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E quE LoN loi Ail


-

SERMON
|

LE RÉv. C.-H. SPURGEON.

--c3

TRADUIT DE L'ANGLAIS

par le traducteur de Solennel avertissement . le Ciel et l'Enfer,


la Résurrection spirituelle , etc.

| -

pRIX : 20 CENTIMES.

TOULOUSE,
socIETE DEs Balances
Dépôt : rue
LIvREs RÉLIGIEUX
. 35, hôtel Sans

1864
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CE QUE LON DOIT HAIR.

SERMON
PAR

LE RÉV. C.-H. sPURGEON.

-° o38>o-

TRADUIT DE L'ANGLAIS

Par le traducteur de : Solennel avertissement, le Ciel et l'Enfer,


- la Résurrection spirituelle , etc.

TOULOUSE,
SOCIÉTÉ DES LIVRES RELIGIEUX.
Dépôt : rue des Balances, 35, hôtel Sans.

1864.
PUBLIÉ PAR LA SOCIÉTÉ DES LIVRES RELIGIEUX
DE T0UL0USE•

TOULOUSE, IMPRIMERIE DE A. CHAUVIN , RUE MIREPoix, 3.


CE Qu I'N DOIT HIR.

Vous qui aimez l'Eternel, haïssez le mal (Psaume XCVII, 10).

La religion chrétienne est une chaîne d'or


qui enlace le cœur de l'homme et le rend inac
cessible à la haine. L'esprit de Christ est un
esprit d'amour. Partout où Christ règne, là rè
gne aussi l'amour. Il n'est permis au chrétien
de haïr personne. « Vous avez entendu qu'il a
été dit aux anciens : Tu aimeras ton prochain
et tu hairas ton ennemi. Mais moi je vous dis :
Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui
vous maudissent, et priez pour ceux qui vous
persécutent. » Tel est le langage du Maître.
A moins qu'il ne soit pris dans un sens unique,
dans le sens que lui donnent les paroles de mon
texte, le mot hair doit être rayé du vocabu
laire chrétien. Tu n'as le droit, ô disciple de
- Christ, de tolérer dans ton sein aucun senti
ment d'inimitié, de rancune, de malice, d'ai
/
4 CE QUE L'oN DoIT HAïR.

greur ou de malveillance, envers aucune créa


ture que la main de Dieu a formée. Tout en
haïssant les péchés d'un homme, souviens-toi
que tu ne dois point le haïr lui-même; mais que
comme Christ a aimé les pécheurs, ainsi tu dois
, les aimer. Tout en détestant les fausses doctrines,
souviens-toi que tu dois aimer celui qui les pro
fesse; bien plus : tu es tenu de haïr l'hérésie par
amour pour l'âme de l'hérétique, et avec l'ar
dent désir qu'il revienne de son égarement.
Non, tu n'as le droit de haïr personne, pas
même les êtres les plus dégradés et les plus
avilis, pas même ceux qui irritent ton humeur,
nuisent à ta fortune ou portent atteinte à ta
réputation. Et pourtant la haine, on ne saurait
le nier, est une puissance de l'âme humaine ;
or, pour ma part, je crois fermement que tou
tes les puissances de nos âmes nous ont été
données par le Créateur, afin que nous les
exercions, et qu'il n'en est aucune dont nous
ne puissions faire un légitime usage. Il est pos
sible de se mettre en colère, et cependant de
ne point pécher (1); il est possible également
d'éprouver de la haine, non-seulement sans of
fenser Dieu, mais en accomplissant un devoir
positif. Oui, tu peux haïr, ô chrétien, à condi- .

(1) Ephés., IV, 26.


CE QUE L'oN DoIT HAïR. 5

tion que ta haine se concentre sur un seul ob


jet; alors, bien loin d'être répréhensible, elle
sera, au contraire, digne de louange : Vous
qui aimez l'Elernel, haissez LE MAL. Autant le
vindicatif hait son ennemi, autant tu peux haïr
la corruption de ton cœur. Autant de cruels
despotes en guerre l'un contre l'autre se haïs
sent mutuellement, autant tu peux abhorrer tes
ennemis spirituels. Autant l'enfer hait le ciel,
et le ciel, l'enfer, autant il t'est permis de dé
tester le mal. Cette passion de la haine, qui,
dans son état de nature, ressemble à un lion
furieux altéré de sang, tu dois la dompter et
t'en rendre maître, jusqu'à ce qu'elle devienne
à l'égard de tes semblables, comme un noble
lion qui a perdu ses instincts féroces; mais tu
peux et tu dois la laisser assouvir toute sa fureur
sur le grand ennemi de l'Eternel ton Dieu, c'est
à-dire, sur le péché. Montrez-moi un homme qui
ne se mette jamais en colère : cet homme, je vous
l'affirme, n'est point animé d'un zèle véritable
pour le Seigneur. Il est bon que nous soyons
parfois en colère contre le péché. Quand nous
nous trouvons en présence du vice, nous de
vons être irrités contre lui, quoique pleins de
charité envers ceux qui le commettent. L'iniquité,
sous tous ses formes, doit toujours nous être
odieuse. David ne s'écrie-t-il point, après avoir
6 CE QUE L'oN DoIT HAïR.

énuméré les crimes qu'il voyait autour de lui :


« Je les ai hais d'une parfaite haine; je les tiens
pour mes ennemis » (1)? Nous devons aimer nos
propres ennemis, mais haïr les ennemis de
Dieu; aimer l'âme pécheresse, mais haïr son
péché. Autant qu'il est en la puissance de
l'homme de haïr, ainsi devons-nous haïr le
mal, quel qu'il soit et sous quelque aspect qu'il
se présente à nous.
Ceci nous amène à observer le caractère
absolu de mon texte. Il s'adresse à tous les
enfants de Dieu , et il embrasse, non tels
ou tels péchés particuliers, mais le mal dans
son ensemble. On a dit , vous le savez, de
certains prétendus dévots « qu'ils rachetaient
leurs propres faiblesses en condamnant sans
miséricorde celles du prochain. » Cela est
vrai pour beaucoup de gens. Plus d'un de
mes auditeurs, je n'en doute pas, considère
les autres comme très-coupables, parce qu'ils
commettent des péchés que lui-même ne se soucie
pas de commettre, tandis qu'il se montre plein
d'indulgence à l'endroit de ses propres défauts. .
O chrétien, souviens-toi que nul mauvais pen
chant, nulle habitude coupable ne doit trou
ver grâce devant tes yeux. Ne tends jamais au

(1) Ps. CXXXIX , 22.


