. Exemples : le vol, l’incendie, l’accident,
etc. Ces précisions qui sont contenues dans le formulaire de déclaration du risque
doivent être le plus complètes possibles pour permettre à l’assureur de bien
apprécier la nature et l’étendue des risques qu’il s’engage à prendre en charge97.

96
Lire également F. Lukau Nkodi, Op. cit., pp. 17-18.
97
Cf. art. 13 du Code des assurances.

60
Cette obligation qui incombe à l’assuré constitue une des
manifestations du principe d’exécution de bonne foi du contrat d’assurance. Il
s’ensuit que toute réticence ou toute fausse déclaration intentionnelle de la part de
l’assuré, qui serait susceptible de changer l’objet du risque ou d’en diminuer
l’opinion pour l’assureur, entraîne la nullité du contrat, même si ces informations
erronées n’ont aucune incidence avec la survenance éventuelle d’un sinistre98.
c) Le montant de la garantie
Le montant de la garantie est prévu dans la police d’assurance. En
assurance de choses il est soumis au principe indemnitaire et correspond aux
frais de réparation ou de remise en état de la chose sinistrée, à la valeur vénale99
ou de remplacement de la chose assurée, soit à sa valeur à neuf (cas d’incendie
d’immeuble), soit à une partie de la valeur de la chose assurée (sous assurance).
En assurance de responsabilité, le montant de la garantie correspond au
montant de la réparation dû au tiers lésé par l’assuré. En matière de contrat
d’assurance de personnes, il correspond au versement des capitaux forfaitaires
prévus, mais le versement de ces indemnités est le plus souvent contractuellement
limité soit par des plafonds de garantie convenus de gré à gré entre les parties au
contrat en fonction des risques prévisibles, soit des franchises qui sont convenues
dans la plupart des contrats d’assurance.
C. Les conditions de garantie
Il s’agit des clauses contractuelles qui subordonnent la garantie de
l’assureur à certaines conditions expressément prévues dans le contrat
d’assurance.
Par exemple la garantie du contrat d’assurance vol ne sera applicable
que si les locaux ou le véhicule assuré est pourvu des dispositifs de protection et
d’alarme décrits dans la police. De même, en matière d’assurance RC automobile,
les parties peuvent, en vertu de l’article 114 du Code des assurances, convenir que
la garantie ne peut être mise en œuvre que si le conducteur du véhicule, au moment
du sinistre, possédait un permis de conduire en état de validité.
D. Les exclusions des risques
Certains risques sont exclus de la garantie comme pouvant relever de la
solidarité nationale ou faisant obstacle au principe aléatoire. Il s’agit notamment

98
Art. 14 du Code des assurances.
99
Se rapporte à la vente et est relatif à la valeur commerciale d’une marchandise.

61
des risques de guerre, d’émeutes ou de troubles civils100, pour la première
catégorie, et de tous les risques liés à une faute intentionnelle ou inexcusable de
l’assuré ou de ses préposés ou encore au vice propre de la chose assurée101, pour
la deuxième catégorie. Mais la plupart d’exclusions des risques sont insérés dans
le contrat d’assurance.
L’exclusion du risque assuré entraîne comme effet une non-assurance.
La garantie n’est due ni à l’assuré, ni à la victime, ni aux tiers bénéficiaires.

§2. La prime

En examinant les caractères du contrat d’assurance, il a été noté que ce


contrat est un contrat à titre onéreux. La prime est donc la contrepartie de
l’obligation d’indemnisation de l’assureur.
A. Le calcul de la prime
Signalons d’entrée de jeu que le calcul de la prime, c’est-à-dire
l’estimation de la somme à payer par le souscripteur/assuré, repose sur des bases
mathématiques précises. La fixation de cette somme est librement effectuée par
les parties. En effet, la RDC applique le principe de la liberté de fixation des prix
des biens et services par les personnes qui en font l’offre102.
Le calcul de la prime est une tâche essentiellement technique et très
déterminante pour l’assureur, car c’est la masse des primes collectées qui
constitue le pot commun qui lui permet de couvrir le montant des sinistres
éventuels, ses frais de fonctionnement et de réaliser des profits.
La prime d’assurance comporte plusieurs éléments. On distingue
notamment la prime pure, la prime commerciale et la prime totale.
a) La prime pure
Appelée aussi prime technique, la prime pure correspond au coût
probable du risque garanti par l’assureur. C’est la partie de la prime collectée que
l’assureur va placer dans un pot commun destiné au règlement des sinistres
éventuels par an. Son montant est déterminé en fonction du taux de la prime et de
l’assiette des capitaux assurés pour mille.

100
Cf. art. 43 et 73 du Code des assurances.
101
Lire notamment les articles 89 et 98 du Code des assurances, en ce qui concerne respectivement l’assurance sur
corps et l’assurance sur facultés en matière d’assurances maritimes, fluviales et lacustres.
102
Art. 6 de la Loi n° 18/020 du 9 juillet 2018 relative à la liberté des prix et à la concurrence.

62
Ainsi, la prime pure (Pr. p.) est égale au taux de la prime (T.pr.)
multiplié par les capitaux assurés (C.A.) pour mille selon la formule suivante :
Pr. p. = T.pr. x C.A
Le taux de prime ainsi que la valeur des capitaux assurés correspondent
à l’importance du risque à garantir, telle qu’elle résulte des délibérations sur fond
des déclarations faites par l’assuré au moment de la souscription du contrat.
(i) Détermination du taux de prime
Le taux de la prime (T. pr.) est estimé à partir des spéculations à mener
sur la survenance probable et sur l’intensité de l’évènement ou du risque auquel
cette prime est attachée103. En d’autres termes, il est déterminé en fonction de la
fréquence (Fce) et du coût moyen des sinistres (C.M.S.) sur des bases
mathématiques et statistiques. La fréquence des sinistres est déterminée selon les
calculs de probabilité, par référence au recensement statistique des événements
passés groupés en risques homogènes.
En ce qui concerne le risque incendie, on peut penser par exemple qu’un
incendie va affecter 15 maisons sur 10000 sur une année. La fréquence de ce type
de sinistre sera alors exprimée selon le rapport 15/10000. En divisant le coût total
des sinistres par leur nombre, on arrive à un coût moyen pour un exercice donné.
Ainsi, sur 15 maisons incendiées, 4 peuvent être détruites en totalité, 5 à moitié et
six pour une faible part, de sorte qu’en moyenne, le coût du sinistre peut être
évalué par exemple à 60% des capitaux assurés.
Pour une valeur assurée de 1000$, le coût moyen du sinistre sera 1000
x 60% soit 600$. Le taux de prime sera donc calculé selon la formule suivante et
exprimé en ‰ (1/1000).
T.pr = Fce x C.M.S

(ii) Cas d’application de la règle proportionnelle


La règle proportionnelle du taux de la prime s’applique pour des cas où
le risque n’avait pas été « tarifé » correctement, généralement suite à une erreur
survenue lors de la déclaration. En effet, il peut arriver que le souscripteur puisse
de bonne foi faire une déclaration des risques inexacte, c’est-à-dire ne
correspondant pas à la nature des risques dont il sollicite la couverture auprès de
l’assureur.

103
F. Lukau Nkodi, Op. cit., p. 17.

63
Ainsi, le taux de la prime calculé par l’assureur dans ces conditions
n’aura pas été ajusté au risque à garantir. Dès lors, il en résultera un déséquilibre
dans les engagements des parties, en défaveur de l’assureur. C’est pour rétablir ce
déséquilibre que l’on préconise « la réduction de l’indemnité proportionnelle au
rapport qui existe entre le taux de prime payé et celui qui aurait été dû si le risque
avait été correctement déclaré »104.
En cas de preuve de mauvaise foi dans la déclaration du risque, il y aura
résiliation du contrat. En revanche, en cas d’absence de preuve de mauvaise foi,
l’indemnité due après un sinistre sera réduite en proportion du taux des primes
payées par rapport au taux des primes qui auraient été dues si le risque avait été
complètement et exactement déclaré. Ainsi, l’indemnité réduite (IR) s’obtient en
multipliant le dommage (D) par le quotient du taux payé (TP) sur le taux dû (TD).
D’où la formule suivante :
𝐓𝐏
IR = D x
𝐓𝐃

(iii) L’assiette de la prime


L’assiette de la prime varie selon que le bien assuré a une valeur
déterminable, qu’il s’agisse d’une assurance de responsabilité dont le montant du
sinistre potentiel est indéterminé ou d'une assurance des personnes dont la prime
est fonction des capitaux assurés.
Exemple : valeur de la maison = 200 000 $, le taux de prime = 0,9.
Question : calculez la prime pure.
Données : Valeur de la maison, soit capitaux assurés (200 000 $), taux de prime
(0,9).
Formule : Pr. p = T.pr x C.A
Solution : 0,9‰ x 200 000 = 180 $
Si le bâtiment est en bois, la sinistralité pourra être de 20 sinistres par
an pour 10 000 maisons. Le coût moyen de sinistre pourra être de 70% des
capitaux assurés. La fréquence sera donc de 20/10 000, c'est-à-dire 20 maisons
peuvent disparaitre sur les 10 000 maisons de la ville. Le coût moyen de sinistre
sera donc 70% de 1000 des capitaux assurés, soit 70/100 x 1000 $, soit 700 $. Le
taux de prime = fce x C.M.S, soit 20/10 000 x 700 = 1,4. Ainsi, pour une valeur

104
F. Lukau Nkodi, Op. cit., p. 64.

64
assurée de 200 000 $, le montant de la prime pure sera égal à Pr. p = T. pr x C.A,
soit 1,4 x 200 000 / 1000, soit 280$.
Concernant les assurances des choses, l’on distingue les choses à valeur
déterminée des choses dont la valeur peut varier en cours du contrat. Pour la
première catégorie, il est tenu compte, soit de la valeur vénale pour les biens
destinés à être vendus, soit de la valeur d’usage105, soit encore de la valeur à
neuf106. La valeur assurée peut résulter soit de la valeur déclarée, laquelle résulte
des simples déclarations de l’assuré, soit de la valeur agréée sur laquelle l’assureur
a donné son accord.
En revanche, pour les risques variables (stocks), il est prévu lors de la
souscription du contrat des variations de la valeur du risque au cours de son
exécution. On appelle « police flottante ouverte » le contrat d’assurance portant
sur les objets qui peuvent être constamment modifiés au cours du contrat et qu’on
appelle « existence variable ». La prime est également souvent fixée en fonction
du chiffre d’affaires de l’entreprise et il appartient (suite à la variabilité de ce
chiffre d’affaires) au chef d’entreprise de déclarer régulièrement son montant pour
pouvoir ajuster conséquemment la prime.
Par ailleurs, la prime en assurance de responsabilité est fonction de la
nature et de l’importance des risques garantis, lesquels sont très variables selon
qu’il s’agit d’une entreprise ou des particuliers. Dans le cas des risques
d’entreprise ou professionnels, la détermination de la prime est fonction de
l’activité exercée par l’assuré.
Enfin, s’agissant des assurances des personnes, la prime est directement
fonction du montant forfaitaire des capitaux assurés, ainsi que des risques
particuliers auxquels se trouve exposé l’assuré, notamment du fait de son âge, de
son état de santé ou de son exposition particulière à certains risques.
b) La prime commerciale
La prime commerciale (Pr. com.) due par l’assuré est égale à la prime
pure (Pr. p.) augmentée des chargements (Charg.)
Pr. Com = Pr. p + Charg.

