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20/09/2008

Agitation. Mélange
Concepts théoriques de base
par Michel ROUSTAN
Ingénieur INSA (Institut national des sciences appliquées de Toulouse)
Professeur de génie chimique − INSA Toulouse
Jean-Claude PHARAMOND
Ingénieur INSA
Dosapro Milton Roy
et Alain LINE
Ingénieur INPT (Institut national polytechnique de Toulouse)
Professeur de mécanique des fluides − INSA Toulouse

1. Opérations de mélange .......................................................................... J 3 800 - 3


2. Définition d’un système d’agitation ................................................... — 6
3. Paramètres globaux d’un système d’agitation ................................ — 9
4. Paramètres locaux d’un système d’agitation................................... — 13
5. Exemples de calculs pour des systèmes d’agitation .................. — 16
6. Choix du matériel d’agitation..................................................... — 18
7. Extrapolation du pilote à l’échelle industrielle ............................... — 20
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. J 3 803

es techniques d’agitation, qui ont longtemps été considérées comme un art,


L s’appuient maintenant sur des considérations tant théoriques qu’expéri-
mentales, qui permettent une approche scientifique des problèmes posés. Des
progrès énormes ont en effet pu être réalisés grâce, d’une part, à l’accumulation
de données sur le fonctionnement d’unités industrielles et, d’autre part, à l’effort
de recherche important accompli par quelques sociétés et laboratoires universi-
taires spécialisés dans le domaine de l’agitation et du mélange.
D’une façon très générale, la détermination d’une unité d’agitation consiste
soit à sélectionner l’appareil adapté à un nouveau procédé, soit à extrapoler (ou
interpoler) les résultats obtenus avec un appareil donné dans le cadre d’une
fabrication existante.
Les potentialités des nouveaux moyens expérimentaux et numériques permet-
tent de développer une approche locale qui complète l’approche globale classi-
que du fonctionnement des cuves agitées.
L’analyse locale du fonctionnement d’une cuve agitée (figure A) donne accès
aux distributions spatiale et temporelle de la vitesse et de la turbulence. Cette
information peut aider à comprendre et à contrôler le mélange dans la cuve agi-
tée et peut conduire à optimiser son fonctionnement dans différentes condi-
tions.
Dans tous les cas, une bonne connaissance du procédé est indispensable pour
permettre le choix le plus favorable à l’accomplissement de ce procédé, notam-
ment sur le plan économique.

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Notations et symboles
Symbole Unité Définition
b b
a, a’ ............................ coefficients
ai m2 /m3 de liquide aire interfaciale volumique d’échange
A ............................ facteur définissant le degré de mélange
b m largeur des chicanes
b’ m distance d’une chicane décollée de la paroi à la paroi b'
C1-C2 mol/m3 gradient de concentration (ou facteur de potentialité) w H
d m diamètre du mobile d’agitation
D m diamètre de la cuve agitée  Y
Fr ............................ nombre de Froude d
g m/s2 accélération de la pesanteur
G m , G m′ s−1 gradient de vitesse (ou taux de cisaillement) moyen D
H m hauteur de la solution dans la cuve
Figure A - Cuve agitée
H∗ m hauteur théorique créée par le mobile d’agitation
k ............................ constante
k’ ............................ constante
km ............................ constante

km ............................ constante
kL m/s coefficient de transfert de matière côté film liquide
K ............................ constante
œ m longueur des pales
L m dimension caractéristique
nc ............................ nombre de chicanes collées contre la paroi
n c* ............................ nombre de chicanes décollées de la paroi
np ............................ nombre de pales du mobile d’agitation
N s−1 fréquence de rotation du mobile d’agitation
N° mol/(m3 · s) débit de matière transférée par unité de volume
(ou taux de transfert de masse)
NP ............................ nombre de puissance
NP0 ............................ nombre de puissance en régime turbulent
NQc ............................ nombre de circulation
NQp ............................ nombre de pompage
p m pas de l’hélice
P W puissance d’agitation
Qc m3 / s débit de circulation
Qe m3 / s débit d’entraînement
Qp m3/s débit de pompage du mobile d’agitation
Re ............................ nombre de Reynolds
tc s temps de circulation : tc = V/Qc
tM s temps de mélange
tp s temps de pompage : tp = V/Qp
U m/s vitesse d’écoulement
Ux m/s vitesse instantanée du liquide dans une direction Ox
Ux m/s vitesse moyenne du liquide dans une direction Ox

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Notations et symboles
Symbole Unité Définition
U z* .............................. vitesse adimensionnelle
ux m/s fluctuation de vitesse dans une direction Ox
u x′ m/s valeur quadratique moyenne de la fluctuation de
vitesse dans une direction Ox
V m3 volume de liquide contenu dans la cuve
Vp m/s vitesse périphérique du mobile d’agitation
w m largeur (ou hauteur) des pales
We ............................ nombre de Weber
Y m élévation du centre du mobile d’agitation par rapport
au fond de la cuve
γ kg/s2 ou N/m tension superficielle
ε W / kg puissance dissipée par unité de masse
η Pa · s viscosité dynamique de la solution agitée (η = ρν)
λ m dimension caractéristique d’un petit tourbillon
ν m2/s viscosité cinématique de la solution agitée
ρ kg/m3 masse volumique de la phase liquide agitée
τ Pa contrainte de cisaillement
Φ ............................ N
Φ = -------P-
Fr y

1. Opérations de mélange sence de catalyseur, dissolutions, stockages de pulpes ou de pâtes,


etc. Le rôle de l’agitateur consiste à créer une vitesse ascendante du
fluide porteur supérieure à la vitesse de chute des particules, dans
certains cas le problème peut être inversé et l’on doit alors intro-
En mettant à part les mélanges gaz-gaz, solide-solide et solide-gaz duire dans le liquide des solides qui tendent à flotter.
(lits fluidisés), on peut regrouper les opérations de mélange en qua-
tre grandes classes d’application. Chacune peut se caractériser par
son aspect physique ou chimique. Il est bien évident qu’un pro- 1.1.1 Aspect physique
blème donné se rapportera rarement à une caractéristique unique,
mais plutôt à un ensemble de caractéristiques et il conviendra donc
Les paramètres importants à prendre en compte sont de deux
d’identifier clairement les étapes limitantes du procédé (tableau 1).
types : les données initiales et la définition du résultat à obtenir.

1.1.1.1 Données initiales


Tableau 1 – Différentes opérations de mélange Ce sont celles qui permettent d’évaluer les caractéristiques de
sédimentation des solides dans le liquide. À défaut de mesure en
Caractéristique Caractéristique laboratoire de la vitesse de sédimentation, pour déterminer la
Type d’application
physique chimique vitesse de chute des particules, il est donc nécessaire de connaître :
liquide-solide suspension dissolution — la masse volumique du liquide ;
liquide-gaz dispersion absorption — la masse volumique du solide ;
— le diamètre équivalent des particules et la répartition granulo-
liquide-liquide émulsion métrique ;
non miscibles dispersion extraction
ou miscibles mélange réaction — le pourcentage total des solides (en masse).

circulation pompage transfert


de chaleur 1.1.1.2 Définition du résultat à obtenir
Le rôle de l’agitation varie dans de grandes proportions suivant le
procédé que l’on met en œuvre. Dans certains cas (dissolution, par
exemple), il suffit de maintenir les plus gros solides en mouvement
1.1 Mélanges liquide-solide sur le fond tandis que les particules plus fines sont effectivement
mises en suspension plus ou moins haut dans la cuve (figure 1 a).
Le plus souvent, pour éviter une accumulation de solides dans la
Il s’agit là de l’une des applications les plus courantes de l’agita- cuve, il est nécessaire de maintenir en suspension toutes les particu-
tion : lixiviations, polymérisations, fermentations, réactions en pré- les présentes (figure 1 b). Il est très rarement indispensable de

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a partielle b complète c uniforme a sans influence b avec influence

Figure 1 – Suspension solide-liquide Figure 2 – Dispersion gaz-liquide : influence de l’agitation

maintenir une suspension uniforme de toutes les particules quelle d’hydrogénation, d’ozonisation, etc. Le rôle de l’agitateur est, du
que soit leur taille (figure 1 c). Il faut savoir que, pour une popula- point de vue physique, de créer une dispersion et, du point de vue
tion donnée de solides, une suspension uniforme peut nécessiter chimique, de créer une absorption.
jusqu’à 25 fois plus de puissance qu’une suspension partielle.
Un autre aspect important de la définition de l’opération à accom-
plir présente des incidences sur le plan mécanique. Il s’agit de la 1.2.1 Dispersion du gaz
possibilité ou non de démarrer l’agitateur dans les solides sédi-
mentés. Suivant la quantité totale de solides, l’élévation au-dessus Deux sources d’énergie participent à la dispersion du gaz dans le
du fond de la turbine inférieure et suivant surtout la nécessité d’une liquide : la première est l’énergie propre du gaz traversant le liquide,
telle possibilité, la conception mécanique de l’appareillage devra la seconde est l’énergie fournie par la turbine. Suivant la balance
être revue. entre ces deux énergies, on obtiendra un type de dispersion ou un
autre et le régime hydrodynamique dans la cuve sera gouverné par
l’expansion du gaz (figure 2 a) ou par la décharge de la turbine
1.1.2 Aspect chimique (figure 2 b).
Exemple : si on maintient dans une cuve donnée un débit d’injec-
Il doit être considéré dans le cas des dissolutions, des lixiviations tion de gaz constant et si on augmente progressivement la puissance
ou des cristallisations et il faut faire appel aux notions de transfert d’agitation (par exemple en augmentant la vitesse de rotation de la tur-
de matière. bine), on obtient les résultats résumés dans le tableau 2.
D’une façon générale, la quantité transférée s’exprime par :
N° = kL ai (C1 − C2) (1)
avec N° [mol/(m3 · s)] débit de matière transférée, Tableau 2 – Dispersion du gaz à débit de gaz constant
kL (m/s) coefficient de transfert de matière et puissance d’agitation croissante
côté film liquide,
Puissance Aspect
ai (m2/m3 de liquide) aire interfaciale volumique d’agitation de la surface
Dispersion Résultats
d’échange,
C1 − C2 (mol/m3) gradient de concentration ou Faible Bouillonnement Libre montée Mauvaise
facteur de potentialité. du gaz dispersion
(On peut tout aussi bien donner cette formule en unité de masse.) Dispersion Dispersion
du gaz vers
Lorsque tous les solides sont suspendus, l’aire volumique les parois moyenne
d’échange n’est pas affectée par l’intensité de l’agitation. Le gradient Surface
Moyenne uniforme Régime
de concentration moyen est lui aussi indépendant de l’agitation
mais, par contre, le coefficient de transfert kL est dans certains cas hydraulique Dispersion
de la turbine améliorée
fortement influencé par l’agitateur. C’est notamment le cas lorsque dominant
la concentration saturante est très élevée par rapport à la concentra-
tion moyenne dans la cuve et qu’il se crée autour de chaque parti- Surface Teneur en gaz Très bonne
cule solide en cours de dissolution une sorte de couche saturée ou Forte uniforme maximale dispersion
sursaturée. On doit alors avoir recours à des essais pilotes pour uniforme
déterminer les variations de kL (exprimé, par exemple, sous forme
du nombre de Sherwood) en fonction des conditions de l’agitation.
L’extrapolation ne pourra cependant pas être géométrique, la taille
1.2.2 Absorption du gaz
des particules n’étant généralement pas multipliée par le facteur
d’extrapolation (§ 7).
Selon la théorie du double film de Whitman (cf. article Distillation.
Absorption : 4. Colonnes garnies [J 2 626], le transfert de masse d’un
gaz à un liquide se heurte à plusieurs résistances : diffusion à travers
1.2 Mélanges liquide-gaz le film gazeux, à travers le film liquide entourant la bulle de gaz,
transfert dans le liquide et, suivant les cas, résistance de réaction ou
d’absorption de la molécule d’origine gazeuse par le liquide ou un
Ce type d’application se rencontre par exemple dans les procédés solide. De ces différentes résistances dépend la cinétique globale du
de fermentation, d’aération d’eaux résiduaires, d’oxydation, système. Le plus souvent l’étape limitante est constituée par le

