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Chambre des Députés

PROJET DE LOI PORTANT

PRÉVENTION ET RÉPRESSION DE LA CORRUPTION

2009

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Table des Matières

1. APERÇU HISTORIQUE ................................................................................... 3

2. ÉTUDE COMPARATIVE.................................................................................. 6

3. ANALYSE DÉTAILLÉE ET CONTENU DE LA PROPOSITION DE LOI....... 15

3.1 Contenu de l’avant-projet de loi ................................................................ 15

3.2 Tableau explicative de la loi ...................................................................... 16

TITRE I ........................................................................................................... 16

DISPOSITIONS GENERALES ....................................................................... 16

TITRE II .......................................................................................................... 37

DES MESURES PREVENTIVES CONTRE LA CORRUPTION ..................... 37

TITRE III ......................................................................................................... 42

DE LA COOPERATION INTERNATIONALE ET DU RECOUVREMENT DES


AVOIRS .......................................................................................................... 42

TITRE IV ......................................................................................................... 43

DISPOSITIONS TRANSITOIRES ................................................................... 43

TITRE V .......................................................................................................... 44

DISPOSITIONS FINALES .............................................................................. 44

4. IMPACT ......................................................................................................... 45

5. QUESTIONS D’INTÉRÊT ET ÉLÉMENTS DE RÉPONSE ............................ 47

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1. APERÇU HISTORIQUE
La corruption existe depuis les anciennes civilisations. Dans le Droit Romain, on
n’établissait pas de différence entre la malversation et elle. Ces deux infractions
étaient placées dans la catégorie des crimes très graves. Celui ou celle qui a
commis des actes de corruption ou de malversation était sévèrement puni,
parfois avec la dernière rigueur. Un magistrat corrompu par exemple était
passible de la peine de mort. À l’époque de Jules césar, le coupable était puni
d’une amende du quadruple des choses reçues.

Aujourd’hui, la corruption punie partout à travers le monde représente un


phénomène mondial atteignant principalement les pays les moins avancés et les
pays en développement. Elle est un handicap sérieux au développement
économique et à la démocratisation d’un pays. C’est également une entrave au
bon fonctionnement d’une société puisqu’elle rend inefficace l’administration
publique, nuit à l’investissement privé, augmente le déficit budgétaire, menace la
démocratie en sapant la confiance des citoyens pour le régime en place, etc. Les
politologues pensent qu’elle trouve son origine dans la faiblesse structurelle des
institutions locales et l’incapacité de la politique à contrôler les fonctionnaires, et
apparaisse généralement dans les sociétés qui vivent des époques de transition
sur le chemin démocratique. Face à la prolifération des actes de corruption dans
certains pays depuis plus d’une décennie, une prise de conscience internationale
s’est développée. Celle-ci a donné naissance à un ensemble d’instruments
juridiques internationaux de lutte contre la corruption de plus en plus complète.
Ces instruments sont d’une part, de nature contraignante et d’autre part,
s’inscrivent dans l’esprit de recommandation et de soft law (Droit mou). Dans ce
contexte, beaucoup de pays commencent très sérieusement à s’attaquer sur ses
bases à la corruption en ratifiant les conventions internationales et en se dotant
d’une règlementation appropriée. Il parait que la convention des Nations unies
contre la corruption reste le premier instrument destiné à aider les États
membres à combattre la corruption dans les secteurs public et privé car la
règlementation des États en tiennent fortement compte.
3
En Haïti, certains spécialistes du développement s’accordent à dire que le plus
grand mal qui ronge ce pays et qui freine sa croissance est la corruption. Le
dernier rapport de l’ONG Transparency International plaçant le pays en 168ème
position sur 180 pays indique clairement que la corruption est présente à tous les
niveaux de la société haïtienne. Celle-ci empêche l’établissement d’un
environnement économique stable et ruine les effets positifs de l’aide
internationale qui afflue pourtant vers le pays. Cependant, il n’existe jusqu'à date
aucune règlementation précise portant sur la prévention et la répression de la
corruption. La Constitution du 29 Mars 1987 fait obligation à tout citoyen de
payer ses taxes, de respecter scrupuleusement les deniers publics, les biens de
l'État et les biens d'autrui. Les sanctions relatives aux actes de corruption sont
données par le Code Pénal et le Code Criminel. Le pays a ratifié la Convention
Interaméricaine contre la Corruption le 19 décembre 2000 et la Convention des
Nations unies contre la corruption le 14 mai 2007. Ces dernières années l’état
haïtien a donné un signal assez clair pour la prévention et la répression de la
corruption. Ce signal est matérialisé par la mise en place des structures comme
l’UCREF et l’ULCC et par l’adoption de la loi relative au blanchiment des avoirs
provenant du trafic illicite de la drogue et d’autres infractions graves et de la loi
portant déclaration de patrimoine par certaines catégories de personnalités
politiques, de fonctionnaires et autres agents publics. De plus, le Président
Préval ne cesse de mentionner que la lutte contre la corruption est l’un des
principaux objectifs de son Gouvernement. Dans l’un de ses discours, il a fait
éloge de son équipe dans le combat contre la corruption dans le pays. Il souligne
que «des efforts ont été consentis dans la lutte contre la corruption» et que «la
lutte contre la corruption est la plus difficile, parce que la corruption est forte, ses
racines sont profondes».

L’avant-projet de loi portant sur la répression de la corruption en étude au


parlement répond particulièrement au vœu du Président de la République de
lutter contre la corruption. Cette loi vient renforcer la lutte contre la corruption en
dotant le Code Pénal de nouvelles dispositions et harmoniser la législation
4
haïtienne avec celle d’autres pays. Il se présente également comme une loi
spécifique de lutte contre la corruption s'inscrivant dans la continuité, d'une part,
de la loi relative au blanchiment des avoirs provenant du trafic illicite de la drogue
et d’autres infractions graves et de la loi portant déclaration de patrimoine par
certaines catégories de personnalités politiques, de fonctionnaires et autres
agents publics et, d'autre part, des divers engagements internationaux de l’Etat
haïtien signifiés par la ratification de la Convention Interaméricaine contre la
Corruption et de la Convention des Nations unies contre la corruption. Il opère
les différentes adaptations suivantes :

• lutter contre la corruption dans le secteur public comme dans le secteur


privé;

• réviser la réglementation pénale en vigueur pour y introduire des normes


plus strictes et des sanctions dissuasives notamment le relèvement des
peines pécuniaires;

• harmoniser la législation nationale sur la corruption et les Conventions


Internationales en cette matière auxquelles Haïti est partie;

• renforcer la stabilité, la sécurité et le bon fonctionnement des institutions


démocratiques;

• ériger la responsabilité, la transparence, la probité, et l’éthique en


principes de gestion de la chose publique et des activités économiques,
commerciales et financières de tous les secteurs de la vie nationale.

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2. ÉTUDE COMPARATIVE
Dans la pratique, il n’existe aucun État où la corruption se présente comme une
culture. C’est un défi mondial qui ralentit considérablement les échanges
économiques, fausse la concurrence et porte atteinte à la confiance. La lutte
contre ce fléau devient une priorité des Nations unies. De ce fait, les États
s’engagent à prendre des mesures et à promouvoir la coopération et l’assistance
technique internationales visant à prévenir ou à réprimer la corruption. Des lois
renforçant les dispositions pénales existantes réprimant la corruption sont
adoptées un peu partout à travers le monde. La Convention des Nations unies
contre la corruption (UNCAC) est fondamentale dans la conception de beaucoup
de ces lois qui devront affecter positivement le comportement des agents du
secteur public comme du secteur privé. Elles ont quasiment toutes pour objectifs
le durcissement des dispositions pénales existantes en la matière,
l’harmonisation de la règlementation et la lutte contre la corruption internationale.
Elles définissent presque de la même façon le concept de corruption qui consiste
à obtenir des avantages personnels, par l’usage des pouvoirs conférés par un
statut public, au détriment de la mission d’intérêt général confiée et elles
présentent pour la plupart un ensemble de faits qui est considéré comme des
actes de corruption. Il s’agit par exemple des faits comme la concussion,
l’enrichissement illicite, le blanchiment du produit du crime, le détournement de
biens publics, la soustraction de biens publics, le pot-de-vin, les commissions
illicites, la surfacturation, l’octroi de gratification, le trafic d’influence, le
népotisme, le financement occulte de parti politique, le harcèlement, le délit
d’initié, la passation illégale de marchés publics, la prise illicite d’intérêts et l’abus
de biens sociaux.
Le Code Pénal des pays comme la France, la Belgique, le Canada, le Mali, etc.
se trouvent modifiés avec l’adoption de la loi sur la répression de la corruption.
Ces codes ne tiennent pas compte seulement des fonctionnaires du pays en
question mais également des fonctionnaires étrangers. Les autorités judiciaires
de ces pays peuvent poursuivre les corrompus en dehors même de leur territoire

6
respectif. En France et en Belgique, la corruption intracommunautaire et
internationale sont punies.

