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Hume : Enquête sur l’entendement humain

Analyse de la deuxième section intitulée :


ORIGINE DES IDÉES

Plan de la section
I- Les perceptions de l’esprit se divisent en deux classes : les impressions et l
es idées. {Chacun accordera (p63)→je viens de citer (p64)}
II- Le pouvoir créateur de l’esprit est limité par ce que procure l’expérience.
a- La pensée humaine semble illimitée. {Rien à première (p64)→ une absolue contradiction(
p65)}
b- La pensée humaine est en réalité bornée par la sensibilité. {Mais bien que(p65)→percept
ons plus vives(p65)}
III- Les deux arguments qui prouvent cette thèse.
a- Il est absolument impossible aux idées de naître indépendamment des impressions qui
leur correspondent. {Pour le prouver(p65)→ qui y correspond(p66)}
b- Chaque individu privé de l’un de ses sens ne peut jamais formuler les sensations
qui le correspondent. {Deuxièmement s’il arrive (p66)→notre maxime générale (p67)}
IV- Avantages de l’empirisme {Voici donc une proposition (p67)→la fin de la section
(p68).
Analyse de la section
I- les perceptions de l’esprit se divisent en deux classes : les impressions
et les idées
Le fondement de la vie mentale pour Hume c’est l’expérience. C’est à partir de l’expérience
e se forment les impressions et à partir des impressions que se forment les idées.
Idées
- souvenirs (mémoire)
- idées imaginaires (imagination)

Impressions
- externes
- internes

Expérience
Impressions + idées → les perceptions de l’esprit
* Comment Hume définit ces deux termes ? Et quel est le critère de la distinction ?
Premièrement les idées viennent chronologiquement après les impressions, deuxièmement el
les sont qualitativement moins fortes, moins vives que les premières.
Parce que les impressions sont issues de l’expérience, elles sont vives. En revanc
he, les idées sont ternes parce qu’elles sont des perceptions dérivées des impressions.
Hume dit à la page 64 «Par le terme impression, j’entends donc toutes nos plus vives p
erceptions quand nous entendons, voyons, touchons, aimons, haïssons, désirons ou vou
lons », et il dit plus haut à propos des perceptions « les moins fortes et moins vive
s sont communément nommées pensées ou idées ». La définition de l’impression dans le « Trai
a nature humaine » est la suivante « les perceptions qui entrent avec le plus de for
ce et de violence, nous pouvons les nommer impressions, et sous ce terme, je com
prends toutes nos sensations, passions et émotions. Telles qu’elles font leur première
apparition dans l’âme ». Et à propos de l’idée, il dit dans le même livre « par idées, j’e
s images affaiblies des impressions dans la pensée et le raisonnement. Telles sont
, par exemple toutes les perceptions excitées par le présent discours à l’exception seul
ement de celles qui proviennent de la vue et du toucher, et à l’exception du plaisir
immédiat ou du désagrément qu’il peut occasionner ». Cela signifie que toutes les fois q
ue nous éloignons du réel, nous irons vers l’obscurité. On peut dire que Hume, s’oppose to
talement à Platon pour qui l’idée reste l’origine et le modèle de la clarté. Avec Hume l’id
dégrade, elle n’est plus l’origine. Elle est dérivée et en plus elle est terne. Hume util
ise le mot « inférieure » pour caractériser cette dégradation. Il dit à la page 63 « la pen
a plus vive est encore inférieure à la sensation la plus terne ». Il est clair que Hum
e suggère ici la notion de valeur.
Deux remarques concernant la notion d’impression :
* La première remarque : La notion d’impression n’est pas adéquate avec la notion de sen
sation. Pour Hume les impressions englobent les sensations et les dépassent. Elle
est aussi une activité psychique comme le sentiment d’amour, de haine, de colère …à condit
ion que ces sentiments soient issus de l’expérience sinon ils seront des idées. Voyon
s un exemple : les beaux paysages peuvent nous procurer le sentiment de la beau
té. La faim peut nous procurer le sentiment de la douleur. Ces sentiments sont des
impressions et ils ne sont pas des idées. Donc Hume entend le mot « impression » dans
un sens large : elle désigne pour lui : sensation, passion, émotions, sentiments...
