Vous êtes sur la page 1sur 982

MANUEL COMPLET

DE

F OS» FI CATION

AU PROGRAMME
REDIGEGÔSTPâSlMÉMENT D'ADMISSION

à L'ÉOÔLE SUPÉRIEURE DE GUERRE

PAR

E. LEGRAND-GIRARDE H. PLESSIX
GÉNÉRAL
DEBRIGADE D'ARTILLERIE
COLONEL ENRETRAITE

Q-UAT.RIÈME ÉDITION REPOSBOB

BERGER-LEVRAULT & Cic, ÉDITEURS

PARIS NANCY
RUEDESDEAUX-ARTS,
5 —7 HUE'DES GLACIS,18
190I
\1RÉFACE

XDEr lÀ/'WATRIÉME EDITION

Des modifications et additions notables ont été


apportées dans la présente édition. En ce qui concerne
la fortification passagère, l'ouvrage a été mis en har-
monie avec les règlements récents et notamment avec
l'Instruction pratique du 24 octobre 1906 sur les tra-
vaux de campagne à l'usage des troupes d'infanterie»
On a donc séparé la fortification de campagne de celle
dite de position. On s'est efforcé de donner au sujet
de l'outillage des renseignements puisés aux sources
les plus récentes. On a fait, en outre, une large part
à l'étude des effets du tir.de l'infanterie et de l'artil-
lerie sur les divers retranchements.
Pour la fortification permanente, si on a cru devoir
maintenir à peu près intégralement l'étude historique
des anciens tracés baslionné et polygonal ainsi que
celle des ouvrages édifiés de 1870 à i885, on a consa-
cré plusieurs chapitres nouveaux aux dispositions les
plus récemment adoptées.
Dans l'attaque et la défense des places, on a tenu
compte de l'Instruction pratique de 1906 sur le service
du génie dans la guerre de siège et on s'est efforcé,
par l'étude des événements du siège de Port-Arthur,
VI PREFACE
de rechercher dans quelle mesure sont encore appli-
cables les procédés d'attaque actuellement réglemen-
taires ou consacrés par l'usage.
Enfin, Vorganisation de l'arme du génie et de ses
services a été mise à jour ; on a donné plus d'exten-
sion qu'autrefois à l'étude ;des ponts militaires; des
additions assez nombreuses ont été faites aussi à divers
chapitres de cette quatrième partie (Chemins de fer,
Télégraphie, Aérostation).
Ainsi que dans les éditions précédentes, on a eu
recours plus d'une fois aux précieux renseignements
de la Revue du Génie, à laquelle ont été empruntés de
nombreux dessins. Le Siège de Port-Arthur de M. le
général Clément de Grândprey, paru tout d'abord dans
cette publication, a été, notamment, mis à contribu-
tion. Que nos camarades dont les travaux nous ont
été si utiles reçoivent ici tous nos remerciements.
Il reste enfin à exprimer notre vive gratitude au
collaborateur dévoué qu'a été pour nous M. le capi-
taine du génie Thabard dans la préparation de la pré-
sente éditions

Remiremonl, janvier igog.

Général LEGRAND-GIRARDE.
MANUEL COMPLET

DE

F'QStT I FI C AT I ON

V /> -<J?KEMIERE PARTIE

FORTIFICATION PASSAGÈRE

• CHAPITRE I

GÉNÉRALITÉS ET DÉFINITIONS

La fortification est l'art d'organiser une position de ma-


nière que son défenseur puisse résister avec avantage à un
ennemi supérieur en nombre. Par extension, on donne aussi
couramment le nom de fortifications aux ouvrages ou tra-
vaux exécutés dans le but qui vient d'être indiqué.
Certaines dispositions du terrain ou certaines construc-
tions dont il est recouvert, sont parfois susceptibles d'ac-
quérir sans grand travail une sérieuse valeur défensive; on
les désigne alors sous le nom de fortifications naturelles.
Ces définitions sont générales et s'appliquent dans toutes
les circonstances.

La fortification est divisée le plus souvent en : fortifica-


tion passagère, — fortification semi-permanente ou provi-
MANUEL DEl'ORTIVICATION 1
2 I™ PARTIE FORTIFICATION
PASSAGERE
soire, et fortification permanente, — suivant le caractère
de durée que présentent les ouvrages qui la constituent.
Les travaux defortification passagère ont une importance
variable avec les moyens dont on dispose pour leur exécu-
tion et les nécessités de la situation tactique, d'où la divi-
sion généralement adoptée en fortification de champ de
bataille et fortification passagère proprement dite ou forti-
fication déposition, la première dénomination étant réservée
aux travaux défensifs exécutés à la hâte avant ou pendant
le combat.
En outre, l'instruction du 24 octobre'1906, sur les travaux
de campagne à l'usage des troupes d'infanterie, divise la
fortification de. champ de bataille en fortification de campa-
gne légère, et fortification de Campagne renforcée, la pre-
mière devant, en principe, être exécutée par les troupes
d'infanterie, la seconde par les troupes du génie.

Le sens qu'il convient d'attribuer à ces diverses expres-


sions va être précisé par quelques exemples qui montreront
en même temps l'utilité de la fortification et le rôle impor-
tant qui lui est assigné dans la guerre moderne.

A) Le 6 août 1870, le 20 corps français, attaqué sur


la position de Spickeren par des forces supérieures, voit
vers la fin de la journée sa ligne de retraite menacée par un
détachement s'avançant par la vallée de la Rosselle. En pré-
vision d'une manoeuvre de cette nature, le général Frôssard
avait ordonné la construction de tranchées-abris sur la posi-
tion du Kaninchenberg qui commande la vallée en question.
Ces ouvrages n'eurent pour défenseurs que la compagnie
du génie qui les avait, établis et un détachement de 200 hom-
mes du 2e de.lignc débarqués quelques instants auparavant;
ils suffirent néanmoins à arrêter le mouvement de l'ennemi,
dont le succès aurait pu compromettre la retraite de nos
troupes.

A') Le 18 août de la même.année, notre armée est


GÉNÉRALITÉSET DEFINITIONS 3
ramenée sous les murs de Metz par son chef et prend posi-
tion sur les lignes d'Amanvillers. Les Outils font défaut àla
plupart des corps et le temps manque pour exécuter des
travaux. En quelques points cependant, à notre gauche, des
tranchées et des épaulements ont pu être édifiés ; bien
défendus par les troupes des 2? et 3e corps, ils nous per-
mettent d'arrêter victorieusement les efforts de l'ennemi
sur ce point.
Les travaux effectués dans ces deux circonstances appar-
tiennent à la fortification. du champ de bataille, caracté-
risée, comme on le voit, par le temps et les moyens limités
dont on dispose pour sa construction et par la nature des-
efforts (ceux des troupes de campagne) auxquels elle sert à
résister.

B) Dans les premiers jours de janvier 1871 (5, 6 et


7 janvier), le général Werder, commandant l'armée alle-
mande qui assiège Belfort, est informé d'un mouvement
offensif tenté par l'armée de Bourbakipour délivrer la place.
Ne disposant que de 43 000 hommes et sachant qu'il va
avoir à résister à des forces considérables (quatre corps
d'année français),, il organise solidement la ligne de la
Lisaine et la ville de Montbéliard, et, grâce aux ouvrages'
de fortification qu'il a établis et garnis de puissantes bou-
ches à feu empruntées à son équipage de siège, il supporte
victorieusement pendant deux jours (i5 et 16 janvier) l'at-
taque des troupes françaises qu'il finit par repousser.
Ici, on a eu plus de temps pour exécuter les travaux ; on-
a en conséquence pu faire plus qu'en plusieurs heures sur
le champ de bataille. Cependant les moyens dont on dispo-
sait étant assez limités, on a dû aller au plus pressé; on a
fait de la fortification de position on fortification passagère
proprement dite, caractérisée, comme on le voit, et diffé^
renciée de la fortification du champ de bataille, par.l'impor-
tance plus grande des ouvrages. Ceux-ci ne devant du reste
servir que pendant un temps, fort limité, le.nom de passa-
4 I1C PARTIE FORTIFICATION
PASSAGÈRE

gère, donné à là fortification constituée par leur ensemble,


est justifié.

, G) Dans la guerre d'Orient, ,en 1877, Osman-Pacha bat-


tant: en retraite devant l'armée russe, vient camper autour
de Plewna, ville ouverte et n'ayant par elle-même aucune
valeur défensive sérieuse, mais dont le terrain environnant
constitue une forte position naturelle. Il construit, en quel-
ques semaines, une série d'ouvrages importants et forme de
la sorte un camp retranché, dans lequel,, avec 60 000 hom-
mes et 100 pièces de canon, il résisté pendant quatre mois
et demi à l'armée russe, qui compte à certains moments
110 000 hommes et plus de 5oo bouches à feu, parmi les-
quelles figurent de nombreuses pièces de siège.
L'ensemble des ouvrages défensifs établis, dans ce troi-
sième cas, par Parméé turque, constitue ce que l'on appelle
la. fortification semi-permanente ou provisoire. Ce qui la
caractérise, c'est que : d'une part, elle est destinée à résister
à des: forces considérables et munies d'une artillerie plus
puissante que l'artillerie de campagne ordinaire; d'autre
part, son utifité n'a qu'une durée limitée au temps pendant
lequel la position défendue intéresse le salut de l'armée qui
l'occupe.

La fortification permanente, au contraire, présente ce


caractère particulier que son utilité est pour ainsi dire éter-
nelle. Pour son établissement, on dispose de tous les
moyens .que. fournit l'industrie, de toutes les ressources que
possède le pays. Elle est organisée et armée de manière à
résister aux bouches à feu les jtlus puissantes de l'artillerie
de siège. Elle est établie sur les points qu'il importe de
conserver aussi longtemps que possible, pour arrêter l'inva-
sion ou pour favoriser le mouvement en avant des armées
nationales : « points stratégiques pouvant servir de bases
d'opérations,.points de passage obligés, grandes agglomé-
rations de populations et de richesses toujours confondues
GENERALITES ET DEFINITIONS 0
avec les noeuds de communication et contenant de précieuses
ressources qu'il faut éviter de laisser tomber au pouvoir de
l'ennemi. » En ces points, on exécute, à loisir, pendant la
paix, de véritables constructions, d'immenses travaux assu-
rant la sécurité du pays et formant pour lui de solides froiir
tières, lorsque la nature les lui à refusées ou que dé dou-
loureux revers les lui ont fait perdre.
C'est là ce qu'on a fait de tout temps, dans tous les pays,
et tout particulièrement chez nous, sur la frontière du Nord-
Est, depuis la guerre malheureuse de 1870.

Dans ce qui va suivre on étudiera successivement :


La fortification de campagne ou de champ de bataille ;
La fortification: passagère proprement dite ou de posi-
tion ;
La fortification semi-permanente ;
La fortification permanente.
La première avait pu jusqu'à présent être considérée
comme un cas particulier, ou pour dire mieux, une simpli-
fication de la seconde, par l'exposé de laquelle il convenait
de débuter. Il n'en saurait être ainsi aujourd'hui en raison
de l'extension considérable que les travaux de campagne
ont prise dans les guerres récentes et, notamment, dans la
guerre russo-japonaise. L'instruction ministérielle du 24 oc-
tobre 1906 consacre officiellement le développement de ces
travaux en les introduisant dans l'instruction des troupes
d'infanterie. Il n'est donc plus permis de les considérer
comme accessoires et il convient au contraire de leur donner
ici la première place. On introduira toutefois, dans l'étude
de ces travaux, un certain nombre de considérations géné-
rales qui trouveront également leur application dans les
parties ultérieures du Manuel.
CHAPITRE. II

ÉLÉMENTS PRINCIPAUX DE LÀ FORTIFICATION

DE CAMPAGNE

Généralités. -— La fortification de campagne a pour


objet de diminuer la vulnérabilité du soldat en l'abritant
contre le feu de l'ennemi, tout en lui permettant de faire un
meilleur usage de ses armes.
Elle y parvient en donnant au tireur un couvert qui le
soustrait aux vues et aux coups de son adversaire ; ce cou-
vert est d'autant meilleur qu'il réalise plus complètement
cette double condition. En outre, quand on dispose du
temps et des moyens nécessaires, le couvert est complété
par un obstacle, placé en avant de lui, dont le but est
d'obliger l'assaillant à stationner, plus ou moins longtemps
sans protection, sous le feu du défenseur abrité.
Ces deux éléments, couvert et obstacle,: peuvent être :
soit obtenus par l'aménagement des accidents du sol, soit
créés de toutes pièces.
Dans !e premier cas, les couverts couramment employés
sont les fossés, les levées de terre, les chemins creux ou en
remblai, les murs de clôtures, les grilles, les maisons, les
villages, les haies, les bois, etc.
Certains d'entre eux, murs, grilles, sont en même temps
des obstacles.
D'autres accidents peuvent être utilisés uniquement
comme obstacles ; ce sont les ruisseaux, les marécages, les
clôtures, etc.. Ils doivent alors être complétés par la créa-
tion d'un couvert.
ELEMENTSPRINCIPAUXDE LA.FORTIFICATIONDE CAMPAGNE 7
Dans le deuxième cas, quand le couvert est créé de toutes
pièces, il consiste généralement en une tranchée dont les
terres, jetées du côté de l'ennemi, "forment un bourrelet
appelé le parapet.
Quand le couvert prend des dimensions importantes,
comme dans la fortification dé position, les terres qui doi-
vent constituer le parapet peuvent être prises à la fois dans
la tranchée et dans une autre excavation ménagée du côté
de l'ennemi, et qui s'appelle le fossé.
Lorsque ce dernier a de grandes dimensions, il peut ser-
vir d'obstacle, mais cette condition n'est généralement plus
réalisée dans la fortification passagère. L'obstacle, quand
on doit le créer, est constitué par les dispositifs qui seront
décrits au chapitre XIII sous le nom de défenses accessoires.

Profil et tracé. — Dans toute


espèce de fortification,
il y a lieu, pour juger de la protection et de la facilité de tir
qu'elle assure au défenseur, d'étudier le profil et le tracé.

Fig. 1. — Profil d'une fortificationde campagne.

Le profil est la section faite, dans la fortification, par un


plan vertical perpendiculaire à sa direction sur le plan
horizontal.
Le tracé est la disposition, sur le plan horizontal, des
lignes tout le long desquelles règne le profil.
O Irc PARTIE FORTIFICATIONPASSAGERE
Il sera fait au chapitre X une étude complète du profil qui
est nécessaire seulement lorsqu'on considère les travaux de
grande dimension utilisés dans la fortification de position.
Dans la fortification de campagne, le profil (fig. J) est
des plus simples ; il comprend, comme on l'a vu plus haut,
une simple tranchée dont les terres, jetées en avant, forment
le parapet.
Une banquette, ménagée à une hauteur convenable au-
dessous de la crête de feu, permet au défenseur de prendre
une position de tir commode.

Dénominations des feux d'après leur direction

Dans le cours de cette étude, il sera fait un usage fréquent


de certaines expressions servant à dénommer, d'après leur
direction, les feux dirigés contre les défenseurs de la for-
tification. Avant de l'entreprendre, il est donc indispensable
d'ouvrir ici une parenthèse, pour définir d'une manière
précise le sens qu'il convient d'attribuer à ces expressions.

On appelle d'abord coups directs ou coups défont ceux


qui sont dirigés perpendiculairement à la crête qui couvre
les défenseurs auxquels ils sont destinés.
Le parapet offrant aux défenseurs une protection très
efficace contre les coups de front, l'assaillant aura intérêt à
se placer de manière à diriger ses feux obliquement par
rapport à la crête. Il exécutera alors ce qu'on appelle des
feux d'écharpe ; chaque projectile arrivera dans l'ouvrage
suivant une direction faisant un angle plus ou moins pro-
noncé avec la perpendiculaire à la crête et deviendra par
suite plus dangereux.
Si celui qui attaque peut s'établir sur le prolongement de
la crête, ou dans le voisinage de ce prolongement, ses pro-
jectiles tomberont dans l'ouvrage suivant une direction
parallèle (ou à peu près parallèle) à la crête, et ses feux
ÉLÉMENTSPRINCIPAUXDE LA FORTIFICATIONDE CAMPAGNE g

porteront alors le nom de feux d'enfilade. De pareils feux


sont évidemment très redoutables pour les défenseurs.
Lorsque, sur le terre-plein d'une face ainsi enfilée, il y à
des pièces en batterie, ces pièces sont alors dites prises en
rouage.
Dans le cas où l'assaillant, dépassant le prolongement de
la face qu'il attaque, parvient, à se placer en arrière d'elle,
on dit qu'il la prend à revers, tant que ses coups, qui por-
tent alors le nom de coups de revers, conservent une cer-
taine obliquité par rapport à la crête; on dit qu'il la prend
à dos lorsque ses coups sont, dirigés au contraire à peu près
normalement à cette crête.
De pareils coups de revers sont évidemment des plus
dangereux, et la position des défenseurs de l'ouvrage serait
intenable si on les y laissait exposés. On doit donc prendre
toutes les dispositions possibles pour les y soustraire.

Si l'on considère maintenant la direction des coups dans


le plan vertical, on dira qu'ils sont directs ou de plein-fouet
lorsqu'ils arrivent dans l'ouvrage sous une faible inclinai-
son : c'est ce qui a lieu lorsqu'ils sont tirés à faible distance,
ou à. fortes charges pour les projectiles de l'artillerie. •
On dira au contraire qu'ils sont indirects ou plongeants
lorsqu'ils tombent en faisant avec l'horizon un angle de
chute prononcé : c'est ce qui a lieu lorsqu'ils sont tirés de
loin, ou à faibles charges pour les projectiles de l'artillerie.

Mode de représentation adopté

D'après la définition qui en a été donnée précédemment,


le tracé d'un ouvrage est la disposition, sur le plan hori-
zontal, des lignes tout le long desquelles règne son profil.
Ce profil une fois adopté, il suffit donc, pour déterminer
la forme générale d'un ouvrage, de représenter la projection
sur le plan horizontal de l'une de ses lignes principales. On
10 Irc PARTIE PASSAGÈRE
FORTIFICATION
choisit habituellement la crête intérieure ou ligne de feux,
et c'est ainsi que l'on procédera dans ce qui va suivre pour
le figuré du tracé des divers ouvrages (').

Considérations générales sur le tracé


Feux directs et feux de flanc

. Le tracé des ouvrages doit permettre de battre par le fusil


tout le terrain en avant de la position.
C'est un fait d'expérience que les hommes placés derrière
un. couvert ont une tendance naturelle à tirer droit devant
eux.
Cette tendance s'explique par le désir de se mieux cour
vrir par l'épaulement et aussi par la gêne qui résulte poul-
ie tireur du voisinage de ceux qui l'encadrent, dès qu'il
veut tirer obliquement.
Lorsque l'instruction du tireur était moins développée
qu'elle ne l'est aujourd'hui, il était d'ailleurs de règle de
recommander au soldat de tirer exclusivement dans cette
direction; aussi n'a-t-on longtemps compté que sur des feux
dirigés perpendiculairement à la crête. En admettant qu'au-
jourd'hui, eu égard à la meilleure instruction donnée aux
tireurs, on puisse obtenir des feux inclinés de 3o° (ce qui
est un grand maximum) sur cette direction normale Bm ou
Bo, il n'en est pas moins vrai que pour un saillant ABC
(/%. 2), la face AB ne battra efficacement que l'angle ABp,
et la face BC, que l'angle CBn. La partie comprise entre

(•'.)Dans le dessin completdes ouvragesde fortification,on représenteles


différentesintersectionsdes plans qui constituentle parapet et le fossé, en
marquantd'un trait plus fort la crête intérieure.Les abris ou autres parties
cachéessont indiquéspar des lignespoinlillées,qui en marquent les contours,
et quelquefoispar des hachuresà l'intérieur.On place des cotes à tous les
points d'intersectionde crêtes, et, plus généralement,partout oii cela est
nécessaire.L'échelledes dessinsest variablede i/5oo à 1/2000; on est même
souventobligéd'adopter des échellesplus grandespour les ouvragesde cam-
pagne, eu égard à leurs faiblesdimensions.
ÉLÉMENTSPRINCIPAUXDE LA FORTIFICATIONDE CAMPAGNE I I
les deux droites Bnet Bp, faisant avec les crêtes des angles
de 120°, sera donc théoriquement privée de feux. On lui
donne pour cette raison, en fortification, le nom de secteur
privé de feux.
Ce terme ne doit pas être pris dans toute sa rigueur, car
il sera toujours possible de placer, au saillant même, un où
deux hommes donnant des coups de feu dans l'angle/?Bn;
mais il n'en est pas moins évident que, sur cette partie du

terrain, la densité des iéux sera toujours beaucoup moindre


que devant une ligne droite, et, à plus forte raison, que
dans un rentrant.
D'une façon générale, il faut donc considérer un saillant
comme un point faible (d'autant plus faible qu'il est plus
aigu), et, par suite, comme un point d'attaque.
Si, au contraire d'un saillant, on considère deux crêtes
formant un angle rentrant Çfig. 3), c'est-à-dire un angle
ouvert vers l'ennemi, les feux des deux crêtes se superpo-
sent sur tout ou partie de la zone comprise en avant d'elles.
Dans le cas de la figure 3, la zone nBp seulement est
battue à la fois par les feux de AB et de BC.
Lorsque les deux crêtes font un angle au plus égal à i20p
(Jî-g. 4-), c'est tout l'angle rentrant qui est doublement battu.
12 PARTIE FORTIFICATIONPASSAGERE
Dans ce cas, tout ennemi XYmarchant vers AB est sou-
mis, à la fois, au feu direct venant de AB et au feu de BC
qui l'atteint en flanc. Ce feu est, -pour cela, appelé feu de

flanc et on dit que la crête BC flanque la crête AB. Inver-


sement, AB flanque BC.
Ces feux de flanc, qui prennent l'ennemi d'écharpe ou
d'enfilade, sont très efficaces et d'autant plus gênants pour

l'ennemi que ce dernier ne peut y répondre qu'en suspen-


dant son mouvement et en faisant face à une nouvelle direc-
tion.
Ce qui précède montre que l'angle rentrant fourni par
deux tranchées qui se flanquent l'une l'autre doit être com-
pris entre i5ô° et 120°. Plus petit, les défenseurs des d'eux
ÉLÉMENTSPRINCIPAUX DE LA FORTIFICATIONDE CAMPAGNE I 3

ouvrages risqueraient de diriger leurs coups les uns contre


les autres; plus grand, il serait incomplètement battu.

Tracé des ouvrages de campagne

Le tracé le plus simple d'un ouvrage serait évidemment


la ligne Idroite; mais, sauf des cas tout à fait particuliers,
on ne peut adopter cette disposition pour plusieurs raisons :
i° la forme du terrain s'y prête rarement sur une certaine
étendue, les, inclinaisons des différentes parties de la ligne
découvrant souvent le défenseur, qui se trouve alors exposé .
sans protection au feu de l'ennemi; 2° une pareille ligne ne
serait point flanquée, et les feux de flanc ont, comme on l'a
déjà fait remarquer, une très grande efficacité dans la dé-
fense des ouvrages; 3° aucun point de la ligne ne présentant
à l'ennemi une facilité plus grande pour l'attaque, le défen-
seur serait obligé de répartir également ses forces sur toute
son étendue et risquerait de se trouver trop faible numéri-
quement au point où cette attaque se produirait; 4° l'ou-
vrage serait absolument sans défense contre une attaque de
flanc.
Il est donc nécessaire d'adopter pour les ouvrages de for-
-tification des tracés affectant la forme de lignes, brisées, pré-
sentant par conséquent soit des angles rentrants, soit des
angles saillants, soit une combinaison des uns et des autres.
On a fait ressortir l'avantage que présente la juxtaposi-
tion de deux crêtes formant un angle rentrant, qui, en se
flanquant réciproquement, couvrent de feux d'écharpe le
terrain situé en aArant de chacune, d'elles. On doit donc s'at-
tendre a priori à voir cette disposition fréquemment em-
ployée dans le tracé des ouvrages.
Mais, un ouvrage qui serait exclusivement formé de deux
crêtes ainsi disposées, serait facilement tourné par les extré-
mités de ces crêtes dirigées du côté de l'ennemi. D'où la
nécessité d'adopter, dans lés tracés, des angles saillants
l4 Ire PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
dont les faces, repliées au contraire du côté du défenseur,
ont leurs extrémités mieux garanties.
Il est vrai qu'un saillant, considéré isolément, est un
point faible; mais on se rendra compte aisément que les
saillants peuvent se flanquer mutuellement, en même temps
qu'ils donnent des feux croisés en avant de l'intervalle qui
les sépare. .
Celte simple remarque montre que, pour couvrir de feux
le front d'une position, il n'est pas indispensable de l'oc-
cuper par une ligne ininterrompue de défenseurs abrités. On
peut obtenir le même résultat en n'occupant sur la position
qu'un certain nombre de points convenablement choisis et
organisés que l'on appelle des points d'appui.
Par leurs feux de front, ils battent le terrain en avant
d'eux ; par leurs feux de flanc, ils se flanquent mutuelle-
ment et couvrent leurs intervalles de feux croisés, à là con-.
dition évidemment que la distance qui les sépare n'excède
pas la bonne portée du fusil.
La direction des crêtes flanquantes les expose au danger
d'être enfilées par le feu de l'ennemi. On cherche à les y
soustraire en les dissimulant aux vues par leur position sur
le terrain ou en arrière d'un masque (village, bois). Lors-
qu'on ne peut y arriver par ce moyen, on réduit leur longueur
au minimum.

Ouvrages et lignes

Ce qui précède montre que les couverts qu'utilise la forti-


fication passagère se groupent en deux catégories : i° les
ouvrages simples, ou pièces de fortification isolées, couvrant
toujours sur le terrain une surface relativement assez faible;.
20 les lignes ou travaux de fortification, continues ou non,
dont les diverses parties se prêtent un mutuel appui. -
Lignes ou. ouvrages se composent du reste toujours des
mêmes parties principales, auxquelles on donne le nom.de
faces et de flancs, agencées diversement suivant les tracés..
ELEMENTSPRINCIPAUXDE LA FORTIFICATIONDE.CAMPAGNE 11>
. Les faces sont les crêtes dirigées vers l'ennemi et battant,
par des feux de front, la position qu'il occupe; les flancs
sont celles qui sont destinées à flanquer les précédentes, ou
à défendre un ouvrage contre une attaque de flanc.
.:. La réunion de deux faces AB et AG dirigées vers l'en-
nemi {fig. 2) forme ce que Ton a appelé précédemment un
saillant; la bissectrice de l'angle formé par leurs crêtes
prend alors le nom de capitale, et la partie comprise entre
leurs extrémités A et C, opposées au saillant, celui de gorge.
D'une façon plus générale, on appelle gorge d'un ouvrage
la partie de cet ouvrage placée du côté opposé à l'ennemi,
ou tournée vers la portion du terrain sur laquelle il y a le
moins de chances de le voir s'établir.
Les ouvrages dont la gorge n'est munie d'aucun parapet
sont dits ouverts à la gorge ou simplement ouverts; ceux
dont la gorge est défendue sont appelés fermés à la, gorge
ou simplement fermés.
Les ouvrages ouverts présentent le grave inconvénient de
pouvoir être emportés assez aisément, lorsqu'ils sont dé-
fendus par des troupes peu éprouvées. Si une attaque de
flanc est prononcée assez fortement pour menacer la gorge,
les défenseurs, se trouvant pris à revers, abandonnent en
effet volontiers la position. Il est donc nécessaire de les ap-
puyer sur lés flancs et en arrière. Par contre, ces ouvrages
sont plus vite construits ; les mouvements de troupe y sont
plus commodes ; ils ne donnent pas de couvert à l'ennemi
qui s'en est emparé; il est, par suite, facile de les lui re-
prendre; enfin, ils immobilisent moins les défenseurs,, dans
le cas où il s'agit de passer de la défensive à l'offensive.
On peut d'ailleurs obvier aux inconvénients des ouvrages
ouverts à la gorge en les appuyant par des ouvrages annexes
qui empêchent de les tourner, .
Les ouvrages fermés ont les qualités et .les défauts in-
verses. Il doit paraître évident, d'après cela, qu'ils doivent
être seuls employés pour assurer la défense d'un point par
un ouvrage unique.
iG Irc PARTIE FORTIFICATION PASSAGÈRE

Ouvrages ouverts à la gorge. — Parmi les formes


très Arariées que peuvent prendre les ouvrages ouverts à la
gorge, il convient d'énumérer les suivantes qui sont les
plus généralement employées :
i° La coupure, portion de retranchement ordinairement
en ligne droite (fig. 5), qu'on emploie pour barrer une rue,
un chemin, une digue, un étroit défilé; lorsque l'on veut
obtenir des feux croisés en avant de la ligne, on donne à la
coupure la forme d'un V très ouvert, au sommet duquel,on
ménage un passage défendu en arrière par un second re-

Fig. 5. — Coupure.

tranchement. Dans tous les cas, les extrémités de la cou-


pure doivent être appuyées à de sérieux obstacles (rivières}
marais, escarpements, constructions défendues), qui puis-
sent empêcher l'ennemi de la tourner. Sa longueur ne sau-
rait excéder une quarantaine de mètres.
2° Le redan, petit ouvrage simple, formé de deux faces
(Jîff. 6) et affectant la forme d'un saillant. Il a un secteur
privé de feux, auquel on peut remédier, comme il a été dit
précédemment, en pratiquant un pan coupé vers ce saillant.
De plus, ses faces vont ficher dans la portion du terrain
occupée par l'ennemi, et sont par conséquent en prise aux
feux d'enfilade. Cette défectuosité est d'autant plus pro-
noncée que l'angle saillant est plus aigu; et comme, d'autre
part, le secteur privé de feux augmente au fur et à mesure
que cet angle diminue, il y a toutes sortes de raisons pour
ÉLÉMENTSPRINCIPAUXDE LA FORTIFICATION DE CAMPAGNE 17
ne pas le laisser descendre au-dessous d'un certain mini-
mum, qui est généralement de 6o°. Eu égard aux feux d'en-
filade, auxquels elles sont exposées, les faces ne doivent
d'ailleurs pas avoir plus de 5o à 60 mètres de longueur.

•Fig.6. — Redan.

3° La flèche, petit redan dont les faces ont moins de 20


ou 3o mètres de longueur.
4° Le double redan ou redan renforcé (fig. 7), ouvrage
plus grand, affectant la forme générale du redan, mais por-
tant, vers le milieu de chaque face, une brisure qui permet
de donner pins de longueur à l'ensemble, sans accroître

Fig. 7. — Doubleredan.

pour les défenseurs le danger des feux d'enfilade. Cette bri-


sure fournit en outré un flanc, dont la crête donne des feux
en avant du saillant principal et fait disparaître par suite le
secteur privé de feux. On peut du reste, comme le montre
la figure, donner aux deux parties de chaque face brisée
une direction différente, ce qui est parfois avantageux, pour
bien battre le terrain en avant de ces faces.
MANUELDEFOIITU'ICATION ï
l8 11CPARTIE PASSAGÈRE
FORTIFICATION
5° La lunette (fig. 8), sorte de redan aux faces duquel on
a ajouté des flancs à peu près parallèles à la capitale.
L'avantage de ce tracé est de permettre l'emploi de faces
ayant des directions voisines de la perpendiculaire à la ca-
pitale, ce qui diminue le secteur privé de feux et rend ces
faces plus difficiles à enfiler. On ne pourrait pas donner au
redan un angle saillant aussi ouvert sans l'exposer outre
mesure aux attaques de flancs. Les flancs de la lunette ga-
rantissent ce dernier ouvrage contre un pareil danger.
Les faces de la lunette peuvent atteindre une assez grande
longueur, les flancs ont rarement plus de 20 à 3o mètres ; il
y a toujours intérêt à ne pas les l'aire trop longs, pour ne

pas augmenter la profondeur de l'ouvrage et par suite ses


chances d'être atteint. Il doit en effet paraître évident que
les défenseurs seront mieux couverts dans une lunette large
et peu profonde que dans une lunette à front étroit et à
grande profondeur, ayant même développement de crête
que la première.
Quant à la symétrie des flancs, qui existe sur la figure 8,
rien n'oblige à la respecter : il peut y avoir intérêt à tenir
l'un des flancs plus court ou plus incliné que l'autre par
rapport à la capitale; cela dépend du terrain et, plus géné-
ralement, des circonstances dans lesquelles est établie la
lunette.
6° La demi-redoute (fig. o), lunette dont les faces sont
remplacées par une crête unique réunissant les deux flancs.
S ÉLÉMENTSPRINCIPAUXDE LA FORTIFICATION
DE CAMPAGNE 10'
S Elle a son front principal mieux disposé pour battre direc-
| tentent le terrain du côté de l'ennemi; mais ses secteurs
j privés de feux sont plus étendus devant chaque saillant.

f| Fig. g. •—Demi-redoute.

I* C'est un ouvrage qui se plie aisément au terrain, en raison


des dimensions variables que peuvent avoir ses crêtes.

jy, Ouvrages fermés.—Les ouvrages fermés portent le


8 nom de redoutes lorsqu'ils sont d'une faible capacité. Lors-
)" qu'ils atteignent des dimensions plus considérables, on leur
if donne, celui de forts ou fortins.
|| Leur forme, essentiellement variable, est le plus ordinai-
fy rement celle d'une lunette ou d'une demi-redoute (fig- /o)
l| fermée à la gorge par un parapet.
«rt D'une manière générale, on ne s'astreint pas à donner de

3 Fig. 10. — Redoutes.


j
*.%. formes régulières ou symétriques aux ouvrages ouverts ou
ç| fermés. On en trace les divers côtés de manière à bien dé-
/ couvrir le terrain, à le battre par un nombre de fusils suffi-
^ sant, à bien se protéger contre les coups partant des points
»
dangereux et, en particulier, on cherche à offrir le moins de
* prise possible à l'artillerie ennemie.
20 Ire PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
— Les
Lignes. lignes continues exigent un gros travail
pour leur construction. Elles ne se justifient que lors-
qu'elles sont un obstacle en même temps qu'un couvert,
parce qu'alors elles facilitent la surveillance et évitent les
surprises.
C'est le cas des enceintes des places fortes, dans la forti-
fication permanente ou semi-permanente.
On peut en constituer dans la fortification de position si
on a le temps de leur donner un relief suffisant pour qu'elles
constituent un obstacle en même temps qu'un masque qui
dissimule à l'ennemi les mouvements du défenseur. Les
Russes en; ont fait usage à Port-Arthur.
Dans la fortification de champ de bataille, une ligne con-
tinue ne serait, à cause de son faible profil, ni un masque,
ni un obstacle, et elle deviendrait une gêne pour les mou-
vements des troupes de manoeuvre; l'emploi dans ce cas en
sera donc tout à fait exceptionnel, aussi leur étude sera-
t-elle reportée au chapitré XI, relatif au tracé dans la forti-
fication de position.
C'est là également qu'on examinera les combinaisons
d'ouvrages et de groupes d'ouvrages auxquelles on donne
également le nom de lignes.
CHAPITRE III

EFFETS DU TIR

On a vu (chap. II) qu'en fortification passagère, on s'ef-


force avant tout de donner.au soldat un couvert qui l'abrite
contre le feu de l'ennemi. L'obstacle vient par surcroît.
Le couvert doit arrêter les projectiles ennemis : c'est un
boucher.
Avant donc d'étudier les conditions à remplir par les
couverts naturels et de discuter les formes et les dimen-
sions à donner aux retranchements, il est indispensable de
connaître les effets des projectiles de l'infanterie et de l'ar-
tillerie.


§ 1 Effets du tir de l'infanterie

L'infanterie est armée de fusils et de mitrailleuses qui


tirent la même cartouche.
Chez toutes les puissances, ces armes ont un petit calibre
(6mm5 à 8mm); leur projectile possède une grande vitesse
initiale (800 à 600 mètres), une trajectoire tendue, une
grande portée (3 000 mètres environ) ; elles sont à tir
rapide.
Les balles peuvent encore tuer un homme à 2 000 mètres.
Aux distances ordinaires de tir, elles traversent plusieurs
hommes.
Le fusil modèle 1886, M. g3, a un calibre de 8"™, une
portée maxima de 3 200 mètres sous un angle de projection
22 I™ PARTIE FORTIFICATIONPASSAGERE
de 33°. La vitesse initiale de sa balle est, en moyenne, de
638 mètres.

Pénétration des projectiles. —• Les tableaux


qui
figurent à la suite du Règlement du 3i août 1906 sur l'ins-
truction du tir de l'infanterie donnent des renseignements
complets sur la pénétration des balles. On en retiendra les
résultats essentiels qui suivent :

I. Matériaux meubles. —La balle ne traverse pas 80 cen-


timètres de terre. Exceptionnellement cependant, lorsqu'il
s'agit de terre végétale forte, non tassée et humectée, et
pour une distance de tir inférieure à i5o mètres, la balle
traverse 1 mètre de terre, mais à 200 mètres, elle n'en tra-
verse déjà plus que 76 centimètres.
Une épaisseur de 80 centimètres de terre peut donc être
considérée comme suffisante pour arrêter la balle du fusil.
Dans le sable de rivière, le gravier, le ballast, la pénétra-
tion est environ deux fois moindre.

IL Bois et métaux. — La balle


pénètre, dans le sapin,
de imo3 à 100 mètres, de 60 centimètres à 4oo mètres; dans
le chêne, la pénétration est environ deux fois moindre.
Les arbres n'offrent donc qu'exceptionnellement une pro-
tection suffisante contre la balle du fusil.
La balle traverse : à 100 mètres, gmm3 de fer, 5 millimè-
tres d'acier chromé; à 3oo mètres, 5mm6 de fer, 2mm8 d'acier
chromé. La pénétration dans l'acier ordinaire est intermé-
diaire entre celles du fer et. de l'acier chromé.

III. Maçonneries. — Les murs en


pisé de 3o centimètres
d'épaisseur sont traversés jusqu'à 600 mètres.
Les murs en moellon ordinaires ne sont jamais traversés.
Les murs en brique, toujours moins épais que les murs
en moellon, peuvent être traversés s'ils n'ont que 11 centi-
mètres d'épaisseur (briques à plat).
EFFETS DU TIR 23
Un mur de 22 centimètres ne peut être traversé que par
un groupement de balles tiré à i5o mètres au maximum.

Tension de la trajectoire, ses conséquences. —


La tangente de l'angle de chute de la balle du fusil 86 M. g3
est de : ,: •

a 000 mètres ;
1 000
48,'Q-
— a 1 000 mètres ;
1 000
120
à 1 000 mètres ;
1 000
;
242,6, a 2 000 mètres.
1000 . . -

Elle est donc inférieure à 1/.20 pour les distances de tir


inférieures à 1 000 mètres.
Ce n'est que pour une distance de tir de 2 000 mètres, à
la vérité exceptionnelle, qu'elle atteint 1/4.

Zone dangereuse. Angle mort. — On


rappellera
ici quelques définitions :
La zone dangereuse, pour un but de hauteur donnée, est
l'espace compris entre le point où la trajectoire du projec-
tile frappe le sol et celui où elle passe au-dessus du sol à
une hauteur égale à celle du but.
Cette zone est donc d'autant plus étendue que la hauteur
du but est plus grande et que la trajectoire est plus tendue.
Si, au lieu d'un but à atteindre, on suppose, sur le sol,
un obstacle capable d'arrêter le projectile, l'espace situé
entre cet obstacle et le point de chute du projectile dont la
trajectoire rase le sommet de l'obstacle échappe aux coups;
il est dit en angle mort.
L'étendue de l'angle mort augmente avec la hauteur de
F obstacle et la tension de la : par conséquent, en
trajectoire
faisant usage du tir plongeant on la diminue.
24 I1C PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
Si la trajectoire d'un projectile affecte une forme sensi-
blement parallèle à celle du terrain, celui-ci est dit rasé.
Toute l'étendue de la zone rasée est zone dangereuse ; mais
si, en revanche, on élève en avant de cette zone un obstacle
arrêtant les projectiles et ayant au moins la hauteur d'un
homme, elle devient en angle mort.

§' 2 — Effets du tir de l'artillerie

Les canons, les obusiers (canons courts) et les mortiers


lancent des projectiles de deux sortes : les obus à balles,
obus à mitraille ou shrapnels, contenant des balles et une
petite charge de poudre, et les obus chargés eu explosifs
brisants (mélinite, écrasite, lyddite, coton-poudre, etc.).
Les uns et les autres explosent grâce à l'adjonction d'une
fusée et peuvent généralement être tirés soit fusants, soit
percutants.
L'obus est dit fusant lorsqu'il éclate, avant d'atteindre
l'objectif, en un point convenablement réglé de sa trajec-
toire. Il est dit percutant lorsqu'il éclate par le contact avec
le sol ou un obstacle.

I. Obus à balles tirés fusants. — L'éclatement du projec-


tile donne naissance à une gerbe de balles conique dont
- l'axe est le prolongement de la trajectoire.
L'ouverture de la gerbe, qui augmente avec la distance,
ne dépasse pas 200 pour l'obus de 75mm. Elle est de i6°3o
à 2 5oo mètres.
Cette gerbe bat, aux portées moyennes, une zone large
de 25 mètres, profonde de i5o mètres.
La densité est de une balle par mètre carré de surface
verticale.
Pour l'obus à mitraille de i55, la gerbe est ouverte de
220 environ et elle est creuse, en ce sens que la plupart des
éclats se trouvent dans un espace conique annulaire, tandis
EFFETS DU TIR

que la partie centrale ne renferme que la fusée, le culot et


quelques fragments de tube,
La figure n montre la forme de la gerbe à 2 5oo mètres
pour l'obus à balle de 75.
Les balles des shrapnels ont une pénétration très infé-

Fig. 11. — Gerbe de l'obus à balle de -j5mmfusant.

rieure à celle de la balle du fusil : elles sont arrêtées par


25 centimètres de terre, même par le sac du fantassin. •

IL Obus à balles tirés percutants.—L'obus qui atteint le


sol sous un angle inférieur à 170 (environ) ricoche en creu-
sant un sillon, puis, grâce au retard de la fusée, n'éclate

Fig. 12. — Gerbe de l'obus percutant après ricochet.

que 2 mètres plus loin sur la branche ascendante de sa


trajectoire, dont l'angle de relèvement o' est plus grand que
l'angle de chute a (fig. 12).
L'obus qui atteint le sol sous un angle supérieur à 170
environ pénètre davantage dans le sol et y éclate; il fait
fougasse, les balles restent en terre. S'il s'agit de canons de
campagne, l'effet du projectile est presque nul en raison de
la faible charge de poudre qu'il contient. .
26 Irc PARTIE FORTIFICATIONPASSAGERE
Les obus à mitraille des canons de 120, de i55, tirés per-
cutants, créent des entonnoirs d'une certaine importance
dont les dimensions seront données en même temps que
pour les obus explosifs.

III. Obus explosifs. — Les obus à mélinite sont générale-


ment tirés percutants.
Le canon de 77 allemand tire deux obus explosifs, l'obus
brisant (Sprenggranate), muni d'une fusée à double effet, et
Pobus-torpille, muni d'une fusée percutante.

Fig, i3. — Éclatementde l'obus de go au repos.

Les effets des obus à explosif brisant sont tout différents


de ceux des shrapnels.
Dans l'éclatement au repos' de l'obus allongé de 90
(fig. i3), les éclats se répartissent en trois gerbes : une gerbe
antérieure,.creuse, de 120 éclats; une gerbe postérieure,
pleine, de i5o éclats, et une nappe latérale, la plus impor-
tante, de 2 000 éclats.
Cette nappe est mince ; prise à 20 mètres du point d'écla-
tement, elle n'est encore que d'environ 6 mètres.
Dans l'éclatement de l'obus en mouvement, la vitesse
restante du projectile se compose, pour chaque éclat, avec
la vitesse résultant de l'éclatement.
EFFETS DU TIR 27
Il en résulte que la gerbe antérieure est un peu moins
ouverte, la gerbe postérieure un peu plus, et que la nappe
latérale se ferme légèrement vers l'avant, constituant une
gerbe très ouverte. . -
Dans l'éclatement de l'obus de 77 allemand (fig- /4)3Tes
éclats forment une gerbe unique creuse et ouverte, moins
ouverte cependant que dans Fobus allongé de 90 français.
Les documents officiels ne renseignent pas sur les effets
de l'obus à méliiïite de 75. Comme sa charge d'explosif
(826 grammes) est moitié moindre que celle de l'obus
allongé de 90, mais très supérieure à celle de l'obus brisant
de 77 allemand (135 grammes), on peut en conclure que ses
effets doivent être intermédiaires entre ceux des deux autres.

Fig. 14. — Eclatement de l'obus allemand de 77 en mouvement.

Pour tous ces obus, les éclats, très nombreux, sont aussi
très petits. Quoique animés de vitesses considérables qui
peuvent atteindre 1 200 mètres, ils perdent rapidement.leur
vitesse à cause de leur faible masse et de leur forme irrégu-
lière. Au delà de 35 mètres, peu d'entre eux sont capables
de traverser une planche de sapin de 20 millimètres d'épais-
seur. Par contre, ils produisent, paraît-il, des blessures très
douloureuses. Le bruit de la détonation est très A'iolent; il
impressionne les troupes au début, mais l'expérience des
guerres récentes a montré que le soldat s'y habitue vite.
Les gaz de l'explosion produisent un ébranlement d'autant
plus considérable que la charge d'explosif est plus grande;
il est faible pour l'obus brisant allemand (i35 grammes);
pour l'obus de campagne français, le souffle, quoique plus
violent, n'est plus dangereux au delà de 4 mètres.
28 I"- PARTIE FORTIFICATIONPASSAGERE
En résumé, l'effet de ces projectiles est très violent, mais
très localisé.
L'obus à mélinite percutant, comme le shrapnel, ou bien
ricoche et éclate sur sa trajectoire ascendante, ou bien pé-
nètre dans le sol. et fait torpille, suivaut que l'angle de chute
est inférieur ou supérieur à environ 17°.
La quantité dont l'obus pénètre dans le sol dépend de la
résistance de ce dernier et du retard de la fusée. Suivant la
quantité dont il s'est enfoncé et sa charge d'explosif, ou
bien il crée un entonnoir en projetant les terres, ou bien
fait camouflet, c'est-à-dire ne produit aucun effet extérieur.
Contre les obstacles, ces obus sont beaucoup plus effi-
caces que les shrapnels.
Pour les calibres supérieurs à celui du canon de cam-
pagne, ils reçoivent de grosses charges de mélinite, res-
pectivement 4) 12 et 36 kilos pour les calibres de 12, 15
et 22cm.
Le tableau ci-dessous donne les dimensions des enton-
noirs produits par les obus de divers calibres, tirés sans
retard, sous des angles de i5 à 45° en terrain naturel très
résistant (tuf crayeux ou calcaire, sable) :

ENTONNOIRS
KAl'UREDES PROJECTILES ~^ ""^^ ^ ^ -
Diamètre Profondeur Volume
mètres mètres met. cub,
Obusaltonqéde120 )\ '
Obusordinairede100 S 2,:)0 0,90 2,600
Obusallonoédei55 )( 3,5o_ „0,000 .
.
Obusordinairede 220. ......... 1,10
.\
Obusabonnéde 220. ...........) „ , „„
, lroiscabbi.esde
Obusde 4,6°
. I/I° i3,3oo
270 .\
I

Dans les terrains argileux, le déblai peut atteindre le


double de ces chiffres, et, dans les terres le
rapportées,
triple.
CHAPITRE IY

OUTILLAGE DES ARMÉES EN CAMPAGNE

L'établissement des ouvrages de fortification nécessite des


hommes et des outils. A la guerre on est toujours assuré
de trouver les travailleurs, mais l'outillage lait souvent dé-
faut; aussi a-t-on, depuis longtemps, pourvu les armées en
campagne des outils dont elles peuvent avoir besoin. Jusque
vers 1878, en France, les troupes du génie étaient seules
suivies de parcs d'outils qu'on mettait, le cas échéant, à la
disposition de l'infanterie. Les événements de la guerre
russo-turque de 1877 démontrèrent la nécessité de doter
les unités d'infanterie d'outils spéciaux, afin qu'en toutes .
circonstances, elles fussent en mesure d'exécuter elles-mê-
mes les travaux de campagne destinés à lés abriter. Ces
outils sont d'un modèle plus léger que ceux du génie, afin
de réduire, dans la plus large mesure possible, la surcharge
imposée à l'homme. Leur poids est cependant loin d'être
négligeable et la préoccupation très légitime d'alléger le
lourd fardeau du fantassin avait conduit au bout de quel-
ques années à réduire le nombre des outils portatifs primi-
tivement attribués aux unités d'infanterie.,
La guerre d'Extrême-Orient de 1904-1905 a fait ressortir
de nouveau, avec une évidence indiscutable, d'une part la
nécessité de ne pas séparer le travailleur de son outil pen-
dant les marches et le combat, et d'autre part l'impossibi-
lité, dans certaines circonstances, de progresser sous le feu
de l'ennemi, sans recourir à l'abri que le sol peut donner.
Sous l'empire de ces enseignements de là guerre la plus
3o Irc PARTIE FORTIFICATION
PASSAGÈRE
récente, soutenue par deux armées également valeureuses
et animées l'une et l'autre de l'esprit offensif, on s'est dé-
cidé chez nous à augmenter notablement la dotation en
outils portatifs de l'infanterie.
Cette arme dispose en outre d'outils de parc, du modèle
du génie, portés sur voitures et peut recourir, enfin, aux
ressources des parcs du génie qui seront indiquées ci-après.
Si l'outil portatif surcharge le fantassin, il a le grand
avantagé d'être toujours à sa disposition immédiate; en
outre, on peut, dans la répartition qui en est faite dans
l'unité, tenir compte de la profession des hommes, ce qui
assure un meilleur emploi. Par contre, si le porteur d'un
outil fait défaut, ce dernier disparaît également.
L'outil transporté sur voitures nécessite une distribution
préalable, d'où perte de temps et répartition moins bonne
dès outils d'après la profession du travailleur. La voiture
d'outils allonge les colonnes et ne peut suivre les troupes
dans tous les chemins, ni à plus forte raison, à travers
champs. Mais les outils portés sur voitures sont d'un mo-
dèle plus lourd et, par suite, plus puissants.
Les deux modes de transport ont donc des avantages et
des inconvénients entre lesquels il faut faire la balance.
On fait usage aussi, pour les troupes alpines, du trans-
port d'outils sur animaux de bât; son rendement est infé-
rieur à celui de la voiture, mais l'animal bâté suit l'homme
à peu près partout, et cet avantage est capital pour les
troupes appelées à opérer en pays montagneux.
Le Japon a adopté ce mode de transport pour les outils
non portatifs de chaque bataillon.

Outils actuellement réglementaires

Les principaux outils ainsi transportés par les troupes


sont : les outils de terrassier (pelles et pioches) ; les outils
de destruction (haches, scies, serpes, pinces, pics, etc.); et
32 Iro PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE

quelques outils d'ouvriers d'art, dont on peut avoir besoin


dans certains cas.

Outils de terrassier des troupes du génie. —


Les outils de terrassier sont ceux dont le transport est le
plus difficile, en raison de leur poids et de leur volume. Les
gros outils, outils du modèle des parcs du génie, qui ont la
dimension ordinaire des outils du commerce, sont exclusi-
vement transportés sur des voitures ou sur des animaux de
bât, comme il a été dit ci-dessus.
Les sapeurs du génie sont pourvus individuellement de
pelles et de pioches, à peu près du même modèle que ces
derniers, mais de dimensions un peu plus restreintes, et
d'un poids un peu moindre.
La pelle réglementaire des sapeurs du génie, emmanchée,
a im3o de longueur; — la pioche 80 centimètres de lon-
gueur de manche et 4o centimètres de longueur de fer.

Outils de terrassier de l'infanterie. — Ces outils


de terrassier du génie, suffisants pour produire un bon tra-
vail, sont d'un poids trop considérable et d'une forme trop
embarrassante pour les hommes d'infanterie. Il a donc fallu
chercher autre chose pour ces derniers.
La pelle qui sert de véhicule aux terres est, en raison de
la longueur du. manche, celui de ces outils qui est du plus
difficile transport. On a donc essayé de la transformer j en
la rendant plus petite et plus légère, et en changeant un
peu son mode d'emploi. La modification de ce genre la plus
répandue a été imaginée par un Autrichien, nommé Linne-
man; elle a été successivement adoptée par l'Autriche
d'abord, par l'Allemagne ensuite, puis par la France, en
1878.
La pelle-bêche Linneman du modèle réglementaire en
France pour l'infanterie (fig. i5, page 3i) est un fer rectan-
gulaire, légèrement courbé dans sa largeur, et terminé à sa
partie supérieure par un renfort. Elle est munie d'un man-
OUTILLAGEDES ARMEESEN CAMPAGNE 33
che droit, fixé par une douille et par un renfort en fer de
lance. Deux des faces de la pelle sont taillées en biseau ; la
troisième est munie de dents de scie. Sa longueur totale est
de 53 centimètres, et son poids de 760 grammes. Elle est
enfermée dans un étui en cuir, qui permet de la porter soit
au sac, soit au ceinturon. Le poids total de l'instrument,
avec son étui, est de 1 kilo.
Pour se servir de cette pelle, l'homme met un genou en
terre et enfonce l'outil par son tranchant ; il ne doit appuyer
le pied sur le rebord supérieur que s'il éprouve une résis-
tance qu'il ne peut.vaincre à la main. Les biseaux et la dent
de scie permettent de couper les racines qui pourraient
arrêter le travailleur.
La pioche portative d'infanterie (fig. 16) a également des
dimensions réduites : 37 centimètres de longueur de fer et
46 centimètres de longueur de manche. Elle pèse ik3i6o
avec son étui.
Il existe aussi une hache portative d'infanterie, du poids
de iks66o avec l'étui, et d'une longueur totale de 45 centi-
mètres. ;'.•''

Les outils de terrassier de forme réduite, qui viennent


d'être décrits, sont d'un emploi beaucoup moins commode
. que les grands outils ordinaires portés sur les voitures ;
placés entre les mains de travailleurs exercés au maniement
de ces derniers, ils donnent un rendement très sensiblement
inférieur. Mais, des travailleurs aussi peu accoutumés à
l'exécution des mouvements de terre que le sont générale-
ment les hommes d'infanterie, obtiennent, avec ces petits
outils et avec les grands, des résultats au contraire très
comparables.

Outils de destruction. — Les outils de destruction


sont de formes assez variées.
Pour percer des créneaux dans les murs, on se sert : de
pics (fig. 12), sortes de pioches dont on a supprimé le bout
MAMJELDEFORTIFICATION S
34 Ire PARTIE FORTIFICATION PASSAGÈRE
tranchant, — ou de pinces, barres de fer terminées en pointe
(fig. 18). On peut également employer à cet usage les pio-
ches ordinaires.
Pour l'abatage des arbres, on emploie les scies, les haches
et les serpes. Les troupes possèdent deux espèces de scies :
La scie passe-partout (fig- ig), qui sert plus particulière-
ment à couper les, arbres abattus, à les débiter en mor-
ceaux, et qui peut cependant être employée également pour
l'abatage. La manoeuvre de cette scie exige une certaine
habitude, et, entre les mains de travailleurs inhabiles, elle
ne produit pas de très bons résultats. EUe a, en outre, l'in-
convénient d'être d'un difficile transport. — On a imaginé
alors de donner aux hommes une scie articulée (fig. 20,
page 3i), dont les différentes parties se replient sur elles-
mêmes, et peuvent être contenues dans un étui de petite
dimension. Aux extrémités de cette scie, on fixe des man-
ches en bois auxquels les scieurs s'attellent à l'aide de
ficelles. La manoeuvre de cet instrument est des plus aisées,
et les hommes les moins exercés réussissent rapidement à
en obtenir de bons résultats.

Outils d'ouvriers d'art. — Les


troupes du génie
transportent en outre avec elles quelques outils spéciaux,
dits d'ouvriers d'art, servant à confectionner des mortaises,
à percer des trous de tarière, et plus généralement, à l'exé-
cution d'ouvrages exigeant une certaine habileté profession-
nelle. Il doit suffire ici de les mentionner.
L'outillage portatif de l'infanterie qui vient d'être décrit
est actuellement l'objet d'études ayant pour but de le rendre
plus efficace sans cependant augmenter son poids.

Répartition de l'outillage

En France, les outils d'une armée sont répartis en trois


échelons, savoir :
OUTILLAGEDES ARMÉESEN CAMPAGNE 35

A) Les outils des corps de troupe :

. { i° Les outils portatifs ;


Pour. 1 întanterie . \ 2°„ Les .-i
T outils •.
j voitures de i ™ •
j des compagnie.
Pour la cavalerie. Les outils portatifs.
• , . j i° Les outils portatifs ;
Pour le •'qeme . . \ 2°n .Les
T outils
,., ,
des parcs de ,
j compagnie.

B) Les outils des parcs du génie de corps d'armée;


C) Les outils du parc du génie d'armée.
Chaque échelon assure le ravitaillement de l'échelon pré-
cédent et fournit les outils complémentaires nécessaires aux
besoins généraux et passagers de l'unité à laquelle il appar-
tient.

— Chaque compagnie d'infanterie, autre que


Infanterie.
celle affectée à la défense des Alpes, possède (instruction du
24 octobre 1906) 181 outils portatifs du modèle de l'infan-
terie, saAroir :
i44 outils j 112 bêches (7 par escouade),
de terrassier. | 32 pioches (2 par escouade),
/ 12 hachettes (1 par escouade non
1 pourvue de hache),
_ ., 1I 4 haches (1 par escouade non
07 outils J 1 l .. \
,'
, destruction.. \ pourvue de hachette),i
de
t\ n ,
10 serpes (1 par escouade),^
[ 4 cisailles à main (1 par section),
\ 1 scie articulée.

Les compagnies de chasseurs à pied ont le même assorti-


ment, mais deux des haches portatives à main du modèle
de l'infanterie sont remplacées par des haches portatives
du modèle du génie.
Les sapeurs hors rang du régiment portent :
1 scie articulée (caporal sapeur),
6 haches portatives du modèle du génie,
6 pics à tète portatifs.
36 Ire PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
Les pourvoyeurs de munitions portent, en outre :
i hache portative ordinaire (modèle du génie),
i serpe de parc,

et le sergent artificier :
i scie articulée.

Chaque compagnie d'infanterie est dotée en outre d'une


voiture qui renferme :

-, • j 16 pelles rondes et 2 manches de rechange,


' de' terrassier " f/ „
, ,., 2 pelles
• , carrées,
. (modèle v i
1 12 pioches
l et 2 ,
manches
,
de ,
rechanqe.
v
des parcs). j
Outils' ( 4 haches de bûcheron,
de destruction, j 2 serpes.

Auxquels s'ajoutent :

4 scies passe-partout,
2 pinces de 6o centimètres,
i pince de i mètre,
i caisse d'outils d'ouvriers d'art,

qui sont placées sur l'une des voitures de compagnie du


régiment (irc compagnie du Ier bataillon).
La caisse d'outils d'ouvriers d'art renferme :

i masse à tranche, i plane,


i burin de serrurier, i rénette,
i pince coupante, i scie égohine,
i pince plate, Les 8 poignées des scies passe-
i bédane, partout,
i ciseau-bédane, 2 tarières (1 creuse et 1 torse),
1 ciseau de charpentier, 1 tenaille,
1 hache a main, 2 vrilles,
2 limes tiers-point, 1 pierre a affiler,
3 manches de lime, 2 kilos de pointes.
1 marteau,
OUTILLAGE DES ARMÉES EN CAMPAGNE 37
Les compagnies de chasseurs alpins, les compagnies des
régiments d'infanterie affectés à la défense des Alpes ont
un assortiment d'outils portatifs différent de celui des com- -
paqnies ordinaires d'infanterie.
En outre, dans les régiments d'infanterie de la défense
des Alpes, les outils non portatifs sont portés, d?une part
par des mulets de bât (à raison de deux par bataillon dans
les régiments actifs et de un seulement dans les régiments
de réserve), d'autre part dans une voiture régimentaire
existant autrefois dans tous les corps.
Chaque compagnie de chasseurs alpins est dotée aussi
d'un mulet d'outils.
La voiture d'outils régimentaire porte :
Outils \ 5o jielles rondes et 15 manches de rechangé,
de terrassier. | 2.5 pioches et 25 manches de rechange;
haches de bûcheron,
20
(20 serpes,
, destruction.
de , \ 4 scies
. passe-partout,
/ 2 pinces de -, oo
,> ,.• . t
centimètres,
\ i pince de i mètre ;

plus une caisse d'outils d'ouvriers d'art dont la composition


a été indiquée ci-dessus.
Le chargement d'un mulet comprend :

„ ...
Outils / 6 L.
pelles rondes, Outils ( 2 haches,
. [ io ,
pioches, de < 4 pics à tête,
1 4 manches de destruction. ( 2 pinces de 1 m.
terrassier, f ,
\ rechange ;

dans les bataillons de chasseurs et

Outils de 12 pelles rondes, Outils de


j j 4 haches de bû-
terrassier. ( 8 pioches ; destruction. ) cheron ;

dans les régiments d'infanterie affectés aux Alpes.


Le chargement de ces outils sur le mulet est assuré à
38 Ire PARTIE FORTIFICATION
PASSAGÈRE
l'aide de porte-outils formés de deux planches disposées
verticalement et accrochées sur l'avant et l'arrière du bât
(fig. 21).
Ces planches portent des trous marqués d'une lettre; les
trous de, la planche d'avant et ceux de la planche d'arrière
correspondant au même outil sont marqués d'une même
lettre.
Le chargement s'effectue simultanément des deux côtés

. Fig. 21. — Porl.e-oulilsdes mulelsde bât (1/20).

du bât, afin d'éviter que celui-ci ne tourne. Les outils ayant


été placés dans les trous qui leur correspondent suivant un
ordre déterminé sont ensuite assujettis à l'aide de cordes
de brêlage qui viennent se fixer au bât. De cette manière
on empêche les mouvements de la charge et la chute de
celle-ci.

Cavalerie. —
Chaque escadron de cavalerie possède 8 sa-
peurs pourvus d'outils, savoir : 4 pioches, i pelles rondes,
2 haches, 4 scies articulées, 4 cisailles. Ces outils sont fixés
à la selle.
Dans un régiment, deux sous-officiers et deux brigadiers
sont destinés à encadrer le groupe des sapeurs des quatre
escadrons. L'instruction de ces hommes est dirigée par un
officier.
OUTILLAGEDES ARMÉES EN CAMPAGNE 3g
Artillerie. — Chaque batterie de campagne transporte :

( 6 pelles rondes,
43 outils de terrassier, j 16 pelles carrées,
(21 pioches ;
/ 3 haches,
1 16 hachettes,
3g outils de destruction. < 6 serpes,
. i 12 scies articulées,
[ 2 scies passe-partout.

Génie. — Les compagnies du génie possèdent 210 outils


portatifs du modèle spécial à cette arme, savoir : 66 pelles,
66 pioches, 2 masses à tranche et 2 burins ; 4 cisailles à
main, 4 limes tiers-point et 200 mètres de cordeau à tracer,
répartis en quatre chargements ; 2 ciseaux de charpentier et
2 compas, 4 haches à main, 38 haches, i4 serpes, 4 mar-
teaux de charpentier avec 75 pointes, 2 planes et 2 pelotes
de ficelle, 4 scies articulées et 4 limes tiers-point, 2 scies
égohines et 2 limes tiers-point, 2 tarières et 4 vrilles.
Chaque compagnie du génie est dotée en outre d'un parc
composé de trois voitures de sapeurs-mineurs et d'une voi-
ture légère d'explosifs.
Les voitures de sapeurs-mineurs n° 1 et n° 2 ont un char-
gement presque identique. Elles contiennent au total :

, .-il 60 pelles rondes,


q4 outils. , ,, ,
,, terrassier.
de { 4 pelles carrées,
) 00 r.
\ pioches ;
; i 20 d'infanterie,
l 42 haches < 16 de parc,
112 outils J ( 6 de charpentier ;
de destruction. ] 6 pics,
I 3o serpes,
\ 34 scies diverses ;

plus des outils d'ouvrier en bois, de maçon, des agrès de


pont, des instruments de lever, des explosifs (70 kilos de
mélinite) et 5 radeaux-sacs Habert.
40 lre PARTIE PASSAGÈRE
FORTIFICATION
La voiture de sapeurs-mineurs n° 3 ne porte pas d'outils,
mais seulement des accessoires. Elle servira fréquemment
à transporter les sacs d'une section.
La voiture légère d'explosifs transporte 123 kilos de
mélinite et les artifices nécessaires à leur mise en oeuvre.
La compagnie du génie dispose donc de :
226 outils de terrassier,
182 outils de destruction,

ce qui lui permet, le cas échéant, d'outiller tous ses hommes


en outils de terrassier ou en outils de destruction.

Parc du génie de corps d'armée. — Ce parc, qui marche


normalement au train de combat du corps d'armée, assure
le ravitaillement des unités ci-dessus (artillerie exceptée) et
apporte un complément d'outils et de matériel pour les
besoins généraux du corps d'armée.
Il se compose de dix-sept voitures :

g prolonges à couvercle d'outils de pionnier,


2 prolonges ordinaires d'outils portatifs,
1 prolonge de rechange d'outils de sapeur-mineur,
' 1
prolonge de cordages et agrès de pont,
1 forge de campagne,
2 caissons à mélinite,
1 voiture légère de télégraphie.

Chaque prolonge à couvercle d'outils de pionnier trans-


porte :
293 outils ( J75 Pelles rondes de Parc>
de terrassier. a8 Pel]es carrées>
{ go pioches de parc ;
haches de parc,
G haches de charpentier,
i3o 10 cisailles ou pinces coupantes,
de destruction, 4 scies passe-partout,
j
1 6 pics,
1 55 serpes ;
OUTILLAGEDES ARMÉES EN CAMPAGNE 41

soit, en chiffres ronds :


( 3oo dé terrassier,
4oo
^ outils. , destruction.
j ioo de 7 . ..
j

Pour les neuf prolonges :

(2 637 de terrassier,
3 636 outils. j , . ..
jde destruction.
( 99g

Chaque prolonge d'outils portatifs de rechange contient :

. , . 280 bêches emmanchées,


de terrassier >„.,'• .
, „,,„.,,• % l 00 pioches
i portatives ;
deI
(modèle infanterie).)
cisailles à main portatives (mo-
dèle du génie),
..do'haches à main (modèle de l'in-
fanterie),
80.pics (modèle de l'infanterie),
4o scies articulées, :
5o manches de rechange de haches,
!4o
1 pics ou pioches ;

soit, au total, pour les deux prolonges :

1 1G0 outils portatifs de rechange.

La prolonge ordinaire chargée d'outils portatifs du génie


et de rechanges de sapeur-mineur transporte :

81 outils de terrassier (portatifs),


110 outils de destruction.

Parc du génie d'armée. — Le parc d'armée assure le


ravitaillement des parcs de corps d'armée et transporte le
matériel de complément nécessaire pour les besoins géné-
raux de l'armée (travaux de siège ou de défense, ouverture
de voies de communication, etc.).
42 Irc PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
Le parc se compose de 71 voitures, dont 5g voitures
techniques, formant trois divisions de chacune trois sec-
tions :

ire DIVISION

prolonges à couvercle d'outils


de pionnier,
i3 3 prolonges ordinaires d'outils
de chacune f de pionnier,
[ 1 prolonge d'outils portatifs.
1 section )
, yoitures
de ., .,,, ,. } 0 voitures,
télégraphiques. )

2* DIVISION

2 sections 1 . •
. .. Comme ci-dessus,
de voitures d., outils.
,.,
)
1 section )
1 .,
de voitures , ,
de ,. }\ 0 voitures,
réparations.

3e DIVISION

, .„ ( 1 caisson à poudre,
1 section d,, explosils.
1 <„ . , melmite.
M< •.
j 0 caissons a
1 section de rechanges. 7 voitures.
1 section )
de * > • 1 de
1 _matériel J ^ (° voitures,
ponts. J

Le parc d'armée possède donc :

4 prolonges d'outils portatifs,


24 prolonges d'outils de pionnier (12 ordinaires et
12 a couvercle).

Les prolonges à couvercle d'outils de pionnier ont un


chargement identique à celui des voitures de même nom
du parc de corps d'armée.
OUTILLAGEDES ARMÉESEN CAMPAGNE 43

Chaque prolonge ordinaire d'outils de pionnier contient :

pelles rondes de parc,


28 pelles carrées,
76 pioches de parc,
!i5o 5 pics.
75 outils ( 3o haches,
de destruction, j 45 serpes.

Chaque prolonge à couvercle d'outils portatifs trans-


porte :
/ 320 bêches,
4.20 outils 1 80 pioches,
de terrassier, j 10 pelles rondes (modèle du génie),
( 10 pioches (modèle du génie).
haches à main,
45 pics,
(32
' 18 haches (modèle du génie),
.
de destruction. c
20
j scies,
[ 2 cisailles.

Les vingt-quatre prolonges d'outils de pionnier transpor-


tent ensemble en chiffres ronds :

6700 outils de terrassier,


2 200 outils de destruction.

En tout, près de g 000 outils. .


Les quatre prolonges d'outils portatifs de rechange trans-
portent 2 25o outils.

Outillage des armées étrangères

Allemagne. — L'instruction du 8 juin 1906 sur les tra-


vaux de fortification de campagne donne les indications
suivantes, qui diffèrent peu de celles qui résultaient des
règlements antérieurs de 1893 et 1894.
44 l'° PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE

Infanterie. — Outils portatifs : 4oo petites bêches,


4o pics-hachettes, 20 hachettes ; sur voitures : 20 grandes
pelles, 10 pioches, 8 haches, i5 hachettes, 4 scies de char-
pentier, par bataillon.

Cavalerie. — Outils portatifs : 32 petites bêches,


16 pics-hachettes, 32 hachettes de campagne, 2 pinces à
fil de fer, 16 scies articulées; sur voitures : 1 pioche,
12 grandes pelles, i4 hachettes, 1 scie.de charpentier, par
régiment.

— Une batterie de
Artillerie. campagne possède : 27 pio-
ches, 33 pelles, 7 haches, 3o hachettes.
Une batterie d'obusiers possède : 35 pioches, 109 pelles,
3 haches, ig hachettes, 4 pinces à fil de fer, 6 scies
(1 égohine, 3 à main, 2 de charpentier), 4 tenailles à mors,
1 forge avec accessoires.
Une batterie de mortiers possède : i3g pioches, 181
pelles, 5 haches, 27 hachettes, 4 pinces à fil de fer, 10 scies
(1 égohine, 4 à main, 5 de charpentier), 4 tenailles à mors,
16 maillets, 1 forge avec accessoires.

Génie. — Une compagnie de pionniers possède les outils


portatifs ci-après : 55 pioches, 110 pelles, 58 haches, 22 ha-
chettes. Au total 245, soit un outil par homme. Dans les
compagnies à effectif de 200 hommes, les chiffres se rédui-
sent à 88 pelles, 45 haches, 18 hachettes.
Son parc se compose : i.° d'une voiture d'outils portant
3o pioches, 60 pelles, 20 haches, 1 hachette, 12 cisailles,
6 pinces à fil de fer, i4 scies (2 égohincs, 6 à main, 6 de
charpentier), 2 tarières, 4 ciseaux, 2 bisaiguës;
20 D'une voiture de mineurs contenant un nombre insi-
gnifiant d'outils.
Le détachement de pionniers d'une division de cavalerie
porte avec lui 6 pioches, 13 pelles, 8 haches, 3 hachettes et
OUTILLAGEDES ARMÉES EN CAMPAGNE 45
sur une voiture de réserve quelques outils pour ouvrier en
bois. L'équipage de ponts divisionnaire porte sur trois voi-
tures : i53 pioches, 606 pelles, g3 haches et hachettes,
3o scies.
L'équipage de siège des pionniers (56 voitures) porte
en gros : 3 o5o pioches, 4 o5o pelles, 5oo haches, 55o ha-
chettes, 110 scies.

Angleterre. — Dans l'infanterie, un homme sur deux


est pourvu d'une pelle-bêche. En outre, des outils sont pla-
cés sur les voitures des bataillons à raison de i5o pioches,
i5o pelles, 17 haches et 42 serpes, soit 309 outils par
bataillon.
Dans la cavalerie, un sous-officier et quatre hommes,
par compagnie, sont pourvus d'un outillage spécial pour
la destruction des voies ferrées et des lignes télégraphi-
ques^).

Autriche. — Infanterie. — Chaque file de deux hom-


mes possède 1 bêche Linuemann portée par l'homme du
premier rang. En outre, dans la compagnie, quatre hommes,
pionniers, sont munis, savoir : les n0"- 1 et 2 chacun d'une
pelle et d'une pioche ; les nos 3 et 4 chacun de deux haches
et d'une scie.
Lé total des outils d'une compagnie est ainsi de 99 bêches,i
2 pelles, 2 pioches, 4 haches et 2 scies.
Les pionniers peuvent être réunis par bataillon,
La moitié des caissons à munitions de compagnie portent
1 pelle et 1 pioche.
Total des outils d'un bataillon: 396 bêches, 10 pelles,
10 pioches, 16 haches, 8 scies.

Etal militaire des puissances étrangères au printemps


(') CapitaineLAUTII,
de i8g4. — Berger-Lcvraultet Ç'«, éditeurs.
46 l'e PARTIE FORTIFICATION
PASSAGÈRE
Le régiment (à quatre bataillons) dispose en outre de
6 pelles et 6 pioches, placées sur lès voitures à vivres.
Le bataillon isolé a, de la même manière, i pioche et
2 pelles supplémentaires.