105
Valeur d'usage est égale à la valeur de remplacement moins vétusté (VU=VR-Vt) ;
106
Valeur de remplacement sans vétusté (valeur à neuf).

65
L’un des termes de cette formule ayant déjà fait objet des
développements au point précédent, il nous reste à expliquer la notion de
chargements.
Il existe deux principales catégories de chargements, à savoir le
chargement de sécurité et les autres chargements. Le chargement de sécurité
permet à l’assureur de se protéger contre la faillite. Les autres charges comportent
les frais de gestion et de fonctionnement, les frais de rémunération de capital dans
les sociétés par actions, les frais de production (rémunération des intermédiaires,
frais d’encaissement de prime), etc.
c) La prime totale
C’est la prime commerciale augmentée des taxes ou charges fiscales.
Pr. T. = Pr. com. + Tax

d) La modification de la prime en cours de contrat


En cas d’aggravation du risque, l’assureur a le droit de proposer un
nouveau montant de prime. Si l’assuré n’y donne pas suite, ou refuse ce nouveau
montant, l’assureur peut résilier le contrat au terme du délai prévu, à condition
d’avoir informé l’assuré de cette faculté de résiliation dans sa proposition.
En cas de diminution de risque en cours de contrat, l’assureur a droit à
une diminution du montant de la prime. Si l’assureur n’y consent pas, l’assuré
peut dénoncer le contrat.
B. Le paiement de la prime
Il sera question ici de connaître la personne à qui incombe l’obligation
de payer la prime d’assurance et d’examiner les règles sur la date et le lieu de
paiement.
a) Le débiteur
Le débiteur de la prime est en principe l’assuré. C’est le souscripteur
dans les assurances pour compte. S’il y a eu souscription par mandataire, c’est le
mandant. Le paiement de la prime d’assurance contre l’incendie des bâtiments
loués est à la charge exclusive du propriétaire.

66
b) La date et le lieu de paiement
En principe, le paiement de la prime d’assurance a lieu au début de la
période garantie. Le paiement est soit mensuel, trimestriel, semestriel ou annuel.
Lorsque les parties conviennent que la prime sera payée annuellement, ce
paiement peut toutefois être fractionné en plusieurs mensualités. A chaque
échéance des primes, l’assureur est tenu d’aviser l’assuré ou la personne chargée
de payer les primes.
Quant au lieu, la prime d’assurance est en principe payable au domicile
de l’assureur ou du mandataire désigné par lui à cet effet107. Ainsi donc,
contrairement au principe général de la « quérabilité de la dette », la dette en
matière d’assurance est plutôt portable.
C. Les sanctions du défaut de paiement
Dans un contrat synallagmatique, le droit civil général prévoit comme
sanction mise à la disposition d’une partie contractante en cas d’inexécution ou
d’exécution imparfaite de l’engagement pris envers elle par l’autre partie le droit
pour la partie concernée de refuser d’exécuter ou de suspendre l’exécution de sa
propre obligation. C’est l’exception dite d’inexécution (exceptio non adimpleti
contractus).
L’on peut se poser la question de savoir si une telle solution préconisée
par le droit commun des obligations peut aussi être appliquée en droit des
assurances, où elle permettrait à l’assureur de suspendre sa garantie et donc de
refuser de prendre en charge les sinistres survenus à un assuré qui n’aura pas payé
la prime due conformément aux stipulations contractuelles.
Il convient à cet égard de rappeler que la législation congolaise sur les
assurances subordonne le bénéfice de la garantie d’assurance au paiement effectif
de la prime y relative. En effet, il est interdit aux entreprises d’assurance de
souscrire ou de renouveler un contrat d’assurance dont la prime n’est pas payée.
Un délai maximum de paiement de 60 jours peut être accordé au souscripteur à
compter de la date convenue de prise d’effet ou de renouvellement, et ce
uniquement pour des risques dont le montant de la prime dépasse un certain seuil
calculé sur base du SMIG annuel, à l’exception des opérations d’assurances
portant sur l’automobile, la maladie et les marchandises transportées. A défaut de
paiement de la prime au-delà de ce délai, le contrat est résilié de plein droit et la

107
Art. 16 al. 1 phrase 1 du Code des assurances.

67
portion de la prime courue reste acquise à l’assureur, sans préjudice des éventuels
frais de poursuite et de recouvrement108.
Toutefois, pour certaines assurances, dont les assurances maritimes,
fluviales et lacustres, le défaut de paiement d’une prime permet à l’assureur, soit
de suspendre l’assurance, soit d’en demander la résiliation. Cette mesure ne prend
effet que huit jours après l’envoi d’une notification à l’assuré à son dernier
domicile connu de l’assureur soit par lettre recommandée avec accusé de
réception, soit par lettre contresignée, soit enfin par mise en demeure ou par tout
autre moyen avec accusé de réception (art. 76).
Il s’ensuit qu’en règle générale le législateur congolais a exclu
l’application de l’exception d’inexécution en matière d’assurances et a plutôt
institué le droit de résiliation du contrat, sauf pour certaines branches, telles que
les assurances sur la vie. Sur cette question, il s’est inspiré de la solution prévue
dans les pays membres de la Conférence interafricaine des marchés d’assurance
(CIMA)109. Cette solution diffère de celle prévue dans certaines législations
étrangères, notamment belge110 et française111, qui remplacent l’exception
d’inexécution par la possibilité de suspendre la garantie ou de résilier le contrat,
mais à condition d’adresser une mise en demeure préalable au débiteur,
comportant sommation de payer la prime dans le délai qu’elle fixe et rappelant les
conséquences éventuelles du défaut de paiement dans le délai fixé.
Compte tenu de la sensibilité de la matière en cause et dans le souci de
veiller à la protection des consommateurs des assurances ainsi que des tiers
bénéficiaires, il aurait été souhaitable que le législateur congolais subordonnât la
résiliation du contrat d’assurance pour défaut du paiement de la prime par l’assuré
après l’échéance convenue à la défaillance de ce dernier après une mise en
demeure préalable, dont le délai ne devrait pas dépasser trente jours. En outre, la
notification de la mise en demeure devrait être soumise à une certaine exigence
de forme, nécessitant par exemple une lettre recommandée ou avec accusé de
réception. Ainsi, si un sinistre survenait entre la mise en demeure de l’assuré et la
date de l’ouverture éventuelle du droit à la résiliation du contrat, l’assureur devrait
l’indemniser. Toutefois, pour le protéger contre les abus éventuels, cette garantie
ne devrait valoir que pour des cas où la mauvaise foi de l’assuré ne serait pas
108
Lire pour l’ensemble l’article 16 al. 2 à 4 du Code des assurances.
109
Cf. art. 13 al. 2 à 6 du Code des assurances CIMA.
110
Cf. art. 69 à 72 de la loi du 4 avril 2014 relative aux assurances (Belgique).
111
Cf. art. L.113-3 al. 2 et 3 du Code des assurances (France) : droit de suspension de la garantie trente jours
après la mise en demeure et droit de résiliation du contrat dix jours après l’expiration du délai ouvrant le droit
de suspension.

68
établie. En revanche, en application des dispositions de l’article 23 alinéa 3 du
Code des assurances, la garantie serait exclue pour des pertes et dommages
provenant d’une faute intentionnelle ou dolosive de l’assuré ; la charge de la
preuve du caractère intentionnel ou dolosif de la faute incombant à l’assureur.

§3. Le règlement du sinistre

Le sinistre n’est pas à proprement parler un élément essentiel du contrat


d’assurance. Il doit plutôt être considéré comme la réalisation du risque prévu
dans le contrat et qui fait déclencher la prestation promise par l’assureur. En effet,
s’il est impossible de concevoir un de contrat d’assurance sans risque, il n’est pas
en revanche exclu d’avoir un tel contrat sans sinistre. En d’autres termes, le risque
peut ou ne pas se réaliser le contrat restera toujours valable.
A. Notion et preuves du sinistre
Le sinistre est défini comme la survenance d’un événement prévu par
le contrat d’assurance (article 3 du code des assurances). Il est constitué
par réalisation de l’évènement prévu par la police d’assurance et entrainant la
mise en jeu de la garantie. Il se décompose en un fait générateur, à l’origine du
dommage et un préjudice résultant du dommage. En assurance de responsabilité
s’ajoute la réclamation du tiers lésé du fait du dommage.
Le sinistre est un fait juridique dont la preuve peut être rapportée par
tout moyen ; c’est à l’assuré qui revendique la garantie du sinistre d’en rapporter
la preuve.
A. Les obligations des parties après la survenance de sinistre
Nous présenterons tour à tour les obligations de l’assuré et celles de
l’assureur.
a) Les obligations de l’assuré
Les principales obligations de l’assuré consistent en la prise des
mesures conservatoires et en la déclaration du sinistre dans les meilleurs délais.
A ces obligations générales ou communes à toutes les assurances s’ajoutent
d’autres obligations spécifiques qui peuvent résultent de la volonté des parties.