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10 Puissance
8
kL ai 6 2 2
4 Pu
iss
1,5 an 1,5
ce
2 (u
nit
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) rb
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ou
6 6
C
10–1 5 5
10–1 2 4 6 8 1 2 4 6 810 2 4 6 8 102

Niveau de puissance 4 4
10–1 2 3 4 5 6 7 8 9 1
ai aire interfaciale volumique d'échange d/D
kL coefficient de transfert de matière côté film liquide d diamètre de la turbine
Unités arbitraires sur les deux axes D diamètre de la cuve agitée

Figure 3 – Produit kL ai en fonction du niveau de puissance Figure 4 – Puissance consommée et couple d’agitation
appliqué à l’agitateur en fonction du rapport d/D pour un résultat identique
(même temps et même qualité de mélange)

transfert au travers du film liquide entourant la bulle de gaz. Comme


dans le cas du transfert liquide-solide (§ 1.1.2) le paramètre impor- 1.3.2 Liquides non miscibles
tant est le facteur kL ai de la formule (1).
Contrairement aux applications liquide-solide, l’agitateur est Par certains aspects, ce type d’application peut se rapprocher du
généralement sans effet sur kL ; par contre, son influence sur la sur- mélange liquide-gaz (§ 1.2). En effet, le rôle de l’agitateur consiste à
face d’échange ai est extrêmement importante. Pour un procédé disperser l’une des phases dans l’autre pour, le plus souvent, provo-
donné, on peut tracer des courbes comme celle de la figure 3 qui quer un transfert de masse. La dimension des gouttelettes et leur
représente les variations relatives de kL ai en fonction du niveau de distribution dépendent aussi bien des caractéristiques physiques et
puissance appliqué sur l’agitateur. chimiques des produits que du type d’agitation et du régime
hydraulique. Si l’augmentation de l’aire superficielle d’échange est
Là encore, lors de l’extrapolation il faudra prendre garde aux un paramètre important d’un mélange liquide-liquide, il ne faut pas
effets d’échelle [par exemple, taille relative des bulles et des pales en conclure que la création d’un cisaillement important est la seule
de turbine ou taille des bulles comparée au degré de turbulence fonction de l’agitateur. En effet, il faut également faire circuler les
(§ 2.5)]. gouttelettes une fois brisées, et cela requiert une capacité de pom-
page parfois élevée. Enfin, il faut éviter que l’énergie fournie par agi-
tation forme des particules de taille inférieure à la taille stable
(émulsion). Une fois encore, si l’on a recours à des essais pilotes, les
1.3 Mélanges liquide-liquide notions de taux de cisaillement moyen et maximal, ainsi que la taille
relative des différents éléments en présence, prennent toute leur
importance lors de l’extrapolation (§ 7).
Il s’agit d’une des applications les plus fréquentes, et on doit envi-
sager séparément les mélanges de liquides miscibles et de liquides
non miscibles.
1.4 Circulation
1.3.1 Liquides miscibles
Le principal et vaste domaine de cette application concerne le
transfert de chaleur. Les cuves destinées à ce genre d’opération sont
La caractéristique principale de l’agitateur destiné à une telle généralement équipées soit d’un réseau de serpentins intérieurs,
application sera de posséder une capacité de pompage importante soit de tubes verticaux intérieurs, soit d’une double enveloppe exté-
(§ 3.2.1). Pour une même puissance installée, on obtiendra une rieure. La figure 5 reproduit les dispositifs le plus couramment utili-
capacité de pompage plus importante avec une grande turbine tour- sés.
nant lentement qu’avec une petite turbine tournant rapidement.
Toutefois, à vitesse plus faible, la turbine de grand diamètre Le rôle que l’on attend de l’agitateur consiste à provoquer une tur-
nécessite un couple d’entraînement plus important, ce qui influe sur bulence importante le long des surfaces d’échange. Il faut cepen-
la taille du réducteur de vitesse et du dispositif de guidage de dant noter qu’il n’est pas toujours possible d’utiliser l’agitateur
l’arbre. Sur la figure 4 sont représentées les variations de la puis- optimal du point de vue du transfert de chaleur dans la mesure où
sance et du couple en fonction du rapport diamètre de turbine/dia- d’autres applications peuvent être prépondérantes dans la cuve. Un
mètre de cuve pour un résultat identique (même temps et même bon transfert de chaleur sera favorisé par une grande capacité de
qualité de mélange, par exemple). pompage, autrement dit par une turbine de grand diamètre. Afin
d’améliorer le régime hydraulique et les turbulences au voisinage
L’élément déterminant du choix sera donc souvent une balance des surfaces d’échange, le nombre, la position et les dimensions des
économique entre frais d’investissement et frais de fonctionnement chicanes doivent être étudiés avec précision, de même que le dia-
de l’unité. Pour ce qui concerne l’effet de la viscosité on peut se mètre et l’espacement des tubes dans le cas de serpentins ou de
reporter au paragraphe 3.1.2. tubes verticaux.

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sont des mobiles de turbulence (figure 6 b). Certains mobiles utili-


sés pour des produits visqueux ont une composante tangentielle.

Les caractéristiques des principaux types de mobiles à débits


radial et tangentiel ont été rassemblées dans l’article [Form.
J 3 802].

2.2 Régimes hydrodynamiques


a cuve b cuve c cuve
avec serpentin avec double avec tubes Le régime hydraulique créé dépend non seulement du type
enveloppe verticaux de mobile d’agitation (§ 2.1) mais aussi de facteurs géométriques
concernant la cuve :
Figure 5 – Cuves munies d’échangeurs de chaleur
— présence ou non de chicanes ;
— excentration de l’arbre ;
— inclinaison de l’arbre ;
— dimension de la cuve.
Pour chaque mobile d’agitation, il existe donc une infinité de
configurations possibles. Sur la figure 7 sont indiquées les formes
de courant créées dans plusieurs cas par un mobile à débit axial.
Il est bien évident que, quel que soit le type de turbine, si la cuve
n’est pas munie de chicanes et si l’axe de l’agitateur est confondu
avec l’axe de la cuve (figure 7 a), le liquide est mis en rotation et les
composantes verticales de vitesse seront extrêmement faibles. Il y a
par ailleurs formation d’un vortex qui présente, comme on le verra
a débit axial b débit radial au paragraphe 3.1, l’inconvénient de limiter la puissance dissipée et
de ne pas favoriser l’homogénéisation des fluides. La présence de
Figure 6 – Mobiles à débit axial et à débit radial chicanes fixées sur les parois de la cuve empêche la formation d’un
vortex (figure 7 b). En général, on dispose 3 ou 4 chicanes de lar-
geur b = 10−1 D (avec D diamètre de la cuve agitée), collées ou
décollées de la paroi (distance de la chicane à la paroi : b’ = 2 x 10−2
2. Définition d’un système D). On peut aussi, pour éviter la formation d’un vortex dans une
cuve exempte de chicanes, monter l’arbre d’agitation excentré mais
d’agitation vertical (figure 7 c) ou bien incliné sur la verticale (figure 7 d). Il est
important de noter que ces deux dernières dispositions induisent
des contraintes mécaniques importantes et donc qu’elles ne sont
pas utilisables pour de fortes puissances (≈ 3 kW) ou de grandes lon-
2.1 Description des mobiles gueurs d’arbre (≈ 1 à 2 m).
Pour des grands réservoirs, ayant jusqu’à 150 000 à 200 000 m3
de volume, contenant des liquides de faible viscosité (< 0,1 Pa · s),
Il existe deux grandes classes de mobiles d’agitation suivant le on place l’arbre d’agitation horizontalement et un peu incliné par
mouvement des fluides engendré dans la cuve par rapport à l’axe de rapport au rayon (angle α). On voit, figure 8, quelle est la position
rotation du mobile : correcte à choisir ; si l’on place l’agitateur dans l’une des positions
— les mobiles à débit axial ; des figures 8 b ou 8 c, il se forme un vortex. Cette technique peut
— les mobiles à débit radial. également être utilisée dans des petits réservoirs ou dans des appli-
cations particulières (par exemple, stockage de pâte de haute den-
sité en papeterie, α peut alors être nul).
2.1.1 Mobiles à débit axial

Ces mobiles créent un mouvement des fluides dans une direction 2.3 Turbulence et pompage
axiale (vers le haut ou vers le bas). Ils assurent une circulation du
fluide importante (figure 6 a). Cependant, certains mobiles présen-
En général, on peut dire que deux actions bien distinctes sont
tent, en plus de la composante axiale prépondérante, une compo-
demandées à un mobile d’agitation :
sante radiale.
— une action de pompage ;
— une action de turbulence.
Les caractéristiques des principaux types de mobiles à débit Suivant la forme et le type du mobile, les proportions relatives de
axial ont été rassemblées dans l’article [Form. J 3 802], rédigé turbulence et de débit de pompage peuvent varier considérable-
avec des données techniques fournies par la littérature ou par ment. On verra paragraphe 3 comment évaluer ces deux actions.
les fabricants eux-mêmes. Mais à titre de comparaison, on a représenté (figure 9) la proportion
entre débit de pompage et turbulence pour différents types d’agita-
teurs consommant une puissance donnée.
2.1.2 Mobiles à débit radial Chaque mobile crée dans sa zone d’action des formes de cisaille-
ment plus ou moins grandes (§ 3.4), qui peuvent être déterminantes
Ces mobiles fournissent un débit perpendiculaire à l’arbre d’agita- pour certaines applications spécifiques (dispersion, agitation de
tion. Ils créent des effets de cisaillement relativement importants. Ce produits non newtoniens). Ces forces sont faibles dans le cas de

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Vortex

a sans chicane b avec chicanes c arbre excentré d arbre excentré


vertical incliné

Figure 7 – Formes des courants créés par


un mobile à débit axial

a position correcte b position incorrecte c position incorrecte


7 < α < 12° (car la valeur de α n'est pas respectée),
formation de vortex
Ordre de grandeur des grands réservoirs : ≈ 100 m3 jusqu'à 150 000 à 200 000 m3
suivant l'opération de mélange Figure 8 – Agitation de grands réservoirs

mobiles à débit axial mais peuvent être très importantes pour des
mobiles à débit radial.
Les deux notions, pompage et turbulence, vont conditionner la
sélection d’un mobile d’agitation en fonction de l’opération de
Agitateur à ancre
mélange à réaliser (§ 6).

Turbine hélicoïdale
Débit de pompage Turbulence 2.4 Géométrie d’un système d’agitation
Hélice

Lors de ses travaux sur l’agitation, Rushton [1] a défini une cuve
Turbine à pales inclinées dite standard.