Cavalerie. — Chaque escadron possède cinq pionniers


porteurs de 2 pelles, i pioche, i hache, i hachette, i saco-
che; le 4° peloton du 6e escadron est en outre organisé en
détachement de sapeurs; il compte trente-six hommes
munis des outils ci-après : io pelles, 5 pioches, 5 haches,
5 hachettes et 5 sacoches à outils de destruction.

— Le bataillon d'infanterie
Belgique. dispose comme
outils portatifs de 4oo pelles à manche court, 2l\. pioches,
48 haches à main, 12 scies à main, 36 serpes.
La compagnie du génie a 225 chargements d'outils porta-
tifs comprenant, en particulier, 96 pelles, 47 pioches,
28 grandes haches, 24 haches à main. Elle a deux voitures
d'outils portant chacune 3i pelles, 11 pioches, 20 serpes,
i3 grandes haches, 2 haches à main, 6 scies et 16 pinces à
couper le fil; et deux voitures d'explosifs.
Il existe, en outre, un parc du génie de 44 voitures et
2 forges.
Dans la cavalerie, chaque peloton reçoit 2 pelles Linne-
mann, 1 pioche, 2 hachettes à marteau, 1 sacoche avec
petit outillage. Chaque escadron possède, en outre, un
outillage spécial pour travaux de chemins de fer et de télé-
graphe (').

Italie. — Le Manuel de
campagne de l'officier du génie
(1895) donne les indications suivantes :
Les bataillons d'infanterie et de bersagliers possèdent

Fortificationpassagère. — Bruxelles, i8g3.


(') CapitaineDÉGUISE,
OUTILLAGEDES ARMÉESEN CAMPAGNE 47
chacun : i caporal-major, i caporal et 32 sapeurs; les com-
alpines ont i caporal-major, i caporal et 20 sapeurs ;
pagnies
le régiment de cavalerie, 1 sous-officier, 6 brigadiers et
48 sapeurs. L'outillage de chacune de ces unités est résumé
dans le tableau ci-après :

S H e • £ .«
» ^ri "3 ..^ pqtn „0 «(-,.« Î5rn
* Sl-ïïë «3 S
â S& £3 j 2' 1-1
' S°
B •"« Ë "-T *«:« u „2 r"• «xi
,3 ;
P, s,g
ç»^3
-Ë I
.s -a

/Caporal-major. i i i 3 3 » » » » » »
Inraiiterie \ Caporal. ... i i i 3 3 » » » » » »
et (Sapeurs. . . . 16 » » » » iO » 16 16. » »
bersagliers.I M. . . . . 8 » » » » 8 8 » » » »
\ Id 8 » » » » » » » » 8 8
TOTAUX. . . 34 2 2 6 6 24 8 16 16 8 8

-/Caporal-major. 1 1. 1 3 3 » » » » '» »
_ . \ Caporal.'
* . . . 1 1 1 3 3 » » » » » »
Compaqmes
. J „
<1Sapeurs.... 6. » » ». » 6 » G 6 » »
, ,,Id
alpines.
1
j Id 6„ » » » » G 6 » » » •-»
\ 8 » » » » » » » » 8 8
. . 22
TOTAUX. 2 2 6 6 12 G G 6 8 8

„. . (l Sous-offîciers. 1 » 1 » » »»»»»»
Régiment
, 1_Brigadiers.
. . . 6„ » 6 6 6 6 » » » » »
, . 24 » » » » » 24 24 » » »
„„
cavalerie. I[) Sapeurs....
',
ld 24, » » » » » » 24 » 24 »
TOTAUX.
. . 55 » 7 6 6 6 24 48 » 24 »

Les bataillons alpins possèdent, en outre, deux assorti-


ments d'outils et d'engins de mineur, dont i6kg5 de gélatine
explosive et cent amorces de fulminate. Les régiments de
cavalerie ont, en outre, trois assortiments spéciaux pour
destruction de voie ferrée, chacun d'eux se compose de
deux clefs Samuel pour le déboulonnage des rails et de
vingt-quatre cartouches d'explosifs avec accessoires pour
leur emploi.
48 Ire PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE.
La récapitulation des outils dont disposent les grandes
unités de l'armée italienne est indiquée au tableau suivant :

DIVISIONS
~ CORPS
OUTILSPRINCIPAUX '" —"^^""
T . , .
Infanterie _ , .
Cavalerie d'armée

Pellesrondes ' 544 172 3248


Pioches 522 3oo 2073
Haches 337 a57 1132
Serpesà boutcarre 3io 338 1180
Scieségohines . . . i46 121 588
Pellescarrées 62 » 260
Hachesdesapeurs 3i » 97
Scies. G2 » »
Hachesi main 58 10 »
Serpes.'. 47 18 »
Torches i4G 20 1fl38
Scies » 24 »
Caissesd'enginsexplosifs » 12 n
ClefsSamuel » 24 »

Russie. — La Revue militaire de l'Etranger (novembre


1898) donne sur l'outillage de l'armée russe les renseigne-
ments suivants :

Infanterie. — Chaque compagnie possède ioo outils


portatifs (80 pelles Linneinann et 20 haches de 1 kilo)
et 3i outils de transport chargés sur les voitures du train
divisionnaire : 16 grandes pelles, 8 haches, 3 boyaux,
3 pics, 1 pince.

Artillerie. — Ne possède que des outils portés sur voi-


lures ; leur nombre est de 70 environ par batterie et la com-
position de l'outillage diffère avec la nature de l'unité.

Cavalerie. — Chaque escadron dispose de : i° 4o outils


portatifs, savoir : 20 pelles Linneinann et 20 haches de
1 kilo; 20 2 pelles et 2 pioches sur les voitures du train
OUTILLAGEDES ARMÉES EN CAMPAGNE 4g
régimentaire. Les régiments possèdent, en outre, des outils
de destruction et des explosifs portés sur voitures ou che-
vaux de bât ; quelques-uns ont également du matériel télé-
graphique.

Génie. — Les compagnies de sapeurs ont 208 outils por-


tatifs : 100 pelles, 70 haches, 10 pics, 20 boyaux, 8 scies et
io4 outils sur voitures : 4o pelles, 4o haches, 5 pics,
5 boyaux, 8 pioches, 2 scies, 2 pinces, 2 clefs tire-fond, plus
100 sacs à terre et'16 kilos de fils de fer; elles ont, en outre,
des outils d'ouvrier d'art, des outils de mineur et explosifs
(327kg5oo de pyroxyline), plus le matériel de pont et des
téléphones.

Suisse. — Le tableau ci-après résume l'outillage des


troupes suisses, d'après le Manuel des troupes du génie,
du capitaine Egger (1892).

m « w
w w
[^ S
a3 os ao .g
G
f0- 2E <
w S

Outils portatifs (PellesLimicmann,petitespioches,sciesarticulées)


Compagnie.... 40 20 8 4
Bataillon...... 1G0 80 32 16
i Régiment 480 240 96 48

jGros outils
Bataillon 20 10 10 5 Danslesfourgonsdebataillon.
Id., et dans les voiluresd'ou-
! Rcgiment..... 260 i3o 71 3o l tils de pionniers d'infan-
terie.

Cavalerie. Pas d'outillage.. » » » »
I Batterie 24 i5 21 1
Artillerie,<Brigade 144 go 126 6
(Parcde division.. 75 35 14 7
1 Compagniede sa-
Génie. P°urs ">8 48 5o 14
j\ Compagniede
lonnicrs pon- 40 20 22 9

MAHUISI. DEruRTIFIGATION 4
5o 1" PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE

Récapitulation. — d'une division :


Outillage

SUR VOITURES
P0RTAT11"
S """^ " "^ —
„. .
Infan- Cava- Artil- "cme
lerie lerie lerie

PellesLiiinemann. .. a 080 Pelles i oGo » 219 148


Petitespioches... 1040 Pioches 53o » 125 68
Sciesarticulées. . . 208 Hacheset.serpes. . 294 » 140 72
Serpes et hachetles Sciesdiverses. . . 125 » i3 23
de cuisine 41G

Japon. — (Revue militaire des Armées étrangères.


décembre igo5.)
— La
Infanterie. compagnie possède : 68 pelles carrées,
17 pioches, 8 hachettes, 5 scies articulées, 5 cisailles à main,
soit io3 outils portatifs pour 217 hommes ou un outil pour
2 hommes. (Il aurait été récemment décidé de munir chaque
soldat d'un outil.)
L'outil est porté sur le sac pendant les marches, au cein-
turon lors du combat, quand l'homme laisse son sac en
arrière et ne conserve plus que son manteau, sa toile de
tente, ses cartouches et ses vivres.
En outre, il existe une réserve d'outils de bataillon de
72 outils charges sur deux chevaux de bât : 48 pelles rondes
(de im3o), 16 pioches (de omgo), 8 haches.
Le bataillon d'infanterie dispose donc de 484 outils.

Génie. — La compagnie de génie possède 2i5 outils por-


tatifs pour 226 combattants : 100 pelles rondes, 5o pioches,
22 haches, 12 hachettes, 6 serpes, 6 grandes scies à main,
9 scies articulées, 10 cisailles à main.
Le parc de compagnie transporte 198 outils, dont 84 pel-
les, 3o pioches.
On remarquera le nombre relativement élevé des cisailles
à main, 20 par bataillon d'infanterie, 10 par compagnie du
génie, cet outil est spécialement utile dans l'offensive pour
OUTILLAGEDES ARMEES EN CAMPAGNE 01

détruire les défenses accessoires; ceux qui le portent sont


choisis parmi les volontaires et c'est une marque de bra-
v oure que d'être désigné pour cette mission.

Tableau — Le tableau ci-dessous résume les


comparatif.
renseignements précédents, en ce qui concerne l'outillage
du bataillon d'infanterie dans l'armée française et lesarmées
étrangères.

OUTILS
' OUTILS desvoilures
PAYS de compagnie TOTAL
portatifs ou
debataillon

France 720 i44 8G4


Russie. . 4°o 120 020
Allemagne 45° 5o -5oo
Autriche 44o » /J4O
Italie Go » Go
Angleterre 400 3Go 7G0
Japon 4°0 7° 47°
Suisse 290 5o 34o
Belgique. . . .' 520 » 520

Ce tableau montre que l'infanterie française est la mieux


outillée.
Toutefois il est possible que, cédant aux mêmes considé-
rations qui nous ont déterminé à augmenter notablement
notre outillage, d'autres puissances modifient également le
leur. — IJ sera par suite prudent de suivre les renseigne-
ments venus de l'étranger, et notamment ceux que fournil la
Revue militaire des Armées étrangères, pour se tenir au cou-
rant de cette importante question qu'on doit considérer
comme étant toujours à l'étude.
CHAPITRE V

TRANCHÉES-ABRIS

La fortification du champ de bataille a pour but, on le


sait, de donner un abri pendant le combat ; elle est donc
nécessairement exécutée par ceux-là même qui la doivent
utiliser, à l'aide des outils dont ils sont pourvus.
L'instruction du 24 octobre 1906 (§ 12) recommande
avec raison de tirer parti de tous les obstacles du sol en
les aménageant au besoin ; lorsque ceux-ci font défaut ou
que leur utilisation exigerait un travail excessif, on crée
de toutes pièces un couvert sur le sol naturel par la tran-
chée-abri.
L'idée de réduire au minimum le couvert défensif et de
supprimer l'obstacle dans les retranchements appartient
aux Américains ; c'est dans la guerre de Sécession que, pour
la première fois, les rifle-piis furent employés sur une grande
échelle. Le but de ces retranchements improvisés est de
donner au soldat d'infanterie l'arme défensive qu'il ne peut
porter avec lui; on cherche seulement à le couvrir, et on
abandonne l'obstacle qui ne pourrait être obtenu en si peu
de temps. D'ailleurs, cette disposition offre l'extrême avan-
tage de permettre à la troupe de prendre l'offensive sans
difficulté et échappe ainsi au reproche, longtemps adressé
aux retranchements, d'attacher les hommes au terrain.
L'instruction précitée divise la fortification de champ de
bataille en fortification de campagne légère et fortification
de campagne renforcée.
La première comprend les travaux qui peuvent et doivent,
TRANCKÉES-ABRTS 53

en principe, être exécutés par les troupes d'infanterie avec


l'outillage dont elles disposent.
La seconde comprend des travaux analogues, mais un peu
plus résistants, dont on confie l'exécution aux troupes du
génie en raison des aptitudes spéciales et de l'outillage plus
puissant de cette arme.

1 — Tranchées de fortification de campagne légère,


§
à l'usage des troupes d'infanterie

L'instruction de 1906 donne trois types de tranchées, dont


les dimensions, qui n'ont rien d'absolu, sont modifiées
quand la nature du terrain le rend nécessaire.
Il faut toujours, cependant, s'efforcer d'obtenir un para-
pet de 80 centimètres au moins d'épaisseur pour assurer la
protection contre la balle du fusil, et un relief aussi faible
que possible pour rendre la tranchée moins visible de loin,
par suite moins vulnérable au tir de l'artillerie.
On distingue trois profils de tranchées de fortification
de campagne légère (fig. 22, 23 et 2/f).
Ces trois profils permettent d'obtenir, à des degrés de
plus en plus satisfaisants, la protection de la troupe dans
des positions commodes d'attente et de tir.
En outre, tout en étant d'une exécution aussi rapide que
possible, par la réduction du déblai au minimum, ils se
prêtent à une construction progressive, c'est-à-dire qu'on
passe d'un profil au suivant sans remanier aucune partie des
terrassements déjà faits; enfin, ils sont utilisables aux divers
degrés d'avancement du travail.
La tranchée pour tireur debout (fig. 2/j) est qualifiée par
le règlement « d'ouvrage de fortification de campagne le
plus complet » ; elle s'impose quand on veut se fixer solide-
ment au terrain, par exemple dans le cas de combat défensif
ou d'occupation d'un terrain conquis. Elle permet une posi-
tion d'attente commode et défile aux vues un homme debout
54 l'c PARTIE — FORTIFICATIONPASSAGÈRE
au fond de la tranchée. Sa durée totale d'exécution varie
de une heure quinze à deux heures trente; on l'exécute en
principe avec des outils de parc.
La tranchée pour tireur à genoux (fig. 23) assure au
tireur une protection suffisante dans la position de tir et

Fin. 22. — Tranchéepour tireur assis (n° i").

Fi(j. a3. — Tranchéepour tireur à genoux (n° 2).

Fjcj.24. — Tranchéepour tireur debout(n° 3).

dans une position d'attente accroupie. On s'efforce de la


réaliser chaque fois qu'il est nécessaire de tenir le terrain
pendant un certain temps ; son exécution avec des outils
portatifs demande de trente minutes à une heure et demie.
La tranchée pour tireur assis (fig. 22) est une forme
transitoire. Elle ne permet pas à l'homme de prendre une
position d'attente commode complètement à l'abri des .
balles.
TRANCHEES-ABRIS 55
C'est également le profil que doivent s'efforcer de réaliser
deux camarades de combat travaillant ainsi qu'où le verra
plus loin. Elle s'exécute en vingt ' minutes à une heure avec

des outils portatifs.
On passe de \a tranchée pour tireur assis à la tranchée
pour tireur à genoux en enlevant la terre de la banquette
(fig. 25) et la jetant en avant du parapet pour l'épaissir; la
transformation demande de dix à trente minutes.

Fig. a5. — Transformationdu n" i en n" 2.

F'ig.26. — Transformationdu n° 2 en n° 3.

On passe de la tranchée pour tireur-à genoux à la tran-


chée pour tireur debout en trois phases de travail, comme
l'indique la figure 26. Cette transformation demande de
quarante-cinq minutes à deux heures.
La première phase donne la hauteur du couvert de im4o
nécessaire pour le tireur debout; la deuxième et la troisième
phase aménagent la tranchée pour la position d'attente tout
en augmentant l'épaisseur du parapet.
Les tranchées ci-dessus peuvent être exécutées dans la
56 i" PARTIE FORTIFICATIONl'ASSAGÈRE
zone exposée au feu de l'ennemi, mais à la condition toute-
fois que les travailleurs échappent momentanément aux vues
de ce dernier, qui ne manquerait pas de diriger son tir sur

-a
ao
o
o
' to
gni
a
O
0
rt
C
-o

ê
oa
s
c
d
M
H
I

•S5

un rassemblement aussi vulnérable. On doit le plus généra-


lement les établir avant le combat.
Au cours même de la lutte, s'il est nécessaire de demander
au sol l'abri momentané, faute duquel l'assaillant serait
TRANCHÉES-ABRIS 67
contraint à la retraite, on se borne à créer-un masque,
un simple bout de tranchée.
Le règlement prescrit alors que deux camarades de com-
bat unissent leurs efforts pour assurer leur mutuelle protec-
tion. Ils travaillent à cet effet, alternativement, en parlant de
l'attitude couchée, commencent à créer en avant d'eux un
bourrelet de terre, augmentent ensuite progressivement les
dimensions de ce masque et se relèvent au fur et à mesure
que le couvert le permet. La figure 27, empruntée à t'Ins-
truction sur les travaux de campagne de l'infanterie, montre
les phases successives de l'avancement du travail.
Le masque pour tireur couché et la tranchée pour tireur
assis ont le caractère de retranchement individuel, particu-
lièrement utilisables dans l'offensive; ils constituent en
quelque sorte la forme embryonnaire du retranchement de
champ de bataille.
Il n'est pas sans intérêt de faire ressortir les différences
qui existent entre les profils de tranchées-abris prescrits par
l'instruction de 1906 et ceux qu'ils ont remplacés et qu'a-
vaient définis une instruction du i5 novembre 1892; celle-ci
annulait d'ailleurs des instructions antérieures à '1870.
Le tableau suivant résume les caractéristiques de ces
ouvrages.

PROFILS
ANTKR1EUIIS
A 1892 1892 IgoG
H E V H E V H E V

G 0,40 0,60 o,3o G o,5o o,5o 0,42 A 0,40 o,5o 0,40


A 0,60 0,60 o,Go D o,Go 0,80 0,70 G o,4o 0,80 0,48
D 0,70 0,80 i,iu D 0,80 2,00 1,75 D o,0o 0,80 i,o4
PositionA : tireurassis. Dimension en mètres.
— G: tireurà genoux. .,,,,, .,
— v, ,;
D : tireurdebout. H : hauteurdubourrelet.
.... ..
E : épaisseurd, ubourrelet.
,
V : volumede la tranchéeau mètre
courantenmètrescubes.
58 I'c PARTIE — FORTIFICATION
PASSAGÈRE
Il ressort de l'examen des chiffres précédents que l'ins-
truction de 1892 avait marque, par rapport aux profils
antérieurs, un accroissement du déblai, par conséquent du
travail à accomplir, et du temps nécessaire à l'exécution des
ouvrages. Son profil intermédiaire, pour tireur debout,
n'assurait au tireur qu'un couvert très insuffisant, im 10,
et exigeait l'adjonction d'aménagements. Le règlement de
1906 a réduit le relief des tranchées, en augmentant l'épais-
seur du bourrelé! de terre, sans chercher cependant à dé-
passer celle qui suffit pour arrêter la balle du fusil; il a
réduit notablement le cube du déblai.
Sans reproduire ici les types abrogés, on dira qu'en 1892
on .avait augmenté la protection du tireur en supprimant une
berme qui séparait, antérieurement, le parapet de la tran-
chée. En 1906, on a réduit les dimensions en largeur de cette
dernière en l'approfondissant un peu; cette réduction a pour
effet de donner plus rapidement au tireur une protection
suffisante; la réduction du relief diminue en même temps la
vulnérabilité de l'ouvrage. L'épaisseur de 80 centimètres du
bourrelet de terre arrête les balles du fusil à toutes les
distances de combat.
En résumé, les nouveaux profils adoptés en France sont
de nature à fournir, dans le minimum de temps, le bouclier
nécessaire au fantassin dans l'offensive comme dans la dé-
fensive. On peut dire qu'ils répondent aux nécessités du
combat moderne.

Tracé des tranchées. — des tranchées


L'emplacement
est choisi de manière à permettre à leurs occupants de voir
sur une aussi grande étendue que possible le terrain à battre.
A cet effet, l'officier ou le gradé chargé du tracé place
l'oeil à la même hauteur que celui du tireur supposé dans la
tranchée, et détermine ainsi les points qui donnent le plus
complet champ de tir dans la zone à battre.
« Le tracé des tranchées doit s'adapter aux formes du ter-
rain ; on ne s'astreint pas à le composer de portions droites. »
TRANCHÉES-ABRIS 5g
La direction des tranchées doit être sensiblement normale
à la direction du tir sur les points abattre. Cette indication,
extraite du règlement de igo6, ne saurait dispenser de cher-
cher un accroissement de puissance de la valeur défensive du
tracé en combinant les tranchées de manière que les diverses
parties se flanquent réciproquement ainsi qu'on l'a expliqué
au chapitre II.
Toutes les tranchées doivent échapper aux vues d'enfi-
lade, et, autant que possible, aux Arues d'écharpe. Ce danger
est surtout à craindre pour les tranchées construites afin de
donner des feux de flanc; aussi doit-on s'efforcer de dissi-
muler ces dernières à l'ennemi.
Dans le tracé d'une ligne de tranchées, on cherche tou-,
jours à incorporer les couverts et obstacles existants sus-
ceptibles d'être aménagés sommairement, pour réduire le
travail à exiger de la troupe. Le développement des tran-
chées est calculé à raison de 70 centimètres par occupant.
Le tracé de la tranchée est marqué par des gaulettes, des
pierres, ou même des jalonneurs.

Composition des ateliers. — Le tracé étant effectué,


les travailleurs sont répartis en ateliers.. On désigne ainsi
l'ensemble des hommes travaillant à une tâche commune.
La longueur de l'atelier est calculée à raison de un pas,
de j5 centimètres, par travailleur, tandis que chaque tireur
n'occupe que 70 centimètres de crête; on se ménage ainsi
la place nécessaire pour les gradés qui n'ont pas contribué
effectivement à la construction de la tranchée.
Les tranchées sont exécutées soit au moyen des outils
portatifs, soit au moyen des outils de parc.
Les premiers qui ont un faible rendement, mais sont en
grand nombre à la disposition immédiate des troupes, con-
viennent aux tranchées pour tireurs assis ou à genoux.
La tranchée pour tireurs debout, au contraire, doit, être,
en raison de son plus fort profil, exécutée avec les outils de
parc.
60 I,e PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
Le nombre des travailleurs d'un atelier est choisi de façon
que chaque atelier comporte un piocheur.
Si on ne dispose que des outils portatifs de l'infanterie, on
constitue en principe, pour tenir compte de la composition
de cet outillage, des ateliers de quatre ou cinq hommes.
Si on dispose d'outils de modèles divers, en nombre suffi-
sant pour pouvoir adopter la proportion de pelles et de
pioches la plus avantageuse, on donne normalement à un
atelier :
i° En terrain facile à creuser: 3 hommes, 2 pelles et
1 pioche.
20 En terrain dur : 2 hommes, 1 pelle et 1 pioche.
Dans le cas où on disposerait d'un nombre d'outils insuf-
fisant pour en doter chaque homme, on pourrait n'en donner
qu'un seul pour deux hommes.
Chaque atelier comprendrait, comme il est dit ci-dessus,
soit deux pelles et une pioche, soit une pelle et une pioche,
mais le nombre des ^travailleurs serait doublé, c'est-à-dire
porté à six dans le premier cas et à quatre dans le second.
La durée d'exécution n'est pas ainsi sensiblement aug-
mentée grâce à l'effort continu qu'on peut obtenir en faisant
travailler sans arrêt une moitié des hommes, pendant que
l'autre se repose ; grâce aussi à la gêne moins grande
éprouvée par les travailleurs opérant dans un espace plus
grand.
Cette manière de faire s'impose dans le cas où la tranchée
est exécutée de nuit.

Exécution des tranchées. — La tranchée étant


jalon-
née et les ateliers constitués, les travailleurs sont conduits
à leur emplacement.
La tâciie est indiquée à chaque atelier. Les hommes dis-
posent leur fusil et leur sac sur le revers, à portée de la main,
et marquent d'un trait la ligne du tracé et les limites laté-
rales de l'atelier.
Puis, ils amorcent le parapet en constituant le plus vite
TRANCHÉES-ABRIS 6l

possible un masque de 3o centimètres de hauteur tenu à


pente raide.au moyen des premières mottes extraites de la
fouille. Si elles sont gazonnées, le gazon est mis en dessous.
Ce masque peut, au besoin, être exécuté par un homme
dans la position couchée, qui se redresse de plus en; plus
derrière le parapet dont la hauteur croît au fur et à mesure
de la continuation de la tranchée.
Au-dessus du masque de 3o centimètres, le talus intérieur
est tenu à la pente naturelle des terres, parce que cette dis-
position rend plus commode la position de tir. Par contre,
la tranchée est creusée avec des parois aussi A'erticales que
possible, afin de ne pas diminuer la protection que la masse
couvrante donne au défenseur contre les coups directs et.
celle qu'il reçoit du revers contre les éclats en retour des
obus explosifs.
On ne s'astreint pas à donner aux talus une forme régu-
lière, on l'évite au contraire soigneusement, parce que des
plans bien réglés et bien damés, se coupant suivant des
arêtes nettes, seraient rendus visibles de très loin par le
contraste de leurs éclairements. Il y a, notamment, avantage
à adoucir le plus qu'on le peut le talus extérieur de manière
à le raccorder au. sol par une pente insensible.
On s'efforce en outre de dissimuler le plus possible les
tranchées; en donnant au parapet un aspect qui se con-
fonde avec celui du terrain avoisinant ; dans ce but, lorsque
la couleur des terres remuées tranche d'une manière trop
marquée avec celle du sol, on recouvre, sans régularité, le
parapet de mottes gazonnées, de chaume, d'arbustes, de
branchages, etc. ; certains de ces matériaux peuvent être
utilisés pour dissimuler la tête des tireurs.

Aménagements individuels. — Quand les tireurs


viennent occuper la tranchée, chacun d'eux, s'il en a le
temps, aménage son emplacement.
A cet effet, il abaisse ou élève, si sa taille l'exige, le
niveau du fond de la tranchée ou de la banquette de tir.
62 Ire PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
Il peut aussi pratiquer sur la plongée avec le manche de
l'outil ou la crosse du fusil une petite échancrure pour
placer l'arme, ce qui augmente la protection de sa tête
{fig. 28).
Enfin il recoupe dans la pente adoucie de la partie supé-
rieure du talus intérieur un gradin appuie-coude, de 3o cen-
timètres de largeur sur 3o centimètres de hauteur, qui lui

Fig. 28. — Aménagementindividueld'une tranchée.

permet de tirer avec le ou les coudes appuyés et d'avoir le


corps mieux en contact avec le couvert.
On trouve parfois avantage à réaliser un gradin continu
sur tout le développement d'une tranchée.

— Tranchées
§2 de fortification de campagne renforcée

Les ouvrages de fortification de campagne légère, qu'on


vient d'examiner, sont insuffisants pour résister à un tir sys-
tématique de l'artillerie et, notamment, aux coups percu-
tants.
Aussi, dans le but de constituer des ouvrages plus résis-
tants et assurant un meilleur défilement au personnel qu'ils
abritent, l'Ecole de fortification de campagne, approuvée
par le ministre le i5 décembre 1906, prévoit la construction
de tranchées plus fortes qui constituent les ouvrages de for-
tification de campagne renforcée.
TRANCHEES-ABRIS 63
Ces ouvrages (fig. 2g) dérivent de la tranchée pour tireurs
debout par élargissement et, au besoin en outre, par appro-
fondissement. Les terres sont employées non à surélever le
mais à
parapet qui conserve sa hauteur de 60 centimètres,
porter son épaisseur à environ 2m5o. L'expérience a, en
effet, montré, qu'avec un faible relief, un parapet de cette
épaisseur ne peut être détruit par l'artillerie de campagne
sans une consommation exagérée de munitions.

Fig. 29. — Tranchéesrenforcées.

« L'exécution de ces ouvrages, ainsi que celle des travaux


spéciaux qui s'y rattachent (abris, défenses accessoires...),
incombe aux troupes du génie auxquelles on adjoint, s'il y
a lieu, des auxiliaires d'infanterie. »
Ces derniers opèrent sous la direction immédiate de leurs
chefs et reçoivent des tâches déterminées et distinctes de
celles données aux sapeurs.
Ils sont, s'il y a lieu, complétés en outils par ceux des
prolonges du parc du génie de corps d'armée, de préférence
à ceux du train de combat des compagnies du génie.
En principe, la compagnie du génie doit disposer pour
elle-même de tous ses outils, afin que, « dès l'achèvement
de sa tâche propre et sans attendre la fin des travaux confiés
6/| Ilc PARTIE PASSAGÈRE
FORTIFICATION
aux auxiliaires, elle puisse être envoyée avec tout son ma-
tériel en un autre point où sa présence est jugée nécessaire ».
Ce principe, posé par l'École de fortification de campagne,
paraît pouvoir comporter quelques tempéraments dans son
application. En effet, puisque le nombre des outils de pion-
niers du parc de la compagnie de sapeurs-mineurs est supé-
rieur à l'effectif de cette unité, il y aurait, semble-t-il,
avantage à en confier l'excédent à d'autres hommes que les
sapeurs. En outre, les ressources du parc de corps d'armée
sont souvent assez éloignées pour qu'il y ait intérêt à com-
mencer le travail avant leur arrivée.
La tranchée renforcée peut être édifiée par le procédé de
construction progressive; mais on ne procède ainsi que si
l'attaque de l'ennemi est à craindre au cours de l'exécution.
Les ateliers sont disposés comme pour les tranchées
légères, mais on ajoute à chaque atelier un travailleur sup-
plémentaire, muni d'une pelle, qui se tient sur le parapet
pour reprendre les terres et les régaler.
La transformation d'une tranchée légère en tranchée ren-
forcée exige une à deux heures de travail. La durée totale
de la construction d'une tranchée renforcée avec emploi
continu des outils du parc (ou portatifs du génie) varie de
deux à cinq heures et demie.

§ 3 — Profils allemands

Toutes les nations ont adopté des retranchements d'une


exécution rapide pour le champ de bataille.
Ils ont entre eux de grandes analogies. On se contentera
d'indiquer ici les profils allemands donnés par l'Instruction
du 8 juin igo6 sur les travaux de fortification de campagne.
Il est. vraisemblable que les autres armées ont modifié ou
modifieront les profils qu'elles avaient adoptés, pour les
mêmes raisons qui ont déterminé des changements en
France et en Allemagne.
TRANCHÉES-ABRIS 65
Les profils allemands (fig- 3o, planche A) sont plus
nombreux que les nôtres, on n'y trouve cependant pas de
tranchées pour tireurs assis.
Ils se distinguent des nôtres par une tendance à diminuer
la hauteur des bourrelets de terre, en vue de rendre les
ouvrages moins vulnérables ; l'un d'eux même ne comporte
pas du tout de parapet, disposition qui peut être bonne
lorsque le site de l'ouvrage lui assure des vues suffisantes,
mais qui exige une durée de construction assez notable et
qui serait tout à fait incompatible avec un terrain semé de
quelques accidents. Ces profils comportent comme les nôtres
une petite banquette appui-coude à 3o centimètres au-des-
sous de la crête. '
Les talus de la tranchée sont tenus aussi raicles que le
permet la consistance du terrain ; la tranchée est aussi étroite
que possible ; 60 centimètres sont considérés comme le
minimum,.
Ainsi qu'on peut s'en rendre compte à la seule inspection
des profils, la multiplicité des types se justifie par la néces'-
sité de les adapter aux divers terrains.
Le règlement français, plus simple, laisse aux exécutants
le soin de modifier le profil réglementaire lorsque la nature
du sol l'exige.
Le profil n° 1 correspond à notre tranchée pour tireurs à
genoux.
Le profil n° 9 (tranchée renforcée), à notre tranchée pour
tireurs debout.
A partir du moment où les travaux ne peuvent plus de-
meurer dissimulés aux vues de l'ennemi, le règlement alle-
mand admet l'augmentation du relief, qui permet d'assurer
mieux la surveillance du terrain.
Pour éviter tout mouvement de troupe à découvert, les
tranchées d'infanterie sont mises en communication entre
elles et avec les couverts de l'arrière au moyen de boyaux
de communication. Les unes et les autres sont exécutés sur.
une largeur restreinte puis élargis.
MAKUEI,DKFOIITIFICATION 5
65 bis Planche A

Fig. 30. — Profils de tranchées allemandes (j^).


66 PARTIE —- FORTIFICATIONPASSAGERE
Le règlement allemand admet aussi que, dans la défen-
sive, on pourra donner plus de force aux ouvrages, et
même parfois prendre la terre nécessaire dans un fossé
extérieur à l'ouvrage qui lui sert alors d'obstacle contre
l'assaillant.
Ainsi renforcée, la tranchée devient de la fortification de
position. On a cru devoir cependant la mentionner ici afin
de ne pas la séparer des autres renseignements extraits du
règlement allemand.

Effets du tir de l'artillerie contre les tranchées


et les troupes qui les occupent. — Après avoir passé
en revue les types d'ouvrages du champ de bataille, il con-

Fig. 3i. •—Obusfusant tiré de plein fouet.

vient de se rendre compte du degré de protection qu'ils


offrent à leurs défenseurs, en étudiant l'effet produit sur ces
retranchements par le tir de l'artillerie.
Dans le tir fusant de l'obus à balles de campagne, l'incli-
naison des balles les plus dangereuses ne dépasse pas 160.
Cette inclinaison, qui est la somme de l'angle de chute o
(fig. 3i) et de la demi-ouverture de la gerbe a, est, à
2 5oo mètres pour le canon de 75, de I3°I5, comme le
montre la figure; elle augmente avec la distance.
L'angle de i5° correspond à peu près à la pente de i/3,5.
Comme le parapet de 80 centimètres est plus que suffisant
pour arrêter la partie de la gerbe qui viendrait à le rencon-
trer, aucune balle ne pourra atteindre la zone située au-des-
TRANCHÉES-ABRIS 67
sous de la ligne AB à i/3,5 dans laquelle le défenseur sera
à l'abri de ce tir fusant.
L'obus à balles des canons de campagne tiré fusant est
donc absolument inefficace contre une infanterie abritée
dans une tranchée, en position d'attente, c'est-à-dire ados-
sée à la masse couvrante. Mais il redevient efficace dès que
le défenseur se découvre pour tirer.
La protection du défenseur est moindre contre le tir fu-
sant des obus à balles exécuté avec les pièces courtes qui
figurent dans l'artillerie de siège et place et dans l'artillerie
lourde d'armée. Ces pièces, en effet, font du tir plongeant,
l'angle de chute du projectile est beaucoup plus grand et,

Fig. 32. — Obus fusant, tir plongeant.

ainsi qu'on l'a dit déjà page 24, sa gerbe d'éclatement est
généralement plus ouverte. ^
Le canon de i55 court tiré à charge variable permet d'at-
teindre tous les objectifs au delà de 1 5oo mètres sous des
angles de chute de 3o° à5o°. La demi-ouverture de la gerbe
est peu supérieure à io°. Les balles les plus dangereuses
ont donc une inclinaison de 4o° à 6o°, c'est-à-dire de 1/1 à
2li(fig.32).
L'angle mort dans lequel le défenseur est à l'abri se trouve
donc réduit.
Il en est de même si on considère le tir d'obus à mélinite.
L'obus brisant de 77 allemand tiré fusant a, entre 2 5oo
et 3 000 mètres, un angle de chute voisin de 6°; la demi-
68 PARTIE FORTIFICATION
PASSAGERE
ouverture de la gerbe est environ de 55°; les balles les plus
dangereuses ont donc une inclinaison de 6o°, soit environ
2/1. Le défenseur, même accroupi sur la banquette, est im-
parfaitement abrité (fig. 33).
C'est certainement afin d'atteindre le défenseur derrière
la masse couvrante que les Allemands avaient prévu le tir
fusant de cet obus. .
Pratiquement, ce tir ne. donne que des résultats mé-
diocres, parce que le défenseur ne peut être atteint que si

Fig. 33. — Obusà mélinite,fusant.

l'obus éclate exactement au-dessus de la crête de feu. L'écla-


tement se produit-il en un autre point, même peu éloigné,
alors, en raison de la faible épaisseur de la gerbe et du faible
rayon d'action des éclats, l'efficacité est nulle, même sur
des défenseurs dans la position de tir.
Un réglage parfait de la portée et de la hauteur d'écla-
tement est donc nécessaire; en admettant qu'il soit obtenu,
à cause de l'écart probable en portée et de celui de la fusée,
1111efaible proportion des coups seulement AÙennent éclater
assez près de la crête pour être efficaces.
Aussi les Allemands semblent-ils avoir renoncé à tirer
fusant leur obus brisant de 77.
TRANCHÉES-ABRÏS 6g
L'obus à mélinite de campagne, tiré percutant sur une
tranchée, produira un effet s'il tombe en avant et dans le
voisinage immédiat de la crête de feu.

Fig. 34. — Obus à mélinitefusant après ricochetet percutant.

S'il ricoche et que la distance du point de chute à la


crête de feu soit telle qu'il éclate exactement au-dessus de
cette crête, on obtiendra l'effet indiqué (fig. 34-d) dans
le cas de l'obus brisant de 77 allemand (i35 grammes de
70 I™ PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE

mélinite) et celui de la figure 34-6 dans le cas d'un obus à


plus forte charge (obus de 75 français, 825 grammes).
S'il éclate plus en arrière (fig. 34-c), les éclats en retour
seront seuls dangereux et en partie arrêtés par le revers.
S'il pénètre dans le parapet (fig. 34-d), il fera un en-
tonnoir dont le diamètre pour l'obus à mélinite de 75 doit
être d'environ 1 mètre. Les matériaux projetés ne seront
dangereux que pour les deux ou trois défenseurs les plus
voisins.
Ce tir nécessite donc un réglage parfait de la portée et,
même avec ce réglage, une faible proportion des coups
tombent assez près de la crête pour être efficaces.
En outre, ce tir a sur le personnel des effets très loca-
lisés.
Il pourrait servir à raser le parapet, mais il ne faut pas
s'exagérer ce danger ainsi que le fait remarquer M. le gé-
néral Lauglois, car la théorie et l'expérience montrent que,
pour raser une simple tranchée-abri de 100 mètres de déve-
loppement, une batterie devrait épuiser presque tous ses
caissons en les supposant remplis d'obus brisants.
Donc, le tir des obus de campagne, chargés en mélinite,
sur un retranchement est peu efficace contre le personnel et
contre la masse couvrante elle-même.
Généralement, l'artillerie de campagne tirera à obus à
balles fusant sur des tranchées occupées, dans le seul but
d'obliger les défenseurs à se terrer et, par suite, à ne pas
faire usage de leurs fusils.
Les pièces de siège et place et les pièces courtes de l'artil-
lerie lourde d'armée tirent des obus contenant une forte
charge d'explosif dont l'effet local sur un retranchement et
sur ses défenseurs serait sérieux. Mais, en raison de la dis-
persion des coups, le poids de munitions à dépenser pour
raser une tranchée avec ces obus serait supérieur au poids
des obus de campagne qui seraient nécessaires.
Le résultat serait hors de proportion avec la dépense en
munitions.
TRANCHEES-ABRIS 71
« Tirer contre une tranchée avec un obusier de i5, c'est
prendre une massue pour tuer une mouche ; encore a-t-on
grande chance de la manquer. » (Général Langlois.)
Les considérations qui précèdent justifient pleinement les
profils adoptés pour les tranchées-abris.
Leur parapet est peu considérable, mais" sa protection
contre le tir percutant résulte beaucoup moins de son épais-,
seur que de son invisibilité, d'où l'avantage qu'il y a à adop-
ter des parapets de faible relief et à les dissimuler,le mieux
possible.
La tranchée elle-même est profonde, étroite et à parois
aussi verticales que possible pour donner le maximum de
protection contre le tir fusant des shrapnels et celui des
obus explosifs.

Les balles des fusils ont, en raison de leur grande vitesse,


des angles de chute assez faibles. Par contre, leur pénétra-
tion dans la terre est en général supérieure à: celle des balles
provenant des obus. Il résulte de là que si un retranche-
ment assure à ses défenseurs une protection efficace contre
le tir fusant de l'artillerie, il les garantit également contre
les balles du fusil, à condition que son parapet ait l'épais-
seur minima de 80 centimètres.
Cette condition étant remplie pour les divers types de
retranchements qu'on a examinés, on peut en conclure
que ceux-ci sont de nature à mettre leurs défenseurs égale-
ment à l'abri des coups de l'artillerie et de ceux de l'infan-
terie.

Améliorations des tranchées-abris. — Les tran-


chées-abris qui ont été étudiées, y compris la tranchée
renforcée, et même des retranchements de plus fort profil
ne garantissent pas entièrement le défenseur dans la posi-
tion de tir, ni dans la position d'attente.
Pour que le tireur, monté sur la banquette, puisse faire
usage de son arme, la hauteur de la crête au-dessus de la
72 I"" PARTIE FORTIFICATIONPASSAGERE

banquette ne doit pas dépasser i'"4o. Il en résulte que le


tireur a la tête et les épaules à découvert.
Dans la position d'attente, si l'occupant a soin de se blot-
tir contre la masse couvrante, il ne peut être atteint, ni par
les balles du fusil, ni par les balles des obus à balles, mais il
reste exposé aux éclats que les obus à explosifs brisants
lancent de haut en bas et latéralement, et a fortiori aux
éclats, moins nombreux d'ailleurs, que ces mêmes obus lan-
cent en retour.
En outre, le parapet ne donne qu'une protection impar-
faite contre les coups d'écharpe et n'en procure aucune
contre les coups d'enfilade, à reArers ou à dos.
On doit donc se préoccuper d'améliorer la protection du
défenseur par un aménagement convenable des tranchées.
Ces aménagements, en raison du temps et, dans certains
cas, des matériaux qu'ils nécessitent, reçoivent surtout leur
développement dans la fortification de position; mais l'avan-
tage qu'ils procurent étant éminemment utile, ou doit y
recourir toutes les fois qu'on le peut, pour l'amélioration
des simples tranchées; on les proportionne, dans ce cas,
au temps et aux ressources dont on dispose.
C'est ainsi qu'on exécute : d'abord, les aménagements
individuels qui consistent à approprier la hauteur de la
masse couvrante à la taille de l'homme en approfondissant
ou relevant le fond de la tranchée; puis, des rainures dans
le parapet pour recevoir le canon de l'arme. On recouvre le
parapet de gazons et branchages pour les dissimuler aux
Auies.
Enfin, on a recours aux dispositifs ci-après qui seront
examinés plus complètement lors de l'étude de la fortifica-
tion de position, mais dont il convient de signaler dès à
présent ceux qui s'appliquent à la fortification de champ de
bataille.

Bonnettes. — Au ces dispositifs,


premier rang, parmi
on citera d'abord les bonnettes (fig. 35).
TRANCHÉES-ABRIS 73
Elles consistent en des masses de terre placées sur le
parapet et entre lesquelles le tireur peut faire le coup de feu
tout en étant à peu près couvert.
Leurs intervalles sont des sortes de créneaux que l'on
évase vers l'extérieur pour ne pas trop diminuer le champ
de tir.
On peut aussi, pour leur établissement, se servir de sacs
à terre disposés comme l'indique la figure 35. C'est un
moyen fort commode, qu'il est' très avantageux d'employer
quand on possède l'approvisionnement de sacs nécessaire.

Fig. 35. — Bonnettesen terre et en sacs à terre.

L'emploi de sacs à terre comme bonnettes se plie d'ail-


leurs à toutes les formes de la fortification du champ de
bataille, aussi certains auteurs ont-ils émis l'avis que le
soldat devrait être muni d'un sac à terre conjointement avec
son outil. Sans partager cette opinion parce qu'on estime
dangereux de charger le fantassin de tout ce qui ne lui est
pas rigoureusement indispensable, on a cru devoir la citer
comme preuve de l'avantage que procure une bonnette.

Traverses. — Ce sont des masses couvrantes en terre,


faisant corps avec le parapet, disposées en arrière et perpen-
diculairement à lui.
Dans la fortification de champ de bataille où on leur de-
mande de résister seulement aux éclats, leur épaisseur est
de 5o centimètres à i mètre. On tient leurs talus aussi raides
que possible, pour ne pas réduire la place laissée aux dé-
fenseurs (fig. 36).
7^1 l'c PARTIE — FORTIFICATION PASSAGÈRE
Les traverses doivent avoir une longueur suffisante pour
fermer la tranchée dans toute sa largeur.
On permet la circulation autour des traverses à l'aide
d'un passage dont la largeur au fond de la tranchée peut
être très réduite.
Dans l'exécution des travaux, on ménagera à l'avance
l'emplacement des traverses.
Si l'on doit établir des traverses dans une tranchée déjà
construite, on peut se servir de sacs à terre, de tonneaux,
gabions, caisses remplis de terre, de sable ou de cailloux.

Fig. 30. — Traversedans une tranchée-abri.

En aucun cas, les traverses ne doivent dépasser la crête


du parapet, afin de ne pas augmenter la visibilité de la tran-
chée et surtout pour ne pas servir de point de mire.

Abris. —Le but des abris est de protéger les défenseurs


contre les projectiles de l'ennemi.
Généralement ils sont destinés aux troupes en position
d'attente ; quelquefois, ils servent aussi dans la position de
tir.
On a vu que les défenseurs, dans la position d'attente,
trouvaient protection en se blottissant contre le parapet ou
les traverses. Cette protection est suffisante contre le tir du
fusil et celui des obus à balles des canons de campagne,
en raison de la grande tension de leur trajectoire et de la
faible ouverture de la gerbe. Elle ne l'est plus si on consi-
TRANCHÉES-ABRIS .' 75
dère le tir même de plein fouet des obus à mélinite ou le tir
plongeant des obusiers, quelle que soit la nature de leurs
obus (voir p. 66). Il sera donc toujours avantageux et par-
fois indispensable d'aménager des abris pour améliorer la
protection des troupes.
Pour se protéger contre la mitraille, dont la pénétration
est très faible, il suffît d'abris légers, d'une réalisation fa-
cile, rapide et, par suite, presque toujours possible.
Si on veut créer des abris capables de résister au tir per-
cutant des obus de campagne, il.faudra un blindage solide
en bois, en rails ou en tôle ondulée recouvert d'une épaisse
couche de terre. Le: temps et les moyens nécessaires à leur
construction dépassent les ressources ordinaires de la forti-
fication de champ de bataille.
A plus forte raison ne saurait-on penser, dans les mêmes
circonstances, à demander des abris capables de résister aux
effets destructeurs des obus à grande capacité de .l'artillerie
lourde. Il faut, en effet, 5 à 6 mètres de terre pour résister
à l'obus à mélinite d'un obusier de i5.
Mais il ne résulte pas de là que des abris plus légers
soient inutilisables. Ils garantissent des éclats et ne sont
détruits que si le projectile tombe dans leur voisinage im-
médiat. Or, le tir plongeant des obusiers est peu précis et,
par suite, il faut tirer un nombre considérable d'obus pour
obtenir quelques coups heureux sur des objectifs aussi
étroits que des abris. Ce tir sera d'ailleurs d'autant moins
efficace que les abris seront plus petits et mieux dissimulés.
L'effet de ces rares coups heureux sera ainsi localisé.

Emplacement des abris. — Les abris sont constitués


dans les retranchements eux-mêmes ou en dehors. En cons-
truisant les abris dans les retranchements, on réduit au
minimum le temps nécessaire aux défenseurs pour se porter
à leur poste de combat et on utilise, pour l'abri, l'excavation
de la tranchée, ce qui réduit'le travail.
En construisant les abris en dehors du retranchement, on
76 Irc PARTIE — FORTIFICATIONPASSAGÈRE

peut souvent les mieux dissimuler ; en tout cas, on offre à


l'artillerie ennemie un plus grand nombre d'objectifs et on
divise ainsi son action.
En les plaçant à 100 ou i5o mètres en arrière des inter-
valles qui séparent les tranchées, on soustrait les abris au
tir d'artillerie dirigé sur ces dernières, tout en permettant
aux défenseurs de se porter assez rapidement à leur poste
de combat.
Il est bon que le chemin que les défenseurs ont alors à
suivre soit défilé des Ames et des coups de l'ennemi. Si ce
défilement ne peut être réalisé par l'utilisation des formes
du terrain ou des couverts naturels, on peut être obligé de
réunir les abris aux tranchées par des boyaux de communi-
cation formés de tranchées donnant un couvert de im8o et
protégées contre les coups d'enfilade par leur tracé en zig-
zag ou en crémaillère. 11 ne faut pas se dissimuler que la
construction de semblables tranchées nécessite le plus sou-
vent un effort incompatible avec les conditions inhérentes à
la fortification de champ de bataille.

Abris — Quand on
légers. peut se procurer des pan-
neaux (volets, portes, etc.) ou même de simples planches,
on utilise aArantageusement ces matériaux comme l'indique',
la figure 3y.
Pour prendre la position de tir, on glisse les panneaux
sur le revers en les soulevant le moins possible.
L'École de fortification de campagne qui indique ces
types spécifie bien qu'ils ne sont bons que contre le tir fusant.
Là protection qu'ils assurent est tellement précaire qu'on
n'en fera sans doute usage que s'ils ne demandent pour ainsi
dire aucun effort pour leur établissement.
On peut aussi obtenir simplement des abris contre le
tir fusant en transformant des portions de tranchée pour
tireur debout en tranchées-refuges comme l'indique la
figure 38.
Le ciel est constitué par une couche de terre de 3o cen-
TRANCHEES-ABRIS 77
timètres environ d'épaisseur supportée par des planches,
des rondins, des fascinages.

Fig. 37. -^ Panneauxet planchersservant d'abris légers dansune tranchée.

Une telle tranchée est un abri pour la position d'attente,


elle est inutilisable pour le tir.

Fig. 38. .—Tranchée-refuge.

On se bornera ici à la description des abris les plus légers


et les plus simples; l'étude de la fortification de position
contiendra celle des types d'abris mieux aménagés ou plus
résistants.
78 lre PARTIE •. FORTIFICATIONPASSAGÈRE
Pr'otection des talus. —
Ily a intérêt à ce que les
talus des tranchées soient tenus aussi raides que possible
afin d'augmenter la protection des hommes ; lorsque les
terres ne permettent pas d'obtenir ce résultat, on a recours
à des dispositifs de protection dits revêtements dont l'étude
trouvera sa place dans celle de la fortification de position.

Défenses accessoires. — Aucun des retranchements


de la fortification de champ de bataille ne forme obstacle.
Il peut y avoir intérêt dans certains cas à disposer en avant
d'eux un obstacle artificiel qui arrêtera l'ennemi quelque
temps sous le feu du défenseur. On réserve l'examen de ces
obstacles, dénommés défenses accessoires, à la fortification
de position.
On se bornera à dire ici que les réseaux de fil de fer pa-
raissent être celle des défenses accessoires qui trouverait le
plus aisément son application dans la fortification de champ
de bataille.
CHAPITRE VI

ORGANISATION DÉFENSIVE DES ACCIDENTS

DU TERRAIN

Les divers retranchements dont l'étude vient d'être faite,


étant exclusivement formés de terre, permettent, en toute
circonstance, de donner aux troupes l'abri qui peut leur être
nécessaire. Mais il arrive souvent (') que l'on peut fortifier
une position à moins de frais et plus rapidement, en utili-
sant les formes du terrain, les accidents qu'il présente et
les constructions dont il est couvert, toutes choses dont
l'ensemble peut être désigné sous le nom de fortification
naturelle.
L'importance de la fortification naturelle est considérable,
eu égard à la simplicité des moyens qu'elle met en oeuvre.
Aussi, ses éléments font partie de l'instruction donnée
aujourd'hui au soldat; on s'attache, dans les exercices tac-

(') Au nombredes circonstancesqui peuvent amenerun défenseurà modifier


les retranchementsétudiés dans les chapitres précédents,on citera la présence
de la neige.On peut, en l'employant,obtenirassez rapidementun couvertsuffi-
sant contre les balles et le canon, dans des circonstancesoù il sérail,souvent
fort difficile,sinon impossible,d'élever des retranchementsen terre. L'épaisseur
à donneraux parapets de neige pour résister aux balles actuelles doit être de
i'"8o, si cette neige est fortementtassée, et de 3m2osi elle ne l'est pas. Contre
les projectilesde l'artilleriede campagne,il ne faudrait pas moinsde 8 mètres.
Le fumierpeut égalementremplacerla terre et présenteune granderésistance
à la pénétration des projectiles; on l'emploietoujours,quand on le peut, pour
constituerle blindagedes abris, parce qu'il est plus maniable,plus léger que la
terre et tout aussi résistant. Son seul inconvénient.estde s'enflammerquand les
projectilesd'arlillericéclatent à l'intérieur; aussi esl-il bon de le recouvrir tou-
jours d'une cerlaine quantité de terre.
8o Irc PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
tiques, à développer chez lui le sentiment qui le pousse
instinctivement à se couvrir d'un arbre, d'un pan de mur,
d'un pli de terrain, etc.,.pour faire usage de ses armes sans
se laisser apercevoir de l'ennemi, et l'instruction du 24 octo-
bre 1906 indique les travaux à exécuter pour accroître la
valeur défensive de ces accidents.
On va passer en reAuie, dans ce chapitre, les divers pro-
cédés employés dans ce but. L'exposé qui va suivre con-
tiendra non seulement l'organisation des éléments de forti-
fication naturelle qui correspondent aux tranchées de la
fortification du champ de bataille, tels que levées de terre,
haies, murs, mais encore celle des bois, maisons, fermes,
AÙUages qui constituent proprement des points d'appui,
c'est-à-dire un groupe d'éléments. Pour ces derniers même
on indiquera leur organisation complète, telle qu'on peut
la réaliser seulement dans la fortification de position.
Cette méthode, qui laisse'place à quelques objections, a
paru néanmoins préférable à celle consistant à scinder en
trois parties différentes l'étude de l'organisation défensive
des accidents du sol.

Aménagements sommaires des arbres,


amas de pierres, etc.

On rappellera tout d'abord les dispositifs qu'indique l'ins-


truction du 24 octobre 1906 pour l'utilisation par le tireur
des arbres, bornes, amas de pierres ou autres couverts
accidentels. Les premiers sont insuffisants pour arrêter les
balles, on s'efforce donc de les doubler d'un 'masque de
terre pris dans une tranchée où le tireur s'abrite. Les
derniers ont souvent besoin d'être releA'és ou épaissis pour
garantir l'homme entièrement ; il y a, en outre, intérêt à les
recouvrir de terre pour éviter les éclats dangereux que pro-
duisent les balles frappant la pierre.
DÉFENSIVEDES ACCIDENTSDU TERRAIN 8 I
ORGANISATION

Organisation défensive des digues, fossés, ruisseaux,


chemins, routes, murs de clôture, etc.

Levées de terre. — Les levées" de terre que l'on ren-


contre sur le sol, telles que digues, chemins en remblai, etc.,
fournissent un excellent parapet. Il suffît d'entailler le talus
du côté opposé à l'ennemi pour y pratiquer une banquette
(fig. 3g) et de rejeter les terres en arrière, de manière à
former une rampe d'accès. S'il y a des arbres sur ces rem-
blais, on augmentera la valeur défensive du parapet obtenu

'
Fig. 3g.

comme il vient d'être dit, en les abattant et les rejetant en


aArant.

— On
Rigoles et fossés. peut tirer parti des rigoles et
fossés, soit comme obstacles, soit comme couverts.
S'ils sont pleins d'eau, on ne peut éAddemment les utiliser
que comme obstacles ; on construit alors en arrière une
tranchée-abri d'un profil en rapport aAec le temps dont on
dispose (fig. 4ç)- ''.
S'ils sont secs et que leur profondeur et la raideur de
pente de leurs talus en puissent rendre le franchissement
difficile, on les mettra en oeuvre de la même manière, en
ayant soin de ménager des flanquements à l'intérieur. Us
seront tout naturellement flanqués lorsque leur tracé prér
MANUELDEFORTIFICATION 6
82 Irc PARTIE -- FORTIFICATIONPASSAGÈRE
sentera des angles rentrants. Dans le cas contraire, on utili-
sera les ponceaux qui les traversent pour y établir des
parapets prenant d'enfilade la rigole ou le fossé; s'il n'en
existe pas, on placera de distance en distance de petits

Fig. 4o.

tambours en palanques ou des levées de terre, pour les


remplacer (fig. 4i)-
Si les fossés ou rigoles ont, au contraire, leurs talus en
pente douce, on les .emploiera comme tranchées; on en-
taillera alors le talus du côté de l'ennemi de manière à y
ménager une banquette, en relevant plus ou moins celle-ci,

Fig. /„..

suivant que le terrain en avant se découvre plus ou moins


facilement.

Routes et chemins. —- On
peut les organiser comme
les levées de terre s'ils sont en remblai, comme les fossés
s'ils sont en déblai, en observant toutefois qu'il est dange-
reux de se placer derrière une route pavée ou empierrée,
parce que les projectiles ricochent et éclatent en couvrant
les défenseurs de débris de pierres et d'éclats. Souvent, on
ORGANISATION
DÉFENSIVEDES ACCIDENTSDU TERRAIN 83
utilise les fossés qui bordent les routes en les complétant
comme tranchées-abris. Enfin, on abat les arbres et on les
rejette en avant (fig. 42).
Les chemins creux, comme les ressauts de terrain, sont
le plus souvent utilisés en entaillant le talus du côté de
l'ennemi de manière à y aménager une banquette. Il est

bon aussi de pratiquer des gradins de distance en distance


pour permettre aux occupants de se porter en avant.

Pour ces divers travaux, les ateliers sont organisés


comme pour la construction des tranchées. Le temps à y
consacrer varie aArec le cube du terrassement ; pour le cal-
culer, on se rappellera que les hommes d'infanterie remuent
en moyenne omc4oo à l'heure.

Haies. — Les haies fournissent un rideau derrière


lequel
le défenseur échappe aux vues de l'ennemi; lorsqu'elles sont
suffisamment fortes et épaisses, elles constituent même un
obstacle de quelque Araleur. On les complète par l'adjonction
d'un parapet en terre.
Pour dissimuler l'organisation défensive de la haie, on se
borne souvent à faire, intérieurement, une tranchée dont le
terre-plein est à environ 2 mètres au-dessous du sommet
de la masse couATante, de manière que le défenseur debout
sur ce terre-plein soit entièrement soustrait aux vues de
l'ennemi (fig. 4S). Pour permettre de tirer au traA'ers de
cette haie, on enhVve les menus branchages, en conservant
84 Ire PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
les maîtresses tiges et la partie supérieure de la feuillée. Si
la haie est très basse et touffue, on peut y placer une tran-
chée-abri pour tireur assis ou à genoux (fig. 44) en profitant
des parties dégarnies du pied pour y passer le fusil.

Les travailleurs seront disposés comme précédemment; il


sera bon cependant d'ajouter, par deux ateliers, un homme
muni d'une serpe pour ébranchcr. Le 4emps nécessaire
Avarie avec l'importance du terrassement.

Murs de clôture. — Les murs forment obstacle et


arrêtent tous les projectiles d'infanterie, mais ils sont tra-
Aersés par les obus, déterminent leur éclatement et, si ces
obus sont chargés en mélinite, les éclats latéraux sont très
dangereux pour les défenseurs. 11 ne faut pas cependant
s'exagérer l'action de l'artillerie : s'il suffit en effet de deux
DEFENSIVEDES ACCIDENTSDU TERRAIN 85
ORGANISATION
obus de campagne à mélinite atteignant le but pour ren-
verser i mètre courant de mur de clôture ordinaire, il faut
qu'une batterie consomme environ le tiers ou le quart de
son approAdsionnement total de projectiles pour ouvrir une
brèche de 5o à 60 mètres, aux distances moyennes de com-
bat (1 5oo à 2 5oo mètres) et à la condition que son tir soit
bien réglé.
Les gros projectiles de l'artillerie lourde d'année ont un.
effet plus puissant que ceux de campagne, mais la précision
de leurs pièces étant moindre, la consommation totale de
munitions est sensiblement plus élevée.
Il résulte de ces considérations qu'un mur constitue un

abri insuffisant contre le tir de l'artillerie, mais que, le plus


souvent, ce tir ne pourra le détruire ni empêcher le défen-
seur de l'utiliser.
On peut à la rigueur mettre les murs à l'abri des coups
de l'artillerie en les doublant d'un véritable parapet en
terre. Mais cette organisation n'est guère admissible que
pour des murs peu élevés, à cause de l'énorme volume de
terre à remuer. Elle exige toujours un temps assez long.
Les murs d'une faible hauteur (moins de im3o) sont uti-
lisés pour abriter des tireurs à genoux Ou debout, suivant
les cas; on complète leur organisation en plaçant de dis-
tance en distance, sur le dessus du mur, des sacs à terre
ou des mottes de gazon faisant office de bonnettes et pro-
tégeant la tête des tireurs (fig. 45). H sera bon, si on en a
86 Irc PARTIE FORTIFICATION
PASSAGÈRE
le temps, de creuser une tranchée à l'intérieur et de rejeter
les terres provenant de la fouille de l'autre côté du mur, de
manière à le protéger et à le renforcer.
Si le mur a moins de im8o et plus de im4o, on se
contente de l'écrêter de mètre en mètre, à 5o centimètres
de profondeur environ, pour donner des créneaux aux
tireurs, et on creuse alors en avant (du côté de l'ennemi)
un fossé dont on relève les terres contre la maçonnerie.
Les murs d'une hauteur supérieure à im8o (fig. 46) sont
percés de créneaux au moyen de pics, de pioches où de

pinces; l'opération se fait en descellant une pierre ou quel-


ques briques. Il est difficile de donner au créneau une forme
et des dimensions déterminées : il suffit donc d'indiquer
que, si le créneau est évasé Arers l'intérieur, il protège mieux
le tireur, mais est moins commode pour la surveillance que
lorsqu'il est éArasé A'crs l'extérieur. Les créneaux sont placés
de mètre en mètre et à une hauteur telle que l'ennemi ne
puisse les emboucher; on peut du reste, sans les élever
comme il vient d'être dit, éA'iter cet incoiwénient en faisant
précéder le mur d'un fossé; on conserve alors l'aA'antage
des créneaux bas, qui donnent des feux plus rasants et sup-
priment l'angle mort en avant du mur.
Lorsque les créneaux sont élevés, comme il a été dit tout
DÉFENSIVEDES ACCIDENTSDU TERRAIN 87
ORGANISATION
d'abord, les défenseurs y accèdent en montant sur une ban-
quette en terre établie derrière le mur. Si on a le temps,
et si les matériaux nécessaires sont à proximité, on installe
deux étages de créneaux, en plaçant le second étage de
tireurs sur un échafaudage en planches supporté par des
tonneaux, des tables, des arbres, etc. (fig. 4j)- Cette dis-
position de tireurs sur deux étages n'est pas à employer
d'ailleurs si la direction du mur le laisse en prise aux feux

d'écharpe, car, dans ce cas, les hommes de l'étage supé-


rieur sont très exposés.

Le temps nécessaire pour percer un créneau dans un mur


ordinaire est d'environ trente minutes. On rappellera à cet
effet qu'une compagnie d'infanterie possède comme outils
susceptibles d'être employés à l'exécution de ces créneaux :
12 pioches de la voiture de compagnie ;
32 pioches portatives (ces outils conviennent mal pour
percer des créneaux).
Il y a en outre, dans le régiment, 6 pics portés par les
sapeurs.
88 I1C PARTIE FORTIFICATION
PASSAGÈRE
Une compagnie du génie dispose de :
6 pics, 66 pioches portatives, 3o pioches de parc.

' Clôturés en bois. — Les clôtures en planches peuvent


être utilisées comme les haies, à la condition de les dou-
bler d'un parapet obtenu soit par une tranchée intérieure,
soit par un fossé. On complète cette organisation en prati-
quant des créneaux dans la paroi en planches.

Grilles. — Les grilles constituent des obstacles très


sérieux, en raison de leur difficile destruction. Si elles

reposent sur un mur, on les utilise en doublant ce mur


d'un parapet (fig. 48). On peut encore en tirer parti en se
plaçant à une certaine dislance en arrière (3o à oo mètres);
elles forment dans ce cas une défense accessoire très puis-
sante.

Ruisseaux. — de leur valeur comme


Indépendamment
obstacles, lorsqu'ils coulent en avant de la position, les ruis-
seaux peuvent servir à fournir des inondations, qui sont
très efficaces, lorsqu'elles sont bien défendues en arrière.
Pour tendre une pareille inondation, il suffit de barrer le
ruisseau par une digue placée en aval.
DÉFENSIVEDES ACCIDENTSDU TERRAIN 8g
ORGANISATION

Organisation défensive des bois

Les bois fournissent au défenseur un bon couvert contre


les Ames de l'ennemi ; ils arrêtent une grande partie des
balles, sont d'un parcours souvent difficile et peuvent aisé-
ment être transformés en obstacle sérieux.
La ligne de défense d'un bois organisé défensivement est
formée par la lisière, d'où l'on aperçoit bien le terrain sur
lequel l'ennemi doit s'avancer. C'est sur cette lisière que le
défenseur doit chercher à se maintenir le plus longtemps
possible, car, dès qu'il l'a perdue, il se trouve clans la même
situation que son adversaire. Assurément, un bois peut
être repris après la perle de la lisière; mais il est éA'ident
qu'on doit chercher à éAÙter cette dernière éventualité.
Dans certains cas, on peut.se porter en aArant de la lisière
pour mieux voir le terrain et étendre son champ de tir,
mais il y aurait inconvénient à ériger cette exception en
règle générale. On peut, à la vérité, prétendre qu'en occu-
pant la lisière on indique à l'ennemi sa position et on faci-
lite le réglage du tir de l'artillerie adverse. Mais ce tir est
peu efficace contre un défenseur abrité derrière une levée
de terre et dont la présence n'est décelée ni par son tir sans
fumée, ni par une organisation défensive qui ne modifie pas
l'aspect extérieur de la lisière. L'adversaire est donc astreint
à un tir systématique qui consomme beaucoup de muni-
tions. Le défenseur, par contre, bénéficie entièrement du
couvert formé par le bois, pour opérer, sans être vu, les
mouvements de ses renforts et de ses réserves.
Si la lisière présente des parties saillantes et rentrantes,
cette disposition sera lstvorable à la défense en raison des
flanquements qu'on en peut tirer. Si elle est formée de
ongues parties en ligne droite non battues naturelle-
ment, on assurera le ilanquement sans difficulté en mo-
difiant d'une manière convenable le tracé de la levée de
gO Ire PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
terre établie à l'intérieur du bois qui sert d'abri aux défen-
seurs.
La défense et l'organisation défensive sont partagées en
secteurs limités par les routes ou chemins traArersant le
bois, et occupés chacun par des unités constituées.
'•-Il y aura toujours avantage à faire organiser chaque sec-
teur par les troupes chargées de le défendre, les hommes
ayant alors un intérêt direct à travailler aArec activité. Cette
répartition en secteurs est extrêmement importante, afin de
laisser à chaque commandant d'unité subordonnée une por-
tion de lisière où son action puisse se faire sentir efficace-
ment et où son initiative trouve à s'exercer.

L'organisation défensive d'une lisière de bois comprend


(fig. 4g) :
i° La création d'un couvert capable de garantir les défen-
seurs contre les effets du feu; ce couvert est le plus souvent
une tranchée-abri placée à quelque distance en arrière de
la lisière, de manière à échapper aux vues de l'ennemi.. La
difficulté de creuser une tranchée de quelque profondeur,
ORGANISATION DEFENSIVEDES ACCIDENTSDU TERRAIN gi
dans un terrain rempli de racines d'arbres, obligera le plus
souvent à constituer le couvert par un simple parapet ,en
enleArant la terre meuble sur une largeur aussi grande que
possible;
2° La création d'un obstacle formé par des arbres abattus.
Les abatis se font sur une profondeur de quatre ou cinq
rangées d'arbres, en, ayant soin d'abattre en dernier lieu les
plus gros, qui servent à maintenir lés autres. Pour augmen-
ter la valeur de l'obstacle, on réunit les troncs par des tra-
Arerses et des fils de fer, que des brigades spéciales de tra-
vailleurs placent pendant que d'autres préparent les abatis.
Si cette organisation d'un obstacle ne peut être poussée à
fond, l'ennemi se chargera, généralement de la compléter
par le tir de son artillerie dont l'effet se fera surtout sentir
sur les arbres de la lisière.
Il peut arriver que le bois ait de telles dimensions qu'en
raison de l'effectif dont on dispose, il soit impossible de
garnir de troupes toute sa lisière. On établit alors dans
certaines parties, si on en a le temps, des abatis passifs;
c'est-à-dire que l'on abat des arbres sur une grande pro-
fondeur (5o à 60 mètres), de manière à former un obstacle
infranchissable, pour la surveillance duquel suffisent quel-
ques hommes. Ces sortes d'abatis sont organisées de préfet
rence sur les portions de la lisière comprises entre les
saillants et les rentrants, ou sur les côtés dont les A'ues sur
le terrain des attaques sont les moins efficaces.
Par cette disposition, on conserve au défenseur les sail-
lants (points d'attaque de l'ennemi) et les rentrants, qui
permettent de couvrir de feux les portions de terrain en
avant des saillants.
Sur les .portions de lisière prises d'enfilade par l'ennemi,
on peut installer des traArerses faites de rondins, tels que
l'on'en trouve souvent de tout coupés dans les bois, par-
dessus lesquels on place une bonne épaisseur de terre,
mais ceci demande du temps et ne peut guère s'exécuter
que dans' la fortification de position. Les Allemands en
92 Ire PARTIE FORTIFICATION PASSAGÈRE
avaient organisé de semblables au parc de Coeuilly, près de
Ghampigny (Paris).
On devra s'attacher à couvrir d'une manière spéciale tous
les débouchés de route qu'il est nécessaire d'interdire à
l'ennemi et que l'on a intérêt à conserver pour se ménager
la possibilité de prendre l'offensive ; pour cela, on établira,
sur une certaine étendue en avant de chacun d'eux, de forts
abatis défendus en arrière par de solides retranchements
placés à cheAral sur la route même.
Cette disposition a l'inconvénient de couper complète-
ment la communication qu'il s'agit de défendre; on pourra
l'éviter en remplaçant les ouvrages qui viennent d'être indi-
qués par des tranchées placées latéralement et en arrière,
et battant bien l'abord des abatis.
L'artillerie ne se place à la lisière d'un bois pour utiliser
le couvert qui s'y trouve que si toute autre position défilée
lui fait défaut. Les communications y sont difficiles entre
les échelons, et les batteries perdent de leur mobilité. Pour
participer à la défense d'un bois, il n'est d'ailleurs nullement
nécessaire que les pièces s?y installent. Le plus souvent, les
batteries sont placées en arrière et sur les flancs, de manière
à prendre d'écharpe le terrain d'attaque de l'ennemi. Cette
disposition est d'ailleurs générale dans la plupart des orga-
nisations défensives ; on la retrouvera plusieurs fois dans
ce qui YSLsuivre.
Bien que la lisière constitue la principale ligne de dé-
fense, on peut en organiser d'autres à l'intérieur du bois; il
faut alors ménager, en avant de chacune d'elles, un champ
de tir convenable.
On profitera donc des clairières, ravins, ruisseaux ou
routes parallèles à la lisière et, si on en a le temps, on les
organisera en lignes de défense, comme la lisière elle-
même, en les faisant précéder d'une étendue de terrain
(200 à 3oo mètres environ) que le défenseur puisse battre
de ses feux.
Il reste enfin à organiser les communications à l'intérieur
ORGANISATION DÉFENSIVEDES ACCIDENTSDU TERRAIN ()?)
du bois. Il faut que les réserves puissent parvenir facile-
ment sur la lisière; si cela est nécessaire, on percera donc,
en abattant des arbres en quantité suffisante, des chemins'
permettant aux troupes placées dans les carrefours à l'inté-
rieur du bois de se porter en avant.
Il est important de se ménager la possibilité d'arrêter le
débouché de l'ennemi si celui-ci s'est rendu maître du bois.
On sait la difficulté, certains auteurs disent même l'impos-
sibilité, qu'éprouve l'infanterie à déboucher d'un bois sous
le feu de l'ennemi. La cohésion des unités est désorganisée
par la traversée du bois et les hommes quittent difficile-
ment le couvert pour s'avancer sur un terrain battu. Il suit
de là que si l'on peut, en arrière du bois et à la distance
de portée très efficace du fusil, établir, quelques ouvrages
tenant sous leur feu la lisière, on gênera considérablement
le débouché de celle-ci par l'ennemi. Cette action retarda-
trice sera encore augmentée si des circonstances spéciales
telles que l'existence d'un ravin, d'un étang sur la lisière
arrière diminuent l'étendue des débouchés de l'ennemi.
Le temps nécessaire à la mise en état de défense d'un
bois dépend surtout de la durée de l'abatage des arbres.
Les expériences exécutées à cet égard donnent les résultats
suivants.
Au polygone de Satory, des soldats du génie, munis de
tous les outils nécessaires et répartis à raison de deux ou
trois hommes par mètre courant, ont organisé une lisière,
d'une manière suffisante, en deux heures (y compris le
temps nécessaire pour l'abatage des arbres et la pose des.
réseaux de fils de fer).
En Autriche, 84 travailleurs ont fait, en trois heures,
i5o mètres d'abatis ayant 45 mètres de profondeur.
Ce ne sont évidemment là que des données particulières,
parce que l'abatage se fait avec des vitesses très différentes
suivant le diamètre des arbres et l'outillage employé, et
qu'à la guerre on risquera surtout d'être retardé par le
manque d'outils.
94 I™ PARTIE — FORTIFICATIONPASSAGÈRE
D'une façon plus générale, on peut prendre pour base le
calcul suivant :
Le régiment.d'infanterie à quatre bataillons possède :
i° 4 scies passe-partout, 17 scies articulées, non com-
prises les 4 scies des sergents artificiers, 70 haches de bû-
cheron ou de sapeur ; ~
2° 192 hachettes, 206 serpes (pour mémoire).
Les outils du premier groupe peuvent servir à l'abatage
des:arbres et donneront en une heure les résultats suivants :

4 scies passe-partout. . 16 hommes 20 arbres


17 scies articulées ... 68 — 68 —
70 haches . i4o . •— r4o —
Total. '-. . . . 224 hommes 228 arbres

Les outils du deuxième groupe serviront au débroussail-


lement, à l'appointage des branches, etc.
L'outillage du premier groupe sera bien utilisé en le
répartissant entre deux compagnies, les hommes de com-
plément étant munis de hachettes et de serpes ou servant
au transport des arbres abattus.
Ces deux compagnies pourront abattre de 25o à 3oo arbres
si le diamètre de ces derniers est inférieur à. 3o centimètres :
elles mettront ainsi en état de défense, sur 20 mètres de
profondeur, une longueur totale de 200 mètres de lisière.
Il faudra avoir soin de disperser les feuilles des arbres
abattus, qui forment quelquefois, en aArant des abatis, des
couverts dangereux pour le défenseur.

