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Faculté des Sciences Juridiques Economiques et

Sociales Aïn Chock

Université Hassan II Casablanca

Cours
Procédure des
difficultés de
l’entreprise
Dr. CHEBLAOUI Mounia

Année Universitaire 2020-2021


Plan du Cours

Introduction

Partie I – Les procédures préventives

Chapitre I – La prévention interne

Chapitre II – La prévention externe

Chapitre III - La procédure de sauvegarde

Partie II – Les procédures curatives

Chapitre I – Le redressement judiciaire

Chapitre II - La liquidation judiciaire

Chapitre III – Les procédures transfrontalières

1
Introduction

I- Nécessité d’un droit des entreprises en difficulté. Lorsqu’une personne


physique ou personne morale n’est plus en mesure d’exécuter ses obligations,
ses créanciers peuvent espérer se payer sur ses biens. Ainsi, pour éviter que le
paiement soit le prix de la course. Le droit des entreprises en difficulté, appelé
également les procédures collectives, permet un règlement ordonné des
créanciers égalitaire et un respect des causes de préférence dont peuvent être
titulaires certains d’entre eux1.

II- Les objectifs de la matière :

- Sauver l’entreprise
- Sauvegarder l’emploi
- Apurer le passif et désintéresser les créanciers

III- Définition - le droit des procédures des difficultés en difficulté est une
branche de droit privé et plus particulièrement du droit des affaires, il
regroupe ainsi les règles ayant vocation à s’appliquer lorsqu’une entreprise
rencontre des difficultés2.

Le droit des difficultés des entreprises est dérogatoire aux règles de droit
commun, il propose à l’entreprise, des procédures selon la gravité des
difficultés :

- La prévention interne,
- La prévention externe,
- La procédure de sauvegarde,
- Le redressement judiciaire
- La liquidation judiciaire

1
Dominique Legeais, Droit commercial et des affaires, Sirey, LMD, 24ème édition, 2018, p 550.
2
Dominique Legeais, Droit commercial et des affaires, Sirey, LMD, 24ème édition, 2018, p 550.
2
- Définition de la cessation de paiement

L’alinéa 2 de l’article 575 du C.Com dispose que : « …la cessation de


paiement est établie dès lors que l’entreprise est dans l’impossibilité de faire
face au passif exigible par son passif disponible… »,

- Passif exigible : ce sont l’ensemble des dettes arrivées à l’échéance et


dont le paiement peut être exigé immédiatement par les créanciers.
- L’actif disponible : ce sont les sommes dont l’entreprise dispose pour
assurer le paiement immédiat des dettes (l’existant en caisse et en banque
ainsi que ce qui est susceptible d’une conversion immédiate).

IV- Evolution historique

Les procédures collectives sont apparues pour la première fois au Moyen Âge
dans les villes d’Italie du Nord (Gênes en 1498 réformé en 1588 et ceux de
Florence et Milan). Ces procédures avaient un caractère répressif et corporatiste.
Ces mesures étaient aggravées contre les banqueroutiers « banca rotta » (c’est
une infraction pénal commise par un débiteur malhonnête en état de cessation de
paiement) 3.

En France, la faillite a fait l’objet des ordonnances royales dès le XVIème siècle.
L’ordonnance de 1673 sur le commerce de terre comporte des sanctions
répressives contre les banqueroutiers. Qui seront ensuite largement reprises par
le Code de commerce de 1807. Ce code consacrait le Livre III aux « faillite et
banqueroutes ». Les règles étaient marquées par une très grande sévérité, le
débiteur - assimilé à un véritable délinquant - était emprisonné pendant toute la
procédure (procédure d’exécution des biens du débiteur dans l’intérêt de
l’ensemble de ses créanciers placés sur un pied d’égalité).

3
Philippe Pétel, Procédures collectives, Cours Dalloz, 9ème édition, 2017, p 3.
3
La matière a évolué avec les lois du 28 mai 1838 et 4 mars 1889 vers une
moindre sévérité (l’on différencie le débiteur malheureux du débiteur
frauduleux, qui peut bénéficier d’une procédure allégée). Cette évolution se
poursuit, parmi les très nombreux textes qui ne cessent de succéder, on cite :

- Le décret-loi du 20 mai 1955 a créé la procédure de règlement judiciaire


replaçant la liquidation judiciaire
- La loi du 13 juillet 1967 a introduit une innovation majeure : la
distinction entre le sort du chef d’entreprise et le sort de l’entreprise
- L’ordonnance du 23 septembre 1967 a instaurée la suspension provisoire
des poursuites individuelles.
- La loi du 1er mars 1984, a créé la prévention et le règlement amiable.
- Et la loi du 25 janvier 1985 a instaurée deux procédures : le
redressement judiciaire et la liquidation judiciaire.
- La loi du 10 juin 1994 relative à la prévention et au traitement des
entreprises en difficultés (les dispositions de cette loi ont été regroupées
dans le livre VI du code de commerce en 2000, intitulé « Des difficultés
des entreprises »).
- La loi de sauvegarde du 26 juillet 2005 (améliorée une ordonnance du
18 décembre 2008), a instaurée la nouvelle procédure de sauvegarde, et a
renforcée sensiblement les procédures de prévention de redressement et
de liquidation judiciaire :
 La liquidation devient une procédure autonome,
 Le plan de cession est déplacé vers la liquidation,
 Le domaine d’application de la procédure a été élargi4
- La loi du 22 octobre 2010 ; l’introduction de la procédure financière
accélérée

4
Brigitte Hess-fallon, Anne-Marie Simon, Droit des Affaires, aide-mémoire, Sirey, 20ème édition,
2017, p 425.
4
- L’ordonnance du 12 mars 2014, qui met en place une procédure de
sauvegarde accélérée (SA)5,
- La loi du 6 aout 2015 a modifié certaines dispositions relatives à la
compétence des tribunaux de commerce et aux aspects sociaux d’une
procédure collective6,
- La loi du 22 mai 2019 pour la croissance et la transformation des
entreprises (loi PACTE) qui comporte une partie sur le droit des
entreprises en difficulté,
- Enfin, l’ordonnance du 27 mars 2020 qui a mis en place des règles
d’adaptation relatives aux difficultés des entreprises dans l’état d’urgence
sanitaire (Covid-19)

Le droit des entreprises en difficulté est un droit en perpétuel évolution,


cependant, il n’a pas connu au Maroc le même processus de développement
comme son homologue français ;

Avant le protectorat, c’était le droit musulman qui s’appliquait, toute personne


dont l’actif ne parvient pas à couvrir ses engagements, est reconnue par le cadi
en état de déconfiture -la faillite s’applique à toute personne insolvable qu’il soit
commerçant ou non- c’est le cadi qui a la mission de gérer et de liquider son
patrimoine (il exerce seul les fonctions du juge-commissaire et du syndic)7.

Sous le protectorat, le Maroc a connu pour la première fois un droit moderne


de faillite, par la promulgation du dahir du 12 août 1913 formant Code de
commerce de 1913. Le code a instauré deux procédures : la faillite et la

5
Dominique Legeais, Droit commercial et des affaires, Sirey, LMD, 24ème édition, 2018, p 533.
6
Jochen Bauerreis, Viviane, Ebersold, Focus atelier Avocat, 19 février, La réforme du droit des
entreprises en difficulté financières, impact procéduraux et sociaux, https://www.alister-
avocats.eu/IMG/pdf/2017.04.21-focus_re_forme_du_droit_des_entreprises_en_difficulte_-
alister_aarpi-f.pdf
7
Bakr ANAS BENNANI, Les procédures de traitement de l’entreprise en difficulté en droit marocain,
imp. Maarif Al Jadida – Rabat 2008, p 25.
5
liquidation ; la faillite réservé aux commerçants de mauvaise foi, et la
liquidation pour les commerçants consciencieux mais malchanceux en affaires.

Après le protectorat : il a fallu attendre la loi n°15-95 formant le code de


commerce de 1996 pour engager une révolution contre l’ancien système de la
faillite. On ne parle plus de la « faillite », ou de « la liquidation », mais des
« difficultés de l’entreprise ». Une petite retouche introduite en 2014 par la loi
n°81-14, qui seulement modifiée l’intitulé du Livre V et l’article 546 de la loi
n°15-95 formant Code de commerce.

Après le constat d’échec de cette législation, la loi n°17-73 du 19 avril 2018, a


abrogé et remplacé le livre V de loi n°15-95 formant le Code de commerce
(C.Com), qui a instauré la nouvelle procédure de sauvegarde et a renforcé
sensiblement les procédures de prévention de redressement et de liquidation
judiciaire.