Turbine à pales droites ou incurvées Les dimensions de cette cuve standard sont :
— diamètre de la cuve = hauteur du liquide, soit D = H ;
— diamètre du mobile d’agitation d = D/3 ;
Mobile de dispersion
— hauteur du mobile par rapport au fond de la cuve
Y = d = D/3 ;
— chicanes de largeur b = 10−1 D collées ou décollées de la
paroi avec b‘ = 2 x 10−2 D.
Figure 9 – Proportion entre débit de pompage et turbulence (Se reporter à la figure du tableau des notations en début
suivant le mobile d’agitation d’article.)

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1,5d
2d
0,5d

2d
H = 2D
3d
2d
H=D

2,5d

2d
2d

1d
1d
d

0,5d
0,5d

0,5d
D

Figure 10 – Cuves et mobiles : configurations possibles

En réalité toutes les cuves ne sont pas standard ; en particulier les d’agitation. Le seul mélange qui puisse se faire entre les couches
rapports d/D s’écartent plus ou moins de la valeur 1/3 et les rapports parallèles au courant est dû uniquement à la diffusion moléculaire
H/D peuvent être supérieurs à 1. Si H/D > 1, plusieurs mobiles d’agi- et est indépendant de la puissance fournie qui, d’ailleurs, est dissi-
tation peuvent être placés sur l’arbre (figure 10). pée sous forme de chaleur.
Le régime turbulent se caractérise par des mouvements dans tou-
tes les directions et donc par un bon mélange des filets fluides.
2.5 Régimes d’écoulement Pour caractériser le niveau de turbulence, il faut analyser en un
point donné M de la cuve le vecteur vitesse instantanée. Celui-ci
subit des variations incessantes et désordonnées, mais sa valeur
Se reporter aux articles de Mécanique des fluides, dans le traité moyenne reste en général constante si le régime d’écoulement est
Sciences fondamentales. permanent. La figure 11 représente un enregistrement type de la
En mécanique des fluides, l’écoulement d’un fluide de vitesse U vitesse en un point M en considérant une seule direction : Ox, par
(m/s), de masse volumique ρ (kg/m3), de viscosité dynamique η exemple.
(Pa · s), dans un tube de diamètre d, est caractérisé par le nombre de À un instant donné, on peut poser :
Reynolds défini par :
Ux = U x + ux (4)
Udρ Ud
Re = ----------- = -------- (2)
η ν avec Ux vitesse moyenne du liquide,
avec U vitesse d’écoulement, ux fluctuation de vitesse du fluide en M.
ν viscosité cinématique : ν = η / ρ, Les valeurs moyennes de ux dans le temps sont nulles. On utilise
d diamètre de la conduite. souvent u x′ , la valeur quadratique moyenne de la fluctuation de
Pour un mobile d’agitation de diamètre donné d, tournant à une vitesse :
vitesse N, la vitesse périphérique est proportionnelle à Nd.
Le nombre de Reynolds de l’agitateur se définira par : u x′ = u x2 (5)

Nd 2 On appelle intensité de turbulence en un point donné M, dans une


Re = ---------- (3)
ν direction donnée Ox, le rapport u x′ ⁄ U x .
Selon la valeur de Re, on pourra distinguer trois régimes hydro- Les définitions précédentes permettent de définir un mouvement
dynamiques : laminaire, intermédiaire, turbulent.
moyen U x et un mouvement de turbulence u x′ . Le mouvement
Exemple : une turbine disque à 6 pales droites tourne dans une moyen est constitué de gros tourbillons, de bouffées de fluide, de
cuve donnée (d/D = 0,33 ; nc = 4, nc étant le nombre de chicanes col- dimension caractéristique L, tandis que le mouvement de turbu-
lées contre la paroi). On distingue les trois régimes [3, 4, 5] : lence ou tourbillonnaire est constitué de tourbillons énergétiques de
Re < 10 régime laminaire, dimension caractéristique λ auxquels on associe un nombre de Rey-
10 < Re < 104 régime intermédiaire, nolds :
104 < Re régime turbulent.
u x′ λ
(Cette turbine porte le repère R1 dans l’article [Form. J 3 802]). Re λ = --------- (6)
ν
Le nombre de Reynolds correspondant au début du régime turbu-
lent dépend du type de mobile d’agitation et de la configuration du Les bouffées de fluide sont renouvelées en permanence par le
système d’agitation. mobile d’agitation et évoluent vers des structures fines dont l’éner-
gie cinétique se dissipe. La puissance ε dissipée par unité de masse
Pour les mobiles à débit radial : Re ≈ 104.
de solution dans les petits tourbillons est :
Pour les mobiles à débit axial : Re ≈ 105.
u′ 3
Le régime laminaire se traduit par l’absence de mouvement du ε ∼ -------- (7)
fluide dans une direction différente de celle imposée par le mobile λ

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3.1.1 Application de la similitude et de l’analyse


Ux (m/s)
dimensionnelle au calcul de la puissance
1
ux Un problème d’agitation fait intervenir un certain nombre de
variables dont :
0,8
— 3 caractéristiques des fluides à agiter : la masse volumique ρ
0,6 (kg/m3), la viscosité dynamique η (Pa · s) et la tension superficielle
γ (N/m) ;
0,4 Ux — 3 caractéristiques cinématiques et dynamiques : la vitesse de
l’agitateur N (tr/s), l’accélération de la pesanteur g = 9,81 m/s2 et la
0,2
puissance absorbée pour vaincre les forces de résistance P (W) ;
— (au moins) 10 caractéristiques aussi bien de l’agitateur lui-
0
même que de l’appareil dans lequel il fonctionne et des accessoires
0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 qui y sont fixés, tels que : serpentins, chicanes, etc. ;
Temps (s)
ce qui peut s’écrire :
Figure 11 – Vitesse en un point donné :
évolution en fonction du temps. f (ρ, η, γ, N, g, P, d, D, H, Y, w, b, œ, p, np, nc) = 0 (8)

(La signification des symboles est donnée en début d’article.)


Elle est proportionnelle à la viscosité cinématique du fluide, au Ces 16 variables peuvent s’exprimer à partir des trois unités fon-
carré de la valeur quadratique moyenne de la fluctuation de vitesse damentales : masse, longueur et temps. L’application du théorème
u’, et inversement proportionnelle à la taille des petits tourbillons. de Vaschy-Buckingham permet de transformer la relation précé-
dente en une relation comportant 16 − 3 = 13 nombres sans dimen-
Kolgomoroff [6] considère que : sion. Ce sont les nombres suivants :
— la taille des petits tourbillons est indépendante de celle des
bouffées primaires renouvelées par le mobile d’agitation ; N d 2 ρ Nd 2
Re = ----------------- = -----------
— la taille des petits tourbillons ne dépend que de la puissance η ν
dissipée localement ;
qui caractérise le rapport entre les forces d’inertie et les forces de
— la turbulence est isotrope : u x′ = u y′ = u z′ . viscosité est le nombre de Reynolds de l’agitateur ;
Dans un système d’agitation donné, on peut considérer que l’éne-
rgie dissipée localement ε est proportionnelle à la puissance d’agita- N2 d
Fr = ------------- (9)
tion volumique P/V (avec P puissance d’agitation et V volume du g
liquide agité), le coefficient de proportionnalité étant fonction de la
nature du mobile et du point considéré. Par conséquent, les valeurs qui caractérise le rapport entre les forces d’inertie et les forces de
de la fluctuation de vitesse u’ dépendent de la puissance fournie par gravité est le nombre de Froude ;
le mobile d’agitation. Mais certains mobiles dissipent une part
importante de l’énergie sous forme de turbulence (mobile radial), P
N P = ------------------- (10)
d’autres sous forme de circulation (mobile axial). ρ N3 d 5
Schwartzberg [2] a montré que, dans des systèmes d’agitation est appelé nombre de puissance. C’est le coefficient de traînée de
géométriquement semblables, quel que soit le type du mobile d’agi- l’agitateur dans le fluide ;
tation, à vitesse périphérique du mobile d’agitation donnée π Nd, en
des points homologues, on a des vitesses moyennes et des valeurs
quadratiques moyennes des fluctuations de vitesses égales. ρ N2 d 3
We = ------------------ (11)
γ

qui caractérise l’action des forces de tension superficielle. C’est le


nombre de Weber ;
3. Paramètres globaux — les rapports géométriques
d’un système d’agitation d d d d d d d
---- , ---- , ---, --- , ----, ----- , --- , n c , n p (12)
D H Y p œ w b

L’équation générale peut alors s’écrire, soit :


3.1 Puissance dissipée
Nd 2 N 2 d ρN 2 d 3
f  ---- , ---- , --- , --- , --- , ----- , --- , n c , n p , ----------, ----------, ------------------ , ------------------  = 0
d d d d d d d P
D H Y p œ w b ν g ρN 3 d 5 γ 
Lorsque, pour une opération de mélange à effectuer, un type de
mobile d’agitation a été choisi, il reste à déterminer la puissance
nécessaire à son entraînement. La suite montrera que la puissance soit encore en adoptant un développement en puissance :
ne peut être considérée comme le seul critère de définition d’un agi- NP = k Rex Fry Wez
tateur (§ 3.2, § 3.3, § 5.4, § 5.6). C’est cependant un élément impor-
tant puisqu’elle permet de choisir le type de moteur à installer et de x1 x2 x3 x4 x5 x6 x7
comparer, sur le plan consommation d’énergie, les performances de  ---
d 
-  ---
d 
-  --d-  d
---   ----
d 
- d
---  d
---  n cx8 n px9 (13)
plusieurs mobiles. D  H  Y  œ  w  p  b 

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3.1.2 Courbes caractéristiques


Φ

Pour des systèmes cuves-agitateurs géométriquement sembla-


102
bles, quelle que soit la nature des fluides, l’équation (13) se réduit à : 5 A

NP = k Rex Fry (14) 2


10 B
5 C D
ou encore à la fonction Avec chicane
2
N 1
Φ = -------P- = k Re x (15) 5
Fr y E F
Sans chicane
2
Cette relation se traduit par une courbe appelée courbe caractéris- 10–1 2 5 2 5
tique d’un mobile d’agitation, donnant les variations de Φ en fonc- 1 10 102 2 5
103 2 5
104 2 5
105
Re
tion du nombre de Reynolds.
AB régime laminaire Re < 10 (§ 3.1.2.1)
Les deux cas suivants peuvent se présenter : BC, BE régime intermédiaire 10 < Re < 104 à 105 (§ 3.1.2.2)
— en présence d’un vortex (sans chicane) : CD, EF régime turbulent 104 à 105 < Re (§ 3.1.2.3)

Figure 12 – Courbes caractéristiques de puissance : allure générale


si Re < 300 : Φ = NP (16)

D’après la définition (10) de NP :


