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Atlas pratique de médecine

manuelle ostéopathique
Chez le même éditeur

Dans la même collection


Traité de mésothérapie, par J. Le Coz, 2009, 272 pages.
Guide pratique de mésothérapie, par C. Bonnet, D. Laurens, J.-J. Perrin, 2008, 408 pages.
Traité d’acupuncture, par Jean, F. Borsarello, 2005, 544 pages.

Autres ouvrages
Le mal de dos, pour une prise en charge efficace, par J.-Y. Maigne, Collection Abrégés de médecine,
2009, 240 pages.
Examen clinique des membres et du rachis, par S. Hoppenfeld. 2004, 312 pages.
Guide pratique de médecine physique et de réadaptation, par A. Thevenon et A. Blanchard.
Collection Médiguides. 2003, 272 pages.
Information du patient et lombalgie commune, sous la direction de E. Coudeyre, S. Poiraudeau
et C. Hérisson. Collection de pathologie locomotrice et médecine orthopédique. 2003, 112 pages.
Pathologie mécanique de la jonction cervico-occipitale, sous la direction de L. Bruniquel
et C. Hérisson. Collection de pathologie locomotrice et médecine orthopédique. 2002, 128 pages.

Des mêmes auteurs


Atlas des mobilisations et manipulations vertébrales, par F. Le Corre et D. Rageot, 1991,
136 pages.
Manipulations vertébrales, par F. Le Corre et D. Rageot, Collection Abrégés de médecine,
2e édition, 1992, 176 pages.
Atlas pratique de médecine
manuelle ostéopathique
F. Le Corre
Spécialiste en médecine physique
Ancien attaché d’enseignement clinique à Paris VI (Broussais-Hôtel Dieu)
Cofondateur du Groupe d’enseignement de médecine manuelle d’Île-de-France (GEMMIF)
Ancien président du GEMMIF

E. Rageot
Spécialiste en rhumatologie
Ancien président de la FEMM
Ancien attaché d’enseignement clinique à Paris VI (Broussais-Hôtel Dieu)
Cofondateur du Groupe d’enseignement de médecine manuelle d’Île-de-France (GEMMIF)

3e édition
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Cette pratique qui s’est généralisée, notamment dans les établissements d’enseignement, provoque
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© 2010, Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés


ISBN : 978-2-294-70948-7

Elsevier Masson SAS, 62, rue Camille-Desmoulins, 92442 Issy-les-Moulineaux cedex


www.elsevier-masson.fr
Avant-propos

Avant de commencer la lecture de ce nouvel connaissances neuro-anatomiques et physio-


avant-propos destiné à la 3e édition de cet logiques, elle permet de comprendre la plu-
atlas, nous encourageons vivement le lecteur à part du temps le mécanisme de survenue des
lire (ou relire) avec soin les avant-propos rédi- troubles amenant à consulter. Tout ceci s’ef-
gés pour les deux éditions précédentes, car fectue évidemment à partir des constatations
ils expliquent à la fois dans le premier, notre cliniques observées, et permet de facto de leur
parcours initiatique au sein de la médecine opposer un traitement logique.
ostéopathique et dans le second, les raisons Cela ne veut pas dire que nous méconnais-
nous ayant amené à intégrer de nouveaux sons l’intérêt des techniques crâniennes ou
chapitres dans la deuxième édition. des interrelations croisées existantes entre la
L’officialisation de la profession d’ostéopa- survenue d’une dysfonction vertébrale et sa
the rendue possible par la parution du décret répercussion possible sur le plan viscéral, mais
d’application en mars 2007 de la loi rédigée dans ces domaines, la prudence s’impose en
cinq ans auparavant en 2002 a aboli en France raison du risque d’interprétation ésotérique
le monopole médical d’exercice existant aupa- abusive.
ravant. C’est pourquoi nous avons tenu dès le Excepté quelques rajouts techniques, l’autre
début de l’ouvrage à consacrer un chapitre à innovation apportée à cet atlas a consisté à
l’historique des thérapeutiques manipulatives faire précéder chaque nouvelle articulation
de l’Antiquité à nos jours afin de permettre périphérique abordée d’un rappel anatomo-
au lecteur d’avoir une vue d’ensemble sur les physiologique. Nous avons décidé de le faire
diverses évolutions ayant marqué ce domaine en nous référant à l’ancienne nomenclature
thérapeutique. anatomique et à mettre entre parenthèses la
En dépit de la vogue actuelle pour l’ostéo- nouvelle, tout en étant conscients du fossé
pathie crânienne (ou craniosacrée) et pour d’incompréhension qui risque de se creuser
l’ostéopathie viscérale, nous avons décidé entre les praticiens et le grand public peu
de rester fidèles à notre approche structu- habitué à voir ses cubitus, péroné, rotule
relle, quasi cartésienne de l’ostéopathie, car, qualifiés d’ulna, fibula et patella… pour citer
selon nous, grâce au développement de nos seule­ment les os les plus connus !
Avant-propos
à la 2e édition

Ce nouvel avant-propos ne remet nullement sur le plan osseux, les « scapula », « ulna »,
en question la teneur de l’avant-propos de la « patella », « fibula », « talus », « os navicu-
première édition qui reste toujours d’actua- laire »… n’auront plus de secret pour vous,
lité. Il vise simplement à expliquer les raisons de même que les « dent de l’axis », « élévateur
de toutes les modifications et ajouts apportés de la scapula », « névralgies fémorales »… Il
à cette deuxième édition. est évident à notre avis que dans le langage
Il nous a tout d’abord semblé utile de pré- courant, les termes anciens comme l’omo-
senter dans un chapitre supplémentaire plate, le cubitus, la rotule, le péroné, l’astra-
quelques-unes des diverses techniques ostéo- gale, l’odontoïde, l’angulaire de l’omoplate,
pathiques qui semblent être l’objet d’un les névralgies crurales… resteront encore
engouement grandissant auprès de certains longtemps populaires auprès de nos patients
de nos jeunes collègues, probablement du et sont loin d’être abandonnés !
fait de leur dangerosité moindre et de leur En conclusion, espérons que toutes ces nou-
plus grande facilité d’exécution par rapport veautés ne vous décourageront pas car la
aux techniques traditionnelles comportant médecine manipulative ostéopathique permet
une impulsion (thrust technics). Plus douces dans de nombreuses circonstances d’apporter
et moins agressives, quoique souvent moins une explication diagnostique logique à des
spectaculaires, elles ont effectivement leur doléances souvent rebelles depuis longtemps
place dans cet ouvrage consacré à l’ostéo- et d’offrir une solution thérapeutique appro-
pathie dite structurelle. Cependant, du fait priée efficace la plupart du temps, et sans dan-
de leur efficacité variable, il convient dès à ger, expliquant son succès croissant auprès du
présent d’émettre une réserve à leur emploi grand public.
inconsidéré, celle de toujours évaluer soi- Au terme de ce deuxième avant-propos,
même leur efficacité avant de les adopter de nous n’oublierons pas de remercier tous ceux
manière habituelle, quitte à les abandonner qui ont contribué à nous faire part de leurs
si elles déçoivent. réflexions et suggestions, en particulier toute
Enfin, comme la nomenclature anatomique l’équipe enseignante du GEMMIF (Groupe
internationale semble de plus en plus utilisée d’enseignement de médecine manuelle d’Île-
dans les congrès ou les séminaires de forma- de-France), qui partage avec nous cette soif
tion, nous avons choisi d’introduire ces modi- d’enseigner depuis une vingtaine d’années :
fications, dans la mesure du possible. Nous les docteurs Joëlle d’Alberti Le Floc’h, Jean-
espérons donc qu’après la lecture de ce livre, Claude Goussard, Dominique Lecamp, Jean
VIII Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Mahoué, Philippe Richard. Nous remercions quelques exercices d’auto-étirements utiles


en particulier le docteur Jean Lecacheux qui à faire chez soi. Nous y associerons madame
a accepté de nous faire profiter de son expé- Martine Castelain pour son travail dactylo-
rience de médecin d’un club sportif pro- graphique et madame Song-Loubeau Suon
fessionnel de haut niveau pour conseiller pour son talent de graphiste.
Avant-propos
à la 1re édition

Nos deux précédents ouvrages1 consacrés de pratique aussi bien en tant que profession-
aux manipulations vertébrales avaient laissé nel qu’en tant qu’enseignant.
beaucoup de nos élèves sur leur faim. Ils Le titre de l’ouvrage pourrait paraître à cer-
comprenaient mal en effet pourquoi, nous tains un tantinet provocateur, mais à l’heure
limitant à ce seul domaine, nous avions laissé où le Conseil national de l’Ordre des méde-
de côté les manœuvres articulaires périphé- cins vient de reconnaître la spécificité de la
riques ainsi que les techniques myotensi- « Médecine manuelle – Ostéopathie », il est
ves qui sont si efficaces en présence d’une juste de rappeler toutes les dettes morales
souffrance musculaire. Ce nouvel ouvrage contractées par nos aînés, et par ricochet par
devrait leur donner satisfaction, du moins leurs élèves, vis-à-vis de la médecine manipu-
l’espérons-nous. lative ostéopathique traditionnelle.
Nous avons tenu à conserver le côté « aide- En effet, à l’origine, pratiquement tous les
mémoire » pratique de l’atlas précédent que médecins qui se sont intéressés aux thérapeu-
beaucoup de lecteurs avaient apprécié. Il tiques manipulatives furent initiés à cet art par
devrait permettre à celui qui débute dans cet des ostéopathes américains. Avant la Seconde
art difficile à maîtriser de se laisser guider pas Guerre mondiale, Robert Lavezzari le fut
à pas. Nous rappelons toutefois qu’aucun par une élève directe de Still, Florence Gair
livre ne saurait remplacer l’enseignement pro- (DO). Dans l’après-guerre, Roger Lescure,
digué sur le mode du compagnonnage par un Robert Maigne, René Waghemacker bénéfi-
praticien expérimenté, décortiquant la tech- cièrent de l’enseignement de Myron C. Beal
nique, ses difficultés et corrigeant les erreurs (DO), à Londres, Thierry Mieg et Yves Le
commises par le néophyte sur son partenaire. Corre se rendirent aux États-Unis, sans parler
Cet ouvrage devrait aussi fournir des infor- de l’influence exercée par William Douglas
mations à ceux qui cherchent à approfondir (DO) à Paris.
leurs connaissances car nous avons souhaité
À l’époque, s’ils avaient fait état de cette ori-
les faire bénéficier de nos trente-cinq années
gine ostéopathique, ces pionniers se seraient
heurtés non seulement à la méfiance de beau-
1 Le Corre F, Rageot E. Atlas des mobilisations coup de leurs confrères, mais aussi à celle des
et manipulations vertébrales. Paris : Masson, 1991. autorités médicales. Aussi certains d’entre
Le  Corre F, Rageot E. Manipulations vertébrales. eux jugèrent-ils préférable de ne pas dévoi-
2e éd. Paris : Masson, 1992. ler la provenance de leur savoir afin de mieux
X Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

faire connaître la valeur et l’utilité de ces Il aurait été dommage de laisser une telle
techniques. richesse et une telle diversité de points de vue
En 1962, lorsque nous sommes entrés à demeurer une source de préjugés parmi ceux
­l’Hôtel-Dieu dans le service de Robert qui utilisaient l’une de ces méthodes tout
Maigne pour apprendre, puis pour enseigner en restant dans l’ignorance de l’activité des
les techniques manipulatives pendant vingt autres écoles. Une telle évidence n’échappa
ans, beaucoup de nos condisciples ne compri- pas au professeur Guy Piganiol de Dijon. Dès
rent pas notre démarche et la considérèrent le début des années 1980, grâce au poids de
de manière peu amène. l’autorité morale que lui conférait son passé
de neurochirurgien et grâce à son savoir-faire
Cependant, cette hostilité allait progressive-
diplomatique, il réussit à mettre sur pied une
ment disparaître au fil des années grâce à la
structure souple fédérant les divers enseigne-
rigueur de l’examen prôné par R. Maigne, à
ments non universitaires pour permettre à
l’établissement de règles d’application préci-
chaque groupe de faire connaître aux autres sa
ses, aux succès obtenus, aux vertus du « bou-
conception et ses techniques en matière d’en-
che à oreille » flatteur des patients guéris, à la
seignement des thérapeutiques manuelles.
mise sur pied d’un enseignement universitaire
de qualité, à l’organisation de réunions post- Ce livre est donc le fruit de toute cette
universitaires… Aussi, à l’heure présente, ces expérience œcuménique accumulée au fil
techniques sont-elles reconnues partout. des années tant en France qu’à l’étranger
(Belgique, Espagne, Italie, Suisse, Canada,
Parallèlement à celui de l’Hôtel-Dieu, d’autres
États-Unis…). Nous avons voulu éviter le
enseignements se développèrent ou se créè-
travers d’en faire un ouvrage uniquement
rent souvent sous une terminologie et des
technique, estimant que la meilleure façon
conceptions différentes.
d’aborder et d’apprécier cette méthode de
En 1984, après notre départ de l’Hôtel-Dieu, traitement était de commencer par en dévoi-
nous avons eu la chance de pouvoir aller voir ler l’esprit, avant de voir quelques-unes des
ces différentes écoles et, à notre grande sur- manœuvres utilisées au niveau rachidien,
prise, nous avons dû convenir que chacune sacro-iliaque, articulaire périphérique ou
d’elles avait son originalité et constituait une musculaire. Au début de chacun de ces chapi-
source d’enrichissement. tres, il nous a semblé opportun d’en résumer
La Société française d’ostéopathie était res- à chaque fois les principales caractéristiques
tée fidèle aux conceptions de Lavezzari. Éric anatomiques, biomécaniques et cliniques. La
de Winter et ses élèves se révélaient être de place consacrée aux manipulations vertébrales
redoutables techniciens grâce à leur science ne saurait étonner personne en raison de leur
de l’analyse des étapes successives à respecter importance au sein de la médecine manipula-
pour réussir les manœuvres. Yvon Lesage et tive ostéopathique.
son équipe avaient étudié à fond les techniques Comme dans le précédent atlas pratique,
articulaires périphériques. Serge Toffaloni et nous avons gardé le même style de présen-
son école enseignaient l’ostéopathie selon la tation. Chaque description est faite à partir
conception de Little John. Aux États-Unis, d’un exemple type où le lecteur s’identifie
sur le campus d’East-Lansing (Michigan), volontairement au praticien intervenant grâce
Myron C. Beal insistait sur la précision de la à la personnalisation des gestes : « sa » main,
localisation préalable de la mise en tension « son » bras, « sa » jambe. Il suffira dès lors au
segmentaire. lecteur de suivre scrupuleusement pas à pas
Avant-propos à la 1 re édition XI

la manœuvre en se laissant guider – afin de techniques d’une fois sur l’autre, pour avoir
mettre en pratique l’enseignement qu’il aura vu leur joie au terme de leur parcours initia-
reçu par ailleurs soit à la faculté, soit dans les tique, nous pouvons vous assurer que vous
enseignements non universitaires. ne regretterez pas d’avoir entrepris l’appren-
La simple lecture de ce traité pratique ne tissage des techniques manipulatives étant
saurait en effet suffire au lecteur (même donné les immenses satisfactions personnelles
parfaitement éclairé sur la pathologie verté- procurées par ce mode de traitement.
brale) pour s’aventurer seul dans cette variété Sur le plan diagnostique d’abord, il vous per-
de traitement, tant il recèle de pièges et de mettra de comprendre et de mieux détecter la
dangers, étant donné les structures auxquel- véritable origine des symptômes motivant la
les il s’adresse. Comme nous l’avons déjà dit consultation des patients.
plus haut, un apprentissage pratique sous la Sur le plan thérapeutique ensuite, rien n’est
conduite de moniteurs avertis est toujours plus valorisant que le sentiment d’avoir contri-
indispensable, en sachant par avance sa lon- bué à soulager son patient durablement par
gueur et sa difficulté, ne serait-ce que pour quelques manœuvres manuelles, sans jamais
acquérir la finesse de perception et le contrôle oublier toutefois l’existence des nombreuses
parfait de sa gestuelle personnelle. autres possibilités thérapeutiques.
Mais pour avoir vécu cette période d’initia- Nous ne voudrions pas terminer cet avant-
tion éprouvante et inoubliable, pour avoir propos sans oublier de remercier chaleureu-
parfois été amenés à remonter le moral d’élè- sement : madame Souad Saa et mademoiselle
ves découragés par la nécessité de se remettre Sabrina Ponzanesi pour leurs contributions
en cause du fait de la non-assimilation des respectives à la réalisation de cet ouvrage.

XVII

Symboles utilisés

Point d’appui ou point douloureux

Mobilisation

Manipulation

Point fixe

Projection douloureuse cutanée

Direction

Va et vient

Va et vient

Illustrations

Sur les dessins, par convention, la table de manipulation est considérée de bas en haut, avec les
côtés gauche et droit correspondants.
Lexique anatomique
Raisons de la présence dans cet ouvrage
d’un lexique anatomique
 

Bien que l’adoption officielle d’une nou- du cubitus et des structures musculaires,
velle nomenclature anatomique en français ligamentaires ou nerveuses correspondantes.
remonte à 1980, pour se rapprocher de la Pour rester fidèle à l’esprit de cet ouvrage,
nomenclature latine ou anglo-saxonne, la nous avons choisi de faire suivre tous ces
transition s’avère encore actuellement diffi- noms familiers de l’ancienne nomenclature
cile à faire, non pas tant chez ceux qui l’ont par ceux de la nouvelle nomenclature entre
apprise au cours de leurs études que chez parenthèses, et de permettre ainsi à chaque
leurs aînés ou dans le grand public. Cette lecteur de trouver la correspondance grâce à
confusion vient surtout de la disparition de un double lexique soit dans le sens ancienne–
tout un ensemble de noms familiers comme nouvelle nomenclature (tableau 1), soit l’in-
ceux du péroné, de la rotule, de l’omoplate, verse (tableau 2).

Tableau 1  Ancienne nomenclature versus nouvelle nomenclature par région anatomique


Ancienne nomenclature Nouvelle nomenclature
Modifications des termes
Situation dans l’espace Interne Médial
Externe Latéral
Supérieur Proximal
Inférieur Distal
Vers la tête Crânial
Vers le bas Caudal
Reliefs osseux Apophyse Processus
Cavité Incisure
Cavité cotyloïde Acétabulum
Condyle Capitulum
Trochin Tubercule mineur de l’humérus
Trochiter Tubercule majeur de l’humérus
(Suite)
XX Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Tableau 1  (Suite)
Ancienne nomenclature Nouvelle nomenclature
Membre supérieur Ostéologie Omoplate Scapula
Cubitus Ulna
Semi-lunaire Lunatum
Pyramidal carpien Triquetrum
Os crochu Hamatum
Grand os Capitatum
Épitrochlée Épicondyle médial
Crochet de l’os crochu Hamulus de l’hamatum
Myologie Angulaire de l’omoplate Élevateur de la scapula
Sus-épineux Supra-épineux
Sous-épineux Infra-épineux
Sous-scapulaire Sub-scapulaire
Grand dentelé Dentelé antérieur
Sous-clavier Sub-clavier
Brachio-radial Long supinateur
Court supinateur Supinateur
Cubital antérieur Fléchisseur ulnaire du carpe
Cubital postérieur Extenseur ulnaire du carpe
Ligaments Ligament latéral interne du coude Ligament collatéral ulnaire
Nerfs Nerf circonflexe Nerf axillaire
Nerf cubital Nerf ulnaire
Membre inférieur Ostéologie Os iliaque Os coxal
Péroné Fibula
Rotule Patella
Astragale Talus
Calcanéum Calcanéus
Scaphoïde tarsien Os naviculaire
Gros orteil Hallux
Myologie Pyramidal Piriforme
Carré crural Carré fémoral
Couturier Sartorius
Demi-membraneux Semi-membraneux
Demi-tendineux Semi-tendineux
Droit interne Gracile
Droit antérieur Droit de cuisse
Crural Vaste intermédiaire
Vaste interne Vaste médial
Vaste externe Vaste latéral
Jambier antérieur Tibial antérieur
(Suite)
Lexique anatomique XXI

Tableau 1  (Suite)
Ancienne nomenclature Nouvelle nomenclature
Membre inférieur Myologie Jambier postérieur Tibial postérieur
Jumeaux Gastrocnémiens
Long péronier latéral Long fibulaire
Ligaments Arcade crurale Ligament inguinal
Ligament rond du fémur Ligament de la tête fémorale
Ligament de Bertin Ligament iliofémoral
Ligament croisé antéro-externe Ligament croisé antérieur
Ligament croisé antéro-interne Ligament croisé postérieur
Ligament latéral externe du genou Ligament collatéral fibulaire
Ligament latéral interne du genou Ligament collatéral tibial
Ligament latéral externe de la cheville Ligament collatéral latéral
Ligament latéral interne de la cheville Ligament collatéral médial
Articulations Articulation astragalocalcanéenne postérieure Articulation sous-talienne
Articulation de Chopart Articulation transverse du tarse
Articulation transverse de Lisfranc Articulation tarsométatarsienne
Nerfs Nerf crural Nerf fémoral
Nerf sciatique poplité externe Nerf fibulaire commun
Nerf sciatique poplité interne Nerf tibial
Nerf tibial antérieur Nerf fibulaire profond

Tableau 2  Nouvelle nomenclature versus ancienne nomenclature par région anatomique


Nouvelle nomenclature Ancienne nomenclature
Modifications Situation dans l’espace Médial Interne
des termes
Latéral Externe
Proximal Supérieur
Distal Inférieur
Crânial Vers la tête
Caudal Vers le bas
Reliefs osseux Acétabulum Cavité cotyloïde
Capitulum Condyle
Incisure Cavité
Labrum Bourrelet
Processus Apophyse
Tubercule mineur de l’humérus Trochin
Tubercule majeur de l’humérus Trochiter
Membre supérieur Ostéologie (os) Scapula Omoplate
Ulna Cubitus
Lunatum Semi-lunaire
(Suite)
XXII Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Tableau 2  (Suite)
Nouvelle nomenclature Ancienne nomenclature
Membre supérieur Ostéologie (os) Triquetrum Pyramidal carpien
Hamatum Os crochu
Capitatum Grand os
Épicondyle médial Épitrochlée
Hamulus de l’hamatum Crochet de l’os crochu
Myologie (muscles) Élevateur de la scapula Angulaire de l’omoplate
Supra-épineux Sus-épineux
Infra-épineux Sous-épineux
Sub-scapulaire Sous-scapulaire
Dentelé antérieur Grand dentelé
Sub-clavier Sous-clavier
Long supinateur Brachio-radial
Supinateur Court supinateur
Fléchisseur ulnaire du carpe Cubital antérieur
Extenseur ulnaire du carpe Cubital postérieur
Ligaments Ligament collatéral ulnaire Ligament latéral interne du coude
Nerfs Nerf axillaire Nerf circonflexe
Nerf ulnaire Nerf cubital
Membre inférieur Ostéologie (os) Os coxal Os iliaque
Fibula Péroné
Patella Rotule
Talus Astragale
Calcanéus Calcanéum
Os naviculaire Scaphoïde tarsien
Hallux Gros orteil
Myologie (muscles) Piriforme Pyramidal
Carré fémoral Carré crural
Sartorius Couturier
Semi-membraneux Demi-membraneux
Semi-tendineux Demi-tendineux
Gracile Droit interne
Droit de cuisse Droit antérieur
Vaste intermédiaire Crural
Vaste médial Vaste interne
Vaste latéral Vaste externe
Tibial antérieur Jambier antérieur
Tibial postérieur Jambier postérieur
Gastrocnémiens Jumeaux
Long fibulaire Long péronier latéral
(Suite)
Lexique anatomique XXIII

Tableau 2  (Suite)
Nouvelle nomenclature Ancienne nomenclature
Membre inférieur Ligaments Ligament inguinal Arcade crurale
Ligament de la tête fémorale Ligament rond du fémur
Ligament iliofémoral Ligament de Bertin
Ligament croisé antérieur Ligament croisé antéro-externe
Ligament croisé postérieur Ligament croisé antéro-interne
Ligament collatéral fibulaire Ligament latéral externe du genou
Ligament collatéral tibial Ligament latéral interne du genou
Ligament collatéral latéral Ligament latéral externe de la
cheville
Ligament collatéral médial Ligament latéral interne de la
cheville
Articulations Articulation sous-talienne Articulation astragalocalcanéenne
postérieure
Articulation transverse du tarse Articulation de Chopart
Articulation tarsométatarsienne Articulation transverse de Lisfranc
Tendons Tendon patellaire Tendon rotulien
Tendon calcanéen Tendon d’Achille
Nerfs Nerf fémoral Nerf crural
Nerf fibulaire commun Nerf sciatique poplité externe
Nerf tibial Nerf sciatique poplité interne
Nerf fibulaire profond Nerf tibial antérieur
Introduction
Pour profiter au maximum des possibilités offer- cependant de supposer qu’elle fut contem-
tes par la « médecine manuelle–­ostéopathie », il poraine des premiers hommes, car en pré-
convient non seulement d’avoir au préalable sence d’une souffrance occasionnée par un
parfaitement assimilé les raisons qui ont amené faux mouvement ou un effort, le moyen le
le fondateur de l’ostéopathie, A.T. Still, puis ses plus simple pour venir en aide était d’uti-
élèves à préconiser une telle méthode de traite- liser sa main pour savoir ce qui se passait,
ment, mais encore d’avoir une bonne connais- tenter de calmer la douleur et de réparer les
sance de l’anatomie, de la biomécanique, de la dégâts.
physiopathologie vertébrale et articulaire. Il faut Au début de ce chapitre, il convient de rappe-
également savoir quand et pourquoi appliquer ler l’importance considérable prise au temps
ces techniques, leurs limites, les dangers encou- des Grecs, puis des Romains par les massa-
rus et maîtriser la manière de les déjouer. ges, les mobilisations, les exercices physiques
Toutefois, en ce début de chapitre, il est pri- et l’hydrothérapie, davantage d’ailleurs dans
mordial de rappeler de ne jamais oublier que un but de remise en forme ou de prépara-
cette médecine ostéopathique ne se résume tion aux jeux du stade que thérapeutique.
pas uniquement à une monothérapie, c’est- Ces soins étaient dispensés dans des gymna-
­à-dire à des manœuvres, mais qu’elle dispose ses et des palestres par de véritables spécialis-
de tout l’arsenal thérapeutique moderne ayant tes, les aliptes et les pédiotribes. Les aliptes
cours en médecine. avaient pour mission de préparer les athlètes,
La caricature de l’ostéopathie dressée par cer- les pédiotribes de leur côté étaient chargés
tains censeurs, peut-être à la suite d’expérien- plus particulièrement de soigner les foulu-
ces malheureuses, témoigne d’une profonde res, les contusions, les luxations, les fractu-
méconnaissance de la réalité aux États-Unis, res… Certains pédiotribes étaient de vrais
où 90 % des DOs (Doctors of Osteopathy) ont – virtuoses dont la notoriété éclipsait celles des
après leur cursus universitaire dans une école médecins.
de « médecine ostéopathique » – un exercice Lorsque ces soins du corps perdirent leur
en tous points semblable à celui des MDs attrait aux yeux de la médecine officielle,
(Medical Doctors) issus des écoles de méde- cette forme de médecine populaire se per-
cine (cf. infra). pétua et se transmit par tradition, donnant
lieu à la naissance d’une véritable filière de
soins parallèles simples, mais efficaces, extrê-
Historique des thérapeutiques mement populaires : celle des algébristas en
manipulatives vertébrales Espagne, des bone-setters en Angleterre, des
et articulaires rebouteux, des rhabilleux ou des renoueux en
France. Toutes les couches de la population
L’origine de la pratique des manipulations y avaient recours comme l’atteste le fait que
vertébrales est très imprécise. Il y a tout lieu jusqu’à la Révolution tous nos rois de France
4 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

aient jugé bon d’avoir auprès d’eux en per- Les premiers gestes manipulatifs
manence un ou plusieurs de ces empiriques.
Il n’est pas difficile d’imaginer qu’au cours de Les écrits les plus anciens à mentionner un
ces séances, il leur arrivait de faire des mani- tel sujet sont ceux d’Hippocrate, mais la lec-
pulations vertébrales. ture des traductions des œuvres du père de
la médecine ne permet pas d’affirmer que ce
L’importance des rebouteux est fort bien
dernier recourait de façon systématique à des
illustrée par la lettre qu’écrivait, en juin 1687,
manœuvres manipulatives au sens où nous
la duchesse d’Orléans, née princesse palatine,
l’entendons aujourd’hui.
à sa cousine Louise : « … Il y a tout juste qua-
tre semaines aujourd’hui j’allais chasser le loup Dans son chapitre « Periarthron » (des articula-
avec M. le Dauphin. Il avait plu et les chemins tions) voici ce qu’il écrit sur la manière de traiter
étaient glissants. Nous avions cherché un loup « les incurvations du rachis par cause externe » :
deux heures durant et n’en avions pas trouvé… « On fera prendre au blessé un bain d’étuve, si cela
Tout d’un coup quelqu’un passe au galop à est possible, ou on le lavera avec beaucoup d’eau
côté de moi, cela donne envie à mon cheval de chaude, puis en le couchera sur le ventre de tout
galoper aussi, il se cabre un peu et de ses pieds son long, les bras étendus naturellement seront
de derrière il touche l’herbe humide, les deux attachés au corps : un lien souple… sera passé
pieds lui manquent et il tombe tout doucement au-dessus des genoux et un autre au-dessus des
sur le côté droit, mon coude droit donne juste talons,… un autre lien large, souple et fort sera
contre une pierre, ce qui me disloqua le gros os fortement serré autour des lombes aussi près que
du bras. On alla immédiatement chercher le possible des hanches… C’est dans cette attitude
chirurgien du roi, mais on ne put le trouver… que l’on pratiquera l’extension et la contre-exten-
Un paysan qui se trouvait par là dit qu’il y sion qui doivent être égale et en ligne droite…
avait à deux lieues de là un très habile barbier Le médecin, ou un aide qui sera vigoureux et
qui journellement remettait bras et jambes. non sans instruction, placera sur la gibbosité la
Quand j’entendis qu’il avait autant d’expé- paume d’une des mains et mettant l’autre par-
rience, je montai en calèche et m’y fit mener. dessus, il exercera une pression qu’il aura soin,
J’endurais de grandes douleurs en route mais suivant la disposition des parties, de diriger soit
dès qu’il eut remis le bras je ne ressentis plus directement en bas, soit vers la tête, soit vers les
rien. Je remontai en calèche et revint ici au hanches. Ce mode de pression est le plus inof-
grand trot. » fensif ; inoffensive encore est la pression qu’on
L’histoire aurait pu se terminer sur ce succès exerce en appuyant sur la gibbosité, en même
sans la curiosité de « Monsieur et ses chirur- temps que le blessé est soumis à l’extension et en
giens… de voir si mon bras était bien remis » se soulevant pour donner l’impulsion… Rien
et ne les avait poussés à retourner chez le n’empêche non plus d’appuyer avec le pied sur
paysan, à l’obliger d’ôter l’appareillage mis la la gibbosité et de donner une impulsion modé-
veille, à réexaminer l’épaule, avant d’immobi- rée. » (Œuvres complètes d’Hippocrate tra-
liser à nouveau, « mal », poursuit la narratrice, duite par E. Littré en 1844.)
puisque s’ensuivit outre des douleurs épou- Un autre médecin de l’Antiquité, Galien, dont
vantables une « affreuse enflure de la main et les écrits ont fait autorité jusqu’au xviiie siècle,
du bras » s’étant prolongée plusieurs semai- s’est intéressé avec perspicacité à la colonne
nes, symptômes évoquant la survenue plus vertébrale (particulièrement au cou) et à son
que probable d’un syndrome algodystrophi- système nerveux. Certains vieux ouvrages
que réactionnel. chiropratiques, en s’appuyant sur sa fameuse
Introduction 5

guérison de Pausanias, affirment même qu’il « l’épine luxée dans sa partie extérieure » rap-
pratiquait à l’occasion des traitements mani- pellent étrangement ceux d’Hippocrate :
pulatifs. La lecture du texte de son récit « Pour réduire les vertèbres gibbeuses, c’est-
n’autorise pas une telle extrapolation. à-dire luxé en la partie extérieure, (il) faut
« Le sophiste Pausanias, originaire de la Syrie situer le malade sur une table, le malade sur
et venu à Rome avec les deux petits doigts et la le ventre, le tout étendu au long d’icelle ; le lier
moitié du doigt du milieu de la main gauche, commodément par dessous les aisselles, au-dessus
dont la sensibilité émoussée d’abord, s’était plus des hanches avec la tierce partie d’une nappe.
tard complètement perdue, les médecins l’ayant Pareillement (il) lui faudra lier les cuisses, les
mal soigné ; Quand je le vis, je l’interrogeai sur pieds, puis (il) sera tiré en haut et en bas, le plus
tout ce qui lui était arrivé antérieurement, et qu’on pourra sans toutefois grande violence…
j’appris entre autres détails que sur la route Après l’extension dûment faite, le chirurgien
étant tombé de son char, il avait reçu un coup à poussera de ses mains la vertèbre qui sera émi-
la naissance du dos, que la partie frappée avait nencée (proéminente)… ».
été promptement guéri tandis que peu à peu Un peu plus loin, Ambroise Paré décrit com-
la lésion de la sensibilité des doigts avait aug- ment procéder pour réduire la luxation du coc-
menté. J’ordonnai que les médicaments qu’on cyx ou celle des côtes (fig. 1). La manœuvre
lui posait aux doigts lui fussent appliqués sur la qu’il préconise est encore utilisée de nos jours.
partie frappée et de cette façon il guérit rapi- « Pour réduire (l’os caudae), il faut mettre le
dement (de locis affectis). » (Œuvres de Galien doigt dans le siège, tant qu’il soit apposé à l’en-
traduite par Ch. Daremberg en 1856.) droit du lieu affecté… puis on effleurera le dit os
Analysant les raisons de son succès dans une vers les parties supérieures avec force et de l’autre
autre partie de son ouvrage, Galien explique main on l’égalera en son lieu extérieurement. »
très clairement la différence existante entre (De la luxation de l’os caudae ou queue).
les lésions de la moelle épinière et celles pro- Environ un siècle plus tard, dans un livre
venant d’une ou plusieurs racines nerveuses. écrit à l’usage des barbiers-chirurgiens, un
Il recommande pour ces dernières l’examen autre chirurgien renommé, Louis, raffinera la
de l’aspect de la peau et celui des muscles et manœuvre en préconisant d’enduire au préa-
conclut : « Si c’est une racine nerveuse dans la lable le doigt avec de l’huile.
moelle qui est atteinte, c’est sur la colonne ver- Ces divers exemples attestent que jusqu’au
tébrale qu’il faut apporter les médicaments. » xviiie siècle, certaines manœuvres manuelles
Les illustrations des vieux manuscrits attribués utilisant des pressions directes sur la colonne
à Avicenne, Videus Vido et quelques autres vertébrale étaient effectuées lorsque les cir-
noms de médecins célèbres après l’époque constances l’exigeaient. Aucun traité toutefois
romaine attestent que ces derniers avaient eux n’en parle hormis celui d’un médecin espa-
aussi recours aux techniques hippocratiques gnol, Luis de Mercado. Il semble bien que
de réduction des gibbosités vertébrales sous leur abandon médical par la suite ait résulté des
traction avec l’aide d’une pression créée par progrès accomplis dans la connaissance de la
le poids de quelqu’un s’asseyant ou marchant pathologie infectieuse (tuberculose) et tumo-
sur le patient. rale, et donc dans celle des risques encourus.
Plus près de nous, Ambroise Paré, le fameux En revanche, surtout au cours du xixe siècle
chirurgien français de la Renaissance, consa- puis par la suite, le problème du reboutage est
cra le seizième chapitre de son traité aux amplement évoqué, notamment en Angleterre
luxations. Ses conseils pour réduire celle de en raison de l’engouement remporté par les
6 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Fig. 1.  « La manière de réduire lépine


luxée » selon Ambroise Paré, (in Les
œuvres de Maître Ambroise paré, 2e édi-
tion, 1628, avec l’aimable autorisation de
l’abbaye de solesmes).

bone-setters auprès du public. L’un des plus Les deux premières méthodes
grands chirurgiens anglais de l’époque Sir de manipulation vertébrale
James Paget exhorte même ses confrères à
s’intéresser aux faits et gestes des rebouteux. Même si au départ tout séparait l’ostéopathie
de la chiropratique et si certains ont pensé que
« Apprenez à imiter ce qui est bon et évitez ce
la seconde avait bénéficié de l’existence de la
qui est mauvais dans la pratique des rebou-
première, il est impossible de nos jours de les
teux, et si vous le vouliez, allez plus loin en
séparer en raison de l’essor qu’elles ont prises
appliquant la règle Fas est ab hoste doceri (la
l’une et l’autre. Elles sont nées toutes les deux
sagesse est d’apprendre de votre ennemi)…
aux États-Unis à la fin du xixe siècle, la première
Apprenez ensuite ce que vous pouvez de la
dans l’esprit d’un médecin : l’ostéopathie ; la
pratique des masseurs et plâtriers car ceux-ci
seconde dans celui d’un non médecin qui était
connaissent de merveilleux tours… » (British
depuis 9 ans magnétiseur : la chiropratique.
Medical Journal ; 5 janvier 1867).
Quelques années plus tard vers 1871, un Ostéopathie (1874)
autre médecin anglais Wharton Hood allait Pour comprendre les raisons ayant amené vers
informé ses collègues sur son expérience 1874, Andrew Taylor Still, médecin installé
du reboutage appris auprès de Richard dans le Middle West, à remettre en question
Hutton, l’un des plus fameux rebouteux de la médecine officielle, il convient de se repré-
l’époque. senter la situation médicale aux États-Unis, à
Cet intérêt médical pour le reboutage ne fut la fin du xixe siècle.
pas exclusivement britannique. Le même phé- Hormis l’est américain où l’enseignement
nomène fut observé également dans d’autres s’effectuait dans les écoles de médecine selon
pays. Ce fut en particulier le cas des États- le modèle de facultés européennes, les futurs
Unis où beaucoup de médecins employaient médecins étaient formés auprès de médecins
ces manœuvres pour soulager leurs malades. qui leur enseignaient l’anatomie et la physio-
Ceci explique en partie l’accueil favorable logie, et leur faisaient bénéficier de leur expé-
réservé par certains de ces médecins à l’os- rience clinique, moyennant une contrepartie
téopathie, puis à la chiropraxie, dès les débuts financière modeste et leur participation active
de celles-ci. aux soins.
Introduction 7

Les traitements faisaient appel à des remè- • son efficacité indiscutable lors de l’épidé-
des rudimentaires, souvent dangereux et fré- mie de grippe de 1919 ;
quemment inefficaces. Les résultats étaient • l’introduction de la pharmacopée dans le
décevants. La crise de conscience de A.T. Still programme des études (1920–1930) ;
se produisit d’ailleurs lors du décès de trois • la bienveillance du président Théodore
de ses enfants, au cours d’une épidémie de Roosevelt, reconnaissant aux soins efficaces
méningite cérébrospinale, malgré l’interven- apportés par son ostéopathe ;
tion des meilleurs médecins de sa région. Dans • la pénurie aux États-Unis des MD appelés
la profonde détresse où le plongea ce triple sous les drapeaux lors de la Seconde Guerre
deuil, la seule bouée à laquelle se raccrocher mondiale, laissant le champ libre pour les
lui apparut être celle de l’existence de Dieu DO ;
et l’intime conviction que Celui-ci n’avait pu • la G.I. Bill offrant aux étudiants ayant servi
laisser sa créature la plus achevée, l’Homme, sous les drapeaux une bourse d’étude d’une
sans moyens de défense naturels vis-à-vis des durée égale à leur temps d’incorporation ;
agressions extérieures, à condition d’être dans • enfin la tentative d’absorption de l’ostéopa-
une bonne condition physique. En 1874, le thie par la médecine en 1962 qui fut suivi
concept de l’ostéopathie était né. Dès lors, il d’une une réaction salutaire de la part des
se mit à rassembler les éléments anatomiques DO pour préserver leur particularisme avec
et cliniques susceptibles d’étayer ses convic- modernisation des écoles sur le modèle de
tions et de constituer les bases de sa nouvelle celle d’East Lansing avec critères d’admis-
approche clinique et thérapeutique. sion renforcés, programme d’enseignement
Vingt ans après, en 1894, il fonda sa première calqué sur celui des écoles de médecine.
école d’enseignement à Kirksville avec l’aide Actuellement, il existe 15 écoles de méde-
de William Smith, un jeune médecin écossais, cine ostéopathique. MD et DO, aux États-
diplômé d’Edinburgh. Très vite, ce fut la réus- Unis, sont sur le même pied d’égalité et
site. D’autres écoles furent fondées par ses élè- répertoriés dans les pages jaunes de l’an-
ves et la renommée de l’ostéopathie s’amplifia nuaire sous la même rubrique « Physicians
grâce à ses succès parfois spectaculaires, habile- and Surgeons ». Au nombre de 35 000, les
ment exploités par des supporters convaincus. DO exercent surtout dans les petites agglo-
En 1910, le rapport Flexner sur l’état de mérations et sont majoritairement généra-
l’enseignement dans les écoles de médecine listes. Seuls 10 % d’entre eux pratiquent de
orthodoxe et ostéopathique fait toutefois l’ef- manière quasi exclusive l’« osteopathic mani-
fet d’une véritable bombe en recommandant pulative medicine ».
la fermeture immédiate d’un tiers des premiè-
res et de plus de la moitié des secondes, et Chiropratique (1894)
en insistant sur la nécessité de procéder rapi- Elle fut inventée 20 ans après l’ostéopathie
dement à des réformes (critères d’admission, par un non médecin, Daniel David Palmer.
durée et contenu des programmes, qualifica- Cet homme s’était, vers le milieu de sa vie,
tion du corps enseignant…). Ces modifica- intéressé au problème de la maladie à tra-
tions s’effectuèrent rapidement en médecine, vers la pratique du magnétisme. Si l’on en
beaucoup moins vite en ostéopathie. croit ses écrits, il en aurait eu l’intuition en
Face à sa grande rivale, la chance de l’ostéopa- guérissant à quelques jours d’intervalle par
thie fut d’avoir pu bénéficier à diverses repri- un appui direct sur la colonne dorsale haute
ses d’événements favorables. Parmi ceux-ci, il (D3) la surdité post-traumatique ancienne
faut citer : d’un majordome noir vivant dans son pâté
8 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

de maisons, Lilian Harvey, et quelques jours à une publicité tapageuse. En dépit de ce lourd
après des troubles cardiovasculaires rebelles. handicap initial et probablement grâce à l’aide
Il se dit alors qu’il n’y avait pas de maladie, apportée par certains médecins à cette méthode,
mais seulement des organes fonctionnant mal à une bonne orchestration des succès obtenus
à cause de la mauvaise arrivée jusqu’à eux de et à la mobilisation efficace de ses supporters,
l’influx nerveux par suite de l’obstacle créé la chiropratique allait peu à peu voir son droit
par une « subluxation vertébrale ». Le remède à l’existence reconnu par les différents États
était tout simple, il suffisait de réajuster la américains, à condition de se limiter aux traite-
vertèbre subluxée (fig. 2). ments purement manuels et naturels. Au terme
La chiropratique, nom que lui donna, quel- d’une longue bataille juridique, en 1973, le
ques mois plus tard, l’un de ses patients, le Congrès américain décida de l’accepter comme
révérend H.S. Weed, était née. troisième profession de santé légale.
Très rapidement, dès 1896, D.D. Palmer allait Depuis cette date, malgré l’hostilité initiale
fonder à Davenport une école pour enseigner des médecins et des ostéopathes, les chiropra-
sa méthode, la D r Palmer’s School and Cure ticiens ont réussi à modifier profondément
(celle-ci devait devenir plus tard le Palmer leur image de marque grâce à l’effort considé-
Institute and Chiropratic Infirmary avant rable de rénovation entrepris par leurs auto-
d’être le Palmer College of chiropractic actuel). rités dirigeantes aussi bien dans le domaine
Il est inutile de dire combien les idées défen- de l’enseignement, de leurs programmes de
dues par Palmer allaient déchaîner les passions recherche ou de leurs prétentions thérapeu-
et en particulier l’hostilité de la médecine offi- tiques pour justifier la marque de confiance
cielle, puis assez vite celle de l’ostéopathie, en manifestée par le Congrès américain.
raison de l’absurdité scientifique de sa doctrine, Déjà en 1985, voici les conclusions que j’avais
des techniques employées, des affirmations gra- écrites immédiatement après une visite de qua-
tuites effectuées par ses adeptes, et du recours tre jours au National College of chiropractic à

Fig. 2.  Le premier ajustement chiropractique


par Daniel David Palmer (d’après un tableau)
(in Chiropraxie, par F. Le Corre et S. Haldemann,
coll Que sais-je?, éditions des PUF, 1986).
Introduction 9

Lombard près de Chicago, organisée pour En France, quelques médecins toutefois les
démontrer à quelques amis médecins incrédules avaient adoptées avec enthousiasme et inté-
et sceptiques que le contenu du Que-sais-je ? sur grées à leurs pratiques auparavant, dès qu’ils en
la chiropraxie que je venais (F.L.C) d’écrire avec avait connu l’existence. Signalons les noms de
Scott Haldemann, MD, PhD en neurophysio- Moutin qui publia dès 1913 le premièr ouvrage
logie, n’était pas une élucubration farfelue : en français sur l’ostéopathie et celui de Robert
« De ce voyage, un certain nombre d’enseigne- Lavezarri qui commença à pratiquer celles-ci
ments peuvent être tirés. Le premier d’entre eux dans les années 1920 et suscita par ses résultats
et probablement le plus important est la nécessité un vif intérêt parmi son entourage médical.
de reconsidérer totalement notre jugement sur En réalité, le véritable essor médical des théra-
la chiropratique moderne. L’école qu’il nous a peutiques manipulatives vertébrales remonte
été donné de visiter offre indiscutablement tou- seulement au lendemain de la Seconde Guerre
tes les caractéristiques d’une véritable faculté. mondiale. Il ne devait dès lors plus jamais
Tout y est organisé de manière à donner aux s’arrêter.
étudiants une véritable formation de spécia- En 1962, ceci devait se concrétiser par la créa-
listes « à compétences limitée dans le domaine tion la Fédération internationale de médecine
de la pathologie mécanique articulaire et des manuelle (FIMM) regroupant en son sein
traite­ments non médicamenteux… » une vingtaine de pays et plusieurs milliers
de membres, chaque pays conservant à l’in-
térieur de celle-ci une grande en liberté de
Thérapeutiques manuelles manœuvre et de pensée.
vertébrales en médecine
Aux États-Unis, tous les médecins intéressés
La médecine orthodoxe s’est intéressée très par ces disciplines font partie d’une associa-
tard aux manipulations vertébrales, officielle- tion unique, la North American Academy of
ment du moins. En Europe, Otto Nägelli fait manual medicine devenue par la suite la North
donc figure de véritable précurseur lorsqu’il American Academy of orthopaedic medicine,
publie en Suisse vers 1894 un ouvrage où il et ceci quelle que soit leur formation ini­
expose sa méthode régionale cervicale pour tiale médicale, ostéopathique ou même, pour
traiter de nombreuses affections nerveuses. quelques-uns, chirothérapique.
Les premiers à avoir pratiqué les manipu- En Allemagne, la plupart des médecins qui
lations articulaires furent les manipulative manipulent ont été formés soit par un kinési­
surgeons, des chirurgiens anglais qui avaient thérapeute ayant lui-même reçu une forma­
compris tout l’intérêt qu’ils pouvaient retirer tion chiropratique, Kaltenborn, soit par l’école
de ces techniques employées sous anesthésie de Guttmann à Hamm.
dans le domaine des raideurs articulaires. En Angleterre, la formation reçue est soit
L’introduction des manipulations vertébra- d’origine ostéopathique, soit marquée par
les dans l’arsenal thérapeutique de la méde- les méthodes orthopédiques préconisées par
cine officielle et le milieu hospitalier eut lieu J. Cyriax. La conception de ce dernier sur
vers 1930, grâce à l’impulsion d’un méde- la manière de manipuler était très originale.
cin britannique londonien, James Mennel, Selon lui, aucune manipulation ne devait être
qui exerçait au St Thomas Hospital. Jimmy faite sans une traction préalable. Cette traction
Cyriax allait lui succéder et proposer sa pro- permettait la réintégration du noyau discal et
pre méthode de médecine orthopédique. donc la suppression de toutes les protrusions
10 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

discales. Pour réaliser ses manœuvres, J. Cyriax Au départ, il préconise une nouvelle règle
faisait appel à un ou deux assistants pour tirer d’application : la règle de la « non-douleur et du
sur la tête ou les pieds. Ces manipulations mouvement contraire », selon laquelle la pous-
étaient toujours identiques (une rotation sée manipulative doit toujours être effectuée
droite, puis gauche ou vice versa) quels que dans la direction libre et non douloureuse.
fussent les symptômes (droits ou gauches, Puis, il prend en considération uniquement la
lombalgie, sciatique L5 ou S1, existence ou recherche des signes cliniques locaux ou à dis-
non d’une attitude antalgique). tance se rapportant à une souffrance segmen-
En Suisse, la plupart des médecins manuels taire vertébrale afin de voir si celle-ci provient
ont été formés par l’école allemande et ont d’un « dérangement intervertébral mineur ».
appris à concurrencer les chiropraticiens dont Enfin grâce à sa méthodologie analytique, il
l’existence est légale depuis 1940. renverse un certain nombre d’idées classiques
En Belgique, les médecins qui se servent de ayant cours. Par exemple, il attire l’attention sur
cette discipline sont essentiellement divisées la responsabilité fréquente du cou dans les dor-
par la question phonétique : les francophones salgies et les céphalées, il souligne également le
ont suivi la formation française, les flamands rôle de la charnière dorsolombaire dans la surve-
la germanique. nue des lombalgies basses, celui des souffrances
cutanées dans les douleurs pseudo-viscérales…
En France, pour un observateur étranger, en ce
qui concerne le domaine médical, la situation
actuelle des thérapeutiques manipulatives se Enseignements universitaires
caractérise par sa complexité en raison des nom- Mais il faut dire que la conception de R. Maigne
breux enseignements existants, tant en faculté sur la manière d’aborder le domaine des théra-
qu’au sein des groupes d’enseignement privé. peutiques manipulatives vertébrales n’est pas la
Historiquement parlant, Robert Lavezarri fut seule à exister en France, même si sur un plan
le premier à ouvrir, dès la fin de la Seconde universitaire la plupart des 15 enseignements
Guerre mondiale, dans notre pays, une école créés en vue de l’obtention du diplôme inter-
d’enseignement des manipulations ostéo­ universitaire (DIU) de médecine manuelle–
pathiques. ostéopathie y font référence.
La création d’un tel DIU a pu être réalisé grâce
Méthode de Robert Maigne
à la mise sur pied d’un programme commun
Le démarrage d’un enseignement sur une d’enseignement clinique et de travaux dirigés
large échelle commença seulement vers les répartis sur deux années universitaires.
années 1960 et est à mettre au crédit de Une fois le diplôme décerné, la plupart de ces
Robert Maigne. En 1972, il fut officielle- facultés ont organisé un enseignement post-
ment reconnu par l’université de Paris VI universitaire sous forme de séminaires afin de
et sanctionné par un diplôme d’université. permettre à leurs étudiants non seulement de
L’approche de R. Maigne différait de celle des se perfectionner, mais aussi d’élargir le champ
ostéopathes et de J. Cyriax et s’écartait volon- de leurs connaissances fondé sur le cursus suivi
tairement de tout ce qui avait cours alors. par les enseignants à l’origine de ces groupes
Sans modifier les techniques ostéopathiques d’étude : formation initiale auprès des éco-
qu’il avait apprises au London College of osteo- les ostéopathique britannique par exemple à
pathy, avec Myron Beal (DO), il abandonne Bobigny, approfondissement des manœuvres
le concept de la lésion ostéopathique et les ostéo-articulaires périphériques à Rennes ini-
règles en vigueur pour y remédier. tié à l’origine par Yvon Lesage… Il en est de
Introduction 11

même pour le tout dernier DIU crée à La Pitié- Sur le plan la théorie, l’auteur insiste sur
Salpétrière sous la direction de Serge Toffaloni l’importance de la sollicitation musculaire
qui donne la possibilité à ceux qui ont réussi de proprioceptive réalisée par la poussée manipu-
poursuivre leur cursus en s’inscrivant à un DU lative, l’étirement brusque des faisceaux mus-
de médecine manuelle ostéopathique. culaires locaux entraînant la mise au repos des
muscles antagonistes et le relâchement tem-
Enseignements post-universtaires poraire du tonus musculaire.
À côté des enseignements universitaires, de Dans le domaine des techniques enfin, Éric
nombreux groupes de formation et/ou de per- de Winter apporte une grande attention au
fectionnement post-universitaire ont vu le jour. positionnement prémanipulatif étant donné
Depuis 1987, ils sont regroupés au sein de la sa conviction que ce dernier est essentiel à
FFEMMO (Fédération francophone des ensei- la réalisation d’une bonne technique et rend
gnements de médecine manuelle–ostéopathie). plus facile la poussée finale.
La plupart fonctionnent en organisant cinq ou Avant de terminer cette revue des différents
six séminaires annuels en fin de semaine. courants de pensée français à propos de ces
thérapeutiques, on se doit de signaler aussi les
Cinorthèses d’Éric de Winter idées défendues par Pécunia pour qui la mani-
Bien avant ceux-ci, outre l’enseignement de pulation consistait en un mouvement pendu-
l’ostéopathie créé par R. Lavezarri dont nous laire combiné à une traction axiale, et celle de
avons parlé plus haut, il convient de mention- Bourdiol qui insistait sur l’importance de la
ner celui des « cinorthèses » d’Éric de Winter. manipulation myotensive et avait longtemps
À son décès soudain en 1982, il avait formé défendu l’idée que la source des déboires pro-
environ 500 médecins. Ce chiffre s’est encore venait du rachis cervical supérieur.
accru depuis car sa disparition n’a pas entamé
le dynamisme du mouvement. La conception Manipulations vertébrales
défendue par Éric de Winter en manière de
en dehors de la médecine
thérapeutiques manipulatives vertébrales était
entièrement originale autant par son glossaire En France, depuis le décret d’application paru
particulier que par son explication physio­ en mars 2007 d’une loi votée en 2002 instau-
pathologique et ses techniques. rant la profession d’ostéopathe, le monopole
Le vocabulaire employé était sans aucun médical protégeant la pratique des manipula-
doute l’un des points les plus originaux de sa tions vertébrales a légalement disparu offrant
méthode. Créé à partir de racines et des mots l’opportunité à de nombreuses vocations de
grecs, c’était selon son auteur la seule façon se réaliser aussi bien dans le domaine para­
d’avoir à sa disposition un langage précis. médical qu’extramédical, sous réserve de
C’est ainsi qu’une manœuvre manipulative remplir les conditions requises.
devient une « cinorthèse », que la source des
douleurs est liée à une « dyscinexie », que Kinésithérapeutes
l’examen clinique cherche à mettre en évi- et manipulations vertébrales
dence une « restriction cinétique sectorielle ».
De leur côté, les manœuvres sont « médiates, Évoquer l’histoire des manipulations verté­
immédiates, semi-médiates » et la direction à brales sans parler des kinésithérapeutes serait
donner au geste devient « le mode de réalisa- impardonnable tant ils ont investi ce domaine
tion de la contrainte thérapeutique »… thérapeutique très tôt. Leur statut légal
12 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

dépendait en fait de leur lieu d’exercice. Ils l’étiopathie serait « un système thérapeutique
étaient autorisés à les pratiquer sous certai- révolutionnaire agissant sur la véritable cause
nes conditions en Angleterre, en Suède ou en des maladies et non plus sur leurs effets ». Selon
Australie. En France, ils enfreignaient la loi et ces auteurs, l’individu considéré comme « un
étaient susceptibles de poursuites pour exer- ensemble de systèmes physico-chimiques » possède
cice illégal de la médecine. au départ un « potentiel vital originel » (PVO)
En France, vers 1952, lassé de ses déboi- qui va sous l’influence du vieillissement physio-
res judiciaires avec le conseil de l’Ordre des logique diminuer progressivement pour deve-
médecins, l’un d’entre eux, Genny, réus- nir le « potentiel vital résiduel » (PVO résiduel).
sit à organiser pour ses jeunes confrères en Sous l’influence de facteurs extérieurs (acci-
Angleterre des cours d’ostéopathie dispen- dent, non-respect des règles d’hygiène natu-
sés dans des écoles ostéopathiques pendant relle, conditions climatiques…), des lésions
3 ans à raison de quatre séminaires annuels étiopathiques primaires vont apparaître et
de quatre jours, avec délivrance d’un DO engendrer des « phénomènes lésionnels », c’est-
« diplôme d’ostéopathie » source de confu- ­à-dire des manifestations spécifiques. Ces lésions
sion avec le véritable DO américain (Doctor primaires sont en leur tour capables d’entraî-
of Osteopathy). ner une suite de « lésions secondaires » avec
D’autres kinésithérapeutes ont appris en comme résultante un nouvel équilibre pour
France au sein de diverses écoles d’inspi- l’individu le « potentiel vital actuel » (PVA).
ration ostéopathique (A.T. Still Academy, Il suffirait alors d’agir sur ces différentes
Institut W.G. Sutherland, College Atman…) lésions primaires ou secondaires pour rétablir
regroupées dans le cadre d’une fédération, la le potentiel de santé résiduel en recourant
Fédération des ostéopathes de France. selon les cas à des techniques manuelles étio-
pathiques vertébrales, organiques, articulai-
res, crâniennes.
Écoles privées d’enseignement Il est inutile de souligner toutes les réserves
ostéopathique et réactions médicales suscitées par une telle
Au nombre d’une trentaine, elles ont vu le approche philosophique et ésotérique des
jour depuis 2002. Elles sont toutes privées et problèmes pathologiques.
délivrent leur enseignement à titre onéreux.
Elles sont accessibles à tous les bacheliers. Les
études y durent en règle générale cinq années Philosophie ostéopathique
et un diplôme en ostéopathie est délivré à leur
terme permettant à leurs élèves de s’installer L’état d’esprit avec lequel il faut aborder la
légalement comme ostéopathe. médecine ostéopathique est contenu intégra-
Dans les milieux médicaux et paramédicaux, lement dans la définition mentionnée dans
ces diplômés sont désignés sous le vocable de le lexique officiel des termes ostéopathiques
« ni-ni ». adopté depuis 1982 :
« La médecine ostéopathique est une philosophie
Étiopathie
du système de santé et un art distinct, conforté
Pour ses deux fondateurs, Charles Trédaniel par l’accroissement des connaissances scien­
et Christian Aemmer, auxquels nous laisserons tifiques. Sa philosophie englobe le concept de
l’entière responsabilité de leurs affirmations, l’unité structurelle (anatomique) et fonction-
Introduction 13

nelle (physiologique) de l’organisme humain. Le diagnostic repose sur quatre sortes de


Son art est l’application de cette philosophie à ­renseignements fournis par la palpation :
la pratique médicale et chirurgicale dans tou- ­anomalies de la texture tissulaire, asymétrie
tes ses branches et spécialités. Sa science inclut des repères, restriction de mobilité, sensibilité
la connaissance de tout ce qui est en rapport locale.
avec le maintien de la santé comme celui de sa Il y a dans l’esprit de l’ostéopathe une volonté
prévention et du combat contre la maladie. de considérer un individu donné dans sa glo-
Les concepts ostéopathiques insistent sur les qua- balité et donc de voir les répercussions pos-
tre principes suivants : sibles de cette dysfonction à distance sur les
• 1. l’être humain est une unité où la structure, plans somatique, viscéral ou psychique. Cette
la fonction, le cerveau et l’esprit sont interdé- notion de dysfonction somatique offre beau-
pendants mutuellement et réciproquement ; coup de similitudes avec la conception médi-
• 2. le corps, à travers un système d’équilibre cale développée en s’appuyant sur la notion de
complexe, tend à s’autoréguler en présence de « segment mobile », décrite par Junghans dès
processus pathologique ; 1935. Pour cet anatomiste allemand, en effet,
• 3. le bon fonctionnement des systèmes corpo- il faut prendre en considération tous les élé-
rels dépend de mécanismes circulatoires mal ments constitutifs situés entre deux vertèbres
connus, d’impulsions nerveuses et d’influen- adjacentes car ceux-ci sont interdépendants et
ces neurologiques ; sollicités lors des mouvements (disque, arti-
• 4. un programme thérapeutique logique doit culations postérieures, ligaments et éléments
être fondé sur cette philosophie et ses principes. » vasculonerveux).
Dès 1964, lors du ive congrès international de
médecine physique à Paris, R. Maigne, puis
Dysfonction somatique l’année suivante à Vichy l’un de ses assistants,
(somatic dysfunction) E. Rageot, ont été parmi les premiers dans
notre pays à attirer l’attention sur l’intérêt
Ce terme a remplacé officiellement depuis diagnostique représenté par l’application de
1973 celui de « lésion ostéopathique », utilisé cette notion de segment mobile pour mettre
dès l’origine par les DOs américains. en évidence les dérangements mécaniques
Il s’applique en présence de « toute altération vertébraux réversibles, ce que R. Maigne
ou dysfonction de l’un des éléments constitutifs allait populariser par la suite sous le terme de
de la trame corporelle (soma) : structures sque- « DIM » (dérangement intervertébral mineur).
lettiques, articulaires ou myofasciales, éléments Actuellement, la FIMM (Fédération inter-
vasculaires, lymphatiques ou nerveux en rap- nationale de médecine manuelle) parle de
port avec celles-ci ». « dysfonction intervertébrale » (DIV).
Chapitre 1
Arsenal thérapeutique
ostéopathique traditionnel
Dès le début, les ostéopathes se sont tournés celles dont le but est d’agir sur les parties
vers des procédés manuels pour soulager leurs molles (peau, muscles, ligaments) par oppo-
patients ou pour les maintenir en forme. Ils y sition à celles à visée vertébrale ou articulaire
étaient incités par leurs convictions profondes périphérique, tout en sachant qu’il s’agit là
que la santé dépendait de l’obtention (ou du d’une distinction souvent artificielle pour
maintien) d’un organisme en parfait état de ces dernières en raison de leurs répercussions
fonctionnement structurel ou circulatoire ; réflexes sur ces mêmes structures molles.
c’était selon eux, la seule manière pour recou- Généralement, d’ailleurs, les circonstances
vrer la santé ou la conserver face aux agres- amènent l’osthéopathe à les utiliser soit alter-
sions extérieures. nativement, soit en les combinant.
Au fil des années, ils ont ainsi mis au point Quelle que soit la technique employée, une
une quantité de manœuvres soit originales – règle s’impose cependant : la nécessité de
dont beaucoup d’ailleurs ont été reprises par s’assurer au départ de leur innocuité. Ceci
les autres écoles de pensées – soit empruntées explique pourquoi une véritable séance d’os-
à ces mêmes écoles, si bien qu’à présent, il est téopathie doit toujours commencer par la
difficile de faire la part des choses. vérification de toutes les structures existan-
Parmi les principales techniques encore en tes et de leurs supports osseux et par appré-
usage actuellement dans les milieux ostéopa- cier la gravité des lésions éventuellement
thiques traditionnels, il convient de distinguer rencontrées.
16 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Techniques s’intéressant aux parties molles


(soft tissue technics)

Leur but est de faire disparaître les manifes- En dehors de son intérêt sur le plan dia-
tations de souffrance cutanée ou musculaire, gnostique (cf. examen prémanipulatif ),
détectées au niveau du rachis, voire à distance cette manœuvre permet souvent d’assouplir
dans le dermatome ou le myotome, corres- la peau, de désépaissir le pli cutané et sur-
pondant au siège du dysfonctionnement ver- tout de le rendre moins douloureux, en 5 à
tébral responsable. 6 séances de 5 à 10 minutes chacune.
Ces techniques revêtent dans la pratique
quotidienne un double intérêt. Elles permet- Techniques du pli cassé
tent en premier lieu de faire disparaître une et du pli contrarié (fig. 1-2)
source fréquente de désagréments venant se Ces deux techniques sont très voisines, leur
surajouter à l’inconfort propre de la colonne seule différence provenant de l’intervention
vertébrale. Elles rassurent ensuite le futur sur le pli cutané. Comme dans la technique
manipulé sur l’habileté manuelle de son précédente, il faut commencer par saisir la
thérapeute. peau entre le pouce et les doigts de chaque
En ostéopathie traditionnelle, elles font partie main de manière à créer un pli cutané. Dans
intégrante de toute séance de traitement qui le cas du pli contrarié, la manœuvre com-
se respecte. Fort nombreuses, nous décrivons porte un mouvement glissé d’étirement, pra-
ici seulement les plus courantes et les plus tiqué sur chaque versant du pli cutané, lent
faciles à réaliser. et répété, en se servant alternativement de
l’index d’une main et du pouce de l’autre.
Tandis que dans le cas du pli cassé, on se sert
Manœuvres cutanées des deux mains pour créer une angulation
Effleurage dans un sens, puis dans l’autre.
C’est le premier geste à faire. Il consiste à faire
glisser la paume des deux mains sur la surface Décollement des adhérences
de la peau de façon plus ou moins appuyée cutanées lombaires
selon la sensibilité rencontrée. Il s’agit ici également d’une manœuvre d’exécu-
Son intérêt est de permettre une prise de tion facile. Désagréable sur le moment, elle est
contact agréable, de réchauffer et d’insensi- d’une grande efficacité en présence d’un certain
biliser. En règle générale, quelques passages nombre de sensations lombaires pénibles (gêne,
suffisent pour obtenir l’effet désiré. lourdeur, douleur…), liées à l’adhérence des
plans cutanés aux épineuses sous-jacentes.
La manœuvre consiste à saisir la peau entre
Technique du palper-rouler (fig. 1-1) le pouce et l’index et à la tirer brusquement
Elle consiste à saisir la peau entre les pouces en arrière, le patient se trouvant en décubitus
et les index, à la soulever et ensuite à rou- ventral. En règle générale, elle s’accompagne
ler cette dernière entre les doigts tout en d’une petite sensation douloureuse fugace et
déplaçant ceux-ci. d’un léger bruit.
Chapitre 1. Arsenal thérapeutique ostéopathique traditionnel 17

Fig. 1.1.  Le palper-rouler.