7
Grille de Comparaison des lois sur la CORRUPTION

Titre Année Pays Justification Nbre de Synthèse Commentaires


(motifs) titres et
de
chapitres
Loi n°2007- 2007 France - Renforcer la 10 articles Cette loi modifie et change
1598 du 13 répression de la certains articles du code pénal,
novembre corruption et du trafic du Code du travail, et du code
2007 d'influence d'agents général des collectivités
relative à la publics. territoriales. Elle actualise la
lutte contre - Aggraver la définition de la corruption et du
la répression de la trafic d'influence d'agents publics
corruption corruption d'agents nationaux et permet de punir la
publics étrangers ou corruption intracommunautaire
de fonctionnaires et internationale. Elle tend les
internationaux, y faits de corruption active ou
compris le personnel passive aux agents publics
judiciaire étrangers et aux agents publics
internationaux ; prévoit que
- Elargir le champ
l'avantage versé par la personne

8
d'application de la corruptrice peut bénéficier à
corruption passive quelqu'un d'autre qu'à la
d'agents publics personne corrompue, en cas de
étrangers. corruption passive, de corruption
active et de trafic d'influence ;
- Etendre à tous les
introduit également une
actes de corruption
incrimination spécifique de trafic
du champ
d'influence du personnel
d'application de la
judiciaire national et précise que
corruption active
la corruption d'un arbitre national
d'agents publics
concerne une personne exerçant
étrangers ;
sa mission « sous l'empire du
droit national », conformément
- Introduire de
aux stipulations du protocole
nouvelles
additionnel de mai 2003 ;
incriminations
simplifie les règles de saisine
relatives au trafic
des juridictions compétentes
d'influence passif et
pour toutes les infractions de
actif.
corruption et de trafic d'influence
d'agents publics étrangers ou

9
internationaux.
Loi sur la 1998 Canada - Faire échec à la 9 articles Cette loi interdit le versement de
corruption corruption. pots-de-vin à des agents publics
d’agents - Mettre le droit étrangers; le recyclage, en toute
publics Canadien à jour connaissance de cause, de
étrangers compte tenu des biens et de produits de la
engagements criminalité; la possession, en
internationaux. toute connaissance de cause, de
biens ou de produits de la
criminalité.
Loi relative 1999 Belgiqu - Doter la Belgique Cette loi modifie le code pénal et
à la e nouvel instrument couvre de nouvelles situations
répression législatif lui comme le trafic d’influence; la
de la permettant de corruption concernant une
corruption poursuivre la personne candidate à une
répression de la fonction publique; la corruption
corruption. de fonctionnaires étrangers; la
- combler certaines corruption de fonctionnaires
lacunes des textes internationaux; la corruption
existants privée.

10
Loi numéro 2006 Algérie - Renforcer les 6 Titres et Cette loi résulte de la
06-01 mesures visant à 73 articles transposition en droit interne
relative à la prévenir et combattre algérien de la Convention contre
prévention la corruption la corruption, adoptée en 2003
et à la lutte - Promouvoir par l’ONU et ratifiée par l’Algérie
contre la l’intégrité, la en 2004. Elle contient un grand
corruption responsabilité et la nombre de recommandations
transparence dans générales liées surtout à la
les secteurs public et prévention et très peu de
privé ; prolongements réglementaires.
- faciliter et appuyer Elle établit les mesures
la coopération préventives dans le secteur
internationale et public, institue un organe de
l’assistance prévention et de lutte contre la
technique aux fins de corruption, présente les
la prévention et de la incriminations, les sanctions et
lutte contre la les moyens d’enquêtes, donne
corruption y compris les méthodes pour la
le recouvrement coopération internationale et le
d’avoirs. recouvrement des avoirs et

11
abroge toutes les dispositions
qui lui sont contraires dans la
législation algérienne.
LOI No 82- 1982 Mali Réprimer la 6 articles Cette loi énonce uniquement les
40/AN-RM corruption. peines et des sanctions
DU 1er applicables pour des actes de
AVRIL corruptions. Ce sont des peines
1982. allant de 5 ans à 10 ans de
Répression travaux forcés et des amendes
de la pouvant être le double des
corruption valeurs reçues ou volées.
LOI 2003 Sénégal Renforcer le dispositif 17 articles Cette loi donne naissance à une
n° 2003-35 légal de répression commission chargée d’identifier
du 24 de la corruption déjà les causes structurelles de la
novembre existant. corruption et des incriminations
2003 Création d’une qui lui sont connexes, et de
portant autorité proposer toutes réformes
création administrative législatives, réglementaires ou
d’une indépendante administratives de nature à
Commissio dénommée : promouvoir une bonne

12
n nationale Commission gouvernance, y compris en
de lutte nationale de lutte matière de transaction
contre la contre la non internationale. Elle définit la
non transparence, la composition de la commission et
transparen corruption et la son fonctionnement.
ce, la concussion.
corruption
et la
concussio
n
No. 12 of 2004 Afrique Remplacer la loi sur
2004: du Sud la corruption de 1992.
Prevention
Lutter contre la
and
corruption à tous les
Combating
niveaux de la société
of Corrupt
Activities sud-africaine.
Act, 2003. Codifier les
infractions de
corruption active et
passive

13
Renforcer les
mesures pour
combattre et prévenir
la corruption.

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3. ANALYSE DÉTAILLÉE ET CONTENU DE LA PROPOSITION DE LOI
3.1 Contenu de l’avant-projet de loi

Cet avant-projet contient 5 titres subdivisés en chapitres. Le Titre I établit les


dispositions générales, l’objet et le champ d’application (chapitre. 1), les
définitions, la typologie des actes de corruption (chapitre. 2), les modifications de
quelques articles traitant de la forfaiture des fonctionnaires publics du Code
Pénal (chapitre.3), et les règles communes aux infractions (chapitre. 4). Le Titre
2 présente les mesures préventives, dans le secteur public (chapitre. 5) et dans
le secteur privé (chapitre. 6). Le Titre III traite de la coopération internationale et
du recouvrement des avoirs, l’extradition et l’entraide judiciaire (chapitre. 7). Le
Titre 4 donne les dispositions transitoires.

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3.2 Tableau explicative de la loi

TITRE I

DISPOSITIONS GENERALES

Article 1 - La présente loi fixe les règles relatives à la répression et à la Objectif de la loi
prévention de la corruption tout en harmonisant la législation nationale et
les Conventions Internationales en la matière auxquelles la République
d’Haïti est partie.

Article 2- La présente loi s’applique à toute personnalité politique, tout Champ


agent public, tout fonctionnaire, tout magistrat, tout membre de la force d’application de la
publique, tout employé, tout agent du secteur privé, tout individu, toute loi
organisation non gouvernementale (ONG), ou toute entreprise du secteur
privé tant national qu’étranger, tout agent public étranger, tout agent ou
fonctionnaire d’une organisation internationale, ayant participé comme
auteur, co-auteur, instigateur, complice ou receleur d’un acte de
corruption.