NP
si Re > 300 : Φ = -------- (17)
Fr y kν
P = N P ρ N 3 d 5 = ----------- ρ N 3 d 5 = k η N 2 d 3 (21)
Nd 2
a – lg Re
et y = ------------------------ (18) La puissance est indépendante de la masse volumique du fluide
a′
et de la présence ou non de vortex, mais proportionnelle à la visco-
avec a et a’ coefficients donnés dans le tableau 3 ; sité.
— en l’absence d’un vortex (avec chicanes) :
3.1.2.2 Régime intermédiaire
∀Re : Φ = N P et N P = f ( Re ) (19)
Dans le cas où 10 < Re < 104 à 105 (selon le type de mobile) (zones
BC ou BE, figure 12).
La figure 12 représente, en l’absence et en présence d’un vortex,
l’allure générale de la courbe caractéristique d’un mobile d’agita- L’expression mathématique de la courbe Φ = f (Re) n’est pas sim-
tion. Elle met en évidence les 3 zones de fonctionnement définies au ple. On détermine la puissance en utilisant directement la courbe Φ.
paragraphe 2.5.
3.1.2.3 Régime turbulent
Dans le cas où 104 à 105 < Re (zones CD ou EF, figure 12).
Tableau 3 – Coefficients a et a’ de la formule (18) Ce régime se caractérise par un Φ constant et donc indépendant
du nombre de Reynolds pour des valeurs de Re > 104 à 105 :
Mobile D H Y
np ou p ---- ---- ---- a a’ — avec vortex, d’après (17) :
d’agitation d d d
N
Turbine à np Φ = -------P- = Cte (22)
pales droites Fr y
np = 4 3,3 2,7 à 3,9 0,75 à 1,3 1 40
(repères R 1 et np = 6 3 2,7 à 3,9 0,75 à 1,3 1 40
R 2, — sans vortex, d’après (19) :
article [J 3 802])
Φ = N P = Cte = N P0 (23)
Hélice marine
de pas p
(repère A1, p=d 3 2,7 à 3,9 0,75 à 1,3 2,1 18 et, d’après (10) : P = NP0 ρN 3d 5.
article [J 3 802]) Dans une cuve munie de chicanes (sans vortex) fonctionnant en
La signification des symboles est donnée en début d’article. régime turbulent, la puissance dissipée est indépendante de la vis-
cosité du fluide.
Exemple : on considère une turbine disque à six pales droites
3.1.2.1 Régime laminaire (repère R1, article [J 3 802]) de diamètre de mobile d = 1 m qui tourne
à une vitesse N = 1,5 s−1 dans de l’eau (ν = 10−6 m2/s). Son nombre de
Dans le cas où Re < 10 (zone AB, figure 12). Reynolds est donc d’après (3) : Re = 1,5 x 106. Pour être en régime
intermédiaire il faudrait que la viscosité du produit soit environ 150 à
Dans l’équation (14) : 200 fois plus forte que celle de l’eau.
x = − 1 et y = 0, Le lecteur trouvera, dans l’article [J 3 802], les courbes NP = f (Re)
caractéristiques de différents mobiles d’agitation disponibles dans
k kν
d′où : Φ = N P = ------- = ---------- (20) le commerce et les valeurs du nombre de puissance NP 0 en régime
Re Nd 2 turbulent.

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3.1.2.4 Influence des éléments géométriques 3.2.3 Application à l’estimation du temps


de mélange
Rushton [1] avait établi des courbes caractéristiques pour des rap-
ports géométriques bien définis :
3.2.3.1 Définition et équation
d 1 H b 1 Y 1 On définit le temps de mélange tM comme le temps nécessaire à
---- = --- ; ---- = 1; ---- = ------; ---- = ---
D 3 D D 10 D 3 l’obtention d’un mélange d’une qualité fixée dans des conditions
d’agitation bien déterminées. C’est donc l’intervalle de temps entre
L’expérience montre que, en régime turbulent, en l’absence de le début de l’agitation et le moment où une composition uniforme
vortex, les courbes caractéristiques restent valables, du moins sur est obtenue dans la masse fluide. Cependant il existe une ambiguïté
certaines plages de variation des rapports géométriques tels que : quant à la définition d’une composition uniforme. Tout dépend de
l’échelle à laquelle on se situe : à l’échelle du litre, du millilitre ou des
d H Y molécules. Il est bien évident dans ces conditions que le temps de
0,2 < ---- < 0,5 ; 2 < ---- < 4 ; 0,7 < --- < 1,6 mélange ne sera pas le même.
D d d
Comme pour le calcul de la puissance d’agitation (§ 3.1), le temps
Cependant, pour des configurations géométriques différentes de de mélange est fonction :
celles correspondant aux normes fournies, il est préférable de — des caractéristiques physico-chimiques des fluides à
s’adresser au constructeur qui donnera les valeurs numériques des mélanger ;
coefficients de correction à appliquer. — des conditions d’agitation ;
— du système cuve-agitation.
3.1.2.5 Influence du nombre de mobiles d’agitation Pour un système d’agitation donné, ou des systèmes géomé-
triquement semblables, munis de chicanes et travaillant en régime
Dans le cas d’un arbre comportant plusieurs mobiles d’agitation turbulent, l’analyse dimensionnelle permet d’écrire :
(figure 10), la puissance absorbée dépend de la position des mobi-
les les uns par rapport aux autres et aussi du rapport H/D. En pre- NtM = k’ Rex (27)
mière approximation, on peut cependant dire que la puissance
avec k’ constante dépendant du type de mobile.
totale absorbée est égale à la somme des puissances absorbées par
chaque mobile.
3.2.3.2 Mesure des temps de mélange
Il existe diverses méthodes permettant de mesurer les temps de
mélange [11, 12] mais elles conduisent bien souvent à des conclu-
3.2 Débits de pompage et de circulation sions assez différentes. La technique de base est l’observation de
l’évolution d’une propriété du fluide après avoir introduit dans le
système une perturbation. Les principales techniques de mesure uti-
3.2.1 Débit de pompage lisées sont les suivantes.
■ Méthodes colorimétriques avec réaction chimique
Le débit de pompage Qp est le débit de liquide qui passe effective- On observe par exemple le changement de coloration après avoir
ment dans le mobile d’agitation. Il est proportionnel à la vitesse de introduit un indicateur coloré dans une cuve contenant un mélange
rotation N, et au cube du diamètre du mobile d, soit : acide-base. Il s’agit alors d’une observation visuelle.
■ Méthodes thermiques
Qp = NQp N d 3 (24)
Une impulsion thermique de quantité connue est produite dans la
Le coefficient de proportionnalité NQp est appelé nombre de pom- masse du fluide. Des thermocouples placés dans la cuve suivent
page. Il est fonction du type de mobile d’agitation et du régime l’évolution de la température en fonction du temps.
hydrodynamique. Dans le cas du régime turbulent NQp peut être ■ Méthode des traceurs radioactifs
considéré comme constant. On suit l’homogénéisation de la concentration d’un traceur placé
L’article [J 3 802] donne des valeurs de NQp pour différents mobi- dans la masse fluide agitée.
les d’agitation. ■ Méthode conductimétrique
Elle est fondée sur la variation de la conductivité électrique de la
masse fluide après avoir introduit une petite quantité d’un électro-
3.2.2 Débit de circulation lyte fort (acide sulfurique, soude) ou d’un sel (chlorure de sodium).
Une ou plusieurs sondes conductimétriques placées dans la cuve
Le débit de pompage induit dans le volume de la cuve, par trans- indiquent la variation de la conductivité en fonction du temps. En
fert de quantité de mouvement, un débit d’entraînement Qe. Le débit général, on considère un temps de mélange tM99 tel que les varia-
de circulation Qc est la somme du débit d’entraînement Qe et du tions de la conductivité ne constituent plus que 1 % de la variation
débit de pompage Qp, soit : échelon. C’est la méthode le plus couramment utilisée.
Khang et Levenspiel [13] ont défini un critère utilisant la vitesse de
Qc = Qe + Qp (25) décroissance des fluctuations de concentration à l’intérieur de la
cuve. Il suffit de se fixer le pourcentage de déviation par rapport à
D’après les travaux de plusieurs auteurs [4], on admet que, quel l’uniformité pour en déduire un temps de mélange.
que soit le type de mobile d’agitation, le rapport Qc /Qp est à peu Toutes ces méthodes peuvent être utilisées pour tester un mobile
près constant et vaut environ 1,8. On pourra définir un nombre de d’agitation. Le tableau 4 permet d’en voir les avantages et les incon-
circulation NQc par : vénients. Le choix de la technique dépend des conditions opératoi-
res, du système étudié et des caractéristiques des fluides [11].
Qc
- = 1,8 N Qp
N Qc = ---------- (26) Pour plus de détails sur ces méthodes, se reporter au traité Ana-
Nd 3 lyse chimique et Caractérisation.

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Le temps de mélange tM peut être relié au débit de pompage du


Tableau 4 – Méthodes de mesure du temps de mélange mobile d’agitation :
Méthodes Avantages Inconvénients NtM = k’ d’où tM = k’/N
colorimétriques Pas de capteur Demandant une Qp = NQp Nd 3
avec réaction de mesure. bonne observation
chimique La décoloration visuelle. Le temps de pompage tp = V /Qp est donc :
d’un fluide est facile Ne s’appliquent pas
à déterminer. pour fluides opaques. V
Consommation t p = ------------------------ (28)
de fluides. N Qp Nd 3
thermiques Pas de modification La cuve doit
de la nature être isolée t M k′ N Qp d 3
des fluides. thermiquement. d′où : ------ = --------------------------
-
tp V
Ne consomment Appareillage
pas de produits. important et coûteux. Pour un système d’agitation donné, ce rapport est donc constant.
des traceurs Valables quel que Utilisation Pour des systèmes géométriquement semblables d 3 /V est constant,
radioactifs soit le système agité. de la radioactivité il en est de même pour tM /tp et donc pour tM /tc (avec tc : temps de
(implication pratique
et financière). circulation défini par tc = V /Qc). Ce rapport indique le nombre de cir-
culations que doit effectuer le liquide pour être mélangé (exemple
conductimétriques Utilisent des capteurs Nécessité
très simples et des de renouveler les flui- § 5.3).
produits bon marché. des au bout
Mise en œuvre d’un certain
rapide. nombre d’essais.
Résultats corrects. 3.3 Analogie avec une pompe centrifuge.
Hauteur théorique créée
3.2.3.3 Corrélation pour calculer le temps de mélange
Il est possible de faire une analogie entre un agitateur et une
Les divergences existant entre les corrélations proposées en utili- pompe centrifuge. La puissance P dissipée par l’agitateur et la hau-
sant la formule (27) : NtM = k’ Rex proviennent, d’une part, des diver- teur théorique H • sont liées par la relation :
ses méthodes utilisées et, d’autre part, des conditions d’expérience
(placement des capteurs, endroit d’injection du traceur, degré de P = Qp ρ gH ∗ (29)
mélange différents ou non précisés). En régime turbulent, on peut
considérer x = 0, soit NtM = k’. avec H∗ hauteur théorique créée par le mobile d’agitation.