Fig. 1.2.  Le pli contrarié.


18 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Techniques s’intéressant aux parties molles


(soft tissue technics) (suite)

Manœuvres musculaires en écartant ces muscles et à contrarier un peu


le retour à la position neutre.
Le recours à ces manœuvres est souvent néces- Au niveau des muscles cervicaux posté-
saire en raison de la fréquence des contractures rieurs, la manœuvre s’effectue en étirant
musculaires détectées. Le choix de la techni- transversalement et horizontalement ceux-
que se fait en fonction de la région affectée. ci à partir de leurs bords externes vers le
Les plus employées font appel au pétrissage, milieu du cou en dépassant la ligne des
au glissé profond, aux étirements longitudi- épineuses. Cette technique est souvent très
naux ou transversaux, à des pressions main- désagréable sur le moment, mais est com-
tenues, voire à des manœuvres myotensives pensée par le résultat spectaculaire obtenu
contre résistance. en quelques secondes notamment sur la
mobilité, d’où son utilité dans les torticolis
Glissé profond (fig. 1-3) (cf. p. 108).
Cette manœuvre revêt un intérêt tout par-
ticulier pour détendre en quelques minutes Pressions maintenues
la musculature paravertébrale. Après avoir Cette technique consiste à maintenir une
mis le patient en décubitus ventral et s’être pression constante et ferme (environ 2–3 kg),
placé à la tête de la table d’examen, il suffit pendant 3 minutes, sur l’endroit précis où la
de poser ses deux pouces de chaque côté de contracture musculaire est retrouvée. Elle fait
la ligne des épineuses, à un travers de doigt appel au réflexe d’inhibition.
de celles-ci, puis de les faire glisser le long de
celles-ci jusqu’à la région lombaire lentement Manœuvres myotensives
et en appuyant modérément, avant de revenir contre résistance
au point de départ en passant sur chaque côté Décrites semble-t-il la première fois par
du dos, sans jamais perdre le contact avec la Mitchell, elles font appel aux réflexes myo-
peau et puis de recommencer la manœuvre tatiques d’étirement et d’inhibition réci-
plusieurs fois. proques, et se révèlent habituellement très
efficaces pour faire céder des contractures
Étirements (fig. 1-4) rebelles. Leur intérêt est tel que nous leur
Qu’ils soient transversaux ou longitudinaux, avons consacré un chapitre (cf. chapitre 14).
ils procurent à la fois une détente et une sen-
sation agréable. Techniques à visée tendineuse
Au niveau des muscles spinaux, il faut se pla-
cer du côté opposé aux muscles à traiter, et La plus célèbre d’entre elles est le massage
poser bien à plat ses deux pouces et ses émi- transverse profond décrit par Cyriax. Elle
nences thénars entre le bord interne de ceux- consiste à effectuer un mouvement de va-et-
ci et la ligne des épineuses. Le mouvement vient de part et d’autre du tendon pendant 1
consiste à imprimer au corps un balancement à 2 minutes.
Chapitre 1. Arsenal thérapeutique ostéopathique traditionnel 19

Fig. 1.3.  Manœuvre de détente axiale utilisant le glissé profond.

Fig. 1.4.  Manœuvre de détente transversale sur la musculature


paravertébrale.
20 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manœuvres à visée articulaire et vertébrale

Contrairement aux États-Unis où ces manœu- La description de la manœuvre pratiquée


vres sont toutes considérées comme des « mani- s’effectue enfin simplement en mentionnant
pulations », en France et dans de nombreux pays les différents paramètres intervenant pour sa
européens elles sont différenciées selon la moda- réalisation : position adoptée par le patient,
lité technique adoptée en « mobilisation » et en direction(s) utilisée(s), région traitée…,
« manipulation » (fig. 1-5). et en considérant toujours le mouvement
affectant l’élément supérieur par rapport à
son voisin immédiatement sous-jacent, cela
Mobilisations revêtant toute son importance au niveau
Ce terme est réservé à toutes les manœuvres rachidien. Il en est de même pour dési-
consistant à mobiliser passivement, lente- gner une souffrance segmentaire vertébrale
ment, plusieurs fois de suite une articulation existante.
ou un segment vertébral depuis une position Dans les pays anglo-saxons, la nomenclature
donnée jusqu’à sa mise en tension, c’est-à- adoptée est différente. Les auteurs anglo-
dire jusqu’à la résistance rencontrée en fin saxons distinguent plusieurs variétés de mobi-
de course du mouvement. lisations possibles selon la course parcourue
par le segment ­vertébral  : globale, premier
tiers, deuxième tiers…
Manipulations En ce qui concerne les manœuvres utilisant
une impulsion (thrust techniques), les ostéo-
Ce vocable s’applique uniquement aux
pathes américains parlent de manœuvres
manœuvres utilisant une impulsion (thrust),
directes, indirectes ou combinées, selon que
extrêmement rapide et très mesurée (high
leur direction va dans le sens de la dysfonc-
velocity, low amplitude), administrée sur une
tion segmentaire vertébrale diagnostiquée, en
articulation ou un segment vertébral, préala-
sens opposé ou dans les deux directions. Pour
blement quasiment verrouillé au début de la
les manœuvres directes, ils font appel à des
mise en tension.
techniques de mobilisations articulaires. Dans
ces pays, ils désignent la manœuvre effectuée
Codification par la position supposée prise dans l’espace
par la vertèbre au cours de sa dysfonction,
La même disparité s’observe à propos de la là encore par rapport à sa voisine immédiate
codification adoptée pour décrire les techni- sous-jacente.
ques pratiquées. Ainsi, par exemple, en présence d’une rota-
En France, les techniques manipulatives sont tion droite de C3 ou d’une fixation de l’aile
désignées sous le terme de manipulations : droite du sacrum en avant, la nomenclature
• « directes » (fig. 1-6) lorsque les points utilisée parle d’un C3 postérieur droit ou
d’appui sont au voisinage du segment verté- d’un sacrum antérieur droit.
bral ou articulaire à traiter ; Pour des raisons de commodité, nous garde-
• « indirectes » (fig. 1-7) quand ils sont à distance ; rons la terminologie et la classification fran-
• « semi-indirectes » (fig. 1-8) toutes les fois çaise la plus répandue dans notre pays.
où un point d’appui est au contact du seg-
ment à traiter, et l’autre à distance.
Chapitre 1. Arsenal thérapeutique ostéopathique traditionnel 21

Fig. 1.5.  Explicatif des diffé-


rences existant entre la mobi-
lisation et la manipulation par
rapport à la mobilité d’une
articulation.

Fig. 1.8.  Manipulation semi-indirecte.


Fig. 1.6.  Manipulation directe.

Fig. 1.7.  Manipulation indirecte.


22 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Bruit manipulatif

Le bruit de « craquement » ou de « croque- formelle entre le geste manipulatif et le bruit


ment » entendu lors d’une manipulation est articulaire.
généralement appréhendé la première fois, Il faut toutefois attendre 1947 et les travaux
et cette crainte peut conduire à de véritables de deux anatomistes anglais J.B. Roston et
réactions de panique si l’on n’a pas pris la R. Wheeler (figure 1.9) pour disposer d’une
précaution au départ d’expliquer brièvement authentique explication scientifique.
en quoi consiste ce phénomène acoustique. S’aidant d’un matériel étalonné et fiable,
Pour le grand public, il reste en effet encore avec prises de clichés successifs, ces auteurs
de nos jours assimilé à une « remise en place » apportèrent en effet la preuve de la séparation
du « glissement vertébral » ou de l’articulation brusque et bruyante des surfaces articulaires
« déboîtée » alors qu’il s’agit d’un phénomène métarcarpophalangiennes au-delà de 7 kg de
sonore naturel accompagnant tout simple- traction et de l’impossibilité de reproduire
ment la décoaptation des surfaces articulaires ce bruit pendant les 20  minutes suivan-
créée lors de l’impulsion manipulative. tes, l’articulation ne réagissant plus comme
auparavant.
En 1971, A. Unsworth, D. Dowson et
Mécanisme V.  Wright (figure 1.10) devaient confirmer
Il est impossible de dater avec exactitude le ces données et parfaire l’explication grâce à
moment où ce bruit a été connu, mais il y l’utilisation d’un modèle géant et du cinéma à
a tout lieu de penser qu’il faisait partie de grande vitesse en précisant que le bruit appa-
l’univers familier des nombreux rebouteux, raissait non pas au moment de la formation
algebristas ou bone-setters au cours de leurs des bulles de gaz, mais 1/100e de seconde
manœuvres articulaires. En 1871, dans une plus tard lors de leur éclatement.
série d’articles parus dans The Lancet et
consacrés aux activités de l’un des plus célè- Signification
bres « bone-setters » londoniens, M. Hutton,
le Dr Wharton Hood évoque ce bruit et aussi Au niveau du rachis, le bruit provient des
la croyance des malades qu’il s’agissait d’une articulations postérieures vertébrales.
remise en place. En aucun cas, sa survenue ne permet de
La compréhension scientifique de ce bruit garantir la précision du geste manipulatif sur
s’est faite en plusieurs étapes. l’étage à traiter, l’action de la manipulation
Le premier semble-t-il à en avoir eu l’idée pouvant très bien se situer sur un étage sain,
fut Thomas Marlin (1932). Dans un article deux ou trois étages plus hauts ou plus bas.
du Lancet consacré au reboutage, il écrit que Il peut également se produire dès le début de
l’explication la plus vraisemblable est « la for- la mise en tension avant toute impulsion.
mation d’un vide lors de la séparation des sur- Son absence ne permet pas non plus de conclure
faces articulaires, et que le bruit perçu provient à l’inefficacité de manœuvre. A. Unsworth,
de la soudaine irruption de gaz dans ce vide ». D. Dowson et V. Wright ont en effet signalé
Il note également le délai de latence néces- qu’un certain nombre d’articulations mani-
saire à la reproduction du phénomène. pulées restaient silencieuses et attribuaient ce
En 1938, Nordheim confirme la jus- fait à des propriétés mécaniques particulières
tesse de cette analyse et étabit une relation ou à des phéno­mènes inflammatoires.
Chapitre 1. Arsenal thérapeutique ostéopathique traditionnel 23

Fig. 1.9.  Explication du mécanisme du bruit articulaire au sein d’une articu-


lation métacarpo-phalangienne normale.
En trait plein, la dynamique articulaire avant et pendant la production du bruit.
En pointillé dans les minutes suivantes (D’après J.B. Roston, R.W. Haines).

Fig. 1.10.  Explication du mécanisme du bruit articulaire au sein d’une


articulation métacarpo-phalangienne normale.
Avant et pendant la production du bruit (—), immédiatement après ( __ . __ ) ;
au niveau d’une articulation où il est impossible d’obtenir le bruit (---)
(d’après A. Unsworth, D. Dawson, V. Wright).
24 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Réalisation de la manipulation vertébrale ou articulaire

Le diagnostic une fois établi, le plus dur Comment réaliser une manipulation
reste encore à faire : réussir techniquement la
manipulation proprement dite. Cela suppose La réalisation d’une manipulation, notam-
la réunion d’un certain nombre de conditions : ment vertébrale, comporte toujours trois éta-
• la disposition d’un matériel adéquat ; pes successives et immuables :
• un jeu corporel correct de la part de • une étape préparatoire de mise en posi-
l’opérateur ; tion de tous les facteurs intervenant dans
• l’observation rigoureuse des étapes succes- la manœuvre prévue : positionnement du
sives conduisant au geste manipulatif. patient (fig. 1-11 et 1-12), de l’opérateur
(fig. 1-13), mise en place des points d’appui ;
• une fois ces préparatifs effectués, la
Matériel deuxième étape consiste à obtenir la mise
en tension du segment vertébral ou de l’ar-
La table de manipulation doit être stable et ticulation sur lequel ou laquelle on souhaite
adaptée à la taille de l’opérateur ; il faut sou- agir (fig. 1-14). L’impossibilité de manipuler
ligner ici l’intérêt des tables électriques per- s’explique la plupart du temps par l’absence
mettant de régler à tout moment la hauteur (ou plutôt la perte) de(u) verrouillage(s) des
du plateau en fonction de la morphologie du segments voisins au moment de l’impulsion
patient. manipulative, l’opérateur néophyte oubliant
Pour être à l’aise et disposer d’une bonne de coordonner l’action sur ses deux points
marge de sécurité, l’opérateur doit pouvoir d’appui et ne pensant plus qu’à agir sur celui
balancer ses deux membres supérieurs tendus qui est actif. Au niveau rachidien, la conver-
devant lui, sans être gêné par la table. gence simultanée de plusieurs mouvements
Parmi les autres accessoires utiles, mention- vers l’étage désiré en facilite considérablement
nons : un tabouret stable, un coussin et une la réalisation (flexion et latéro­flexion, exten-
serviette éponge. sion, latéroflexion et rotation…) ;
• la troisième étape est constituée par l’impul-
Jeu corporel correct sion manipulative elle-même (fig. 1-15), qui
doit être extrêmement rapide, mais aussi très
Savoir bien se placer par rapport au patient, brève. La difficulté ici provient souvent d’une
en conservant toujours son équilibre et en se trop grande mise en tension préalable inter-
ménageant est la principale difficulté rencon- disant l’exécution de la manœuvre. En règle
trée au début. générale, cela se résout facilement si l’impul-
La surmonter est pourtant essentiel pour réussir sion est donnée dès le début de la mise en
facilement ses manipulations. Généralement, tension segmentaire. Soulignons à propos de
cela s’acquiert peu à peu avec l’expérience ou cette impulsion l’obligation de toujours réali-
mieux encore en suivant les conseils de moni- ser celle-ci à partir d’un seul des deux points
teurs avisés. d’appui utilisés, l’autre demeurant fixe.
Chapitre 1. Arsenal thérapeutique ostéopathique traditionnel 25

Fig. 1.11.  Position initiale


du patient.

Fig. 1.12.  Mise en prétension.


Traction sur l’épaule située contre la table et mise
en flexion du genou.

Fig. 1.13.  Positionnement de l’opérateur.


Appui sur l’épaule libre supérieure du patient qui
définit le sens de la manipulation.

Fig. 1.14.  Positionnement de l’opérateur.


Mise en place de la main inférieure de l’opérateur.

Fig. 1.15.  Manipulation.


Remarquer que l’opérateur s’est laissé choir sur le
bassin du patient pour exécuter la manœuvre qui est
dosée suivant la hauteur de la chute.
Chapitre 2
À propos des autres manœuvres
ostéopathiques
L’arsenal thérapeutique ostéopathique est expliquer leur action par A.S. Sutherland et
loin de se limiter aux seules manœuvres tradi- ses élèves. Tous les anatomistes s’accordent
tionnelles décrites par A.T. Still, utilisant une pour dire que chez l’adulte, les os du crâne
impulsion (thrust) rapide et brève dite HVLA sont soudés et ne bougent pas, surtout si on
(high-velocity, low-amplitude) ou consistant leur montre les forces exercées. On ne sau-
simplement à mobiliser une articulation ou rait pourtant méconnaître les effets bénéfi-
un étage vertébral, voire aux techniques myo- ques de ces techniques sur le stress ou chez
tensives décrites par F. Mitchell sous le voca- les jeunes enfants. Le secret de leur succès
ble de muscle energy technics. ne résiderait-il pas tout simplement dans la
De nombreux autres procédés ont été propo- manière d’opérer, très proche du condition-
sés, de valeur inégale : techniques articulaires, nement hypnotique ?
techniques de pompage lymphatique, techni- Nous nous limiterons donc ici à présenter
ques crâniennes de A.S. Sutherland, manœu- brièvement les techniques jouissant d’une
vres viscérales… faveur croissante auprès des praticiens ou
Nous avons tenu volontairement à ne pas les appelées à se répandre en raison de leur faci-
aborder dans cet ouvrage en raison de leur lité d’emploi et de leur efficacité :
aspect souvent subjectif et des controverses • le TGO (traitement général ostéopathi-
qu’ils suscitent chez les spécialistes des appa- que), ou general osteopathic treatment, de
reils concernés. L’évocation, par exemple, A.T. Still et J. Wernham ;
d’une action possible sur les hernies hiatales • les techniques fonctionnelles indirectes de
en prétendant attirer vers le bas l’estomac est William Johnston (DO) ;
pour les chirurgiens viscéraux un non-sens • le strain and counterstrain de Lawrence
anatomique. De même, la prétention avan- Jones (DO) ;
cée par certains de pouvoir favoriser la liberté • les pressions maintenues (sustained pressu-
des mouvements entre la vessie et l’utérus fait res) ;
sourire urologues et gynécologues… • les techniques de détente neuromusculos-
quelettique intégrées (integrated neuromus-
Il en va de même pour les techniques crâ-
culoskeletal release) de Robert Ward (DO).
niennes et les explications avancées pour
28 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

TGO (traitement général ostéopathique)

Prônée par A.T Still, puis développée par de plus en plus amples. Tout au long de
son élève J.M. Littlejohn après sa venue cette séquence, comme d’ailleurs pour les
en Angleterre, remaniée enfin par John autres, l’important est d’adopter un rythme
Wernham, cette manœuvre consiste en un lent et balancé.
ensemble de techniques utilisant des grands Au niveau du dos, on se contente de mobiliser les
bras de levier. Elle s’adresse à toutes les par- étages les uns après les autres à partir de la région
ties du corps à l’exception de la tête. lombaire. Au niveau du membre supérieur, on
Son intérêt réside dans son absence de noci- part des doigts pour aller vers l’épaule…
vité et, de ce fait, de contre-indications
importantes.
En décubitus ventral
On procède de la même manière, en s’adap-
Déroulement de la manœuvre tant aux nouvelles mobilités retrouvées. Ici,
Elle se déroule de manière coordonnée en par- il est possible, en se servant de la cuisse, de
tant de l’extrémité inférieure du corps (orteils, mobiliser latéralement le rachis étage par
pied, cheville, genou, hanche) pour s’intéres- étage.
ser ensuite au dos, puis au membre supérieur L’essentiel est de toujours conserver un
homolatéral avant de redescendre de l’autre rythme lent et balancé.
côté. Elle se fait successivement en plaçant le La séance dure environ 15 minutes.
patient d’abord en décubitus dorsal, puis en
décubitus ventral, en connaissant les particu- Variante possible
larités et limites propres à ces positions. Sans trahir la pensée de A.T. Still, il est pos-
sible d’effectuer un TGO beaucoup plus
En décubitus dorsal simplement et moins théâtrale, comme le pra-
Il faut commencer à mobiliser les orteils en tiquait vers les années 1950 William Douglas
les soumettant à une légère traction, puis (DO). Il suffit en effet de mobiliser et de
poursuivre en mobilisant les os du tarse. manipuler doucement et systématiquement
On s’intéresse ensuite à la cheville, en la sans exception toutes les articulations, en
soumettant à des mouvements de flexion– position assise ou couchée selon les cas, en
extension amples, sans forcer. Il en est de se référant aux manœuvres articulaires péri-
même pour le genou et la hanche, qui sont phériques et rachidiennes exposées dans cet
soumis à des mouvements de circumduction ouvrage (fig. 2-1 à 2-10).
Chapitre 2. À propos des autres manœuvres ostéopathiques 29

Fig. 2.4.  Épaule. Fig. 2.5.  Articulation coxofémorale.

Fig. 2.9.  Déroulé dorsal.

Fig. 2.6.  Tibiopéronière supérieure.


Fig. 2.3.  Coude.

Fig. 2.2.  Poignet.


Fig. 2.7.  Tibiotarsienne.

Fig. 2.10.  Région lombosacrée.

1 2

Fig. 2.1.  Doigt. Fig. 2.8.  Médiotarsienne.

TGO pratiquée par W. Douglas (DO)


30 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Techniques fonctionnelles (functional technics)

Imaginées par W. Johnston vers les années Seconde étape (fig. 2-11)
1960, ces techniques consistent, après avoir Il faut ensuite demander au patient de se cou-
localisé par la palpation une zone de ten- cher sur le côté droit, et venir se placer devant
sion maximale d’un muscle ou d’un fascia, à lui pour immobiliser son épaule gauche en se
déterminer la position du corps et le temps baissant pour être à la hauteur de celle-ci. Puis
respiratoire influençant le mieux celle-ci, et à il convient de poser la pulpe de ses index et
maintenir ainsi cette position pendant 20 à majeur droits sur la zone repérée au départ, et
30 secondes. de placer sa main gauche contre le côté gau-
Selon son auteur et ses partisans, cela suffirait che du cou et de la tête du patient.
pour détendre la zone incriminée.
Exécution
Technique fonctionnelle à employer La manœuvre elle-même consiste à porter le
en présence d’une dorsalgie cou et la tête du patient successivement en
postérieure droite située à hauteur flexion, en extension, en flexions latérales
de l’omoplate (vers T3–T5) droite et gauche, en rotations, en notant à
chaque fois les réactions engendrées au niveau
Préparation de la zone étudiée : aggravation ou relâche-
Première étape ment de la tension. Après avoir mémorisé
Commencer par faire asseoir le sujet de dos et le(s) paramètre(s) le(s) plus favorable(s), il
venir se placer debout derrière lui en se déca- convient également de prendre en considé-
lant légèrement sur la gauche. ration le stade respiratoire favorable (inspira-
Lui demander ensuite de montrer la zone tion, expiration…).
douloureuse ressentie avec les mains. Après la mise en place de toutes les données
Appliquer alors sa main droite à plat en regard obtenues, il suffit de demander au patient
de cette zone et placer sa main gauche sur la tête de gonfler ou de vider quelques secondes
du patient. Mobiliser alors celle-ci en flexion, la poitrine pour voir disparaître immédiate-
extension, flexions latérales pour essayer de ment la zone irritée.
localiser la zone de tension tissulaire maximale.
La marquer avec un trait de crayon ou poser
son index droit dessus.
Chapitre 2. À propos des autres manœuvres ostéopathiques 31

Fig. 2.11.  Technique fonctionelle de Johnston (DO) appliquée à la région dorsale.


32 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Strain and counterstrain

Inventée par Lawrence Jones au début des Lui demander alors de fléchir les cuisses à
années 1960, la conception de cette manœuvre angle droit sur le bassin et de poser les deux
est née d’un résultat obtenu par cet ostéopathe chevilles sur son genou droit, le pied gauche
sur un jeune patient présentant un « psoïtis » sur le pied droit.
insomniant et rebelle depuis 4 mois, malgré Saisir ensuite les pieds du patient avec sa main
l’intervention de deux chiropracteurs et de droite.
lui-même. Un jour, comme il avait trouvé une Appliquer enfin sa main gauche à plat sur le
position procurant au patient un confort sur- ventre du patient au niveau de l’épine ilia-
prenant, il le laissa prendre conscience de cette que antérosupérieure droite de celui-ci, de
position pour pouvoir l’adopter la nuit. Contre manière à venir poser l’extrémité de ses doigts
toute attente, en se relevant, le sujet non seule- à un travers de doigt en dedans de cette épine
ment se sentit mieux, mais encore se redressa. iliaque.
Intrigué, Jones renouvela l’expérience, essaya de
l’améliorer et s’aperçut que 90 secondes seule- Exécution
ment étaient nécessaires pour obtenir un résultat.
Dans un premier temps, la manœuvre
Convaincu d’avoir trouvé là une voie thérapeu-
consiste à jouer sur la flexion de la cuisse
tique intéressante, il décida de l’enseigner.
droite du patient pour détecter la position
Il explique le résultat obtenu « par la diminu-
entraînant la disparition de la douleur et de
tion et l’arrêt de la poursuite de l’activité pro-
la contracture.
prioceptive inappropriée. Cela est réalisé en
La seconde étape consiste à garder cette posi-
raccourcissant de manière prononcée le fuseau
tion pendant 90 secondes tout en contrôlant
musculaire déréglé en créant une légère ten-
la réaction du psoas iliaque.
sion sur ses antagonistes. En d’autres termes,
Une fois ce laps de temps écoulé, il faut faire
la contracture réflexe inappropriée est inhibée
reprendre au membre sa position initiale, len-
en exerçant une contre-tension ».
tement et doucement.
Remarque
Technique choisie : traitement Il y a une trentaine d’années, par deux
d’un psoas iliaque droit (fig. 2-12) fois, à l’Hôtel-Dieu, puis à l’INR de Saint-
Rappels généraux Maurice, nous avons eu la chance de voir
en action Lawrence Jones lui-même, venu
• Position du patient : en décubitus dorsal. faire une démonstration de ses techniques
• Position du praticien : debout du côté droit du sur une quinzaine de patients volontaires,
patient, à la hauteur de la cuisse de ce dernier. répondant à chaque fois strictement aux
critères demandés. Lors de l’évaluation
Manœuvre faite immédiatement après et les jours
Préparation suivants, l’indice de satisfaction se situait
Commencer par faire étendre le patient sur le autour de 40 %.
dos, les bras écartés du corps. Du fait de sa simplicité et de sa facilité,
Venir se placer debout face au patient à la la méthode proposée pour le psoas iliaque
hauteur des cuisses, et poser son pied droit mérite d’être tentée, notamment dans les
sur la table. attitudes antalgiques en cyphose.
Chapitre 2. À propos des autres manœuvres ostéopathiques 33

Fig. 2.12.  Manœuvre du strain et couterstrain de Lawrence Jones (DO) sur l’iliopsoas.
34 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Pressions maintenues (sustained pressures)

Ces techniques offrent une alternative de • Position du praticien : debout, en fente, en


choix en présence d’un point myalgique, à face de la zone à traiter.
condition de disposer d’une structure ferme
sous-jacente. Elles constituent une arme pré-
cieuse dans l’arsenal ostéopathique. Manœuvre
Le but poursuivi est de parvenir à faire dis- Préparation
paraître une contracture musculaire doulou- Faire allonger le patient sur le côté gauche et
reuse en écrasant progressivement le muscle glisser sous le flanc de celui-ci un coussin.
concerné au moyen d’une pression située Lui demander alors de fléchir la cuisse gauche
entre 1 et 3 kg. sur la table et d’étendre le membre inférieur
Leur mécanisme d’action est probablement droit vers l’angle antéro-inférieur droit de la
multiple : sollicitation des mécanorécepteurs, table.
étirements des fibres fusiformes, saturation Après avoir glissé un oreiller sous la tête, lui
du gate control… faire saisir le coin antérosupérieur droit de la
La manœuvre elle-même consiste à localiser table avec la main droite.
une contracture musculaire particulièrement Venir ensuite en face de l’abdomen du patient
douloureuse et rebelle aux autres traitements, et placer ses deux pouces, l’un à côté de l’autre
ou peu accessible à ceux-ci (douleurs ischiati- ou l’un sur l’autre, sur l’extrémité de l’apo-
ques, carré des lombes, muscles péritrochan- physe transverse droite où siège la douleur,
tériens…), puis à placer dessus la pulpe de son généralement L3, en posant ses deux avant-
pouce, avec parfois le renfort de son autre bras sur le corps du patient.
pouce placé au-dessus, avant d’exercer une
pression ferme de 1 à 3 kg environ pendant Exécution
3 minutes. Normalement, la contracture cède La manœuvre proprement dite consiste à
peu à peu, en même temps que la sensation exercer une pression ferme d’environ 2 kg
douloureuse. Plusieurs séances sont parfois sur la zone douloureuse et à maintenir celle-ci
nécessaires. pendant 3 minutes, sans cesser de contrôler
les réactions intervenant sous ses pouces.
Technique pour le carré
des lombes droit (fig. 2-13) Sources d’échec
• Mauvaise ouverture latérale du flanc.
Rappels généraux • Appui défectueux sur la transverse
• Position du patient : couchée sur le côté incriminée.
gauche. • Contrôle incertain de la pression exercée.
Chapitre 2. À propos des autres manœuvres ostéopathiques 35

Fig. 2.13.  Pressions maintenues sur le muscle carré des lombes (manœuvre en cours d’opération).
36 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Pressions maintenues (sustained pressures) (suite)

Technique pour traiter un point Technique pour traiter


myalgique fessier droit situé une douleur ischiatique droite
dans la région sus-trochantérienne
(pyramidal, moyen ou petit fessier) Rappels généraux
En présence d’une douleur ischiatique, le
Rappels généraux recours à la pression maintenue s’avère sou-
• Position finale du patient : couchée sur le vent très efficace et est la seule possible. En
côté gauche. effet, il ne saurait être question de pratiquer
• Position finale du praticien : debout face à une infiltration dans cette région très riche-
lui, en regard de l’abdomen. ment innervée et vascularisée, étant donné
de plus la profondeur où se situent les inser-
Manœuvre tions ischiatiques du biceps crural, du demi-
tendineux et du semi-membraneux. Recourir
Préparation
au MTP (deep massage) préconisé par Cyriax
Commencer par faire asseoir le patient. Venir n’est guère pratique et souvent désagréable.
s’accroupir derrière lui pour repérer avec pré- La technique de la pression maintenue est au
cision, par palpation, le siège de la contrac- contraire facile à exécuter.
ture musculaire douloureuse existante, en
essayant de l’étiqueter (pyramidal, moyen ou Manœuvre
petit fessier), puis la marquer.
Demander alors au patient de s’étendre sur Préparation (fig. 2-15 et 2-16)
le côté gauche et de fléchir la jambe gauche La première chose à faire en présence d’une
située contre la table tout en gardant l’autre douleur fessière déclenchée par la position
étendue dirigée vers l’angle antéro-inférieur assise est d’en préciser le siège. Pour déter-
droit de la table. miner si cette douleur est bien ischiatique,
Venir se placer devant lui à la hauteur de il suffit de palper les ischions après avoir
l’abdomen. demandé au patient de soulever la fesse du
Déposer son coude gauche fléchi en regard côté examiné.
du repère existant à la hauteur du grand tro- Une fois acquise la certitude d’une souffrance
chanter droit du patient (fig. 2-14). tendineuse au niveau de cet ischion, le plus
simple est de demander au patient de s’éten-
Exécution dre sur le dos et de fléchir la cuisse droite sur
La manœuvre proprement dite consiste, après le bassin puis de palper à nouveau l’ischion
avoir placé sa main droite sur l’épaule droite pour localiser la zone douloureuse.
du patient pour le stabiliser, à appuyer ferme- Exécution
ment sur la zone sélectionnée en solidarisant La manœuvre proprement dite consiste alors
son avant-bras gauche avec sa joue pour pou- à appuyer fermement sur la zone doulou-
voir utiliser le poids de son corps. reuse, en exerçant une pression de 2 kg envi-
ron pendant 3 minutes.
Remarque
En présence d’une amélioration, il est tout
à fait possible de montrer au patient com-
ment s’y prendre chez lui.
Chapitre 2. À propos des autres manœuvres ostéopathiques 37

Fig. 2.14.  Pressions maintenues sur un muscle fessier situé dans la


région sus-trochantérienne.

Semi-membraneux
Semi-tendineux
Biceps fémoral
Biceps fémoral (chef long)
(chef long)
Semi-membraneux Semi-tendineux
Fig. 2.15.  Zone d’insertion des muscles ischio- Fig. 2.16.  Zone d’insertion des muscles ischiojambiers
jambiers (vue postérieure). (vue antérieure).
38 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Techniques de détente neuromusculosquelettique


intégrées (integrated neuromusculoskeletal release)

Imaginées par Robert Ward, au milieu des Exécution


années 1990, ces techniques font appel simul- Au niveau du dos, la manœuvre proprement
tanément à de nombreux procédés – manœu- dite consiste au départ à mobiliser ses deux
vres directes, indirectes, détente des fascias… pouces simultanément en sens contraire, c’est-
– dans le but de décrisper et de traiter par à-dire vers le haut pour l’un et vers le bas pour
voie réflexe les tissus mous et les articulations l’autre, en essayant d’obtenir une détente équi-
incriminées. librée des tissus paravertébraux (fig. 2-17).
Leur succès dépend de l’expérience et de Une fois cette détente obtenue, et seulement
l’habileté palpatoire du praticien, qui doit à cette condition, il faut rechercher une nou-
effectivement être capable à chaque instant velle zone de tension quelques centimètres
de contrôler les réactions aux manœuvres au-dessus et la traiter de la même façon.
manuelles et d’adapter ses gestes. Parvenu au niveau des épaules, il convient de
Ces techniques imposent une parfaite commencer par modifier le positionnement
connaissance biomécanique, anatomique et de ses deux mains en venant les poser de part
neurologique. et d’autre de la base du cou, et en veillant bien
Nous limitons ici notre description aux tech- à appliquer index, pouce et paume de la main
niques à visée vertébrale. contre les différents muscles situés dans cette
région : sternocléidomastoïdien, scalènes,
angulaire de l’omoplate, sus-épineux, fibres
Technique pour la région cervicale moyennes du trapèze. La manœuvre consiste
Rappels généraux alors à imprimer simultanément à ses deux
mains des mouvements de va-et-vient oppo-
• Selon son auteur, cette technique permet sés, d’arrière en avant et vice versa (fig. 2-18).
de traiter le cou sans y toucher. Pour augmenter l’efficacité du traitement, il
• Position du patient : assis sur la table. est possible de demander au patient de tourner
• Position du praticien : debout derrière lui. lentement la tête d’un côté puis de l’autre.
Remarque
Manœuvre Pour avoir soumis pendant 2 mois tous ses
Préparation patients présentant des doléances cervica-
Commencer par fléchir la tête du patient lente- les, aussi bien en milieu privé qu’en milieu
ment vers l’avant sans perdre de vue la progres- hospitalier, dans le but d’évaluer l’intérêt
sion vers le bas de la répercussion du mouvement de cette technique, l’un des auteurs de
de la tête sur les plans cutanés dorsaux. Repérer cet ouvrage (F.  Le Corre), sceptique au
l’étage où cela s’arrête et le marquer. départ, a dû reconnaître qu’il s’agissait là
Placer ses deux pouces de part et d’autre de d’une méthode très intéressante, en par-
cette zone, à environ un travers de doigt de la ticulier sur les rachis très arthrosiques ou
ligne des épineuses. porotiques.
Chapitre 2. À propos des autres manœuvres ostéopathiques 39

Fig. 2.17.  Techniques de détente meuromusculaire intégrée de Robert Ward


(DO) pour la région cervicale et cervicodorsale.
1er étage : point de départ au niveau de l’insertion basse des trapèzes inférieurs.

Fig. 2.18.  Techniques de détente meuromusculaire intégrée de Robert


Ward (DO) pour la région cervicale et cervicodorsale.
2e étage : manœuvres en alternance de va-et-vient au contact des mus-
cles cervicaux.
40 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Techniques de détente neuromusculosquelettique


intégrées (integrated neuromusculoskeletal release) (suite)

Technique pour la • Position du praticien : debout sur le côté de


région dorsolombaire la table, tourné vers l’extrémité inférieure de
(thoracolombaire) (fig. 2-19) cette dernière, en fente.

Rappels généraux Manœuvre


• Position du patient : en décubitus ventral, Préparation
en travers de la table. Commencer par demander au patient de s’al-
• Position du praticien : debout derrière lui. longer à plat ventre sur la table, et venir se
placer à côté de lui, à la hauteur du thorax, en
regardant vers le bord inférieur de la table.
Manœuvre
Appliquer ensuite ses deux mains, orientées
Préparation vers le bas, la droite au niveau de la jonction
Commencer par demander au patient de thoracolombaire, la gauche sur le sacrum.
s’allonger à plat ventre en travers de la table,
et venir se placer soit derrière lui, soit à côté Exécution
de lui. La manœuvre proprement dite consiste à faire
Appliquer ensuite ses deux mains, orientées effectuer une série de mouvements alternatifs
vers le haut au niveau de la jonction thora- contrariés, lents et rythmés, en sens opposé,
colombaire, de part et d’autre de la ligne des en mobilisant simultanément ses deux mains
épineuses. dans toutes les directions, pour les rappro-
cher, les éloigner, les basculer d’un côté ou
Exécution de l’autre…
La manœuvre proprement dite consiste à faire
effectuer une série de mouvements lents et Variante
rythmés, en sens opposé, en mobilisant simul- La même manœuvre peut être pratiquée les
tanément ses deux mains dans toutes les direc- deux mains orientées vers le tête du patient,
tions pour les rapprocher, les éloigner, lever en venant se placer en fente, tourné vers le
l’une, abaisser l’autre et vice versa… bord supérieur de la table, à la hauteur de la
cuisse du patient.
Technique pour la région lombaire Remarque
et lombosacrée (fig. 2.-20) Pour Robert Ward, il convient d’espacer
les séances de traitement de 3 semaines et
Rappels généraux d’avertir les patients des réactions neuro-
• Position du patient : en décubitus ventral. végétatives parfois enregistrées.
Chapitre 2. À propos des autres manœuvres ostéopathiques 41

Fig. 2.19.  Technique de détente neuromusculaire intégrée de Robert Ward (DO)


appliquée à la charnière dorsolombaire.

Fig. 2.20.  Technique de détente neuromusculaire intégrée de Robert Ward (DO) appliquée à la
région lombaire et lombosacrée.
Chapitre 3
Mécanismes d’action
des manœuvres ostéopathiques
En dépit des progrès accomplis ces derniè- gelée nucléaire discale au niveau de l’anneau
res années dans le domaine de la neurophy- fibreux ou du recessus.
siologie, le mode d’action des manœuvres D’autres, au contraire, ont subi une modifi-
ostéopathiques notamment vertébrales reste cation pour tenir compte des connaissances
encore incomplètement élucidé. actuelles comme la notion de « lésion ostéo-
Déjà à leurs époques respectives, Hippocrate pathique » remplacée par la notion de « dys-
et Ambroise Paré voyaient, dans leurs manœu- fonction somatique » intervertébrale.
vres manipulatives directes appliquées sous De multiples hypothèses ont été envisagées :
traction, le moyen de redresser une gibbosité • une action mécanique, une action réflexe ;
ou de « réduire les vertèbres gibbeuses, c’est- • une intervention sur la neurophysiologie de
à-dire luxées en la partie extérieure ». la douleur, une sollicitation du système ner-
Depuis la fin du xixe siècle, de nombreu- veux autonome sympathique, voire un effet
ses théories ont été formulées. Certaines placebo du contact manuel.
appartiennent à l’histoire des thérapeuti- Aucune toutefois n’est pleinement satisfai-
ques manipulatives vertébrales, comme celle sante considérée isolément. En revanche,
ayant connu son heure de gloire vers 1900 l’intervention de plusieurs mécanismes est
dans les milieux ostéopathiques attribuant probablement la plus proche de la vérité
à la sacro-iliaque une responsabilité dans la pour expliquer les conséquences bénéfiques
lombalgie, ou celle d’une intervention sur la constatées.
44 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Action mécanique

C’est la première qui vient à l’esprit lorsque circonstances, ces replis se trouvent trauma-
l’on observe des manœuvres vertébrales ou tisés entre les surfaces articulaires, devien-
articulaires périphériques. nent le siège d’une réaction inflammatoire,
œdémateuse, et soient à l’origine d’un dys-
fonctionnement du segment mobile auquel
Au niveau rachidien ils appartiennent ; cela expliquerait l’effica-
Diverses hypothèses ont été formulées : cité manipulative rencontrée dans ces cas, la
• action sur le disque lui-même par modi- manipulation intervenant pour désengager le
fication de la place occupée par la gelée repli de la capsule articulaire atteinte ;
nucléaire ; • action directe sur la dynamique des raci-
• action sur les articulaires postérieures : nes  : cette hypothèse ne saurait être écartée
cette idée a connu au cours des années 1960 en raison de la traction exercée sur le seg-
une certaine vogue. À la suite des travaux de ment rachidien au cours de sa mobilisation,
G. Tondury et de L. Zukschwerdt, on pensait surtout si celle-ci est associée à une impulsion
qu’il y avait au niveau de ces articulations un manipulative. La manœuvre agirait dans ce
petit ménisque susceptible de se coincer et cas en rétablissant la dynamique normale des
donc d’être débloqué. En 1970, lors d’une racines. B. Wyke en 1985 avait évoqué cette
étude portant sur 150 articulaires postérieures possibilité à Zurich au cours du viie congrès
lombaires pour déterminer la part de crédit à de la FIMM. En 1995, avec C. Garreau de
accorder à cette possibilité, nous avions trouvé Loubresse, en étudiant la dynamique des
une fois seulement une structure susceptible radicelles lombaires intracanalaires sur cinq
d’être prise pour un ménisque ; en revanche, cadavres frais après laminectomie, nous avi-
nous avions été frappés par l’importance du ons constaté l’inanité de cette hypothèse. Si
repli de la capsule articulaire qui saillait au au cours des mobilisations en cyphose, on
fond de l’articulation. La comparaison avec assiste bien à une mise sous tension de ces
ce qui s’observe en ouvrant une palourde ou radicelles qui se rapprochent des parois cana-
une praire nous était même venue à l’esprit. laires, aucun mouvement axial ne se produit
Lors du iiie congrès de la FIMM (Monaco, au niveau du foramen. En lordose, les radicel-
1971), au cours de la journée scientifique les se détendent.
consacrée aux articulaires postérieures verté-
brales organisée par R. Maigne, ce point de
vue allait être confirmé par G. Tondury et Au niveau des articulations
L.  Zukschwerdt. Ces articulations ne com- périphériques
portent pas de ménisque, mais seulement
des replis capsulaires de structure ménis- La mobilisation assouplit leurs structures
coïde. Il est donc possible que, dans certaines (fig. 3-1).
Chapitre 3. Mécanismes d’action des manœuvres ostéopathiques 45

a) Au cours de la cyphose.

b) Au cours de la lordose.
Fig. 3.1.  Influence mécanique de la mobilisation.
46 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Action réflexe

C’est la plus évidente si l’on se réf ère aux mul- l’activité des terminaisons annulospiralées.
tiples effets observés au cours des manœuvres Au niveau des fibres extrafusales, l’hyperacti-
ostéopathiques. vité constatée dans les fibres α interviendrait
pour détendre le muscle (fig. 3-2).
Ce double système de contrôle en retour sur
Sur le plan musculaire le muscle homonyme par réflexe d’étirement
C’est la diminution importante, voire la dis- monosynaptique est loin en fait de corres-
parition quasi instantanée des contractures pondre à la réalité. Il faut également prendre
musculaires paravertébrales locales décelées en compte les réflexes d’inhibition muscu-
lors de l’examen palpatoire prémanipulatif. laire réciproque polysynaptique expliquant
C.S. Sherrington, au début du xxe siècle en pourquoi, à chaque instant, il y a toujours
décrivant son réflexe myotatique, avait déjà normalement une parfaite coordination entre
fourni une première explication à ce phéno- les muscles agonistes et antagonistes grâce à
mène. Il avait en effet constaté que des muscles une interconnexion réciproque réalisée par
isolés de cuisses de grenouilles se détendaient l’intermédiaire d’un interneurone entre les
toujours après un étirement brusque. fibres sensitives afférentes Ia des uns et les
Le neurophysiologiste ostéopathe Irvin Korr motoneurones efférents des autres, l’ensem-
a explicité de manière plus approfondie les ble étant sous l’influence des voies extrapyra-
mécanismes présidant à ce réflexe et en a midales (fig.3-3).
tiré des conclusions sur le mode d’action des Irvin Korr fonde son opinion concernant
manipulations. le rôle essentiel joué par les fuseaux neuro-
Selon cet auteur, la brusque traction carac- musculaires dans la réponse manipulative à la
térisant le geste manipulatif provoquerait fois sur le pourcentage important (1/3) des
un étirement des fuseaux neuromusculaires fibres Ia situées dans la corne postérieure de
répartis au sein des muscles sollicités. Il en la moelle en provenance de ces fuseaux et
résulterait une augmentation de la fréquence sur l’hyperactivité des fibres neuromotrices γ
des décharges de potentiel d’action à partir observées après tout étirement brusque obli-
des terminaisons sensitives annulospiralées geant le muscle à s’autocontrôler.
enroulées autour de la partie centrale de la
fibre musculaire intrafusale. Les informations Sur le plan tendineux
sensitives gagneraient alors la corne posté-
rieure de la moelle par l’intermédiaire des Les tendons des muscles étirés lors des
fibres myélinisées de gros calibre Ia et, de manœuvres manipulatives sont obligatoire-
là, les réponses reviendraient dans le muscle ment sollicités et a fortiori les mécanorécep-
homonyme de deux manières : teurs situés en leur sein.
• d’une part, au fuseau neuromusculaire lui- Ces derniers sont sensibles à des pressions
même par l’intermédiaire des motoneurones γ ; de l’ordre du kilogramme et leur excita-
• d’autre part, aux fibres extrafusales par l’in- tion entraîne également la mise en route du
termédiaire des motoneurones α. contrôle du muscle homonyme aussi bien au
Au niveau des fibres situées à l’intérieur du niveau des fuseaux neuromusculaires par l’in-
fuseau neuromusculaire, l’augmentation termédiaire des fibres motrices γ qu’au niveau
d’activité des fibres γ entraînerait un réajuste- des fibres musculaires extrafusales par l’inter-
ment de leur longueur et abaisserait en retour médiaire des fibres motrices α.
Chapitre 3. Mécanismes d’action des manœuvres ostéopathiques 47

Fig. 3.2.  Réflexe d’inhibition monosynaptique.

Fig. 3.3.  Réflexe d’inhibition polysynaptique.


A : muscle agoniste ; B : muscle antagoniste.
48 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Action réflexe (suite)

Sur le système nerveux autonome Le système sympathique a pour fonction de


réagir rapidement aux conséquences engen-
Fonctionnant de manière automatique, per- drées par une agression ou un stress, le sys-
manente et indépendante de la volonté, le tème parasympathique d’apaiser et de rétablir
système nerveux autonome (SNA) assure l’harmonie.
l’homéostasie, c’est-à-dire l’équilibre du Le système sympathique tire son importance de
milieu interne en agissant aussi bien sur le sys- sa situation latéromédullaire entre T1 et L2
tème vasculaire que glandulaire ou viscéral. et donc de sa vulnérabilité lors des atteintes
Oublier d’en parler ici, de son organisation musculaires.
structurelle et de ses relations avec le système Schématiquement, il fonctionne de la manière
nerveux central (SNC), serait impardon- suivante (fig 3.4) :
nable, ne serait-ce que du fait de ses nom- • les stimuli viscéraux cheminent vers la
breuses interrelations avec ce dernier. Ceci moelle la plupart du temps en empruntant
explique pourquoi, parfois, à la suite d’une les fibres afférentes nerveuses soit somati-
souffrance mécanique somatique des mani- ques, soit spécifiques pour gagner la corne
festations sympathiques peuvent être obser- postérieure de la moelle. À ce niveau, elles
vées : épaississement sensible du pli cutané présentent des interconnexions synaptiques
dans le dermatome correspondant à l’étage pluriétagées et gagnent la corne latérale de la
irrité, ralentissement du transit intestinal et moelle après avoir été relayées par un neu-
météorisme abdominal lors d’un tassement rone intercalaire ;
vertébral dorsolombaire, troubles sphincté- • les réponses efférentes gagnent la périphé-
riens ou vésicaux au cours du syndrome de rie en empruntant les voies motrices avec un
la queue de cheval. C’est également l’ex- relais au niveau soit des ganglions préverté-
plication des diverses manifestations obser- braux reliés entre eux pour constituer la chaîne
vées parfois après une séance d’ostéopathie : ganglionnaire sympathique, soit au-delà au
­modification de la chaleur cutanée locale, niveau des ganglions cœliaque ou mésentéri-
moiteur de la peau, grise de sudation, sensa- ques. Le premier neurone préganglionnaire a
tion de fatigue… son corps cellulaire dans la moelle. Le corps
On pourrait multiplier les exemples de réper- cellulaire du second neurone postganglion-
cussions somatoviscérales ou viscérosomati- naire se trouve, lui, soit dans la chaîne gan-
ques. Ceci justifie l’intérêt de ne jamais les glionnaire sympathique, soit dans les plexus
perdre de vue en cas de recours aux manœu- cœliaque ou mésentérique au voisinage des
vres ostéopathiques. Ces réactions s’expli- viscères, les parois des vaisseaux sanguins.
quent par le fait que les fibres sympathiques Le système parasympathique diffère en ce sens
se terminent dans des amas cellulaires où que ses fibres efférentes partent soit du tronc
l’on trouve des fibrocytes, des histiocytes, cérébral, soit de la moelle sacrée pour gagner
des fibres collagènes et surtout des mastocy- après un long trajet le voisinage immédiat de
tes, cellules de l’inflammation qui sécrètent leur destination avec un seul relais synaptique
de l’histamine, de la bradykinine et de la ganglionnaire, ses fibres afférentes revenant
sérotonine. en cheminant de conserve avec les fibres sym-
Sur un plan anatomique, le SNA est consti- pathiques (fig 3.5).
tué par deux entités bien distinctes, complé- Ces deux systèmes sont toujours couplés sauf
mentaires plutôt qu’antagonistes : le système en ce qui concerne les glandes sudoripares et
sympathique et le système parasympathique. les parois des vaisseaux sanguins.
Chapitre 3. Mécanismes d’action des manœuvres ostéopathiques 49

10

3
Œil
Moelle
Vaisseaux sanguins de la tête
cervicale
Glandes lacrymales et salivaires

Cœur
Poumons

Foie
Moelle 5 Estomac
dorsale Pancréas
Glandes surrénales
Reins

6 Organes génitaux
Rectum
7
Vessie
Moelle
lombaire
2

Coupe

Fig. 3.4. et 3.5.  Action réflexe sur le système nerveux autonome.


1. Corne latérale de la moelle ; 2. Chaîne sympathique latéro-vertébrale ; 3. Ganglion
cervical supérieur ; 4. Ganglion cervical inférieur ; 5. Ganglion cœliaque ; 6. Ganglion
mésentérique supérieur ; 7. Ganglion mésentérique inférieur ; 8. Racine postérieure
et ganglion spinal ; 9. Racine antérieure ; 10. Neurone post-ganglionnaire.
50 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Action sur la douleur (fig. 3-6 et 3-7)

Elle est incontestable et facile à expliquer en ces fibres à gros calibre généreraient la pro-
faisant appel aux mécanismes présidant à la duction durable d’endorphines – expliquant
régulation de la douleur. Elle interviendrait à ainsi l’effet antalgique différé observé plu-
trois moments. sieurs heures après les manœuvres – et acti-
Immédiatement au cours de l’impulsion veraient les voies descendantes inhibitrices,
manipulative, les informations nociceptives aboutissant à la couche 5 de Rexed où se situe
seraient bloquées à leur entrée dans la corne l’arrivée des fibres sensitives périphériques,
postérieure de la moelle, par la mise en jeu du contrôlant ainsi l’accès de leurs informations
gate control system décrit par R. Melzack et au système nerveux central.
P.D. Wall en 1965, grâce à l’intervention des La troisième étape serait contemporaine de
fibres rapides A α et A γ. la disparition secondaire des phénomènes
Dans une seconde phase, au niveau supramé- inflammatoires irritatifs lorsque le dysfonc-
dullaire et en particulier du cortex cérébral, tionnement segmentaire a disparu.
les informations reçues par l’intermédiaire de

Action psychosomatique

Elle est loin d’être négligeable, comme dans Seule, à la rigueur, la douleur pourrait être
toute approche thérapeutique d’ailleurs où concernée, mais l’expérience prouve hélas
la personnalité du thérapeute joue un rôle que le répit psychologique obtenu est de
indéniable. Contrairement cependant à l’ar- courte durée, contrastant avec le soulage-
gumentation avancée par les adversaires des ment durable d’une manipulation pratiquée
thérapeutiques manuelles pour contester les correctement.
résultats obtenus, elle ne saurait à elle seule Il convient donc, en définitive, de rester
expliquer les résultats immédiats fréquem- extrêmement prudent sur le rôle bénéfique
ment observés après une manipulation, de cet impact psychosomatique, sans pour
comme le rétablissement de la mobilité, la autant en nier l’existence possible, et pen-
disparition ou l’atténuation du Lasègue, la ser surtout aux autres mécanismes cités plus
disparition de l’impulsion à la toux au cours haut, pour expliquer l’efficacité des manœu-
d’une sciatique… vres ostéopathiques.
Chapitre 3. Mécanismes d’action des manœuvres ostéopathiques 51

Fig. 3.6.  Voies principales de la douleur.


1 : cortex ; 2 : thalamus ; 3 : pédoncule céré-
brale ; 4 : bulbe ; 5 : moelle ; 6 : voie extralem-
niscale ; 7 : voie lemniscale.

Fig. 3.7.  Schéma du gate control de R. Melzack


et P. D. Wall.
Chapitre 4
Indications et contre-indications
de l’ostéopathie traditionnelle
Les circonstances permettant de recourir aux contractures musculaires, zone de cellulalgies
manœuvres ostéopathiques traditionnelles suspendues, douleurs articulaires périphé-
sont nombreuses et variées sans commune riques, fausses douleurs viscérales… Parfois
mesure avec celles où leur emploi est contre- même, on a la surprise de constater une action
indiqué. réelle sur des symptômes apparemment sans
Elles sont susceptibles en effet de rendre ser- rapport direct avec la colonne vertébrale :
vice dans les syndromes douloureux consécu- troubles du rythme cardiaque, constipation,
tifs à une dysfonction segmentaire vertébrale asthme…
bénigne ainsi que dans les perturbations de Dans tous les cas cependant, il faut savoir
la mobilité vertébrale existantes, bien souvent rester prudent dans le choix des indications
liées d’ailleurs à la survenue d’une douleur car un certain nombre de contre-indications
lors du mouvement. existent. Les unes sont formelles par suite
Le domaine couvert par elles est donc poten- de l’étiologie de la symptomatologie (infec-
tiellement extrêmement vaste comme l’atteste tieuse, traumatique, cancéreuse, métaboli-
l’importance du pourcentage représenté par que…). Les autres peuvent être temporaires
cette séméiologie dans les motifs de consul- (douleurs hyperalgiques) ou encore liées à
tations aussi bien en médecine générale que l’absence de praticiens confirmés.
dans les spécialités directement concernées On ne peut dès lors que regretter le manque
par la pathologie ostéo-articulaire (rhumato- d’informations et les préjugés toujours d’ac-
logie, médecine physique, neurologie…). tualité vis-à-vis de ces thérapeutiques naturel-
Mais là ne s’arrêtent pas les pouvoirs des les, inoffensives et efficaces entre des mains
manœuvres ostéopathiques. Celles-ci s’adres- expertes et averties car leur utilisation à bon
sent également à toute une variété de symp- escient éviterait à certains patients bien des
tômes isolés en apparence dont l’origine désagréments inutiles (examens superflus et
vertébrale peut être facilement retrouvée à coûteux, prolongation injustifiée de la symp-
condition de la rechercher soigneusement : tomatologie, guérisons plus rapides…).
Chapitre 4. Indications et contre-indications de l’ostéopathie traditionnelle 55

Indications • au niveau cervical : cervicalgies, tortico-


lis, céphalées, névralgies cervicobrachia-
les (NCB), certaines douleurs d’épaule,
de coude, un grand nombre de dorsal-
Le champ d’action de l’ostéopathie tradition-
gies interscapulaires, certaines douleurs
nelle est extrêmement vaste si l’on adopte les
précordiales ;
idées défendues par A.T. Still et ses succes-
• au niveau dorsal : dorsalgies d’origine dor-
seurs, c’est-à-dire la capacité de rétablir (ou
sale, dorsagos, névralgies intercostales ;
de préserver) la santé en veillant à remettre
• au niveau lombaire : lombalgies basses
(ou à maintenir) l’organisme humain en par-
d’origine lombosacrée ou dorsolombaire,
faite condition physique.
lombagos, sciatiques, cruralgies, certaines
Les circonstances, où le recours à ces manœu- douleurs de hanche, de genou ;
vres manuelles est susceptible de rendre ser- • au niveau sacrococcygien : coccygodinies.
vice, sont multiples. Si rien ne s’oppose à
Mais les indications de l’ostéopathie ver-
leur emploi, elles sont envisageables en effet
tébrale sont loin de s’arrêter là. En effet,
toutes les fois où la symptomatologie obser-
les travaux de Janet Travell et de David
vée est liée soit à un enraidissement, soit aux
Simmons (cf. chapitre 14) sur les douleurs
conséquences d’un dysfonctionnement seg-
projetées d’origine musculaire ont permis
mentaire vertébral ou articulaire.
une meilleure compréhension des raisons de
En considérant uniquement les manœuvres l’efficacité de ces manœuvres sur toute une
sur le rachis, en l’absence de contre-indica- série de douleurs pseudo-radiculaires, voire
tions cliniques ou techniques, celles-ci sont pseudo-viscérales…
susceptibles d’être utilisées en présence de :
56 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Région cervicale

Céphalées (fig. 4-1) • un rachis cervical haut allant de C0 à C2,


avec ses irradiations ascendantes vers le crâne,
Pendant très longtemps, leur survenue a été ses troubles vasomoteurs d’origine sympathi-
mise essentiellement sur le compte de fac- que, ses troubles de l’équilibre d’origine cap-
teurs psychologiques (stress, dépression, ten- sulaire C0–C1 ou C1–C2 ;
sion), et l’efficacité de l’ostéopathie mise en • un rachis cervical bas allant de C3 à C7,
doute. avec son retentissement dans les membres
Depuis les travaux de J. Travell et D. Simons supérieurs ou la région interscapulaire.
et leur cartographie minutieuse des douleurs La deuxième notion à ne jamais perdre de vue
engendrées à distance en présence d’une est celle de l’intensité du tableau observé car
souffrance musculaire, il est devenu évident le recours ou non à la manipulation dépend
que la plupart des céphalées rencontrées de son importance.
(occipitales, occipito-sus-orbitaires, auricu- En présence d’un tableau aigu, l’abstention
laires, frontales, névralgies d’Arnold…) sont manipulative est impérative. Le recours à un
susceptibles d’avoir une origine musculaire, collier cervical, à des étirements musculai-
facile à mettre en évidence à condition d’exa- res transversaux s’ils sont supportables, aux
miner les muscles concernés (sous-occipi- AINS, myorelaxants et antalgiques permet
taux, cervicopostérieurs, trapèze supérieur, souvent d’apporter une aide appréciable en
sternocléidomastoïdien…). attendant une accalmie.
Un certain nombre d’indices doit y faire Lorsqu’il s’agit d’un tableau subaigu ou chro-
penser : une symptomatologie unilatérale, la nique, la réussite de la manipulation repose
présence d’un point douloureux cervical pos- sur l’existence de deux ou trois directions
térieur C1–C2 ou C2–C3 du même côté, un libres et indolores détectées lors de l’étude de
soulagement passager par traction manuelle la mobilité cervicale. Il est sage de préparer le
douce, l’horaire (matin ou fin de la nuit). terrain en massant la musculature.
Ici, le traitement ostéopathique bien conduit Il est à noter dans ce domaine l’utilité de
donne d’excellents résultats. disposer de bonnes radiographies et, comme
nous le verrons ultérieurement, de toujours
Cervicalgies pratiquer un test de prémanipulation.
En présence d’une cervicalgie rebelle et
La première chose dont il faut se souvenir en tenace, il convient également de rechercher
abordant le rachis cervical, c’est sa division une éventuelle dysfonction de l’articulé tem-
anatomique et fonctionnelle en deux parties, poromandibulaire (SADAM), et si elle existe
comportant : de faire appel à un odontostomatologiste.
Chapitre 4. Indications et contre-indications de l’ostéopathie traditionnelle 57

Névralgie d’Arnold. Occipitalgies. Douleurs frontales. Douleurs occipito-


sus-orbitaires.