69
(i) La prise des mesures conservatoires
L’assuré est tenu de prendre des mesures conservatoires ou mesures de
sauvetage nécessaires en vue de limiter les dégâts ou mieux de minimiser autant
que possible l’ampleur du sinistre112.
(ii) La déclaration du sinistre
L’assuré est tenu de déclarer à l’assureur, dès qu’il en a eu connaissance
et au plus tard dans le délai fixé par le contrat, tout sinistre susceptible de mettre
en jeu la garantie de l’assureur. Aux termes de l’article 18 du Code des assurances,
ce délai contractuel ne peut être inférieur à huit jours ouvrables, sauf en cas de vol
ou de mortalité du bétail où il est réduit à cinq jours. Toutefois, il est possible pour
les parties de prolonger ces différents délais d’un commun accord, lorsqu’elles le
jugent nécessaire.
Le non-respect de cette obligation ou le défaut de diligence de la part
de l’assuré peut avoir des conséquences fâcheuses pour lui, notamment de la
déchéance du bénéfice de garantie pour déclaration tardive au cas où les parties
auraient prévu une telle clause dans leur contrat au regard des délais convenus113.
La même sanction s’applique aussi à l’assuré qui aura fait une déclaration inexacte
du sinistre dans l’intention d’en fausser l’appréciation par l’assureur et d’en tirer
un avantage indu114.
(iii) Autres obligations
Les obligations mises à la charge de l’assuré après la réalisation du
sinistre doivent être expressément mentionnées dans le contrat d’assurance : par
exemple dépôt d’une plainte en cas de vol, etc.
(iv) Conséquences de l’irrespect des obligations
En cas de non-respect des obligations, la déchéance de la garantie est la
sanction y relative. La déchéance est la perte de la garantie du droit assuré pour
un sinistre donné lorsqu’elle est prévue par le contrat d’assurance et au cas où
l’assuré ne respecte pas ses obligations après le sinistre.
La sanction de la déchéance n’est donc encourue que pour une cause
postérieure à la réalisation du sinistre et comme tel inopposable à la victime dont

112
Cf. notamment art. 79 du Code des assurances.
113
Art. 19 du Code des assurances.
114
Art. 18 al. 2 du Code des assurances.

70
le droit est « cristallisé » par celle-ci. Dans tous les cas, le contrat demeure
valable, seul le sinistre est concerné par la sanction.
b) Les obligations de l’assureur
L’obligation fondamentale de l’assureur est d’exécuter, dans le délai
convenu, la prestation déterminée par le contrat d’assurance en cas de réalisation
d’un sinistre. Cette obligation vaut pour tous les évènements survenus pendant la
durée du contrat, quel que soit leur nombre, et ce jusqu’au montant du capital
assuré (cf. notamment art. 94).
(i) L’offre d’indemnisation
La loi exige de l’assureur qui aura reçu une déclaration de sinistre
d’informer immédiatement l’assuré des documents qui doivent lui être fournis
pour compléter le dossier de demande d’indemnisation et diligenter les expertises
nécessaires en tenant l’assuré informé et en l’invitant à participer à ces expertises.
Si à l’issue de l’examen du dossier, l’assureur estime, notamment sur base du
rapport des expertises éventuellement menées, que le sinistre ne peut pas être pris
en charge, il doit immédiatement en donner les raisons à l’assuré. Si en revanche,
s’il s’avère que le risque est couvert par le contrat, l’assureur doit présenter à
l’assuré une offre d’indemnisation détaillée par chefs de préjudice, et ce dans un
délai de trois mois115 à compter de la réception de toutes les pièces exigées pour
l’étude du dossier.
Il arrive également que les parties ne soient pas à mesure de déterminer
définitivement le montant de l’indemnité plusieurs mois après la réalisation du
sinistre. Si ce délai dépasse six mois, l’assureur est tenu de présenter à l’assuré ou
à la victime une offre raisonnable à titre provisionnel, à valoir sur le règlement
définitif. Au cas où il s’avérait plus tard que l’offre de règlement provisionnel
était insuffisante, l’assureur devra payer en sus de l’indemnité une pénalité
proportionnelle.
La clôture de la procédure d’indemnisation nécessite l’acceptation par
l’assuré ou le bénéficiaire de l’offre de règlement ou de la provision à valoir sur
le règlement définitif. La décision d’acceptation peut toutefois être rétractée dans
un délai de sept jours116 à compter de sa notification. Dépassé ce délai,

115
Ce délai peut varier d’une assurance à une autre. Ainsi, pour l’assurance RC automobile, il peut aller jusqu’à
six mois. Cf. art. 134 al. 1 du Code des assurances.
116
Pour les victimes d’accident de circulation, la loi prévoit plutôt un délai de quinze jours pour la rétraction ou
la dénonciation de l’offre de la transaction (art. 141 Code des assurances).

71
l’acceptation devient définitive, ce qui implique pour l’assureur l’obligation de
procéder au paiement de la somme convenue dans les quinze jours qui suivent.
Enfin, il faut noter qu’en cas de dépassement des délais par l’assureur
soit pour la présentation d’une offre de règlement, soit pour le paiement de
l’indemnité, l’indemnisation doit être majorée d’intérêts de retard calculés sur la
base du double du taux directeur de la Banque Centrale du Congo au dernier jour
où l’offre aurait dû légalement être faite, ou encore le paiement aurait dû être
effectué117.
(ii) Le montant et la forme de paiement de l’indemnité
Le montant de l’indemnité due par l’assureur est en principe fixé de gré
à gré entre les parties concernées. S’agissant de la forme de paiement, l’indemnité
est réglée en espèces ou par titres valant espèces, l’assureur ne pouvant être
contraint de réparer ou remplacer les objets assurés (art. 80). Toutefois, dans le
cas d’assurance incendie, les parties peuvent prévoir une clause de reconstruction
des bâtiments ou de remplacement des objets s’y trouvant (art. 216 al. 1).
(iii) Règles particulières à certaines assurances
Certaines catégories d’assurances, en l’occurrence les assurances de
responsabilité sont régies par quelques règles particulières en matière
d’indemnisation des préjudices subis. Nous présenterons ici principalement le cas
de l’assurances RC des propriétaires des véhicules terrestres. En effet, pour cette
assurance, le montant de l’indemnité est fixé par les parties, sous réserve du
respect de la fourchette déterminée par le Code des assurances ou par ses mesures
d’application. Ainsi par exemple, l’indemnité pour préjudice moral due au
conjoint de la victime d’un accident de circulation, dont l’incapacité permanente
aura été constatée, est calculée en se référant au montant annuel du salaire
minimum interprofessionnel garanti (SMIG) en vigueur lors du règlement de
l’indemnité, sans que l’indemnité ne dépasse dix fois ce montant (art. 132 al. 2).
Il en est de même aussi de l’indemnité destinée à réparer le préjudice moral des
ayants droit d’une victime décédée, dont le taux est fixé par arrêté ministériel (art.
169).
Au-delà de ces règles particulières en matière de détermination du
montant de l’indemnité, l’assurance RC automobile fait peser sur l’assureur du
véhicule impliqué dans l’accident l’obligation réparation de plusieurs autres

117
Lire utilement les articles 21, 139 al. 1, 142 et 206 du Code des assurances.

72
préjudices connexes. Ainsi, l’assureur est tenu de rembourser ou de prendre
directement en charge tous les frais nécessaires au traitement de la victime. Ces
frais sont toutefois limités aux montants fixés par arrêté du ministre ayant le
secteur des assurances dans ses attributions sur proposition de l’autorité de
régulation et de contrôle des assurances.
Sont également pris en charge par l’assureur, sur base d’une évaluation
forfaitaire faite après l’avis d’un expert médical indépendant, les frais
raisonnables et indispensables au maintien de l’état de santé de la victime
postérieurement à la consolidation (art. 161). Cette évaluation tient
essentiellement compte du taux d’incapacité118 ainsi que de l’âge, de la situation
professionnelle, de l’état civil ou des charges de famille de la victime (art. 162 et
163).
Dans certains cas, l’assureur doit aussi à la victime des indemnités pour
assistance par une tierce personne (art. 164), pour souffrance physique et
préjudice esthétique (art. 165) ou pour préjudice de carrière (art. 166).
L’indemnité pour assistance est due à la victime dont le taux d’incapacité
permanente est au moins égal à 80% et pour qui le médecin a prescrit une telle
mesure. Tandis que le l’indemnité pour souffrance physique et préjudice
esthétique, dont l’ampleur est déterminée par expertise médicale, vise à réparer
les dommages résultant des douleurs particulières dues aux lésions corporelles
ainsi que les déformations d’une des parties du corps, principalement les parties
les plus visibles tel que le visage. Quant au préjudice de carrière, il vise à
compenser soit la perte d’une chance certaine de carrière à laquelle peut
raisonnablement espérer un élève ou un étudiant en cours d’études, soit
l’interruption inattendue de la carrière par une personne déjà engagée dans la vie
active.
Enfin, en cas de décès de la victime d’un accident, l’assureur du
véhicule impliqué dans cet accident est tenu de rembourser les frais funéraires
dépensés par les ayants droit (art. 167), dans la limite des montants fixés par arrêté
ministériel, et de leur payer une indemnité globale pour préjudice économique
(art. 168). La limitation par voie réglementaire des montants des frais funéraires
à supporter par l’assureur est une mesure d’encadrement très capitale dans une
société où l’on assiste de plus en plus à une sorte d’extravagance dans
l’organisation des funérailles. L’absence d’une telle mesure exposerait les
assureurs aux abus de certaines familles malhonnêtes.

118
L’incapacité peut être soit temporaire, soit permanente. Cf. Législation sur la sécurité sociale.

73
C. La limitation contractuelle de l’indemnité
Trois points seront examinés :
a) La sous-assurance
Dans les assurances où le montant de la valeur assurée est déterminable,
le propriétaire d'une chose peut ne l'assurer que pour une partie de sa valeur et
choisir de conserver une partie du dommage à sa charge en cas de sinistre ou de
réalisation du sinistre, notamment pour limiter le montant des primes. Il reste ainsi
son propre assureur pour une partie de la valeur de la chose assurée.
Il s'agit de l'expression de la liberté contractuelle des parties, laquelle
ne peut être considérée comme une fraude. La sous-assurance peut également être
le fruit d'une erreur dans la déclaration de la valeur du risque assuré ou d’une
augmentation de cette valeur avec le temps sans que l’assuré ait pensé à adapter
le montant de ses garanties en conséquence. C’est à la date du sinistre qu’il
convient d’apprécier la valeur du bien assuré. L’application de la règle
proportionnelle des capitaux se fera selon la formule suivante :
I = D x VD/VA
Avec : I = Indemnité ; D = dommage ; VD = valeur déclarée ; VA = valeur
assurable.
Exemple, en cas de sinistre total : si le bien a une valeur de 15 000$,
mais qui n’a été déclaré que pour une valeur de 10 000$, l’assureur sera limité à
la somme assurée de 10 000$.
I = 15 000 x (10 000/15 000) = 10 000 $
Exemple en cas de sinistre partiel : dans l’exemple précédant, si le bien
n’a été détruit qu’à concurrence de moitié, l’indemnité due vaudra :
I = 7500 x (10 000/15 000) = 5000 $
b) Les découverts et les franchises
L’assuré peut rester obligatoirement son propre assureur pour une
somme ou une quotité déterminée ou qu’il supporte une déduction fixée d’avance
sur l’indemnité du sinistre.
(i) Les découverts obligatoires
Cette clause oblige l’assuré à conserver à sa charge une part du
dommage fixé correspondant soit à un pourcentage du dommage, soit à un capital

74
forfaitaire. Elle a pour objet de « moraliser l’assurance » et de faire en sorte
d’obliger l’assuré à faire preuve de vigilance pour prévenir la réalisation du risque.
Parce qu’il est obligatoire, ce découvert doit rester effectivement à la charge de
l’assuré à qui le contrat interdit de souscrire une garantie complémentaire. Il a
également pour effet d’entrainer une diminution du taux de prime.