Cependant, pour des agitateurs classiques, il existe quelques cor- L’expression de la puissance peut également s’écrire s’il n’y a pas
rélations pratiques permettant de calculer un temps de mélange de vortex et si on est en régime turbulent :
(tableau 5).
P = Np ρ N 3 d 5

d’où : Qp ρ g H ∗ = NP ρ N 3d 5.
Tableau 5 – Calcul du temps de mélange En remplaçant Qp par NQp Nd 3, d’après (24), il vient :
par deux formulations (1)
NP ρ N 3 d 5 NP
Mobile Formulation 1 (2) Formulation 2 (3) H * = -------------------------------------
- = ---------------- N 2 d 2 (30)
N Qp N d 3 ρ g N Qp g
Hélice marine Nt = 6 (D/d)2 (N/K) (d/D)2 = 0,90
(repère A1, [J 3 802]) n M Y = D/2 ; nc = 4 ; La vitesse périphérique Vp est :
p=d c = 3 ou 4
Re > 104 b = (1/10)D
0,10 < d/D < 0,45 ; Vp = π Nd (31)
Re > 104 d’où NP
In ( A /2 ) H ∗ = ------------------------- V p2 (32)
K = ----------------------- N Qp g π 2
–tM
Turbine disque H • est donc proportionnel au carré de la vitesse périphérique du
NtM = 4 (D/d)2 (N/K) (d/D)2,3 = 0,5
à six pales droites Y = D/2 ; nc = 4 ; mobile d’agitation.
nc = 3 ou 4
(repère R1, [J 3 802])
Re > 104 b = (1/10)D L’utilité principale de la hauteur théorique H ∗ est sa relation avec
W/d = 0,20 0,23 < d/D < 0,43 ;
œ /d = 0,25 la turbulence créée au sein de la solution agitée. Il est intéressant de
Re > 2 x 103 calculer le rapport Qp / H∗, qui permet de comparer les performances
In ( A /2 ) des divers mobiles d’agitation et de dire si un mobile a une action
K = ----------------------- de pompage ou de turbulence plus ou moins grande (§ 5.4, § 5.6).
–tM
(1) Un exemple numérique est donné § 5.3.
(2) Les corrélations proposées correspondent en général à un degré de
mélange supérieur à 99 %. 3.4 Gradient de vitesse
(3) A représente l’amplitude admissible des variations de la concentration
par rapport à la concentration échelon.
A peut être calculé par :
Le liquide quittant le pale de l’agitateur crée des effets de cisaille-
100 – ( degré mélange souhaité en % )
A = ------------------------------------------------------------------------------------------------------- ment dans le liquide. La figure 13 représente un profil de vitesse
100 autour d’une turbine à six pales droites (repère R1, [Form. J 3 802])
La signification des symboles est donnée en début d’article. tournant à trois vitesses différentes.

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dUx dUx
y (mm) (s –1) (unité arbitraire)
dy dy
40

30 4

20 200
3

10
al
Disque im
0 w 100 2 ax

al
M

im
66 131

ax
– 10 60

M
250 min–1
40

en
– 20

oy
30

M
– 30 Moyen
20 1
– 40
0 50 100 150 200 10 0,75
Ux (cm/s) 20 40 60 100 200 400 600 100 150 200
d = 150 mm N (min–1) d (mm)
y position du point de mesure par rapport au disque de la turbine
a en fonction de la vitesse b en fonction du diamètre
(Oy : axe vertical)
de la turbine (d = 150 mm) de la turbine (N = Cte)
Ux vitesse moyenne du liquide dans la direction horizontale Ox
w largeur (ou hauteur) de la pale Turbine : repère R 1, [Form. J 3802]

Figure 13 – Profil de vitesse autour d’un mobile à débit radial Figure 14 – Gradients de vitesse moyen et maximal
pour une turbine disque à 6 pales droites

Le gradient de vitesse (appelé encore taux de cisaillement) se


mesure à partir de la pente de l’enveloppe des vecteurs vitesse
(figure 13) : Repère ′
Turbine km km
(article [Form. J 3 802])
dU x
gradient de vitesse = ---------- (33) Hélice marine ........... A1 35 10
dy
Turbine HAP ............. A 2,3 42 13
La contrainte de cisaillement se définit par la loi de Newton : Turbine DEL .............. A6 80 13
Turbine TPR .............. R1 60 13
dU x
τ = η ---------- (34)
dy

Oldshue [14] a montré qu’il fallait distinguer deux gradients de


vitesse : un gradient moyen et un gradient maximal. La figure 14 a 4. Paramètres locaux
donne la variation de ces gradients de vitesse moyen et maximal
pour une turbine disque à 6 pales droites (repère R 1, [Form. d’un système d’agitation
J 3 802]), en fonction de la vitesse de rotation. Le gradient maximal
est environ égal à 2 fois le gradient moyen. La figure 14 b donne la
variation des gradients de vitesse moyen et maximal en fonction du
L’analyse locale du comportement de la cuve agitée présente plu-
diamètre de la turbine pour une vitesse d’agitation N constante. Le
sieurs intérêts. La connaissance du champ de vitesse en tout point
gradient moyen reste constant tandis que le gradient maximal aug-
mente avec le diamètre de la turbine. Il s’agit d’un élément impor- de la cuve donne accès à la circulation globale, à la localisation
tant pour l’extrapolation d’un système d’agitation (§ 7). des zones d’eaux mortes et des zones à fort gradient de vitesse. La
connaissance du champ de vitesse induit par un mobile d’agitation
Le gradient de vitesse moyen (Gm ) autour du mobile d’agitation permet de choisir la position et le type d’agitateur le mieux adapté à
est proportionnel à la vitesse de rotation du mobile : un procédé : mise en suspension, dispersion de particules solides
ou dispersion de bulles ou de gouttes. La connaissance du champ
Gm = km N (35) turbulent permet de quantifier le mélange en estimant les échelles
caractéristiques des tourbillons énergétiques, le niveau d’énergie
Il est possible de définir un gradient de vitesse moyen dans toute associé et le taux de dissipation d’énergie.
la cuve ( G m′ ) proportionnel à N :

Pour accéder aux grandeurs locales, l’analyse expérimentale est


′ = k′ N
Gm (36)
m indispensable (§ 4.1). En parallèle à l’expérience, les outils de simu-
lation numérique des écoulements dans les cuves agitées peuvent

Voici quelques valeurs de km et k m pour plusieurs turbines aider l’ingénieur à mieux maîtriser les performances d’un procédé
Moritz. de mélange (§ 4.2).

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4.1 Moyens de mesure du champ


de vitesse

4.1.1 Acquisition des données de vitesse

On peut mesurer la vitesse de l’écoulement dans une cuve agitée


par différentes techniques (figure 15). Un premier groupe de
moyens techniques correspond à une mesure locale et ponctuelle
de la vitesse instantanée par anémométrie à film chaud (hot film
anemometry : HFA), anémométrie à fil chaud (hot wire
anemometry : HWA) ou anémométrie laser à effet Doppler (laser
Doppler anemometry : LDA).
On doit mentionner une nouvelle technique de vélocimétrie par
image de particules (particle image velocimetry : PIV) qui donne
accès directement à la distribution spatiale du champ instantané de
vitesse dans un plan. Cette nouvelle technique permet un gain de
temps considérable dans l’analyse expérimentale d’une cuve puis-
que l’on mesure le champ de vitesse sur tout un plan et non point
par point.

4.1.2 Traitement des données de vitesse

En régime laminaire, le champ instantané mesuré ne nécessite


aucun traitement. Par contre, en écoulement turbulent, l’analyse Agitateur de type Rushton, de diamètre d = 0,11 m situé à 0,11 m du fond
locale est basée sur un traitement statistique à partir d’un grand d'une cuve de diamètre D = 0,295 m. La vitesse d'agitation est de N = 2 s–1.
nombre de mesures locales. À partir de la distinction entre champ La viscosité du fluide est de 0,25 Pa.S s–1.
moyen (organisé et reproductible) et champ fluctuant (aléatoire), on
peut déterminer expérimentalement les caractéristiques du mouve- Figure 15 – Champ de vitesse en régime laminaire mesuré
ment moyen et les caractéristiques de la turbulence (niveau d’éner- par la technique PIV (Particule Image Velocimetry)
gie cinétique turbulente notée k, échelles caractéristiques des
tourbillons par analyse spectrale ou corrélatoire). En ce qui
concerne le champ moyen, un exemple de résultat expérimental est
donné sur la figure 16. La vitesse axiale Uz est normalisée par πNd U*
z
où N est la vitesse de rotation de l’agitateur et d son diamètre. En 0,2
abscisse, la position radiale est normée par le rayon R de l’agitateur.
0,15
À partir du profil de vitesse présenté figure 16, on peut déte-
rminer le débit de pompage de l’agitateur, par intégration radiale : 0,1

R 0,05
Q p = 2π
∫ 0
U z ( r ) r dr 0
– 0,05
On trouve un débit de pompage de l’ordre de 0,006 m3 · s−1. On – 0,1
en déduit un nombre de pompage de 0,54 alors que Weetman et – 0,15
Oldshue [16] proposaient une valeur de 0,56 par mesure LDA.
– 0,2
– 0,25
– 0,3
4.2 Techniques numériques 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3
r/R
Compte tenu des performances des outils et des moyens de cal- Cuve cylindrique de diamètre 0,45 m, pour un agitateur axial A310
cul, il est désormais tout à fait réaliste de simuler numériquement de 0,15 m de diamètre, pour une vitesse N = 3,3 s–1, dans un plan situé
un grand nombre de géométries ou de conditions de fonctionne- 5 x 10–3 m sous l'agitateur.
ment en cuve agitée, en régime laminaire ou turbulent, en milieu
monophasique ou diphasique, pour les cuves aérées. Figure 16 – Profil radial de vitesse axiale sous l’agitateur
en régime turbulent mesuré par la PIV (S. Bugay, [15])
Compte tenu de la complexité de la géométrie des cuves agitées,
il n’y a pas de solution analytique au problème et la seule voie de
résolution locale est numérique. Pour un fluide newtonien, les écou-
lements sont régis par les équations de Navier-Stokes. Ces équa- sur les contours, aux entrée(s) et sortie(s) de la cuve. Ces deux opé-
tions peuvent être directement résolues en régime laminaire. En rations sont déterminantes quant à la qualité du résultat de la simu-
régime turbulent dans ces géométries complexes, on résout les lation. Pour la discrétisation du domaine de calcul, il est clair que le
équations de Reynolds. maillage doit être raffiné dans les zones où les grandeurs varient,
Si l’ingénieur dispose d’un code de calcul d’écoulement en régi- c’est-à-dire à proximité des parois, des obstacles (baffles), de l’agita-
mes laminaire ou turbulent en géométrie complexe, il lui incombe, teur, voire de l’injecteur pour les cuves aérées. Pour déterminer les
dans chaque traitement de cas, la responsabilité de discrétiser le conditions à la limite, la connaissance d’informations expérimen-
domaine d’écoulement et de déterminer les conditions aux limites tales locales s’avère encore incontournable.