V- Champ d’application

L’article 546 du C.Com al 1 dispose que : « On entend par entreprise au sens du


présent livre, le commerçant personne physique ou la société commerciale ».
Le droit français étend la procédure à toute personne exerçant une activité
professionnelle indépendante, ce qui inclut les professionnels libéraux (avocat,
expert-comptable…), elle s’applique également aux sociétés civiles
professionnelles, au groupement d’intérêt économique et aux coopératives…

Le chef d’entreprise visé par l’article 546 est le commerçant personne physique
débitrice ou le représentant légal de la personne morale débitrice ».

6
Partie I – Les procédures préventive

Chapitre I – La prévention interne

« Guérir c’est bien, prévenir c’est mieux »8, la défaillance d’une entreprise ne
résulte que très rarement d’un seul facteur et n’arrive en général pas d’un seul
coup. Elle est souvent précédée de mini alertes, sous-estimées ou ignorées par
les chefs d’entreprise. Plus ces difficultés sont détecter en amont et plus les
chances de sauver l’entreprise sont élevées.

Section I - L’alerte

Personnes qui ont le droit d’alerte :

- Le chef d’entreprise
- Le commissaire aux comptes9
- Les associés

Section II - Les difficultés (le fait générateur)

L’article 547 parle ;

- Des faits de nature à compromettre l’exploitation,


- Des faits ou des difficultés de nature à compromettre l’exploitation,
notamment ceux de nature juridique, économique, financière ou
sociale.

La majorité des faits ou des difficultés sont dû à la crise économique, à la


concurrence mondiale et nationale. Ces faits peuvent être d’ordre divers. Au
Maroc près des ¾ des difficultés sont d’ordre commercial et financier, les autres

8
Mounia SENHAJI, le mot d’ordre : guérir c’est bien, prévenir c’est mieux, Le Matin.ma, parue le
17 mai 2015.

7
portent sur les conflits sociaux, des difficultés d’approvisionnement et des
problèmes de gestion10.

Des exemples :
- D’ordre commercial : la perte d’un marché important, des difficultés
d’approvisionnement des matières premières
- D’ordre financier : le défaut de paiement ou la défaillance du débiteur le
plus important, ce qui peut conduire l’entreprise à l’état de cessation de
paiement,
- D’ordre social : conflit social ou grève qui se répète et cause un arrêt
répétitive de la production, la démission ou la retraite d’un gérant ou d’un
cadre séniors…

Section III- La procédure d’alerte

- Le chef d’entreprise doit procéder lui-même à redresser la situation


de l’entreprise, à défaut le commissaire aux comptes ou tout associé
dans la société doit :
 Informer dans un délai de 8 jours le chef d’entreprise des
difficultés de nature à compromettre l’exploitation de l’entreprise,
 Et l’inviter à redresser la situation, par lettre recommandée avec
accusé de réception.
Après le délai de 15 jours, si le chef d’entreprise n’arrive pas
personnellement ou après délibération du conseil d’administration
(CA) ou du conseil de surveillance (CS), à un résultat positif, il est
tenu de faire délibérer, dans un délai de 15jours, l’assemblée générale
(AG).
10
Ed-Darkaoui Najib, Thèse de Doctorat sous la direction de M. Boulaich Abdelilah, Contribution au
Droit de la Prévention des Difficultés des Entreprises, soutenu le 10/12/2016.
8
La non-tenue de l’AG ou s’il a été constaté que les décisions prises
par cette assemblée ne permettent pas à redresser la situation de
l’entreprise, le président du tribunal en est informé par le CAC, le
chef d’entreprise ou par un associé.

9
Chapitre II- La prévention externe

Section I- Droit de convocation du Président du Tribunal de


Commerce
Le droit de convocation du président du tribunal est reconnu
lorsqu’il résulte de tout acte, document ou procédure (la prévention
interne) que l’entreprise connaît des difficultés de nature à
compromettre la continuité de l’exploitation.
Le président du tribunal est averti de cette situation
- Soit par le chef d’entreprise,
- Soit par le commissaire aux comptes, soit par l’un des associés qui ont
vainement déclenché une procédure d’alerte.
Le président convoque le chef d’entreprise dans son cabinet, afin
d’envisager des mesures propres à une meilleure marche de
l’entreprise. Il peut obtenir de tout professionnel ou administration les
renseignements de nature à lui donner une exacte information sur la
situation économique et financière du débiteur.
Le président peut désigner soit un mandataire spécial soit un
conciliateur, selon le cas.
La procédure et tous ses actes doivent être tenus secrets (Article 549).

10
Section II – Le mandataire spécial

I- Les difficultés (le fait générateur)


L’entreprise qui sans être en cessation de paiement, connaît des
difficultés juridiques, économiques, financières ou sociales ou de
nature à compromettre la continuité de l’exploitation de l’entreprise.

II- La procédure
Le président du tribunal peut désigner un mandataire spécial sur
proposition du chef d’entreprise, dont il détermine la mission (art
549, al 4). Il lui fixe les honoraires qui doivent être versé immédiatement
par le chef d’entreprise à la caisse du tribunal.

Essentiellement, sa mission dans son ensemble consiste à analyser la


situation et, éventuellement réduire les oppositions auxquelles fait face
l’entreprise. Dans les meilleurs des cas, sa mission peut aboutir à la
conclusion d’un accord entre les parties.

La nomination d’un mandataire peut être insuffisante. Dans la plus part


des cas, cette tentative d’accord précède une procédure de conciliation, de
sauvegarde ou de redressement judiciaire11.

En cas d’échec dans sa mission, le mandataire dresse un rapport sans


délai au président du tribunal. S’il apparaît de ce rapport que la réussite
de sa mission est subordonnée à une prorogation du délai ou au
remplacement du mandataire, le président du tribunal y procède, après
l’accord du chef de l’entreprise.

11
Jean-Pierre Le Gall, Caroline Ruellan, Droit commercial, Notions générales, Les mémentos Dalloz,
LMD, 17ème édition, p 322 ; Dominique Legeais, op, cit, p 568.
11
Section III – La conciliation

I- Conditions d’ouverture :
A- Les Difficultés (fait générateur)

La procédure de conciliation est ouverte à toute entreprise qui, sans être en


état de cessation des paiements, éprouve une difficulté économique ou
financière ou des besoins ne pouvant être couverts par un financement
adapté aux possibilités de l’entreprise (art. 551).

- Condition négatif : sans être en état de cessation de paiement,


- Condition positif : éprouve une difficulté économique ou financière ou
des besoins ne pouvant être couverts par un financement adapté aux
possibilités de l’entreprise.

B- Une requête déposée par débiteur

Une requête déposée par le chef d’entreprise, qui expose sa situation


financière, économique et sociale de l’entreprise, les besoins de financement
ainsi que les moyens d’y faire face.

II- Rôle du président du tribunal


 Il convoque le chef d’entreprise,
 Le président peut obtenir communication des renseignements de
nature à lui donner une exacte information sur la situation
économique et financière de l’entreprise (par les établissements
financiers ou bancaires, l’administration publiques, le commissaire
aux comptes, les représentants des salariés…art 552),
 Il peut charger un expert d’établir un rapport sur la situation
économique, sociale et financière de l’entreprise (art 552).
12
 Il ouvre la procédure de conciliation, il désigne le conciliateur pour
une durée n’excédant pas 3 mois renouvelable une seule fois, le
tribunal détermine sa mission ainsi que les conditions de sa
rémunération. Le conciliateur a pour mission de favoriser la
conclusion d’un accord entre le débiteur et les créanciers.
 Sa décision n’est susceptible d’aucun recours.
 Le tribunal peut décider une suspension provisoire des poursuites pour
une durée qui ne dépasse pas la durée de la mission du conciliateur,
suite à une demande du conciliateur ou du chef d’entreprise et après avoir
recueilli l’avis des principaux créanciers (art. 555)

III- L’accord

Lorsque les négociations aboutissent, les parties concluent un accord qui obéit
aux règles contractuelles de droit commun et peut être homologué par le
tribunal.

A- L’homologation

L’article 557 dispose que : « L’accord entre le chef d’entreprise et les créanciers
est constaté dans un écrit signé par les parties et le conciliateur. Ce document est
déposé au greffe… ».

Lorsqu’il est conclu avec tous les créanciers, il est homologué par le président
du tribunal et déposé au greffer.

Néanmoins, s’il est conclu avec les principaux créanciers, le président peut
l’homologuer et accorder des délais de paiements pour les créances non
incluses dans l’accord.

Les créanciers non inclus dans l’accord doivent être informés par les nouveaux
délais (art. 556).
13
B- Les effets de l’accord

L’accord crée des droits et des obligations vis-à-vis des signataires (le débiteur
et les créanciers), chaque partie doit respecter ses engagements fixés par
l’accord. Il s’agit d’un accord à un caractère synallagmatique :

Les créanciers consentent des délais de paiements ou des remises… selon les
cas, le débiteur doit, de son côté, prendre des engagements nécessaire au
redressement de son entreprise (par exemple : vente d’actif improductifs,
réduction des charges, augmentation de capital…).