CE QUE L'oN DoIT HAïR. 1

mal une main bienveillante ; ne le touche qu'a-


vec un gantelet d'acier. Ne parle jamais de lui
avec ménagement, mais hais-le partout et tou
jours. S'il vient à toi comme un petit renard,
tiens-toi sur tes gardes, autrement il gâtera tes
raisins. S'il fond sur toi comme un lion rugis
sant, cherchant à te dévorer, ou s'il avance
traîtreusement comme l'ours, feignant de vou
loir t'embrasser, frappe-le, car son attouchement
est la mort, et son étreinte la destruction. Tu
dois combattre indistinctement tout péché de
langue, de main ou de cœur. Qu'il soit doré
par l'intérêt et le gain, ou voilé sous un sem
blant de moralité ; qu'il soit adulé par les grands
ou encensé par la foule, le mal doit toujours
être de ta part l'objet d'une haine implacable,
d'une haine de tous les instants et de tous les
lieux. Oui, guerre à outrance, guerre à mort
contre le péché ! A toutes tes légions, ô enfer !
à tous tes rejetons, ô Satan ! nous devons jurer
une inimitié éternelle ! Pas une seule convoitise
ne doit être épargnée, mais contre le mal tout
entier, nous devons poursuivre une guerre sans
relâche, une guerre d'extermination. Vous qui
aimez l'Eternel, haissez le mal ! ,
En essayant de traiter ce sujet, mes chers
auditeurs, je me propose de diviser mes exhor
tations en deux parties. Premièrement, je vous
8 CE QUE L'oN DoIT HAïR.
dirai : HAïssEz LE MAL EN voUs-MÊMEs; et en se
cond lieu : HAïssEz LE MAL CHEZ AUTRUI.

I.

Et d'abord, occupons-nous de ce qui nous


touche de plus près. Chrétien, ai-je dit, TU DoIs
HAïR LE MAL EN TOI-MÈME.

Et en vérité, tu as de bonnes raisons pour le


haïr, — des raisons bien autrement puissantes
que celles dont jamais opprimé a pu se servir
pour excuser sa haine contre son oppresseur.
Considère quel immense préjudice le péché t'a
déjà causé. Oh ! quel monde de misères n'a-t-il
pas créé dans ton cœur ! C'est le péché qui avait
plâtré tes yeux, en sorte que tu ne pouvais
voir la beauté de ton Sauveur ; c'est lui qui
avait bouché tes oreilles, en sorte que tu ne
pouvais entendre les douces invitations de Jésus.
C'est le péché qui a guidé tes pas dans le sen
tier du mal et qui a rempli tes mains de souil
lures ; c'est lui qui a empoisonné la source
même de ta vie, qui a vicié ton cœur, et l'a
rendu rusé et désespérément malin par-dessus
toutes choses. 0 croyant, songe à ce que tu
étais, alors que le péché régnait sur toi et que
la grâce de Dieu ne t'avait pas encore renou
velé. Tu étais un enfant de colère comme les au
CE QUE L'oN DoIT HAïR. 9

tres; tu courais avec la multitude pour mal


faire; ta bouche était un sépulcre ouvert, tu
flatlais de la langue, et tout ce qu'on peut dire
· aujourd'hui de tes semblables qui vivent loin
de Dieu, s'appliquait autrefois à toi. Chrétiens,
mes frères en la foi, j'en appelle à votre expé
rience : n'est-il pas vrai que vous ne différiez
en rien du reste des hommes ? Mais vous avez
été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais
vous avez été justifiés, au nom du Seigneur Jésus
et par l'Esprit de notre Dieu (1). Oh ! que de
sujets n'avez-vous pas de haïr le mal, pour peu
que vous regardiez au rocher duquel vous avez
été taillés et au creux de la carrière dont vous
avez été tirés (2)! Si grands étaient les ravages
que le péché avait faits dans vos âmes, que
ces âmes eussent été éternellement perdues
si un tout puissant amour n'était intervenu
pour les racheter. Enfants de Dieu , haissez
donc le mal. Il a été votre meurtrier ; il a
plongé le poignard dans votre cœur; il a mis
du poison dans votre bouche ; il a tout fait pour
vous précipiter en enfer; il vous a causé un
tel dommage, qu'une ruine éternelle en eût
été l'inévitable conséquence sans la grâce du

(1) 1 Cor., VI, 11.


(2) Esaïe, LI, 1.
10 CE QUE L'oN DoIT HAïR.

Seigneur Jésus. Voilà une première raison qui


doit vous porter à haïr le mal.
Vous devez encore le haïr, ô disciples de
Christ, vu le rang élevé que vous occupez dans
le monde. Dans les veines d'un chrétien coule
le sang royal de l'univers. Que les fils de men
diants errent çà et là, déguenillés et les che
veux en désordre, à la bonne heure; mais con
vient-il à des princes du sang de courir les rues
comme de jeunes vagabonds?Ne serait-ce pas, je
le demande, un spectacle de la plus haute in
convenance que de voir les enfants d'un mo
narque vêtus de haillons et se vautrant dans la
boue? Et toi, chrétien, tu fais partie de l'aris
tocratie du ciel ; tu es un prince de sang royal,
ami des anges..... que dis-je? ami de Dieu lui
même ! Par respect pour ta haute position, aie
donc le mal en horreur. Souviens-toi que no
blesse oblige. Tu es un Nazaréen consacré à
Dieu, mis à part pour son service. Or, tu sais
que la loi de Moïse défendait au Nazaréen, sous
peine d'être tenu pour souillé, non-seulement
de boire aucune liqueur faite avec du raisin,
mais même de goûter à rien de tout ce que la
vigne rapporte, depuis les pepins jusqu'à l'é-
corce (1). Ainsi dois-tu agir à l'égard du péché.

(1) voir Nomb, VI.


CE QUE L'oN DoIT HAïR. 14

Tu es le Nazaréen du Seigneur : c'est pour


quoi, balance soigneusement le chemin de
tes pieds. Evite jusqu'à l'apparence du mal.
Détourne-toi de tout sentier oblique : ce serait
déroger à ta propre dignité que de marcher
comme le commun des hommes. Tu n'es pas
tel que les autres; tu es de plus noble race.
Ta généalogie remonte en ligne directe au Fils
de Dieu, car celui-là même qui est le Prince de
paix est ton Père de toute éternité. Je t'en con
jure, ne déshonore donc pas le nom illustre
que tu portes, et conduis-toi d'une manière
digne de ta royale extraction. Tu fais partie de
la race élue, du peuple acquis, de la nation
sainte : comment pourrais-tu donc souiller tes
vêtements dans la fange de ce monde ? Vous qui
aimez l'Eternel, haissez le mal ! -,

Un autre motif qui doit porter le croyant à


haïr le péché, c'est que le péché l'affaiblit. En
voulez-vous des preuves? Allez, quand vous
avez commis quelque acte de désobéissance en
vers Dieu, allez dans votre cabinet, et mettez
vous à genoux. Avant d'avoir péché, votre
prière s'élevait, joyeuse et facile, vers le Sei
gneur, et les bénédictions que vous lui deman
diez, descendaient sur vous, rapides comme
l'éclair. Mais maintenant vos genoux sont relâ
chés et vos mains sont languissantes; votre
l2 CE QUE L'oN DoIT HAïR.