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4.2.1 Régime laminaire Sans entrer dans le détail des théories de la turbulence, on dis-
pose de plusieurs modèles pour représenter la diffusion turbulente
En régime d’écoulement laminaire pour un fluide newtonien, les de quantité de mouvement, de matière et de chaleur. Une hypothèse
équations de Navier-Stokes permettent de calculer les distributions admise dans les codes de calcul actuellement disponibles consiste à
spatio-temporelles de la vitesse et de la pression dans le fluide. Tous exprimer la diffusion turbulente de quantité de mouvement, de
les codes de calcul industriels actuels permettent de résoudre ce matière ou de chaleur en terme de diffusivités turbulentes de quan-
type d’écoulement. En général, on calcule des champs de vitesse et tité de mouvement (viscosité turbulente), de température (diffusi-
de pression stationnaires en filtrant l’instationnarité réelle de l’écou- vité turbulente thermique), de matière (diffusion turbulente
lement induite par le mobile d’agitation. Il suffit alors de résoudre d’espèce) qui sont des propriétés locales de l’écoulement considéré.
l’écoulement dans la cuve, en dehors de la région occupée par le Dans les modèles de turbulence les plus utilisés, appelés modèles
mobile, en imposant aux limites géométriques de cette région des (k, ε) et basés sur les deux équations de transport de l’énergie ciné-
profils de vitesse stationnaires équivalents à la moyenne temporelle tique turbulente k et de son taux de dissipation ε, la diffusion turbu-
de la vitesse induite par l’agitateur, moyenne obtenue sur un grand lente est calculée en chaque point en fonction de k et de ε.
nombre de périodes de rotation de l’agitateur. Cette approche est
largement utilisée. Elle présente l’avantage de nécessiter des Dans les codes de calcul actuellement utilisés en régime turbulent
moyens de calcul raisonnables. Elle présente l’inconvénient d’intro-
en cuve agitée, on ne résout pas l’écoulement dans la zone occupée
duire une information empirique relative au profil de vitesse
par le mobile d’agitation. Par conséquent, le choix des conditions à
moyenne sous l’agitateur.
la limite autour de l’agitateur est important. On peut accéder expéri-
On a reporté sur la figure 17 un champ de vitesse moyenne mentalement aux profils de vitesse moyenne et de l’énergie cinéti-
simulé en écoulement axisymétrique avec le code Fluent. que turbulente. En revanche, on ne peut pas mesurer directement le
Dans ces simulations, il est possible de calculer la puissance profil de taux de dissipation d’énergie cinétique turbulente que l’on
consommée par le système d’agitation soit par intégration spatiale doit pourtant imposer. Cependant, surestimer ou sous-estimer ce
de la dissipation visqueuse d’énergie dans tout le domaine, soit par taux de dissipation aura d’importantes conséquences sur la distri-
intégration de la distribution des puissances des contraintes de bution de la turbulence dans toute la cuve.
cisaillement sur le contour de l’agitateur. Tatterson [17] recommande
la première méthode qui donne, en laminaire, de très bons résultats. Pour accéder au taux de dissipation de l’énergie cinétique turbu-
Pour des fluides non newtoniens, la simulation numérique est lente, on l’exprime en fonction de l’énergie cinétique turbulente et
envisageable à condition de connaître la loi rhéologique du fluide. d’une macroéchelle de longueur, caractéristique des tourbillons
contenant l’énergie :

4.2.2 Régime turbulent k3 ⁄ 2


ε = C -----------
Λ
En régime turbulent, c’est le comportement moyen de l’écoule-
ment qui intéresse l’ingénieur. Pour calculer ce comportement
moyen, il est indispensable de prendre en compte le transport tur- Jusqu’à maintenant, la macroéchelle de turbulence Λ est reliée
bulent généré par les fluctuations turbulentes de pression et de arbitrairement, voire empiriquement, à la géométrie de l’agitateur
vitesse. Ce transport s’interprète comme la capacité de l’écoulement (diamètre d ou hauteur des pales w). Dans le cas des turbines Rush-
turbulent à diffuser la quantité de mouvement, la température, la ton, Λ/w est compris entre 10 % et 80 %. Dans le cas de la turbine à
concentration. pales inclinées, Λ/w est compris entre 25 % et 200 %, ce qui corres-
pond à d/Λ entre 2,5 et 20. Dans le cas d’un agitateur axial A310
(A.4.6.), les auteurs proposent d/Λ entre 10 et 15.

Les codes actuels permettent de reproduire raisonnablement les


caractéristiques du mouvement dans une cuve. Cependant, contrai-
rement au régime laminaire, on ne retrouve pas la puissance fournie
quand on fait le bilan de la puissance dissipée sous forme des taux
de dissipation visqueuse de l’énergie cinétique turbulente. C’est une
des insuffisances actuelles des codes de simulation liée à une
méconnaissance partielle des mécanismes locaux à modéliser.

L’objectif de l’ingénieur est d’utiliser le code de calcul pour optimi-


ser le fonctionnement d’une cuve, en modifiant tel ou tel paramètre
géométrique. Les outils de calcul permettent d’avoir une solution
approchée du problème, compte tenu des approximations portant
sur différentes simplifications :

— la définition de la géométrie de la cuve ;


— la définition des conditions aux limites ;
— l’hypothèse de fonctionnement stationnaire de la cuve ;
— la modélisation de la turbulence.
Agitateur de type Rushton, de diamètre d = 0,11 m situé à 0,11 m du fond Malgré ces simplifications, l’outil de simulation peut être précieux
d'une cuve de diamètre D = 0,295 m. La vitesse d'agitation est de 2 s–1. pour comprendre des dysfonctionnements éventuels et rechercher
La viscosité du fluide est de 0,25 Pa. s–1.
des modes de fonctionnement plus efficaces. Avant de simuler toute
Figure 17 – Champ de vitesse simulé par le code Fluent nouvelle géométrie, il faut insister sur la nécessaire étape de valida-
en régime laminaire tion des résultats par des données acquises avec un pilote existant.

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■ Le temps de pompage se définit par :


5. Exemples de calculs pour
des systèmes d’agitation V 0,572
t p = ------- = ------------------------- = 6,4 s
Qp 89 × 10 −3

■ Le débit de circulation Qc dans la cuve est (§ 3.2.2) :


5.1 Calcul de la puissance dissipée
Qc = 1,8 Qp = 1,8 x 89 x 10−3 = 160 x 10−3 m3 /s

On calcule la puissance nécessaire à l’entraînement d’un


■ Le temps de circulation est :
mobile d’agitation, type hélice marine, repère A1 [J 3 802]
(p = d, np = 3, d = 0,3 m, N = 6 s−1), monté dans une cuve stan-
dard (H = D, d/D = 1/3, Y/d = 1, n c* = 3 ) contenant un liquide de V 0,572
t c = ------- = ---------------------------- = 3,6 s
masse volumique ρ = 1 200 kg/m3 et de viscosité η = 3,6 x 10−3 Qc 160 × 10 −3
Pa · s. On en déduit la puissance dissipée par unité de volume
de liquide P/V, ainsi que la vitesse périphérique du mobile
d’agitation.
5.3 Détermination du temps de mélange
■ Le nombre de Reynolds de l’hélice marine est, d’après la
formule (3) :
On reprend les données du paragraphe 5.1 pour déterminer le
Nd 2 ρ 6 × ( 0,3 ) 2 × 1 200 temps de mélange en utilisant les deux formulations du
Re = -------------- = ----------------------------------------------- = 1,8 × 10 5 tableau 5 applicables à l’hélice marine.
η 3,6 × 10 −3

On est donc en régime turbulent.


NP = NP0 = 0,37 (cf. [J 3 802]), d’où d’après la formule (10) : ■ Formulation 1

P = NP ρ N 3d 5 = 0,37 x 1 200 x 63 x 0,35 = 233 W NtM = 6 (D/d)2 ; Re > 104 et D/d = 3

La puissance nécessaire à l’entraînement de l’hélice est de 233 W d’où : NtM = 54 ;


soit 0,23 kW.

■ Le diamètre de la cuve est D = 0,9 m, d’où le volume : N = 6 s−1 donc tM = 9 s

π D2 π
V = ----------- H = --- ( 0,9 ) 2 × 0,9 = 0,572 m 3 tM 9 tM 9
4 4 ------ = --------- = 1,4 et ------ = -------- = 2,5
tp 6,4 tc 3,6
La puissance dissipée par unité de volume est :
■ Formulation 2
P/V = 233 / 0,572 = 410 W/m3

■ La vitesse périphérique du mobile d’agitation est, d’après la for- (N/K) (d/D)2 = 0,90 ; Re > 104
mule (31) :
D/d = 3 d’où N/K = 8,1
Vp = π Nd = π x 6 x 0,3 m/s = 5,6 m/s
In ( A ⁄ 2 )
K = -----------------------
– tM
5.2 Calcul des débits de pompage
Si le degré de mélange est 99 % :
et de circulation
100 – 99
A = ---------------------- = 0,01
100
On reprend les données du paragraphe 5.1 pour calculer le
débit de pompage, le temps de pompage, le débit de circulation
et le temps de circulation. NtM = 43 ; comme N = 6 s−1, tM = 7,2 s

Si le degré de mélange est 99,9 % : A = 0,001.


■ D’après la formule (24) :
NtM = 62 et tM = 10,3 s
Qp = NQp Nd 3
Les deux formulations conduisent à des résultats du même ordre
Re > 104, on est en régime turbulent et d’après [J 3 802] : de grandeur. Cependant l’intérêt de la formulation 2 est de permet-
tre de calculer un temps de mélange en fonction du degré de
NQp = 0,55 mélange souhaité dans la cuve.

D’où Qp = 0,55 x 6 x 0,33 = 89 x 10−3 m3 /s. Pour le système d’agitation étudié tc = 3,6 s et tM /tc ≈ 3.

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Tableau 6 – Changement du diamètre du mobile dans une cuve donnée :


conséquences sur les autres caractéristiques
Caractéristiques 1er cas 2e cas 3e cas
Dans une cuve d’agitation donnée, d (et donc d/D) est multiplié par
R. Voici les valeurs par lesquelles sont multipliées les autres carac- d R R R
téristiques dans 3 cas différents, en régime turbulent : d/D R R R

— 1er cas : P = Cte et P/V = Cte. P 1 R2 R −4


Si le diamètre d augmente, le débit de pompage Qp aug- P/V 1 R2 R −4
mente, la hauteur théorique H * diminue et donc Q p ⁄ H * aug-
mente. Cela veut dire qu’en augmentant le diamètre, la circulation N R −1,67 R −1 R −3
du liquide est augmentée. Vp = π Nd R −0,67 1 R −2
Re R −0,33 R R −1
— 2e cas : la vitesse périphérique π Nd = Cte.
Si le diamètre d augmente, le débit de pompage Qp, la puis- Fr R −2,33 R −1 R −5
sance dissipée P ⁄ V et Q p ⁄ H * augmentent. Comme dans le
We R −0,33 R R −3
1er cas, la circulation du fluide est meilleure.
Qp R1,33 R2 1
— 3e cas : Qp (ou tp) = Cte.
tp R −1,33 R −2 1
Si le diamètre d augmente, pour avoir le même débit de pom-
page, il faut une vitesse de rotation et une puissance dissipée net- H* R −1,33 1 R −4
tement inférieures, ce qui peut être intéressant.
Qp ⁄ H * R2,66 R2 R4

5.4 Comparaison d’une hélice marine Tableau 7 – Résultats obtenus avec différents mobiles
et d’une turbine disque à six pales dissipant même puissance
droites
Hélice marine Turbine disque à 6 pales
Paramètre
d = 0,10 m d = 0,10 m d = 0,15 m
On considère deux mobiles d’agitation, hélice marine
(repère A1, [Form. J 3 802]) et turbine disque à six pales droites P ................ (W) 50 50 50
(repère R1, [Form. J 3 802]), dissipant la même puissance Np (1)................ 0,37 5,5 5,5
P = 50 W dans une cuve (D = 0,3 m ; d/D = 1/3 ; nc = 4 ; H = D ; N .............. (s−1) 24 9,7 4,9
b/D = 1/10) contenant de l’eau (ρ = 1 000 kg/m3, ν = 10−6 m2/s).
On calcule les grandeurs suivantes : N, Re, Vp, Qp, H * ,Q p ⁄ H * . Re .................... 2,4 x 105 0,97 x 105 1,1 x 105
Vp ............(m/s) 7,5 3 2,3
NQp (1)............. 0,55 0,80 0,80
On notera que :
Qp ......... (m3/s) 13,2 x 10−3 7,8 x 10−3 13,2 x 10−3
— le débit de pompage Qp est supérieur pour l’hélice marine ;
— le niveau de turbulence (caractérisée par H * ) est plus grand H * ............. (m) 0,39 0,65 0,38
avec la turbine disque à six pales droites ; Qp ⁄ H* ..(m2/s) 0,034 0,012 0,035
— l’hélice marine conduit à des valeurs de Q p ⁄ H * plus impor- Hélice marine : repère A1, [Form. J 3 802].
tantes ; Turbine disque à 6 pales : repère R1, [Form. J 3 802].
— à puissance dissipée identique, l’hélice marine favorise le La signification des symboles est donnée en début d’article.
pompage et donc la circulation, tandis que la turbine disque à six (1) Les valeurs de NP et NQp sont dans [Form. J 3 802] ; NP = 5,5 est une
pales droites favorise la turbulence. La puissance dissipée n’est valeur moyenne.
donc pas un critère suffisant pour caractériser un mobile d’agita-
tion.
Le rapport d/D sera donc choisi en fonction de l’action (pompage
Les résultats sont regroupés dans le tableau 7.
ou turbulence) à privilégier, c’est-à-dire en fonction de l’opération à
réaliser dans la cuve agitée.