Les créanciers qui ont accordé des délais ne peuvent plus exercer de
poursuites contre le débiteur.

En principe les créanciers non inclus dans l’accord conservent leur droit de
poursuite car la conciliation leur est inopposable. L’accord non homologué
produit effet entre les signataires (le débiteur et les principaux créanciers) et eux
seuls en raison du principe de l’effet relatif des conventions. Cependant, cet
effet relatif disparaît si le président du tribunal homologue l’accord12.

- L’inexécution de l’accord de conciliation

En cas d’inexécution des engagements résultant de l’accord, le président du


tribunal constate par ordonnance non susceptible d’aucun recours la résolution
de l’accord ainsi que la déchéance de tout délai de paiement accordé. Il
renvoie l’affaire devant le tribunal aux fins d’ouverture de la procédure de
redressement ou de liquidation (art. 559).

12
Yves Guyon, p 98.

14
Chapitre III- La procédure de sauvegarde

Section I - Les conditions d’ouverture de la procédure

Il s’agit d’une innovation introduite par la loi n° 17-73, la procédure de


sauvegarde est une procédure collective, volontaire et judiciaire.

I- Conditions de fond
- La procédure est applicable aux commerçant personne physique et les
sociétés commerciales13.
- L’entreprise ne doit pas être en cessation de paiement.
- Existence des difficultés insurmontable et qui pourraient entraîner
dans un proche délai la cessation de paiement (art. 561).

II- Conditions de forme


- Une demande du débiteur déposé au secrétariat greffe du tribunal, la
demande mentionne la nature des difficultés et doit être accompagnée des
documents prévus à l’article 577 (les états de synthèses, l’énumération et
l’évaluation de tous les biens mobiliers et immobiliers de l’entreprise ; –
la liste des débiteurs ; la liste des créanciers ; la liste des salariés, le
bilan…).
- Un projet de plan de sauvegarde doit accompagner sa demande sous
peine d’irrecevabilité (art. 562). Le projet défini les modalités de
règlement du passif et les garanties éventuelles souscrites par toute
personne pour en assurer l’exécution.

Section II- La décision d’ouverture de la procédure

Le tribunal peut, avant de statuer, obtenir tout renseignent sur la situation


financière, économique et sociale de, il peut se faire assister par un expert (art.
563).

13
Voir nos développements page 19.

15
Il décide l’ouverture de la procédure après avoir entendu le chef d’entreprise en
chambre de conseil dans les 15 jours du dépôt de la demande (art. 563).

Si après le jugement d’ouverture le tribunal constate l’état de cessation des


paiements, il fixe la date de cette cessation qui ne peut être antérieure à 18 mois
de la date du jugement d’ouverture, et prononce la conversion de la procédure de
sauvegarde en redressement judiciaire ou de liquidation (art. 564).

- Désignation des organes de la procédure

Dans le jugement d’ouverture le tribunal désigne le juge commissaire et le


syndic. Il désigne également un suppléant du juge commissaire (art. 670). Le
juge commissaire désigne un à trois contrôleurs parmi les créanciers14.

- La publication du jugement

Le jugement d’ouverture est mentionné sans délai au RC local et central, après 8


jours, un avis de la décision est publié au BO, et dans un JAL. Il invite les
créanciers à déclarer leurs créances au syndic. Cet avis est affiché au panneau
réservé à cet effet au tribunal (art. 563 qui nous renvoie à l’article 584).

Dans le délai de 8 jours, le jugement est notifié au chef d’entreprise et au


syndic par les soins du greffe.

Section III- La préparation de la solution

I- Le but de la période d’observation (entre le jugement d’ouverture et


le jugement arrêtant le sort de l’entreprise) :

- Le syndic doit établir un rapport détaillé sur la situation économique,


financière et sociale de l’entreprise. Ensuite, propose soit l’approbation du

14
Voir nos développements page : 26-27

16
de sauvegarde, ou sa modification, soit l’ouverture d’un redressement ou
de liquidation.
- Ces propositions doivent être remises au juge-commissaire dans un délai
de 4 mois après le jugement d’ouverture. Ce délai peut être renouvelé une
seule fois par le tribunal à la demande du syndic (la période
d’observation : 4 mois renouvelé une seule fois donc 8 mois maximum).
- Le chef d’entreprise n’est pas dessaisi, il assure toujours la gestion de
son entreprise. Cependant, il est soumis pour les actes de disposition et
l’exécution du plan au contrôle du syndic qui en adresse un rapport au
juge commissaire (art. 566).
- Il doit dresser un inventaire du patrimoine de l’entreprise.

II- La situation des créanciers

A- Les créanciers antérieurs au jugement d’ouverture


a- Les restrictions aux droits des créanciers
- L’arrêt des poursuites individuelles

Selon les dispositions de l’article 686, il est interdit après le jugement


d’ouverture de la procédure, tout action en justice de la part des créanciers dont
la créance à son origine antérieurement au dit jugement et sui tendant :

- à la condamnation du débiteur au paiement d’une somme d’argent ;


- à la résolution d’un contrat pour défaut de paiement d’une somme
d’argent.

Il arrête ou interdit également toute mesure d’exécution de la part de ces


créanciers tant sur les meubles que sur les immeubles.

17
Une exception pour les créanciers titulaire d’une sûreté mobilière qui pourront
demander au juge-commissaire la vente des biens de cette sûreté dans le cas où
ce dernier est périssable, ou dans la conservation requiert des frais exorbitants.

Les instances en cours son suspendu jusqu’à ce que le créancier poursuivant ait
procédé à la déclaration de sa créance, une fois la créance déclarée, l’instance
pourra être reprise, mais seulement pour constater la créance et fixer son
montant. Mais aucun paiement ne peut être effectué (art. 687).

- Les créances nées postérieurement au jugement d’ouverture

Les créances nées postérieurement au jugement d’ouverture de la sauvegarde, et


qui sont indispensables à la continuité de l’exploitation, sont payées à leur date
échue. A défaut, elles sont payées par priorité à toutes autres créances assorties
ou non de privilèges, à l’exception de la préférence prévue à l’article 558 (dans
le cadre de la prévention externe) (art. 565).

b- L’obligation de déclarer les créances

Tous les créanciers dont la créance a son origine antérieurement au jugement


d’ouverture doivent adresser une déclaration de leur créance au syndic.

L’intérêt de ce procédé : la détermination du passif de l’entreprise.

Sont exemptés de cette déclaration les salariés.

Les déclarations de créance doivent être adressées dans un délai de 2 mois, ce


délai est augmenté de 2 mois (4 mois) pour les créanciers domiciliés hors
Maroc.

18
Section IV- Le sort de l’entreprise

Sur le rapport du syndic et après avoir entendu le chef d’entreprise et les


contrôleurs, le tribunal décide l’adoption du plan de sauvegarde s’il estime qu’il
existe des possibilités sérieuses de sauver l’entreprise.

La durée du plan ne doit pas excéder 5 ans.

Si l’entreprise n’exécute pas ses engagements fixés par le plan, le tribunal


peut d’office ou à la demande d’un créancier, prononcer la résolution du plan
de sauvegarde et décider, soit le redressement soit la liquidation (art. 573).

19
Partie II – Les procédures curatives

Chapitre I – Le redressement judiciaire

Section I – Les conditions d’ouverture de la procédure

I- Conditions de fond
A- Conditions relatives aux caractéristiques juridiques de
l’entreprise

L’article 546 du C.Com al 1 dispose que : « On entend par entreprise au sens du


présent livre, le commerçant personne physique ou la société commerciale ».

a- Le commerçant personne physique

- L’application directe de la procédure aux personnes physique

La procédure est applicable aux commerçants personne physique (la qualité de


commerçant s’acquiert par l’exercice habituel ou professionnel et à titre
personnel des activités énumérées par les articles 6, 7 et 8 du Code de
commerce).

On trouve dans l’article 579 l’application du principe de la séparation du sort de


l’entreprise et le sort du chef d’entreprise. Ainsi, l’article 579 dispose que : « la
procédure peut être ouverte à l’encontre d’un commerçant qui a mis fin à son
activité ou qui est décédé, dans l’année de sa retraite ou dans les 6 mois
suivant la date de son décès si la cessation de paiement est antérieure à ces
événements ».