Point douloureux Test de la traction. Collier cervical.


cervical postérieur.

Fig. 4.1.  Diverses céphalées et leurs traitements.


58 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Région dorsale (thoracique)

Ici, la présence de la cage thoracique procure Elles répondent bien aux manœuvres
une protection relative. Aussi devant une dor- épigastriques.
salgie, il faut toujours songer à examiner les
zones charnières sus- et sous-jacentes, en par-
ticulier cervicodorsales (cervicothoraciques). Dorsagos aigus
Ils constituent une véritable urgence et
Dorsalgies d’origine cervicale (fig. 4-2) posent généralement un problème théra-
peutique délicat en raison de leur intensité,
Elles sont de loin les plus nombreuses et
contre-indiquant le recours à des manœuvres
pendant longtemps la mise en doute de leur
agressives. Là encore, les myorelaxants, les
« authenticité » les a fait qualifier de « fonction-
antalgiques, les AINS se révèlent d’un pré-
nelles », en raison de leur caractère vague, de
cieux secours pour gagner quelques jours,
l’absence de signes radio­logiques et de l’échec
faire des radiographies et revoir le patient à
des thérapeutiques classiques.
un stade moins algique.
En réalité, les deux tiers d’entre elles sont
secondaires à une souffrance cervicale basse,
avec en commun une triade séméiologique
caractéristique  : un point douloureux uni- Dorsalgies d’origine musculaire
latéral interscapulovertébral vers T4–T6, En prenant connaissance des diverses pro-
une modification de la texture de la peau en jections douloureuses dorsales observées par
regard plus ou moins importante, leur repro- J. Travell et D. Simons, après irritation sys-
duction possible à distance par pression de la tématique des points myalgiques lorsqu’ils
face antérolatérale correspondante du cou. en découvraient dans cette région, une seule
R.B. Cloward les expliquait par une souffrance conclusion doit s’imposer : celle de penser à
de la face antérolatérale du disque cervical, examiner minutieusement et systématique-
B.  Judovich et W. Bates par une atteinte ment le système musculaire local ou limitro-
scalénique antérieure, R. Maigne par une phe devant toute douleur du dos.
souffrance de la branche postérieure de T2, Beaucoup de souffrances musculaires sont en
J.Y.  Maigne par une douleur au niveau de effet capables d’entraîner de telles douleurs :
l’insertion basse du splenius. • au niveau thoracique : le multifidus, l’ilio-
costal thoracique, les rhomboïdes, le sous-
Dorsalgies d’origine épineux ;
dorsale (thoracique) • au niveau cervical inférieur : les scalè-
nes antérieurs et moyens, l’angulaire de
Elles sont beaucoup plus rares. Ici, l’exa- l’omoplate.
men méthodique du dos met en évidence Ici, les manœuvres myotensives, les massages,
l’existence d’une souffrance segmentaire. les pressions maintenues sont efficaces.
Chapitre 4. Indications et contre-indications de l’ostéopathie traditionnelle 59

Point douloureux Zone cellulagique


interscapulaire. correspondante.

Point douloureux Reproduction de la douleur


cervical inférieur. interscapulaire par pression
sur le cou.
Fig. 4.2.  Dorsalgies d’origine cervicale.
60 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Région lombaire

Les lombalgies pures aiguës ou chroniques Elles réagissent habituellement favorablement


représentent à elles seules près de la moi- aux manipulations lombosacrées. Elles ne
tié des motifs de consultation, aussi bien en doivent pas être confondues avec une autre
médecine manuelle qu’en rhumatologie. variété de lombalgies basses moins connues
Mais là encore, comme pour les dorsalgies, avec lesquelles elles peuvent coexister : celles
il convient de découvrir leur origine vérita- consécutives à une souffrance de la charnière
ble, lombosacrée ou dorsolombaire (thoraco- dorsolombaire (thoracolombaire).
lombaire), car la clé du succès thérapeutique
dépend évidemment de l’endroit traité.
Lombalgies basses
d’origine dorsolombaire
Lombagos aigus (thoracolombaire) (fig. 4-4)
Ils ont énormément contribué à la renommée Dès 1949, aux États-Unis, B. Judovich et
acquise par les manipulations en raison des W. Bates insistent sur la nécessité d’­examiner
succès spectaculaires et instantanés parfois par principe la charnière dorsolombaire
obtenus. Encore faut-il moduler cette appré- ­(thoraco­-lombaire) en présence d’une lom-
ciation, car l’efficacité varie selon le type de balgie basse. En France, en 1972, R. Maigne
lombago rencontré. Elle est très bonne lors- reprend à son compte cette idée séduisante
que ce dernier est secondaire à une souffrance et lui donne un cadre séméiologique fort
articulaire postérieure pure sans attitude utile à connaître pour expliquer le carac-
antalgique, elle s’effondre en cas de partici- tère rebelle de nombreuses lombalgies bas-
pation discale accompagnée de déviation « de ses rebelles et les soulager efficacement, en
défense ». En cas d’impossibilité d’appliquer agissant uniquement sur cette portion du
la règle de la non-douleur, il faut savoir s’abs- rachis.
tenir de manipuler et faire appel aux théra- Leur diagnostic ne pose guère de problème
peutiques classiques. à condition d’y penser. La douleur lombaire
est latérale. Elle s’accompagne du même côté
Lombalgies basses d’origine d’un point douloureux situé sur la crête ilia-
lombosacrée (fig. 4-3) que, d’un épaississement douloureux de la
peau en regard et de signes de souffrance
Ce sont les plus fréquentes. Elles se caractéri- dorsolombaire (thoracolombaire).
sent par une douleur basse médiane et l’exis- Elle se différencie de la lombalgie basse d’ori-
tence de signes de souffrance segmentaire gine lombosacrée, dont le siège est médian et
lombosacrée basse, et parfois par la présence où la pression des épineuses lombosacrées est
d’une sensibilité musculaire dans la fesse. douloureuse.
Chapitre 4. Indications et contre-indications de l’ostéopathie traditionnelle 61

Fig. 4.3.  Lombalgies basses d’origine lombosacrée.

Fig. 4.4.  Lombalgies basses d’origine dorsolombaire (thoracolombire).


Cas rapporté par B. Judovich et W. Bates in Pain Syndrom 1949.
62 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Névralgies mécaniques

Seules celles qui résultent d’une souffrance source de ces manifestations, c’est-à-dire sur
segmentaire vertébrale et où les examens l’(les) étage(s) vertébral(aux) responsable(s).
complémentaires n’ont rien révélé sont justi-
fiables de manœuvres manipulatives.
Parmi celles-ci, citons : Douleurs articulaires périphériques
• les névralgies occipitales, unilatérales,
secondaires à une irritation de la branche Un certain nombre de douleurs articulaires
postérieure de C2, le nerf d’Arnold. Elles se périphériques, en apparence isolées, relèvent
caractérisent cliniquement par une sensibilité d’une authentique « souffrance » vertébrale,
du cuir chevelu, réveillé soit en se brossant les dont elles sont seulement l’expression pro-
cheveux (B. Judovich et W.  Bates), soit par jetée à distance (referred pains). Cette seule
friction (signe du shampoing de Maigne) ; éventualité impose l’examen systématique
• les névralgies auriculomaxillaires, corres- de la région vertébrale correspondante en
pondant à une atteinte C2–C3 ; présence de signes objectifs cutanés, mus-
• les NCB, les sciatiques, les cruralgies, où il culaires ou tendineux découverts lors l’exa-
est indispensable avant de manipuler de s’en- men clinique. À titre d’exemple, il faut savoir
tourer de précautions, en particulier de son- que l’épaule dépend de C4–C5, le coude de
ger à bien tester la force musculaire du patient C5–C6, le genou de L3–L4.
et à respecter la règle de non-douleur.
Manifestations neurovégétatives
Douleurs pseudo-viscérales (fig. 4-5)
Pour certaines écoles ostéopathiques, elles
Dès 1926, J.B. Carnett, un chirurgien amé- constituent une indication à la manipulation.
ricain, en signale l’existence et recommande Effectivement, il arrive parfois que des patients
l’emploi du palper-rouler en présence d’une fassent état après une manipulation d’une amé-
douleur apparemment viscérale pour éviter les lioration sur leur tension nerveuse, leur transit
erreurs diagnostiques. Ses élèves, B. Judovich intestinal, leurs problèmes respiratoires, leur
et W. Bates, préconisent l’examen systéma- rythme cardiaque, leur tension artérielle…
tique du rachis en cas de découverte d’une En dépit de ces observations et des multiples
dermalgie. expériences effectuées en laboratoire par les
Ces précautions permettent ainsi de rapporter milieux ostéopathiques, jamais il n’a pu être éta-
à leur véritable origine vertébrale un certain bli de manière formelle que l’impulsion mani-
nombre de fausses appendicites, cholécystites, pulative avait une action curative sur le système
ovarites, pancréatites, douleurs testiculaires, nerveux autonome. C’est pourquoi il convient
et de les traiter avec succès en agissant sur la d’être extrêmement prudent dans ce domaine.
Chapitre 4. Indications et contre-indications de l’ostéopathie traditionnelle 63

Fig. 4.5.  Douleurs précordiales d’origine dorsale et douleurs pseudo-


appendiculaires d’origine dorsolombaire (thoracolombaire).
Cas rapporté par B. Judovich et W. Bates in Pain Syndrom 1949.
64 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Pathologie viscérale et sensorielle

Dès ses débuts, l’ostéopathie a affirmé sa pour les poumons, T4–T8 ; pour les reins,
capacité d’agir efficacement sur les viscères et T10–L1 ; pour les intestins, T12…
les organes sensoriels. En 1908, A.T. Still, le À partir des années 1940, grâce à des enre-
premier, en parle déjà dans son autobiogra- gistrements des potentiels musculaires par
phie. Mais pendant des années, les guérisons électrodes cutanées de surface et à l’étude
spectaculaires mentionnées sont restées inex- des réactions cutanées, Denslow et I. Korr
ploitables en raison du manque de preuves (ce dernier en particulier) allaient réussir à
crédibles à l’appui (examens complémentaires, prouver l’existence d’une diminution de la
avis du spécialiste des domaines concernés). capacité de résistance du segment médullaire
Il ne faudrait pourtant pas tirer argument correspondant à l’étage vertébral ou aux vis-
de cette subjectivité des observations décri- cères irrités « facilitant » le passage des messa-
tes pour conclure à l’absence d’interférences ges nerveux.
entre une dysfonction vertébrale et les vis- En l’absence de contre-indications, rien n’in-
cères et les organes des sens. Les recherches terdit donc de traiter une dysfonction inter-
entreprises très tôt par les ostéopathes, dès vertébrale, et d’obtenir une heureuse surprise
1908 en laboratoire animalier, puis à partir de sur un plan viscéral ou sensoriel. Encore
1940 sur le plan neurophysiologique, prou- faut-il auparavant avoir pris soin d’éliminer
vent de manière indiscutable au contraire les douleurs projetées pseudo-vertébrales
que la création artificielle d’une dysfonction d’origine viscérale, celles simulant une affec-
somatique vertébrale a minima retentit sur le tion pseudo-viscérale, ou les résultats obtenus
fonctionnement d’un grand nombre d’orga- par des manœuvres non ostéopathiques, mais
nes ou de viscères par l’intermédiaire du sys- plutôt kinésithérapiques.
tème sympathique.
De telles joies sont cependant rarissimes, ne
En 1948, dans un ouvrage intitulé Pathogenèse serait-ce que par la difficulté de disposer au
des maladies viscérales après lésions ostéopathi- moment opportun d’une évaluation sérieuse
ques, Louisa Burns (DO) relate le fruit de effectuée par un spécialiste du domaine
quarante années de recherches passées à étu- concerné. L’un des auteurs de cet ouvrage
dier sur l’animal le passage d’un état sain à un (F. Le Corre), sur plus de 50 000 patients vus
stade pathologique après cette création. Sur au cours de sa carrière, peut faire état seule-
le plan tissulaire, le déroulement des modi- ment d’une vingtaine de cas obéissant à ces
fications suit toujours le même schéma : une critères.
vasodilatation circulatoire au départ, puis une
hyperémie, suivie d’œdème, de microsaigne-
ments, d’une tension locale, avant l’apparition Contre-indications
d’une fibrose. Ces modifications s’étendent
sur des semaines, voire des mois.
Aucun organe n’échappe à cette influence Comme tout traitement, les manœuvres
lorsque cette perturbation siège au bon ostéopathiques, et en particulier celles
endroit : pour les yeux, C1–T2 ; pour le nez qui sont effectuées sur le rachis, ont leurs
et la gorge, C0–C3 ; pour le cœur, T3–T4 ; contre-­indications propres qu’il faut savoir
Chapitre 4. Indications et contre-indications de l’ostéopathie traditionnelle 65

respecter, sous peine d’encourir de sérieux bon examen clinique, complété par des exa-
désagréments. mens biologiques et radiologiques des régions
Il est possible de les regrouper sous trois suspectes ou douloureuses.
rubriques, en fonction des données clini- Certaines des affections dont il vient d’être
ques, des contraintes techniques ou du profil question sont cependant justiciables des tech-
psycho­logique du patient à traiter. niques ostéopathiques, lorsqu’elles sont soit
consolidées (cas d’une fracture ancienne res-
ponsable d’une souffrance mécanique secon-
Contre-indications daire par suite des contraintes créées par la
d’ordre clinique modification des structures vertébrales), soit
refroidies (maladie de Scheuermann, pel-
Elles sont nombreuses et font l’objet d’un vispondylite rhumatismale, vues à distance
consensus général. d’une poussée).
Tous les auteurs s’accordent, en effet, pour
proscrire de manière absolue et définitive les
manœuvres manipulatives sur une colonne Contre-indications
fragilisée par des lésions d’origine : d’ordre technique
• traumatique (fracture, tassement avec ou
sans luxation associée, déchirure ligamen- Ce sont les plus faciles à établir. Beaucoup
taire avec instabilité…) ; d’entre elles sont tributaires de l’expérience
• tumorale (primitive ou secondaire, maladie du praticien et de son habileté manuelle.
de Paget) ; Certaines manœuvres délicates, par exemple,
• infectieuse (spondylodiscite ou spondylite) ; sont à déconseiller aux débutants alors que
• inflammatoire (polyarthrite rhumatoïde, leur emploi entre des mains expertes s’avère
pelvispondylite rhumatismale) ; tout à fait valable. C’est le cas, en particulier,
• vasculaire (angiome vertébral, dissections des interventions à réaliser sur les rachis arth-
vasculaires de l’artère vertébrale ou caroti- rosiques ou dont la charge calcique est dimi-
dienne interne en cours de constitution) ; nuée, comme chez les personnes âgées.
• congénitale (malformation de la charnière Il est des circonstances cependant où l’abs-
cervico-occipitale) ; tention doit être impérative, quelle que soit
• métabolique (ostéoporose importante) ; l’habileté du praticien : celles où la règle
• statique (scoliose ou cyphose sévère). de la non-douleur est inapplicable car tou-
On évite de même tout geste agressif en pré- tes les directions testées sont bloquées et
sence d’une symptomatologie non vertébrale, douloureuses.
en particulier neurologique. Il faut savoir ici recourir à d’autres traite-
En réalité, ici, la principale difficulté est d’or- ments et gagner du temps, quitte à reconsidé-
dre diagnostique, tout au moins au début rer le problème quelques jours plus tard si le
d’un grand nombre de ces affections, lorsque tableau clinique a évolué favorablement. Dans
les symptômes sont atypiques et que les clichés ce cadre entrent certains lombagos sévères,
radiologiques paraissent encore normaux, en torticolis suraigus, sciatiques hyperalgiques…
raison du décalage existant souvent entre la La seconde interdiction formelle d’ordre
lésion radiologique et l’état réel de la colonne technique est la crainte d’une insuffisance
vertébrale. Cela souligne l’importance d’un vertébrobasilaire sous-jacente, suspectée soit
66 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

devant les symptômes décrits, soit en cas de paralysie qui le guettent », le patient
de test de posture cervicale prémanipulatif se persuade peu à peu que son salut réside
positif. Étant donné les répercussions neuro- dans la manipulation et finit par se précipi-
logiques incalculables possibles, elle est impé- ter pour se faire traiter à la moindre douleur.
rieuse et ne souffre aucune exception. Il faut donc veiller particulièrement à ne pas
entrer dans son jeu et changer complètement
de traitement dès que l’on soupçonne cet
Contre-indications état de dépendance manipulative, véritable
d’ordre psychique « manipulomanie ».
C’est encore le danger de focaliser le mécon-
Elles s’expliquent par les répercussions néfas- tentement de patients agressifs, attribuant à
tes potentielles de toute manœuvre active sur la dernière intervention faite tous leurs mal-
certains profils psychologiques particuliers. heurs ou du moins une sérieuse augmenta-
C’est d’abord et surtout le risque chez les tion de leurs misères. À cet égard, il est sage
inquiets et les anxieux de voir se développer de décliner ce mode de traitement chez tous
de véritables névroses obsessionnelles de la ceux qui commencent par médire de « vos
« vertèbre déplacée », souvent favorisée par nombreux prédécesseurs » et de leurs traite-
le langage imprudent tenu par l’intervenant ments inopérants.
(généralement un non-médecin). En enten- Toutes ces contre-indications expliquent pour-
dant ce dernier lui parler de « vertèbres sau- quoi les manipulations vertébrales ne seront
tées, remises en place, instables, de risques jamais une simple technique thérapeutique.
Chapitre 5
Accidents des manipulations
vertébrales et précautions à prendre

Réactions, incidents sciatique, d’une cervicalgie en névralgie


cervicobrachiale, d’une sciatique banale en
et accidents des sciatique parésiante ou paralysante, d’où
manipulations vertébrales l’importance d’un testing musculaire systé-
matique avant toute manœuvre. La plupart
du temps, l’évolution se révèle favorable
Informer les patients sur les conséquences grâce à l’emploi de mesures appropriées, à
potentielles de tout acte médical comportant condition de s’abstenir de toute manipula-
un risque1 est devenu une obligation médico- tion ultérieure ;
légale. Les manipulations rachidiennes doi- • l’apparition de symptômes inexistants aupa-
vent se conformer à cette règle. ravant, notamment après des manœuvres
cervicales (sensations vertigineuses, cépha-
lées, acouphènes…) ou thoraciques (frac-
Conséquences des tures costales). Quelle que soit la situation
manipulations vertébrales rencontrée, il faut rester extrêmement pru-
dent avant de l’attribuer à la manœuvre à
Elles peuvent être regroupées sous quatre moins qu’elle ne soit survenue au cours de
rubriques : celle-ci, la nuit suivante ou le lendemain,
• l’exacerbation momentanée des symptô- le patient ayant pu fort bien ne pas tenir
mes ayant motivé la consultation. À type de compte des conseils de prudence prodigués
courbatures, de douleurs, de fatigue, elle par le praticien ;
est plus ou moins intense et généralement • la survenue de complications neurologiques
brève, de quelques heures à deux, trois vasculaires ou neuro-orthopédiques : cette der-
jours, avec ou sans prise d’antalgiques ou nière éventualité est heureusement rarissime.
même d’anti-inflammatoires ;
• l’aggravation de la symptomatologie exis-
tante : transformation d’une lombalgie en Accidents vasculaires
Observés essentiellement entre 20 et 40 ans,
1 Examen complémentaire instrumentalisé, cure ces accidents résultent de manœuvres cer-
médicamenteuse ou chirurgicale. vicales inappropriées et/ou pratiquées sans
68 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

précautions. Témoins d’une insuffisance ver- la mobilité est normale, contrairement à une
tébrobasilaire a minima ou constituée, ils cervicalgie commune.
peuvent aller des petites réactions à type de Dans tous les cas, il faut rechercher :
vertiges, de troubles visuels, de dysarthrie, • des facteurs favorisants : jeune âge 30 à
jusqu’aux grands syndromes neurologiques 40 ans, terrains migraineux, diabète, hyper-
témoignant de la souffrance du tissu cérébral tension artérielle, prise d’œstroprogesta-
(syndrome de Wallenberg, de Claude-Bernard- tifs, dyslipémie, terrain familial, syndrome
Horner, infarctus de l’artère cérébelleuse d’Ehlers-Danlos, syndrome de Marfan ;
inférieure, Locked in syndrome…). Leur sur- • des signes d’accidents ischémiques transi-
venue imposent l’hospitalisation immédiate toires : amaurose transitoire, diplopie, trou-
après une injection intraveineuse d’aspirine. bles de la parole, drop-attacks ;
Bien qu’ils soient fort rares, estimés à un pour • des vertiges de type Menière, des trou-
un million de manipulations cervicales et sou- bles de la sensibilité, des dysesthésies de
vent le fait de gens ignorants ou mal ensei- l’hémicorps.
gnés, la fréquence des accidents vasculaires La survenue de ces manifestations ischémiques
des manipulations cervicales augmente aussi transitoires doit faire pratiquer un écho-­Doppler
bien aux États-Unis (64 cas en 2003) qu’en cervical en couleur explorant le système vas-
France (18 cas en 2003). Cela s’explique pro- culaire à la recherche d’une sténose ou d’une
bablement par la multiplication de ces mani- occlusion complète de l’artère.
pulations en raison de l’engouement suscité
L’évolution de ces accidents vasculaires post-
auprès du grand public par cette approche
manipulatifs est variable. Dans 25 % des cas,
thérapeutique non médicamenteuse de leurs
l’issue est soit fatale, soit le plus souvent se
maux.
termine par une survie au prix de lourdes
Comme un certain nombre d’auteurs anglo- séquelles neurologiques.
saxons, nous pensons que beaucoup de ces
La plupart du temps l’accident est résolutif
accidents sont favorisés par un diagnostic dif-
avec une reperméabilisation artérielle en cas
férentiel habituellement insuffisant car uni-
de sténose ; les occlusions artérielles de leur
quement clinique.
côté persistent habituellement avec mise en
Or, la dissection de l’artère vertébrale ou celle jeu de dérivations au niveau de l’hexagone de
de la carotide interne donne des tableaux cli- Willis.
niques très proches des céphalées occipito
Le traitement fait appel aux anticoagu-
sus- et rétro-orbitaires d’origine cervicale et
lants, à l’héparine à bas poids moléculaire,
des cervicalgies communes.
puis aux antivitaminiques K et cela pendant
Le tableau clinique est le suivant : pour la dis- 6 mois avec relais à l’aspirine à faibles doses
section de l’artère vertébrale, en C1–C2, dou- ensuite.
leur occipitale unilatérale irradiée à la région
rétro-orbitaire. Bien sûr, l’examen clinique
découvre un syndrome de Claude-Bernard- Accidents neuro-orthopédiques
Horner (myosis, ptôsis, énophtalmie). Mais
il faut penser à la rechercher. Celui de la dis- Consécutifs à une fracture (odontoïde ou ver-
section artérielle de la carotide interne en C5 tébrale) ou à une entorse ligamentaire, leur
est celui d’une cervicalgie unilatérale avec des gravité dépend de l’existence ou non d’une
points douloureux paravertébraux. Mais ici compression médullaire et de la rapidité
Chapitre 5. Accidents des manipulations vertébrales et précautions à prendre 69

d’intervention pour la supprimer : tétraparé- Réalisation (fig. 5-1)


sie au niveau cervical, paraparésie au-dessous,
allant parfois jusqu’à la paralysie complète, La réalisation pratique de la règle de la non-
syndrome de la queue de cheval… douleur nécessite une seule obligation : celle
d’avoir procédé auparavant à un examen de la
Dans la quasi-totalité des cas, l’enquête a pos-
mobilité rachidienne complet explorant tou-
teriori met en évidence au départ une erreur
tes les directions, avec report des résultats sur
diagnostique ou technique, comme par exem-
un diagramme étoilé sous forme de 1, 2 ou
ple une manipulation directe appliquée laté-
3  barres, croix ou petits cercles en fonction
ralement sur la charnière cervico-occipitale.
de l’importance de la douleur ou de la raideur
existante.

Risque manipulatif Modalités d’application (fig. 5-2)


et précautions à prendre
En cas de blocage total hyperalgique, l’abs-
tention manipulative est impérative momen-
Profiter de la longue énumération précédente tanément, quitte à revoir cette décision
pour condamner les manœuvres ostéopathi- ultérieurement en fonction de l’évolution de
ques serait malhonnête et fort éloigné de la l’état du patient.
réalité. Le risque manipulatif cervical, le plus En cas de liberté et d’indolence de la mobi-
dramatique par ses conséquences, a été estimé lité dans une (ou plusieurs) direction(s), les
par tous les auteurs à un pour un million, c’est- manœuvres doivent se faire vers celle(s)-ci.
à-dire nettement inférieur à celui des anesthé-
En présence d’une réaction douloureuse post-
sies, des infiltrations ou de certains examens
manipulative, il faut différer la deuxième
complémentaires. Généralement d’ailleurs, il
séance de manipulation jusqu’à la disparition
s’agit de manœuvres inappropriées et souvent
de cette dernière.
faites par des non-médecins.
En face d’une limitation non douloureuse iso-
En respectant certaines règles, on peut
lée, rien n’interdit de pratiquer une manœu-
affirmer au contraire la fiabilité et l’inno-
vre test dans la direction de cette limitation en
cuité de ces manœuvres en pratique quo-
cas d’échec des manœuvres exécutées dans le
tidienne, si elles sont précédées d’un bon
sens libre et non douloureux, lorsque celle-ci
examen clinique et si l’on respecte deux
est indolore.
précautions :
• s’assurer que la manœuvre sera indolore ;
• présenter celle-ci avant tout geste manipu-
latif pour vérifier l’absence de manifestation
indésirable.

Règle de la non-douleur
De nos jours, la règle stipulant l’obliga-
tion de ne pas faire mal en manipulant est
admise pratiquement par toutes les écoles. Fig. 5.1.  Schéma en étoile de R. Maigne et Y. Lesage.
70 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Limitations en F, LFG, Rot. G.


Blocage total. Manipulations possibles en E, Seule la F est libre.
Ne pas manipuler. Rot. dt, LFD. Mobiliser en flexion.

Fig. 5.2.  Attitude thérapeutique face à trois situations cliniques différentes.

Test de posture cervical Examens complémentaires


Il consiste au niveau du rachis cervical à Comme nous l’avons vu au paragraphe concer-
présenter la manœuvre à exécuter en allant nant les accidents vasculaires, il faut au moindre
jusqu’à la mise en tension du segment à doute (syndrome de Claude-Bernard-Horner)
traiter, et à maintenir cette position plu- s’entourer d’examens complémentaires non
sieurs secondes tout en guettant la surve- invasifs, tels que l’écho-Doppler artériel cou-
nue d’une éventuelle réaction pour tester leur, qui peut déceler soit une sténose d’une
l’artère vertébrale (fig. 5-3). artère vertébrale, soit une occlusion de l’ar-
L’apparition d’une quelconque manifesta- tère, de moins bon pronostic.
tion d’intolérance (sensation vertigineuse, Remarque
impression de malaise, état nauséeux, nys- Il est extrêmement important de s’assurer au
tagmus…) doit faire interrompre immédia- départ de la coopération active du patient en
tement ce test et dans le doute renoncer à lui expliquant le but poursuivi, en lui signalant
la manipulation. toutes les réactions éventuelles et, enfin, en lui
demandant de garder les yeux ouverts.

Fig. 5.3.  Boucle de l’artère vertébrale et sa déformabilité en fonction du mouvement.


Chapitre 6
Comment utiliser la règle
de la non-douleur
Jusqu’à ce que R. Maigne en fasse, en 1960, Le fait de respecter systématiquement cette
l’un des principes essentiels de sa méthode à règle de la non-douleur est venu sécuriser et
respecter en matière de manipulations, aucun simplifier considérablement le recours aux
auteur avant lui n’avait spécifié de façon manipulations. En premier lieu, son emploi
formelle l’emploi d’une telle règle de non- évite en effet d’aggraver une situation déjà
douleur. La vérité oblige à reconnaître que génératrice de douleur, de la même manière
certains auteurs y avaient fait allusion, par- que l’on ne force pas un écrou rouillé qui
fois depuis très longtemps. En 1910, le fon- résiste pour ne pas abîmer le pas de vis. Cette
dateur de l’ostéopathie, A.T. Still lui-même règle simplifie également la manière de procé-
recommandait déjà, dans Osteopathic research der. Pour l’appliquer en effet, il convient seu-
and practice, d’appliquer le traitement avec lement de déterminer successivement l’étage
tact : « Je veux attirer l’attention sur le fait responsable de la symptomatologie pour agir
que vous ne devez pas utiliser des mouvements sur l’origine de la douleur, puis la direction
ou une violence dangereux, ni blesser votre de la (des) manœuvre(s) à faire, et non plus
patient. » De même en 1940, dans son livre d’apprécier en même temps le siège de la dys-
Sacro-occipital technic of spinal therapy, B. de fonction somatique, sa situation dans l’espace
Jarnette, chiropraticien, stipulait clairement : et le moyen d’y remédier.
« Lorsqu’un contact aggrave la douleur, il ne Un seul souci doit dominer : celui d’agir
faut pas procéder à l’ajustement vertébral. » sur l’endroit responsable sans faire mal.
En France, dès les années cinquante, cette
Les quelques cas cliniques à venir illustrent de
nécessité de ne pas faire mal était prônée par
manière pratique comment réagir au niveau
deux médecins précurseurs dans ce domaine,
des différents étages rachidiens en fonction
C. Antonietti et R. Lescure.
des symptômes amenant à consulter.
72 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Que faire devant une céphalée occipito-sus-orbitaire ?

Motifs de la consultation l’artisan de cette positivité en agissant avec


sa main.
Mme X, 40 ans, vient pour des maux de tête Les autres signes cliniques témoignent de la
épisodiques déclenchés tantôt par le froid, présence d’un syndrome téno-cellulo-myalgi-
tantôt par un épisode digestif. Son tempé- que typique de la branche postérieure de C2,
rament est anxieux. Parfois, surtout au prin- selon les critères décrits par R. Maigne :
temps ou à l’automne, elle a des vertiges ou • une sensibilité accrue de la partie du cuir
plutôt des sensations vertigineuses. Elle a chevelu innervé par C2 (signe du sham-
aussi des acouphènes et une chute de l’acuité pooing) (fig. 6-4) ;
visuelle depuis un accident de la voie publique • une douleur du sourcil droit au pincé-
survenu 5 ans auparavant, à type de « coup du roulé entre pouce et index (signe du sourcil)
lapin ». (fig. 6-5) ;
La douleur est de topographie occipito-sus- • souvent aussi, un épaississement doulou-
orbitaire droite et unilatérale. Les crises sont reux de la peau à l’angle de la mâchoire au
mal soulagées par les antalgiques et les anti- pincé-roulé (fig. 6-6).
migraineux (fig. 6-1). • L’examen radiographique est habituelle-
ment normal, mais il peut exister une légère
Examen clinique arthrose cervicale basse qui n’est pas en cause
dans ce cas clinique.
Il met en évidence une souffrance de l’articu-
lation postérieure C2–C3 droite (fig. 6-2).
L’étude de la mobilité cervicale révèle que Traitement
celle-ci est limitée en rotation droite et est
Ici, comme seule la rotation droite est dou-
reportée sur le schéma étoilé (fig. 6-3).
loureuse et bloquée lors de l’examen, la
Le test de posture explorant la fonction vas-
manipulation se fait en rotation gauche
culaire en hyperextension, rotation et latéro-
et latéroflexion droite sur l’étage C2–C3
flexion homolatérale est négatif aussi bien à
concerné (fig. 6-7).
droite qu’à gauche.
Il faut prévoir 2 ou 3 séances de manipula-
Remarque tions espacées d’une semaine.
Rappelons que lors de ce test, il convient de En cas d’échec de ce traitement, une infiltra-
se placer face au patient sans le toucher pour tion cortisonique du massif articulaire posté-
éviter les doléances éventuelles si le test est rieur de C2–C3 peut être pratiquée, ou tout
positif, en particulier le reproche d’avoir été autre traitement physiothérapique.
Chapitre 6. Comment utiliser la règle de la non-douleur 73

Céphalée occipito-sus-orbitaire

Fig. 6.1.  Douleurs occipito-sus-orbitaires.

Fig. 6.2.  Recherche du point articulaire postérieur.

Fig. 6.3.  Rotation droite douloureuse.

Fig. 6.4.  Signe du shampooing.

Fig. 6.5.  Signe du sourcil.

Fig. 6.6.  Signe de l’angle de la mâchoire. Fig. 6.7.  Manœuvre à faire.


74 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Que faire devant une cervicalgie ?

Devant une cervicalgie la conduite à adopter peut s’agir soit de la suite d’un torticolis aigu
est totalement différente selon le tableau cli- revu quelques jours plus tard, soit d’une dou-
nique rencontré. leur apparue spontanément après un mouve-
ment malencontreux.
La seconde phase est d’ordre clinique et
En présence d’un torticolis aigu consiste à apprécier la mobilité existante, à la
La première phase consiste à rechercher son reporter sur un schéma en étoile (fig. 6-10).
mode d’apparition, la nuit pendant le som- Contrairement au torticolis, la plupart du
meil, après un faux mouvement au cours temps la mobilité est satisfaisante dans trois
d’un shampooing ou d’un effort (porter son directions et limitée ailleurs. Il faut recher-
enfant sur les épaules) ou après un trauma- cher la présence de points douloureux cervi-
tisme (roulade en arrière, coup du lapin). caux postérieurs, ici à gauche (fig. 6.11). Là
La seconde phase concerne l’examen clini- encore, si on doit recourir aux manipulations,
que proprement dit en étudiant d’abord il est indispensable de demander des docu-
la mobilité globale présente, générale- ments radiologiques.
ment quasi inexistante comme le montre le Dans le cas de cette jeune femme où le
schéma étoilé ci-joint (fig.  6-8). Cet exa- schéma indique une restriction de la mobi-
men permet aussi de se faire une idée sur lité en flexion, LFG et RotG et une mobi-
l’importance de la contracture musculaire lité normale en extension, LFD et RotD, il
existante et des points cervicaux postérieurs faut que la manipulation se fasse en latéro-
uni- ou bilatéraux, offrant ainsi la possibi- flexion droite, rotation droite (fig. 6-12) et
lité de déterminer l’étage douloureux. Il est extension.
prudent ici de prévoir des radiographies du
rachis cervical.
La conclusion de cette double enquête est
En présence d’une cervicalgie
d’ordre thérapeutique : chronique
• à l’évidence ici, il ne faut pas manipuler un Le protocole à suivre est identique au précé-
tel cou ; dent et comporte :
• il faut au contraire prescrire des antalgi- • un interrogatoire sur les symptômes endu-
ques, des anti-inflammatoires ; s’aider d’un rés, leur mode de survenue, leur durée et la
collier cervical (fig. 6-9) ; gêne en résultant ;
Rien n’interdit toutefois dans ce cas de faire • un examen clinique à la recherche d’une
appel aussi aux étirements transversaux du cou sensibilité articulaire postérieure minimum,
ou à la méthode décrite par R. Ward (DO). souvent étagée, voire située de chaque côté
avec une étude de la mobilité (fig. 6-13) ;
En présence d’une douleur • dans le cas illustré où seule existe une limi-
cervicale subaiguë tation indolore de la rotation droite, toutes
les manœuvres sont autorisées à condition
La conduite est sensiblement différente. de s’être assuré au préalable de leur inocuité
La première étape est toujours dominée par et de contrôler toujours après chacune d’en-
l’étude des circonstances de la survenue de tre elles le résultat sur la mobilité (fig. 6-14
la symptomatologie et son retentissement. Il et 6-15).
Chapitre 6. Comment utiliser la règle de la non-douleur 75

Cervicalgies

I. Torticolis aigu

Fig. 6.8.  Il ne faut pas la manipuler. Fig. 6.9.  Il faut immobiliser par un collier
cervical.

II. Cervicalgie subaiguë


F
LFG LFD

RG RD

E
Fig. 6.10.  Le schéma indique Fig. 6.11.  Elle peut tourner la tête à Fig. 6.12.  La manipulation se fait en
que F, LFG er RG sont limitées droite, mais pas à gauche. extension, latéroflexion et rotation
et douloureuses. droites.

III. Cervicalgie chronique

Fig. 6.13.  Ici, seule la rotation droite est Fig. 6.14 et 15.  Rien ne s’oppose à ce que la manipulation puisse se
limitée, mais sans douleur. faire dans toutes les directions.
Il est préférable toutefois de commencer par le sens complètement libre,
quitte ensuite à poursuivre par le sens opposé.
76 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Que faire devant une dorsalgie interscapulaire ?

Le problème essentiel ici est de savoir retrou- À condition d’avoir des radios du rachis cervi-
ver son origine. cal, le traitement dépend des données repor-
Généralement, il s’agit d’une femme jeune, tées sur le schéma en étoile après étude de
souvent sténodactylographe ou couturière, la mobilité. Il s’effectue évidemment sur le
venant consulter pour une douleur du dos, rachis cervical (fig. 6-19).
latéralisée, située entre les omoplates, d’in- Dans l’exemple choisi, l’étage C5–C6 est per-
tensité variable, mais très désagréable. turbé avec une flexion, une latéroflexion droite
Cliniquement, la palpation met en évidence et une rotation gauche très douloureuse.
l’existence d’un point douloureux (fig. 6-16) En position de décubitus dorsal, la manipula-
paravertébral situé vers T6, associé à une tion se fait avec une rotation droite et une
modification de la texture cutanée plus ou latéroflexion gauche (fig. 6-20).
moins importante qui apparaît épaissie et En position assise, la manœuvre se fait en
douloureuse lors du pincé-roulé (fig. 6-17). latéroflexion gauche avec une légère rota-
Les radiographies du dos sont par contre tion droite, suivie d’une légère extension.
normales. L’impulsion est donnée avec le pouce droit
Un certain nombre d’éléments bien décrits (fig. 6-21).
par R. Maigne prouvent, lorsqu’ils existent, En position de décubitus latéral, la mise en
l’origine cervicale de cette douleur autrefois position consiste à venir se placer devant la
considérée comme « essentielle » : patiente couchée sur le côté droit, puis à lui
• une souffrance cervicale articulaire posté- emprisonner l’épaule gauche pour l’abaisser
rieure homolatérale associée fréquemment à avant d’appliquer sa main droite contre la face
une mobilité cervicale douloureuse du même latérale droite du cou. Le verrouillage du cou
côté ; s’obtient en le fléchissant latéralement vers la
• surtout la possibilité de déclencher une dou- gauche avec une discrète rotation droite préa-
leur dorsale identique à celle ressentie par le lable ou simultanée.
patient en appuyant sur la face antérolatérale du La manœuvre proprement dite s’effectue en
cou homo­latéral (point sonnette cervical anté- donnant une légère impulsion avec la main
rieur) (fig. 6-18). droite.
Chapitre 6. Comment utiliser la règle de la non-douleur 77

Dorsalgie interscapulaire

Fig. 6.16.  Point douloureux intersca- Fig. 6.17.  Mise en évidence de Fig. 6.18.  Point sonnette cervical antérieur.
pulaire et zone cellulalgique corres- cette zone par le pincé-roullé.
pondant.

Fig. 6.19.  Schéma étoilé.

Fig. 6.20.  Manipulation en décubitus dorsal en


Ext-LFG et Rot Dte.

Fig. 6.21.  Manipulation en position assise en Ext-Rot


Dte – LFG.
78 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Que faire devant un lombago aigu ? (fig. 6-22)

Le choix de la manœuvre dépend là encore réagissent nettement mieux que dans le cas
des données fournies par l’étude de la mobi- inverse.
lité en respectant strictement la règle de la Lorsque l’extension est libre, les manœuvres
non-douleur et de l’étage responsable. s’effectuent en lordose.
Généralement, les lombagos aigus où l’ex- Lorsque la flexion est libre, elles s’effectuent
tension se révèle libre et la flexion bloquée, en cyphose.

Que faire devant une sciatique L5–S1 gauche


s’accompagnant d’une attitude antalgique
directe ou croisée ?

Ici, la conduite à tenir est la suivante : • en position assise à cheval, une manipulation
• d’abord procéder à un examen clinique en extension et rotation gauche ;
classique complet, y compris neurologique, • en décubitus ventral, après avoir maintenu
avec appréciation notamment de la force solidement le bassin avec une ceinture, une
musculaire en faisant marcher le patient sur la manœuvre associant une latéroflexion et
pointe des pieds ; rotation gauches.
• s’assurer ensuite de l’état radiologique
lombaire ;
• puis étudier la mobilité de la région lom-
En cas d’attitude antalgique
baire en reportant les résultats sur le schéma indirecte (fig. 6-24)
en étoile avant de choisir les manœuvres à Le patient penche du côté opposé à sa
faire. sciatique.
• Dans les deux cas de sciatique S1 gauche Le choix des manœuvres peut consister ici par
pris pour exemple, où les schémas sont dia- exemple :
métralement opposés, les manœuvres le sont • en décubitus latéral gauche, à une manipu-
également. lation en cyphose, latéroflexion et rotation
droites ;
En cas d’attitude antalgique • en position assise à cheval à une manipula-
directe (fig. 6-23) tion en flexion et rotation droite ;
• en décubitus ventral, après avoir maintenu
Le patient penche du côté de sa sciatique. solidement le bassin avec une ceinture, à une
En s’en tenant strictement aux données du manœuvre associant une latéroflexion et rota-
schéma en étoile, plusieurs solutions sont tion droites.
possibles :
• en décubitus latéral droit, une manipula-
tion en extension, latéroflexion et rotation
gauche ;
Chapitre 6. Comment utiliser la règle de la non-douleur 79

Lumbagos aigus

F F F
LFG LFD LFG LFD LFG LFD

RG RD LF RD RD
RG

E E E
Blocage total. Limitations en F, LFG, RG. Limitations en E, LFG, RG.
Ne pas manipuler. Manipulations possibles Manipulations possibles
en E, RD, LFD. en F, RD, LFD.
Fig. 6.22.

Lombosciatiques
Attitude antalgique Attitude antalgique
directe croisée

b a

a c. Manipulation en cyphose – rotation droite.

c. Manipulation en lordose – rotation gauche.

d. Manipulation à cheval, en rotation gauche. d. Manipulation à cheval, en rotation droite.

Fig. 6.23. Fig. 6.24


Chapitre 7
Rappels anatomiques
et physiopathologiques
Comprendre comment un rachis fonctionne, Rappel anatomique
savoir quelles sont les diverses contrain-
tes auxquelles il est soumis et quels sont ses
points faibles constituent des notions indis- La colonne vertébrale réussit la triple prouesse
pensables à connaître avant toute incursion d’être un support solide pour l’organisme
dans le domaine ostéopathique. humain, tout en conservant une mobilité appré-
Sans un minimum de connaissances anatomi- ciable, sans que cela ne vienne contrarier son
ques, biomécaniques et physiopathologiques rôle protecteur vis-à-vis des éléments nerveux
sur le rachis, il est utopique de vouloir décou- qu’elle renferme (moelle épinière et radicelles).
vrir le (ou les) mécanisme(s) ayant présidé à la
survenue des symptômes et de prétendre en Solidité vertébrale (fig. 7-1)
préciser la localisation.
Il convient également d’avoir de bonnes Elle provient autant de la capacité de résis-
notions sur l’influence des structures avoi- tance de ses différents éléments constitutifs
sinantes notamment celle exercée par la (vertèbres, disques et ligaments) que de la
cage thoracique et les articulations sacro- manière dont ces derniers sont agencés.
iliaques.
Le corps vertébral, au-dessous de 40 ans,
De même, on ne saurait trop conseiller l’étude doit sa résistance presque autant à sa coque
approfondie du système musculaire attenant qu’au tissu trabéculaire. Au-delà, cette pro-
(insertion, trajet, innervation, fonction) en portion change nettement en faveur de la
raison de la fréquence de sa participation en première (65 % contre 35 %). La disposition
pathologie rachidienne. oblique en sens contraire des couches lamel-
Pour être efficace, tout en restant inoffensif, laires successives de l’anneau fibreux discal
il faut en effet avoir compris les raisons jus- normal explique sa quasi-invulnérabilité aux
tifiant les précautions à prendre de manière compressions verticales. La cohésion entre
à être capable dans chaque circonstance les disques et les vertèbres est assurée par
de choisir la ou les technique(s) les plus sept structures ligamentaires réparties sur
appropriée(s). Ceci est réalisable seulement cinq plans différents : ligaments communs
avec une bonne connaissance des forces mises vertébraux antérieurs (LCVA) et posté-
en jeu lors des manœuvres ostéo­pathiques rieurs (LCVP), ligaments intertransversai-
et de leurs répercussions biomécaniques et res, ligaments jaunes, ligaments capsulaires,
physiopathologiques. ligaments inter- et sus-épineux.
84 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Fig. 7.1.  Système ligamentaire vertébral.


1. ligament commun vertébral antérieur ; 2. liga-
ment commun vertébral postérieur ; 3. capsule
articulaire ; 4. ligament inter- et surépineux.

Soulignons à ce sujet la résistance du LCVA dépend à chaque étage de la morphologie ver-


lombaire, dont la charge de rupture est le dou- tébrale et de l’orientation prise par les facettes
ble du LCVP (34 kg contre 17 kg). Le ligament articulaires postérieures et enfin de la pré-
jaune assume une double fonction de protec- sence d’éléments osseux surajoutés, comme
tion et de maintien du disque sous tension au les côtes et le sternum (fig. 7-2).
repos, même lors des extensions extrêmes, avec Schématiquement, on peut l’analyser ainsi :
encore une réserve d’élasticité disponible de • entre C0 et C1, la mobilité concerne essen-
5 %. Cela explique pourquoi aucun bourrelet tiellement la flexion–extension ; la rotation
intrarachidien n’apparaît à son niveau lors des est nulle pour la plupart des auteurs, ou très
mouvements de la colonne vertébrale. réduite, d’environ 8 ° ;
Cette configuration rachidienne a une impres- • entre C1 et C2, la rotation globale est de l’or-
sionnante capacité de résistance aux compres- dre de 50 ° et représente la moitié de celle du
sions verticales susceptible – au-delà de 60 ans cou ; aucune latéroflexion n’est possible du
– de s’échelonner, in vitro, de 800 à 350 kg. fait de la présence de l’apophyse odontoïde ;
• entre C3 et C7, la flexion larérale entraîne
simultanément une rotation de même sens,
Mobilité vertébrale et vice versa une fois les 20 premiers degrés
de rotation cervicale effectués ;
Elle se déroule normalement harmonieuse- • à l’étage dorsal (thoracique), la flexion
ment par la succession alternée des disques latérale entre T1 et T6 est deux fois moins
et des vertèbres et de la hauteur discale. Elle grande que celle observée entre T6 et T10.
Chapitre 7. Rappels anatomiques et physiopathologiques 85

Fig. 7.2.  Articulations postérieures vertébrales et leur orientation dans l’espace.

La présence de la cage thoracique réduit des articulaires postérieures vertébrales


de manière notable la mobilité potentielle lombaires. Mais à l’inverse du rachis cer-
du rachis dorsal, comme des mesures l’ont vical, elle s’accompagne d’une flexion laté-
révélée : 30 % pour la flexion, 30 % pour rale de sens opposé. À l’étage L5–S1, cette
l’extension, 45 % pour la flexion latérale, rotation est deux fois plus forte, la flexion
30 % pour la rotation. Paradoxalement, cela latérale deux fois plus faible.
n’empêche pas la colonne dorsale d’être
quatre fois plus mobile que la colonne lom-
baire, ni surtout l’étage T8–T9 d’être le Protection du système nerveux
plus mobile ;
• entre L1 et S1, la rotation pure est extrê- De multiples dispositions tant intrarachidien-
mement réduite (de l’ordre de 8 à 10 ° au nes qu’à la sortie des trous de conjugaison
total) par suite de l’orientation particulière contribuent à l’assurer.
86 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

À l’intérieur même du canal rachidien, c’est effectués pour déterminer avec précision les ten-
d’abord la situation centrale occupée par la sions auxquelles il était soumis, soit in vivo, soit
moelle épinière et les racines, évitant à ces in vitro, soit encore à partir des calculs mathé-
dernières d’être directement en contact avec matiques, en fonction de modèles préétablis.
la paroi osseuse et les disques. De plus, en La plupart de ces études ont concerné le rachis
position neutre, ces éléments nerveux sont lombaire et beaucoup moins le rachis cervical.
normalement détendus et disposent ainsi
d’une certaine marge de sécurité lors de
À l’étage lombaire
la flexion. C’est ensuite l’existence jusqu’à
T12–L1 d’une vingtaine de replis étagés bila- L’une des études les plus anciennes et inté-
téraux unissant la pie-mère à la dure-mère et ressantes, dont les conclusions sont toujours
solidarisant ainsi la moelle épinière avec son valables, est celle effectuée par A. Nachemson
enveloppe protectrice. La présence du liquide et G. Elfstrom, en 1970, sur le comporte-
céphalorachidien intervient également pour ment in vivo du disque L3, lors des mouve-
amortir les chocs. Enfin, le dernier élément ments. Grâce à l’enregistrement en continu
protecteur est constitué par le tissu adipeux, des pressions intradiscales, ces auteurs sont
le plexus veineux péridural s’interposant entre effectivement arrivés à démontrer :
la paroi et le système nerveux, et aussi par le • quelle que soit la posture adoptée, les disques
ligament jaune, qui tapisse toute la moitié sont sous tension permanente : 4 kg/cm2
postérieure du canal rachidien. en position allongée, 10 kg/cm2 en posi-
À la sortie de certains trous de conjugaison tion assise et environ 7 kg/cm2 en position
cervicaux, S. Sunderland fait état de la pré- debout ;
sence de ligaments reliant les racines nerveu- • l’influence de certains gestes sur ces tensions
ses aux apophyses transverses voisines. Selon de base : le rire et la toux par exemple l’aug-
lui, cette particularité anatomique constitue mentent de 3 kg/cm2 tout comme le saut ;
un véritable dispositif de sécurité, car elle per- • ces pressions se modifient pendant l’exécu-
met de s’opposer aux risques d’étirement qui tion du mouvement. Cela n’a d’ailleurs rien
pourraient s’observer lors des tractions si le de surprenant si l’on songe aux multiples
jeu radiculaire s’effectuait librement. facteurs intervenant pour garder l’équilibre
lors de telles actions – déplacement du cen-
tre de gravité, mise en jeu du système mus-
culaire antagoniste.
Physiopathologie
A. Nachemson et G. Elfstrom ont aussi
vertébrale mesuré et chiffré les différences parfois consi-
dérables des contraintes subies par le disque
selon le geste effectué, comme par exemple le
Contraintes subies soulèvement d’un poids de 20 kg déposé sur
un tabouret. Le simple fait de plier les jam-
La colonne vertébrale est soumise en perma- bes, en conservant le buste droit, diminue la
nence à des contraintes dont l’importance contrainte supportée par le disque de 50 %
varie en fonction du geste effectué et de par rapport au même effort effectué en gar-
l’étage considéré. dant les jambes tendues (pics de 20 kg/cm2
Le disque vertébral est le premier concerné par dans le premier cas, de 31 kg/cm2 dans le
celles-ci et de très nombreux travaux ont été second) (fig. 7-3).
Chapitre 7. Rappels anatomiques et physiopathologiques 87

Fig. 7.3.  Variation des pressions à l’intérieur du disque L3 lors du soulèvement d’un poids de 20 kg.
A : en gardant les jambes tendus (—) ; B : en les fléchissant (---).
D’après Nachemson.

La difficulté à mesurer réellement les forces 700 N dirigée dans le sens de la flexion, de la
mises en jeu a amené d’autres auteurs à cal- latéroflexion ou de la rotation, et de 1100 N
culer ces dernières à partir de modèles mathé- dans le sens de l’extension.
matiques, en utilisant le Newton comme
unité de mesure. Ils ont pu ainsi démontrer,
par exemple, que la meilleure manière de Articulations interapophysaires
s’asseoir est de le faire avec un soutien dorso- postérieures vertébrales
lombaire (thoracolombaire), la plus mauvaise
Elles doivent, elles aussi, faire face à des forces
étant de n’en avoir aucun.
de cisaillement, ne serait-ce qu’en raison de
l’inclinaison des plateaux vertébraux. De ce fait,
À l’étage cervical elles absorbent une partie des contraintes sup-
portées par la colonne vertébrale. Toutefois, les
Les contraintes supportées par le cou et la avis divergent sur l’ampleur de leur participa-
résistance possible offerte par celui-ci à l’ef- tion. Au niveau lombaire, A. Nachemson l’es-
fort ont fait l’objet de relativement peu d’étu- time à 18 % de la charge totale, Prasad et King
des. L’une d’entre elles révèle l’extraordinaire pensent qu’elle varie de 0 à 33 %. En 1982, en
résistance de C4–C5. Cet étage est en effet réussissant à introduire entre les surfaces arti-
capable de s’opposer à une poussée de 500 à culaires postérieures de L2–L3 et de L4–L5,
88 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

un film sensible à la pression, sur six colonnes mobile doivent faire face, sont permanentes
fraîches, Lorenz a montré in vitro que la parti- et varient rapidement parfois dans des pro-
cipation des articulaires postérieures décroît au portions considérables. Il n’y a donc rien de
fur et à mesure de l’augmentation des charges surprenant à les estimer comme une source
imposées à la colonne vertébrale, et que L2–L3 potentielle de détérioration, cela d’autant
supporte plus de contraintes en position neu- plus qu’elles interviennent sur des structures
tre, L4–L5 davantage lors de l’extension. altérées par le vieillissement.
Au niveau discal, la composition de la gelée
Système musculaire nucléaire se transforme avec l’âge. Elle a ten-
dance à se déshydrater et à être envahie par
Il est de son côté constamment sollicité, des travées fibreuses, perdant ainsi une par-
comme le prouvent les enregistrements élec- tie de son élasticité. Des fissures apparaissent
tromyographiques. Ainsi, par exemple, le dans les lamelles annulaires, de plus en plus
déplacement du centre de gravité d’un sujet nombreuses et larges, offrant à la gelée la ten-
debout ou assis sans soutien dorsal s’accom- tation de s’échapper.
pagne-t-il d’une augmentation immédiate des
Les articulaires postérieures sont également
signes d’activité musculaire lombaire et cervi-
susceptibles d’être le siège de réaction arthro-
cale, normalement faibles. De même, lors de
sique avec atteinte du cartilage et excroissan-
la flexion antérieure, les muscles du dos et les
ces ostéophytiques.
abdominaux sont le siège d’une intense acti-
vité symétrique lors des 60 premiers degrés, les Il n’est pas jusqu’aux ligaments, en particulier
muscles de la hanche n’intervenant que pour interépineux, qui ne deviennent à la longue
les 25 derniers degrés. En flexion maximale, l’objet de modifications leur faisant perdre
les muscles concernés sont les extenseurs du une partie de leur solidité.
dos, les fessiers, les ischiojambiers et les mus-
cles de la loge postérieure de la jambe.
Répercussions cliniques
Au cours de l’extension, les muscles du dos propres à chaque élément
sont sollicités symétriquement, surtout au
vertébral
début et à la fin du mouvement. Pendant les
flexions latérales, on note une augmentation
La souffrance de chaque élément participant
de l’activité musculaire des deux côtés, mais
à la structure vertébrale se caractérise par une
avec une nette prédominance du côté où s’ef-
symptomatologie propre qui se manifeste la
fectue la flexion. Celle-ci s’accroît encore en
plupart du temps à distance selon une distri-
cas de soulèvement d’une charge. Les muscles
bution radiculaire.
sollicités ici sont, du côté de la flexion latérale,
le grand adducteur, les obliques, et, du côté Pour poursuivre leurs propres recherches sur
opposé, les grand et moyen fessiers, le grand la musculature (J. Travell et D. Simmons)
dentelé, le rhomboïde et le splenius. ou sur les capsules articulaires postérieures
lombaires (I. Mc Call et Colab), de nom-
breux auteurs se sont inspirés des travaux
Détérioration des structures effectués par J.H. Kellgren sur les ligaments
vertébrales interépineux, les muscles ­spinaux et les
structures vertébrales profondes (périoste).
Nous avons déjà vu combien les contraintes, Le caractère précurseur et l’intérêt de ces
auxquelles les différents éléments du segment travaux réalisés en 1938 méritent de leur
Chapitre 7. Rappels anatomiques et physiopathologiques 89

consacrer quelques lignes car ils ont en nerveux central, ils sont présents partout sauf à
effet démontré que la stimulation des liga- l’intérieur des disques et au niveau des cartilages
ments interépineux chez l’homme se distri- des articulaires postérieures vertébrales.
buait selon un schéma segmentaire défini. Les informations captées par ces mécanoré-
La manière dont ces études ont été condui- cepteurs empruntent deux voies pour gagner
tes constitue un modèle du genre. En effet la moelle épinière : la branche postérieure du
pour parvenir à ses fins, J.H. Kellgren a res- nerf rachidien et le nerf sinuvertébral.
pecté à chaque fois un protocole rigoureux :
La branche postérieure du nerf rachidien assure
recours à trois volontaires par zone étudiée,
grâce à ses nombreuses ramifications la plus
repérage radiographique de cette zone, anes-
grande partie de l’innervation rachidienne,
thésie superficielle de la peau et des tissus
par l’intermédiaire de ses rameaux interne et
sous-cutanés en regard, injection de 0,1 mL
externe. Ceux-ci innervent en effet les plans
d’une solution salée hypertonique à 6 % entre
cutanés, les muscles paravertébraux, les cap-
1 et 3 cm de profondeur. Il a pu ainsi consta-
sules articulaires postérieures, les ligaments
ter que les réponses obtenues étaient repro-
inter- et surépineux. Il convient à leur sujet
ductibles chez un même sujet, rapides et de
d’attirer l’attention sur deux points :
durée généralement brève. Outre la douleur
• tout d’abord, sur le décalage existant entre
au point d’injection, celle-ci provoquait une
le point d’émergence du rameau cutané et
douleur projetée à distance variable selon
son origine vertébrale réelle. Celui-ci peut
le ligament interépineux infiltré, comme le
atteindre trois ou quatre étages de diffé-
prouve le schéma établi par ce chercheur après
rence au niveau du dos. Il convient égale-
infiltration de T2 à L2. Il convient de noter
ment de noter que l’innervation cutanée est
que ces projections pouvaient être bilatérales
assurée jusqu’à T8 par un rameau provenant
en cas d’injection strictement médiane, mais
de la subdivision interne de la branche pos-
qu’elles restaient latéralisées du côté de l’in-
térieure du nerf rachidien et à partir de T9
jection dans le cas contraire.
par un rameau provenant de la subdivision
Les conclusions de ces auteurs se rejoignent et externe, d’où des trajets différents, le long
font toutes état du déclenchement d’une dou- de la colonne vertébrale dans le premier cas,
leur projetée plus ou moins vive ressentie dans oblique et s’écartant d’elle dans le second ;
le territoire segmentaire correspondant à l’étage • la seconde notion est celle de l’intercon-
vertébral, où l’injection irritante de sérum salé nexion nerveuse existant entre les étages
hypertonique était pratiquée (fig. 7-4a et b). sus- et sous-jacents au niveau cervical et
lombaire. Cela explique les difficultés ren-
contrées parfois tant sur le plan clinique
Innervation vertébrale que thérapeutique en raison de cette triple
couverture nerveuse (fig. 7-5).
Les faits précédents nous amènent tout Le nerf sinuvertébral est constitué à la fois par
naturellement à parler de l’innervation de la des fibres nerveuses provenant de la branche
colonne vertébrale et tout d’abord de la répar- antérieure et par des fibres nerveuses sympathi-
tition des récepteurs nociceptifs à son niveau. ques. Par son trajet récurrent postérieur intra-
Depuis les travaux de B. Wyke, ces derniers sont rachidien, il innerve le ligament commun ver-
plus connus sous le nom de mécanorécepteurs tébral postérieur, le ligament jaune, la moi-
en raison de leur sensibilité particulière aux tié antérieure de la dure-mère (cela explique
variations de tension. À l’origine de toutes les l’indolence des ponctions lombaires ou des
informations nociceptives transmises au système intradurales), le tissu graisseux épidural, les
90 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

T2
T3

T4
C8 T5
C5 T6
T7
T8
T9
T10
T11
L1 T12

L2
C6

T1

C7

T2 T3

C7
T4 T5
T6

T8 T7
T12
a T10 T9

T12 T11
L1
L2

Fig. 7.4.  Cartographie des douleurs profondes projetées après injection d’une solution irritante au niveau des ligaments
interépineux.
D’après Kellgren.
Chapitre 7. Rappels anatomiques et physiopathologiques 91

Fig. 7.6.  Nerf sinuvertébral.