Elle couvre le fait, par quiconque, de faire ou d’accepter, directement ou


indirectement, des offres, des promesses, des dons, des présents ou des
avantages quelconques à l’une des personnes mentionnées à l’alinéa 1
du présent article et, de manière générale, à toute personne dépositaire
de l’autorité publique chargée d’une mission de service public ou investie
d’un mandat électif public, pour elle-même ou pour autrui, en échange de
sa collaboration indue dans le cadre de sa fonction, mission ou mandat.

Elle s’étend aussi au fait, par quiconque, de solliciter ou d'agréer, à tout


moment, directement ou indirectement, des offres, des promesses, des
dons, des présents ou des avantages quelconques, pour lui-même ou
pour autrui, afin d'user de son influence réelle ou supposée en vue

16
d’obtenir ou de faire obtenir d’une personne, d’un service, d'un organe, ou
d’une institution de l’administration publique nationale des distinctions,
des emplois, des marchés ou toute autre mesure favorable.

La présente loi vise également la répression et la prévention des actes de


corruption dans le secteur privé.

CHAPITRE II

DEFINITIONS, TYPOLOGIE ET INCRIMINATION DES ACTES DE


CORRUPTION

Article 3.- La corruption s’entend de tout abus ou de toute utilisation fait Définition de la
de sa fonction ou de son occupation à des fins personnelles ou pour corruption.
autrui par les personnes visées à l’article 2 de la présente loi au détriment
de l’État, d’un organisme autonome, d’une institution indépendante, d’une
collectivité territoriale, d’une organisation non gouvernementale, d’une
fondation, d’une entreprise privée ou d’un individu. Elle est dite passive,
quand elle est le fait du corrompu ; elle est dite active, quand elle est le
fait du corrupteur.

Article 4.- Au sens de la présente loi, on entend par : Définition de


certains concepts.
Administration publique nationale : l’ensemble des organes, institutions
et services publics créés par la Constitution et les lois de la République ;

Agent public : toute personne physique élue ou faisant l’objet d’un acte
de nomination ou partie à un contrat de droit public, afin d’occuper un
emploi pour le compte de l’État, d’une institution ou d’une personne
publique de l’administration publique nationale ;

Toute autre personne définie comme agent public ou qui y est assimilée

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conformément à la réglementation en vigueur ;

Agent public étranger: toute personne qui détient un mandat législatif,


exécutif, administratif ou judiciaire, qu’elle soit nommée ou élue, qui
exerce une fonction publique pour un pays étranger, y compris pour un
organisme public ou une entreprise publique du pays étranger ;

Biens : tous les types d’avoirs, corporels ou incorporels, meubles ou


immeubles, tangibles ou intangibles, ainsi que les actes juridiques
attestant la propriété de ces avoirs ;

Employé : toute personne qui s’engage à prêter ses services moyennant


rémunération, sous la direction et l’autorité d’une autre personne
physique ou morale de droit privé ou de droit public ;

Fonction publique : ensemble des agents publics de carrière régis par


un statut particulier établi par la loi ;

Fonctionnaire : tout agent public nommé à un emploi permanent à temps


complet et titularisé dans un grade de la hiérarchie administrative et
soumis au statut général de la fonction publique ;

Fonctionnaire d’une organisation internationale publique : tout


fonctionnaire international ou toute personne autorisée par une telle
organisation à agir en son nom ;

Magistrat : tout agent public exerçant ses fonctions au sein d’une


juridiction de l’ordre judiciaire conformément au statut de la magistrature,
ou de l’ordre administratif conformément à la réglementation régissant la
Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif ;

Force publique : corps armé relevant du Ministère de la Justice et de la


Sécurité Publique avec pour mission de garantir la sécurité publique,

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l'ordre public, la protection de la vie et des biens des personnes ;

Organisation non gouvernementale d’aide au développement


(ONG) : toute institution ou organisation privée, apolitique, sans but
lucratif, poursuivant des objectifs de développement aux niveaux national,
départemental ou communal et disposant des ressources pour les
concrétiser ;

Personne proche : toute personne apparentée à la personne considérée


par les liens du mariage, d’une union de fait, de la filiation ou de l’adoption
ainsi que tout membre de la famille jusqu’au degré de cousin germain,
tout ami intime, toute personne qui est liée par un intérêt affectif ou autre
à la personne considérée

Personnalité politique : toute personne élue ou nommée qui fait partie


du Corps Législatif ou du Pouvoir Exécutif ;

Produit du crime : tout bien ou tout avantage économique tiré


directement ou indirectement d’une infraction qualifiée d’acte de
corruption ou assimilé.

Article 5.- Des actes de corruption Les actes de


corruption.
Sont considérés comme actes de corruption les faits suivants : la
concussion, l’enrichissement illicite, le blanchiment du produit du crime, le
détournement de biens publics, soustraction de biens publics, le pot-de-
vin, les commissions illicites, la surfacturation, l’octroi de gratification, le
trafic d’influence, le népotisme, le financement occulte de parti politique,
le harcèlement, le délit d’initié, la passation illégale de marchés publics, la
prise illicite d’intérêts, l’abus de biens sociaux et tous autres actes
qualifiés comme tels par la loi.

Article 5.1.- De la concussion Peine et sanction


prévues pour la
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Tous fonctionnaires, tous officiers publics, tout agent public de concussion.
l’administration publique nationale, tous percepteurs des droits, taxes,
deniers, revenus publics ou communaux, qui se sont rendus coupables
de concussion, en ordonnant de percevoir ou en exigeant ou recevant ce
qu’ils savaient n’être pas dû pour droits, taxes, deniers ou revenus, ou
pour salaires ou traitements, seront punis de la réclusion.

Les coupables seront, de plus, condamnés à la restitution des valeurs


illégalement perçues et à une amende triple du montant des restitutions,
sans préjudice des dommages-intérêts en faveur des victimes.

Est puni des mêmes peines le fait, par les mêmes personnes, d’accorder
sous une forme quelconque et pour quelque motif que ce soit une
exonération ou franchise des droits, impôts ou taxes publics, en tout ou
en partie, en violation des textes réglementaires.

La tentative des infractions prévues au présent article est punie des


mêmes peines que la commission desdites infractions.

Article 5.2.- De l’enrichissement illicite Peine et sanction


prévues pour
Toute personnalité politique, tout agent public, tout fonctionnaire, tout
l’enrichissement
magistrat, tout membre de la force publique, qui, interrogé par l’autorité
illicite
compétente sur dénonciation ou sur simple présomption de la
disproportion marquée entre l’augmentation significative de son
patrimoine depuis son entrée en fonction et le montant accumulé du
traitement auquel lui a donné droit la charge occupée, ne peut justifier
l’origine licite de cette disproportion, est coupable d’enrichissement illicite.
Ce fait est puni de la réclusion et d’une amende représentant le triple de
la valeur de cette disproportion.

Toute personne reconnue coupable du recel ou de la jouissance du


produit de l’enrichissement illicite est condamnée aux mêmes peines que

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l’auteur de cette infraction.

En cas d’enrichissement illicite, la prescription de l’action publique est de


vingt ans et commence à courir à partir de la saisine de l’autorité
juridictionnelle de poursuite.

Article 5.3.- Du blanchiment du produit du crime Peine et sanction


prévues pour le
Toute personne qui se sera rendue coupable de blanchiment du produit
blanchiment du
du crime en facilitant, par tout moyen, la justification mensongère de
produit du crime.
l’origine des biens ou des revenus de l’auteur d’un acte de corruption
ayant procuré à celle-ci un profit direct ou indirect, ou en apportant un
concours à une opération de placement ou de dissimulation ou de
conversion du produit de cet acte, sera punie des peines prévues à
l’article 4.2.1 de la loi du 21 février 2001 sur le blanchiment des avoirs
provenant du trafic illicite de la drogue ou d’autres infractions graves.

Les dirigeants des partis politiques doivent se soumettre à la vérification


des autorités de contrôle. Ils seront poursuivis pour blanchiment des
avoirs pour toute valeur détenue dont ils ne parviennent pas à établir
l’origine licite.