- L’application de la procédure aux personnes physique par voie de


conséquences

20
1- Cas des associés

Les associés d’une société au nom collectif (SNC), les commandité des sociétés
en commandite simple ou par action (SCS, SCA) sont tenus solidairement et
indéfiniment du passif, ils font l’objet d’une procédure collective, lorsque
leur société est mise en redressement judiciaire. En effet, pour que la société
cesse ses paiements, il faut que tous les associés aient cessé les leurs puisqu’ils
sont tous tenu solidairement et indéfiniment des dettes sociales de la société15.

De plus, la procédure peut être ouverte à l’encontre d’un associé tenu


solidairement, dans le délai d’un an à partir de sa retraite lorsque l’état de
cessation de paiement de la société est antérieur à cette retraite (art. 580).

2- Les dirigeants des sociétés commerciales

Selon les dispositions de l’article 738, le tribunal peut, en cas de faute de


gestion ayant contribué à une insuffisance d’actif d’une société en
redressement ou de liquidation, décider que cette insuffisance sera supportée,
en tout ou en partie, par tous ses dirigeants ou seulement certains d’entre
eux.

La procédure de redressement ou de liquidation judiciaire peut être ouverte à


l’encontre d’un dirigeant à la charge desquels a été mis tout ou partie du
passif d’une société et qui ne s’acquittent pas de cette dette (art. 539).

Egalement, la procédure peut être ouverte à l’égard de tout dirigeant contre


lequel peut être relevé un des faits ci-après :

- Avoir disposé des biens de la société comme des siens propres ;


- Sous le couverte de la société masquant ses agissements, avoir fait des
actes de commerce dans un intérêt personnel ;

15 ème
Yves Guyon, Droit des Affaires, Tome 2, Entreprise en difficultés, redressement judiciaire – Faillite, 6
édition, Economica, p 117.

21
- Avoir fait des biens ou du crédit de la société un usage contraire à l’intérêt
de celle-ci, à des fins personnelles ou pour favoriser une autre entreprise
dans laquelle il était intéressé directement ou indirectement ;
- Avoir poursuivi abusivement, dans un intérêt personnel, une exploitation
déficitaire qui ne pouvait conduire qu’à la cessation des paiements de la
société ;
- Avoir tenu une comptabilité fictive ou fait disparaître des documents
comptables de la société ou s’être abstenu de tenir toute comptabilité
conforme aux règles légales ;
- Avoir détourné ou dissimulé tout ou partie de l’actif où frauduleusement
augmenté le passif de la société ;
- Avoir tenu une comptabilité manifestement incomplète ou irrégulière (art.
740).

b- Les sociétés commerciales

Les procédures de redressement est applicable à toutes les sociétés


commerciales (art. 546). A savoir : la société anonyme, la société à
responsabilité limité, la société au nom collectif, la société en commandite
simple, et la société en commandite par action.

En effet, l’ouverture de la procédure à l’encontre des sociétés commerciales


suppose que la société jouit de la personnalité morale. Car seules les personnes
morales ont un patrimoine (un actif et un passif) susceptible d’être redressé ou
liquider.

22
En revanche, les sociétés en participation n’ont pas la personnalité morale. Et
par conséquent, la procédure de redressement leur sont inapplicables, mais
doivent être ouvertes directement contre les associés16.

B- Conditions relatives à la situation financière de l’entreprise : la


cessation de paiements

Une entreprise est en état de cessation de paiement lorsqu’elle est dans


l’impossibilité de faire face au passif exigible par son passif disponible (art.
575).

- Passif exigible : ce sont l’ensemble des dettes arrivées à l’échéance et


dont le paiement peut être exigé immédiatement par les créanciers.
- L’actif disponible : ce sont les sommes dont l’entreprise dispose pour
assurer le paiement immédiat des dettes (l’existant en caisse et en banque
ainsi que ce qui est susceptible d’une conversion immédiate).

Le constat de l’état de cessation des paiements, crée une obligation pour le chef
d’entreprise de demander l’ouverture de la procédure de redressement
judiciaire dans un délai de 30 jours qui suivent ce constat de cessation de
paiement (art. 576).

Caractéristiques de la dette :

- La dette doit exigible et exigée, non contesté, liquide, monnayable et


quantifiée, certaine.

16
Yves Guyon, p 123.

23
II- Conditions de forme
a- Saisine du tribunal
- La saisine par le débiteur : le chef d’entreprise doit demander
l’ouverture de la procédure au plus tard dans les 30 jours qui suivent la
cessation des paiements. Elle doit être déposée au greffe du tribunal, en
expliquant les motifs de cessation de paiement, et faire joindre les
documents mentionnés dans l’article 577.
- La saisine par un créancier : tout créanciers, quelle que soit la nature de
sa créance, peut demander l’ouverture d’une procédure de redressement à
l’encontre de son débiteur (art. 578).
- La saisine d’office : le tribunal peut se saisir d’office ou sur requête du
ministère public ou du président du tribunal dans la limite de ses
attributions en matière de prévention externe (art. 578).

b- Compétence

Est compétent le tribunal de commerce du lieu du principal établissement du


commerçant ou du siège social de la société.

Section II- Le jugement d’ouverture

Avant d’ouvrir la procédure, le tribunal peut obtenir communication, par le


commissaire aux comptes, les représentants des salariés, les établissements de
crédit..., des renseignements de nature à lui donner une exacte information sur la
situation économique, financières et sociale de l’entreprise (art. 577).

L’article 582 dispose que : « Le tribunal statue sur l’ouverture de la procédure


après avoir entendu ou dûment appelé le chef d’entreprise en chambre de
conseil.

24
Il peut également entendre toute personne dont l’audition lui paraît utile…

Il statue au plus tard dans les 15 jours de sa saisine ». Le jugement d’ouverture


est exécutoire de plein droit à titre provisoire (art. 761).

I- La fixation de la date de cessation des paiements

Le jugement d’ouverture fixe la date de cessation des paiements, qui ne peut


être, antérieure de plus de 18 mois à celle de l’ouverture de la procédure.

A défaut, la cessation est réputée être intervenue à la date du jugement qui la


constate.

Le tribunal peut reporter la date de cessation une ou plusieurs fois à la demande


du syndic(713).

Cette période qui s’étend entre la cessation des paiements et le jugement qui la
constate est appelée en droit « la période suspecte » (art. 712). Les actes à titre
gratuit faits pendant cette période sont nuls (art. 714), de même, le tribunal peut
annuler tout acte à titre onéreux pendant la période suspecte (art. 715).

II- La désignation des organes

Le tribunal nomme le juge commissaire, un suppléant du juge-commissaire


et le syndic. (art. 670). Le juge commissaire désigne un à trois contrôleurs parmi
les créanciers.

A- Le rôle du juge commissaire :

Le juge commissaire est chargé de veiller au déroulement rapide de la procédure


et à la protection des intérêts en présence (art. 671). Il ne se contente pas de
contrôler, il doit désigner les contrôleurs, il statue par ordonnance sur une partie
des demandes contentieuses formées après l’ouverture de la procédure

25
(exemple : les demandes de relevés de forclusion, les actions en revendication,
les réclamations contre les actes de syndic…) (art. 672).

Les décisions d’admission ou de rejet des créances ou d’incompétence


prononcées par le juge-commissaire sont portées sur un état qui est déposé au
greffe du tribunal (art. 732).

Ses moyens d’information

Le syndic l’informe du déroulement de la procédure. Il peut à tout moment


requérir communication de tous actes ou documents relatifs à la procédure.
Egalement le procureur du Roi communique est tenu de lui communiquer tous
les renseignements qu’il détient et qui peuvent être utile à la procédure.

B- Le rôle du syndic
- Le syndic est chargé de contrôler l’exécution du plan de sauvegarde ;
- Et de mener les opérations de redressement et de liquidation judiciaire à
partir du jugement d’ouverture jusqu’à la clôture de la procédure.
- Il surveille l’exécution du plan de continuation ou de cession.
- Il procède à la vérification des créances sous le contrôle du juge-
commissaire.
- Il doit établir un bilan économique financière et social de l’entreprise et
un projet de solution (qui propose au tribunal soit un plan de redressement
ou de liquidation)
- Il a qualité pour agir au nom et dans l’intérêt des créanciers (art. 675).
- Il peut faire fonctionner les comptes bancaires de l’entreprise (art. 593),
- Il informe le juge commissaire du déroulement de la procédure

Il intervient dans la gestion de l’entreprise pendant la période d’observation (ou


pendant le maintien de l’activité exceptionnellement autorisée en cas de

26
liquidation judiciaire). Cette mission est délimitée au cas par cas par le tribunal
qui le nomme17.

Le tribunal peut choisir de lui confier :

- Soit de surveiller les opérations de gestion ;


- soit d’assister le débiteur pour tous les actes de gestion ou certains d’entre
eux, ce qui impose que ces actes soient autorisés par lui ;
- soit d’assurer seul, entièrement ou en partie, la gestion de l’entreprise.