5.5 Effet du changement du rapport d/D


5.6 Comparaison de deux turbines à débit
sur les grandeurs caractéristiques
radial de rapports d/D différents
Lors d’un changement du rapport d/D d’un système d’agitation, il
On considère deux turbines disques à six pales droites de dia-
est intéressant de voir l’évolution des grandeurs caractéristiques en
mètres différents (d = 0,10 et 0,15 m), tournant dans une cuve
prenant comme critères la vitesse périphérique, la puissance dissi-
(D = 0,3 m, nc = 4, H = D, Y/d = 1) dissipant la même puissance
pée par unité de volume, le temps de pompage.
P = 50 W. On calcule les grandeurs N, Re, Vp, Qp, H * , Q p ⁄ H *
En régime turbulent, dans une cuve d’agitation donnée, le diamè- dans le cas où la cuve contient de l’eau (ρ = 1 000 kg/m3,
tre du mobile d’agitation est changé dans le rapport R. Le tableau 6 ν = 10−6 m2/s).
montre l’évolution de ces différentes grandeurs caractéristiques.
Un exemple pratique sera traité au paragraphe 5.6. Les résultats sont regroupés tableau 7.

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On notera que :
— en augmentant le diamètre du mobile d’agitation (à P = Cte), la Étape 1 Type d'opération de mélange à réaliser
vitesse de rotation diminue mais le débit de pompage augmente ;
— par contre, le degré de turbulence lié à H * diminue ;
— à même puissance dissipée, la circulation sera beaucoup plus Étape 2 Grandeurs nécessaires pour définir le procédé
favorisée avec un mobile de rapport d/D plus grand ;
— en jouant sur le rapport d/D, il est donc possible d’augmenter
ou de diminuer les actions de pompage ou de turbulence du mobile. Étape 3 Caractéristiques générales du mobile d'agitation
Cela démontre une fois encore que la puissance dissipée n’est pas
un critère suffisant pour caractériser l’action d’un mobile d’agita-
tion.
Étape 4 Sélection des mobiles

6. Choix du matériel Étape 5 Choix définitif du système d'agitation

d’agitation
Conditions Conditions
Le choix du type de mobile d’agitation est déterminant pour l’éco- opératoires économiques
nomie d’une opération d’agitation à réaliser. Il est évident que le
type de mobile doit être adapté à l’opération d’agitation à réaliser.
Pour cela il faut bien définir ce que l’on veut réaliser dans la cuve. Figure 18 – Choix définitif du mobile d’agitation
Pour orienter le choix du matériel nous vous proposons la démarche
suivante.
■ Gaz :
— nature ;
— débit ;
6.1 Types d’opérations à réaliser — pression ;
— solubilité.
Il s’agit des opérations suivantes :
— mise et/ou maintien en suspension ;
— dissolution, cristallisation ; 6.3 Caractéristiques générales
— extraction liquide-solide ;
— dispersion ;
du mobile d’agitation
— émulsion ;
— mélange ; Il s’agit des caractéristiques suivantes :
— homogénéisation, circulation ;
— transfert thermique ; — cisaillement fort, moyen, faible ;
— dilution ; — turbulence forte, moyenne, faible ;
— neutralisation ; — pompage fort, moyen, faible.
— réaction chimique ;
— extraction liquide-liquide ;
— absorption, désorption ; 6.4 Sélection des mobiles
— fermentation, etc.

Le tableau 8 donne une liste de mobiles susceptibles d’être utili-


sés en fonction du type d’opération de mélange à réaliser.
6.2 Grandeurs nécessaires pour définir
le procédé
6.5 Choix définitif
Examen détaillé des produits mis en présence.
■ Liquides : Pour chaque problème plusieurs agitateurs répondront aux condi-
— masse volumique ; tions à satisfaire (étapes 1, 2, 3 et 4, figure 18). Une sélection plus
— viscosité ; fine doit tenir compte :
— pourcentage ; — des conditions opératoires ;
— température initiale et finale ; — de considérations économiques.
— type de fluide.
■ Solides :
6.5.1 Conditions opératoires
— nature ;
— pourcentage ;
— masse volumique ; ■ Mode opératoire :
— dimension et répartition granulométrique ; — fonctionnement en continu, discontinu ;
— vitesse de décantation ; — débits à traiter ;
— mouillabilité ; — temps de mélange limité ou non ;
— solubilité. — mode d’évacuation du mélange.

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Tableau 8 – Choix du mobile d’agitation


Principales grandeurs nécessaires Caractéristiques générales Type de mobile
Opération à réaliser
pour définir le procédé des mobiles d’agitation d’agitation (1)

Mélange liquide-solide

— concentration — faible cisaillement A1 R3


— granulométrie — faible turbulence A2 R8
— masse volumique — très bon pompage A4
— vitesse de décantation des solides A6
Mise et maintien en suspension A7
— mouillabilité
— sensibilité au cisaillement
— degré d’homogénéité
— viscosité
— concentration — cisaillement moyen A1 R3
— granulométrie — turbulence moyenne A2
— masse volumique — bon pompage A3
Dissolution — vitesse de décantation des solides A4
Cristallisation A6
— mouillabilité et solubilité
— sensibilité au cisaillement
— viscosité
— concentration — cisaillement important R3
— granulométrie — faible capacité de mélange R6
— masse volumique
Dispersion de solides ou poudres — vitesse de décantation des solides
dans des liquides ou poudres
— nature des fluides
— variation de la viscosité
— mouillabilité
Mélange liquide-liquide
a) liquides miscibles
— viscosité des fluides — faible cisaillement A1 R7
Homogénéisation-mélange — évolution de la viscosité dans le temps — faible turbulence A2 R8
Dilution — nature des fluides — très bon pompage A3
Transfert thermique — temps de mélange mobile à flux axial avec A4
Réaction chimique ou sans composante radiale A5
A6
b) liquides non miscibles
— pourcentage des différents liquides — fort cisaillement A4,3 R1
Extraction liquide-liquide — taille des gouttes dispersées — forte turbulence A4,4 R2
Dispersion — degré de stabilité de l’émulsion — circulation moyenne R3
Réaction chimique mobile à flux radial R4
Émulsions R5
R6
Mélange liquide-gaz
Dispersion d’un gaz dans un liquide — débit gazeux — forte turbulence A2 R1
Réaction chimique — viscosité — fort cisaillement A3,3 R2
Absorption — variation de la viscosité dans le temps — bonne circulation A4,14
Désorption — sensibilité des micro-organismes
Fermentation au cisaillement
(1) Les repères A1, A2, ..., R7, R8 correspondent aux mobiles décrits dans l’article [Form. J 3 802].

■ Mode de montage du mobile : — cuve ouverte, fermée ;


— agitateur amovible avec fixation sur le bord d’une cuve — cuve sous pression, sous vide ;
ouverte ; — équipement de la cuve : serpentin, chicanes, trou d’homme,
— agitateur vertical monté sur cuve ouverte ; étanchéité ;
— agitateur vertical monté sur cuve fermée (sous pression ou
sous vide) ; — position des piquages (alimentation, vidange, recirculation).
— agitateur à entrée latérale avec cuve fermée ou ouverte ;
— agitateur à entrée par le fond. Les essais menés sur pilote ou les données expérimentales de
■ Type de cuve : la littérature doivent alors permettre de déterminer le diamètre
— forme, hauteur, diamètre ; et la vitesse de rotation du mobile d’agitation sélectionné.

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6.5.2 Considérations économiques


Tableau 9 – Effet d’un changement d’échelle
Le lecteur se reportera à l’article sur les considérations écono- sur les grandeurs caractéristiques
miques en agitation et mélange de phase. (régime turbulent)
La géométrie du système d’agitation (type de mobile, diamètre du Toutes les grandeurs géométriques sont multipliées
mobile) et les conditions de fonctionnement (vitesse de rotation,
puissance dissipée) sont donc déterminées à partir des étapes pré- par un facteur F donc le volume V est multiplié par F 3
cédentes (1 à 4 figure 18).
Grandeur invariante
Le choix définitif de l’ensemble d’agitation ne peut se faire Grandeur
qu’après une étude portant sur les considérations économiques caractéristique π tp
(coût d’investissement, coût d’entretien), après consultations de N P/V Re Fr We
Nd
plusieurs fabricants. Encore faut-il être capable de dialoguer avec
ces derniers. Cela ne peut se faire qu’après avoir bien défini le pro- N 1 F −1 F −0,66 1 F −2 F −0,50 F −1,50
blème d’agitation et les conditions opératoires. Vp = π Nd F 1 F 0,33 F F −1 F 0,50 F −0,50
P/V F2 F −1 1 F2 F −4 F 0,50 F −2,50
Qp F3 F2 F 2,33 F3 F F 2,50 F 1,50
7. Extrapolation du pilote tp 1 F F 0,66 1 F +2 F +0,50 F +1,50
à l’échelle industrielle H* F2 1 F 0,66 F2 F −2 F F −1
Q p /H * F F2 F 1,66 F F −1 F 1,50 F 2,50
Re F2 F F 1,33 F2 1 F 1,50 F 0,50
7.1 Principe de l’extrapolation Fr F F −1 F −0,33 F F −3 1 F −2
We F3 F F 1,66 F3 F −1 F2 1
Le but de l’extrapolation est de permettre de reproduire à l’échelle
Gradient de vitesse 1 F −1 F −0,66 1 F −2 F −0,50 F −1,50
industrielle les résultats obtenus à l’échelle pilote ou laboratoire. Il moyen (1)
s’agit, à partir de résultats obtenus à l’échelle du 1/10 de m3, de
dimensionner un système d’agitation à l’échelle de plusieurs m3, Gradient de vitesse F 1 F 0,33 F F −1 F 0,50 F −0,50
voire d’une centaine de m3. maximal (1)
L’extrapolation est fondée sur le principe de similitude selon (1) Gradient de vitesse = taux de cisaillement.
lequel les rapports d’un ou plusieurs paramètres sont les mêmes La signification des symobles est donnée en début d’article.
aux deux échelles. Dans le domaine de l’agitation, les paramètres
géométriques et opératoires sont nombreux (§ 3). On peut considé-
rer cinq similitudes :
Lors de certaines extrapolations, si on veut conserver plusieurs
— similitude géométrique : les rapports des dimensions géomé- grandeurs constantes, il est nécessaire de procéder à une extrapola-
triques sont les mêmes aux deux échelles (exemple : d/D, w/d, etc.) ; tion non géométrique ; on peut en particulier utiliser des rapports
— similitude dynamique : les rapports des forces sont identiques d/D supérieurs.
(exemple : Re = force d’inertie / force de viscosité, Fr = force d’inertie
/ force de pesanteur, etc.) ;
— similitude cinématique : les rapports des vitesses en des
points homologues sont identiques ;
— similitude chimique : les concentrations sont les mêmes en
7.2 Exemples d’extrapolation
des points homologues ;
— similitude thermique : les températures sont les mêmes en des
points homologues. 7.2.1 Exemples d’extrapolation entre un pilote
Le tableau 9 montre l’influence d’un changement d’échelle de fac- et une cuve industrielle
teur F, en conservant la similitude géométrique, sur les grandeurs
caractéristiques d’un système d’agitation. Selon la grandeur conser-
vée invariante d’une échelle à l’autre, le principe de similitude n’est Un exemple d’extrapolation entre un pilote de 0,785 m3 et une
pas respecté pour les autres grandeurs caractéristiques. cuve industrielle de 50 m3 est donné tableau 10.