Nonobstant les obligations liées à leur statut, les ONGs doivent se


soumettre, en tout temps, à la vérification financière des autorités de
contrôle. Elles seront poursuivies pour blanchiment des avoirs pour toute
valeur détenue dont elles ne pourraient pas établir l’origine licite et pour
toute tentative de dissimulation de fonds ou de leur provenance. De
même les dirigeants des ONGs seront poursuivis pour détournement de
fonds s’ils ne peuvent justifier d’une utilisation transparente des fonds
perçus.

Toute personne physique ou morale reconnue coupable de complicité ou


de recel dans un acte de blanchiment du produit du crime sera punie

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conformément aux dispositions de l’article 4.2.3 de la susdite loi.

La tentative de blanchiment du produit du crime est punie des mêmes


peines que l’infraction consommée.

Article 5.4.- Du détournement de biens publics Peine et sanction


prévues pour le
Toute personne qui aura détourné à des fins autres que leur affectation,
détournement de
pour son usage personnel ou pour celui d’un tiers, un bien quelconque
biens publics.
appartenant à l’État, à une collectivité territoriale, à une institution
indépendante ou à un organisme autonome, qui les aurait reçus en dépôt,
en gestion ou pour toute autre cause en raison de sa fonction, est
condamnée à la réclusion, à la restitution du bien ainsi détourné et à une
amende égale au triple de la valeur du bien détourné. Dans tous les cas,
le montant de l’amende ne pourra être inférieur à cinq cent mille gourdes.

Article 5.5.- De la soustraction de biens publics Peine et sanction


prévues pour la
Toute personne qui, dans le cadre de ses fonctions, aura soustrait,
soustraction de
directement ou par personne interposée, pour son profit personnel ou
biens publics.
celui d’un tiers, un bien quelconque appartenant à l’État, à une collectivité
territoriale, à une institution indépendante ou à un organisation autonome
est condamnée à la réclusion, à la restitution du bien ainsi soustrait et à
une amende égale au quintuple de la valeur du bien soustrait.

Dans tous les cas, le montant de l’amende ne pourra être inférieur à un


million de gourdes.

Article 5.6.- Du pot-de-vin Peine et sanction


prévues pour un
Toute personne qui, dans l’exercice de ses fonctions, sollicite ou accepte
pot-de-vin.
un pot-de-vin, c’est-à-dire une valeur ou tout autre cadeau offert pour
octroyer un avantage indu quelconque, est punie d’une peine de prison
de un an à cinq ans, de la confiscation du montant du pot-de-vin et d’une

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amende représentant le quintuple de la valeur reçue sans être inférieure à
cinq cent mille gourdes.

L’auteur du versement, les co-auteurs, instigateurs, complices de cet acte


de corruption seront punis des mêmes peines de réclusion et d’amende
que le bénéficiaire.

Article 5.7.- Des commissions illicites Peine et sanction


prévues pour des
Tout agent public qui, dans l’exercice de ses fonctions, s’accorde ou
commissions
accepte une commission sur une transaction dont il était chargé
illicites.
d’ordonnancer le paiement, d’en négocier l’acquisition ou d’en faire la
liquidation est puni de réclusion et d’une amende égale au triple de la
valeur reçue sans être inférieure à cinq cent mille gourdes.

Article 5.8.- De la surfacturation Peine et sanction


prévues pour la
Tout agent public qui procède ou fait procéder à la facturation, pour un
surfacturation.
montant plus élevé que son coût réel, d’un bien ou d’un service à acquérir
par une entité de l’administration publique nationale, est coupable de
surfacturation et est puni de trois ans à cinq ans de prison, de la
confiscation du montant reçu à titre de ristourne et d’une amende triple de
la valeur reçue sans que cette amende ne puisse être inférieure à deux
cent cinquante mille gourdes, sans préjudice des sanctions prévues par la
réglementation sur les marchés publics.

Tout co-auteur, instigateur, complice de surfacturation sera puni des


mêmes peines que son auteur.

Article 5.9.- De l’octroi de gratification Peine et sanction


prévues pour
Toute personne qui, dans l’exercice de ses fonctions, s’accorde ou
l’octroi de
accepte indument un intérêt quelconque sur une chose dont elle était
gratification.
chargée d’ordonnancer le paiement, d’en négocier l’acquisition ou d’en

23
faire la liquidation est punie de réclusion et d’une amende égale au triple
de la valeur reçue sans être inférieure à cinq cent mille gourdes.

Article 5.10.- Du trafic d’influence Peine et sanction


prévues pour le
Quiconque sollicite ou agrée des offres, dons ou promesses pour abuser
trafic d’influence.
d’une influence réelle ou supposée dans le but de faire obtenir d’une
autorité ou d’une institution publique des distinctions, des emplois, des
marchés ou tout autre avantage indu pour un tiers, sera puni d’une peine
d’un an au moins et de trois ans au plus, de la confiscation des dons
reçus et du paiement d’une amende représentant le triple de la valeur du
don sans qu’elle ne puisse être inférieure à cinq cent mille gourdes.

Le co-auteur, instigateur, complice de l’offre, des dons ou de la promesse


sera condamné aux mêmes peines de prison et d’amende que l’auteur.

Article 5.11.- Du népotisme Peine et sanction


prévues pour le
Toute personnalité politique, tout agent public, tout fonctionnaire, tout
népotisme.
magistrat, tout membre de la force publique qui aura abusé de sa fonction
ou de son influence pour procurer directement ou indirectement un
avantage matériel indu quelconque, ou un emploi, au mépris des normes
de recrutement établies par la réglementation régissant la matière, est
coupable de népotisme et est puni de un an à trois ans de prison et à
l’interdiction d’exercer une fonction dans l’administration publique
nationale pour une durée de cinq ans.

Article 5.12.- Du financement occulte de parti politique Peine et sanction


prévues pour le
Sans préjudice des dispositions pénales relatives au financement des
financement
partis politiques, toute pratique ou opération occulte destinée à permettre
occulte de parti
à un parti politique, groupement politique ou regroupement de partis
politique.
politiques de trouver des ressources financières en dehors du cadre fixé
par la loi est punie de un an à trois ans de prison et d’une amende de cinq
24
cent mille à un million de gourdes.

De même, tout candidat, parti politique, groupement politique ou


regroupement de partis politiques qui sollicite ou accepte, directement ou
indirectement un financement unitaire supérieur à la limite permise ou
provenant d’une opération ou d’une source occulte, ou qui omet de se
conformer aux exigences de la réglementation relative au financement de
la campagne électorale, encourt les mêmes peines que celles prévues à
l’alinéa 1 du présent article, nonobstant les dispositions pénales prévues
dans la loi électorale.

Article 5.13.- Du harcèlement Peine et sanction


prévues pour le
Toute personnalité politique, tout agent public, tout fonctionnaire, tout
harcèlement.
magistrat, tout membre de la force publique, tout agent du secteur privé,
tout individu, qui, par ordres, contraintes ou pressions indues, abuse de
l’autorité que lui confère sa fonction ou emploi pour obtenir des faveurs de
quelque nature que ce soit, pour lui-même ou pour un tiers, en échange
d’avantages, de privilèges, de dons ou promesses de toutes sortes au
détriment de l’État, d’une collectivité territoriale ou d’une entreprise privée,
est coupable de harcèlement et puni de un an à trois ans de prison et
d’une amende de cent mille à cinq cent mille gourdes, sans préjudice des
dommages-intérêts en faveur de la victime.

Lorsque le harcèlement est un acte d’un agent public, quel qu’il soit, à
l’encontre d’un agent public, quel que soit son rang ou son niveau dans la
hiérarchie administrative, le coupable sera renvoyé de l’administration
publique et ne pourra y revenir qu’après une période de cinq ans à partir
du prononcé de la décision de justice.