Exemple d'organisation défensive d'un bois. — Comme


exemple d'organisation défensive d'un bois, exécutée d'après
les principes qui viennent d'être exposés, on peut citer celle
du bois de Brévannes (fig. 5o, pageg 5) qui formait une
partie de la ligne d'investissement des Prussiens autour de
Paris, en.1870-1871, dans le secteur compris entre la Seine
et la Marne. La position était placée en seconde ligne, aussi
—Organisation
5o.
Fig. bois
du de"Brévannes
défensive (1870-1871);
96 Irc PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
était-elle fortement appuyée; néanmoins, son organisation
était dirigée de manière qu'elle pût résister par elle-même
à nos attaques. Les circonstances dans lesquelles cette
organisation a été réalisée montrent qu'elle, appartient à la
fortification de position.
Le bois proprement dit est limité au nord-ouest par le
chemin de Yalenton à Sucy; il est fermé sur la face opposée
par le château de Brévannes, le village du même nom et le
parc de Gessac, qui permettaient d'établir une seconde
ligne de défense. En avant du bois, vers la partie nord-est,
se trouve un petit bouquet masquant les vues de la lisière
principale; on avait abattu cette portion, et les bois obtenus
servirent à faire des abatis sur toute la lisière.
Celle-ci se prête naturellement à la défense, par suite de
son tracé en crémaillère; cependant, sur la face nord-ouest,
au carrefour de chemins qui s'y trouvent, un petit ouATage A,
en forme de demi-redoute, couvrait le débouché des routes
et flanquait la face principale de la position. Pareille dispo-
sition n'avait pas été prise en avant du carrefour central B,
qui, placé dans un rentrant, se trouvait naturellement dé-
fendu. Le profil donné à la lisière était Aariable; dans les
parties où le bois n'était pas clos, on avait fait un parapet
en terre appuyé aux arbres abattus (fig. 5i); sur la face
sud-ouest, bordée d'une haie, on avait utilisé cette haie
pour y adosser le parapet ; sur la face nord-est, on avait de
même tiré parti d'une clôture en planches. Des pièces étaient
placées de part et d'autre du carrefour central, pour enfiler
les directions probables de nos attaques.
La seconde ligne de défense était formée par le mur du
parc du château de Brévannes, par l'extrémité du village et
le parc de Cessac ; en avant de toute celte ligne, une large
coupure avait été faite dans la forêt, en abattant, les arbres,
pour dégager les vues. Sur la face nord-est, un retranche-
ment demi-circulaire C donnait un flanquement qui ne pou-
A'ait être obtenu par la disposition même de la lisière. La
ligne de défense élait formée, ,sur cette face, par le mur du
ORGANISATION, DÉFENSIA'EDES. ACCIDENTSDU TERRAIN 97

parc de Gessac, crénelé et bordé d'une levée de terre. En


arrière, une batterie D flanquait la position.
Enfin, une batterie E était placée, au nord-ouest du
bois, sur un mamelon dominant le-terrain de 8 à 10 mètres-;
mais cette position n'était justifiée que par la présence
d'autres ouvrages en avant, et la batterie aurait certaine-
ment dû être évacuée si les ouvrages de la première ligne
avaient été enlevés. Au nord-est, un petit bouquet de
bois F, appuyé à la route nationale n° 19 (route de Paris

Fig. 5i. — Lisièredu bois de Brévannes.

à Baie), avait été occupé également par un parapet bordé


d'abatis, analogue au précédent, et contribuait au flanque-
ment de la position.

Organisation défensive d'une maison

Les maisons isolées, ou celles qui font partie d'une ligne


de défense, fournissent un bon couvert contre les balles et
sont facilement transformées en obstacles sérieux; mais elles
sont d'une occupation dangereuse sous le feu de l'artillerie.
Le tir fusant a un effet matériel presque nul, il ne peut
que briser les vitres ainsi que les tuiles ou les ardoises.
Mais les obus percutants qui atteignent un mur ou la toi-
ture les traversent et éclatent immédiatement après dans
l'intérieur de la maison. ^^h7^~"^..
MANUEL
DEFORTIFICATION / V v. yf,\ 7
98 I'e PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
L'obus à balles agit alors par ses balles, qui d'ailleurs
sont arrêtées par la moindre cloison. L'obus à mélinite,
beaucoup plus efficace, agit par ses éclats animés d'une
grande A'itesse et par son souffle, d'autant plus A'iolent que
l'explosion se produit en lieu clos ; les cloisons intérieures
sont renversées ainsi que les portes et les croisées; tous les
occupants de la pièce où a lieu l'explosion sont générale-
ment tués.
Mais, quel que soit l'obus tiré, tant que la façade exposée
au tir n'est pas démolie, la façade opposée reste intacte.
Donc, s'il faut éviter d'occuper l'intérieur d'une maison
sous le feu de l'artillerie, on peut mettre une troupe à l'abri
des obus derrière une maison.
Il en est des maisons comme des murs et des villages : si
les obus peuvent en chasser momentanément les défenseurs,
il est rare-qu'ils détruisent complètement leur valeur comme
fortification naturelle, et une maison bombardée par l'ar-
tillerie peut encore, dans maintes circonstances, permettre
une résistance prolongée, à condition de ne la faire occuper
par ses défenseurs qu'après cessation du tir de l'artillerie.
L'organisation défensive d'une maison dans les condi-
tions moyennes de temps que comporte la fortification du
champ de bataille se résume à dégager le champ de tir,
barricader les ouvertures, pratiquer des créneaux, préparer
enfin la retraite des défenseurs en assurant leur protection
par des positions défensives occupées en arrière.
Pour ces divers traA'aux, on s'inspirera utilement des don-
nées ci-dessous qui se rapportent à une organisation défen-
sive très complète dont l'exécution exige plusieurs jours et
qui doit normalement trouver place dans la fortification de
position.
Dans la mise en état de défense complète d'une maison,
on procède d'abord à l'organisation de la défense exté-
rieure. A cet effet, on débarrasse les abords des couverts
dangereux; on barricade les portes et les fenêtres; on peut
creuser, tout autour de la maison, un fossé dont on rejette
ORGANISATION DEFENSIVEDES ACCIDENTSDU TERRAIN 99
les terres contre les murailles; on perce des créneaux dans
les murs, à une hauteur suffisante pour que l'ennemi ne
puisse pas les emboucher; on organise des flanquements,
en appuyant la défense de la maison par des tranchées dé-
bordant en arrière.
Si on dispose du temps nécessaire, on organise ensuite
la défense intérieure de la maison. Pour cela, on s'arrange
de manière que l'ennemi, ayant pénétré dans la première
pièce, rencontre devant lui une .nouvelle ligne de défense

Fig. 5a. — Organisationdéfensivedu vestibuled'unemaison.

capable de l'arrêter, et l'on dispose les communications


entre les différentes pièces, au rez-de-chaussée et au pre-
mier étage, de telle façon que l'assaillant ne puisse passer
de l'une dans l'autre sans essuyer le feu des défenseurs.
Enfin, on organise pour ces derniers une bonne ligne de
retraite.
Pour barricader une porte, on place par derrière, hori-
zontalement ou Arerticalement, des planches, madriers ou
poutrelles, que l'on maintient contre la porte à l'aide de
poutres d'un plus fort équarrissage que les premières, dis-
posées perpendiculairement à celles-ci et soutenues en
arrière par de solides arcs-boutants appuyés soit contre les
solives du plancher, soit contre des traverses engagées par
leurs extrémités dans la maçonnerie (fig. 53),
100 .'• Ire PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
On perce des créneaux dans la porte et on creuse un fossé
par devant. Si la porte s'ouvrait en dehors, on la- main-
tiendrait en clouant, sur la face intérieure, une traverse
dépassant à droite et à gauche et s'appuyant contre ses
montants, et en creusant par deArant un fossé dont on rejet-
terait les terres contre sa face extérieure.
Les fenêtres du rez-de-chaussée sont fermées au moyen
des volets, qu'on double de planches, comme les portes, et

Fig. 53. — Organisationdéfensivedes abords d'une porte.

dans lesquels on perce des créneaux. Si le plancher du rez-


de-chaussée est à une faible hauteur au-dessus du sol exté-
rieur, ces créneaux sont pratiqués dans la'partie supérieure
des volets, de manière que l'ennemi ne puisse pas les em-
boucher ; on y accède alors en montant sur des meubles.
Ces barricades n'étant pas à l'épreuve de la fusillade, on
deA'ra, pour mettre le défenseur à l'abri des balles, les dou-
bler, jusqu'à hauteur des créneaux, de récipients (sacs,
caisses, tonneaux, meubles, etc.) remplis de terre ou, mieux,
de sable ou de pierres cassées.
Les soupiraux sont bouchés avec des sacs à terre, des
DÉFENSIVEDES ACCIDENTSDU TERRAIN IOI
ORGANISATION
bûches de bois, ou par la terre du fossé qu'on a creusé au-
tour de la maison.
Les fenêtres du premier étage n'ont pas besoin d'être
solidement barricadées comme celles du rez-de-chaussée.
On en ferme les volets pour cacher le défenseur aux vues -
de l'ennemi, et on crée en arrière une masse couvrante
pour les tireurs, comme on l'a fait pour les fenêtres du rez-
de-chaussée.
On peut aussi tirer à genou par des créneaux ménagés
dans les volets à hauteur de l'appui.
Les matelas dont l'emploi était autrefois recommandé
pour obstruer les ouvertures sont
un abri insuffisant contre les balles
des fusils actuels.
Lorsque les matériaux manquent
pour créer aux tireurs placés aux
ouvertures une protection efficace,
ou bien lorsqu'on veut augmenter
le nombre de tireurs, on perce des
créneaux dans les murs.
Les balcons peuvent servir uti-
lement pour battre directement le
pied des murailles, mais le dis-
positif qu'on préconisait autrefois Fig. 54- — Aménagementd'un
les renforcer et balcon pour les tireurs.
pour que repré-
sente la figure 54 n'a de valeur
que si le blindage en bois peut être doublé par une plaque
de tôle assez épaisse.
Le toit de la maison, s'il n'est en chaume (auquel cas on
doit l'enlever entièrement ou, mieux encore, ne pas occuper
la maison), est au besoin percé d'ouvertures à travers les-
quelles on puisse faire feu. Il suffit pour cela de déplacer
quelques tuiles de la couverture.

A l'intérieur de la maison : on barricade les portes que


l'on veut condamner, en amoncelant des meubles en arrière.
102 Ire PARTIE • FORTIFICATIONPASSAGERE
Près de celles par lesquelles le défenseur doit battre en re-
traite, on accumule les matériaux nécessaires pour les bar-
ricader rapidement. Les murs de refend ayant vue sur ces
dernières et, plus généralement, sur les portes conservées,
sont percés de créneaux assez élevés pour que l'ennemi ne
puisse pas les emboucher.
On perce en outre des créneaux dans le plancher du pre-
mier étage, de manière à pouvoir donner des feux verticaux
sur ces passages et en avant d'eux.
On pratique de larges ouvertures dans les planchers du
rez-de-chaussée, sur le chemin que doit suivre l'assaillant
lorsqu'il est parvenu à s'introduire dans la maison, et dans
ceux du premier étage, pour pouvoir y pénétrer en éva-
cuant les pièces du rez-de-chaussée. On détruit les esca-
liers, que l'on remplace par des échelles ; les bois pro-
venant de leur démolition sont utilisés pour la défense
intérieure.

Enfin, il faut avoir le soin : d'éloigner de la maison tous


les objets combustibles ; de préparer des provisions d'eau
et de fumier pour étouffer les commencements d'incendie ;
de multiplier sur les abords, et surtout en avant des sail-
lants, les défenses accessoires (fils de fer, etc.).
La ligne de retraite est prise du côté le moins exposé aux
attaques de l'ennemi ; on se ménage à cet effet une porte
(ou une fenêtre) communiquant avec la dernière chambre
où le défenseur pourra résister, et l'on prépare à l'avance,
comme il AÙent d'être dit, tout ce qu'il faut pour la barri-
cader rapidement.

Exemple de maison mise en état de défense. <— La


figure 55 (page i o3) représente une maison mise en état de
défense d'après ces principes.
L'ennemi, entré dans le vestibule A, se trouve arrêté par
une barricade R placée vers le milieu, et interdisant l'accès
dans la partie postérieure de la maison.
DEFENSIVEDES ACCIDENTSDU TERRAIN Iû3
ORGANISATION
Dès qu'il a pu forcer les portes i et 2, il pénètre dans les
B et D. Les défenseurs de la pièce B se retirent en C
pièces
et font feu par les créneaux percés dans le mur de sépara-
tion de ces deux pièces ; ils gagnent ensuite la pièce placée
au-dessus de C par la trappe O, ménagée dans le plancher
du premier étage, et retirent l'échelle qui a servi à assurer

Fig. 55. —•Organisationdéfensived'une maison.

leur retraite. Les défenseurs de la pièce D passent de même


au premier étage par la trappe M.
Si l'ennemi parvient à les suivre et les chasse des pièces
du premier étage, ils redescendent dans les pièces G et E
par les trappes S et T. Ils y rejoignent les défenseurs de
ces deux pièces. Lorsqu'une plus longue résistance devient
impossible, tous gagnent ensemble la seconde partie du
vestibule H, où se trouvait la cage de l'escalier démoli, et
s'échappent par la ligne de retraite K.
Des réseaux de fils de fer placés en F et en V arrêtent
Iû4 Ire PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
l'ennemi un certain temps sous le feu du défenseur avant
qu'il puisse faire sauter la porte d'entrée P.
Cette organisation suppose que le côté de la maison où
se trouve située la porte K est battu par des troupes en
arrière qui protégeront la retraite et assurent le flanque-
ment des abords de la maison.

Il est impossible d'indiquer d'une manière quelque peu


précise le temps nécessaire à la mise en état de défense
d'une maison, en raison des dispositions essentiellement
variables que nécessite une pareille opération. D'une ma-
nière générale, il faudra y consacrer une ou deux journées
de travail, si l'on dispose des outils nécessaires. C'est assez
dire qu'une organisation de cette nature est réservée à la
fortification de position.

Organisation défensive d'une ferme

Une ferme est généralement composée d'une maison


d'habitation, d'une grange, de cours entourées de murs, et
de clos, vergers ou jardins, formant un ensemble suscep-
tible d'une bonne défense. Les clôtures des cours, jardins
et vergers servent à former la première ligne ; on les org'ar
nise, à cet effet, comme cela a été indiqué en détail précé-
demment, et l'on couA're en outre, par de petits ouvrages et
par des défenses accessoires, les portes qui y sont prati-
quées. On fait de même pour tous les points qui peuvent
servir à flanquer utilement l'ensemble de la position.
Lorsque les défenseurs seront forcés d'abandonner cette
première ligne, ils viendront se réfugier dans les bâtiments
qu'ils auront éA'ité avec soin d'occuper tant que l'artillerie
ennemie les prendra pour objectifs; on doit protéger leur
retraite en faisant défiler l'ennemi qui les poursuit, sous le
feu des murs crénelés de la maison.
Les bâtiments ne sont pas tous également propres à être
DÉFENSFVEDES ACCIDENTSDU TERRAIN Io5
ORGANISATION
défendus; les hangars et les granges sont parfois ouverts
sur tout un côté, ils n'offrent dans ce cas guère plus de res-
sources qu'un mur isolé. '
On peut, lorsqu'ils sont fermés, barricader les portes;
en y amoncelant de la terre, et les disposer intérieure-
ment de manière que l'ennemi, pénétrant dans la cour de
la ferme, soit exposé à des feux partant de plusieurs côtés
à la fois.
On met la maison d'habitation en état de défense, en se
conformant aux principes indiqués plus haut; on la relie
aux autres constructions, si cela est nécessaire, et on dis-
pose, sur le côté le moins exposé, une porte de sortie, que
l'on couvre par un petit ouvrage, redan ou lunette, permet-
tant au défenseur de la conserArer jusqu'à la fin.

— La
Exemple d'organisation défensive d'une ferme.
figure 56 (page 106) fournit un exemple d'organisation dé-
fensive de cette espèce. La ferme comprend : un bâtiment
d'habitation A, des étables B, une écurie C, une grange
fermée E et une autre grange D ouverte sur la cour inté-
rieure de la ferme. Un clos entouré de murs F est contigu
au bâtiment D, et un verger ou jardin G, entouré d'une
haie, complète la ferme, qui est placée à l'embranchement
de deux routes. On suppose que l'ennemi s'avance par ces
deux routes et que son attaque se déAreloppe sur le terrain
compris dans l'angle formé par leurs directions.
On organise, comme première ligne, le mur du clos F et
les haies qui font face à l'assaillant; on barricade la porte C
et on la protège par des abatis. Au saillant dirigé vers l'en-
nemi on place un petit tambour en terre H.
Sur la route de gauche, la position est fermée par le mur
du clos F et le bâtiment E; mais, comme les défenseurs du
mur seront pris à dos par l'ennemi, il conviendra de placer
en cet endroit un très petit nombre d'hommes, que l'on
couvrira en perçant les créneaux très bas, de manière que
le mur d défile en partie les tireurs. La défense de la route
106 Ire PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
de gauche sera surtout assurée par aine barricade T que
l'on appuiera au bâtiment A.
Les défenseurs de cette première ligne se retireront par
les portes d et g et par l'ouverture y pratiquée dans la haie.

Fig. 56. — Organisationdéfensived'une ferme.

Cette ouverture est couverte par la tranchée-abri m prolon-


geant sur la route le côté droit de la haie la plus aArancée.
La seconde ligne est formée par la haie bordant la route
de droite et par les bâtiments C et D; la porte e, pratiquée
dans le mur de ce dernier, sera barricadée aussitôt que les
derniers défenseurs l'auront franchie. La porte d'entrée
ORGANISATION DÉFENSIVEDES ACCIDENTSDU TERRAIN IO7

principale a sera également barricadée, et l'on réunira les


bâtiments E et A par une ligne de palanques; de cette façon,
si l'ennemi pénètre dans la cour intérieure, il est en prise
à des feux partant de tous les côtés. Les bâtiments C, B, A
et E sont organisés comme il a été dit plus haut, et le dé-
fenseur a, pour se retirer au dernier moment, la porte b pra-
tiquée dans l'étable-jS et couverte par un redan L en avant
duquel est établi un fort réseau de fils de fer..
La route en arrière, qui sert de ligne de retraite, est cou-
verte par les ouvrages T et L qui assurent au défenseur
toute sécurité.

Organisation défensive d'un village

Les A'illages qui se présentent le mieux pour le défenseur


sont ceux dont les maisons sont groupées autour d'un
centre, du réparties à courts intervalles le long d'une route
parallèle à la ligne de défense. Ceux qui, au contraire, ont
leur longue dimension dirigée dans le sens de la marche
des attaques, n'ont à opposer à l'ennemi qu'un front étroit,
sont pris d'enfilade et deviennent plus difficiles à organiser
défensivement.
On peut cependant les utiliser et en tirer bon parti,
comme les Allemands l'ont fait en 1870 pour le village du
Bourget, à la condition d'y créer une série de lignes de dé-
fenses successives.
On n'installe jamais l'artillerie dans l'intérieur d'un All-
iage, sa place est en arrière et sur les flancs. Mais on peut,
tirer très bon parti des mitrailleuses pour la défense des
rues en ligne droite. La valeur de ces engins est considéra-
blement accrue si on peut les faire tirer derrière un mur, au
travers d'un créneau, pièce et servants étant alors abrités.
On constitue une série de lignes de défense ayant pour
but d'épuiser successivement les efforts de l'adversaire.
La première est établie en avant des maisons, sur la ligne
Iû8 Ire PARTIE -—• FORTIFICATIONPASSAGÈRE
des clôtures qui les entourent et d'où l'on a généralement
des Arues étendues sur les abords de la position. Au besoin,
on complète cette ligne par des ouvrages en terre (tranchée-
abri), afin d'occuper les points du terrain qui donnent les
vues les plus efficaces et qui permettent de mieux flanquer
les autres portions de la ligne. Il faut éAriter de rechercher
une ligne de défense rectiligne et ménager, au contraire, des
parties saillantes et rentrantes.
Les clôtures dont la direction est voisine de la perpendi-
culaire au front ne peuvent être utilisées; elles seraient
prises d'enfitade et n'auraient, en général, que des vues
très limitées. On se contente alors d'y pratiquer de distance
en distance des brèches permettant au défenseur de par-
courir les différentes parties de sa ligne; mais on se garde
de les abattre entièrement, car lorsque l'ennemi aura percé
la première ligne, ses attaques seront divisées par la pré-
sence de ces clôtures longitudinales, et ses efforts, étant
moins unis, auront moins de chances de succès.
La première ligne ainsi formée à l'extérieur est la princi-
pale; c'est elle que le défenseur doit organiser le plus soli-
dement. Il y a plusieurs raisons à cela. D'abord, cette ligne
n'offre, qu'un but très restreint à l'artillerie ennemie, et il
sera par suite relativement facile aux défenseurs de s'y
maintenir. En outre, elle a des Arues plus étendues que
toutes les autres. Une autre cause, d'ordre moral, contribue
à lui donner la plus grande importance : c'est que, pour
obtenir des hommes une défense opiniâtre, il faut les con-
vaincre que la ligne qu'ils défendent est la principale, sans
quoi ils sont tentés d'aller se réfugier sur la ligne en arrière,
y arrivent découragés par leur premier insuccès, tandis que
l'ennemi est enhardi par sa marche en avant.
On peut utiliser comme seconde ligne de défense les mai-
sons formant la lisière extérieure du côté de l'ennemi. Mais
il y a lieu de tenir compte ici des observations qui ont été
faites précédemment au sujet des effets du tir de l'artillerie
sur les maisons. On se gardera donc de faire occuper ces
DEFENSIVEDES ACCIDENTSDU TERRAIN 109
ORGANISATION
constructions tandis qu'elles sont exposées au feu de l'artil-
lerie. Mais on se rappellera que des troupes de réserve
peuvent être tenues à l'abri dans l'intérieur d'un village et
venir occuper la seconde ligne de défense au moment du
besoin.
Pour le même motif, on pourra prolonger la résistance
dans le village même en organisant des lignes de défense
successives, voire même un réduit. Mais il ne faut pas se dis-
simuler que ces organisations sont longues à établir. Elles
seront donc rarement employées dans la fortification de
champ de bataille et relèvent plutôt de la fortification dé
position.
La défense à l'intérieur du village doit, comme dans un
bois, être subdivisée en secteurs. Ici, plus encore que dans
les bois, la défense est essentiellement morcelée. Il est donc
indispensable que chaque commandant de fraction consti-
tuée ait à défendre un terrain bien défini, dont il connaît
les communications, les points forts et faibles, et organisé
par lui s'il est possible.
Une des parties les plus importantes de la mise en état
de défense d'un village est le barricadement des routes.
Pour construire une barricade, on amoncelle des matériaux
de toute nature (terre, pavés, voitures, meubles, etc.) en
travers de la route, en ayant soin de les enchevêtrer et sur-
tout de disposer une banquette pour les tireurs. Les barri-
cades (fîff- 5f) sont fréquemment divisées en deux parties
se recouvrant l'une l'autre et laissant entre elles un passage
pour permettre les mouvements offensifs ; il convient, dans
tous les cas, de les appuyer à des bâtiments mis en état de
défense et disposés de manière à défendre leurs abords et
à empêcher qu'elles ne soient tournées.
A l'intérieur du village, on organisera le mieux possible
certaines maisons (ou certains groupes de maisons), en
choisissant de préférence les plus solides et surtout celles
qui, par leur emplacement, ont des vues sur plusieurs direc-
tions : les maisons d'angle, celles des carrefours et des
jIO i" PARTIE PASSAGÈRE
FORTIFICATION

places publiques. On les isolera au besoin des bâtiments


voisins non défendus, pour dégager leur champ de tir et
empêcher l'ennemi d'y mettre le feu. Il ne faut pas oublier
cependant que la destruction d'un bâtiment est une opéra-
tion toujours longue à exécuter, et que les décombres, qui
en proviennent donnent un couvert à l'assaillant ; aussi
scra-t-il souvent plus commode de les désorganiser, pour

Fiç|.07. — Barricade.

empêcher l'ennemi de s'en servir, en enlevant les portes et


fenêtres et en pratiquant de larges ouvertures du côté du
défenseur.
L'ensemble des maisons défendues à l'intérieur pourra
être disposé de manière à former une seconde ligne de dé-
fense organisée par secteurs comme la première.
Enfin, il restera à organiser un réduit. Dans un village,
en effet, les lignes de retraite sont toujours en nombre très
restreint; il faudra donc que l'ennemi, poursuivant le délen-
DEFENSIVEDES ACCIDENTSDU TERRAIN I I I
ORGANISATION

seur, utilise des points de passage obligés, et on pourra l'y


arrêter par un réduit. Celui-ci, pour remplir son office, doit
être un bâtiment solide, isolé autant que possible des cons-
tructions voisines, ayant un bon champ de tir et placé sur
les lignes de retraite, de manière à en interdire l'accès. On
devra bien se garder cependant de le faire traverser par les
lignes de retraite, ce qui aurait pour conséquence d'y en-
traîner l'ennemi à la suite des défenseurs.
Les conditions qui viennent d'être indiquées sont assez
généralement remplies par l'église, l'école, la mairie, une
maison importante sur la place principale. On organise
complètement, comme on l'a indiqué plus haut,..celle qui
convient le mieux.
Ge réduit reçoit une garnison spéciale qui n'entre en jeu
qu'au dernier moment, alors qu'elle possède encore tout le
sang-froid nécessaire pour contenir un ennemi victorieux.
En arrière du village, au débouché des lignes de retraite
et à une certaine distance, une maison isolée, un ouvrage,
seront du plus grand secours pour contenir l'ennemi et
l'empêcher de s'établir trop facilement sur la position qu'il
aura conquise. Il faudra surtout que l'artillerie amie ait pris
position en arrière de façon à tenir le village sous son feu,
à bonne portée.
On a fait remarquer plus haut que les réserves peuvent,
trouver place à l'intérieur.d'un village grâce à l'abri qu'elles
reçoivent des constructions. Il est intéressant de se rendre
compte de la profondeur des zones abritées que l'on peut
ainsi occuper.
Tant que le canon de campagne est seul à craindre, ces
zones sont profondes, car les balles les plus dangereuses
tombent sous l'inclinaison de i/3. Mais, si les obusiers de
campagne ou de siège entrent en jeu, leurs éclats tombant
à 2/1, la profondeur des zones défilées diminue beaucoup
et les réserves doivent être collées, pour ainsi dire, aux
maisons qui les couvrent.
C'est là une des raisons principales qui militent en faveur
112 lre PARTIE FORTIFICATION
PASSAGERE
de l'emploi de l'artillerie lourde d'armée dans l'attaque des
villages. Mais un pareil tir est aveugle, consomme beau-
coup de munitions, et les pièces en question, en raison du
poids considérable des projectiles, sont approvisionnées à'
un petit nombre de coups.
« Rêver la destruction de Woerth ou de Saint-Privat
« serait absurde ; avec l'approvisionnement en obus brisants
« d'une armée entière, on n'y arriverait peut-être pas ('). »
Le meilleur moyen de chasser les défenseurs d'un village
serait l'incendie, mais les projectiles actuellement en usage
mettraient difficilement le feu aux habitations. L'obus à mé-
linite n'a aucun pouvoir incendiaire et l'artillerie doit faire
usage dans ce but de projectiles spéciaux, ce qui est tou-
jours une difficulté dans la constitution des approvisionne-
ments.
Les villages présentent, pour la défense, des points d'ap-
pui très solides et ont joué de la sorte, dans maintes batailles
célèbres, un rôle des plus importants. L'histoire des guerres
montre, jusqu'à l'évidence, que l'on ne doit pas les consi-
dérer comme perdus, lorsque l'ennemi s'est emparé des
clôtures extérieures et même des premières maisons, et
qu'un défenseur' opiniâtre, ainsi forcé dans sa première
ligne, peut encore tenir tête très longtemps à son adver-
saire.
Néanmoins, certains auteurs et notamment le général
Brialmonl conseillent de ne pas pousser trop loin la dé-
fense intérieure, en raison des difficultés qu'elle présente et
des occasions nombreuses qui sont offertes à l'assaillant de
tourner son adversaire et de le faire prisonnier. On ne sau-
rait ici partager cette opinion.
En réalité, toute troupe chargée de défendre une posi-
tion doit accomplir jusqu'à l'entier épuisement de ses
forces la mission qui lui est confiée. Or, tant que la lutte
se passe à l'intérieur d'un lieu habité, elle garde de part et

•(') GeneralLANGI.OIS,
Questionsde défensenationale.
DÉFENSIVEDES ACCIDENTSDU TERRAIN Il3
ORGANISATION
d'autre un tel caractère d'imprévu et de difficulté que les
deux adversaires peuvent à tout instant espérer fixer la
victoire. C'est ainsi que l'histoire de toutes les guerres
abonde en exemples de villages maintes fois pris et repris ;
chacun se souvient à ce propos des noms d'Essling et d'As-
pern. Mais si la situation de deux adversaires combattant
dans une localité reste à peu près égale, elle devient très
différente quand l'un d'eux en est entièrement chassé, l'autre
acquérant dès ce moment une incontestable supériorité.
Il faut remarquer également qu'une défense de village
est toujours appuyée par des troupes, placées à l'extérieur.
Ce sont ces troupes qui, agissant sur les flancs de l'ennemi
engagé dans le village, pourront le contraindre à la retraite.
Il est évident que leur coopération ne saurait se produire
utilement à partir du moment où la localité sera aban-
donnée par le défenseur.
Il est donc permis de poser eii principe qu'une bonne
troupe exécutera toujours la défense opiniâtre d'un village
et n'en abandonnera chaque partie qu'après une lutte pied
à pied. L'organisation défensive doit par suite faciliter à la
garnison l'accomplissement de sa mission en préparant à
l'intérieur d'un village des lignes successives de résistance
et un réduit.
On croit devoir répéter ici une fois de plus que l'organi-
sation complète, telle qu'on vient de la décrire, exige un
temps très long et que la plupart du temps, sur le champ
de bataille, on se bornera à l'organisation des lisières et
clôtures extérieures, à des barricades rapides et au choix
d'un réduit sommairement préparé.
A défaut d'exemple historique réalisant les conditions
générales exposées ci-dessus, on se contentera ici d'une
étude théorique :

d'un village mis en étal de défense. — Le


Exemple village
représenté sur la figure 58 {page n4) offre la disposition
générale d'un groupe de maisons massées, au point de con-
MAKUELDUFOIVIIFICATION 8
Ïl4 Ir° PARTIE— FORTIFICATIONPASSAGÈRE
cours de plusieurs routes, avec des clôtures à ^extérieur.
Pour former la première ligne, ces clôtures sont organisées

3
4>
'ûî
.3
-a .

* m
2,
u-
O
'I

défensivement suivant abcdef. Eh fg> pour établir la con-


tinuité, on utilise une route, en créant une levée de terre
ORGANISATION
DÉFENSIVEDES ACCIDENTSDU TERRAIN Il5

qui réunit les deux murs /et g. La ligne de défense se ter-


mine sur la droite au cimetière k. A gauche, elle est pro-
longée par une tranchée-abri renforcée ou non. La maison
isolée m qui se trouve sur cette première ligne n'est pas
occupée, parce qu'elle est trop en prise à l'artillerie enne-
mie; mais, pour empêcher qu'elle ne puisse être retournée
contre le défenseur, on la met hors d'état de servir à l'as-
saillant en pratiquant de larges baies dans ses murs, du
côté du village. Des passages sont pratiqués dans les diffé-
rentes clôtures en prise aux feux d'enfilade, pour assurer
les communications.
Là seconde ligne est formée par les maisons bordant, du
côté de l'ennemi, la route qui traverse le milieu du village.
Elle se retourne A'ers la gauche de manière à s'opposer aux
mouvements tournants. La maison/),, isolée sur la gauche,
ayant de bonnes vues de ce côté, est organisée défensive-
ment, ainsi que les maisons des carrefours et l'église placée
au centre du A'illage. Le réduit se trouve à la croisée des
chemins qui serviront à la retraite : c'est un bâtiment en-
touré d'un clos et suffisamment séparé des constructions
voisines pour empêcher qu'il ne soit tourné. Il est soutenu
à droite par une tranchée-abri renforcée, et à gauche, par
l'organisation défensive, sur une certaine étendue, de l'une
des routes choisies comme lignes de retraite. .
La coopération de l'artillerie à la défense du village est
marquée par l'indication schématique de deux batteries eh
arrière et de chaque côté.
L'ensemble de la position est partagé en quatre secteurs
limités aux routes transversales et pouvant être défendus
par une compagnie.

Le village choisi dans l'exemple théorique ci-dessus


offre une disposition favorable à la défense. Comme exemple
de mise en état de défense de localités se présentant d'une
manière défectueuse pour le défenseur, on peut citer l'orga-
nisation du village du Bourget par les Allemands en 1870
II6 Irc PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE

{Voir, la fig. 5g hors texte,, page 116 bis). Leur première


ligne était formée par les. maisons les plus avancées et s'ap-
puyait au chemin de fer. La seconde, distante de 3oo mètres
environ de celle-ci, 'suivait le tracé du chemin de Drancy à
La Courneuve et se retournait le long des murs d'un parc
qui borde la route pour.se terminer au cimetière. Entre ces
deux lignes, les constructions avaient été rasées et, derrière
la seconde, on avait tendu une inondation en retenant les
eaux de la Molette par un barrage. Enfin, une troisième
ligne était formée par le gros des maisons et un long retran-
chement appuyé de deux batteries placées derrière l'inon-
dation de la Molette. D'autres batteries se trouvaient en
arrière, à droite et à gauche.
Le Bourget, perdu après l'affaire malheureuse du 3o oc-
tobre, fut attaqué par nos troupes le 21 décembre avec
beaucoup d'énergie; malgré les efforts déployés et tout l'in-
térêt qu'il y avait à reprendre ce village pour compenser
l'effet produit par le précédent échec; on ne put arriver à
percer les lignes organisées par l'ennemi.

59. du
défensive A
les du
Échelle
llemands.(fôèôô)-
Fig. Organisation Bourget
par
1

o
CD
tu

o
o;
CHAPITRE VII

ORGANISATION DU CHAMP DE BATAILLE

Ayant examiné, dans les chapitres précédents, les retran-


chements du champ de bataille et l'organisation défensive
des accidents du terrain qui constituent les éléments essen-
tiels de toute fortification, il reste à voir maintenant com-
ment on utilise les uns et les autres.
Il'est nécessaire pour cela de rappeler quelquesprincip.es
posés par le Règlement'sur lés manoeuvres de l'infanterie, du
3 décembre i go4 :
Toute troupe chargée d'une mission offensive ou défensive
se répartit en trois groupes:
La troupe engagée qui, par son feu et son mouvement,^
fixe l'ennemi et s'efforce de gagner du terrain en avant! ou
de conserver celui qu'elle occupe. Elle ne peut agir que droit
devant elle et ne possède plus sa liberté de manoeuvre ;
La troupe de manoeuvre qui, profitant des abris du terrain
et de la protection qu'elle reçoit de la troupe engagée, se
tient à proximité de celle-ci, prête à appuyer son action
pour attaquer, contre-attaquer ou faire un retour offensif;
La réserve, enfin, plus en arrière, à l'abri des émotions
de la lutte, achève le combat, complète le succès ou limite
l'insuccès.

a Les points d'appui (lieux habités, bois, défilés, points


saillants du terrain, etc.) et la fortification du champ de ba-
taille jouent un rôle considérable dans le combat. Dans
l'offensive comme dans la défensive, ils donnent un surcroît
IIO lve PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
de forces 'en permettant d'économiser les troupes, d'arrêter
l'adversaire avec moins de monde, d'assurer la conservation
du terrain conquis, de préparer la manoeuvre. »
Il résulte de là que les points d'appui doivent offrir: Aux
troupes engagées, la possibilité : i° de faire usage de leur feu
en donnant à ce dernier son maximum de puissance, 2° de
se porter en avant;
Aux troupes de manoeuvre et aux réserves, des abris à
proximité des premières et des cheminements défilés leur
permettant d'intervenir efficacement dans la lutte.
Un champ de bataille organisé n'est, en résumé, qu'une
ligne discontinue formée de points d'appui dont chacun
réalise les conditions indiquées ci-dessus et disposés de ma-
nière à battre complètement les intervalles qui les séparent
les uns des autres.
.L'occupation de ces points d'appui est d'ailleurs conforme
au principe de l'économie des forces ; ils permettent de
n'immobiliser que peu de inonde en laissant disponible pour
la manoeuvre décisive la majeure partie des troupes.
Les villages et les bois, dont on a étudié l'organisation
défensive au chapitre précédent, sont bien effectivement des
points d'appui ; ils accroissent la puissance du feu des
troupes engagées, abritent les troupes de manoeuvre et fa-
cilitent leurs mouvements, ils multiplient le degré de résis-
tance des troupes immobilisées dans la défense.
A défaut de ces points d'appui naturels, la fortification
donne le moyen d'en organiser en utilisant les propriétés
du terrain et les développant par des travaux convenable-
ment appropriés. On crée ainsi des points d'appui artificiels.
D'ailleurs, là où l'un des partis est contraint de rester
sur la défensive momentanée, il doit opposer à l'adversaire
une série de lignes successives, dont chacune soit capable
d'être défendue isolément et disposer ces lignes de manière
qu'elles se prêtent un mutuel appui, c'est-à-dire que chaque
ligne puisse battre celle qui la précède, lorsque celle-ci est
tombée au pouvoir de l'ennemi.
. ORGANISATION
DU CHAMPDE BATAILLE I IQ
Il faut se garder, cependant, d'abuser des lignes succes-
sives; on arriverait de la sorte à multiplier outre mesure les
travaux à exécuter, à immobiliser trop de monde pour les
occuper, à diminuer la confiance que chacune d'elles doit
inspirer aux troupes qui l'occupent.
On se rappellera que la fortification a surtout pour but de
suppléer à l'insuffisance numérique du défenseur, c'est-à-
dire de lui permettre d'occuper un point avec des forces
moindres qu'il ne lui en faudrait sans elle, et non pas d'im-
mobiliser des troupes sur le terrain. C'est en tombant dans
ce défaut qu'on est arrivé parfois à discréditer la fortifica-:
lion. Aujourd'hui surtout, où la fortification de champ de
bataille est devenue d'un emploi si général, où elle forme
une nouvelle arme entre les mains des troupes, il faut se
préoccuper du but qu'on poursuit, des moyens et du temps
dont on dispose,.et construire les ouvrages en conséquence.
Veut-on se défendre à outrance contre un adversaire plus
nombreux et conserver à tout prix le terrain qu'on oc-
cupe? On multipliera les ouvrages. S'agit-il, au contraire,
de prendre l'offensive? La fortification ne doit plus être alors
qu'un bouclier, permettant à celui qui s'en sert de parer les
coups de son ennemi et de profiter de la supériorité des
armes portatives actuelles quand elles sont maniées par un
tireur abrité ; les ouvrages qu'on construit dans ce cas
sont disposés de manière à ne gêner en aucune façon les
mouvements en avant.

Principes d'organisation des points d'appui

« La mise en état de défense méthodique d'un point d'ap-


pui comprend l'organisation de la lisière extérieure et des
issues et celles des lignes de résistance successives.
« Le choix de la première ligne est le plus souvent subor-
donné aux vues qu'elle donne sur le terrain des attaques.
La lisière même se prêtant tout particulièrement au réglage
120 I" PARTIE -FORTIFICATIONPASSAGÈRE
du tir de l'artillerie, il y a intérêt à ne pas y installer la dé-
fense au début de l'action. Dans les localités, les troupes
s'établissent en avant. -
généralement
« Les saillants, les ailes et tous les points faibles sont
renforcés par des tranchées ; les issues sont barricadées ; un
réduit est organisé s'il y a lieu ; des communications défilées
sont créées entrëtles différentes lignes pour faciliter les
mouvements des renforts.
: « Si le temps le permet, on exécute des travaux sur les
positions extérieures d'où il est possible de battre efficace-
ment les ailes du point d'appui et les issues, de manière à
empêcher l'ennemi d'en déboucher et à préparer ainsi la
reprise de l'offensive. » (Règlement sur les manoeuvres d'in-
fanterie, art. 274.)
On ne saurait faire un .meilleur exposé de l'organisation
des points d'appui que celui du règlement. On y trouve l'in-
dication de toutes les conditions que ceux-ci doivent rem-
plir. En le rapprochant de l'étude faite au chapitre précé-
dent de l'organisation des bois,, villages et autres points
d'appui: naturels on y trouvera la justification des disposi-
tions qui ont été indiquées. •••,'-.•
Le paragraphe suivant (275) du même règlement trace la
règle à suivre lorsque le temps fait défaut pour procéder à
une organisation complète des points d'appui.
« Dans les péripéties d'un combat, les troupes d'infanterie
ont fréquemment à occuper ou à défendre des points d'ap-
pui, sans avoir le temps de procéder à leur mise en état de
défense méthodique. Dans ce cas, elles se bornent à garnir
la lisière extérieure et à barricader les issues; les renforts
s'établissent en arrière, ils reconnaissent et créent au besoin
les communications qui leur permettront de se porter en
avant, et organisent, pendant le combat même si la chose est
possible, des lignes de défense intérieures. »

Du réduit. — Le réduit d'un point d'appui est une sorte


de petite citadelle, qui, lorsque l'ennemi a réussi à forcer
ORGANISATION
DU CHAMPDE BATAILLE 121
une ou plusieurs lignes de résistance, permet aux troupes
de la défense de ne pas lâcher pied, favorise leur retraite, et
donne quelquefois aux troupes de manoeuvre le temps de
tenter un retour offensif.
Le réduit doit donc tenir sous son feu les voies de retraite
de la défense; mais on doit éviter qu'elles ne le traversent;
car, en se retirant, les défenseurs du point d'appui entraîne-
raient avec eux les défenseurs du réduit et y amèneraient l'en-
nemi. De là résulte la nécessité de placer dans le réduit une
garnison spéciale à laquelle on doit faire connaître; que son
rôle commence quand,les,troupes en avant se retirent. Le
mouvement de repli de ces troupes n'est pas alors une sur-
prise pour la garnison du réduit. C?est au contraire l'ennemi
qui se trouvé surpris par la résistance d'une troupe fraîche
au moment où tout semblait plier devant lui.

Distance entre deux points d'appui. — La dis-


tance entre deux points d'appui est'déterminée par la né-
cessité de flanquer convenablement leur intervalle.
Tout le terrain compris entre eux doit être vu et battu par
le fusil de l'un au moins des deux.
Il est très désirable que leurs feux se reeroisent au milieu
de l'intervalle et il serait encore plus avantageux que les
, feux de flanc de chacun d'eux permissent de battre le terrain
en avant de l'autre.
Si cette condition était réalisée, l'ennemi attaquant un
point d'appui se trouverait exposé au feu direct partant de
ce dernier ainsi qu'aux feux de flanc, non moins efficaces,
provenant des points d'appui voisins.
En admettant que l'efficacité du- tir du fusil s'étende à
iooo mètres, si la distance entre deux points d'appui n'ex-
cède pas ce chiffre, la condition ci-dessus sera réalisée.
En portant cette distance à 2 000 mètres et supposé qu'au-
cun obstacle ou pli de terrain n'arrête la vue et les balles,
on battrait encore l'intervalle. Mais, dans la pratique, la
disposition du terrain s'opposera de plus souvent à un tel
122 I'"- PARTIE FORTIFICATIONPASSAGERE
accroissement d'autant mieux que si la puissance du fusil
est efficace à i ooo mètres, il est malaisé de surveiller avec
attention à cette distance; on a donc tout intérêt à la ré-
duire et à prendre 5oo mètres comme intervalle entre les
'
points d'appui.

Organisation d'un point d'appui artificiel

On a vu qu'un point d'appui doit procurer :


•i° Aux tireurs, un abri actif, leur permettant de faire
usage de leur feu ;
2° Aux renforts et aux troupes de manoeuvre, des couverts
et des débouchés pour la manoeuvre et la reprise de l'offen-
sive.
Comment réaliser les uns et les autres ?
Pour les tireurs, il est créé des tranchées de fortifica-
tion de campagne légère ou renforcée. Elles peuvent être
construites par petits éléments, pour une section, générale-
ment reclilign es ou épousant la forme du terrain; elles
peuvent aussi affecter la forme d'ouvrages (lunette, demi-
redoute, etc.) pour une compagnie. Tous ces éléments
doivent être disposés de manière à se soutenir mutuelle-
ment et à former ainsi un tout susceptible d'une bonne
défense. Les tranchées peuvent être améliorées par des
abris légers ou des traverses, comme il a été dit au cha-
pitre VI.
Pour les renforts, si le terrain n'offre pas d'abris naturels,
il est créé des tranchées-refuges (chapitre VI) ou même de
simples tranchées-abris améliorées par un ciel léger contre
les shrapnels. Elles sont placées, soit dans le prolonge-
ment des tranchées actives, soit en arrière. La dislance des
renforls à la ligne de feu ne doit guère excéder ioo mètres.
La raison en est que, lorsque l'infanterie ennemie arrivera
à 200 ou 3oo mètres de nos tranchées, l'artillerie .enne-
mie allongera son tir; si les renforts ne sont pas à plus de
ORGANISATION
DU CHAMPDE BATAILLE 123
ioo mètres, ils pourront parvenir sur la ligne avant l'en-
nemi, tout en n'ayant que peu à souffrir du feu de l'ar-
tillerie.
Les règlements antérieurs à l'Instruction de 1906 sur les
travaux de campagne donnaient des indications sur un type
d'ouvrage simple susceptible d'être défendu par une compa-
gnie et sur le groupement de plusieurs d'entre eux pour un
de '
ouvrage bataillon.
Toutes ces indications ont disparu aujourd'hui et il semble
que le règlement ait donné sa consécration à l'opinion émise
dans un fort intéressant Essai sur l'emploi tactique de la
fortification de campagne, dû à la plume autorisée de
M. le lieutenant-colùnel de Mondésir, professeur à l'École
de guerre, et ainsi formulée :
« Pour la ligne principale de feux, le meilleur fraction-
nement est la section. La section est commandée par un
officier. Le front de la tranchée pour elle ne dépasse pas
4o mètres ...
« Il faut aujourd'hui renoncer définitivement, dans la
fortification de champ de bataille, à l'idée de faire des
ouvrages fermés ou demi-fermés (redoute, lunette, etc.).
« Avec la justesse de tir actuelle et sa rapidité, la concen-
tration des feux sur un ouvrage sera excessivement dan-
gereuse...
« L'ouvrage permet l'investissement. Toutes les fois qu'une
unité s'est trouvée investie sur le champ de bataille au
moment de l'attaque décisive, elle a été prise ou anéantie. »
En spécifiant que cette exclusion des ouvrages ne con-
cerne que la fortification du champ de bataille, il semble
qu'on ait quelque peu affaibli la valeur des arguments
contenus dans les deux derniers alinéas.
Si un ouvrage est vulnérable, de par sa forme, il l'est en
toutes circonstances et si sa garnison est destinée à l'inves-
tissement elle le sera quels que soient le profil de l'ouvrage
et son organisation intérieure.
N'est-il pas permis de penser qu'en préconisant les ouvra-
124 Ire PARTIE — FORTIFICATIONPASSAGÈRE

g es très simples, réduits à une tranchée pour une sec-


tion, on a voulu surtout réagir contre F abus des ouvrages
compliqués et difficilement réalisables qui devenaient en
quelque sorte un épouvantair pour les: troupes appelées à
les construire. Mais, par contre, en réduisant à une septioii
au maximum la garnison d'une tranchée, on morcelle le com-
mandement, on atténue son action. Dans la défensive surtout^
il se présente telle circonstance où l'occupation d'un point
important doit être confiée à une unité tactique, compagnie
ou bataillon, qui puise dans la solidité de ses cadres l'éner-
gie nécessaire à l'accomplissement de sa mission.
La nécessité du groupement des fractions retranchées est
d'ailleurs reconnue par l'auteur de l'excellent travail cité
plus haut qui recommande d'obtenir « le soutien récipro-
que » de ces fractions par le tracé des retranchements, afin
que'l'unité'à laquelle elles appartiennent retrouve sa cohé-
sion.
En résumé, on ne croit pas devoir.interpréter ici la sup-
pression de tout type d'ouvrage de compagnie ou de batail-
lon dans le règlement comme l'interdiction de réunir les
fractions de ces unités pouf la défense d'un même ouvrage
ou d'un groupe d'ouvrages.
Il semble logique, dans ces conditions, de chercher une
solution au problème de l'organisation d'un point d'appui
artificiel par une ou plusieurs compagnies. Il est d'ailleurs
évident qu'un retranchement rectiligne ou épousant simple-
ment les formes du terrain serait insuffisant et qu'il convient
de recourir aux ouvrages simples.
Si on suppose une compagnie chargée d'occuper un point
d'appui on peut admettre qu'elle aura deux sections en pre-
mière ligne et deux autres servant, à la fois, de renfort et de
troupe de manoeuvre.
Les premières seront installées dans une tranchée dont lé
profil dépendra du temps dont on dispose et dont le déve-
loppement total atteindra une centaine de mètres environ.
On sera naturellement amené à rabattre, en arrière du front,
DU CHAMPDE BATAILLE
ORGANISATION 125
les extrémités de cette tranchée qui devient ainsi lunette ou
demi-redoute selon les formes du terrain. Les deux autres
sections trouveront abri dans des tranchées établies de part
.et d'autre en échelons débordants en arrière, disposition qui
appuie singulièrement la défense de l'ouvrage principal.

TRANCHÉES
POURUNECOMPAGNIE.

Si, au lieu d'une compagnie, on en suppose deux, chacune


d'elles ayant la moitié de son effectif en première ligne, une
section en renfort, une autre en réserve, formant troupe de
manoeuvre, on sera amené à conjuguer les tracés des deux
ouvrages de première ligne pour obtenir un appui récipro-
126 Irc PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
que, à placer chaque renfort en échelon débordant en arrière
de chaque aile et la réserve dans une tranchée-refuge en
arrière.
"Les croquis de la figure 60 montrent d'après ces prin-.
eipes le schéma de dispositions dont le terrain indiquera
lui-même le détail. Il est clair notamment que l'emplace-
ment des tranchées destinées aux échelons de manoeuvre
sera souvent déterminé par les couverts existants que les
troupes peuvent utiliser pour se porter en avant.

Emplacements de l'artillerie

Au cours de l'étude des organisations défensives faite au


chapitre précédent on a indiqué à diverses reprises que l'ar-
tillerie appuyait efficacement les troupes chargées de la dé-
fense en occupant des emplacements en arrière et sur les
flancs des points d'appui. L'obligation où se trouvent les
batteries de se défiler aux vues de l'ennemi sous peine d'être
rapidement annihilées, interdit, d'une part, de leur assigner
une position fixe. Leur mobilité et la grande portée de leurs
pièces permettent, d'autre part, de leur laisser plus d'indé-
pendance dans le choix de l'emplacement à occuper, dans
les limites où elles peuvent concourir au but assigné par le
commandement.
On croira cependant utile d'appeler l'attention sur l'effica-
cité des batteries dites « encaponnière », c'est-à-dire instal-
lées en arrière d'un point d'appui, masquées par lui aux vues
de l'adversaire et dirigeant leur tir de manière à flanquer
le point d'appui voisin. Lorsqu'en particulier ce tir enfile
un cheminement dont l'ennemi pourrait profiter, ainsi que
l'indique la figure 61, l'action des batteries est extrêmement
puissante.
La disposition reproduite ici montre que dans l'orga-
nisation d'un champ de bataille, les points d'appui dits
naturels, c'est-à-dire préexistants, tels que bois, fermes,
DU CHAMPDE BATAILLE
ORGANISATION 127
villages et ceux créés de toute pièce sont conjointement
employés. Les premiers exigeant moins de travaux pour
leur organisation complète, sont nécessairement préférés

Fig.'6i. — Organisationd'unesérie de points d'appui.


A, village; 13,pointd'appuiartificiel;C, bois; D, batterie capbnnièrc;
15,portionde route organisée.

aux seconds et ceci explique l'importance des localités sur


le champ de bataille.

Choix des positions

Dans tout ce qui précède, on a fait complètement abstrac-


tion des accidents du terrain ; il convient d'examiner main-
tenant comment on doit tenir compte des formes réelles du
sol pour arriver, suivant la pittoresque expression de Vau-.
ban, à « marier la fortification au terrain ».

Tout point d'appui doit avoir devant lui un bon champ


de tir, c'est-à-dire une zone de terrain bien découverte,
ayant une profondeur au moins égale à la bonne portée du
128 Ire PARTIE FORTIFICATION
PASSAGÈRE
fusil : on utilise ainsi toute la puissance de ce dernier dans
la défensive ; on facilite la reprise de l'offensive.
II est avantageux, en outre, de réaliser les conditions sui-
vantes :
Echapper aux vues et par suite aux coups de l'artillerie
éloignée ;
Battre, au contraire, les abords par sa propre artillerie ;
Disposer, en arrière du point d'appui, d'un terrain défilé
pour opérer les mouvements des réserves à l'abri des vues
de l'ennemi;
Placer l'assaillant sur un terrain d'un parcours difficile.
Ces conditions théoriques sont rarement réalisées toutes
à la fois et, le plus souvent, le choix des points d'appui est
déterminé par la situation tactique ou par l'existence des
bois et localités, qui, on l'a vu précédemment, sont des
points d'appui tout désignés.
On s'efforce cependant de s'en rapprocher dans la plus
large mesure possible dans l'organisation d'un point d'appui
artificiel. L'utilisation judicieuse des formes du terrain per-
met d'y contribuer beaucoup.
Pour s'en rendre compte on va prendre le cas d'une suc-
cession de plateaux et de vallées parallèles entre eux et per-
pendiculaires à la direction de marche des deux adversai-
res. Un plateau présente un profil schématique analogue à
celui qu'indique la figure 62 ; CTest la crête topographique,
la ligne des points culminants; CM la crête militaire, c'est-
à-dire la ligne à partir de laquelle on bat la pente forte MP
dite quelquefois versant plongeant; P est le pied de cette
pente et T le thalweg.
D'instinct.on cherche à occuper le haut du terrain, on se
sent toujours plus fort lorsqu'on domine son adversaire.
En se plaçant sur la crête militaire CM on voit bien tout
le terrain devant soi mais on ne le bat réellement (au moins
par des feux directs) que si sa pente n'excède pas le quart;
de plus l'ennemi n'arrive sur vous qu'à bout de souffle. Il
faut se défier cependant des pentes très raides et les sur-
DU CHAMPDE BATAILLE
ORGANISATION 120.
veiller de flanc, car une bonne infanterie ne connaît pas de
pentes infranchissables. Nous en avons donné nous-mêmes
la preuve à la bataille de l'Aima, dans laquelle nos troupes
ont enlevé des positions qui pouvaient sembler inattaqua-
bles, malgré les pentes raides qui les bordaient, et peut-être
même à cause de ces pentes et de l'angle mort qui en ré-
sulte. En revanche, le terrain en arrière de la position occu-
pée, le versant TM, dit rasant, est battu par l'ennemi si ce
dernier occupe lui-même une crête dans les limites de portée
de son artillerie. II faut alors que, sur le versant rasant, le
défenseur trouve des couverts naturels, bois, haies, plis de

Fig. 62. — Coupeschématiqued'un plateau.

terrain, capables de masquer ses monvemenls. II va de soi


que l'inconvénient cju'on vient de signaler disparaît s?il
n'existe aucune crête à bonne portée.
Sur la crête topographique et plus encore sur la ligne A,
de changement de pente, on a l'avantage d'occuper une
posi-
tion défilée aux vues de l'ennemi, où qu'il se place, mais on
perd le bénéfice du champ de tir bien battu, puisque le ver-
sant plongeant et une notable partie de la vallée sont en
angle mort. Ce dernier inconvénient ne disparaîtrait que si
la largeur du plateau avait au moins la portée du fusil, et
encore faudrait-il battre les pentes du versant,
plongeant
par .des positions de flanc, sous peine de laisser à l'ennemi
tout le loisir de procéder à la marche d'approche.
Un procédé avantageux pour battre ces pentes et gêner
l'adversaire, lorsque la position principale est sur la crête
MANUEL DEFORTIFICATION Cl
l3û Ire PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE

topographique ou sur la contre-pente, consiste à occuper la


crête militaire par une avant-ligne ou des avant-postes de
combat.
En s'établissant au pied des pentes P, on perd la supério-
rité du commandement et on a derrière soi un terrain vu
par l'ennemi, à moins que des couverts naturels ne le lui
dérobent. Mais lorsque ceux-ci existent et que la vallée a
une largeur assez grande, on est placé dans la meilleure
situation pour la battre de feux rasants. Les points d'appui
ainsi placés conviennent bien à une avant-ligne ou à des
avant-postes de combat, à condition cependant que des
cheminements défilés les relient à la position principale.
Telles sont les propriétés essentielles inhérentes aux for-
mes du terrain ; comme une position comporte toujours
une série d'échelons en profondeur, on trouvera le plus sou-
vent à utiliser pour ceux-ci les lignes successives qui se pré-
senteront.
Dans le tracé de ces lignes on se souviendra d'ailleurs de
ce principe général que tout saillant doit être établi sur une
portion élevée du terrain, et tout rentrant, dans une partie
basse.
La raison d'être de ce principe est fort simple : le saillant
étant un point faible par lui-même, parce qu'il peut être en-
veloppé, doit être placé sur une partie élevée du sol qui
augmente sa valeur défensive et lui donne des vues étendues ;
le rentrant, au contraire, étant bien défendu par les feux qui
se croisent en avant, a sa place marquée dans les parties
basses. On reviendra sur ce principe à propos du défile-
ment (Chap. XVI, page a//5).
Ces principes généraux étant posés, on va en faire l'appli-
cation à quelques cas particuliers et en tirer la conclusion
applicable à l'ensemble du champ de bataille.

Cours d'eau. Tête de pont. — Un cours d'eau est un


obstacle derrière lequel une armée peut s'abriter et dont la
défense est relativement facile. On occupe les points culmi-
DU CHAMPDE BATAILLE
ORGANISATION l3l
liants de la rive amie, ceux qui commandent la rive oppo-
sée ; ces positions forment, pour ainsi dire, les saillants de
la ligne de défense.
Dans une semblable ligne, les ponts ont, évidemment,
une importance considérable et doivent être défendus avec
un soin tout particulier. C'est pourquoi on les couvre habi-
tuellement en avant par des ouvrages spéciaux qui portent
le nom de têtes de pont (fîg. 63).

Fig. 63. — Tête"depont.

Les coudes étaient les points que l'on choisissait de pré-


férence autrefois pour l'établissement des ponts. Les rivières
y sont ordinairement moins larges que dans les parties
droites, et la rive concave, enveloppant et dominant près- .
que toujours la rive convexe, offre d'excellentes positions
pour l'artillerie, dont les feux se croisent alors sur cette
dernière, et flanquent efficacement la tête de pont qui y est
établie. L'augmentation de portée et les propriétés actuelles
de l'artillerie ont fait disparaître cet avantage qu'atténuent
quelques inconvénients techniques, et il n'y a plus d'avan-
tage tactique à choisir un coude pour point de passage.
(Ecole de ponts, 1907.)
Les têtes de pont se composent en général d'une ligne
d'ouvrages (retranchements ou localités mises en état de dé-
l32 Ire PARTIE-.— FORTIFICATIONPASSAGÈRE

fense) situés assez loin en avant du pont pour le garantir


des coups de l'artillerie ennemie (soit aujourd'hui 3 à 5 ki-
lomètres) et appuyés par les feux partant de la crête des
hauteurs de la rive amie. Les ouvrages sont placés de ma-
nière à se prêter un mutuel appui (soit 5oo à 800 mètres de
distance entre deux ouvrages voisins) et soutenus en arrière
par des batteries placées dans les intervalles et par l'artil-
lerie établie sur l'autre rive.
Cette première ligne permettra au possesseur des ponts
de laisser à soii armée le temps de battre en retraite, ou de
se déployer pour un mouvement en avant, suivant le sens
de la marche: Si cette ligne est perdue, le défenseur se reti-
rera en occupant, s'il le peut, des points intermédiaires entre
les premiers om'rages et les ponts en arrière. Quelques au-
teurs conseillent d'établir en ces points une ligne continue,
comme l'avait fait le général Chasseloup dans les têtes de
pont qu'il proposait au commencement du dernier siècle,
alors que les armes à feu n'avaient pas la portée actuelle.
L'inconvénient d'une pareille ligne est de gêner notablement
les communications, et comme l'intérieur de la position est
bien battu par les batteries de la rive amie, il ne semble pas
indispensable de l'établir.
Le réduit de la position est formé par une série de petits
ouvrages placés en avant de chacun des ponts de manière à
en couvrir le débouché. Ces petits ouvrages, en forme de
flèches ou de lunettes, doivent présenter des passages suf-
fisants pour ne pas retarder la marche du défenseur.
Dans cette organisation, les lignes de retraite passent par
le réduit, ce qui a été signalé à plusieurs reprises, dans ce
qui précède, comme une défectuosité ; mais cette disposition
est ici inévitable. Pour en atténuer les inconvénients, on
fermera la gorge de cet ouvrage par une ligne de palanques
limitant le passage et isolant les défenseurs de la troupe qui
bat en retraite. Ces petits ouvrages, qui constituent actuel-
lement les réduits, formaient seuls autrefois la tête de pont ;
ils peuvent être encore d'un certain secours aujourd'hui
DU CHAMPDE BATAILLE
ORGANISATION l33

pour servir de poste de combat à la troupe chargée de la


garde d'un pont en pays ennemi, cette troupe n'ayant en
général à redouter que des partisans sans artillerie.

Défilé. — Un défilé peut être défendu de trois manières,


« en avant, en arrière, ou à l'intérieur ».

En avant, la défense est en général peu favorable ; on est


adossé à un obstacle et, si l'on éprouve dans le combat un
échec sérieux, l'armée engagée dans le défilé peut voir sa
retraite compromise. Il y a cependant des cas où cette dispo-
sition est imposée ; on peut citer, comme exemple, celui où
l'on veut conserver le défilé à tout prix pour une retraite ou
une marche offensive. La défense du défilé offre dans ce cas
les plus grandes analogies avec celle d'un pont ; aussi les
dispositions à prendre sont-elles identiques à celles qui
viennent d'être indiquées pour les têtes de pont. On cons-
titue à 3 ooo ou 5 ooo mètres en avant une série d'ouvrages
entourant le débouché et le garantissant des coups de l'ar-
tillerie. Pour qu'elles puissent facilement battre en retraite
au moment opportun, les bouches à feu de la défense sont
établies sur des points peu éloignés de l'entrée du défilé et
assez dominants pour leur permettre, malgré cette position
un peu retirée,' d'agir efficacement en avant, en utilisant les
longues portées qu'elles possèdent aujourd'hui.

En arrière, la disposition est meilleure, l'ennemi ne pou-


vant déboucher que sur un front très étroit et ayant derrière
lui un long boyau resserré, à l'intérieur duquel ses commu-
nications sont difficiles. Les ouvrages à construire devront
être moins nombreux, plus rapprochés du débouché (4oo à
5oo mètres environ) de manière à le bien battre. Les batte-
ries sont placées de manière à enfiler la route et à prendre
d'écharpe l'ennemi qui se présente. Il faut de plus surveiller
les abords du défilé pour empêcher que l'ennemi ne puisse
tourner la position. Toutes les routes et sentiers dont il
ï34 I" PARTIE — FORTIFICATIONPASSAGÈRE

pourrait profiter pour cela doivent être reconnus avec soin


et coupés au besoin, comme le défilé lui-même.

A l'intérieur, la défense n'est possible que dans un défilé


de montagne réellement bordé de part et d'autre de hau-
teurs d'un accès difficile et qui empêchent de tourner la route
principale, tout en permettant au défenseur de s'établir sur
un certain front. On choisit, à cet effet, les parties les plus
larges du défilé pour y développer le plus de troupes pos-
sible et reproduire à plus petite échelle les dispositions
qu'on prendrait pour défendre le défilé en arrière. Dans une
pareille défense, il importe, plus encore que précédemment,
de couper les routes en avant et de surveiller les abords et
les sentiers de la montagne. II ne faut pas oublier que, dans
certains pays, les hommes habitués aux passages qui parais-
sent impraticables à première vue peuvent utiliser ces sen-
tiers et tourner les défenses. Pendant l'insurrection carliste,
une troupe nombreuse d'insurgés a pu échapper à la pour-
suite de l'armée espagnole en pénétrant en France, avec
armes et bagages, par le cirque de Gavarnie, le long d'es-
carpements dont les touristes entreprennent rarement l'es-
calade.

Champs de bataille. — Les principes successivement,


exposés dans tout ce qui précède reçoivent leur application
dans l'organisation des champs de bataille.
Une semblable organisation présente en effet une série de
positions se rattachant plus ou moins complètement à l'un
des types principaux précédemment étudiés, mais dont la
disposition générale doit, répondre avant tout au but pour-
suivi par le commandement.
C'est à dessein qu'on énonce tout d'abord ce principe,
car en matière d'organisation défensive il doit primer tous
les autres. If importe en effet de ne pas oublier que si la for-
tification est susceptible de donner aux troupes un appoint
d'une haute valeur, c'est à la condition essentielle qu'elle
DU CHAMPDE BATAILLE.
ORGANISATION l35
soit employée conformément aux vues d'ensemble qui pré-
sident à la direction du combat.
« Il ne faut jamais combattre sans un but; il ne faut ja-
mais combattre sans un plan », a dit le maréchal Bugeaud ;
et toutes les dispositions ordonnées, qu'elles se rapportent
aux mouvements des troupes ou aux travaux de fortification,
doivent être en harmonie avec le plan qu'on a formé.

Bien que, d'une manière absolue, l'offensive soit la seule


règle de conduite capable de mener au succès, il n'en est
pas moins vrai que la défensive, au moins momentanée, peut
s'imposer à chacun des adversaires suivant la situation dans
laquelle il se trouve.
Le défenseur possède en effet une véritable force de résis-
tance qu'il puise dans sa connaissance du terrain, dans le
parti qu'il peut tirer de ses armes et dans la protection que
lui offre la fortification.
Le combat défensif convient donc à celui des deux partis
qui, pour une raison quelconque, ne cherche qu'à main-
tenir sa position actuelle, tout au moins pendant un certain
• • -
temps.
C'est le cas, par exemple, de Pavant-garde d'un corps
prenant l'offensive, lorsqu'elle se heurte à des forces supé-
rieures, dont elle ne peut triompher, et qu'elle attend le
secours du gros de la colonne.
C'est encore la situation des troupes qui', sur un vaste
champ de bataille, occupent les parties dont on veut simple-
ment s'assurer la possession. Pour être en mesure de concen-
trer toutes ses forces sur le point décisif, on ne fait occuper
les autres, dont il est question en ce moment, que par un
effectif restreint.
Il peut arriver enfin qu'une armée tout entière, se trouvant
inférieure à son ennemi, se maintienne sur la défensive dans
l'espoir d'user les forces de ce dernier contre des obstacles
et de l'accabler ensuite sous le choc d'une troupe fraîche
tenue en.réserve.
l36 Ire PARTIE — FORTIFICATIONPASSAGÈRE
Ces divers exemples montrent que la défensive devient
dans certains cas l'auxiliaire naturel d'un assaillant; ils ex-
pliquent et justifient son emploi partiel ou momentané.
Ils font ressortir également que le front total d'un champ
de bataille ne saurait être uniformément occupé.
Certaines parties, dans lesquelles on se propose de
produire l'effort principal, constituent le champ offensif;
d'autres, au contraire, destinées seulement à assurer la
possession du terrain qu'on occupe, forment le champ
dèfensif.
On examinera rapidement quel secours la fortification
peut apporter dans l'une et l'autre de ces parties.
Dans le champ offensif, les travaux à exécuter peuvent se
rattacher à deux ordres d'idées principaux : il est bon, pre-
mièrement, qu'une troupe, dans l'offensive, se mette en
garde contre un insuccès possible, et qu'elle prenne ses dis-
positions pour en réduire les conséquences ; elle y arrivera
sûrement en faisant organiser en arrière d'elle quelques
points principaux formant comme le squelette d'une position
de défense, lui permettant, en cas d'échec, d'effectuer sa
retraite dans des conditions — Seconde-
plus favorables.
ment, il faut, après un succès, et lorsqu'on a emporté une
position, se prémunir contre un retour offensif de l'ennemi
et pour cela s'organiser sur le terrain conquis. Le règlement
en fait d'ailleurs une obligation. Dans ces deux cas où la
fortification est appelée à jouer un rôle, il est évident qu'elle
ne recevra pas un grand développement et que les travaux
à exécuter seront essentiellement rapides et légers, cette
double condition étant imposée par le manque de temps et
parfois d'outils.
Dans le champ dèfensif la fortification joue au contraire
un rôle prépondérant. Elle doit offrir une série de résistances
successives capables d'user les efforts de l'adversaire : elle
comprendra donc plusieurs lignes.
La ligne principale sera formée d'une série de points d'ap-
pui, ouvrages ou localités organisés défensivcment, disposés
DU CHAMPDE BATAILLE
ORGANISATION 187
de manière à se prêter un mutuel soutien et à battre com-
plètement de leurs feux les intervalles qui les séparent. Cette
disposition permettra aux troupes de manoeuvre de prendre,
en temps opportun, l'offensive qui reste toujours le moyen
le plus efficace d'obtenir le succès.
Si une pareille ligne ne comportait qu'une seule série
d'ouvrages, elle tomberait tout entière dès qu'elle serait
percée en un point. Aussi convient-il de la dédoubler en
organisant deux lignes placées l'une derrière l'autre et dis-
posées de telle sorte que les points fortifiés de la seconde
correspondent aux intervalles de la première. Pour pouvoir
se prêter réciproquement un appui efficace et ne pas tomber
simultanément, il convient que ces deux séries ou lignes
d'ouvrages soient distantes l'une de l'autre de 5oo à 800 mè-
tres. On emploiera exclusivement, pour la première, des
ouvrages organisés de telle sorte qu'ils ne puissent être
retournés contre la seconde.
En arrière de cet ensemble qui constitue la ligne princi-
pale, il faut organiser quelques points d'appui ou positions
de retraite destinés à assurer au défenseur, eii cas d'échec,
la possession certaine de ses lignes de retraite. Ces positions
recevront le maximum de développement compatible avec
les ressources dont on dispose en hommes, en outils et en
temps ; elles seront placées de manière à commander entiè-
rement les routes de retraite.
L'organisation de la route principale pourra comprendre
en outre quelques postes avancés; ce seront des points ayant
une situation topographique avantageuse pour la défense ou
situés de manière à commander les débouchés de l'ennemi.
Ils seront fortement organisés et défendus, ainsi que le
prescrit le règlement ; mais, comme ils sont destinés à
tomber les premiers, il faut qu'ils ne puissent être utilisés
par l'ennemi contre la position principale ; leur gorge devra
donc être bien battue par cette dernière.
Dans toute organisation défensive, il est essentiel de ne
pas perdre de vue que le moyen d'action le plus efficace
l38 lre PARTIE — FORTIFICATIONPASSAGÈRE

pour tenir l'ennemi à distance est l'emploi du feu de l'artil-


lerie. On recherchera donc avec soin les emplacements de
batterie les plus favorables et on les aménagera pour faci-
liter le service et l'action des pièces.
On se rappellera d'ailleurs que le défenseur, étant subor-
donné à son adversaire, est par cela même incertain sur la
direction dans laquelle se produira l'action de ce dernier, et
par conséquent on devra prévoir et préparer des emplace-
ments de batterie pour commander ces diverses directions,
ce qui entraînera quelquefois à en élever en plus grande
quantité qu'on n'en pourrait garnir à la fois avec les pièces
dont on dispose.
Pour terminer cet exposé succinct, il convient d'observer
qu'une position, quelle qu'elle soit, comporte toujours un
réseau d'avant-postes- Ceux-ci donnent au défenseur le
moyen de se renseigner sur la force de l'ennemi et la direc-
tion par laquelle il se présente, et dé gagner le temps néces-
saire pour prendre les dispositions de combat. Les avant-
postes auront fréquemment recours à de légers travaux de
fortification pour assurer leur position. L'ensemble de ces
travaux reçoit assez généralement le nom d'avant-ligne, bien
que par leur nature même ils ne forment pas une ligne'de
résistance, dans la véritable acception de ce mot.
M. le colonel Delambre, dans son remarquable ouvrage :
La Fortification dans ses rapports avec la tactique et la
stratégie, a résumé comme il suit les conditions générales
auxquelles doit, satisfaire toute organisation défensive :
i° Permettre au défenseur d'utiliser la puissance de son
•feu, au moins dans la limite de son action la plus efficace ;
20 Assurer la sécurité du défenseur ;
3° Préparer la supériorité d'action du défenseur, sur le
point attaqué, par la convergence possible de ses efforts et
de ses feux sur ce point ;
4° Permettre de contester à l'ennemi les progrès qu'il a
faits et ne pas lui fournir, en cas de retraite partielle, des
avantages décisifs ou des points d'appui sérieux ;
ORGANISATION
DU CHAMPDE BATAILLE l3o,
5° Etre disposée de manière à ne pas entraver l'offen-
sive.
L'étude attentive de ces cinq principes en fera reconnaître
toute la justesse et la haute valeur. Ils résument en effet
toute la tactique du défenseur; leur application aux travaux
d'organisation destinés à seconder ce dernier est évidem-
ment le moyen le plus efficace d'assurer le lien indispensable
entre la tactique et la fortificatioiij celle-ci ne devant jamais
être qu'un auxiliaire de celle-là.
CHAPITRE VIII

PRINCIPES CONCERNANT L'EXÉCUTION

DES TRAVAUX

En dehors des considérations théoriques générales qu'on


a examinées dans l'étude de l'organisation défensive des
champs de bataille, il en est d'autres, d'un ordre plus pra-
tique, qui ont une assez grande importance dans la réalité.
Elles se rapportent à l'exécution même des travaux.