La mission du syndic peut à tout moment être modifiée par le tribunal, à la


demande du syndic ou d’office.

Il peut être remplacé par le tribunal à la demande du ministère public, de


l’assemblée des créanciers, du juge commissaire, d’office ou sur réclamation du
chef d’entreprise ou d’un créancier.

C- Les contrôleurs

Le créancier contrôleur peut être personne physique ou morale. Il a un accès


privilégié à l’information (à la différence des autres créanciers).

Les contrôleurs assistent le syndic et le juge commissaire dans leurs missions.


Ils peuvent prendre connaissance de tous les documents transmis au syndic. Ils
rendent compte aux autres créanciers de l’accomplissement de leur mission à
chaque étape de la procédure.

Ils sont consultés ou amenés à donner leur avis avant un certain nombre de
décisions importantes (ex : l’adoption du plan de sauvegarde ou de
redressement…).

Les contrôleurs peuvent être révoqués par le tribunal sur proposition du juge-
commissaire ou du syndic. Ils sont tenus au secret professionnel (art. 678).

17
André Jacquemont, Droit des entreprises en difficulté, op, cité, p 159.

27
D- L’assemblée des créanciers

Une assemblée des créanciers doit être constituée lors de l’ouverture de la


procédure, à l’égard de toute entreprise soumise à l’obligation de désigner un
commissaire aux comptes ou dont le chiffre d’affaires est supérieur à 25
millions de dirhams ou le nombre de salariés dépasse 25 salariés.

La constitution de l’assemblée peut être ordonnée par le tribunal, par un


jugement motivé et pour des motifs pertinents, à la demande du syndic, même si
les conditions mentionnées sus- dessus font défaut (art. 606).

1- Composition et réunion de l’assemblée des créanciers

L’assemblée des créanciers se compose du syndic, du chef de l’entreprise, des


créanciers (art. 608).

Elle se réunit sur convocation du syndic. A défaut, elle est convoquée par le
juge-commissaire soit d’office soit à la demande du chef de l’entreprise ou d’un
ou plusieurs créanciers.

La convocation est faite par avis inséré dans un journal d’annonces légales,
judiciaires et administratives et affiché au panneau réservé à cet effet au
tribunal. Elle peut également être faite par lettre adressée aux créanciers à leurs
domiciles élus ou par voie électronique.

Le dite avis indique le lieu, la date et l’heure de la réunion et son ordre du jour.
Avec la mention du droit des créanciers de consulter les documents …

L’absence de tout créancier vaut acceptation de toute décision prise par


l’assemblée.

L’assemblée se réunit valablement, sur 1er convocation, en présence des


créanciers titulaires des deux tiers au moins des créances déclarées. A défaut de
ce quorum, le président de l’assemblée en dresse un PV et fixe une date pour la

28
tenue d’une deuxième réunion, qui se réunit valablement quel que soit le
montant des créances détenues par les créanciers présents (art. 611).

Les décisions de l’assemblée sont valablement prises lorsqu’elles sont


approuvées par les créanciers, détenant des créances dont le montant
constitue la moitié du montant global des créanciers détenues.

2- Le rôle de l’assemblée des créanciers dans l’élaboration du plan

- Délibération pour approbation ou rejet du plan de redressement


proposé par le syndic, avant de le soumettre au tribunal. En cas de
rejet du plan, les créanciers n’ayant pas voté pour ce plan sont tenus de
présenter un plan alternatif au syndic dans un délai de 15 jours à compter
de la date de la réunion (art. 615).
- Délibération sur le plan alternatif…
- Les actifs de l’entreprise ne peuvent être céder que sur accord de
l’assemblée au vu d’une demande adressée au syndic par le chef
d’entreprise (art. 618)…

III- Publicité

Le jugement d’ouverture est mentionné sans délai au RC local et central, après 8


jours, un avis de la décision est publié au BO, et dans un JAL. Cet avis est
affiché au panneau réservé à cet effet au tribunal (art. 563 qui nous renvoie à
l’article 584).

A cette publicité s’ajoute la notification du jugement au chef d’entreprise et au


syndic par les soins du greffe, dans un délai de délai de 8 jours.

29
Section III- La période d’observation

La procédure s’ouvre par une phase préparatoire et conservatoire qui permet


d’élaborer le bilan économique et social de l’entreprise, et de préparer un
projet de redressement, dès lors qu’il existe une possibilité sérieuse pour
sauver l’entreprise.

Cette période est limitée à 4 mois renouvelable une seule fois, à la demande du
syndic.

Ainsi, l’article 586 du C. Com dispose que : « L’activité de l’entreprise est


poursuivie après le prononcé de l’ouverture du redressement judiciaire.

Après l’ouverture de la procédure, le tribunal peut, à tout moment, décider la


liquidation judiciaire, s’il constate que la situation de l’entreprise est
irrémédiablement compromise (art. 587).

I- Le bilan financière économique et social de l’entreprise

Le syndic, avec le concours du chef d’entreprise et l’assistance éventuelle d’un


ou plusieurs experts, doit préparer un bilan financier, économique et social de
l’entreprise (art. 569).

Le bilan précise l’origine, l’importance et la nature des difficultés de


l’entreprise. Il doit avoir un caractère aussi global que possible. Il doit être :

- Economique : c’est-à-dire à la fois comptable et financier.


- Social : il s’agit essentiellement de la situation de l’emploi : nombre de
salariés, niveau des salaires…
- Juridique : préparer un audit juridique en montrant si l’entreprise est
juridiquement saine ou vulnérable (ex : existence de litige…).

30
Le plus important est que le bilan donne une image fidèle de la situation de
l’entreprise.

Au vue de ce bilan, le syndic propose soit un plan de redressement assurant la


continuation de l’entreprise ou sa cession à un tiers, soit la liquidation judiciaire.

Ces propositions doivent être remises au juge-commissaire dans un délai


maximum de quatre mois renouvelable une seule fois.

II- Le projet de plan

Le syndic joue un rôle prépondérant, c’est un négociateur et un animateur, il


élabore un projet de plan et il comprend 3 volets :

- Un volet financier : le projet détermine les modalités de règlement du


passif, il précise les délais qui pourront être imposées aux créanciers et les
remises de dettes qu’ils pourraient consentir. Il fait éventuellement état
des ventes des éléments d’actifs ainsi, que les offres d’achat qui ont été
faites par les tiers.
Enfin, le projet précise les garanties que le débiteur est prêt à donner pour
assurer l’exécution du plan.
- Un volet économique : le projet précise quelles seront les structures et
l’activité de l’entreprise, compte tenu des perspectives de redressement et
des sources de financement qui ont pu être trouvées.
- Volet social : expose et justifie le niveau des perspectives d’emploi ainsi,
que les conditions sociales envisagées pour la poursuite de l’activité (les
projets de licenciement pour motif économique…).

31
III- Le jugement décidant du sort de l’entreprise

La période de l’observation se termine par un jugement qui soit arrête le plan de


redressement soit prononce la liquidation judiciaire. Ce second jugement décide
seul le sort de l’entreprise et les modalités de règlement des créanciers et des
salariés qui sont fixés (décide le sort de l’entreprise, des créanciers et des
salariés).

Les modalités du redressement sont fixées par le tribunal seul et


uniquement lui. Il peut imposer des délais de paiement, mais il ne peut pas
imposer des remises de dettes. Les remises supposent un accord individuel des
créanciers18.

18
Yves Guyon, op, cit, p 210.

32
Section IV- La situation des partenaires au cours de la période
d’observation

L’activité de l’entreprise est poursuivie après le prononcé de l’ouverture dans le


seul intérêt de l’entreprise, afin de contribuer à son redressement judiciaire (art.
586).

I- La situation de l’entreprise
A- Les mesures conservatoires

Pour être efficace, des mesures conservatoires doivent être prises rapidement et
ne pas se limiter au patrimoine du seul débiteur. Lorsque ce dernier est une
personne morale. La loi a également prévu des mesures propres à éviter la
disparition des biens des dirigeants, car ceux-ci peuvent être condamnés à payer
le passif par leurs biens personnels.

a- Mesures atteignant le patrimoine du débiteur

- Le syndic est tenu de requérir du chef d’entreprise ou, selon le cas, de


faire lui-même tous les actes nécessaires à la conservation des droits de
l’entreprise contre ses propres débiteurs (ex : le recouvrement des dettes
échues),
- Il a la qualité pour inscrire au nom de l’entreprise tous hypothèques,
nantissements, gage ou privilège que le chef d’entreprise aurait négligé de
prendre ou de renouveler en application des dispositions de (art. 679).
- Le syndic peut également prescrire l’apposition des scelle sur tout ou
parties des biens de l’entreprise (art. 681),
- Il procède à l’inventaire des biens de l’entreprise, après avoir
éventuellement requis la levée des scellés (art. 682).
- Le juge commissaire peut ordonner la remise au syndic des lettres
adressées au chef d’entreprise. Ce dernier, informé, peut assister à leur
ouverture. (art. 684).