cœur est impuissant à désirer et votre langue


se refuse à exprimer les faibles désirs que vous
essayez de former. Vous cherchez la face de
Dieu, mais en vain ; vous gémissez, mais le
ciel semble fermé à votre cri ; vous pleurez,
mais vous sentez que vos larmes ne tombent
point sur le sein de Dieu. Vous portez vos be
soins devant le Trône de Grâce, mais, hélas !
vous les remportez avec vous. Au lieu d'être
pour vous le plus excellent, le plus doux des
priviléges, la prière devient un pénible devoir.
Tel est le résultat du péché. De deux choses
l'une : ou le péché vous fera abandonner la
prière, ou la prière vous fera abandonner le
péché. Jamais, non, jamais, ô croyant, tu ne
pourras être à la fois vaillant dans la prière et
vaillant dans le péché. Aussi longtemps que tu
caresseras un mauvais penchant, un interdit, une
convoitise quelconque, la puissance de la prière
te sera ôtée, et quand tu chercheras à t'approcher
de Dieu, tes lèvres seront fermées. — Il en est
de même pour l'activité extérieure. Après que
tu as volontairement offensé ton Père céleste,
va au milieu du monde et essaie de faire du
bien. Tu n'en feras aucun, absolument aucun,
te dis-je ! Tu as perdu tout pouvoir d'aider les
autres à se purifier, étant toi-même impur.
Eh quoi ? Je pourrais, avec des doigts souillés,
CE QUE L'oN DoIT HAïR. 13

laver le visage de mon prochain? J'irais labou


rer le champ d'autrui , tandis que le mien est
en jachères, et que les chardons et les ronces
le couvrent ? Non, c'est impossible ! La première
condition pour faire du bien aux autres , c'est
de ne pas souffrir de mal en soi. Un pasteur
peu diligent à travailler à sa propre sanctifica
tion, sera toujours un pasteur peu béni dans
son ministère, et un chrétien infidèle sera tou
jours un chrétien stérile. C'est pourquoi, mon
cher auditeur, à moins que tu ne souhaites que
tes nerfs ne se relâchent et que la moelle de tes
os ne se dessèche au dedans de toi ; à moins
que tu ne désires que la séve de ta vie spiri
tuelle ne tarisse dans sa source, je t'en supplie,
hais le péché, car le péché peut tellement te
débiliter et t'affaiblir, que ton âme deviendra
un vrai squelette spirituel, et qu'elle traînera
une misérable existence, au lieu de fleurir,
joyeuse et prospère, dans les sentiers du Sei
gneur. Vous qui aimez l'Eternel, haissez le mal.
Haïssez-le encore, par la raison que si vous
vous y complaisez, vous aurez à en porter la
peine. Jamais Dieu ne mettra à mort ses enfants ;
il a déposé pour toujours, en ce qui les con
cerne, l'épée de sa justice, depuis l'heure mé
morable où cette épée vengeresse s'enfonça tout
entière dans le sein de Jésus. Mais Dieu a une
|4 CE QUE L'oN DoIT HAïR.

verge, et il frappe de cette verge ses enfants


rebelles, tellement que parfois les oreilles leur
en tintent. Le Seigneur ne sera jamais cour
roucé contre ses élus au point de les rejeter,
mais il peut l'être assez pour qu'ils aient lieu
de s'écrier, tout éperdus : « Guéris-moi, ô Eter
nel ! et que les os que tu as brisés se réjouis
sent. » Ah ! vous connaissez sûrement la verge
du Seigneur, chrétiens déchus, chrétiens infi
dèles, qui m'écoutez; car lorsque les brebis de
Christ s'enfuient loin du berger, le berger ne
les laisse point périr, mais il permet à l'épreuve
et à la douleur de fondre sur elles, afin que,
meurtries et haletantes, elles retournent se ré
fugier dans son sein. Un véritable croyant, je
le répète, ne sera jamais détruit, mais il peut
s tomber si bas qu'il se croira lui-même aux
portes de l'enfer. La vie divine ne s'éteindra .
jamais complétement dans son âme, mais il
peut se sentir tellement brisé et défaillant, qu'il
saura à peine s'il respire encore. Oh ! chré
tien, je te le dis, à moins que tu ne recher
ches l'affliction, hais le mal. Si tu veux semer
de ronces ton sentier et garnir d'épines ton lit
de mort, alors, vis dans le péché ; mais si, au
contraire, tu désires que ton âme habite dès
ici-bas les lieux célestes et que ton cœur reten
tisse par avance des mélodies éternelles du pa
CE QUE L'oN DoIT HAïR. 15

radis, alors marche jusqu'à la fin dans les voies


de la sainteté. — Oui, chrétiens, mes frères,
dans votre propre intérêt, haïssez le mal.
Mais jusqu'à présent je ne vous ai présenté,
pour ainsi dire, que des considérations égoistes.
Je vous ai exhortés à haïr le péché en vous si
gnalant quelques-unes des funestes conséquen
ces qui en résulteront pour vous. Maintenant
j'arrive à un argument d'un ordre plus relevé.
Chrétiens , vous dirai-je, haïssez le mal; haïs
sez-le en vous-mêmes, parce qu'il fait du mal
aux autres. Et d'abord, il en fait aux enfants
de Dieu. Les infidélités d'un seul croyant nui
sent à tout le corps de Christ. Les douleurs les
plus cruelles qui aient assailli l'Eglise de Dieu
lui sont venues de ses propres enfants. Je la
vois, l'Epouse de l'Agneau, je la vois qui s'a-
vance, couverte de boue et les vêtements dé
chirés. Ses mains sont ensanglantées et ses
épaules couvertes de cicatrices. 0 Eglise du,
· Dieu vivant, toi la plus belle des femmes,
comment es-tu réduite à un si triste état ? D'où
te viennent ces blessures? qui t'a fait subir ces
indignes traitements? Est-ce l'incrédule qui t'a
craché au visage? Est-ce l'Arien qui a lacéré ta
robe? Est-ce le Socinien qui a souillé de fange
a blancheur de tes vêtements? Sûrement c'est
l'impie ou le profane qui a ainsi meurtri tes
16 CE QUE L'oN DoIT HAïR.
mains?..... J'entends sa réponse. « Non, ces
blessures m'ont été faites dans la maison de
mes amis. Une secrète armure me met à l'abri
des coups de mes adversaires, mais contre mes
amis, je suis sans défense ; leurs traits pénètrent
jusqu'à mon cœur... » Ah ! malheur à vous, pré
tendus chefs des armées de l'Eternel, indignes
pasteurs des troupeaux de Christ, disciples infi
dèles du Rédempteur ! Malheur à vous, car
vous faites plus de mal à l'Eglise que ne lui en
ont jamais fait ses ennemis déclarés ! Si le
christianisme n'était point une religion divine,
protégée par la puissance de Dieu, sans con
tredit, il aurait cessé d'exister, simplement à
cause des misères et des inconséquences de
ceux qui se réclament de son nom. Je ne m'é-
tonne nullement, pour ma part, que l'Eglise de
Dieu ait survécu à la persécution et au mar
tyre; mais ce qui m'étonne, je l'avoue, c'est
qu'elle ait survécu aux criantes infidélités, aux
chutes scandaleuses de ses fils et de ses filles.
Oh! chrétiens, vous ne savez pas combien le nom
de Dieu est blasphémé, combien vous affligez
son corps et déshonorez son étendard, lorsque
vous commettez l'iniquité ! Vous qui aimez l'E-
ternel, haissez donc le mal !
Mais ne le haïssez pas seulement par amour
pour l'Eglise, haïssez-le aussi par amour pour
· CE QUE L'oN DoIT HAïR. 17