Trois éléments entrent en jeu dans une semblable opéra-


lion :
Les hommes, les outils, le temps.

JJhomme qui a marché dans la journée, qui peut être ap-


pelé à combattre le lendemain, ne saurait produire, sans
danger pour le succès final, un effort capable de l'épuiser;
il faut savoir ne lui demander qu'un travail en rapport avec
ses forces.
Dans les conditions ordinaires de la guerre, il ne semble
guère possible de dépasser une durée de quatre à six heures
de travail dans une journée.

Les outils à la disposition immédiate des troupes sont, en


majorité, du modèle portatif, peu solides et d'un faible ren-
dement. Par suite, dans une organisation de quelque impor-
tance, il est nécessaire de faire appel aux ressources du pare
du génie et il faut tenir compte du temps indispensable
pour amener à pied d'oeuvre les voitures qui le composent.
PRINCIPESCONCERNANT
L'EXÉCUTIONDES TRAVAUX l4l
Pour un corps d'armée marchant en une seule colonne,
par exemple, le parc du génie est à six heures et demie de
marche environ de Pavant-garde, si on l'a laissé à sa place
normale au train de combat. Lorsqu'on est en station^
comme le parc est, avec raison, relégué sur les derrières, il
faut souvent un temps assez considérable pour l'amener au
point où il doit être employé.

Le temps enfin est un facteur d'une importance capitale


en pareille matière ; il serait superflu de le démontrer.

Ceci posé, il convient de voir de quelle manière peuvent


être employés les éléments dont on dispose.
On peut, à ce propos, formuler les quelques principes qui
suivent :
a) Au sujet de l'ordre d'urgence des travaux.
« Dans l'organisation d'un champ de bataille dèfensif, il
y a lieu, sur chacun des points qui doivent être mis en état
de défense, d'effectuer les travaux dans l'ordre d'urgence ci-
après : .'-'.
« i° Travaux ayant pour but de faciliter l'action du feu,
dégagement, du champ de tir, repérage des distances (tra-
vaux difficiles à exécuter en présence de l'ennemi);
« 2° Création de couverts contre les feux et, les vues;
« 3° Travaux de communication ;
« 4° Travaux complémentaires concernant la création des
obstacles à opposer à la marche de l'ennemi, l'interdiction
de certains points de passage, la construction de défenses
accessoires. » (Instruction du 24 octobre 1906, § 11.)
b) Au sujet de l'emploi des hommes et des outils.
i°Les groupes de travailleurs doivent correspondre aux
unités de commandement, de manière à ne jamais soustraire
les hommes à leurs chefs naturels;
20 II ne faut jamais prendre la totalité des hommes d'une
compagnie pour un travail de quelque durée, mais toujours
laisser au moins 1/10 de l'effectif destiné aux diverses
l4'2 I1C PARTIE — FORTIFICATIONPASSAGÈRE
corvées (préparation des aliments, transmission des or-
dres, etc.);
3° Chaque groupe de travailleurs doit recevoir une tâche
nettement délimitée de l'exécution de laquelle il est respon-
sable;
4° Dans les circonstances où les outils portatifs sont utili-
sés, il ne faut jamais séparer l'homme de son outil; on le lui
fait ainsi apprécier comme une propriété personnelle et on
développe chez lui l'habileté manuelle qui assure un meilleur
rendement; ,
5° De même, les outils des voitures de compagnie, le lot
d'outils suplémentaires de chaque régiment doivent .être
laissés autant que possible aux unités auxquelles ils appar-
tiennent.
Mais c'est là un principe moins absolu que le précédent,
surtout dans l'intérieur d'un même bataillon.
Si, par exemple, une compagnie d'un bataillon est char-
gée de travaux de destruction, tandis qUe les trois autres
font des terrassements, il est naturel de mettre à la dispo-
sition de la première compagnie, en outre de ses propres
outils, les outils de destruction des voitures des trois autres
compagnies, tandis qu'elle pourra prêter à une unité voisine
les outils de terrassiers de sa voiture de compagnie.
« Les troupes du génie disposent de la totalité de leurs
outils portatifs et des outils de leur train de combat. Ces
derniers outils ne sont pas en principe destinés à compléter
l'outillage de l'infanterie ; il est essentiel en effet que, dès
l'achèvement de sa tâche propre, une troupe du génie puisse
être envoyée avec son matériel sur un autre point où sa pré-
sence est jugée nécessaire. » (École de fortification de cam-
pagne.)
Ce principe a été posé tout récemment par l'Ecole de
fortification de campagne.
Auparavant, la compagnie du génie possédait, tant sur
les hommes que dans ses voitures de sapeurs-mineurs, un
nombre d'outils supérieur à ses besoins, et il était admis
PRINCIPESCONCERNANT DES TRAVAUX l'4'3
INEXECUTION

qu'elle pouvait mettre à la disposition des unités d'infan-


terie les outils qu'elle n'utilisait pas.
Une modification récente au chargement des voitures, de
sapeurs-mineurs les a allégées en réduisant le nombre d'ou-
tils qu'elles portent, en.soiie que, maintenant, la compagnie
du génie ne possède que les outils nécessaires pour outiller
tous ses hommes soit en outils de terrassier, soit en outils
de destruction.
Le nouveau principe posé par l'Ecole de fortification de
campagne est le corollaire de cette modification (').
Quoi qu'il en soit, aux termes dé l'instruction en question,
si l'infanterie doit recevoir un complément d'outils, il sera
mis à sa disposition par le parc du génie de corps d'armée;
6° L'outil portatif est l'outil habituel du fantassin, loin du
feu comme sous le feu;
Il serait illogique d'imposer à l'homme de porter ce far-
deau pendant de nombreuses marches pour ne l'utiliser
qu'en de rares circonstances, telles que l'organisation rapide,
sous le feu de l'ennemi, d'un point qu'on vient de con-
quérir.
L'opinion contraire trouve cependant crédit auprès de
quelques personnes dont la haute compétence est reconnue
de tous ; elle se fonde prine-ipale-ment sur le peu de résis-
tance des outils portatifs, qui les expose à être rapidement
détériorés lorsqu'on veut les employer fréquemment, et sur
la difficulté de remplacer ces engins lorsqu'ils sont mis hors
de service. Tout en reconnaissant la valeur de ces raisons,
il semble qu'on y peut aisément répondre comme il suit : Les
outils, comme tout le matériel au service des armées, sont
faits pour être mis en oeuvre ; ils seront d'autant moins aisé-
ment détériorés que les hommes auront davantage l'habitude

(l) On fera observer cependant que le nombre total d'outils dont dispose
une compagniedu génie(terrassementet destruction)est sensiblementle double
de son effectif.Elle n'en utilisera donc jamais qu'une moitiéà la fois. Serait-il
logiquede laisser l'autre moitié sans emploi alors qu'elle pourrait rendre des
servicesailleurs?
l44 IrC PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
de s'en servir ; il serait puéril de les ménager au point de ne
les.utiliser que très rarement ; enfin, leur remplacement, bien
que difficile, n'est pas absolument impossible, puisque les
parcs du génie de corps d'armée et d'armée en contiennent
un certain nombre de rechange.
La question est d'ailleurs résolue aujourd'hui, puisque
l'instruction du 24 octobre 1906 prévoit la construction de
tranchées pour tireurs assis et à genou, à l'aide des outils
portatifs ; seule la tranchée pour tireurs debout s'exécute
avec des outils de parc ;
70 « Les diverses unités d'infanterie construisent elles-
mêmes les retranchements à faible profil (fortification de
campagne légère) qu'elles sont chargées de défendre et or-
ganisent les couverts et obstacles qu'elles sont appelées à
occuper. Les troupes du génie qui leur sont adjointes
exécutent, en principe, les retranchements à fort profil
(fortification de campagne renforcée), construisent des abris,
établissent les défenses accessoires, organisent les réduits,
créent des points de passage à travers les obstacles, amélio-
rent les communications, procèdent aux destructions impor-
tantes et, en général, à tous les travaux qui exigent des
connaissances techniques spéciales. » (24 octobre 1906.
. N° 22.)
Le génie est en proportion si faible dans les armées que
ce serait mal l'utiliser que de lui confier des travaux que
l'infanterie peut exécuter elle-même. On trouvera toujours
à le mieux employer.

Pour l'emploi des compagnies du génie, trois cas sont à


considérer :
i° L'unité est isolément chargée d'un travail tel que l'or-
ganisation d'un point d'appui sur la ligne de retraite, la
création de chemin de colonne, etc.
Aucune observation à faire.
20 Elle est adjointe à une nnité d'infanterie plus'forte
qu'elle.
L'EXÉCUTIONDES TRAVAUX 145
PRINCIPESCONCERNANT
Dans ce cas, l'unité du génie est l'auxiliaire de l'infan-
terie..
S'agit-il, par exemple, d'un bataillon chargé de l'organi-
sation défensive d'une localité auquel on adjoint une com-
pagnie du génie ? Celle-ci doit se considérer comme la
5e compagnie du bataillon d'infanterie,
Le chef de bataillon donne les ordres nécessaires ; il est
seul responsable du choix des emplacements à occuper et
de la répartition des défenseurs (p.l\ octobre igo6.. N° 23)..
Il arrête les travaux à exécuter. La détermination de ces-
travaux est faite au .cours, de la reconnaissance qu'il effec-
tue accompagné des représentants des unités qui doivent y
participer et du commandant de la compagnie du génie. .
Le chef de bataillon fait la répartition en confiant au génie
les travaux qui conviennent à son outillage et à ses aptitudes
techniques.
3° La compagnie du génie est chargée d'un travail spécial
pour lequel son effectif est insuffisant, étant donné le temps
dont on dispose.
Des unités d'infanterie peuvent alors être mises à la dis-
position des troupes du génie.
S'agit-il, par exemple, pour une compagnie du génie;
d'organiser un point d'appui solide sur une ligne de retraite ?
Une compagnie d'infanterie peut lui être adjointe pour
l'aider.
Dans ce cas, cette compagnie d'infanterie est l'auxiliaire
du génie.
, L'officier du génie qui dirige le chantier attribue en prin-
cipe à la compagnie d'infanterie ou à ses sous-unités des
tâches bien déterminées et distinctes de celles données aux
fractions du génie.
Les travailleurs d'infanterie opèrent sous la direction im-
médiate de leurs chefs qui reçoivent des officiers du génie les
indications techniques se rapportant au travail : composition
des ateliers, dimensions de l'ouvrage, progression à observer
pendant l'avancement du travail, etc.
MANUELDEFORTIFICATION 10
146 Ire PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
On a admis dans ce qui précède que les deux pelotons ou
même les quatre sections de la compagnie du génie pour-
raient être séparés afin d'être mis à la disposition d'unités
d'infanterie différentes.
La division en deux pelotons est commode, parce que
chacun d'eux peut recevoir une des deux voitures de sa-
peurs-mineurs, dont le chargement en outils est à peu près
identique.
La division en sections oblige au partage des outils de ces
voitures; c'est une comrylication et une perte de temps.
D'ailleurs le capitaine parviendrait difficilement à faire
vivre une unité ainsi disloquée.
Il vaut donc mieux éviter le fractionnement en sections.

Utilisation des outils du parc du génie


de corps d'armée

Quand il est nécessaire, l'approvisionnement de l'infan-


terie en outils est augmenté momentanément à l'aide des
« prolonges d'outils de pionniers ».
Le parc du génie de corps d'armée possède neuf « pro-
longes à couvercle d'outils de pionniers » portant chacune,
en chiffres ronds, 3oo outils de terrassiers et ioo de des-
truction.
Le commandant du corps d'armée envoie au parc du
génie les ordres nécessaires pour l'affectation de ces outils.
A défaut d'ordres, le commandant du parc met les pro-
longes d'outils à la disposition des généraux de division
qui les demandent, dans la limite de trois prolonges par
division (').
L'intervention des outils du parc du génie est moins in-
dispensable depuis que la compagnie d'infanterie possède
181 outils portatifs. Elle a cependant l'avantage, quand elle

(') Service du génie en campagne.


PRINCIPESCONCERNANT INEXECUTION DES TRAVAUX l47
est possible, de doter les troupes d'outils plus solides et
d'un meilleur rendement.
La prolonge(4oo outils) semble convenir à un bataillon,
qui se trouve ainsi pourvu d'outils de parc à raison d'un
pour deux hommes.
Le bataillon n'eût-il pas d'autres outils, cette propor-
tion serait suffisante pour -un travail de quelque durée.
En effet, pour des travailleurs aussi peu entraînés que les
soldats d'infanterie, les pauses de travail doivent être sépa-
rées par des pauses de repos d'égale durée. Il est par suite
possible de, diviser les travailleurs en deux équipes qui se
relèvent alternativement et utilisent les mêmes outils.
Les neuf prolonges du parc du génie de corps permettent,
si on accepte cette base, de doter neuf bataillons sur les
trente-deux du corps d'armée. Cela sera en général très
suffisant, parce que tous les bataillons d'un corps d'armée
n'auront pas à exécuter simultanément des travaux assez im-
portants pour nécessiter l'intervention des outils de parc.

On juge superflu de reproduire à nouveau l'étude faite,


dans les précédentes éditions du Manuel, de la répartition
des outils et des travailleurs entre les divers travaux à entre-
1
prendre et en tenant compte des pauses successives de l'exé-
cution.
Deux motifs justifient .cette suppression :
Le premier est que l'expérience a fait ressortir qu'en gé-
néral on se dispensait de réaliser cette étude, aisée à faire
cependant, mais exigeant une certaine habitude pour ne pas
entraîner de perte de temps.
Le second provient de l'augmentation très notable de
l'outillage de l'infanterie, qui a pour conséquence de simpli-
fier beaucoup le problème, jadis ardu parfois, de la réparti-
tion des outils entre les travailleurs.
Il serait sans utilité réelle, maintenant, sauf dans des cas
exceptionnels, de procéder aux études en question, et on a
cru devoir, par leur suppression, alléger le Manuel.
l48 Ire PARTIE — FORTIFICATIONPASSAGÈRE

Considérations générales sur le but et l'emploi


de la fortification du champ de bataille

On ne saurait terminer l'étude de la fortification du champ


de bataille sans faire ressortir tout le parti qu'on en peut
tirer dans les diverses formes de la lutte.
Elle est un moyen et non un but, et son emploi reste
toujours subordonné à l'application des règles générales
du combat. En aucune circonstance elle ne doit entraArer les
intentions du commandement.
Son but est de donner au tireur le bouclier qui lui fait
défaut et que rend plus que jamais nécessaire l'accroisse-
ment de puissance des feux d'infanterie et d'artillerie.
Placé derrière un simple bourrelet de terre, une haie
habilement disposée, un mur convenablement organisé,
le fantassin, se sentant à l'abri et ayant toute facilité pour,
bien appuyer son arme, fera de ses munitions un usage
plus profitable. Il tiendra facilement tête pendant long-
temps à son adversaire^ et, quand il lui aura fait subir des
pertes sérieuses, rien n'empêchera de le lancer résolument
à .l'attaque d'un ennemi à demi épuisé. Le modeste outil
qu'il porte avec lui ne doit donc pas lui sembler trop
lourd, puisqu'il doit si largement contribuer à faciliter la
victoire.
C'est en s'appuyant sur ces considérations fort justes
que l'on était arrivé à formuler le principe que la défensive
possède la supériorité tactique, lequel avait inspiré le règle-
ment français de 1868 qui introduisait chez nous un mode
de combat, fondé sur l'emploi exclusif de la défensive.
Mais, si le défenseur possède une supériorité matérielle
sur l'assaillant, celui-ci a pour lui la supériorité morale que
donne la volonté de vaincre son adversaire et qu'entretient
la marche en avant. — Et, dans la lutte, la valeur morale
triomphe toujours de l'obstacle matériel.
PRINCIPESCONCERNANT INEXECUTIONDES TRAVAUX l49
Le principe, ainsi posé dans ces termes absolus, est donc
v
faux.
Pour le faire comprendre, il n'est besoin d'invoquer ni
l'antipathie qu'il rencontre dans le caractère français, ni les
succès des armées prussiennes, dus à l'emploi d'une forme
toute différente de combat.
Il suffit de considérer qu'à la guerre le but final est tou-
jours la conquête du terrain jusque-là occupé par l'adver-
saire. C'est en avançant, en conquérant, qu'on ruine les
ressources de son ennemi, qu'on coupe ses communications,
qu'on jette le désarroi dans ses projets d'abord, et bientôt
dans ses armées, qu'on lui enlève ses moyens d'action,
qu'on l'affaiblit, en un mot, moralement et physiquement
àda fois.
Quelle est la mesure de la victoire, sinon le terrain que
l'on gagne sur son adversaire, les prisonniers qu'on lui fait,
les trophées, qu'on lui enlève ? .
On n'a donc rien gagné, ou peu de chose, quand on a in-
fligé un échec à son ennemi en restant complètement sur la
défensive. L'exécution de ses desseins est retardée, sans
doute; on l'a empêché de conquérir; mais le résultat est
purement passif, à moins que, par là, on n'ait favorisé l'ac-
tion offensive d'une autre partie des armées nationales qui,
elle, aura remporté une victoire féconde.
Telle est précisément l'utilité réelle de la défensive : son
succès, improductif par lui-même, permet ailleurs l'obten-
tion des plus grands résultats ; et il en est ainsi, non seule-
ment pour les armées agissant en combinaison sur des
champs de bataille séparés, mais encore, et c'est le cas de
beaucoup le plus fréquent, pour les différentes parties d'une
même armée aux prises avec l'adversaire..
Qu'elle attaque ou qu'elle se défende au début, une
armée qui livre bataille à en effet toujours le même objectif :
« Remporter la victoire et, si c'est possible, une victoire
fructueuse. »
Si elle attaque, elle a choisi sur la ligne ennemie le point
100 Ire PARTIE FORTIFICATIONPASSAGERE
dont la possession lui semble devoir entraîner la dislocation
et la défaite de l'adversaire. C'est sur lui qu'elle va concen-
trer ses principaux efforts. Mais il faudra bien compter que
l'ennemi choisira, lui aussi, sur la ligne de l'assaillant (s'il
ne l'a déjà fait à l'avance), un point qui, une fois emporté,
lui assurera le succès définitif.
Lors donc que l'action sera complètement engagée, cha-
cune des armées poursuivra un double but : conserver le
point important de sa propre.ligné, de la possession duquel
l'ennemi espère la Adctoire; et enlever à l'adversaire le
point de la sienne qui doit entraîner sa dislocation et sa
défaite.
Chaque armée aura donc à appeler à son secours toutes
les ressources de la fortification passagère, pour s'assurer, de
la manière la plus -certaine et avec le moins de monde pos-
sible, la conservation du point que l'autre médite de lui
enlever.
On pourrait se dispenser de rien ajouter, pour mettre en
évidence toute l'importance de ce genre de fortification dans
la guerre moderne. Et cependant, si, dans les circonstances
générales ordinaires, c'est-à-dire dans le combat pour la
victoire productive, on est amené à en faire un tel usage,
combien plus grand encore est le parti qu'on en pourra tirer
dans les cas particuliers, où, pour immobiliser sur un point
l'une des armées ennemies, pendant qu'on se prépare à en
écraser une autre à quelque distance, on ne pourra disposer
que de forces relativement faibles, et où l'on sera par suite
réduit à livrer une bataille exclusivement défensive !
« Si la puissance de l'armement et les enseignements des
guerres récentes ont montré la nécessité, pour les troupes
d'infanterie, de faire un usage fréquent de la fortification
de champ de bataille, il convient aussi de ne pas perdre
de vue que la protection à rechercher contre les projec-
tiles ne doit, en aucun cas, diminuer l'esprit d'offensive
de notre infanterie, ni entraver son aptitude au mouve-
ment. »
PRINCIPESCONCERNANT
L'EXÉCUTIONDES TRAVAUX l5l
Ce principe essentiel, emprunté à l'Instruction du 24 oc-
tobre 1906, où il est rappelé à plusieurs reprises, doit servir
de guide dans l'emploi de la fortification du champ de ba-
taille et son application bien entendue permet d'éviter tous
les reproches qu'on a pu adresser à cette dernière.
Si, dans la défensive, son utilité n'a jamais été sérieuse^
ment contestée, il n'en est pas de même dans l'offensive. :
Le règlement de manoeuvre de l'infanterie et l'instruction
précitée fixent maintenant d'une manière absolue les avan-
tages que peut procurer la fortification dans cette forme du
combat. .''•''••
D'une manière générale, dès que le mouvement en avant
est suspendu, volontairement ou non, la fortification inter^
vient pour augmenter la capacité de résistance de l'infan-
terie. « Dans sa progression en avant, l'infanterie auradonc
de fréquentes occasions démettre en état de défense certains
points de terrain, d'organiser les couverts ou obstacles
qu'elle aura enlevés à l'ennemi ou atteints dans sa marche et
qu'elle voudra conserver, soit pour les mettre à l'abri des
retours offensifs, soit pour favoriser la reprise de la marche
en avant. »
Dans le combat, où la marche s'effectue par bonds suc-
cessifs, amenant les groupes de tireurs à se pelotonner
derrière les accidents du sol, « les moindres abris attireront
les combattants ». Le règlement prévoit que pour aménager
ces abris, augmenter la protection qu'ils offrent, permettre
aux tireurs de faire de leurs armes l'usage judicieux qui
favorisera un nouveau bond en avant, la fortification inter-
viendra fréquemment.
Ce que l'on recherche aujourd'hui dans la fortification du
champ de bataille, c'est seulement la protection momentanée
contre les coups de l'adversaire; on renonce à l'obstacle qui
faisait jadis partie intégrante de toute fortification et qu'on
trouvera dans les ouvrages de position ou permanents. La
puissance du feu de l'infanterie, sa longue portée qui per-
met l'ouverture de la lutte à des distances jadis insoup-
102 Ire PARTIE -— FORTIFICATIONPASSAGERE

çonnées, ont pour conséquence de réduire l'importance de


l'obstacle adjacent au couvert, dans les travaux de champ
de bataille. Le léger avantage qu'il procure dans la dernière
phase de la lutte est toujours moindre que l'inconvénient
qu'il entraîne en gênant la marche en avant. Aujourd'hui
que le sentiment de l'offensive est entré dans l'esprit de
tous, on se résout volontiers à ne plus demander à la forti-
fication qu'un abri momentané contre les projectiles.
-. Le véritable obstacle à opposer à l'ennemi, c'est la volonté
de vaincre, de lui imposer, notre volonté en marchant à lui
résolument.
C'est en employant la fortification sous cette forme qu'elle
est réellement un moyen et non un but et qu'elle assure à
son défenseur un appui toujours efficace sans jamais l'en-
traver.
CHAPITRE IX

FORTIFICATION DE POSITION

Son but et son emploi

La fortification de position se différencie nettement de


celle du champ de bataille par son but, partant son mode
d'emploi et par la nature des moyens mis en oeuvre pour
l'exécuter.
Son but est de donner à une troupe astreinte à la défen-
sive, par sa situation stratégique,' le maximum de renfort
qu'elle est susceptible de recevoir du terra in judicieusement
aménagé.
De même que la fortification du champ de bataille, elle
doit être employée conformément au dessein que s'est assi-
gné le commandement; elle est un moyen mis à la disposi-
tion des troupes, non un but. Mais les circonstances dans
lesquelles on l'emploie étant différentes, les sujétions qui
lui sont imposées diffèrent également. Sur le champ de ba-
taille tout est, en quelque sorte, subordonné à la nécessité
du mouvement en avant, on s'astreint de parti pris à écarter
un dispositif qui rendrait ce dernier plus difficile, même s'il
assurait une protection meilleure. Il n'en est plus de même
pour la fortification de position.
La troupe qui y recourt a pour but de retenir le plus long-
temps possible son adversaire, d'user ses forces afin de ga-
gner du temps et de contribuer ainsi au succès de l'ensem-
ble. Mais le défenseur, étant par hypothèse inférieur à son
adversaire, ne peut songer pour le moment à prendre cette
offensive, seule forme de la lutte qui conduit au succès.
l54 Ire PARTIE —' FORTIFICATION
PASSAGÈRE
A ce but et ce mode d'emploi différents correspondent
des ressources et des moyens d'action plus puissants et, en
général,;on dispose, pour établir la fortification déposition,
de temps, d'hommes et outils en quantité suffisante pour
entreprendre des travaux exigeant un gros effort.
En général aussi, les ouvrages de position ont à résister
aux plus puissantes pièces d'une armée en campagne, c'est
dire qu'il faut compter avec l'artillerie lourde d'armée dont
les calibres sont ceux de certaines pièces de siège. Toute-
fois, cette artillerie ne dispose que d'un approvisionne ment
de munitions assez restreint qui limite sa puissance et lui
interdit tout gaspillage.
Il résulte de ce qui précède que la fortification de position
comporte des profils plus puissants, des abris plus nom-
breux, des obstacles plus sérieux que ceux dont on se con-
tente sur le champ de bataille. Il convient en effet de mettre
en oeuvre toutes les ressources, pour opposer à l'adversaire
une résistance aussi énergique que possible sur laquelle
doivent venir se briser ses efforts. La principale de ces res-
sources sera souvent le terrain, lorsqu'on en utilisera judi-
cieusement toutes les propriétés. Par conséquent, au lieu
de subordonner les dispositions de l'organisation défensive
à la nécessité de permettre le passage à l'offensive, on pla-
cera en première ligne l'obligation de tirer le. maximum
d'avantages du terrain et de la fortification. Dans ces condi-
tions, on pourra être conduit à préférer les positions qui,
par elles-mêmes, ont une valeur défensive susceptible d'être
développée par la fortification, à celles qui, au contraire,
facilitent les manoeuvres et dont on a fait ressortir les avan-
tages sur le champ de bataille.
Les circonstances dans lesquelles on a recours à la forti-
fication de position ont été indiquées d'une manière générale
au chapitre I. Il n'est pas inutile de les passer ici en revue.
Dans une place forte, ainsi qu'on le verra dans la secondé
partie du Manuel, la ligne principale de défense comporte
des ouvrages permanents séparés par de larges intervalles ;
DE POSITION
FORTIFICATION IOO
ceux-ci doivent être défendus par l'organisation convenable
d'un certain nombre de positions.
Inversement, dans un siège, l'armée qui s'installe autour
d'une place, dans le dessein de s'en emparer, a pour premier,
objectif l'investissement de la garnison, de manière à lui
couper toute communication avec l'intérieur,. Elle y par-
vient en organisant tout autour de la place une ligne d'in-
vestissement assez solide pour rendre vaines toutes les ten-
tatives du défenseur en vue de la percer.
Dans les deux cas qu'on vient d'envisager, il est clair que
le défenseur de la place d'une part, l'assiégeant de Pautre
ont. tout intérêt à accumuler les travaux défensifs sur la
ligne qu'ils ont choisie et que, dans le choix de celle-ci, ils
tiendront le plus grand compte des propriétés du terrain.
Les places du moment qu'une armée peut être amenée à
organiser dans certaines circonstances, comme celle où s'est
trouvée l'armée d'Osman-Pacha en 1877, les positions d'ar-
rêt qu'on aménage en vue d'opposer un barrage solide dans
un passage obligé appartiennent également à la fortification
de position. Le but que poursuit celui qui les organise n'est
pas de ralentir le mouvement de son adversaire pour passer
lui-même à l'offensive, mais bien d'user les forces de ce
dernier pour faciliter la tâche ultérieure des armées de ren-
fort qui se constituent à la faveur de cette résistance.
Dans ces conditions, on ne craint pas-d'accumuler les obs-
tacles devant soi, si on en peut tirer un surcroît de puissance.
La fortification de position trouve éventuellement son
emploi sur le champ de bataille, lorsque les circonstances
obligent à mettre tout en oeuvre pour assurer une ligne de
retraite. La position qu'on choisit alors doit être forte par
elle-même, elle n'entrera en jeu que si celui qui l'a organisée
a perdu déjà sa position principale. Inférieur à son ennemi,
il s'efforce de racheter cette inégalité par l'emploi de toutes
les ressources de la fortification.
Ayant ainsi indiqué le but et le mode d'emploi de la for-
tification de position, on va, comme on l'a fait pour celle du
156 Ir,î PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE

champ de bataille, étudier les conditions auxquelles elle


doit satisfaire pour assurer la protection des défenseurs.
On est ainsi conduit à examiner les effets du tir des projec-
tiles de tout calibre dont dispose l'artillerie de campagne
contre les retranchements et les abris en usage dans la for-
tification de position. -

Effets des projectiles de campagne

'Les renseignements qui vont suivre sont, comme ceux


qu'on a donnés au chapitre III, extraits d'une note ministé-
rielle du 7 novembre 1896 sur les effets et l'emploi des pro-
jectiles tirés par les batteries de 80, 90, g5 et 120 court.

Le tir s'est exécuté sur l'ouvrage dont la figure 64 repré-


sente le profil, complété par un abri couvert d'une masse
de terre de im 5o d'épaisseur formant traverse en arrière
du parapet.
On a tiré d'abord avec l'obus allongé de 90 (charge
1 600 grammes de mélinite environ).
On a cherché à faire brèche dans le parapet en tirant d'a-
bord à 2 000 mètres, puis à 1 4oo mètres.
a) A 2 000 mètres, 3o coups furent tirés, 12 atteignirent
le parapet et pratiquèrent deux brèches distinctes, ayant
chacune 2 mètres de largeur ;
b) A 1 4oo mètres, on tira 3o coups, 10 touchèrent le but ;
ils ouvrirent une nouvelle brèche de 3 mètres.
DE POSITION
FORTIFICATION 167
Le tir fut ensuite dirigé contre la traverse : on tira 3o coups
à 2 000 mètres, 3o à r 4oo mètres. A chacune de ces distan-
ces, 12 projectiles atteignirent la traverse, qui fut entamée,
mais l'abri ne fut pas ruiné.
Un nouveau tir fut fait à 2 5oo mètres afin d'avoir un
angle de chute plus fort : 78 obus tirés donnèrent 23 au but
qui laissèrent l'abri intact.
On entreprit alors un tir à 1 4oo mètres pour raser métho-
diquement les terres protégeant l'abri. Sur 4i coups, 27
atteignirent la traverse et rendirent l'abri intenable.
Il avait donc fallu tirer 179 obus allongés de 90 pour dé-
truire cet abri.
Voici maintenant les résultats d'un tir à obus allongé de

120 (4 kilogr. de mélinite environ) sur un retranchement


identique :
a) Sur 7 obus tirés à 1 900 mètres, 3 atteignent le para-
pet et forment des entonnoirs de grandes dimensions ;
b) Sur i4 obus tirés à 1 4oo mètres, 3 atteignent le para-
pet et achèvent de le bouleverser.
On a ensuite attaqué la traverse pour détruire l'abri.
a) On tira, à 1 900 mètres, 44 obus dont 10 atteignirent
l'objectif; puis, à 1 4oo mètres, 4o coups dont 8 furent au but.
La figure 64 bis représente l'effet produit par ces tirs.
Il fallut tirer encore 20 coups dont 10 au but pour défon-
cer complètement l'abri.
En tout, la destruction de l'abri avait coûté io4 obus
allongés de 120 dont 28 au but.
158 lre PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
Un tir à obus explosifs de r55 donnerait des résultats plus
considérables, surtout avec le i55 long, dont la trajectoire
tendue obtiendrait sur le parapet un plus grand nombre
d'atteintes.
h'instruction provisoire sur le service de l'artillerie dans
la guerre de siège dit que 5 ou 6 obus allongés de 155 con-
venablement groupés sont suffisants pour ouvrir une tran-
chée de 3 à 5 mètres de largeur et de im,5o de profondeur,
dans un épaulement en sable de io mètres d'épaisseur.
Mais pour arriver à grouper convenablement 5 ou 6 obus,
il faut en tirer un beaucoup plus grand nombre.
Il est essentiel, pour conclure, de remarquer que les ré-
sultats qu'on vient d'indiquer ci-dessus sont obtenus, sur le
polygone, après un tir parfaitement réglé et par des batte-
ries dont le personnel n'a aucune des préoccupations qui
résultent de la présence d'un adversaire réel.
On peut donc affirmer, sans crainte d'erreur, que le chiffre
déjà considérable de munitions consommées pour obtenir
ces résultats doit être affecté d'un fort coefficient pour repré-
senter la consommation réelle qui serait nécessaire pour les
reproduire à la guerre,
Donc, si l'artillerie lourde d'armée, comme celle de siège,
est parfaitement en mesure de ruiner des retranchements
d'un fort profil, elle doit y consacrer une grande quantité
de munitions.
Le transport de ces pièces et de ces munitions représente
un effort considérable ; il exige du temps et des moyens
d'action puissants. La somme d'énergie mécanique cor-
respondant à cette consommation de munitions donne la
mesure de la puissance à mettre en oeuvre pour vaincre la
résistance matérielle de la fortification. Lorsque celle-ci
abrite des défenseurs au coeur bien placé et doués d'énergie
morale., il faut, pour les vaincre, dépenser aussi une somme
d'énergie dont la précédente ne donne qu'une faible notion.
Telle est la raison d'être de la fortification de position.
CHAPITRE X

DU PROFIL DANS LA FORTIFICATION


DE POSITION

Parties constitutives du profil.— Le profil complet


d'un ouvrage de position se compose essentiellement de
trois parties principales, savoir : i° Yobstacle, destiné à
arrêter la marche de l'ennemi ; 20 le couvert, qui protège le
défenseur contre les coups de son adversaire et lui permet
de faire usage de ses armes dans de bonnes conditions;
3° le terre-plein, qui forme la partie de l'ouvrage sur laquelle
le défenseur peut circuler à l'abri des coups de l'ennemi.

L'obstacle est constitué par un fossé 1JKL {fig. 65,


page /6'J), dontv la largeur et la profondeur, essentielle-
ment variables suivant la nature des ouvrages, seront indi-
quées et discutées tout à l'heure. Il peut l'être aussi par
des défenses accessoires, comme dans la fortification de
campagne.
Le couvert est formé par une masse de terre CDEFGII,
dite parapet, dont l'épaisseur et la hauteur, variables égale-
ment suivant la force de l'ouvrage, sont déterminées par des
considérations multiples.
Le terre-plein est formé par un second fossé pratiqué en
arrière du parapet, comme on le voit en AA'B'B.

Nomenclature du proiil. — L'obstacle, le parapet et


le terre-plein qui constituent l'ensemble du profil sont eux-
l6o I1C PARTIE FORTIFICATION
PASSAGÈRE
mêmes formés de diverses parties, ayant chacune un nom
particulier, qu'il importe de bien connaître pour comprendre
sans difficulté ce qui Arasuivre.
En y ajoutant les noms de certaines parties .qui n'appar-
tiennent à proprement parler à aucun de ces trois éléments
principaux, on trouve dans le profil, en allant de l'extérieur
(côté de l'ennemi) à l'intérieur (terre-plein) :
Le glacis NML dont le point M représente la crête;
La contrescarpe ou talus de contrescarpe LK; — le fond
du fossé KJ ; — et l'escarpe ou talus d'escarpe JI ;
La berme III ;
Le talus extérieur IIG; — la plongée GF; — le talus
intérieur FE; -— la banquette ED ; — le talus de ban-
quette DC;
La crête extérieure, représentée par le point G, et la crête
intérieure ou ligne de feu, représentée par le point F (cette
crête intérieure est marquée sur les plans ou tracés par un
trait plus fort que les autres);
La tranchée BB'A'A, dont le fond forme le terre-plein,
et qui est reliée au sol par des gradins.
On donne le nom de hauteur du parapet à la hauteur Ff
de la crête intérieure, au-dessus du sol naturel; et celui
d'épaisseur du parapet à la distance/^ qui sépare les deux
plans verticaux passant par les crêtes intérieure et exté-
rieure.

Discussion du profil. — Un fort relief peut être im-


posé par les formes du terrain que l'ouvrage doit battre de
ses feux, mais, le plus souvent, on peut l'éviter par un choix
judicieux de l'emplacement; il augmente le défilement des
défenseurs, mais on obtient aussi bien ce résultat en appro-
fondissant le fossé intérieur.
Il est à remarquer cependant qu'un relief atteignant, au
moins im8o, en terrain horizontal, a l'avantage de dissi-
muler aux vues de l'ennemi, les mouvements de troupe en
arrière.de l'ouvrage et met à l'abri des balles du fusil les
DU PROFIL DANSLA FORTIFICATIONDE POSITION l6l
renforts qui, pendant l'attaque, se porteront dans le retran-
chement.
Par contre, un tel relief a l'inconvénient d'offrir à l'artil-
lerie un but visible et facile à atteindre, ce qui doit le faire
proscrire chaque fois qu'on peut espérer, en employant de
faibles reliefs, soustraire les-ouvrages aux vues lointaines.
Mais, dans les cas où il est impossible de dissimuler à l'en-
nemi les tranchées les plus faibles, soit en raison de la
proximité des adversaires, soit à cause de la nature du sol,
soit enfin par suite de la longue durée de la lutte, comme
dans la guerre de siège, les gros reliefs donnent une protec-
tion meilleure ; ils n'ont plus alors d'autre inconvénient que
le travail important qu'ils nécessitent.
On peut admettre. 2 mètres comme limite maximum de la
hauteur du parapet et i'"4o comme le chiffre qu'on cherche
à ne pas dépasser le plus généralement.
Uépaisseur du parapet doit être suffisante pour per-
mettre de résister à un tir soutenu de l'artillerie de cam-
pagne exécuté à obus à balles percutant. Il suffit pour cela
de donner au parapet 3 mètres s'il est en sable, 4 mètres
s'il est en terre forte, 5 mètres s'il est en argile.
Un pareil profil serait insuffisant pour résister à un tir
prolongé des obus explosifs de l'artillerie de campagne ou
de l'artillerie lourde d'armée. Mais les canons de campagne
sont surtout approvisionnés en obus à balles et les canons
courts de l'artillerie lourde d'armée, dont le tir est moins
précis, ne disposent que d'un petit nombre de munitions.
Ce profil est, à plus forte raison, insuffisant contre le tir
des pièces de siège, mais la fortification de position ne peut
avoir pour but de résister à ces engins qui viennent à bout,
des abris de la fortification permanente.
Lorsque éventuellement un ouvrage, par suite de sa situa-
tion, échappe au tir de l'artillerie, il suffit de donner à son
parapet 80 centimètres d'épaisseur.
On donne au parapet une forme telle que les tireurs puis-
sent commodément faire le coup de feu. A cet effet, on
MANUEL ni! FORTIFICATION 11
IÔ2 Ire PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE

ménage à im4o(I) en dessous de la crête une banquetteDE,


à laquelle on donne une largeur de 5o à 80 centimètres,
quand elle ne doit servir qu'à un seul rang de tireurs (ce
qui est le cas général), et de im,2o lorsqu'elle est destinée à
deux rangs. Cette banquette est reliée à la crête par le talus
intérieur EF, qu'on fait aussi raide que possible, pour rap-
procher davantage le tireur de la masse couvrante, et dont
l'inclinaison, maintenue par des revêtements, atteint 3/i
ou 2/1 (c'est-à-dire 3 ou 2 de hauteur pour 1 de base). Le
talus de banquette CD relie le sol à la banquette. Il y aurait
intérêt à le faire assez doux, à l'inclinaison du 1/2 par
exemple, pour faciliter l'accès ; c'est ce qu'on fait dans les
retranchements à fort relief. Mais, avec les parapets peu
élevés, cette disposition.* qui éloigne la tranchée de la masse
couvrante, peut présenter des inconvénients ; aussi le fait-on
parfois à 1/1 ou le remplace-t-on par des gradins. Il faut
remarquer d'ailleurs que, si la banquette est peu élevée au-
dessus du sol, on y accédera toujours aisément, quelle que
soit l'inclinaison du talus de banquette.
La plongée FG, qui termine le parapet à sa partie supé-
rieure, limite par son plan la portion de terrain que peuvent
atteindre les coups du défenseur. On a donc intérêt à l'incli-
ner autant que possible; mais on ne peut dépasser certaines
limites, sous peine de diminuer notablement l'épaisseur de
la masse couvrante aux environs de la crête intérieure, ce
qui nuirait à la solidité du parapet. On la tient généralement
à une pente variant du i|5 au 1/6 et ne descendant pas au-
dessous de 1/4.
Le talus extérieur GII forme pour l'adversaire un obstacle

(') L'Instruction du 24 octobre 1906 et l'appendice à l'École de fortification


de campagne du i5 décembre de la même année ont consacré, pour hauteur de
la crête d'infanterie au-dessus de la banquette, le chiffre de im4o. Jusqu'alors,
en France, on avait toujours admis im3o et parfois même im20. Cet accroisse-
ment a pour but de mieux couvrir le tireur, mais il exigera,dans bien des cas,
qu'on entaille le parapet d'une rainure. Si, dans le cours du présent Manuel, on
retrouve encore parfois la hauteur de im3o, c'est qu'elle se rapporte à des tra-
vaux antérieurs à la susdite instruction.

Fig. Profil
65. deposition.
norcnaFd'un
ouvrage

66.
—-Profil
Fig. triangulaire.
l64 I1C PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
d'autant plus difficile à franchir que sa pente est plus raide.
Mais, si on exagère cette raideur, les terres tiennent diffici-
lement, et, comme il est exposé aux coups de l'ennemi, il
est prompteinent détruit par le tir; c'est pourquoi on lui
donne habituellement l'inclinaison naturelle des terres :
1/1 ou 4/5 pour les terres moyennes, 2/3 pour les terres
sablonneuses, 3/2 pour les terres fortes.
La benne III n'a d'autre utilité que de reporter à une cer-
taine distance de l'escarpe le poids des terres du parapet,
qui tendrait à la renverser dans le fossé ; elle retient aussi
les terres éboulées du parapet. Elle a l'inconvénient de
former un palier de repos et un lieu de rassembleinentpour
l'ennemi qui a franchi le fossé; c'est pourquoi on la sup-
prime souvent. Quand elle existe, on lui donne de 5o centi-
mètres à i mètre de largeur.
Le fossé 1JKL peut servir d'obstacle, mais doit, pour
cela, avoir au moins 4 mètres de largeur et i mètres de
profondeur, de manière à ne pouvoir être franchi facilement
par un homme équipé. On ne saurait, d'autre part, lui
donner plus de 4 mètres de profondeur, sans augmenter
considérablement les difficultés de construction de l'ou-
vrage. Le fossé, comme tout obstacle, n'a de valeur que s'il
est battu par le feu, mais, s'il ne l'est pas, il peut devenir
dangereux parce que les troupes d'assaut y trouvent un lieu
de rassemblement à l'abri des coups. Le cas s'est présenté
plus d'une fois dans les guerres modernes et notamment
dans celle de Mandchourie. Il faut alors le doubler de dé-
fenses accessoires. On verra plus loin dans l'étude du tracé
comment peut être résolu le problème du flanquement du
fossé.
Bien qu'il, y ait intérêt à raidir l'escarpe IJ, pour augmen-
ter la valeur de l'obstacle, on ne lui donne habituellement
que la pente naturelle des terres (I/I à 3/2) ou une incli-
naison un peu plus forte, pour lui permettre de résister : à
la poussée du parapet, qui tend à la renverser dans le fossé,
cl au choc des projectiles auxquels elle est exposée.
DU PROFIL DANS LA FORTIFICATIONDE POSITION 165
La contrescarpe KL, qui est garantie des coups de l'ennemi,
est au contraire tenue aussi raide que possible (2/1 à 3/2).
Au delà.du fossé se trouve le glacis MN(\ae l'on forme
habituellement des terres en excédent provenant de la fouille
du fossé. La présence de ce glacis diminue l'angle mort qui
sera défini un peu plus loin.
Enfin, la tranchée intérieure A A' B' B procurera, au dé-
fenseur, une protection d'autant meilleure qu'elle sera plus
profonde, plus étroite et aura des talus plus raides. On juge
de la protection qu'un parapet ou une masse couvrante
quelconque assure aux défenseurs, par l'inclinaison de la
ligne FX qui joint le sommet de cette masse couvrante ou
la crête intérieure avec le point du terre-plèin le plus éloi-
gné de cette crête, relevé de 2 mètres ou de im8o (hauteur
d'un homme).
Pour qu'un retranchement soit établi dans de bonnes con-
ditions, l'inclinaison de celte ligne FX doit être au moins
de i/4 et autant que possible de i/3. Le défilement au i/3
met un homme debout, sur le terre-plein à l'abri des balles
des schrapnels de campagne. Il est encore insuffisant pour
l'abriter contre le tir plongeant des obusiers et des mortiers.
On voit tout l'intérêt qu'il y a, pour augmenter la protec-
tion, à faire des tranchées profondes et étroites.
C'est dans ce même but qu'on raidit autant que possible
tous les talus qui limitent, la masse couvrante du côté du
fossé intérieur et qu'on réduit, quand on ne la supprime pas
tout à fait, la benne BC qui sépare la tranchée du parapet.
En ménageant au fond de la tranchée une pente vers l'in-
férieur de la position, on augmente la protection qu'elle
procure aux défenseurs et on facilite l'écoulement des eaux
qui s'y accumulent à la longue.

Angle mort. — On a fait remarquer précédemment que


le plan de la plongée prolongé limite la portion de terrain
qui échappe aux vues du défenseur. Cette portion de terrain
et, en général, tout l'espace GHIJKLM couvert de hachures
l66 Ire PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
{fig. 65) et compris sous la plongée, est dit en angle mort
ou, plus simplement, angle mort. Il faut évidemment cher-
cher à en diminuer l'étendue, et on voit que le glacis permet
d'obtenir en partie ce résultat, puisque sa masse occupe la
portion comprise entre le plan de la plongée et le sol. On ne
peut pas toujours amener le dessus du glacis dans le plan
même de la plongée ; mais, pourvu qu'il ne soit pas à plus
de 5o centimètres en dessous, on atteint le résultat cherché,
car un tireur Occupe toujours au moins cette hauteur.

— Le
Profil triangulaire. profil qu'on vient de dé-
crire est normal pour toute fortification de position et a
longtemps été le seul en usage. On a proposé, depuis quel-
ques années, une modification consistant à substituer un
plan unique à ceux de la plongée, des talus extérieurs et de
l'escarpe. On obtient ainsi ce qu'on nomme le profil trian-
gulaire {fig. 66, page 163).,
Il présente le double avantage :
i° De supprimer l'angle mort et, par suite, la nécessité
de flanquer le fossé qui, ainsi qu'on l'a signalé, devient dan-
gereux pour le défenseur s'il est mal battu ;
2° D'éviter une succession de plans qui se découvrent de
loin par Popposition de leurs éclairements et rendent très
visibles les ouvrages à profil normal lorsqu'on n'a pas pris
, le soin de les dissimuler par des gazons ou des branchages.
En adoptant le profil triangulaire, on perd le bénéfice de
l'obstacle constitué par le fossé. C'est une perte réelle dans
le cas de la fortification permanente ; mais, dans les ouvrages
de la fortification de position, la défense accessoire que peut
abriter le fossé triangulaire (ainsi que l'indique la figure),
bien battue par les feux directs de l'ouvrage, vaut mieux
comme obstacle qu'un fossé insuffisamment ou mal flanqué.
On peut reprocher au profil triangulaire de réduire l'épais-
seur du parapet dans le voisinage de la crête de feu, en
raison de l'inclinaison plus grande de sa plongée; mais on
obvie à cet inconvénient en conservant une plongée hori-
DU PROFILDANSLA FORTIFICATION
DE POSITION 167
zontale de 80 centimètres d'épaisseur, raccordée par un
arrondi à la plongée inclinée.
L'inconvénient le plus sérieux de ce profil est d'éloigner
le centre de gravité du fossé de celui du parapet et d'aug-
menter, par suite, le travail et la durée de construction de
l'ouvrage.
Certains auteurs lui attribuent l'avantage de faciliter les
ricochets des obus qui tombent sur sa plongée.
Bien qu'aucun document officiel n'ait consacré le profil
triangulaire, il a paru nécessaire d'en faire mention et de
signaler la faveur qu'il rencontre actuellement.

Équilibre des déblais et des remblais. — Enfin,


on observera que, l'ouvrage terminé, il faut que le volume
des terres du parapet et du glacis soit égal à celui des terres
extraites de la tranchée et du fossé. C'est ce qu'on nomme
Véquilibre des déblais et des remblais.
On l'obtient le plus ordinairement en faisant en sorte
que la somme des surfaces qui, dans ce profil, représentent
les remblais, surpasse légèrement la somme de celles qui
représentent les déblais, les terres foisonnant, c'est-à-dire
augmentant d'environ 1/10 de leur volume, lorsqu'on les
ameublit.
Lorsque le profil remplit cette condition, il y a à peu près
équilibre entre les volumes; les légères différences qui
pourraient exister seront rachetées en éparpillant les terres
sur le glacis s'il y a un excédent, ou en approfondissant un
peu le -fossé s'il en manque.
On peut, à la rigueur, calculer ces volumes en multipliant
la surface du parapet, et, celle des déblais par la longueur
des lignes médianes, savoir : i° pour le parapet, la crête in-
térieure; 20 pour le fossé, une ligne située à 2 mètres en
avant de la berme ; et 3° pour la tranchée, une ligne située
au milieu de cette tranchée. On forme ainsi une relation
dont l'inconnue est la largeur du fossé, qu'il est alors facile
de calculer.
— ;
67.Retranchement
Fig. antérieur
rapide à1884.
français


Fig. Retranchement
68. français
rapide dej884
ài8g3.
réglementaire

6g.Retranchement
Fig. rapide
français dei8g3
à1906.
réglementaire


Fig.
70.Retranchement
d'exécution
de decampagne).
fortification
rapjde(École
I7O I,e PARTIE —- FORTIFICATIONPASSAGERE
Profils divers de retranchements de campagne.
— Gomme exemple de profils d'ouvrages de position, on
donnera la série des types de retranchements rapides qui
ont été réglementaires en France depuis une trentaine
d'années.
. i° Le retranchement rapide abandonné en j884 {fig- 6f).
Son fossé constituait un réel obstacle, mais sa construc-
tion demandait un temps considérable ; contre l'armement
moderne, il n'abriterait les défenseurs que d'une manière
insuffisante, malgré son relief notable ;
20 Le retranchement rapide réglementaire de 1884 à i8g3
{fig. 68) dont le relief est de im70 et l'épaisseur du parapet
de 3 mètres; sa tranchée intérieure, profonde de 1 mètre
à im20 et large de 2m4o, protège bien les tireurs; son fossé,
large de 3m20, profond de im8o, est un obstacle assez sé-
rieux;
3° Le retranchement rapide réglementaire de 1893 à 1906
{fig. 6g); son relief est de im3o au-dessus du sol, et le
terrain naturel y sert de banquette poui* les tireurs placés
sur un seul rang; le parapet a 3 mètres d'épaisseur; de
chaque côté du parapet se trouve une excavation dont le
déblai fournit les terres nécessaires à ce dernier; ces deux
excavations sont identiques ; l'une sert, de tranchée interne
et de terre-plein, l'autre ne peut constituer un obstacle.
Ce type a disparu en 1906 de l'Instruction sur les travaux
de campagne de l'infanterie et de l'École de fortification
de campagne ; il n'y a pas été remplacé.
La comparaison de ces types successifs fait ressortir une
tendance très nette vers la simplification, la diminution du
relief et, aussi, vers la réduction du fossé, qui ne peut plus
être considéré comme un obstacle.
En donnant à ces profils le nom de retranchements ra-
pides, on indiquait, par cela même, qu'on pouvait en exé-
cuter de plus importants.
Rien ne s'oppose non plus aujourd'hui à l'adoption de
retranchements de cette dernière catégorie, et l'Ecole de for-
DU PROFIL DANSLA FORTIFICATION
DE POSITION I7I
tification de campagne donne de ceux-ci un exemple qui est
représenté par la figure 70.
Son examen ne fait ressortir aucune disposition saillante.
L'Instruction allemande du 8 juin 1906 sur la fortification
de campagne n'indique aucun type de retranchement avec
fossé extérieur, et les quelques mots qu'elle consacre à ce
fossé montrent qu'elle ne lui attribue qu'une valeur insigni-
fiante comme obstacle. ...-..:'
CHAPITRE XI

DU TRACÉ DANS LA FORTIFICATION

DE POSITION

Les principes généraux du tracé qui ont été exposés au


chapitre II à propos de la fortification du champ de bataille
trouvent encore ici leur application, mais, toutefois, dans
d'autres conditions, qui résultent de la différence même des
objectifs visés dans l'emploi des deux genres de fortifica-
tion.
Sur le champ de bataille, le retranchement est le bouclier
dont on se couvre un instant pour parer le coup de l'adver-
saire, mais qu'on rejette pour avoir les mains libres dès qu'il
s'agit de passer à l'offensive. Toutes les dispositions sont
donc subordonnées à la condition de ne pas entraver cette
offensive. Donc pas de ligne continue, pas même de grands
ouvrages et, sauf exceptions très rares, jamais d'ouvrages
fermés.
Dans la fortification de position, le défenseur est décidé
à renoncer, momentanément du moins, à l'offensive; abrité
derrière son rempart et donnant à son feu le maximum de
puissance, il est la digue sur laquelle vient déferler et user
ses forces le flot de l'assaillant. Il facilite ainsi soit la
retraite, d'une partie.de ses troupes, soit, au contraire,' la
préparation de l'offensive d'autres troupes. Conséquemment,
il doit mettre en jeu toutes les ressources de Part pour déve-
lopper le surcroît de puissance qu'il peut tirer de l'emploi
judicieux du terrain.
DE POSITION
DU TRACÉDANSLA FORTIFICATION 178
On trouvera donc ici et des lignes continues et des ou-
vrages fermés, si l'on en peut tirer quelque avantage. Il con-
vient donc d'examiner ces formes du tracé.

Lignes continues. — Les lignes continues sont d'un


emploi commode dans la défense d'une position qui ne per-
met pas à la troupe de prendre l'offensive. Elles donnent en
tout point, au défenseur, un couvert,contre l'assaillant; mais
ellesne.se prêtent pas aux mouvements offensifs, à moins
de leur donner un faible profil. Si leur relief est assez élevé
pour couvrir un homme debout, elles permettent d'effectuer
à l'abri des vues tous les mouvements du défenseur. Quel que
soit leur relief, elles offrent àPassaillant un aspect uniforme
qui empêche de reconnaître les parties occupées de celles
qui ne le sont pas et oblige, par suite, à battre toute leur
étendue. D'où augmentation dans la consommation des mu-
nitions ou diminution de la densité des feux en chaque
point. On leur reproche : i° d'exiger une garnison nom-
breuse ; à cela, on peut répondre qu'elles n'en demandent,
pas plus que des lignes à intervalles comprenant les mêmes
ouvrages principaux dont elles sont formées, car le défen-
seur doit, dans les deux cas, surveiller les portions de ter-
rain qui séparent ces ouvrages ; il ne peut donc qu'être se-
condé dans cette tâche par le parapet qui lui permet d'aller
à couvert d'un point à un autre; 2° de tomber entièrement
au pouvoir de l'ennemi dès qu'elles sont forcées en un
point ; mais il est évident que, si l'ennemi a pu forcer une
courtine par exemple, il aurait, à plus forte raison, pénétré
dans l'intervalle vide qui, sans elle, aurait séparé les deux
ouvrages.
Leur plus grave inconvénient est le travail considérable
que demande leur construction, et cette dernière considéra-
tion fait qu'on renonce souvent à les employer.
Mais, lorsque le défenseur dispose d'un temps suffisant ou
s'il trouve sur le terrain même les éléments nécessaires, les
lignes continues peuvent rendre de précieux services. La
174 I'e PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
guerre russo-japonaise en fournit des exemples ; les deux
suivants sont à retenir :
Pour défendre l'isthme de Kintchéou, dont la possession
offrait pour eux une grande importance, les Russes avaient
une triple ligne de défense sur la position de Nanchan :
a) au pied des pentes, une ligne continue, constituée par un
retranchement entourant toute la position et se prolongeant
jusqu'à la mer. Cette ligne était renforcée et flanquée par
deux redoutes et deux lunettes distantes entre elles de 5oo
à 1 000 mètres; b) à mi-côte, une ligne analogue à la précé-
dente ; c) au sommet, une redoute centrale fermée et des
batteries (').
A Poil-Arthur, sur la ligne de défense extérieure, on
trouve de nombreuses lignes continues d'une certaine éten-
due. L'une d'elles était formée par le mur chinois qui reliait
la gorge des ouvrages du front nord et a beaucoup contri-
bué à faire échouer les attaques.des Japonais. Ceux-ci ne
pouvaient déborder un ouvrage ni forcer un intervalle sans
se heurter à ce.niur que les Russes avaient aménagé en le
renforçant, en avant, par un parapet en terre. De'nombreux
abris y étaient appuyés, ils recevaient les défenseurs et leurs
mitrailleuses qui, au moment de l'assaut, devaient prendre
leur emplacement de tir.
Est-il besoin de rappeler aussi que dans l'attaque des
places, ainsi qu'on l'expose dans la troisième partie du Ma-
nuel, l'assaillant occupe de longues places d'armes ou pa-
rallèles qui ne sont autres que des lignes continues ? '
Donc, ce genre de fortification ne saurait être considéré
comme inutilisable aujourd'hui dans les travaux de position.
Il convient par suite d'énumérer les principales formes qu'il
peut emprunter :
La ligne à redans (fig. 71) et la ligne à redoutes {fig. 72),
formées de redans ou de redoutes réunis par des courtines.

(>) Revue militaire des Armées étrangères, mars 1907.


I76 Irc PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
Pour se prêter un appui efficace, ces redans ou redoutes
doivent être distants de 1 000 mètres au plus.
La ligne tenaillée {fig. y3) a une grande profondeur, ses
côtés sont en prise à l'enfilade, et elle offre, par suite, un
but facile à l'artillerie ennemie. Enfin, dans le premier
tracé, tous ses saillants, étant égaux, peuvent également
servir de points d'attaque à l'ennemi ; ce dernier inconvé-
nient n'existe pas avec le second tracé de la figure, dans
lequel un saillant sur deux est placé en arrière des autres.
La ligne à crémaillère {fig. y4)> sorte de ligne à tenailles,
dans laquelle toute une série de faces ont été réduites à une
faible dimension (20 à 3o mètres au plus), ce qui permet
d'étendre les autres, sans craindre de leur donner une direc-
tion trop enfilable. Cette ligne jouit des propriétés de la
ligne tenaillée, sans en avoir les inconvénients. Elle convient,
très bien pour relier un ouvrage placé sur une hauteur avec
les lignes placées dans les parties basses, qui sont toujours
en arrière {fig j5). Dans ce cas, il faut avoir bien soin de
diriger les flancs de la crémaillère de manière qu'ils voient
la partie du terrain placée au-dessus d'eux ; sans cela, les
défenseurs postés sur ces lianes seraient pris à dos par l'en-
nemi, et la disposition de leur terre-plein, qui monterait
vers l'intérieur de la fortification, le rendrait difficile à cou-
vrir.
Il est, du reste, évident que l'on peut imaginer les combi-
naisons les plus diverses des différents types qui viennent
d'être indiqués, et que, dans chaque cas particulier, la meil-
leure est celle qui utilise le mieux, pour la défense, les
formes du terrain.

Ouvrages fermés. — Les ouvrages fermés facilitent la


surveillance ainsi que la défense à l'aide d'un effectif res-
treint; ils donnent à la garnison qui les occupe le maximum
de sécurité et lui permettent de déjouer les surprises. Ils se
prêtent évidemment fort mal à la reprise de l'offensive.
Ces propriétés trouvant leur utilisation toute marquée
DU TRACÉDANSLA FORTIFICATION
DE POSITION I77
dans une défense de longue durée, elles perdent, au con-
traire, leur avantage sur le champ de bataille et c'est ainsi
que l'emploi des ouvrages fermés est aussi indiqué dans la
fortification de position qu'il l'était peu dans celle de cam-
pagne.
On a défini l'ouvrage fermé une redoute (voir chap. II,
p. ig). Celle-ci peut affecter des formes très variées qui sont
toujours imposées soit par celles du terrain sur lequel l'ou-
vrage est assis, soit par la direction et l'importance des
directions qu'il doit battre.
On verra au chapitre XV, relatif à l'organisation des
ouvrages, comment peuvent être aménagés les ouvrages
fermés.

— Si l'ouvrage
Groupes d'ouvrages. unique de posi-
tion diffère dans son tracé, et plus encore dans ses disposi-
tions intérieures de celui du champ de bataille, on peut aussi
relever des différences marquées entre les groupes d'ou-
vrages destinés à la défense d'un point particulier dans
l'une et l'autre des espèces de fortification.
Lorsque l'on organise un point d'appui artificiel dans la
fortification du champ de bataille, on demande à ses élé-
ments du front de tête d'avoir un bon champ de tir et, si
possible, de recroiser leurs feux entre eux. On s'attache à
les séparer par des intervalles assez larges pour ne pas
gêner l'offensive en sacrifiant au besoin le flanquement réci-
proque.
Lorsque au contraire on procède aune organisation ana-
logue dans la fortification de position, on recherche une
combinaison de tracés assurant aux divers ouvrages l'appui
de ceux qui les entourent ; on réduit au besoin leurs inter-
valles ; on en groupe les divers éléments de manière à donner
à leurs feux le maximum de puissance. Il résulte de là que
la nature, la forme et la disposition des ouvrages de posi-
tion d'un point d'appui seront différents de ceux qu'on
adopterait dans la fortification de campagne.
MANUEL DEFORTIFICATION 12
I78 Ire PARTIE FORTIFICATIONPASSAGERE
Et la divergence se manifestera d'autant plus que le
défenseur aura sur son adversaire une infériorité plus mar-
quée et qu'il disposera pour s'organiser de plus de temps et
de moyens d'action plus considérables.
Comme exemple à l'appui de ce qu'on vient d'énoncer, on
indiquera le groupement d'ouvrages dont les éléments se

Fig. 77. — Ligne à lunettes détachées.

prêtaient un appui mutuel constituant ce qu'on nommai t pen-


dant longtemps les lignes à intervalles. Elles ont été em-
ployées à maintes reprises et on citait encore celles que le
général Rogniat préconisait au début du siècle dernier, ou
celles que le général autrichien Pidoll fit établir autour de
Vienne en 1866. Les unes et les autres seraient inutilisables
aujourd'hui, il suffit donc de les mentionner simplement.
DU TRACEDANSLA FORTIFICATION
DE POSITION I79
Il paraît en outre peu conforme à la nécessité de plier
aux formes du terrain un ensemble d'ouvrages répartis sur
une grande étendue, de se figurer ceux-ci. comme constir
tuant des lignes, ce mot évoquant l'idée de continuité ou de
régularité. Toutefois, l'usage l'a sanctionné et en donnant
ci-après deux exemples dits lignes à redoutes ou à lunettes
détachées, on veut simplement montrer comment la combi-
naison convenable des tracés permet d'accroître la puissance
d'un ensemble d'ouvrages.
Les lignes à redoutes détachées (fig. 76), formées de
redoutes séparées par des intervalles de 25oà5oo mètres et
soutenues en arrière par des redans, dont les faces flanquent
le prolongement des flancs des redoutes.
Ces lignes ne présentent en aucune partie d'ouvrages
solides, capables d'être défendus isolément avec vigueur.
Si on veut constituer une seconde ligne très résistante, avec
des ouvrages fermés, on peut employer les lignes àt lunettes
détachées {fig. "jf), dans lesquelles les retranchements sont
disposés sur trois lignes : une première, formée de lunettes
ouvertes à la gorge ; une seconde, de redans flanquant les
faces des lunettes ; une troisième, de 4oo à 5oo mètres en
arrière, formée de lunettes fermées à la gorge, placées en
face des. lunettes de première ligne, et pouvant couvrir de
feux l'intérieur du terre-plein de ces dernières.

Du — Il reste enfin,
flanquement. pour achever de
marquer les différences qui existent entre les conditions
auxquelles est astreint le tracé dans les deux espèces de
fortification, à examiner la notion du flanquement.

L'étude du profil qui a été faite dans le chapitre précé-


dent a mis en évidence que : tout couvert dèfensif précédé
d'un obstacle a devant lui une portion de l'espace qu'il ne
peut battre de ses feux et qui porte le nom d'angle mort.
La présence de cet angle mort est un grave inconvénient
auquel on remédie par le flanquement.
l8o. Ire PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
Si l'on considère un retranchement quelconque AB
(fig. 78), la portion de terrain en angle mort est repré-
sentée par la bande ABMN, couverte de hachures inclinées
vers la droite. Au delà de cette ligne, tout le terrain est
battu.
Si, maintenant, une autre crête BG est placée à l'extré-
mité de la première et fait avec elle un angle voisin de
l'angle droit, on voit que cette crête, ayant en angle mort
la bande BPOC, pourra couvrir de feux toute la portion
AMPD, qui est en angle mort pour AB, et que, récipro-
quement, AB couvrira de feux la portion DNCO en angle
mort pour CB.
On dit alors que les deux crêtes se flanquent l'une l'autre,

et la ligne secondaire BC, qui flanque la ligne principale


A B, reçoit le nom de flanc.
On donne le nom de ligne de défense à la distance AB,
mesurée du flanc à l'extrémité de la ligne flanquée, et l'angle
ABC formé par les deux crêtes est appelé angle de défense.
La longueur de. la ligne de défense est marquée par la
bonne portée du feu de mousqueterie. Autrefois on admet-
tait, conformément à ce principe, que la ligne de défense
ne devait pas excéder 3oo mètres ; les nouvelles armes por-
tatives permettent de la porter à 5oo ou 600 mètres ; mais
il convient d'observé^ toutefois, qu'à cette distance, l'ac-
croissement de la ligne de défense a pour conséquence une
diminution dans l'efficacité du tir, en raison des difficultés
qu'elle entraîne pour la visée.
DU TRACÉDANSLA FORTIFICATION
DE POSITION l8l
Il est du reste évident que les deux crêtes A B et BC, qui
se flanquent réciproquement, laissent toujours en angle
mort absolu le parallélogramme BPDN placé dans l'angle
rentrant Q). On peut donc dire que tout angle rentrant est
accompagné d'une portion de terrain en angle mort d'une
étendue variable avec le profil employé.
Il résulte de l'exposé précédent que la nécessité du flan-
quement ne se fait sentir qu'à partir du moment où le profil
comporte un obstacle constitué par un fossé en angle mort,
et lorsque ce dernier atteint des dimensions importantes.
C'est pour ce motif qu'il n'a pas été question de flanque-
ment dans la fortification du champ de bataille et qu'on ne
s'en préoccupe dans celle de position que pour les ouvrages
d'un fort profil.
Tous les tracés d'ouvrages étant formés de saillants et de
rentrants comportent tous, par suite, des parties en angle

Fig. 7g. — Tracé bastionné.

mort ; un seul fait exception à la règle : le tracé bastionné


dont il convient de faire ici mention, et dont l'étude trou-
vera sa place dans la fortification permanente.

(') Les dimensionsde ce parallélogramme se déterminentaisément.En effet,


la largeurde chacunedes handesde terrainen angle mort est égale au produit
de l'inversede la pente de la plongéepar la distanceverticale qui séparela
crête du sol relevé de 5o centimètres.Si la hauteurdu parapetest de 2m5o,
celte hauteursera de 2 mètres,et, avec une plongéeinclinéeà 1/6, la largeur
de la bandesera de 2 X 6 = !2 mètres.
102 I"" PARTIE FORTIFICATIONPASSAGERE
Le tracé bastionné {fig. 70) supprime en effet l'angle
mort. Tout le fossé compris entre les saillants de deux bas-
tions est flanqué par les feux des flancs EG et FII.
Mais, il faut remarquer que si le profil du retranchement
est peu considérable, il pourra y avoir danger pour les
défenseurs de la face, lorsque ceux du flanc tireront dans le
fossé ; ce qui conduit à n'employer le tracé bastionné qu'a-
vec des profils assez forts. Aussi n'est-il guère usité que
pour les ouvrages semi-permanents. Lorsqu'on fait usage de
ce tracé avec de petits profils, c'est simplement pour avoir
deux ouvrages (les bastions) qui s'appuient réciproquement,
et. on néglige dans ce cas la question du flanquement des
fossés.
On peut aussi battre les fossés au moyen d'organes cons-
truits au fond du fossé lui-même, ils seront décrits sous le
nom de coffres flanquants à propos de l'organisation inté-
rieure des ouvrages, et on les retrouvera en fortification per-
manente dans le tracé polygonal.
Longs à construire et presque impossibles à établir avec
assez de solidité pour résister au tir de préparation de l'ar-
tillerie, ces organes ont peu de chance de subsister au mo-
ment où ils devraient entrer en jeu ; ils ne sauraient donc
rendre de services dans les ouvrages de position que très
exceptionnellement. On a voulu toutefois les mentionner ici
parce que, théoriquement, ils apportent une solution à la
question du flanquement des fossés.
CHAPITRE XII

CONSTRUCTION DES OUVRAGES

La construction d'un ouvrage comprend la série des opé-


rations suivantes.: le tracé, le piquetage, la détermination
du relief, le profilement, le tracé des ateliers, la détermina-
tion du nombre des travailleurs, et enfin, l'exécution des ter-r
rassements.

Tracé. — Le plan de l'ouvrage étant donné sur une


carte (fig. 80), il faut rapporter ce tracé sur le terrain
même. Pour cela, on choisit sur la carte deux points X et Y
faciles à retrouver sur le terrain : un angle de maison et un
arbre isolé par exemple ; on mesure sur la carte (à l'échelle
du dessin) les perpendiculaires Aa, Bb, Ce, etc., abaissées
l84 Ire PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
dès points-.A, B, C... sur la ligneXY, et les distances Xa,
Xb, Xc... des pieds de ces perpendiculaires au point X; on
reporte ces longueurs sur le terrain même à partir du point
X pour les secondes, à partir de la ligne AfFpour les pre-
mières, et on obtient la position sur le sol des divers sail-
lants de l'ouvrage et, par suite, le tracé de la crête intérieure.
On place alors à chacun des saillants une perche un peu
longue, dont l'utilité sera indiquée tout à l'heure.

Piquetage. -— Cette opération consiste à déterminer sur


le terrain la projection des différentes lignes du retranche-
ment; elle ne peut en général être faite à l'avance qu'avec
des ouvrages dont lé profil est le même sur toute la lon-
gueur des crêtes. Cependant, lorsqu'on possède un plan très
exact, on peut déterminer à l'avance, sur ce plan même, les
intersections des talus avec le sol ; il ne reste alors qu'à les
reporter sur le terrain. En réalité, on détermine le plus sou-
vent ces intersections sur le terrain même en faisant le pro-
filement.
Le tracé ayant donné la projection des crêtes intérieures,
on élève, à l'extrémité de chaque face, une perpendiculaire
à la crête, sur laquelle on porte successivement l'épaisseur
du parapet, la projection du talus extérieur, la benne, la
largeur du fossé, etc. En chacun de ces points on plante
un petit piquet et l'on obtient ainsi des lignes, figurées par
deux points au moins chacune, donnant les projections de
la crête extérieure, du pied du talus extérieur, de l'es-
carpe, etc.
Pour piqueter rapidement un ouvrage à profil constant,
on emploie avec avantage le procédé suivant : on marque,
au moyen de noeuds, sur une corde de faible grosseur, les
différentes distances que l'on doit porter sur le sol à partir
de la trace horizontale du profil : largeur de la tranchée,
benne, talus de banquette, banquette, etc. Il suffit alors
d'appliquer cette corde sur le terrain, de distance en dis-
tance, en faisant coïncider avec la projection de la crête déjà
CONSTRUCTION
DES OUVRAGES 185

figurée, le noeud qui y correspond (marqué d'un signe par-


ticulier) et de planter un piquet à côté de chacumdes autres
noeuds.

— On
Détermination du relief. marque ensuite sur
chacune des perches plantées aux divers saillants, le point
correspondant à la crête intérieure, c'est-à-dire la*-hauteur
du parapet. Pour cela, si on a déterminé à l'avance la cote
exacte de chaque sommet, on prend sur le sol un point de
repère dont la cote soit connue, et, au moyen d'un niveau
et d'une mire, on détermine la cote exacte de chacun des
piquets placés aux divers saillants, d'où on déduit la hau-
teur à prendre sur la perche qui figure la position exacte de
chacun. Quelquefois on détermine cette hauteur directe-
ment sur le terrain en cherchant à défiler l'ouvrage d'un
point dangereux. (Voir Défilement, ch^. XVI.)