* La deuxième remarque : La notion d’impression n’est pas regardée seulement en tant que
fondement de l’idée. Hume parle d’un autre genre d’impression. Il les appelle « les impre
ssions de réflexions » qui sont dérivées des idées. Il dit dans le »Traité de la nature hum
e » (1er livre,1ere partie,1ere section) « une impression frappe d’abord nos sens et n
ous fait percevoir du chaud ou du froid, le soif ou la faim, le plaisir ou la do
uleur, d’un genre ou d’un autre. De cette impression, l’esprit fait une copie qui rest
e après la disparition de l’impression ; c’est ce que nous appelons une idée. Cette idée
de plaisir ou de douleur, quand elle revient dans l’âme, produit de nouvelles impres
sions de désir ou d’aversion , d’ espérance et de crainte, qu’on peut proprement appeler i
mpressions de réflexion, parce qu’elles en dérivent ». Donc nous pouvons dire que les im
pressions de réflexion sont au fond des idées mais des idées dérivées d’autres idées dérivé
Remarque concernant la notion d’idée :
L’étude de l’idée évoque le problème suivant : d’une part nous regardons l’idée comme un pr
ropre à l’entendement et d’autre part comme dérivée des impressions qui sont elles mêmes is
ues de l’expérience, donc du réel. Cette situation de l’idée pose le problème du rapport de
l’entendement au réel.
* Est-ce que les opérations de la pensée, se règlent-elles sur le réel ? Comment foncti
onne l’entendement ?
II- Le pouvoir créateur de l’esprit est limité par ce que procure l’expérience.
a- La pensée humaine semble illimitée.
Hume dit à la page 64 « Rien, à première vue ne peut paraître plus libre que la pensée hum
ine, qui non seulement échappe à toute autorité et à tout pouvoir humain, mais qui ne co
ntiennent même pas les limites de la nature et la réalité ». Ici la pensée de l’homme à sav
l’activité mentale de l’esprit du sujet, se trouve d’emblée analysée et mise en cause. Car
l’organisation et les liaisons des sensations impliquent l’idée d’une pensée agissant sur
un ensemble de représentations et les combinant.
Or, en première apparence nous dit Hume, cette activité de combinaison et d’organisat
ion mentale, semble dénuée de toute limite. Le limité c’est ce qui désigne la réalité marqu
r des bornes, tandis que l’illimité correspond à ce qui échappe aux bornes et s’étend selon
une progression indéfinie. Il y a là une fondamentale distinction entre le limité et l’i
llimité.
* Pourquoi la pensée humaine paraît-elle illimitée ?
Hume fournit ici deux arguments :
-D’une part, la pensée humaine est une activité de défi, témoignant d’une mise en questio
radicale de toute autorité humaine.
-D’autre part la pensée transcende les bornes, les limites de la nature c’est-à-dire l’e
nsemble de tout ce qu’est donné et imposé à nous par les sens.
Il y a là un double argument qui paraît important. Cette faculté qui est la pensée ess
aie de s’affranchir de tout. Elle défie, c’est-à-dire refuse de s’incliner devant quoi que
ce soit, autorité, pouvoir…et d’autre part, la pensée n’est jamais limitée par le réel.
Pour soutenir l’argumentation Hume nous fournit un exemple tiré de l’imagination. Pou
r Hume l’imagination est la faculté humaine de former des représentations sensibles. U
ne puissance d’invention et d’artifice qui crée sans difficultés, des monstres, des êtres
fantastiques et invente également des formes, des organisations discordantes, sans
nul accord et harmonie.
Donc l’imagination est bel et bien capable de franchir les limites de ce qui est d
onné, de créer d’étranges artifices sans nul rapport avec la réalité.
En conclusion nous pouvons dire qu’en dehors des affirmations contradictoires, la
pensée peut s’élancer dans tous champs et s’emparer de tout. Donc elle semble illimitée.
Pourtant la seconde sous-partie va démontrer le contraire.
b- La pensée humaine est en réalité bornée par la sensibilité.