les pauvres pécheurs. Hélas ! qui pourrait dire


combien d'âmes inconverties sont éloignées
chaque année de toute pensée sérieuse par la
conduite des chrétiens ? Et n'avez-vous pas re
marqué, mes chers auditeurs, quelle vive jouis
sance le monde éprouve à enregistrer les man
quements de ceux qui font profession de piété?
Pas plus tard qu'hier je lisais sur un journal
quelques lignes relatives à un misérable, traduit
devant les tribunaux pour cause d'adultère, et
le rédacteur de l'article remarquait plaisam
ment que cet homme « avait un air de haute
sainteté. » Voilà bien, pensai-je, un de ces coups
détournés que la presse incrédule aime tant à
nous lancer. Je ne sais trop, soit dit en pas
sant, si, en matière de sainteté, l'opinion des .
journalistes mérite une grande confiance; en
tous cas, j'imagine que ces messieurs auraient
longtemps à chercher dans leurs rangs avant de
pouvoir nous montrer un saint..... Quoi qu'il en
soit, au dire de l'un d'entre eux, le vil crimi
nel dont je viens de parler, avait « un air de
haute sainteté, » et il va sans dire que ces pa
roles étaient un trait dirigé contre tous les
chrétiens , puisqu'elles semblaient donner à
entendre que cet homme était un des leurs.
Mais tout en protestant contre de semblables
attaques, nous devons reconnaître, mes chers
48 CE QUE L'oN DoIT HAïR.

amis, que le monde a bien des sujets de mal


parler de nous. Que de chrétiens de profession
ne voit-on pas, en effet, tous les jours, déshonorer
le christianisme de la manière la plus grave ?
Il s'accomplit des choses au nom de Jésus-Christ
qu'il serait honteux de faire, je ne crains pas
de le dire, au nom de Béelzébul; il y a des
actes si abominables commis par des gens qui
se disent membres de l'Eglise de Dieu, qu'en
vérité je me demande si les démons eux-mê
mes n'en rougiraient point ! Oui , les gens du
dehors ont eu de graves motifs pour attaquer
l'Eglise. Enfants de Dieu, soyez donc sur vos
gardes. Le monde a un œil de lynx. Quoi que
vous fassiez, il apercevra vos chutes; bien plus,
il les grossira, et s'il ne peut vous surprendre
en faute, il aura recours à la calomnie. Mais
puisque vous ne pouvez espérer d'échapper à sa
malice, efforcez-vous du moins de ne point y
donner prise. Que vos vêtements soient blancs en
tout temps (1). Marchez dans la crainte de l'Eter
nel, et que la prière du Psalmiste devienne votre
prière de chaque jour : « Soutiens-moi, et je
serai en sûreté » (2).
Enfin, j'ai à vous présenter un dernier argu

v1) Ecclés., IX, 8.


(2) Ps. CXIX, 117.
\
CE QUE L'oN DoIT HAïR. 19

ment, qui ne peut manquer, ce me semble, de


toucher vos cœurs et de vous inspirer une haine
profonde à l'égard du péché. Vous avez un ami,
le meilleur ami que vous ayez jamais,eu. Je le
connais, je l'ai aimé et il m'a aimé. Un jour
que j'errais, seul et pensif, dans la campagne,
je me trouvai tout à coup dans un endroit qui
restera pour toujours gravé dans mon souvenir,
car là je vis cet ami — mon meilleur, mon uni
que ami — étendu mort à mes pieds ! Le cœur
plein d'un douloureux effroi, je me baissai et le
regardai..... Il avait été lâchement assassiné !
Je vis que ses mains et ses pieds avaient été
percés de clous. Sur son visage glacé par la
mort, était empreinte une angoisse si terrible,
que je pouvais à peine en supporter la vue.
Son corps était amaigri par le jeûne, son dos
était sillonné de plaies sanglantes. Une ligne
de blessures ceignait son front : évidemment de
cruelles épines l'avaient meurtri. Je frémis d'in
dignation , car je savais tout ce que valait cet
ami. Jamais il ne s'était trouvé aucun mal en
lui. Il était pur parmi les purs, saint parmi les
saints. Qui donc avait osé lever la main sur lui ?
Il n'avait jamais nui à personne. Pendant toute
sa vie, il était allé de lieu en lieu en faisant le
bien ; il avait guéri les malades , rassasié les
affamés, ressuscité les morts : pour laquelle
• 20 CE QUE L'oN DoIT HAïR.
de ces œuvres lui avait-on ôté la vie ? Son exis
tence tout entière n'avait été qu'amour. Et tOut
en considérant ce pâle et morne visage, si plein
à la fois de poignante douleur et d'ineffable
amour, je me demandais avec étonnement quels
pouvaient être les misérables assez vils pour avoir
osé le frapper? « Où demeurent ces traîtres ? »
m'écriai-je; « qui me dira où je pourrai les
trouver ? Où se cachent-ils les infâmes qui ont
percé les mains d'un être tel que celui-là?
Eussent-ils mis à mort un tyran, on aurait pu
leur pardonner. Eussent-ils tué un de ces êtres
dégradés qui se plongent dans le vice et l'in
famie, on aurait pu avoir quelque indul
gence pour leur forfait. Eussent-ils choisi pour
leur victime un meurtrier, un rebelle, un conspi
rateur, on aurait pu dire : « Enterrez son corps :
justice a été faite ! » Mais lorsque tu fus mis à
mort, toi, mon plus cher, mon unique ami ,