Profilement. — Le prolîlement a pour, but de figurer


les formes du retranchement au moyen de profils construits
avec des tringles en bois ou des gaulettes minces, de ma-
nière à guider les travailleurs qui exécuteront l'ouvrage. On
établit des profils aux extrémités de chaque face et en un
nombre de points intermédiaires suffisants pour que la dis-
tance entre deux profils n'excède pas i5 à 20 mètres.
Voici comment s'exécute la construction de chacun de
ces profils, lorsque le piquetage se fait en même temps que
le profilement, ce qui est le cas ordinaire. La perche Aa
{fig. 81) étant placée à l'aplomb de la crête intérieure, on
plante à une distance a b de cette perche, égale à l'épaisseur
du parapet, et sur une perpendiculaire de la crête, une
seconde perché b B, que l'on réunit avec la première par
une tringle CD, dont on vérifie exactement l'horizontalité à
l'aide d'un niveau de maçon. Cette tringle CD a pour but
de substituer une ligne horizontale à la surface ondulée du
sol, pour la mesure des hauteurs. Il est avantageux de la
placer exactement à im4o au-dessous du point A de la
l86 Ire PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
crête ; car, de la sorte, son prolongement constitue la ban-
quette lorsque celle-ci est horizontale ; on peut alors placer
la tringle Ai? représentant là plongée en mesurant à partir
du point Cune distance GB égale à la distance DA dimi-
nuée du produit de l'épaisseur du parapet par la pente de
la plongée. La position de la tringle BHK, qui représente
le talus extérieur, se détermine en prenant une longueur
Cil qui soit à Ci?,dans le rapport inverse de la pente de ce
talus. On. détermine de même la position des tringles Ai? et
F G, qui représentent le talus intérieur et le talus de ban-
quette. Pour le profilement des fossés, on se contente de

Fig. 81. — Exécution d'un profil.

marquer par des piquets L et M les bords des talus d'es-


carpe et de contrescarpe, et de venir appuyer en ces points
des tringles ayant l'inclinaison que l'on veut donner à ces
talus; ces tringles suffiront pour bien guider le travailleur
dans la fouille. On peut aussi marquer par des piquets m et
/la projection, sur le sol, du fond de fossé.
Ces profils, étant établis aux points marqués i sur la
figure 82, on établit les profils intermédiaires portant le
n° 2 sur la même ligure, par comparaison avec les deux pro-
fils voisins, en s'assurant que les différentes tringles qui
représentent la plongée sont bien dans un même* plan. Il
faut ensuite établir les profils portant les n0i 3 ou profils
d'angle. On se sert pour cela des profils 1 et 2 appartenant
aux deux faces qui viennent se rencontrer au saillant. Pour
CONSTRUCTION
DES OUVRAGES 187
la construction de ces profils n° 3, on plantera les' tringles
correspondant à chaque crête, de manière qu'ils se trouvent
à la fois sur le prolongement des crêtes appartenant aux
deux faces.
Enfin, il reste à établir les profils en talus (4) qui termi-

Fig. 82.

nent les faces libres de l'ouvrage. Pour cela, sur la perche


Aa, qui termine la face {fig. 83), on appuie une tringle AB
à laquelle on donne l'inclinaison du profil en talus, et, par
le pied i? de cette tringle, on trace la ligne MJVquï marque

Fig. 83. — Profilen talus.

la trace du talus su. le sol; on peut alors, en prenant l'inter-


section de cette ligne avec les différentes arêtes du retran-
chement, déterminer les points où ces arêtes coupent le
profil en talus, et construire ce profil.
Il faut observer que si les crêtes du retranchement ne sont
pas horizontales, ce qui est le cas général, les profils ainsi
obtenus ne donnent pas aux différents talus la pente exacte
l88 Irc PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
qu'ils doivent avoir, puisqu'on a mesuré ces pentes sur des
perpendiculaires aux arêtes et non pas suivant des lignes de
plus grande pente. Lorsqu'on lient absolument à donner
aux talus la pente exacte, il faut déterminer les horizontales,
ce qui se fait évidemment sans grande difficulté.
Les différents profils étant construits, on réunit les divers
points de la crête par des cordeaux qui marquent le tracé
de cette ligne.

Tracé des ateliers — Nombre des travailleurs

L'ouvrage à construire est partagé en un certain nombre


d'ateliers. Pour cela, on divise la contrescarpe en portions
de 2 mètres et la crête intérieure en un même nombre de
parties, et l'on joint deux à deux les points ainsi obtenus.
Chacun des quadrilatères tracés de la sorte constitue un
atelier.
Pour - déterminer le nombre de travailleurs, on tient
compte de deux éléments : la nature de la terre et l'impor-
tance du retranchement.
L'expérience montre que la terre qui a été remuée à la
pioche présente la même facilité pour le travail de la pelle,
quelle que soit sa nature. C'est pourquoi on prend pour
unité le travail d'un pelleteur et on adjoint à ce dernier le
nombre de piocheurs nécessaires pour lui fournir la terre
remuée en quantité suffisante.
On appelle en conséquence : terre à un homme, celle
qu'un pelleteur peut remuer directement; terre à deux hom-
mes, celle où un piocheur est nécessaire pour fournir du
travail à un seul pelleteur; terre à un homme et demi, celle
où un piocheur suffit à deux pelleteurs, et d'une manière
générale, terre à n hommes, celle où il faut (n— i) pio-
cheurs pour un pelleteur. Pour déterminer cette proportion,
il suffit de faire piocher le terrain par un seul piocheur pen-
dant un nombre déterminé a de minutes, et de compter
CONSTRUCTION
DES OUVRAGES 189
ensuite le nombre 6 de minutes que met un seul pelleteur à
enlever la terre ainsi ameublie. 11 est évident que la terre

essayée est alors de la terre à ( i + j ) hommes.


Pour tenir compte du second élément (l'importance du
retranchement) dans la détermination du nombre des tra-
vailleurs, voici comment on opère : on a remarqué qu'un
bon pelleteur lance en moyenne la terre à 4 mètres de dis-
tance horizontale et à 2 mètres de distance verticale. Si
donc, on suppose la masse du déblai et celle du remblai
réduites chacune à leur centre de gravité, et si l'on appelle
D la distance horizontale de ces deux points et i/leur dis-
tance verticale, il est évident qu'il faudra pour le mouve-
ment total de la terre un nombre de pelleteurs de relais égal

Au commencement du travail, le nombre de travailleurs


ainsi calculé sera un peu grand, mais à la fin il sera trop
faible, et une compensation s'établira. Si on emploie des
travailleurs d'infanterie, il faudra réduire le relais vertical
à im6o et, par suite, la formule précédente deviendra

Eh résumé, on placera dans chaque atelier, pour une


i r N • ! H + %D „
terre a n hommes, (n— i) piocheur et pelleteurs,
auxquels on ajoutera, pour deux ateliers, un homme chargé
d'égaliser les terres sur le remblai et un autre pour les da-
mer : soit un régaleur et un dameur.

Exécution des terrassements

La fouille dû déblai s'exécute par couches horizontales de


5o centimètres, en taillant les talus d'escarpe et de contres-
carpe en gradins {fig. 84), de manière à ménager le plan du
igO Ire PARTIE — FORTIFICATIONPASSAGÈRE
talus lui-même; on recoupe ensuite ces gradins et on donne
le talus définitif. Le remblai s'exécute de la même manière
par couches horizontales, qu'on dame au fur et à mesure,
en ayant soin de disposer les mottes de gazon ou les gros
blocs de terre vers les talus, afin de donner plus de consis-
tance à ceux-ci.
La rapidité d'exécution des terrassements varie avec'la
nature de la terre et le genre de travailleurs employés, car
des hommes peu exercés travaillent beaucoup moins lors-
qu'ils sont resserrés. L'École de fortification de campagne

Fig. 84. — Exécutiondu terrassement.

admet : comme travail à la journée, pour des travailleurs


d'infanterie, omc4oo par heure de terre pelletée à un relais;
et comme travail à la tâche, omc8oo, et même i mètre cube;
mais ce chiffre est rarement atteint.

Procédés pour activer l'exécution des retranchements

Les opérations qui viennent d'être indiquées, méthodiques


mais longues, conviennent surtout pour l'exécution des
retranchements à très fort profil construits à loisir, par
exemple, dans la fortification semi-permanente.
Il est des cas où, tout en construisant des retranchements
de plus fort profil que ceux décrits à propos de la fortifica-
tion de champ de bataille, on cherchera à.gagner du temps
CONSTRUCTION
DES OUVRAGES igi
dans l'exécution des travaux, tant sur la durée du travail
lui-même que dans les dispositions préliminaires.

Tracé et profilement. — On adopte alors un


profil
constant, et le tracé est fait directement sur le terrain
comme pour de simples tranchées-abris.
On ne construit pas les profils d'angle. On simplifie les
profils conservés en se dispensant de figurer par des trin-
gles le plan de la plongée et celui de la banquette.
On apporte néanmoins une certaine attention à bien mar-
quer, d'un trait de pioche, les bords des deux excavations,
intérieur et extérieur, afin de faciliter le travail des ateliers.

Exécution. — On met en chantier le


plus grand nom-
bre possible de terrassiers. Ils travaillent ainsi dans des
conditions moins commodes, le rendement individuel est
diminué, mais, grâce au nombre, l'exécution est accélérée.
Le nombre des travailleurs à adopter est naturellement
d'autant plus grand que le profil est plus fort, les excava-
tions plus grandes,
« On emploie ordinairement trois, quatre ou cinq travail-
leurs par mètre courant de crête et on conserve une réserve
de un dixième pour remplacer les hommes fatigués ou aider
les autres sur les points où le terrain présente plus de diffi-
cultés. •
« Les travailleurs... sont répartis à leur arrivée sur le
chantier en ateliers de douze, seize ou vingt hommes corres-
pondant à une longueur de crête de 4 mètres.
« Dans chaque atelier, les hommes du premier rang atta-
quent la tranchée intérieure, ceux du second rang le fossé, »
(Ecole de fortification de campagne.)
Pour tenir compte du surcroît de besogne résultant des
angles saillants, lorsque la répartition générale est faite, on
peut installer en ces points des ateliers supplémentaires qui
trouvent à s'y loger aisément.
Enfin, dans ces divers travaux, il faut observer soigneu-
192 Ire PARTIE FORTIFICATIONPASSAGERE
sèment de délimiter dès la mise en chantier la tâche de
chaque atelier qui devient dès lors responsable de son exé-
cution.
L'exécution du retranchement de im 70 {fig. 70, p. 16g)
exigerait environ trois heures à raison de cinq travailleurs
par mètre courant de crête.

Retranchement progressif. — Les circonstances


dans lesquelles on exécute les retranchements à la guerre
sont telles qu'on ignore souvent le temps dont on pourra
disposer pour leur établissement.
On peut s'attendre à être attaqué à chaque instant et
cependant désirer construire un retranchement ayant une
certaine importance.
La méthode déjà indiquée, qui consiste à monter le para-
pet par couches horizontales, ne conviendrait pas en pareil
cas, On doit diriger le travail de manière à se créer rapide-
ment un couvert. ,
Un premier procédé (fig. 85) consiste à passer par les
profils des tranchées-abris dans l'ordre naturel :
. Tranchée pour tireur assis ;
Tranchée pour tireur à genou ;
Tranchée pour tireur debout ;
Tranchée renforcée.
Une fois ce dernier profil obtenu, si le relief définitif, de
la crête de feu doit être supérieur à 60 centimètres, il faut
entailler le parapet obtenu et en reprendre les terres pour
le surélever.
Ce remaniement du parapet n'est pas sans inconvénients,
car il entraîne un surcroît de besogne et, au cours de son
exécution, les tireurs sont mal protégés; il ne doit donc
être entrepris qu'à un moment où l'irruption de l'ennemi
n'est pas à craindre.
Un autre procédé {fig. 86) consiste à monter le parapet
dans sa forme définitive et sans s'astreindre à passer par le
profil des tranchées-abris.
s*
>
y.
G
PI
C*
K
O

a
O
a


85.
Fig. Exécution
d'un
retranchement
progressive (premier
-procédé).

—Exécution
86.
Fig. d'un
retranchement
progressive (deuxième
procédé).
ig4 I'e PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
Mais alors, on doit diriger le travail de manière à créer
rapidement un couvert de 60 centimètres de hauteur et de
80 centimètres d'épaisseur, puis épaissir ce parapet. Si on
est interrompu dans la phase d'épaississement, les tireurs
prennent la position assise.
Ensuite, on porte, le plus rapidement possible, la hauteur
du parapet à 1 mètre, sur 80 centimètres d'épaisseur, après
quoi, on épaissit ce parapet. Si on est interrompu pendant
cette nouvelle phase, les tireurs prennent la position à genou.
On passe de même à la hauteur de ira 4o correspondant à
la position debout.
CHAPITRE XIII

DÉFENSES ACCESSOIRES

Après avoir étudié les dispositions essentielles que doivent


présenter les ouvrages de campagne, il reste maintenant à
énumérer et à décrire les traAraux que l'on a coutume d'exé-
cuter pour renforcer ces ouvrages et compléter leur organi-
sation.
En première ligne figurent, parmi ces derniers, ceux qui
portent le nom de défenses accessoires. On comprend, sous
ce titre général, tous les dispositifs ou arrangements du ter-
rain destinés à entraver la marche de l'assaillant aux abords
de l'ouvrage et à le retenir plus longtemps sous le feu du
défenseur. Le but des défenses accessoires n'est pas d'ar-
rêter l'ennemi, elles ne sauraient avoir pour cela une puis-
sance suffisante, mais simplement de le retarder. Elles
donnent, de la sorte, aux défenseurs abrités par le parapet
en avant duquel elles sont établies, le temps d'agir puis-
samment par leurs feux, et leur sont, par conséquent, d'un
grand secours. Il est évident, d'après cela, qu'on les emploie
rarement seules, à moins de leur donner de très grandes
dimensions. Dans ce cas, elles peuvent servir à protéger des
points de la ligne de bataille pour la garde desquels on ne
dispose pas d'un effectif suffisant. Elles peuvent enfin rendre
d'utiles services pour intercepter une routé, une voie de
communication, etc., dont, on veut interdire à: l'ennemi la
trop facile disposition.
— On
Palanques. place ordinairement au premier rang,
parmi les défenses accessoires, les palanques {fig. 87), qui
I96 Irc PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
sont à proprement parler de véritables parapets d'une or-
ganisation différente de celle des parapets en terre. Les
palanques sont formées de fortes pièces de bois, de 20 à
3o centimètres d'épaisseur, équarries plus ou moins gros-
sièrement, enfoncées en terre par une de leurs extrémités
et juxtaposées aussi complètement qu'on peut le faire. Sur
chaque joint, on place un rondin de plus faible équarrissage
destiné à augmenter l'épaisseur du bois en cette partie. La
hauteur des palanques varie de 3m5o à 4 mètres; on les
enfonce en terre de 1 mètre à im5o. De mètre en mètre on
perce des créneaux, et, pour éviter que l'ennemi ne puisse

Fi(j. 87. — Palanques.

s'en servir en les embouchant, on les place à im70 ou im8o


au-dessus du sol, ce qui exige la présence d'une banquette
du côté du défenseur. Cette banquette doit, toujours être-an
moins à 2 mètres en dessous du sommet des palanques,
pour que les défenseurs qui sont montés dessus restent bien
abrités. Les créneaux ont 7 à 8 centimètres au moins d'ou-
verture ; on les évase légèrement vers l'extérieur. On creuse
devant les palanques un fossé dont on rejette les terres
contre les bois, ce qui augmente leur résistance aux pro-
jectiles et accroît la valeur de l'obstacle. Les palanques.
assez employées autrefois, sont insuffisantes contre les nou-
velles balles et peuvent, toujours être ruinées par le canon.
On obvie en partie à cet inconvénient en donnant au para-
DEFENSESACCESSOIRES ig7
pet une épaisseur d'au moins 5o centimètres à la partie
supérieure et en le renforçant au besoin à l'aide de pierres
cassées. L'École de fortification de campagne prévoit même
la possibilité de doubler en quelque sorte la palanque d'un
matelas en pierres cassées maintenues par un. coffrage enbois.
Cette solution, théoriquement bonne, semble d'une réalisa-
tion difficile et exigerait un travail bien considérable.
Il faut environ trois à quatre corps d'arbre par mètre de
palanques. Pour leur établissement, l'atelier peut être com-
posé de : 2 terrassiers pour faire la fouille, 2 hommes pour
placer les corps d'arbre et damer la terre autour, et 1 char-
pentier pour faire les créneaux. Cet atelier, muni de :
3 pelles, 3 pioches, 1 scie, 1 ciseau, 1 masse et 1 hache, peut
construire de 5 à 7 mètres de palanques par jour. Il faut tenir
compte, en outre, du transport des corps d'arbre à pied
d'oeuvre, qui exige toujours un temps assez long.

Tambours. —On désigne sous le nom de tambours des


ouvrages en palanques ayant le plus souvent trois faces, et
que l'on place fréquemment aux angles des lignes à flanquer
ou à l'intérieur des ouvrages.

Abatis. — Ce sont des arbres abattus et placés de ma-


nière à présenter à l'ennemi l'extrémité de leurs branches

Fiçj.88. — Abatisnaturel.

taillées en pointe. On les appelle abatis naturels, quand ils


sont établis sur le point même où les arbres dont ils sont
formés ont été abattus; dans ce cas, on laisse le tronc adhé-
rent à la souche pour rendre leur destruction plus difficile
{fig-88).
I98 lre PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
Les abatis artificiels ou de transport (fig. #0) sont faits au
moyen d'arbres transportés sur le terrain où on les veut éta-r
blir; on emploie, dans ce dernier cas, des arbres dont le
tronc n'a pas plus de i5 à 20 centimètres de diamètre.
Il faut environ de trois à quatre, arbres par mètre courant
de ligne d'abatis, mais on peut faire des abatis sur plusieurs
rangées de profondeur. Les troncs sont fixés au sol au moyen
de piquets à crochet et de fil de fer, ou au moyen de perches
transversales. A défaut de corps d'arbre ou de grosses
branches, on peut faire des abatis avec de petites branches,
en attachant leurs extrémités à des pièces transversales et en
couvrant de terre ces extrémités.
Les abatis forment une excellente défense accessoire, mais
ils ont besoin d'être garantis du feu de l'artillerie ennemie

Fig. 8g. — Abatis de transport,

par une levée de terre, ce qui augmente un peu le temps


nécessaire à leur construction. On les place ordinairement :
dans les fossés des ouvrages, pour augmenter l'obstacle; en
avant des glacis, couverts par un épaulement; en travers
des voies de communication que l'on Areut barrer, etc., etc.
Le temps nécessaire à la confection des abatis dépend
surtout du temps employé pour'l'abatage et le transport
des arbres. Le temps nécessaire pour le transport ne peut
évidemment être indiqué d'une manière générale ; celui de
l'abatage varie avec les différents outils dont on se sert.
i° Avec la hache de bûcheron, deux charpentiers (ou bû-
cherons) sont nécessaires, et l'abatage dure de vingt-cinq mi-
nutes à deux heures et demie, pour des arbres d'un diamètre
variant entre 4o centimètres et 1 mètre. Il est bon d'adjoindre
à l'atelier plusieurs manoeuvres, qui s'attellent sur des cordes
DEFENSESACCESSOIRES 199
attachées, à la partie supérieure de l'arbre et assurent la di-
rection de sa chute ;
20 Avec la scie passe-partout, un arbre de 4o centimètres
à 1 mètre de diamètre est coupé en huit à quarante-cinq mi-
nutes, suivant sa grosseur. Il faut : 4 hommes pour la ma-
noeuvre de la scie; i pour enfoncer des coins en bois dans
l'entaille, afin d'empêcher que le poids de l'arbre ne vienne
serrer la lame, et 4 auxiliaires tirant sur des cordages fixés
à l'arbre, comme il vient d'être dit, pour le faire tomber du
côté convenable ;
3° Avec la scie articulée, qui peut suffire pour abattre des
arbres d'un diamètre inférieur à 5o centimètres, il faut comp-
ter sept, à quinze minutes, suivant, la grosseur. A la rigueur,
quatre hommes suffisent ; mais il vaut mieux en mettre quatre
à la manoeuvre de la scie et deux aides pour assurer la direc-
tion de la chute.
On ne peut employer les serpes et les haches à main que
pour appointer les branches ou abattre le taillis.
Dans des conditions moyennes, la constitution d'un abatis
à la lisière d'un bois exige un homme par mètre courant et
deux heures de travail.
S'il s'agit d'un bois de futaie, la moitié des hommes seule-
ment sont munis d'outils.
S'il s'agit d'un taillis, presque tous les hommes reçoivent
des outils parmi lesquels les serpes sont nombreuses. L'obs-
tacle est alors constitué par l'abatage des arbres dans une
bande de 12 à i5 mètres de largeur. -

Réseaux de fil de fer. — Les réseaux de fil de fer


(fig. go) sont constitués par des piquets verticaux, de 1 mètre
à i™5o de hauteur, placés en quinconce à 2 ou 3 mètres de
distance les uns des autres, et sur lesquels on vient entre-
lacer des fils de fer de 3 à 5 millimètres qu'on retient après
les piquets au moyen de pointes! On peut rendre le passage
plus difficile en tendant, entre les gros fils de fer, du fil plus
mince, de 2 millimètres de diamètre. Il faut avoir soin d'en-
200 I(e PARTIE— FORTIFICATIONPASSAGÈRE
trelacer sans méthode, afin de rendre la destruction plus
1difficile. Cette défense accessoire est excellente en ce qu'elle
ne donne que fort peu de prise à l'artillerie, qui ne peut la
détruire qu'en y consacrant un grand nombre de projectiles
à la mélinite. Ces réseaux de fil de fer se placent très avan-
tageusement en avant d'un ouvrage, sur les glacis, car ils
n'obstruent pas les vues du défenseur. Il est désirable, dans
ce cas, que la profondeur de l'obstacle soit de ro mètres. On
peut aussi faire des haies de fil de fer, qu'on place sur la
berme, ou au pied des talus d'escarpe ou de contrescarpe,
de manière à arrêter l'ennemi. On les emploie également à la
lisière des bois, les arbres conservés servant de piquets.

Fig. 90. — Réseaux de fil de fer.

Pour faire des réseaux de fil de fer ayant 10 mètres de


profondeur, il faut environ, par mètre courant : 10 pieux,
70 mètres de fil de fer de 3 à 4 millimètres, 100 mètres de
fil de 2 millimètres, 10 à i5 mètres de fil à ligature et des
pointes. On constitue des brigades de quatre hommes sous
la conduite d'un chef, chacune d'elles est munie de: 1 masse
carrée, 1 maillet, 1 scie à tenon, 4 pinces, 1 vrille, 1 marteau,
1 tenaille.
Chaque pieu est enfoncé par deux hommes; le gros fil
est développé par deux hommes tandis que deux autres le
fixent au moyen de pointes sur les pieux. Lorsque le travail
est assez avancé, des hommes isolés posent le fil mince.
Chaque brigade fait environ 10 mètres carrés à l'heure.
DEFENSESACCESSOIRES 201
Trous de loup. — Les trous de loup (fig. gi") sont des
excavations coniques, de 2 mètres de diamètre à la partie
supérieure et 70 centimètres au fond, ayant une profondeur
moyenne de im3o. On les dispose en quinconce, les centres
à 3 mètres de distance les uns des autres. La terre qui pro-
vient de l'excavation est rejetée entre les trous, de manière
à former un bourrelet qui en augmente la profondeur. Au fond

Fig. 91. — Trousde loup.

du trou, on place habituellement des piquets terminés en


pointe vers le sommet; on fait de même sur les portions de
terrain environnant ces trous. Les trous de loup forment
une défense accessoire indestructible par l'artillerie, mais
ne produisant qu'un ralentissement dans la marche de l'en-
nemi. Ils ont l'inconvénient de pouvoir servir d'abri à des
tirailleurs ennemis.
Un homme, muni d'une pelle et d'une pioche, fait un trou
de loup en trois ou quatre heures.
202 Ire PARTIE --- FORTIFICATIONPASSAGÈRE
Petits — Les petits
piquets. piquets, dont la. hauteur
doit être variable, entre 4o et 60 centimètres, et que l'on
serre de manière à en placer seize en moyenne par mètre
carré, sont une bonne défense quand ils sont cachés par
l'herbe ou recouverts d'eau. On «mploie quelquefois, dans
le même but, des planches armées de clous. Ce genre.de
défenses accessoires convient surtout pour le fond du fossé
ou le glacis.

Palissades. — Les palissades


(fig. $2) étaient autrefois
très fréquemment employées ; elles le sont moins aujourd'hui,
en raison de la facilité avec laquelle l'artillerie les détruit.

Fig. 92. — Palissades.

Cependant dans un fossé, au pied d'une escarpe ou d'une


contrescarpe, elles peuvent encore rendre certains services.
On les forme au moyen de palis, pièces de bois de 2m5o de
longueur environ, qu'on enfonce en terre de 80 centimètres
à 1 mètre.
Ces palis sont généralement triangulaires et ont une lar-
geur de 10 à i5 centimètres ; on les appointe à la partie su-
périeure et on les réunit par un liteau horizontal. Il faut
environ trois ou quatre palis par mètre de palissade.
Pour confectionner les palis, on organise des brigades de
quatre hommes qui, en un jour, en produisent quarante en-
viron. (Outils : 4 haches, 1 scie de long, 2 masses carrées,
8 coins en bois.)
DÉFENSESACCESSOIRES 203
La pose des palissades se fait par brigades de trois hommes,
dont un charpentier, munis de : i pelle, i pioche, i tarière,
i marteau, i hache et i serpe. La brigade de trois hommes
peut poser 12 mètres environ de palissades par jour.

Fraises. — Les fraises


(fig. g3) sont des palissades qu'on
place horizontalement sur la berme, surplombant le fossé ;

Fig. g3. — Fraises.

elles sont toujours difficiles à défiler des coups de l'artillerie


et sont par suite assez peu employées.

Chevaux de frise. — Les chevaux de frise (fig. g4),


formés d'une poutre horizontale traversée par des lances en

Fig. Çj/\.— Chevauxde frise.

bois, ne servent plus guère aujourd'hui que de fermeture


aux ouvrages ; ils ne résistent, ni à l'artillerie ni aux agents
explosifs.
204 lre PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
Chausse-trapes. — Les chausse-trapes ( fig. g5) soni des
pièces de fer ou de fonte, présentant quatre pointes dispo-
sées de telle sorte que l'une d'elles se trouve toujours en Pair,
quelle que soit la manière dont la chausse-trape est placée.

Fig. g5. — Chausse-trape.

Ellessont longues à construire, lourdes à transporter, effort


peu en usage aujourd'hui.

Planches à clous. — Les planches à clous sont for-


mées d'une planche dans laquelle on a enfoncé de longues
pointes à quelques centimètres les unes des autres, et que
l'on place sur le sol. Pour empêcher que l'ennemi, en ap-
puyant sur les pointes, ne les enfonce et ne les fasse sortir
de la planche, on a soin de clouer une seconde planche sous
la première, par-dessus les têtes de ces pointes. Les Alle-
mands ont fait un assez grand usage de cette défense acces-
soire dans l'organisation de leurs positions autour de Paris
en 1870-1871.

Fougasses. — On donne le nom de « fougasses » à des


dispositifs de formes variées, consistant essentiellement en
une sorte de puits contenant une certaine quantité de poudre
(ou autre agent explosif) qui, enflammée en temps opportun,
projette sur l'assaillant des pierres ou différents autres pro-
jectiles. L'effet de ces fougasses a donc lieu à distance et ne
peut être empêché par l'ennemi.
DÉFENSESACCESSOIRES 205
Les fougasses ordinaires sont formées tout simplement de
charges de poudre de 10 à 20 kilos, placées dans le sol à
2 ou 3 mètres de profondeur. On peut arriver à établir très
rapidement un dispositif de cette nature au moyen de la
barre à mines. Cet appareil, est formé d'une série de tubes
creux se vissant les uns aux autres, et terminés à l'extrémité
par un pistolet de mine, masse d'acier pleine destinée à.
broyer les terres et les pierres. En soulevant et laissant re-
tomber cet instrument, on produit en fort peu de temps un
forage. Si on place, à l'extrémité de ce forage, une cartouche
de mélinite, et qu'on la fasse détoner, une chambre se produit.
Il suffit alors de replacer la barre à mines, dont on a préala-
blement enlevé le pistolet, de verser la poudre, par le tube
creux, dans la chambre formée par la mélinite, et la fougasse
est disposée. On peut ainsi établir une fougasse en moins
d'une demi-heure, avec une brigade de quatre hommes.

hesfougasses-pierriers lancent des pierres dans la direc-


tion même de l'assaillant ; leur portée est plus grande que
celle des fougasses ordinaires, et leur effet est aussi plus
considérable. Elles sont toutes organisées de manière à pré-
senter une surface inclinée, dans laquelle on méuage la
chambre aux poudres; par-dessus cette charge, on place un
fort plateau de bois de chêne, qu'on charge de pierres. Elles
ne varient que par la profondeur de l'excavation et la charge.
Cette dernière peut se calculer par la formule P = -=-, ou
P = 1 + 10 V. (P est le poids de poudré en kilogrammes;
TCle poids de pierres; V le volume de pierres en mètres
cubes.)
On donnait autrefois deux types différents de fougasses-
pierriers : dans le premier les terres extraites de l'excavation
formaient en arrière de celle-ci un bourrelet destiné à empê-
cher que l'explosion ne produisît ses effets en arrière. On a
reproché à ce dispositif d'être très visible de loin et on l'a
supprimé de l'École de fortification de campagne. Il avait
20Ô I 10 PARTIE • FORTIFICATIONPASSAGÈRE
en outre le défaut d'exiger un temps très long pour son éta-
blissement; on le nommait fougasse en déblai; l& figure 96
en donne une idée suffisante.
L'École de fortification de campagne n'indique plus que

Fig. 96. — Fougasse en déblai.

la fougasse rase (fig. gj) : trois hommes la construisent en


cinq heures. Les terres en sont dispersées pour ne pas atti-
rer l'attention de l'ennemi. Son angle de tir étant de 6o°, il

Fig. 97. — Fougasse rase.

arrive parfois qu'une partie de la charge est projetée en


arrière, par suite de la rupture du talus de tête. On la
charge ordinairement de 7 à 8 kilos de poudre. Lorsque le
terrain sur lequel la fougasse est établie ne doit pas être
parcouru par le défenseur, on en masque l'ouverture à l'aide
'
DÉFENSESACCESSOIRES 2O7
de planches, fascines ou rondins recouverts de terre, ainsi
que l'indique la figure. Son effet est ainsi très augmenté.
La mélinite (ou les explosifs de même nature) permet
d'obtenir rapidement des fougasses ; deux cartouches de

Fig. 98. -—Petites fougassesà la mélinite.Coupeverticalepar l'axe (1/10).

i35 grammes, placées au fond d'une excavation de 25 à


3o centimètres dont les terres sont rejetées vers l'arrière, com-
blée ensuite à l'aide de pierres de moyenne grosseur, donnent

Fig. gg. — Fougasseen tranchée.

un dispositif efficace et rapidement établi (fig. g8), on peut


les multiplier sur la ligne de défense et en échelonner les
explosions successivement..
Dans le même ordre d'idées, on peut creuser une tranchée
triangulaire de 5o centimètres de profondeur au fond de la-
208 Irc PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE

quelle on dépose un cordeau détonant sur lequel, de mètre


en mètre, on place une cartouche de mélinite. Les terres du
déblai sont replacées moitié dans la tranchée, moitié en bo ur-
relet du côté du défenseur. On obtient ainsi un dispositif
(fig. gg) de nature à produire un assez grand effet moral.
C'est de cette manière qu'on peut réaliser le plus aisément
les torpilles terrestres pour lesquelles on avait imaginé jadis
des dispositifs très compliqués, dont le moindre inconvénient
était le plus souvent de ne pas fonctionner.

— Enfin, on
Inondations. peut faire entrer dans la
catégorie des défenses accessoires les inondations, que l'on
•produit en retenant, au moyen d'une digue, les eaux qui
existent dans le voisinage de la position. Lorsque le pays est
peu accidenté, on n'obtient souvent qu'un blanc d'eau,
c'est-à-dire une large étendue de terrain recouverte d'une
légère couche d'eau, qui gêne néanmoins les mouvements
de troupe. Les Allemands avaient utilisé les petits cours
d'eau autour de Paris, la Morée par exemple, pour couvrir,
par des inondations, leur ligne d'investissement pendant le
siège de 1870-1871. :

Emplacement des défenses accessoires. — On


admet généralement qu'il est avantageux de placer les dé-
fenses accessoires (à l'exception bien entendu de celles qui
complètent l'obstacle du fossé) à une certaine distance du
retranchement, de 5o à 100 mètres; on obtient ainsi le ré-
sultat d'arrêter l'assaillant qui cherche à les détruire ou à
s'ouvrir un passage au travers, sous le feu le plus efficace du
défenseur sans que, par sa proximité trop immédiate de ce
dernier, il exerce sur lui une influence morale capable de
-rendre son tir incertain.
Il convient de signaler toutefois l'opinion contraire sui-
vant laquelle il y a intérêt à rapprocher le plus possible
la défense accessoire de la crête. Parmi les arguments en
faveur de celle manière de voir il en est un dont la valeur
DÉFENSESACCESSOIRES 209
est indiscutable, c'est que : devant un saillant, l'étendue des
défenses accessoires et par suite le travail nécessaire à leur
exécution croît proportionnellement avec leur distance à la
crête de feu. Mais on fera remarquer, à ce propos, que : de-
vant un angle rentrant, c'est précisément l'inverse qui se
produit.
Il ne paraît pas d'ailleurs qu'aïrec les armes actuelles il soit
sensiblement plus aisé de procéder au travail de destruction
ou de franchissement à ioo mètres qu'à 10 mètres et il vaut
mieux, pour le défenseur, qu'après cette opération l'assail-
lant ait encore une certaine distance à parcourir sous.le feu.
Le règlement étant muet sur ce point, il paraît donc
permis de conserver la disposition généralement admise.

Effets du tir de l'artillerie contre les défenses


accessoires

Ainsi qu'on l'a fait précédemment pour les murs et les re-
tranchements, on croit devoir indiquer les effets du tir de
l'artillerie contre les principales défenses accessoires. Les
renseignements ci-dessous sont extraits textuellement d'une
note ministérielle du 7 novembre 1896 à laquelle il a été fait
déjà de nombreux emprunts.

« Réseaux de fil de fer. — Les obus allongés sont,


seuls efficaces contre les réseaux de fil de fer et il suffit,
pour la destruction de ce genre d'obstacles, d'employer le
canon de 90. Toutefois, il y a lieu de remarquer que le ré-
glage du tir sera difficile par suite du peu de visibilité du
but, et il conviendra, dans ce cas, de se servir d'éclaireurs
d'objectifs qui devront se rapprocher le plus possible duré-
seau de façon à pouvoir fournir des indications.sur le sens
des coups. Il importe de ne pas oublier qu'il faut un nombre
considérable de projectiles pour obtenir une brèche prati-
cable d'une faible largeur. »
MANUEL DEFORTIFICATION [i
210 Ire PARTIE FORTIFICATION PASSAGERE
« Abatis. — Il est difficile, avec les obus allongés de 90,
sans faire une consommation exagérée de munitions, d'ou-
vrir une brèche praticable dans les abatis organisés solide-
ment et abrités derrière un glacis.; ce résultat pourra être
plus facilement obtenu par l'emploi d'obus allongés de 120
court pour le tir desquels il conviendra toujours d'employer
la charge normale.
« De même que dans le tir contre les réseaux de fil de fer,
il y aura lieu de prendre dés dispositions spéciales pour
l'observation des coups,^qui sera généralement difficile. »
CHAPITRE XIV

REVÊTEMENTS

L'étude des divers profils, qui a été faite dans le cha-


pitre X, a mis en évidence que certains talus de la fortifica-
tion doivent, avoir une pente plus forte que celle sous
laquelle se tiennent naturellement les terres (2/3 pour les
terres légères, 4/5 ou i /1 pour les terres moyennes, 3/2 pour
les terres fortes). Pour arriver à maintenir les terres dans
ces conditions, on est obligé de revêtir les talus, c'est-à-dire
de les former avec des matériaux capables de les empêcher
de s'ébouler.

Fascinages. — Pour l'exécution de ces revêtements,


on emploie le plus souvent le bois, qui ne fait généralement
pas défaut en campagne. Les menus bois, qui conviennent
le mieux pour cet usage, sont mis en oeuvre sous le nom de
fascinages.
Ces fascinages sont de formes ou de constitutions varia-
bles suivant leur affectation habituelle. Ceux qui servent à
l'exécution des revêtements dans la fortification passagère
sont de trois sortes : les gabions, les fascines et les claies.
Les gabions (fig. ioo, page 212) sont des espèces de
grands paniers cylindriques et sans fond, formés d'un cer-
tain nombre de piquets (7 ou 8) autour desquels on a en-
roulé, en les recroisant, des branchages flexibles ou clayons.
Les gabions donnent de bons revêlements, solides, faciles
à exécuter et à réparer, et ne consommant pas beaucoup de
bois. Il existe en France deux modèles de gabions régie-
212 Ire PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
mentaires : i° le gabion du génie, qui a 60 centimètres
de diamètre, 80 centimètres de hauteur de clayonnaqe et
1 mètre de hauteur de piquets ; 20 le
gabion de l'artillerie, qui a 56 centi-
mètres de diamètre, 1 mètre de clayon-
nage et im i5 de hauteur de piquets. Un
atelier de deux hommes fait, habituelle-
ment un gabion en une heure ou même
quarante-cinq minutes, un homme pré-
parant, pour deux ateliers, les harts, ou
Fig. 100. — Gabion. liens qui servent à fixer le clayonnage
aux piquets.
Les fascines (fig. 101) sont des fagots réguliers, ayant
2m5o de long et 20 centimètres de diamètre, maintenus soli-
dement par quatre harts en fil de fer ou en branches flexibles,
placées à 60 centimètres de dislance les unes des autres et
à 35 centimètres des extrémités. Les fascines donnent de
bons revêtements, un peu moins faciles à bien exécuter que
les revêtements en gabions, mais fort solides ; elles ont ce-
pendant l'inconvénient de consommer beaucoup de bois.

Fig. 101. — Fascine. Fig. 102. — Claie.

trois hommes contectionnent habituellement une lascine


de cette dimension en une demi-heure.
Les claies (fig. 102) sont de grands clayonnages pleins,
qui peuvent suffire dans maintes circonstances pour conso-
lider et retenir les terres d'un talus. Elles consomment fort
peu de bois, mais aussi maintiennent les terres bien moins
solidement que les gabions et surtout que les fascines.
REVETEMENTS 2l3
Elles peuvent être construites à l'avance, de la même ma-
nière que les gabions, et leur construction demande le même
temps ; on peut aussi les établir à l'emplacement même
qu'elles doivent occuper.

Revêtements en gabions. — Pour revêtir un talus à


l'aide de gabions (fig. io3), on prépare d'abord, en creu-
sant les terres, la place qu'ils devront occuper ; puis on les
gauchit, c'êst-à-dire qu'on les frappe obliquement sur le

Fig. io3. — Revêtementen gabions. Fig. 104.—•'Revêtementen fascines.

sol, de manière à leur donner l'inclinaison que doit avoir


le talus et à augmenter leur résistance à la poussée des
terres. On met ensuite ces gabions en place et on les
remplit de terre que l'on dame fortement; on a soin égale-
ment de bien damer les terres du parapet derrière les ga-
bions.
Lorsque le talus à revêtir a une hauteur supérieure à
80 centimètres (hauteur des gabions), ce qui est le cas gé-
néral, on peut établir une seconde rangée de gabions au-
dessus de la première et un peu en retraite, ou, lorsqu'il
s'agit d'un talus intérieur de ini 4o, couronner les gabions à
2l4 Ire PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
l'aide d'une ou deux rangées de fascines maintenues par les
piquets des gabions.
Nota. — On peut exécuter, par le même procédé, des re-
vêtements avec des tonneaux vides, lorsque l'on en a à sa
disposition, et obtenir un résultat satisfaisant.

Revêtements en fascines (fig. io4, page 2/3). — Ce


revêtement s'exécute en creusant, au pied du talus à revêtir,
une rigole dans laquelle on place une première rangée de
fascines maintenues solidement au moyen de piquets qui
les traversent. Par-dessus cette première rangée, on en
place une autre qu'on relie à la précédente par des piquets ;
on a soin de ne pas placer les extrémités des fascines les
unes au-dessus des autres, mais au contraire de les re-
croiser.
On élève ainsi progressivement le revêtement, en ayant
soin de damer fortement la terre en arrière, au fur et à
mesure.
Pour empêcher les fascines de se renverser, on plante
dans l'intérieur du parapet de forts piquets, auxquels on
attache des harts, dites de retraite, qui viennent s'enrouler
autour d'une fascine; en plaçant ces harts à im5o de dis-
tance environ, sur une rangée, et en attachant ainsi les dif-
férentes rangées de fascines de quatre en quatre, on arrive
à donner au revêtement toute la solidité nécessaire.

Revêtements en claies. — Lorsque les claies ont été


faites à l'avance, on les amène à l'emplacement du talus, on
. enfonce leurs piquets en terre et on maintient chaque claie
par des piquets et des harts de retraite, comme on l'a indiqué
précédemment pour les fascines. Les différentes rangées de
claies sont placées les unes au-dessus des autres, en alter-
nant les joints et en ayant soin que chaque rangée soit un
peu en arrière de celle qui est immédiatement au-dessous.
Lorsque les claies sont construites sur place, on plante
les piquets à la distance et sous l'inclinaison voulues, on
REVÊTEMENTS 2l5
l'ait le crayonnage, et, au fur et à mesure qu'il s'élève, on
maintient les piquets par des harts de retraite. "

Le même procédé est applicable aux revêtements en bran-


chages, qu'on obtient en plantant d'assez forts piquets
maintenus par des harts, et derrière lesquels on amoncelle,
le long du talus que devront avoir les terres, de menues
branches qui sont appuyées contre les piquets par lapoussée
même des terres.

Revêtements en treillis métalliques. — On lait


fréquemment usage aujourd'hui de revêtements en treillis
métalliques obtenus par le même principe : piquets de dis-
tance en distance retenus par des harts, contré lesquels on
appuie le treillis, qui suffit à retenir les terres. Ce mode de
revêtement est d'une exécution très rapide. On utilise le
treillis du commerce, à maille de 3 à 4 centimètres de pré-
férence; si les mailles sont plus grandes, on le double. Il
est préférable pour la solidité du revêtement d'employer les
longues bandes de treillis en évitant de les fractionner.
Gazons ; briques crues ; sacs à terre ; pierres
sèches. — En dehors des
fascinages dont on vient d'in-
diquer l'emploi, on peut utiliser pour les revêtements d'au-
tres matériaux d'un usage moins commode et moins rapide,
mais qui permettent de suppléer aisément les premiers.
Les principaux sont les gazons, les briques crues, les sacs
à terre, les pierres sèches.
Les gazons sont coupés de préférence dans les emplace-
ments où l'herbe est courte et serrée ; on les détache à l'aide
d'une pelle droite ou louchet, en les découpant en boutisses
(de 3o sur 4o centimètres) et panneresses (3o sur 3o cen-
timètres). L'épaisseur des gazons varie de 12 à i5 centi-
mètres ; il en faut cinquante par mètre carré de revêtement.
Les briques crues sont obtenues en malaxant de la terre
argileuse dans de l'eau, de manière à lui donner une cousis-
2i6 Ile PARTIE FORTIFICATIONPASSAGERE
tance assez molle pour qu'on puisse la mouler dans des for-
mes ayant 4o centimètres de long, 20 de large et 10 de haut.
Les briques moulées sont ensuite séchées pendant un cer-
tain temps, ou employées de suite.

Les sacs à terre, dont l'emploi est très fréquent dans la


fortification, et qui se prêtent aux usages les plus variés,
sont en grosse toile et munis d'une coulisse dans laquelle
passe une ficelle permettant de les fermer. Vides, ils ont
65 centimètres de long et 3g de large; pleins et empilés, ils
ont 3o centimètres de haut, 20 de large et 45 de long; il
en tient cent cinquante par mètre cube.

Revêtements en gazons (fig. io5). — Les gazons


ayant été coupés comme il a été dit plus haut, on ménage

Fig. io5. •—Retranchementen gazon ou briquescrues.

leur emplacement et on les pose, l'herbe en dessous, en


alternant les boutisses et les panneresses. Les différents lits
sont superposés pleins sur joints, pour donner plus de cohé-
sion à l'ensemble. On dame la terre par derrière, au fur et
à mesure qu'on élève le revêtement, et on arrive ainsi aie
lier fortement, aux terres. Lorsque le talus est revêtu, on
abat à la serpe ou au louchel les irrégularités qu'il présente ;
c'est pour cette raison qu'on a eu la précaution de mettre
l'herbe des gazons en dessous, afin de pouvoir les recouper
plus aisément.
REVÊTEMENTS 21 7
Revêtements en briques crues, sacs à terre,
pierres sèches. — Ces revêtements s'exécutent exacte-
ment de la même manière que les revêtements en gazons,
en ayant soin de placer alternativement en long et en large
les sacs à terre ou les briques, et en recroisant les joints
dans les lits successifs.

Revêtements en pisé et en charpente. — On citera


pour mémoire, en terminant, les revêtements en pisé, obte-
nus en amoncelant, entre Pépaulement et un coffrage en
planches placé le long du talus, un mélange de terre glaise
et de paille hachée, délayé dans de l'eau, qui, en séchant,
donne un revêtement très résistant.
Dans les ouvrages de fortification semi-permanente, où
les talus ont de grandes dimensions, on emploie des revê-
tements en charpente dans le détail desquels il n'y a pas
lieu d'entrer ici.

Remarque. — Les travaux ci-dessus sont exécutés, le


plus souvent, au cours même de la construction de l'ouvrage,
par des ateliers spéciaux, et n'augmentent pas sensiblement
le temps nécessaire à cette construction.
CHAPITRE XV

ORGANISATION INTÉRIEURE DES OUVRAGES

DE POSITION

On a vu, dans les chapitres précédents, de quels éléments


essentiels sont composés les ouvrages et quelles dispositions
générales il convient d'adopter pour leurs diverses parties
constitutives. Lorsqu'un ouvrage, établi d'après ces prin-
cipes, est terminé, il reste à l'organiser intérieurement,
c'est-à-dire à ajouter à ce gros oeuvre divers perfectionne-
ments, qui sont de nature à augmenter la sécurité des
défenseurs et la force de résistance de l'ouvrage lui-même.

Bonnettes. — Au premier rang,


parmi ces dispositifs
complémentaires se placent les bonnettes dont il a été ques-
tion déjà au chapitre V, page 72, et qui trouvent leur emploi
sur toute espèce de retranchements.
De sérieuses expériences faites en Autriche ont montré
que ce dispositif diminuait notablement les perles subies
par le défenseur.
Un capitaine de l'armée autrichienne, nommé Tizler, a
proposé de donner à la plongée même du parapet une forme
ondulée qui produit à peu près le même résultat. Il suffi-
rait, pour cela, de tenir la crête intérieure à im 80 au-dessus
de la banquette et de creuser, de mètre en mètre, dans le
parapet même, des rigoles évasées vers l'extérieur. L'exé-
cution de ce dispositif demande évidemment une certaine
habileté et un temps assez long ; aussi ce procédé est-il fort
peu employé.
ORGANISATION INTERIEUREDES OUVRAGES DE POSITION 2ig
L'école de fortification de campagne désigne sous le nom
de masques pour tirailleurs de véritables bonnettes consti-
tuées à l'aide de gabions ou de sacs à terre, disposés avec
régularité sur le parapet, de manière à ne présenter à la vue
de l'ennemi aucun point saillant et laissant entre eux des
créneaux, généralement de mètre en mètre.

Traverses ; parados. — On a signalé déjà, chapitre V,


l'utilité des traverses pare-éclats dans les tranchées-abris
pour garantir les défenseurs contre les coups d'écharpe et
pour localiser les effets latéraux des obus explosifs.

Fig. 106.— Pare-éclats.

Dans les ouvrages de position, appelés à résister plus


longtemps, l'emploi de ces dispositifs est plus nécessaire
encore; il faut y ajouter, en outre, des traverses assez
épaisses pour résister aux obus percutants qui prennent la
crête d'écharpe ou d'enfilade, ou, éventuellement, à revers.
Les pare-éclats (fig. 106) ont 80 centimètres à 1 mètre
d'épaisseur au sommet ; on peut les établir à l'aide de ga-
bions remplis de terre et couronnés de fascines ou avec des
fascines entassées entre des perches plantées en terre verti-
calement. On recommande de leur donner la forme d'une
croix, de manière à arrêter les éclats venant de divers côtés.
2 20 Irc PARTIE FORTIFICATION
PASSAGÈRE
Bien que l'instruction ministérielle ne le mentionne pas, il
paraît nécessaire de ne pas donner aux pare-éclats, non plus
d'ailleurs qu'aux traverses, une hauteur supérieure à celle
du parapet, afin de ne pas former point de repère pour le tir.

Fig. 107.— Traverse.

Les traverses (fig. 107), de même que les parados, reçoi-


vent une épaisseur au sommet de 3 à 4 mètres, et les talus
qui les bordent sont à la pente naturelle des terres, à moins
que ces talus ne soient absolument opposés à la direction

Fig. 108.— Traverseset parados.

des coups, auquel cas on peut raidir leur pente à 3/i ou 2/1
par un revêtement, ce qui augmente la place laissée au
défenseur sur le terre-plein et la banquette. Dans les
ouvrages fermés, on place souvent un parados le long de la
gorge pour garantir les défenseurs des coups passant, au-
dessus du parapet de tête (fig. 108).
ORGANISATION INTERIEUREDES OUVRAGES DE POSITION 221
Abris; magasins. — Les dispositifs
qui précèdent
sont encore insuffisants et il est indispensable de les com-
pléter par des abris sous lesquels les défenseurs pourront
éviter les effets du tir de l'artillerie.
On en a fait ressortir déjà la nécessité, même dans la for-
tification de champ de bataille (voir chap. V, page 74),
mais là, on doit se borner à des abris extrêmement légers.
Ceux des ouvrages de position sont plus résistants et. l'on
dispose pour les établir de moyens plus efficaces.

Fig. 109.— Abris légers,types allemands.

On va passer en revue les types principaux :


a) D'abris légers, du même genre que ceux dont il a été
question, mais d'une construction plus compliquée, emprun-
tés à l'étranger;
b) D'abris plus résistants ;
c) D'abris capables de recevoir les défenseurs également
dans la position d'attente et dans celle de tir; on les dénom-
mera abris actifs.
22 2 I 10 PARTIE FORTIFICATION
PASSAGÈRE
Abris légers. —- L'instruction allemande du 8 juin 1906
sur la fortification de campagne donne de nombreux types
d'abris légers qui ont l'avantage de ne pas interrompre
la crête de feu.
Chacun d'eux est lait d'un ciel en bois, rail ou tôle
ondulée, recouvert de 45 centimètres de terre. Ces abris,
qui peuvent recevoir cinq ou six hommes, sont séparés les
uns des autres par des masses de terre d'au moins 1 mètre
sur lesquelles repose le ciel de l'abri. Ils sont complétés par
des portes mobiles (fig. 10g). Cette solution est ingénieuse,

Fig. 110.— Abrislégers, types russes.

mais elle a l'inconvénient d'exiger, pour des abris à


l'épreuve seulement des balles, beaucoup de matériaux et
une mise en oeuvre délicate.
Les Russes ont employé pendant la guerre de Mand-
chourie des abris légers analogues aux précédents : la
figure 110, empruntée à la Revue militaire des armées
étrangères (mars 1907), en indique deux formes différentes.
L'expérience a l'ait préférer le second type. Avec le pre-
mier, l'arrivée d'un obus près de la crête couvrait de
terre et de débris de bois les hommes assis sur la ban-
ORGANISATION
INTÉRIEUREDES OUVRAGESDE POSITION 223

quette. On a été ainsi conduit à réduire à quelques centi-


mètres l'épaisseur de la terre ou même à la supprimer.
Dans ces conditions le ciel de l'abri pouvait être utilisé
comme appui-coude pendant le tir.

Abris plus résistants. — Les abris légers sont toujours


nécessaires dans un ouvrage important sur lequel on peut
craindre que l'ennemi ne dirige un tir prolongé. Les shrap-
nels et obus à mitraille d'une part, les armes à magasin
de l'autre, couvriront l'intérieur du retranchement d'une
véritable pluie de projectiles sous laquelle il serait impos-
sible de maintenir les hommes à découvert. Il devient néces-
saire, dès lors, de protéger ceux-ci par des abris. Mais ces
abris légers sont insuffisants contre des projectiles percu-
tants : il faut autre chose.
On ne saurait avoir la pensée de construire dans un
ouvrage de campagne des abris capables de résister aux
effets destructeurs des projectiles de l'artillerie chargés
avec les nouveaux explosifs. On se borne donc à chercher
une protection, d'ailleurs facile à obtenir, contre les effets
des projectiles de campagne organisés pour le tir contre les
troupes, tels que les obus à mitraille français.
Un abri satisfaisant à ces conditions se compose essen-
tiellement d'un blindage, c'est-à-dire d'un sorte de plafond
formé de matériaux capables d'arrêter les projectiles. Il
faut, pour cela, une matière résistante, comme le bois, le
fer ou la maçonnerie, surmontée d'une couche de terre assez
épaisse pour amortir le choc. Un projectile de campagne
ordinaire est arrêté par une ou deux couches de rondins de
3o centimètres de diamètre surmontés de im5o à 2 mètres
de terre.
La terre, dans un blindage, peut êj,re remplacée par du
fumier ou des fascines. On place encore, assez souvent, un
lit dé fascines au-dessus du bois du blindage pour empê-
cher la terre de tamiser. Il est essentiel, dans un ouvrage de
campagne, de ne.pointdonner aux abris, comme d'ailleurs à
224 Ire PARTIE — FORTIFICATION
PASSAGÈRE
une partie quelconque du retranchement, de saillie marquée
sur le parapet. Une semblable disposition a pour effet de
faciliter le repérage et le réglage du tir de l'ennemi et,
conséquemment, d'amener une destruction rapide de la
partie qu'on voulait protéger. Les parois des abris sont
généralement enterrées, afin dé les soustraire aux projectiles
ennemis. Le type d'abri le plus simple est la tranchée cou-
verte; on peut d'ailleurs l'aménager de telle sorte que la
ligne de feu ne soit pas interrompue.

Fig. ni. — Tranchéescouvertes,types français.

La figure ni, empruntée à l'École de fortification de cam-


pagne, représente une disposition d'abris de cette nature;
des tireurs à genou peuvent occuper la portion de crête
correspondant à l'emplacement de l'abri.
Le ciel en est formé de solives de 10 centimètres d'équar-
rissage recouvertes de fascines ou de planches et de 3o cen-
timètres de terre : il suffit largement contre les balles et les
éclats, tandis que le parapet protège l'abri contre le tir
ORGANISATION
INTERIEUREDES OUVRAGESDE POSITION 220

percutant.,Cette protection est complète contre les projec-


tiles des canons de campagne dont l'angle de chute est
d'environ 6° (soit une pente de i/io); elle n'est que par-
tielle contre le tir percutant des obusiers dont l'angle de
chute est beaucoup plus considérable, 36° (pente i J2) pour
l'obusier allemand de io5mm, 4o à' 5o° (pente 1/1) pour le
canon de 155 court français.
Il faut donner à ces abris un double débouché, tant pour
hâter la sortie des occupants que pour la rendre possible
en cas d'obstruction d'une issue; de cette-façon, aussi, on
assure dans de meilleures conditions l'aération et l'éclai-
rage. Les issues sont protégées par des pare-éclats.

. Fjg. 112. -- .tranchéecouverte,type russe.

La longueur de l'abri ne doit pas dépasser 8 mètres; on


peut ainsi loger une escouade dans l'abri simple et une
demi-section dans l'abri double. Il va de soi que l'emplace-
ment d'un abri de ce genre doit être recherché ailleurs que
sur les parties d'ouvrages exposées au tir d'enfilade.
Les Russes ont fait, en Mandchourie, un large emploi
d'abris analogues, dont la figure 112 donne un exemple.
Il est installé dans une tranchée approfondie; le blindage
se compose d'un rang de poutres de 5o centimètres d'équar-
rissage réunies par des clameaux, surmonté de 90,centi-
mètres de terre. — Afin d'empêcher celle-ci de tamiser, on
MANUEL DEMORTIFICATION 15
2 26 Irc PARTIE FORTIFICATION
PASSAGÈRE
interpose soit, un rang de madriers, soit une feuille métal-
lique (zinc ou tôle ondulée).
La figure 112 est empruntée à la Revue militaire des armées
étrangères (mars 1907), la tranchée ouverte qui est à la
gauche de l'abri représente probablement une communica-
tion desservant ce dernier.

Fig. 11S. — Abri.

La figure n3 représente des types d'abris qui permet-


tent une évacuation plus rapide par les occupants, mais
qui sont moins aisés à construire.

Abris actifs. — Tous les abris que l'on vient de décrire


ne protègent le défenseur que dans la position d'attente et,
non dans celle de tir. On peut réaliser des dispositifs qui
assurent à la fois cette double protection. Par opposition
aux premiers qui sont passifs, on dénommera ceux-ci abris
actifs.
Un exemple est fourni par les Russes en Mandchourie
ORGANISATION INTERIEUREDES OUVRAGESDE POSITION 227

(organisation de la position de Nanchan). La figure n4 le


fera suffisamment comprendre. Il se compose d'une tran-
chée couverte par une visière formée de deux planches ayant '
ensemble une largeur de 45 centimètres environ. Elles sont

Fig. il4. •—Tranchéerusse avec créneaux.

supportées, de distance en distance, par des piquets maii>


tenus à l'aide de sacs à terre. Entre cette visière et la plon-
gée, se trouve une embrasure permettant au tireur de faire
le coup de feu.
La protection assurée aux tireurs par ce dispositif est

Fig. n5. — Tranchéecouverteaveccréneaux.

assez médiocre; on peut obtenir davantage en recouvrant


entièrement la tranchée, ainsi que le montre la figure n5.
Il faut nécessairement
ménager, dans ces dispositifs, entre
la banquette sur laquelle se tiennent les tireurs et le ciel de
l'abri une hauteur de im8o au minimum pour que les hom-
228 Irc PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
mes debout puissent se loger. Lés embrasures placées de
distance en distance sont moins visibles que dans la tran-
chée russe puisqu'elles se projettent sur un écran sombre,
au lieu de se détacher sur le ciel. Des expériences de tir
réel contre des abris de ce genre ont été faites, en France
notamment : elles ont démontré toute l'efficacité de la pro-
tection qu'ils procurent.

— En outre clés abris


Magasins. pour les hommes, il
peut être nécessaire d'installer clans l'ouvrage des magasins
pour les munitions.
On forme quelquefois, dans l'intérieur du parapet, des
magasins à cartouches, en y plaçant, à portée des tireurs,

Fig. 116. — Magasinsà cartouchesdans le talus intérieurdu parapet.

des caisses ouvertes vers l'inférieur, des tonneaux ou des


gabions noyés dans les terres de la masse couvrante et
remplis de munitions d'infanterie (fig. 116). Les Turcs, à
Plewna, ont fait un grand usage de ce dispositif fort
simple, qui leur a permis de couvrir, à certains moments,
de feux très nourris les abords de leurs retranchements.
On pourrait constituer des niches plus vastes et plus
résistantes soit sous le parapet, soit sous les traverses ou
les parados, en se servant de châssis analogues aux châssis
des galeries de mine ou, en général, d'assemblages en char-
pente formés d'un chapeau supportant le blindage, de mon-
tants maintenant le coffrage latéral et d'une semelle des-
ORGANISATIONINTERIEUREDES OUVRAGESDE POSITION 22g
tinée à empêcher les montants de s'enfoncer en terre.
Lorsque des abris de cette nature doivent recevoir de la
poudre et des munitions, il faut avoir soin de bien protéger
l'entrée contre les coups de l'ennemi et d'installer dans

Fig. 117. — Magasinblindé.

l'abri un plancher, séparé du sol, pour préserver les pou-


dres de l'humidité (fig. ri7).
On doit éviter d'agglomérer dans un ouvrage des muni-
tions sur un même point.
Dans le but de remédier à cet inconvénient, on peut mul-

Fig. 118. — Abri en tranchéecouverte.

tiplier les abris en utilisant certaines parties de la tranchée


qu'on approfondit et qu'on recouvre à cet effet d'un blin-
dage ainsi que l'indique la figure 118.
Toutefois ce dispositif a l'inconvénient de supprimer la
230 Ire PARTIE FORTIFICATION
PASSAGÈRE
crête de l'eu sur toute la longueur qu'il occupe, défaut que
ne présentent pas les types de la figure ni, p. 224.

Blockhaus. —Les blockhaus sont des abris fermés et


blindés, destinés à couvrir des tireurs d'infanterie logés

Fig. 119.—Blockhaus.

Fig. 120.— Plan du blockhaus.

dans leur intérieur. Une ou plusieurs de leurs faces doivent


être découvertes de manière à voir le terrain à battre. On
les installe quelquefois à l'intérieur des ouvrages pour en
défendre l'entrée, et pour servir de réduit (ou de citadelle)
aux défenseurs. Parfois même le blockhaus forme à lui seul
un véritable petit ouvrage destiné à occuper le point que
ORGANISATION
INTÉRIEUREDES OUVRAGESDE POSITION 231
l'on veut défendre; cette disposition, fréquemment em-
ployée en Afrique, dans les guerres contre les Arabes, n'est
admissible que si on n'a pas à craindre le tir de l'artillerie,
qui démolit rapidement ce genre de constructions.
Quand le blockhaus est isolé, son tracé présente des
angles rentrants, de manière que ses différentes faces soient
bien flanquées (Jig. 120). Les parois sont faites de palan-
ques'-ou de poutres superposées, maintenues par des po-
teaux et disposées de manière à ménager un grand créneau
horizontal. Le blindage de la toiture surplombe d'une cer-
taine quantité pour garantir au besoin des éclats de pro-
jectiles. Tout autour du blockhaus, on creuse un fossé
dont on relève les terres contre la paroi pour la protéger.
Si l'on se propose de garantir le blockhaus contre les coups
de l'artillerie, on donne à cette couche de terre une épais-
seur de 2 à 3 mètres ; mais c'est beaucoup de travail pour
obtenir de faibles résultats, le blockhaus n'offrant jamais,
par ailleurs, une solidité suffisante pour résister convena-
blement.
Pendant l'insurrection carliste, en 1876, il a été fait usage,
en quelques circonstances, de blockhaus construits avec des
rails de chemin de fer superposés et maintenus en parois
verticales par des rainures pratiquées dans des piliers de
maçonnerie. Les créneaux horizontaux étaient obtenus en
interposant quelques taquets entre deux des rails de la
paroi, choisis à hauteur convenable.

Coffres — On
flanquants. désigne sous le nom de
coffres flanquants des espèces de blockhaus qu'on place
dans les fossés pour les flanquer et supprimer l'angle mort,
sans modifier dans ce but le tracé de l'ouvrage. (On retrou-
vera la même disposition en fortification permanente dans le
tracé polygonal.) Les coffres flanquants (fig. 121, page 356)
ont toujours des dimensions assez restreintes ; la largeur
du fossé détermine leur longueur, et leur largeur doit être
d'environ 2m5o, s'ils n'ont de: créneaux que sur une face, et
232 -I" "PARTIE— FORTIFICATION
PASSAGÈRE
de 5 mètres s'ils en ont sur les deux faces. On les place de
préférence aux angles saillants, car de cette manière ils
échappent mieux aux coups de l'artillerie qui enfilent le
fossé. Ils communiquent à l'intérieur de l'ouvrage par une
galerie de mine, ou, quelquefois encore, ils débouchent
dans un corridor de circulation ménagé entre le pied du
talus d'escarpe et une ligne de palissades établie en avant
de ce talus. Il faut avoir soin de flanquer leurs abords en

Fig. 121.—.'Coffre-flanquant.

ménageant des créneaux dans la palissade. Leur emploi est


toujours restreint aux ouvrages d'un assez fort relief, car
leur construction demande un temps assez long.

des ouvrages. — Pour


Dispositions pour l'entrée
être bien garantie contre les surprises, l'entrée des ouvrages
fermés doit être disposée de manière qu'on n'y puisse péné-
trer sans défiler devant une crête ou une ligne de palanques
permettant au besoin d'interdire le passage.
Ce résultat peut être obtenu de diverses manières. L'in-
ORGANISATION
INTERIEUREDES OUVRAGESDE POSITION 233
terruption du parapet qui forme l'entrée peut être défendue
en arrière par une traverse séparée Çjîg. 122) ou simple-
ment coudée (^fig. 123), à laquelle on donne un profil dé-
fensif. Autrement, on peut construire en avant de cette
entrée un petit ouvrage, une flè-
che, par exemple (Jîg. 12S), qui
donne des feux de flancs en avant
de la gorge. Lorsque l'ouvrage
est fermé par une ligne de palan-
ques, on donne à cette ligne un
tracé analogue à celui des dis-
positifs qui viennent d'être indi-
qués; et l'on ferme le passage qui
forme porte, par une barrière en
bois. Fig. 124.
Pour permettre de traverser le
fossé, on laisse ordinairement vis-à-vis l'entrée un remblai
de terre d'une largeur convenable comblant ce fossé; mais
il faut avoir soin de bien battre ce passage par une crête en

Fig. 120.— Blockhausdéfendantl'entrée d'un ouvrage.

arrière. Les dispositifs de pout-levis improvisés, ou autres


analogues, bien que très ingénieux pour la plupart, sont
en général trop compliqués et trop délicats pour être d'une
application pratique en campagne.
Pour fermer le passage et défendre l'entrée des ouvrages
on employait volontiers jadis un blockhaus d'un assez fort
2 34 Ir° PARTIE FORTIFICATION
PASSAGÈRE
profil, recouvert d'une bonne couche de terre du côté de
l'ennemi et organisé défensivement vers l'entrée (ftg. 125).
Des massifs de terre formant parados le protégeaient latéra-
lement. '
L'idée en est excellente, mais sa réalisation de nos jours
serait impossible dans les conditions où on le faisait autre-
fois, le relief du blockhaus le rendrait trop visible et amè-
nerait sa destruction par l'artillerie. On pourrait avanta-
geusement substituer à cette construction trop volumineuse
une tranchée couverte avec créneaux dont on a indiqué le
type précédemment à propos des abris actifs {voirpage 22j,
ûg. II// et J/5).
Les différents dispositifs indiqués pour couvrir l'entrée
peuvent être combinés avantageusement avec l'emploi des
défenses accessoires, fils de fer, abatis ou autres, qui
augmentent la sécurité du défenseur à l'intérieur de l'ou-
vrage.

Réduits. — On a des points


indiqué déjà (organisation
d'appui, chap. VII, p. 120) le rôle d'un réduit, dernier
refuge du défenseur pour couvrir sa retraite et faciliter,
éventuellement, le retqur offensif.
A vrai dire, les ouvrages de campagne ne comportent
presque jamais de réduit, l'établissement de cet ouvrage
demandant un temps considérable dont on ne dispose pas
ordinairement. Il y a lieu du reste de faire remarquer à
ce sujet: i° que, dans de pareils ouvrages, le réduit étant
exposé au feu de l'artillerie pendant toute la durée de l'at-
taque, risquerait d'être détruit avant le moment où il pour-
rait être de quelque utilité ; 20 qu'il n'y a pas à proprement
parler de lignes de retraite pour les défenseurs d'un ouvrage
de campagne; ceux-ci s'échappent par tous les points du
parapet lorsque l'ouvrage vient à être forcé, et il en résulte
que les zones à faire battre par le réduit sont difficiles à
définir en pareil cas..
INTERIEUREDES OUVRAGESDE POSITION 235
ORGANISATION

Dispositions générales des ouvrages

Les ouvrages peuvent être ouverts ou fermés et présenter


les formes générales indiquées au chapitre III (redan,
lunette, demi-redoute, redoute).
On a indiqué d'autre part, au chapitre XI, les motifs
qui justifient l'emploi des ouvrages fermés dans la fortifi-
cation de position, tandis que la fortification de champ de
bataille n'en offre que de rares applications;
D'ailleurs la sécurité inhérente à l'ouvrage fermé, en
cas de surprise, résulte plus de là continuité de l'obstacle
que de celle de la crête de feu. Un ouvrage fermé à la
gorge par une simple tranchée-abri mais complètement
entouré par des défenses accessoires, permet au défenseur
d'envisager sans inquiétude l'éventualité d'une attaque
enveloppante.
L'organisation des, dispositifs destinés à abriter les dé-
fenseurs contre les projectiles de l'artillerie (pare-éclats,
traverses, abris) est extrêmement importante, et de sa
bonne exécution dépend dans une large mesure la capacité
de résistance de l'ouvrage.
Il faut que pendant toute la durée du tir de préparation
par l'artillerie la garnison soit hors d'atteinte des coups ;
à cet effet on ne laisse dans l'ouvrage qu'une garde réduite
installée dans un abri à l'épreuve, qui se borne à surveiller
le terrain par quelques sentinelles. Le reste de la garnison
sera en position d'attente dans des couverts du terrain, par-
fois hors de l'ouvrage à condition d'être reliée à ce der-
nier par des cheminements bien défilés, au besoin par des
tranchées. Elle occupera sa position de combat à partir du
moment où l'ennemi sera dans la zone d'action efficace'du
fusil. Si les couverts du terrain font défaut aux abords de
l'ouvrage, on sera amené à y substituer des abris légers
dissimulés aux vues; dans d'autres cas et notamment lors-
236 Ire PARTIE —-FORTIFICATIONPASSAGÈRE

qu'il s'agira d'ouvrages fermés, les abris seront installés à


la gorge ou le long du front de tête.
C'est par le développement donné aux abris, aux com-
munications et surtout aux défenses accessoires que. la for-
tification de position diffère de la fortification de champ de
bataille, plus encore peut-être que par les forts reliefs, les
larges parapets et les fossés profonds.
Les règlements actuels, tant en France qu'en Allemagne,
ne donnent pas de types normaux d'ouvrages. Des règle-
ments antérieurs avaient cru devoir le faire pour faciliter la
tâche des officiers. Les types qu'ils indiquaient devaient,
non pas être considérés comme des modèles invariables,
mais servir simplement de guides.
L'Instruction abrogée du i5 novembre 1892 indiquait
comme ouvrage de compagnie destiné à renforcer un point
important d'une ligne de défense, une demi-redoute assez
aplatie dont le développement total devait être suffisant
pour recevoir trois sections. Si l'on suppose à la compagnie
un effectif de 200 hommes, en accordant 70 centimètres de
crête par homme, on est ainsi conduit à une longueur de
crête de 100 mètres environ. Les faces devaient, d'ailleurs,
être assez grandes pour abriter trois sections placées sur
deux rangs, soit 60 mètres au minimum. Les flancs, disposés
pour protéger l'ouvrage contre les attaques venant de droite
ou de gauche, avaient des dimensions restreintes. Si les ou-
vrages voisins n'assuraient pas suffisamment celui-ci contre
les attaques à revers, on appuyait à l'extrémité des flancs
des portions de tranchée-abri de i5 à 20 mètres de lon-
gueur. Enfin, pour donner abri à la quatrième section, en
réserve, pendant le tir de l'artillerie ennemie, on disposait
â la gorge une tranchée renforcée de 20*mèl.res de longueur
environ, mais cette tranchée, dont le parapet faisait face au
saillant de l'ouvrage, n'avait pas de rôle défensif propre-
ment dit. Il semble qu'elle aurait pu être remplacée par un
couvert naturel quelconque suffisamment rapproché de
l'ouvrage.
ORGANISATION INTERIEUREDES OUVRAGESDE POSITION 237
Le profil des faces et des flancs était celui du retran-
chement de im3o de relief et de 3 mètres d'épaisseur; les
tranchées appuyées aux flancs avaient un parapet de 80 cen-
timètres, celle de gorge un parapet de 2'" 60 avec 80 cen-
timètres de relief.
La figure 126 donne le tracé de l'ouvrage en question.
On a cru utile de reproduire ce type d'ouvrage de compa-
gnie parce qu'il est le dernier en date de ceux qui ont
successivement été réglementaires en France. Il est loin
cependant d'être sans défaut et on s'explique difficilement
par exemple la disposition de la tranchée de gorge.

Fig. 126. — Ouvragede compagnie,type de 1892.

Il fait ressortir, en outre, qu'à l'époque où on le préco-


nisait on rejetait, en France, l'idée d'introduire dans un
ouvrage soit des abris intérieurs, soit des travaux de défi-
1ement. On recherchait la des •
principalement simplicité
formes et des détails, favorable à une prompte exécution;
Cette tendance du règlement français d'alors se retrouve
également dans l'Instruction du pionnier allemand de i8g4
où l'on a complètement supprimé les types d'ouvrages qui
existaient encore dans un règlement sur la fortification de
campagne de i8g3. Des modifications aussi radicales, se
succédant à intervalles aussi rapprochés, pouvaient, donner
à penser, comme on l'indiquait ici même, dans l'édition
de 1900, que la mode qui a écarté les abris les ramènerait
238 I'° PARTIE FORTIFICATION
PASSAGERE
sans doute un jour. On ajoutait : les nouveaux projectiles
de l'artillerie sont organisés de manière à donner un grand
nombre de balles ou de petits éclats sans effet sur les masses
de terre, même de petites dimensions, mais, par contre,
très dangereux pour les hommes. Il semble donc que l'ad-
jonction d'abris fort simples à un ouvrage de campagne
soit de nature à augmenter notablement sa valeur en per-

Fig. 127.— Communications


défiléesréunissantdes tranchées-abris.

mettant aux défenseurs de subir, sans grandes pertes, les


effets du tir de l'artillerie.
L'événement a justifié ces prévisions et l'Instruction alle-
mand,, du 8 juin 1906, sur les travaux de fortification de
campagne (y compris la fortification de position et les tra-
vaux dans la guerre de siège), insiste sur la nécessité de
créer dans les ouvrages de nombreuses traverses et abris.
Elle ne donne toutefois aucun type d'ouvrage.
D'après cette instruction :
« Les groupes d'ouvrages comportent habituellement des
239 bis Planche C

Fig. 128. — Redoute de compagnie (Ancientype français).