Sous-assurance Découvert obligatoire

Source Volonté (erreur) Contrainte

Effet Diminution de la prime Diminution de la prime

(ii) La franchise
La franchise est la part du dommage, exprimée en somme d’argent ou
en pourcentage, que l’assuré conserve à sa charge119. Bien que souvent confondue
avec le découvert, elle se démarque cependant de ce dernier dans la mesure où
elle peut être rachetée120 moyennant surprime ou majoration de la prime.
L’on distingue la franchise absolue de la franchise simple. Elle est
absolue lorsque la fraction du dommage concernée est supportée par l’assuré,
quelle que soit l’importance du préjudice. Concrètement, en cas de règlement du
sinistre, l’indemnisation du dommage se fait après déduction automatique de la
somme ou du pourcentage qui fait l’objet de la franchise. En revanche, la franchise
est dite simple lorsque la fraction sur laquelle elle porte n’est supportée par
l’assuré que si le préjudice ne dépasse pas un certain seuil préalablement
déterminé. C’est qu’en cas de dépassement de ce seuil, le dommage sera
intégralement garanti ou supporté par l’assureur.
c) La compensation de l’indemnité avec les primes dues
Il est admis que lorsque deux personnes se trouvent débitrices l’une
envers l’autre, il s’opère de plein droit une compensation qui éteint les deux dettes
à concurrence de leur quotité respective121. C’est ainsi que la jurisprudence admet
que l’assureur puisse compenser les indemnités dont il est redevable avec les
primes qui lui restent dues par l’assuré.

119
Cf. art. 37 al. 3 et art. 116 du Code des assurances.
120
G. Cornu, Op. cit., pp. 480-481.
121
Art. 181 et 182 du Code civil congolais livre III.

75
Assuré

Sinistre
Prime
Obligations des parties

Assureur

D. L’impact de la faute de la victime sur le règlement du sinistre


Inopposabilité de la faute de la victime : assurance RC auto (art. 131)
Les victimes d’accidents corporels impliquant un ou plusieurs véhicules
terrestres à moteur, y compris les conducteurs, sont indemnisés des dommages
résultant des atteintes à leur personne qu’elles ont subis, sans qu’il leur soit opposé
leur propre faute à l’exception du cas où elles ont volontairement recherché les
dommages subis. La faute commise par la victime n’a pour effet que de limiter ou
d’exclure l’indemnisation des dommages aux biens qu’elle aurait subis
concomitamment avec ses dommages corporels.

SECTION III. LA DUREE ET LA TACITE RECONDUCTION

§1. La durée du contrat

Le principe est que la durée des engagements doit figurer dans la police
d’assurance de manière apparente. Généralement le contrat est conclu pour une
durée déterminée ; mais il peut aussi être à durée indéterminée.
En cas d’inobservation de ce principe, la sanction est l’inopposabilité
de la clause de l’assuré. Dans ce cas, le contrat est réputé sans durée fixe et le
souscripteur peut le résilier chaque année à la date anniversaire de ce contrat avec
préavis et sans indemnité.
Ce principe de fixation conventionnelle de la durée du contrat est
assoupli par deux possibilités : la tacite reconduction et la faculté de résiliation.

§2. La tacite reconduction

La tacite reconduction, c’est « la continuation d’un contrat entre les


parties à l’arrivée du terme, sans qu’il ne soit besoin d’un écrit ou de paroles
expresses, du seul fait de la poursuite ou du maintien des relations contractuelles

76
préexistantes »122. Il y a tacite reconduction d’un contrat, lorsqu’à l’arrivée du
terme de ce contrat, les parties poursuivent ou maintiennent leurs relations
contractuelles sans qu’il ne soit besoin d’un écrit ou de paroles expresses.
La tacite reconduction est une clause qui évite à l’assureur de perdre la
gestion d’un contrat et à l’assuré de perdre la garantie de l’assurance. Elle peut
être considérée comme étant un nouveau contrat passé entre l’assureur et l’assuré.
Mais pour qu’elle soit valable et produise des effets escomptés, elle doit respecter
un certain nombre de conditions.
A. Conditions
La validité de la tacite reconduction d’un contrat d’assurance nécessite
que le contrat concerné soit à durée déterminée, qu’il arrive à l’expiration de la
durée prévue et qu’une clause expresse soit insérée dans la police précisant que la
reconduction du contrat peut s’effectuer par accord tacite des parties.
Par ailleurs, l’article 22 du Code des assurances exige de l’assureur
qu’il avise l’assuré ou la personne chargée du paiement des primes, à la dernière
adresse connue, au moins trente jours à l’avance, de la date d’échéance du contrat
et du montant de la prime qui doit être acquittée pour son renouvellement. Cela
éviterait à l’assuré des sanctions éventuelles pour défaut de paiement de la prime
convenue.
B. Effets
La tacite reconduction a pour effet de renouveler automatiquement le
contrat pour une année. Concrètement, il s’agit d’un nouveau contrat qui remplace
le premier, sans que sa durée ne dépasse une année123. La date de la reconduction
devient alors celle du contrat. Toutefois, une des parties peut s’opposer au jeu de
la tacite reconduction par la résiliation, en respectant le délai prévu dans la police.

122
S. Guinchard et T. Debard, Op. cit., p. 1045.
123
Cf. art. 24 al. 2 du Code des assurances.

77
SECTION IV. LA CESSATION DU CONTRAT D’ASSURANCE

Le contrat d’assurance cesse normalement par voie de résiliation. Il peut


toutefois cesser aussi par la transmission de la garantie de l’assuré à une autre
personne.

§1. La résiliation

La résiliation d’un contrat d’assurance peut être fondée sur plusieurs


motifs. Mais pour qu’elle soit licite et permette ainsi à l’assureur et à l’assuré de
se dégager de leurs engagements réciproques, elle doit respecter un certain
nombre de conditions.
A. Les principales causes de résiliation
Plusieurs causes peuvent justifier la résiliation d’un contrat
d’assurance. Il s’agit notamment de l’arrivée du terme, du retrait total de
l’agrément accordé à l’entreprise d’assurance, de la modification ou de la
cessation du risque, du décès de l’assuré ou de l’aliénation de la chose assurée, de
la volonté des parties, etc.
a) L’arrivée du terme
En examinant le point sur la durée du contrat d’assurance, il a été relevé
que ce contrat est soit à durée déterminée, soit à durée indéterminée. Lorsqu’il est
conclu pour une durée déterminée, les parties peuvent prévoir ou non une clause
de tacite reconduction à l’arrivée du terme. C’est que l’arrivée du terme ne peut
être considérée comme cause de résiliation du contrat d’assurance que pour des
contrats conclus à durée déterminée, sans possibilité de tacite reconduction. Dans
ce cas, le contrat cessera de plein droit de produire ses effets sans qu’un préavis
ou une quelconque notification soit nécessaire.
b) Le retrait total de l’agrément
Le marché des assurances est un marché fortement réglementé. Pour y
accéder, les opérateurs économiques intéressés, doivent être agréés par l’ARCA
après la satisfaction d’un certain nombre de conditions. Toutefois, l’obtention
régulière de l’agrément ne confère pas à son bénéficiaire une quelconque
« immunité ». L’agrément peut en effet être retiré à tout moment par l’ARCA
lorsqu’il est établi que l’entreprise en cause ne fonctionne pas dans le respect de
la législation congolaise sur les assurances. Il en est ainsi par exemple du défaut

78
ou de l’incapacité d’une entreprise d’assurance donnée à maintenir les garanties
financières indispensables.
La décision de retrait total de l’agrément emporte, pour l’entreprise
concernée, l’interdiction d’opérer sur l’étendue du territoire national et donc la
cessation de plein droit de toutes ses opérations d’assurance, en l’occurrence de
tous les contrats qui la lient aux assurés124. La cessation de ces contrats ne
deviendra cependant effective qu’après la publication d’une décision des pouvoirs
publics qui fixera leur sort.
c) La modification ou la cessation des risques
La modification des risques en cours de contrat consiste soit en
l’aggravation desdits risques, soit en leur diminution ou allègement, soit enfin en
la création de nouveaux risques. Elle constitue un motif de résiliation du contrat
lorsque les circonstances nouvelles sur lesquelles elle porte sont telles que, si elles
avaient prévalu lors de la conclusion de la police d’assurance, elles auraient
certainement eu une influence significative sur l’intérêt et le consentement des
parties et, éventuellement, sur l’étendue de leurs engagements réciproques125. Les
circonstances qui peuvent avoir un tel impact sont principalement le changement
de domicile, le changement de profession, la retraite ou cessation définitive
d’activités professionnelles ainsi que le changement de situation ou de régime
matrimonial.
Pour pouvoir se prévaloir du droit de résiliation du contrat d’assurance
en raison de la survenance de l’un de ces évènements, la partie intéressée doit
prendre cette initiative ou exercer ce droit dans les trois mois suivant la date de
l’évènement126. La résiliation du contrat d’assurance intervenue dans ces
conditions prend effet un mois après que l’autre partie en a reçu la notification.
De même, le contrat d’assurance cesse de plein droit en cas de cessation
des risques assurés. Il en est ainsi de la perte totale de la chose assurée à la suite
d’un événement non prévu par le contrat127. Enfin, le contrat sera nul s’il est établi

124
Art. 78 al. 2 du Code des assurances.
125
Art. 17 et 27 du Code des assurances.
126
Le point de départ du délai est la date à laquelle la situation nouvelle se réalise, sauf pour la retraite où le point
de départ de ce délai est le lendemain de la date à laquelle prend fin l’activité professionnelle. Par ailleurs, si
l’événement de référence est constaté par une décision judiciaire ou lorsqu’il ne peut en être déduit d’effets
juridiques qu’après une homologation ou un exequatur, la date retenue est celle à laquelle cette décision acquiert
l’autorité de chose jugée.
127
Art. 30 du Code des assurances.