Où sont-ils les monstres qui ont fait couler ton


sang ? Que ne puis-je m'emparer d'eux et leur
faire expier leur forfait ! » Oh ! quelle jalousie,
quelle indignation, quelle colère je ressentais !
Mais voici, comme je me penchais de nouveau
sur ce corps inanimé, un bruit de pas frappe
mon oreille. Etonné, je me relève, j'écoute :
le même bruit se fait entendre..... Plus de doute,
CE QUE L'oN DoIT HAïR. 21

le meurtrier est près! J'avançai en tâtonnant (car


il faisait sombre), espérant à tout moment met
tre la main sur le traître. Mais, chose étrange !
quoique je distinguasse toujours le son des pas,
de quelque côté que j'étendisse la main, je ne
rencontrais que le vide..... Alors la vérité se fit
jour dans mon âme; mes yeux se dessillèrent,
et plaçant la main sur ma propre poitrine :
« Ah ! je te tiens enfin ! » m'écriai-je avec amer
tume, car je venais de découvrir, hélas ! que le
meurtrier était dans mon cœur, qu'il habitait
les replis les plus secrets de mon être!..... 0h !
alors, comme je pleurai ! comme je me frappai
la poitrine en contemplant les restes sanglants
de mon Maître et en songeant que son bourreau
c'était moi, c'était mon péché ! Quels remords,
quelle profonde componction n'éprouvai-je pas
lorsque, agenouillé près de son corps, je chantai
cette hymne plaintive :
« O Jésus, mon ami fidèle,
C'est moi qui te brisai le cœur !
C'est moi qui d'une main cruelle
Perçai la main de mon Sauveur !... »

Vengeance ! vengeance l 0 vous tous qui crai


gnez l'Eternel et qui aimez son nom, vengez
vous du péché et haïssez le mal !
Et maintenant, mes chers auditeurs, je désire
22 CE QUE L'oN DoIT HAïR.

vous donner quelques avis relativement à cette


lutte constante que le chrétien est appelé
à soutenir contre le mal. Il s'agit, vous le
savez , de faire mourir en nous le vieil
homme et ses convoitises : mais quel moyen
employer pour atteindre ce but ? Voici le
glaive de la loi : aurons-nous recours à lui ?
Hélas ! les coups de Moïse seront toujours im
puissants pour mettre à mort le péché. La loi
et ses terreurs, bien loin d'amollir l'âme, ne
font, en général, que l'endurcir. J'ai souvent
essayé, pour ma part, de triompher du péché
en pensant au châtiment qui en est la suite ;
mais je déclare que cette considération n'a pu
que très-rarement m'arrêter dans la voie du
mal. Je suis persuadé que les menaces de la
loi, toutes formidables qu'elles sont, ne possè
dent que fort peu de puissance pour dompter le
cœur et le faire renoncer à ses convoitises. Il y
a plus : j'affirme que trop souvent ces menaces
ont pour effet de cautériser la conscience, et
que le pécheur finit par trouver je ne sais quelle
âpre volupté à braver le châtiment. Aussi, ne
conseillerai-je jamais à une âme qui désire être
délivrée de ses péchés, de méditer continuelle
ment sur la peine qui leur est due. Qu'elle es
saie plutôt d'une autre méthode. Qu'elle aille
s'asseoir au pied de la croix et qu'elle puise
CE QUE L'oN DoIT HAïR. 23

dans la contemplation du sacrifice expia


toire que Christ a accompli pour elle, une re
pentance selon l'Evangile. Je ne connais point
d'autre remède contre le péché qu'une commu
nion habituelle avec Jésus. Vivez avec lui, et il
vous sera impossible de vivre avec le mal.
Quoi l mon Seigneur Jésus, se pourrait-il que je
me prosternasse au pied de l'arbre maudit, que
je visse ton sang couler goutte à goutte pour
expier mes transgressions, et qu'ensuite j'al
lasse de nouveau me plonger dans l'iniquité ?
Hélas ! oui, cela se pourrait, car il n'est au
cune énormité dont une créature aussi vile que
moi ne soit capable , toutefois, s'il est un moyen
par lequel je puisse arriver à surmonter les
tentations, s'il est une entrave que je puisse
opposer efficacement dans mon âme au courant
fatal du péché, c'est de me nourrir constam
ment de cette pensée : Jésus a vécu et il est
mort pour moi.
Un second avis que je vous donnerai, est ce
lui-ci : Si vous voulez combattre victorieuse
ment le péché, ne craignez point que le grand
jour règne dans votre cœur. Quand la ménagère
nettoie sa maison, si les rideaux sont baissés,
elle croit que tout est propre autour d'elle; mais
si elle entr'ouvre la fenêtre et qu'un rayon de
soleil se glisse dans la chambre, aussitôt elle
24 CE QUE L'oN DoIT HAïR.

voit dix mille grains de poussière tourbillonner


çà et là. « Ah ! » pense alors la maîtresse du
logis, « ma chambre n'est point aussi propre
que je l'imaginais , voici de la poussière que je
n'avais pas vue ; » et elle se remet au travail
avec une nouvelle ardeur. Faites de même, mes
bien-aimés. Ne vous contentez pas d'être éclai
rés par le misérable lumignon de votre pro
pre jugement , mais ouvrez votre cœur au
brillant soleil du Saint-Esprit, afin qu'à sa
vive lumière vous puissiez découvrir tous vos
péchés. Souvenez-vous qu'un péché connu est
un péché à moitié vaincu. Recherchez donc le
grand jour, et faites en sorte qu'aucune des
taches de votre âme ne reste dans l'om
bre.

Observons, en outre, que celui qui désire


être débarrassé du mal, ne doit pas se borner
à le contenir dans certaines limites, mais qu'il
doit aspirer à ce que le Saint-Esprit l'extirpe
entièrement de son cœur. Vous savez que les
simples moralistes s'efforcent de réprimer leurs
passions, absolument comme on interrompt le
cours d'une rivière à l'aide de digues et de
chaussées : l'eau est refoulée pendant quelque
temps, il estvrai, mais elle grossit,grossit toujours
jusqu'à ce qu'enfin elle déborde avec furie. Je
le répète, ne vous bornez pas à comprimer vo
, ' CE QUE L'oN DoIT HAïR. 25