Coupe suivant l'axe (^).

hJlaff\fii<f.fft'./-. ;.v,:,":r.
LIT -i.cvit/.vr:
HI-FCRS:-:^:
ORGANISATION INTERIEUREDES OUVRAGESDE POSITION 2 3g
tranchées-abris avec flancs en retour et dispositifs en échelon
derrière les ailes, des tranchées couvrantes pour les sou-
tiens et les réserves, et, quand on le peut, des obstacles.
« On cherchera des communications défilées entre les
tranchées-abris et les tranchées couvrantes, soit en utilisant
le terrain, soit en creusant des communications. »
Ces communications ont au moins im8o dé hauteur et
peuvent être couvertes.
Les traverses sont surtout nombreuses dans les tranchées
couvrantes où chaque abri est encadré par deux traverses,
comme le montre la figure 127.
L'Instruction ministérielle du 24 octobre 1906 se rapporte
exclusivement aux travaux du champ de bataille et ne pou-
vait comporter de type d'ouvrage.
Peut-être l'École de fortification de campagne actuelle-
ment en préparation marquera-t-elle un retour vers l'emploi
judicieux des abris.
A. titre d'exemple des dispositions qui peuvent être em-
ployées dans ce genre on donnera (fig. 128, page 23g bis)
un type de redoute de compagnie qui fut réglementaire il y
a quelques années en France et dont on pourrait utilement
s'inspirer pour l'avenir. 11 y a lieu d'observer, d'ailleurs,
que l'installation de masses couvrantes à l'intérieur d'un
ouvrage fermé, tel que celui indiqué à la figure 128, se jus-
tifie plus encore dans un ouvrage ouvert à la gorge, puisque
les défenseurs qui l'occupent sont exposés à des coups ve-
nant de toutes les directions.

Ouvrage russe de Nanchan. — La guerre russo-


japonaise a fourni l'occasion d'exécuter de nombreuses
organisations défensives. Celle de Nanchan, près de Kin-
Tchéou, a déjà été citée à plusieurs reprisés; on y trouvait
des ouvrages de position : la description de l'un d'entre eux
montrera de quelle manière les Russes ont résolu le'pro-
blème (fig. 12g, page 2//0).
Le terrain sur lequel l'ouvrage fut construit est de nature
240 I 10 PARTIE — FORTIFICATION
PASSAGERE
rocheuse ; il était impossible, par suite, d'y creuser au delà
d'une certaine profondeur; on adopta, en conséquence, un

Fig. 12g.— Lunetten° l\ de la positionrussede Nanchan.

lossé large de 4m 20 et profond de imo5 qui fut renforcé par


l'installation d'un réseau de fil de fer. Aucune disposition
n'était prévue pour assurerle flanquement. Le parapet avait
ORGANISATION
INTÉRIEUREDES OUVRAGESDE POSITION 24l

90 centimètres de relief et 4™20 d'épaisseur: la tranchée


qui le bordait était, comme le fossé, profonde de imo5; on
voit que les défenseurs debout s'y trouvaient strictement à
couvert. La gorge était fermée par une tranchée de imo5 de
profondeur, bordée d'un parapet de 45 centimètres de relief
tourné vers l'intérieur de l'ouvrage. Cette tranchée est celle
qui reliait entre eux les points d'appui de la ligne de dé-
fense située au pied des pentes de Nanchan. L'ouvrage en
question constitue par suite un dès points forts de cette
ligne qu'il est destiné à flanquer conjointement avec quel-
ques autres.
Sur chacune des faces de l'ouvrage se trouvent des tra-
verses avec abris et niches à munitions. On accédait auprès
de chacun d'eux par des boyaux de communication en zig-
zag, partant de la tranchée de gorge.
Le parapet était organisé selon le profil indiqué ci-dessus
(fig. 114, page 227), c'est-à-dire avec visières et embra-
sures pour les tireurs.
La caractéristique de cet ouvrage est son faible relief,
uniforme pour tous ses parapets, qui devait le rendre
peu visible de loin ; en outre les communications entre
la gorge et les fronts de tête ou les flancs sont bien
^ouvertes.
La disposition du parapet de gorge dirigé vers le front
de tête, semblable à celle qu'on a relevée plus haut (voir
fig. 126) dans un ancien type français, s'explique dans ce
cas particulier puisque l'ouvrage fait partie d'une ligne
continue. Il est permis de se demander cependant si, dans
l'éventualité où la ligne en question aurait été percée en un
de ses points, il n'eût pas été préférable, pour les défen-
seurs de l'ouvrage, de disposer d'une gorge fermée par un
parapet tourné en sens contraire.

Travaux complémentaires. — Les


dispositions gé-
nérales de l'ouvrage doivent être complétées, d'ailleurs,,
par des travaux extérieurs.
MANUEL]>!•:
l'OKTII
ICATION 16
242 Ire PARTIE FORTIFICATION
PASSAGÈRE
Il convient notamment de déblayer avec soin le terrain
des abords sur une étendue aussi, grande que possible, et
toujours au moins de 4oo à 5oo mètres, de manière à faire
disparaître les couverts masquant les feux des défenseurs
et permettant aux assaillants de s'approcher sans danger ;
de même les arbres isolés, les signaux de quelque nature
qu'ils soient, grâce auxquels l'artillerie ennemie peut régler
et repérer son tir, doivent être supprimés avec le plus grand
soin.
Toutefois, si la présence d'arbres isolés à proximité d'un
ouvrage doit être considérée comme dangereuse, il y a
intérêt au contraire à maintenir les rideaux d'arbres
continus qui ne présentent pas le même inconvénient.
Ils offrent en effet l'avantage de gêner le réglage du tir
fusant de l'artillerie ennemie et peuvent servir à dissimuler
les mouvements des troupes de réserve. En avant de l'ou-
vrage, il suffit de les ébrancher dans la partie avoisinant
le sol pour qu'ils ne masquent pas les vues des tireurs;
en arrière ou sur les flancs, ils favorisent les retours
offensifs du défenseur. Dans le même ordre d'idées, les
dépressions du sol,- les chemins creux, les carrières consti-
tuent des abris précieux pour les réserves, et leur présence
peut influer sur le choix de l'emplacement d'un ouvrage de
campagne.
Enfin, toutes les fois qu'on le peut, il y a lieu de faire
usage de défenses accessoires pour renforcer la valeur de
l'ouvrage. Les abatis (à condition qu'ils ne soient pas assez
épais pour masquer les vues), les fils de fer semblent indi-
qués comme devant être le plus souvent employés. On
signalera, à ce propos, dans les approvisionnements des
parcs du génie divisionnaires de certaines armées (en Bel-
gique notamment) l'existence de fils de 1er en assez grande
quantité. On peut, en effet, se trouver souvent dépourvu
du matériel nécessaire à l'établissement de réseaux de ce
genre et il y a grand avantage à en posséder dans ses appro-
visionnements.
ORGANISATION
INTÉRIEUREDES OUVRAGES
DE POSITION 243
Comme mesures de précaution utile et aisée à prendre, il
faut retenir celles destinées à rendre les retranchements
moins visibles de loin, telles que le placement de gazons
et de branchages verts sur les parapets. Un travail de ce
genre est facile à exécuter et rend souvent de grands ser-
vices, aussi ne doit-il jamais être négligé chaque fois que
sa réalisation est possible.
CHAPITRE XVI

DÉFILEMENT DES OUVRAGES

Les considérations tactiques et les formes générales du


terrain ayant conduit à adopter pour l'infanterie une posi-
tion, il faut, dans le choix de l'emplacement précis des
ouvrages, comme dans le choix de leur profil et de leur
tracé, se préoccuper du défilement.
Ce défilement résulte à la fois du relief et du tracé.
On verra ci-après comment on résout le problème du
défilement, en donnant aux diverses parties du parapet des
hauteurs variables suivant la disposition du terrain en
avant de l'ouvrage; mais, avant d'en arriver au défilement
par le relief, il faut chercher à profiler autant, que possible
des formes mêmes du sol pour obtenir ce résultat.
Il est aisé de se rendre compte que lorsque l'ouvrage est
établi à une ligne de changement de pente, la position la
plus avantageuse à lui donner peut se trouver au change-
ment de pente lui-même ou un peu en avant.
Ces formes peuvent, en définitive, se rattacher aux quatre
types suivants (fig. 12g bis) :
i° Pente descendante douce, suivie d'une pente plus forte
dans le même sens (1); on s'établira alors en P, au change-
ment de pente même ;
20 Pente descendante forte, suivie d'une pente douce dans
le même sens (2) ; on s'établira alors sur cette dernière en 0,
un peu en avant du changement de pente, pour mieux défi-
ler le terre-plein;
DÉFILEMENTDES OUVRAGES 245
3° Pente ascendante forte, suivie d'une autre pente ascen-
dante plus douce (3) ; on s'établira alors en M sur la crête,
le terre-plein de l'ouvrage restant sur la pente plus forte ;
4° Pente ascendante faible, suivie d'une autre pente ascen-
dante forte (4) ; on s'établira alors en N, en avant du chan-
gement de pente, pour avoir un terre-plein mieux défilé.
Il faut du reste avoir toujours présent à l'esprit que les
pentes plus douces que la pente du i /4 peuvent être battues
facilement par un ouvrage placé sur la crête ; mais que les

Fig. 129 bis.

pentes plus fortes sont difficilement surveillées de la crête


même, et qu'il est alors nécessaire de les battre par des
ouvrages placés latéralement.

On a, au chapitre VII, page i3o, à propos de la répar-


tition des ouvrages sur le terrain et du tracé des lignes,
énoncé le principe que : Tout saillant doit être établi sur
une portion élevée du terrain; et tout rentrant, dans une
partie basse.
Ce principe trouve une nouvelle justification dans la
nécessité du défilement. En plaçant, en effet, les saillants
sur les parties élevées, et les rentrants dans les parties
246 Ire PARTIE FORTIFICATION
PASSAGÈRE
basses, les lignes joignant chaque saillant au rentrant
voisin possèdent une inclinaison de même sens que la par-
tie descendante de la trajectoire des projectiles ennemis
et sont par conséquent bien défilées; si on adoptait la dis-
position inversé (les saillants plus bas que les rentrants),
ces lignes seraient au contraire tout à fait en prise aux feux
de l'ennemi.

En dernier lieu, dans les cas où les conditions désirables


sont difficiles à réunir, où les unes doivent être sacrifiées,
et où il s'agit.de faire un choix, on doit chercher avant tout
à diriger les crêtes de manière à bien voir et à battre effica-
cement les points importants. On se rappellera d'ailleurs,
pour déterminer au mieux le choix du tracé, que les feux
partant d'un parapet peuvent avoir une certaine obliquité
par rapport à la crête, et qu'il n'est pas nécessaire par con-
séquent, pour qu'une crête batte efficacement un point,
qu'elle soit dirigée perpendiculairement à la direction du
point considéré. .
Si la disposition du terrain n'a pas permis de donner, par
le tracé même, à l'ouvrage établi d'après ces considérations,
une garantie suffisante contre les feux d'enfilade, on cher-
chera alors à obtenir ce résultat par une disposition conve-
nable du profil. On aura ainsi à résoudre ce que l'on appelle
le problème du défilement.

Défilement

Un ouvrage serait évidemment établi dans les meilleures


conditions possibles au point de vue de la sécurité de ses
défenseurs, s'il était disposé de manière à les soustraire aux
vues de l'ennemi, et à les garantir complètement contre ses
projectiles.
Il est relativement aisé de satisfaire à la première de ces
conditions ; mais la seconde est à peu près irréalisable
DÉFILEMENTDES OUVRAGES 24y
aujourd'hui, eu égard à la puissance et à la justesse des
armes à feu actuelles, dont le tir conserve son efficacité
jusqu'à des distances très grandes, et dont les projectiles
tombent alors sur le but en faisant des angles prononcés
avec l'horizon.
On est donc obligé de renoncer à assurer aux défenseurs
une protection complète contre les projectiles et l'on se
contente de disposer les crêtes de l'ouvrage de telle manière
que les défenseurs placés sur le terre-plein, en un point
quelconque, soient complètement soustraits aux vues de .
l'ennemi établi dans une certaine zone qui porte le nom de
terrain dangereux, et que ceux qui sont placés sur les ban-
quettes ne lui laissent apercevoir que la partie de leur corps
dépassant la crête.
La zone de terrain dangereux comprend toute la partie
du terrain, dont l'ennemi peut être considéré comme maître
située dans un rayon égal à la limite de portée des armes.
Dans cette zone, les points d'où l'on découvre le mieux
l'ouvrage, c'est-à-dire ceux d'où la vue dans l'ouvrage a la
direction la plus plongeante, portent le nom de points dan-
gereux. Comme limite de portée des armes, on admet
généralement 2 5oo ou 3 000 mètres ; il serait assez inutile
d'étendre au delà la profondeur du terrain que l'on doit
considérer comme dangereux, car, outre qu'à partir de
3 000 mètres on ne peut plus apercevoir grand'chose, il
est évident qu'au fur et à mesure qu'on s'éloigne, la hau-
teur des points dangereux restant la même, les vues devien-
nent moins plongeantes.
Cette dernière considération explique que : de deux points
compris dans la zone qui vient d'être définie, le plus dange-
reux n'est pas toujours le plus élevé. II suffit, pour s'en
rendre compte, de jeter un coup d'oeil sûr la figure i3o ; le
point B, dont le relief est sensiblement plus fort que celui
du point A, a sur l'ouvrage M des vues moins plongeantes,
et est par suite moins dangereux que ce dernier, parce qu'il
est beaucoup plus éloigné de la masse couvrante M.
248 l'e PARTIE— FORTIFICATION
PASSAGÈRE
Ceci posé, il doit paraître évident que les défenseurs cir-
culant sur le terre-plein! de l'ouvrage M (fig- i36) seront
complètement soustraits aux vues de l'ennemi, si les crêtes
de cet ouvrage sont disposées dans un plan passant à im5o
au-dessus des points les plus dangereux (im5o représentant
la hauteur moyenne de l'oeil) et laissant à 2 mètres au-
dessous de lui le point N du terre-plein le ;plus éloigné de
la crête (2 mètres étant la hauteur maxima d'un homme
avec sa coiffure et ses amies).
Le problème est donc ramené à la détermination de ce
plan, auquel on donne le nom de plan de défilement.
On le simplifie, en substituant tout d'abord au plan de
défilement ainsi défini, un plan parallèle, situé verticale-
ment à im5o au-dessous de lui, et devant remplir, par

conséquent, les deux conditions d'être tangent au terrain


aux points les plus dangereux et de passer à 5o centimètres
au moins au-dessus du point ./Vie plus éloigné de la croie.
Ce dernier plan est appelé/j/an de site; lorsqu'on l'a obtenu,
comme cela va être indiqué, il suffit de relever de im5o les
points qui servent à le déterminer pour avoir le plan de
défilement.
Dans la pratique, voici comment on opère. L'ouvrage
étant tracé sur le terrain, et le point le plus dangereux étant
bien déterminé, on plante, à 3 mètres environ l'une de l'autre,
deux perches m M et Nn (fig. I3I), sur la partie du terre-
plein la plus exposée, c'est-à-dire sur celle qui est la plus
éloignée des crêtes dans la direction du point dangereux. A
3 ou 4 mètres en avant de la lu.pte.mn, on place ensuite une
DÉFILEMENTDES OUVRAGES 24g
troisième perche Pp, plus rapprochée du point dangereux
que les précédentes. Sur les deux perches mM et nN, on
fixe, à 5o centimètres'au moins au-dessus du sol du terre-
plein, une tringle MN qui doit être disposée de telle sorte
que son prolongement n'aille point rencontrer la partie du
terrain réservée à l'ouvrage. On appuie sur la tringle MN
d'une part, et contre la perche Pp d'autre part, une tringle
mobile MP, ou mieux un cordeau MPN, dont on relève
progressivement la partie antérieure P jusqu'à ce que le
plan MPN ainsi déterminé vienne raser le terrain au point -
le plus dangereux, en laissant au-dessous de lui tous les
autres points du terrain dangereux. L'opération se fait de

la manière la plus simple, en se plaçant un 'peu en arrière


de la tringle MN, de manière à bien apercevoir en même
temps les arêtes supérieures des tringles ou cordeaux qui
forment le plan NMP et le terrain en avant. On obtient
ainsi le plan de site, dont on prend l'intersection avec les
différentes perches placées aux saillants de l'ouvrage. En
relevant les points ainsi obtenus de im5o, on a les intersec-
tions de ces perches par le plan de défilement, et par suite,
la hauteur qu'il faut donner au parapet en chaque point
pour être défilé.
Lorsqu'on veut déterminer le plan de défilement sur un
dessin représentant l'ouvrage et le terrain environnant, le
problème, est réduit à la recherche d'un plan dont on con-
naît une droite et un point. La droite est la ligne qui joint
les points du terre-plein les plus exposés, relevés de
2 00 l,e PARTIE PASSAGERE
FORTIFICATION
2 mètres, et le point est le point dangereux auquel on donne
la cote du sol augmentée de im5o. Les différentes crêtes de
l'ouvrage étant contenues dans ce plan, il devient aisé dès
lors.d'en déterminer les cotes. Il faut remarquer, toutefois,
qu'après avoir déterminé le plan de défilement au moyen
du point jugé le plus dangereux, il convient de Arérifier que
ce plan passe bien au-dessus de toutes les autres parties du
terrain dangereux ; s'il n'en est pas ainsi, on doit le relever
de manière qu'il remplisse cette condition.
Cette méthode, connue sous le nom de défilement par le
relief, conduit parfois à des résultats inadmissibles. Si, par
exemple, les points dangereux sont trop élevés par rapport
à leur éloignement, on arrive à des hauteurs de crête dépas-

sant celles qu'on peut admettre pour des ouvrages de posi-


tion. Si ces points dangereux sont les uns à droite de l'ou-
vrage, les autres à gauche, il peut devenir très difficile de
défiler l'ensemble du terre-plein par un même plan de défi-
lement. On a alors recours à d'autres procédés.
Lorsque la hauteur de crête obtenue, en opérant comme
il vient d'être dit, dépasse le maximum imposé aux ouvrages
de position par les faibles moyens et le temps réduit dont
on dispose pour leur construction, on arrête cette hauteur
maxima à la partie du parapet qui devrait avoir une hauteur
plus considérable et l'on creuse le terre-plein en arrière,
comme l'indique la figure i32, de manière à le tenir tout
entier à 2 mètres au moins au-dessous du plan de défile-
ment. C'est ce qu'on appelle défilement par le terre-plein.
DEFILEMENTDES OUVRAGES 25l
On peut encore opérer autrement. Après aAroir donné au
parapet M (fig. i33) la hauteur maxima, on construit au
point N, où le terre-plein cesse d'être défilé, une traverse
dont on détermine la hauteur (comme il a été dit pour le
parapet lui-même), de manière à défiler le reste du terre-

plein. Cette solution est plus avantageuse que la précédente,


car la traverse ainsi établie sert de parados à la gorge.

Cette méthode est également celle que l'on emploie quand


le point dangereux est situé dans une direction latérale par
rapport à l'ouvrage. On place alors en capitale une tra-
verse CF (fig. i3£) qui partage le terre-plein en deux par-

Fig. i34. — Défilementpar une traverse.

ties : la première est défilée par le parapet ; la seconde par


la traverse.
Enfin, lorsqu'il s'agit d'un ouvrage dont le profil est fixé
à l'avance, les tranchées de siège, par exemple (fig. i35),
2&2 Ire PARTIE FORTIFICATION
PASSAGÈRE
le problème du défilement consiste à déterminer, non plus
la hauteur de la crête, mais la direction qu'il faut lui donner
pour que les défenseurs échappent aux vues de l'ennemi.
C'est le défilement par le tracé.
Voici comment on l'exécute : le profil étant donné a
priori, on connaît l'inclinaison de la ligne allant de la crête
à l'extrémité du terre-plein relevée de 2 mètres, inclinaison
que le rayon visuel partant du point dangereux, relevé de

Fig.. i35. — Tranchéede siège.

Fig. i36. — Défilementpar le trace.

im5o et rasant la crête ne doit pas dépasser pour que le


défenseur placé à l'extrémité du terre-plein soit défilé.
Soit \\n cette inclinaison, c'est-à-dire la tangente de l'angle
formé par la ligne ainsi définie avec l'horizon. Si la pente
du plan passant par la crête et le point dangereux relevé de
im5o, mesurée perpendiculairement à la crête, ne dépasse
pas 1\n, il est évident, que l'ouvrage sera défilé, puisque le
défenseur (dont la hauteur totale est au plus de 2 mètres),
placé à l'extrémité du terre-plein, sera tout entier au-des-
sous de ce plan. Le problème consiste donc à mener par le
DÉFILEMENTDES OUVRAGES 2 53
point A où doit commencer la tranchée (fig. i36) et par
le point dangereux relevé de im5o, un plan incliné à \\n,
et à prendre pour direction de la crête la perpendiculaire
à la ligne de plus grande pente de ce plan passant par le
point A.
Si le terrain sur lequel on opère est horizontal, le pro-
blème sera résolu en menant par le point A un plan tangent
à un cône droit de révolution ayant son sommet au point
dangereux relevé de imoo et pour génératrices des droites
inclinées de i/n sur l'horizon. L'intersection de ce plan tan-
gent avec le plan horizontal qui passe par le point A de la
crête donnera la direction de cette crête.
Exemple : Le terrain est coté 20, le point dangereux S
est coté 25 (fig. i36). La hauteur du parapet étant de im20
et n étant égal à 6, sur la figure i35, le cône aura pour base,
sur le plan horizontal coté 2im2o, qui doit contenir la crête
cherchée, une circonférence ayant son centre en S et un
rayon égal à 6 (25 + i,5o — 21,20)= 6 X 5m3o = 3im8o.
La tangente AX à ce cercle, menée par le point A, donnera
la direction de la crête.

Mais si le terrain, au lieu d'être horizontal, possède une


certaine pente, on n'obtiendra plus, en opérant de cette
façon, le résultat cherché, parce qu'alors l'inclinaison du
plan ne sera plus perpendiculaire à la direction de la crête.
On procédera alors par tâtonnement, en modifiant la direc-
tion obtenue de manière à ce qu'elle remplisse la condition
imposée, comme cela sera indiqué pour l'établissement des
tranchées dans les travaux de siège (chap. XLV,page 647).

La solution qui vient d'être indiquée est évidemment in-


complète, ainsi qu'on l'a fait observer tout d'abord. Elle
soustrait bien le défenseur placé sur le terre-plein aux vues
de l'assaillant, mais ne le garantit point contre ses coups.
vSi l'on veut que cette dernière condition soit satisfaite, il
faudra tenir compte de la direction plongeante des balles et
2 54 IrC PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE
éclats de projectiles dans le-voisinage du but, et défiler le
terre-plein au i/4 ; c'est-à-dire donner cette inclinaison à
la ligne joignant le sommet de la masse couvrante au point
à couvrir relevé de 2 mètres. Gela conduira à approfondir
les parties du terre-plein un peu éloignées du parapet.

Enfin, d'après la définition qui a été donnée du défilement,


il faut que les défenseurs soient garantis non seulement sur
le terre-plein, mais encore sur les banquettes. Or, si le
parapet est très élevé, le terre-plein pourra être couvert à
2 mètres, en adoptant les dispositions ci-dessus indiquées,
sans que la banquette soit soustraite aux vues de l'ennemi.
Il en sera surtout ainsi lorsque le point dangereux sera

Fig. 137:—•Parados.

placé latéralement. Il faudra alors faire usage de parados ou


de traverses (fig. i3y) pour donner aux défenseurs de la
banquette la protection nécessaire. C'est la disposition à
laquelle on est très fréquemment obligé d'avoir recours dans
les ouvrages de fortification permanente, dont le relief est
en général beaucoup plus fort que celui des ouvrages de la
fortification passagère.

L'exposé qui précède indique les diverses solutions théo-


riques que peut recevoir le problème du défilement. Elles
étaient plus fréquemment employées autrefois qu'elles ne le
seront sans doute dans l'avenir, non pas que leur valeur ait
diminué, mais par suite de l'emploi de plus en plus accentué
des profils à faible relief, même dans la fortification de posi-
tion. Ceux-ci ne peuvent assurer le défilement que de la
tranchée qui borde immédiatement le parapet et non du
DÉFILEMENTDES OUVRAGES 255
terrain en arrière. C'est par la multiplication des masses
couvrantes à l'intérieur des ouvrages, ainsi que le montrent
les exemples empruntés à l'organisation russe de la position
de Nanchan, qu'on pourra assurer des communications
défilées.
Il est bon néanmoins de connaître ces solutions géomé-
triques du défilement pour s'en inspirer au besoin dans
l'organisation et le tracé des ouvrages.
CHAPITRE XVII

ÊPAULEMENTS POUR L'ARTILLERIE

DE CAMPAGNE

Installation de l'artillerie

Dans tout ce qui précède il n'a été question que des dis-
positions à prendre pour assurer la protection des tireurs,
et on n'a pas envisagé celle des pièces d'artillerie ou de
leurs servants.
Cela tient à ce que, sauf dans des circonstances excep-
tionnelles, il ne saurait être question aujourd'hui d'installer
de l'artillerie dans un ouvrage de campagne ; on lui enlè-
verait sa mobilité, qui constitue un de ses principaux avan-
tages. En la fixant en un point bientôt repéré, on la rendrait
plus vulnérable, on attirerait enfin le feu de l'artillerie
ennemie sur les défenseurs qui l'entoureraient.
Pour ces motifs, l'étude des dispositifs jadis employés
pour l'installation des pièces derrière un parapet n'offre
plus qu'un médiocre intérêt. On se bornera, à rappeler que
tantôt les pièces tiraient par une échancrure du parapet
qu'on nommait embrasure (fig. i38); tantôt elles étaient
installées sur une plate-forme située à une distance au-
dessous de la crête, égale au plus à la hauteur de genouil-
lère. Cette plate-forme se nommait barbette. La figure i3g
donne la disposition adoptée au saillant d'un ouvrage, mais
on pouvait aussi placer la barbette en un point quelconque
d'une face.
Fig. i38. — Embrasure.

Fig. i3g. —.Barbette.


MANUEL
DEFORTIFICATION- J7
2.58 l,e PARTIE — FORTIFICATION
PASSAGÈRE
On prévoyait jadis pour la plate-forme des pièces une
profondeur minima de 7m5o, destinée à permettre le recul.
Il est clair qu'on pourrait aujourd'hui se contenter de
dimensions beaucoup plus restreintes, puisque les pièces
sont munies de freins, et reculent sur leur berceau, sans
déplacement de l'affût.

Épaulements. — L'artillerie cherche parfois à se cou-


vrir contre le tir de l'adversaire en s'abritant derrière un
épaulement en terre.
L'adoption des boucliers et l'occupation de positions
défilées ont cependant diminué la vulnérabilité des batteries
de campagne en ce qui concerne le personnel et le matériel.
. Mais les boucliers protègent incomplètement le personnel
contre le tir fusant et les balles du fusil ; ils ne descendent
pas jusqu'à terre ; c'est pourquoi il sera toujours bon de
fermer le vide qu'ils laissent au-dessous d'eux par un bour-
relet de terre qui protégera les jambes des servants.
D'ailleurs, le tir masqué ne peut toujours être employé ;
dans bien des circonstances, une batterie ne remplira sa
mission qu'en se montrant, notamment lorsque ayant reçu
comme objectif l'infanterie ennemie, elle ne veut laisser en
avant d'elle aucun angle mort.
Or, toute batterie qui se montre est exposée à être
démolie par le tir percutant de l'artillerie ennemie.
Elle ne peut trouver une protection relative que dans la
construction d'épaulements.
Les batteries lourdes d'armée, non munies de boucliers,
obtiennent une sécurité parfaite dans les grands défile-
ments que permet leur matériel, mais à la condition toute-
fois qu'un épaulement protège leur personnel contre le tir
fusant avec lequel les batteries de campagne battront des
zones très étendues.
Les figures i4o et I4I montrent des types d'épaulement
puisés dans des règlements français abrogés, et que les
règlements actuels n'ont ni reproduits, ni remplacés.
Fig. i/|0. — Épaulementpour pièces de campagne(ancientype français).

rig. 141.— Jipaulemcnt(.ancientype Irançaisj.


260 Irc PARTIE PASSAGÈRE
FORTIFICATION
Les figures 142 à 144 représentent des types extraits de
l'Instruction allemande du 8 juin 1906 sur les travaux de
fortification de campagne.

Fig. 1/I2.— Epaulementallemand.

L'épaulement de la figure 142 peut être construit après


la mise en batterie, en profilant des interruptions du tir.
Les autres, dans lesquels la pièce est. enterrée, doivent
être construits avant la mise en batterie.
ÉPAULEMENTSPOUR L'ARTILLERIEDE CAMPAGNE 261
; Pour les canons de campagne, la hauteur de genouillère
de l'épaulement doit être de 80 centimètres. Elle est supé-
rieure pour les obusiers.
Le règlement allemand signale que, dans un terrain sec
ou sablonneux, le départ du coup soulève une poussière
telle, qu'on perd le bénéfice de la poudre sans fumée ; par

Fig. i43. — Épaulementallemand.

suite, s'il n'est pas possible d'arroser le sol, de le recouvrir


de paillassons ou de prendre une mesure de ce genre, il
vaut mieux, dans certains cas, renoncer à élever une masse
couvrante en avant des pièces.
Afin de rendre plus difficile à l'ennemi l'observation des
emplacements, il est recommandé de réunir entre eux les
couverts des pièces isolées par un relief de même hauteur,
mais de moindre épaisseur.
On peut construire, en arrière des batteries, des abris
262 Irc PARTIE FORTIFICATIONPASSAGERE

pour les caissons de munitions, si le terrain est dépourvu

Fig. i/|4- —•Epaulementallemand.

d'abris naturels. Le plus souvent, on préférera éloigner un


peu les voitures et ne pas s'astreindre à ce travail.
CHAPITRE XVIII

ATTAQUE ET DÉFENSE DES POSITIONS

FORTIFIÉES

Depuis i8g4; toute disposition spéciale à l'attaque et à la


défense des positions fortifiées a disparu du Règlement sur
les manoeuvres de l'infanterie. Ces opérations présentent
cependant des particularités sur lesquelles il convient d'ap-
peler l'attention. C'est ce qu'on va s'efforcer de faire en
s'inspirant des principes généraux du règlement.

Attaque des positions fortifiées

Toute attaque comprend les phases suivantes : la recon-


naissance, la détermination du point d'attaque, la prépara-
tion par l'artillerie, le combat et la marche d'approche de
l'infanterie, l'assaut.
Ces phases ne se succèdent pas d'ailleurs comme les actes
d'un drame, mais se poursuivent presque simultanément.
C'est ainsi que la reconnaissance se complète au fur et à
mesure de la marche d'approche et que celle-ci s'accomplit
au cours de la préparation par l'artillerie.
La reconnaissance est plus nécessaire peut-être devant
une position fortifiée que dans tout autre cas, puisqu'il faut
déterminer l'importance de l'obstacle à vaincre ; elle est
aussi plus précise. C'est qu'en effet, au lieu de.fournir un
renseignement sur la position momentanée de l'adversaire,
2Ô4 l'e PARTIE FORTIFICATION
PASSAGÈRE
elle détermine au contraire une situation fixe, presque inva-
riable, de laquelle on peut déduire des conclusions fermes
sur des intentions qui sont, en quelque sorte, écrites sur le
terrain en caractères indélébiles.
Une autre particularité de l'attaque des positions forti-
fiées réside dans la nécessité, avant de procéder à l'action
de vigueur finale, de la préparer en débarrassant les abords
de l'ouvrage des obstacles matériels que le défenseur n'a
pas manqué d'y accumuler. Cette opération est assez im-
portante pour le succès final de l'entreprise et son exécution
suffisamment difficile pour que la destruction des défenses
accessoires devienne une phase essentielle de l'attaque.
La destruction sera commencée de loin par l'artillerie,
mais, ne pourra être achevée que de près par les troupes
chargées, de donner l'assaut et, spécialement, parmi elles,
par les détachements de sapeurs.
Si. l'artillerie ne peut, dans tous les cas, ouvrir la voie à
l'infanterie au travers des défenses accessoires, elle n'en
remplit pas moins un rôle prépondérant dans la prépara-
tion de l'attaque. C'est par son tir que l'ennemi abrité ou
masqué pourra être atteint, c'est elle seule qui sera en me-
sure de bouleverser les abris et les parapets. L'importance
de l'artillerie dans ces opérations peut donc être aussi
considérée comme une de leurs particularités.

Reconnaissance de la position. — La reconnais-


sance de la position a pour but de donner à l'assaillant tous
les renseignements indispensables sur la nature du terrain
occupé par le défenseur, sur l'effectif de ses troupes, sur les
dispositions qu'il a prises, les travaux qu'il a exécutés, et
les obstacles utilisés ou créés par lui pour arrêter la marche
des troupes de l'attaque. Elle présente généralement de
sérieuses difficultés, en raison des mesures de protection
que le défenseur n'aura pas manqué de prendre, et notam-
ment de la présence d'un réseau d'avant^postes. Aussi les
reconnaissances d?officiers isolés seront-elles souvent insuf-
ATTAQUEET DEFENSEDES POSITIONSFORTIFIEES 265
lisantes, à moins que les circonstances locales -né viennent
les favoriser.: Gomme l'assaillant a le plus grand: intérêt,
cependant, à être renseigné sur la position de son adver-
saire, il pourra être conduit à lancer des reconnaissances
offensives, c'est-à-dire à confier à une troupe d'un faible
effectif le soin de s'approcher de la position afin de la
reconnaître, en chassant devant elle les avant-postes enne-
mis ^ Une semblable opération peut entraîner de graves
conséquences et amener même un engagement général*
Aussi le Règlement sur le service des armées en campagne
ordûnne-t-il de ne l'entreprendre que sur l'ordre du com-
mandant en chef. La troupe qui en est chargée doit pousser
rapidement de l'avant, pour donner aux officiers qui l'ac-
compagnent le moyen de s'approcher de la position; elle
doit éviter de s'engager à fond, à moins qu'elle n'en ait
reçu l'ordre formel, de manière à se trouver en mesure de
rompre le combat, au moment opportun, sans subir de
pertes sérieuses. Il est d'ailleurs nécessaire de disposer, en
arrière d'elle, des forces en nombre suffisant, pour la dé-
gager au besoin, la recueillir ou enfin l'appuyer, si elle se
trouve contrainte à soutenir la lutte.
Des officiers d'état-major et d'armes spéciales l'accompa-
gnent, afin d'être en mesure de donner au commandement
les rapports techniques qui lui sont nécessaires.

Choix du point d'attaque. — Ainsi renseigné sur


les dispositions prises par le défenseur et connaissant,
d'autre part, les points par lesquels il est plus facile de
s'approcher à couvert des positions qu'il occupe, l'assail-
lant choisira le point d'attaque le plus convenable.
Parmi les considérations qui influent sur cette détermi-
nation, les unes sont d'ordre tactique, les autres d'ordre
stratégique.
Les premières conduisent à rechercher le point le plus
faible, le saillant, le plus prononcé, celui qu'il est le plus
facile de couvrir de feux croisés, ou encore la portion de
266 Irc PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE

ligne sur laquelle les défenses n'ont pu être poussées suffi-


samment. Ces mêmes raisons font choisir de préférence un
saillant placé vis-à-vis de cheminements, c'est-à-dire établi
sur un point dont il est facile de s'approcher à couvert.
Cependant il ne faut pas perdre de vue que les considéra-
tions tactiques ne sont pas toujours prépondérantes. Si, en
effet, une ligne de défense est facile à percer en un de ses
points, il ne suit pas de là que la victoire partielle qu'on y
aura remportée sera d'un grand profit pour l'assaillant.
Aussi voit-on souvent les Considérations d'ordre stratégique
prendre le pas sur les autres cl déterminer le général à faire
attaquer le point le plus fort de la position, parce que sa
chute entraîne celle de l'ennemi.

Préparation par l'artillerie. — C'est dans la


prépa-
ration de l'attaque par son artillerie que l'assaillant trouvera
le moyen le plus efficace de balancer à son profit l'avantage
que le défenseur espère tirer des dispositions qu'il a prises
pour se couvrir et des travaux qu'il a exécutés pour ren-
forcer sa position. 11 devra donc, dès le début, cherchera
acquérir rapidement la supériorité de feu qui lui est néces-
saire.
Pour cela, s'il ne fait tirer tout d'abord que le nombre de
batteries jugé suffisant, il doit tenir les autres prêtes à
entrer en action. Ces dernières seront en position de sur-
veillance ou en position d'attente, de manière que, sans perte
de temps et grâce à une préparation de tir poussée aussi
loin que possible, elles soient en mesure d'agir contre de
nouveaux objectifs dès que la présence de ceux-ci sera
révélée, ou de concentrer leurs feux sur un objectif insuffi-
samment battu.
Les batteries s'établiront à des distances variant de 2 000
à 5 000 mètres, cherchant à prendre d'écharpe ou, mieux
encore, d'enfilade, les lignes de défense principales de l'en-
nemi. Elles occuperont de préférence des emplacements
bien défilés, car l'artillerie de la défense doit connaître le
ATTAQUEET DÉFENSEDES POSITIONSFORTIFIEES 267
terrain et l'avoir repéré, aussi toute batterie qui s'installe-
rait à découvert risquerait d'être rapidement anéantie.
Il convient, dans ce travail de préparation par l'artillerie,
de répartir les rôles.
Certaines batteries s'efforcent de neutraliser celles dé la
défense, ce sont les contre-batteries.
D'autres sont chargées « de faciliter la marche progres-
sive de l'infanterie, d'appuyer ses attaques partielles et
d'enrayer celles de l'adversaire » ; celles-là tirent par rafales,
ce sont les batteries d'infanterie.
Lorsqu'on passe à l'attaque décisive, celle-ci est «pré-
parée spécialement par une concentration rapide, violente
et intense des feux de toute l'artillerie et des troupes d'in-
fanterie qui peuvent battre l'objectif choisi ». A ce moment,
l'infanterie ennemie est l'objectif principal, l'artillerie étant
d'ailleurs contre-battue.
La mission de faire brèche dans les obstacles est confiée
à des batteries de brèche; d'autres « surveillent les abords
et les débouchés de la position à enlever(bois, ravins, etc.)
par où les contre-attaques pourraient se produire », ce sont
les batteries de contre-attaques ; enfin, d'autres batteries,
dites d'accompagnement, sont chargées « d'accompagner
l'infanterie de l'attaque, afin de lui prêter un concours ma-
tériel et moral de tous les instants ».
L'importance de la préparation de l'attaque par l'artil-
lerie est, pour ainsi dire, évidente et les exemples abondent
qui permettent de la faire ressortir. Le 18 août 1870, la
Garde prussienne tente, sur le village de Saint-Privat, une
attaque insuffisamment préparée par le canon, avant d'avoir
réuni tous les moyens d'action dont elle disposait, et sans
attendre le concours du XIIe corps (saxon), qui devait
menacer la droite de la position française. Elle perd
6000 hommes en moins d'un quart d'heure; elle est con-
trainte de s'arrêter, puis de se replier sous le feu meurtrier
de notre infanterie. Le prince de Wurtemberg fait alors
avancer toute l'artillerie de son corps d'armée, à laquelle se
268 Ire PARTIE — FORTIFICATIONPASSAGÈRE

joignent en partie celles des Xe et XIIe corps, et bientôt


vingt^six batteries canonnent le village, qui succombe enfin
devant la supériorité écrasante des forces qui lui sont oppo-
sées. La voie qui mène de Sainte-Marie-aux-Ghênes à Saint-
Privat, direction générale de l'attaque, est aujourd'hui
bordée de tombes qui disent assez l'importance des pertes
subies dans cette mémorable journée par la Garde prus-
sienne. : .
En 1877, les Russes éprouvèrent, dans les batailles autour
de Plewna, des échecs successifs, malgré la valeur et la
ténacité de leur infanterie, parce que celle-ci se portait à
l'attaque des positions fortifiées des Turcs sans attendre
que l'artillerie lui eût préparé la voie. Le général Skobelev,
qui faisait partie de la fraction d'armée du prince Imere-
tinsky, et dont l'énergie entraînante est restée légendaire
parmi ses soldats, fut contraint, lui-même, de rappeler à
ses subordonnés les sages principes que ceux-ci avaient
oubliés, et d'ordonner qu'à l'avenir on ne fît marcher l'in-
fanterie qu'après que l'attaque aurait été préparée par le
canon.
Les pièces de campagne, dont le tir sur le personnel
découvert est si efficace, sont à peu près sans action contre
les obstacles, aussi la plupart des puissances ont introduit
dans leurs formations de campagne des bouches à feu d'un
calibre supérieur à celui des susdits canons. En Allemagne,
les « parcs légers de siège » sont constitués avec des bat-
teries d'obusiers de 12e et de i5c, et des batteries de mor-
tiers de 21e. L'artillerie de corps d'armée compte trois
batteries d'obusiers légers de 10e 5.
Les pièces de cette nature possèdent deux qualités qui
les rendent précieuses pour l'attaque des positions fortifiées.
D'une part, leur tir plongeant permet d'atteindre les dé-
fenseurs derrière les parapets, les réserves derrière les
couverts, les batteries défilées là où les canons de cam-
pagne avec leur tir tendu sont sans action.
D'autre part, les projectiles à forte charge d'explosifs ont
ATTAQUEET DÉFENSE DES POSITIONS FORTIFIÉES 269
une grande puissance de destruction contre les obstacles.
Ils ruinent les abris, les parapets et exercent une impres-
sion profonde sur le moraldes défenseurs.
Il ne faut pas oublier, toutefois, que ces résultats ne sont
obtenus qu'au prix d'une grande consommation de muni-
tions, difficiles à renouveler. L'emploi de ces pièces est
particulièrement indiqué dans l'attaque des positions forte-
ment retranchées dont il sera question plus lobù

Combat d'infanterie; destruction des défenses


accessoires; assaut. •— La période de
préparation par
l'artillerie est nécessaire, ainsi qu'on vient de le voir, au
succès final de l'opération. On aurait tort de croire que le
temps qu'on y consacre ne peut être utilisé par l'infanterie;
celle-ci, arrivant en formation de marche, trouve précisé-
ment, pendant cette période, le temps nécessaire à son dé-
ploiement. Il importe, en effet, de placer en face de leur
objectif les troupes chargées de l'attaque, afin qu'elles
n'aient plus qu'à marcher droit devant elles au but qui leur
sera assigné. Elles gagneront ensuite la limite extrême des
couverts situés en aA'ant de la position, d'où elles partiront
pour marcher à l'attaque de celle-ci. Les formations à
prendre doivent être suffisamment dispersées pour garantir
les troupes des effets du tir de l'adversaire, sans cependant
les soustraire à la direction de leurs chefs. On a pensé, à
une certaine époque, qu'il était possible d'utiliser la puis-
sance toujours croissante du feu de l'infanterie pour secon-
der l'artillerie dans la préparation de l'attaque et le Règle-
mentdu 29 juillet i884(titre IV)avait consacré cette opinion.
On a renoncé à maintenir une semblable prescription qui
soulevait des critiques justifiées. En effet, le feu d;infarite-
rie, si puissant qu'on le fasse, est toujours sans action
contre des obstacles matériels et, en raison de la tension
considérable de leurs trajectoires, les balles ne peuvent
atteindre les défenseurs derrière les parapets. Dans ces
conditions, les tireries, selon l'énergique expression du
27O Irc PARTIE FORTIFICATIONPASSAGERE
maréchal Bugeaud, conduisent à une consommation exa-
gérée des munitions, immobilisent l'assaillant, dont la force
morale réside dans le mouvement en avant, et rendent plus
difficile le maintien des soldats dans la main de leurs chefs.
La marche d'approche de l'assaillant doit se faire en uti-
lisant tous les couverts du terrain qui permettent de la dé-
rober aux vues et aux feux du défenseur; c'est dans le choix
des itinéraires à suivre que les chefs des diverses unités
feront, sentir leur action. On procède par bonds successifs
de position en position, en traversant aussi rapidement que
possible les espaces découverts; chaque prise de possession
d'une position nouvelle marque un temps d'arrêt dont on
profitera souvent pour procéder à une rapide organisation,
de manière à parer aux. retours offensifs du défenseur.
L'outil portatif du fantassin trouvera là un judicieux emploi.
L'assaillant pousse ainsi ses têtes de colonne jusqu'au
point où le défenseur a établi les défenses accessoires.
Pour continuer la marche en avant, il est nécessaire de
détruire ces dernières en faisant appel au concours des
détachements de travailleurs d'infanterie et de soldats du
génie. La reconnaissance de la position ayant renseigné sur
la nature des obstacles qu'on rencontrera, on a muni les
travailleurs des outils (haches, pinces, scies, etc.) et des
engins de destruction (poudre, dynamite, mélinite, etc.)
qui leur sont nécessaires. Pour permettre aux sapeurs d'in-
fanterie et du génie d'accomplir leur tâche aussi périlleuse
qu'importante, les tirailleurs et l'artillerie doivent donner
au feu le maximum d'intensité, afin d'obliger le défenseur
à rester sous ses abris. Des passages aussi nombreux que
possible sont pratiqués dans les défenses accessoires; on
relève les fils de fer coupés, on fait sauter les abatis, on
comble les trous de loup de manière à faciliter la marche
de la colonne d'assaut.
Les événements de la guerre russo-japonaise ont fait res-
sortir quelles difficultés pouvaient éprouver de vaillantes
troupes chargées d'enlever des positions fortifiées bien dé-
ATTAQUEET DEFENSEDES POSITIONSFORTIFIEES 271
fendues. Ils ont montré aussi que, malgré toute la puissance
du feu, des gens résolus au sacrifice volontaire de leur vie
sont capables de venir à bout de tous les obstacles. On ne
saurait trop admirer l'héroïsme dont ont fait preuve cer-
taines troupes japonaises dans ces circonstances.
La colonne d'assaut s'est avancée sous la protection des
troupes d'approche, en diminuant progressivement la dis-
lance qui l'en sépare ; elle n'a pas encore fait usage de son
feu, ses pertes sont minimes en comparaison de celles'
qu'ont subies les unités qui la précèdent ; elle est bien dans
la main de ses chefs; elle réunit toutes les conditions re-
quises pour produire un effort décisif. Elle doit être amenée,
en profitant des couverts du terrain, devant le point où son
action doit se faire sentir, de manière à n'avoir plus qu'à
marcher droit devant elle et à produire un choc irrésistible.
Sa formation est aussi dense que possible, pour faciliter
l'action personnelle des chefs de tout grade qui, en ce mo-
ment critique de la lutte, doit atteindre son dernier degré
d'énergie. Le passage de la zone des défenses accessoires
dans les trouées que les sapeurs y ont créées aura lieu avec
la vitesse maxima et on s'élancera dans le fossé de l'ouvrage.
Maître de ce point, qui lui fournit un palier de repos et
de rassemblement, l'assaillant se répand rapidement autour
de l'ouvrage pour donner l'assaut de tous les côtés à la fois,
et, à un signal donné, gravit le parapet.
Alors s'engage avec le défenseur une lutte presque corps
à corps, dans laquelle la supériorité morale est à l'assaillanU
animé par un premier succès, et qui doit, selon toute ATai-
semblance, se terminer par la prise de la position.
Si cette première attaque est refoulée cependant, l'assail-
lant se retire sur le glacis, couvre l'ouvrage d'un feu aussi
violent que possible et donne à la réser\re de la colonne
d'assaut le temps d'anrver. Cette réserve, de force égale à
la colonne même, marchant à quelque distance en arrière
d'elle, ne tarde pas à lui apporter le renfort nécessaire pour
tenter un nouvel assaut.
272 I • PARTIE FORTIFICATION PASSAGERE
Si l'ouvrage est pris, l'assaillant s'établit à la gorge, se
couvre du mieux qu'il peut en utilisant tous les obstacles,
et:creuse au besoin la terre pour se garantir. 11 ne doit pas
hésiter un instant à entreprendre immédiatement dans ce
but quelques traAraux de terrassement, lorsque cette gorge
est sous le feu d'ouvrages établis en arrière. Maints exem-
ples tirés de la défense des retranchements turcs de Plewna
sont, à ce sujet, extrêmement significatifs. Le rapport du
•général Skobelev mentionne, en effet, que plusieurs fois les
Russes ont été chassés de positions fortifiées, qu'ils Amenaient
d'enlever au prix des plus grands sacrifices, par le feu
meurtrier de leurs adArersaires établis derrière une seconde
série de retranchements. Il montre les soldats russes cher-
chant à se couA'rir en pareil cas par tous les moyens pos-
sibles, et entreprenant de fouiller le sol, même aArec des
couvercles de gamelle, pour se procurer un abri.
L'assaillant deATa donc, en pareille circonstance, faire
usage de ses outils portatifs ; quelque peu disposé qu'il y
puisse être au premier moment, après une opération san-
glante comme l'assaut qu'il Arient de donner, il ne tardera
pas à comprendre la nécessité des quelques bouts de tran-
chée qu'il peut obtenir rapidement de la sorte. Il faudra, en
même temps, détruire ou retourner contre lui le matériel
abandonné par l'ennemi, éventer et couper les mines et
torpilles préparées par le défenseur. A cet effet, un déta-
chement de canonniers convenablement outillés suivra la
réserve de la colonne d'assaut, et joindra ses efforts à.ceux
des traA'ailleurs du génie.

"Une action telle que celle qui Arient d'être décrite sera
dirigée sur chacun des saillants attaqués, par une colonne
dont l'effectif total, double ou triple de celui des troupes de
la défense, sera subdiArisé, comme on l'a dit ci-dessus, en :
i° Une troupe de préparation qui exécute la marche d'ap-
proche et qui, par suite, arrive devant la position, trop
éprouvée pour réussir à elle seule l'attaque décisive ;
ATTAQUEET DÉFENSEDES POSITIONSFORTIFIÉES 278
20 Un groupe de travailleurs chargé de la démolition des
obstacles ;
3° Une colonne d'assaut ou troupe de choc qui s'avance
sous la protection du rideau formé par la première ligne et
à qui incombe la mission décisiAre d'enleArer PouA'rage ;
4° Une réserve de la colonne d'assaut, d'un effectif égal
au.sien, qui poursuit l'ennemi après le succès ou, en cas
d'échec, Adent donner un nouArel effort sur la position et per-
met à la première ligne de se reformer pendant ce temps.
Toutes les troupes chargées de l'attaque d'une position
doiArent, une fois amenées devant leur objectif, n'aAroir plus
qu'une préoccupation : atteindre celui-ci le plus tôt pos-
sible sans se laisser arrêter par la crainte des contre-
attaques.
Le soin de repousser ces dernières, de diriger sur les
flancs ou la gorge des ouvrages des démonstrations ou
même des attaques réelles, en un mol de manoeuATer, doit
incomber à une force spéciale.
Dans quelle mesure sera-t-il possible de constituer tous
les échelons dont on vient de tracer le rôle, c'est ce que
tout chef chargé de l'opération aura à décider d'après les
ressources dont il dispose. Mais il est essentiel de bien
séparer : d'une part, la troupe de préparation de celle
d'assaut et, d'autre part, l'ensemble de celles-ci de la
troupe de manoeuvre. Rien ne s'opposerait, semble-t-il, à
ce que cette dernière lut en même temps réserve de la
colonne d'assaut.

Si la position possède un réduit, les troupes de l'attaque


doivent de suite s'établir fortement sur les premières lignes
après s'en être emparées. Lorsque le réduit est de quelque
importance, on le fait d'abord battre par l'artillerie, qui dé-
molit les constructions dans lesquelles il est établi, et y met
le l'eu si la chose est possible. Des tirailleurs munis de
charges d'explosifs A'iennent s'appliquer contre les mu-
railles; on les fait soutenir par une tête de colonne qui
MANUKI.DEFORTIFICATION 18
274 Ire PARTIE — FORTIFICATIONPASSAGÈRE
cherche à emboucher les créneaux et à enfumer les défen-
seurs, et lorsqu'on a réussi à y faire une brèche praticable,
on lui donne résolument l'assaut.

Attaque des ouvrages très fortement retran-


chés. •— Les dispositifs d'attaque qui viennent d'être indi-
qués s'appliquent aux ouArrages ordinaires du champ de
bataille, dont le profil, et l'armement sont relatiA'ement
faibles.
Ils seraient insuffisants deArant des retranchements plus
considérables, soutenus par une artillerie puissante et for-
tement reliés entre eux.
Contre de semblables ouvrages, il est nécessaire de faire
appel à d'autres moyens, qui se rapprochent, de ceux qu'on
emploie dans la guerre de siège.
Les exemples historiques montrent d'ailleurs que, dans
de pareilles circonstances, l'assaillant a dû, pour arriver au
succès, modifier ses procédés dans le sens qu'on Arient d'in-
diquer.
En 1864, devant les lignes de Dùppel, qui se composaient
d'une série d'ouvrages à fort profil, reliés entre eux par des
lignes de retranchements, les Prussiens n'hésitèrent pas à
employer la tranchée dans une certaine mesure, pour se
donner un couvert contre le défenseur.
En 1877, à Plewna, les Russes et les Roumains durent
également demander aux mouA'ements de terre une protec-
tion contre les feux des redoutes turques qu'ils attaquaient,
pendant fout le temps nécessaire à leur artillerie pour affai-
blir celle des défenseurs.
Il en sera de même, sans doute, encore dans l'avenir et la
prise de possession du terrain par l'assaillant sera marquée
certainement par des travaux de fortification, destinés à lui
procurer des couverts successifs et à le garantir contre les
conséquences d'un retour offensif de son adversaire. Les
outils portatifs seront appelés alors à jouer un rôle de plus
en plus important.
ATTAQUEET DÉFENSEDES POSITIONSFORTIFIÉES 275
Mais on est en droit de redouter l'insuffisance de ces
moyens, et, en considérant la puissance que donnent à l'ar-
tillerie de nos jours les noweaux explosifs, il est permis
d'affirmer que, dans les conditions qu'on examine, l'em-
ploi des parcs légers de siège, dont il a été question plus
haut, deviendra indispensable. C'est à ces pièces que l'as-
saillant demandera l'appui nécessaire à la marche de son
infanterie et la destruction des obstacles qui lui seront
opposés.

Défense des positions fortifiées

L'étude qui Arient d'être faite des dispositions à prendre


pour l'attaque permet de tracer aisément le rôle du défen-
seur. Il importe tout d'abord de se rendre compte bien
exactement de sa situation. Au point de vue matériel, il est
mieux abrité que son adA'ersaire; il connaît son terrain,
possède en abondance des munitions qu'il renouvelle aisé-
ment, et peut faire un usage très redoutable de ses armes
portatives. C'est là son grand avantage. Par contre, son
artillerie ne peut s'étendre sur un aussi grand espace ; ses
feux sont diA'ergents, à l'encontre de ceux de son adversaire
qui convergent sur lui; enfin il est moins nombreux. Au
point de vue moral, il est inférieur à l'assaillant dont chaque
pas en avant surexcite l'ardeur, et dont il subit l'initiative
sans pouvoir lui imposer la sienne. 11 ne peut trouver quel-
que compensation que dans la sécurité que lui inspire l'ou-
vrage qui le protège; on ne doit donc rien négliger pour
développer ce sentiment.
Pour bien définir le rôle du défenseur, il suffira, du reste,
de reprendre une à une les diverses périodes de l'attaque,
et d'indiquer ce qu'il doit faire dans ces différentes circons-
tances.
Tout d'abord, en ce qui concerne les reconnaissances : il
doit s'efforcer d'empêcher l'ennemi de s'approcher, en dis-
276 Irc PARTIE FORTIFICATIONPASSAGÈRE

posant en avant de ses ouvrages des avant-postes suffisants


pour repousser les démonstrations; il dissimulera autant
que possible les traA'aux qu'il a exécutés par des rideaux
d'arbres, des feuillages abattus sur les plongées, des levées
de terre couvrant les défenses accessoires. Au contraire,
dans les parties non occupées, il trompera son ennemi en
lui laissant aperceA'oir des travaux capables de lui donner
le change sur la force de la position.
A l'exception des avant-postes ou des détachements qui,
poussés en aArant, préA'iennent des mouvements de l'ennemi,
arrêtent ses reconnaissances et l'obligent à se déployer, « le
reste des troupes est maintenu momentanément en arrière,
les unes pour défendre les points d'appui, les autres pour
constituer les renforts et les troupes de manoeuvre qui agis-
sent offensivement au moment opportun.
« La défensive passiA^e, en effet, est vouée à une défaite
certaine, elle est à rejeter absolument, seule une défensive
agressive donne des résultats.
« Tant que le combat n'est pas imminent, les troupes
maintenues en arrière restent en position d'attente, à l'abri
des vues de l'ennemi. Les chefs des unités spécialement
désignées pour tenir la lisière des points d'appui étudient
la partie du terrain qu'ils auront à défendre; ils font repérer
les distances de tir et tout spécialement celles des points de
passage probables de l'ennemi (f). »
« L'artillerie aura tiré parti du temps disponible pour
préparer le tir, organiser sans les occuper les emplacements
probables, leurs Afoies d'accès, leurs débouchés (-). » Les
batteries restent en position d'attente, c'est-à-dire attelées,
prêtes à se porter aux emplacements préparés. La prépara-
tion du tir doit être assez complète pour permettre une
ouverture du feu rapide et efficace. Grâce au temps dont
elle dispose, l'artillerie peut réaliser ces conditions, même

(') Règlementsur les manoeuvresde l'infanterie(3 décembreigo4).


() Servicede l'artillerieen campagne.
ATTAQUEET DEFENSEDES POSITIONSFORTIFIEES 277
en utilisant des positions défilées qui lui permettront de
tenir tête à une artillerie plus nombreuse.
Dès que la direction dans laquelle se présente l'assail-
lant est connue, un certain nombre de batteries occupent
les emplacements préparés battant cette direction et se
mettent en surveillance ; elles complètent la préparation de
leur tir.
A la reconnaissance succède l'artillerie ennemie. Les em-
placements les plus convenables pour' son établissement
sont généralement connus à l'aArance par le défenseur,; lors
donc qu'elle se présente pour lesoccuper, toutes les batte-
ries établies sur la position pour concourir directement à
sa défense peuvent ouArrir le feu contre elle. Elles ont le
double avantage d'être toutes prêtes et généralement bien
couvertes et bien installées; elles devront en user pour
retarder le plus longtemps possible la mise en batterie de
l'artillerie adverse.
Elles ne pourront pas évidemment parvenir à l'empêcher,
et la lutte entre les deux artilleries commencera bientôt;
cette lutte fournit d'ailleurs au défenseur le moyen d'obtenir
un avantage sur son adversaire. A cet effet, il doit mettre
en ligne toutes ses batteries et s'efforcer de réduire au
silence celles de l'assaillant; il a d'ailleurs sur ce dernier le
sérieux aArantage de connaître mieux le terrain qui les.
sépare l'un de l'autre et de disposer immédiatement de la
totalité de ses ressources.
Si la lutte tourne à son désavantage, le défenseur retire
ses batteries les plus exposées, ne laissant en position que
celles auxquelles leur situation favorable donne le moyen
de tenir tête à l'adversaire. Par là, le défenseur constitue
une réserve d'artillerie qui lui sera du secours le plus pré-
cieux lors de la défense rapprochée de la position. « Dès
que les troupes assaillantes prononcent leur mouvement,
les unités chargées de la défense garnissent leurs emplace-
ments de combat. Elles agissent d'abord par le feu. » Selon
le cas, elles l'oirvrent à grande distance ou cherchent à pro-
278 Ire PARTIE FORTIFICATION PASSAGÈRE
duire des effets de surprise ; elles tirent toujours par rafales,
lancées au moment où l'assaillant se présente en formations
plus ou moins denses sur des terrains décomrerts (Règle-
ment de manoeuvres, art. 26g). Le feu de tireurs bien abri-
tés, connaissant le terrain, sera alors d'une grande effi-
cacité et, pour lui donner toute sa puissance, il faudra
approAnsionner les hommes de toutes les munitions néces-
saires.
Cette dernière condition est d'ailleurs facile à réaliser,
puisque des dépôts de cartouches peuvent être installés
dans l'ouvrage même et presque dans le talus intérieur du
retranchement, ainsi qu'on l'a Aru au chapitre XV page 228.
Rien ne deATa être négligé sous ce rapport, car on peut
ainsi donner au défenseur un réel avantage sur son adver-
saire.
Mais le moyen le plus efficace cpie possède le défenseur
réside dans l'emploi des contre-attaques. C'est par elles
que la défense est agressive, ainsi que l'ordonne le règle-
ment. A cet effet, des troupes de manoeuvre maintenues
jusqu'alors à l'abri se dirigent sur les flancs de la colonne
d'attaque et essaient de la culbuter et d'y jeter le désordre.
Elles sont appuyées par le tir des batteries établies sur la
position, ainsi que des mitrailleuses. Ces contre-attaques,
bien dirigées et souvent renouvelées, jettent la perturbation
dans les troupes de l'assaillant, arrêtent leur mouvement en
aA'ant, et, si elles sont exécutées convenablement et avec
des effectifs suffisants, peuvent, parfois, arriver à les re-
pousser complètement.
Si, malgré ces efforts, les assaillants parviennent à s'ap-
procher de l'ouA'rage, pendant qu'ils s'arrêtent pour per-
mettre aux travailleurs de ruiner les défenses accessoires,
et que les colonnes d'assaut s'avancent, les défenseurs
doivent faire un feu aussi nourri que possible, de manière à
couvrir les abords de leur position d'une grêle de projec-
tiles qui causera de grandes pertes à l'ennemi.
Si celui-ci parvient à tenter l'assaut, les défenseurs, sans
ATTAQUEET DÉFENSEDES POSITIONSFORTIFIEES 279
chercher alors à se couATir, montent sur les plongées, fusil-
lent les assaillants, et les attaquent à l'arme blanche s'ils
ont pénétré dans l'ouvrage.
En ce moment, une contre-attaque bien dirigée peut faire
échouer l'entreprise de l'adversaire ; le défenseur aura donc
dû préparer les moyens de l'exécuter.
Si l'ennemi parvient jusque dans l'ouvrage, il faut lui
disputer chaque pouce de terrain, s'abriter derrière les tra-
Arerses ou les parados, et continuer la lutte à outrance pour
donner aux troupes voisines le temps de venir tenter un
retour offensif.
« Partout doit régner la même activité, le même souci
de manoeuvrer, la même attention à surprendre toutes les
fautes et toutes les défaillances de l'ennemi. Les troupes
qui exécutent ces attaques s'engagent toujours à fond,
sans arrière-pensée, en se conformant aux principes posés
pour le combat offensif. » (Règlement de manoeuvres,
art. 270.)
La résistance devient-elle impossible, on deATa, en quit-
tant l'ouvrage, détruire tout le matériel qu'on y abandonne
et faire partir toutes les mines et torpilles préparées, dont
l'explosion au milieu des assaillants produira les plus grands
effets. Il suffit de citer à cette occasion l'exemple donné
par les Russes à Sébastopol et les pertes sérieuses infligées
à nos troupes dans Malakoff même par l'éclatement de dis-
positifs de cette espèce.
Les ouvrages établis en arrière de celui que l'ennemi
vient de conquérir doivent, aussitôt que les défenseurs l'ont
abandonné, le couvrir des feux de leur artillerie et de leur
mousqueterie, de manière à en rendre l'occupation très dan-
gereuse pour l'assaillant, et à empêcher celui-ci de s'y éta-
blir. Pendant ce temps, les défenseurs se reforment et dès
qu'ils sont réunis en nombre suffisant, ils tentent des retours
offensifs. Les exemples abondent dans l'histoire militaire
d'ouvrages ainsi perdus et repris plusieurs fois de suite, et.
si le succès couronne définitiA'ement les efforts de l'assail-
280 Ire PARTIE FORTIFICATION
PASSAGÈRE
lant, le défenseur a du moins la consolation d'avoir fait
payer chèrement sa défaite.

Quant aux défenseurs du réduit, leur tâche est particu-


lièrement importante ; ils doivent résister jusqu'à la dernière
extrémité, de manière à protéger la retraite des troupes
chassées des ouvrages placés en avant, et à arrêter la pour-
suite de l'ennemi.

Lorsque la position às défendre est formée d'une ligne de


retranchements, l'assaillant aura prononcé son attaque sur
un ou plusieurs saillants. En admettant qu'il soit parvenu à
les enlever, leur perte ne deATa pas entraîner l'abandon de la
ligne entière. Le défenseur devra prolonger la lutte, en uti-
lisant les accidents du sol et les portions de lignes dont la
direction est perpendiculaire à la ligne générale pour diriger
une nouvelle tentative contre l'assaillant et l'empêcher de
se répandre sur l'ensemble de la position.

Effectif de la défense.—L'effectif des troupes de la


défense peut être évalué à deux hommes par mètre courant
de crête occupée ; on obtient de la sorte une densité de
feux très considérable, tout en conservant une petite ré-
serve pour chaque ouvrage. Dans la défense d'une ligne
composée de plusieurs retranchements, il faudra disposer
en outre d'une réserve générale destinée à opérerles contre-
attaques. L'effectif de cette réserve devra être en principe
égal à celui des défenseurs postés dans les ouvrages mêmes.
11est d'ailleurs certaines parties d'une ligne qui peuvent
être occupées bien moins fortement que d'autres; ce sont
celles par où l'ennemi a peu de chances de pénétrer, en
raison de leur situation ou des obstacles puissants dont on
les a couvertes. Sur ces parties, un homme par mètre cou-
rant sera suffisant.
Dans les lignes continues par exemple, on se contentera
d'occuper fortement tous les saillants et les courtines adja-
ATTAQUE ET DEFENSE DES POSITIONS FORTIFIEES 201
centes aux saillants d'attaque; les autres seront simplement
surveillés.
Si la position comporte deux lignes successives, chacune
d'elles pourra recevoir une garnison spéciale, quoiqu'il soit
raisonnable d'admettre que la garnison de la deuxième
ligne doive se composer en partie des troupes battues sur
la première.
En résumé, une moyenne de quatre à cinq hommes par
mètre courant pour l'ensemble d'une position défensive
comprenant deux lignes, sera suffisante pour constituer la
garnison des ouA'rages et les réserves nécessaires.
CHAPITRE XIX

FORTIFICATION SEMI-PERMANENTE

Après avoir exposé clans les chapitres qui précèdent ce


qui a trait aux ouvrages de fortification passagère, il convient
de dire quelques mots de ceux qu'on peut établir lorsqu'on
dispose d'un temps assez considérable et qu'on veut être en
mesure de résister à des engins plus puissants que le canon
de campagne.
Les ouvrages de cette nature constituent ce qu'on nomme
la fortification semi-permanente ou provisoire et trompent,
leur emploi dans l'organisation des places qu'une armée
peut être amenée à édifier au cours d'opérations de longue
durée en vue d'une utilisation déterminée, ce sont les
places du moment. Ils peuvent aussi rendre des services
pour compléter la défense des grandes places de seconde
ligne.
Avant i885 et l'apparition des obus-torpilles à grande
puissance, il était possible de résister aux effets des pro-
jectiles de siège, au moins pendant un certain temps, aArec
des parapets de 5 à 6 mètres d'épaisseur et avec des abris
dont le blindage était constitué par des couches successives
de poutres ou de rails recouvertes de 2 à 3 mètres de terre.
C'est ainsi qu'en 1866 les Autrichiens à Vérone et à Dresde
édifièrent des ouvrages très sérieux et qu'en 1870, àEelfort,
le colonel Denfert-Rochereau fit construire les forts des
Hautes et Basses-Perches, devant lesquels les Prussiens subi-
rent un échec.
A titre de renseignement sur l'organisation d'ouvrages
283.ï»s Planche D

Fig. 145. — Forts de Dresde (1866). Échelle du (—)• !

Coupe DEF (sèô)

Coupe AB (SÔÔ) Coupeen avant du pontXY (500)

EJ.<:t/nt/it/-drJ-. rwiicy.
LITU-UIERGER '•c"
-!.t?.'R,v.i!i
FORTIFICATIONSEMI-PERMANENTE 283
de cette nature, on trompe ci-après, figure i45, le plan et
les profils d'un des forts de Dresde en 1866.
Leur forme générale est celle d'une lunette de 90 à
100 mètres de faces et de 60 à 70 mètres de flancs ; la gorge
est fermée par un parapet en ligne droite (voir la fig. i45,
page 282 bis.)
Le relief des faces et des flancs est de 4m4°> l'épaisseur
du parapet, est de 6 mètres ; la profondeur des fossés 3m20
et leur largeur 10 mètres emiron; la gorge n'a que 2m5o
de relief. Au pied du talus extérieur règne une palissade
défensive laissant derrière elle un chemin de ronde qui
permet de surveiller le fossé. Le flanquement de celui-ci est
assuré par un coffre flanquant double, établi au saillant, et
par deux coffres simples ou ailerons placés aux angles
d'épaule (voir la coupe DEF), de manière à être garantis
par les terres de la contrescarpe. Ces coffres, dont la face
tournée du côté de l'ennemi est enterrée sur la plus grande
partie de sa hauteur, ont leurs parois en bois avec créneaux
horizontaux ; le blindage est formé d'une couche de poutres
recouvertes de béton.
Sur les faces et les flancs sont placées des traArerses,
dépassant la crête de 2 mètres et recouvrant dés abris
blindés organisés comme les blockhaus, quant à la toiture.
Des rampes nombreuses permettent d'amener les pièces
d'artillerie entre chaque traverse et facilitent aux hommes
l'entrée dans les abris et l'accès sur les banquettes.
Un réduit AB se trouve deA'ant la gorge de l'ouvrage ;
c'est un blockhaus enterré dont les créneaux sont au ras du
sol ; il bat l'entrée de l'ouvrage et l'intérieur de la cour. Le
petit bâtiment M placé de l'autre côté du passage est une
baraque servant de corps de garde. Les communications
sont faciles : on entré dans l'ouvrage en traversant le pont
en bois XY, dont une partie est fixe, tandis que l'autre peut
être retirée au besoin ; pour se rendre dans le chemin de
ronde, derrière les palissades, on trouve une poterne en
galerie de mines placée dans l'axe d'une traverse et dont la
284 Ire PARTIE FORTIFICATION
PASSAGÈRE

figure i45 montre les coupes DEF ; c'est en passant par ce


chemin de ronde qu'on se rend dans les coffres flanquants
placés aux saillants.
Il serait téméraire aujourd'hui d'espérer résister aux nou-
veaux projectiles de l'artillerie àArec dés ouvrages sembla-
bles à celui-là ; les blindages qu'il renferme seraient désem-
parés par un seul coup d'une pièce de gros calibre et le
travail considérable qu'exige leur construction se trouverait
perdu entièrement. D'autre part, il n'est point nécessaire
d'avoir des abris aussi résistants pour protéger les hommes
et le matériel contre les balles de l'infanterie ou celles des
shrapnels, ainsi que contre les éclats de ces derniers. Enfin,
ainsi qu'on l'exposera plus loin à propos de l'organisation
des grandes places, on sépare aujourd'hui des ouvrages
destinés à assurer sa protection, le canon qui doit entrer
en lutte avec celui de l'assiégeant.
Pour ces divers motifs, un fort analogue à celui que
représente la figure i45 ne répond plus aux besoins mo-
dernes.
Il semble, d'après les études qui ont été faites par divers
auteurs étrangers, que dans la fortification semi-permanente
il y ait lieu dorénavant d'établir deux sortes d'ouvrages :
des batteries et des points d'appui pour l'infanterie soutenue
par quelques pièces légères bien abritées.
Ces points d'appui comprendraient des parapets peu
éleArés, afin d'être moins Arisibles de loin, suffisamment épais
pour résister au canon (6 à 8 mètres par exemple), un
obstacle constitué par des réseaux de fil de fer profonds,
masqués, si faire se peut, par un glacis. Dans ces ouvrages
on multiplierait les petits abris à l'épreuve des balles et
éclats de projectiles, afin de protéger les hommes et les
munitions et de restreindre l'étendue des pertes résultant
de la chute d'un gros projectile sur l'un d'eux. Peut-être
pourrait-on y installer un ou deux abris réellement à
l'épreuA'e du canon et dont le blindage serait formé par
des pièces métalliques (rails ou poutres) recouvertes par
FORTIFICATIONSEMI-PERMANENTE 285
une couche de béton. Afin d'augmenter la résistance de ces
abris, on en diminuerait la portée qui n'excéderait pas 4'ou.
5 mètres.
* L'artillerie légère installée dans ces ouvrages pourrait
aArantageusement trouver place sous des coupoles transpor-
tables, analogues à celles dont il sera question ci-après,,
chapitre XXXV. Là ne se bornerait pas d'ailleurs l'emploi
des cuirassements d'après les idées ayant cours à l'étranger,
où on recommande instamment les mantelets métalliques
pour protéger les tireurs ou les servants des pièces. Tou-
tefois, un matériel de cette nature ne s'improvisarit pas
au moment du besoin, il coirviendrait d'en doter au préa-
lable les équipages de siège et les magasins des places
fortes. '
Quant aux batteries, les unes, destinées aux pièces à tir
indirect, seront protégées par leur emplacement même en.
arrière de la ligne dès points d'appui et seront dérobées
aux vues de l'assiégeant ; elles pourront ne receA'oir qu'une
faible protection ; les autres, destinées aux pièces à tir tendu
et occupant les crêtes, seront, comme les points d'appui,
protégées par des réseaux, de fil de fer et fermées à la gorge
par un retranchement. Les unes et les autres devront être
dotées d'abris à munitions nombreux et de niches pour pro-
téger les servants dans les intervalles du tir.
Il est difficile d'entrer dans des détails plus circonstanciés
au sujet des ouvrages de la fortification provisoire, attendu
qu'il n'en a pas été construit depuis i885 et que les idées
sur celte question sont encore assez vagues. D'ailleurs, lors-
qu'on devra construire des ouvrages de ce genre, il est une
condition qui primera toutes les autres : celle du temps
qu'on pourra y consacrer et des ressources dont on dispo-
sera, car de là dépendra le genre de solution que pourra
recevoir ce problème, l'un des plus complexes qui se posent
aujourd'hui aux ingénieurs militaires.
La guerre russo-japonaise n'a pas apporté, jusqu'à présent
du moins, d'éléments nouveaux à cette partie de la fortifi-
286 I1C PARTIE-— FORTIFICATION
PASSAGÈRE
cation. Les Russes ont disposé à Port-Arthur d'un temps
suffisant pour édifier de forts ouATages, mais ils ne parais-
sent avoir utilisé que de faibles profils, dont il a été donné
des exemples plus haut (voir chap. XV). Cette circons-
tance tient peut-être à la nature rocheuse du sol, recomrert
seulement d'une légère couche de terre, qui interdisait, par
suite, tout travail de quelque importance. Quoi qu'il en soit
on ne peut, pour le moment, donner aucune solution ré-
cente du problème de la fortification semi-permanente ayant
reçu la sanction de l'expérience.
DEUXIÈME PARTIE

FORTIFICATION PERMANENTE

CHAPITRE XX

PRÉLIMINAIRES

D'après la définition qui en a été donnée dans le chapitre I


(page 4); la fortification permanente est l'ensemble des tra-
Araux exécutés en temps de paix aA'ec toutes les ressources
de l'industrie, sur des points dont l'importance militaire
est constante, parce qu'elle résulte de leur situation géo-
'
graphique.
Les ouvrages de cette espèce diffèrent de ceux qui ont
été étudiés dans la première partie, par la nature des efforts
auxquels ils sont appelés à résister et par les moyens mis en
oeuATe pour leur construction.
Depuis l'époque où le canon a fait son apparition, jusqu'à
la découverte de l'artillerie rayée, la puissance des projec-
tiles de siège n'a subi que peu de modifications importantes
et durant toute cette période, la fortification, ayant à lutter
toujours contre le même adversaire, se perfectionnait lente-
ment et avait acquis, Arers i84o à i85o, une très grande
efficacité.
Vers 1860, l'artillerie rayée obligea les ingénieurs à se
préoccuper d'augmenter la résistance de leurs ouATages et
à apporter des améliorations aux anciennes méthodes encore
200 2e PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE
en usage. La période de 1860 à 1870 fut employée aux
éludes de ce genre dans les différents pays, et on était
arrivé à une solution théorique satisfaisante lorsque sur-
AÏnrenl les événements de la guerre de 1870.
Nos anciennes forteresses, à peine en A^oiede transfor-
mation, étaient insuffisantes et, aussitôt après la conclusion
de la paix, on se mit à l'oeuvre avec activité pour rétablir
sur notre frontière les ouvrages nécessaires à la défense du
Pays-
L'artillerie rayée aA?ait d'ailleurs acquis une puissance
nouvelle par l'emploi de l'acier dans la construction de son
matériel ; mais il semblait que, pour un instant, son progrès
dût demeurer stationnaire. C'est sous l'empire de ces idées
que furent construits, sous l'habile direction des généraux
Séré de Rivières et Cosseron de Villenoisy, l'immense quan-
tité d'ouvrages qui existent actuellement encore sur notre
frontière et qui, à l'époque de leur construction, satisfai-
saient pleinement aux conditions qu'ils avaient à remplir.
Les principes d'après lesquels ces ouvrages ont été édi-
fiés constituent un corps de doctrine en matière de fortifi-
cation, et leur étude est, actuellement encore, la meilleure
manière de se rendre un compte exact des relations qui
doivent exister entre la fortification et les engins auxquels
elle est appelée à résister. Depuis leur construction cepen-
dant, en i885, l'artillerie a fait, un nouveau et considérable
progrès en utilisant dans le chargement des projectiles des
explosifs d'une puissance bien supérieure à celle de la
poudre.
On a exécuté dans divers pays, et notamment en France,
des expériences destinées à guider les ingénieurs dans les
transformations à imposer à la fortification pour la mettre
à même de résister à son nouvel adversaire. La diversité des
solutions adoptées montre qu'on est encore actuellement
dans une période d'études où les principes à suiATe ne sont
pas nettement fixés. Peut-être, lorsqu'on connaîtra entière-
ment les enseignements à tirer du siège de Port-Arthur,
PRÉLIMINAIRES 289
sera-t-on mieux orienté, mais ce résultat n'est encore obtenu
que très imparfaitement.
Aussi a-t-on cru devoir, dans ce Manuel, conserver une
place importante à l'étude des fortifications de l'époque qui
se termine en i885, bien qu'elles aient perdu de leur valeur.
Des chapitres sont ensuite consacrés à l'examen des condi-
tions actuellement imposées à la fortification et des solu-
tions proposées en vue d'y satisfaire.