1 : disque intervertébral ; 2 : pédicule ; 3 : branche antérieure ;
4 : ganglion de la racine postérieure ; 5 : rameau gris commu-
niquant ; 6 : nerf sinuvertébral.
D’après N. Bogduk.
Fig. 7.5.  Branche postérieure du nerf rachidien et ses
rameaux (vue postérieure).
1 : capsule articulaire postérieure ; 2 : rameau anastomotique ;
3 : branche externe ; 4 : rameau anastomotique ; 5  :  bran-
che interne ; 6 : ligament transverse associé ; 7 : rameau
articulaire.
D’après N. Bogduk.

vaisseaux sanguins irriguant les corps verté- N. Bogduk signale par ailleurs que l’innerva-
braux. Ses interconnexions avec les étages tion du ligament commun vertébral antérieur
adjacents ont donné lieu à de nombreuses et celle de la partie antérieure et postérolaté-
descriptions contradictoires. Il semble que cel- rale superficielle du disque sont assurées par
les-ci s’établissent surtout soit avec leur homo- des rameaux d’origine sympathique ou issus
logue opposé, soit avec l’étage supérieur. de la branche antérieure (fig. 7-6).
Chapitre 8
Segment mobile vertébral
et détection de sa douleur
La notion de « segment mobile vertébral » ostéopathie traditionnelle, car il ne faut pas se
invoquée la première fois par l’anato­miste contenter seulement d’examiner superficielle-
allemand H. Junghanns a constitué un pro- ment la région incriminée, mais au contraire
grès considérable pour comprendre le poly- d’être aussi capable de localiser la source réelle
morphisme symptomatique observé en de la symptomatologie amenant à consulter
patho­logie vertébrale. pour appliquer ces manœuvres avec précision
Elle impose en effet de ne plus considérer sur cette dernière.
une région vertébrale dans son ensemble et Cette mise en évidence d’une perturbation
ses répercussions symptomatiques éventuel- segmentaire vertébrale est réalisable soit glo-
les, mais bien au contraire de l’étudier étage balement en analysant simultanément sur le
par étage, c’est-à-dire segmentairement en plan de la mobilité et sur celui de la tonicité
intégrant dans cet examen tous les éléments des muscles voisins les différents étages entre
situés entre deux vertèbres (disques, articulai- eux, soit au contraire en effectuant cette
res postérieurs, ligaments, muscles et éléments étude séparément avec d’abord une analyse
vasculonerveux entrant ou sortant surtout du de la mobilité régionale, puis une recherche
canal rachidien). des diverses manifestations séméiologiques
Toutes ces différentes structures sont inter­ existantes localement ou à distance.
dépendantes et solidaires lors des mouvements Il faut toutefois ne jamais perdre de vue que
normaux comme lors de la survenue d’une dys- les symptômes découverts par cet examen
fonction du segment intervertébral. Aucune sont insuffisants pour conclure à la bénignité
ne peut donc être considérée isolement. de la souffrance segmentaire constatée. Seul
Envisagés sous cet angle les problèmes d’ori- le recours à des examens complémentai-
gine vertébrale influencent considérablement res (radiographies, analyses sanguines…) le
la conduite de l’examen clinique pratiqué en permet.
94 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Segment mobile vertébral

En regardant la manière dont les mouve- Implications en pathologie


ments se déroulent sur une colonne verté- vertébrale
brale sèche, on s’aperçoit qu’en réalité tout se
passe comme s’il s’agissait d’une succession La multiplicité des éléments intervertébraux
d’ensembles articulaires constitués par deux sollicités au cours des mouvements explique
vertèbres adjacentes, reliées entre elles par pourquoi autant d’informations sont suscep-
différents éléments interposés (disque, arti- tibles d’être recueillies au cours d’un dysfonc-
culaires postérieures et leurs capsules, liga- tionnement segmentaire vertébral.
ments interépineux). Aucun d’entre eux n’est Ces informations peuvent en effet provenir
indépendant, tous au contraire sont plus ou soit du segment articulaire lui-même, soit des
moins affectés en même temps. muscles et ligaments, soit encore des éléments
Considérée sous cet angle, celui d’une succes- vasculonerveux situés à son niveau.
sion de « segments mobiles », cette concep- Rien ne s’oppose donc à ce qu’une perturba-
tion défendue et créée par H. Junghanns en tion discale soit muette initialement, mais ait
1936 facilite considérablement la compré- une répercussion symptomatique musculaire,
hension de la physiopathologie vertébrale. ligamentaire ou capsulaire localement, voire à
distance. Rien n’empêche non plus une souf-
Segment mobile france articulaire postérieure de générer des
(bewegunsegment) (fig. 8-1) réactions ligamentaires et musculaires, locales
ou à distance.
Pour H. Junghanns, en effet, la colonne Toutes les écoles de manipulation se réfèrent
vertébrale doit être considérée comme un d’ail­leurs de nos jours à ce concept du segment
ensemble dynamique constitué par une suc- moteur (ou mobile) vertébral pour expliquer
cession de segments mobiles délimités cha- l’origine des déboires amenant leurs patients à
cun par deux vertèbres voisines, dont tous les consulter, mais elles le font sous des dénomina-
éléments interposés entre elles sont toujours tions différentes. Depuis 1981, officiellement,
concernés et solidaires (fig. 8-2). les ostéopathes ont abandonné la notion de
Ainsi par exemple, au cours de la flexion, non « lésion ostéopathique » pour lui sub­stituer celle
seulement le disque a tendance à bailler en de « dysfonction somatique » afin de désigner
arrière, mais encore les articulaires postérieu- un blocage vertébral en malposition.
res s’écartent et les ligaments surépineux et En France, R. Maigne emploie le terme de
interépineux sont étirés. « dérangement intervertébral mineur » (DIM)
Lors de l’extension, c’est le contraire, avec un pour caractériser la réversibilité habituelle de la
bâillement discal antérieur, une convergence symptomatologie clinique. La Fédération inter-
des surfaces articulaires postérieures et un rap- nationale de médecine manuelle recommande
prochement des épineuses. Lors de l’inflexion d’employer le terme de « dysfonction segmentaire
latérale, il y a écartement du côté opposé à vertébrale », dénomination qui offre l’avantage
celle-ci et convergence dans sa direction. de se rapprocher de la définition ostéopathique.
Chapitre 8. Segment mobile vertébral et détection de sa douleur 95

Fig. 8.1.  Segment mobile de H. Junghanns.

Fig. 8.2.  Implications discoligamentaires et articulaires postérieures de sa mise en jeu.


96 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Détection de la souffrance segmentaire vertébrale

Mise en évidence par étudier la texture et la sensibilité cuta-


née par la méthode du palper-rouler (connue
Les signes qui permettent d’identifier une encore sous le nom de palper-pincer-rouler).
souffrance segmentaire vertébrale sont mul-
tiples et variés. Hormis les renseignements
recueillis au cours de l’interrogatoire et qui Méthode du palper-rouler
sont essentiellement subjectifs, chacune des (palper-pincer-rouler) (fig. 8-3)
étapes de l’examen clinique peut procurer Réalisation (fig. 8-4)
nombre de signes objectifs et attirer ainsi l’at-
tention sur la région mise en cause. Cette méthode est extrêmement facile à exé-
Cela commence dès l’inspection (attitude cuter. Dans un premier temps, il faut saisir un
de défense, trouble statique…), se poursuit morceau du revêtement cutané entre les pou-
au cours de l’étude de la mobilité régionale ces et les doigts de chaque main, puis le sou-
(raideur, diminution de la mobilité…). Et lever légèrement avant de le dérouler entre
c’est surtout vrai au moment de l’examen ses doigts.
local proprement dit, lorsque l’on cherche
à déterminer le siège exact de la dysfonction Constats possibles
vertébrale suspectée par la constatation au et leurs significations
niveau de l’étage vertébral concerné de signes Normalement la peau est souple et indolore
témoignant de son existence (mobilité défec- et n’adhère pas aux plans sous-jacents.
tueuse, douleur locale) ou par la découverte En présence d’un épaississement du pli cutané
à distance de manifestations consécutives à et/ou d’une sensibilité de la peau, le crédit
cette souffrance dans les dermatomes, myo- qu’il convient de leur accorder dépend essen-
tomes ou sclérotomes correspondant à cet tiellement de leur topographie.
étage perturbé. Un épaississement généralisé se rencon-
Dans un cas comme dans l’autre, il faut rete- tre habituellement en cas de surcharge
nir un point essentiel : ces signes témoignent pondérale.
seulement de l’existence d’une perturbation Un épaississement situé au niveau des fesses
pathologique. En aucun cas, ils ne permet- et des cuisses avec phénomène de la peau
tent d’en préjuger la nature bénigne ou grave. d’orange est l’apanage habituel des cellulites
Cela montre qu’à chaque fois, il est essentiel féminines.
de faire appel aux examens complémentaires Seule la constatation d’une zone suspendue
(en particulier à la radiologie) pour préciser et unilatérale avec épaississement doulou-
la nature réelle des symptômes constatés en reux du pli cutané s’avère intéressante sur
sachant qu’un retard dans le délai d’appari- le plan vertébral, car une telle manifestation
tion des images radiologiques est possible au évoque l’existence possible d’une dysfonc-
début de l’affection responsable. tion segmentaire vertébrale située au niveau
Avant d’entreprendre toute recherche de l’étage correspondant au territoire cutané
séméiologique, il faut toujours commencer anormal.
Chapitre 8. Segment mobile vertébral et détection de sa douleur 97

Fig. 8.3.  Méthode du palper-rouler.

Fig. 8.4.  Les différentes étapes de son exécution.


98 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Détection de la souffrance segmentaire vertébrale (suite)

Signes locaux Palpation des massifs articulaires


postérieurs cervicaux mobilisés
Plusieurs méthodes ont été préconisées passivement (fig. 8-6)
pour localiser avec précision le siège d’une Commencer par demander au patient de s’as-
dysfonction segmentaire vertébrale ou – ce seoir et se placer debout derrière lui. Pour réa-
qui est le cas de certaines écoles – pour en liser cette manœuvre, il suffit d’appliquer le
déterminer la nature. pouce et les autres doigts d’une de ses mains
de part et d’autre de la ligne des épineuses, à
Analyse dynamique des mouvements deux travers de doigts de celle-ci, en regard
L’analyse dynamique des mouvements, qui des massifs articulaires postérieurs cervicaux.
représente la méthode la plus employée outre- Puis avec l’autre main, effectuer sur la tête du
Atlantique, consiste à apprécier la liberté (ou patient de petits mouvements de va-et-vient
la restriction) du jeu segmentaire vertébral en rotation, tout en analysant les sensations
à partir des informations recueillies lors de perçues (tension, sensibilité) au niveau de la
la mobilisation rachidienne, effectuée étage main postérieure cervicale, étage après étage.
par étage, en appliquant la pulpe des doigts
soit au niveau de deux ou trois espaces inte- Étude de la mobilité segmentaire
cervicale transversale
répineux mitoyens (flexion–extension), soit
sur plusieurs apophyses transverses voisines Commencer par faire allonger le patient sur
(flexion latérale) (fig. 8.5) ou encore sur les le dos et appliquer la pulpe des doigts sur
faces latérales des épineuses ou en regard les apophyses transverses de deux ou trois
des massifs articulaires postérieurs adjacents vertèbres cervicales voisines. Pour réaliser la
(rotation). manœuvre proprement dite, il faut mobiliser
Les résultats de cette méthode sont les sui- celles-ci transversalement à l’aide de petits
vants : mouvements répétés et apprécier au cours
• normalement, le mouvement est harmo- de ceux-ci la manière dont réagissent les éta-
nieux et comparable symétriquement ; ges cervicaux les uns par rapport aux autres
• l’existence d’une anomalie se traduit soit (fig. 8-7 a et b).
par une perte du jeu interépineux, lors de
la flexion ou de l’extension, soit par une Sources d’erreurs
atteinte de la mobilité intertransversaire ou Elles sont souvent liées à l’épaisseur du tissu
encore segmentaire au cours d’une rotation. cellulo-sous-cutané recouvrant le rachis et à la
Un étage donné peut très bien voir sa mobi- difficulté dans ces circonstances de percevoir
lité atteinte dans plusieurs directions ; sous les doigts toutes les subtilités du mouve-
• au niveau du rachis cervical, cette approche ment segmentaire vertébral.
diagnostique fonctionnelle utilisant l’emploi Elles proviennent aussi parfois des anomalies
combiné de la palpation et du mouvement structurelles vertébrales existantes, modifiant
doit tenir compte de la morphologie particu- la forme et la situation topographique des
lière de cette région. apophyses épineuses ou transverses.
Chapitre 8. Segment mobile vertébral et détection de sa douleur 99

Fig.  8.6.  Analyse dynamique du mouvement en


plaçant les doigts sur les massifs articulaires
postérieurs.

Fig. 8.5.  Analyse du mouvement en plaçant les


doigts sur plusieurs transverses voisines.

Fig. 8.7.  Étude de la mobilité transversale cervicale de gauche à droite.


100 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Détection de la souffrance segmentaire vertébrale (suite)

Signes locaux (suite) sens et non pas dans l’autre permet de déter-
miner avec précision non seulement l’étage
Recherche d’une douleur locale vertébral qui souffre, mais encore la direction
Théoriquement, cinq manœuvres peuvent de la douleur provoquée. Elle fournit de ce
permettre de détecter localement une souf- fait une précieuse indication pour déterminer
france segmentaire vertébrale donnée. En la direction de la manœuvre à faire.
réalité, leur mise en œuvre dépend essentiel- Une douleur cutanée est toujours une source
lement de l’étage examiné et leur succès n’est d’erreur potentielle.
pas toujours systématique, certains signes
pouvant exister et d’autres pas. Palpation des massifs articulaires
postérieurs (fig. 8.11)
Pression postéro-antérieure sur l’apophyse Elle doit s’effectuer de manière lente et glis-
épineuse (processus) (fig. 8-8) sée, sans jamais décoller le doigt palpateur de
Normalement elle est indolore. Le déclenche- la surface cutanée afin de pouvoir bien analy-
ment d’une douleur doit donc toujours don- ser la texture des tissus sous-cutanés et déce-
ner l’éveil si la peau sus-jacente est normale et ler la présence de contractures musculaires
en l’absence d’apophysite épineuse (douleur sensibles.
survenant dès le début de la pression). Normalement, cette recherche est indolore.
La survenue d’une douleur peut correspon-
Pression transversale sur la face dre soit à l’inflammation de la capsule arti-
latérale de l’épineuse (fig. 8-9) culaire, soit à une contracture des muscles
Elle consiste à superposer ses deux pouces paravertébraux locaux.
l’un sur l’autre et à les appuyer transversale-
ment et successivement sur la face latérale des Palpation des ligaments interépineux
épineuses d’un côté, puis de l’autre. et surépineux (fig. 8.12)
À cette pression transversale, préconisée par Elle nécessite un ongle bien coupé autori-
R. Maigne, nous préférons la pression oblique sant l’exploration non agressive des espaces
en direction de la naissance des apophyses interépineux.
épineuses, car des mesures précises nous ont
Remarque
révélé que cette manœuvre était deux fois plus
sensible que la précédente. Contrairement aux apparences, la plupart
Ici encore, il convient de s’assurer de l’inté- de ces manœuvres sollicitent activement
grité du revêtement cutané sus-jacent. le segment mobile en créant à son niveau
une mobilisation. Elles n’ont donc rien de
Pression transversale en sens opposé statique.
sur les faces latérales de deux Leur intérêt est considérable car des étu-
épineuses contiguës (fig. 8-10) des comparatives effectuées simultané-
Elle consiste à exercer une pression transver- ment avec des discographies ont montré
sale dans le sens opposé sur les faces latérales une quasi-concor­dance de résultats.
de deux épineuses mitoyennes. Rappelons enfin la nécessité de toujours
Normalement, la manœuvre est indolore. s’assurer au départ de l’existence d’une
L’apparition d’une douleur accrue dans un peau saine en regard.
Chapitre 8. Segment mobile vertébral et détection de sa douleur 101

Fig. 8.8.  Pression postéro-antérieure sur l’apophyse Fig. 8.9.  Pression transversale sur la face latérale de
épineuse. l’épineuse.

Fig. 8.10.  Pression transversale en sens opposé sur les faces


latérales de deux épineuses contiguës.

Fig. 8.11.  Palpation des massifs articulaires Fig. 8.12.  Palpation des ligaments inter- et
postérieurs. surépineux.
102 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Détection de la souffrance segmentaire vertébrale (suite)

Manifestations Au niveau cutané, elles consistent en une


à distance (fig. 8-13) modification, plus ou moins importante,
isolée, de la texture de la peau, qui apparaît
Les manifestations à distance pouvant être épaissie et douloureuse lors de la manœuvre
créées par une souffrance segmentaire verté- du palper-rouler. Elles sont à mettre sur le
brale sont multiples et variées. compte d’une irritation des mastocytes.
Certaines sont classiques et bien réperto- Un point important à souligner ici est le déca-
riées (topographie de la douleur, troubles de lage habituel entre ces manifestations cuta-
la sensibilité ou de la motricité, atteinte des nées et le niveau de leur origine vertébrale.
réflexes…). Sur le plan musculaire, elles se traduisent par
D’autres sont d’ordre trophique. Moins l’existence de points ou de cordons indu-
connues, leur mise en évidence présente rés douloureux situés au sein des muscles
pourtant un grand intérêt en raison de leurs directement sous la dépendance de l’étage
implications pratiques et thérapeutiques (der- responsable.
malgies, myalgies, douleurs tendineuses). Sur le plan tendineux, elles se manifestent sous
la forme de douleurs aux points d’insertion,
Manifestations classiques notamment trochantériens, tibiopéroniers ou
épicondyliens.
Les troubles sensitifs, de deux ordres, peu-
Selon R. Maigne, ces trois types de manifes-
vent consister en une hypoesthésie ou en une
tations feraient partie d’une véritable entité
hyperesthésie situées dans le dermatome cor-
clinique, le syndrome téno-cellulo-myalgique
respondant à l’étage irrité.
des irritations radiculaires.
D’importance variable, les troubles moteurs
peuvent aller de la simple diminution de la Remarque
force musculaire jusqu’à la paralysie. Hormis l’atteinte des réflexes, aucune de ces
La présence de troubles des réflexes fournit des manifestations à distance ne permet d’éta-
renseignements précieux sur le niveau verté- blir avec précision l’étage atteint en raison
bral concerné. de l’innervation pluriradiculaire des derma-
Rappelons que : tomes et des muscles, ainsi que de leur déca-
• le réflexe bicipital correspond à C6 ; lage topographique dans l’espace. Toutefois,
• le réflexe tricipital à C7 ; la découverte de leur présence est loin d’être
• le réflexe styloradial à C8 ; dépourvue d’intérêt.
• le réflexe rotulien à L4 ; Sur le plan clinique, elle attire l’atten-
• le réflexe achiléen à S1. tion sur une origine rachidienne possi-
ble et amène à l’examen de la colonne
Troubles trophiques vertébrale.
La plupart du temps, ces manifestations pas- Sur le plan thérapeutique, leur traitement
sent inaperçues car leur mise en évidence permet parfois la suppression d’un cer-
exige une recherche attentive. Elles sont tain nombre de douleurs projetées dura-
habituellement liées à un dérèglement d’ori- bles et rebelles à toutes les thérapeutiques
gine sympathique et s’observent aussi bien au tentées.
niveau cutané que musculaire ou tendineux.
Chapitre 8. Segment mobile vertébral et détection de sa douleur 103

Fig. 8.13.  Dermatomes.


D’après O. Foerster.
Chapitre 9
Rachis cervical et charnière
cervicodorsale (cervicothoracique)
La région cervicale et cervicodorsale (cervico­ latéroflexion sont couplées et s’effectuent
thoracique) est à l’origine de nombreuses dans la même direction.
demandes de consultation en pratique quoti­ En évoquant cette portion du rachis, il convient
dienne. Il n’y a rien d’étonnant à cela. également d’attirer l’attention sur le danger
Biomécaniquement parlant, le rachis cervi­ potentiel des mouvements de rotation et
cal est l’objet de sollicitations permanentes d’extension associés à ce niveau en raison du
provoquées par les mouvements incessants et cheminement des artères vertébrales à tra­
répétitifs de la tête. C’est l’une des explica­ vers les trous vertébraux et de leurs boucles
tions les plus logiques à la précocité des alté­ entre C2 et l’occiput avant leur réunion pour
rations radiologiques observées au niveau des constituer le tronc vertébrobasilaire.
uncus parfois dès la trentaine. L’autre respon­ C’est dire combien au cours de tout examen
sable à cette usure est la contrainte considéra­ impliquant une rotation et une extension,
ble permanente générée par le poids du crâne surtout au niveau du rachis cervical supérieur,
et du cerveau réunis, entre 3 et 4 kg selon les il est important de s’assurer de l’absence de
sexes, contrastant avec la fragilité et la graci­ réactions. Il faut également présenter systé­
lité des vertèbres cervicales. matiquement chaque manœuvre cervicale
La structure du rachis cervical est de son côté projetée avant de la faire pour y renoncer le
d’une grande complexité opposant les deux cas échéant si une manifestation anormale se
premières cervicales aux suivantes tant sur le déclare (malaise, impression vertigineuse…).
plan morphologique que fonctionnel. Ainsi, La panoplie ostéopathique au niveau du cou
entre C0 et C1 (occiput ; atlas) seules la flexion, offre effectivement de multiples possibilités
l’extension et les latéroflexions sont possibles. de solutions de rechange depuis les massages
Entre C1 et C2 (atlas, axis), c’est la rotation. longitudinaux ou transversaux, les manœu­
Entre C2 et T1, au contraire, aucun mou­ vres myotensives, les mobilisations, jusqu’aux
vement n’est interdit, mais la rotation et la manipulations avec impulsion.
106 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Rachis cervical et manipulations vertébrales

L’anatomie du rachis cervical (fig. 9-1) Système vertébrobasilaire


entraîne des sujétions particulières à chaque Il constitue la principale menace potentielle exis­
étape du traite­ment manipulatif. tante en matière de manipulation vertébrale cer­
vicale en raison :
Lors de l’examen clinique • de l’inégalité fréquente du calibre des artè­
res vertébrales (deux cas sur trois) ;
L’unique moyen de détecter une souffrance • de rétrécissements possibles des trous verté­
segmentaire entre C2 et C5 réside dans la braux situés de part et d’autres du corps verté­
palpation des massifs articulaires postérieurs, bral, qui sont soit congénitaux (cloisonnement),
car la configuration bifide des épineuses et soit acquis (déformations arthrosiques) ;
leur brièveté interdisent le recours aux autres • de la modification physiologique plus ou
manœuvres décrites auparavant. moins importante du débit artériel vertébral
Seuls C6 et C7 échappent à cette restriction, opposé à la rotation, dès que la rotation du rachis
en raison de leurs apophyses épineuses proé­ cervical supérieur dépasse les 30 ° (fig. 9-2).
minentes, celle de C7 n’étant pas influencée L’existence sur le plan biomécanique cervical
par les mouvements. d’une rotation et d’une flexion latérale s’effec­
tuant simultanément dans la même direction
permet à cet égard de limiter considérablement
Sur le plan thérapeutique la rotation cervicale au cours d’une manipula­
La mobilité de cette région et son faible tion. Il suffit en effet simplement pour cela de
poids facilitent l’emploi de simples mobi­ s’opposer au mouvement physiologique natu­
lisations passives sans aller jusqu’aux mani­ rel en commençant par fléchir latéralement
pulations proprement dites, avec tous les le cou au niveau de l’étage désiré dans une
avantages s’y rapportant (risques réduits, direction, avant de tourner ensuite légèrement
manœuvres peu traumatisantes, efficacité celui-ci dans la direction contraire.
à terme quasi identique), d’où leur intérêt
chez les patients âgés à colonne ostéoporo­ Apophyse odontoïde (dent de l’axis)
tique ou enraidie. Son implantation particulière sur le corps de
C2 impose de son côté le respect de certaines
Lors de la séance précautions :
de manipulation proprement dite • la prise de clichés systématiques, surtout s’il
y a une notion de traumatisme récent ;
Le fait d’agir sur le cou impose deux précau­ • l’interdiction de faire appel aux manœuvres
tions liées : portant le cou en flexion latérale avec appui
• au trajet et aux variations du système direct sur la face latérale de l’axis, le patient
vertébro­basilaire ; étant couché sur le côté, manœuvres décrites
• à la présence de l’apophyse odontoïde (dent sous le terme de HIO (hole in one) par les
de l’axis). anciens chiropracteurs.
Chapitre 9. Rachis cervical et charnière cervicodorsale (cervicothoracique) 107

Fig. 9.1.  Vertèbres cervicales.

Fig. 9.2.  Boucle de l’artère vertébrale et sa déformabilité en fonction du mouvement.


108 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Techniques de détente musculaire au niveau du cou

La présence fréquente de contractures mus­ passagers qu’il va subir tout en lui montrant
culaires douloureuses au niveau de la région en quoi elle consiste, et en insistant sur sa
cervicale rend la plupart du temps nécessaire parfaite innocuité.
leur emploi au début de chaque séance de Sa réalisation est ici encore extrêmement
traitement, afin de libérer une (ou plusieurs) facile  : le patient étant assis, il suffit de se
direction(s) pour pouvoir manœuvrer. Parfois mettre derrière lui et d’appliquer les doigts
même ces techniques représentent le seul de l’une de ses mains (ou son index fléchi)
moyen disponible pour soulager un patient sur le cou latéralement, puis de faire glisser
« imbougeable » en raison soit des contractu­ ses doigts (ou son index) transversalement
res existantes (torticolis), soit de la présence au-delà de la ligne des épineuses en cherchant
d’une arthrose considérable. à mobiliser les muscles sous-jacents pour les
amener à rouler sur les épineuses. Ce balayage
transversal doit être exécuté sur toute la hau­
Étirements longitudinaux teur du cou de part et d’autre de celui-ci en
(fig. 9-3 et 9-4)
changeant de main, et en appréciant à chaque
Ces manœuvres permettent à la fois d’obte­ fois le résultat obtenu sur la mobilité.
nir une détente musculaire globale correcte
et de faire céder les nombreuses contractures Techniques myotensives
situées en regard des massifs articulaires pos­ (muscle energy technics)
térieurs douloureux.
Elles consistent simplement, après s’être assis L’intérêt de recourir à ces techniques est,
à la tête du patient couché sur le dos, à lui outre leur simplicité, de pouvoir tirer parti
empaumer avec l’une de ses mains la muscu­ de la propriété qu’ont tous les muscles de se
lature cervicale postérieure située du même détendre lorsqu’ils sont soumis directement à
côté à la base du cou, en veillant bien à appli­ un étirement contre résistance ou bien lors­
quer son annulaire et son auriculaire contre la que leurs antagonistes sont sollicités.
ligne des épineuses, puis à ramener lentement Pour réaliser la première technique, il suffit
sa main vers soi en effectuant une traction sur d’étirer au maximum le muscle (ou le groupe
les muscles sous-jacents. Il est souvent utile de muscles) du patient sur lequel (lesquels) on
d’y associer des massages circulaires. souhaite agir, et de lui demander de s’opposer
quelques secondes à ce mouvement, puis de
se détendre pendant une période équivalente
Étirements transversaux avant de réitérer la manœuvre.
(fig. 9-5 et 9-6) Pour solliciter les antagonistes, au contraire, il
faut au départ positionner le cou du patient à
Cette seconde technique s’avère particuliè­ la limite du blocage douloureux existant, puis
rement intéressante pour soulager les cer­ lui demander de mobiliser son cou en sens
vicalgies d’origine musculaire aiguës ou inverse tout en s’opposant à cette tentative 3
chroniques et pour améliorer la mobilité. ou 4 secondes ; et après un repos équivalent
Son caractère douloureux impose de pré­ recommencer la même opération à partir de la
venir au départ le patient des désagréments nouvelle position limite obtenue.
Chapitre 9. Rachis cervical et charnière cervicodorsale (cervicothoracique) 109

Fig. 9.3.  Position de départ.


Fig. 9.4.  Étirement longitudinal cervical.

Fig. 9.5.  Étirement transversal avec la pulpe des doigts.

Fig. 9.6.  Même manœuvre avec l’index replié.


110 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Mobilisation de la charnière cervico-occipitale

Rappels généraux La mobilisation elle-même s’obtient par le


relâchement de la tension ainsi créée et par
• Possibilités d’action : occiput–C1, accessoi­ la répétition de l’opération plusieurs fois de
rement C1–C2. suite (fig. 9-9).
• Position initiale du patient : en décubitus
dorsal.
Sources d’échec
• Position du praticien : debout ou assise.
• Mauvaise prise de l’écaille occipitale du
patient.
Manœuvre • Traction trop forte ou insuffisante.
But poursuivi • Mauvais appui de la main frontale.
• Coordination défectueuse entre les mains
Mobiliser en flexion l’occiput sur l’atlas du
antérieure et postérieure.
patient.
• Rythme imprimé au mouvement trop
rapide.
Préparation
Après avoir demandé au patient de s’allonger Remarques
sur le dos, venir se placer debout (ou assis) À propos de cette manœuvre, il convient
derrière l’extrémité supérieure de la table de de rappeler quelques-unes des particu-
manipulation. larités propres à cette région, expliquant
Avec une main, empaumer l’occiput du pourquoi la pathologie de celle-ci donne
patient en plaçant le pouce et l’index sur lieu à tant d’interprétations cliniques et de
l’écaille occipitale de part et d’autre de la divergences techniques :
ligne médiane (fig. 9-7). • l’importance de la musculature qui recou­
Appliquer ensuite l’autre main contre le front vre l’atlas et gêne sa palpation, d’autant plus
du patient. que sa position dans l’espace la rend déjà peu
accessible (axe transversal situé sur le plan de
Exécution la ligne des apophyses mastoïdes à un demi-
Ces dispositions prises, la première étape travers de doigt au-dessous de celles-ci, extré­
de la manœuvre consiste à mettre le cou du mités latérales se projetant en arrière un demi
patient sous traction en se servant de sa main à un travers de doigt en dedans) ;
postérieure, puis à augmenter celle-ci tout en • la faible mobilité existante entre l’occiput
appuyant en même temps sur le front vers et l’atlas avec une rotation nulle, une flexion–
l’avant, de manière à faire fléchir la tête sur le extension d’environ 14 °, une flexion latérale
cou (fig. 9-8). d’environ 8 °.
Chapitre 9. Rachis cervical et charnière cervicodorsale (cervicothoracique) 111

Fig. 9.7.  Position de départ.


Prise manuelle de l’occiput.

Fig. 9.8.  Mobilisation cervico-occipitale : phase 1.

Fig. 9.9.  Mobilisation cervico-occipitale : phase 2.


112 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation occipito-atloïdienne

Rappels généraux Exécution (fig. 9-11)


La mise en tension s’effectue en commençant
• Possibilités d’action : occiput–C1, accessoi­ par tirer doucement sur la tête du patient avant
rement C1–C2. de la fléchir latéralement légèrement vers la
• Position initiale du patient : en décubitus droite, puis de la tourner vers la gauche.
dorsal. La manipulation s’obtient en imprimant sur sa
• Position du praticien : debout ou assis main droite une brève poussée vers l’œil droit
à l’un des angles supérieurs de la table de du patient.
manipulation, du côté opposé à la manœuvre
projetée.
Seconde méthode
Préparation (fig. 9-12)
Manœuvres Demander au patient de s’allonger sur le dos
et se placer assis ou debout derrière lui en
Techniques illustrées
regard de l’angle supérieur droit de la table
Manipulations en cas de blocage occipital de manipulation.
droit. Ensuite, empaumer le menton du patient
avec sa main gauche, tout en lui soutenant la
But poursuivi tête avec son avant-bras.
Placer alors son index droit sur la partie pos­
Rétablissement de la mobilité existant nor­ térolatérale droite de l’occiput du patient.
malement entre l’occiput et l’atlas, en se
servant des particularités biomécaniques pro­ Exécution (fig. 9-13)
pres à cette charnière, sans perdre de vue les
contraintes imposées par la présence des artè­ La mise en tension s’effectue en fléchissant
res vertébrales. latéralement la tête du patient vers la droite,
en l’inclinant légèrement vers l’avant de
manière à la tourner, le moins possible, vers
Première méthode la gauche.
Préparation (fig. 9-10) La manipulation s’obtient en imprimant avec
son index gauche une poussée brusque et
Demander au patient de s’allonger sur le dos,
contrôlée vers l’œil du patient.
les bras le long du corps. Se placer derrière
lui, en regard de l’angle supérieur gauche de Remarque
la table de manipulation. En raison du risque constitué par la pré-
Avec sa main gauche, saisir ensuite la pointe sence du système vertébrobasilaire et mal-
du menton du patient de manière à pou­ gré les difficultés posées par un système
voir placer sa paume et une partie de son musculaire particulièrement développé,
avant-bras contre la joue gauche et la tête du l’exécution de ces deux manœuvres doit
patient. toujours s’effectuer avec la plus grande
Appliquer alors son éminence hypothénar douceur, après un test de posture prémani-
droite contre la partie postéro-droite de l’oc­ pulatif, voire au moindre doute après cer-
ciput du patient, en orientant l’axe de sa main tains examens complémentaires (Doppler,
vers l’orbite de ce dernier. échographie, etc.).
Chapitre 9. Rachis cervical et charnière cervicodorsale (cervicothoracique) 113

Première méthode

Fig. 9.10.  Position de départ. Fig. 9.11.  Manipulation.

Deuxième méthode

Fig. 9.12.  Position de départ. Fig. 9.13.  Manipulation.


114 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulations atloïdo-axoïdiennes

Rappels généraux fléchir légèrement vers l’avant, de la fléchir


latéralement vers la droite, puis de la tourner
• Possibilités d’action : C1–C2. vers la gauche.
• Position initiale du patient : en décubitus La manipulation s’obtient en accentuant
dorsal. brusquement la rotation gauche dans la direc­
• Position du praticien : debout à l’un des tion indiquée par son pouce droit.
angles supérieurs de la table de manipulation,
du côté opposé à la manœuvre projetée. Seconde méthode
Préparation (fig. 9-16)
Manœuvres Demander au patient de s’allonger sur le
Techniques illustrées dos et venir se placer debout derrière lui en
regard de l’angle supérieur gauche de la table
Manipulations devant un atlas fixé en rota­ de manipulation.
tion droit. Ensuite, saisir le menton du patient avec sa
main gauche, tout en lui soutenant la tête
But poursuivi avec son avant-bras.
Rétablissement de la normalité du fonction­ Appliquer alors sa main droite sur la bran­
nement entre l’atlas et l’axis, en utilisant les che montante de la mâchoire du patient, en
particularités biomécaniques propres à cet l’orientant vers le menton.
étage et en tenant compte de la présence des
artères vertébrales. Exécution (fig. 9-17)
La mise en tension s’effectue en fléchissant
Première méthode latéralement la tête du patient vers la droite
Préparation (fig. 9-14) de manière à limiter au maximum la rotation
Demander au patient de s’étendre sur le dos, vers la gauche et en l’inclinant légèrement
les bras le long du corps. Se placer debout vers l’avant.
derrière lui, en regard de l’angle supérieur La manipulation s’obtient en imprimant
gauche de la table de manipulation. une brusque poussée avec sa main droite sur
Saisir ensuite la pointe du menton du patient la mâchoire du patient, pour augmenter la
avec sa main gauche, de manière à pouvoir rotation.
placer sa paume et une partie de son avant- Remarque
bras contre la joue gauche et la tête du En raison du risque constitué par la pré-
patient. sence du système vertébrobasilaire, l’exé-
Appliquer alors son index droit contre la face cution de ces deux manœuvres est soumise
postérolatérale droite de l’arc postérieur de à deux conditions : d’une part, elles doivent
l’atlas du patient et poser le pouce de la même toujours se faire après un test de posture
main sur la branche montante de la mâchoire prémanipulatif, voire au moindre doute
de ce dernier. après certains examens complémentaires
(Doppler, échographie), d’autre part, elles
Exécution (fig. 9-15) ne peuvent être pratiquées qu’après le par-
La mise en tension s’effectue en commençant fait verrouillage de la région par la réduc-
par tirer sur la tête du patient avant de la tion de la rotation au maximum.
Chapitre 9. Rachis cervical et charnière cervicodorsale (cervicothoracique) 115

Première méthode

Fig. 9.14.  Position de départ. Fig. 9.15.  Manipulation.

Seconde méthode

Fig. 9.16.  Position de départ.

Fig. 9.17.  Manipulation.


116 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Mobilisation du rachis cervical moyen et inférieur


en flexion et en extension

Rappels généraux Exécution (fig. 9-19)


La mobilisation en flexion s’obtient simple­
• Possibilités d’actions : C2–C3 à C7–T1. ment en soulevant lentement le cou avec ses
• Position initiale du patient : en décubitus deux avant-bras jusqu’au début de la sensa­
dorsal. tion de résistance, puis en le reposant sur la
• Position du praticien : debout ou assise, table, avant de recommencer.
à l’extrémité supérieure de la table de
manipulation.
Mobilisation du rachis
cervical en extension
Manœuvres Préparation (fig. 9-20)
But poursuivi Demander au patient de s’allonger sur le dos
et venir s’asseoir derrière lui, en bout de table
Faire effectuer un mouvement de va-et-
de manipulation.
vient au rachis cervical inférieur et moyen du
Glisser alors son avant-bras gauche sous le
patient en flexion (ou en extension) depuis la
cou du patient dans le creux existant entre le
position de repos jusqu’à celle de la mise en
plan des épaules et la tête.
tension.
Placer ensuite sa main droite sur le front du
patient.
Mobilisation du rachis
cervical en flexion Exécution (fig. 9-21)
Préparation (fig. 9-18) La mobilisation en extension s’obtient en
Demander au patient de s’étendre sur le dos soulevant, puis en reposant successivement la
et venir se placer derrière l’extrémité supé­ nuque du patient avec son avant-bras gauche,
rieure de la table de manipulation. tout en conservant l’appui frontal exercé avec
Appliquer alors successivement la paume de sa main droite pour obliger la tête du patient à
chacune de ses mains sur l’épaule opposée du rester au contact de la table de manipulation.
patient de manière à pouvoir réaliser un ber­
ceau pour l’occiput avec ses deux avant-bras
croisés.
Chapitre 9. Rachis cervical et charnière cervicodorsale (cervicothoracique) 117

Mobilisation du rachis cervical en flexion

Fig. 9.18.  Position de départ.


Fig. 9.19.  Manœuvre.

Mobilisation du rachis cervical en extension

Fig. 9.20.  Position de départ.

Fig. 9.21.  Manœuvre.


118 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Mobilisation et manipulation cervicales sous traction

Rappels généraux ce dernier avant d’effectuer une traction vers soi,


puis de maintenir celle-ci 2 à 3 minutes avant de
La traction axiale est une manœuvre rarement relâcher son effort et de recommencer.
utilisée isolément et il faut le regretter car, En ce qui concerne les manipulations propre-
employée à bon escient et avec prudence, elle ment dites, la position des mains diffère selon
est susceptible de rendre de grands services. l’effet escompté :
• pour agir au niveau occipito-atloïdien et atlo-
Sur le plan diagnostique axoïdien (fig. 9-22 et 9-23), il faut empaumer
Elle permet de juger du bien-fondé de son le menton du patient avec l’une de ses mains
emploi éventuel en face d’une céphalée ou et l’occiput avec l’autre. La manipulation s’ob­
d’une névralgie cervicobrachiale lorsque la dou­ tient en tirant brusquement, mais de manière
leur s’atténue ou disparaît rapidement en met­ très brève et mesurée sur ses mains ;
tant le rachis cervical sous traction manuelle. • pour agir entre C3 et T1 (fig. 9-24 et
9-25), le procédé employé est le même. Seule
Sur le plan thérapeutique la position des doigts change : ceux-ci sont
Les seules conditions requises pour voir ces appliqués symétriquement sur les massifs arti­
manœuvres réussir sont : culaires postérieurs correspondant à l’étage
• d’une part, l’assurance qu’elles concernent à traiter, après avoir bien pris soin de s’assu­
bien l’étage voulu, c’est dire l’importance rer auparavant que le recrutement et le ver­
revêtue par un positionnement préalable par­ rouillage cervical s’effectuent à leurs niveaux.
fait du cou contrôlé par la palpation ;
• d’autre part, l’assurance qu’elles sont exé­ Remarques
cutées avec légèreté et mesure (la traction Généralement, le soulagement observé
doit se situer entre 5 et 8 kg). lors du test de traction prémanipulatif va
de pair avec, à l’inverse, une aggravation
des symptômes en cas de pression axiale
Méthodes utilisables verticale exercée sur la tête du patient
En ce qui concerne la mobilisation, il suffit de (manœuvre de Spurling).
se placer à l’extrémité supérieure de la table de L’intérêt de ces manœuvres est de ne
manipulation, derrière la tête du patient allongé pas interférer sur le système vertébro­
sur le dos, et de saisir avec ses mains l’occiput de basillaire.
Chapitre 9. Rachis cervical et charnière cervicodorsale (cervicothoracique) 119

Fig. 9.22.  Tractions cervicales hautes (manœuvre


vue de face).

Fig. 9.23.  Tractions cervicales hautes (manœuvre


vue de profil).

Fig. 9.24.  Tractions cervicales moyennes (position


de départ).

Fig. 9.25.  Tractions cervicales moyennes


(vue de profil).
120 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulations du rachis cervical moyen et inférieur


en position assise, latéroflexion et rotation opposées

Rappels généraux latéralement le cou du patient vers la gauche avec


l’aide de sa main gauche jusqu’au moment de
• Possibilités d’action : C3–C4 à C7–T1. sentir le recrutement vertébral s’effectuer sous
• Position initiale du patient : assise. ses doigts droits. Il suffit alors de tourner la tête
• Position du praticien : debout, à hauteur de du patient légèrement vers la droite, en effec­
l’épaule du patient. tuant une légère traction sur sa main droite.
La manipulation proprement dite (fig. 9-29)
Manœuvre est obtenue simplement en effectuant une
brusque traction sur la main droite au début
Technique illustrée de la mise en tension.
Latéroflexion gauche, rotation droite.
Sources d’échec
But poursuivi • Patient trop contracté par l’absence de
Profiter des possibilités offertes par la bio­ mise en confiance. Il doit se sentir soutenu et
mécanique du rachis cervical inférieur pour protégé.
réduire au maximum la rotation et son inci­ • Mauvais support de la tête et du cou du
dence sur la circulation vertébrobasilaire. patient au cours de la manœuvre.
• Relâchement de la main qui sert de pivot au
moment de la mise en tension.
Préparation
• Mouvement trop forcé et brusque.
Dans un premier temps, commencer par • Impulsion timorée.
demander au patient de s’asseoir sur la table
de manipulation, et venir se placer debout
derrière lui. Variante
Fixer alors le patient contre soi en lui empri­
Le même effet manipulatif est réalisable en se
sonnant l’épaule droite avec son creux axil­
plaçant debout face au patient assis, légèrement
laire droit.
décalé du côté où l’on souhaite intervenir.
Puis venir appliquer l’index ou le majeur de sa
Il faut dans ce cas placer les doigts de la main
main droite sur le massif articulaire postérieur
active sur l’étage à traiter, puis fléchir latérale­
gauche de l’étage à traiter (fig. 9-26).
ment le cou du patient autour de ceux-ci grâce
Placer ensuite la paume de sa main gauche
à une poussée de l’autre main appliquée contre
contre la face latérale droite du cou du patient
la face latérale du cou, avant de tourner ce der­
(fig. 9-27).
nier dans la direction opposée de la manœuvre
désirée jusqu’à percevoir une résistance.
Exécution Une traction brusque vers soi sur sa main
La mise en tension (fig. 9-28) est facile à réaliser, active suffit alors pour donner l’impulsion
à condition de commencer d’abord par fléchir manipulative.
Chapitre 9. Rachis cervical et charnière cervicodorsale (cervicothoracique) 121

Fig. 9.26.  Mise en place de l’appui fixe postérieur.

Fig. 9.27.  Position de départ.

Fig. 9.28.  Mise en extension.

Fig. 9.29.  Manipulation.


122 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation du rachis cervical en décubitus dorsal,


latéroflexion et rotation opposées

Rappels généraux vers la gauche, jusqu’au moment de sentir


sous son index gauche un début de résistance
• Possibilités d’action : C2–C3 à C7–T1. se produire.
• Position initiale du patient : en décubitus La manipulation proprement dite (fig. 9-32)
dorsal. s’effectue soit en utilisant sa main droite pour
• Position du praticien : debout ou assis, à mobiliser le cou du patient vers la droite,
l’extrémité supérieure de la table de manipu­ soit en imprimant une poussée extrêmement
lation, à la tête du patient. rapide, mais de faible amplitude sur sa main
gauche.
Manœuvre
Sources d’échec
Technique illustrée • Mauvaise application sur le massif articu­
Manipulation de C3–C4 en latéroflexion laire postérieur des deux doigts qui servent
gauche et rotation droite. d’axe au cours de la manœuvre (bien penser à
présenter et à utiliser leur partie charnue).
But poursuivi • Verrouillage défectueux au cours de la
manipulation (généralement cela est dû au
Diminuer au maximum l’amplitude de la fait que l’opérateur débutant oublie de faire
rotation cervicale nécessaire pour parvenir au jouer à sa main servant de pivot son véritable
verrouillage de C3–C4 grâce au recours à une rôle).
flexion latérale préalable en sens opposé. • Impulsion manipulative trop timorée ou
trop lente.
Préparation (fig. 9-30)
Après avoir demandé au patient de s’étendre Localisation de la manipulation
sur le dos, les bras le long du corps, venir Pour modifier le niveau de la manipulation, il
appliquer la pulpe de son index et de son suffit de déplacer ses points d’appui manuel
majeur gauches sur le massif articulaire posté­ et de changer l’inclinaison antéropostérieure
rieur C3–C4 gauche de ce dernier. du rachis cervical : le fléchir pour les étages
Placer alors son index et son majeur droits à inférieurs, le mettre en discrète extension
la même hauteur de l’autre côté. pour les étages supérieurs.
En réalité, l’important dans tous les cas est
Exécution d’arriver à limiter la rotation en contrecar­
La mise en tension (fig. 9-31) s’obtient en effec­ rant le mouvement physiologique normal du
tuant une légère traction sur le cou du patient rachis cervical, où rotation et latéroflexion
avec sa main droite, tout en l’infléchissant s’effectuent de même sens et conjointement.
Chapitre 9. Rachis cervical et charnière cervicodorsale (cervicothoracique) 123

Fig. 9.30.  Position de départ.

Fig. 9.31.  Mise en tension.

Fig. 9.32.  Manipulation.


124 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation du rachis cervical moyen et inférieur


en décubitus dorsal et latéroflexion

Rappels généraux Appliquer alors sa main gauche le long de


la face latérale gauche du cou du patient
• Possibilités d’action : C3–C4 à C7–T1. (fig. 9-34).
• Position initiale du patient : en décubitus
dorsal. Exécution
• Position du praticien : debout ou assis, à la
tête du patient. La mise en tension s’obtient en effectuant une
légère traction sur le cou du patient avec sa
main gauche, tout en l’infléchissant vers la
Manœuvre droite et en lui imprimant une légère rotation
vers la gauche jusqu’à percevoir sous son index
Technique illustrée droit un début de résistance se produire.
Manipulation de C4–C5 en latéroflexion La manipulation proprement dite s’effectue
droite. en exagérant brusquement cette traction cer­
vicale (fig. 9-35).
But poursuivi
Immobiliser le rachis cervical inférieur afin de Sources d’échec
pouvoir agir uniquement sur la portion située • Mauvaise application de la main fixe et plus
au-dessus du niveau du contact de son index particulièrement de l’index de cette main
droit. autour de laquelle la manipulation doit se faire.
La main doit être à la fois suffisamment souple
Préparation et ferme pour jouer son rôle de contre-appui.
Après avoir demandé au patient de s’étendre • Verrouillage défectueux des segments voi­
sur le dos, les bras le long du corps, placer sa sins de l’étage à manipuler par non-respect
main droite contre la face latérale droite du des particularités physiologiques du rachis
cou de ce dernier de manière à poser la pre­ cervical.
mière phalange de son index droit au contact • Impulsion manipulative trop timorée et
de C5 (fig. 9-33). trop lente.
Chapitre 9. Rachis cervical et charnière cervicodorsale (cervicothoracique) 125

Fig. 9.33.  Position de départ.

Fig. 9.34.  Mise en tension.

Fig. 9.35.  Manipulation.


126 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Mobilisation et manipulation de la charnière


cervicodorsale (cervicothoracique) en position
assise et latéroflexion

Rappels généraux avant de recommencer la manœuvre, tout en


veillant bien à maintenir le cou du patient en
• Possibilités d’action : C5–C6 à C7–T1. position verticale tout le temps.
• Position initiale du patient : assise. La manipulation consiste à effectuer une
• Position du praticien : debout, derrière le brusque poussée sur son pouce droit, une fois
patient. la mise en tension obtenue.

Manœuvre Sources d’échec


Technique illustrée • Mauvaise prise en main du patient par le
praticien, génératrice de crispation.
C7–T1 en latéroflexion droite.
• Appui défectueux de la main de l’opérateur
contre le cou et la tête du patient.
But poursuivi • Appui douloureux du pouce de l’opérateur
Verrouiller le rachis cervical inférieur du contre l’épineuse.
patient en latéroflexion droite de manière à • Absence de verrouillage local.
pouvoir agir sur C7–T1. • Impulsion insuffisante.

Préparation (fig. 9-36)


Variantes
Demander au patient de s’asseoir sur la table
de manipulation et venir se placer debout L’appui contre le cou et la tête du patient peut
derrière lui en collant sa poitrine contre lui. se faire en plaquant son avant-bras contre eux
Placer la paume de sa main gauche contre (fig. 9-38).
la face latérale gauche du cou du patient, en Il est également possible d’effectuer cette
prenant soin de lui emprisonner l’épaule gau­ manœuvre en se servant de sa cuisse gau­
che avec son avant-bras. che pour soutenir le patient. Il suffit pour
Appliquer ensuite son pouce droit contre la cela de poser son pied gauche sur la table de
face latérale droite de l’épineuse de D1 du manipulation de manière à pouvoir glisser
patient et le reste de sa main sur la base du sa cuisse dans le creux axillaire gauche de ce
cou, en regard de la clavicule de ce dernier. dernier, puis de procéder comme précédem­
ment (fig. 9-39).
Exécution (fig. 9-37) Remarque
La mobilisation consiste à effectuer un mou­ La manœuvre est grandement facilitée si
vement de va-et-vient depuis la position de l’on prend soin au départ de tourner légè-
départ jusqu’à l’obtention de la mise en ten­ rement le cou du patient dans la direction
sion, puis à revenir à la position de départ opposée à celle de la latéroflexion.
Chapitre 9. Rachis cervical et charnière cervicodorsale (cervicothoracique) 127

Fig. 9.36.  Position de départ. Fig. 9.37.  Manipulation.

Fig. 9.38.  Variante dans le positionnement Fig. 9.39.  Variante de la première manœuvre
de la main fixe. en glissant le genou sous l’aisselle du patient.
128 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation de la charnière cervicodorsale


(cervicothoracique) en décubitus latéral et latéroflexion

Rappels généraux Exécution


La mise en tension s’obtient en soulevant
• Possibilités d’action : C5–C6 à T1–T2. simultanément la tête et le cou avec sa main
• Position initiale du patient : en décubitus droite tout en accentuant la contre-pression
latéral. exercée par son pouce gauche contre l’épi­
• Position du praticien : debout, face au neuse de T1 et en accompagnant ce mouve­
patient, à la hauteur des épaules de celui-ci. ment d’une discrète rotation du cou vers la
gauche.
Manœuvre La manipulation (fig. 9-43) consiste à effec­
tuer une brusque impulsion vers le haut sur
Technique illustrée le cou du patient avec le bord cubital de sa
Latéroflexion droite sur C7–T1. main droite, au début de la mise en tension,
en veillant bien à conserver à son pouce gau­
But poursuivi che son rôle de contre-appui fixe.
Intervenir sur le rachis cervical inférieur en
latéroflexion, en agissant sur la portion supé­ Sources d’échec
rieure du cou. • Mauvaise immobilisation du patient par
l’opérateur.
Préparation • Abaissement de l’épaule libre du patient
Demander au patient de s’allonger sur le côté insuffisant.
gauche et de fléchir les membres inférieurs • Contre-appui défectueux sur l’épineuse.
(fig. 9-40). • Absence de verrouillage.
Se placer alors face à lui de manière à pou­ • Impulsion insuffisante.
voir lui emprisonner l’épaule droite avec son • Main active de l’opérateur mal contrôlée
creux axillaire gauche en se plaquant contre par ce dernier et laissant un trop grand bras
lui (fig. 9-41). En profiter à la fois pour abais­ de levier disponible entre elle et le point d’ap­
ser l’épaule droite du patient et appliquer son pui sur l’épineuse (c’est le cas par exemple si
pouce gauche contre l’apophyse épineuse de l’impulsion est donnée avec le bord radial de
T1 (fig. 9-42). la main).
Glisser ensuite la paume de sa main droite Remarque
sous le cou du patient et appliquer celle-ci Ne pas oublier en positionnant le cou du
immédiatement au-dessus de C7. patient de faire précéder la latéroflexion
Effectuer avec sa main gauche un contre- par une discrète rotation en sens opposé,
appui (en utilisant soit le pouce et l’index, de manière à contrecarrer le déroulement
soit l’index seul) sur l’épineuse de T1 (c’est- physiologique normal du rachis.
à-dire au-dessous du niveau à traiter).
Chapitre 9. Rachis cervical et charnière cervicodorsale (cervicothoracique) 129

Fig. 9.40.  Position de départ.

Fig. 9.41.  Emprisonnement de l’épaule du patient par


le praticien.

Fig. 9.42.  Blocage de l’apophyse épineuse de T1.

Fig. 9.43.  Manipulation.


130 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation de la charnière cervicodorsale


(cervicothoracique) en décubitus latéral
et latéroflexion (suite)

Variantes l’épineuse du patient et en soulevant la tête


et le cou de ce dernier avec son autre main et
Utilisation du poignet avant-bras raidis.
et de l’avant-bras pour manipuler
La seule différence de cette manœuvre avec la Manipulation effectuée en se plaçant
précédente réside dans l’utilisation par le pra­ derrière le patient (fig. 9-46 et 9-47)
ticien de son poignet et de son avant-bras (et Les préparatifs et le déroulement de cette
non plus de sa main) pour exercer l’impulsion manœuvre sont superposables à la manœuvre
manipulative. décrite initialement, à cela près que le prati­
cien immobilise l’épaule du patient avec son
Immobilisation du cou et de la tête du creux axillaire droit et qu’il utilise sa main et
patient en modifiant l’orientation de son poignet droits pour donner l’impulsion
la main du praticien (fig. 9-44 et 9-45) manipulative.
Le déroulement de la manœuvre est identique L’intérêt de cette technique est de permettre
aux précédentes, seuls les préparatifs initiaux au praticien de contrôler visuellement et en
sont différents. Le praticien reste debout face permanence ses gestes.
au patient, mais l’immobilisation de ce der­
Remarque
nier est obtenue en lui demandant de bien
enserrer la taille du praticien avec les bras. Ce verrouillage du segment à traiter est là
L’application de la main et de l’avant-bras se encore grandement facilité si l’on prend
fait longitudinalement. Le contre-appui épi­ la précaution de le faire précéder par une
neux ne change pas. légère rotation en sens opposé.
La mise en tension est effectuée en exerçant
à la fois un contre-appui avec son pouce sur
Chapitre 9. Rachis cervical et charnière cervicodorsale (cervicothoracique) 131

Fig. 9.44.  Position de départ, le praticien faisant face au patient.

Fig. 9.45.  Manipulation.

Fig. 9.46.  Position de départ, le praticien se


plaçant derrière le patient.

Fig. 9.47.  Manipulation.


132 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation de la charnière cervicodorsale


(cervicothoracique) en décubitus ventral, latéroflexion
et « menton pivot »
Rappels généraux gauche du patient près de la racine du cou
(fig. 9-48).
• Possibilités d’action : C5–C6 à T1–T2. Placer enfin sa main droite contre la face laté­
• Position initiale du patient : en décubitus rale gauche du cou du patient (fig. 9-49).
ventral.
• Position du praticien : debout, à l’extrémité Exécution
supérieure de la table de manipulation, à la
tête du patient. La mise en tension s’obtient en fléchissant laté­
ralement le cou du patient vers la droite grâce
à une traction exercée sur sa main droite, tout
Manœuvre en prenant soin de bien immobiliser avec son
autre main l’épaule du patient.
Technique illustrée La manipulation proprement dite s’effectue
Manipulation de C7–T1 en latéroflexion en imprimant une brusque poussée sur sa
droite, avec « menton pivot ». main gauche, sa main droite restant immo­
bile (fig. 9-50).
But poursuivi
Parvenir à verrouiller le cou en position de Sources d’échec
latéroflexion droite au niveau de C7–T1, en • Mauvais positionnement initial du patient
se servant du menton comme pivot. (nez trop près de l’extrémité de la table de,
table ne se prêtant pas à la manœuvre en raison
Préparation de l’absence de bord franc, non-effacement de
Demander au patient de s’étendre sur le ven­ la lordose cervicale ou trop forte accentuation
tre, les bras pendants, le menton reposant à de celle-ci en cas de manœuvre effectuée avec
quelques centimètres de l’extrémité supé­ les mains du patient sous le menton…).
rieure de la table de manière à laisser une • Prises d’appui défectueuses de la part du
marge de protection suffisante pour le nez. praticien aussi bien au niveau de sa main cer­
Venir ensuite se placer debout à l’extrémité vicale que scapulaire.
supérieure de la table de manipulation, en • Mise sous tension douloureuse en raison
étant légèrement décalé vers la droite. de la présence d’un bras de levier trop grand
Appliquer alors le talon de son poignet entre les deux points d’appui.
gauche contre l’apophyse transverse de T1, • Impulsion manipulative mal dirigée ou trop
et la paume de sa main gauche sur l’épaule timorée.
Chapitre 9. Rachis cervical et charnière cervicodorsale (cervicothoracique) 133

Fig. 9.48.  Mise en place du point d’appui caudal du praticien.

Fig. 9.49.  Mise en place de la main céphalique du praticien.

Fig. 9.50.  Manipulation.


134 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation de la charnière cervicodorsale


(cervicothoracique) en décubitus ventral, latéroflexion
et « menton pivot » (suite)

Variantes grâce à une poussée ascendante exercée sur


sa main gauche, tout en prenant soin de bien
Le même effet manipulatif peut-être obtenu immobiliser avec son pisiforme droit l’apo­
de manière différente en modifiant la position physe épineuse de T1 (fig. 9-51).
du praticien et la nature de l’action exercée La manipulation proprement dite s’effectue
sur le cou à traiter : le praticien se tient à côté en imprimant une brusque poussée sur sa
du patient ; pour obtenir la latéroflexion du main gauche, sa main droite restant immobile
cou de ce dernier, il exerce une poussée sur ou en faisant l’inverse (fig. 9-52).
sa main haute.
Manœuvre avec le praticien
Techniques illustrées du côté de la manipulation
Manipulation de C7–T1 en latéroflexion (fig. 9-53 et 9.54)
droite avec menton pivot. La seule véritable différence de cette manœu­
vre par rapport à celle décrite plus haut réside
Manœuvre avec le praticien dans le changement de position du praticien.
du côté opposé à la manipulation Ici, il se place à droite du patient.
Préparation L’application du pisiforme droit du praticien
Demander au patient de se mettre dans une contre l’épineuse de T1, celle de sa main gau­
position identique à celle de la manœuvre che contre la face latérale gauche du cou du
précédente (décubitus ventral, bras pendants, patient, la pulsion vers le haut et la droite
menton posé à quelques centimètres de l’ex­ exercée sur celle-ci pour fléchir latéralement
trémité supérieure de la table afin de laisser le cou, la direction de l’impulsion manipula­
une marge de protection suffisante pour le tive ne changent pas.
nez).
Venir ensuite se placer debout sur le côté gau­ Autres variantes
che de la table de manipulation, à la hauteur Pour exercer le contre-appui sur l’apophyse
de l’épaule gauche du patient. épineuse de T1, le praticien peut également
Poser alors son pisiforme droit contre l’apo­ utiliser son pouce, mais il convient de signa­
physe épineuse de T1. ler que cette modification rend beaucoup
Appliquer enfin sa main gauche contre la face plus difficile l’obtention du verrouillage
latérale gauche du cou du patient, les doigts prémanipulatif.
orientés vers le haut.
Remarque
Exécution Ces deux dernières techniques ne peuvent
La mise en tension s’obtient en fléchissant être exécutées sans une table de manipula-
latéralement le cou du patient vers la droite tion basse.
Chapitre 9. Rachis cervical et charnière cervicodorsale (cervicothoracique) 135

Fig. 9.52.  Manipulation.

Fig. 9.51.  Mise en place des appuis manuels.


Le praticien est placé du côté opposé au sens de la
manœuvre.

Fig. 9.53.  Mise en place de l’appui manuel fixe.


Le praticien est situé du côté où se déroule la manœuvre.

Fig. 9.54.  Manipulation.