Exemple : si la vitesse périphérique Vp = π Nd est conservée inva-


riante, toutes les autres grandeurs sont fonction de F, sauf la hauteur Plusieurs grandeurs ont été conservées invariantes dans l’extra-
théorique H * qui reste constante. polation et l’évolution des autres grandeurs est donnée dans les dif-
férentes colonnes.
L’examen de ce tableau montre bien que, dans tout problème
d’agitation-mélange, il y a incompatibilité entre critères et qu’il est ■ Similitude géométrique d/D = 0,33
nécessaire de déterminer quelles sont la ou les grandeurs dont
l’influence est prépondérante sur le phénomène étudié et que l’on La 1re colonne conserve N = Cte, c’est-à-dire le même temps de
garde constantes. Cela démontre, une fois de plus, l’utilité de bien mélange aux 2 échelles. Cela conduit à des valeurs très importantes
définir le problème d’agitation (§ 6). de la puissance consommée.
L’extrapolation revient toujours à déterminer la vitesse du mobile La 2e colonne conserve π Nd = Cte. La puissance par unité de
d’agitation. Si la similitude géométrique est conservée, le diamètre volume diminue à l’échelle industrielle.
du mobile d’agitation, la géométrie de la cuve sont définis. Il sera
alors possible de déterminer les autres grandeurs caractéristiques. La 3e colonne conserve P/V = Cte. La vitesse périphérique aug-
Il faut vérifier que les valeurs obtenues sont compatibles avec un mente. Le gradient de vitesse moyen diminue, par contre le gradient
bon fonctionnement du procédé [18]. de vitesse maximal augmente beaucoup.

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Tableau 10 – Exemple d’extrapolation entre un pilote et une cuve industrielle


Pilote : cuve standard (d = 0,33 m), H = D = 1 m , V = 0,785 m3.
Turbines disques à 6 pales droites (repère R1, [Form. J 3 802]).
Cuves chicanées nc = 4.
Fluide peu visqueux η = 10−3 Pa · s, ρ = 1 000 kg/m3, γ = 72 x 10−3 N . m.
Régime turbulent.
Facteur d’échelle : F = 4.

Échelle industrielle

Grandeur invariante
Grandeur
Pilote
caractéristique Vp = π Nd Vp = π Nd
N P/V Re Fr P/V

Similitude géométrique Similitude non géométrique


N ............................... (min−1) 180 180 45 72 11,25 90 30 36
Vp = π Nd ...................... (m/s) 3,14 12,6 3,14 5 0,78 6,3 3,14 3,8
P .................................... (kW) 0,61 627,5 9,8 39,2 0,15 78,3 22 39,2
P/V .......................... (kW/m3) 0,78 12,5 0,195 0,78 0,003 1,56 0,44 0,78
Re ........................................... 3,3 x 105 52,8 x 105 13 x 105 21 x 105 3,3 x 105 26,4 x 105 19,5 x 105 24 x 105
We .......................................... 4,6 x 103 29,5 x 104 18,4 x 103 46 x 103 1,1 x 103 73,6 x 103 27,8 x 103 40 x 103
Fr ............................................ 0,30 1,2 0,075 0,19 0,0047 0,30 0,05 0,073
d/D ......................................... 0,33 0,33 0,33 0,33 0,33 0,33 0,50 0,50
Gradient de vitesse
moyen ...... (unité arbitraire) 1 1 0,25 0,4 0,06 0,5 0,17 0,2

Gradient de vitesse
maximal .... (unité arbitraire) 1 4 1 1,6 0,25 2 1 1,2

La signification des symboles est donnée en début d’article.


On passe de la colonne pilote aux colonnes similitude géométrique en utilisant le tableau 9 avec F = 4.
On passe des colonnes similitude géométrique aux colonnes similitude non géométrique en utilisant le tableau 6 avec R = 0,50/0,33.

La 4e colonne indique un même nombre de Reynolds, ce qui a de l’ordre de 70 m3. Le tableau 11 résume tous les résultats numéri-
pour effet de diminuer fortement la vitesse de rotation N et donc la ques, tous calculs faits, de ce problème. La première extrapolation
puissance dissipée. utilise un débit de gaz par unité de volume de liquide constant. La
La 5e colonne montre que, pour conserver le nombre de Froude puissance requise pour satisfaire l’absorption gaz-liquide seule est
constant, il faut une vitesse de rotation relativement importante. trop faible pour donner une bonne dispersion physique du gaz, en
raison de la vitesse de passage du gaz qui est trop élevée dans la
■ Similitude non géométrique d/D = 0,50 cuve en vraie grandeur. La concentration du gaz à la sortie de la cuve
Dans le cas où le procédé est sensible au cisaillement (catalyseur, montre que la quantité de gaz introduite par unité de volume (VVM)
solide, micro-organisme, bactéries, etc.), il n’est plus possible peut être réduite lors de l’extrapolation tout en permettant à
d’extrapoler avec une similitude géométrique. Afin de diminuer le l’absorption du gaz actif de rester dans des limites raisonnables. On
gradient de vitesse maximal au voisinage de la turbine, on est est alors conduit à une seconde extrapolation, dont le niveau de
amené à prévoir un mobile d’agitation de rapport d/D supérieur. puissance est plus élevé et la vitesse de passage du gaz plus faible,
Si, de plus, on veut conserver la puissance dissipée par unité de façon à améliorer la dispersion physique du gaz. Il est bon de
de volume (7e colonne, P/ V = Cte), il faudra prendre un rapport noter que cette extrapolation a été conduite suivant des règles de
d/D = 0,50 pour obtenir un gradient de vitesse maximal (1,2) voisin similitude géométrique, et que le gradient de vitesse maximal au
de celui obtenu sur le pilote. Avec ce même rapport d/D = 0,50, si la voisinage de la turbine s’est trouvé ainsi environ 70 % plus impor-
vitesse périphérique doit être gardée constante (6e colonne, tant à l’échelle industrielle qu’à l’échelle pilote. En fait, dans ce cas
Vp = Cte), l’extrapolation conduit à une puissance plus grande qu’en précis, d’autres essais pilotes avaient montré que le procédé n’était
utilisant un rapport d/D = 0,33 (2e colonne, Vp = Cte) (donc à un cou- que peu sensible à la contrainte de cisaillement, et que l’on pouvait
ple supérieur au niveau du réducteur), mais un gradient de vitesse très bien s’accomoder d’un gradient de vitesse (taux de cisaille-
pratiquement identique à celui obtenu sur le pilote. ment) élevé à l’échelle industrielle.

7.2.2 Exemple d’un procédé d’absorption


en continu

L’exemple d’un procédé d’absorption en continu est donné dans


le tableau 11 [19].
On veut extrapoler un procédé sous pression mis au point dans
un pilote de 75 L environ. L’unité industrielle doit avoir une capacité

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Tableau 11 – Exemple : résultats de l’extrapolation d’un procédé d’absorption en continu, d’après [19]
Échelle industrielle
Grandeurs caractéristiques Pilote
1re extrapolation 2e extrapolation
VVM (1) = Cte VVM (1) est réduit
Pression ................................................................................ (bar) 0,3 1 1
Diamètres de cuve D ............................................................... (m) 0,46 3,6 3,6
Puissance (milieu gazeux) .................................................... (kW) 0,0145 38 66
Diamètre de turbine d ......................................................... (mm) 150 1 220 1 220
Nombre de turbines ..................................................................... 1 2 2
Hauteur de liquide (milieu gazeux) ........................................ (m) 0,46 6,7 6,7
Volume (milieu gazeux) ............................................................(L) 75 70 000 70 000
Volume (milieu non gazeux) .................................................... (L) 68 57 000 57 000
Débit de gaz par unité de volume ..................................[VVM (1)] 1,6 1,6 0,7
Débit de gaz ......................................................................... (m3/ 7,1 6 000 2 700
h)
Vitesse du gaz .................................................................. (m/min) 0,55 4 1,8
Taux de transfert de masse (2) .................................................... 1 1 1
Coefficient de transfert kL ai (2) .................................................... 1 0,6 0,8
Gradient de concentration (2) ....................................................... 1 1,6 1,2
Gradient de vitesse maximal (2) .................................................. 1 1,4 1,7
(1) VVM : volume de gaz/(volume de liquide x temps en min).
(2) Unité arbitraire : 1 pour le pilote.

7.2.3 Procédure d’extrapolation 7.3 Conclusion


Les deux exemples choisis (relativement simples) montrent que
l’extrapolation des agitateurs est extrêment complexe, compte tenu
L’extrapolation des cuves agitées mécaniquement n’est pas un
de tous les paramètres opératoires. Nous proposons une procédure
problème simple. Les exemples traités montrent que, si le facteur
d’extrapolation qui peut servir de base de travail :
d’échelle est important, les divergences concernant, par exemple, la
— définir de façon précise les buts de l’opération de mélange et puissance dissipée augmentent très vite, selon la grandeur caracté-
spécifier les actions demandées au mélangeur ; ristique conservée invariante dans l’extrapolation.
— déterminer les grandeurs caractéristiques importantes, celles
qui auront un effet déterminant sur le résultat souhaité ; L’expérimentation pilote est donc une étape importante et doit
— rechercher le ou les critères d’extrapolation à utiliser ; permettre :
— vérifier que le régime hydrodynamique de la cuve est similaire
et que les valeurs des autres paramètres conduisent à un fonction- — de bien définir la géométrie du système d’agitation adaptée au
nement correct ; problème posé ;
— tenir compte des contraintes de fonctionnement pour définir le
système d’agitation, sans oublier les contraintes mécaniques et éco- — de décider du ou des phénomènes prépondérants du proces-
nomiques. sus sur lequel doit être fondée l’extrapolation.

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