Le supérieur hiérarchique qui reçoit une plainte de harcèlement, ou qui,


informé de l’existence d’une telle pratique, s’abstient d’intervenir pour la
faire cesser, est présumé complice et fera l’objet de sanctions
25
administratives et paiera une amende de deux cent mille à cinq cent mille
gourdes.

Article 5.14.- Du délit d’initié Peine et sanction


prévues pour le
Toute personnalité politique, tout agent public, tout fonctionnaire, tout
délit d’initié.
magistrat, tout membre de la force publique qui aura utilisé pour son
propre avantage ou pour celui d’un tiers des informations réservées ou
privilégiées qu’il a obtenues en raison ou à l’occasion de l’exercice de ses
fonctions est coupable de délit d’initié et sera puni de deux ans à cinq ans
de prison et à une amende de cinq cent mille à un million de gourdes.

Article 5.15.- De la passation illégale de marché public Peine et sanction


prévues pour la
Quiconque attribue, approuve ou conclut ou exécute délibérément un
passation illégale
marché en violation de la réglementation relative à la passation des
de marché public.
marchés publics est puni de la détention, sans préjudice des sanctions
prévues par la réglementation régissant la matière.

Tout contrat, adjudication, transaction, licence, concession ou


autorisation, tout acte juridique quelconque résultant de la commission
d’un des actes de corruption prévu dans la présente loi est déclaré nul et
de nul effet par la juridiction saisie, sous réserve des droits des tiers de
bonne foi.

Article 5.16.- De la prise illicite d’intérêts Peine et sanction


prévues pour la
Toute personne ayant été chargée, en tant que fonctionnaire ou agent de
prise illicite
l’administration publique nationale, à raison même de sa fonction, soit
d’intérêts.
d’assurer la surveillance ou le contrôle d’une entreprise privée, soit de
conclure des contrats de toute nature avec une entreprise privée, soit
d’exprimer son avis sur les opérations effectuées par une entreprise
privée, prend ou reçoit une participation par travail, conseil ou capitaux
dans cette entreprise dans un délai de cinq ans suivant la cessation de
26
cette fonction, est punie de réclusion et de cinq cent mille gourdes
d’amende. Le responsable de l’entreprise convaincu de complicité sera
puni des mêmes peines.

Ladite entreprise ne pourra obtenir aucune commande ni sous-traitance


d’un marché public.

Article 5.17.- De l’abus de biens sociaux Peine et sanction


prévues pour
Tout dirigeant d’une société commerciale, d’une institution financière,
l’abus des biens
d’une coopérative, tout agent d’une ONG, d’une entreprise privée ou
sociaux.
d’une fondation quelconque qui fait des biens ou du crédit de ladite
société, institution, coopérative, ONG, entreprise, fondation un usage qu’il
sait contraire à l’intérêt de cette société, institution, coopérative,
entreprise ou fondation, à des fins personnelles ou pour favoriser un tiers
ou une autre société ou entreprise dans laquelle il est intéressé
directement ou indirectement, est coupable d’abus de biens sociaux.

Toute personne coupable d’abus de biens sociaux est punie de la


réclusion et d’une amende équivalente au triple de la valeur des biens
mal utilisés, sans préjudice du droit de la victime à des dommages-
intérêts.

Article 6.- De la corruption transnationale Peine et sanction


prévues pour la
Quiconque aura corrompu ou tenté de corrompre un agent public
corruption
étranger, un fonctionnaire d’une organisation internationale publique, par
internationale.
promesses, offres, dons, ou présents, ou tout objet de valeur pécuniaire,
en échange de la réalisation par ce dernier de tout acte ou omission dans
l’exercice de ses fonctions, en liaison avec une transaction économique
ou commerciale, sera puni de la réclusion et d’une amende de deux
millions à vingt millions de gourdes.

27
Article 7.- De la responsabilité des personnes morales Obligation de
poursuites pénales
La responsabilité des personnes morales est retenue en matière de
des individus
corruption active lorsque les actes de corruption sont commis par leurs
représentants les
représentants ou par des personnes qui occupent des postes de
personnes
responsabilité en leur sein et agissent pour le compte de ces personnes
morales.
morales, et ce sur base :

a) d’un pouvoir de représentation ;


b) d’un pouvoir de décision ; ou
c) d’un pouvoir de contrôle.
La responsabilité pénale des personnes morales prévues à l’alinéa 1 du
présent article n’exclut pas les poursuites pénales individuelles de leurs
représentants ou de leurs complices ni les sanctions administratives, sous
réserve des droits des victimes à des dommages-intérêts.

Article 8.- Les personnes morales qui se seront rendues coupables des Sanction prévues
infractions prévues par la présente loi seront condamnées à une amende pour les
égale au quintuple de la valeur du profit illicite perçu ou accepté, exigé, personnes
accordé, promis ou versé. La valeur la plus élevée du profit illicite perçu morales.
ou accepté, exigé, accordé, promis ou versé sera considérée pour le
calcul dans la fixation de l’amende.

Article 9.- Répression des pratiques commerciales interdites Peine et sanction


prévues pour les
Toute personne qui recourt à l’une quelconque des pratiques
pratiques
commerciales ou comptables énumérées à l’article 32 de la présente loi
commerciales
ou qui en profite sera punie de un an à trois ans de prison et d’une
interdites.
amende de cinq cent mille à un million de gourdes.

Article 10.- Répression des pratiques bancaires illicites ou Peine et sanction


assimilées prévues pour les
pratiques
Toute institution financière ou toute société légalement autorisée à
28
octroyer du crédit, toute compagnie d’assurances qui délivre bancaires illicites
frauduleusement ou de manière dolosive une garantie bancaire, une lettre ou assimilées.
de crédit, une garantie d’assurance ou souscrit un engagement par
signature, quelle que soit la qualification ou la technique utilisée, dans
l’intérêt d’une personne physique ou morale, par complaisance ou pour
quelque cause que ce soit, sera reconnue coupable de pratique bancaire
illicite et punie d’une amende de cinq cent mille à un million de gourdes.

Lorsque l’infraction incriminée est commise dans le cadre d’un marché


public, l’amende sera égale au double de la valeur de la garantie exigée
par l’autorité contractante, nonobstant les pénalités prévues par la
réglementation sur les marchés publics et la réglementation relative aux
institutions financières.

Toute personne visée à l’alinéa 1 qui recourt à une pratique qui tend à
faire écran aux normes légales, à faire obstruction à la justice ou à une
décision judiciaire dans le but de protéger certains intérêts particuliers
pour quelque cause que ce soit, sera reconnue coupable d’acte de
corruption et punie des mêmes peines que celles prévues à l’alinéa 1,
nonobstant la réglementation sur le blanchiment des avoirs.

CHAPITRE III

DE LA MODIFICATION DES ARTICLES DU POINT IV DE LA SECTION II DU


CODE PENAL TRAITANT « DE LA FORFAITURE DES FONCTIONNAIRES
PUBLICS DANS L’EXERCICE DE LEURS FONCTIONS »

Article 11.- L’article 137 du Code Pénal se lit ainsi : « Toute personnalité Nouveau libellé de
politique, tout fonctionnaire, tout agent public de l’administration publique l’article 137 du
nationale, tout agent de la force publique, tout magistrat qui aura agréé Code Pénale.
des offres ou promesses, ou reçu des offres ou présents pour faire un

29
acte de sa fonction ou de son emploi, même juste, mais non sujet à
salaire, sera puni de la réclusion et d’une amende triple de la valeur de la
promesse agréée ou des choses reçues, sans que ladite amende ne
puisse être inférieure à cinq cent mille gourdes».

Article 12.- L’article 138 du Code Pénal se lit ainsi : « La précédente Nouveau libellé de
disposition est applicable à toute personnalité politique, tout fonctionnaire, l’article 138 du
tout agent de la qualité ci-dessus exprimée, qui, par offres ou promesses Code Pénale.
agréées, dons ou présents reçus, se sera abstenu de faire un acte qui
entrait dans l’ordre de ses devoirs.