Chapitre 10
Rachis dorsal (thoracique)
et rachis lombaire
Par ordre de fréquence, le rachis lombaire d’être irritées lors des mouvements répétitifs
s’avère la première source de doléances en de torsion du tronc.
matière de pathologie vertébrale. Toutefois, La protection offerte par la présence de la
comme nous l’avons signalé au chapi- cage thoracique permet également de com-
tre des indications (chapitre 4), il est loin prendre pourquoi certaines douleurs dorsales
d’être le seul responsable des lombalgies hautes s’avèrent être en réalité des douleurs
rencontrées. projetées d’origine cervicale basse.
La charnière dorsolombaire (thoracolom- Lors de l’examen clinique effectué à la recher-
baire) est également assez souvent concernée. che des éventuelles manifestations de la souf-
La morphologie des facettes articulaires pos- france segmentaire vertébrale, il ne faut donc
térieures à ce niveau et aussi le trajet oblique jamais oublier cette possibilité de décalage
vers le bas du rameau cutané de la branche entre le siège de la douleur (ou du trouble)
postérieure des nerfs rachidiens expliquent éprouvée et son origine réelle. Ainsi devant
une telle possibilité. une lombalgie basse, on n’oublie pas d’exami-
Contrairement, en effet, au niveau lombaire ner les derniers étages dorsaux ou la zone de
où leur emboîtement interdit quasiment transition dorsolombaire (thoracolombaire)
toute rotation (de 1 à 1,5° par niveau), au et devant une dorsalgie haute interscapulaire,
niveau dorsal (thoracique), seule la présence la région cervicale inférieure.
de la cage thoracique vient la contrarier Une fois la certitude obtenue d’être en pré-
jusqu’à T10. Les étages T10–T11, T11–T12 sence d’une pathologie bénigne, de très nom-
sont de ce fait particulièrement vulnérables breuses manœuvres ostéopathiques s’offrent
et expliquent pourquoi les branches posté- pour y remédier aussi bien sur le plan cutané
rieures situées à leur niveau sont susceptibles que musculaire ou vertébral.
138 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Rachis dorsolombaire (thoracolombaire) et manipulations


vertébrales

La configuration anatomique du rachis dorsal Sur le plan manipulatif proprement dit


et lombaire (fig. 10-1) a une incidence cer- Il faut craindre ici surtout les incidents pos-
taine sur la pratique des manipulations verté- sibles (fêlures ou fractures costales) lors
brales à leurs niveaux respectifs. de la compression de la cage thoracique au
moment de certaines manœuvres soit direc-
Au niveau dorsal (thoracique) tes, soit semi-indirectes (avec appui sternal et
contre-appui dorsal).
Lors de l’examen clinique
La présence de la cage thoracique diminue Au niveau lombaire
de manière appréciable la mobilité de cette
région. Cette perte est estimée à 30 ° pour la Lors de l’examen clinique
flexion et les deux rotations, à 45 ° pour les La présence de la masse musculaire sacro-
deux latéroflexions, à 20 ° pour l’extension. lombaire gêne fréquemment la palpation des
Paradoxalement toutefois, G. Gregersen et structures sous-jacentes en raison de sa ten-
D. Lucas ont démontré qu’au niveau segmen- sion habituelle et exige de veiller avec un soin
taire lui-même la présence des côtes n’était tout particulier à l’installation du patient. Les
pas une gêne à la rotation et que le maximum articulations postérieures lombaires se situent
de celle-ci se situait à hauteur de T8. en général à un travers de doigt de la ligne des
La présence des deux omoplates (scapula) épineuses (deux pour L4–L5 et L5–S1), au
rend impossible l’exploration palpatoire du niveau du bord inférieur de l’épineuse.
gril costal sous-jacent.
La longueur des apophyses épineuses est par Sur le plan manipulatif proprement dit
endroit telle que leurs extrémités se projet-
Il faut savoir que l’orientation des facettes
tent parfois deux étages au-dessous.
articulaires postérieures interdit pratiquement
toute rotation (entre L1 et S1, elle est estimée
Sur le plan diagnostique à 8 ° environ) et que l’impulsion manipulative
La plupart des douleurs ressenties au niveau se traduit en réalité seulement par un mouve-
du dos sont en réalité des douleurs proje- ment de glissement associé à une latéroflexion.
tées d’origine cervicale basse, en raison de Il faut aussi se souvenir qu’ici, physiologique-
la protection relative apportée par la cage ment, la rotation et la flexion latérale sont
thoracique. Certaines autres ont une origine interdépendantes mais se produisent en sens
costovertébrale. opposé, contrairement au rachis cervical.
Chapitre 10. Rachis dorsal (thoracique) et rachis lombaire 139

Fig. 10.1.  Rachis dorsal (thoracique) et lombaire.


140 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manœuvres de détente des muscles dorsaux et lombaires

Rappels généraux Manœuvres utilisables seulement


au niveau lombaire : étirements
• Possibilités d’action : muscles paraverté- avec prise d’appui sur le gril
braux dorsaux et lombaires. costal et l’aile iliaque
• Position initiale du patient : en décubitus. Technique illustrée
• Position du praticien : debout à côté du
Étirements des muscles lombaires droits.
patient.
Préparation (fig. 10-4)
Manœuvres
Demander d’abord au patient de s’étendre
But poursuivi sur le côté gauche, de fléchir légèrement les
Décontracter la musculature dorsale et lom- cuisses sur le bassin et les genoux, puis de
baire en recourant à des étirements longitudi- croiser les bras.
naux ou transversaux. Venir alors se placer en face de l’abdomen
du patient. Appliquer ensuite son avant-bras
droit contre la partie inférieure du gril costal
Manœuvres utilisables au droit de manière à pouvoir placer la pulpe de
niveau dorsal et lombaire ses doigts contre les muscles paravertébraux
Glissés profonds (fig. 10-2) au niveau de leur bord spinal. Effectuer la
Les avantages de cette technique sont son même opération avec sa main gauche en pre-
efficacité et sa facilité d’exécution. Après nant appui avec son avant-bras correspondant
avoir demandé au patient de s’allonger sur sur l’aile iliaque droite du patient.
le ventre, venir se placer à la tête de la table
de manipulation. Il suffit alors d’appliquer Exécution (fig. 10-5)
ses deux pouces de part et d’autre de la ligne
des épineuses, puis de les faire glisser vers les La manœuvre consiste tout simplement à
lombes avant de les ramener vers soi pour écarter ses deux avant-bras en prenant appui
recommencer. sur l’aile iliaque et le gril costal du patient,
tout en gardant ses doigts appliqués ferme-
Étirements transversaux ment contre le rebord spinal de la masse
musculaires (fig. 10-3) sacrolombaire. Ces manœuvres engendrent
un étirement musculaire qui peut être ampli-
Ils s’exécutent aussi facilement et permettent fié en laissant ses doigts glisser le long du
également de détendre efficacement l’ensem- muscle. Ces gestes sont répétés plusieurs fois
ble de la musculature du dos. Après avoir après un temps de repos intercalaire.
demandé au patient de s’allonger sur le ventre
et s’être placé en face de la région à traiter, il
suffit d’appliquer ses deux pouces et éminen- Sources d’échec
ces thénars le long de la ligne des épineuses • Mauvais appui costal et iliaque des avant-
dorsale et lombaire, puis de les éloigner de bras du praticien.
celle-ci perpendiculairement, avant de relâ- • Mauvaise préhension du rebord spinal de la
cher son effort et de recommencer ; cela en masse sacrolombaire du patient.
prenant en compte l’inertie propre du corps • Mouvements trop rapides et saccadés.
du patient.
Chapitre 10. Rachis dorsal (thoracique) et rachis lombaire 141

Fig. 10.2.  Glissé profond. Fig. 10.3.  Étirement transversal musculaire.

Fig. 10.4.  Étirement axial avec deux points d’appui iliaque et costal
(position de départ).

Fig. 10.5.  Mobilisation.


142 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Mobilisation du rachis lombaire en flexion

Rappels généraux Relâcher sa pression, puis renouveler la même


manœuvre plusieurs fois de suite.
• Possibilités d’action : de L2–L3 à L5–S1.
• Position initiale du patient : en décubitus Sources d’échec
dorsal, les bras le long du corps.
• Position du praticien : debout, à hauteur • Impossibilité de fléchir complètement les
de l’abdomen du patient, de trois quarts en genoux.
regardant vers l’extrémité supérieure de la • Diminution pathologique de la flexion des
table de manipulation. hanches sur le bassin.
• Mouvement non poussé à son terme n’en-
traînant pas de ce fait le décollement des fes-
Manœuvre ses du plan de la table.
• Manœuvre exécutée trop rapidement.
Technique illustrée
Le praticien se tient à droite du patient et
prend appui sur les genoux de ce dernier. Variante
Il est possible d’obtenir plus facilement l’ef-
But poursuivi fet de la manœuvre précédente en glissant
Mobiliser en flexion le rachis lombaire en son avant-bras droit (celui situé le plus près
se servant du bras de levier constitué par les du bord de la table de manipulation) sous
cuisses du patient. les jambes du patient (fig. 10-8), puis en se
servant de celui-ci pour fléchir les cuisses
Préparation (fig. 10-6) sur le bassin suffisamment fort pour décol-
ler les fesses de la table, avant de revenir
Commencer par demander au patient de flé-
à la position de départ pour recommen-
chir les cuisses sur le bassin et les jambes sur
cer la manœuvre après un temps de repos
les cuisses.
(fig. 10-9).
Poser ensuite la paume de ses deux mains
L’avantage de cette procédure est double :
superposées l’une sur l’autre, sur l’extrémité
• c’est d’abord l’obtention d’une mobi-
supérieure des tibias.
lisation meilleure et plus large du rachis
lombaire, puisque cette dernière peut être
Exécution (fig. 10-7) effectuée jusqu’à la charnière dorsolombaire
En s’aidant du poids de son corps, appuyer (thoracolombaire), au prix il est vrai d’une
sur ses mains pour fléchir au maximum les certaine fatigue pour le praticien ;
cuisses du patient sur le bassin, de manière • c’est ensuite l’évitement de la flexion maxi-
à lui décoller les fesses du plan de la table de male de genoux enraidis.
manipulation.
Chapitre 10. Rachis dorsal (thoracique) et rachis lombaire 143

Fig. 10.6.  Mobilisation du rachis lombaire en flexion (position


de départ).

Fig. 10.7.  Mobilisation.

Fig. 10.8.  Variante en glissant les mains sous les genoux du


patient (position de départ).

Fig. 10.9.  Mobilisation.


144 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Mobilisation du rachis dorsal (thoracique) et lombaire


en extension

Rappels généraux mouvement de va-et-vient en portant le


dos du patient vers l’avant jusqu’à sa mise
• Possibilités d’action : de T5–T6 à L5–S1. en tension, avant de revenir à la position de
• Position initiale du patient : assise, à départ, puis de recommencer.
cheval.
• Position du praticien : debout, face à la Sources d’échec
table, à hauteur des genoux du patient.
• Table trop haute.
• Mauvaise position du praticien par rapport
Manœuvre au patient (positionnement du pied antérieur
sur la table trop proche du corps de celui-ci
Technique illustrée ou trop écarté).
Mobilisation du rachis dorsal (thoracique) • Mauvais positionnement de la main du pra-
avec appui des coudes du patient sur le genou ticien sur le dos du patient.
droit du praticien.
Variantes
But poursuivi
Mobiliser passivement en extension le rachis La mobilisation en extension peut s’effectuer
depuis la position de repos. en soutenant les coudes du patient unique-
ment avec ses bras (fig. 10-12).
Préparation (fig. 10-10) Les modalités d’exécution de cette techni-
que sont identiques à la manœuvre précé-
Commencer par se mettre à la droite du
dente. A priori plus simple, cette manœuvre
patient à la hauteur des genoux de celui-ci,
s’avère en réalité nettement plus difficile à
puis poser son pied droit sur la table de
exécuter, car l’absence habituelle de détente
manipulation.
chez le patient occasionne un surcroît de
Demander alors au patient de poser les deux
fatigue pour le praticien, qui doit supporter
coudes sur sa cuisse fléchie et maintenir ceux-
entièrement le poids de ce dernier.
ci avec sa main droite.
Une autre manière de procéder consiste à
Placer ensuite sa main gauche sur le dos du
demander au patient de s’asseoir à cheval et
patient, bien à plat sur la ligne des épineuses.
de s’appuyer sur la table de manipulation en
gardant les bras tendus, avant de lui mobiliser
Exécution (fig. 10-11) le dos comme précédemment (fig. 10-13).
En agissant à la fois sur sa jambe fléchie
et sur sa main postérieure, imprimer un
Chapitre 10. Rachis dorsal (thoracique) et rachis lombaire 145

Fig. 10.10.  Mobilisation du rachis dorsal (thoracique) Fig. 10.11.  Mobilisation.


et lombaire en extension (position de départ).

Fig. 10.12.  Variante en soutenant les bras. Fig. 10.13.  Variante en demandant au patient
de poser les mains sur la table.
146 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Mobilisation du rachis lombaire inférieur en latéroflexion

Rappels généraux Sources d’échec


• Non-respect du maintien des angles droits
• Possibilités d’action : de L3–L4 à L5–S1. entre cuisses et bassin d’une part, et cuisses et
• Position du patient : en décubitus latéral. jambes d’autre part.
• Position du praticien : debout, à la hauteur • Cuisses du patient ne reposant pas entière-
de la racine des cuisses du patient. ment sur la table.
• Mauvaise fixation du bassin du patient par
Manœuvre le praticien.
Technique illustrée
Mobilisation lombaire basse en latéroflexion. Variantes
La première d’entre elles consiste à effectuer
But poursuivi le mouvement de va-et-vient des jambes du
Faire effectuer un mouvement de va-et-vient patient de bas en haut (fig. 10-16), en saisis-
passif en latéroflexion au rachis lombaire infé- sant avec sa main la plus éloignée de la table
rieur, depuis sa position de repos jusqu’à sa la cheville inférieure du patient de manière
mise en tension. à bloquer contre son petit bassin les cuisses
de ce dernier fléchies à 90 °. La manœuvre
Préparation (fig. 10-14) elle-même s’effectue en soulevant les che-
villes du patient, tout en exerçant un contre-
Commencer par demander au patient de s’al- appui avec le pouce de son autre main posé
longer sur le côté et de fléchir les cuisses et les sur la région lombaire, et en prenant soin
genoux à 90 °. de maintenir fermement le corps du patient
Venir ensuite se placer devant lui à la hau- contre soi.
teur de la racine des cuisses, en se tournant Cette manœuvre présente des inconvénients :
vers l’extrémité inférieure de la table de • elle est fatigante (soutien en permanence
manipulation. des deux membres inférieurs, maintien des
Appliquer alors sa main droite contre le dos cuisses du patient contre soi, bonne prise au
du patient, le pouce contre l’épineuse désirée, niveau des chevilles) ;
et poser sa main gauche contre la face antéro- • elle impose au praticien d’être bien collé
externe de la jambe non en contact avec la table. contre le corps du patient.
La seconde variante diffère de la précédente
Exécution (fig. 10-15) seulement par quelques points de détail : le
Tout en maintenant les cuisses du patient praticien se tient ici assis sur le rebord de
contre soi et en veillant bien à conserver la la table. Dans un premier temps, il applique
flexion de celles-ci à 90 ° sur le bassin et les les deux cuisses fléchies du patient contre
genoux, exercer une pression verticale de son petit bassin en se servant de la main qui
haut en bas sur la face antéro-externe de la emprisonne les chevilles de ce dernier. Il lui
jambe droite. Cette pression doit être suffi- suffit alors simplement de se laisser aller en
sante pour mobiliser latéralement le rachis arrière, puis de se redresser avant de recom-
lombaire inférieur. mencer pour réaliser la manœuvre propre­
Il suffit alors de relâcher la pression, puis de ment dite.
recommencer celle-ci lentement pour obtenir
l’effet de mobilisation souhaitée.
Chapitre 10. Rachis dorsal (thoracique) et rachis lombaire 147

Fig. 10.14.  Position de départ.

Fig. 10.15.  Mobilisation vers le bas.

Fig. 10.16.  Mobilisation vers le haut.


148 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation sur le rachis dorsal (thoracique) et lombaire


« à cheval » en rotation

Rappels généraux de son avant-bras perpendiculaire au plan du


dos du patient et son coude collé contre soi.
• Possibilités d’action : de T5–T6 à L5–S1. Enfin, fléchir légèrement et latéralement le
Cette manœuvre est en fait, habituellement, tronc du patient vers la gauche, c’est-à-dire
surtout utilisée pour la charnière dorsolom- du côté opposé à la rotation programmée
baire (thoracolombaire). (fig. 10-18).
• Position initiale du patient : assise, « à
cheval ». Exécution
• Position du praticien : debout, derrière le
patient. La mise en tension est obtenue en faisant pivo-
ter le tronc du patient vers la droite à l’aide
de ses mains antérieure et postérieure, jusqu’à
Manœuvre l’obtention d’une sensation de résistance,
tout en accompagnant cette rotation par un
Technique illustrée mouvement de « pas glissé ».
Rotation droite, au niveau dorsolombaire La manipulation est réalisée par le brusque
(thoracolombaire). transfert du poids de son corps de sa jambe
droite sur sa jambe gauche en répercutant
l’impulsion ainsi créée sur le dos du patient
But poursuivi
par l’intermédiaire de son avant-bras posté-
Mettre en tension la région dorsolombaire rieur (fig. 10-19).
(thoracolombaire) en faisant tourner les
épaules du patient vers la droite, avant de Sources d’échec
donner l’impulsion manipulative avec sa main
postérieure. • Préhension défectueuse du bras du patient.
• Mauvaise cohésion entre l’épaule du prati-
cien et celle du patient qui doivent être tou-
Préparation jours à la même hauteur.
Demander au patient de s’asseoir « à califour- • Décollement de la fesse du patient oppo-
chon » (à cheval) à l’extrémité de la table de sée à la rotation lors de celle-ci (en l’absence
manipulation, puis de croiser les deux mains de flexion latérale préalable du tronc du côté
derrière la nuque. Venir se placer derrière opposé).
lui. • Table trop large ou mobilité des hanches
Glisser alors son bras droit sous l’aisselle diminuée.
droite du patient pour lui saisir l’épaule gau- • Non-respect de la perpendicularité de
che et en profiter pour bien se coller à lui, l’avant-bras du praticien par rapport au dos
épaule contre épaule (fig. 10-17). du patient.
Ensuite, appliquer le rebord cubital de sa • Coude non collé au corps.
main gauche sur l’apophyse transverse gauche • Transfert défectueux du poids du corps lors
de T11, tout en veillant bien à conserver l’axe de l’impulsion manipulative.
Chapitre 10. Rachis dorsal (thoracique) et rachis lombaire 149

Fig. 10.17.  Position de départ. Fig. 10.18.  Mise en place de la main postérieure
du praticien au contact du segment à traiter.

Fig. 10.19.  Réalisation de la manœuvre


proprement dite en s’aidant d’un pas glissé
permettant un transfert de poids.
150 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation sur le rachis dorsal (thoracique) et lombaire


avec un genou

Rappels généraux Exécution


La mise en tension (fig. 10-22) se fait en pla-
• Possibilités d’action : de T3–T4 à L5–S1. quant le dos du patient contre son genou
• Position initiale du patient : assise, soit sur gauche grâce à ses avant-bras appliqués fer-
un tabouret, soit sur la table de manipulation mement contre chacune des faces latérales du
(fig. 10-20). corps de ce dernier, à la hauteur de la zone à
• Position du praticien : debout, derrière le traiter.
patient. La manipulation (fig. 10-23) est obtenue en
augmentant brusquement cette mise en ten-
Manœuvre sion soit en tirant sur ses avant-bras, soit en
imprimant à son genou gauche une pulsion
Technique illustrée en avant et en haut.
Manœuvre avec le genou gauche.
Localisation de l’étage à traiter
But poursuivi La localisation de la manœuvre se fait en agis-
Se servir de son genou comme contre-appui sant surtout sur l’inclinaison du patient.
pour agir sur l’étage immédiatement situé La flexion en avant de ce dernier permet
au-dessus. d’abaisser le point de contact du genou, son
inclinaison en arrière permet de le relever.
Préparation
Dans un premier temps, prendre un coussin Sources d’échec
(ou une serviette éponge pliée) et le (la) poser • Absence de verrouillage des segments sus-
au niveau où la manipulation doit être effec- jacents.
tuée ; maintenir cette protection en appuyant • Insuffisance de protection du dos du patient
l’une des faces latérales de son genou gauche lors du contact avec le genou.
contre le dos du patient (fig. 10-21). • Mauvaise fixation du tronc du patient avec
Demander ensuite au patient de mettre les ses avant-bras.
mains derrière la nuque en croisant les doigts. • Trop grande différence de hauteur entre
Glisser alors ses deux avant-bras sous les ais- son point d’appui postérieur et l’application
selles correspondantes de manière à venir de ses avant-bras.
poser respectivement l’index et le majeur de • Impulsion défectueuse au niveau de ses
chacune de ses mains sur les avant-bras. avant-bras ou de son genou.
En faire usage pour fléchir le dos légèrement • Patient crispé.
et amener le sommet de la courbure sous son
genou.
Chapitre 10. Rachis dorsal (thoracique) et rachis lombaire 151

Fig. 10.21.  Mise en place de l’appui fixe


Fig. 10.20.  Position de départ. extérieur.

Fig. 10.22.  Mise en tension. Fig. 10.23.  Manipulation.


152 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation sur le rachis dorsal (thoracique) et lombaire


avec les deux genoux

Rappels généraux à venir poser deux doigts de chaque main sur


les avant-bras.
• Possibilités d’action : de T5–T6 à L5–S1. Les utiliser pour fléchir le dos légèrement.
• Position initiale du patient : assise, sur un
tabouret. Exécution
• Position du praticien : assise derrière le
patient sur la table de manipulation. La mise en tension est effectuée en plaquant le
dos du patient contre ses deux genoux grâce
à une traction exercée en arrière vers soi sur
Manœuvre ses deux avant-bras, qui sont appliqués fer-
mement contre chacune des faces latérales du
But poursuivi tronc du patient.
Identique à celui de la manœuvre précédente. La manipulation s’obtient en augmen-
tant brusquement cette mise en tension
Préparation (fig. 10-24) en tirant soit sur ses avant-bras en arrière
Commencer par demander au patient de (fig. 10-25), soit en poussant les genoux en
s’asseoir sur un tabouret spécialement avant (fig. 10-26).
conçu pour la manœuvre, c’est-à-dire muni
de barres d’appui horizontales de hauteurs Sources d’échec
différentes. Lui faire croiser les mains der- • Protection insuffisante du dos du patient,
rière la nuque, puis venir s’asseoir derrière qui se raidit au contact quasi direct des
lui sur la table de manipulation. genoux.
Prendre alors un coussin (ou une serviette • Mauvaise fixation du thorax du patient
éponge pliée) et le (la) poser au niveau prévu contre les genoux du praticien.
pour la manipulation, maintenir cette protec- • Trop grand écart entre l’axe des avant-bras
tion en appuyant ses genoux contre le dos du du praticien et le point d’appui postérieur
patient. créé par les genoux.
Glisser ensuite ses deux avant-bras sous les ais- • Impulsion manipulative timorée.
selles correspondantes du patient de manière
Chapitre 10. Rachis dorsal (thoracique) et rachis lombaire 153

Fig. 10.24.  Position de départ.

Fig. 10.25.  Mise en tension.

Fig. 10.26.  Manipulation.


154 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation sur le rachis dorsal (thoracique) et lombaire


dite « épigastrique »

Rappels généraux la fois sur le sternum et les parois latérales du


thorax de ce dernier.
• Possibilités d’action : T3–T4 à L3–L4. La manipulation (fig. 10-30) s’obtient en se
• Position initiale du patient : assise. reculant en fente et en se soulevant brusque-
• Position du praticien : debout, derrière lui. ment sur ses jambes.

Manœuvre Localisation de l’étage à traiter


Elle est réalisée à la fois par le niveau du point
Technique illustrée d’appui « épigastrique » et par l’inclinaison
Manipulation de T8–T9 avec utilisation de la donnée au corps du patient.
main gauche comme point d’appui antérieur. Plus celui-ci est penché en avant et plus l’étage
accessible est bas. Plus il l’est en arrière et plus
But poursuivi le niveau accessible est haut.
Agir sur l’étage situé immédiatement au-des- En réalité, cette règle est valable seulement
sus du point d’appui postérieur, en se servant en présence d’une table à plateau fixe, car
de la brusque augmentation de tension créée avec une table munie d’un plateau mobile, il
par le soulèvement du patient. suffit de monter plus ou moins celui-ci pour
amener sa poitrine au niveau souhaité.
Préparation
Commencer par prendre une serviette Sources d’échec
(éponge de préférence), la plier en trois dans • Absence de verrouillage.
le sens vertical avant de la rouler bien serrée. • Mauvaise utilisation de la serviette par le
Appliquer celle-ci au niveau de T9 et la main- praticien. L’appui doit être sternal.
tenir en place en appuyant sa poitrine contre • Équilibre défectueux du praticien (plutôt
elle (fig. 10-27). que de garder les deux pieds parallèles au
Glisser alors son avant-bras gauche sous l’ais- bord de la table, il est recommandé de tra-
selle du patient située en vis-à-vis pour lui vailler en fente, un pied devant l’autre).
saisir le poignet droit et appliquer ce dernier • Prise d’appui sur le cou du patient.
contre la poitrine (fig. 10-28).
Glisser ensuite son avant-bras droit sous l’autre
aisselle du patient et venir appliquer deux doigts Variante
sur la partie postérolatérale droite du cou de Pour les étages dorsaux (thoraciques) supé-
celui-ci dans le but de le fléchir légèrement. rieurs, il est tout à fait possible de manipu-
ler selon le même principe, en demandant au
Exécution préalable au patient de croiser les doigts des
La mise en tension (fig. 10-29) s’effectue en deux mains derrière la nuque.
plaquant contre soi le patient, en agissant à
Chapitre 10. Rachis dorsal (thoracique) et rachis lombaire 155

Fig. 10.27.  Position de départ avec mise en place de Fig. 10.28.  Fixation antéropostérieure du patient
l’appui dorsal. (contre soi).

Fig. 10.30.  Manipulation.

Fig. 10.29.  Mise en tension.


156 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation sur le rachis dorsal (thoracique) et lombaire


en décubitus dorsal, bras croisés

Rappels généraux manière à pouvoir empaumer l’épaule gauche


(fig. 10-32).
• Possibilités d’action : de T3–T4 à L2–L3. Contourner par l’avant avec son bras droit le
• Position initiale du patient : en décubitus corps du patient pour placer la ligne des épi-
dorsal. neuses dans le creux de la paume de sa main
• Position du praticien : debout, à côté de la (fig. 10-33).
table de manipulation, au niveau de l’étage à Soulever alors l’épaule gauche du patient
traiter. jusqu’au moment de sentir sous sa main dor-
sale le mouvement des vertèbres se produire.
Manœuvre
Exécution
Technique illustrée La mise en tension est réalisée en augmen-
Manipulation du rachis dorsal (thoracique) tant la pression entre sa poitrine et sa main
moyen, le praticien se tenant à la droite du postérieure.
patient. La manipulation s’effectue en imprimant une
brusque impulsion avec sa poitrine en direc-
But poursuivi tion du rebord radial de sa main postérieure
Agir sur l’étage situé immédiatement au- (fig. 10-34).
dessus du contre-appui dorsal (thoracique)
postérieur grâce à une impulsion donnée par Poursuite du traitement
l’appui sternal antérieur. Elle se fait en recommençant la même
manœuvre après avoir déplacé sa main pos-
Préparation térieure après chaque manipulation, étage par
Commencer par demander au patient de croi- étage.
ser les deux bras sur la poitrine (fig. 10-31)
de manière à pouvoir venir empaumer les Sources d’échec
deux épaules, puis déposer sur ceux-ci un • Mauvaise direction de la poussée exer-
petit coussin (ou une serviette éponge pliée) cée par la poitrine du praticien vers sa main
destiné(e) à rendre moins désagréable la suite postérieure.
des opérations. • Soutien insuffisant de la tête du patient.
Appuyer alors légèrement sa poitrine (ou son • Position défectueuse de la main postérieure
abdomen) contre les coudes du patient et (éviter par exemple de fermer le poing en rai-
glisser son avant-bras gauche sous la tête de son de l’inconfort engendré).
Chapitre 10. Rachis dorsal (thoracique) et rachis lombaire 157

Fig. 10.31.  Position de départ.

Fig. 10.32.  Première étape : placement de la main céphalique.

Fig. 10.33.  Seconde étape : mise en place de la main


postérieure.

Fig. 10.34.  Manipulation.


158 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulations directes du rachis dorsal (thoracique)


et lombaire

Sous ce vocable, il convient d’englober toutes de l’épineuse concernée et à exercer alors une
les manipulations où l’impulsion est donnée brusque poussée transversale sur celle-ci dans
directe­ment sur le segment mobile vertébral à le sens non douloureux.
traiter. Ces techniques sont surtout employées
dans les milieux chiropractiques sous la déno- Manipulation avec appui direct sur
mination d’ajustements spécifiques (specific le sommet de l’épineuse (fig. 10-36)
adjustments).
Quels que soient les points de contacts utilisés Pour réaliser cette manœuvre, il faut d’abord
par le praticien tant pour ses propres mains commencer par poser le talon de l’un de ses
(pouce, pisiforme, poignet) que sur les vertè- poignets sur l’épineuse à traiter, puis recou-
bres du patient (épineuses, transverses), toutes vrir ce dernier avec son autre main et ensuite
ces interventions directes exigent une parfaite demander au patient de respirer lentement et
maîtrise de soi. La délivrance de l’impulsion profondément.
manipulative doit en effet être suffisamment La mise en tension se fait en accentuant l’ap-
rapide et forte pour créer la manipulation, pui sur ses mains.
tout en ne dépassant jamais plus d’un cen- La manipulation s’obtient en donnant une
timètre d’amplitude pour rester inoffensive, brusque pulsion sur ses bras, à la fin d’une
notamment au niveau thoracique. expiration, en veillant à ce que celle-ci soit
inférieure à 1 cm.

Rappels généraux
Manipulation avec appui direct
• Possibilités d’action : T3–T4 à L5–S1. sur les apophyses transverses
• Position initiale du patient : en décubitus opposées de deux vertèbres
ventral. adjacentes (fig. 10-37 et 10-38)
• But poursuivi : supprimer les désordres Cette technique consiste à appliquer ses deux
vertébraux existants en intervenant sur le seg- pisiformes sur les apophyses transverses oppo-
ment vertébral impliqué. sées du segment vertébral impliqué, soit en
croisant les mains, soit en les gardant parallè-
les à la ligne des épineuses, puis à exercer une
Méthodes utilisables pression sur celles-ci, avant d’imprimer avec
Elles sont fort nombreuses en raison de la diver- ses bras une brusque pulsion verticale contrô-
sité des points d’appui possibles et des moyens lée à la fin d’une expiration.
employés pour créer l’impulsion manipulative. Pour des raisons de sécurité, certains auteurs
Aussi, nous nous limitons à la description de ont préconisé de retirer subitement les mains,
trois d’entre elles. une fois la pression obtenue.
Remarque
Manipulation avec appui direct Toutes ces techniques sont à déconseiller
sur la face latérale de l’apophyse aux débutants en raison des risques
épineuse (fig. 10-35) encourus par suite de l’écrasement pro-
La manœuvre consiste simplement à placer voqué, en particulier au niveau de la cage
ses deux pouces superposés sur la face latérale thoracique.
Chapitre 10. Rachis dorsal (thoracique) et rachis lombaire 159

Fig. 10.35.  Appui direct sur la face latérale de l’apophyse


épineuse.

Fig. 10.36.  Appui direct sur le sommet de l’épineuse.

Fig. 10.37.  Manipulation avec appui sur les apophyses


transverses adjacentes.

Fig. 10.38.  Variante de la méthode précédente.


160 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation sur le rachis lombaire en décubitus latéral,


cyphose et rotation

Rappels généraux Saisir alors le poignet gauche avec sa main


droite et tirer sur ce dernier jusqu’au
• Possibilités d’action : normalement de moment de percevoir un début de résistance
T12–L1 à L5–S1. En réalité, il est possible se manifester au niveau de la région lombaire
d’agir jusqu’à T10–T11 en modifiant le point (fig. 10-40).
d’appui sur l’aile iliaque du patient. Glisser ensuite son avant-bras droit entre le
• Position initiale du patient : en décubitus thorax et l’épaule droite du patient et placer
latéral. la main à plat contre la région lombaire.
• Position du praticien : debout, face au Finir ces préparatifs en posant la partie char-
patient, à hauteur de la racine des cuisses de nue de son avant-bras gauche sur l’aile iliaque
celui-ci. libre du patient (fig. 10-41).

Manœuvre Exécution
Technique illustrée La mise en tension est réalisée en exerçant
simultanément et respectivement sur l’épaule
Manipulation lombaire basse sur L4–L5 en et la fesse du patient une poussée ascen-
décubitus latéral gauche, cyphose et rotation dante et une traction dirigée vers le bas, de
droite. manière à sentir celle-ci s’effectuer sous sa
main droite au niveau de L4–L5.
But poursuivi La manipulation (fig. 10-42) consiste à se
Arriver à mettre en tension L4–L5 après avoir laisser brusquement choir sur son avant-bras
positionné le rachis lombaire en cyphose avant gauche tout en gardant fixe l’appui effectué
d’exercer au niveau de cet étage une traction sur l’épaule droite du patient, en ayant pris
brusque à l’aide de ses deux avant-bras et de soin, auparavant, de lui avoir fait effectuer
son propre poids. un demi-tour sur lui-même, de manière à le
surplomber.
Préparation
Commencer par demander au patient de s’al- Sources d’échec
longer sur le côté gauche, d’étendre le mem- • Relâchement de la pression sur l’épaule du
bre inférieur gauche vers le coin inférieur patient au moment de la manipulation.
droit de la table de manipulation et ensuite de • Impulsion manipulative sans conviction.
fléchir la jambe droite de manière à pouvoir • Utilisation de la seule force de ses bras pour
venir loger le pied droit dans le creux poplité manipuler et non pas de l’aide représentée par
gauche (fig. 10-39). son propre poids.
Chapitre 10. Rachis dorsal (thoracique) et rachis lombaire 161

Fig. 10.39.  Position de départ.

Fig. 10.40.  Localisation de la mise en tension lombaire du patient.

Fig. 10.41.  Placement des appuis manuels du praticien.

Fig. 10.42.  Manipulation.


162 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation sur le rachis lombaire en décubitus latéral,


cyphose et rotation (suite)

Variantes de la hanche correspondante de ce dernier


(fig. 10-44).
Première variante La position initiale du patient ainsi que son
Dans une première variante, le même résul- positionnement sont identiques à ceux décrits
tat peut être obtenu en demandant au patient précédemment. Il en va de même pour la
d’empaumer l’épaule droite avec la main prise d’appui sur l’épaule droite : introduc-
opposée et en venant placer sa main droite tion de l’avant-bras droit dans l’aisselle droite
contre cette dernière, tout en conservant du patient, apposition de la partie charnue de
le même appui iliaque que précédemment l’avant-bras contre le gril costal, application
(fig. 10-43). de la main droite contre la région lombaire.
La mise en tension se fait simplement en écar- Seul l’appui exercé par la main gauche du
tant les deux points d’appui, comme si l’on praticien change. Elle se fait ici non plus sur
voulait bander un arc. la crête iliaque, mais sur la face externe de
La manipulation s’obtient ici en augmentant l’extrémité inférieure de la cuisse droite du
brusquement la traction sur l’aile iliaque tout patient, près du genou.
en laissant choir son thorax sur son avant-bras La mise en tension s’effectue en agissant sur
gauche. Une telle manœuvre fournit ainsi au les deux points d’appui.
praticien l’énergie supplémentaire nécessaire La manipulation s’obtient en exerçant une
à la poussée manipulative. Le point d’appui poussée brusque verticale de haut en bas sur
sur l’épaule droite du patient est fixe. le genou du patient. Le point d’appui sur
Le bon déroulement de la manœuvre est l’épaule est fixe.
contrôlé ici à chaque instant grâce à l’appli- Cette manière de procéder s’avère extrême-
cation de sa main gauche contre la région ment utile chez les sujets présentant une sur-
lombaire du patient  : recrutement vertébral charge pondérale considérable.
segmentaire concordant parfaitement avec
la région à traiter, maintien permanent de la Troisième variante
mise en tension et non-relâchement de cette
Une troisième variante est également réalisa-
dernière au moment de l’impulsion.
ble. Le positionnement du patient et du pra-
Cette manœuvre présente deux inconvé-
ticien sont en tous points semblables à celui
nients de taille liés d’une part, à la difficulté
décrit plus haut : même points d’appuis scapu-
de bien garder l’appui fixe sur l’épaule droite
laire et iliaque. La seule modification apportée
du patient avec sa main supérieure et d’autre
ici consiste à placer son genou gauche contre
part, à sa relative imprécision du fait qu’elle
le creux poplité droit du patient au niveau du
mobilise habituellement plusieurs segments
pli de flexion du genou (fig. 10-45).
vertébraux contigus.
La mise en tension et la réalisation de la mani-
pulation font appel aux même gestes que
Deuxième variante ceux ayant servi au modèle descriptif.
Une deuxième variante consiste à prendre L’unique changement réside ici dans le recours
appui sur le genou droit replié du patient à une poussée synchrone verticale exercée
avec sa main gauche pour donner l’impulsion par le praticien avec son genou gauche, au
manipulative, après s’être assuré de l’intégrité moment du geste manipulatif lui-même.
Chapitre 10. Rachis dorsal (thoracique) et rachis lombaire 163

Fig. 10.43.  Variante de l’appui de la main céphalique du praticien.

Fig. 10.44.  Variante de l’appui de la main caudale du praticien.

Fig. 10.45.  Variante avec l’intervention du genou du praticien.


164 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation sur le rachis lombaire en décubitus latéral,


lordose et rotation

Rappels généraux Appliquer ensuite le bord cubital de sa main


gauche contre la face postérieure du sacrum du
• Possibilités d’action : L3–L4 à L5–S1. patient, entre la ligne médiane et l’épine ilia-
• Position initiale du patient : en décubitus que postérosupérieure droite, en la retournant
latéral. de manière à orienter son axe entre son corps
• Position du praticien : debout, face et l’épaule droite du patient (fig. 10-48).
au patient, à la hauteur des cuisses de ce
dernier.
Exécution
La mise en tension s’effectue d’une part, en
Manœuvre repoussant l’épaule droite du patient vers le
Technique illustrée haut et en arrière et d’autre part, en accen-
tuant la pression sur le sacrum dans la direc-
Rotation droite. tion indiquée par l’axe de sa main gauche.
La manipulation s’obtient en imprimant
But poursuivi alors une brusque impulsion uniquement sur
Agir uniquement sur les deux ou trois der- sa main iliaque, dans la direction indiquée
niers étages lombaires en les soumettant à par l’axe de celle-ci, en utilisant pour ce faire
une extension et une traction portant l’épaule l’appui pondéral de son tronc. L’appui sur
droite vers la gauche. l’épaule est ici fixe (fig. 10-49).

Préparation Sources d’échec


Commencer par faire allonger le patient sur le • Absence de verrouillage par disparition
côté gauche. Lui demander alors d’étendre la du point d’appui supérieur au moment de la
jambe gauche en direction du coin inférieur manœuvre.
gauche de la table de manipulation, puis de • Point d’appui supérieur douloureux lors de
plier la jambe droite de manière à venir poser la mise en tension.
le pied droit au niveau du creux poplité gau- • Impulsion timorée, effectuée avec la seule
che. Lui demander ensuite de saisir un poi- poussée de sa main sacrée et non pas comme
gnet avec l’autre main (fig. 10-46). il le faudrait en s’aidant de l’appoint fourni
Glisser son avant-bras droit entre le thorax et par la masse de son corps, en raison soit de
le bras droit du patient et venir placer sa main l’absence de flexion de ses jambes, soit d’une
bien à plat sur la région lombaire inférieure table trop haute interdisant le surplomb du
(fig. 10-47). bassin du patient.
Chapitre 10. Rachis dorsal (thoracique) et rachis lombaire 165

Fig. 10.46.  Position de départ.

Fig. 10.47.  Mise en place de la main céphalique du praticien.

Fig. 10.48.  Mise en tension lombaire en extension.

Fig. 10.49.  Manipulation.


166 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation du rachis lombaire et de la sacro-iliaque


en décubitus ventral avec une ceinture

Rappels généraux manière à pouvoir placer son épaule gauche


contre celle du patient et lui saisir le thorax
• Possibilités d’action : T12–L1 à L5–S1. du côté opposé. Au cours de cette procédure,
Articulation sacro-iliaque. demander lui de bien se coller contre vous.
• Position initiale du patient : en décubitus Appliquer enfin sa main droite sur la partie
ventral. droite de la face postérieure du sacrum du
• Position de l’opérateur : agenouillée, du patient.
côté de la manipulation.
Exécution (fig. 10.51 et 10-53)
Manœuvre La mise en tension s’effectue en tirant sur le
thorax du patient avec sa main gauche, tout
Technique illustrée en l’infléchissant vers la gauche, jusqu’au
Manipulation de L5–S1 en latéroflexion et moment de sentir sous sa main droite un
rotation gauches. début de résistance se produire.
La manipulation consiste à exagérer brus-
But poursuivi quement ce mouvement en se soulevant légè-
Fixer solidement le bassin contre la table de rement sur les genoux, tout en maintenant
manipulation avec une ceinture afin de pou- l’épaule droite du patient contre la table.
voir agir uniquement sur la portion située
au-dessus du niveau du contact de sa main Sources d’échec
droite. • Ceinture inadaptée (trop étroite, mauvais
système de fermeture…).
Son déroulement • Mauvaise fixation du bassin contre la table.
Préparation (fig. 10-50 et 10-52) • Prise du patient défectueuse.
• Déroulement de la manœuvre douloureux,
Après avoir fait étendre le patient sur le ven-
soit en raison d’une mauvaise latéroflexion du
tre, prendre une ceinture spécialement conçue
rachis du patient, soit par la création d’une
pour cela, placer celle-ci en regard des deux
hyperlordose lorsque l’opérateur se relève au
épines iliaques postérieures de ce dernier et
moment de manipuler.
lui fixer solidement le bassin contre la table
• Impulsion manipulative trop timorée.
de manipulation.
Venir ensuite s’agenouiller sur son genou droit Remarque
à la hauteur du thorax du patient, à gauche de En raison du mode de fixation du bassin et
la table. du bras de levier employé, cette technique
Glisser alors son membre supérieur gau- doit être effectuée en prenant bien soin
che contre la table, en faisant passer sa main de maintenir toujours l’épaule opposée au
entre la tête et l’épaule droite du patient de sens de la manipulation contre la table.
Chapitre 10. Rachis dorsal (thoracique) et rachis lombaire 167

Fig. 10.50.  Position de départ face au patient. Préparation.

Fig. 10.51.  Exécution.

Fig. 10.52.  Position de départ face au patient. Préparation.

Fig. 10.53.  Exécution.


Chapitre 11
Articulations sacro-iliaques
Depuis Ambroise Paré, le premier à avoir Comment se présente une articulation sacro-
affirmé leurs mobilisations au cours de l’ac- iliaque et en quoi diffère-t-elle des autres
couchement, les articulations sacro-iliaques articulations ? Comment fonctionne-t-elle et
n’ont cessé d’intriguer et sont loin d’avoir quelles sont ses contraintes ? Comment détec-
livré tous leurs secrets. ter sa souffrance ? À quelles manœuvres faire
Leur fonctionnement et leurs implications appel pour traiter son dysfonctionnement ?
pathologiques ont donné lieu à de multiples Autant de questions importantes justifiant
hypothèses et suscité des controverses pas- ce chapitre, pour tenter de répondre le plus
sionnées, aussi bien au sein des diverses écoles objectivement possible à ce sujet « mythi-
manipulatives, notamment ostéopathiques, que » dans le monde des manipulateurs,
que parmi les praticiens mettant en doute ou et plus particulièrement dans les milieux
rejetant ces traitements. ostéopathiques.
172 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Rappel anatomique

Malgré les modifications entraînées par l’âge, Le système ligamentaire associé à cette arti-
tous les auteurs s’accordent pour reconnaître culation est particulièrement complexe et
la nature diarthrodiale de ces articulations et remplit une double fonction : celle de main-
leur situation particulière dans l’organisme tenir fermement le sacrum contre les deux os
humain en raison de la forme de leurs surfa- iliaques, tout en le suspendant vis-à-vis d’eux
ces articulaires, de l’orienta­tion de celles-ci et (fig. 11-1a, b et c). Schématiquement, il
surtout de l’importance de leur système liga- comprend une partie antérieure relativement
mentaire, le plus puissant de l’organisme. mince, contrastant avec l’importance des liga-
Les surfaces articulaires ont grossièrement ments postérieurs. Ces derniers se répartissent
la forme d’une oreille inversée, d’où le nom sur trois plans :
d’auricules qui leur a été donné. Elles com- • un plan profond constitué par un ligament
portent deux jambages, un supérieur plutôt court, épais, extrêmement solide (le plus
vertical, un inférieur plutôt horizontal, dispo- fort de l’organisme), situé immédiatement
sés presque à angle droit. derrière l’auricule, le ligament axile (encore
L’auricule sacrée est située à la partie supéro- appelé ligament interosseux ou ligament
interne de la face latérale du sacrum. Sa sur- vague) ;
face est plutôt concave avec une dépression à la • un plan intermédiaire constitué par les
jonction des deux jambages. ligaments ilio-conjugués, dénommés ainsi
L’auricule iliaque se trouve en arrière de la pour leur insertion sacrée sur les tubercules
fosse iliaque interne et de la ligne innominée, conjugués ;
à la partie inféro-interne de la tubérosité ilia- • un plan superficiel constitué par les liga-
que. Sa surface est plutôt convexe avec une ments iliotuberculés, dont le nom vient de
petite tubérosité répondant à la dépression de leurs insertions sur les tubercules postéro-
l’auricule sacrée. internes.
Jusqu’à la puberté, elles sont recouvertes Ce système postérieur est lui-même ren-
d’un cartilage trois fois plus épais au niveau forcé par les grand et petit ligaments
sacré qu’au niveau iliaque. sacrosciatiques.
Planes au début de la vie, elles subissent des Au côté de ce système ligamentaire sacro-
modifications à partir de la puberté sous la iliaque proprement dit, il faut aussi prendre
forme de rugosités ou d’adhérences. Ces der- en considération les ligaments iliolombaires,
nières sont nettement plus prononcées chez allant de la crête iliaque aux apophyses trans-
les hommes, et aboutissent à partir de 50 ans verses de L5 et de L4, et qui sont également
à immobiliser les sacro-iliaques, dans une sollicités lors des mouvements.
proportion de 87 %, selon les conclusions de Il y a d’ailleurs tout lieu de penser que l’une
R. Brooke, au terme de 200 dissections effec- des explications de l’efficacité des manipu-
tuées sur des bassins de tous âges. lations dites sacro-iliaques se situe à leur
La capsule articulaire est habituellement dif- niveau.
ficile à individualiser du système ligamentaire
sacro-­iliaque, sauf chez le sujet jeune.
Chapitre 11. Articulations sacro-iliaques 173

Fig. 11.1.  Ligaments sacro-iliaques.


a. Vue antérieure ; b. Vue postérieure ; c. Vue transversale.
174 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Examen des sacro-iliaques

De multiples tests ont été proposés pour Quatre manœuvres surtout s’avèrent particu-
objectiver les dysfonctionnements des articu- lièrement intéressantes :
lations sacro-iliaques. Beaucoup sont sujets à • l’étude comparative du mouvement des
caution, en raison de leur subjectivité et de épines iliaques postérosupérieures lors de
la très faible mobilité de ces articulations. l’élévation à l’horizontale de la cuisse. Le
Quelques-uns paraissent difficilement contes- patient étant debout, le praticien se place
tables, ne serait-ce qu’en raison de leur positi- derrière lui et pose ses deux pouces respec-
vité en cas de pelvispondylite rhumatismale. tivement sur l’une des épines iliaques posté-
rosupérieures et sur la crête sacrée en regard
(fig. 11-2). Normalement, lors de l’ascension
Tests sujets à caution de la cuisse, l’épine iliaque postérosupérieure
Le jeu articulaire sacro-iliaque s’apprécie en du même côté s’abaisse (fig. 11-3). En cas de
soulevant l’aile iliaque avec une main, et en fixation sacro-iliaque, elle s’élève au fur et à
appliquant l’autre main au niveau de la berge mesure du soulèvement de la cuisse. Ce test
sacrée homolatérale. Rappelons qu’à l’œil nu, est très utilisé dans les milieux anglo-saxons.
cette mobi­lité est imperceptible. Ces derniers prônent également l’étude des
• L’étude comparative des distances existant conséquences engendrées par le même mou-
entre les épines iliaques postérosupérieures et vement de la cuisse entre l’ischion et la pointe
la ligne des épineuses. Le risque d’erreur ici sacrée ;
provient de la fréquente asymétrie des os eux- • l’étude comparative de l’ascension des deux
mêmes. épines iliaques postérosupérieures lors de la
• L’appréciation comparative des distances flexion en avant du tronc, le sujet étant assis
existant de chaque côté entre la peau et la face (manœuvre de Piedallu). Normalement, l’as-
postérieure du sacrum, à condition d’avoir cension est parallèle et symétrique. En cas
été capable d’éliminer les tensions ligamen- de blocage sacro-iliaque, l’ascension du côté
taires en regard. atteint s’effectue plus rapidement que celle
• L’examen de la position des pieds. du côté sain ;
• La mensuration de la longueur des deux • la recherche d’une douleur provoquée lors de
membres inférieurs sous réserve d’une mise l’extension de la cuisse, le patient couché sur le
en place correcte du bassin. dos maintenant contre lui le membre inférieur
sain (manœuvre de Gaenslen) (fig. 11-4) ;
• la recherche d’une douleur provoquée lors
Manœuvres dignes de foi de l’abduction forcée de la hanche, le membre
inférieur étant fléchi de manière à permettre
Parmi celles-ci, il convient de citer la pression
au pied de reposer sur le genou opposé et le
verticale sur les deux épaules, en appui mono-
patient étant sur le dos (manœuvre de Patrick
podal alterné ; l’écartement ou le rapproche-
ou test de Faber) (fig. 11-5).
ment des deux ailes iliaques, le patient étant
en décubitus dorsal ; et l’appui vertical sur la Remarque
face postérieure du sacrum, le patient étant Pour être interprétables, ces deux dernières
en décubitus ventral. manœuvres exigent des hanches normales.
Chapitre 11. Articulations sacro-iliaques 175

Fig. 11.2.  Test sacro-iliaque. Position Fig. 11.4.  Manœuvre de Gaenslen.


de départ.

Fig. 11.3.  Test sacro-iliaque normal. Fig. 11.5.  Manœuvre de Patrick ou test de Faber.
176 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Biomécanique des articulations sacro-iliaques

La nature véritable de la fonction bioméca- À titre comparatif, le mouvement animant les


nique des articulations sacro-iliaques reste pavillons de ces mêmes sondes était dix fois
encore une énigme, même si tout le monde plus important au cours de la flexion–exten-
s’accorde pour souligner leur situation straté- sion de la charnière lombosacrée effectuée
gique entre la colonne vertébrale qu’elles sup- avec la même force, lorsqu’elles étaient plan-
portent et les membres inférieurs, ainsi que le tées sur les faces antérieures de L5 et S1.
rôle d’amortisseur protecteur de leur système Ces chiffres concordent avec ceux obtenus par
ligamentaire particulièrement puissant lors Colachis en 1963 et surtout avec les mesu-
des mouvements des membres inférieurs. res effectuées par Sturesson et son équipe en
1988, in vivo, par stéréophotogrammétrie
Mobilité sacro-iliaque sur 25 patients. Le mouvement mis en évi-
dence comportait à la fois une faible rotation
La mobilité des articulations sacro-iliaques d’environ 2,5 ° (0,8–3,9 °) et une translation
est extrêmement faible, sauf au cours de l’en- minime d’environ 0,7 mm (0,1−1,6 mm).
fance et de la grossesse. Elle devient problé- La manière dont cette mobilité sacro-ilia-
matique au-delà de 50 ans. que s’effectue est controversée. De nom-
Elle est quasi invisible à l’œil nu et impercep- breuses hypothèses ont été avancées, celle
tible au palper direct, ainsi que nous avons d’une rotation autour d’un axe de rotation
pu le constater1 lors d’une étude effectuée en situé au niveau de l’auricule (E. Bonnaire)
1971 sur huit bassins de sujets âgés entre 30 (fig.  11-6a) ou bien derrière lui (L. Farabeuf)
et 75 ans, solidement maintenus par un étau (fig.  11-6b). Celle d’une rotation et
au niveau iliaque pendant que le sacrum était d’une translation associées défendue par
mobilisé dans le sens antéropostérieur grâce à S.C. Colachis et M. Beal semble la plus cré-
une barre de fer recourbée introduite dans le dible (fig. 11-6c), l’axe de rotation se situant
canal sacré. en arrière des auricules au niveau du ligament
Jamais l’amplitude du mouvement des axile. E. Rageot2 émet une autre hypothèse,
pavillons des sondes cannelées fichées per- celle d’un mouvement de cisaillement se pro-
pendiculairement sur chacune des berges duisant au niveau de la sacro-iliaque, comme
sacro-iliaques n’a excédé 4 mm de part et il l’a constaté en 1995 sur un cadavre frais,
d’autre de la position de repos. Elle se situait en tirant sur le membre inférieur vers le bas
généralement entre 1 à 2 mm. de la table. Cela expliquerait l’efficacité de
La section de la symphyse pubienne multi- la traction brusque sur la jambe dans cette
pliait ces chiffres par trois. pathologie.

2 Lors d’une étude récente, en 1995, sur une


colonne fraîche, l’un des auteurs de cet ouvrage (E.
Rageot) a trouvé que la traction de la jambe vers le bas
provoquait un léger mouvement dans la sacro-iliaque
1 F. Le Corre et E. Rageot. correspondante.
Chapitre 11. Articulations sacro-iliaques 177

a b c

Fig. 11.6.  Les différentes hypothèses de la mobilité sacro-iliaques.


a. Selon E. Bonnaire ; b. Selon L. Farabeuf ; c. Selon S.C. Colachis et M. Beal.
178 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Biomécanique des articulations sacro-iliaques (suite)

Biomécanique de l’articulation bascule en arrière, les ailes iliaques suivent


sacro-iliaque le mouvement en s’écartant, les ischions se
rapprochent. Ici, le mouvement est freiné
Pour comprendre la biomécanique sacro-ilia- par l’intervention des ligaments sacro-iliaques
que, il ne faut jamais perdre de vue la sollicita- postérieurs.
tion inévitable du système ligamentaire propre à
cette articulation et situé à son voisinage, ni non Flexion latérale lombaire
plus le fait que le sacrum est anatomiquement
suspendu aux os iliaques. Au cours de la flexion latérale lombaire, le
L’important en fait ici est de se représenter les rachis lombaire est inévitablement l’objet
diverses répercussions dynamiques interve- d’une rotation automatique en sens contraire
nant au niveau des articulations sacro-iliaques et le bassin soumis à une distorsion par suite
au cours de gestes usuels comme la flexion, du déplacement du centre de gravité et de
l’extension ou l’inflexion du rachis lombaire, la position prise par les deux membres infé-
la marche… rieurs. Cela entraîne une rotation postérieure
de l’os iliaque situé du côté de la flexion laté-
rale et une rotation antérieure de l’os iliaque
Flexion lombaire opposé.
Au cours de la flexion lombaire (fig. 11-7a), une
fois les possibilités dynamiques du rachis épui- Application à la marche
sées, le plateau sacré déjà normalement incliné
Au cours de la marche, la coexistence simul-
est à son tour mobilisé en nutation en avant
tanée de l’extension d’une cuisse d’un côté
et en bas, entraînant avec un léger retard3 une
et de la flexion de l’autre soumet le bassin
bascule en avant des os iliaques avec une ascen-
à une distorsion inévitable, amplifiée par
sion des épines iliaques postérieures (EIPS),
le passage successif d’un appui monopodal
un rapprochement des épines iliaques anté-
sur l’autre. Du côté de la cuisse étendue,
rieures (EIAS) et un écartement des ischions.
l’aileron iliaque bascule en avant, c’est-à-
L’amplitude de la bascule du sacrum est contre-
dire effectue une nutation, générant phy-
carrée en bas par l’intervention des ligaments
siologiquement un mouvement inverse de
sacrotubérositaires et sacro-épineux et en haut
l’aileron sacré correspondant, c’est-à-dire
par celle des ligaments iliolombaires.
une contre-nutation. Du côté de la cuisse
fléchie, c’est le contraire, l’aile iliaque bas-
Extension lombaire cule en arrière, entraînant ipso facto en sens
Au cours de l’extension lombaire (fig. inverse une minime nutation de l’aileron
11-7b), l’inverse se produit. Le sacrum sacré correspondant.

3 Du fait de la contre-nutation physiologique, décrite


par Zaglas et Duncan.
Chapitre 11. Articulations sacro-iliaques 179

Fig. 11.7.  Biomécanique des sacro-iliaques.


a. Lors de la flexion antérieure ; b. Lors de l’extension.
180 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Blocages sacro-iliaques

Pour les ostéopathes, l’(les) articulation(s) traduction sémiologique propre, nécessitant


sacro-iliaque(s) est (sont) susceptible(s) de une grande prudence d’interprétation en rai-
se retrouver bloquée(s) en position extrême, son de sa subjectivité.
probablement en raison de l’intervention du
système ligamentaire réagissant aux diver- Blocage de l’aile iliaque en rotation
ses contraintes auxquelles elle(s) est (sont) postérieure (sacrum antérieur
soumise(s) et incapable(s) d’y répondre, en des Anglo-Saxons) (fig. 11-8 et 11-9)
raison de sa (leur) faible mobilité. C’est de loin l’éventualité la plus fréquente
Dans les antécédents, on retrouve souvent un en matière de pathologie sacro-iliaque béni-
choc vertical (chute sur les talons, manque- gne, celle où il existe un blocage en nutation
ment d’une marche ou d’un trottoir, chute de l’aile sacrée en avant, avec une bascule en
dans une ornière, etc.) ; dans tous ces cas, il arrière de l’os iliaque.
s’agit d’un déplacement de haut en bas et non Les signes cliniques observés résultent tout
d’un mouvement de rotation intra-articulaire. naturellement des diverses modifications
C’est probablement l’explication du succès de anatomiques engendrées par cette rotation
la manœuvre sacro-iliaque (décrite plus haut) postérieure de l’os iliaque et consistent donc
où l’on tire brusquement sur la jambe. spontanément du côté atteint en :
• un abaissement de l’épine iliaque postéro-
Signes d’appel supérieure (EIPS) (fig. 11-10) ;
• une diminution de la distance la séparant
La plupart du temps, ils se résument à l’exis- de la ligne des épineuses comparativement au
tence d’une douleur ou (et) d’une fatigue côté opposé ;
ressentie(s) au niveau de l’épine iliaque posté- • une impression de plus grande profondeur
rosupérieure, voire dans la fesse, la cuisse, sans entre la peau et la face postérieure du sacrum ;
dépasser le creux poplité (douleur tronculaire) • un raccourcissement apparent du mem-
ou à l’aine, déclenchée(s) ou aggravée(s) par bre inférieur ;
la station debout prolongée ou la marche, • une rotation externe du pied ;
toutes ces manifestations pouvant fort bien • une sensibilité ou une douleur lors de la
être secondaires à une souffrance lombosa- palpation de la symphyse pubienne.
crée articulaire postérieure ou bien être d’ori- En outre, lors du mouvement de flexion du
gine ligamentaire iliolombaire. tronc en avant, après avoir éliminé une vraie
Parfois, elle(s) est (sont) absente(s) et l’atten- jambe courte, en faisant asseoir son patient,
tion est attirée par une rotation externe d’un on note une ascension beaucoup plus forte
pied lors de la marche ou en position debout de l’EIPS de ce même côté, aboutissant en fin
immobile. de course à amener celle-ci plus haut que celle
du côté opposé (fig. 11-11).
Signes cliniques
Blocage de l’os iliaque
Deux cas de figure peuvent se présenter : en avant (sacrum postérieur
celui où l’aile iliaque semble basculée et fixée des Anglo-Saxons)
en arrière (ou ce qui revient au même celui Il se rencontre beaucoup plus rarement. Ici,
où le sacrum paraît basculé en avant), et le les signes cliniques sont inversés par rapport à
cas inverse. Chacune de ces situations a sa ce qui vient d’être écrit.
Chapitre 11. Articulations sacro-iliaques 181

Fig. 11.8.  Vue supérieure. Fig. 11.9.  Blocage de l’aile iliaque droite
et ses diverses percussions.

Fig. 11.10.  Manœuvre de Piedallu.


Position de départ :
deux pouces sur les épineuses
iliaques postérieures.

Fig. 11.11.  Ascension des pouces différente comparativement.


182 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulations de l’articulation sacro-iliaque en cas


de blocage iliaque postérieur (ou sacrum antérieur)

Rappels généraux Exécution


La mise en tension s’obtient en soulevant le
• Position initiale du patient en décubitus membre inférieur droit du patient et en lui
ventral. imprimant un léger mouvement de rotation
• Position du praticien : debout, du côté externe, tout en maintenant la pression sur
opposé à traiter. l’épine iliaque postérosupérieure droite.
La manipulation est réalisée en imprimant
Première manœuvre une brusque poussée vers l’avant sur cet appui
iliaque (fig. 11-13).
Technique illustrée
Blocage iliaque postérieur droit (ou sacrum Sources d’échec
antérieur droit). • Impossibilité de mettre en extension la
cuisse du patient en cas d’atteinte de la
Préparation hanche.
• Existence d’une diminution de l’extension
Demander au patient de s’allonger sur le ven-
lombaire.
tre et venir se placer à la hauteur des cuisses
• Mauvais relâchement du patient d’où la
de ce dernier, du côté opposé à la manipula-
nécessité d’effectuer l’impulsion à la fin d’une
tion projetée.
expiration.
Glisser alors sous la face antérieure de la cuisse
• Poussée sur l’aile iliaque insuffisante.
droite du patient son avant-bras droit, de
• Main haute de l’opérateur mal placée.
manière à pouvoir venir poser sa main sur la
face postérieure de l’autre cuisse (fig. 11-12). Remarque
Placer enfin la paume de sa main gauche sur Cette manœuvre est extrêmement simple à
l’épine iliaque postérosupérieure droite du réaliser. Elle est susceptible d’agir aussi sur
patient. la charnière lombosacrée.
Chapitre 11. Articulations sacro-iliaques 183

Première manœuvre

Fig. 11.12.  Position de départ.

Fig. 11.13.  Manipulation.