Caractère des ouvrages permanents

Les ouATages de la fortification permanente sont principa-


lement caractérisés par les grandes dimensions de leurs
profils, qu'il est indispensable d'organiser de manière qu'ils
puissent résister convenablement au tir des puissantes bou-
ches à feu de l'artillerie de siège.
Ces ouvrages comprennent essentiellement : i° un obs-
tacle constitué par le fossé ; 20 un parapet, servant de cou-
vert défensif ; 3° un terre-plein, c'est-à-dire une étendue de
terrain sur laquelle le défenseur peut circuler à l'abri. Mais
ces trois éléments constitutifs de toute fortification sont,
dans les ouvrages permanents, beaucoup plus étendus et
plus complets qu'ils ne peuvent l'être dans les ouvrages de
campagne.

Installation de l'artillerie dans les ouvrages.


Importance des abris. — La fortification
permanente
présente une différence essentielle avec la passagère. Cette
dernière, en effet, ainsi qu'on l'a fait ressortir dans le cha-
pitre XVIII, ne doit pas recevoir d'artillerie ou, exception-
nellement, ne doit en contenir que la quantité strictement
nécessaire à sa défense propre. Les ouATages permanents,
jusqu'en i885, au contraire, n'étaient guère en réalité que
des porte-canons. Ils permettaient d'installer à l'avance,
dans des conditions de nature à en faciliter le service, les
MANUEL DEFOll'J'U'ICATIOK 19
29O 2e PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE
bouches à feu les plus puissantes que possède l'artillerie,
de manière à résister aA'antageusement aux lourdes pièces
de siège, au moins dans la première partie de la lutte.
_ Pour parer aux inconArénienls inhérents à la présence de
l'artillerie dans les ouATages, incoirvénients qui ontétéénu-
mérés au chapitre XVIII, et qui sont d'autant plus considé-
rables que les armes employées par l'adversaire sont plus
puissantes, il fallait que les remparts fussent convenable-
ment disposés et, en particulier, munis d'abris assez nom-
breux et assez solides pour soustraire les hommes et le
matériel, dans la mesure du possible, aux effets meurtriers
du tir de l'artillerie de siège. La guerre de 1870 avait parti-
culièrement fait ressortir l'insuffisance de nos ouvrages,
sous le rapport des abris, et, dès ce moment, on s'était
efforcé de les munir abondamment de cette partie essen-
tielle de leur organisation.
Depuis lors, l'adoption, vers i883, des obus à mitraille
aA'ec fusée fusante précise a rendu plus précaire qu'aupa-
ravant le service des pièces à découA'ert sur les remparts ;
elle a rendu, par suite, les abris plus nécessaires. Peu après,
l'emploi des obus-torpilles a eu pour effet de rendre infini-
ment plus difficile l'établissement de ces derniers. On a été
amené ainsi à enlever la majeure partie de l'artillerie des
ouvrages permanents. On se borne à y installer un petit
nombre de pièces extrêmement puissantes qu'on entoure
de toutes les dispositions permettant d'en assurer le sendee
et la conservation.
C'est à ces quelques pièces qu'incombe la mission d'agir
dès le début sur l'adversaire et de relarder son établisse-
ment ; mais elles sont insuffisantes pour soutenir à elles
seules la lutte contre toute l'artillerie assiégeante. Le défen-
seur, qui ne peut assurer une pareille protection à tous ses
canons, est obligé alors de se placer dans la même situation
que son adversaire et doit rendre son artillerie mobile pour
lui permettre de soutenir Ta lutte. C'est ainsi que le nou-
veau progrès des projectiles tend à rapprocher les uns des
PRÉLIMINAIRES 2g I
autres les ouvrages permanents et ceux de campagne en les
réduisant au rôle de points d'appui.des positions que l'ar-
tillerie occupe dans leur A'oisinage.

Emploi de la maçonnerie et du fer. — Si la com-


munauté des dangers auxquels elles sont exposées rap-
proche les deux espèces de fortifications, en reAranche, la
nature des matériaux qu'elles mettent en oeuvré crée entre
elles une essentielle différence.
Tandis que la terre et parfois le bois constituaient à eux
seuls les ouATages de campagne, il faut à la fortification
permanente des matériaux plus résistants. Jusqu'en 1885,
la terre et la maçonnerie suffisaient à cette tâche, de la
manière suivante :
Un obus de l'artillerie rayée, quel que soit son calibre,
ne pénètre jamais dans la maçonnerie au delà de i mètre à
im5o, les plus gros, ayant à détruire une plus forte quantité
de matière, n'étant pas, sous ce rapport, beaucoup plus
puissants que les petits. De plus, lorsque ces projectiles
frappent la maçonnerie dans une direction trop éloignée de
la normale à la surface de cette dernière, la composante de
la vitesse restante parallèle à cette surface acquiert une
valeur assez grande qui fait ricocher le projectile, dont l'effet
sur la maçonnerie est alors à peu près insignifiant. Pour
obtenir ce résultat important, le défenseur s'efforçait de
couvrir ses murailles aux vues et, lorsqu'il aA'ait réussi aies
défiler des coups tombant sous une inclinaison inférieure à
celle du i/4 (c'est-à-dire formant avec l'horizon un angle
de i5°), il pouvait compter'sur leur conservation presque
indéfinie. :
Dans les terres, l'obus chargé de poudre ordinaire pro-
duisait une excavation dont le déblai se trouvait rejeté tout
à l'entour, comblant en partie les excaA'ations Aroisines, de
telle sorte qu'une masse de terre pouvait supporter "un
long bombardement sans perdre pour cela sa valeur pro-
tectrice.
292 2e PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE
Par suite, une maçonnerie résistante, recouverte d'un
matelas de terre suffisamment épais, pouvait défier un tir
prolongé et assurer une protection efficace aux hommes et
au matériel qu'elle abritait.
Les nouveaux projectiles agissent différemment : après
avoir pénétré de 2 ou 3 mètres dans la terre, leur explosion
détermine un A'éritable déblaiement du matelas protecteur
et la mise à nu de la maçonnerie, qui est détruite au bout
de quelques coups, par suite des vibrations qui se trans-
mettent à l'intérieur de sa masse.
Pour s'opposer à ces nouveaux effets, on a cherché d'une
part à constituer un massif de maçonnerie suffisamment
épais et homogène pour être en mesure de résister et on a
recours à. cet effet au béton. D'autre part, on a demandé au
fer, ou à l'acier, que l'industrie produit aujourd'hui aisé-
ment en grandes masses, un bouclier capable de briser les
projectiles et de déterminer leur explosion à quelque dis-
tance, de manière à en atténuer les effets. On trouvera plus
loin les renseignements nécessaires à ce sujet.

— Dans les
Dépense. ouvrages de campagne, le temps
nécessaire à la construction joue, comme on l'a vu, un
rôle fort important; dans les ouATages permanents, cette
considération disparaît le plus souvent, mais pour faire
place à une autre : la dépense résultant de leur établisse-
ment.
La création d'un ouvrage de ce genre conduit toujours à
mettre en balance : d'une part, l'intérêt que peut présenter
la protection du point qu'il s'agit d'occuper, et, d'autre
part, la charge pécuniaire qui résultera, pour le budget, de
cette construction.
Une discussion de ce genre ne saurait évidemment trouver
place dans une étude théorique ; on conçoit cependant
qu'elle joue un rôle important dans la réalité, et, dans
l'examen critique d'une fortification existante, il comdendra
de ne point la perdre de vue.
PRÉLIMINAIRES• 2g3

Aperçu général sur l'attaque des places

Pour bien comprendre la raison d'être et la valeur des


divers éléments de la fortification qui vont être étudiés dans
le cours de cette deuxième partie, il est essentiel de con-
naître la marche générale des opérations que l'on exécute
habituellement pour les conquérir.
La première de ces opérations, dont l'ensemble constitue
ce que l'on appelle le « siège régulier », porte le nom d'in-
vestissement. Elle a pour but d'isoler le défenseur de la for-
tification attaquée, en le privant de toutes communications
avec le reste du pays, et de le réduire uniquement à ses
propres ressources. Pour l'exécuter, l'armée assiégeante
s'établit solidement tout autour de la place de manière à
l'enserrer dans un cercle, qu'elle s'efforce de faire aussi
étroit que possible et de rendre infranchissable, tant pour
les troupes de la garnison que pour celles qui, venant du
dehors, tenteraient de la secourir.
A l'investissement succède le siège proprement dit. Bien
plus encore que les ouvrages de la fortification passagère,
les ouvrages permanents opposent à l'assaillant un obstacle
qu'il ne peut espérer franchir qu'après l'aAroir en partie
détruit et en avoir rendu la défense impossible. Il faut, par
conséquent, que le canon A'icnne ruiner tout d'abord la plu-
part des défenses et travaux qui protègent l'assiégé. Le
siège débute donc par une lutte d'artillerie, dans laquelle
l'assiégeant a évidemment la supériorité, puisque sa position
est enveloppante par rapport à celle de son adversaire, et
qu'il peut renouveler son matériel et ses munitions, tandis
que l'assiégé ne dispose que de ressources essentiellement
limitées.
En même temps que l'artillerie accomplit son oeuvre, l'in-
fanterie, par une série de combats successifs, conquiert des
positions de plus en plus rapprochées de la place, qu'elle
2g4 2°. PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE

organise de manière à se garantir contre les retours offen-


sifs de l'assiégé. C'est la marche d'approche. Elle amène
l'assaillant à la limite de la zone découArerte qui touche la
fortification à enlever. Cette opération n'est pas sans, dif-
ficultés ; car, en admettant que les remparts aient été for-
tement atteints et les abris à peu près détruits par l'ar-
tillerie, la masse principale des parapets est encore debout,
et le défenseur,; bien qu'affaibli déjà, y tromperait aisément
le couvert suffisant pour repousser les efforts d'un assiégeant
que rien n'abriterait contre ses coups.
Pour gagner du terrain, celui-ci est alors obligé d'avoir
recours à des travaux de fortification ayant quelque analogie
avec les ouvrages simples de campagne, et consistant en
tranchées plus ou moins profondes, précédées chacune d'un
parapet en terre, derrière lequel il peut circuler sans trop
de danger, ou combattre à l'abri, si le défenseur tente
quelque sortie. Il construit de la sorte des parallèles ou
places d'armes successiAres, de plus en plus rapprochées
des ouvrages qu'il se propose d'emporter tout d'abord. Ces
parallèles, reliées entre elles par des bogaux de communi-
cation qui permettent d'y accéder sans être aperçu, et orga-
nisées de manière à former autant de solides points d'appui,
marquent en quelque sorte les étapes dans sa marche vers
la place; marche lente mais sûre, qui finit par l'amener
jusque sur le glacis de la fortification.
Arrivé là, si le canon de l'attaque a réussi à faire brèche
à la.place (ce qui est possible, même de loin, comme on le
Arerra dans la troisième partie, en employant le tir indirect),
l'assiégeant peut tenter d'y pénétrer de vive force, c'est-à-
dire donner l'assaut. Pour cela, il réunit ses troupes dans
les dernières tranchées, accable de feux le défenseur pour
le tenir enfermé dans ses abris, puis, à un signal convenu,
s'élance de toutes parts sur les brèches et tente de s'établir
dans l'intérieur des ouATages. S'il est repoussé, il reA'ienl
dans ses tranchées et continue sa canonnade contre la partie
de la fortification attaquée, jusqu'à ce que le moment soit
PRÉLIMINAIRES 2g5
venu d'engager une nouvelle action. Du reste, de même que
pour la lutte d'artillerie, l'assaillant a la certitude de finir
par l'emporter, car il est enveloppant par rapport à un
adversaire dont les ressources sont limitées et ne peuvent
par conséquent durer indéfiniment.
En résumé, l'attaque méthodique d'une place comprend
essentiellement : l'investissement, l'établissement des bat-
teries et la lutte d'artillerie,Ta marche d'approche, les tra-
Araux d'approche et l'assaut. Cette série d'opérations, qui
constitue un « siège régulier », est d'ailleurs loin d'être
toujours nécessaire ; l'étude complète de l'attaque des
places qui sera faite dans la troisième partie montrera, en
effet, que dans maintes circonstances (devant des ouvrages
défectueux, mal approA'isionnés, niai défendus, etc.), d'au-
tres procédés plus expéditifs peuvent réussir. Quoi qu'il en
soit, la méthode précédente, dont les grands principes ont
été posés par l'immortel Vauban, reste toujours pour l'assié-
geant un moyen long, mais certain, d'atteindre le but qu'il
poursuit.
CHAPITRE XXI

DU PROFIL DANS LA FORTIFICATION

PERMANENTE

Des différentes parties du profil

Les diverses définitions qui ont été données, en étudiant


le profil dans la fortification passagère, s'appliquent de tous
points aux ouvrages permanents.
On a vu notamment dans le chapitre précédent que le
profil de ces derniers comprend comme parties essentielles :
le parapet, le terre-plein et le fossé. A ces éléments consti-
tutifs de tout retranchement, il faut ajouter, dans le cas par-
ticulier de la fortification permanente, le chemin couvert,
, qui n'est, à proprement parler, qu'un second ouvrage enve-
loppant l'ouATage principal, par delà son fossé, et formant
pour le défenseur, entre la place et le terrain extérieur, une
position intermédiaire qui facilite les sorties et la surveiL
lance des abords.
Les conditions d'établissement de chacun de ces éléments
diffèrent assez sensiblement de celles qui ont été examinées
dans la discussion du profil des ouvrages de fortification
passagère ; il y a donc lieu d'y revenir et d'examiner à nou-
veau chacun d'eux. Au cours de cette étude on fera ressortir
comment les progrès successifs de l'artillerie ont conduit les
ingénieurs à modifier les divers éléments du profil. Il y aura
lieu de se reporter aux figures i46, 147 et i48 (pages 2g8
et 2gg) qui indiquent les profils successivement adoptés en
France.
DU PROFIL. DANS LA FORTIFICATIONPERMANENTE 297
Parapet. — La hauteur du parapet est variable avec le
site et la nature de la fortification. En principe, pour, que
les ouvrages aient des vues aussi étendues que possible, il
faut en élever la crête. Cette disposition a d'ailleurs F avan-
tage de permettre déloger, sous le parapet même, les locaux
servant d'abris, mais elle offre l'inconvénient de rendre l'ou-
vrage plus vulnérable. En outre, plus le relief est prononcé,
plus le profil tient de place sur le terrain et, conséquem-
ment, plus la dépense nécessitée par son établissement est
grande. Il y a donc une balance à établir entre ces divers
éléments.
Pendant longtemps, on a adopté des reliefs considérables,;
de 6 à 12 mètres, dans le but d'accroître l'action de l'artil-
lerie. Cette disposition se justifiait principalement dans les
forts détachés où isolés^ qui étaient considérés alors comme
des porte-canons. Aujourd'hui les ouvrages de même nature
sont surtout destinés à l'infanterie et, dans ces conditions,
un relief de 4 mètres à 4m5o suffît largement; on peut d'ail-
leurs se contenter de moins encore et on a ainsi l'avantage
de mieux dissimuler les ouvrages à l'ennemi.
L'épaisseur du parapet a constamment augmenté avec la
puissance de destruction des obus de siège. Cette épaisseur
qui était de 6 mètres avant l'artillerie rayée a été portée à
8 mètres après son apparition (1860). L'introduction, en
i885, des obus-torpilles a conduit à une nouA7elle augmen-
tation de l'épaisseur. Actuellement on lui donne 12 mètres.
Ce chiffre n'a rien d'absolu, il convient à des terres moyennes ;
s'il s'agit d'un sol argileux, il faut porter l'épaisseur à i4 ou
i5 mètres; avec du sable, au contraire, 10 mètres suffisent.
L'épaisseur peut être réduite si on renforce le parapet par
une masse de béton ou d'autre substance plus résistante que
la terre.
L'inclinaison de la plongée varie du 1/4 au 1/8; on la
maintient le plus habituellement entre 1 [6 et 1 \^, de manière
à atténuer suffisamment l'angle mort, tout en conservant une
certaine résistance à la partie du parapet voisine de la crête.
— des
Profil à1860.
antérieurs
il\Q. ouvrages du
Échelle
i/^oo.
Fig.


1A7-
Vïfl- d'un
Profil avec
escarpo
ouvrage à
JS6O
ailaeliéo
(<ïe i/4oo.
iSS5^).

Fig. Profil
i48. d'un actuel
(i/4oo).
ouvrage
300 2e PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE
En raison de sa grande hauteur, conséquence forcée du
relief du parapet, le talus extérieur, qui doit être disposé
de manière à résister aux projectiles ennemis, est en général
tenu à la pente des 2/3. Avec des terres très fortes on peut
admettre la pente des 4/5 ; mais c'est là une disposition très
rarement employée. On le coupe quelquefois par des bennes,
placées de distance en distance et ayant i mètre environ
de largeur (Voir fig. i53, page 3i3). Ces bennes, sur les-
quelles on fait des plantations de haies vives; servent à re-
tenir les terres dans leur chute et préviennent l'éboulement
du parapet. On peut, par exemple, établir deux bennes dans
la hauteur totale, en donnant : au talus situé au-dessous
de la plus basse, la pente de I/I, — au talus immédiate-
ment supérieur,Ta pente de 4/5, —et au plus élevé, celle
de 2/3 (2 de hauteur pour 3 de base).

Vers l'intérieur de l'ouvrage, à im3o au-dessous de la


crête (hauteur moyenne de l'épaule), on ménage une ban-
quette d'infanterie, large de 2 mètres au moins, et reliée à
la crête par un talus fort raide (3/i), que l'on maintient sous
cette inclinaison à l'aide de revêtements. En temps de paix,
ce talus intérieur est laissé à la pente naturelle des terres
(1 /1), et le reArêtement, dont il vient d'être parlé, ne s'établit
qu'au moment de la mise en état de défense. La banquette
d'infanterie existe en principe sur toute l'étendue de la crête
dans les 'ouATages les plus récents. Dans les parties où il
peut être nécessaire de placer à un moment donné quelques
pièces de campagne, la largeur de la banquette est portée à
4m5o ou même 6 mètres, et sa distance à la crête est rendue
égale à la hauteur de genouillère, généralement inférieure à
im3o. Dans ces parties, on ménage pour l'infanterie, à im3o
sous la crête, un couloir de 1 mètre de large. Pour installer
les canons de gros calibre, on établit à 2 mètres sous la
crête une banquette d'artillerie à laquelle on donne 9m5o
de largeur. Là aussi on peut ménager le long de la crête,
et à im3o au-dessous, une banquette d'infanterie dont on
DU PROFIL DANS LA FORTIFICATIONPERMANENTE 3ûl
réduit alors la largeur à 5o centimètres en la faisant en
maçonnerie.

Terre-plein. — Au delà de la banquette se trouve le


terre-plein, c'est-à-dire la partie de T'ouvrage. sur laquelle
les défenseurs peuvent circuler à l'abri des vues et jusqu'à
un certain point des coups de l'ennemi, tout en étant à
proximité de leur poste de combat.
Le terre-plein avait, avant i885, une largeur habituelle
de 6 mètres. La distance au-dessous de la crête aArait été,
jusqu'en 1860, de 2m5o, ce qui permettait de cacher com-
plètement un homme à cheval ; à l'apparition de l'artillerie
rayée, cette distance fut portée à 4m5o,en même temps que
le talus à 1/2 qui réunissait le terre-plein à la banquette
était raidi à 1/1; ces modifications avaient pour but de
mieux défiler les hommes et le matériel, Le terre-plein était
relié au sol naturel par un talus à 4/5 ou 1/1, dit talus de
rempart, souvent remplacé par la façade des locaux voûtés
placés sous le parapet.
Dans les ouvrages actuels, de faible relief, le terre-plein
peut être constitué par le sol naturel ou même être en déblai.
Dans les enceintes des places fortes, on appelle rue du
rempart la portion de terrain naturel placée au pied du pa-
rapet et le séparant des maisons Jes plus voisines ; la largeur
de cette rue ne peut pas descendre au-dessous.d'un certain,
minimum qui a été fixé à 7m6g (4 toises) par la loi du
10 juillet 1791.

Fossé. — Dans les ouvrages permanents, l'obstacle doit


être assez sérieux pour que le défenseur n'ait pas à redouter
de Aroir l'ennemi pénétrer par surprise dans la place ni l'en-
lever de-vive force. Or cet obstacle est constitué essentielle-
ment par un fossé dont il y a lieu de considérer les éléments
essentiels : largeur, profondeur, murs ou talus qui le bor-
dent, savoir escarpe et contrescarpe.
Le mur d'escarpe soutenant les terres du parapet forme
302 2e PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE
une barrière infranchissable qui constituait longtemps l'obs-
tacle principal. On s'est donc efforcé de le protéger effica-
cement contre les effets du tir de l'ennemi. Les conditions
à remplir pour assurer cette protection ont eu leur réper-
cussion sur les deux autres éléments du fossé : largeur et
profondeur. En ce qui concerne la largeur du fossé, avant
l'artillerie rayée, le canon ne pouvait faire brèche à l'escarpe
que par le. tir direct, et l'assaillant devait, à cet effet, s'éta-
blir sur le chemin couvert. On se contentait alors de masquer
le mur aux vues de l'extérieur et on donnait au fossé une
largeur de 20 mètres au minimum.
L'artillerie rayée, en obligeant à assurer la protection du
inur contre le tir indirect, a conduit à réduire la largeur du
fossé de manière à rapprocher ce mur de la masse couvrante
formée par la crête du glacis. On a, dès lors, admis que la
largeur de 20 mètres était un maximum.
On se garde, d'autre, part, de trop la diminuer pour mieux
couvrir l'escarpe ; car on atténue ainsi la valeur de l'obs-
tacle, et l'on risque de voir le fossé comblé par les débris
de la contrescarpe, lorsque l'assaillant l'aura renversée par
la mine, de manière à découArrir le mur d'escarpe pour le
battre en brèche plus aisément. C'est pourquoi l'on consi-
dère la largeur de 8 à 10 mètres comme un minimum indis-
pensable, et au-dessus duquel il est toujours préférable de
se maintenir.

La profondeur du fossé est, au contraire, tout à l'avan-


tage du défenseur. Elle augmente la valeur de l'obstacle et
contribue à assurer la protection donnée à l'escarpe; car il
est évident que, toutes choses égales d'ailleurs, un mur de
hauteur déterminée est d'autant mieux abrité que sa base
repose sur un fossé plus profond. Mais on ne peut malheu-
reusement pas augmenter cette dimension sans accroître
beaucoup la dépense. Dans les fortifications antérieures à
1860, le fossé, très large, n'avait guère qu'une profondeur
de 6 mètres. La diminution de largeur rendue nécessaire
DU PROFIL DANS LA FORTIFICATIONPERMANENTE 3o3

pour assurer la protection de l'escarpe contre l'artillerie


rayée a conduit à chercher une compensation dans l'aug-
mentation de la profondeur, qui a atteint, ainsi, de 8 à
10 mètres dans les ouvrages antérieurs à 1885. Dans ceux
de l'époque actuelle, on a été amené, fréquemment, à sup^
primer le mur d'escarpe (Voir fig. i48), qu'on ne '-pouvait
protéger contre les obus-torpilles, et à le remplacer par un
talus à terre coulante précédé d'une grille défensive. L'obs-
tacle principal est alors constitué par la contrescarpe, qui,
sa a au tir ennemi. '
par position, échappé
On verra plus loin comment ont été organisés les murs
d'escarpe et de contrescarpe.

Laberme, ménagée entre le pied du talus extérieur et le


sommet du mur d'escarpe, sert à reporter en arrière le poids
des terres qui chargent cette maçonnerie et tendent à la ren-
verser dans le fossé. Pour économiser le terrain, on ne: lui
donne généralement qu'une faible largeur, et, souvent
même, on la réduit à la seule épaisseur de la partie supé-
rieure de la muraille. '

— La ligne
Magistrale. qui forme l'intersection du
plan de cette berme.el de la face extérieure du mur. d'es-
carpe, supposé prolongé, jouit d'une certaine importance
dans la fortification permanente. Cette ligne, qui est repré-
sentée par le point A sur la figure 147, a reçu le nom de
magistrale ; elle marque la séparation entre le fossé et le
parapet, et sert, pour cette raison, à l'exécution du tracé
des ouvrages permanents.

Organisation de l'escarpe, — des ouvra-


L'escarpe
ges permanents construits jusqu'en i885 est, le plus souvent,
reA'êlue d'un mur en maçonnerie qui augmente les difficultés
de l'escalade et supporte, en même temps, le poids des
terres du parapet. Mais le sommet de cette muraille, dont
la conservation a une importance capitale, eût été fort mal
3o4 2e PARTIE PERMANENTE
FORTIFICATION
abrité contre les coups passant par-dessus la crête du che-
min couvert, si on lui avait donné une trop grande hauteur
au-dessus du fond du fossé. On se gardait donc d'exagérer
cette dimension, pour laquelle 8 ou g mètres étaient un maxi-
mum admis, tout en lui conservant une valeur telle que
l'escarpe ne puisse être franchie, soit 4 à 5 mètres au mi-
nimum.
- A cette époque l'artillerie ruinait les maçonneries en les
frappant au tiers inférieur de leur hauteur à partir de la
base ; on garantissait donc ce point contre les coups tombant
sous l'inclinaison du i/4 et la protection de l'escarpe était
. ainsi assurée. Ce résultat était obtenu également lorsque le
point situé à 5 mètres au-dessus du fond du fossé était cou-
vert de la même manière. En aucun cas la partie supérieure
du mur, ou cordon d'escarpe, ne devait être vue de l'inté-
rieur.
L'escarpe qu'on vient de décrire (fig. i4f) est ce qu'on
nomme une escarpe pleine et
attachée, c'est-à-dire qu'elle
est complètement adossée
aux terres. Etablie clans ces
conditions, elle doit avoir
une épaisseur suffisante pour
que la poussée des terres ne
puisse la renverser. Cette
condition oblige à lui donner
une épaisseur très grande qui
peut atteindre 3 ou 4 mètres.
Il résulte de là que ces es-
Fig. i4g. — Escarpeavecvoul.es carpes sont d'un prix assez
en décharge. élevé. En vue de remédier à
cet inconvénient, on a eu
l'idée, tout en conservant leur profil extérieur, de les creuser
à l'intérieur, en y pratiquant des Ajoutes fermées du côté du
fossé par un mur de masque. Cette disposition, qui procure
une certaine économie de maçonnerie, donne ce que l'on
DU PROFIL DANS LA FORTIFICATIONPERMANENTE 3o5

appelle des escarpes attachées avec voûtes en décharge


(fig. i4g)- Les Ajoutes sont à un ou deux étages (le plus
souvent à un seul étage) et ont une épaisseur de i mètre
ou im2o, avec une profondeur suffisante pour que les terres
qui, à l'intérieur, prennent leur talus naturel, ne viennent
pas exercer de poussée sur le mur de masque.
En fermant ces voûtes du côté des terres par une seconde
muraille (fig. i4g) et en pratiquant des créneaux dans le
mur de masque, on peut, en outre, établir des défenseurs
dans leur intérieur et envoyer ainsi, directement, des coups
de feu dans le fossé. On a soin, dans ce cas, d'établir les
créneaux à des distances égales les uns des autres, afin
de ne pas indiquer à l'ennemi l'emplacement des pieds-
droits des Aroûtes.
Les escarpes attachées, qui forment un obstacle excellent,
très difficile à franchir et très résistant, présentent un incon-
Arénient : leur destruction entraîne la chute des terres du
parapet; ces terres AÙennent alors combler le fossé en partie
et suppriment l'obstacle. A la vérité, cependant, les escarpes
avec Ajoutes en décharge étaient difficiles à détruire avant
l'introduction des obus-torpilles, à cause de l'a direction des
génératrices des voûtes; celles du fort d'Issy, par exemple,
ont pu subir, en 1870-1871, un tir en brèche de plusieurs
mois sans que le parapet qu'elles, soutiennent ait été ren-
versé dans le fossé.
Pour éviter l'inconvénient qui vient d'être signalé^ on a
imaginé de séparer complètement l'escarpe des terres du
parapet et créé ce qu'on appelle des escarpes détachées
(fig. i5o).
Le talus extérieur descend alors jusqu'au fond du fossé,
ou jusqu'à i ou 2 mètres au-dessus. Il se termine inférieu-
rement par une large berme, en avant de laquelle s'élève le
mur d'escarpe dont la hauteur totale est au minimum de 4
ou 5 mètres (plus généralement de 6 ou 7 mètres), et l'épais-
seur de imoo à 3 mètres. Ce mur, tout le long duquel la
berme forme un chemin de ronde intérieur, muni, si cela
MA.NUKL DKFORTIFICATION %0
3o6 2e PARTIE PERMANENTE
FORTIFICATION
est nécessaire, d'une banquette pour surélever le tireur, est
percé de créneaux dont l'ouverture extérieure débouche à
2 mètres au moins au-dessus du fond du fossé, de manière
que l'ennemi qui y sera parvenu ne puisse les emboucher.
L'escarpe détachée est plus facile à garantir que l'escarpe
attachée, car on peut la placer à 6 mètres, par exemple, de
la contrescarpe, le fossé conservant néanmoins une largeur
suffisante au niveau du sol. Lorsqu'on a réussi à la reiwerser,

Fig. i5o. — Escarpedétachée.

ses débris, non recouverts de terre, forment pour l'assail-


lant un obstacle plus difficile à franchir que les parapets
éboulés des murs attachés. Par contre, elle offre une résis-
tance plus faible aux coups de l'artillerie, elle est plus faci-
lement détruite à l'aide d'engins explosifs et inspire peut-
être moins de sécurité aux défenseurs, bien que ses partisans
la considèrent comme un obstacle plus sérieux que le mur
attaché, parce qu'il faut à la fois l'escalader et en descendre
pour pénétrer dans la place.
On a employé aussi des escarpes dont la constitution par-
ticipe des deux précédentes : ce sont les murs demi-déla-
DU PROFIL DANS LA FORTIFICATIONPERMANENTE 3o7
chés (fig. I5I), qui font corps aArec les terres, sur une
hauteur de 4 à 5 mètres à partir du fond du fossé, et qui
sont terminés par une portion de mur détachée, derrière
laquelle se place le chemin de ronde ou corridor de surveil-
lance. Quelquefois, la portion détachée est percée de cré-
neaux, permettant de donner des feux dans le fossé ; d'autres
fois elle est munie d'une banquette placée à.ita3o en dessous
de la crête, afin que le tireur puisse tirer par-dessus, et
le mur, qui se termine
à la partie supérieure
par une petite plongée
inclinée, est alors dit à
bahut. Dans tous les
cas, la hauteur'de cette
portion détachée au -
dessus du corridor de
surveillance doit être
de 2 mètres au moins,
afin de protéger les dé-
fenseurs qui y circu-
lent. L'escarpe demi- Fig. I5I. —•Escarpe demi-délaehce
détachée pu à bahut a ou à bahut.
les avantages et les in-
convénients des deux précédentes ; elle forme un bon obstacle
et permet de surveiller le fossé; en couvrant au i/4 toute s'a
partie attachée, on lui permet de résister fort longtemps à
l'artillerie ennemie et, par suite, de conserver au défenseur
l'obstacle qui le protège.
Quel que soit, du reste, le genre d'escarpe adopté, il est
important, pour en assurer la stabilité, de donner au pare-
ment extérieur du mur un certain fruit, c'est-à-dire une
inclinaison par rapport à la verticale. Ce fruit est ordinaires
ment de i/io à. 1/20, comme l'indiquent les figures i5o
et I5I ci-dessus.

Les divers genres d'escarpe qu'on vient de décrire se rap-


3o8 2e PARTIE : FORTIFICATION
PERMANENTE

portent plus spécialement aux types de fortification anté-


rieure à i885; on emploie plus souvent aujourd'hui les
escarpes à terre coulante. Elles sont généralement à la pente
des 2/3 ; la grille qui les précède (Voirfig. 148) est à 2 mètres
en aA'ant du pied, afin que les éboulements de terre ne puis-
sent la recouvrir ; elle a 3 à 4 mètres de haut. On la conso-
lide à l'aide d'arcs-boutants placés vers l'intérieur ; on en
augmente les difficultés de franchissement par des tiges
appointées placées vers le sommet et inclinées à 45° vers
l'extérieur, de manière à rejeter en arrière les hommes qui
chercheraient à franchir la grille.
Les montants, les fuseaux et les arcs-boutants sont scellés
dans un massif de béton de ciment descendu d'environ
3 mètres dans le sol et protégé par un buisson de rocaille
qui diminue la pénétration des projectiles.

Organisation de la contrescarpe. —
Jusqu'en 188.5,
la contrescarjie était construite en maçonnerie, pleine ou
avec voûtes en décharge. Dans ce dernier cas, on ne plaçait
pas habituellement de mur de masque pour fermer les
Aroûtes ; on se contentait de maintenir les terres au moyen
d'un mur en pierres sèches.
La contrescarpe recevait une grande hauteur; on avait
ainsi le double avantage d'éleArer le sommet de la masse
couvrant l'escarpe et d'augmenter l'obstacle offert par la
contrescarpe. Le sommet de celle-ci atteignait le niveau du
sol ou même le dépassait de 5o centimètres à 1 mètre.
Des contrescarpes ainsi établies sont incapables de résister
aux obus explosifs à grande capacité; lorsque ceux-ci, après
avoir pénétré dans la terre, viennent faire explosion au
contact de la paroi interne du mur, ils en déterminent le
renversement. C'est pourquoi on construit aujourd'hui les
contrescarpes en béton, et, comme on ne leur demande
plus de protéger l'escarpe, on leur donne par économie la
hauteur strictement suffisante pour qu'elles constituent un
obstacle sérieux.
DU PROFIL DANS LA FORTIFICATION PERMANENTE 3og
En principe, cette hauteur est de 5 mètres; cependant,
on s'est contenté souvent de contrescarpes moins élevées,
que l'on a, par contre, surmontées d'une grille de 2 mètres
à 2m5o de hauteur.
La contrescarpe en béton de ciment-(Voir fig. i52) pro-
tégée par un massif de pierrailles qui lui est adossé et
recouverte par les terres du glacis, constitue un excellent
obstacle, difficile, sinon impossible à détruire de loin.
Les maçonneries sont pleines ou évidées en forme de ga-
lerie de im20 de largeur sur 2 mètres de hauteur. Cette
galerie constitue une communication permettant d'accéder
a couvert aux coffres de contrescarpe dont if sera parlé plus

Fig. i52. — Contrescarpe evidée et avant-glacis(i/4oo).

loin ; elle a, en outre, l'avantage d'augmenter économique-


ment l'épaisseur de la contrescarpe et, par suite, la résis-
tance au renversement.
Les considérations qu'on vient de lire sur la valeur res-
pective, comme obstacles, des escarpes, avec du sans grille,
et des contrescarpes sont celles généralement admises
aujourd'hui. Si l'on doit accepter les conclusions d'un
défenseur de Port-Arthur (lieutenant-colonel von Schwarz),
elles seraient infirmées par l'expérience du siège de cette
place. .'....
L'escarpe du fort Ehrlong, constituée par des couches de
pierres rapportées et recouvertes d'un parement en maçon-
nerie, a subi pendant un mois le tir d'obusiers de i5cm et n'a
été entamé que de 70 centimètres dans'son épaisseur. Ce
310 ,2e PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE
mur offrait ainsi contre l'escalade un obstacle plus sérieux
qu'une grille qui aurait été recouverte par les.débris de
pierre. L'auteur en question.conclut en faveur, des escarpes
attachées en béton, précédées d'un fossé de io mètres de
large ; il propose d'augmenter la protection de celte escarpe
en donnant au fossé, en droit de ce mur, une profondeur
de 3 mètres plus grande qu'à la contrescarpe (l).

Fig. 102bis.

Là figure schématique i52 bis fera comprendre l'idée de


ce dispositif.

Cunettes. —- Le fond du fossé est formé par deux plans


inclinés qui se réunissent, vers le milieu, dans une rigole
nommée cunette, dont la profondeur Avariede 5o centimètres
à i mètre. La cunette est destinée à recevoir lés eaux et à
les conduire au dehors.

Chemins couverts et glacis. — Les ouvrages anté-


rieurs à i885 possèdent généralement un chemin couvert;
c'est une véritable enceinte extérieure de l'ouvrage dont le

(') A?oirRevuedu. Génie,janvierigo8.


DU PROFIL DANS LA FORTIFICATIONPERMANENTE 31 I
but est de permettre au défenseur de circuler en dehors du
fossé et de lui faciliter les sorties.
Le profil de cet ouvrage consiste en une banquette d'in-
fanterie et un terre-plein en contre-bas (Voir fig. i46,
page 2g8). Il faut que le défenseur placé sur le parapet
puisse apercevoir le chemin couvert et le battre de-ses feux,
afin d'empêcher l'ennemi de s'y établir.
. On trouve rarement des chemins couverts dont la crête
ait plus de 2m5o de relief par rapport au sol naturel.
Le glacis, qui raccorde la crête du chemin couvert au
terrain extérieur, est tenu à une pente assez douce pour que
son plan passe en dessous de la crête du parapet, afin que
le défenseur puisse l'apercevoir complètement et le battre
de ses feux ; mais on se garde d'adoucir cette pente au delà
de cette limite, car, en exagérant cette disposition, on aug-
mente considérablement l'étendue de terrain occupée par la
fortification.
Autrefois, pour empêcher l'ennemi de pénétrer dans le
chemin couvert, qui n'est garanti, par aucun obstacle, on
établissait au pied du talus intérieur, sur la banquette, une
palissade de 2 mètres de hauteur, derrière laquelle le défen-
seur pouvait faire le coup de feu, et se mettre en garde
contre les surprises de son adversaire.
Depuis de longues années on n'a plus construit de chemins
couverts parce qu'on se préoccupait surtout de la défense
à grande distance et qu'on accordait moins d'importance à
la lutte rapprochée. D'après le colonel von Schwarz, les
défenseurs du fort Ehrlong à Port-Arthur auraient vive-
ment senti la nécessité d'un chemin couvert pour assurer
la surveillance des abords immédiats de l'ouvrage et la
protection des organes de flanquement (coffres de contres-
carpe) dont il sera parlé plus loin. Il conviendrait toutefois
de doter ce chemin couvert d'abris à l'épreuve comme le
reste de la fortification (I).

(') Voir Revue du Génie, janvier 1908.


312 2e PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE
On organise presque toujours, en avant de la contres-
carpe, un glacis intérieur ou avant-glacis (Voir fig. i52)
qui abrite une défense accessoire, généralement un réseau
de fil de fer, destinée à renforcer l'obstacle qu'amoindrit
forcément la suppression de l'escarpe maçonnée.
Cette adjonction de défenses accessoires existait déjà dans
la fortification antérieure à i885 : elle constitue un incon-
testable surcroît de valeur. Il ne faut pas ..oublier cependant
que ces défenses peuvent être aisément détruites par l'assail-
lant, si elles ne sont bien battues par le tir du défenseur.

Angle mort. — Les dimensions qui ont été indiquées


plus haut pour les différentes parties du profil, montrent
que le prolongement du plan de la plongée laisse au-dessous
de lui. la totalité du fossé. Il résulte de là que ce dernier
est en angle mort pour le parapet placé en arrière. Comme
les dimensions de ce fossé sont très grandes et permet-
traient à une troupe ennemie assez nombreuse de s'y établir
à l'abri des A'ues du défenseur, il importe de supprimer cet
angle mort, c'est-à-dire de flanquer.les fossés. L'étude du
tracé (chap. XXII) montrera comment on obtient ce
résultat.

Modifications du profil normal. — Le profil qui


vient d'être décrit peut subir d'importantes modifications
lorsque le site auquel il doit s'appliquer présente des carac-
tères particuliers, tels que, par exemple, la présence de
l'eau ou celle du roc à une faible profondeur au-dessous
de la surface du sol.

En site aquatique, l'eau qui remplit les fossés de la forti-


fication formant à elle seule un obstacle à peu près infran-
chissable, on peut supprimer complètement l'escarpe et la
contrescarpe en maçonnerie, et alors il n'y a plus d'intérêt
à réduire la largeur du fossé, auquel on donne souvent,
dans ce cas, 3o ou 4o mètres et même davantage (fig. i53).

Fig. Profil
i53. de en
fortification
site à1880
antérieur
aquatique,(i/4oo).


Fig. Profil
i54. (i/4oo).
triangulaire
3l4 2e PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE
Quant à la profondeur, il suffit de lui conserver une valeur
telle que dans les plus basses eaux le niveau soit toujours
à 2 mètres au moins au-dessus du fond du fossé. Le talus
extérieur est, en pareil cas, coupé de nombreuses bennes,
dont la dernière doit être située à 5o centimètres au-dessus
du niveau des plus hautes eaux.
Dans les places construites en pareils terrains, on alter-
nait autrefois, lorsque la chose était possible, les fossés secs
et les fossés pleins d'eau ; de cette manière, on augmentait
beaucoup les difficultés qu'offre le franchissement de ces
divers fossés. Les ouvrages actuels ne comportent plus un
pareil luxe de fossés qui serait d'ailleurs sans grand intérêt.

Lorsque la fortification est établie sur des assises de roc,


il n'y a pas à craindre que les escarpes ne soient détruites
par le canon ennemi. On peut alors prendre moins de pré-
cautions pour les couvrir, et il n'y a, par conséquent, pas
lieu d'hésiter à leur donner une certaine hauteur, si les
difficultés de la fouille n'obligent pas à réduire leurs dimen-
sions.

Profil — Le profil normal


triangulaire. qu'on vient
d'étudier crée, par son fossé, un obstacle sérieux, mais
présente l'inconvénient d'exiger, pour faire disparaître
l'angle mort, des organes de flanquemenl coûteux et, diffi-
ciles à protéger.
Le profil triangulaire, sans angle mort, dispense de la
construction de ces organes spéciaux.
Dans ce profil (Voir fig. i54), la plongée, le talus extérieur
et l'escarpe sont remplacés par un plan unique qui Ara de la
crête de feu au fond du fossé, en sorte que ce dernier est
battu par les feux du défenseur du parapet.
La contrescarpe est conservée et construite soif en ma-
çonnerie ordinaire, soit mieux, en béton de ciment.
L'obstacle est renforcé par un réseau de fil de fer de i5 à
3o mètres de largeur installé sur la plongée, à partir du
DU PROFIL DANS LA FORTIFICATIONPERMANENTE 3l5

pied de la contrescarpe, et par une grille disposée à environ


10 mètres de la contrescarpe et dissimulée aux vues par la
crête du glacis.
, Ce profil séduit, a priori, par sa simplicité ; il n'en offre
pas moins de nombreux inconvénients.
Tout d'abord, la nécessité d'avoir une contrescarpe de
hauteur suffisante et une plongée à pente douce (i/4 au
plus) conduit à donner à la fortification une grande profon-
deur qui oblige à des acquisitions parfois onéreuses. Ce
profil n'est d'ailleurs pas applicable si le terrain a une pente
égale ou supérieure au quart, puisque, dans ce cas, la
plongée ne rencontrerait pas le sol.
En outre, lorsqu'une fortification de cette nature aura été
soumise aux effets d'un tir prolongé, sa plongée sera semée
de nombreux entonnoirs qu'un assaillant pourrait utiliser
pour se couvrir des feux partant de la crête.
Ce feu risque, de plus, d'être mal ajusté si le défenseur
est fusillé par des tirailleurs assaillants installés sur la crête
du glacis, ou si l'assaut a lieu de nuit ou par brouillard.
Le Manquement du fossé est donc mieux assuré par des
organes spéciaux qui le battent dans toute sa longueur,
dont les défenseurs sont soustraits au tir de l'ennemi et
n'ont, pour ainsi dire, qu'à tirer devant eux sans ajuster.
Enfin, la garnison, abritée d'un assaut par un simple
talus à pente douce, un réseau de fil de fer qu'elle sait fran-
chissable, ne se sent pas en sécurité comme derrière un
bon fossé. On peut craindre que sa manière de combattre
n'en soit influencée.
Pour toutes ces raisons, le profil triangulaire n'est em-
ployé en France que pour des ouvrages d'importance secon-
daire. Il est probable que les défenseurs de Port-Arthur
l'auraient peu apprécié, si on se reporte aux conclusions
citées plus haut (page 3og).

Commandements. — Pour terminer cet exposé du


profil dans la fortification permanente, il convient de définir
3l6 2e PARTIE-— FORTIFICATION
PERMANENTE
ici la notion du commandement qui, surtout autrefois, avait
une grande importance.
Le commandement absolu d'un ouvrage sur un autre est
la distance Arerticale dé la crête du premier à celle du second.
Le commandement absolu d'un ouvrage Sur une partie dé-
terminée du terrain emàronnant est, de même, la hauteur
verticale de sa crête au-dessus du terrain en question.
Un principe général, dont on fait une application cons-
tante dans la fortification permanente, est que : tout ou-
vrage faisant partie d'un ensemble doit commander ceux
qui sont en avant de lui et être commandé par ceux qui sont
en arrière. La conséquence de ce principe est que : Fennemi
établi dans un otivrage est en prise aux coups du défenseur
retranché en arrière de lui, et ne peut Aroir les mouvements
de son adversaire.
On obtient ce résultat non seulement en donnant aux
crêtes un relief d'autant plus grand que les ouvrages sont
plus rapprochés de l'intérieur de la fortification, mais
encore en disposant leurs plans de manière que chacun
d'eux passe au-dessus de tous ceux situés eh- aArant de lui.
C'est ce qu'on exprimé en disant que : lé commandement
doit être à la fois offensif et défensif c'est-à-dire qu'il doit
donner au défenseur posté dans un ouvrage le moyen d'agir
offensivenient sur l'ennemi établi dans un retranchement
placé en avant, en même temps que la protection néces-
saire pour se défendre contre lui.
Dans les constructions de la fortification moderne, qui
comporte l'occupation de positions souvent fort éloignées
les unes des autres, il peut arriver parfois qu'un ouvrage
de première ligne commande ceux qui sont établis en arrière
et dans lesquels on se défendra après la chute du premier.
On se contente alors de défiler ces derniers de tous ceux
qui les précèdent sur le terrain des attaques, d'après les
principes qui ont été exposés au chapitre XVI.
En résumé, le profil de la fortification permanente depuis
l'apparition de l'artillerie rayée (1860) jusqu'à nos jours,
DU PROFIL DANS LA FORTIFICATIONPERMANENTE 3l7
a traversé deux phases. La première, qui va jusqu'en i885,
est caractérisée par :
i° Une augmentation d'épaisseur et de relief du parapet ;
20 Une augmentation de profondeur et une diminution
de largeur du fossé pour assurer une meilleure protection
à l'escarpe ; -
3° Un approfondissement du terre-plein et de la ban-
quette d'artillerie pour défiler les hommes et le matériel des
coups tombant sous une inclinaison plus grande qu'autre-
fois.
Dans la seconde, qui date de i885, le profil se distingue
.dû précédent par :
i° Une nom^elle augmentation d?épaisseur du parapef ;
2° Une diminution de son relief ; .
3° La suppression de l'escarpe maçonnée et son rempla-
cement par une escarpe à terre coulante doublée d'une
grille;
4° La substitution du béton de ciment à la maçonnerie
ordinaire pour la construction de la contrescarpe ;
5° La suppression du chemin couvert et la création d'*un
avant-glacis protégeant un réseau de fil de fer.

Il est possible qu'une phase nouvelle s'ouA're maintenant,-


qui amènerait un retour aux dispositions signalées ci-dessus
comme supprimées (§§ 3 et 5) ; on ne saurait l'affirmer abso-
lument, mais il comdent d'accorder la plus grande attention
aux opinions émises par les ingénieurs ayant acquis l'expé-
rience du siège de Port-Arthur.
CHAPITRE XXII

DU TRACÉ DANS LA FORTIFICATION

PERMANENTE

Importance de l'angle mort — Du


flanquement

Ainsi qu'on l'a déjà fait remarquer dans le chapitre pré-


cédent, en étudiant les diverses parties constitutives du
profil de la fortification permanente, le fossé qui constitue
l'obstacle est en angle mort, c'est-à-dire qu'il échappe com-
plètement aux vues du défenseur placé sur la banquette.
En raison des dimensions toujours assez grandes de ce
fossé, il y a là évidemment un grave inconvénient auquel
on a dû s'efforcer de porter remède. On s'est alors ingénié
à disposer les différents organes de la fortification de telle
sorte que ce fossé, dans lequel les défenseurs placés sur le
parapet en arrière ne peuvent donner des feux, soit battu
efficacement par d'autres ouvrages : c'est-à-dire que l'on a
organisé le flanquement. Cette expression a déjà été définie
dans la première partie du Manuel ( Voir pages 17g et
suiv.); il n'y a par conséquent pas lieu de s'y arrêter de
nouveau.
- Ceci posé, on remarquera tout d'abord que certaines dis-
positions déjà signalées, telles que les Ajoutes en décharge
placées dans les escarpes lorsqu'on les ferme du côté des
terres et qu'on perce des créneaux dans le mur de masque,
donnent le moyen de résoudre, en partie, la question, puis-
que les créneaux ainsi pratiqués procurent des vues dans le
DU TRACÉ DANS LA FORTIFICATION PERMANENTE 3l9
fossé et permettent d'y envoyer des coups de feu. C'est ce
qu'on nomme \e flanquement direct. Mais cette solution est
imparfaite, car la suppression d'une des casemates (ou
même d'un des créneaux) laisse toute une portion du fossé
en angle mort. Comme c'est au moment, d'un assaut, alors
que l'escarpe est plus ou moins détruite, qu'il importe sur-
tout d'y posséder des feux bien nourris, on pourrait donc
se trouver complètement dépourvu, si l'on n'avait d'autre
manière d'obtenir ce résultat, que les casemates placées dans
l'escarpe.
Le flanquement proprement dit, celui dont l'action est
la plus puissante, consiste, par suite, à enfiler le fossé
par des feux partant d'un ouvrage placé à l'une de ses
extrémités.

Différents tracés. — Pour on a imaginé


y arriver,
diverses solutions : i° on peut disposer les crêtes de manière
que certaines d'entre elles battent les fossés ; les feux flan-
quants, partant de ces crêtes, sont alors plongeants par
rapport à l'ennemi parvenu au pied des escarpes ; 2° on
peut placer, dans le fond même du fossé, des organes spé-
ciaux munis de casemates pour recevoir des pièces ou des
tireurs, dont les feux sont, en ce cas, rasants ou parallèles
au fond de ce fossé.

La première solution subordonne le tracé des ouvrages à


la nécessité du flanquement. Elle a été en grande faveur,
surtout en France, aux siècles précédents et jusqu'en 1870.
Elle était très avantageuse à une époque où les armes à feu
étaient loin d'avoir acquis toute leur puissance, et où, par
suite, la défense des abords immédiats de la fortification
avait la plus grande importance.
En examinant successivement les différents tracés de la
fortification passagère, on a fait ressortir que deux d'entre
eux, « le tracé tenaillé et le tracé bastionné », satisfaisaient
assez complètement à cette condition.
320 2e PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE
lie tracé tenaillé a l'inconvénient de laisser toujours, dans
l'angle rentrant, une petite portion du fossé en angle mort;
à moins d'avoir recours à des casemates placées dans l'es-
carpe, pour doubler les feux partant du parapet. Ses faces
sont, d'autre part, en prise aux feux d'enfilade de l'ennemi.
Ce tracé ne constitue donc en somme qu'une solution
imparfaite du problème; aussi ne l'a-t-on jamais beaucoup
employé.
Le tracé baslionné, au contraire, supprime la totalité de
l'angle mort : à la condition de donner à la contrescarpe
un tracé convenable. Il répond donc bien aux conditions
exigées; aussi a-t-il été, pendant de longues années, l'objet
d'une faA^eurjustifiée.

La seconde solution du problème du flanquement. :


« l'emploi d'un ouvrage spécial placé dans le fond du
fossé », est la dernière en date et présente elle-même quel-
ques inconvénients. Il est notamment difficile d'arriver à
bien flanquer les abords mêmes de cet organe; de plus,
tout le flanquement repose sur la conservation de cet
unique ouvrage. Aussi a-f-on hésité longtemps, en France,
à adopter cette solution. Les conditions nouvelles imposées
à l'établissement des ouvrages de fortification ont donné à
ce système, qui constitue le tracé polygonal, des aArantages
certains qui ont décidé son emploi presque général ; ils
seront mis en évidence dans la suite de cette étude.
Le tracé polygonal est, d'ailleurs, une invention toute
française, que les nations étrangères ont adoptée dès son
apparition et employée presque exclusivement depuis le
commencement du dix-neuvième siècle, tandis que nous
sommes restés de longues années sans l'appliquer dans nos
places.

Indépendance de l'escarpe et du parapet. — Un


principe applicable à toute espèce de tracé et qui a été énoncé
pour la première fois au commencement du dix-neuArième
DU TRACE DANS LA FORTIFICATION PERMANENTE 021
siècle par Choumara (L), c'est que l'escarpe (obstacle ayant
une valeur pàssiA^e et exclusivement défensive) et le parapet
(couvert défensif, ayant une action lointaine offensive) ne
doiArent pas nécessairement avoir des tracés parallèles; c'est-
à-dire que la magistrale et la crête sont indépendantes l'une
de l'autre.
Il est bien éA'ident, en effet, que, l'escarpe étant cous-
truite, s'ilest utile de briser la crête .pour obtenir des feux
dans une nouvelle direction, on peut le faire sans rien
changer à la disposition de ce mur et conserver par consé-
quent à l'obstacle toute sa valeur sans modifier en rien le
flanquement.
Il fallut cependant, chez nous, un temps assez long pour
admettre et surtout pour appliquer ce principe. A l'étranger,
on reconnut plus promptement ses conséquences heureuses
et les avantages qu'on poiiA'ait en retirer. Aujourd'hui, son
application est constante, et l'étude des tracés polygonaux
en fournira bientôt de nombreux exemples.

Définition des parties principales du trace

Avant d'aborder l'étude des divers tracés, il est indispen-


sable de préciser la signification d'un certain nombre de
termes qui y seront fréquemment employés.
Toute enceinte de place forte, tout ouvrage, si peu
étendu qu'il soit, est inscrit dans un polygone irrégulier
d'un certain nombre de côtés. On dispose les tracés de
manière que chaque côté de ce polygone soit en état de se
flanquer lui-même, et on donne le nom de front de fortifi-
cation à l'ensemble des ouATages établis sur l'un de ces

(') Choumara, chef de bataillon du génie français, auteur de plusieurs écrits


sur la fortification et inventeur des fourneaux de cuisine en usage dans les
casernes, est resté célèbre par la lutte qu'il soutint contre le ministre de la
guerre de son temps. La plupart de ses idées sont empreintes d'un grand carac-
tère d'originalité et ont servi de point de départ à plus.d'un perfectionnement
dans la fortification.
MANUEL DE l'OllTIFICATION 21
322 2e PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE
côtés. Suivant, le mode de flanquement employé, chacun
des fronts ainsi obtenus est alors dit : bastionné, tenaillé ou
polygonal.
Ainsi qu'on l'a déjà fait ressortir à diverses reprises, la
disposition en usage pour le flanquement créant la princi-
pale différence entre les ouvrages, il suffit d'étudier les
détails de cette disposition sur un seul front, puisqu'on
peut la répéter sur les côtés successifs du polygone fortifié.

Toute fortification permanente, place forte ou ouvrage


simple, comprend un parapet continu, bordé d'un fossé
dont l'ensemble constitue ce qu'on peut appeler le corps de
place, c'est l'enceinte d'une ville fortifiée. En outre, une
fortification peut comprendre et a compris, suivant l'époque,
le lieu et la destination, une ou plusieurs des parties acces-
soires suivantes : i° des ouvrages intérieurs au corps de
place, mais ayant cependant une action extérieure sur la
campagne; i° des dehors, c'est-à-dire des ouvrages compris
à l'intérieur du fossé, entre le chemin couvert et le corps de
place, et destinés à protéger certaines parties de ce dernier,
à croiser leurs feux avec ceux de l'enceinte, de manière à
battre plus efficacement le terrain en avant, et à retarder la
marche de l'assiégeant ; 3° des ouvrages avancés, qui sont
situés en. dehors du chemin couvert, mais à une distance
assez faible cependant, de manière que leurs fossés puissent
être flanqués directement par le corps de place. Ils occu-
pent certains points du terrain extérieur ayant des vues
plus efficaces que celles de l'enceinte. Autrefois, ils avaient
une assez grande importance, parce que l'attaque rappro-
chée était alors considérée comme la plus redoutable; mais
ils sont abandonnés de nos jours; 4°des ouvrages détachés,
placés en aArant de l'enceinte, recevant d'elle une certaine
protection, en ce sens que le corps de place empêche l'en-
nemi de les tourner par l'arrière, mais disposés de manière
à se défendre par eux-mêmes. Peu employés dans les an-
ciennes fortifications, ils prennent maintenant une impor-
DU TRACÉ DANS LA FORTIFICATION PERMANENTE 323
tance de plus en plus marquée, en raison du rôle considé-
rable qu'ils sont appelés à jouer dans la défense des places
modernes.

Dans l'étude qui va être faite des deux tracés principaux,


le « bastionné » et le « polygonal », chaque front sera accom-
pagné de tous les dehors qu'il est susceptible de posséder.
Bien qu'on doive signaler au fur et à mesure l'importance
plus ou moins grande de chacun d'eux, il est nécessaire
cependant de bien préciser, dès le début, qu'ils sont loin
d'être tous indispensables et que, dans la pratique, il est
très rare de les voir tous réunis autour d'un même point de
la fortification. En ce qui concerne les dehors et les ouvrages
avancés, leur importance a singulièrement diminué de nos
jours par suite des progrès de l'artillerie ; ils étaient d'une
grande efficacité sans doute pour retarder la marche de l'as-
siégeant aux abords de la place, mais leur présence aug-
mente les difficultés qu'on éprouAre à couvrir les maçonneries
du corps de place. Comme il est en outre certain que l'artil-
lerie actuelle les aurait détruits de loin avant que l'assiégeant
soit arrivé sur les glacis de la fortification, on les supprime
dans les ouvrages modernes. Néanmoins, il en existe encore
dans les anciennes places, aussi convient-il de les étudier
en indiquant le rôle qui leur était réservé.

Représentation des ouvrages de fortification

La méthode employée pour représenter les ouvrages per-


manents est la même que celle dont on a fait usage précé-
demment pour les ouvrages de campagne.
On trace sur un plan la projection des différentes lignes
ou crêtes de la fortification, en indiquant la cote de chacune
d'elles au-dessus d'un plan idéal de comparaison. Les
crêtes intérieures ou lignes de feu et les magistrales sont,
en raison de leur importance, marquées d'un trait plus fort.
324 2e PARTIE— FORTIFICATION
PERMANENTE
Les lignes représentant la projection de parties en terre ou
en bois sont tracées en noir; celles qui se rapportent à des
maçonneries sont figurées en rouge. Les eaux sont repré-
sentées par un trait bleu indiquant leur intersection avec les
terres. Les cotes placées près de ces différentes lignes sont
écrites de la même couleur que les traits auxquels elles se
rapportent.
Les abris ou autres constructions souterraines sont
figurés par des traits ponctués : rouges pour la maçonnerie,
noirs pour le bois et la terre, indiquant les limites inté-
rieures ou dans oeuvre des locaux. Quelquefois, dans les
plans à petite échelle, on se contente de tracer des hachures
sur l'emplacement occupé par ces divers dispositifs.
Sur les talus dont la pente est plus douce que 1/1, tels
que : talus extérieurs, glacis, plongées, etc., on trace en
.traits pointillés les horizontales de cote entière, en indi-
quant de distance en distance leurs cotes par des séries de
chiffres placés le long des arêtes ou d'une ligne de plus
grande pente.
Lorsqu'on fait le lavis à effet des dessins de fortification,
on dispose des teintes dégradées de haut en bas sur les talus
autres que les rampes, banquettes et terre-pleins, qui, dans
aucun cas, ne doivent être mis en couleurs.
Ces teintes sont d'autant plus foncées que le talus est
plus raide, sans jamais rendre confuse la lecture des des-
sins ; pour augmenter l'intensité de la teinte, on emploie
l'encre de Chine sur les talus à pente plus forte que le i/4-
Les talus des fortifications existantes reçoivent la teinte
verte; ceux des fortifications en projet, une teinte de gomme-
gutte ; les fonds des fossés, une teinte sépia très légère.
Dans les coupes, on adopte les mêmes teintes que précé-
demment, mais plus foncées. On marque par une teinte
jaune très légère les parties du parapet en remblai; et par
une teinte sépia, les parties formées par le terrain naturel.
Lorsque les crêtes d'un ouvrage sont établies dans un
plan de défilement, on trace l'échelle de pente de ce plan
DU TRACÉ DANS LA FORTIFICATION PERMANENTE 325

par deux traits bleus parallèles et très rapprochés ; le trait


situé à droite, pour un observateur ayant la pente ascen-
dante du plan de\rant lui, est alors un peu plus fort que
l'autre.
Les échelles employées dans les dessins sont le 1/20 000,
le 1/10000 et le i/5 000, pour les plans d'ensemble; le
1/2 000, le 1/1 000 et le i/5oo pour les ouvrages isolés ou
les fronts; le i/5ob et le 1/200 pour les coupes.
Dans les dessins exécutés à petite échelle (le 1 \i 000 et au
delà), on supprime les horizontales sur les talus ou' ban-
quettes, et l'on simplifie le dessin des intersections. Aux
échelles plus petites encore, on se contente souArent de
figurer la magistrale, la crête intérieure du parapet, la
crête du chemin couA'ert ou des amorces de glacis. Souvent,
pour rendre les figures plus claires, on met un semis de
points dans les fossés et des hachures sur l'emplacement
des locaux couverts. Cette disposition sera fréquemment
employée dans cet ouvrage.
Pour compléter la représentation des ouvrages de fortifi-
cation, on emploie très souvent des profils et des coupes,
dont on indique la trace sur les plans. Une coupe diffère
d'un profil en ce qu'on y indique non seulement les parties
situées dans le plan par lequel on a fait la section, mais
encore celles qui se trouvent derrière ce plan, par rapport
au spectateur. Les lettres correspondant au plan de coupe
doivent être inscrites en commençant par celles qui se trou-
vent à gauche du spectateur, et en allant vers la droite;
cette remarque est importante, car sur deux coupes AB et
BA les parties représentées en projection sont opposées les
unes aux autres.
CHAPITRE XXIII

TRACÉ BASTIONNÉ

L'étude du tracé bastionné, telle qu'on Arala trouver au


cours de ce chapitre et du suivant, doit être envisagée prin-
cipalement au point de Aruehistorique. Si, en effet, le prin-
cipe même de ce tracé, c'est-à-dire le flanquement du fossé
par les crêtes, est encore susceptible d'application de nos
jours, il n'en est pas de même des dispositions compliquées
longtemps employées dans les ouATages de fortification de
ce système.
Cette étude paraît devoir être conservée néanmoins, non
seulement en raison du grand nombre de Aieux ouvrages de
ce genre existant encore actuellement, mais aussi pour
montrer comment l'agencement des divers organes d'un
front de fortification peut accroître la valeur défensive de
celui-ci.
De même que les langues anciennes dont la nôtre est
dériArée fournissent l'origine des mots et l'explication des
tournures du langage moderne, ainsi l'examen raisonné des
vieux ouATages permet de se rendre compte des motifs pour
lesquels on a été conduit à adopter telle ou telle disposition
actuelle.
La logique rigoureuse exigerait d'employer le passé dans
tout le cours de l'exposé qui \& suivre; toutefois, par sim-
plification, on a cru devoir conserver le présent en bien
des cas.
TRACE BASTIONNE 337

Front bastionné

Pour exécuter le tracé d'un front bastionné, on opère


habituellement de la manière suivante : on figure d'abord
la ligne AS'qui joint les deux points où s'appuie le front à
construire (fig. i55). Sur le milieu de cette ligne AB, qui
porte le nom de côté extérieur, on élève une perpendicu-
laire CD dont la longueur varie entre 1/6 et 1/8 de AB. On
joint les deux points A et B à l'extrémité D de cette per-
pendiculaire, et, sur les deux lignes ainsi obtenues, on
prend des longueurs AE et BF égales à la longueur de la

Fig. i55. — Tracé haslionné.

ligne de défense, c'est-à-dire à la distance à laquelle on


admet que le flanquement puisse s'exercer efficacement. La
ligne EF, qui joint les extrémités de ces lignes de défense,
est ce qu'on appelle la courtine. Au point E on élève, sur la
ligne AE, une perpendiculaire EH que l'on prolonge jus-
qu'à sa rencontre avec la ligne BF ; au point F on élève de
même, sur la ligne BF, une seconde perpendiculaire F G
que l'on prolonge jusqu'à son intersection avec la ligne AE.
On détermine ainsi les deux demi-bastions A-GF.el BHE,
dont les lignes A G et BH forment ce qu'on appelle les
faces, et les lignes GF et HE, les flancs. La ligne brisée
A GFEHB, tracée de la sorte, représente la magistrale du
front. Pour obtenir la contrescarpe, on décrit, des points A
et B pris comme centres, des arcs de cercle ayant pour
328 2e PARTIE—- FORTIFICATION
PERMANENTE
rayon la largeur du fossé, et l'on mène par les points G
et II des tangentes à ces arcs; ou bien, on se contente de
tracer tout simplement des parallèles aux faces AG et B1I,
à une distance de chacune d'elles égale à la largeur du
fossé.
On remarquera que, dans ce tracé, chacun des flancs peut
couvrir de feux le fossé placé en avant du demi-bastion
opposé et. de la demi-courtine adjacente. L'angleAZÏ77'(ou
B F'G) se nomme angle de défense : on l'a pris ici égal à
go°. Certains auteurs ont recommandé d'en porter la A-aleur
à ioo°; en aucun cas, il ne doit descendre au-dessous de
900, car la direction des flancs se rapprochant trop de celle
de la capitale du front CD, ceux-ci seraient alors exposés,
outre mesure, aux feux d'enfilade, et seraient mal disposés
pour battre le fossé des bastions. L'angle AB H (ou BAG)
porte le nom d'angle diminué; plus cet angle est ouvert,
plus le tracé offre de profondeur, ce qui est un inconvé-
nient, puisqu'on occupe ainsi plus de terrain et qu'on offre
un but plus étendu à l'artillerie ennemie. L'angle B HE (ou
AGI?) est Yangle d'épaule; sa valeur est toujours environ
de 1100 à i3o° : cela est avantageux pour la solidité de l'ou-
Arrage, et, par cette disposition, on supprime en partie le
secteur privé de feux.
Lès différentes parties du tracé qui vient d'être indiqué
sont du reste assujetties, comme on va voir, à certaines con-
ditions.

i° Les lignes de défense AE et BF doivent avoir une


longueur suffisante pour que le fossé puisse être battu effica-
cement. On admettait autrefois 260 à 3oo mètres comme un
maximum pour la longueur de ces lignes, parce que c'était
la portée maxima des feux de mousqueterie. Cette limite a
été conservée longtemps, parce qu'elle répondait à la bonne
portée de la vue et à la distance à laquelle on pouvait tirer
sans changer la hausse des fusils. On pourrait évidemment
porter aujourd'hui, sans grand inconvénient, la longueur
TRACÉ BASTIONNÉ 32g
de la ligne de défense à 4oo mètres et même à 600 mètres,
puisque le flanquement est encore très efficace à pareille
distance avec les armes portatives actuelles, et que, d'ail-
leurs, le flanquement des ombrages de la fortification per-
manente est, le plus souvent, opéré à l'aide de bouches
à feu.
De cette considération il résulte que le côté extérieur doit
rester inférieur à 5oo ou à 800 mètres, suivant la ligne de
défense adoptée.
20 Pour que les feux partant de la crête des flancs puis-
sent battre complètement le fossé de la courtine, il faut que
ces feux se recroisent, au plus, à 5o centimètres au-dessus
du fond de ce fossé. Or, en admettant une profondeur de
6 mètres pour ce dernier, un commandement de 7 mètres
pour la crête (ce qui est une limite assez faible) et une
pente de 1/6 pour la plongée, on voit que : pour que le coup
de feu partant de la crête du flanc atteigne le fossé de la cour-
tine à 5o centimètres au-dessus du sol, il faut que la lon-
gueur de la demi-courtine soit égale à 6+7 — o,5o
12,5 X 6 = 75 mètres, ce qui donne un minimum de cour-
tine égal à i5o mètres environ. Ce minimum peut à la
rigueur descendre à 120 ou i3o mètres, en diminuant un
peu les hauteurs précédentes, mais ne saurait aller au delà.
Or, à moins d'avoir des bastions très exigus, dans lesquels
le défenseur peut difficilement se mouAroir et dont les faces
n'ont plus le développement nécessaire pour recevoir de
l'artillerie, cette longueur minima de la courtine entraîne
une longueur minima du côté extérieur égale à 200 mètres
environ.
Donc, le tracé bastionné ne peut s'adapter qu'à des côtés
extérieurs dont la longueur est comprise entre 200 et 800
mètres.
3° En raison de leur direction, toujours quelque peu
voisine de celle de la capitale, les flancs du front bas-
tionné sont évidemment en prise aux feux d'enfilade
330 2e PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE
et, quelquefois même, exposés aux feux de revers. Il con-
vient donc de ne leur donner que la longueur strictement
nécessaire pour assurer le flanquement efficace du fossé ;
4o ou 5o mètres sont en conséquence un maximum qu'il
serait imprudent de dépasser. Il semble difficile, d'autre
part, de leur donner moins de 20 mètres. C'est donc entre
20 et 5o mètres qu'il sera possible de faire varier leurs
dimensions.
Dans ce qui va suivre on admettra d'ailleurs pour le front
bastionné le profil antérieur à 1860, tel qu'il a été donné
dans la figure i46 du chapitre XXI, et, pour fixer les
idées, on supposera que le commandement des saillants de
bastion au-dessus du sol est de 7 mètres exactement. Les
crêtes des faces et des flancs, étant tenues dans un plan
incliné descendant vers la place, se raccorderont aAreccelles
de la courtine placées 'à 6m5o au-dessus du sol, disposition
qui facilite le défilement du terre-plein du bastion.
Avant de quitter le bastion même, il convient d'ailleurs
de signaler l'existence assez fréquente, au saillant, d'un pan
coupé de 3 à 4 mètres, destiné à supprimer en partie le sec-
teur privé de feux que le tracé crée en avant de ce point.