33
b- Mesures atteignant les associés et les dirigeants de la personne morale

- Lorsqu’il s’agit d’un associé solidairement et indéfiniment responsable du


passif de la société, le redressement produit ses effets à leurs égards. Ils sont mis
personnellement en redressement et soumis aux mesures conservatoires décrites
ci-dessus19.

- Incessibilité des parts ou actions appartenant aux dirigeants de droit ou de fait,


rémunérés ou non (art. 683), cette mesure a pour but de garantir l’exécution des
sanctions pécuniaires qui pourront être prises contre eux20.

Le syndic assure l’effectivité de cette incessibilité en faisant virer les valeurs


mobilières à un compte bloqué.

Le juge-commissaire fixe la rémunération qui sera versée aux dirigeants (art.


685).

B- La gestion de l’entreprise
1- Les actes positifs
- Le principe de la continuation des contrats en cours d’exécution

Afin d’assurer au mieux la poursuite de l’activité, l’article 588 du C. Com,


donne au syndic seul la faculté d’exiger l’exécution des contrats en cours. En
effet, par exception au droit des obligations et des contrats, le cocontractant ne
peut demander la résolution du contrat même si le débiteur avait cessé
d’exécuter ses obligations. Ce cocontractant doit continuer de s’exécuter si le
syndic le lui demander. Cependant, ce défaut d’exécution n’ouvre à son profit
qu’une déclaration au passif.

En principe, le contrat se poursuit si aucune initiative en vue de la rupture n’est


prise par le syndic ou le cocontractant.

19
Yves Guyon, op, cit, p 222.
20
Yves Guyon, op, cit, p 222.

34
Si le syndic décide de continuer le contrat, il doit exécuter tout le contrat et
fournir la prestation promise au cocontractant du débiteur. Si cette prestation est
pécuniaire, le syndic doit payer, à moins que ce cocontractant lui accorde un
délai (art. 588). Dans ce cas le paiement est garanti par le droit de priorité
accordé aux créanciers postérieurs (art. 590).

Si le syndic n’use pas de la faculté de poursuivre le contrat, celui-ci est résilié et


l’inexécution peut donner lieu à des dommages-intérêts, dont le montant sera
déclaré au passif (art. 588).

Le même article exclut le contrat de travail qui obéit à un régime dérogatoire.

- Notion de contrat en cours

Il n’existe aucune définition légale des contrats en cours. Cependant, la Cour de


Cassation française a énoncée sans ambiguïté : « constituent des contrats en
cours toutes conventions dont les obligations principales n’ont pas été exécutées
au jour du jugement d’ouverture »21.

La notion de contrat en cours concerne en premier lieu les contrats à exécution


successive dans le temps. Cependant les contrats à exécution instantanée
peuvent également être des contrats en cours, si la prestation essentielle due par
le cocontractant ne s’est pas réalisée avant l’ouverture du jugement (ex : une
vente d’un bien dont le transfert n’est pas encore réalisé)22.

2- Les actes négatifs

Ces actes, dont la liste est limitative, sont les suivants :

a- L’interdiction des paiements des créances antérieure au jugement


d’ouverture (art. 690). Le législateur a voulu par cette interdiction de

21
Com. 2 mars 1993. Recueil Dalloz Sirey. 93 jurispr. p.573.
22
CHEBLAOUI Mounia, Thèse de Doctorat sous la direction de M. Boulaich Abdelilah, La cession
d’entreprise comme instrument de sauvegarde des Entreprises en Difficultés, soutenu le 03/12/2016.
35
préserver les biens et les liquidités de l’entreprise nécessaire au
redressement, elle a également pour but de faire respecter le principe
de l’égalité entre les créanciers.

Cette interdiction supporte des exceptions :

 Le juge commissaire peut autoriser le syndic à payer des créances


antérieures, pour retirer le gage ou une chose légitimement retenu,
lorsque la chose est nécessaire à la poursuite de l’activité.
 La compensation, est une opération par laquelle une créance et une
dette s’annulent mutuellement… c’est un mode d’extinction des
obligations.
 Les créances postérieures au jugement d’ouverture.

Tout paiement effectué en violation de l’interdiction de l’article 690, peut être


annulé à la demande de tout intéressé, présentée dans un délai de 3 ans à
compter de la conclusion de l’acte.

b- Interdiction des actes de dispositions

Sont interdits les actes de dispositions étrangers à la gestion courante (ex : vente
des actifs immobilisés, des immeubles ou de fonds de commerce). En revanche
les actes de gestion courant sont autorisés (ex : les ventes des marchandises …).

Cependant, le juge commissaire peut autoriser ces actes de disposition si le bien


n’est pas nécessaire à la poursuite de l’activité.

c- Interdiction de constitution des sûretés

Sont également interdits les constitutions des sûretés sur les biens du débiteur
(art. 699).

36
II- La situation des créanciers

Pour les créanciers antérieurs, la période d’observation est une période d’attente
au cours de laquelle les poursuites sont suspendues, cependant, de nouveaux
créanciers viennent s’ajouter aux créanciers antérieurs, puisque, l’activité de
l’entreprise est poursuivie.

A- Les créanciers antérieurs au jugement d’ouverture


a- L’arrêt des poursuites individuelles

Le jugement d’ouverture suspend ou interdit, tout action en justice de la part des


créanciers qui tendant à la condamnation du débiteur au paiement, ou à la
résolution d’un contrat pour défaut de paiement d’une somme d’argent… (voir
nos développement page 17- 18).

b- L’obligation de déclarer les créances

Tous les créanciers (chirographaires ou privilégiés) dont la créance à son origine


antérieurement au jugement d’ouverture, à l’exception des salariés, doivent
adresser une déclaration de leur créance au syndic (art. 719).

Sont tenus de déclarer leurs créances, les créanciers titulaires d’une créance
postérieure au jugement d’ouverture de la procédure de la sauvegarde (art. 573).

Les déclarations de créance doivent être adressées dans un délai de 2 mois, ce


délai est augmenté de 2 mois (4 mois) pour les créanciers domiciliés hors
Maroc.

1- Sanction du défaut de déclaration

Les créanciers qui déclarent hors délai sont forclos, c’est-à-dire écartés de la
procédure de répartition (art. 723). On parle de l’extinction de la créance. Cette
extinction a un caractère définitif. Sauf relevé de forclusion.

37
Cependant, la forclusion n’est pas opposable aux créanciers titulaires de sûretés
réelles ou d’un crédit-bail lorsqu’ils n’ont pas été avertis personnellement de
l’ouverture de la procédure. Et par conséquent, ces créanciers peuvent déclarer
leur créance sans avoir besoin d’un relevé de forclusion jusqu’au jugement
définitif.

Ne peuvent frappés de forclusion les créanciers qui prouve que le défaut de


déclaration est dû à une force majeure.

Il faut souligner que :

- Les créanciers dont les noms figurent, sur la liste fournie par le chef
d’entreprise au syndic sont avertis par ce dernier.
- Et les créanciers privilégiés sont avertis personnellement à leur domicile
élu par le syndic,

2- Relevé de la forclusion

Le relevé n’est possible que si la défaillance n’est pas imputable au créancier


(art. 723).

Cette action ne peut être exercée que dans le délai d’un an à compter du
jugement d’ouverture de la procédure.

L’action peut donner lieu soit à l’acceptation soit au rejet qui dépend du
pouvoir discrétionnaire du juge-commissaire.

La décision de relevé de forclusion ouvre un nouveau délai de déclaration


n’excédant pas 30 jours. Elle ne peut concourir que pour la distribution des
répartitions à venir (art. 723).

38
B- Les créances nées postérieurement au jugement d’ouverture

Elles sont payées à leur date échue. A défaut, elles sont payées par priorité à
toutes autres créances assorties ou non de privilèges, à l’exception de la
préférence prévue à l’article 558 (dans le cadre de la prévention externe) (art.
565).

Section V- Le sort de l’entreprise

L’article 622 dispose que : « Sur le rapport du syndic et après avoir entendu le
chef d’entreprise, les contrôleurs et les délégués du personnel, le tribunal décide
soit la continuation de l’entreprise, soit sa cession, soit sa liquidation… ». Le
tribunal décide seul sur le sort de l’entreprise. Certes, il dispose du rapport du
syndic, des propositions du débiteur (plan de continuation), des candidats
repreneurs (pour un plan de cession éventuelle), de l’avis des créanciers… mais
ce sont des informations et des propositions la décision appartient au tribunal.