Les mêmes sanctions seront appliquées à tout agent public étranger, tout
fonctionnaire d’une organisation internationale publique, ainsi qu’à tout
employé, tout propriétaire ou tout administrateur d’une entreprise privée
nationale ou étrangère reconnus coupables de ces faits.»

Article 13.- L’article 139 du Code Pénal se lit ainsi : «Dans le cas où la Nouveau libellé de
corruption aura pour objet un fait emportant une sanction plus lourde que l’article 139 du
celle prévue ci-dessus, elle sera punie de cette peine, sans préjudice des Code Pénale.
sanctions prévues par le statut particulier du coupable.»

Article 14.- L’article 140 du Code Pénal se lit ainsi : «Quiconque aura Nouveau libellé de
contraint ou tenté de contraindre par voies de fait ou menaces, corrompu l’article 140 du
ou tenté de corrompre par promesses, offres, dons ou présents, une Code Pénale.
personnalité politique, un fonctionnaire ou un agent de la qualité ci-
dessus exprimée, ou un magistrat désigné à l’article 144 pour obtenir, soit
une opinion favorable, soit des procès-verbaux, états, certificats ou
estimations contraires à la vérité, soit des places, emplois, marchés, ou
autres bénéfices quelconques, soit enfin tout autre acte de la compétence
de cette personnalité politique, de ce fonctionnaire, de cet agent ou de ce
magistrat, sera puni de la réclusion et d’une amende triple de la valeur
des promesses, offres, dons ou présents.»

30
Article 15.- Les articles 141, 142 et 143 du Code Pénal demeurent Articles du Code
inchangés. Pénal restant
inchangés.

Article 16.- L’article 144 du Code Pénal se lit ainsi : «Tout magistrat de Nouveau libellé de
l’ordre judiciaire ou de l’ordre administratif qui se sera décidé par faveur l’article 144 du
pour une partie sera coupable de forfaiture et puni de la dégradation Code Pénale.
civique, de la réclusion et d’une amende de cinq cent mille à un million de
gourdes, sans préjudice des sanctions prévues par son statut particulier.»

31
CHAPITRE IV

REGLES COMMUNES AUX INFRACTIONS

Article 17.- De la réduction des peines en cas de coopération Réduction des


peines et
Toute personnalité politique, tout agent public, tout magistrat, tout agent
sanctions en cas
du secteur privé faisant l’objet d’une enquête pour l’un des actes de
de collaboration
corruption susmentionnés, qui, au départ, collabore en fournissant aux
avec les
enquêteurs les informations sollicitées ou en avouant les faits dénoncés,
enquêteurs.
est condamné à la peine minimale.

Article 18.- Des circonstances aggravantes Peines et


sanctions
Si l’auteur d’une ou de plusieurs infractions prévues par la présente loi est
maximales pour
un magistrat, une personnalité politique, un agent public chargé de
certaines
l’application de la présente loi et des lois connexes, un agent de la police
catégories de
judiciaire ou ayant des prérogatives de police judiciaire, un greffier ou tout
personnes.
autre auxiliaire de justice, il est puni de la détention et d’une amende
équivalant au double de l’amende maximale prévue pour l’infraction
commise.

Article 19.- De la levée de l’immunité Dispositions


concernant les
Lorsque des faits incriminants peuvent donner lieu à la mise en
personnes
accusation d’une personnalité politique, d’un magistrat, de tout agent
jouissant d’une
public jouissant d’une immunité de fonction, le ministère public doit
immunité.
prendre immédiatement des mesures conservatoires, telles que obtenir
l’interdiction de départ, et procéder dans les plus brefs délais à la mise en
marche de la procédure devant aboutir à la levée de l’immunité
conformément à la réglementation en vigueur. Une large publicité en sera
donnée dans les médias.

Toute mesure d’interdiction de départ sera notifiée à l’intéressé.

32
Article 20.- De la prescription Vingt ans pour la
prescription.
En matière de lutte contre la corruption, l’action publique est éteinte vingt
ans après la commission de l’infraction et les peines prononcées par les
décisions de justice sont imprescriptibles.

Dans le cas où le produit du crime a été transféré hors du territoire


national, l’action publique et les peines relatives aux infractions prévues
dans la présente loi sont imprescriptibles.

Article 21.- Du recel, de la complicité, de la participation et de la Dispositions du


récidive Code Pénale
applicables pour le
Les dispositions relatives aux receleurs, complices et co-auteurs prévues
recel, la
par le Code Pénal sont applicables aux infractions prévues par la
complicité, la
présente loi. Il en est de même en cas de récidive.
participation et la
récidive.

Article 22.- De la protection des témoins, dénonciateurs, victimes et Obligation faite


experts aux autorités de
protéger les
Les autorités judiciaires et policières prennent toutes les dispositions pour
témoins, les
assurer la protection physique des témoins, des dénonciateurs et des
dénonciateurs et
victimes d’actes de corruption ainsi que des experts. Cette protection
les experts.
s’étend également aux proches de ces personnes.

Les autorités compétentes protègent ces personnes contre toutes


mesures discriminatoires à l’accès à l’emploi et à la carrière dont elles
pourraient être victimes suite à leur collaboration dans la répression d’un
acte de corruption.

Toute rupture de contrat, toute mesure discriminatoire, toute révocation,


tout traitement injuste ou inéquitable de la part d’un employeur effectif ou
potentiel à l’égard d’une personne qui aura relaté ou témoigné de bonne
33
foi pour des actes de corruption dont elle aura eu connaissance dans son
milieu de travail est présumé nul de plein droit.

Article 22.1.- Toute personne qui recourt à la vengeance, l’intimidation ou Peine et sanctions
la menace contre la personne d’un témoin, d’un expert, d’un dénonciateur prévues pour les
ou d’une victime ou contre son conjoint, ses enfants, ses petits-enfants, personnes
ses père et mère ou de toute autre personne proche, est punie de un an à recourant à la
trois ans de prison et d’une amende de deux cent cinquante mille à cinq vengeance.
cent mille gourdes.

Article 23.- De la dénonciation des actes de corruption Peine et sanctions


prévues pour la
Est punie de deux ans à quatre ans de prison et d’une amende de deux
non dénonciation
cent cinquante mille à cinq cent cinquante mille gourdes toute personne
des actes de
qui, de par sa fonction ou sa profession, permanente ou provisoire, prend
corruption.
connaissance d’une ou de plusieurs infractions prévues par la présente
loi, et n’informe pas les autorités publiques compétentes.

Article 24.- Des preuves des actes de corruption Pouvoir de recourir


à des techniques
Outre les modes de preuve définis par le Code d’Instruction Criminelle,
d’investigation
les autorités compétentes en matière de répression de la corruption
spéciales pour
peuvent recourir à des techniques d’investigation spéciales telles que,
obtenir les preuves
mais sans s’y limiter, l’écoute téléphonique, l’enregistrement sur bande
des actes de
magnétique, la surveillance électronique et les infiltrations.
corruption.
Les preuves ainsi obtenues font foi par devant toute instance judiciaire ou
administrative.

Article 24.1.- Toute personnalité politique, tout agent public, tout Toute personne
fonctionnaire, tout magistrat, tout membre de la force publique, à quelque pouvant être
rang qu’il appartienne, peut être entendu comme témoin en matière entendu comme
d’enquête sur un acte de corruption, si les preuves accumulées et les témoin suivant les
indices le justifient, moyennant la mise en marche des procédures procédures
34
établies par la loi et liées au statut particulier de certains témoins. établies par la loi.

