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LOI n° 11/74

Portant statut de la magistrature.

CHAPITRE PREMIER
DISPOSITIONS GENERALES
Article premier. — Le corps judiciaire comprend les magistrats du siège et du Parquet de la Chambre judiciaire de la Cour
suprême, des Cours d'appel des tribunaux de la première instance, ainsi que les magistrats de l'administration centrale du
ministère de la Justice.

Article 2. — Les magistrats du siège sont inamovibles. Ils peuvent cependant recevoir, lorsque les nécessités du service
l'exigent, des affectations, sur décision du Conseil supérieur de la magistrature.

Article 3. — Les magistrats du Parquet sont placés sous la direction et le contrôle de leurs chefs hiérarchiques et sous
l'autorité du Garde des Sceaux, ministre de la Justice. A l'audience, leur parole est libre.

Article 4. — Tout magistrat, lors de sa nomination à son premier poste et avant d'entrer en fonctions, prête serment en ces
termes :
« Je jure de bien et fidèlement remplir mes fonctions, « de garder religieusement le secret des délibérations « et
de me conduire en tout comme un digne et loyal « magistrat ».
Il ne peut en aucun cas être relevé de ce serment. Le serment est prêté devant la Chambre judiciaire de la Cour suprême.

Article 5. — Les magistrats sont installés dans leurs fonctions en audience solennelle de la juridiction à laquelle ils sont
nommés.
En cas de nécessité, le magistrat peut être installé après avoir prêté serment par écrit.

Article 6. — L'exercice des fonctions de magistrat est incompatible avec l'exercice de toute fonction publique et de toute
autre activité professionnelle ou salariée.
Des dérogations individuelles peuvent toutefois être accordées aux magistrats, par décision du président ou du Procureur
général de la Chambre judiciaire de la Cour suprême, pour donner des renseignements ressortissant de leur compétence ou
pour exercer des fonctions ou activités qui ne seraient pas de nature à porter atteinte à la dignité du magistrat et à son
indépendance.
Les magistrats peuvent, sans autorisation préalable, se livrer à des travaux scientifiques, littéraires ou artistiques.

Article 7. — L'exercice des fonctions de magistrat est incompatible avec l'exercice d'un mandat à l'Assemblée nationale,
d'un mandat de conseiller municipal ou de conseiller de collectivité rurale dans le ressort de la juridiction à laquelle
appartient le magistrat.

Article 8. — Toute manifestation d'hostilité au principe ou à la forme du Gouvernement de la République est interdite aux
magistrats, de même que toute démonstration de nature politique incompatible avec la réserve que leur imposent leurs
fonctions.
Est également interdite, toute action concertée de nature à arrêter ou entraver le fonctionnement des juridictions.

Article 9. — Indépendamment des règles fixées par le Code pénal et les lois spéciales, les magistrats sont protégés contre
les menaces, attaques de quelque nature que ce soit, dont ils peuvent être l'objet dans l'exercice ou à l'occasion de leurs
fonctions. L'Etat doit réparer le préjudice direct qui en résulte dans tous les cas non prévus par la législation des pensions.

Article 10. — Les magistrats ne peuvent, en dehors de leurs fonctions, être requis par d'autres services publics que le
service militaire.
Toute disposition réglementaire nouvelle prescrivant leur participation aux travaux d'organismes ou de commissions
extrajudiciaires sera soumise au contre-seing du Garde des Sceaux, ministre de la Justice.
Article 11. — Les magistrats sont astreints à résider au siège de la juridiction à laquelle ils appartiennent.
Des dérogations exceptionnelles à caractère individuel et provisoire peuvent être accordées par le Garde des Sceaux,
ministre de la Justice.

CHAPITRE II

CONSEIL SUPERIEUR DE LA MAGISTRATURE

Article 12. — Les questions concernant le corps judiciaire et le fonctionnement de la justice sont examinées par le Conseil
supérieur de la magistrature.
Article 13. — Le Conseil supérieur de la magistrature est présidé par le Président de la République ; le Garde des Sceaux,
ministre de la Justice, en est le vice-président.
Il comprend, en outre, le président de la Cour suprême, le ministre des Finances, le président de la Chambre judiciaire, le
Procureur général, le président de la Chambre administrative, le conseiller administrateur des crédits du service judiciaire,
le directeur de l'Administration judiciaire, deux députés désignés par l'Assemblée nationale et deux notables désignés à
volonté par le Président de la République en dehors de l'Assemblée nationale et du corps judiciaire.
Le secrétariat du Conseil est assuré par le directeur de l'administration judiciaire.