tre corruption naturelle, car, quoique vaincue


en apparence, elle pourrait tout à coup éclater
avec une nouvelle force; mais plutôt demandez
à Dieu de la tarir dans sa source. Et quoique,
hélas ! de ce côté-ci de la tombe, le lit de ce
torrent dévastateur qui a nom le péché restera
toujours creusé dans votre âme, cependant le
torrent lui-même peut être desséché, comme
les eaux de l'Euphrate, devant la face de l'Eter
nel notre Dieu.
· Un autre conseil. Lorsque vous avez commis
une faute quelconque, confessez-la à Dieu tout
d'abord ; puis, que cette faute vous porte à vous
examiner vous-mêmes et à rechercher tous vos
autres manquements. Jamais David n'écrivit une
confession aussi humble et aussi complète de
ses transgressions qu'après sa lourde et mémo
rable chute (1). Ce fut pour lui une occasion
de sonder son cœur, et ayant reconnu à quel
point ce cœur était vil, corrompu, misérable,
il exhala ses sentiments d'humiliation en faisant
un aveu général de ses iniquités. Quand tu dé
couvres un péché en toi, mon cher auditeur,
sois sûr que d'autres ne sont pas loin, car Satan
n'envoie jamais ses émissaires que par bandes.
Quand donc tu t'approcheras de Dieu pour lui
(1) Ps. LI.
26 CE QUE L'oN DoIT HAïR.
confesser un péché spécial, n'oublie point de
dérouler en même temps devant lui toutes les
misères de ton âme, et tandis que tu regardes
principalement à celui-ci, aie soin d'avoir aussi
l'œil ouvert sur celles-là. Ne te contente pas de
terrasser une convoitise ou une tentation, mais
efforce-toi de blesser mortellement tous tes pé
chés et de les mettre en déroute.
C'est ici le lieu d'observer qu'il est certains
péchés par lesquels le chrétien se laissera sûre
ment séduire, à moins qu'il n'ait le soin de les
dépouiller de leurs déguisements. Quelquefois,
le mal se présentera à vous enveloppé dans
une robe de Scinhar, comme le lingot d'or dé
robé par Achan : déployez cette riche enve
loppe, et vous verrez l'interdit qui y était ca
ché (1). D'autres fois, comme dans le cas du
roi Saül, il se déguisera habilement en respect
pour le Seigneur et en zèle pour son service ;
mais arrachez-lui son masque, et vous recon
naîtrez qu'aux yeux de Dieu la résistance est
autant que les idoles, et la rébellion autant que
le sortilége (2). Le péché fait comme Jézabel : il
oint sa tête et farde son visage, afin de trouver
grâce auprès de nous. Que dis-je? il se déguise

(1) Voir Josué, VII.


(2) Voir 1 Sam., XV.
. «

CE QUE L'oN DoIT HAïR. 27

parfois en ange de lumière. Chrétien, ne te laisse


point prendre à ses artifices. Démasque-le, vois
sa laideur, contemple sa diſformité, méprise le
salaire que peut-être il fait briller à tes yeux,
dépouille-le de ses appas trompeurs, et lorsqu'il
t'apparaîtra dans toute sa hideuse nudité, tu -
auras moins de peine à te défendre contre lui.
Un mot encore à mes frères en la foi. Dans
vos moments de plus haute spiritualité, de plus
intime communion avec Dieu, leur dirai-je,
essayez de vous faire une juste idée de toute
l'énormité du péché. Ce n'est point lorsque vous
êtes dans un état de relâchement et d'infidélité
que vous pouvez juger sainement le mal. Un
plongeur pourrait avoir mille tonnes d'eau au
dessus de sa tête qu'il n'en sentirait pas le
poids, parce que l'eau l'environne ; mais qu'il
revienne à terre et qu'on lui mette seulement
quelques seaux d'eau sur les épaules, et il en
sera écrasé. De même, si vous êtes, pour ainsi
dire, plongés dans le péché, vous ne sauriez en
sentir le poids; mais quand vous serez sortis
de cet élément impur, que le sang de l'asper
sion aura purifié votre âme, et que l'Esprit de
sainteté vous aura relevés de votre chute, alors
efforcez-vous de réaliser le poids énorme de
V0tre culpabilité. Cela vous aidera à haïr et à
Surmonter le mal. -
28 CE QUE L'oN DoIT HAïR.
A l'égard de péchés d'une certaine nature ,
le meilleur conseil que je puisse vous donner,
est celui-ci : Si vous voulez les vaincre, fuyez
les. Les convoitises de la chair, entre autres, ne
doivent jamais être combattues, si ce n'est à la
manière de Joseph ; or, vous savez ce que fit
Joseph : il s'enfuit. Un célèbre philosophe met
dans la bouche de Mentor ces mots bien connus :
« Fuis, fuis, Télémaque ! tu n'as d'autre salut
que dans la fuite ! » A mon tour,je te dirai, mon
cher auditeur : Fuis, fuis ! car dans le cas parti
culier qui nous occupe, la fuite est le premier
des devoirs. Les vrais soldats de la croix lutte
ront corps à corps avec tout autre péché ; mais,
en présence de celui-ci, ils tournent le dos et
s'enfuient, en sorte qu'ils sont plus que vain
queurs. FUYEZ la fornication (1), a dit la sagesse
divine. Si donc une tentation de ce genre t'as
saille, ferme tes yeux, bouche tes oreilles, et
t'enfuis au plus vite, car tu ne seras en sûreté
que lorsque tu seras loin.
Enfin, vous qui aimez l'Eternel, si vous dési
rez être victorieux du mal, recherchez sans
cesse une nouvelle onction du Saint-Esprit. Qu'un
seul jour ne se passe pas sans que vous alliez
puiser à la source des eaux vives la nouvelle
\

(1) 1 Cor., VI, 18.


CE QUE L'oN DoIT HAïR. , ' 29

mesure de grâces dont vous aurez besoin pour


accomplir les devoirs de la vie active. Nous ne
sommes jamais en sûreté qu'entre les mains du
Seigneur. Il n'est pas un seul chrétien — si
avancé qu'il soit dans la piété, ou si renommé
qu'il puisse être par sa vigilance et son esprit
de prière — non, je l'affirme, il n'est pas un
seul chrétien dans le monde qui pût subsister
un seul jour sans faire de lourdes chutes, à
moins que l'Esprit de Dieu ne soit son protec
teur. Un ancien écrivain a dit excellemment :
« Ferme ton cœur tous les matins par la prière
» et remets-en la clef à ton. Père céleste , en
» sorte que rien n'y puisse entrer; puis, le soir
» venu, ouvre-le, et il s'en exhalera un doux
» parfum d'amour, de joie et de sainteté. »
Croyant, retiens bien ceci : Ce n'est que par
l'Esprit de Dieu que tu peux triompher du
péché.
Une dernière remarque. Evitez les prédica
teurs qui s'efforceraient en quelque manière
d'excuser ou de pallier le mal. Evitez soigneu
· sement aussi toute conversation et toute lecture
qui tendraient à vous présenter les péchés des
enfants de Dieu comme étant de peu d'impor
tance. Je connais de soi-disant chrétiens qui
parlent de leurs chutes, de leurs infidélités,
de leurs transgressions comme s'ils en étaient
1 /
30 CE QUE L'oN DoIT HAïR.