184 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulations de l’articulation sacro-iliaque en cas


de blocage iliaque postérieur (ou sacrum antérieur) (suite)

Deuxième manœuvre Troisième manœuvre


Préparation Il est également possible d’obtenir la
Demander d’abord au patient de s’allonger même action manipulative en tirant sur le
sur le ventre à même le sol, puis de soulever membre inférieur droit selon la technique
la cuisse droite. En profiter pour glisser sous décrite lors de la manœuvre sur le complexe
celle-ci sa jambe droite de manière à pouvoir lombopelvien.
venir poser le cou-de-pied sur le creux poplité Comme il s’agit ici d’agir sur une aile iliaque
gauche du patient (fig. 11-14). bloquée en position postérieure, la manœu-
Poser alors ses deux mains à plat, l’une sur vre doit se faire en plaçant le membre infé-
l’autre, sur l’aile iliaque droite du patient, au rieur droit dans l’axe du corps du patient,
voisinage de l’épine iliaque postérosupérieure seul moyen pour mobiliser l’aile iliaque en
(détail). avant. Plutôt que d’effectuer cette manœu-
vre sur le patient allongé sur le dos, il est
Exécution plus facile de demander à ce dernier de se
coucher sur le côté gauche et de plier le
La mise en tension s’obtient en augmentant genou correspondant pour donner une
la pression exercée sur l’aile iliaque droite du meilleure assise.
patient.
Pour la manipulation proprement dite, il suf-
fit d’imprimer une brusque poussée verticale Sources d’échec
dirigée de haut en bas sur ses deux mains à la • Mauvaise prise du pied.
fin d’une expiration (fig. 11-15). • Non-respect de la position neutre de la
hanche du patient.
Sources d’échec • Traction insuffisante.
• Absence d’extension lombaire.
• Mauvaise position de la jambe glissée sous
la cuisse du patient. Remarque
• Impossibilité pour le patient d’étendre la Cette manœuvre permet aussi d’agir sur les
cuisse. derniers étages lombaires du côté tracté.
• Absence de synchronisation entre la pous-
sée brusque des mains de l’opérateur et la fin
de l’expiration effectuée par le patient.
Chapitre 11. Articulations sacro-iliaques 185

Deuxième manœuvre

Fig. 11.14.  Position de départ.

Fig. 11.15.  Manipulation.


186 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulations de l’articulation sacro-iliaque en cas


de blocage iliaque postérieur (ou sacrum antérieur) (suite)

Rappels généraux Poser sa main droite bien à plat sur l’épine


iliaque postérosupérieure droite du patient.
• Position initiale du patient : en décubitus
latéral, sur le côté opposé à traiter. Exécution
• Possibilités d’action : articulation sacro-ilia-
La mise en tension s’effectue à la fois en atti-
que, accessoirement sur la région lombosacrée.
rant vers soi le poignet gauche du patient et en
• Position du praticien : debout derrière le
repoussant l’aile iliaque de celui-ci vers l’avant.
patient.
Au moment d’exécuter la manipulation
(fig.  11-18) proprement dite, demander au
préalable au patient de placer la jambe droite
Manœuvre perpendiculairement par rapport au bord de
Technique illustrée la table, puis de la soulever verticalement,
ensuite imprimer une brusque poussée vers
Blocage iliaque postérieur droit (sacrum anté-
l’avant sur l’épine iliaque postérosupérieure
rieur droit).
droite, au moment précis où le patient laisse
retomber la jambe droite.
Préparation (fig. 11-16 et 11-17)
Demander d’abord au patient de s’allonger Sources d’échec
sur le côté gauche en fléchissant le membre • Mauvaise immobilisation du patient.
inférieur gauche, puis lui incliner le plan des • Hauteur de la table inadaptée.
épaules à 45 ° par rapport au plan de la table • Synchronisation défectueuse entre l’im-
en faisant glisser le bras gauche du patient pulsion sur l’épine iliaque postérosupérieure
vers l’avant ou en mobilisant le haut du dos du patient et l’abaissement de la jambe de ce
avec ses mains. dernier.
Venir ensuite se placer debout derrière lui.
Lui saisir alors le poignet gauche fermement Variante possible
avec sa main gauche et le tirer vers soi en
accentuant la tendance de l’épaule située le Même manœuvre avec membre inférieur
long de la table de glisser vers l’avant. étendu situé contre la table de manipulation.
Chapitre 11. Articulations sacro-iliaques 187

Fig. 11.16.  Positionnement respectif du patient et du médecin, vue de face.

Fig. 11.17.  Vue de trois quarts postérieur.

Fig. 11.18.  Manipulation.


188 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulations de l’articulation sacro-iliaque en cas


de blocage iliaque antérieur (ou sacrum postérieur)

Rappels généraux Exécution


La mise en tension s’obtient en fléchissant
• Position initiale du patient en décubitus la cuisse droite du patient sur le bassin, en
dorsal. s’aidant du poids de son corps.
• Position du praticien : debout, en fente, du La manipulation est réalisée en exagérant
côté gauche de la table, à la hauteur des cuis- brusquement cette flexion avec une poussée
ses du patient. verticale vers le bas en direction de sa main
postérieure (fig. 11-20).
Première manœuvre
Technique illustrée Sources d’échec
Blocage iliaque antérieur droit (ou sacrum • Impossibilité de fléchir complètement
postérieur droit). la cuisse du patient en cas d’atteinte de la
hanche.
• Mauvais positionnement de la main
Préparation postérieure.
Demander au patient de s’allonger sur le dos • Poussée verticale sur la cuisse du patient
et venir se placer à la hauteur des cuisses de mal dirigée vers la main postérieure.
celui-ci du côté de la manipulation projetée. • Impulsion insuffisante.
Fixer sous son aisselle droite la cheville droite
du patient et utiliser cet appui pour lui fléchir le Remarque
membre inférieur après avoir placé son poignet Cette technique peut également être uti-
droit entre la jambe et la cuisse, au contact du lisée pour manipuler une aile iliaque blo-
creux poplité. quée en rotation postérieure. Pour cela,
Glisser alors sa main gauche sous la face posté- il suffit simplement ici de placer sa main
rieure droite du sacrum du patient (fig. 11-19). postérieure sous l’aile iliaque du patient.
Chapitre 11. Articulations sacro-iliaques 189

Première manœuvre

Fig. 11.19.  Position de départ.

Fig. 11.20.  Manipulation.


190 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulations de l’articulation sacro-iliaque en cas


de blocage iliaque antérieur (ou sacrum postérieur) (suite)

Seconde manœuvre Pour exécuter la manipulation proprement


dite, il suffit d’imprimer une brusque poussée
Préparation sur ses deux mains à la fin d’une expiration
Demander d’abord au patient de s’allonger (fig. 11-21).
sur le dos, puis de fléchir la cuisse droite sur
le bassin et la jambe sur la cuisse.
Venir se placer à la hauteur du bassin du Sources d’échec
patient en regardant l’extrémité inférieure de • Mauvaise position des deux mains du
la table de manipulation. Poser alors bien à praticien.
plat en l’orientant vers le haut sa main gauche • Impossibilité pour le patient de fléchir la
sur la racine de la cuisse droite du patient et sa cuisse.
main droite égale­ment bien à plat en l’orien- • Absence de synchronisation lors de la pous-
tant vers le bas sur la face postérieure de l’os sée brusque des mains du praticien.
iliaque droite, au voisinage de l’ischion. Remarque
Cette technique peut aussi servir à mani-
Exécution puler une aile iliaque bloquée en rotation
Pour obtenir la mise en tension, il suffit d’aug- postérieure. Pour cela, il suffit d’inverser
menter la pression exercée par ses deux mains, l’orientation de ses mains et le sens de la
en s’aidant de son bras gauche. poussée.
Chapitre 11. Articulations sacro-iliaques 191

Seconde manœuvre

Fig. 11.21.  Manipulation.


Chapitre 12
Manœuvres annexes
périrachidiennes
Cet atlas serait incomplet s’il ne tenait pas coccyx, où la méconnaissance d’une décal-
compte des manœuvres à réaliser en pré- cification importante (ostéoporose, par
sence d’une atteinte costale, pubienne ou exemple) pourrait être lourde de consé-
coccygienne, c’est-à-dire en face de toute quences en raison du risque de création de
une série d’atteintes d’éléments anatomiques lésions osseuses lors des manœuvres ;
appartenant au squelette du tronc et dont la • la règle de la non-douleur. Il faut en effet
traduction symptomatologique se situe pour être constamment attentif aux symptô-
l’essentiel dans le dos. mes éventuels survenant au décours de la
Omettre ces différentes atteintes reviendrait à manœuvre, notamment douloureux. Jamais
faire l’impasse sur toute une fraction de sour- les mouvements ne doivent être générateurs
ces potentielles de douleurs accessibles aux de douleurs. Il convient donc d’abord de
thérapeutiques manuelles. veiller à bien placer ses points d’appui et de
savoir les modifier le cas échéant, comme
Il est bien évident que la nature et la variété
par exemple dans la manœuvre du coccyx
même de ces sources rendent difficiles l’adop-
où le doigt intrarectal est parfois mal sup-
tion d’une ligne de conduite commune. Il est
porté. L’exécution des manœuvres doit
toutefois possible de dégager à leur propos
ensuite se pratiquer dans le sens libre et
quelques principes généraux dont la stricte
non douloureux, comme nous l’avons déjà
observance facilite les manœuvres :
mentionné dans la première partie de cet
• la possibilité de toujours faire appel à des
ouvrage consacrée aux généralités.
mobilisations passives, c’est-à-dire à des
mouvements alternatifs de va-et-vient, De même, il y a tout intérêt à tenir compte de
allant de la position de repos à la mise en la force déployée en cas de structures enrai-
tension ; dies, même si la mobilisation de ces dernières
• la nécessité de s’assurer auparavant de l’in- s’effectue sans douleurs. Il faut savoir que la
nocuité de la manœuvre projetée. Cela est répétition des gestes permet souvent de libérer
particulièrement vrai pour les côtes et le progressivement les adhérences existantes.
194 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation de la première côte

Rappels généraux partir de son avant-bras gauche en direction


de son éminence thénar droite (fig. 12-3).
• Position initiale du patient : en décubitus
dorsal.
• Position du praticien : debout, du côté Variante
opposé à traiter. Si, dès le départ, on demande au patient de
soulever le bras situé du côté à traiter et de
Manœuvre le laisser retomber vers l’extrémité supérieure
de la table de manipulation, l’exécution de
Technique illustrée cette manœuvre s’en trouve grandement
Première côte gauche. facilitée.

But poursuivi Autres manœuvres


Agir sur la tête et le col de la première côte sur la première côte
gauche pour la mobiliser d’arrière en avant.
D’autres techniques ont été préconisées pour
traiter les premières côtes, à partir de certai-
Préparation nes manœuvres effectuées sur la charnière
Commencer par demander au patient de poser cervicodorsale (cervicothoracique).
la main et l’avant-bras droit bien à plat contre Pour atteindre le but recherché, il suffit la plu-
sa clavicule gauche puis recouvrir ceux-ci avec part du temps de transférer son point d’appui
sa main et son avant-bras gauche (fig. 12-1). cervicodorsal (-thoracique) sur la tête et le
Demander alors au patient de se tourner vers col de la première côte. Il en est ainsi pour les
la droite et en profiter pour placer son émi- techniques du rachis cervicodorsal (-thoraci-
nence thénar droite contre la tête et le col de que) en latéroflexion pratiquées en décubitus
la première côte gauche à traiter (fig. 12-2). ventral (menton pivot) ou en position assise.
Une fois cela réalisé, demander au patient de
se remettre sur le dos et de respirer lentement
et profondément. Extension de cette manœuvre
aux côtes sous-jacentes
Exécution En déplaçant sa main postérieure, de manière
La mise en tension s’obtient en appuyant sur à permettre à son éminence thénar de venir
l’avant-bras et la main droite du patient. au contact de la tête et du col des côtes sui-
La manipulation proprement dite consiste vantes, il est tout à fait possible d’intervenir
au cours d’une expiration, à la fin de celle-ci, avec efficacité sur les 2e, 3e, 4e, voire 5e côtes,
à exercer une pression brusque et rapide à en utilisant le même procédé.
Chapitre 12. Manœuvres annexes périrachidiennes 195

Fig. 12.1.  Position de départ.

Fig. 12.2.  Placement de la main postérieure


du praticien sur la côte.

Fig. 12.3.  Manipulation.


196 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation des fausses côtes

Rappels généraux Manœuvre en cas de mobilisation


costale douloureuse de bas
• Position initiale du patient : assise. en haut (fig. 12-5 et 12-6)
• Possibilités d’action : 11e et 12e côtes. Technique illustrée
• Position du praticien : debout, derrière le patient.
Manipulation de la 11e côte droite.

Manœuvres possibles But poursuivi


Rétablir le fonctionnement normal du jeu
Manœuvre en cas de mobilisation
costale douloureuse de costal, en agissant sur le col et la tête de la
haut en bas (fig. 12-4) côte incriminée dans le sens opposé à la dou-
leur provoquée lors de l’examen.
Technique illustrée
Manipulation de la 11e côte droite. Préparation
Commencer par faire asseoir le patient sur la
But poursuivi
table de manipulation, et venir se placer der-
Rétablir le fonctionnement normal du jeu rière lui. Poser alors son pied gauche sur la
costal, en agissant sur le col et la tête de la table contre le patient de manière à pouvoir
côte incriminée dans le sens opposé à la dou- glisser son genou gauche sous l’aisselle gau-
leur provoquée lors de l’examen. che de celui-ci. Lui demander ensuite de met-
tre l’avant-bras droit sur la tête et en profiter
Préparation pour lui bloquer l’aisselle droite avec son bras
Commencer par faire asseoir le patient à cheval gauche. Se servir de cet appui pour lui fléchir
sur la table de manipulation, en lui demandant de latéralement le tronc vers la gauche en utili-
croiser les doigts derrière la nuque. Se placer alors sant comme axe de pivot son genou gauche.
debout derrière lui, et glisser son bras gauche sous Appliquer alors son pouce gauche contre le
l’aisselle correspondante afin de lui saisir l’épaule bord supérieur de la 11e côte droite, et recou-
droite. Appliquer ensuite le bord cubital de sa vrir celui-ci avec son pouce droit.
main droite le long du bord inférieur de la 11e côte
droite du patient de manière à placer son pisiforme Exécution
au contact de l’articulation costovertébrale. La manipulation consiste à exercer une brus-
que poussée dirigée vers le bas sur la côte du
Exécution patient, à la fin d’une expiration forcée.
La mise en tension s’obtient en faisant pivoter
le tronc du patient vers la gauche après l’avoir Sources d’échec
au préalable fléchi latéralement légèrement • Mauvais dégagement de la zone costale à
vers la droite grâce à sa main droite. traiter (il est indispensable d’avoir au départ
La manipulation proprement dite consiste à bien fléchi latéralement en sens opposé le
imprimer une brusque poussée dirigée vers le tronc du patient).
haut sur sa main droite, une fois cette mise en • Prise d’appui costal imparfaite.
tension réalisée. • Absence de synchronisation entre l’impul-
sion manipulative et l’expiration.
Sources d’échec • Impulsion insuffisante.
Elles sont identiques à celles mentionnées à
propos des manipulations à cheval.
Chapitre 12. Manœuvres annexes périrachidiennes 197

Fig. 12.4.  Position de départ respective du praticien


et du patient en vue d’une manœuvre costale vers
le haut.

Fig. 12.5.  Position de départ avant d’agir sur une


fausse côte vers le bas (vue du patient de face).
Fig. 12.6.  Vue de dos du patient montrant l’action de la
main du praticien.
198 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation des fausses côtes (suite)

Rappels généraux Manœuvre en cas de mobilisation


costale douloureuse de bas
• Position initiale du patient : en décubitus en haut
ventral. Technique illustrée
• Possibilités d’action : 11e et 12e côtes.
• Position du praticien : debout. Manipulation d’une 12e côte gauche.

But poursuivi
Manœuvres possibles Rétablir le fonctionnement normal du jeu
costal en agissant sur le col et la tête de la côte
Manœuvre en cas de mobilisation
costale douloureuse de haut en bas incriminée dans le sens opposé à la douleur
provoquée lors de l’examen.
Technique illustrée
Manipulation d’une 12e côte gauche. Préparation
Commencer par demander au patient de s’al-
But poursuivi longer sur le ventre, et venir se placer der-
Rétablir le fonctionnement normal du jeu rière l’extrémité supérieure de la table de
costal en agissant sur le col et la tête de la côte manipulation.
incriminée dans le sens opposé à la douleur Appliquer alors son éminence thénar et son
provoquée lors de l’examen. pouce gauches contre le bord supérieur de la
12e côte, et renforcer cet appui en plaçant son
Préparation autre main par-dessus ceux-ci.
Commencer par demander au patient de s’al-
longer sur le ventre et de laisser pendre les bras Exécution
de chaque côté de la table de manipulation. La manipulation consiste à exercer une brusque
Se placer ensuite à droite de la table, debout, poussée dirigée vers le bas sur la côte du patient,
face à lui, en regard de la région lombaire. à la fin d’une expiration forcée (fig. 12-8).
Empaumer alors avec sa main gauche l’aile
iliaque gauche du patient. Source d’échec
Appliquer enfin l’éminence thénar et le pouce • Prise d’appui costal imparfaite.
de sa main droite respectivement contre la tête • Absence de synchronisation entre l’impul-
et le long du bord inférieur de la 12e côte gau- sion manipulative et l’expiration.
che du patient. • Impulsion insuffisante.
Exécution Remarque
La mise en tension s’obtient en soulevant Ces deux techniques peuvent également
l’aile iliaque gauche du patient tout en lui être utilisées sur les 8e, 9e et 10e côtes.
maintenant le thorax contre la table de
manipulation.
La manipulation proprement dite consiste
alors à imprimer une brusque pulsion dirigée
vers le haut avec sa main droite (fig. 12-7).
Chapitre 12. Manœuvres annexes périrachidiennes 199

Fig. 12.7.  Manœuvre en cas de mobilisation costale douloureuse de haut en bas.

Fig. 12.8.  Manœuvre en cas de mobilisation costale douloureuse de bas en haut.


200 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation du complexe lombopelvien par traction


sur le membre inférieur

Rappels généraux de caler l’un de ses pieds contre la table de


manipulation.
• Possibilités d’action : L5–S1, articula- La manipulation est réalisée en tirant
tion sacro-iliaque correspondante, hanche, brusquement le pied du patient vers soi
cheville. (fig. 12-10).
• Position initiale du patient : en décubitus Deux critères permettent de juger de la
dorsal, les bras le long du corps. réussite de cette manœuvre : une sensation
• Position du praticien : debout, à l’extrémité de décoaptation au niveau de la cheville du
de la table de manipulation. patient et une impression de soulagement au
niveau de la région sacro-iliaque concernée et
Manœuvre de la région lombosacrée.

Technique illustrée Sources d’échec


Manipulation du membre inférieur droit. • Mauvaise prise du pied.
• Non-respect de la position de neutralité de
But poursuivi la hanche du patient qui se raidit.
Arriver à provoquer une décoaptation modé- • Traction insuffisante.
rée au niveau des différentes articulations Remarques
citées plus haut, grâce à une traction axiale L’intérêt de cette manœuvre réside dans
effectuée à partir du pied. sa simplicité d’exécution et surtout dans
son action simultanée sur la cheville, l’ar-
Préparation ticulation coxofémorale, la sacro-iliaque et
Poser l’une de ses mains sur le calcanéum du même la région lombosacrée.
patient au voisinage de l’insertion du tendon Très souvent, elle permet de faire dispa-
d’Achille (tendon calcanéen) et empaumer le raître les douleurs situées en regard de
cou-de-pied avec l’autre. l’épine iliaque postérosupérieure homola-
Écarter ensuite légèrement le membre infé- térale rebelles aux manœuvres lombaires
rieur du patient et déterminer la position de classiques.
neutralité de l’articulation coxofémorale en Grâce au réel effet de décoaptation
choisissant celle qui se trouve à mi-chemin obtenu, elle apporte également un mieux
entre la rotation interne et la rotation externe à certaines douleurs coxofémorales, ainsi
(fig. 12-9). que l’a montré H. Cardin, il y a une
vingtaine d’années, lors d’études radio-
Exécution cinématographiques.
La mise en tension s’obtient en inclinant son
corps en arrière après avoir pris la précaution
Chapitre 12. Manœuvres annexes périrachidiennes 201

Fig. 12.9.  Position de départ.

Fig. 12.10.  Manipulation.


202 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation de la symphyse pubienne (surface


symphysaire)

Rappels généraux Appliquer alors ses deux mains respectivement


sur la face interne des genoux du patient.
• Position initiale du patient : en décubitus
dorsal. Exécution
• Position du praticien : debout, à côté du
patient. La mise en tension s’obtient en s’efforçant
d’écarter les genoux du patient malgré la
résistance qu’il y oppose.
Manœuvre (fig. 12-11) La manipulation s’effectue en tirant brusque-
ment et sèchement sur sa main gauche, tout
Technique illustrée en contrôlant l’amplitude de cette traction.
Avec le praticien à droite du patient.
Remarques
Nécessité d’examiner cette région systéma-
But poursuivi tiquement en présence d’un blocage sacro-
Manipuler la symphyse pubienne (surface ­iliaque et de la traiter le cas échéant.
symphysaire) en utilisant comme bras de Songer également devant une pubalgie à
levier les deux cuisses du patient au préalable examiner la charnière dorsolombaire (tho-
stabilisées volontairement. racolombaire) à la recherche d’une souf-
france segmentaire vertébrale, en raison
Préparation de ses irradiations basses possibles vers le
Demander d’abord au patient de s’allonger pubis.
sur le dos, puis de fléchir les deux jambes.
Venir ensuite se placer à la droite de ce der-
nier, légèrement au-dessous du niveau des
genoux, en se tournant vers lui.
Chapitre 12. Manœuvres annexes périrachidiennes 203

Fig. 12.11.  Manipulation de la symphyse pubienne.


204 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation du coccyx

Rappels généraux Exécution


La manipulation consiste à exercer simple-
• Position du patient : décubitus ventral. ment une contre-pression extrêmement pro-
• Position du praticien : debout à la hauteur gressive, mais continue, sur cette épine iliaque
des fesses du patient. postérosupérieure pendant plusieurs minutes
jusqu’à ce que l’on perçoive sous son index
Manœuvre (fig. 12-12) rectal la contracture des releveurs céder.

But poursuivi Sources d’échec


Mettre sous tension les muscles releveurs de • Impossibilité de maintenir le doigt rectal
l’anus du patient suffisamment longtemps en place par suite de la survenue de douleurs
pour faire céder le spasme responsable du anales notamment en cas d’hémorroïdes.
maintien du coccyx en position anormale. • Patients obèses.
• Patients n’arrivant pas à se détendre.
Préparation
Demander d’abord au patient de se mettre à Variantes
quatre pattes sur la table de manipulation, et
dans cette position introduire un doigt rectal Certains auteurs préconisent la mobilisation
en veillant bien à appliquer la pulpe de son du coccyx en saisissant celui-ci entre le pouce
index contre la face antérieure du coccyx. et l’index.
Demander alors au patient de s’allonger sur Remarque
le ventre. Appliquer ensuite la paume de son Cette manœuvre exige que l’on se soit bien
autre main contre l’épine iliaque postéro- assuré au départ de la présence réelle d’une
inférieure du côté opposé à celui où l’on se coccygodynie et de l’absence de contre-
tient, en se plaçant de manière à avoir le bras indications techniques (solution de conti-
étendu. nuité, déminéralisation importante…).
Chapitre 12. Manœuvres annexes périrachidiennes 205

Fig. 12.12.  Manipulation du coccyx.


Chapitre 13
Articulations périphériques
L’utilisation de manœuvres manuelles pour tradition, se perpétua et donna naissance à
rétablir le bon fonctionnement d’une articu- une véritable filière de soins parallèles lorsque
lation est probablement aussi vieille que l’hu- les soins du corps perdirent leur attrait aux
manité, même si peu de documents nous sont yeux de la médecine, probablement sous l’in-
parvenus pour l’attester. fluence de l’Église, vers le xiie siècle.
Les premières descriptions de manœuvres C’est vraisemblablement là qu’il faut trouver
articulaires remontent à Hippocrate, au ve l’origine et la vogue rencontrée par les renunc-
siècle avant notre ère, mais elles concer- tores en Italie, les algebristas en Espagne, les
naient surtout les dispositions à prendre en « rebouteux » ou « rhabilleux » en France et
face de luxations sévères, accompagnées ou surtout les bone-setters en Angleterre… Toutes
non de fractures. Au iiie siècle après J.-C., à les couches de la population y avaient recours
Rome, parmi ses nombreux travaux, Galien comme l’atteste leur présence à la cour des
parle avec perspicacité de la colonne verté- rois de France dès François  Ier jusqu’à la
brale et du système nerveux. L’influence de Révolution.
ses écrits devait perdurer pendant dix siècles, Se transmettant souvent de père en fils leur
jusqu’à Ambroise Paré. C’est dire combien la savoir-faire, les meilleurs d’entre eux avaient
médecine établie semble s’être désintéressée une grande renommée en raison de leurs
de la pathologie articulaire bénigne, laissant succès parfois « miraculeux » comparés aux
le champ libre aux empiriques et aux « gué- échecs de la médecine officielle. Au cours du
risseurs ». En Grèce et à Rome pourtant, le xixe siècle, leur influence semble avoir connu
recours aux massages, aux mobilisations, aux son apogée, notamment en Angleterre et aux
exercices physiques, à l’hydrothérapie était États-Unis, si l’on se réfère aux témoignages
fort répandu, davantage d’ailleurs dans un but rapportés par les médecins eux-mêmes dans
de remise en forme ou de préparation aux jeux les journaux médicaux de l’époque.
du stade que thérapeutique. Ces soins étaient
En 1867, le célèbre chirurgien anglais Sir James
dispensés dans des gymnases et des palestres
Paget publie dans le British Medical Journal un
par de véritables spécialistes, les aliptes et les
article attirant l’attention de ses confrères sur
pédiotribes. Les premiers avaient pour mission
The cases that bone-setters cure en les incitant à
de préparer les athlètes, les seconds étaient
la fois à la méfiance, mais aussi en leur recom-
chargés plus particulièrement de soigner les
mandant d’essayer de comprendre les raisons
foulures, les contusions, les luxations, les
des succès obtenus par ces rebouteux :
fractures… Certains pédiotribes étaient même
de vrais virtuoses dont la notoriété éclipsait « Apprenez à imiter ce qui est bon et évitez ce
celle des médecins. Cette forme de médecine qui est mauvais dans la pratique des rebouteux,
populaire simple et bien vue, transmise par et si vous le voulez, impliquez-vous davantage
208 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

en appliquant la règle Fas est ab hoste doceri La jambe était étendue, et M. Hutton se plaça
(« la sagesse est d’apprendre de votre ennemi »)… debout devant le patient. Ce dernier hésita
Apprenez ensuite ce que vous pouvez de la pra- et abaissa sa jambe. « Êtes-vous bien sûr qu’il
tique des masseurs et plâtriers, car ceux-ci est déboîté et que vous pouvez le remettre en
connaissent de merveilleux tours… » place ? » Il y eut un silence et ensuite : « Donnez-
Quelques années plus tard, en 1871, dans The moi votre jambe, je vous dis. » Le patient obéit à
Lancet, Wharton Hood révèle à ses confrè- contrecœur et l’éleva doucement jusqu’à la por-
res les méthodes employées par l’un des plus tée de M. Hutton. Ce dernier la saisit des deux
fameux bone-setters de Londres, M. Richard mains au niveau du mollet, avec le pouce de la
Hutton, descendant d’une famille de rebou- main gauche pressant l’endroit douloureux du
teux originaires du nord de l’Angleterre, après côté interne du genou. Il maintint le pied fer-
les avoir vues pratiquer par ce dernier pen- mement en saisissant le talon entre ses propres
dant plusieurs années et les avoir lui-même genoux et dit au patient de s’asseoir fermement
utilisées avec succès. Le compte rendu de ses dans sa chaise. À ce moment je pense que M.
observations est d’une précision remarquable A. aurait donné beaucoup pour retrouver le
et étonnamment vivant, comme en témoi- contrôle de son membre. M. Hutton inclina ses
gne cette relation du traitement effectué sur genoux vers sa droite, aidant ainsi le mouve-
le genou gauche1 d’un certain M. A. (dont ment de rotation qu’il imprima sur la jambe
le frère était professeur d’obstétrique), non avec ses mains. Il maintint une pression ferme
guéri au terme de deux années de soins dis- avec son pouce sur l’endroit douloureux et flé-
pensés par des chirurgiens : chit soudainement le genou. Le patient hurla
de douleur. M. Hutton abaissa le membre et
« Nous trouvâmes l’articulation du genou
dit à M. A. de se lever. Ce dernier s’exécuta et
enveloppée dans un pansement. Quand il fut
déclara tout de suite qu’il pouvait mieux bou-
ôté l’articulation apparut très gonflée et la
ger la jambe et ne ressentait plus aucune dou-
peau luisante et décolorée. L’articulation était
leur à l’endroit. […] Son rétablissement fut
imbougeable et très douloureuse sur sa face
rapide et complet. Quelques jours plus tard, il
interne. M. Hutton plaça […] son pouce sur
retourna au travail et de ce moment jusqu’à
un point sur la berge externe du condyle fémo-
sa mort, qui advint trois années plus tard, son
ral interne. Le patient se rétracta sous la pres-
genou resta parfaitement sain. »
sion et se plaignit d’une grande douleur.
En 1871, dans ce même journal, avant d’ana-
Il lui prescrivit un enveloppement et une appli-
lyser les motifs du recours aux bone-setters, et
cation d’huile pendant une semaine, qui eut un
sans nier la crédibilité de leur intervention, un
léger résultat sur la douleur. Puis M. Hutton
chirurgien, le Dr Fox, incrimine « la responsa-
revint une deuxième fois :
bilité du manque de soins ou de l’indifférence
« Comment va votre genou ? demanda-t-il. du corps médical en général, qui est capable de
– C’est moins douloureux. négliger de petites blessures devenant souvent
– Avez-vous pu le bouger ? très douloureuses et gênantes ».
– Non. Il classe ces motifs sous quatre rubriques :
– Donnez-le-moi. » – les articulations devenues douloureuses
après un repos forcé ;
– les articulations devenues douloureuses au
1 Il s’agit d’une manœuvre sur le ménisque interne. cours d’une maladie chronique ;
Chapitre 13. Articulations périphériques 209

– les raideurs articulaires consécutives à une plus fameuses dynasties de rebouteux de


fracture d’un os voisin ; l’époque ayant exercé pendant deux cents ans,
– les raideurs et faiblesses articulaires consé- les Sweet. Beaucoup de médecins avaient reçu
cutives à une entorse, avec atteinte tendineuse une formation pratique auprès de leurs aînés
et luxation. qu’ils assistaient et qui leur transmettaient
leur savoir clinique et leurs connaissances
Cet intérêt pour le reboutage ne fut pas
anatomiques. Aussi ne faut-il pas s’étonner de
exclusivement britannique. Le même phéno-
l’engagement de certains d’entre eux dès les
mène eut lieu dans d’autres pays, en particu-
débuts de l’ostéopathie.
lier aux États-Unis, où les rudes conditions
de l’existence étaient une source fréquente de Les manœuvres articulaires décrites ici font
contusions, d’entorses et de fractures, néces- appel aussi bien à des mobilisations qu’à de
sitant des soins appropriés, prodigués souvent véritables manipulations. Mais quelle que soit
par des non-médecins plus ou moins quali- la méthode employée, il faut toujours respec-
fiés. Dès la fin du xviie siècle, en Nouvelle- ter la règle de la non-douleur, que nous avons
Angleterre, on retrouve la trace de l’une des déjà mentionnée.
210 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Épaule

Articulations • la puissance du ligament acromioclavicu-


laire les réunissant.
Si sur un plan strictement anatomique, l’union
entre l’omoplate (scapula) et le membre supé-
rieur s’effectue au niveau de l’articulation Articulation sternoclaviculaire
omohumérale (scapulohumérale). Il en va tout De structure diarthrodiale, elle résulte de
autrement sur le plan fonctionnel, car la mobi- la réunion de la facette articulaire située à
lité de l’épaule n’intéresse pas moins de cinq l’extrémité interne (médiale) de la clavicule
articulations ou néo-articulations au total. au manubrium sternal et au premier car-
Outre l’articulation omohumérale (scapulo­ tilage costal. Destinée à maintenir ferme-
humérale) déjà citée, sont concernées en effet ment l’épaule écartée, tout en ne gênant pas
les articulations acromio- et sternoclaviculai- la mobilité scapulohumérale, elle bénéficie
res, le glissement de l’omoplate (scapula) sur pour cela de l’aide apportée par le ligament
la cage thoracique, le défilé acromio-coraco- sternoclaviculaire.
huméral.
Autres articulations
Articulation omohumérale
(scapulohumérale) (fig. 13-1) À côté de ces trois articulations, il convient
de décrire deux autres structures interve-
Elle se présente sous la forme d’une énarth- nant lors des mouvements : la première se
rose. Les surfaces articulaires en contact sont situe entre le ligament acromiocoracoïdien
constituées au niveau de l’humérus par les deux et l’articulation scapulohumérale et a été
cinquièmes d’une sphère reliée à la diaphyse décrite comme la deuxième articulation de
par un col court, et au niveau de l’omoplate l’épaule ; la seconde résulte du jeu de l’omo-
(scapula) par une surface légèrement concave, plate (scapula) sur la cage thoracique.
presque plane, nettement plus petite, complé- L’articulation sous-acromiale intervient en
tée par une formation fibrocartilagineuse en facilitant et protégeant le tendon du sus-
forme d’anneau. Une capsule lâche les relit avec épineux (supra-épineux) lors de l’abduction
un repli inférieur d’aisance. La stabilité est assu- de l’épaule grâce à la présence d’une bourse
rée par la coiffe des rotateurs dont les tendons séreuse sous-acromiodeltoïdienne.
à leur extrémité distale se confondent avec la La pseudo-articulation scapulothoracique dési-
capsule articulaire. Le sus-épineux (supra-épi- gne l’espace compris entre la cage thoracique
neux) est le stabilisateur principal en raison de et l’omoplate (scapula) et occupé par le mus-
sa situation et de son double rôle d’abducteur cle grand dentelé (dentelé antérieur).
et d’applique de la tête humérale sur la glène.

Articulation acromioclaviculaire Système musculaire


Résultant de l’apposition de l’extrémité La mobilité active et la stabilité de ce com-
externe de la clavicule contre l’acromion, elle se plexe articulaire font intervenir de nombreux
caractérise par : muscles s’insérant soit sur l’humérus, soit sur
• l’orientation opposée en diagonale de leur l’omoplate (scapula), soit sur la clavicule.
zone de contact (celle de l’acromion regar-
dant en haut et dedans) ;
• une capsule épaisse ;
Chapitre 13. Articulations périphériques 211

Fig. 13.1.  Insertions et muscles sur la face antérieure de l’épaule.


1. Deltoïde ; 2. Grand pectoral (chef claviculaire et sternal) ; 3. Sous-scapulaire (sub-scapulaire) ; 4. Petit pectoral ;
5. Insertion sur l’humérus du grand pectoral ; 6. Coraco-brachial.
212 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Épaule (suite)

Muscles s’insérant sur l’humérus Le trapèze inférieur et moyen né au niveau des


• Muscle sus-épineux (supra-épineux) allant apophyses épineuses dorsales se termine en
de la fosse sus-épineuse de l’omoplate (scapula) s’insérant sur l’épine de l’omoplate (scapula).
sur la face supérieure de la tête humérale.
• Muscle sous-épineux (infra-épineux) s’éten- Muscles moteurs de la clavicule
dant de la fosse sous-épineuse au trochiter. Citons parmi ceux-ci le muscle sous-clavier
• Muscle petit rond allant du 1/3 moyen du bord (sub-clavier), mais aussi dans une certaine
axillaire de l’omoplate au trochiter (tubercule mesure le muscle deltoïde par son faisceau
mineur de l’humérus) et sur la capsule articulaire. antérieur, le trapèze et le grand pectoral.
• Muscle grand rond allant du 1/3 inférieur L’intervention de ces muscles dépend du geste
de bord externe de l’omoplate (scapula) à la effectué et de son amplitude. Ainsi au début, le
coulisse bicipitale. jeu articulaire s’effectue-t-il seulement entre
• Muscle sous-scapulaire (sub-scapulaire) allant de l’omoplate (scapula) et l’humérus et fait interve-
la face antérieure de l’omoplate (scapula) au trochin nir uniquement les muscles de l’épaule : sus-épi-
(tubercule majeur de l’humérus) et à la capsule. neux (supra-épineux) au départ de l’abduction,
• Muscle grand pectoral s’insérant sur les sous-épineux (infra-épineux) et petit rond dans
côtes et sur la clavicule pour se terminer sur la la rotation externe, sous-scapulaire (sub-scapu-
coulisse bicipitale. laire) dans la rotation interne, faisceau antérieur
• Muscle coracobrachial allant de l’apophyse du deltoïde, coracobrachial dans l’antépulsion.
(processus) coracoïde sur la face interne de
l’humérus, tendon de la longue portion du Mobilité de l’épaule
biceps et du triceps.
La mobilité du complexe articulaire de l’épaule
est remarquable, grâce à l’intervention dès 90 °
Muscles moteurs de l’omoplate de l’omoplate (scapula) et de la clavicule.
(scapula) (fig. 13.2) Ainsi pour l’abduction jusqu’à 90 °, seule
Ils sont au nombre de six, à savoir les muscles l’articulation scapulohumérale est concernée,
rhomboïdes, angulaire de l’omoplate (éle- mais elle peut aller jusqu’à 180 ° en cas de rota-
vateur de la scapula), trapèze avec ses trois tion externe de l’humérus associée et grâce à
faisceaux, grand dentelé (dentelé antérieur), l’intervention de la ceinture scapulaire.
petit pectoral et omohyoïdien. De même, l’antépulsion complète jusqu’à
Les muscles rhomboïdes s’étendent entre 180 ° nécessite au-delà de 60 ° l’interven-
le bord spinal de l’omoplate (scapula) et les tion d’abord de la ceinture scapulaire jusqu’à
apophyses épineuses de C7 à T5. 120 °, puis celle du rachis. Ici encore, ce
L’angulaire de l’omoplate (élevateur de la sca- mouvement est réalisable seulement si une
pula) part du bord spinal (médial) de l’omo- rotation externe de l’humérus est associée.
plate (scapula) au-dessus de l’épine pour aller se L’obtention de la rétropulsion met en jeu
fixer sur les apophyses transverses de C1 à C4. d’abord la seule articulation scapulohumé-
Le grand dentelé (dentelé antérieur) va du bord rale, mais en fin de parcours entre 45 à 60 °
spinal médial de l’omoplate (scapula) sur la face l’adduction de l’omoplate (scapula).
externe et le bord supérieur des huit premières côtes. L’amplitude des rotations avoisine 180 ° : 90 °
Le petit pectoral s’étend entre l’apophyse pour la rotation externe, 90 ° pour la rotation
(processus) coracoïde de l’omoplate (scapula) interne.
et la face externe des 3e, 4e et 5e côtes près du
cartilage costal.
Chapitre 13. Articulations périphériques 213

5
6

7
8

Fig. 13.2.  Insertions et muscles sur la face postérieure de l’épaule.


1. Angulaire de l’omoplate (élevateur de la scapula) ; 2. Petit rhomboïde ; 3. Sus épineux (supra-épineux) ; 4. Sous épineux
(infra-épineux) ; 5. Petit rond ; 6. Grand rhomboïde ; 7. Longue portion du triceps (long chef du muscle triceps brachial ;
8. Grand rond.
214 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Mobilisations omothoraciques (scapulothoraciques)

Rappels généraux l’omoplate (la scapula) ainsi appréhendée sur


la cage thoracique du patient.
• Possibilités d’action : articulations omothora-
­ciques. Seconde manœuvre (fig. 13-4)
• Position initiale du patient : en décubitus
latéral. La seule différence avec la méthode pré-
• Position du praticien : debout, face à lui. cédente réside ici dans l’élévation initiale
imposée au bras droit du patient. Cette
manœuvre exige donc une parfaite liberté
Manœuvres de l’épaule du côté à traiter.
Première manœuvre (fig. 13-3) Préparation
Technique illustrée Les préparatifs sont parfaitement identiques à
Mobilisation omothoracique (scapulothora- ceux décrits lors de la manœuvre précédente
cique) droite. : même positionnement initial du patient,
même préhension de l’omoplate (la scapula)
But poursuivi par le praticien. La différence réside ici dans
Faire glisser l’omoplate droite du patient sur l’élévation initiale imposée au bras droit du
la cage thoracique de ce dernier, en se servant patient. Elle est réalisable seulement si la
de l’omoplate elle-même. mobilité de l’épaule est normale.

Préparation Exécution
Commencer par demander au patient de s’al- La mobilisation consiste également à faire
longer sur le côté gauche, les jambes fléchies glisser l’omoplate (la scapula) du patient
et les bras le long du corps. sur la cage thoracique de celui-ci en s’aidant
Venir se placer ensuite debout en face du tho- alternativement de sa main droite, puis de sa
rax de celui-ci. main gauche.
Glisser alors son avant-bras gauche sous le Remarque
bras droit du patient et appliquer sa main Les deux manœuvres sont grandement
contre la pointe de l’omoplate droite. facilitées si l’opérateur profite de la prise
Appliquer enfin sa main droite contre l’épine offerte par la flexion préalable du coude du
de l’omoplate droite du patient. patient pour attirer l’épaule de ce dernier
soit vers le bas (1re manœuvre), soit vers le
Exécution
haut (2de manœuvre).
La mobilisation s’effectue en faisant glis-
ser lentement et dans toutes les directions
Chapitre 13. Articulations périphériques 215

Première manœuvre

Fig. 13.3.  Position de départ.

Deuxième manœuvre

Fig. 13.4.  Position de départ.


216 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Mobilisation de l’épaule

Manœuvre Décoaptation : première


manœuvre
But poursuivi
Agir sur l’articulation omohumérale en la Se placer à droite du patient assis et glisser
mobilisant sans traction. son avant-bras gauche dans le creux axillaire
droit. Saisir avec sa main droite le coude droit
Préparation du patient (fig. 13-6).
Demander au patient de s’allonger sur le côté La manœuvre proprement dite consiste à
gauche et venir se placer devant lui. faire un mouvement de pompage latéral en
Saisir l’extrémité supérieure de l’humérus appuyant puis en relâchant la pression sur le
droit du patient avec ses deux mains. coude droit.
Lui demander alors de placer le membre Cette manœuvre est également réalisable en
supérieur droit sur votre épaule gauche de décubitus latéral.
manière à ce que le coude repose sur celle-ci.

Exécution Décoaptation : seconde


En s’aidant de ce coude droit replié, tirer
manœuvre
vers l’extérieur l’humérus droit du patient et La position de départ est identique à la pré-
effectuer des mouvements de rotation axiale cédente, mais une fois son bras gauche glissé
et de tractions alternant avec des temps de sous l’aisselle droite du patient, il faut saisir
repos (fig. 13-5). son poignet gauche avec sa main droite en
La manipulation proprement dite s’effec- laissant un espace suffisant pour permettre
tue en tirant brusquement sur le bras droit au coude droit du patient de venir s’interca-
du patient dans la direction occupée par ler entre sa poitrine et ses mains.
celui-ci. La manœuvre proprement dite consiste à
écarter vers l’extérieur la tête humérale du
Avantage patient, puis à la relâcher… (fig. 13-7).
Cette manœuvre permet de respecter en tout
Précaution
point la mobilité articulaire existante.
L’appui sur la tête humérale peut faire mal
Remarque en cas de pression, notamment sur la lon-
Remonter le plan de la table pour travailler gue portion du biceps.
correctement.
Chapitre 13. Articulations périphériques 217

Fig. 13.5.  Mobilisation de la tête humorale.

Fig. 13.6.  Décoaptation de l’épaule (première Fig. 13.7.  Décoaptation de l’épaule (seconde manœuvre).
manœuvre).
218 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation sternoclaviculaire

Manœuvre en prenant appui avec sa poitrine contre le


dos du patient.
But poursuivi Après avoir demandé au patient de respirer
Agir sur l’ articulation sternoclaviculaire. plusieurs fois à fond, la manipulation propre-
ment dite consiste à écarter brusquement ses
Préparation mains et ses avant-bras lors d’une expiration
forcée, tout en maintenant son appui pecto-
Demander au patient de s’asseoir et de mettre
ral contre le dos du patient – de manière à
les deux mains sur les hanches, pouces en avant.
redresser le rachis dorsal (thoracique) supé-
Venir se placer derrière lui, en veillant à bien
rieur et à provoquer une traction externe sur
régler la hauteur du plan de la table pour être
les clavicules.
dans des conditions confortables (fig. 13-8).
Placer ses deux pouces au niveau du 1/3 interne
de la clavicule correspondante, ses mains et ses Source d’échecs
avant-bras posés respectivement contre la face • Appui des mains.
antérieure des épaules et des bras du patient. • Mauvais verrouillage.
• Mauvaise détente du patient.
Exécution • Mouvement trop lent et trop faible.
La mise en tension s’effectue en tirant ses
avant-bras vers l’arrière et latéralement, tout
Chapitre 13. Articulations périphériques 219

Fig. 13.8.  Manipulation sternoclaviculaire.


220 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation de l’articulation acromioclaviculaire

Première manœuvre Exécution


La manœuvre elle-même est totalement
But poursuivi
différente.
Libérer l’articulation acromioclaviculaire. La mise en tension s’effectue en attirant à
soi le patient tout en affermissant son appui
Préparation manuel sur l’épaule droite du patient.
Commencer par demander au patient de La manipulation proprement dite est réali-
s’asseoir à l’extrémité de la table d’examen, sée en imprimant un brusque mouvement de
et monter le plateau de celle-ci de manière pression sur ses mains vers le bas.
à pouvoir glisser son épaule droite contre le
bras droit du patient et lui permettre de gar- Sources d’échecs
der le coude fléchi (fig. 13-9).
• Limitation de l’abduction de l’épaule du
Appliquer ensuite ses deux mains jointes sur
patient.
l’épaule droite du patient, en appuyant sa main
• Mauvais appui sur l’acromion.
droite contre l’extrémité externe de la clavicule
• Impulsion timorée et trop lente.
de ce dernier.

Exécution Troisième manœuvre


La manœuvre consiste à demander au patient
de soulever l’avant-bras et la main droite Il s’agit ici d’une manœuvre mobilisatrice
pour les porter à la verticale, puis à les lais- plutôt que manipulative proprement dite.
ser retomber brusquement, en exerçant au
moment du passage à l’horizontale une brus- But poursuivi
que poussée vers le bas sur la clavicule droite Libérer l’articulation acromioclaviculaire.
du patient.
Préparation
Sources d’échecs
Commencer par demander au patient de s’as-
• Abduction complète de l’épaule du patient seoir en bout de table.
impossible. Venir appuyer en arceau sa main gauche sur
• Mauvais appui manuel de l’opérateur. l’acromion droit du patient.
• Mauvaise synchronisation entre le geste du Lui saisir alors la main droite avec sa main
patient et l’impulsion donnée sur la clavicule par droite.
l’opérateur.
Exécution
Deuxième manœuvre Elle consiste à faire un mouvement passif de
But poursuivi circumduction au bras droit du patient en
lui prenant la main et en amenant cette der-
Libérer l’articulation acromioclaviculaire. nière d’une position haute antérieure à une
position latérale basse (ou vice versa), tout en
Préparation maintenant fermement l’appui sur sa main
La mise en position est identique à la gauche.
précédente.
Chapitre 13. Articulations périphériques 221

b
Fig. 13.9.  Manipulation acromioclaviculaire.
a. Position de départ. b. Mouvement achevé.
222 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Coude

Fonctionnant comme une charnière entre le concavité, contiguë à la surface articulaire


bras et l’avant-bras, l’articulation du coude se précédente.
présente sous la forme d’un complexe arti- Au niveau radial, les zones de contact se
culaire réunissant et mettant en contact trois trouvent toutes deux à l’extrémité supé-
os, l’extrémité inférieure de l’humérus et les rieure de l’os. La première se présente sous
extrémités supérieures du cubitus (ulna) et la forme d’une cupule située au sommet
du radius, à l’intérieur d’une même capsule. de ce dernier, la seconde est plus étendue
Cette proximité des surfaces articulaires et constituée par le col du radius main-
explique pourquoi il convient de décrire à tenu solidement par un ligament circulaire
ce niveau trois articulations : l’articulation au cubitus (à l’ulna), afin de permettre la
humérocubitale (-ulnaire), l’articulation pronosupination.
huméroradiale et l’articulation radiocubitale
supérieure (-ulnaire proximale). Les deux
premières ont pour fonctions d’assurer la
Système ligamentaire
flexion–extension, la troisième intervient en Outre ce ligament annulaire du radius, il
s’associant avec son homologue inférieur convient de mentionner l’importance prise
dans la pronosupination. par le ligament carré (ligament de Dénucé)
La cohésion de l’ensemble est assurée par dans la cohésion entre radius et cubi-
un système ligamentaire et musculaire tus (ulna). De même, on ne saurait tenir
important. pour quantité négligeable les ligaments
latéraux.
Surfaces articulaires en présence
Système musculaire
Au niveau huméral, elles sont doubles et jux-
taposées avec une trochlée interne (médiale), Muscles de la flexion
en forme de poulie occupant les trois quarts Ils sont au nombre de trois : le brachial, le
de la circonférence articulaire, et une surface biceps, le long supinateur (brachioradial).
arrondie externe (latérale) occupant seule- Le muscle brachial est exclusivement fléchis-
ment la face antérieure de la palette humé- seur. Il naît au niveau de la moitié inférieure
rale, le condyle (capitulum). de l’humérus pour se terminer sur l’apophyse
Au niveau cubital (ulnaire), on trouve deux coronoïde du cubitus (de l’ulna).
zones de contact articulaire. La plus impor- Le biceps prend ses origines au niveau de
tante se situe à la face antérieure de l’ex- l’omoplate (la scapula) pour le chef long, sur
trémité supérieure du cubitus (ulna) et est l’apophyse coracoïde pour le chef court, pour
en forme de crochet ouvert à angle droit se rejoindre et se terminer par une insertion
du fait de la juxtaposition des apophyses tendineuse sur la tubérosité radiale.
coronoïde et olécranienne. La plus petite se Le muscle brachioradial naît sur le bord
situe sur la face externe du cubitus (ulna). externe de l’humérus pour se terminer sur la
Elle se présente sous la forme d’une discrète styloïde radiale (fig.13-10).
Chapitre 13. Articulations périphériques 223

Fig. 13.10.  Insertions et muscles sur la face antérieure du coude.


1. Tendon de la longue portion ; 2. Court biceps (chef court) ; 3. Brachial antérieur (brachial) ; 4. Tendon bicipital ;
5. Rond pronateur ; 6. Long supinateur (brachio-radial).
224 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Coude (suite)

Extension du coude (fig.13.11) la présence du ligament carré (ligament de


Elle est assurée essentiellement par le triceps Denucé).
ainsi dénommé en raison de ses trois zones Au niveau inférieur (distal) au contraire, le
d’insertion originelle : scapulaire sous la mouvement s’effectue autour du radius.
cavité glénoïde pour la longue portion ; sur
la face postérieure de la diaphyse humérale : Système musculaire
tiers supérieur pour le chef externe (laté-
ral), moitié inférieure pour le chef interne Quatre muscles interviennent dans ce
(médial). Il convient aussi de mentionner le mouvement.
rôle accessoire joué par l’anconé s’insérant Pour la pronation, il s’agit de deux muscles
sur l’épicondyle (épicondyle latéral) pour se courts situés aux deux extrémités de l’avant-
terminer sur l’olécrane avec le triceps. bras.
Sur le plan physiologique, signalons l’existence Le muscle rond pronateur naît par deux
d’un très léger valgus entre les axes des deux faisceaux situés sur l’épitrochlée (condyle
diaphyses humérale et cubitale (ulnaire), et médial) et la face antérieure du processus
l’absence de mouvement de latéralité lorsque coronoïde cubital (ulnaire) pour venir se
le coude est en extension complète. fixer après un trajet oblique en bas et dehors
L’amplitude du jeu articulaire se situe nor- sur le radius.
malement entre 0 ° (extension complète) et Le muscle carré pronateur s’étend transver-
150–155 ° en flexion maximum, la pronosu- salement du quart inférieur du cubitus (ulna)
pination couvre 180 ° environ. sur une surface équivalente sur le radius.
La supination est assurée de son côté par
Pronosupination deux muscles de longueur inégale.
Le muscle supinateur compte à l’origine deux
La pronosupination désigne la possibilité pour faisceaux le superficiel naissant sur l’épicon-
la main étendue, prolongeant l’axe de l’avant- dyle (épicondyle latéral) et le profond sur le
bras, et verticalisée de pouvoir venir tourner bord postérieur du cubitus (ulna) près de la
sa paume vers le sol (pronation) ou vers le ciel tête radiale qu’il contourne pour venir se fixer
(supination). Elle met en jeu à la fois les arti- sur la face antérieure du radius.
culations radiocubitales supérieure et inférieure Le biceps intervient grâce à son insertion sur
(radio-ulnaire proximale et distale). la tubérosité radiale.
Son mécanisme
Au niveau supérieur (proximal), la tête radiale
tourne autour du cubitus à l’intérieur du
ligament annulaire tout en étant limitée par
Chapitre 13. Articulations périphériques 225

Fig. 13.11.  Insertions et muscles sur la face postérieure du coude.


1. Longue portion (long chef) du triceps ; 2. Vaste externe (vaste latéral) ; 3. Vaste interne (vaste médial) ;
4. Insertion sur l’olécrâne ; 5. Anconé.
226 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation latérale globale du coude droit

Rappels généraux plusieurs fois de suite latéralement de chaque


côté pour le libérer.
• Position du patient : debout ou assise.
• Position du praticien : debout face au Sources d’échecs
patient.
• Coude non fléchi.
• Mauvais appui manuel de l’opérateur.
Manœuvre
Remarque
But poursuivi Cette manœuvre est réalisable seule-
Libérer et soulager un coude douloureux ment si aucune direction n’est douloureuse
ayant perdu sa mobilité latérale, soit en varus latéralement.
ou en valgus, soit globale. Dans le cas contraire, lorsqu’une direction
s’avère douloureuse, il est possible d’agir dans
Préparation celle qui ne l’est pas. Par exemple, pour mani-
Commencer par se placer face au patient et, puler le coude en valgus, il suffit de venir se
selon les cas, le faire asseoir à l’angle inférieur placer entre le corps et le bras droit du patient,
droit de la table d’examen ou le laisser debout. au niveau du coude de celui-ci, puis d’ap-
L’important ici est de pouvoir glisser et caler la pliquer son avant-bras droit contre le bord
main droite du patient dans son creux axillaire externe de la palette humérale de ce dernier
gauche (fig. 13-12). en la maintenant fermement contre soi, tout
Empaumer ensuite avec ses deux mains en lui saisissant le poignet droit avec sa main
l’extrémité supérieure de l’avant-bras droit gauche. La manœuvre consiste à mettre ce
du patient, les pouces posés sur la palette poignet en supination forcée et à le repousser
humérale. vers l’extérieur brièvement et brusquement.
Pour manipuler en varus, il suffit de se placer
Exécution contre la face externe du bras droit du patient
La manœuvre consiste à fléchir légèrement et de réaliser la manœuvre en miroir en chan-
le coude droit du patient et à le mobiliser geant ses points d’appui de côté.
Chapitre 13. Articulations périphériques 227

Fig. 13.12.  Manipulation latérale du coude.


228 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Mobilisation en valgus du coude droit

Rappels généraux Saisir ensuite le pouce droit du patient à la


base en formant un anneau avec son pouce et
• Position du patient : assise. son index droits.
• Position du praticien : assise, à côté du
patient. Exécution
Manœuvre Après avoir au départ à moitié fléchi le coude
droit du patient et lui avoir bien mis la main
But poursuivi et l’avant-bras droit en pronation, la manœu-
Libérer et soulager un coude douloureux vre consiste à lui étendre progressivement le
ayant perdu sa mobilité en valgus. coude tout en lui plaçant la main en supina-
tion, sans oublier de conserver le valgus, et à
Préparation répéter ce geste plusieurs fois de suite jusqu’à
Demander au patient de s’asseoir. Venir alors la libération du coude.
s’asseoir à la droite de celui-ci et glisser le bras
droit de ce dernier sous son aisselle gauche, Sources d’échecs
en l’appuyant contre son thorax et en appli- • Limitation de l’abduction de l’épaule du
quant sa main gauche bien à plat sur l’avant- patient.
bras du patient pour maintenir le valgus du • Mauvais appui sur l’acromion.
coude (fig. 13-13). • Impulsion timorée et trop lente.
Chapitre 13. Articulations périphériques 229

Fig. 13.13.  Manipulation du coude en valgus.


230 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Poignet et main

Poignet deux faces et par les ligaments radiocubitaux


(-ulnaires) antérieur et postérieur.
Constitution anatomique
Le poignet est la région anatomique située Articulation radiocarpienne
entre l’extrémité inférieure de l’avant-bras et Elle met en relation l’extrémité inférieure du
les os de la main. Il est constitué par la réunion radius et le ligament triangulaire tendu entre
des huit os du carpe étroitement unis entre cet os et la styloïde cubitale (ulnaire) recou-
eux par un système ligamentaire complexe et vert de cartilage avec les os de la première
répartis en deux rangées  : une rangée supé- rangée du carpe, excepté le pisiforme.
rieure (proximale) immédiatement au contact
du radius et une rangée inférieure (distale) en Articulation médiocarpienne
contact avec les cinq métacarpiens. En forme de S, elle est réalisée par la juxtapo-
La première rangée est constituée par la juxta­ sition des huit os du carpe répartis sur deux
position de dehors en dedans du scaphoïde, rangs en forme d’arc, s’imbriquant étroite-
du semi-lunaire (lunatum), du pyramidal ment et maintenus par un système ligamen-
(triquetum) et du pisiforme, la deuxième taire solide.
rangée est constituée par le trapèze, le trapé-
zoïde, le grand os (capitatum) et l’os crochu Système musculaire
(hamatum).
Tous ces éléments osseux forment un ensem- Il comporte de nombreux muscles permettant
ble concave en avant au niveau palmaire. Ils au poignet de fléchir, de s’étendre, de s’écar-
sont réunis entre eux par un système liga- ter de son axe médian en dehors (abduction)
mentaire solide comportant, en plus des ou en dedans (adduction) (voir fig 13-14) :
ligaments latéraux, des ligaments antérieurs et • la flexion fait intervenir trois des quatre
postérieurs. muscles épitrochléens (épicondyliens laté-
raux) : les grand palmaire (fléchisseur radial
du carpe), petit palmaire (long palmaire)
Fonctionnement et cubital antérieur (fléchisseur ulnaire de
En observant le fonctionnement du poignet, carpe) ;
celui-ci implique l’intervention de trois systè- • l’adduction nécessite la contraction simul-
mes articulaires : radiocubital (-ulnaire) infé- tanée des fléchisseurs et extenseurs situés du
rieur (distal), radiocarpien et médiocarpien. côté cubital (ulnaire) ;
• l’abduction celle des muscles situés du côté
Articulation radiocubitale (-ulnaire) radial ;
inférieure (distale) • l’extension est assurée trois muscles naissant
Elle est constituée par l’apposition de deux au niveau de l’épicondyle (épicondyle latéral) :
surfaces articulaires situées l’une à l’extrémité le premier radial (long extenseur du carpe),
inféro-interne du radius et l’autre en regard le deuxième radial (court extenseur radial du
sur l’extrémité inféro-externe du cubitus carpe), le cubital postérieur (extenseur ulnaire
(ulna), réunies l’une à l’autre par un ligament du carpe).
triangulaire recouvert de cartilage sur ses
Chapitre 13. Articulations périphériques 231

10

11

12
Fig. 13.14.  Insertions et muscles sur la face antérieure du poignet et de la main.
1. Long supinateur (brachio-radial) ; 2. Rond pronateur ; 3. Grand palmaire (fléchisseur radial du carpe) ; 4. Petit pal-
maire (long palmaire) ; 5. Cubital antérieur (fléchisseur ulnaire du carpe) ; 6. Fléchisseur commun superficiel des doigts ;
7. Fléchisseur commun profond des doigts ; 8. Long fléchisseur du pouce ; 9. Carré pronateur ; 10. Ligament
annulaire antérieur du carpe (retinaculum des fléchisseurs) ; 11. Aponévrose palmaire ; 12. Muscle de l’émi-
nence thénar ; 13. Muscles de l’éminence hypothénar.
232 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Poignet et main (suite)

Mobilité des autres articulations reliées par une même


Le poignet dispose d’une grande liberté de capsule et renforcée par de courts ligaments
mouvements puisqu’il peut se mouvoir à la fois antérieurs et postérieurs.
dans un plan axial grâce à la pronosupination,
dans un plan sagittal lors de la flexion–extension Articulations intermétacarpiennes,
et dans un plan latéral lors de l’adduction ou métacarpophalangiennes et
l’abduction de la main. interphalangiennes (fig 13.15)
La main étant verticalisée, le coude fléchi à Ces articulations, de leur côté, expliquent
90 °, la pronation est de l’ordre de 85 °, la supi- la réussite du double challenge fonctionnel
nation de 90 °. remporté par la main à savoir sa grande soli-
La flexion du poignet se situe normalement dité sans rien perdre de sa mobilité, chacune
aux environs de 85 à 90 °, l’extension est de ces articulations intervenant à des niveaux
un peu moindre entre 75 à 80 °. Mais dans différents avec une mention particulière pour
les deux cas, ces mouvements entraînent la l’importance revêtue par l’articulation trapé-
mise en jeu à la fois des articulations radio- zométacarpienne du pouce dans la préhen-
carpienne et médiocarpienne : la flexion sion grâce à sa faculté d’opposition.
intervenant surtout au niveau de la médiocar-
pienne, l’extension sollicitant principalement
la radiocarpienne. Biomécanique
L’adduction–abduction du poignet est Sur le plan biomécanique en effet, la main est
approximativement de l’ordre de 50 °, de 15 capable d’écarter ou de rapprocher volon-
à 20 ° du côté radial, autour de 35 ° du côté tairement les doigts, de se creuser ou de
ulnaire (cubital). s’étendre, de fléchir ou d’étendre les doigts,
d’écarter isolément le pouce ou de le met-
tre en contact avec l’auriculaire, de saisir un
Main objet ou une feuille de papier par opposition
Structurellement la main est constituée par entre le pouce et l’index…
l’assemblage de dix-sept os à savoir les cinq
métacarpiens et les phalanges respectives du Mobilité
pouce et des doigts.
Elle s’articule avec les quatre os constituant la Cette grande mobilité est rendue possible grâce
rangée inférieure (distale) carpienne : le tra- à une multitude de muscles provenant aussi
pèze, le trapézoïde, le capitatum (grand os) bien de l’avant-bras que de la main assurant
et l’hamatum (os crochu). aussi bien la flexion que l’extension.
Au niveau de l’avant-bras, il s’agit des fléchis-
seurs profonds et superficiels des doigts, des
Articulation carpométacarpienne extenseurs du pouce et de l’index, du long
En raison du rôle fonctionnel joué par le abducteur du pouce.
pouce, il convient de disjoindre l’articula- Au niveau de la main, ce sont les muscles
tion trapézométacarpienne en forme de selle des éminences thénar et hypothénar, les
solidement maintenue par trois ligaments, interosseux.
Chapitre 13. Articulations périphériques 233

6
7

1 9

10
5

Fig. 13.15.  Insertions et muscles sur la face postérieure du poignet et de la main.