Article 14. — Les membres du Conseil supérieur de la magistrature sont tenus par le secret de leurs délibérations.

Article 15. — Le Conseil supérieur de la magistrature se réunit sur la convocation de son président.

Article 16. — Les propositions et avis du Conseil supérieur de la magistrature sont formulés à la majorité des voix. En cas
de partage, la voix du président est prépondérante.

Article 17. — Le Conseil supérieur de la magistrature tient lieu de conseil de discipline des magistrats.

Article 18. — Lorsqu'il statue comme conseil de discipline, le Conseil supérieur de la magistrature se réunit sous la
présidence du président de la Cour suprême. Dans ce cas, le Président de la République et le Garde des Sceaux ne
participent pas aux séances.
La procédure disciplinaire et les sanctions applicables sont déterminées au chapitre VI du présent statut.

Article 19. — Le Président de la République peut consulter pour avis le Conseil de la magistrature sur les recours en grâce.

CHAPITRE III
HIERARCHIE

Article 20. — La hiérarchie du corps judiciaire comprend deux grades. A l'intérieur de chaque grade sont établis des
échelons d'ancienneté.
Le premier grade, qui groupe les présidents et procureurs de la République des tribunaux de première instance, comporte
cinq échelons.
Le deuxième grade, qui groupe les magistrats des tribunaux de première instance autres que les présidents et procureurs de
la République, comporte sept échelons

Article 21. — Les magistrats de la Chambre judiciaire de la Cour suprême, les présidents et procureurs généraux des cours
d'appel, les vice-présidents et avocats généraux sont placés hors hiérarchie.

CHAPITRE IV
NOMINATIONS ET AVANCEMENTS

Article 22. — Les nominations aux divers emplois la magistrature sont faites par le Président de la République, sur
proposition du Garde des Sceaux, mini de la Justice, après avis du Conseil supérieur de magistrature.

Article 23. — Les fonctions exercées par les magistrats de chaque grade sont définies par le décret qui nomme.

Article 24. — Sont nommés aux fonctions de la magistrature, les élèves diplômés de l'Ecole nationale de magistrature
gabonaise ou de tout autre établissement étranger spécialisé, agréé par l'Etat.

Article 25. — Peuvent aussi être nommés directement aux fonctions de la magistrature :
1) Les fonctionnaires licenciés en droit qui exercent leurs fonctions depuis plus de cinq ans.
2) Les avocats, greffiers, huissiers et notaires licenciés en droit ayant au moins dix années d'exercice leur profession.
Le nombre des magistrats nommés au titre du présent article ne pourra dépasser le cinquième des vacances constatées.

Article 26. — Suivant ses besoins, la République gabonaise pourra confier des fonctions judiciaires à magistrats mis à sa
disposition au titre de la cooptation, dans les conditions prévues par les accords vigueur.

Article 27. — Les nominations au titre de l'article ne peuvent intervenir que sur l'avis conforme du Cons supérieur de la
magistrature qui détermine le grade les fonctions auxquels les candidats peuvent ê nommés.

Article 28. — Nul magistrat ne peut être nommé à grade supérieur s'il n'est inscrit au tableau d'avancement.

Article 29. — Le tableau d'avancement est établi annuellement par le Conseil supérieur de la magistrature.

Article 30. — Nul ne peut être inscrit au table d'avancement pour un emploi du grade supérieur s'il compte au moins six
années d'ancienneté dans le grade inférieur.

Article 31. — Les décrets portant promotion de grade sont pris par le Président de la République, sur proposition du Garde
des Sceaux, ministre de la Justice.
Article 32. — Dans chaque grade, le temps nécessaire pour accéder à l'échelon supérieur est fixé à deux ans.
L'avancement d'échelon est constaté par arrêté.

Article 33. — Les magistrats promus au grade supérieur sont nommés à l'échelon de ce nouveau grade comportant un
traitement égal ou, à défaut, immédiatement supérieur à celui qui était le leur dans leur ancien grade.

Article 34. — Les dispositions relatives à l'avancement ne s'appliquent pas aux nominations des magistrats placés hors
hiérarchie.

CHAPITRE V
REMUNERATION

Article 35. — Les magistrats perçoivent une rémunération qui comprend le traitement et des accessoires.
Les traitements des magistrats sont fixés par décret pris en Conseil des ministres.

CHAPITRE VI
DISCIPLINE

Article 36. — Tout manquement par un magistrat aux convenances de son état, à la délicatesse ou à la dignité, constitue
une faute disciplinaire.
Cette faute s'apprécie, compte tenu des obligations qui découlent de sa subordination hiérarchique.