Article 25.- De l’entrave au bon fonctionnement de la justice Peine et sanction


prévues pour les
Est puni de un an à trois ans de prison tout individu qui entrave le bon
personnes
fonctionnement de la justice par :
entravant le bon
1) le fait de recourir à la force physique, à des menaces, à la fonctionnement de
subornation ou à l’intimidation, ou de promettre, d’offrir ou la justice en la
d’accorder un avantage indu pour obtenir un faux témoignage ou matière.
empêcher un témoignage ou la présentation d’éléments de preuve
dans une procédure en rapport avec une ou plusieurs infractions
visées par la présente loi ;
2) le fait de recourir à la force physique, à des menaces ou à
l’intimidation pour entraver le cours des enquêtes en rapport avec
la commission d’infractions visées par la présente loi ;
3) le fait de refuser sciemment et sans justification de fournir les
documents et les informations requis par les autorités
compétentes.
Article 26.- Des peines complémentaires Peine et sanction
complémentaires
Toute personne physique reconnue coupable de l’une des infractions
prévues pour les
prévues dans la présente loi encourt également les peines
personnes
complémentaires suivantes :
coupables de l’une
1- l’interdiction en tout ou partie des droits civiques, civils ou de des infractions
famille, tels que exécuteur testamentaire, tuteur, pour une durée prévues dans la
maximale de dix ans ; présente loi.

2- l’interdiction, pour une durée de cinq ans maximum, d’exercer une


fonction dans l’administration publique nationale ou d’exercer
l’activité professionnelle ou sociale dans l’exercice de laquelle
l’infraction a été commise ;

35
3- l’affichage ou la diffusion de la décision prononcée.

Article 26.1.- En plus des autres sanctions prévues, la personne morale Peine et sanction
reconnue coupable d’un acte de corruption est punie de l’une ou de prévues pour la
l’autre de ces peines : personne morale
reconnue
1. la dissolution, lorsque la personne morale a été créée ou
coupable d’un acte
détournée de son objet pour commettre les faits incriminés ou
de corruption.
quand la peine prévue pour cette infraction est supérieure à trois
ans ;
2. l’interdiction, à titre définitif ou pour une durée d’au moins cinq ans,
d’exercer directement ou indirectement une ou plusieurs activités
ayant des liens avec l’infraction commise ;
3. le placement sous surveillance judiciaire pour une période de cinq
ans maximum ;
4. la confiscation de la chose qui a servi ou était destinée à
commettre l’infraction ou de la chose qui en est le produit ;
5. l’affichage de la décision prononcée ou la diffusion de celle-ci soit
par voie de presse, soit par tout moyen de communication au
public par voie électronique.

36
TITRE II

DES MESURES PREVENTIVES CONTRE LA CORRUPTION


CHAPITRE V

DES MESURES PREVENTIVES CONTRE LA CORRUPTION DANS LE


SECTEUR PUBLIC

Article 27.- Du recrutement des agents publics Recrutement,


rémunération et
Le recrutement des fonctionnaires, leur rémunération et la gestion de leur
gestion de carrière
carrière doivent se faire conformément à la réglementation sur le statut
des fonctionnaires.
général de la fonction publique. Les autres agents de l’administration
publique doivent être recrutés conformément à la loi.

L’État doit éviter toute disparité ou discrimination entre les fonctionnaires


et les agents contractuels de l’administration publique.

Article 28.- Du code d’éthique des agents de l’administration Elaboration d’un


publique code d’éthique.

Un code d’éthique des agents de l’administration publique sera élaboré et


mis en œuvre pour prévenir les conflits d’intérêts, assurer la préservation
et l’utilisation appropriée des ressources confiées aux agents publics
dans le cadre de leurs attributions.

Article 29.- Des instances chargées de la prévention de la corruption ULCC et un


Comité Consultatif
L’Unité de lutte contre la corruption est chargée de la mise en œuvre de
Mixte comprenant
la stratégie de lutte contre la corruption.
chargés de la
Un Comité Consultatif Mixte comprenant des représentants du secteur prévention.
public et des membres de la société civile est institué pour assurer le suivi
de cette mise en œuvre ainsi que le suivi de l’application des lois anti-
corruption et l’évolution des dossiers judiciaires. Ce Comité a également

37
pour mission de mettre en place des comités d’éthique dans les
différentes institutions de l’administration publique nationale.
L’organisation et le fonctionnement du Comité Consultatif Mixte seront
fixés par arrêté pris en Conseil des Ministres.

Article 30.- Du secret bancaire ou professionnel Pouvoir de lever le


secret bancaire.
Au cas où une enquête est bloquée pour des motifs liés à l’existence du
secret bancaire ou tout autre devoir de confidentialité auquel les
professionnels indépendants sont tenus, sur requête de l’ULCC, le Doyen
du Tribunal de Première Instance du ressort duquel relève le fait
incriminé, jugeant qu’il y a suffisamment d’indices, ordonne la levée de
toute entrave afin que l’institution compétente puisse poursuivre son
enquête.

Tout responsable d’institution financière, d’administration publique ou


privée, tout professionnel indépendant reconnu coupable d’entrave à la
levée du secret bancaire est puni d’une amende fixée cinq cent mille
gourdes par le Doyen dès le prononcé de ladite ordonnance.

Article 31.- De la transparence dans les relations avec le public Obligation pour les
institutions
Dans le but de promouvoir la transparence dans la gestion des affaires
financières
publiques, les institutions et les organismes publics concernés sont tenus
d’informer le public
d’informer le public sur les services offerts conformément à la loi, d’établir
sur les services
et de rendre publiques des procédures administratives simplifiées, d’éviter
offerts.
toute inégalité et discrimination à l’égard des requérants de services et
d’introduire une clause d’engagement au respect de l’éthique dans tous
les appels d’offres et les contrats lors de la passation de marchés publics.

38
CHAPITRE VI

DES MESURES PREVENTIVES CONTRE LA CORRUPTION DANS LE


SECTEUR PRIVE

Article 32.- Des normes comptables et des pratiques commerciales Normes et


pratiques
Les normes de comptabilité et d’audit utilisées dans le secteur privé
comptables
doivent concourir à prévenir la corruption. Pour cela, sont interdits :
interdites dans le
a) l’établissement de comptes hors livres ; secteur privé.
b) les opérations hors livres ou insuffisamment identifiées ;
c) l’enregistrement d’éléments de passif dont l’objet n’est pas
correctement identifié ;
d) la destruction de documents comptables avant le terme des
délais prévus par la réglementation en vigueur ;
e) l’utilisation de faux documents ;
f) les certificats de complaisance.
Article 33.- Obligation des institutions financières Obligation pour les
institutions
Les institutions financières fournissant les services de transfert de fonds
financières de
ou de toutes autres valeurs ou de tous autres produits de l’étranger ou à
transfert de fonds
destination de l’étranger sont tenues, conformément à la réglementation
d’avoir une
en vigueur, de mettre en place une structure de contrôle interne visant à
structure de
détecter et à décourager toute forme de corruption.
contrôle interne.

Article 34.- Du financement des partis politiques Limitation des


contributions
L’État réglemente le financement des partis politiques en établissant une
reçues pour les
limite unitaire aux contributions pouvant être reçues à titre de cotisations,
parties politiques.
de dons, de legs ou de soutien financier lors d’une campagne électorale,
tout en interdisant celles de provenance ou d’origine douteuse. Il prévoit
des ressources publiques qui sont octroyées aux partis politiques

39
conformément aux dispositions de la loi régissant la matière.

Ils se doivent également d’informer leur personnel sur tout ce qui peut
l’entrainer dans la corruption et les infractions connexes ainsi que leurs
conséquences néfastes.

Article 35.- Des entreprises privées, des organisations de la société Obligation pour les
civile et des ONGs entreprises
privées, des
Les entreprises privées, les associations, les fondations, les
organisations de la
groupements, les regroupements de la société civile et les organisations
société civile et
non gouvernementales ont l’obligation de mettre en œuvre des
des ONGs de
mécanismes de prévention de la corruption et des infractions connexes.
mettre en œuvre
Les entreprises privées et les ONGs prestataires des services qui ne sont des mécanismes
pas d’intérêt général doivent éviter toute inégalité et discrimination à de prévention de
l’égard des requérants de services ayant les mêmes droits et leur fait la corruption.
éviter toute manœuvre dilatoire et préjudiciable à leurs intérêts.

Elles doivent également adopter un code d’éthique et de conduite


régissant le personnel de l’entreprise ou de l’ONG. Ce code doit être
affiché dans un endroit visible et accessible à tout le personnel.