fiers, et qui semblent en vérité les considérer


comme leurs expériences les plus bénies. Sem
blables à ce chien de la fable, auquel on avait
mis une cloche au cou parce qu'il était dange
reux et qui paraissait en tirer vanité, ces per
sonnes s'enorgueillissent de ce qui est leur con
fusion. Les orties sont de trop partout, mais
nulle part elles ne sont plus mal placées qu'au
milieu d'un parterre ; de même, le péché est
odieux partout, mais nulle part autant que chez
le chrétien. Si, en rentrant aujourd'hui dans
vos demeures, vous voyiez un enfant qui s'a-
musât à casser les vitres à coups de pierre,
assurément vous lui adresseriez des remon
trances; mais si le jeune coupable était votre
propre fils, n'est-il pas vrai que vous le châti
riez sévèrement, justement parce qu'il est votre
fils? Ainsi agit le Seigneur à l'égard de son
peuple. Quand les mondains font le mal, il les
reprend ; mais quand ses enfants pêchent, il les
frappe. Il ne fermera jamais les yeux sur les
fautes de sa propre famille ; il ne les laissera
point impunies. 0 vous qui craignez l'Eternel,
gardez-vous de tolérer le péché en vous-mêmes,
car Dieu, lui, ne le tolérera point. Haïssez le
mal, car il le hait, lui, d'une parfaite haine.
CE QUE L'oN DoIT HAïR. 34

II.

J'arrive à la seconde partie de mon sujet. Si


le chrétien doit haïr le péché en lui-même, il
doit aussi, avons-nous dit, le haïr CHEZ LES
AUTREs. Notez bien que je ne vous dis pas de
haïr les autres , mais de haïr leurs péchés, ce
qui est tout différent. Comme je me suis lon- .
guement étendu sur le premier point, je dois
me borner à vous présenter sur celui-ci deux
ou trois réflexions pratiques.
Et d'abord, si vous haïssez le mal chez au
trui, vous ne devez jamais le traiter légèrement,
encore moins avoir l'air de l'approuver. Souvent
un chrétien fait plus de mal qu'il ne pense par
un simple sourire. Un jeune homme a peut-être
raconté devant vous quelques incidents plus ou
moins scandaleux de sa vie. Vous étiez en che
min de fer ou dans un lieu public : par consé
quent vous ne pouviez éviter de l'entendre. Il a
été fort spirituel, et vous avez souri à ses traits
d'esprit. Ce jeune homme vous connaît ; il sait
que vous faites profession de piété; aussi pense
t-il avoir obtenu un beau triomphe : n'a-t-il
pas réussi à faire rire un chrétien en lui par
lant du péché? — Ou bien, vous avez entendu
des incrédules tenir des propos malséants, li
32 CE QUE L'oN DoIT HAïR.

bres, profanes. Dans le secret de votre cœur,


Vous en avez été révolté; ces discours ont
blessé vos oreilles, mais vous êtes resté tran
quillement à votre place, et les personnes pré
sentes se sont dit entre elles : « Ah ! voilà bien
ces prétendus dévots ! Avez-vous vu comme il
écoutait? Il ne perdait pas un mot de la con
versation. Evidemment, il y prenait plaisir. »
Et, sur-le-champ, on place ces entretiens déshon
nêtes sous le sceau de votre approbation.....
Oh ! mes frères bien-aimés, je vous en supplie,
veillez sur vous-mêmes à cet égard. Où que
vous soyez, conduisez-vous de manière à faire
- comprendre à tous que non-seulement vous
n'aimez pas le péché, mais que vous l'avez en
horreur. Que les mondains ne disent pas sim
plement à votre sujet : « Ils semblent ne pas
avoir de goût pour nos entretiens et nos plai
sirs, » mais qu'ils sachent positivement que
vous les détestez, que vous les haïssez, que
vous n'avez ni sourire, ni indulgence pour le
mal, mais seulement de l'indignation. Au siècle
dernier, il était de bon ton de se livrer à cer
tains vices qu'aujourd'hui nous regardons avec
dégoût, et dans cent ans, je l'espère, des actes
dont on n'a pas honte aujourd'hui seront flétris
par l'opinion publique comme étant souverai
nement odieux et méprisables. Mais, en atten
CE QUE L'oN DoIT HAïR. 33

dant, montrez que vous du moins, enfants de


Dieu, vous n'excusez aucun péché et que vous
ne traitez légèrement aucune violation de la loi
divine.
Mais là ne se borne pas votre devoir. Lorsque
vous y serez appelés (et cela peut arriver très
souvent), ne manquez pas de protester ouverte
ment contre le mal. Un silence coupable vous
fait participer en quelque mesure aux mauvaises
actions des pécheurs. Si un soir, en rentrant
chez moi, je voyais un malfaiteur forcer votre
maison, et qu'au lieu de donner l'alarme , je
m'esquivasse tout doucement, laissant le voleur
exécuter en paix ses coupables desseins, ne se
rais-je point, en quelque sorte, complice de son
crime ? De même, si vous trouvant dans une
société où il se tient de mauvais discours et où
l'on blasphème le nom de Christ, vous ne dites
pas un mot en faveur de votre Maître, je vous
le demande, ne commettez-vous pas un péché
des plus graves, et par votre silence, ne deve
nez-vous pas en réalité complices des blasphé
mateurs ? Croyants, qu'une telle lâcheté ne soit
point la vôtre. Parlez hardiment pour votre
Seigneur et Maître. Peut-être le monde vous trai
tera-t-il de Puritains ? Mais qu'importe, je vous
prie ? C'est un grand et beau nom que celui-là :
honneur à ceux qui le méritent ! — Peut
34 CE QUE L'oN DoIT HAïR.

être dira-t-on que votre piété est trop rigide ?


Et qu'importe encore? Il est fort heureux, en
vérité, qu'il y ait des chrétiens trop rigides,
quand il y en a tant de trop relâchés. — Il se
peut aussi que les mondains ne vous reçoivent
plus dans leur société ; mais tout bien compté,
au lieu d'être une perte, ne serait-ce pas un
grand gain pour vous ? Et quand même on vous
calomnierait, mes bien-aimés, quand même on
vous abreuverait d'injures et d'outrages, ne savez
vous pas que nous devons nous réjouir et tres
saillir de joie lorsqu'on dira faussement contre
nous toute sorte de mal, à cause du Fils de
l'Homme? (1) Arrière donc toute lâche timidité !
Quand nous devons parler, parlons hardiment,
et forçons le péché à rougir en notre pré
S6I1C6 . |

Mais cette protestation ouverte et publique ne


suffit pas ; nous devons aussi, quand l'occasion
, s'en présente, avertir en particulier le pécheur.
On m'a raconté dernièrement un fait, bien digne
de l'imitation de tous les chrétiens. Un homme
pieux qui se trouvait dans un établissement
public, entendit un étranger prendre le nom de
Dieu en vain.Aussitôt il va l'accoster et lui de
mande poliment s'il pourrait lui dire quelques

(1) Matth., V, 11, 12.