79
que la chose visée par l’assurance a déjà péri ou n’est plus exposée aux risques au
moment de la prescription128.
d) Le décès de l’assuré ou l’aliénation de la chose assurée
En principe, le décès de l’assuré ou l’aliénation de la chose assurée ne
met pas fin au contrat d’assurance. En effet, le législateur a voulu que l’assurance
continue de plein droit au profit de l’héritier ou de l’acquéreur, à charge pour ces
derniers d’exécuter toutes les obligations dont l’assuré était tenu vis-à-vis de
l’assureur en vertu du contrat129. Il faut tout de même préciser qu’en cas
d’aliénation de la chose assurée, celui qui aliène reste tenu au paiement des primes
échues, mais il est libéré, même comme garant de primes à échoir, à partir du
moment où il a informé l’assureur de l’aliénation par lettre recommandée ou tout
autre moyen avec accusé de réception.
Il existe toutefois deux principales dérogations à ce principe. La
première porte sur la possibilité dont disposent l’assureur et l’héritier ou
l’acquéreur, selon le cas, de résilier le contrat dans un délai de trois mois à partir
du jour où l’attributaire définitif des objets assurés a demandé le transfert du
contrat à son nom130. La deuxième dérogation concerne les cas d’aliénation des
véhicules terrestres à moteur qui donnent lieu à la suspension de plein droit du
contrat d’assurance à partir du cinquième jour de l’aliénation, que celle-ci ait été
notifiée ou pas par l’assuré à l’assureur dans la forme prescrite par la loi. Le
contrat peut ensuite être résilié par les parties moyennant préavis de dix jours ou
de plein droit à l’expiration du délai de six mois à compter de l’aliénation, si
aucune initiative n’est prise par les parties pour le résilier ou le remettre en
vigueur131.
e) La déconfiture, la faillite ou la liquidation judiciaire de l’assuré
Les règles prévues en cas de déconfiture, de faillite ou de liquidation de
l’assuré sont similaires à celles examinées plus haut concernant le décès de la
même partie contractante. En effet, comme pour le décès, l’assurance subsiste
aussi en cas de survenance de l’une de ces trois situations dans le chef de l’assuré.
Néanmoins, à l’instar de l’héritier en cas de décès de l’assuré, le liquidateur

128
Art. 29 du Code des assurances.
129
Lire les articles articles 31 al. 1, 96 al. 1, 207, 224 et 225 du Code des assurances.
130
Cf. art. 31 al. 2 du Code des assurances.
131
Cf. art. 32 du Code des assurances.

80
dispose aussi ici du droit de résilier le contrat pendant un délai de trois mois à
compter de la date de la faillite ou de la liquidation judiciaire132.
f) Le non-respect des obligations par les parties
Défaut de paiement des primes échues (art. 16), défaut de déclaration
des expéditions en cas de police flottante dans les assurances maritimes, fluviales
et lacustres (art. 104).
g) La volonté des parties
Nul n’étant tenu de demeurer éternellement dans un lien contractuel,
chaque partie au contrat d’assurance jouit de la liberté de se désengager, dans les
conditions et modalités convenues. Ainsi, l’assureur peut résilier le contrat en cas
de non-paiement de la prime convenue, d’aggravation du risque, d’omission ou
d’inexactitude dans la déclaration du risque à la souscription ou en cours de
contrat.
B. Les conditions requises
Les conditions de résiliation d’un contrat d’assurance portent
essentiellement sur les règles relatives à la périodicité de la faculté de résiliation
et à la procédure y afférente.
a) La périodicité de la faculté de résiliation
La périodicité de la faculté de résiliation voudrait dire que le contrat
d’assurance ne peut être résilié à l’initiative de l’une des parties qu’à l’expiration
d’un délai d’un an, moyennant un préavis d’au moins un mois avant l’échéance
annuelle (art. 25 al. 1 Code des assurances). Toutefois,
Il existe toutefois quelques dérogations à cette règle. En effet, les parties
peuvent renoncer, moyennant l’insertion d’une clause apparente, à leur droit de
résiliation annuelle du contrat lorsque l’assuré est une entreprise qui souhaite
souscrire un contrat pluriannuel (art. 25 al. 4 Code des assurances). Par ailleurs,
le droit de l’assureur sur cette question connaît des restrictions légales en ce sens
qu’il ne peut pas être exercé dans les contrats d’assurances maladie, d’assurances
sur la vie ou d’assurances de construction (art. 25 al. 3 Code des assurances).
Enfin, la loi interdit la résiliation du contrat d’assurance après la survenance d’un
sinistre (art. 26 Code des assurances).

132
Art. 33 du Code des assurances ; comp. art. 78 al. 1 du même code.

81
b) Le respect de la procédure de résiliation
Le choix de la forme de la résiliation est laissé à la liberté des parties.
L’article 28 du Code des assurances permet à la partie qui prend l’initiation de
résilier le contrat d’assurance de le faire soit par lettre recommandée avec accusé
de réception, soit par une déclaration contresignée par l’autre partie ou contre
récépissé, soit encore par un acte extra judiciaire, soit enfin par tout autre moyen
convenu dans le contrat. Au cas où la demande de résiliation serait fondée sur la
survenance d’un des évènements entrainant la modification ou la cessation des
risques assurés, la partie qui a pris cette initiative est tenue d’indiquer la nature et
la date de l’évènement invoqué et de donner toute précision permettant d’établir
la relation directe entre la résiliation envisagée et l’évènement la justifiant.
Le respect des conditions examinées ci-dessus peut donner lieu à trois
scénarios : acceptation de la résiliation par l’assureur (contrat résilié), refus
(contrat non résilié) et silence (tacite acceptation en vertu du principe qui ne dit
mot consent et le contrat sera résolu).
C. Les effets de la résiliation
Lorsque la faculté de résiliation est utilisée par une des parties, en
respectant le délai applicable, le contrat prend fin à la date à laquelle la résiliation
a été demandée. Par conséquent, les deux parties se libèrent de leurs engagements
réciproques. Ainsi, l’assuré n’est plus tenu au paiement des primes ; et l’assureur
ne couvre pas les sinistres survenus après la résiliation du contrat133. Les mêmes
effets s’appliquent aussi pour tous les contrats d’assurance qui cessent de plein
droit ou ceux qui sont annulés.
Enfin, sauf en cas de résiliation du contrat d’assurance pour arrivée du
terme, l’assureur doit rembourser à l’assuré les primes au prorata de la période
non couverte134.

§2. La transmission

Les règles de transmission diffèrent d’une catégorie d’assurances à une


autre. Dans les assurances de dommages, l’intérêt de l’assurance est souvent lié à
la propriété ou à la possession d’une chose. Si en droit commun le transfert de la
propriété n’entraine pas toujours le transfert des contrats, le droit des assurances

133
Art. 23 al. 4 du Code des assurances.
134
Le principe de remboursement de la portion des primes pour la période non courue est clairement consacré par
les dispositions pertinentes du Code des assurances. Voir notamment les articles 27 al. 8, 29 al. 2, 30 al. 1 in fine,
31 al. 3 phrase 3, 32 al. 4 phrase 1, 33 al. 2 phrase 2.

82
organise la transmission du contrat d’assurance de plein droit en cas de décès de
l’assuré ou d’aliénation de la chose assurée135. Le but recherché est la continuité
de l’assurance afin de ne pas laisser l’acquéreur ou l’héritier sans garantie pendant
un certain temps. En conséquence, l’assurance continue de plein droit au profit du
nouveau propriétaire de la chose assurée.
Cette règle ne s’applique pas aux assurances de personnes. En effet, il
ne peut y avoir continuité de l’assurance après le décès de l’assuré. Elle ne
s’applique pas non plus aux assurances automobiles. L’acquéreur n’est en rien
couvert par le contrat d’assurance, quelles que soient les circonstances de la
vente ; il est tenu de souscrire personnellement une police d’assurance.

SECTION V. LE CONTROLE ET LE CONTENTIEUX EN MATIERE


D’ASSURANCES

§1. Le contrôle de l’obligation d’assurance

Comme il l’a été indiqué au point sur le regroupement des assurances,


le législateur a assujetti toute personne physique ou morale dont la responsabilité
civile peut être engagée pour des dommages subis par des tiers soit en raison de
l’utilisation d’un véhicule terrestre à moteur, soit en raison de l’exploitation
d’activités de transport aérien, maritime, fluvial et lacustre, soit en rapport avec
un bâtiment en construction à l’obligation de souscrire une assurance
responsabilité civile correspondante. Et pour s’assurer du respect de cette
obligation par toutes les personnes concernées, il est prévu des mécanismes de
contrôle dont la charge est confiée aux agents de l’Etat qualifiés.
A. Des mécanismes de contrôle
Les mécanismes de contrôle diffèrent selon chaque type d’assurance
obligatoire. S’agissant de l’assurance responsabilité civile automobile, tout
conducteur d’un véhicule soumis à l’obligation de souscription de cette assurance
est tenu de présenter, sur demande des agents de la police de circulation routière,
un certificat d’assurance ou un certificat provisoire d’assurance136, qui fait
présumer que l’obligation d’assurance a été satisfaite. A défaut de ce document,
la justification peut être fournie par tous moyens de preuve (art. 119). Par ailleurs,
pour les véhicules en circulation internationale sur le territoire congolais, le

135
Cf. art. 31 al. 1 du Code des assurances.
136
Le certificat provisoire est délivré par l’assureur au souscripteur en attendant l’établissement d’un certificat
d’assurance. Ce document ne vaut que pour un mois à dater de sa délivrance. Cf. art. 12o al. 2 du Code des
assurances.