Article 37. — Les chefs de juridictions et de parquets ont le pouvoir de donner des avertissements aux magistrats placés
sous leur autorité. Ils adressent immédiatement un rapport de l'acte commis par le magistrat fautif
à leurs supérieurs hiérarchiques qui en apprécient le bien-fondé.

Article 38. —Les sanctions disciplinaires à Rencontre des magistrats sont prononcées par le Conseil supérieur de la
magistrature érigé en Conseil de discipline.

Article 39. — Les sanctions disciplinaires sont :


1° Le blâme avec inscription au dossier ;
2° Le retrait de certaines fonctions ;
3° Le radiation du tableau d'avancement ;
4° L'abaissement d'échelon ;
5° La rétrogradation ;
6° L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximum de six mois ;
7° L'exclusion définitive du corps judiciaire et la mise
à la disposition de la Fonction publique ;
8° La mise à la retraite d'office ou l'admission à cesser ses fonctions lorsque le magistrat n'a pas droit à une pension de
retraite ;
9° La révocation avec ou sans suspension des droits à pension.

Article 40. — Le Garde des Sceaux, ministre de la


Justice, informé des faits de nature à entraîner des poursuites disciplinaires contre un magistrat, les dénonce au Conseil
supérieur de la magistrature composé en
Conseil de discipline.
« II peut, s'il y a urgence et après avis du Conseil de discipline, interdire au magistrat faisant l'objet d'une enquête,
l'exercice de ses fonctions jusqu'à décision sur l'action disciplinaire. L'interdiction temporaire entraîne en ce qui concerne le
traitement, les effets prévus par le statut général de la Fonction publique en cas de suspension». (Ordonnance n° 19 du 17
avril 1965).

Article 41. — Le Conseil de discipline, réuni sur la convocation de son président, désigne parmi ses membres un
rapporteur. Il le charge, s'il y a lieu, de procéder à une enquête.

Article 42. — Au cours de l'enquête, le rapporteur entend ou fait entendre l'intéressé par un magistrat d'un rang au moins
égal à celui de ce dernier et, s'il y a lieu, le plaignant et les témoins. Il accomplit tous actes d'investigation utiles.

Article 43. — Lorsqu'une enquête n'a pas été jugée nécessaire, ou lorsque l'enquête est complète, le magistrat est cité à
comparaître devant le Conseil supérieur de la magistrature.

Article 44. — Le magistrat est tenu de comparaître en personne. Il peut se faire assister d'un de ses pairs et, en cas de
maladie ou d'empêchement reconnus justifiés, la procédure est renvoyée à une date ultérieure.

Article 45. — Le magistrat a droit à la communication de son dossier, de toutes les pièces de l'enquête et du rapport établi
par le rapporteur. Son représentant a droit à la communication des mêmes documents.
Article 46. — Au jour fixé par la citation et après lecture du rapporteur, le magistrat déféré est invité à fournir ses
explications et moyens de défense sur les faits qui lui sont reprochés.

Article 47. — Le Conseil de discipline statue à huis clos. Sa décision, qui doit être motivée, n'est susceptible de recours que
devant la Chambre administrative de la Cour suprême. Si le magistrat cité, hors le cas de force majeure, ne comparaît pas, il
peut néanmoins être statué et la décision est déclarée contradictoire.

Article 48. — La décision rendue est notifiée au magistrat intéressé en la forme administrative. Elle prend effet du jour de
cette notification.

CHAPITRE VII
DES INFRACTIONS COMMISES
PAR LES MAGISTRATS

Article 49. — Lorsque des faits de nature à entraîner des poursuites seront reprochés à un magistrat, ils seront
immédiatement portés à la connaissance de ses chefs hiérarchiques qui ouvriront une enquête avec le concours des services
de police ou de gendarmerie.

Article 50. — L'information sur ces faits sera assurée à la diligence du Procureur général et du président de la Chambre
judiciaire de la Cour suprême, qui rempliront, le premier, les fonctions d'officier de police judiciaire et, le second, celles de
juge d'instruction, ou désigneront spécialement des magistrats par délégation.
L'audition du magistrat sur les faits qui lui sont reprochés, ne peut être faite que par un magistrat d'un grade supérieur au
sien.

Article 51. — L'enquête et l’information sur des faits reprochés au Procureur général et aux présidents de Chambre à la
Cour suprême, seront diligentes par des magistrats de grade équivalent.

Article 52. — Après clôture du dossier, le magistrat prévenu ou accusé est jugé en audience publique par la Chambre
judiciaire de la Cour suprême. Si la prévention ou l'accusation frappe un président de Chambre ou le Procureur général, le
ministère public et la Cour seront formés par des magistrats de grade au moins équivalent.