I- Plan de continuation

Le tribunal décide la continuation lorsqu’il existe des possibilités sérieuses de


redressement et de règlement du passif (art. 624).

Le tribunal fixe librement la durée dans la limite de 10 ans (art. 628).

Le plan de redressement avec le même chef d’entreprise, suppose que les


dirigeants seront aptes à réussir le plan. Dans le cas contraire, le tribunal peut
apporter des modifications à la gestion de l’entreprise.

Le tribunal peut décider l’arrêt, l’adjonction ou la cession de certaines branches


d’activités (art. 624).

Si l’entreprise exécute le plan de continuation, le tribunal prononce la clôture


de la procédure. En revanche, si elle n’exécute pas ses engagements, le tribunal
peut d’office ou à la demande d’un créancier et après avoir entendu le syndic et

39
appelé le chef d’entreprise, prononcer la résolution du plan et décider la
liquidation judiciaire (art. 634).

Le plan comporte 3 volets :

A- Le volet financier
a- Apurement du passif

Le jugement commence par donner acte aux créanciers des délais et des remises
qu’ils sont acceptés (art. 630).

Il peut ensuite, pour les autres créanciers, imposer des délais uniformes de
paiement. Ces délais peuvent excéder la durée du plan de continuation. Le
premier paiement doit intervenir dans le délai d’un an (art 630).

Cependant, le tribunal ne peut imposer de remises de dettes.

b- Financement ultérieur

Le plan mentionne les engagements souscrits par le débiteur pour réussir le


redressement. Ainsi, la continuation de l’entreprise suppose non seulement le
payement du passif, mais, il faut également apporter des ressources nouvelles.

Fonds propre

Sur la base du projet de plan de continuation, le tribunal mentionne les


modifications des statuts nécessaires à la continuation de l’entreprise. Les
modifications doivent être décidées par l’assemblée des associés réunis à cet
effet sur convocation du syndic (art. 627). Ainsi, le projet de plan de
continuation doit prévoir une augmentation de capital si, du fait des pertes, les
capitaux propres sont inférieurs au quart du capital social. Dans les autres cas
l’augmentation est facultative. Le projet peut prévoir la réduction du capital (art.
599).

40
Emprunt : l’entreprise peut bénéficier d’un prêt bancaire, ce prêt peut être
garanti par le chef d’entreprise, un associé ou même par des tiers.

B- Volet juridique :
1- Mesures applicable à la structure de l’entreprise

Le plan de continuation peut prévoir :

- La modification des statuts


- Le remplacement du dirigeant
- La cession des parts ou des actions des dirigeants.

2- Mesures applicables au patrimoine de l’entreprise

Le plan de continuation peut prévoir :

- La cession partielle d’actif : cette cession permet de se débarrasser de


certaines branches inutiles et de se procurer des liquidités. Elle peut
porter :
 Soit sur des biens isolés et individualisés (ex : des immeubles…)
 Soit sur une branche d’activité susceptible de fonctionner par ses
propres moyens.
- Le jugement arrêtant le plan peut décider que les biens qu’il estime
indispensables à la continuation de l’entreprise sont inaliénables, pour
une durée qu’il fixe, sans son autorisation.

C- Le volet social

Le plan de continuation décide souvent des licenciements afin de réduire les


charges. Selon les dispositions de l’article 624, c’est le tribunal qui décider la

41
résiliation des contrats de travail, cette résiliation est réputée avoir lieu pour
motif économique.

Cependant, cette résiliation n’a d’effet qu’après avis adressé par le syndic au
délégué provincial chargé du travail et au gouverneur de la préfecture ou de
la province concerné.

II- Le plan de cession

Le plan de cession est une solution autonome de la procédure, il a pour but


d’assurer le maintien d’activités susceptibles d’exploitation autonome, de tout
ou partie des emplois qui y sont attachés et d’apurer le passif (art. 635).

Elle peut être une cession globale ou partielle.

A- Conditions de fonds

- Il faut que la continuation de l’exploitation par le débiteur ne soit pas


possible (soit qu’il ne peut pas ou ne veut pas). L’entreprise est vendue
sans l’accord de ses propriétaires (atteinte grave au droit de propriété).
- La cession ne doit pas porter sur des biens isolés mais sur des ensembles
fonctionnels, c’est-à-dire des branches d’activités complètes et
autonomes.
- Selon les dispositions de l’article 598, seul les tiers sont admis à
soumettre au syndic des offres de reprise. Ni les dirigeants de l’entreprise,
ni leurs parents ou alliés jusqu'au deuxième degré inclusivement ne sont
admis, directement ou par personne interposée, à formuler une offre.

42
B- Conditions de forme

Les offres de reprise peuvent être faites dès le jugement d’ouverture. Elles sont
adressées au syndic dans le délai qu’il fixe. Un délai de 15 jours doit s’écouler
entre la réception d’une offre par le syndic et le jour de l’audience.

Ces offres comportent les indications suivantes : des prévisions d’activité et de


financement ; prix de cession et modalités de règlement ; la date de réalisation
de la cession ; niveau et perspectives d’emploi ; garanties souscrites en vue
d’assurer l’exécution de l’offre ; prévisions de vente d’actifs au cours des 2
années suivant la cession.

Le juge commissaire peut demander des informations complémentaires.

Le syndic donne informe les contrôleurs et les représentants du personnel du


contenu des offres (art. 636).

C- Le plan de cession arrêté par le tribunal

Le tribunal retient l’offre qui permet dans les meilleures conditions d’assurer le
plus durablement l’emploi attaché à l’ensemble cédé et le paiement des
créanciers (art. 637).

Une fois son choix opéré, le tribunal :

- Prend acte des engagements souscrits par le repreneur,


- Ordonne la cession. Il ne la réalise pas, mais enjoint au syndic de passer
les actes nécessaires à la réalisation de celle-ci.
- Le tribunal énumère les biens frappés éventuellement d’une clause
d’inaliénabilité, Il détermine également les contrats qui seront cédés avec
l’entreprise.

43
1- Obligations du cédant : obligation négatif, il ne doit pas faire obstacle à
la délivrance des biens au cessionnaire.
2- Obligations du cessionnaire : il doit :
- Verser le prix d’acquisition, qui sera réparti par le syndic entre les
créanciers suivant leur rang ;
- Exécuter toutes les autres modalités du plan de cession arrêté par le
tribunal sur la base de son offre (le plan de cession comprend également
un volet économique financier et social).

Le cessionnaire rend compte au syndic de l’exécution du plan à l’issue de


chaque exercice suivant la cession (art. 645). La mission du syndic dure
jusqu’à la clôture de la procédure (art. 641).

Le tribunal prononce la clôture de la procédure après paiement du prix de


cession et sa répartition entre les créanciers (art. 641).

Si le cessionnaire n’exécute pas ses engagements, le tribunal peut, prononcer


la résolution du plan. Et les biens sont réalisés dans les formes de la
liquidation judiciaire (art. 645).

44
Chapitre II- La liquidation judiciaire

La liquidation est la solution qui doit être retenue lorsqu’aucune possibilité de


sauver l’entreprise n’est possible. Le tribunal prononce, d’office ou à la
demande du chef d’entreprise, d’un créancier ou du ministère public, l’ouverture
de la procédure de liquidation judiciaire lorsqu’il lui apparaît que la situation de
l’entreprise est irrémédiablement compromise (art. 651).

La liquidation peut être prononcée immédiatement, c’est-à-dire dès l’ouverture


de la procédure sans période d’observation, elle peut être prononcée à tout
moment, durant la période d’observation, comme elle peut être prononcée à
l’issue de la période d’observation.

Elle a pour seule but la réalisation de l’actif et la réparation du prix obtenu


entre les différents créanciers.

Section I- Les conditions d’ouverture

- L’entreprise est en cessation de paiement et sa situation est


irrémédiablement compromise (art. 651)
- La liquidation peut être demandée par :
 Le chef d’entreprise
 Sur requête du ministère public ;
 Sur assignation d’un créancier ;
 D’office, par le tribunal ;
 En cas d’échec de la procédure de conciliation, et que le redressement
de l’entreprise est impossible.

Le tribunal statue selon la même procédure que celle applicable à la procédure


de redressement (fixation de la date de cessation des paiements, désignation des
organes de la procédure, les créanciers doivent déclarer leurs créances, le

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principe de l’interdiction des poursuites individuelles et des paiements
s’applique, la nullité des actes gratuits de la période suspecte…).

Le syndic procède aux opérations de liquidation en même temps qu’à la


vérification des créances. Il ne procède pas à la vérification des créances
chirographaires s’il apparaît que le produit de la vente d’actif sera entièrement
absorbé par les frais de justice et les créanciers privilégiés.