83
respect de l’obligation d’assurance se prouve par la production de la carte
internationale d’assurance de la responsabilité civile (art. 125 al. 2).
Quant à la responsabilité civile des transporteurs aériens, maritimes,
fluviaux et lacustres, le respect de l’obligation d’assurance est attesté par un
certificat d’assurance que chaque aéronef ou chaque embarcation, selon le cas,
doit avoir à son bord. Ce certificat doit être présenté à toute demande aux autorités
compétentes ou aux personnes habilitées à contrôler le respect des obligations
auxquelles sont soumis les exploitants d’activités de transport concerné du fait de
la réglementation pertinente (art. 185 et 191).
B. Des sanctions
Parallèlement aux mécanismes de contrôle, les sanctions prévues en cas
de violation de l’obligation d’assurance sont aussi spécifiques à chaque type
d’assurance concerné.
Ainsi, la mise ou le maintien en circulation d’un véhicule, y compris
ses remorques ou semi-remorques, sans assurance RC automobile est punie d’une
amende d’un montant égal à la moitié de la prime annuelle d’assurance payable
pour la garantie responsabilité civile par la personne assujettie. Le véhicule
concerné est immobilisé ou mis en fourrière, aux frais du propriétaire, par les
autorités de police jusqu’au paiement par le propriétaire de la prime d’assurance
exigée auprès d’une compagnie d’assurance de son choix et de l’amende pour
défaut d’assurance (art. 181). Quant au conducteur du véhicule, il s’expose, selon
le cas, au retrait temporaire ou définitif de son permis de conduire (art. 182).
S’agissant de l’assurance responsabilité civile des transporteurs aériens,
la violation de l’obligation d’assurance donne immédiatement lieu à des mesures
conservatoires par les services compétents de l’aviation civile, dans le cas
d’espèce la Régie des voies aériennes (RVA), après consultation de l’autorité de
régulation et de contrôle des assurances. Ces mesures consistent essentiellement
en l’interdiction de décollage de l’aéronef concerné tant que la preuve d’une
assurance adéquate n’aura pas été produite (art. 185 al. 2). Au-delà de
l’interdiction de décollage, le transporteur ou l’exploitant concerné s’expose au
paiement d’une amende d’un montant fixé par arrêté interministériel des ministres
ayant les secteurs des assurances et de transport dans leurs attributions, sur
proposition de la RVA et de l’ARCA. Il peut, en outre, se voir retirer sa licence
d’exploitation ou, pour les aéronefs immatriculés à l’étranger, refuser le droit
d’atterrir sur le territoire national (art. 186). Les mêmes sanctions s’appliquent
aussi mutatis mutandis au transporteur maritime, fluvial ou lacustre qui ne satisfait

84
pas son obligation de souscription d’une assurance RC pour l’exploitation de ses
activités (art. 192).
Enfin, tout défaut de souscription de l’assurance des risques de
construction (art. 208) ou de l’assurance incendie obligatoire (art. 226) est
sanctionné d’une amende transactionnelle dont le taux ne peut être supérieur au
montant de la prime d’assurance. La compétence pour infliger cette amende est
dévolue à l’OMP près le TGI ou le Tricom compétent. De même, le manquement
à l’obligation d’assurance des facultés à l’importation est puni d’une amende de
5.000.000 à 10.000.000 de francs congolais (art. 237).

§2. Le contentieux

Objet du contentieux, compétence juridictionnelle et règles de


prescription.
A. De l’objet du contentieux
Le contentieux en matière d’assurance peut porter sur toutes les
questions ayant trait au contrat ou, mieux, à l’opération d’assurance. Il peut s’agir
d’un litige sur les conditions de conclusion du contrat, l’exécution des
engagements des parties, notamment le retard dans le paiement des primes
convenues ou dans le règlement du sinistre, la faute (intentionnelle ou non) de
l’assuré ou de ses préposés ayant conduit au sinistre, la faute de la victime,
l’étendue de la garantie et les franchises, le recours des tiers contre l’assureur, la
validité de l’offre de transaction ou d’indemnisation, le montant de l’indemnité,
etc.
S’agissant par exemple de la faute, le Code des assurances prévoit
notamment dans les assurances de dommages que les risques assurés demeurent
couverts, même en cas de faute de l’assuré ou de ses préposés, à moins que
l’assureur n’établisse que le dommage est dû à un manque de soins diligents de la
part de l’assuré. Toutefois, il décharge l’assureur pour tout dommage consécutif
à la faute lourde, intentionnelle ou inexcusable de l’assuré, tout en lui
reconnaissant en même temps le droit de retenir ou de réclamer la prime
convenue137.

137
Lire notamment les articles 70 et 71 du Code des assurances, en ce qui concerne la faute en matière
d’assurances maritimes, fluviales et lacustres.

85
B. De la compétence juridictionnelle
Les règles de compétence régissent la répartition des matières
litigieuses entre les différentes juridictions. Pour savoir si, à l’égard d’un procès
déterminé, tel tribunal est compétent, c’est-à-dire a reçu de la loi l’aptitude à
instruire et à juger une affaire, on se place généralement à deux points de vue :
- De la compétence matérielle, qui se rapporte à la nature des affaires et
traduit notamment la volonté du législateur de réserver la connaissance de
certaines catégories d’affaires à des juridictions spécialisées. Les règles de
compétence matérielle indiquent la nature et le degré de la juridiction à
saisir ;
- De la compétence territoriale, en vertu de laquelle, les affaires de même
nature sont réparties entre tribunaux de mêmes attributions, soit en raison
du domicile des parties, soit pour toute autre raison.
La distinction entre ces deux types de compétence est très importante.
En effet, la compétence matérielle est d’ordre public. Par conséquent, quand un
tribunal est incompétent, en raison de la nature du litige, cette incompétence est
généralement absolue. Elle peut être soulevée en tout état de cause, c’est-à-dire
même pour la première fois au degré d’appel ou de cassation et les juges peuvent
la soulever d’office.
En revanche, la compétence territoriale est d’ordre privé, ses règles
étant aménagées d’ordinaire pour la commodité des plaideurs. Il en résulte que
l’incompétence territoriale est le plus souvent relative. Elle ne peut être soulevée
d’office. Et, quand le défendeur ne l’a pas opposée in limine litis, c’est-à-dire dès
ses premières conclusions, il est présumé y avoir renoncé, et est déchu du droit de
l’invoquer ultérieurement.
a) La compétence matérielle
Le contrat d’assurance peut être civil, commercial ou mixte selon la
qualité des parties. En ce qui concerne la détermination de la juridiction
compétente, il y a lieu d’affirmer que l’assureur sera attrait devant le tribunal de
commerce par l’assuré, commerçant ou non commerçant. L’assureur qui poursuit
un non commerçant intentera son action en paiement de prime ou en nullité de
contrat devant le juge civil (Tribunal de grande instance – TGI), mais s’il a affaire
à un commerçant, c’est le tribunal de commerce qui doit être saisi.

86
Par ailleurs, en cas d’infraction aux dispositions du Code des assurances
dont la violation est punie pénalement, tel que le non-respect de l’obligation de
souscription d’une assurance responsabilité civile pour les propriétaires des
véhicules terrestres à moteur, les transporteurs aériens, maritimes, fluviaux et
lacustres et les constructeurs, c’est la juridiction pénale, généralement le TGI, qui
est compétente. Toutefois, elle devrait surseoir la procédure dès qu’une juridiction
civile ou commerciale est saisie d’une contestation sur l’existence ou la validité
d’une assurance et ne statuer qu’après qu’une décision définitive aura été rendue
sur la contestation138.
b) La compétence territoriale
Aux termes de l’article 34 du Code des assurances, le tribunal
compétent pour connaître de tout litige relatif à la fixation et au règlement des
indemnités dues après sinistre, pour toute espèce d’assurance, est celui du
domicile de l’assuré.
Deux dérogations sont prévues à ce principe. En effet, en matière
d’immeubles ou de meubles, le défendeur est assigné devant le tribunal du lieu de
situation des risques auxquels sont exposés les biens assurés. En outre, s’agissant
des assurances contre les accidents de toute nature, l’assureur peut être assigné
devant le tribunal du lieu où s’est produit le fait dommageable.

§2. La prescription

La prescription est un mode d’acquisition ou d’extinction d’un droit par


l’écoulement d’un certain délai ou laps de temps et sous les conditions
déterminées par la loi139. Appliquée en matière d’assurances, elle permet
notamment à un assureur de se libérer de son obligation de garantie et à un assuré
du paiement de ses primes, à l’expiration du délai prévu par la loi et rappelé dans
le contrat. Ainsi, il appartient à chacune des parties d’être extrêmement vigilante
pour interrompre cette prescription en temps utile, sous peine de perdre, selon
qu’il s’agit de l’assuré ou de l’assureur, le bénéfice de la garantie ou des primes
dues.
Pour mieux comprendre le contenu et les conséquences de la
prescription, il s’avère nécessaire d’examiner d’abord les règles fixant sa durée et
déterminant son point de départ, puis de présenter les actions sur lesquelles elle

138
Voir notamment art. 183 du Code des assurances.
139
Cf. art. 613 du CCCLIII ; voy. aussi G. Cornu, Op. cit., 794 ; S. Guinchard et T. Debard, Op. cit., p. 829.

87
porte, avant de se pencher sur les situations susceptibles d’interrompre ou de
suspendre son cours.
A. Durée et point de départ de la prescription
a) De la durée : principe et dispositions particulières
Les actions nées d’un contrat d’assurance sont prescrites par deux ans
à compter de l’évènement qui y donne naissance140. Ce délai est porté à cinq ans
dans les contrats d’assurance sur la vie, lorsque le bénéficiaire est une personne
distincte du souscripteur, et dans les contrats d’assurance contre les accidents
atteignant les personnes, lorsque les bénéficiaires sont les ayants droit de l’assuré
décédé141. Il est porté à quinze ans dans l’assurance responsabilité civile
automobile142.
Par ailleurs, du fait de son autonomie, l’action du tiers victime exerçant
son action directe contre l’assureur du responsable du dommage n’est pas soumise
à la prescription biennale, mais est calquée sur le délai de prescription applicable
à son action principale contre l’assuré. Dans ce cas, les règles applicables sont
celles de la prescription des actions en responsabilité civile extracontractuelle ou
délictuelle et, donc, la prescription trentenaire prévue à l’article 647 du Code civil
congolais livre III.
b) Du point de départ
Le point de départ pour le décompte du délai de prescription est la
naissance de l’évènement donné ou l’accomplissement de l’acte. Toutefois, le
délai peut, dans certaines conditions, commencer à courir à un autre moment.
Ainsi, par exemple, en cas de réticence, d’omission, de déclaration fausse ou
inexacte sur le risque couru, le délai de prescription ne court qu’à partir du jour
où l’assureur en a eu connaissance. De même, en cas de sinistre, le délai ne peut
commencer à courir qu’à partir du jour où les intéressés en ont eu connaissance,
s’ils prouvent qu’ils l’ont ignoré jusque-là. Enfin, quand l’action de l’assuré
contre l’assureur a pour cause le recours d’un tiers, le délai de prescription ne
court que du jour où ce tiers a exercé une action en justice contre l’assuré ou a été
indemnisé par ce dernier.
Dans tous les cas, le délai de prescription se compte de date à date. Le
jour de l’acte ou de l’évènement qui fait courir le délai (le dies a quo) n’est pas
140
Art. 35 al. 1, 87 al. 1 phrase 1 et 230 du Code des assurances.
141
Art. 35 al. 2 du Code des assurances.
142
Art. 159 du Code des assurances.