Article 53. — Toute mesure d'arrestation ou de détention à rencontre d'un magistrat ne pourra intervenir que sur décision
du Président de la République, après avis du Conseil supérieur de la magistrature. |

CHAPITRE VIII
POSITIONS

Article 54. — Tout magistrat est placé dans l'une des positions suivantes :
1° en activité ;
2° en service détaché ;
3° en disponibilité ;
4° sous les drapeaux.

Article 55. — Les dispositions du statut général des fonctionnaires concernant les positions ci-dessus énumérées
s'appliquent aux règles statutaires du corps judiciaire et sous réserve des dérogations ci-après.

Article 56. — A l'expiration de la période de disponibilité et après avoir été, dans le cas de disponibilité d'office, reconnu
apte à reprendre son service, le magistrat est réintégré dans un emploi de son grade. S'il n est pas reconnu apte, il est admis
à cesser ses fonctions et, s'il y a lieu, à faire valoir ses droits à la retraite.

Article 57. — La mise en position de détachement, de disponiblité ou "sous les drapeaux" est prononcée, selon le cas, dans
les formes prévues pour les nominations de magistrats du siège ou du parquet.
La réintégration des magistrats est prononcée conformément aux dispositions de l'article 14.

CHAPITRE IX
CESSATION DE FONCTIONS ET HONORARIAT

Article 58. — (Ordonnance n° 19, du 17 avril 1965) :


« La cessation définitive des fonctions entraînant la radiation des cadres et, sous réserve des dispositions de l'article 50,
perte de la qualité de magistrat, est prononcée par décret du Président de la République et résulte :
1° de la démission d'office ou de la démission régulièrement acceptée ;
2° de la mise à la retraite ou de l'admission à cesser ses fonctions lorsque le magistrat n'a pas droit à pension;
3° de la révocation ».

Article 59. — En dehors des cas de démission d'office la démission peut résulter que d'une demande exprès de l'intéressé,
elle ne vaut qu'autant qu'elle est acceptée par l'autorité investie du pouvoir de nomination prend effet à la date fixée par
cette autorité.
Article 60. — L'acceptation de la démission la rend irrévocable. Il ne fait pas obstacle, le cas échéant, l'exercice de l'action
disciplinaire, en raison de faits q n'auraient été révélés qu'après cette acceptation.

Article 61. — Sous réserve des prorogations pouvant résulter des textes applicables à l'ensemble des agents l'Etat, la limite
d'âge est fixée à 65 ans pour les magistrats placés hors hiérarchie, et 60 ans pour les autre magistrats.

Article 62. — Les magistrats qui, après vingt années consécutives, cessent leurs fonctions, peuvent se voir
conférer par l'autorité investie du pouvoir de nomination, l'honorariat.
A titre exceptionnel, ils peuvent se voir conférer l'honorariat d'une fonction ou d'un grade immédiatement supérieur.

Article 63. — Les magistrats honoraires demeurent attachés en cette qualité à la juridiction de leur résidence. Ils continuent
à jouir des honneurs et privilèges attachés à leur état et peuvent assister en costume d'audience aux cérémonies solennelles
de leur juridiction.
Ils prennent rang à la suite des magistrats de leur grade.

Article 64. — Les magistrats honoraires sont tenus à la réserve qui s'impose à leur condition.

CHAPITRE X
DISPOSITIONS DIVERSES

Article 65. — Lorsque le nombre des magistrats fonction dans une juridiction est insuffisant pour assurer l'indispensable
continuité du service, le président de la Chambre judiciaire de la Cour suprême pourra, ordonnance prise sur réquisition du
Procureur général déléguer provisoirement un magistrat titulaire d’un autre emploi. Les intérims intervenus pour une durée
supérieure à 3 mois seront constatés par arrêté du Garde des Sceaux, ministre de la Justice.

Article 66. — Les dispositions du statut général de la Fonction publique sont applicables aux magistrats r par le présent
statut, dans la mesure où elles ne sont contraires à la présente loi.

Article 67. — Les magistrats régis par le pré statut sont administrés par le ministère de la Justice

Article 68. — Des décrets détermineront, en tant de besoin, les dispositions de toute nature nécessaire l'application de la
présente loi.

Article 69. — Sont abrogées, toutes dispositions contraires à la présente loi, et notamment le décret n° 12/PM du 13
décembre 1960.

Article 70. — La présente loi sera exécutée comme loi de l'Etat.

Fait à Libreville, le 21 janvier 1975.

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