Dans cette deuxième sous partie Hume développe l’idée que la pensée est en réalité bornée
a sensibilité. Les termes de sens et d’expérience jouent un rôle important. Le premier (
c’est-à-dire le terme de sens) renvoie à cette fonction nous permettant d’éprouver des sen
sations diverses (exp. La vision), le second (qui est le terme de l’expérience) désign
e la totalité de l’émergence des phénomènes, en quelque sorte l’a posteriori de notre pensé
Il ne faut pas s’illusionner sur les capacités de notre pensée. La liberté de notre pensée
est en fait resserrée dans les limites fort étroites, bornée de manière précise. Le pouvo
ir créateur de l’esprit c’est-à-dire la puissance d’invention ex nihilo (c-à-d à partir de
n) qui semble caractériser l’esprit humain, se ramène en réalité à tout autre chose : à une
tivité de combinaison de données que nous fournissent les fonctions sensibles divers
es et d’autre part les phénomènes globaux. Ainsi, la seule possibilité qui nous est lais
sée est de combiner, d’accroître ou diminuer les données des sens. Notre capacité de créati
n à partir de rien se trouve alors fort réduite. Pour défendre cette thèse, Hume propose
l’exemple de la montagne d’or. Ici une étrange association entre deux faits naturels
qui semblent bizarrement accouplés, le matériau précieux propice à faire des bijoux et l’él
tion de forte altitude. Est-ce que cette idée semble une idée étrangère au réel ? Erreur,
répond Hume. Pour lui, quand nous pensons une montagne d’or, c’est-à-dire exerçons une act
ivité psychique comportant ces deux notions bizarrement assemblées, nous ne faisons
que réunir deux copies des impressions sensibles, pouvant unifier et présenter entre
elles un accord, c’est-à-dire une harmonie et une conformité. Ces deux idées nous étaient
déjà familières : elles faisaient partie de notre esprit, elles l’habitaient.
A la fin de cette affirmation Hume avance une phrase comme « un bilan-conclusion »
de tout le passage. Il dit à la page 65 «tout les matériaux de la pensée sont tirés de nos
sens, externes ou internes, c’est seulement leur mélange et leur composition qui dépe
ndent de l’esprit et de la volonté ». Cela signifie que toutes les diverses matières néces
saires à la construction de l’activité mentale de l’homme ont pour origine la sensibilité
interne ou externe, dans le fait de recevoir des excitations, dans le fait d’être do
ué de sensations internes (celles de notre corps) ou externes (renvoyant à l’ensemble
du monde).
Pour prouver cette thèse empiriste Hume avance deux arguments.
III- Les deux arguments qui prouvent cette thèse.
a- Le premier argument
Le premier argument affirme qu’il est absolument impossible aux idées de naître indépend
amment des impressions qui leur correspondent. Et ceux qui nient cette affirmati
on doivent nous apporter l’idée qui à leur avis ne procède pas de l’expérience.
Hume nous donne comme exemple l’idée de Dieu. Pour lui l’idée de Dieu est une invention
de l’esprit quand il augmente sans limites les qualités positives telles que la bonté,
la sagesse, l’intelligence. Cette idée représente une critique de tout innéisme et surt
out l’innéisme de Descartes pour qui l’idée de Dieu est une idée innée.
b- Le deuxième argument
Chaque individu privé de l’un de ses sens ne peut jamais formuler les sensations qu
i le correspondent. Pour expliquer cet argument prenons l’hypothèse suivante : Suppo
sons que nous voulons inculquer l’idée de blancheur à un individu qui est né aveugle. Po
uvons nous arriver cette fin ? Il nous est impossible de lui faire connaître cette
couleur. Il restera à jamais privé de cette idée et de toutes les idées qui se rapporte
nt de prés ou de loin à l’idée de blancheur. Quelles idées lui viennent à l’esprit si nous
décrivons une robe flamboyante ou un tableau orné ? Absolument rien.
Les exemples que cite Hume sont de l’ordre de cinq :
1- Un aveugle ne peut former aucune notion de couleur.
2- Un sourd ne peut former aucune notion de son.
3- Un nègre n’a aucune notion de la saveur du vin.
4- Un homme de mœurs douces ne peut former aucune idée de vengeance.
5- Un cœur égoïste ne peut aisément concevoir les sommets de l’amitié.
Ce deuxième argument nous rappelle l’argumentation traditionnelle développée par Aristot
e. Aristote dit dans les secondes analytiques : « Si un sens vient à faire défaut, néces
sairement une science disparaît, qu’il est impossible d’acquérir ». Autrement dit pas d’idé
ans la sensation correspondante. La maxime scolastique dit : « il n’y a rien dans l’in
tellect qui n’ait d’abord été dans les sens ».