1. Long supinateur (brachio-radial) ; 2. Premier radial (long extenseur radial du carpe) ; 3. Anconé ;
4. Court supinateur ; 5. Cubital postérieur (extenseur ulnaire du carpe) ; 6. Extenseur (commun) des
doigts ; 7. Deuxième radial ; 8. Long abducteur du pouce ; 9. Long extenseur du pouce ; 10. Ligament
annulaire postérieur du carpe (retinaculum des extenseurs).
234 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation de l’articulation radiocubitale


(radio-ulnaire) supérieure

Manœuvre forcée et au moment où celle-ci est presque


obtenue (ou débute), à donner une brusque
Mise en place et brève impulsion postéro-antérieure sur la
Venir se placer sur le côté droit du patient. Lui tête radiale à traiter.
saisir avec sa main droite le poignet et poser le
pouce de sa main gauche sur la tête du radius,
les doigts en contre-appui sur le bord cubital Écueil
(ulnaire) de l’avant-bras. Mettre l’avant-bras
droit du patient en extension (fig. 13-16). L’extension du coude du patient doit être
possible et complète.
Exécution La manœuvre s’effectue sous le pouce de
l’opérateur.
La manœuvre proprement dite consiste à
mettre le poignet du patient en supination

Mobilisation ou manipulation du poignet

Rappels généraux ces et index repliés, en empaumant les bords


latéraux de la main du patient (fig. 13-17).
• Position du patient : assise ou debout.
• Position du praticien : debout face à lui. Exécution
• Technique décrite et illustrée : pour le côté
droit. La mobilisation consiste à effectuer un mou-
vement de va-et-vient antéropostérieur au
niveau des deux styloïdes, en appuyant d’ar-
Manœuvre rière en avant sur l’une, et d’avant en arrière
sur l’autre, et vice versa.
But poursuivi La manœuvre est réalisée en accélérant brus-
Mobiliser ou manipuler l’articulation radio- quement le mouvement comme un coup de
cubitale (radio-ulnaire) inférieure. fouet au début de la mise en tension.
Remarque
Mise en position Ici, il s’agit davantage d’une mobilisation
Se placer devant le patient et saisir chaque que d’une manipulation. Rien n’interdit
styloïde du poignet à traiter entre ses pou- de pratiquer cette dernière à condition de
respecter la règle de la non-douleur.
Chapitre 13. Articulations périphériques 235

Fig. 13.16.  Manipulation radiocubitale (radio-ulnaire) supérieure.

Fig. 13.17.  Manipulation radiocubitale (radio-ulnaire) inférieure (mouvements alternés).


236 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation du scaphoïde

Rappels généraux Venir se placer debout à la droite du patient.


Lui saisir alors le poignet droit en prenant
• Position du patient : assise au bout de la en pince la styloïde radiale avec ses pouce et
table d’examen, au bord de celle-ci. index gauches, et le scaphoïde avec ses pouce
• Position du praticien : debout, à droite du patient. et index droits.
• Technique illustrée : pour le côté droit. Mettre la main du patient en pronation et
l’appliquer contre soi (fig. 13-18).
Manœuvre
Exécution
But poursuivi La manœuvre consiste simplement à tirer sur
Libérer et mobiliser le scaphoïde. ses deux mains pour les écarter et à s’aider de
la convexité abdominale pour ouvrir l’angle
Préparation du poignet droit du patient avant de mobiliser
Faire asseoir le patient à l’extrémité de la table le scaphoïde de haut en bas, en va-et-vient.
d’examen, le long du bord droit de celle-ci.

Manipulation du pouce

Rappels généraux Venir s’asseoir devant lui et empaumer le


pouce droit avec sa main droite en appliquant
• Position du patient : debout. son pouce replié au niveau de la tabatière
• Position du praticien : assise ou accroupie anatomique. Le recouvrir avec le bord cubital
face au patient. (ulnaire) de sa main gauche (fig. 13-19).
• Technique illustrée : pour le côté droit.

Exécution
Manœuvre
La manœuvre est obtenue en tirant sur le
But poursuivi pouce du patient brusquement vers le bas.
Décoapter par traction une articulation tra-
pézométacarpienne enraidie et/ou doulou- Remarque importante
reuse, souvent au cours d’une rhizarthrose. En présence d’une rhizarthrose évoluée,
cette manœuvre peut parfois déclencher
Préparation une douleur très vive et fort désagréable,
aussi est-il préférable alors de s’abstenir.
Demander au patient de laisser pendre le bras
droit le long du corps.
Chapitre 13. Articulations périphériques 237

Scaphoïde

Fig. 13.18.  Manipulation du scaphoïde.

Fig. 13.19.  Manipulation du pouce.


238 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Mobilisation ou manipulation des doigts

Rappels généraux Préparation


Saisir le doigt à traiter avec les doigts de sa
Cette manœuvre est généralement bien main droite « en fourche », l’index d’un côté,
connue de la plupart des patients auxquels les trois derniers doigts venant le saisir de
il arrive de se faire « craquer les doigts ». l’autre. Leur faire effectuer une petite rota-
Il peut s’agir soit d’une mobilisation sim- tion pour venir placer son index sur la face
ple sous traction axiale, en faisant effec- dorsale de la première phalange ainsi que son
tuer des petits mouvements de torsion, soit pouce (fig. 13-20).
d’une véritable manipulation avec traction Saisir avec son autre main le poignet du
brusque. patient.
Toute l’astuce réside dans la manière de saisir
le doigt à traiter.
Exécution
Elle consiste à tirer brusquement sur le doigt
Manœuvre en agissant soit sur P1–P2, P2–P3 ou MC1–P1,
Technique illustrée selon la préhension du doigt adoptée.
Le majeur droit.
Sources d’échec
• Traction trop timorée sur le doigt.
• Mauvais contre-appui sur le poignet.
Chapitre 13. Articulations périphériques 239

1 2

Fig. 13.20.  Manipulation du doigt.


240 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Hanche

Unissant le bassin au membre inférieur, la mouvements de se combiner pour réaliser


hanche ou articulation coxofémorale est une une circumduction.
énarthrose parfaitement adaptée à sa double
fonction : celle de pouvoir résister aux pres-
sions verticales, créées par la position debout
Système musculaire
et surtout lors de la marche, tout en assumant Cette mobilité articulaire est assurée par un
une parfaite mobilité. système musculaire complexe extrêmement
solide situé dans les cinq plans de l’espace.
Configuration anatomique
La configuration anatomique de la hanche Muscles antérieurs
explique sa solidité, car elle met en contact Le psoas iliaque (iliopsoas) résulte en fait de
deux surfaces sphériques s’emboîtant par- la fusion de deux muscles aux origines dis-
faitement. La première se situe au niveau tinctes : le psoas, qui naît sur les corps de T12
de la tête fémorale et se présente comme et des cinq lombaires, et l’iliaque, qui naît sur
une sphère recouverte sur les quatre cin- la face interne de l’aile iliaque, pour venir se
quièmes par un cartilage, à l’exception fusionner et terminer par un tendon commun
d’une fossette située près de son sommet. s’insérant sur le petit trochanter fémoral.
La seconde est creusée dans l’os iliaque Le muscle droit antérieur (droit du fémur)
(os coxal) près de sa face externe. C’est la mérite d’être mentionné ici par sa double
cavité cotyloïde (ou acétabulum), tapis- insertion iliaque initiale sur l’épine iliaque
sée aux trois quarts par du cartilage. Elle antérosupérieure et au niveau du sourcil
est renforcée à sa périphérie par un bour- cotyloïdien, et sur le fémur avant de se fondre
relet circulaire (ou labrum). Une capsule dans le quadriceps.
cylindrique clôt l’articulation. La cohésion Le couturier (sartorius) est le plus superficiel
de l’ensemble est assurée, outre la pres- d’entre eux. S’insérant à l’origine sur l’épine
sion atmosphérique, par un système liga- iliaque antérosupérieure, il se dirige ensuite
mentaire complexe renforçant la capsule, obliquement en diagonale pour venir se fixer
situé principalement sur la face antérieure sur le tibia au niveau de l’aire des tendons de
de celle-ci (fig. 13-21). Le ligament le la patte d’oie.
plus important est le ligament iliofémoral
s’étendant en éventail de l’os iliaque vers le
fémur, le ligament pubofémoral le renforce Muscles postérieurs
en bas. Sur la face postérieure capsulaire se Ils concernent l’ensemble des muscles fessiers
trouve le ligament ischiofémoral. (glutéaux).
Le grand fessier prend ses origines sur la
Mobilité articulaire crête iliaque et la partie supérieure de la face
postérieure de cet os, le sacrum et le coccyx
Cette configuration n’entrave pas la mobilité pour se terminer par deux faisceaux, le plus
du jeu articulaire coxofémoral qui peut s’ef- profond s’insérant sur la ligne âpre fémorale,
fectuer dans toutes les directions : flexion à l’autre sur le tractus iliotibial.
150 ° jambe fléchie, à 90 ° si jambe étendue, Le moyen fessier naît au niveau du tiers moyen
extension à 15 °, adduction à 45 °, adduc- de la face externe (latérale) de l’os iliaque pour
tion à 30 °, rotation externe à 60 °, rotation se terminer sur la face externe (latérale) du
interne à 30 °. Rien n’interdit à ces différents grand trochanter.
Chapitre 13. Articulations périphériques 241

Fig 13-21.  Insertions et muscles sur la face antérieure de la hanche.


1. Psoas ; 2. Iliaque ; 3. Couturier (sartorius) ; 4. Pectiné ; 5. Tenseur du fascia lata ; 6. Petit et
moyen adducteurs ; 7. Grand adducteur ; 8. Insertion du psoas iliaque.
242 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Hanche (suite)

Le petit fessier est le plus profond des trois. Il L’obturateur externe naît sur le pourtour
s’étend entre le tiers moyen de la face externe osseux du trou ischiopubien et la bandelette
(latérale) de l’aile iliaque et le grand trochan- sous-pubienne pour aller s’insérer dans la fos-
ter (fig. 13-22). sette trochantérique.
Le carré crural (carré fémoral) de forme qua-
drilatère s’étend de l’ischion au fémur près de
Muscles internes la ligne âpre.
Les muscles adducteurs de la hanche sont au
nombre de cinq et constituent un ensemble
puissant contribuant à assurer la stabilité et la Muscles externes de la hanche
cohésion de l’articulation.
La face externe de la hanche est recouverte
Le grand adducteur est le plus vaste et le
par une structure mixte fibreuse sur laquelle
plus postérieur d’entre eux. Comportant plu-
vient s’insérer des fibres du grand fessier et
sieurs faisceaux, il naît au niveau de la branche
du fascia lata (fascia glutéal).
ischiopubienne pour se terminer sur toute la
ligne âpre fémorale.
Le court adducteur le recouvre partiellement Motricité et sollicitations
comme le long adducteur. Nés eux aussi au musculaires
niveau du pubis, ils se fixent au tiers moyen Ces différents muscles conjuguent leurs
de la ligne âpre fémorale. actions selon l’amplitude et le mouvement
Le pectiné se situe au-dessus du long adduc- effectué.
teur et va du pubis vers le tiers supérieur de la La flexion sollicite surtout le psoas ilaque (ilio­
ligne âpre fémoral. psoas), le droit antérieur (droit du fémur), le
Le muscle droit interne (gracile) est le plus couturier (sartorius), mais aussi parfois le ten-
interne d’entre eux. Il s’étend entre la sym- seur du fascia lata (fascia glutéal).
physe pubienne et la zone d’insertion des ten- L’extension fait intervenir principalement le
dons de la patte d’oie. grand fessier, mais aussi les ischiojambiers
lorsque le genou est en extension.
Muscles pelvitrochantériens L’adduction de la cuisse est réalisable grâce à
la puissance des muscles adducteurs.
Au nombre de cinq, leur trajet horizontal à L’abduction est possible surtout grâce à la
partir de l’os iliaque (os coxal) vers le grand mise en jeu des moyen et grand fessiers (glu-
trochanter explique l’importance de leur rôle téaux), du tenseur du fascia lata (fascia glu-
dans la rotation externe. téal), mais elle est limitée par la présence du
Le pyramidal (piriforme) naît sur la face anté- sourcil cotyloïdien et celle des ligaments ilio-
rieure du sacrum, passe la grande échancrure et pubofémoraux.
sciatique pour venir se fixer sur la face supé- La rotation externe est réalisable grâce au
rieure du grand trochanter. concours des puissants muscles pelvitrochan-
L’obturateur interne prend naissance sur la tériens et accessoirement des muscles fessiers
face interne de la branche ischiopubienne, (glutéaux).
la membrane obturatrice pour venir se ter- La rotation interne fait intervenir notamment
miner sur la face interne (médiale) du grand les fibres antérieures des petit et moyen fes-
trochanter. siers (glutéaux) et du grand adducteur, mais
Il est encadré par les jumeaux supérieur et elle est inférieure à la précédente par suite de
inférieur. la présence du ligament ischiofémoral.
Chapitre 13. Articulations périphériques 243

Fig. 13.22.  Insertions et muscles sur la face postérieure de la hanche.


1. Grand fessier ; 2. Petit fessier ; 3. Moyen fessier ; 4. Pyramidal (piriforme) ; 5. Obturateur
interne et jumeaux ; 6. Carré crural (carré fémoral) ; 7. Grand fessier ; 8. Moyen et petit adduc-
teurs ; 9. Grand adducteur.
244 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation de la hanche par traction


sur le membre inférieur

Rappels généraux Exécution


La mise en tension s’obtient en inclinant son
• Possibilités d’action : sur la hanche, mais corps en arrière après avoir pris la précaution
aussi sur la cheville, l’articulation sacro-ilia- de caler l’un de ses pieds contre la table de
que et L5–S1. manipulation.
• Position initiale du patient : en décubitus La manipulation est réalisée en tirant
dorsal, les bras le long du corps. brusquement le pied du patient vers soi
• Position du praticien : debout, à l’extrémité (fig. 13.24).
de la table de manipulation. Le principal critère permettant de juger de
la réussite de cette manœuvre réside dans
Manœuvre la sensation de décoaptation au niveau de la
cheville du patient au moment de la traction.
Technique illustrée
Manipulation du membre inférieur droit. Sources d’échec
• Mauvaise prise du pied.
But poursuivi • Non-respect de la position de neutralité de
Arriver à provoquer une décoaptation modé- la hanche du patient qui se raidit.
rée au niveau des différentes articulations • Traction insuffisante.
citées plus haut, grâce à une traction axiale Remarque
effectuée à partir du pied. L’intérêt de cette manœuvre réside dans
sa simplicité d’exécution et surtout dans
Préparation son action simultanée sur plusieurs arti-
Poser l’une de ses mains sur le calcanéum du culations : cheville, articulation coxo-
patient au voisinage de l’insertion du tendon fémorale, sacro-iliaque et même région
d’Achille et empaumer le cou-de-pied avec lombosacrée.
l’autre. Son intérêt réside aussi dans le fait qu’elle
Écarter ensuite légèrement le membre infé- permet de soulager certaines douleurs coxo-
rieur du patient et déterminer la position de fémorales, ainsi que l’a montré H. Cardin,
neutralité de l’articulation coxofémorale en il y a une vingtaine d’années, lors d’études
choisissant celle qui se trouve à mi-chemin radio-cinématographiques. Il s’agit cepen-
entre la rotation interne et la rotation externe dant de l’utiliser avec précaution en raison
(fig. 13.23). de la présence de l’artère… unissant la tête
fémorale au fond du cotyle.
Chapitre 13. Articulations périphériques 245

Fig. 13.23.  Position de départ.

Fig. 13.24.  Manipulation.


246 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Genou

Articulation synoviale la plus vaste du corps, Ménisques


en dépit de sa structure osseuse grossière, le
genou assume pleinement son double rôle, Au nombre de deux, il s’agit de structures fibro-
celui d’abord d’être une charnière entre la cartilagineuses circulaires relevées à l’extérieur,
cuisse et la jambe lors des mouvements de aplaties au centre, venant assumer la congruence
flexion–extension, mais aussi celui d’assurer entre la courbure des condyles et l’horizontalité
un parfait verrouillage à l’état normal lors du plateau tibial, le ménisque interne (médial)
de l’extension complète. Cette réussite fonc- étant plus important et ayant une forme de C, le
tionnelle résulte de la présence de plusieurs ménisque externe (latéral) ayant une forme de O.
facteurs associés :
• interposition entre les deux surfaces osseu- Système ligamentaire
ses des ménisques destinée à assurer une
bonne congruence entre les deux os ; Il est particulièrement complexe et constitué
• présence d’un système ligamentaire com- à la fois par les deux ligaments croisés situés
plexe très performant ; à l’intérieur du genou dans les échancrures
• existence d’un système musculaire extrê- intercondyliennes et par deux ligaments laté-
mement puissant. raux externe et interne, venant renforcer la
capsule articulaire.
Surfaces articulaires Les deux ligaments croisés jouent un rôle
important dans le contrôle du déroulement
Les surfaces articulaires en présence sont au des condyles sur le plateau tibial lors de la
nombre de trois (fig. 13-25). flexion–extension. Ils interviennent aussi lors
Au niveau de l’extrémité inférieure (distale) de la rotation fémorotibiale. Le ligament croisé
du fémur élargie, on note la présence de antéro-externe (antérieur) prend son insertion
deux surfaces arrondies situées de part et sur le rebord antérieur du plateau tibial pour
d’autre d’une échancrure postérieure, les venir se fixer à la face interne du condyle externe
condyles se réunissant en avant pour former (latéral). Le ligament croisé postéro-interne
une trochlée destinée à recevoir la rotule, le (postérieur) part de la partie postérieure du
condyle interne (médial) étant plus étroit et plateau tibial pour venir s’insérer en croisant le
plus petit que l’externe (latéral). précédent sur la face interne du condyle interne
Au niveau de l’extrémité supérieure (proxi- (médial). Ces ligaments sont croisés dans l’es-
male) du tibia aplatie, on retrouve de peti- pace et jouent un rôle important pour freiner le
tes cavités glénoïdes destinées à recevoir les déroulement des condyles sur le plateau tibial
condyles et séparées par une saillie osseuse, en favorisant leur patinage : le ligament croisé
l’épine du tibia (tubercule intercondylaire du antéro-externe (antérieur) empêche l’existence
tibia). La cavité interne (médiale) est ovalaire, d’une hyperextension, le ligament croisé pos-
plus longue et étroite que l’externe (latérale), téro-interne (postérieur) empêche le déplace-
cette dernière étant plus circulaire et moins ment du genou vers l’arrière.
profonde. À ce système ligamentaire croisé viennent s’ajou-
Au niveau de la rotule (patella) à côté de la ter les ligaments latéraux externe (ligament col-
face antérieure plane, la face postérieure pré- latéral fibulaire) et interne (ligament collatéral
sente deux facettes de taille inégale venant tibial) qui sont souvent des renforcements de la
s’adapter à la trochlée fémorale. capsule articulaire ; particulièrement puissants,
ils assurent la stabilité du genou.
Chapitre 13. Articulations périphériques 247

Fig. 13.25.  Insertions et muscles sur la face antérieure du genou.


1. Droit antérieur (droit de cuisse) ; 2. Vaste externe (vaste latéral) ; 3. Vaste interne (vaste médial) ;
4. Crural (vaste intermédiaire) ; 5. Tendon quadricipital et ses insertions sur la rotule ; 6. Rotule (patella) ;
7. Tendon rotulien (ligament patellaire).
248 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Genou (suite)

Système musculaire Le poplité prend naissance sur la face externe


(latérale) du condyle externe (latérale) pour
Extrêmement puissant, il est assuré à la fois venir se fixer sur le tiers supérieur de la face
par des muscles antérieurs et par des muscles postérieure du tibia.
postérieurs. Les jumeaux (gastrocnémiens) prennent
Les muscles antérieurs sont principalement au leurs insertions sur les tubercules sus-con-
nombre de deux. Il y a d’abord et avant tout dyliens et la face externe des deux condyles
le quadriceps qui joue un rôle essentiel dans pour se réunir, participer à la formation du
l’extension du genou. Outre le droit antérieur triceps sural avec le soléaire et le plantaire et
(droit de cuisse) déjà vu pour la hanche, cet venir se terminer sur le tendon d’Achille (ten-
ensemble musculaire est constitué également don calcanéen) et se fixer sur le calcanéum
par les vastes interne (médial) et externe (laté- (calcanéus).
ral), le crural (vaste intermédiaire) qui pren-
nent tous leurs insertions sur la face antérieure
du fémur pour venir se réunir en un tendon Mobilité articulaire
unique et passer se fixer sur la base de la rotule,
avant de passer devant la rotule (patella) et Lors de la flexion, l’amplitude atteinte dépend
constituer le tendon rotulien (patellaire) qui de la position de la jambe. Elle est comprise
s’insère sur la tubérosité tibiale antérieure. entre 140 ° lors de la flexion active et 160 ° en
Le système musculaire postérieur est assuré cas de flexion passive. Elle tombe à 120 ° si la
par les muscles ischiojambiers (demi-mem- hanche est en extension.
braneux, demi-tendineux, biceps crural), L’extension est nulle. Il n’y a pas de mouve-
les jumeaux externe et interne (gastrocné- ment de latéralités lorsque le membre infé-
miens médial et latéral), le muscle poplité rieur est étendu. Il existe un léger jeu de tiroir
(fig. 13-26). lorsque la jambe est fléchie.
Le demi (semi)-membraneux et le demi Jambe fléchie, il est possible d’obtenir une
(semi)-tendineux naissent sur la tubérosité légère rotation, de 40 ° pour l’externe, de
ischiatique pour se terminer à l’extrémité 30 ° pour l’interne. Mais normalement, en
supérieure (proximale) du tibia sur sa face fin de parcours, la flexion s’accompagne
interne (médiale). automatiquement d’une légère rotation
Le biceps crural naît par deux chefs, sur la externe de la jambe par rapport à la cuisse,
tubérosité ischiatique pour le plus long, sur la mais lors de l’extension du membre infé-
ligne âpre du fémur pour le plus court pour se rieur, c’est l’inverse, une rotation interne se
terminer sur la tête du péroné (de la fibula). produit.
Chapitre 13. Articulations périphériques 249

Fig. 13.26.  Insertions et muscles sur la face postérieure du genou.


1. Demi-tendineux (semi-tendineux) ; 2. Demi-membraneux (semi-membraneux) ; 3. Longue
portion du biceps fémoral (chef long) ; 4. Courte portion du biceps fémoral (chef court).
250 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manœuvres méniscales

Rappels généraux décoapter, puis à appuyer sur sa main gauche


pour faire bailler le compartiment fémoroti-
• But poursuivi : suppression d’un blocage bial interne du genou à traiter, tout en allon-
méniscal en faisant bailler le compartiment geant la jambe droite du patient et en lui
fémorotibial correspondant (interne ou maintenant le pied en rotation externe grâce
externe) et en mettant à profit la tendance à l’aide procurée par le redressement de son
du ménisque à être attiré naturellement vers thorax.
l’extérieur lors de la mise sous tension du
ligament latéral homolatéral. Précautions
• Position du praticien : debout.
• Techniques illustrées : nous décrivons ici La manœuvre doit être absolument indolore.
deux des manœuvres parmi les plus utilisées À la moindre douleur il faut s’arrêter.
en cas de blocage méniscal interne, en pre- Le bruit « méniscal » entendu lors de son exé-
nant pour exemple le côté droit. cution est normal et témoigne de la « remise
en place » du ménisque.
Le résultat doit être contrôlé à chaque fois,
Première manœuvre : blocage en particulier en ce qui concerne l’extension
méniscal interne du genou droit du genou.
En cas de succès, il est fortement conseillé
d’utiliser un strapping pour éviter au genou
Position du patient traité de fléchir au-delà de 90 ° pendant
Décubitus dorsal. 7 jours avec le risque d’un recoincement
méniscal.
Préparation
Commencer par demander au patient de s’al- Variante
longer sur le dos et venir se placer à droite de
la table. Saisir alors la jambe droite du patient La même manœuvre est réalisable en immo-
en glissant le pied de celui-ci sous son aisselle bilisant le pied du patient non plus sous son
droite. Placer pour terminer ses deux mains dans aisselle, mais entre ses cuisses.
le creux poplité droit du patient (fig. 13-27).
Remarque
Pour traiter le ménisque externe, il faut
Exécution d’abord faire bailler le compartiment
La manœuvre s’effectue en deux temps. Elle fémorotibial externe, tout en décoaptant
consiste d’abord à tirer avec ses deux mains et en allongeant la jambe maintenue en
sur le tibia du patient pour le soulever et le rotation interne.
Chapitre 13. Articulations périphériques 251

Première manœuvre

Fig. 13.27.  Ménisque interne droit.


252 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manœuvres méniscales (suite)

Deuxième manœuvre Elle doit être arrêtée à la moindre


douleur.
Position du patient La traction sur la cheville et le contre-
Décubitus ventral. appui doivent être suffisamment forts pour
décoapter l’articulation fémorotibiale.
Préparation
Demander au patient de se mettre à plat ventre Troisième manœuvre
et venir se placer à la hauteur du genou droit
à traiter. Lui saisir ensuite la cheville droite Position du patient
de manière à pouvoir effectuer une éventuelle Assise.
traction avec sa main gauche. Appliquer enfin
sa main droite sur l’extrémité inférieure de la Préparation
cuisse du patient (fig. 13-28). Demander au patient de s’asseoir sur la table
de manipulation, jambes pendantes. Venir
Exécution se placer devant lui et s’accroupir. Appliquer
La manœuvre consiste à soulever lentement et alors sa main droite contre la face interne
progressivement la cheville droite du patient du genou droit de ce dernier en saisissant le
à partir du plateau de la table tout en exer- bord de la table. Lui prendre enfin la che-
çant simultanément un contre-appui ferme ville droite avec sa main gauche.
sur la cuisse de ce dernier, puis, en partant
du plateau de la table, à imprimer à la jambe Exécution
du patient des mouvements alternatifs de La manœuvre consiste à tirer fortement sur
rotation interne et externe tout en fléchissant la jambe du patient vers le bas, tout en fai-
celle-ci de plus en plus de manière à pouvoir sant faire à celle-ci des mouvements de cir-
libérer le ménisque. cumduction de plus en plus large, tout en
gardant comme pivot fixe sa main droite et
Remarque
en allongeant à chaque fois celle-ci.
Cette manœuvre est donc diamétralement
opposée au grinding test proposé pour met- Remarque
tre en évidence la souffrance méniscale. Ici, également cette manœuvre doit être
indolore.
Chapitre 13. Articulations périphériques 253

Deuxième manœuvre

Fig. 13.28.  Ménisque.


254 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulations de l’articulation tibiopéronière


(fibulotibiale) supérieure

Rappels généraux La manipulation consiste à exercer une


traction extrêmement rapide sur son
• But poursuivi : libérer l’articulation dont avant-bras gauche pour amener en avant la
le dysfonctionnement a été détecté lors de la tête du péroné (tête fibulaire) du patient
vérification de la mobilité antéropostérieure (fig. 13-29).
de la tête du péroné (tête fibulaire) par rap-
port au tibia voisin. Sources d’échec
• Le choix des manœuvres doit être guidé
• Mauvais positionnement de l’avant-bras
par le sens de l’indolence lors de la mobilisa-
glissé sous le genou du patient venant com-
tion tibio­péronière (fibulotibiale) supérieure.
primer le sciatique poplité externe.
• Absence de dorsiflexion de la main corres-
pondante empêchant toute mise en tension.
Déblocage avec mobilisation non • Impulsion timorée.
douloureuse de la tête du péroné
(tête fibulaire) d’arrière en avant
Deuxième manœuvre
Première manœuvre Préparation
Technique illustrée Commencer par demander au patient de s’al-
Côté droit. longer sur le dos et de fléchir la jambe droite
à 90 °. Venir se placer ensuite le long du bord
Préparation droit de la table et glisser la paume de sa main
Demander au patient de s’allonger sur le dos, gauche dans le creux poplité droit de celui-ci,
ou de s’asseoir sur un banc, et de fléchir le de manière à placer l’articulation métacarpo-
genou droit à 60 °. phalangienne de son index en regard de la
Venir se placer à la hauteur de celui-ci et glis- tête du péroné (tête fibulaire) à traiter. Saisir
ser son avant-bras gauche dans le creux poplité alors avec sa main droite la cheville droite du
du patient, de manière à pouvoir appliquer patient.
son poignet en dorsiflexion contre le condyle
interne droit, et la partie charnue de son avant- Exécution
bras contre la face postérieure de l’extrémité La manœuvre consiste à fléchir rapidement la
supérieure du péroné (fibula) à traiter. jambe du patient, en y associant une légère
Poser sa main droite, bras tendu sur la face rotation interne du pied, dans le but de
antérieure adjacente du tibia. rejeter la tête du péroné (tête fibulaire) vers
l’avant.
Exécution
La mise en tension est réalisée en tirant son Sources d’échecs
avant-bras gauche vers soi, tout en exerçant • Flexion limitée du genou à traiter.
un contre-appui avec sa main droite sur le • Mauvais contrôle de la manœuvre (risque
tibia du patient. ­ligamentaire et méniscal).
Chapitre 13. Articulations périphériques 255

Fig. 13.29.  Manipulation tibiopéronière (fibulotibiale) supérieure antérieure.


256 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulations de l’articulation tibiopéronière


(fibulotibiale) supérieure (suite)

Troisième manœuvre Source d’échecs


Elle consiste à demander au patient de glis- • Genou flessum.
ser lui-même les doigts dans chaque creux • Prise en otage du tibia du patient en pre-
poplité, les pouces appuyés sur la face externe nant appui avec ses mains dessus.
de la tête du péroné, et de s’accroupir brus- • Manœuvre exécutée mollement.
quement pointe des pieds dedans.
Seconde manœuvre
Déblocage avec mobilisation non Préparation
douloureuse de la tête du péroné Après avoir demandé au patient de s’étendre
(tête fibulaire) d’avant en arrière sur le dos, se placer le long du côté gauche de
la table à la hauteur de l’articulation à traiter.
Première manœuvre Appuyer alors son pouce droit sur la face
Préparation antérieure de la tête du péroné (tête fibulaire)
Demander au patient de s’allonger sur le droit du patient et le recouvrir avec le bord
dos. cubital (ulnaire) de sa main gauche.
Se placer du côté à traiter et monter le plan de
la table suffisamment haut pour venir placer Exécution
le talon du membre inférieur droit du patient La manœuvre consiste à exercer une brus-
sur le creux de son épaule droite. que pression verticale sur ses deux mains
Appliquer ensuite ses deux mains croisées sur pour mobiliser la tête du péroné (tête fibu-
le tibia du patient de manière à venir appuyer laire) en arrière.
son pisiforme gauche contre la tête du péroné
(tête fibulaire) tout en laissant libre la crête Sources d’échecs
tibiale. • Flessum du genou.
• Impulsion modérée et trop lente.
Exécution • Mauvaise direction de l’impulsion.
La manipulation consiste à tirer brusquement
sur la jambe droite du patient tout en exer-
çant vers le bas une pression verticale sur la
tête du péroné (tête fibulaire) à traiter (fig.
13-30).
Chapitre 13. Articulations périphériques 257

Fig. 13.30.  Manipulation tibiopéronière (fibulotibiale) supérieure postérieure.


258 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Mobilisation de l’articulation sous-astragalienne


(sous-talienne)

Première manœuvre Préparation


Commencer par demander au patient de s’al-
But poursuivi
longer sur le dos et venir se placer le long du
Parvenir à mobiliser l’articulation sous-astra- côté droit de la table.
galienne (sous-talienne) en la décoaptant. En se tournant vers l’extrémité inférieure de
la table, prendre le pied droit du patient entre
Préparation ses deux mains, la main gauche prenant appui
Commencer par demander au patient de se sur le calcanéum, la droite sur le dos du pied
mettre à plat ventre et de fléchir la jambe au niveau du tarse moyen.
droite à 90 °. Glisser alors la cuisse droite du patient sous
Venir se placer le long du côté droit de la table son bras gauche en plaçant la face interne
et saisir en entonnoir avec ses deux mains le de son coude gauche au niveau du creux
pied droit du patient, une main contre le cal- poplité.
canéum, l’autre contre le tarse moyen.
Exécution
Exécution La manœuvre de décoaptation s’effectue
La mobilisation s’effectue en imprimant des en fléchissant la cuisse droite du patient
mouvements de secousses verticales rapides sur le bassin de celui-ci lentement et plu-
sur le pied du patient après avoir soulevé sieurs fois de suite.
légèrement la cuisse au départ (fig. 13-31). Cette mobilisation repousse en effet mécani-
quement son avant-bras gauche vers le pied
Sources d’échecs du patient et la solidarisation des deux mains
• Non-soulèvement de la cuisse du patient. suffit pour créer une distraction au niveau
• Secousses trop lentes. sous-astragalien (sous-talien) (fig. 13-32).

Seconde manœuvre Sources d’échecs


• Impossibilité de fléchir la cuisse sur le bas-
But poursuivi sin ou le genou du patient.
Parvenir à mobiliser l’articulation sous-astra- • Mauvais contre-appui de l’opérateur sur la
galienne (sous-talienne) en la décoaptant. cuisse du patient.
Chapitre 13. Articulations périphériques 259

Fig. 13.31.  Manipulation astragaloscaphoïdienne (mouvement désordonné).

Fig. 13.32.  Décoaptation astragalo-tibiopéronière.


260 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Cheville et pied

Séparer la cheville et le pied nous a semblé triangulaire à sommet inférieur et convexe de


une ineptie dans cet ouvrage tant ces deux haut en bas.
structures polyarticulaires sont étroitement
impliquées aussi bien lors de la station debout
que dans la locomotion.
Système ligamentaire
La cheville est maintenue solidement en place
par un système ligamentaire puissant entre le
Cheville tibia et le péroné (la fibula), outre le ligament
interosseux reliant les deux diaphyses, on
Située à l’extrémité inférieure de la jambe et la trouve deux ligaments reliant les deux os, les
reliant au pied, la cheville est une articulation ligaments tibiopéroniers (fibulaires) inféro-
encastrée, de type trochléen, se mobilisant antérieur et postérieur.
uniquement dans un plan sagittal antéropos- Sur la face externe de la maléole tibiale s’in-
térieur autour d’un axe transversal passant par sère le puissant ligament latéral interne (col-
les malléoles tibiale et péronière (fibulaire). latéral médial) avec ses deux plans profond et
Elle se présente sous la forme d’une véritable superficiel triangulaire (deltoïde), relié à l’as-
mortaise constituée par l’extrémité inférieure tragale (au talus), au calcanéum (calcanéus)
du fémur et du péroné (de la fibula), dans et au cuboïde.
laquelle vient s’insérer le tenon astragalien Sur la face externe de la maléole péronière
(talaire) (fig. 13-33). (fibulaire) s’insère le ligament latéral externe
(collatéral latéral) avec ses deux chefs péro-
Surfaces articulaires en présence néo-astragaliens (fibulotalaires) antérieur et
Au niveau de l’astragale (du talus), elles postérieur, séparés par le ligament péronéo-
occupent à la fois la face supérieure de l’os – calcanéen (fibulocalcanéen).
sous la forme d’une poulie à grand axe anté-
ropostérieur legèrement oblique en dedans, Pied
arrondie, creusée en son centre, plus large
en avant –, et ses faces latérales formant des L’étude du pied est inséparable de celle de la
joues destinées à être en contact avec les mal- cheville ne serait-ce que par l’importance de
léoles tibiale et péronière (fibulaire), l’ensem- son rôle dans la flexion–extension.
ble étant recouvert de cartilage de manière Schématiquement, le pied peut être artifi-
continue. ciellement séparé en trois zones : postérieure
Au niveau du tibia, elle se situe à l’extrémité (ou arrière-pied), médiotarsienne, antérieure
inférieure (distale) élargie de la diaphyse sous (ou avant-pied), structurellement très variées.
la forme d’une surface à concavité antéropos- L’arrière-pied met en relation à la fois l’astra-
térieure présentant une petite saillie médiane, gale (le talus) et le calcanéum (calcanéus) sur
prolongée latéralement par une petite sur- un plan vertical, et le scaphoïde (l’os navicu-
face triangulaire située sur la face interne de laire) et le cuboïde en avant.
la maléole, l’ensemble étant recouvert de Le médiotarse réunit ces deux derniers os
cartilage. avec les trois cunéiformes, eux-mêmes en
Au niveau du péroné (de la fibula), elle se relation avec les cinq métatarsiens. L’avant-
présente sous l’aspect d’une petite surface pied réunit ces derniers avec les orteils.
Chapitre 13. Articulations périphériques 261

Fig. 13.33.  Insertions et muscles sur la face antérieure de la cheville


et du pied.
1. Jambier antérieur (tibial antérieur) ; 2. Long péronier latéral (long fibu-
laire) ; 3. Extenseur commun des orteils (long extenseur des orteils) ;
4. Court péronier latéral (court fibulaire) ; 5. Extenseur propre du gros orteil
(long extenseur de l’hallux).
262 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Cheville et pied (suite)

Surfaces articulaires en La flexion dorsale nécessite l’intervention des


présence (fig. 13-34) muscles jambier (tibial) antérieur, extenseur
Articulation sous-astragalienne commun des orteils.
(sous-talienne) L’extension du pied fait intervenir surtout le
Elle réunit solidement l’astragale (le talus) triceps sural, mais aussi le long péronier laté-
et le calcanéum (calcanéus) grâce à deux ral (long fibulaire), voire les fléchisseurs des
points de contact tapissés de cartilage, reliés orteils.
par plusieurs ligaments dont le principal L’éversion sollicite le jeu du court et long
est le puissant ligament interosseux situé péronier latéral (court et long fibulaire), de
entre les surfaces articulaires antérieures et l’extenseur commun des orteils.
postérieures. L’inversion est contrôlée par le muscle jam-
Cette articulation joue un rôle essentiel bier (tibial) antérieur et surtout postérieur.
dans l’adaptation aux contraintes verticales,
l’amortissement des chocs, l’adaptation au Mobilité articulaire
terrain… Elle s’effectue dans les trois plans de l’espace
sagittal, frontal et axial, le centre se situant au
Articulation de Chopart (articulation niveau de l’axe bimaléolaire.
transverse du tarse) Dans le plan sagittal, le pied étant à angle
Elle met en présence respectivement d’un droit par rapport à l’axe de la jambe, la flexion
côté, l’astragale (le talus) et le scaphoïde (l’os dorsale se situe entre 20 ° (active) et 40 à 45 °
naviculaire) et de l’autre, le calcanéum (calca- (passive), l’extension (ou flexion plantaire)
néus) et le cuboïde. entre 30 ° (active) et 60 ° (passive).
Dans le plan frontal, le jeu entre le calcanéum
Articulation de Lisfranc (articulation et le talus (astragale) se situe entre 30 et 40 °
tarsométatarsienne) pour le varus, 5 et 15 ° pour le valgus.
Elle met en présence d’une part, les trois L’éversion et l’inversion sont obtenues en
cunéiformes et le cuboïde, articulés entre sollicitant l’axe longitudinal du pied et
eux pour former l’arcade tarsienne et d’autre en combinant une pronation (rotation
part, la tête des cinq métatarsiens. interne), abduction et dorsiflexion du pied
En dehors de ces ensembles articulaires, il pour l’éversion ; une supination (rotation
convient de signaler les rapports existants externe), adduction et flexion plantaire pour
entre le scaphoïde et les trois cunéiformes, les l’inversion.
métatarsiens et les orteils.
Architecture du pied
Système musculaire Elle est caractérisée par sa structure en voûte
La mobilité active du pied est assurée par un avec la présence de deux arches longitudina-
système musculaire complexe et puissant. les latérales allant du calcanéum à l’avant-pied
et une arche antérieure située au niveau de la
tête des métatarsiens.
Chapitre 13. Articulations périphériques 263

10

Fig. 13.34.  Insertions et muscles sur la face postérieure de la cheville


et du pied.
1. Plantaire grêle ; 2. Jumeaux (gastrocnémiens) ; 3. Soléaire ; 4. Poplité ;
5.  Jambier postérieur (tibial postérieur) ; 6. Long fléchisseur commun des
orteils ; 7. Long fléchisseur du gros orteil (… de l’hallux) ; 8. Court péronier
latéral (court fibulaire) ; 9. Tendon d’Achille (tendon calcanéen) et son insertion
osseuse ; 10. Calcanéum (calcaneus).
264 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation médiotarsienne

Rappels généraux Manœuvre en cas de


dorsiflexion douloureuse
• But poursuivi : agir sur l’articulation de
Lisfranc (tarsométatarsienne) ou celle de Position du patient
Chopart (médiotarsienne) dans le sens non Décubitus ventral.
douloureux, en fonction des données clini-
ques constatées lors de la flexion plantaire ou
de la dorsiflexion du pied. Position du praticien
• Techniques illustrées : pour le côté droit. Debout, à droite du patient.

Manœuvre en cas de flexion Préparation


plantaire douloureuse Demander au patient de s’allonger à plat ven-
tre et de se placer suffisamment près du bord
Position du patient
de la table, pour faciliter la mobilisation du
Décubitus dorsal. membre inférieur droit.
Venir se placer à l’angle inférieur droit de
Position du praticien la table et lui saisir le pied droit en venant
Debout. appliquer ses pouces superposés sur la zone
à traiter (tête du 5e métatarsien, cunéiforme,
Préparation cuboïde…) (fig. 13-36).
Demander au patient de s’allonger sur le dos
et venir se placer à l’extrémité de la table. Exécution
Saisir alors entre ses mains le pied droit du
patient, en veillant soigneusement à placer le La mise en tension s’obtient en fléchissant le
bord cubital (ulnaire) de celles-ci au niveau de membre inférieur droit du patient pour accen-
la partie antérieure de l’articulation à traiter. tuer la flexion plantaire du pied de celui-ci.
Soulever ce pied en l’empaumant et en pla- La manipulation consiste à imprimer un
çant ses pouces contre la voûte plantaire. brusque mouvement de fauchage (whip) vers
l’intérieur ou l’extérieur, selon le but pour-
Exécution suivi, dès la perception du début de cette
mise en tension.
Après avoir étendu le membre inférieur droit
du patient et l’avoir mis légèrement en rota-
tion externe, la manœuvre consiste à tirer Sources d’échecs
sur ses deux mains brusquement vers soi • Absence de détente du patient.
(fig. 13-35). • Mise en position douloureuse.
• Mouvement de fauchage trop lent et
Source d’échecs timoré.
• Mauvaise prise du pied, mauvais appui
cubital (ulnaire) de ses mains.
• Traction trop lente et trop timorée.
Chapitre 13. Articulations périphériques 265

Fig. 13.35.  Manipulation médiotarsienne en cas de flexion plantaire douloureuse.

Fig. 13.36.  Manipulation médiotarsienne en cas de dorsiflexion plantaire douloureuse


266 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Manipulation des articulations médiotarsiennes (Chopart)


et tarsométatarsiennes (Lisfranc)

Rappel anatomique But poursuivi


Libérer cette articulation en cas de flexion
Malgré le nombre important d’os participant plantaire douloureuse.
à la structure du pied, il est possible de dis-
tinguer schématiquement à son niveau trois
articula­tions : outre l’articulation sous-astraga- Préparation
lienne (sous-talienne) déjà vue, l’articulation Demander au patient de s’étendre sur le dos.
médiotarsienne de Chopart, constituée en Déterminer ensuite avec précision l’articula-
arrière par le calcanéum et l’astragale (talus), tion médiotarsienne (ou tarsométatarsienne)
en avant par le cuboïde et le scaphoïde (os navi- incriminée et vérifier si la flexion plantaire est
culaire), et l’articulation tarsométatarsienne bien douloureuse.
de Lisfranc, entre les 3  cunéiformes, le sca- Venir se placer ensuite au bout de la table et
phoïde (os naviculaire) et les 5 métatarsiens. saisir fermement le pied droit du patient avec
ses deux mains jointes en avant, de manière à
placer ses deux auriculaires sur le bord anté-
Rappels généraux rieur de l’articulation à traiter et à appliquer
•Position du patient : couchée sur le dos. ses deux pouces croisés sur la plante du pied.
•Position du praticien : à l’extrémité infé-
rieure de la table, de côté. Exécution
La manipulation consiste à tirer brusquement
Manœuvre sur ses mains vers soi et légèrement vers le haut
tout en veillant à respecter la rotation externe
Technique illustrée nécessaire à la neutralité de la hanche.
Articulation médiotarsienne droite (fig. 13-37).
Chapitre 13. Articulations périphériques 267

Fig. 13.37.  Manipulation médiotarsienne.


268 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Mobilisation ou manipulation des orteils

Rappels généraux Prendre avec sa main droite l’orteil gauche


du patient en appliquant son pouce droit et
•Position du patient : allongée sur une son index replié respectivement contre la face
table. antérieure et postérieure de celui-ci.
•Position du praticien : debout à côté du
pied à traiter.
Exécution
La manœuvre consiste à tirer brusquement
Manœuvre l’orteil dans l’axe en agissant soit sur P1–P2,
Technique illustrée P2–P3 ou MT–P1.
Deuxième orteil droit (fig. 13-38).
Source d’échec
But poursuivi • Traction trop timorée sur l’orteil.
Mobiliser les orteils en flexion et extension • Mauvais contre-appui sur le cou-de-pied.
et obtenir une manipulation grâce à une Remarque
traction. Autrefois, W. Douglas (DO) accompa-
gnait cette manœuvre en vantant ses ver-
Préparation tus apaisantes.
Saisir avec sa main gauche le cou-de-pied
droit du patient pour l’immobiliser en contre-
appui.
Chapitre 13. Articulations périphériques 269

Fig. 13.38.  Manipulation des orteils.


Chapitre 14
Manœuvres myotensives
(muscle energy technics)
Depuis la publication du résultat des recher- Elliot évoque la présence possible de points
ches sur les douleurs myofasciales (fig. 14-1) douloureux ou de nodules dans les muscles
entreprises dès 1952 par Janet Travell, d’abord fessiers ou du mollet, au cours d’une sciati-
avec Seymour Rinzler, puis avec David Simons, que. Il signale que la palpation de ces points
plus aucun praticien ne devrait ignorer tous est capable de reproduire cette sciatique. Un
les pièges suscités par la souffrance a minima peu plus loin, il insiste sur la nécessité de
d’un muscle ou d’un groupe de muscles, ni considérer cette sensibilité musculaire soit
les moyens simples pour y remédier. comme une douleur projetée, soit comme
une conséquence des modifications apparues
dans le muscle lors de l’irritation radiculaire.
La souffrance musculaire En réalité, il faut attendre 1952 pour voir
une étude entreprise à grande échelle sur
et ses pièges les implications et répercussions des diverses
souffrances musculaires de l’organisme. Dans
leur traité : Myofascial Pain and Dysfunction.
Les déboires induits par un système mus- The Trigger point Manual 1, résumant plus de
culaire défaillant ou surmené sont connus 40 années de travaux, Janet Travell et David
depuis longtemps et ont été décrits sous de Simons passent en revue, muscle après mus-
multiples noms : fibromyosite, myalgie, rhu- cle, en les illustrant à chaque fois par un des-
matisme musculaire, fibrosite… sin, les diverses répercussions douloureuses à
Déjà en 1929, dans The Lancet, sous un titre distance (referred pain) constatées après une
prémonitoire : Myofibrositis as a simulator injection de sérum salé hypertonique dans un
of other diseases, George Murray s’insurgeait point gâchette musculaire (trigger point). En
contre la faible place accordée aux affec- consultant cet ouvrage, il est facile de com-
tions musculaires dans l’enseignement médi- prendre pourquoi il faut toujours examiner
cal alors que la musculature, qui représente méthodiquement la musculature, en s’aidant
plus de 40 % du poids de l’organisme, est notamment de la palpation. Car, par ses irra-
en permanence sollicitée. Il disait sa crainte diations et selon l’endroit où elle se situe, une
de voir cette méconnaissance provoquer de souffrance musculaire a la capacité de ­simuler
nombreuses erreurs diagnostiques en face de
manifestations à première vue viscérales.
En 1944, dans ce même journal, dans un arti- 1 « Douleur myofasciale et dysfonction. Le manuel
cle intitulé Tender Muscles in Sciatica, Frank des points gâchettes. »
272 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

n’importe quel syndrome douloureux viscé- une contre-résistance modérée est à mettre au
ral, rachidien ou radiculaire. crédit d’un ostéopathe américain, F. Mitchell.
La découverte à la palpation d’un point exquis Cette technique myotensive ou muscle energy
ou d’un cordon induré hypersensible au sein technic est utilisée couramment par les ostéo-
d’un muscle, souvent au voisinage de sa zone pathes traditionnels et connaît depuis quel-
d’insertion, doit conduire non seulement à ques années un vif succès dans notre pays.
s’interroger sur la responsabilité musculaire Quel que soit le muscle ou le groupe muscu-
dans les douleurs motivant la consultation, laire concerné, son déroulement est toujours
mais encore à se demander si cette souffrance identique :
musculaire est isolée ou associée à une dys- • une fois le patient installé, après avoir mis
fonction segmentaire vertébrale, si elle l’a sui- son membre ou sa région vertébrale dans
vie ou lui a survécue. la position de départ désirée, il faut tou-
jours commencer par lui expliquer, gestes à
l’appui, le but de la manœuvre, la direction
du mouvement à exécuter, sa force, en la
Moyens thérapeutiques contrôlant par une contre-pression oppo-
manuels disponibles sée (entre 500 à 1000 g selon le muscle
traité) ;
• vient alors l’exercice proprement dit, débu-
Ils sont fort variés et peuvent faire appel au tant par la mise en tension subliminale du
massage, aux étirements, aux postures main- muscle du patient ;
tenues 90 secondes du strain and counters- • une fois cela fait, on demande à ce dernier
train prônées par L. Jones, aux pressions de le contracter volontairement et légère-
maintenues décrites notamment par J. Travell ment dans la direction voulue pendant 4 à
et D. Simons, aux techniques myotensives 5  secondes, tout en opposant simultané-
décrites par F. Mitchell. Nous nous attardons ment une contre-résistance ;
ici seulement sur ces dernières en raison de • au terme de cette période, on incite le
leur facilité d’exécution et de leur efficacité. patient à relâcher progressivement son
Les autres manœuvres sont détaillées dans le effort, tout en diminuant soi-même simul-
chapitre 2. tanément la contre-pression ;
• une fois le muscle au repos, on veille à
conserver la position initiale pendant
Techniques myotensives 8  secondes environ pour permettre aux
fibres musculaires de se détendre ;
L’idée d’utiliser la contraction volontaire • on recommence ensuite à chercher une
d’un muscle à partir d’une position de départ nouvelle position de mise en tension subli-
choisie, au seuil de sa mise en tension, dans minale du muscle et on enchaîne les mêmes
une direction déterminée, en lui opposant séquences, quatre à cinq fois de suite.
Chapitre 14. Manœuvres myotensives (muscle energy technics) 273

a b c

Chef sternal Chef claviculaire

d e

f g

Fig. 14.1.  Points de douleur et zones


d’irradiation des différentes douleurs
musculaires.
a. Sternocléidomastoïdienne ; b. Sous-
occipitaux ; c. Angulaire de l’omoplate ;
d. Scalène ; e. Carré des lombes ;
f. Pyramidal ; g. Petit fessier. Antérieur Postérieur
274 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Muscles sous-occipitaux

Rappels généraux Demander au patient de regarder droit devant


lui à l’horizontale et maintenir alors ferme-
• Trajet : au nombre de quatre de chaque ment cette posture.
côté, ces muscles s’étendent entre l’atlas et
l’axis pour le grand oblique, et de l’atlas et Exécution
de l’axis à l’occiput respectivement pour les
petit et grand droits postérieurs et le petit La manœuvre proprement dite consiste sim-
oblique. plement à demander au patient de respirer et
• Innervation : C1. de lever les yeux au plafond lors de l’inspira-
• Action : principalement extenseurs de la tion, de les baisser vers l’entrecuisse lors de
tête pour trois d’entre eux, seul le grand obli- l’expiration, tout en lui maintenant ferme-
que est rotateur. ment le cou et la tête pour empêcher cette
• Douleurs projetées possibles : dans la tête, dernière d’aller en arrière (fig. 14-2).
vers l’œil et le front. Au cours de cette manœuvre, on veille bien
à contrôler la force déployée par les muscles
oculaires, celle-ci ne devant pas dépasser 300
Manœuvre myotensive globale à 400 g.
utilisant le seul mouvement L’avantage de cette technique est d’éviter
des yeux de mobiliser volontairement C0–C1–C2 en
extension, avec les risques inhérents à la pré-
Intérêt sence de la boucle de l’artère vertébrale.
Cette manœuvre offre l’avantage d’éviter
l’extension active de la tête du patient et de Variante
s’opposer quand même activement et briève- Cette manœuvre est également réalisable en
ment à la mise sous tension des muscles sous- incluant une légère poussée verticale ascen-
occipitaux se produisant par le seul jeu des dante sur l’occiput et en tentant à chaque
globes oculaires. expiration de l’augmenter un peu plus grâce
à l’aide de ses avant-bras posés sur les épaules
Préparation du patient.
Après avoir demandé au patient de s’asseoir
sur la table d’examen, venir se placer derrière Précautions
lui. Comme pour toute manœuvre cervicale, il
Placer alors ses deux mains de chaque côté faut se méfier du risque vertébrobasilaire et
du cou du patient en posant ses doigts sur le savoir modérer la force déployée tant par
crâne, l’extrémité de ses pouces à la base de le patient que par soi-même si l’on décide
l’occiput et ses avant-bras sur les épaules. d’exercer cette poussée verticale ascendante.
Chapitre 14. Manœuvres myotensives (muscle energy technics) 275

Oblique supérieur Petit droit


de la tête postérieur
de la tête
Oblique inférieur Grand droit
de la tête postérieur
de la tête

Fig. 14.2.  Manœuvre myotensive des muscles sous-occipitaux.


276 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Muscle sternocléidomastoïdien

Rappels généraux Placer alors son coude droit dans le creux sus-
claviculaire droit de ce dernier et lui empau-
• Trajet : constitué par deux chefs, un chef mer le sommet du crâne. Passer ensuite son
superficiel sternal et un chef profond clavicu- avant-bras gauche horizontalement devant
laire, ce muscle va de la mastoïde et de la moi- le patient de manière à venir poser son émi-
tié de la ligne courbe occipitale supérieure au nence thénar et son pouce gauches sur la cla-
manubrium sternal et au 1/3 interne de la vicule droite.
clavicule.
• Innervation : nerf spinal.
• Action : à partir de ses insertions inférieu- Exécution
res, latérofléchisseur homolatéral, rotateur La mise en tension du muscle s’effectue en se
controlatéral et légèrement extenseur de la servant de sa main droite pour fléchir latéra-
tête. lement la tête du patient vers la gauche tout
• Douleurs projetées possibles : en général, en la tournant vers la droite, avec une légère
elles se produisent toutes au niveau de la face extension jusqu’à l’obtention d’une légère
ou du crâne, jamais au niveau du cou. Selon résistance à la limite du seuil douloureux.
leur localisation, elles peuvent faire penser à La manœuvre proprement dite consiste à
une névralgie faciale atypique ou à une cépha- demander au patient de regarder en haut et à
lée de tension. Pour le chef sternal, dans sa gauche pendant 3 secondes. Puis lui deman-
partie supérieure, la projection douloureuse der de se détendre pendant 4 à 5 secondes, au
se situe au niveau de l’occiput, de la mâchoire cours desquelles on maintient la position ini-
ou autour de l’orbite. Pour le chef claviculaire, tiale. Au terme de ce repos, on recommence
elle a lieu dans l’occiput et parfois sur le front. la même manœuvre à partir d’une nouvelle
position de départ, sollicitant le muscle à la
Manœuvre myotensive limite du seuil douloureux, trois à quatre fois
de suite (fig. 14-3).
Préparation
Après avoir demandé au patient de s’asseoir,
venir se placer derrière lui contre le dos.
Chapitre 14. Manœuvres myotensives (muscle energy technics) 277

Chef sternal Chef claviculaire

Fig. 14.3.  Manœuvre myotensive des muscles sternocléidomastoïdiens.


278 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Muscles scalènes

Rappels généraux Exécution


La mise en tension du muscle s’effectue en se
• Trajet : au nombre de trois, deux d’entre servant de sa main gauche pour amener la
eux, le scalène antérieur et le scalène moyen, tête du patient en légère rotation du côté des
vont des apophyses transverses de C3 à C6 scalènes à traiter et en latéroflexion opposée
pour l’antérieur, et de C2 à C6 pour le moyen jusqu’à l’obtention d’une légère résistance à
au bord supérieur de la moitié postérieure de la limite du seuil douloureux.
la 1re côte. La manœuvre proprement dite consiste à
• Innervation : C2 à C6. demander au patient de « hausser » l’épaule
• Action : à partir de leurs insertions inférieu- droite sur laquelle s’exerce la pression du
res, les scalènes sont essentiellement latéro- praticien pendant 5 secondes, puis de relâ-
fléchisseurs homolatéraux du cou, amenant cher progressivement son effort en même
celui-ci légèrement en avant et vers le bas et temps que l’on cesse soi-même la pression
en le tournant légère­ment du côté opposé. sans modifier la position du cou du patient,
Accessoirement, ils sont inspirateurs. et de rester ainsi pendant 4  à 5 secondes
• Douleurs projetées possibles : vers la poi- pour permettre au muscle de se déten-
trine, la face externe ou postérieure du bras, dre. Au terme de cette période de repos,
jusque parfois dans la main vers le pouce et on cherche à obtenir une nouvelle mise en
l’index, la région interscapulaire. tension subliminale du muscle en gagnant
quelques degrés supplémentaires, avant de
Manœuvre myotensive : recommencer la même manœuvre plusieurs
scalène droit fois de suite (fig. 14-4).
Préparation Variante
Après avoir demandé au patient de s’étendre Cette manœuvre est également réalisable en
sur le dos, les bras le long du corps, venir se position assise.
placer à la tête de la table. Glisser alors son
avant-bras gauche sous le cou du patient pour
l’hyperlordoser légère­ment et le tourner de Précautions
manière à venir poser sa main gauche sur la Cette manière de procéder limite considéra-
joue droite de ce dernier. blement le risque vertébrobasiliaire dont il
Placer enfin sa main droite sur la 1re côte et la faut être conscient devant toute manœuvre
clavicule droites du patient. cervicale.
Chapitre 14. Manœuvres myotensives (muscle energy technics) 279

antérieur
Scalène moyen
postérieur

Points à gachettes et ses douleurs à distance possibles

moyen
Scalène
postérieur

Fig. 14.4.  Manœuvre myotensive sur le scalène.


280 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Muscle angulaire de l’omoplate (muscle élévateur


de la scapula)

Rappels généraux Exécution


La mise en tension du muscle s’effectue en
• Trajet : constitué par des fibres torsadées, se servant de sa main gauche pour fléchir
ce muscle va des quatre premières apophyses latéralement et tourner le cou et la tête du
transverses cervicales à l’angle de l’omoplate patient vers la gauche, jusqu’à l’obtention
(angle supérieur de la scapula). d’une légère résistance à la limite du seuil
• Innervation : C3–C4. douloureux.
• Action : à partir de ses insertions inférieu- La manœuvre proprement dite consiste à
res, latérofléchisseur et rotateur du cou du demander au patient de hausser dans cette
même côté. position l’épaule droite doucement pendant 3
• Douleurs projetées possibles : très fréquen- secondes, puis de se détendre. Cette période
tes, au niveau de l’angle du cou, irradiant par- de relâchement est mise à profit pour obte-
fois le long du bord interne de l’omoplate ou nir une nouvelle mise en tension en gagnant
vers l’arrière de l’épaule. quelques degrés supplémentaires, puis réité-
rer la même manœuvre, trois à quatre fois
Manœuvre myotensive (fig. 14-5).
Préparation
Variantes
Après avoir demandé au patient de s’étendre
Cette manœuvre est également réalisable en
sur le dos, les bras étendus le long du corps
position assise ou bien en maintenant la tête
et avoir glissé un petit coussin sous l’occiput
du patient en dehors de la table.
pour fléchir légèrement le cou en avant, venir
se placer à la tête de la table. Placer alors sa
main gauche contre l’angle de la mâchoire Précautions
droite du patient et venir empaumer le bord Dans tous les cas, il faut se méfier du risque
supérieur de l’omoplate droite du patient vertébrobasilaire susceptible d’être créé par
avec sa main droite. une rotation forcée de la tête.
Chapitre 14. Manœuvres myotensives (muscle energy technics) 281

2 1

Fig. 14.5.  Manœuvre myotensive sur l’angulaire de l’omoplate.