CE QUE L'oN DoIT HAiR. 35

mots en particulier. « Certainement, » répond


l'étranger; « passons dans cette salle. » Dès
qu'ils furent seuls, l'homme pieux dit à l'autre :
« J'ai remarqué avec peine, cher monsieur,
que vous prenez le saint nom de Dieu en vain.
Je suis assuré à l'avance que vous excuserez
mes remarques sur ce sujet. Je n'ai pas voulu
les faire en présence de témoins, mais je tiens
à vous dire que c'est un grand péché de pro
noncer ainsi le nom du Seigneur à la légère et
que certainementil ne peutvous en arriver que du
mal. Ne pourriez-vous pas dorénavant renoncer
à cette coupable habitude? » L'avertissement fut
reçu avec reconnaissance. L'étranger remercia
son interlocuteur, parla de sa première éduca
tion qui avait été fort défectueuse, et exprima
l'espoir que cette leçon lui serait utile. — Ne
pensez-vous pas, mes frères, que si nous agis
sions tous comme le digne chrétien dont je viens
de parler, nous pourrions faire beaucoup de
bien ? Et ne croyez-vous pas qu'en négligeant
le devoir de la répréhension individuelle, nous
laissons échapper de précieuses occasions de
témoigner notre haine contre le péché? Ah ! si
nous étions plus fidèles, Satan trouverait en
nous de plus rudes adversaires, et partout où
nous le découvririons, nous serions trop heureux
de l'assaillir de nos traits.
36 CE QUE L'oN DoIT HAïR.
Mais avant tout, mes chers amis, n'oubliez
| pas, comme je vous l'ai déjà dit dans une autre
partie de ce discours, que si vous haïssez le mal
chez les autres, vous devez prendre garde de ne
point le chérir en vous-mêmes; car à quoibon, je
le demande, signaler au prochain la paille qui est
dans son œil, tandis qu'on a soi-même une
poutre dans le sien ? Vous connaissez le vieux
proverbe : « Médecin , guéris-toi toi-même. »
Commencez tout d'abord par vous guérir de vos
propres infirmités, après quoi vous pourrez
chercher, tant qu'il vous plaira, à guérir les
infirmités d'autrui. Reprenez votre prochain,
rien de mieux ; mais efforcez-vous auparavant
de régler votre conduite d'après la loi de l'Evan
gile.
Et maintenant, mes frères bien-aimés, vous
tous qui aimez le Sauveur, laissez-moi vous
exhorter en terminant à former contre le mal
une sainte alliance et à travailler d'un commun
accord au renversement de son empire. Pour
cela, joignez-vous de cœur et de main à tout
homme (sous quelque dénomination qu'il se
range) qui hait et combat le péché. En
couragez toute société qui, d'une manière ou
d'une autre, s'efforce de faire du bien. Que ce
programme soit le vôtre : « Ne rien élever que
Christ, ne rien abaisser que le mal. » Aidez tous
CE QUE L'oN DoIT HAïR. 37

ceux qui cherchent à étendre le royaume du


Rédempteur. Le meilleur moyen de renverser le
mal est de le remplacer par le bien : si donc
vous haïssez réellement le mal, prouvez-le par
votre activité à faire du bien. Aidez le ministre
de l'Evangile ; priez pour lui; soutenez ses
mains défaillantes, cherchez à le fortifier.
Quant à vous-mêmes , devenez évangélistes,
distributeurs de traités , ou moniteurs dans
une école de dimanche. Répandez largement
la Parole de Dieu au près comme au loin.
Envoyez des missionnaires chez les païens, en
voyez-en aussi dans les faubourgs et les ruel
les de nos cités. Allez au milieu des haillons
et de la misère de nos grandes villes et cher
chez à relever quelque pauvre âme, précieux
joyau du Seigneur, cachée peut-être dans la
fange de la corruption et du vice. C'est ainsi
que par votre moyen, Christ triomphera, tandis
que Satan sera confus. Et comment ce glorieux,
ce magnifique résultat serait-il définitivement
obtenu, si ce n'est par les efforts combinés de
toute l'Eglise du Seigneur Jésus? Aujourd'hui,
grâces à Dieu, nous ne manquons pas d'hommes
en état de combattre pour le nom de Christ.....
si seulement ils voulaient combattre ! Nos Eglises
augmentent dans une proportion considérable.
Il y a en ce moment un nombre immense de
| 38 CE QUE L'oN DoIT HAïR.

chrétiens répandus sur tout le globe; mais pour


ma part, je crois en vérité que les cent vingt dis
ciples, réunis dans la chambre haute de Jérusa
lem le jour de la première Pentecôte, valaient
plus, à eux seuls, que la totalité des chrétiens
de nos jours ! Oui, je dis ceci très-sérieusement,
je crois que dans ces cent vingt personnes, il y
avait plus de sang divin et d'ardeur chrétienne,
qu'il n'y en a chez cent vingt millions de pauvres
créatures lâches et dégénérées, telles que nous.
Ah ! qui nous rendra les jours bénis de la pri
mitive Eglise ! Alors chaque chrétien était un
missionnaire. Les femmes ne prêchaient pas ,
il est vrai, mais elles faisaient mieux : elles vi
vaient l'Evangile. Les hommes, eux, l'annon
çaient en temps et hors de temps. Ils ne se dé
chargeaient pas comme vous, de ce soin, sur
leur conducteur spirituel, et ne se bornaient
pas à servir Dieu par procuration. Ils n'éta
blissaient pas des diacres, afin de leur laisser faire
toute l'œuvre de Dieu pendant qu'eux-mêmes
se croisaient les bras. Ils ne choisissaient point
dans leur nombre (comme cela se pratique au
jourd'hui) un ou deux combattants qu'ils pla
çaient au plus fort de la mêlée, laissant les
autres se reposer pendant la lutte, et puis, se
partager les dépouilles. Oh ! non; tous les sol
dats de Christ marchaient au combat; chacun
CE QUE L'oN DoIT HAïR. 39

faisait son devoir, et grande était la victoire. A


l'œuvre donc, chrétiens, mes frères bien-aimés !
à l'œuvre en tout temps ! à l'œuvre jusqu'au
dernier ! 0 Esprit du Dieu vivant ! viens em
braser les cœurs, en sorte que tous les soldats
de la croix, pleins d'un saint zèle pour ton ser
, vice, s'élancent à la victoire ! Quand les enfants
de Sion sentiront la responsabilité qui pèse sur
chacun d'eux, alors viendra pour elle le jour du
triomphe. Alors les murs de Jérico s'écrouleront
et à tout soldat du Dieu vivant sera donnée la
couronne des vainqueurs. 0 vous qui aimez
l'Eternel, haissez le mal, dès maintenant et à
jamais !

FIN.
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