* Est-ce que cette maxime admise par Hume admet quelque exception ou rectificati
on ?
La réponse de Hume est basée sur une hypothèse. Il nous dit: Imaginez que quelqu’un qu
i connaît les couleurs de tout genre sauf avec une nuance particulière du bleu. Qu’on
expose devant cet homme toutes les diverses nuances de cette couleur (c-à-d le ble
u) à l’exception de cette nuance particulière dans une gradation descendante de la plu
s foncée à la plus claire, il percevra un vide là où manque cette nuance. Est-ce qu’il lui
est possible de combler ce manque par la couleur appropriée ? Pour Hume il lui es
t possible par sa seule imagination de se donner l’idée de cette nuance particulière.
Hume dit à la page 67 « les idées simples ne dérivent pas toujours des impressions corre
spondantes ».
* Est-ce que cette idée représente un danger à l’empirisme ?
Pour Hume il s’agit tout simplement d’une remarque et non d’une rectification ou d’une
modification. Le cas est singulier et ne mérite pas que l’empirisme modifie sa maxim
e générale.
* Quels sont les avantages de l’empirisme ?
IV- Avantages de l’empirisme
Quand Hume rend l’idée à l’impression, il souligne un fait. Mais pour Hume il ne s’agit p
as de déterminer l’origine des idées mais de poser un critère par lequel nous distinguon
s les idées dérivées de l’expérience donc intelligibles et dignes de confiances, et les idé
s égarées de l’expérience qui ne sont que des chimères. Dire que toute idée est dérivée de
nce pose un critère de vérité et non une justification de toute idée. Ce n’est pas parce q
ue toute idée dérivée de l’expérience que toute idée est vraie. Ainsi tout le jargon métaph
que doit tomber en désuétude et la philosophie sera libérée de l’obscurité des idées et de
iguïté des termes. Pour Hume toutes les fois que nous éloignons du réel, nous irons vers
l’obscurité. La philosophie utilise beaucoup de concepts insensés, assurément à cause de
son éloignement du réel.
* Quel est le critère des idées sensées et des idées insensées ?
Le critère est la question suivante : De quelle impression cette idée est elle issu
e ? Si les concepts utilisés par les philosophes étaient sensés et claires, les recher
ches en philosophies auraient pu être fructueuses. Ici Hume pose un problème qui ser
a une problématique principale pour le positivisme logique.
Conclusion
Quel est l’intérêt de cette section ?
1) L’importance de l’expérience : La position empiriste de Hume formule clairemen
t la genèse de l’esprit à partir du sensible. Tout le domaine des idées se trouve ainsi
fondé par la sphère des sensations. Telle est la philosophie empiriste de Hume qui a
le mérite non seulement de souligner l’importance de l’expérience dans la constitution
de la pensée, mais aussi de dénoncer l’illusion de l’autonomie et de la liberté.
2) La finitude de l’esprit humain : La thèse de Hume a aussi l’intérêt de souligner q
ue derrière l’apparent mouvement illimité on découvre en fait les limites étroites de la p
ensée. D’un côté, l’expérience sensible interne, avec les passions, les sentiments… et d’au
l’expérience sensible externe avec les sensations proprement dites. Cela fait beauco
up de limites à l’esprit humain, borné et fini.
3) Hume et Kant : Hume a exercé une influence décisive sur la philosophie de Ka
nt. S’il existe des limites à l’esprit humain alors la métaphysique est une illusion. Ai
nsi lorsque Kant fait la critique de la métaphysique, c’est pour la rattacher à la rai
son pratique et non plus théorique. Kant n’est pas empiriste mais il fait dans la « Cr
itique de la raison pure » la part belle à l’expérience.
4) La notion de nature humaine : Hume intitule le livre qui contient ses idée
s maîtresses : « Traité de la nature humaine ». Dans quel sens utilise-t-il l’expression «
ature humaine » ? Non pas dans celui d’une essence déterminable a priori, mais de disp
ositions intellectuelles et affectives qui nouent des relations avec le réel et qu
i n’existent réellement et affectivement qu’après l’expérience. Tout se fonde avec l’expéri
Une telle visée et d’un grand intérêt sur le plan psychologique en ce qu’elle prétend excl
re tout présupposé pour se maintenir au niveau de l’expérience authentique.
HASSEN OUELHAZI