282 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Muscle sous-épineux (muscle infra-épineux)

Rappels généraux droite du patient contre la table. Lui saisir le


poignet droit avec sa main droite et lui fléchir
• Trajet : de forme triangulaire, il prend le coude à 90 °.
naissance an niveau de la face postérieure de
l’omoplate dans la fosse sous-épineuse située Exécution
sous l’épine de l’omoplate pour s’insérer sur
le trochiter huméral entre le sus-épineux et le La mise en tension du muscle s’obtient en
petit rond. tournant progressivement le poignet droit
• Innervation : elle est assurée par des ramifica- vers vers le bassin de manière à obtenir une
tions provenant du nerf sus-épineux, C5, C6. rotation interne de l’épaule et mettre en ten-
• Action : rotateur externe de l’épaule et sta- sion le sous-épineux sans relâcher l’applica-
bilisateur de la tête humérale contre la cavité tion du bras contre la table.
glénoïde lors de l’élevation du bras. La manœuvre proprement dite consiste à
• Douleurs projetées possibles : majoritai- demander au patient, une fois cette mise en
rement dans le région deltoïde et bicipi- tension obtenue, de s’opposer légèrement
tale, avec parfois une irradiation radiale vers à cette poussée pendant 8 à 10 secondes,
l’avant-bras et la main. puis de relâcher l’effort progressivement en
même temps que l’on cesse soi-même la pres-
sion pendant 8 à 10 secondes pour permet-
Manœuvre myotensive (description tre au muscle de se détendre. Au terme de
et illustration pour le côté droit) cette période de repos, on cherche à obtenir
une nouvelle mise en tension subliminale du
• Position du patient : décubitus dorsal. sous-épineux en gagnant quelques degrés
• Position du praticien : debout, à la tête du supplémentaires avant de recommencer la
patient. même manœuvre, trois à quatre fois de suite
(fig. 14-6).
Préparation
Après avoir demandé au patient de s’éten- Contrôle du résultat
dre sur le dos et de poser le bras droit sur Il s’effectue simplement en testant compa-
la table en l’écartant presque à angle droit, rativement le gain obtenu avant et après la
venir se mettre derrière de lui à la tête de manœuvre, voire en observant avec le côté
la table. Fixer avec sa main gauche l’épaule opposé.
Chapitre 14. Manœuvres myotensives (muscle energy technics) 283

Fig. 14.6.  Manœuvre myotensive sur le muscle sous-épineux.


284 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Muscle sous-scapulaire (muscle sub-scapulaire)

Rappels généraux Exécution


La mise en tension du muscle s’obtient en
• Trajet : de forme triangulaire, il prend nais- tournant progressivement le poignet droit
sance an niveau de la face antérieure de l’omo- vers la tête sans relâcher le maintien du bras
plate pour s’insérer sur le trochin huméral. contre la table.
• Innervation : C5, C6. La manœuvre proprement dite consiste à
• Action : rotateur interne de l’épaule. demander au patient, une fois cette mise en
• Douleurs projetées possibles : essentielle- tension obtenue, de s’opposer légèrement à
ment sur la face postérieure de l’épaule avec cette poussée en tournant le poignet vers le
parfois une irradiation sur la face interne bassin pendant 8 à 10 secondes, puis de relâ-
du bras vers le coude, parfois au niveau du cher l’effort progressivement en même temps
poignet. que l’on cesse soi-même la pression pendant
8 à 10 secondes pour permettre au muscle
Manœuvre myotensive (description de se détendre. Au terme de cette période de
et illustration pour le côté droit) repos, on cherche à obtenir une nouvelle mise
en tension subliminale du sous-scapulaire en
• Position du patient : décubitus dorsal. gagnant quelques degrés supplémentaires
• Position du praticien : debout, à droite du avant de recommencer la même manœuvre,
patient, tourné légèrement vers les pieds de trois à quatre fois de suite (fig.14-7).
ce dernier.
Contrôle du résultat
Préparation
Il s’effectue simplement en testant com-
Après avoir demandé au patient de s’étendre
parativement le gain obtenu avant et après
sur le dos et de poser le membre supérieur
la manœuvre, voire en observant le côté
droit sur la table en l’écartant presque à 90 °
opposé.
du corps, venir se placer à la droite de celui-ci,
à la hauteur du bras. Fixer avec sa main gau-
che l’épaule droite du patient, contre le table.
Lui saisir le poignet avec sa main droite et lui
fléchir le coude à 90 °.
Chapitre 14. Manœuvres myotensives (muscle energy technics) 285

2
1
3
2
4
3
5
4
6
5

Fig. 14.7.  Manœuvre myotensive sur le muscle sous-scapulaire.


286 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Muscle psoas iliaque (iliopsoas)

Rappels généraux Préparation


Faire étendre le patient sur le dos, le long du
• Trajet : constitué par la réunion de deux bord gauche de la table, de façon à permet-
muscles, le muscle psoas et le muscle iliaque, tre à la cuisse droite de dépasser légèrement
ils se fixent tous les deux sur le petit trochan- à l’extérieur.
ter fémoral par un tendon commun, d’où leur Venir se placer à droite de la table, à la hau-
nom. Les fibres d’origine du psoas partent teur du bassin, en position de fente antérieure
des corps vertébraux de D12 à L5 et celles du et en regardant les pieds du patient.
muscle iliaque de la face antérieure de l’aile Demander alors au patient de fléchir la jambe
iliaque. gauche, puis la cuisse sur le bassin de manière
• Innervation : L2, L3, L4. à pouvoir les glisser sous son aisselle gauche.
• Action : fléchisseur de la cuisse. Poser à plat sa main droite sur le genou droit
• Douleurs projetées : région lombaire para- du patient.
vertébrale, face antérieure du tiers supérieur de
la cuisse.
Exécution
La mise en tension se fait en augmentant la
Manœuvres myotensives pression sur le genou droit du patient et en
Première manœuvre conservant la flexion de la cuisse gauche.
Position du patient La manœuvre proprement dite consiste
à demander au patient d’abord de fléchir
Décubitus dorsal près du bord de la table. la cuisse droite sur le bassin doucement
pendant 5 à 6 secondes, en veillant bien à
Position du praticien
contrôler la force exercée (quelques centai-
Debout, contre la table, face à l’extrémité nes de grammes), puis à cesser cet effort
inférieure de celle-ci, les jambes en fente au et à conserver cette position pendant une
niveau du bassin du patient. dizaine de secondes, avant de rechercher
une nouvelle mise en tension et de recom-
Technique illustrée mencer le même protocole plusieurs fois de
Pour le côté droit. suite (fig. 14-8).
Chapitre 14. Manœuvres myotensives (muscle energy technics) 287

Petit psoas

Grand psoas

Iliaque

Fig. 14.8.  Manœuvre myotensive sur le muscle psoas iliaque.


288 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Muscle psoas iliaque (iliopsoas) (suite)

Deuxième manœuvre Exécution


Position du patient La mise en tension se fait en soulevant douce-
Décubitus ventral. ment la cuisse droite du patient jusqu’à l’ob-
tention d’un début de résistance.
La manœuvre proprement dite consiste à
Position du praticien demander au patient d’appuyer doucement la
Debout, à droite de la table, les jambes en cuisse droite sur sa main gauche vers le plan
fente au niveau de la cuisse du patient, tourné de la table pendant 5 à 6 secondes, en veillant
vers l’extrémité supérieure de celle-ci. bien à contrôler la force exercée (quel-
ques centaines de grammes), puis de cesser
Technique illustrée
cet effort tout en conservant cette position
pendant une dizaine de secondes, avant de
Pour le côté droit. rechercher une nouvelle mise en tension du
muscle et de recommencer le même proto-
Préparation (fig. 14-9) cole plusieurs fois de suite.
Faire étendre le patient sur le ventre, le long
du bord droit de la table. Variantes
Venir se placer à droite de la table, à la hau- En cas de contracture trop forte du muscle
teur de la cuisse du patient, en position de responsable d’un léger flessum de la cuisse,
fente antérieure et en regardant les épaules il convient de demander au patient de se
du sujet à traiter. déplacer latéralement vers le bord de la table,
Demander alors au patient de garder le mem- de manière à permettre à la cuisse sollicitée
bre inférieur droit tendu, et saisir sa cuisse à d’être fléchie au départ.
hauteur du genou, avec sa main gauche. Il est également possible de demander au
Poser à plat sa main droite sur l’aile iliaque patient de placer le bassin au bout de la table
droite du patient. et de poser les pieds sur le sol.
Dans les deux cas, la suite des opérations
est en tous points semblable à la première
description.
Chapitre 14. Manœuvres myotensives (muscle energy technics) 289

Fig. 14.9.  Manœuvre myotensive sur l’iliopsoas.


Noter qu’ici le membre inférieur du côté traité est en extension complète.
290 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Muscle carré des lombes

Rappels généraux Préparation


Demander au patient de se mettre à plat ven-
• Trajet : constitué par trois chefs, un pro- tre et glisser un coussin sous son abdomen.
fond iliocostal, deux superficiels lombocostal Venir se placer à gauche de la table, à la hau-
et iliolombaire, il s’étend entre la 12e côte, la teur du bassin, face à celui-ci, en écartant les
crête iliaque et les apophyses transverses de jambes.
L2, L3 et L4. Poser à plat sa main gauche au contact et
• Innervation : T12, L1–L3 ou L1–L4. légèrement à droite de la charnière dorsolom-
• Action : latérofléchisseur homolatéral. baire du patient sous la 12e côte, puis crocher
• Douleurs projetées possibles : dans la fesse avec sa main droite l’aile iliaque droite de ce
pour le chef profond, sur la crête iliaque dernier.
externe ou au niveau du grand trochanter
pour les chefs superficiels. Exécution
La mise en tension se fait en tirant la crête ilia-
Manœuvres myotensives que en arrière et vers le bas de la table, en
maintenant ses deux mains bien en place.
Première manœuvre La manœuvre proprement dite consiste à
Position du patient demander au patient d’abord de ramener
Décubitus ventral. doucement le bassin vers la table et à s’oppo-
ser à ce mouvement pendant 5 à 6 secondes,
puis de relâcher progressivement son effort
Position du praticien
en même temps que l’on cesse soi-même la
Debout, à gauche de la table, les jambes en pression, sans modifier la position pendant 4
fente, au niveau du bassin. à 5 secondes pour permettre au muscle de se
détendre. Au terme de cette période de repos,
Technique illustrée on cherche à obtenir une nouvelle mise en
Pour le côté droit. tension subliminale du muscle en gagnant
quelques degrés supplémentaires, avant de
recommencer la même manœuvre plusieurs
fois de suite (fig. 14-10).
Chapitre 14. Manœuvres myotensives (muscle energy technics) 291

Fig. 14.10.  Manœuvre myotensive sur le muscle carré des lombes.


292 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Muscle carré des lombes (suite)

Seconde manœuvre Poser à plat sa main gauche au contact de la


Position du patient région lombaire haute ou thoracolombaire afin
de garder un bon contrôle de toute la région.
Décubitus latéral gauche.
Placer enfin sa main droite sur la face externe
du genou droit du patient (fig. 14-11).
Position du praticien
Debout, à gauche de la table, les jambes en Exécution
fente, au niveau du bassin.
La mise en tension se fait en appuyant légère-
ment avec sa main droite sur le genou droit
Technique illustrée
du patient tout en contrôlant avec sa main
Pour le côté droit. gauche le positionnement du dos.
La manœuvre proprement dite consiste à
Préparation demander au patient de remonter douce-
Demander au patient de se mettre sur le côté ment la crête iliaque droite et à s’opposer à
gauche et lui glisser un coussin sous le flanc. ce mouvement pendant 5 à 6 secondes, puis
Lui faire fléchir la cuisse et le genou gauches à relâcher progressivement son effort sans
situés contre la table et placer le membre infé- modifier la position pendant 8 à 10  secon-
rieur droit étendu en arrière de ceux-ci. des pour permettre au muscle de se déten-
Le prier alors de lever le bras droit au-dessus dre (fig. 14-12). Au terme de cette période
de lui de manière à venir saisir le coin antéro- de repos, on cherche à obtenir une nouvelle
supérieur droit de la table avec la main. mise en tension subliminale du muscle en
Venir se placer à gauche de la table, à la hau- gagnant quelques degrés supplémentaires
teur du bassin, face à celui-ci, les jambes en avant de recommencer la même manœuvre
fente. plusieurs fois de suite.
Chapitre 14. Manœuvres myotensives (muscle energy technics) 293

Fig. 14.11.  Manœuvre myotensive sur le carré des lombes (vue de face).

Fig. 14.12.  Manœuvre myotensive sur le carré des lombes (vue de dos).
294 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Muscles moyen et petit fessiers (gluteaux)

Rappels généraux la hauteur du bassin. Lui faire alors fléchir la


jambe droite, pour amener le genou dans son
• Trajet : ces deux muscles superposés vont creux axillaire droit. Appliquer ensuite son
de l’aile iliaque à la face antérieure du grand membre supérieur droit contre la face externe
trochanter, le petit fessier étant le plus pro- de la cuisse droite du patient, en veillant bien
fond des deux. à pouvoir placer ses doigts au-dessus du grand
• Innervation : L4, L5 ou S1. trochanter. Empaumer le mollet gauche avec
• Action : abducteur et rotateur interne de la sa main gauche.
cuisse.
• Douleurs projetées possibles : pour le mus-
cle petit fessier, s’il s’agit d’une contracture Exécution
externe localisée sur le trochanter, elles se La mise en tension du muscle s’effectue en se
traduisent par une douleur profonde, pseudo- servant de son membre supérieur droit et de
sciatique L5, dans la fesse et le long de la sa main gauche pour porter la cuisse droite
face externe de la cuisse et de la jambe ; si la du patient en légère adduction et rotation
souffrance siège au niveau de l’insertion ilia- externe, jusqu’à l’obtention d’une légère
que interne, on peut noter outre la douleur résistance à la limite du seuil douloureux,
fessière une irradiation située à la face posté- en contrôlant l’insertion trochantérienne du
rieure de la cuisse pseudo-sciatique tronquée muscle avec sa main droite.
S1. Pour le muscle moyen fessier, la douleur La manœuvre proprement dite consiste à
projetée se situe au voisinage immédiat de la demander au patient d’abord d’écarter dou-
source douloureuse. cement la cuisse droite vers la droite pendant
5 secondes, puis de relâcher progressive-
ment son effort en même temps que l’on
Manœuvre myotensive cesse soi-même la pression, sans modifier la
Position du patient position pendant 4 secondes pour permet-
tre au muscle de se détendre. Au terme de
Décubitus dorsal. ce repos, on procède comme au début pour
chercher à obtenir une nouvelle mise en
Position du praticien tension subliminale, en fléchissant la cuisse
Debout, à droite de la table. chaque fois un peu plus et en augmentant
de même sa rotation externe, avant de réi-
Technique illustrée térer la même manœuvre, trois à quatre fois
de suite (fig. 14-13).
Pour le côté droit.
Le contrôle du résultat s’effectue simple-
ment en testant comparativement avant et
Préparation après la rotation externe des deux membres
Commencer par faire étendre le patient sur le inférieurs étendus, en croisant la prise des
dos, puis venir se placer à droite de la table, à chevilles.
Chapitre 14. Manœuvres myotensives (muscle energy technics) 295

g)

Antérieur Postérieur

Fig. 14.13.  Manœuvre myotensive sur les moyen et petit fessiers.


296 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Muscle pyramidal (piriforme)

Rappels généraux l’extrémité de ses doigts droits près du bord


supérieur du grand trochanter droit du patient
• Trajet : en forme de poire (piriformis), de manière à pouvoir palper le muscle. Glisser
ce muscle s’étend horizontalement depuis son avant-bras gauche sous la jambe droite du
la face antérieure du sacrum entre les 1er et patient et poser sa main sur la face externe de
4e trous sacrés jusqu’à la face supérieure du son avant-bras droit.
grand trochanter.
• Innervation : S1 ou S2.
• Action : abducteur et rotateur externe si la Exécution
cuisse est fléchie à 90 °. La mise en tension du muscle s’effectue en
• Douleurs projetées possibles : en regard de se servant simultanément de son thorax et
l’articulation sacro-iliaque, dans la fesse, voire de ses épaules pour porter la cuisse droite
au niveau de la face postérieure de la hanche. du patient en légère adduction et rotation
interne, jusqu’à la perception sous ses doigts
droits d’une légère résistance musculaire à la
Manœuvre myotensive limite du seuil douloureux.
Position du patient La manœuvre proprement dite consiste à
demander au patient d’écarter doucement la
Décubitus dorsal. cuisse droite vers la droite (en dehors) pen-
dant 3 secondes. Au terme de celles-ci, on
Position du praticien lui demande de cesser son effort, tout en
Debout, à droite de la table, au niveau du conservant la position du membre inférieur
bassin. pendant 3-4 secondes, afin de permettre aux
fibres musculaires de se relâcher. Puis on
Technique illustrée recommence la même manœuvre après avoir
recherché à obtenir une nouvelle mise en ten-
Pour le côté droit. sion du pyramidal (piriforme) en allongeant
la jambe droite du patient de quelques degrés
Préparation supplémentaires, avec une nouvelle adduc-
Après avoir demandé au patient de s’étendre tion et rotation interne. Celle-ci est répétée
sur le dos, venir se placer du côté opposé à trois à quatre fois de suite (fig. 14-14).
étirer, à la hauteur du bassin. Saisir alors la Le contrôle du résultat s’effectue simplement
jambe droite du patient avec sa main droite en testant comparativement avant et après la
et la fléchir pour amener le genou dans son rotation interne des deux membres inférieurs
creux axillaire droit. Poser son membre supé- étendus, en saisissant chacune des chevilles
rieur droit contre la cuisse du patient et placer avec ses mains.
Chapitre 14. Manœuvres myotensives (muscle energy technics) 297

Fig. 14.14.  Manœuvre myotensive sur le muscle pyramidal (piriforme).


298 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Muscles ischiojambiers

Rappels généraux droite et de la maintenir dans cette position


en croisant les doigts derrière. Venir se placer
• Trajet : constitués par le demi-tendineux, ensuite à gauche de la table, face à la cuisse de
le demi-membraneux et le biceps crural, ces ce dernier. Saisir enfin le talon droit avec sa
muscles vont de la tubérosité ischiatique au main droite, tout en appliquant sa main gau-
tibia. che sur le genou.
• Innervation : L5, S1 ou S2.
• Action : fléchisseurs du genou et extenseurs
de la cuisse sur le bassin. Exécution
• Douleurs projetées possibles : essentielle- La mise en tension musculaire s’effectue en
ment au niveau du pli fessier pour le demi- se servant de ses deux mains pour étendre
membraneux et le demi-tendineux, au niveau la jambe droite du patient, jusqu’à l’obten-
du creux poplité pour le biceps crural avec, tion d’une légère résistance à la limite du
pour tous, une possibilité d’irradiation dans la seuil douloureux.
cuisse, plutôt interne pour les premiers, plutôt La manœuvre proprement dite consiste à
externe dans le cas du biceps crural. demander au patient d’appuyer le talon
droit sur sa main droite doucement pendant
Manœuvre myotensive 3 secondes, puis de relâcher progressive-
ment son effort en même temps que l’on
Position du patient cesse soi-même la pression, sans modifier la
Décubitus dorsal. position pendant 8 à 10 secondes pour per-
mettre au muscle de se détendre. Au terme
Position du praticien de ce repos, on procède comme au début
Debout à gauche de la table. pour chercher à obtenir une nouvelle mise
en tension subliminale, avant de recommen-
Technique illustrée cer cette manœuvre, trois à quatre fois de
Pour le côté droit. suite (fig. 14-15).
Le contrôle du résultat s’effectue simple-
Préparation ment en testant comparativement avant et
Commencer par faire étendre le patient sur après le gain obtenu sur l’extension de la
le dos. Lui demander alors de fléchir la cuisse jambe sur la cuisse.
Chapitre 14. Manœuvres myotensives (muscle energy technics) 299

Biceps fémoral
(chef long)
Semi-tendineux

Semi-membraneux
Biceps fémoral
(chef court)
a. Semi-tendineux et b. Biceps fémoral
semi-membraneux (chefs long et court)

Fig. 14.15.  Manœuvre myotensive sur les muscles ischiojambiers.


300 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Muscles adducteurs de la hanche (M. adductores)

Rappels généraux Lui saisir alors le genou droit et le fléchir


légèrement.
• Trajet : particulièrement nombreux et puis-
sants, ils s’étalent en éventail depuis la bran-
Exécution
che ischiopubienne pour venir terminer sur le
ligne âpre du fémur pour quatre d’entre eux La mise en tension du muscle s’effectue en
(petit, moyen et grand et court adducteurs) écartant vers l’extérieur progressivement la
et sur le petit trochanter pour le pectiné. hanche droite du patient jusqu’à une sensa-
D’autres muscles sont également adducteurs tion de résistance.
comme le droit interne dont l’insertion basse La manœuvre proprement dite consiste à
se situe sur le péroné. demander au patient de s’opposer pendant
• Innervation : nerf obturateur (L2, L3, L4). 8 à 10  secondes au sens du mouvement
• Action : adducteurs de la cuisse. imprimé puis tout en maintenant la position
• Douleurs projetées possibles : elles sont fonc- de faire relâcher l’effort progressivement
tion du muscle concerné et peuvent se situer en même temps que l’on cesse soi-même la
soit sur la face interne de la cuisse, soit au niveau pression pendant 8 à 10 secondes pour per-
du genou ou près de l’aine (fig.14-16). mettre au muscle de se détendre. Au terme
de cette période de repos, on cherche à obte-
nir une nouvelle mise en tension subliminale
Manœuvre myotensive (description des adducteurs en gagnant quelques degrés
et illustration pour le côté droit) supplémentaires avant de recommencer la
même manœuvre, trois à quatre fois de suite
• Position du patient : décubitus dorsal. (fig. 14-17).
• Position du praticien : debout, à la droite
du patient.
Contrôle du résultat
Préparation Il s’effectue simplement en testant com-
parativement le gain obtenu avant et après
Après avoir demandé au patient de s’étendre la manœuvre, voire en observant le côté
sur le côté gauche et de fléchir le membre infé- opposé.
rieur gauche, venir se placer derrière celui-ci,
au niveau des cuisses. Commencer par appli-
quer sa main gauche sur l’aile iliaque droite Sources d’erreurs
du patient pour maintenir fermement le bas- • Absence de fixation du bassin.
sin du patient contre la table. • Mauvais contrôle de la lordose lombaire.
Chapitre 14. Manœuvres myotensives (muscle energy technics) 301

Fig. 14.16.  Projection douloureuse.

Fig. 14.17.  Manipulation.


302 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Muscle droit antérieur (muscle droit du fémur)

Rappels généraux Préparation


Faire étendre le patient sur le ventre, le long
• Trajet : avec le crural (vaste intermédiaire), du bord droit de la table.
les vastes interne et externe (vastes médial et Venir se placer à droite de la table, à la hau-
latéral), il constitue le quadriceps. Il s’étend teur de la cuisse du patient, en position de
de l’os iliaque (coxal) à la rotule (patella), où fente antérieure et en regardant les épaules du
il se termine par un tendon commun avec les sujet à traiter.
trois autres muscles. Demander alors au patient de fléchir la jambe
• Innervation : L2, L3, L4. droite sur la cuisse et saisir cette dernière
• Action : extenseur de la jambe et aussi par de manière à pouvoir placer le pied du sujet
ses insertions hautes fléchisseur de la cuisse. contre son épaule gauche.
• Douleurs projetées possibles : essentielle- Poser à plat sa main droite sur l’aile iliaque
ment au niveau du genou, même si habituel- droite du patient.
lement le point « gâchette » se situe à son
extrémité supérieure.
Exécution (fig. 14-18)
La mise en tension se fait en soulevant douce-
Manœuvre myotensive ment la cuisse droite du patient jusqu’à l’ob-
tention d’un début de résistance.
Position du patient La manœuvre proprement dite consiste à
Décubitus ventral. demander au patient d’appuyer doucement le
pied droit sur son épaule gauche pendant 5 à
Position du praticien 6 secondes, en veillant bien à contrôler la force
Debout, à droite de la table, face à l’extrémité exercée (quelques centaines de grammes), puis
supérieure de celle-ci, les jambes en fente au à cesser cet effort et à conserver cette position
niveau de la cuisse du patient. pendant une dizaine de secondes, pour per-
mettre au muscle de se détendre. Au terme de
ce repos, on cherche à obtenir une nouvelle
Technique illustrée mise en tension du muscle et on recommence
Pour le côté droit. le même protocole plusieurs fois de suite.
Chapitre 14. Manœuvres myotensives (muscle energy technics) 303

Fig. 14.18.  Manœuvre myotensive sur le droit antérieur (en prenant soin de garder la jambe fléchie sur la cuisse).
Chapitre 15
Exercices d’auto-étirement
L’étirement consiste à allonger un muscle progressivement, qu’elle soit importante et
par un effort volontaire. Il existe une grande constante, maintenue sans saccade, et qu’elle
variété de techniques, que le milieu sportif n’entraîne pas de raccourcissement. C’est au
regroupe sous le vocable anglais de « stret- cours de cette période de relâchement qu’in-
ching ». Chacune de ces techniques répond à tervient l’étirement du muscle qui ne sera
des objectifs précis : acquérir une souplesse pas imposé brutalement, mais « attendu »
plus grande, récupérer de l’extensibilité après quelques secondes et installé lentement, sans
traumatisme ou diminuer la viscosité muscu- à-coup et maintenu durant une période qui
laire avant l’effort. Quel que soit le but recher- équivaut au double du temps de contraction.
ché, cette méthode exploite les principes Chez le sportif, il s’agit d’un entraînement
élémentaires de neurophysiologie musculaire. spécifique qui est exécuté en dehors des pha-
Le réflexe myotatique de C.S. Sherrington qui ses de travail technique ou tactique, après l’ef-
protège le muscle d’un étirement trop rapide, fort, ou entre deux séquences d’effort. Hors
le réflexe myotatique inverse, du même auteur, du milieu sportif, l’auto-étirement constitue
qui protège le muscle en diminuant la ten- une arme efficace pour lutter contre l’hy-
sion lorsqu’elle devient trop forte ; le réflexe pertonie musculaire, surtout lorsqu’elle est
d’inhibition musculaire réciproque polysynap- d’origine mécanique.
tique qui assure la coordination entre agonis-
Ces techniques ont peu de contre-indications,
tes et antagonistes, le système extrapyramidal
toutefois, elles sont proscrites en cas de trau-
influençant tous les systèmes précédents.
matismes musculaires récents : déchirures,
En pratique, la contraction isométrique contusions et en cas de tendinopathies aiguës
d’un muscle en tension est suivie d’une et elles n’ont pas d’indication dans les contrac-
phase de relâchement de quelques secon- tures musculaires généralisées accompagnant
des, à condition que la contraction s’installe les états de dystonie neurovégétative.
308 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Auto-étirements du muscle quadriceps femoris


et du muscle iliopsoas

Clinique Relâchement
Quelques secondes durant lesquelles la pres-
L’hypo-extensibilité de ces deux muscles sion du pied sur la main cède sans que ne
génère une hyperlordose lombaire et une varie la position des différents segments.
flexion de hanche.
Étirement
Exercices (fig. 15-1) Redresser lentement le buste et amener le
Position de départ talon, du membre inférieur fléchi, à la fesse
durant 10 à 15 secondes.
Sujet debout en appui monopodal, cuisse
en extension sur le bassin, genou fléchi sur Attention
la cuisse, pied du côté à étirer dans la main Éviter l’hyperlordose lombaire en ver-
homolatérale et remonté vers la fesse, jusqu’à rouillant le bassin et maintenir la cuisse
percevoir une légère tension sur la face fléchie, verticale, durant l’étirement.
antérieure de la cuisse, le tronc légèrement
antéfléchi.

Contraction
Appuyer fortement la face dorsale du pied
dans la main, en poussant vers le sol, durant
6 secondes.
Chapitre 15. Exercices d’auto-étirement 309

Fig. 15.1.  Auto-étirements des muscles antérieurs de la cuisse.


a. Position de départ ; b. Étirement.
310 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Auto-étirements des muscles postérieurs de la cuisse :


biceps femoris, semi-tendinosus et semi-membranosus

Clinique Contraction
Enfoncer fortement le talon de la jambe à éti-
L’hypo-extensibilité de ces trois muscles rer dans le sol durant 6 secondes.
entraîne un flexum du genou, une rétrover-
sion du bassin et une rectitude lombaire, par
redressement de la lordose physiologique. Relâchement
Relâchement de quelques secondes durant
lesquelles il n’y a plus aucune pression sur le
Exercices (fig. 15-2) sol et la position des segments ne varie pas.
Position de départ
Sujet debout, en fente, le pied du côté à éti- Étirement
rer en avant, posé par le talon, pointe rele- Propulser lentement le bassin vers l’arrière,
vée, genou verrouillé en extension. Le buste durant 10 à 15 secondes, pointe du pied avant
penché vers l’avant, les mains sur les hanches, en rotation interne pour étirer le biceps
le poids du corps sur la jambe arrière qui est femoris, et pointe du pied avant en rotation
légèrement fléchie. Les fesses sont dirigées externe pour étirer le semi-tendinosus et le
vers l’arrière et le haut jusqu’à percevoir une semi-membranosus.
tension au niveau de la face postérieure de la Attention
cuisse. Ne pas cyphoser le rachis lombaire.
Chapitre 15. Exercices d’auto-étirement 311

b
Fig. 15.2.  Auto-étirements des muscles postérieurs de la cuisse.
a. Position de départ ; b. Étirement.
312 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Auto-étirements des muscles adducteurs de la cuisse :


adductor longus, adductor brevis, adductor magnus,
gracilis et pectineus

Clinique Relâchement
Relâchement de quelques secondes en annu-
L’hypo-extensibilité de ces muscles entraîne lant la pression du bord interne du pied sur
une limitation de l’abduction de la cuisse et le sol, la position des segments de membres
au maximum, une attitude vicieuse en adduc- ne varie pas.
tion, rotation externe et surélévation de la
hanche.
Étirement
Augmenter progressivement la translation du
Exercices (fig. 15-3) bassin vers la gauche pour un étirement des
Position de départ adducteurs droits durant 10 à 15 secondes.
Sujet debout, genoux en extension, pieds écar- Attention
tés plus large que le bassin et en rotation interne, Bloquer le bassin en antéversion pour pro-
les mains sont posées sur la taille. Effectuer une téger le rachis lombaire et mettre les pieds
translation du bassin vers la gauche, sans bou- en rotation interne pour pré-tendre les
ger les épaules et jusqu’à sentir une tension à la adducteurs.
face interne de la cuisse droite.

Contraction
Appliquer fortement le bord interne du pied,
du côté à étirer, comme pour le ramener vers
l’autre en raclant le sol, durant 6 secondes.
Chapitre 15. Exercices d’auto-étirement 313

Fig. 15.3.  Auto-étirements des muscles adducteurs de la cuisse.


a. Position de départ ; b. Étirement.
314 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Auto-étirements de la chaîne musculaire externe : tensor


fasciae latae, quadratus lumborum, obliquus externus
abdominis et latissimus dorsi

Clinique Contraction
Tenter de redresser le buste en luttant contre
Il s’agit d’une chaîne musculaire importante la main qui tracte au zénith et en ramenant la
concernée dans toutes les situations de souf- jambe arrière vers l’axe, en raclant le sol avec
frances segmentaires vertébrales dorsales ou le bord externe du pied, sans résultat. Cette
lombaires. Son hypo-extensibilité affecte la contraction dure 6 secondes.
mobilité du rachis essentiellement en flexion
latérale, mais également en rotation et en
flexion globale. Relâchement
Relâchement durant quelques secondes
et sans varier la position des segments de
Exercices (fig. 15-4) membres.
Position de départ
Sujet debout, membre inférieur, du côté à Étirements
étirer, croisant la jambe d’appui par l’arrière, Maintenir la translation du bassin, augmen-
le pied posé au sol par son bord externe, ter l’inclinaison en accentuant la traction vers
membre supérieur, du côté à étirer, tracté au le zénith, terminer l’étirement en effectuant
zénith par la main libre. Incliner le buste et une rotation comme pour regarder le pied
translater légèrement le bassin, jusqu’à perce- du côté à étirer et tenir cette position 10 à
voir une tension dans l’hémi-corps à étirer. 15 secondes.
Attention
Ne jamais relâcher la traction vers le haut
durant tout l’exercice.
Chapitre 15. Exercices d’auto-étirement 315

a b

Fig. 15.4.  Auto-étirements de la chaîne musculaire externe.


a. Position de départ ; b. Étirement.
316 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Auto-étirements de la musculature nucale et dorsale


supérieure : M. erectores spinae, nuchae profundii,
splenius capitis et cervicis, transversospinalis

Clinique Relâchement
Faire céder la pression postérieure, sans modi-
La contracture de ces muscles entraîne une fier la position des différents segments.
diminution de la flexion et de la rotation du
cou ainsi que de fréquentes céphalées occipi-
tales et des cervicalgies. Étirements
Amener le cou en antéflexion sur le sternum,
progressivement, en tirant la tête vers l’avant,
Exercices (fig. 15-5) jusqu’à percevoir une tension importante
Position de départ entre les omoplates et tenir la nouvelle posi-
tion durant 10 à 15 secondes.
Sujet en décubitus dorsal, genoux fléchis, les
mains jointes derrière la nuque, amener le Attention
cou en flexion antérieure, jusqu’à sentir une Ne pas positionner les mains jointes sur le
tension cervicale et dorsale supérieure. sommet du crâne afin de ne pas contrain-
dre, en flexion forcée, la charnière cervico-
Contraction occipitale.
Redresser le rachis cervical en pressant
fortement sur les mains jointes pendant
6 secondes.
Chapitre 15. Exercices d’auto-étirement 317

Fig. 15.5.  Auto-étirements de la musculature nucale et dorsale supérieure.


a. Position de départ ; b. Étirement.
Chapitre 16
Prévention des rechutes
La prévention des rechutes est utile chez Les blocages vertébraux récidivants d’origine
les multirécidivistes d’accidents de blocages musculaire bénéficient en plus d’une nutri-
vertébraux. thérapie riche en oligo-éléments, calcium et
On doit considérer divers types de préventions magnésium.
selon que le blocage est d’origine arthrogène, Les douleurs psychogènes font appel à la
myogène ou psychogène. relaxation dynamique, parfois aux anti-
Les malades faisant des blocages vertébraux dépresseurs qui sont toujours accompagnés
articulaires récidivants doivent éviter certai- d’une psychothérapie active.
nes postures mauvaises, certains gestes pro-
fessionnels ou non et que l’on évoque aux
différents étages du rachis.
320 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Prévention au niveau du rachis cervical

Postures Efforts des bras


On évite en position assise l’endormissement Le port de sacs lourdement chargés de façon
dans n’importe quelle position du cou. Nous asymétrique déclenche des douleurs cervica-
conseillons à nos malades un collier cervical les. Mieux vaut répartir les charges de façon
gonflable que l’on trouve à la boutique des égale entre les deux bras. Le sac à dos qui est
avions long courrier. à la mode chez les femmes actuellement est
En décubitus dorsal, le polochon dur est à une excellente chose, car il répartit équita-
déconseiller, car il met le cou en hyperflexion blement les charges entre les deux épaules.
et peut provoquer des lésions cervicales et des Hélas, certaines personnes veulent se dis-
contrac­tures musculaires (fig. 16-1). Nous tinguer et ne le portent que sur une seule
conseillons un oreiller anatomique que l’on épaule !
trouve dans les boutiques spécialisées.
En procubitus, aucune position n’est bonne et
nous déconseillons cette position au patient Mouvements brusques
(fig.  16-2). On peut l’éviter en demandant non contrôlés
au patient d’attacher sa manche de pyjama en
avant avec une épingle à nourrice. Dans ces Des mouvements brusques non contrôlés
conditions, le malade ne peut plus dormir sur peuvent être nocifs. Il vaut mieux les éviter.
le ventre. Il en est ainsi de la femme qui, d’un mouve-
Lire au lit est peu conseillé, à moins que l’on ment brusque du rachis cervical, repousse ses
ne se garnisse le dos de nombreux oreillers. longs cheveux d’avant en arrière. De même,
Le travail en position assise peut être facilité par pour prévenir les décélérations brusques, les
l’utilisation d’une écritoire sur la table de travail ou constructeurs d’automobiles ont bien voulu
de lecture, ou par le port d’un coussin sous les prévenir les lésions cervicales type « coup du
fesses. lapin » par un appui tête.

Efforts de la tête et du cou Le froid


Nous avons observé deux cas de hernies dis- Enfin, le froid est un important facteur de
cales cervicales après la position du lotus au récidive. Les bouches d’aération réfrigérées
yoga et nous déconseillons ces exercices. De situées au plafond, au bureau, sont souvent
même, le « roulé-boulé » au judo, s’il est raté, la cause de cervicalgie aiguë chez les person-
peut entraîner des lésions cervicales. nes qui travaillent en dessous de celles-ci.
En conséquence, la flexion forcée est contre- De même, en automobile, il est préférable
indiquée et les exercices de gymnastique se d’ouvrir le carreau de la vitre avant opposée
font plutôt en extension du rachis cervical. au siège du conducteur.
Chapitre 16. Prévention des rechutes 321

Fig. 16.1. 

Fig. 16.2. 
322 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Prévention au niveau du rachis dorsal (thoracique)

Positions prolongées rotation latérale pour saisir un objet resté sur


la banquette arrière de la voiture. Le dossier
Sont à contre-indiquer dans la position assise, du siège avant de la voiture maintient en effet
le dos rond, ou semi-assise au lit. En position le rachis lombaire bas en position neutre, tan-
assise à une table, il est conseillé de poser une dis que le segment dorsal tourne en général
écritoire sur la table de travail (fig. 16-3). en rotation droite pour le siège avant d’un
Au lit, on peut se garnir le dos de nombreux conducteur dont la voiture a une conduite à
oreillers. De même, est déconseillée la pos- gauche.
ture qui consiste, couché sur le ventre, à Les gestes sportifs à l’engagement au tennis
regarder un livre ou la télévision en se tenant, et au golf sont mauvais pour cette charnière
appuyé sur les coudes, la tête entre les mains thoracolombaire et sont à proscrire.
(fig. 16-4). Toutefois, au tennis, on peut protéger celle-ci
en hyperfléchissant les genoux et en projetant
Efforts le tronc en arrière.

Le plus courant est le blocage du segment


thoracolombaire par un mouvement de
Chapitre 16. Prévention des rechutes 323

Fig. 16.3. 

Fig. 16.4. 
324 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Prévention au niveau du rachis lombaire

C’est le chapitre qui a suscité le plus de tra- Il est conseillé d’avoir des fauteuils durs avec
vaux et de recommandations. des accoudoirs. Il existe dans le commerce un
dosseret que l’on peut transporter avec soi au
théâtre ou au concert. On le trouve à la bou-
Positions prolongées tique du dos.
Ces positions, qu’elles soient en flexion ou en
extension, ne sont pas bonnes. On conseille la Position debout
position intermédiaire.
La position en procubitus de même est nocive, Pour éviter la position en cyphose, penché
car elle met le rachis lombaire en hyperexten- en avant, il suffit de mettre les objets à une
sion. bonne hauteur sur la table, à mettre les lava-
bos, les placards, la planche à repasser, la
table à manger à bonne hauteur. Il existe un
Position assise moyen de soulager la douleur, c’est l’exercice
Elle a été bien étudiée et l’on trouve dans le en fente, comme à l’escrime. Cette position
commerce des sièges adaptés pour le travail permet d’élargir le polygone de sustentation
des dactylographes. Les principes sont les sui- et de se mettre en position d’avant en arrière
vants : et non plus en position frontale. Dans ce cas,
• le siège doit être adaptable à la hauteur de le rachis lombaire reste toujours en position
la table ; intermédiaire.
• par ailleurs, il faut un intervalle de 20 cm Une autre possibilité est de fléchir légèrement
entre l’assise de la chaise et le dossier pour les genoux, de serrer les fessiers et de rentrer
que les fessiers viennent s’y loger. Dans ces le ventre. La colonne se met en cyphose et
conditions, le rachis lombaire s’appuie au dos- corrige l’hyperlordose qui donne plus tard
sier qui doit être lui-même réglable à hauteur des arthroses postérieures. De même, l’appui
variable en fonction de la taille de l’individu. contre un mur ou un pilier, soulage le rachis
lombaire douloureux.
Position de la discussion
Il est préférable de s’asseoir à fond dans le
fauteuil et de décoller les pieds du sol, les
jambes croisées (fig. 16-5).
Chapitre 16. Prévention des rechutes 325

Fig. 16.5. 
326 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Prévention au niveau du rachis lombaire (suite)

Position couchée La position du corps est la suivante : le tronc


est vertical, jambes écartées, genoux et han-
Il est conseillé d’avoir une bonne literie ches fléchies. La position de l’objet doit se
récente avec un matelas suffisamment ferme, rapprocher le plus possible de l’abdomen du
de préférence à ressorts qui s’aère plus facile- travailleur. Porter un objet à bout de bras
ment qu’un matelas en caoutchouc qui garde augmente considérablement le bras de levier.
l’humidité de la sueur nocturne. Sachez que 100 kg portés à bout de bras font
Le sommier, lui aussi, doit être ferme, de pré- peser une pression de 1000 kg au cm2 sur le
férence, à lattes. Certains constructeurs ont disque intervertébral et proche de la pression
même poussé le luxe jusqu’à l’articuler pour de rupture de celui-ci qui est de 1200 kg au
qu’il épouse la forme du corps en décubi- cm2. Le déroulement de la manœuvre doit se
tus latéral. La position droite ou gauche est faire avec les muscles fessiers, des cuisses des
conseillée en fonction de la règle de la non- jambes. En aucun cas, il ne faut utiliser son
douleur et correspond donc à la position de dos comme une grue. Enfin, l’objet doit être
manipulation (fig. 16-6). porté au plus près du corps (fig. 16-7).
Ainsi, dans un coffre arrière d’une automo-
Efforts au travail bile, on doit poser les objets lourds le plus
près possible de la serrure. En effet, le fait
En position debout, à l’atelier, il est recom- d’aller chercher la valise au fond du coffre
mandé au travailleur droitier de se mettre en pour la ramener en arrière pour la sortir de
fente par rapport à son établi, pour cela, de la voiture est une cause fréquente de récidive
poser son pied gauche sur une petite caisse de lombalgie.
en bois dans le but d’élargir le polygone de
sustentation. Il faut inverser la position pour
un gaucher. Il en va de même pour la ména- Pour se coucher et se relever
gère, travaillant à l’évier ou à la cuisinière, d’un lit
nous lui conseillons une petite caisse en bois
sous le pied gauche qui lui permet de soula- Nous demandons au patient de s’asseoir sur
ger son dos. le bord du lit, par exemple, du côté gauche,
Soulever une charge est un réel problème, car de basculer les épaules sur le côté gauche en
comme vous le savez, c’est lors d’un exercice se retenant par le coude du membre supé-
de la flexion en extension du tronc que la her- rieur gauche et de se saisir du genou droit
nie discale migre vers l’arrière ou se reproduit pour fléchir la hanche droite et ainsi entraî-
lorsqu’elle a été réduite manuellement. ner le membre inférieur gauche sur le lit (fig.
Le port d’une charge a été bien étudié par les 16-8).
écoles de manutention des grandes entrepri- C’est d’ailleurs la méthode que nous utilisons
ses, en particulier la SNCF. Plusieurs princi- pour positionner le patient sur la table de
pes ont été relevés, sur la position générale du manipulation.
corps, sur la position de l’objet par rapport au
travailleur, sur le déroulement et le redresse-
ment du travailleur chargé.
Chapitre 16. Prévention des rechutes 327

Fig. 16.6. 

Fig. 16.7. 

Fig. 16.8. 
328 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Nutrithérapie

Nous nous sommes aperçus, dans l’ancien rééquilibrer un grand nombre de nos patients
local du service de rééducation de l’Hôtel- et d’éviter ainsi les récidives au printemps et
Dieu qui était surchauffé, que nos malades à l’automne.
faisaient souvent des crises de tétanie lors de D’ailleurs, les pouvoirs publics qui s’en sont
l’épreuve d’hyperpnée due à l’effort physique aperçus viennent d’autoriser la commerciali-
provoqué par des exercices de gymnastique sation de laits enrichis en vitamine D3.
qu’ils exécutaient dans le service. L’usage abusif des engrais forts à type de
De plus, il y avait une forte proportion de nitrates dans les pâtures est aussi à l’origine de
malades qui récidivaient au printemps et à crises de tétanie dans la race bovine et surtout
l’automne comme il est habituel dans cette chez les veaux à la naissance.
affection. Dans leurs livres, sur les douleurs musculaires,
De nombreux sondages par prise de sang Janet Travell et David Simons, au chapitre
dosant le calcium et le magnésium nous ont sur la prévention des récidives des douleurs
montré une baisse significative du taux de musculaires, notent que la prise de certains
ceux-ci dans le sérum et la cellule. De plus, les médicaments, tels que les tuberculostati-
dosages urinaires portant sur les vingt-quatre ques, les anticonvulsivants et les traitements
heures montraient une fuite importante du hormonaux substitutifs ou contraceptifs fait
calcium urinaire dans 30 % des cas. baisser le calcium et le magnésium urinaire et
Un régime établi par le Professeur D. Hioco, cellulaire.
riche en laitages et en fromages, associé à C’est la raison pour laquelle dans le régime
la prise de phosphore qui empêche la fuite du Professeur D. Hioco, nous associons une
urinaire des calciums et à de fortes doses de prise nocturne de magnésium et vitamine B6
vitamine 25OHD3 qui favorisent l’absorp- avec la prise de la pilule contraceptive.
tion intestinale du calcium, nous a permis de
Chapitre 17
Fiches pratiques
Les fiches suivantes peuvent être remises par • fiche pratique nº 5 : postures protégeant le
vos soins aux patients souffrant de lombalgie rachis cervical en position assise ;
ou de cervicalgie chronique due à de mauvai- • fiche pratique nº 6 : exercice 1 pour le
ses positions : rachis lombaire ;
• fiche pratique nº 1 : prévention des mau- • fiche pratique nº 7 : exercice 2 pour le
vaises postures en position debout ; rachis lombaire ;
• fiche pratique nº 2 : prévention des mau- • fiche pratique nº 8 : exercice 3 pour le
vaises postures en position allongée ; rachis lombaire ;
• fiche pratique nº 3 : prévention des mau- • fiche pratique nº 9 : exercice 4 pour le
vaises postures en position assise ; rachis lombaire.
• fiche pratique nº 4 : prévention des mau-
vaises postures en travaillant debout ;
330 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Fiche pratique no 1
Prévention des mauvaises postures en position debout

La figure 17-1 n’est pas correcte. En effet, La figure 17.3 illustre le fait que de se met-
elle exagère la courbure lombaire en lordose tre en fente avant comme à l’escrime élargit
et peut entraîner une usure accrue des articu- le polygone de sustentation et efface cette
lations postérieures de la colonne vertébrale accentuation de la courbure lombaire.
lombaire basse.
La figure 17.2 montre que le port de chaus-
sures à talons hauts exagère encore cette cam-
brure lombaire.

Fig. 17.1.  Mauvaise posture. Fig. 17.2.  Mauvaise posture. Fig. 17.3.  Bonne posture.
Chapitre 17. Fiches pratiques 331

Fiche pratique no 2
Prévention des mauvaises postures en position allongée

Dormir sur l’abdomen augmente la cambrure On peut dormir aussi sur le dos, mais les
lombaire et tord le cou et doit donc être évité genoux demi-fléchis en plaçant un traversin
(fig. 17-4). sous ceux-ci (fig. 17-6).
Il est préférable de dormir couché sur le côté,
les jambes fléchies, la tête supportée par un
oreiller anatomique (fig. 17-5).

Fig. 17.4.  Mauvaise posture.

Fig. 17.5.  Bonne posture.

Fig. 17.6.  Bonne posture.


332 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Fiche pratique no 3
Prévention des mauvaises postures en position assise

S’asseoir sur une chaise qui est trop élevée ensuite, on peut poser les pieds sur un petit
augmente la cambrure lombaire (fig. 17-7). tabouret de salon (fig. 17-8) ;
Des méthodes variées permettent de réduire enfin, on peut utiliser un fauteuil avec accou-
cette cambrure exagérée et, par là, de préve- doirs et un petit tabouret, ce qui est le com-
nir le mal de dos : ble du confort.
d’abord, on peut croiser les jambes en posi-
tion assise ;

Fig. 17.7.  Mauvaise posture. Fig. 17.8.  Bonne posture.


Chapitre 17. Fiches pratiques 333

Fiche pratique no 4
Prévention des mauvaises postures en travaillant debout

Fig. 17.9.  Mauvaise posture. Fig. 17.10.  Bonne posture.

Fig. 17.11.  Mauvaise posture. Fig. 17.12.  Bonne posture.


334 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Fiche pratique no 5
Postures protégeant le rachis cervical en position assise

Travailler le cou et la tête projetés en avant De même, il vaut bien mieux éviter les mau-
avec le menton relevé vers le haut peut provo- vaises postures avec le cou cassé en avant qui
quer des maux de tête et des sensations verti- entraîne céphalée et cervicalgie.
gineuses (fig. 17-13).
Il faut donc éviter ces postures et mettre une
écritoire sur son plan de travail qui doit être
mis au bon niveau des bras (fig. 17-14).

Fig. 17.13.  Mauvaise posture.

Fig. 17.14.  Bonne posture.


Chapitre 17. Fiches pratiques 335

Fiche pratique no 6
Exercice 1 pour le rachis lombaire

Directives à donner au patient

Exercice ……..……..……..……..……..……..……..….. fois par jour


Débuter avec les exercices : ……………………………………………………………………………...
Ajouter les exercices : ………………….………………….………………….………………….………
Durée : ……….……….……….……….……….………. fois par semaine (ou comme vous les supportez)

Position de départ
Cette position de départ vaut pour tous les exercices.
Les genoux et les hanches sont fléchis. Les lombes reposent bien à plat sur la table. Le cou est
supporté par un petit oreiller plat (fig. 17-15).
Tous les exercices doivent être pratiqués de façon lente.

Fig. 17.15.  Position de départ.

Exercice 1 (fig. 17-16)


• Prenez une inspiration profonde soulevant la poitrine aussi profondément que possible.
• Expirez lentement en vidant l’air de la poitrine par la bouche ouverte.
• Garder le cou et les lombes bien plats.
• Répéter cinq ou six fois cet exercice respiratoire.

Fig. 17.16.  Exercice respiratoire.


336 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Fiche pratique no 7
Exercice 2 pour le rachis lombaire

Directives à donner au patient

Exercice ……..……..……..……..……..……..……..…….. fois par jour


Débuter avec les exercices : …………………..……..……..……..……..……..……..……..……..……..…
Ajouter les exercices : ………………….……..……..……..……..……..……..……..……..……..……..…
Durée : ……….……..……..……..……..……..……..…….. fois par semaine (ou comme vous les supportez)

Position de départ
Cette position de départ vaut pour tous les exercices.
Les genoux et les hanches sont fléchis. Les lombes reposent bien à plat sur la table. Le cou est
supporté par un petit oreiller plat (fig. 17-17).
Tous les exercices doivent être pratiqués de façon lente.

Fig. 17.17.  Position de départ.

Exercice 2 (fig. 17-18)


• Fléchissez les deux genoux en direction de la poitrine.
• S’aider des deux mains en serrant le genou gauche.
• Expirez l’air de la poitrine puis retournez les jambes à la position initiale.
• Puis refaites la même manœuvre en fléchissant le genou droit.
• Revenir ensuite à la position initiale.
• Répétez cet exercice une quinzaine de fois pour chaque jambe.

Fig. 17.18.  Exercice de flexion des jambes.


Chapitre 17. Fiches pratiques 337

Fiche pratique no 8
Exercice 3 pour le rachis lombaire

Directives à donner au patient

Exercice ……..……..……..……..……..……..……..…….. fois par jour


Débuter avec les exercices : …………………..……..……..……..……..……..……..……..……..……..…
Ajouter les exercices : ………………….……..……..……..……..……..……..……..……..……..……..…
Durée : ……….……..……..……..……..……..……..…….. fois par semaine (ou comme vous les supportez)

Position de départ
Cette position de départ vaut pour tous les exercices.
Les genoux et les hanches sont fléchis. Les lombes reposent bien à plat sur la table. Le cou est
supporté par un petit oreiller plat (fig. 17-19).
Tous les exercices doivent être pratiqués de façon lente.

Fig. 17.19.  Position de départ.

Exercice 3
• Fléchissez le genou sur la poitrine (fig. 17-20).
• Ensuite étendez la jambe tendue au zénith (fig. 17-21).
• Puis retournez à la position initiale (fig. 17-19).
• Alterner les mouvements avec la jambe opposée en répétant le cycle une dizaine de fois.

Fig. 17.20.  Temps 1 : flexion de la jambe. Fig. 17.21.  Temps 2 : extension de la jambe.
338 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

Fiche pratique no 9
Exercice 4 pour le rachis lombaire

Directives à donner au patient

Exercice ……..……..……..……..……..……..……..…….. fois par jour


Débuter avec les exercices : …………………..……..……..……..……..……..……..……..……..……..…
Durée : …………………..……..……..……..……..…….... fois par semaine (ou comme vous les supportez

Position de départ
Cette position de départ vaut pour tous les exercices.
Les genoux et les hanches sont fléchis. Les lombes reposent bien à plat sur la table. Le cou est
supporté par un petit oreiller plat (cf. fig. 17-19).
Tous les exercices doivent être pratiqués de façon lente.

Exercice 4
Ne faire cet exercice qu’après avoir pratiqué les précédents pendant 4 semaines lorsque l’on
relève d’un problème discal.
• Conduisez les deux genoux vers la poitrine (fig. 17-22).
• Puis élevez les deux jambes au zénith (fig. 17-23).
• Retournez à la position initiale.
• Cet exercice peut être recommencé une dizaine de fois.

Fig. 17.22. Temps 1 : flexion des jambes. Fig. 17.23. Temps 2 : extension des jambes.

Variantes et remarques
On peut augmenter la difficulté des exercices en se mettant sur les coudes puis les mains tendues
en avant.
On peut faire travailler les muscles droits de l’abdomen en position quadrupédique et en rentrant
le ventre et expirant.
Mais on ne fait pas travailler les obliques pour éviter les rechutes.
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Index

A –– d’ordre clinique, 65
Accidents, 67 –– d’ordre psychique, 66
Apophyse odontoïde, 106 –– d’ordre technique, 65
Arsenal thérapeutique ostéopathique –– de l’ostéopathie, 53
traditionnel, 15 Côtes
Articulation –– fausses côtes (manipulation), 196, 198
–– acromioclaviculaire (manipulation), 220 –– première côte (manipulation), 194
–– – périphérique, 207 Coude, 226
–– radiocubitale supérieure (manipulation), 232 –– mobilisation en valgus, 226
–– sacro-iliaque, 171, 172, 176, 178, 180, 182,
184, 186, 188, 190 D
–– – biomécanique, 176, 178 Détente, manœuvre de, 140
–– – – mobilité sacro-iliaque, 176 Détente musculaire, 108
–– – blocages, 180 –– au niveau du cou, 108
–– – – signes cliniques, 180 –– – étirements longitudinaux, 108
–– – – signes d’appel, 180 –– – étirements transversaux, 108
–– – manipulations, 182, 184, 186, 188, 190 –– – techniques myotensives, 108
–– – – en cas de blocage iliaque antérieur, Détente neuro-musculo-squelettique
188, 190 intégrée, 38
–– – – en cas de blocage iliaque postérieur, Doigts, 236
182, 184, 186 –– manipulation, 236
–– – rappel anatomique, 172 –– mobilisation, 236
–– sous-astragalienne (mobilisation), 256 Dorsagos aigus, 58
–– sternoclaviculaire, 218 Dorsalgies, 58
–– sternoclaviculaire (manipulation), 218 –– d’origine cervicale, 58
–– tibiopéronière supérieure (manipulations), –– d’origine dorsale, 58
252, 254 –– d’origine musculaire, 58
–– interscapulaires, 76
B Douleurs
Bruit manipulatif, 22 –– articulaires périphériques, 62
–– mécanisme, 22 –– pseudo-viscérales, 62
–– signification, 22
E
C Épaule (manipulation), 216
Céphalées, 56 Étirements, 18
Cervicalgies, 56 Exercices d’auto-étirement, 305
Chaîne musculaire externe, 315
Charnière cervicodorsale, 128–134 F
Coccyx (manipulation du), 204 Functional technics, 30
Conseils aux patients, 307–329
Complexe lombopelvien (manipulation du), 200 G
Contre-indications, 64, 65, 66 Glissé profond, 18
344 Atlas pratique de médecine manuelle ostéopathique

I –– action réflexe, 46
Indications de l’ostéopathie, 53 –– – sur le plan musculaire, 46
Information du patient, 67 –– – sur le plan tendineux, 46
Integrated neuromusculoskeletal release –– action sur la douleur, 50
–– Voir Détente neuro-musculo-squelettique Menton pivot, 132, 134
intégrée, 38 Mobilisation(s)
–– cervicales sous traction, 118
J –– de la charnière cervicodorsale, 126
Johnston, travaux de, 30 –– de la charnière cervico-occipitale, 110
Jones Lawrence, travaux de, 32 –– de l’épaule, 216
Junghanns (segment mobile –– du rachis cervical moyen et inférieur, 116
vertébrale de), 94 –– – en extension, 116
–– – en flexion, 116
L –– du rachis dorsal et lombaire, 144
Lumbagos aigus, 60 –– – en extension, 144
Lombalgies, 60 –– du rachis lombaire, 142, 146
–– d’origine dorsolombaire, 60 –– – en flexion, 142
–– d’origine lombosacrée, 60 –– – en latéroflexion, 146
–– omothoracique, 214
M Muscle(s)
Manifestations neurovégétatives, 62 –– adducteurs de la cuisse, 300
Manipulation –– angulaire de l’omoplate, 278
–– atloïdo-axoïdienne, 114 –– – manœuvre myotensive, 278
–– charnière cervicodorsale, 128, 130, 132, 134 –– carré des lombes, 288
–– codification, 20 –– – manœuvre myotensive, 288
–– médiotarsienne, 262 –– ischiojambiers, 296
–– occipito-atloïdienne, 112 –– – manœuvre myotensive, 296
–– rachis cervical, 122 –– moyen et petit fessiers, 292
–– rachis cervical moyen et inférieur, 120, 124 –– – manœuvre myotensive, 292
–– rachis dorsal et lombaire, 148, 150, 152, 154, –– psoas iliaque, 284, 286
156, 158 –– – manœuvre myotensive, 284
–– – à cheval, 148 –– pyramidal, 294
–– – décubitus dorsal, bras croisés, 156 –– – manœuvre myotensive, 294
–– – deux genoux, 152 –– quadriceps, 308
–– – directes, 158 –– scalènes, 276
–– – épigastrique, 154 –– – manœuvre myotensive, 276
–– – un genou, 150 –– sous-occipitaux, 272
–– rachis lombaire –– – manœuvre myotensive, 272
–– – en cyphose, 160, 162 –– sternocléidomastoïdien, 274
–– – en lordose, 164 –– – manœuvre myotensive, 274
–– vertébrale Musculature nucale et dorsale
–– – accidents neuro-orthopédiques, 68 supérieure, 317
–– – accidents vasculaires, 67 Myotensives (muscle energy technics)
–– – réactions, incidents, 67 (manœuvres), 269, 270
Manœuvres –– moyens thérapeutiques disponibles, 270
–– annexes périrachidiennes, 193 –– – étirements, 270
–– de détente –– – massage, 270
–– – des muscles dorsaux et lombaires, 140 –– – postures maintenues, 270
–– méniscales, 248, 250 –– – pressions maintenues, 270
Mécanismes d’action, 43, 44, 46, 50 –– – techniques myotensives, 270
–– action mécanique, 44 –– souffrance musculaire
–– action psychosomatique, 50 et ses pièges, 269
Index 345

N Règle de la non-douleur, 69
Névralgies mécaniques, 62 –– principe, 69
Nutrithérapie, 326 –– utilisation pratique, 71
–– – céphalée, 72
O –– – cervicalgie, 74
Occipito-atloïdienne (manipulation), 112 –– – dorsalgie, 76
Omothoracique (manipulation), 214 –– – lumbago, 78
Orteils (mobilisation ou manipulation), 266 –– – sciatique, 78
Ostéopathie, 3, 12 Risque manipulatif, 69
–– philosophie ostéopathique, 12 –– précautions, 69
–– pressions maintenues, 18, 34
P –– prévention
Palper-rouler, 96 –– – au niveau cervical, 318
Poignet (mobilisation ou manipulation), 232 –– – au niveau dorsal, 320
Point gâchette musculaire (trigger point), 269 –– – au niveau lombaire, 322
Pouce (manipulation), 234
S
R Sacro-iliaques (examen), 174
Rachis Scaphoïde (manipulation), 234
–– cervical, 105, 106 Sciatique, 78
–– – et charnière cervicodorsale, 105 Segment mobile vertébral, 94
–– – et manipulations vertébrales, 106 –– implications en pathologie vertébrale, 94
–– dorsal et rachis lombaire, 137, 150, 152, 154, Sir James Paget, 207
156, 158 Souffrance segmentaire vertébrale, 96, 98,
–– – à cheval, 148 100, 102
–– – décubitus dorsal, bras croisés, 156 –– manifestations à distance, 102
–– – deux genoux, 152 –– mise en évidence, 96
–– – directes, 158 –– signes locaux, 98, 100
–– – épigastrique, 154 –– – analyse dynamique des mouvements, 98
–– – un genou, 150 –– – recherche d’une douleur locale, 100
–– dorsolombaire, 138 Sternoclaviculaire (manipulation), 218
–– – manipulations vertébrales, 138 Strain and counterstrain, 32
–– – – au niveau dorsal, 138 Sustained pressures
–– – – au niveau lombaire, 138 –– Voir Pressions maintenues, 34
–– du rachis lombaire, 160, 164 Symphyse pubienne, 202, 202
–– – en cyphose, 160 –– (manipulation), 202
–– – en lordose, 164 Système vertébrobasilaire, 106
–– physiopathologie vertébrale, 86, 88, 89
–– – contraintes subies, 86 T
–– – détérioration des structures vertébrales, 88 Techniques fonctionnelles, 30
–– – innervation vertébrale, 89 Test de posture cervical, 70
–– – répercussions cliniques, 88 Tissus mous, 16, 18
–– rappel anatomique, 83, 84, 85 –– manœuvres cutanées, 16
–– – mobilité vertébrale, 84 –– manœuvres musculaires, 18
–– – protection du système nerveux, 85 –– techniques à visée tendineuse, 18
–– – solidité vertébrale, 83 Traitement général ostéopathique (TGO), 28

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