Article 36.- De la Presse Obligation pour la


presse de
Nonobstant les dispositions réglementaires régissant la presse, cette
participer à la
dernière doit participer à la prévention et à la lutte contre les actes de
prévention et à la
corruption et les infractions connexes en publiant les faits de corruption et
lutte contre les
des infractions connexes dont elle a eu connaissance dans tous les
actes de
secteurs d’activités, en promouvant l’éthique et en sensibilisant le public à
corruption.
la nécessité de lutter contre la corruption.

Les services impliqués dans la prévention et la lutte contre la corruption et

40
les infractions connexes doivent, dans ce domaine, mettre en place des
mécanismes de collaboration avec la presse.

41
TITRE III

DE LA COOPERATION INTERNATIONALE ET DU RECOUVREMENT DES


AVOIRS
CHAPITRE VII

EXTRADITION ET ENTRAIDE JUDICIAIRE

Article 37.- L’entraide la plus large possible est accordée aux Etats Obligation
parties à la Convention Interaméricaine contre la Corruption ou à toute d’entraide entre
autre Convention de lutte contre la corruption à laquelle la République les États
d’Haïti est partie, à charge de réciprocité, en matière d’enquêtes, de signataires de la
poursuites judiciaires et de recouvrement des avoirs relativement aux Convention
actes de corruption prévus dans la présente loi. Interaméricaine
contre la
Les procédures de demande d’extradition et d’entraide judiciaire établies
Corruption ou à
aux termes desdites Conventions et du Titre V chapitre II de la loi du 21
toute autre
Février 2001 sur le blanchiment des avoirs provenant du trafic illicite de la
Convention de
drogue et d’autres infractions graves sont appliquées dans le cadre de la
lutte contre la
coopération internationale en matière de lutte contre la corruption.
corruption.

Article 38.- Les décisions judiciaires rendues par des juridictions Obligation
étrangères ordonnant la confiscation de biens acquis au moyen de l’un d’exécuter des
des actes de corruption visés dans la présente loi, ou des moyens utilisés décisions
pour sa commission, sont exécutoires sur tout le territoire de la judiciaires rendues
République conformément aux règles et procédures d’exécution en par des juridictions
vigueur. étrangères.

42
TITRE IV

DISPOSITIONS TRANSITOIRES

Article 39.- Dans les quatre-vingt-dix jours suivant la publication de la Obligation pour le
présente loi, le gouvernement soumettra au Corps Législatif un projet de gouvernement de
loi réglementant le financement des partis politiques ainsi qu’un projet de soumettre au
loi relative à la protection du consommateur en vue de protéger le public Corps Législatif un
contre toutes sortes d’abus dans le domaine des services et du projet de loi
commerce. Dans le même délai, l’Exécutif adoptera l’arrêté portant réglementant le
composition et organisation du comité consultatif mixte prévu à l’article 29 financement des
de la présente loi et prendra les dispositions nécessaires afin que chaque partis politiques.
organisme public dispose d’un manuel de procédure pour la prise de
décision à l’interne et adoptera le code d’éthique des agents de
l’administration publique.

Article 40.- Dans les six mois suivant la publication de la présente loi, Obligation pour le
l’Exécutif mettra en place une structure chargée de préparer un Code des gouvernement de
professions édictant les règles d’éthique et de transparence auxquelles mettre en place
seront astreints les praticiens, les associations de praticiens et les une structure
regroupements de praticiens des différents corps de métiers et des chargée de
membres des professions libérales. préparer un Code
des professions

Article 41.- Chaque corps professionnel regroupant les membres d’une Délai pour
profession libérale ainsi que les entités visées à l’article 35 disposent d’un l’adoption d’un
délai d’une année à partir de la publication de la présente loi pour adopter code de
un Code de déontologie auquel seront astreints leurs membres respectifs. déontologie par
profession.

43
TITRE V

DISPOSITIONS FINALES

Article 42.- Pour tout ce qui n’est pas prévu dans la présente loi Application du code
les dispositions du Code Pénal et des lois connexes régissant la Pénal pour les cas non
matière s’appliquent. prévus.

Article 43.- La présente loi abroge toute loi ou disposition de loi, Abrogation des lois ou les
tout décret-loi ou disposition de décret-loi, tout décret ou dispositions de loi
disposition de décret, qui lui sont contraires et sera exécutée à la contraires.
diligence du Ministre de l’Economie et des Finances, du Ministre de
la Justice et de la Sécurité Publique, du Ministre des Affaires
Etrangères, chacun en ce qui le concerne.

44
4. IMPACT
a) Avantages

Cet avant-projet de loi va permettre à l’État haïtien de:

• Réduire le déficit budgétaire;

• Rendre efficace l’administration publique;

• Fortifier la démocratie;

• Contrôler les fonctionnaires;

• Accroitre les structures institutionnelles et les procédures de vérification


de l’équité dans leurs pratiques;

• Satisfaire les engagements internationaux ;

• Décourager l’adoption de politiques et de règlements vagues et mal


avisés ;

• Réprimer des fonctionnaires étrangers corrompus en droit haïtien ;

• Répartir mieux les ressources ;


• Augmenter les niveaux d’investissements ;
• Encourager la concurrence ;
• Abaisser le cout des affaires ;
• Augmenter la productivité et le taux de croissance ;
• Augmenter le nombre de poste de qualité dans le secteur public ;
• Diminuer la pauvreté et les inégalités ;
• Éradiquer l’instabilité politique.

b) Coûts

L’avant projet de loi n’a à priori aucune incidence sur les dépenses de l’Etat. Il
modifiera le contenu du Code Pénal.
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5. QUESTIONS D’INTÉRÊT ET ÉLÉMENTS DE RÉPONSE
1- Quels sont les actes de corruption prévus par cette loi ?

L’article 5 de ce projet de loi considère comme actes de corruption les faits


suivants : la concussion, l’enrichissement illicite, le blanchiment du produit du
crime, le détournement de biens publics, soustraction de biens publics, le pot-de-
vin, les commissions illicites, la surfacturation, l’octroi de gratification, le trafic
d’influence, le népotisme, le financement occulte de parti politique, le
harcèlement, le délit d’initié, la passation illégale de marchés publics, la prise
illicite d’intérêts, l’abus de biens sociaux et tous autres actes qualifiés comme
tels par la loi.

2- Ce projet de loi, crée-t-il une structure indépendante de lutte contre la


corruption ?

Non, c’est le décret-loi du 8 septembre 2004 qui a créée une structure


indépendante de lutte contre la corruption. Il s’agit de l’ULCC (Unité de Lutte
Contre la Corruption). En faite, ce projet de loi révise la réglementation pénale en
vigueur pour y introduire des normes plus strictes et des sanctions dissuasives
notamment le relèvement des peines pécuniaires et harmonise la législation
nationale sur la corruption avec les Conventions Internationales en cette matière.

3- Qu'arrive-t-il aux entreprises ou personnes qui se révèlent avoir commis


des actes de fraude ou de corruption?

Les entreprises ou personnes qui commettent des actes de fraude ou de


corruption sont tenues responsables de leurs méfaits. Le présent projet de loi
prévoit des peines de prisons pour les coupables et impose des amendes
diverses en fonction de la nature de ces méfaits.

4- La corruption d’un agent public étranger est-elle une infraction?

Corrompre un agent public étranger constitue une infraction pénale suivant


l’article 6 du présent projet de loi. La personne reconnue coupable de cette

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infraction sera punie de la réclusion et d’une amende de deux millions à vingt
millions de gourdes.

5- Quelle est l’efficacité de ce projet de loi ?

Le présent projet de loi est efficace compte tenu de son ambition globale
d’instaurer une culture anticorruption dans le pays. Cette ambition est
caractérisée par la volonté politique de réviser la réglementation pénale en
vigueur pour y introduire des normes plus strictes et des sanctions dissuasives
notamment le relèvement des peines pécuniaires.

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