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§227 - Le sujet et le prédicat.

R1
Notre étude de la phrase partira du type de phrase qui est le plus fréquent et le plus dépourvu d’affectivité, c’est-à-dire de la phrase
verbale énonciative .
La phrase verbale énonciative comprend au minimum deux mots : Jean rougit. Nous appelons la fonction du premier ( Jean) sujet et la
fonction du second (rougit) prédicat. R2
Dans la phrase citée, les deux termes s’opposent l’un à l’autre par quatre caractères. 1) Leur ordre d’abord, puisqu’ils ne peuvent pas être
intervertis librement : *Rougit Jean ne serait pas une phrase française régulière. — 2) Le premier terme appartient à la classe du nom et le
second à la classe du verbe. — 3) Le premier terme donne au second ses marques de personne et de nombre : en l’occurrence, la troisième
personne du singulier. — 4) Quant au contenu, le premier terme représente ce dont je dis quelque chose (ce que j’affirme ou nie) et le second
ce que j’en dis.

Mais ces quatre caractères ne sont pas constants.


Dans d’autres exemples de phrases énonciatives, 1) le sujet peut suivre le prédicat : Ainsi parle Jean (cf. §§ 383, 385) ; — 2) certains
sujets n’appartiennent pas à la classe du nom : Il rougit. Parler est dangereux (§ 232) , et il y a des phrases énonciatives averbales, dans
lesquelles le prédicat n’est donc pas un verbe : À chacun son métier (§§ 410-412) ; — 3) il arrive que le sujet ne donne pas au verbe ses
marques de personne et de nombre : Et les enfants de rire (§ 230) ; — 4) dans Il pleut , il paraît difficile de considérer que il repré-sente ce
dont je dis quelque chose (§ 231) . Voir aussi la notion de thème au § 229.
Par conséquent, il est impossible de donner du sujet et du prédicat des définitions qui satisfassent entièrement. Les caractères que nous
avons mentionnés sont réciproques, et les définitions qui se fondent sur eux ont le défaut d’être circulaires : le sujet est défini par ses rapports
avec le prédicat, et le prédicat par ses rapports avec le sujet, par ex. si nous disons que le sujet est ce qui donne au prédicat ses marques de
personne et de nombre et que le prédicat est ce qui reçoit du sujet lesdites marques.
La relation qui unit les deux termes, relation qu’on peut appeler prédication (Jespersen dit : un nexus , c’est-à-dire un nœud), est une
solidarité réciproque, qui est différente des deux autres relations syntaxiques : lacoordination (Jean et Marie rougissent) et la subordination (La
sœur de Jean rougit) R3 , qui seront étudiées, respectivement, dans le chap. IV et dans le chap. V.
N.B. 1. La relation de prédication se réalise aussi dans les autres types de phrases que la phrase énonciative (avec, pour la phrase
injonctive, une particularité : l’absence du sujet quand le verbe est à l’impératif). Elle se réalise aussi dans les propositions
(propositions proprement dites, propositions absolues, propositions infinitives : cf. § 213, b ) et dans les sous-phrases incidentes
(Pierre est, j’en suis sûr , tout à fait innocent : § 378, a ).
2. Le prédicat peut ne pas avoir la forme d’un verbe conjugué ou même ne pas inclure un verbe : voir ci-dessus pour la phrase
énonciative ; il en est de même pour les autres types de phrases et pour les propositions. En particulier, dans les propositions
absolues (auxquelles le chapitre III est consacré, vu la variété de ses formes et de ses fonctions), le prédicat peut être un
participe, un adjectif, un adverbe, un syntagme prépositionnel : cf. § 254 .
3. La relation prédicative existe aussi dans les groupes formés par le complément d’objet et son attribut (§§ 303 et suiv.) , ainsi
que (langue littéraire) dans certains syntagmes prépositionnels formés d’un nom et d’un participe passé (après ces mesures prises
= après que ces mesures eurent été prises : §§ 924, c ; 1039, a, 1° ).

R1
Si le mot sujet appartient à la nomenclature grammaticale la plus courante, le mot prédicat est moins régulièrement utilisé. Il nous a paru
nécessaire, 1) parce qu’il est peu satisfaisant de désigner par un seul mot (verbe ) à la fois une classe et une fonction ; — 2) parce que la
fonction prédicative apparaît aussi dans des phrases (ou des propositions) sans verbe.

La grammaire générative, pour laquelle la phrase est constituée de deux termes, appelle l’un syntagme nominal et l’autre syntagme
verbal. Cela n’est pertinent que si l’on considère les phrases où le sujet n’est pas nominal comme des transformations de phrases où le sujet
est nominal.

R2
Nous avons adopté le point de vue selon lequel la phrase est constituée de deux termes. Certains linguistes considèrent que le verbe est la
base de la phrase et que les autres éléments s’articulent sur le verbe : par ex. L. Tesnière, qui présente le sujet aussi bien que les
compléments essentiels du verbe comme des actants par rapport au verbe.

R3
Certains linguistes considèrent que le prédi-cat est subordonné au sujet parce que celui-ci impose à celui-là sa personne et son nombre,
mais le phénomène de l’accord grammatical n’est pas lié nécessairement à la subordination : dira-t-on que le participe passé conjugué avec
avoir est subordonné à l’objet direct avec lequel il s’accorde ? Il faudrait aussitôt ajouter que cette subordination disparaît si l’objet direct
suit le participe.

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