88
pris en compte dans la computation ou le calcul, alors que le dernier du jour du
délai (le dies ad quem)143 y est inclus144.
Signalons enfin que la fin de non-recevoir tirée de la prescription ne
peut être invoquée par l’assureur que si ces dispositions sont rappelées dans le
contrat d’assurance.
B. Actions susceptibles de prescription
Toutes les actions dérivant du contrat d’assurance, et concernant le
rapport contractuel entre l’assureur et l’assuré, sont soumises à la prescription,
qu’il s’agisse de la validité du contrat ou de son exécution, notamment : action en
nullité du contrat, action en résiliation du contrat, action en indemnisation de
sinistre intentée par l’assuré contre l’assureur, action en paiement de prime de
l’assureur contre l’assuré, action née de la violation de l’obligation de
renseignement de l’assureur, etc.
C. Interruption et suspension de la prescription
Ainsi qu’il l’a été recommandé plus haut, la partie qui a intérêt à ne pas
perdre un droit du fait de la prescription est tenue de prendre des mesures ou de
poser des actes de nature à empêcher l’extinction de ce droit. Ces actes peuvent,
selon le cas, interrompre ou suspendre la prescription.
L’interruption est un incident qui arrête le cours du délai et efface le
temps déjà écoulé, ramenant ainsi le compteur à zéro à compter de la date de l’acte
interruptif. Elle a pour conséquence de faire courir un nouveau délai de même
durée que l’ancien. En revanche, la suspension consiste à arrêter temporairement
le décompte du délai de prescription, sans toutefois anéantir les effets accomplis,
en l’occurrence le délai déjà couru et qui pourrait éventuellement reprendre son
cours quand l’acte sur lequel la suspension était fondée aura pris fin145.
Il existe plusieurs causes d’interruption ou de suspension de la
prescription. Elles sont déterminées par la loi. Sur cette question, l’article 36 du
Code des assurances renvoie d’abord aux dispositions des articles 636 à 644 du
Code Civil Congolais Livre III, avant d’énumérer quelques causes propres au

143
Sur les expressions latines « dies a quo » et « dies ad quem » signifiant littéralement « jour à partir duquel »
et « jour jusqu’auquel », consulter G. Cornu, Op. cit., p. 347.
144
C. Renault-Brahinsky, Droit des obligations, 16ème éd., Issy-les-Moulineaux, Gualino, 2019, p. 245.
145
Pour plus de détails sur la différence entre interruption et suspension de la prescription, voir C. Renault-
Brahinsky, op. cit., p. 245 ; voir également G. Cornu, Op. cit., pp. 571 et 1009 ; S. Guinchard et T. Debard, Op.
cit., pp. 599, 1039 et 1040.

89
droit des assurances. Ainsi, la prescription d’une action en matière d’assurances
peut être interrompue par :
- une demande en justice (citation, assignation), une mesure conservatoire ou
un acte d’exécution forcée (commandement ou la saisie) (cf. art. 638 et 639
CCCLIII) ;
- la reconnaissance par le débiteur ou le possesseur du droit de celui contre
lequel il prescrivait (art. 640 CCCLIII) ;
- la désignation d’experts à la suite d’un sinistre comme cause d’interruption
ou de suspension de la prescription ;
- l’envoi d’une lettre recommandée ou de tout autre moyen avec accusé de
réception, adressé par l’assureur à l’assuré en ce qui concerne l’action en
paiement de la prime et par l’assuré à l’assureur en ce qui concerne le
règlement d’une indemnité de sinistre ou d’une prestation.
S’agissant des causes de suspension la prescription, le Code des
assurances ne se contente que des causes prévues en droit commun des
obligations, notamment l’empêchement résultant de la loi (art. 643 CCCLIII) ou
de la force majeure et le cas des créances dépendant d’une condition non encore
réalisée (art. 644 CCCLIII).
D. Renonciation à la prescription
La renonciation à la prescription ne peut être valablement réalisée qu’à
partir du moment où la prescription est acquise. Cette renonciation doit résulter
d’actes non équivoques quant à la volonté de renoncer. Il en serait ainsi par
exemple de l’attitude de l’assureur qui, une fois la prescription acquise,
subordonne son acceptation de régler une enquête pénale en cours, du règlement
partiel effectué par l’assureur, de sa participation à des opérations d’expertise, etc.
La reconnaissance, même partielle, que l’assureur fait du droit de son
assuré contre lequel il prescrivait, entraine pour la totalité de la créance, un effet
interruptif de prescription qui ne peut se fractionner.

90
ELEMENTS DE CONCLUSION
Allusion à certains défis à relever pour parvenir à l’émergence du
secteur des assurances.
Promouvoir la « culture d’assurance »
L’on déplore l’absence de culture d’assurance et l’attachement aux
techniques traditionnelles. En effet, les structures sociales congolaises
profondément influencées par les traditions africaines d’épargnes individuelles et
de solidarité familiale ou clanique ne sont pas de nature à faciliter et à accélérer
le développement du marché des assurances. Aussi est-il indispensable
d’accompagner la réforme juridique par des campagnes de promotion de la culture
d’assurance et par la sensibilisation de différentes couches de la population sur
les avantages de cette technique de couverture de risques.
Briser la méfiance de la population
La gestion calamiteuse des opérations d’assurances par la SONAS
durant la période où cette entreprise publique, devenue plus tard société
commerciale d’Etat, jouissait du monopole légal dans ce secteur a eu pour
conséquence « une corrosion progressive et quasi-totale de la confiance du
citoyen dans les opérations d’assurance »146. En effet, la défaillance de cet
assureur ou encore la gymnastique à laquelle il soumettait ses assurés en cas de
survenance d’un sinistre couvert par le contrat démotivait les quelques personnes
qui seraient intéressées par la conclusion d’une police d’assurance, soit parce que
la loi le leur prescrivait, soit par simple souci de prévenir un risque quelconque
assurable.
Par conséquent, il s’avère impérieux de briser cette méfiance
développée par la population vis-à-vis de la technique d’assurance.
Prévenir les abus éventuels (sanctionner la fraude à l’assurance)

146
T.-G. Mitongo Kalonji, Op. cit.

91
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Gouraud, Pamelá, Le statut du courtier d'assurance : Entre preneur d'assurance et assureur, la
place mal définie du courtier, Saarbrücken, EUE, 2014.
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courtage d’assurances au Congo, Kinshasa, Ed. Kapyern Graphics, 2012.
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2016.
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congolais, Louvain‐la‐Neuve, Ed. Academia-Bruylant, 2002.
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gestion de la RD Congo, Paris, L’Harmattan, 2014.
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République Démocratique du Congo ou le réveil d’une « belle au bois dormant »,
JuriAfrique, 10.05.2019, disponible en ligne sur
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référence et application au cas de la RDC, Louvain‐la‐Neuve, Ed. Academia-Bruylant,
2011.
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références et applications au cas de la République Démocratique du Congo, thèse de
doctorat, Université Catholique de Louvain, 2011.
Puigelier, Catherine, Dictionnaire juridique, 2ème éd., Bruxelles, Bruylant, 2017.
Renault-Brahinsky, Corinne, Droit des obligations, 16ème éd., Issy-les-Moulineaux, Gualino,
2019.
Tshizanga Mutshipangu, Droit congolais des assurances, éditions Connaissance du droit,
Kinshasa, 2010.

92
TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION ....................................................................................................................................... 2
I. IDENTIFICATION DU COURS ............................................................................................................. 2
1. La sécurité : un besoin inhérent à l’existence humaine .............................................................. 2
2. Essai de compréhension du concept « assurance » .................................................................... 3
A. La notion d’assurance ............................................................................................................. 3
a) L’acception économique ..................................................................................................... 4
b) L’acception juridique ........................................................................................................... 4
c) L’acception technique ......................................................................................................... 4
B. Les fonctions de l’assurance.................................................................................................... 5
3. La réglementation des assurances .............................................................................................. 5
A. Fondement .............................................................................................................................. 6
B. Définition ................................................................................................................................. 6
C. Sources du droit des assurances ............................................................................................. 6
II. OBJECTIFS DU COURS ...................................................................................................................... 7
III. PLAN DU COURS ............................................................................................................................. 7
CHAPITRE I. EVOLUTION DE LA LEGISLATION ET DE LA PRATIQUE DES ASSURANCES EN REPUBLIQUE
DEMOCRATIQUE DU CONGO .................................................................................................................. 8
SECTION I. LA LEGISLATION ET LE MARCHE DES ASSURANCES SOUS LE REGIME COLONIAL ............. 8
§1. Historique .................................................................................................................................. 8
§2. Caractéristiques du marché des assurances à l’époque coloniale ............................................ 9
A. Etroitesse du marché .............................................................................................................. 9
B. Existence d’une législation lacunaire ...................................................................................... 9
C. Extraversion du marché ........................................................................................................ 10
SECTION II. LA LEGISLATION ET LE MARCHE DES ASSURANCES ENTRE 1966 ET 2016...................... 11
§1. Contexte .................................................................................................................................. 11
§2. Contenu ................................................................................................................................... 11
A. Cadre légal............................................................................................................................. 11
B. Cadre institutionnel ............................................................................................................... 12
C. Octroi du monopole légal à la SONAS ................................................................................... 12
SECTION III. LA LEGISLATION ET LE MARCHE DES ASSURANCES APRES 2016................................... 13
§1. Le cadre légal ........................................................................................................................... 13
A. Contexte d’adoption ............................................................................................................. 13
B. Champ d’application et contenu minimum .......................................................................... 14