Section II- Les effets de la liquidation


I- A l’encontre du débiteur

Le jugement qui prononce la liquidation emporte de plein droit le


dessaisissement du débiteur (art. 651), il est dessaisi de la gestion et de
l’administration de ses biens. Les droits et les actions du débiteur concernant
son patrimoine sont exercés par le syndic. Egalement la gestion de
l’entreprise est assurée par le syndic.

Le tribunal peut, en cas de faute de gestion ayant contribué à une insuffisance


d’actif, décider que cette insuffisance sera supportée, en tout ou en partie,
par tous ses dirigeants ou seulement certains d’entre eux (art. 738).

La procédure de liquidation peut être ouverte à l’encontre d’un dirigeant à la


charge desquels a été mis tout ou partie du passif d’une société et qui ne
s’acquittent pas de cette dette (art. 539).

Egalement, la procédure peut être ouverte à l’égard de tout dirigeant contre


lequel peut être relevé un des faits prévus par l’article 740 (voir nos
développement page (21- 22).

Le tribunal peut décider la déchéance commerciale du chef d’entreprise, s’il a


commis l’un des faits suivant :

- Suivre abusivement une exploitation déficitaire qui ne peut conduire qu’à


la cessation des paiements ;
46
- Omis de tenir une comptabilité régulière ;
- Détourné ou dissimulé tout ou parti de l’actif (art 745).

II- A l’encontre de l’entreprise


- La liquidation entraîne la cessation de l’activité de l’entreprise.
Cependant, lorsque l’intérêt des salariés ou des créanciers nécessite la
continuation, le tribunal peut autoriser cette continuation pour une durée
qu’il fixe (pendant cette période, le syndic peut exiger la continuation des
contrats en cours, également le privilège des créanciers postérieurs au
jugement est appliqué selon les dispositions de l’article 652 qui nous
renvoie à l’article 588 et 590).
- La liquidation n’entraîne pas de plein droit la résiliation du bail des
immeubles affectés à l’activité de l’entreprise. Le syndic peut continuer le
bail ou le céder (art. 653).

III- Pour les créanciers


- La liquidation rend exigibles les créances non échues (art. 660).
- Le produit de la vente est réparti par le syndic aux créanciers selon leur
rang, le juge commissaire ordonne le règlement de l’ordre entre les
créanciers et la répartition du produit.
- Les créanciers munis de sûreté et le trésor public recouvrent leur droit
d’exercer des poursuites individuelles, si le syndic ne procède pas à la
liquidation des biens grevés dans le délai de 3 mois après le jugement
d’ouverture de la liquidation (art. 661).

47
Section III- La réalisation de la liquidation

Les ventes d’immeubles ont lieu suivant les formes prévues par le code de
procédure civile en matière de saisie immobilière. Toutefois, le juge-
commissaire fixe, après avoir recueilli les observations des contrôleurs, le chef
de l’entreprise et le syndic, la mise à prix et les conditions essentielles de la
vente et détermine les modalités de la publicité.
Deux procédés de réalisation sont envisageables :

I- La cession d’unité de production

La vente des unités de production est possible si on trouve à l’intérieur de


l’entreprise en liquidation une unité de production rentable ; il s’agit d’un
ensemble de moyens matériels et humains permettant l’exercice d’une
activité économique autonome.

Le syndic suscite des offres d’acquisition et fixe le délai pendant lequel elles
sont reçues. (Les offres doivent être écrites, comprendre les mêmes
indications que l’offre de cession)23.

Les offres doivent être déposée au greffe du tribunal et communiquée au


juge-commissaire. Ce dernier ordonne la cession (art. 656).

II- La vente des biens isolés.

Les biens isolés sont les immeubles, les meubles corporels, et les éléments
incorporels du fonds de commerce.

Le juge-commissaire choisit la forme de la vente :

- Vente de gré à gré, aux prix et conditions fixées par le juge commissaire ;
- Vente adjudication amiable, généralement par l’intermédiaire d’un
notaire, les créanciers conservant leurs droits de surenchère24.

23
L’article 655 du C. Com, nous renvoie aux indications prévues aux 1 à 5 de l’article 636.

48
- Vente aux enchères publiques, il s’agit d’une vente ouverte au public, lors
de laquelle le bien vendu est adjugé au plus offrant de l’audience.

Chapitre III – Les procédures transfrontalières

Champ d’application
- Lorsqu’une assistance est demandée par un tribunal étranger ou un
représentant étranger en ce qui concerne une procédure relative aux
difficultés de l’entreprise ;
- Lorsqu’une assistance est demandée dans un Etat étranger en ce qui
concerne une procédure ouverte en vertu de la loi marocaine ;
- Lorsque 2 procédures concernant le même débiteur, sont ouvertes en
même temps dans le Maroc et dans un Etat étranger ;
- Lorsqu’il est de l’intérêt des créanciers ou des autres parties intéressées
dans un Etat étranger de demander l’ouverture de la procédure ou de
participer à la dite procédure en vertu de la loi marocaine (art. 770).

Le dernier alinéa du même article, exclu de l’application des dispositions de la


procédure transfrontalière les entreprises soumises à un régime spécial de
traitement des difficultés, notamment, les sociétés d’assurance et les
établissements de crédits (l’article 113 de la loi 103. 12 relative aux
établissements de crédit et organismes assimilés prévoit que les établissements
de crédit ne sont pas soumis aux procédures de prévention et de traitement des
difficultés de l’entreprise…).

24
Droit des affaires, op, cité, p 446.

49
Section I- La procédure de la reconnaissance de la procédure étrangère

I- Les conditions de la procédure


A- Les conditions de fond

Une procédure étrangère peut être reconnue : en tant que procédure étrangère
principale si elle a lieu dans l’État où le débiteur a le centre de ses intérêts
principaux ; ou, en tant que procédure étrangère non principale si le débiteur a
seulement un établissement (tout lieu d’opérations où le débiteur exerce de
façon non transitoire une activité économique… al. 6. art. 769).
Le siège social de la personne morale ou le lieu de résidence habituel de la
personne physique, est réputé le centre des intérêts principaux du débiteur, sauf
preuve contraire (art. 782).

B- Les conditions de forme


1- La demande de reconnaissance

Un représentant étranger peut demander au tribunal de reconnaître la procédure


étrangère. Sa demande doit être accompagnée :

- D’une copie certifiée conforme de la décision du tribunal étranger ou un


certificat attestant l’ouverture de la procédure et la désignation du
représentant étranger ;
- D’une déclaration du représentant étranger identifiant toutes les
procédures étrangères concernant le débiteur qui sont connues de lui.

Le tribunal peut exiger la traduction des documents fournis à l’appui de la


demande de reconnaissance dans la langue arabe.

Le tribunal statue sur la demande de reconnaissance de la procédure étrangère


dans les meilleurs délais.

Le tribunal peut prononcer la modification ou la cessation de la reconnaissance


s’il apparaît que les motifs de la reconnaissance étaient totalement ou
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partiellement absents ou qu’ils ont cessé d’exister (art. 782).

2- Les effets de la demande


- Le représentant est tenu d’informer le tribunal de toute modification de la
procédure étrangère ou de sa nomination ainsi que toute autre procédure
étrangère qui a été portée à sa connaissance (art. 783).
- Durant la période entre la demande de reconnaissance et le prononcé de la
décision du tribunal, ce dernier, à la demande du représentant peut
prendre, et à titre provisoire, des mesures pour protéger les biens de
l’entreprises et les intérêts des créanciers :
 Arrêter les poursuites individuelles (art. 784), suspendre ou interdire
les mesures d’exécution
 Confier la gestion de l’entreprise ou la réalisation de tout ou partie des
biens du débiteur (lorsque les biens sont périssables susceptible de ses
dévaluer, ou autrement menacés) au représentant étranger ou à un
syndic nommé par le tribunal,
 Interdire le débiteur de disposer de ses biens… (art. 786).

II- Effet de la reconnaissance d’une procédure étrangère


- Arrêt ou interdiction des poursuites individuelles ainsi que les mesures
d’exécution conformément à l’article 686 ;
- Interdiction de disposer des biens du débiteur, de les transférer de les
céder ou de constituer des sûretés sur ces biens (art. 785).
- Le représentant étranger peut engager toutes les actions et les procédures
que le syndic peut engager en vertu de la législation marocaine pour la
protection des biens du débiteur et des droits des créanciers. Il peut
également intervenir dans les procédures auxquelles le débiteur est partie

51
(art. 788).

- Lorsqu’il s’agit d’une procédure étrangère non principale, le tribunal doit


s’assurer que l’action se rapporte à des biens qui, en vertu de la loi,
devraient être gérés ou administrés dans le cadre de la procédure étrangère
non principale ou que la mesure a trait à des renseignements requis dans
cette procédure.

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