93
§2. Les principales innovations de la réforme............................................................................... 14
A. De la libéralisation du secteur des assurances ..................................................................... 14
B. De l’instauration d’un nouveau cadre institutionnel ............................................................ 15
a) L’Autorité de régulation et de contrôle des assurances ................................................... 15
b) Le Conseil consultatif des assurances ............................................................................... 15
C. De la création d’un fonds de garantie automobile ............................................................... 16
§3. Le regroupement des assurances ............................................................................................ 17
A. Regroupement par branches ................................................................................................ 17
a) La branche IARD ................................................................................................................ 17
b) La branche des assurances vie .......................................................................................... 18
B. Regroupement par régime juridique..................................................................................... 18
CHAPITRE II. L’ORGANISATION DES ASSURANCES ................................................................................ 20
SECTION I. LA TYPOLOGIE DES ASSURANCES .................................................................................... 20
§1. Les assurances à prime et les assurances mutuelles ............................................................... 20
A. Les assurances à prime.......................................................................................................... 20
B. Les (assurances) mutuelles.................................................................................................... 20
§2. Les assurances sociales et les assurances privées ................................................................... 21
A. Les assurances sociales ......................................................................................................... 21
B. Les assurances privées .......................................................................................................... 21
§3. Les assurances de dommages et les assurances de personnes .............................................. 21
A. Les assurances de dommages ............................................................................................... 21
a) Notion ................................................................................................................................ 22
b) Catégories ......................................................................................................................... 22
(i) Les assurances de choses .............................................................................................. 22
(ii) Les assurances de responsabilité ................................................................................. 22
c) Mode de règlement des prestations ................................................................................. 23
(i) Enoncé du principe........................................................................................................ 23
(ii) Implications .................................................................................................................. 23
(iii) Autres manifestations ................................................................................................. 24
B. Les assurances de personnes ................................................................................................ 25
a) Notion ................................................................................................................................ 25
b) Catégories ......................................................................................................................... 25
(i) L’assurance-vie .............................................................................................................. 25
(ii) Le contrat de capitalisation .......................................................................................... 26

94
(iii) L’assurance de groupe................................................................................................. 26
c) Mode de règlement des prestations ................................................................................. 26
§4. Regard sur quelques types d’assurances ................................................................................ 26
A. L’assurance contre l’incendie ................................................................................................ 27
a) Objet et étendue de la garantie ........................................................................................ 27
b) Evaluation des dommages ................................................................................................ 28
B. Les assurances maritimes, fluviales et lacustres ................................................................... 28
a) Fondement et spécification des risques............................................................................ 28
b) Objet et étendue de la garantie ........................................................................................ 29
c) Règle particulière en cas de sinistre majeur...................................................................... 31
C. L’assurance responsabilité civile automobile........................................................................ 31
a) Caractère et champ d’application ..................................................................................... 31
b) Objet et étendue de la garantie ........................................................................................ 31
D. L’assurance des risques de construction .............................................................................. 33
a) L’assurance des dommages à l’ouvrage ............................................................................ 33
b) L’assurance de responsabilité décennale ......................................................................... 34
E. L’assurance-vie et le contrat de capitalisation ...................................................................... 34
SECTION II. L’EXERCICE DES OPERATIONS D’ASSURANCES ............................................................... 34
§1. Les conditions d’exercice des opérations d’assurances .......................................................... 34
A. Les conditions de fond .......................................................................................................... 35
a) De la formation des entreprises d’assurance .................................................................... 35
b) De la qualité d’intermédiaires d’assurance....................................................................... 36
B. L’obtention de l’agrément..................................................................................................... 37
a) Procédure .......................................................................................................................... 37
b) Critères d’examen, avis et recours .................................................................................... 38
c) Suspension, caducité et retrait .......................................................................................... 40
C. Le respect des obligations légales ......................................................................................... 40
D. Le régime répressif................................................................................................................ 41
§2. Les professionnels d’assurances.............................................................................................. 41
A. L’entreprise d’assurance ....................................................................................................... 41
B. Les intermédiaires d’assurances ........................................................................................... 42
a) L’agent général d’assurances ............................................................................................ 42
b) Le courtier d’assurance ..................................................................................................... 43
SECTION III. LA TECHNIQUE ET LA GESTION DES ASSURANCES ........................................................ 43

95
§1. La sélection des risques ........................................................................................................... 43
A. Le calcul des probabilités ...................................................................................................... 44
B. L’inversion du cycle de production ....................................................................................... 44
C. L’homogénéisation des risques ............................................................................................. 44
§2. Le partage des risques ............................................................................................................. 44
A. La coassurance ...................................................................................................................... 45
B. La réassurance ....................................................................................................................... 45
a) Notion et effets ................................................................................................................. 45
b) Stratégies économiques .................................................................................................... 46
c) Formes ............................................................................................................................... 46
(i) La réassurance proportionnelle .................................................................................... 47
(ii) La réassurance non-proportionnelle ............................................................................ 47
CHAPITRE III. LE CONTRAT D’ASSURANCE ............................................................................................. 49
SECTION I. LA CONCLUSION DU CONTRAT D’ASSURANCE ................................................................ 49
§1. Les parties contractantes ........................................................................................................ 49
A. L’assureur .............................................................................................................................. 49
B. Le souscripteur ...................................................................................................................... 50
C. L’assuré.................................................................................................................................. 50
D. Les tiers bénéficiaires............................................................................................................ 51
a) L’assuré pour compte ........................................................................................................ 51
b) Les bénéficiaires des assurances de groupe ..................................................................... 51
c) Les créanciers privilégiés ou hypothécaires ...................................................................... 51
d) Les tiers victimes dans le contrat d’assurance de responsabilité ..................................... 52
§2. Les conditions de validité ........................................................................................................ 52
A. Les conditions de droit commun ........................................................................................... 52
a) Le consentement des parties ............................................................................................ 52
b) La capacité juridique ......................................................................................................... 53
c) L’objet certain .................................................................................................................... 53
d) La cause licite .................................................................................................................... 53
B. Les conditions spécifiques au contrat d’assurance ............................................................... 53
a) Le processus de réalisation de l’accord ............................................................................. 53
b) L’époque de conclusion du contrat ................................................................................... 54
c) Le respect des règles de forme.......................................................................................... 54
C. La prise d’effet du contrat ..................................................................................................... 56

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§3. Les caractères .......................................................................................................................... 56
A. Le caractère consensuel ........................................................................................................ 56
B. Le caractère d’ordre public ................................................................................................... 57
C. Le caractère synallagmatique................................................................................................ 57
D. Le caractère aléatoire ........................................................................................................... 57
E. Le caractère onéreux ............................................................................................................. 57
F. La bonne foi ........................................................................................................................... 58
§4. La preuve ................................................................................................................................. 59
SECTION II. LES ELEMENTS CONSTITUTIFS ET LES OBLIGATIONS DES PARTIES................................. 59
§1. Le risque .................................................................................................................................. 59
A. Notion.................................................................................................................................... 59
B. La nature du risque garanti ................................................................................................... 60
a) L’objet de la garantie ......................................................................................................... 60
b) Le fait générateur assuré .................................................................................................. 60
c) Le montant de la garantie ................................................................................................. 61
C. Les conditions de garantie..................................................................................................... 61
D. Les exclusions des risques ..................................................................................................... 61
§2. La prime ................................................................................................................................... 62
A. Le calcul de la prime .............................................................................................................. 62
a) La prime pure .................................................................................................................... 62
(i) Détermination du taux de prime................................................................................... 63
(ii) Cas d’application de la règle proportionnelle .............................................................. 63
(iii) L’assiette de la prime .................................................................................................. 64
b) La prime commerciale ....................................................................................................... 65
c) La prime totale................................................................................................................... 66
d) La modification de la prime en cours de contrat .............................................................. 66
B. Le paiement de la prime........................................................................................................ 66
a) Le débiteur ........................................................................................................................ 66
b) La date et le lieu de paiement........................................................................................... 67
C. Les sanctions du défaut de paiement ................................................................................... 67
§3. Le règlement du sinistre .......................................................................................................... 69
A. Notion et preuves du sinistre ................................................................................................ 69
A. Les obligations des parties après la survenance de sinistre .............................................. 69
a) Les obligations de l’assuré................................................................................................. 69

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(i) La prise des mesures conservatoires ............................................................................ 70
(ii) La déclaration du sinistre ............................................................................................. 70
(iii) Autres obligations ....................................................................................................... 70
(iv) Conséquences de l’irrespect des obligations .............................................................. 70
b) Les obligations de l’assureur ............................................................................................. 71
(i) L’offre d’indemnisation ................................................................................................. 71
(ii) Le montant et la forme de paiement de l’indemnité ................................................... 72
(iii) Règles particulières à certaines assurances ................................................................ 72
C. La limitation contractuelle de l’indemnité ............................................................................ 74
a) La sous-assurance.............................................................................................................. 74
b) Les découverts et les franchises........................................................................................ 74
(i) Les découverts obligatoires........................................................................................... 74
(ii) La franchise .................................................................................................................. 75
c) La compensation de l’indemnité avec les primes dues ..................................................... 75
D. L’impact de la faute de la victime sur le règlement du sinistre ............................................ 76
SECTION III. LA DUREE ET LA TACITE RECONDUCTION ..................................................................... 76
§1. La durée du contrat ................................................................................................................. 76
§2. La tacite reconduction ............................................................................................................. 76
A. Conditions ............................................................................................................................. 77
B. Effets...................................................................................................................................... 77
SECTION IV. LA CESSATION DU CONTRAT D’ASSURANCE ................................................................. 78
§1. La résiliation ............................................................................................................................ 78
A. Les principales causes de résiliation ..................................................................................... 78
a) L’arrivée du terme ............................................................................................................. 78
b) Le retrait total de l’agrément ............................................................................................ 78
c) La modification ou la cessation des risques ...................................................................... 79
d) Le décès de l’assuré ou l’aliénation de la chose assurée .................................................. 80
e) La déconfiture, la faillite ou la liquidation judiciaire de l’assuré....................................... 80
f) Le non-respect des obligations par les parties .................................................................. 81
g) La volonté des parties ....................................................................................................... 81
B. Les conditions requises ......................................................................................................... 81
a) La périodicité de la faculté de résiliation .......................................................................... 81
b) Le respect de la procédure de résiliation .......................................................................... 82
C. Les effets de la résiliation ...................................................................................................... 82

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§2. La transmission ........................................................................................................................ 82
SECTION V. LE CONTROLE ET LE CONTENTIEUX EN MATIERE D’ASSURANCES ................................. 83
§1. Le contrôle de l’obligation d’assurance................................................................................... 83
A. Des mécanismes de contrôle ................................................................................................ 83
B. Des sanctions......................................................................................................................... 84
§2. Le contentieux ......................................................................................................................... 85
A. De l’objet du contentieux ...................................................................................................... 85
B. De la compétence juridictionnelle ........................................................................................ 86
a) La compétence matérielle ................................................................................................. 86
b) La compétence territoriale................................................................................................ 87
§2. La prescription ......................................................................................................................... 87
A. Durée et point de départ de la prescription ......................................................................... 88
a) De la durée : principe et dispositions particulières ........................................................... 88
b) Du point de départ ............................................................................................................ 88
B. Actions susceptibles de prescription..................................................................................... 89
C. Interruption et suspension de la prescription ....................................................................... 89
D. Renonciation à la prescription .............................................................................................. 90
ELEMENTS DE CONCLUSION.................................................................................................................. 91
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES ......................................................................................................... 92
TABLE DES MATIERES ............................................................................................................................ 93

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