Dehors du front bastionné

Ainsi qu'on l'a fait observer au début du présent chapitre,


l'étude du tracé bastionné ne peut se faire complètement
que sur un ouvrage de fortification ancien. Cette observation
s'applique tout spécialement à ce qui va suÎA're, relatif aux
dehors dudit tracé ; non seulement on n'a plus édifié d'ou-
A'rages de cette nature depuis longtemps, mais les diverses
propriétés qui justifiaient pleinement leur existence, avant
l'apparition de l'artillerie rayée, ont disparu depuis l'adop-
tion des armes modernes et des puissants explosifs dont
elles disposent. La figure i56 (page 33o bis) se rapporte
donc à un ancien tracé.
PlancheB 330bie

Fig.156.—Frontd'étudebastionné. du(g^).
Échelle

t/ti£.
KJ.e<?txtti*£
TRACÉBASTIONNÉ 33 I
Les dehors du front bastionné, c'est-à-dire les ouvrages
compris entre le corps de place et le chemin couvert, sont
les suivants : la tenaille; — la demi-lune ; — le réduit de
demi-lune ; — les contre-gardes ; — les places d'armes sail-
lantes et rentrantes;— les réduits de places d'armes.
Tenaille. — Cet ouvrage est une masse de terre desti-
née à couvrir l'escarpe de la courtine qui, à cause de l'élar-
gissement du fossé en ce point, est plus exposée aux coups
de l'artillerie que les faces des bastions. Bien que, par sa
position rentrée, la courtine ne soit pas une partie de la for-
tification où la brèche soit favorable, il faut' cependant la
protéger contre le canon.
Le tracé de la tenaille,peut être une simple ligne droite
parallèle à la courtine, ou une ligne brisée formée de deux
faces aboutissant aux angles d'épaule des demi-bastions.
C'est à cette forme, qui est la plus habituellement employée
pour ce dehors, que la tenaille doit son nom. Elle peut aussi
se retourner à ses extrémités, parallèlement aux faces ou
aux lianes, en affectant la forme d'un tracé bastionné,
comme l'indiquent les figures i56 (page 33o bis) et i56 bis
(page333).
Dans les anciennes fortifications, la tenaille recevait un
profil défensif, et ses crêtes étaient tenues à 3 ou 4 mètres
environ au-dessous de celles de la courtine, car elles ne
sont pas destinées à exercer une action sur l'extérieur. Le
massif de terre de la tenaille était alors soutenu, en avant et
en arrière, par des murs de revêtement laissant, entre eux et
l'escarpe de la courtine et des flancs, un fossé de io mètres
de large environ. Une partie de ce fossé est en angle mort,
et c'est là un des inconvénients de ce premier dehors.
Ultérieurement, la tenaille a été le plus souvent réduite au
rôle de simple masse couvrante; sa partie tournée vers l'ex-
térieur est alors au talus naturel des terres.

Demi-lune. — Le dehors le plus important du front


bastionné est la demi-lune. C'est un ouvrage affectant la
332 2e PARTIE —- FORTIFICATIONPERMANENTE
forme.d'un redan, dont les faces viennent ficher sur celles
des bastions, à une certaine distance de l'angle d'épaule,
et dont le saillant est situé à 80 ou 100 mètres en aArant du
côté extérieur. Le fossé qui entoure la demi-lune débouche
dans celui du corps de place; les deux contrescarpes se réu-
nissent : celle du corps de place étant interrompue sur
toute, la largeur du fossé de ce second dehors.
Les demi-lunes fournissent des feux croisés très puissants
en aA'ant des saillants des bastions, suppriment par suite
les secteurs privés de feux qui s'y trouvent, et donnent au
tracé bastionné tous les avantages du tracé tenaillé. De
plus, lorsque les côtés extérieurs de deux fronts adjacents
font entre eux un angle voisin de 1800, les demi-lunes de ces
deux fronts placent le bastion qu'elles comprennent dans
une sorte d'angle rentrant et augmentent les difficultés d'ap-
proche. Mais, pour donner ces propriétés à la demi-lune,
on a été conduit parfois à porter son saillant à une grande
distance en avant du côté extérieur, ce qui a pour effet de
rendre ses faces très longues et très enfilables.
Les crêtes de la demi-lune sont plus basses que celles du
corps de place. C'est une application du principe, énoncé
précédemment (chap. XXI, page 3i6), que les ouvrages
placés en arrière doivent toujours avoir un commandement
sur ceux qui sont en aArant, afin de pouvoir contre-battrc
dans de bonnes conditions les retranchements que l'ennemi
tentera d'y établir lorsqu'il s'en sera emparé. (Exception
est faite pour la tenaille, dont le rôle se borne à celui de
masse couvrante, et qui gênerait lé flanquement des fossés, si
son relief était déterminé d'après le principe général que l'on
vient de rappeler.)
Le saillant de la demi-lune est, en nombre rond, de
1 mètre plus bas que le saillant des bastions : soit 6 mètres
environ de relief ; les extrémités de ses faces sont à 5o cen-
timètres en dessous du saillant : soit 5m 5o de relief. La
pente ainsi donnée aux crêtes de l'ouvrage a pour but de
faciliter le défilement de son terre-plein.
TRACEBASTIONNE
Le profil de la demi-lune est un peu plus faible que celui
du corps de place; le fossé peut être un peu moins large et
moins haute. •
l'escarpe
Les faces de la demi-luné viennent passer à 3o mètres
environ de l'angle d'épaule et fichent sur les faces des bas-

Fig. i56 bis. — Glacis-masquefermantla trouée du fosséde demi-lune.

tions, pour fermer les trouées qui existent entre les flancs
de ceux-ci et la tenaille. De cette manière, le fossé de ce
dehors est bien flanqué par le corps de place ; mais cette
disposition a l'inconvénient de découvrir l'escarpe du bas-
lion sur toute sa hauteur, dans le prolongement du fossé de
la demi-lune ; et, lorsque l'ennemi est entré dans ce dernier
334 2e PARTIE FORTIFICATIONPERMANENTE
fossé, il pénètre sans difficulté dans celui du corps de
place, qui est de niveau avec le précédent.
Pour obAÙer à ces inconvénients, la meilleure solution,
qui est due au général Noizet, consiste à placer dans le
fossé de demi-lune un glacis-masque (fig. i56 bis), terminé
par un mur sur le fossé du corps de place, et formant un
long plan incliné battu par la crête du bastion, lorsque
celle-ci tire dans la direction du saillant de la demi-lune.
Afin d'éviter de supprimer l'obstacle, entre la demi-lune
et le chemin couvert, on a soin de ne donner à ce glacis-
masque qu'une hauteur inférieure de 3 à 4 mètres à celle
de l'escarpe de la demi-lune, ou, mieux encore, de laisser
entre les deux un fossé de 4 mètres de large. Plus simple-
ment, on peut rendre indépendants les fossés de la demi-
lune et du corps de place, en conservant entre eux une
différence de niveau de 2 mètres ; ou accepter franchement,
ce qui s'est fait encore assez souArent, les inconvénients pro-
venant de leur communication directe, pour éviter les com-
plications du glacis-masque ou des autres dispositifs du
même genre.

Réduit de demi-lune. — A l'intérieur de la demi-


lune, on établit généralement un ouvrage qui permet au
défenseur de s'y maintenir, lors même que l'ennemi est
maître du saillant. C'est le réduit de demi-luné, qui affecte
la forme d'un redan, dont les faces, parallèles à celles de la
demi-lune, sont prolongées par des flancs de 10 mètres de
longueur environ prenant à revers les brèches faites par l'en-
nemi au saillant des bastions. Le profil donné au réduit de
demi-lune comporte une escarpe moins haute que celle de
la demi-lune elle-même ; devant cette escarpe règne un fosse
de 10 mètres de large environ, dont la contrescarpe est
formée par le mur qui soutient les terres du parapet de la
demi-lune. Pour rendre ce fossé indépendant de celui du
corps de place, on maintient son niveau à 3 ou 4 mètres
environ au-dessus du fond de ce dernier.
TRACÉ BASTIONNÉ 335
Les crêtes du réduit sont horizontales ou légèrement
inclinées et à 5o centimètres au-dessus de celles de la demi-
lune. Pour éviter qu'une même batterie ne puisse enfiler à
la fois les faces de ces deux ouvrages, on donne quelquefois
à celles du réduit une direction différente de celles de la
demi-lune, contrairement à ce qui a été dit ci-dessus.
La demi-lune et son réduit sont fermés, à la gorge, par un
mur placé dans le prolongement de la contrescarpe des faces
du bastion et terminant l'obstacle vis-à-vis de la courtine.

Contre-garde. —. La contre-garde est un ouvrage


qu'on place dans le fossé, parallèlement aux faces des bas-
tions, dont il est destiné à redoubler les feux. Il a de plus
l'avantage de protéger l'escarpe des bastions, car le fossé
qui le sépare de ce mur peut n'avoir que 10 à 12 mètres de
largeur, en reportant en avant de la contre-garde le fossé
plus large formant obstacle. Il est vrai que cette disposition
n'est pas toujours employée : les deuxfossés sont flanqués
alors par le même flanc. Si, comme dans la figure i56
(page 33o bis), la contre-garde est rejetée en avant, son fossé
est flanqué par la demi-lune. Les crêtes de la contre-garde
sont tenues à 1 mètre environ au-dessous des crêtes du bas-
tion. Cet ouvrage n'a pas été fréquemment employé, parce
qu'il augmente la profondeur de la fortification sans donner
de feux dans des directions nouvelles; il n'a que le seul
avantage de protéger l'escarpe des bastions.

Places d'armes saillantes et rentrantes. — En


étudiant le tracé du chemin couvert, on voit que, vis-à-vis
de chaque saillant, le terre-plein de cet ouvrage est plus
étendu par suite de l'arrondissement de la contrescarpe en
arrière. Cette partie un peu plus large, qui peut servir de
lieu de rassemblement aux troupes, forme ce qu'on appelle
une place d'armes saillante. Il en existe une de cette espèce
devant le saillant de chaque bastion et devant celui de la
demi-lune.
336 2e PARTIE — FORTIFICATIONPERMANENTE
A l'angle rentrant formé par le fossé de la demi-lune et
celui de la face du bastion, le chemin couvert est modifié
dans son tracé de manière à présenter une sorte de redan,
dont les faces ont environ 4o à 5o mètres de long, et des
directions à peu près parallèles à celles des grandes bran-
ches du chemin couvert. Ces ouvrages, qui forment pour les
troupes des lieux de rassemblement analogues aux précé-
dents, mais plus sûrs, portent le nom déplaces d'armes
rentrantes. On leur donne le profil du chemin couvert,
en relevant légèrement leur saillant (de 5o centimètres
environ). Les places d'armes rentrantes flanquent puissam-
ment les branches du chemin couvert; pour les fermer, dans
la portion comprise entre la crête de cet ouvrage et la con-
trescarpe, on place des traverses qui reçoivent un profil
défensif et-dont la crête atteint la hauteur de celle du che-
min couvert.

Réduit de places d'armes rentrantes. —Pour con-


server au défenseur un point d'appui sur le chemin couvert,
lorsque l'ennemi s'est établi à son saillant, on peut cons-
truire, à l'intérieur des places d'armes rentrantes, des
ouvrages spéciaux qu'on nomme réduits de places d'armes.
Le tracé de ces oiwrages est celui d'un redan très aplati,
afin de laisser au terre-plein de la place d'armes une dimen-
sion suffisante. Leurs crêtes sont légèrement surélevées au
saillant, mais plus basses que celles de la demi-lune. Le
profil comporte un fossé de l\ mètres de large environ, indé-
pendant du fossé du corps de place et de la demi-lune,
et une escarpe de même hauteur. Le terre-plein est battu
à la fois par le corps de place, par la demi-lune et par son
réduit.

Chemin couvert. — On connaît déjà le tracé d'en-


semble de cet ouvrage qui suit la contrescarpe des faces des
bastions et de la demi-lune, en formant des places d'armes
dans les rentrants. Son relief au-dessus du sol est de 3m5o
TRACÉBASTIONNÉ 337
à 4 mètres. Comme dans toutes les autres parties du front,
on donne à ses saillants un commandement de 1 mètre ou
de 5o centimètres sur les rentrants, afin de mieux défiler le
terre-plein. Mais, en raison de la longueur des faces de
l'ouvrage, et pour morceler la défense en empêchant l'en-
nemi, maître du saillant, de se répandre sur toute l'étendue
de son terre-plein, on coupe chacune de ces faces par deux
ou trois traA'erses distantes entre elles de 4o à 5o mètres. Ces
traverses, perpendiculaires à la contrescarpe, ont une hau-
teur égale à celle de la crête du chemin couvert ; elles reçois-
vent un profil défensif tourné vers le saillant et ont une
épaisseur de 4 à 6 mètres au sommet. Les crêtes du chemin
couvert peuvent affecter un tracé en crémaillère, ce oui a
l'avantage de mieux les soustraire à l'enfilade; chaque tra-
A'crse masque alors un des crochets, et l'on ménage un petit,
passage entre sa tête et la crête du chemin couvert. Autre-
ment, cette dernière crête conserve une direction générale en
ligne droite et contourne l'extrémité de chaque traArerse, en.
laissant tout autour un intervalle de 2 mètres, pour le pas-
sage. Ce dernier tracé, dit à clameaux, a l'inconvénient de
laisser en angle mort les petits passages ménagés à la tête
des traverses.

Glacis. — Les glacis doivent être battus par le corps de


place ou ses dehors, ainsi qu'on l'a vu dans l'étude du profil.
Ce sont par conséquent des plans qui s'appuient aux crêtes
des différentes brisures du chemin couvert et qui sont diri-
gés de manière à rester bien en prise, aux feux des ouATages
situés en arrière. Leurs intersections forment ce qu'on
appelle des arêtes ou des gouttières, suiA^ant leur dispo-
sition.

Coupures. — Lorsqu'une face d'ouA'rage a une lon-


gueur assez grande cl une direction telle que les feux d'en-
filade y soient à craindre, on peut obAier à cet inconvé-
nient en y établissant une coupure. On désigne ainsi une:
MANUEL DEFORTIFICATION '2Î
338 2e PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE
brisure de la crête et du parapet dirigée perpendiculaire-
ment à la face en question, et précédée d'un fossé, de 8 à
io mètres de largeur et de 4 mètres de profondeur. Cette
disposition, employée parfois sur les faces de la demi-lune
et même sur celles des bastions, a l'avantage de morceler la
défense, mais présente en retour l'inconvénient de créer
une foule de petits ouvrages, dans lesquels les communica-
tions sont très difficiles, et qui deviennent de véritables
nids à bombes. Le fossé de la coupure, qui a la profondeur
minima de 4 mètres, est fermé, du côté du fossé général,
par un mur détaché ou batardeau destiné à rétablir en ce
point l'obstacle dans toute sa hauteur. La partie supérieure
de ce batardeau est ordinairement taillée en forme de toit et
porte, sur le milieu de son arête, une dame ronde en ma-
çonnerie, qui achève d'y rendre la circulation impossible.

Communications dans le front bastionné. —


Pour faciliter l'accès du terre-plein aux défenseurs, et pour
permettre d'y amener les bouches à feu de l'artillerie, on
ménage, en arrière, des rampes ayant une inclinaison aussi
douce que possible (i/6 au maximum). Ces rampes sont
accolées au talus de rempart ; les horizontales du plan dans
lequel est contenue leur face supérieure sont perpendicu-
laires à la ligne de foulée, afin que les roues de voitures qui
y circulent soient au même niveau. Leurs places les plus
avantageuses sont le long de la courtine, ou des faces de
bastion. Elles doivent toujours être aussi nombreuses que
possible.
Une galerie en maçonnerie, inclinée, A'oûtée et noyée
dans les terres du parapet, permet de descendre du. corps
de place dans le fossé. Cette galerie, qui porte le nom de
poterne (fig. I5J), a son entrée au milieu de la courtine,
au niveau du sol naturel ; elle débouche dans l'escarpe der-
rière la tenaille, à i mètres au-dessus du fond du fossé. La
communication avec le fond du fossé même est établie à
l'aide d'un escalier (ou rampe) mobile en bois, que l'on
TRACÉBASTIONNÉ 33 g

peut supprimer à volonté, de manière à interdire l'accès


de la poterne.
On peut aussi faire déboucher cette communication au
niveau du fond du fossé et l'interrompre à l'intérieur par un
ha-ha, petit fossé de 4 mètres recouArert d'un pont mobile.
La poterne a ordinairement 2m 5o de largeur et une hau-
teur égale.
Deux petits escaliers, dits pas-de-souris, accolés contre
le milieu du mur qui soutient en arrière les terres de la
tenaille, permettent de monter du fond du fossé sur le
terre-plein de cet ouATage.
On traverse la tenaille sous une poterne horizontale éta-

Fig. 157. — Poterne.

blie au niveau du fond des fossés, ce qui n'a pas d'inconvé-


nient, parce que cette galerie ne donne aucune autre com-
munication.
La traversée du fossé du corps de place se fait suiArant la
capitale et sous la protection d'un ouvrage spécial appelé
double caponnière (fig. ioy bis). C'est un simple passage de
3 mètres de largeur en moyenne, situé au niAreau du fond du
fossé et bordé, à droite et à gauche, d'un parapet en terre
de 3 mètres environ de relief, organisé défensivement. Son
profil comporte : à l'intérieur, une banquette d'infanterie,
et à l'extérieur, des glacis à la pente douce de i /8 ou de i /1 o.
Afin de ne pas diminuer la hauteur du mur qui soutient
340 2e PARTIE FORTIFICATIONPERMANENTE
la gorge des. réduits de demi-lune, on coupe la crête de la
double caponnière à 3 mètres de ce mur, ce qui permet en
même temps au défenseur de suiA're la muraille terminant
la demi-lune et son réduit, pour se rendre dans les places
d'armes rentrantes.
On entre dans le réduit de demi-lune par deux pas-de-
souris placés le long du mur de gorge, symétriquement par
rapport à la capitale. Du terre-plein bas du réduit on arrive
sur le terre-plein haut à l'aide de rampes accolées aux talus
de rempart de l'ouvrage ou d'une rampe en capitale.
Pour arriver dans la demi-lune, on passe sous une
poterne de 2 mètres de large, qui fait communiquer le
terre-plein bas du réduit de demi-lune aArecson fossé; de là,

Fig. i!)7 bis. — Doublecaponnièredans un tracé bastionné.

on accède au terre-plein de la demi-lune (ou des coupures)


au moyen de rampes accolées au talus de rempart de cet
ouvrage, ou de pas-de-souris placés contre la muraille lors-
qu'il y en a une.
Cette disposition a pour conséquence d'obliger les défen-
seurs de la demi-lune à traverser le réduit, lorsqu'ils battent
en retraite. Elle est contraire au principe énoncé à diverses
reprises dans la première partie du Manuel, sous la forme
suivante : Les lignes de retraite ne doivent jamais traverser
le réduit, parce que l'ennemi poursuivant les défenseurs
serait amené de la sorte dans ce dernier ouvrage.
Ainsi, pour obvier à cet inconvénient, on a quelquefois
raccourci les faces du réduit de demi-lune, de manière à
laisser, entre leurs extrémités et la contrescarpe, l'espace
suffisant pour loger une rampe avec ha-ha. (Voir page 342
TRACÉ BASTIONNÉ 34l
et fig. i5g), qui donne accès directement du fossé du corps
de place sur le terre-plein bas de la demi-lune.
Pour aller dans les places d'armes rentrantes et dans le
chemin couvert, on suit, en sortant de la double caponnière,
le mur de gorge de la demi-lune et de son réduit : au
débouché du fossé de demi-lune, on traverse une capon-
nière simple, petit ouvrage identique à l'une des moitiés de

Fig. i58. — Sortiede chemincouvert.

la double caponnière placée en capitale, et protégeant le


défenseur des A-ues de l'assiégeant établi au saillant de la
demi-lune. Ces caponnières simples sont coupées à 3 mètres
du mur de contrescarpe de la demi-lune, afin de ne pas
diminuer l'obstacle qui sépare les places d'armes rentrantes
du fossé. On accède aux places d'armes rentrantes par des
escaliers accolés aux murs qui les terminent sur chacun des
fossés, et débouchant sur le terre-plein de l'ouvrage. De là,
on passe dans le fossé du réduit de place d'armes par une
poterne inclinée qui traverse le massif du parapet, et on
342 2e PARTIE FORTIFICATIONPERMANENTE
monte de ce fossé sur le terre-plein du chemin couvert par
des rampes accolées à la contrescarpe des réduits.
On passe du chemin couvert sur le glacis par des sor-
ties de chemin couvert, petites rampes un peu raides, de
3 mètres environ de largeur, allant du terre-plein de l'ou-
vrage au niveau du glacis (fig. i58) et formant, par consé-
quent, dans le parapet, de légères interruptions que l'on
ferme au besoin par des barrières.
Lorsqu'il y a une contre-garde, on y accède par des pas-
de-souris placés dans, la contrescarpe, à chaque extrémité

Fig. i5g. — Ha-ha dans un pas-de-souris.

de l'ouvrage. Pour se rendre au chemin couvert, on traverse


alors le fossé de la contre-garde, sous la protection d'une
caponnière simple, et on arriA-e aux escaliers du réduit de
place d'armes.
Gomme on le Aroit, toutes ces communications sont établies
de manière à défiler le défenseur des ATies de l'ennemi.
Cette condition est évidemment indispensable; mais il faut,
en outre pouvoir interdire au besoin les passages ainsi pra-
tiqués dans les différentes parties de la fortification. Pour
cela : dans les poternes, on dispose des portes, barrières ou
grilles derrière lesquelles on peut faire le coup de feu ; dans
les escaliers (ou rampes) accolés aux maçonneries, on
place des ha-ha, c'est-à-dire que l'on y pratique des inter-
TRACÉBASTJONNÉ 343
ruplions ayant 4 mètres de largeur que l'on franchit sur
des poutrelles ou des madriers disposés à cet effet et faciles
à retirer au moment voulu (fig- i5g).
On adopte du reste, pour l'ensemble du front, une dispo-
sition ayant pour objet de défiler entièrement les défenseurs
circulant dans le fossé, entre le corps de place et les princi-
paux dehors. C'est une application du principe suivant,
auquel on donne quelquefois le nom de « principe des trois
points ».
Lorsque trois masses couvrantes A, B et C (fig. 166) sont
établies en ligne droite, de telle manière que les deux
extrêmes A.ei B étant d'un côté de cette ligne, l'intermé-
diaire C soit placée du côté opposé, un coup de feu; tiré

dans une direction parallèle à 45 ne peut atteindre les


hommes placés entre les points A et B ou au-dessous de la
ligne ACB, et tout l'espace situé à droite de la masse B,
par exemple, est défilé aux vues de la partie du terrain
située à gauche de la masse A.
Conformément à ce principe, on établit sur la même ligne
droite : le saillant du bastion, — l'extrémité de la face de la
demi-lune (ou du glacis-masque, lorsqu'il en existe un), —-
et l'extrémité de l'a double caponnière, la plus rapprochée
de la contrescarpe, afin de garantir entièrement la commu-
nication entre le corps de place et le réduit de demi-lune.
On place de même en ligne droite : l'extrémité de la face
du réduit de place d'armes rentrante dirigée vers la demi-
lune, — l'extrémité de la face de la demi-lune, — et l'angle
d'épaule du bastion opposé, afin que l'ennemi ne puisse
344 2e PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE
faire brèche à la courtine par la trouée existant entre le
liane et la tenaille.

On remarquera, d'autre part, qu'il est important de mul-


tiplier autant que possible les communications et de les
installer de manière que le défenseur puisse y circuler com-
modément et à l'abri des coups de l'ennemi. On reproche
avec raison à celles du tracé baslionné, qui viennent d'être
décrites, d'être seulement défilées aux vues, ce qui en rend
l'usage dangereux et la destruction facile.

Ouvrages intérieurs

On donne le nom d'ouvrages intérieurs à divers retran-


chements établis à l'intérieur même du corps de place. Les
plus usités dans les fronts bastionnés sont : les cavaliers,
les retranchements intérieurs et les réduits.

Cavalier. — Le cavalier est un ouvrage intérieur dont


les crêtes dominent celles du corps de place, et dont le
grand commandement permet d'obtenir des vues étendues
sur la campagne ÇVoirJig. i56, page 33o bis). Il est le plus
souvent organisé pour recevoir de l'artillerie ; son relief au-
dessus du sol atteint aisément 10 ou 12 mètres, et même
davantage ; son parapet doit avoir l'épaisseur minima de
8 ou 9 mètres, car il est destiné à recevoir un grand nombre
de projectiles; son talus extérieur, sans maçonnerie, est tenu
à l'inclinaison naturelle des terres. On place de préférence
les cavaliers dans les bastions; leurs faces sont dirigées
parallèlement à celles de ces derniers, ou perpendiculaire-
ment aux capitales, de manière à envoyer des feux dans ces
directions.
Ces ouvrages ont été fort en honneur dans la fortifica-
tion jusqu'en 1885 : ils procuraient des vues et facilitaient
l'installation des locaux voûtés. Ces deux avantages ont dis-
TRACÉ1ÎASTI0NNÉ 345
paru parce que, en raison même de leur grand commande-
ment qui les signale à l'ennemi, les cavaliers sont, plus que
toute autre partie de la fortification, exposés à une destruc-
tion rapide et, avec eux, les pièces qu'ils portent et les
locaux qu'ils recouvrent.

Retranchement intérieur. — A l'époque où les


places fortes se composaient le plus souvent d'une simple
enceinte, on devait se préoccuper d'en assurer la conserva-
tion après que l'ennemi'avait réussi, par un tir méthodique,

Fifl. i6i. — Retranchementintérieur.

à y ouvrir une brèche praticable pour ses colonnes d'as-


saut. Pour atteindre ce résultat, on recommandait d'établir,
dans chaque bastion du point d'attaque, un retranchement
intérieur, c'est-à-dire un parapet fermant la gorge de ce
bastion et donnant des feux sur le saillant. De la sorte, on
isolait le point où l'ennemi avait fait brèche et on rétablis-
sait la continuité de l'enceinte.
Ce retranchement pouvait affecter : soit la forme d'une
tenaille ABC appuyée aux faces ou aux flancs du bastion
(,/ig. 161), soit celle d'un front haslionnè DJ'JF Gif K appuyé
3/|6 2 e PARTIE FORTIFICATIONPERMANENTE
aux flancs ou aux extrémités de la courtine, disposition qui
assurait son flanquement d'une manière complète.
On ne s'arrêtera pas à discuter la valeur relative de ces
diverses solutions d'un problème qui se pose actuellement
dans des conditions toutes différentes.

Réduit. — Dans le même but de la résistance


prolonger
d'une place en morcelant la défense de son enceinte, on
avait eu l'idée d'organiser chaque bastion de manière à lui
permettre de résister à une attaque venant de l'intérieur de
la ville, lorsque l'ennemi a pénétré dans la place par la
brèche. Pour cela, on avait proposé de fermer la gorge du
bastion par un retranchement, de forme bastionnée ou
autre, dirigé vers la place. De cette manière, chaque bastion,
recevant une garnison spéciale, pouvait continuer à se
défendre isolément. Cette disposition, qui n'a jamais reçu
son application chez nous, avait l'inconvénient d'affaiblir la
garnison au moment où la cohésion lui est plus nécessaire
que jamais; plus que d'autres encore elle est devenue abso-
lument surannée. On verra d'ailleurs, dans l'étude de l'or-
ganisation complète d'une place, comment doit être entendu
maintenant le mot réduit s'appliquant aux forteresses.
CHAPITRE XXIV

ÉTUDE DE QUELQUES TRACÉS BASTIONNÉS

— Pour retrouver
Historique. l'origine du tracé bas-
tionné qui vient d'être décrit, il faut remonter jusqu'aux
anciennes enceintes formées de hautes et puissantes mu-
railles précédées d'un large fossé servant à tenir éloignées
les machines de guerre, et flanquées de distance en distance

par de grosses tours ayant dans le principe la forme circu-


laire (fig. 162). Cette disposition laissait évidemment une
partie AMB assez notable de chacune des tours entièrement
cachée aux vues des défenseurs placés sur les tours voi-
sines ; mais cet inconvénient était d'assez faible importance
à une époque où l'on considérait la courtine (partie de l'en-
ceinte comprise entre deux tours voisines) comme la seule
portion de la muraille ayant besoin d'être efficacement pro-
tégée. Lorsque les premiers progrès de l'artillerie eurent
obligé les constructeurs à doubler leurs murailles d'un
épais matelas de terre, et que, par suite, les tours eurent
pris de plus grandes dimensions, eu égard à l'accroissement
348 2e PARTIE FORTIFICATIONPERMANENTE
de leur profil, on dut chercher à supprimer leur partie non
flanquée, et on leur donna un tracé se rapprochant déjà du
tracé bastionné. Cependant, la courtine demeura longtemps
encore la partie que l'on considérait comme important de
bien flanquer, et le flanc des tours ou bastions fut en consé-
quence établi perpendiculairement à sa direction. C'est le
tracé que l'on retrouve chez tous les ingénieurs français et
italiens du seizième siècle.
L'ingénieur français PAGAN comprit le premier que le
bastion progressivement développé était devenu la partie la
plus importante du tracé, celle qui réclamait le flanquement
le plus efficace, et il en modifia la forme dans ce sens.
Après lui, l'illustre VAUBANvint donner à ce tracé bastionné
sa forme définitive, et sut l'organiser d'une façon telle
qu'après lui les plus habiles ingénieurs n'ont eu que des
modifications de détail à y apporter.

Tracés de Vauban. — On s'accorde à classer les


divers tracés de Vauban (qui diffèrent tous entre eux parce
qu'ils étaient tous appropriés à des sites différents) suivant
trois systèmes, que l'on peut aisément réduire à deux : les
deuxième et troisième étant construits d'après un principe
unique et présentant de très grandes analogies.

PREMIER SYSTÈMEDE VAUBAN {planche F, page 348 bis).


— Dans le
premier système, le tracé porte sur un côté exté-
rieur ayant en moyenne 36o mètres (en réalité, Vauban l'a
exécuté sur des côtés variant de 25o à 8oo mètres); la per-
pendiculaire est à peu près i/6 de ce côté extérieur et les
flancs ont environ 5o mètres.
Le profil du corps de place (Jig. i64) montre que
l'escarpe s'élève jusqu'à la plongée, c'est-à-dire que le talus
extérieur est remplacé par un mur de soutènement. Cette
disposition, que l'on rencontre dans un grand nombre d'ou-
vrages construits par ce célèbre ingénieur, s'explique par le
peu de puissance de l'artillerie de son temps; elle n'existe

Fig.163. Premier de du
Échelle
Vauban. (g^gg).
système

h3
i—»
O
CD

—Profil
164. du de
corps dans
place lepremier deVauban.
Fig. système

CD
*>•
co
V
-•
ce
ÉTUDE DE QUELQUESTRACÉSBAST10NNÉS 34g
déjà plus dans ses derniers tracés et disparaît après lui. La
crête intérieure du corps de place est à 8 ou g mètres au-
dessus du sol naturel, de manière à avoir un fort comman-
dement. Le fossé a 5™5o environ de profondeur et l'escarpe
10 mètres de hauteur, non compris le mur de soutènement
du parapet ; la largeur du fossé atteint 3o ou 4o mètres.
Les flancs des premiers ouvrages construits par Vauban
portent en saillie, sur le tiers environ de leur longueur, une
portion arrondie à laquelle on a donné le nom d'orillon
{fig. J63). Les orillons étaient destinés à protéger, contre
les coups de l'artillerie ennemie, le flanc proprement dit,
placé en arrière dans une partie rentrée, et affectant un
tracé courbe qui augmente sa longueur de crête et le ga-
rantit contre les feux d'enfilade. Cette disposition fut aban-
donnée dès que l'expérience eut démontré que l'orillon était
rapidement démoli par l'artillerie assiégeante ; elle avait
cependant l'avantage de bien couvrir le débouché des esca-
liers conduisant au fossé, placés dans le revers de l'orillon.
La tenaille affecte la forme bastionnée.
Dans les premiers tracés, la demi-lune n'a pas de réduit,
mais elle est, parfois, munie de flancs parallèles à la capi-
tale, destinés à prendre à revers les brèches au saillant du
bastion. Plus lard, Vauban imagina le réduit de demi-lune,
en lui donnant une étendue assez restreinte. On remarquera
que dans ces tracés (fîg. i63) la saillie de la demi-lune, sur
le côté extérieur, est assez faible : elle dépasse rarement
8o mètres; celte disposition avait pour effet de la mieux
garantir des coups d'enfilade.
Le premier système de Vauban ne comprend pas d'autres
dehors. Les fossés de tous les ouvrages communiquent entre
eux, ce qui est un inconvénient. Les communications sont
peu couvertes, car la double caponnière n'existe pas. C'est,
en somme, d'après ce qui précède, un tracé identique, sauf
quelques détails, à celui qui a été étudié comme front-type
dans le chapitre précédent; et, en effet, les successeurs de
Vauban n'ont fait autre chose que de perfectionner ce nou-
350 2e PARTIE • FORTIFICATIONPERMANENTE
veau tracé, en y ajoutant quelques dehors et en modifiant
quelques dispositions de détail.

DEUXIÈME ET TROISIÈME SYSTÈMESDE VAUBAN (Seconde


manière; planche G, page 35o bis). — A la fin de sa car-
rière, lorsque Vauban fortifia Belfort, Landau et Neuf-Bri-
sach, il adopta un principe, nouveau qui consistait à séparer
le corps de place en deux enceintes : l'une, extérieure,
organisée de manière à former une enceinte complète, rece-
vant la plus grande partie du canon et soutenant la lutte
avec l'assiégeant; l'autre, d'une profondeur moindre, ga-
rantie par la première des coups de l'artillerie ennemie,
constituant par suite une enceinte de sûreté qu'on pouvait
conserver jusqu'au bout, et formant l'obstacle opposé à
l'ennemi. En vue d'assurer un flanquemenl puissant à cette
seconde enceinte, Vauban plaçait à chacun de ses saillants
une tour en maçonnerie, renfermant de solides casemates,
dans lesquelles on installait des tireurs et de l'artillerie.
Dans le deuxième système, l'enceinte intérieure est recti-
ligne entre les deux tours voisines; dans le troisième, elle
est au contraire bastionnée : c'est la différence principale
qui existe entre ces deux tracés.
Comme on le voit, cette disposition inaugurait un nou-
veau principe, celui de la séparation de l'enceinte en une
ligne de combat et une ligne de sûreté, la première proté-
geant la seconde.
L'enceinte de combat (fig. i65, page 35o bis) se compo-
sait d'une série de bastions déterminés comme cela a été
indiqué précédemment; mais chacun de ces bastions était
coupé au point où la courtine devait commencer, et fermé
à la gorge par un mur affectant un tracé rentrant vers l'inté-
rieur. La tenaille, dont les faces prolongeaient celles des
bastions, formait un massif s'étendant en arrière jusqu'à
l'emplacement qu'aurait occupé la courtine ; elle était sé-
parée des bastions par un fossé de 10 mètres. Chacun des
éléments de cette première ceinture était du reste organisé

165.
fi Fig. Troisième deVauban.
système Tracé du(5^5).
deNeuf-Brisach.
Échelle
1
s.
5.
s.-

(—i
O
CD
Q

îz
—Profil
Fig.166. danslefront Échelle
deNeuf-Brisach.
du(j^g).
m
3S

c CD
Crc
O
fcf
5'
35Ibis Planche H

Fig. 167. — Coupe FG l'axe de la poterne de la tour.


par

Fig. 168. — Coupe transversale ABCD.

Fig. 169. — Plan de l'étage inférieur de la tour.

EJxamntltfjJ'. " *-
-LV-VRAUI-
(MNcr.i.i-1H-BERGER
ÉTUDE DE QUELQUESTRACÉSBASTIONNÉS . 351
de manière à jouer le rôle qui lui était réservé dans le tracé
bastionné ordinaire.
L'enceinte intérieure s'appuyait à un côté extérieur paral-
lèle au premier et situé à 18 mètres de la gorge de la
tenaille. Dans le tracé de Landau {deuxième sgstème), elle est
en ligne droite ; dans celui de Neuf-Brisach (troisième sys-
tème), elle est bastionnée, mais la perpendiculaire n'a que
io mètres de longueur. Les flancs de cette enceinte sont
dans le prolongement de ceux des bastions détachés. A
chaque saillant, une tour de forme pentagonale, en saillie
de 12 mètres sur la face du bastion, flanque les fossés. Elle
est munie d'un étage inférieur de casemates; sa partie supé-
rieure reçoit un profil défensif et peut être garnie d'un
certain nombre de tireurs. Les figures 167, 168 et.169
(planche H, page 351 bis) en font voir la disposition. Les
crêtes des deux enceintes sont à la même hauteur (6 mètres
au-dessus du sol); les tours dépassent la crête de l'enceinte
intérieure de 60 centimètres environ. En somme, toute l'en-
ceinte intérieure est bien protégée par l'autre ; aussi Vau-
ban lui donnait-il une escarpe de 10 mètres montant jusqu'à
la plongée, le fossé en avant n'ayant que 5 mètres de pro-
fondeur (Voir fig. 166, page 35o bis). Sur les bastions dé-
tachés, au contraire, qui doivent recevoir de nombreux pro-
jectiles, la plongée est terminée par un talus extérieur et
l'escarpe n'a que 6 mètres de hauteur : celte disposition
n'existe toutefois que dans le troisième système; dans le
second, les bastions détachés reçoivent un revêlement qui
monte jusqu'à la plongée. L'escarpe des tenailles est encore
moins élevée et n'atteint que 4.mètres; le sommet de celle
escarpe ne dépasse le sol que d'une faible quantité; c'est ce
que Vauban appelait des demi-revêtements. En avant des
bastions de l'enceinte extérieure, on trouve dans ce tracé
une demi-lune avec réduit. Un fossé de même profondeur
règne autour de tous ces ouvrages ; le chemin couvert est
organisé comme dans le premier système.
Les communications sont meilleures que dans les autres
352 2e PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE
tracés, mais laissent cependant encore à désirer. — Pour
pénétrer sur les bastions détachés, on entre dans la tour
par une poterne (fig- i6y et i6g, page 351 bis), on suit une
galerie qui en fait, le tour, on descend dans le fossé et on
remonte sur le bastion par un des deux pas-de-souris placés
dans le mur de gorge (fig. i65, page 35o bis). — On se
rend de même sur la tenaille, par un escalier identique qui
la réunit au fond du fossé, ou en passant par lès bastions
détachés, au moyen d'une poterne placée sous le parapet
et d'un pont mobile jeté sur le fossé qui sépare ces deux
ouvrages. — Pour aller dans la demi-lune et son réduit, on
traverse le massif de la tenaille sous une poterne, à niveau
du fond du fossé, et le fossé dans une double caponnière ;
des escaliers conduisent, à la demi-lune, à son réduit, ou
aux places d'armes saillantes et rentrantes.
Cette deuxième manière de Vauban montre toute la puis-
sance de ce grand ingénieur; elle contient en germe la plu-
part des idées qui, développées plus tard par d'autres, ont
produit les nouveaux systèmes de fortification. Il convient
de faire remarquer que déjà la hauteur des crêtes au-dessus
du sol a subi une diminution considérable, afin d'offrir un
but moins visible à l'artillerie ennemie et de faciliter la pro-
tection des maçonneries ; cette disposition sera conservée
par les ingénieurs suivants. Les escarpes de l'enceinte exté-
rieure exposées à l'ennemi sont moins hautes que les an-
ciennes, et. le parapet des ouvrages de combat est, par
suite, d'une destruction plus difficile. On voit apparaître
aussi, dans l'enceinte intérieure, le principe du tracé poly-
gonal : c'est-à-dire le Manquement, des fossés par un ouvrage
spécial. Ce flanquemenl est ici assuré par les feux des case-
mates ménagées non seulement dans les tours des saillants,
mais encore dans les flancs des bastions de cette deuxième
ligne. Enfin, la séparation de l'enceinte en deux parties,
l'une de combat et l'autre de sûreté, est en quelque sorte
l'embryon du principe même de l'organisation des places
modernes avec enceinte et, forts détachés.
ÉTUDE DE QUELQUESTRACÉSBASTIONNÉS 353
Il est assez étrange que les ingénieurs qui suivirent
n'aient pas continué dans la Aroie que Vauban leur avait
ainsi tracée; ils furent arrêtés sans doute par les inconvé-
nients que présentaient les tours de Neuf-Brisach, inconvé-
nients inhérents au mode de construction et non au principe
lui-même. En effet, les casemates de ces tours étaient mal
ventilées, le service des pièces y était fort incommode. De
plus, ces voûtes étaient construites de manière que leur
axe fût parallèle aux façades de la tour, ce qui avait pour
effet de présenter les pieds-droits à l'ennemi, disposition
au de vue de leur solidité. Enfin, la -
regrettable point partie
supérieure étant tout entière en maçonnerie, les projectiles
qui y arrivaient projetaient des éclats de pierre de tous côtés
et rendaient impossible le séjour sur les parties voisines. Il
n'y aurait eu cependant que de faibles modifications à y
apporter pour transformer ces tours en véritables capon-
nières, telles que celles qui seront décrites plus loin en étu-
diant le tracé polygonal.

Tracés postérieurs à Vauban. — L'étude com-


plète d'un de ces tracés ayant été faite lors de la description
générale du front bastionné, il est inutile d'y insister à nou-
veau. L'ingénieur français postérieur à Vauban qui résume le
mieux les idées de son époque, est CORMONTAIGNE, dont les
notes recueillies et publiées, longtemps après sa mort, sous
le titre de Mémorial, ont formé pendant de longues années
le corps de doctrines de.l'Ecole française.
Ce qui caractérise la fortification de Cormontaigne, c'est
la dimension du relief des parapets et des. escarpes, dans le
but, de les mieux dissimuler à l'assiégeant et de protéger
ainsi les murailles ; c'est aussi quelques perfectionnements
apportés dans les communications, et notamment la créa-
tion des caponnières simples au débouché des fossés des
demi-lunes ; c'est enfin l'adoption de nouveaux dehors :
réduits de places d'armes rentrantes et contre-gardes.
Les ingénieurs de cette époque se montrent du reste
MANUELDUFORTIFICATION 23
354 2e PARTIE FORTIFICATIONPERMANENTE
essentiellement préoccupés de la lutte contre l'assiégeant
aux abords immédiats de la fortification, et l'action des
ouvrages sur le terrain éloigné est souvent sacrifiée par eux
pour obtenir un meilleur défilement des terre-pleins et battre
plus complètement la zone la plus rapprochée. L'exemple
le plus remarquable de cette disposition est fourni par le
fort Bellecroix (Metz), construit par Cormontaigne et placé
de manière à échapper complètement à l'ennemi établi à
quelques centaines de mètres, mais n'ayant par contre que
des vues fort limitées.
A l'étranger et notamment en Hollande, se forma une
autre école, rivale de l'Ecole française, à la tête de laquelle
se trouve GOEHORN,qui, ayant à appliquer le tracé bastionné
à des pays perpétuellement inondés, le modifie très heureu-
sement pour utiliser cette circonstance en vue d'augmenter
la valeur de la fortification.
Après Cormontaigne, les ingénieurs français poursuivent
l'oeuvre entreprise et suivent la même voie de perfectionne-
ment du tracé bastionné en vue de la défense rapprochée.
A cet effet, chaque ouvrage est morcelé par dés réduits et
des coupures qui arrêtent les progrès de l'ennemi maître
d'un saillant et l'obligent à de nouveaux travaux. L'améliora-
tion la plus originale et la plus réelle est la création, par le
général NOIZET et VEcole de Metz, du glacis-masque établi à
l'extrémité du fossé de demi-lune, comme cela a été indi-
qué un peu plus haut (Voirpage 334). On peut citer égale-
ment les dispositions ayant pour but d'isoler chaque fossé
des voisins et d'assurer l'indépendance des diverses commu-
nications intérieures.
Le front bastionné muni de tous ces perfectionnements
forme un ouvrage merveilleusement organisé en vue de
résister aux.travaux d'approche et au genre d'attaque usité
autrefois ; les différents ouvrages se prêtent un mutuel
appui et obligent l'assaillant à passer par une série de longs
et, pénibles travaux. Mais cet organisme si parfait a de nos
jours un grave inconvénient : c'^est qu'il est détruit avant
ÉTUDE DE QUELQUES TRACES BASTIONNÉS 355
d'avoir réellement servi, car les projectiles de l'artillerie
sont venus en ruiner les différentes parties et l'oeuvre si
bien conçue fait défaut au moment du besoin.
On avait d'ailleurs pressenti cet inconvénient, et, en
France, où le système bastionné était alors seul en usage,
les travaux exécutés pendant la première moitié du dix-neu-
vième siècle sont beaucoup plus simples que ces différents
tracés ; assurément, la raison d'économie y était pour quelque
chose, mais on reconnaissait, aussi qu'il était désormais inu-
tile d'accumuler tant de chicanes.
On peut citer, comme exemple, les fronts de l'enceinte .
de Paris, construits vers i84o, qui ne possèdent absolument
aucun dehors, et ceux des forts de la même place, dont les
fronts comportent seulement une tenaille réduite au rôle de.
masse couvrante et une place d'armes rentrante formée par
le chemin couvert devant le fossé de la courtine. Les forts
de Metz, à peine achevés au moment de la guerre de 1870,
étaient également construits d'après ces principes;, les
tenailles étaient de simples, masses couvrantes se retournant
devant les flancs et la courtine, et le seul dehors était une
place d'armes rentrante placée devant cette courtine.
Dans les ouvrages construits depuis 1870, en faisant
usage du tracé bastionné, on a supprimé toute espèce de
dehors, sauf quelquefois la tenaille.
1:1faut remarquer enfin que le flanquement obtenu par la
crête des flancs peut être doublé de feux donnés par des
pièces établies dans des casemates derrière l'escarpe. Cette
disposition, inspirée des tours casematées de Vauban, pro-
cure au tracé bastionné une partie des avantages du tracé
polygonal; mais, eu égard à la situation des flancs, placés
à l'extrémité de longs fossés que l'artillerie ennemie peut
prendre d'enfilade, les casemates qu'on y installe sont
assez facilement destructibles de loin. Néanmoins, on a
quelquefois adopté ce système sur les fronts peu exposés»
dans lesquels on veut obtenir un flanquement énergique.
CHAPITRE XXV

TRACÉ POLYGONAL

Le principe du système polygonal, déjà indiqué précédem-


ment, consiste à rendre le flanquement, des fossés indépen-
dant du tracé de la crête du parapet. Pour obtenir ce résul-
tat, on place dans le fossé un ouvrage spécial, qui reçoit
des pièces et des tireurs envoyant des feux rasants, c'est-à-
dire dirigés parallèlement au fond du fossé. Cette disposition
est logique en principe, et semble même préférable à celle
qui consiste à subordonner le tracé de la crête au flanque-
ment du fossé, surtout aujourd'hui que l'action des ouvrages
s'exerce à des distances plus grandes et que la défense rap-
prochée a perdu une partie de l'importance qu'elle avait
autrefois. Les avantages et les inconvénients de cette dispo-
sition ressortiront complètement de la discussion compara-
tive des deux tracés, qui sera faite dans le chapitre XXVII.
i Pour le moment, il résulte de l'énoncé même du principe
ci-dessus, que les tracés polygonaux peuvent affecter les
formes les plus Avariées et se prêtent aux plus multiples com-
binaisons, surtout lorsqu'on admet dans leur établissement
l'indépendance du parapet et de l'escarpe, que rien n'em-
pêche plus d'adopter, puisque le flanquement est assuré par
des dispositifs spéciaux. Il est en conséquence impossible
de faire l'étude du tracé polygonal sur un front type repré-
sentant en quelque sorte une moyenne parmi les construc-
tions de ce genre. Il faudra donc se borner à passer en revue
les dispositions principales qu'affectent les différents or-
ganes dans un certain nombre de fronts de cette espèce,
TRACÉ POLYGONAL 35?
choisis parmi ceux qui paraissent le plus convenablement
disposés.

Caponnière et coffre de contrescarpe

L'organe de flanquement du fossé est une caponnière ou


un coffre de contrescarpe.
Ce dernier est logé dans la contrescarpe ; la caponnière,
au contraire, en est séparée par un fossé ; elle peut être

Fkj. 170. — Coffrede contrescarpe.

attachée à l'escarpe ou, au contraire, en être séparée par


un fossé.
Lé coffre de contrescarpe (fig. 170) est, par sa situation,
à l'abri des coups directs ; mais on lui reproche de pouvoir
être détruit par la mine plus facilement que les caponnièrès
i.fl9- '71) lorsque l'assiégeant s'est établi sur le glacis. En
outre, ses communications avec l'ouvrage sont difficiles, ce
qui tend à isoler du reste de la garnison le détachement qui
occupe le coffre et qui cependant est chargé d'un service
iort important au moment d'un assaut. C'est pourquoi
l'emploi des caponnièrès a prévalu tant qu'on a pu consti-
tuer ces ouvrages assez solidement pour résister à l'artil-
358 2e PARTIE —- FORTIFICATION
PERMANENTE
lerie. Mais les obus-torpilles trouent les caponnièrès anté-
rieures à i885 construites en maçonnerie et terre; le béton
de ciment, avec des murs verticaux exposés aux coups
directs, finirait aussi par être détruit; le métal donne une
solution très coûteuse. Ces considérations justifient la faveur
dont jouissent actuellement les coffres de contrescarpe en
béton de ciment, malgré leurs inconvénients qu'on a d'ail-
leurs atténués dans la mesure du possible.

Fig. 171.— Caponnièreau saillant..

On va maintenant passer en revue les dispositions succes-


sivement adoptées pour ces deux organes de flanquement.

Caponnière

Position sur le front. — La caponnière peut être


placée en un point quelconque du fossé, pourvu que sa dis-
tance au point le plus éloigné qu'elle doit battre ne dépasse
pas 5oo à 600 mètres, limite extrême du flanquement effi-
cace. Cela permet, en la plaçant au milieu du côté extérieur,
d'avoir des fronts de 1 000 à 1 100 mètres, sans qu'il soit
d'ailleurs besoin, comme dans le front bastionné, de fixer
une limite inférieure à la longueur de ce côté extérieur. Il
en est évidemment de même lorsqu'on place les caponnièrès
sur les saillants de manière que chacune d'elles flanque
deux fossés différents.
La caponnière doit être garantie le mieux possible des
TRACÉ POLYGONAL 35g
coups que l'ennemi peut lui envoyer par-dessus la contres-
carpe et de ceux qui viendraient à enfiler le fossé. Lorsque
ce dernier est en prise à de pareils feux d'enfilade, il faut
donc avoir soin de placer la caponnière à l'extrémité la plus
rapprochée dé l'ennemi, de manière à la couvrir par le
massif des terres appuyées à la contrescarpe.
En la plaçant au saillant comme l'indique la figure 171,
on la garantira convenablement contre les coups de l'artil-
lerie ; mais on l'exposera, d'autre part, à être emportée dans
une attaque pied à pied, le saillant formant toujours une

Fig. 172. — Caponnièreau rentrant.

partie faible de la fortification. Si on la place au contraire


dans un rentrant (fig. 172), ses abords seront mieux cou-
verts, mais elle sera en revanche plus en prise aux coups de
l'artillerie; cet, inconvénient est évidemment beaucoup plus
grave que celui qui résulte de la position de la caponnière
au saillant.

Réunion au corps de place. — La


caponnière peut
être attachée à l'escarpe et au corps de place, ou, au con-
traire, en être séparée par un fossé.
La première disposition, indiquée sur les figures 171 et
172, a l'avantage de rendre plus faciles et plus sûres les
communications du corps de place avec la caponnière, et,
par suite, de permettre une plus longue résistance dans cet
ouvrage, puisque ses défenseurs sont toujours assurés de
leur ligne de retraite. Elle a, par contre, l'inconvénient de
36o PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE
créer une sorte de marchepied au milieu de la hauteur du
parapet et de diminuer la valeur de l'obstacle en ce point.
De plus, l'ennemi qui a réussi à s'emparer de la caponnière
et à s'y maintenir, trouve un chemin tout tracé pour entrer
dans l'ouvrage, à moins que la poterne servant de commu-
nication n'ait été munie de dispositifs destinés à inter-
rompre le passage.
Lorsqu'au contraire on détache la caponnière du corps
de place (fig. i?3), on obtient les avantages inverses ; seu-
lement, si l'on veut conserver aux faces de cette caponnière
une longueur suffisante, il faut : ou élargir le fossé, ce qui

Fig. 173.— Caponnièredétachéedu corpsde place.

est un inconvénient assez sérieux ; ou briser la crête et


l'escarpe en arrière, de manière à former une sorte de cour-
tine séparée de la caponnière par un espace suffisant, ce qui
enlève au tracé polygonal sa précieuse simplicité et crée
sur le front des portions de crêtes eniilables.

Forme générale. — La forme générale de la capon-


nière comporte deux faces, dont la direction est voisine de
la perpendiculaire à l'un des fossés, et une tête, c'est-à-dire
une partie qui la termine vers la contrescarpe.
Les faces sont le plus souvent parallèles quand la capon-
nière est placée au milieu d'un côté rectiligne ; quelquefois,
cependant, on les a faites légèrement convergentes pour
diminuer la largeur de la tête (fig. IJ3). Quand l'ouvrage
TRACÉ POLYGONAL 361
est établi à un saillant (fig. 171), les deux faces sont néces-
sairement divergentes.
La tête de la caponnière affecte des formes très différentes.
Souvent on lui donne le tracé d'un redan (fig- "73), de
manière que les fossés en avant, qui ont toujours moins de
largeur que le fossé principal, puissent être flanqués par le
parapet du corps de place, dont on brise la crête à cet effet.
Plus simplement, on termine la tête de caponnière par
des côtés parallèles à l'escarpe et à la contrescarpe ; on
place alors une galerie flanquante sur toute la longueur de
'
chacun de ces côtés, dont l'extrémité forme un orillon en
saillie sur la face correspondante, de manière à la garantir
des coups de l'ennemi et à donner des feux en avant d'elle.
C'est la forme la plus usitée dans la fortification antérieure
à i885 (fig. 171 et 172) et celle qui assure la meilleure pro-
tection aux maçonneries de l'escarpe de la caponnière.

Disposition intérieure. — La intérieure


disposition
de la caponnière est également très variable. Les premiers
ouvrages construits comportaient une série de casemates
accolées pour chaque direction de fossé à flanquer, les deux
bâtiments ainsi formés étaient alors séparés par une cour
intérieure. Cette disposition, adoptée presque universelle-
ment en Allemagne pendant toute la première partie du dix-
neuvième siècle, a l'inconvénient de rendre fort difficile le
défilement des maçonneries ; elle augmente en outre la su-
perficie couverte par l'ouvrage et, par suite, sa vulnérabilité.
On préfère depuis longtemps réunir les deux séries de case-
mates dans un même massif en les séparant par un couloir
central de communication (fig. 174, page 362 bis).
Le nombre des casemates varie avec la largeur du fossé ;
dans les anciennes constructions, il n'était pas rare d'en voir
sept ou huit, et même davantage. Dans les fortifications
d'Anvers, par exemple, établies en site aquatique et ayant
par suite de très larges fossés, les caponnièrès comportent
quatorze pièces de chaque côté. Les fossés modernes ayant
362 2e PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE
des largeurs beaucoup plus restreintes, le nombre des case-
mates dépasse rarement quatre ou cinq.
Le sol de la caponnière est généralement élevé de i à
2 mètres au-dessus du fond du fossé pour obtenir un certain
commandement sur le terrain à battre.
Chaque casemate a une largeur de 4 mètres et une pro-
fondeur de 6 mètres environ ; la voûte qui la forme est haute
de 2m5o à 3 mètres et épaisse de i mètre au moins pour
résister aux projectiles de l'artillerie ; la masse de terre dont
elle est recouverte doit avoir 2 ou 3 mètres d'épaisseur, au
minimum. On a utilisé parfois ce massif de terre pour y
installer une seconde ligne de feux pour l'artillerie ou l'in-
fanterie.' Cette disposition, employée à Anvers, donne au
tracé polygonal les avantages du flanquement haut, par la
crête, et des feux rasants partant des casemates; elle n'au-
rait plus de valeur aujourd'hui.

Fossé diamant. — Les. faces de la caponnière sont


mises à l'abri des coups de main que l'ennemi pourrait
tenter pour pénétrer dans l'ouvrage, au moyen d'un fossé
en avant ayant, de 4 à 5 mètres de largeur et de 3 à 4 mètres
de profondeur ; on le nomme fossé diamant.
Ce fossé peut être flanqué par des casemates établies soit
dans l'escarpe, soit dans le revers de l'orillon ou dans la
saillie de la. tête de caponnière. Les casemates établies dans
l'escarpe sont exposées à être détruites de loin par l'artil-
lerie; la seconde disposition est de beaucoup préférable.

de la tête. — La tête de caponnière


Flanquement
est flanquée par une brisure de la tête du parapet ; quand
sa direction ne permet pas l'emploi de cette disposition, ce
qui arrive le plus souvent, on la flanque directement par
des créneaux-mâchicoulis établis dans la galerie qui l'en-
toure.
A cet effet, la galerie de tête est formée d'un certain
nombre de voûtes de 4 mètres de portée, ayant leur axe
—•
±74.
Fig. d
Plan 'une
caponnière la
montrant intérieure
disposition des
l ocaux.

S.
S.

•Tj
I'
sa
a
o
&
CD
H

5 CD
o>
V
5
TRACÉ POLYGONAL 363

perpendiculaire à la tête de caponnière, et profondes de


2m5o à 3 mètres. Le mur de tête de la caponnière, qui ferme
ces voûtes, est percé de créneaux permettant aux tireurs de
battre le fossé.
Ces créneaux sont de formes diverses.
Il en existe de verticaux (fig. iy5), formés de deux plans

Fig. 170. — Créneauxverticaux..

s'évasant vers l'intérieur de la voûte et laissant une ouver-,


ture extérieure de 10 centimètres au maximum.. Ces cré-
neaux peuvent être enfilés par les tireurs ennemis établis
sur la contrescarpe, mais ils permettent, d'autre part, d'aper-
cevoir ce mur sur toute son étendue.

Fig. 176. — Créneauxhorizontaux.

Ailleurs ce sont des créneaux horizontaux (fig. 176),


formés d'une voûte très surbaissée, de 1 mètre de large
environ, recouvrant une sorte de plongée en pierres placée
au-dessous, à 10 ou i5 centimètres au maximum. Pour
arrêter les projectiles de l'ennemi, on forme souvent la sur-
364 2e PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE
face de la voûte, celle de la plongée et celle des faces laté-
rales par des gradins qui empêchent les ricochets.
Enfin, on emploie beaucoup les créneaux-mâchicoulis ou
créneaux de pied (fig. 177), qui permettent de battre direc-
tement le pied même du mur de tête de la caponnière. Pour
éviter qu'ils ne constituent un danger pour l'ouvrage, on
est parfois obligé de les fermer par une grille ou une barre
de fer.
Ces différentes dispositions s'appliquent également aux
casemates établies dans l'escarpe et servant à flanquer les

Fig. 177.—•Créneaux-mâchicoulis.

faces de la caponnière ou le fossé diamant. Elles sont d'un


emploi très fréquent, dans les constructions modernes.
On augmente quelquefois le flanquement du fossé de.tête
par des galeries établies dans la contrescarpe et ayant un
mur de tête organisé comme il vient d'être dit pour la galerie
de tête de la caponnière. Ces galeries communiquent alors
avec la caponnière par une poterne placée sous le fossé, ou
par une porte donnant sur le fossé même.

Embrasure-tunnel. — Les casemates de la


capon-
nière sont exposées à être détruites par l'artillerie ennemie,
TRACÉ POLYGONAL 365

lorsque celle-ci peut prendre le fossé d'enfilade. Pour les


protéger contre les feux de cette espèce, on a imaginé de
faire précéder la voûte qui les forme d'une autre voûte
nommée visière ou embrasure-tunnel (fig. 17b, page 362 bis,
et 178), au travers de laquelle la pièce peut tirer. La visière
ayant sa tête dirigée vers l'ennemi se présente dans les
meilleures conditions de résistance, puisque l'artillerie est
obligée de la faire tomber tranche par tranche; en outre,

Fig. 178. — Embrasure-tunnel.

elle garantit complètement la pièce des coups les plus obli-


ques qu'on pourrait diriger contre elle. Afin de permettre
aux gaz de la poudre de s'échapper, on sépare assez
ordinairement la visière, de la casemate, par un intervalle
de 1 mètre environ, ou bien l'on dispose dans cette dernière
une cheminée d'aérage.
Quelquefois, pour éviter que les débris de la voûte-tunnel
366 2e PARTIE FORTIFICATIONPERMANENTE
et des terres qui la surmontent ne viennent obstruer l'em-
brasure, on place le fossé diamant sous la visière, mais dans
ce cas le flanquement de ce fossé devient assez difficile. C'est
pourquoi l'on préfère généralement disposer dans la voûte
une plongée assez inclinée, le long de laquelle on pourra
faire glisser les débris en les repoussant avec une drague.
L'étude détaillée qui vient d'être faite de la caponnière a
surtout pour but de montrer comment les différentes dis-
positions qu'on donne à cet ouvrage peuvent influer sur la
constitution générale du front ou faire dévier le tracé poly-
gonal de sa simplicité primitive, et même de son principe
essentiel.

Caponnièrès bétonnées ou cuirassées. — Les


divers types de caponnièrès décrits ci-dessus ont mainte-
nant, tous, un commun défaut, celui de n'être plus suffi-
samment résistants contre les nouveaux projectiles et, par
suite, d'être extrêmement difficiles à conserver. Dans les
expériences exécutées en France, au fort de la Malmaison,
en 1886, un obus-torpille de 22 centimètres, chargé de
33 kilos de mélinite, ayant porté en plein sur une capon-
nière organisée d'après les principes précédents, y fit, dit-
on, une brèche d'environ 8 mètres de diamètre, mettant
ainsi l'ouvrage hors de service.
On a cherché à obvier à ce grave inconvénient, dont la
conséquence immédiate est de priver la fortification du flan-
quement qui lui est indispensable, et diverses solutions ont,
été proposées dans ce but.
On a tout d'abord pensé, sans rien changer au mode de
flanquement des fossés, à établir les caponnièrès en béton
de ciment. Mais l'expérience a prouvé que leurs murs verti-
caux en béton ne résistaient pas à un tir prolongé d'obus-
torpilles de gros calibres. Aussi ne peuvent-elles être em-
ployées que sur les fronts où elles ne sont pas en prise à un
tir soutenu, notamment à la gorge des ouvrages. Excep-
tionnellement on en fait usage pour les fronts de tête de
TRACÉ POLYGONAL 367
certains ouvrages construits en pays de montagne, qui ont
moins à craindre un tir à obus-torpilles de gros calibre, en
raison de leur grand commandement et de la difficulté pour
l'ennemi d'installer de la grosse artillerie.
Les pièces à tir rapide sans recul, canons-revolvers et
mitrailleuses, qui donnent le moyen de couvrir de feux
puissants l'espace restreint que constitue le fossé avec un

Fig. 179. — Caponnièrecuirasséede l'enceintede Strasbourg.

très petit nombre de bouches à feu, n'exigent pour leur


installation que des casemates de dimensions très réduites.
Ces pièces peuvent être avantageusement placées dans
des caponnièrès cuirassées reposant sur un massif de béton
qui les entoure sur toutes les faces ; c'est ainsi que les Alle-
mands ont organisé le flanquement de l'enceinte de Stras-
bourg ; la figure 179 ci-dessus, empruntée à la Revue du Génie
(août 1898), indique les dispositions de ces caponnièrès.
368 2e PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE
Un ouvrage de dimensions aussi restreintes a de grandes
chances d'échapper aux projectiles des mortiers de 220 qui,

Fig. 180.— Caponnièremétallique.

seuls, seraient en état de le démolir, s'ils venaient éclater


directement au contact de la voûte supérieure.
TRACÉ POLYGONAL 36g
On pourrait aussi bien adopter à la place de cet ouvrage
une tourelle à éclipse émergeant d'un massif de béton. Si
l'une et l'autre de ces solutions n'ont pas reçu de nom-
breuses applications, c'est que, en outre de leur prix élevé,
elles ont un autre inconvénient. Sous peine de créer un angle
mort important sur leur pourtour, ces organes ne peuvent
avoir qu'un faible relief et leur tir peut alors se trouver
masqué par les moindres débris tombés dans le fossé. Si.on
augmente leur relief, il faut les raccorder par un long glacis
qui oblige à relever le fossé et la contrescarpe dans les
parties correspondantes. Cet inconvénient s'atténue si le.
fossé est large et plein d'eau,, comme c'est le cas pour
l'enceinte de Strasbourg.
La figure 180 montre une autre disposition de casemate
métallique. L'expérience a montré que ces casemates résis-
tent assez bien au tir, mais se détachent du massif de béton
par suite des vibrations. On ne pourrait donc les employer
que là où elles ne seraient pas exposées à un tir soutenu,
mais, dans ce cas, les caponnièrès en béton sont suffisantes
et plus économiques.

Coffres de contrescarpe. — Parmi les solutions pro-


posées pour remplacer les anciennes caponnièrès, l'instal-
lation de pièces de flanquement dans des coffres ou galeries
de contrescarpe est une des plus heureuses et des plus
simples. Cette solution est assez en faveur, parce qu'elle est
d'une réalisation relativement facile dans les anciens ou-
vrages qu'on veut transformer ; c'est elle notamment que
les Allemands ont appliquée dans tous les forts de Metz et
dans un certain nombre de ceux de Strasbourg.
Ce n'est pas qu'on ait oublié les inconvénients inhérents
à ces organes : danger de destruction par la mine, diffi-
culté des communications et, surtout, isolement relatif des
défenseurs qui les occupent. Mais on s'est efforcé d'y remé-
dier le mieux possible, ainsi qu'on le verra plus loin, et
comme ces. coffres conservent le grand avantage d'être à
MANUEL DEFORTIFICATION 24
370 2e PARTIE FORTIFICATIONPERMANENTE
l'abri des coups directs, tandis que les caponnièrès sont
vouées à la ruine, l'hésitation n'était pas possible.
Un coffre est simple lorsqu'il bat un seul fossé, double
lorsqu'il bat deux fossés adjacents. Le coffre double consiste
d'ailleurs en deux coffres simples accolés et réunis par un
couloir.
Chaque coffre comporte une ou plusieurs casemates à
canon dont les pièces, enfilant le fossé, tirent par des
embrasures dont le seuil doit être à environ im5o au-des-
sus du fond du fossé, de façon que le tir ne soit pas gêné
par les moindres débris. Pour éviter qu'un ennemi auda-
cieux ne vienne emboucher ou obstruer les embrasures,
on protège le coffre par un fossé diamant dont le fond
est à environ 3 mètres au-dessous du seuil de ces em-
brasures..
;. Le flanquement de ce fossé diamant, comme celui des ca-
ponnièrès, est assuré par des créneaux de pied analogues à
ceux qui ont été décrits page 364 (fig- J77)-
Comme il est à craindre que l'ennemi ne jette du haut du
glacis des matières enflammées ou asphyxiantes qui gêne-
raient le service dans le coffre, il est avantageux de le doter
d'une visière constituée simplement par le prolongement
des voûtes ou des dalles qui couvrent les casemates au delà
du mur de masque (fig. 182, p. 372, coupe AB)
La construction est tout entière en béton de ciment. Le
mur de fond et les voûtes, exposés aux coups, ont générale-
ment 2m 5o d'épaisseur et sont, protégés par un massif de
•pierraille. Le mur de masque, abrité des coups directs, est
moins épais.
Les casemates peuvent être couvertes en dalles de béton
armé, obtenu par l'incorporation de barres d'acier doux
dans du béton de ciment ; l'épaisseur de ces dalles peut
alors être, réduite.
L'ensemble de ce massif oppose une sérieuse résistance
aux entreprises du mineur ennemi.
La figure 181 montre les dispositions variables qu'on
TRACE POLYGONAL 071
peut donner aux coffres doubles, suivant l'angle que font
entre eux les deux fossés à battre.
La figure 182 donne un exemple de coffre simple. L'or-
ganisation intérieure d'un semblable ouvrage comporte les
accessoires indispensables pour que les hommes y puissent

T 'I': Casemates a canons


f : Casemates de galeries
de fusillades

Fig. 181. — Coffresde contrescarpedoubles.

séjourner sans interruption (lits de camp ou bancs à rabat-


tement, tinettes).
L'armement d'un organe de flanquement de cette nature,
comme d'ailleurs celui d'une caponnière, doit comporter
des pièces à tir rapide de petit calibre (telles que mitrail-
leuses et canons-revolvers), destinées à agir sur les hommes,
et aussi une pièce plus forte pour renverser les travaux que
l'assaillant pourrait établir dans le fossé. On utilise volon-
372 2e PARTIE FORTIFICATIONPERMANENTE

tiers, dans ce but, d'anciens canons qui suffisent parfaite-

Fig. 182. — Coffrede contrescarpesimple.

ment à battre un espace aussi restreint, à la condition tou-


tefois qu'ils permettent un tir accéléré.
TRACÉPOLYGONAL 373
La communication entre le coffre et l'ouvrage'.peut se
faire : soit à ciel ouvert, soit par une galerie souterraine.
Dans le premier cas, il faut, pour se rendre au coffre, suivre
dans le fossé principal un assez long trajet, franchir le fossé
diamant sur une échelle mobile ou un madrier qu'on retire
à l'intérieur du coffre après y avoir pénétré; enfin, fermer
derrière soi une solide porte en fer. Cette solution, écono-
mique, offre de multiples dangers : les fossés ne sont pas à
l'abri des projectiles ennemis ; la circulation des défenseurs
dans le fossé peut donner lieu à des méprises ; l'entrée du
coffre peut être surprise ou forcée ; enfin, les défenseurs du
coffre échappent à l'action du commandement, et ce grave
défaut est à peine atténué par la création d'une communi-
cation téléphonique ou acoustique.
Il convient donc de doter les coffres d'une communication
souterraine. On peut utiliser dans ce but la contrescarpe,
lorsque celle-ci est évidée et réunie par une communication
défilée avec l'intérieur de l'ouvrage. Cette condition est
rarement réalisée : on doit alors créer un passage direct,-
sous le fossé, entre l'ouvrage et le coffre.
Il est prudent de prévoir le cas où, le passage souterrain
étant détruit, les défenseurs des coffres auraient leur retraite
coupée. Pour parer à ce danger, le général Brialmont
conseille de ménager dans le coffre une porte de secours,
murée par une maçonnerie légère dissimulée.sous l'enduit
extérieur et, doublée intérieurement d'une grille en fer.
Le défenseur, pour sortir du coffre, aurait à démolir cette
maçonnerie.

Éclairage des fossés. — On n'a jamais prévu encore


de dispositions spéciales pour assurer l'éclairage des fossés,
qui eût été d'ailleurs impossible à réaliser autrefois. Il
semble résulter des événements du siège de Port-Arthur que
la sécurité d'un ouvrage ne peut être assurée réellement si
cette condition n'est pas remplie. On pourra y arriver aisé-
ment aujourd'hui à l'aide de sources lumineuses puissantes
374 2° PARTIE — FORTIFICATION
PERMANENTE
(électricité, acétylène, appareils à incandescence) et de
réflecteurs convenablement disposés. Les caponnièrès et
coffres de contrescarpe se prêteront, avec peu de modifica-
tions, à l'installation de ces engins.
Il convient, pour compléter l'étude du tracé polygonal,
d'examiner les ouvrages intérieurs et les dehors qui le
complétaient éventuellement. On fera observer, comme on
l'a fait pour le bastionné, que ces ouvrages ont surtout un
intérêt historique et qu'ils ont aujourd'hui perdu leur im-
portance et leur valeur.

Ouvrages intérieurs

De même que le tracé bastionné, le tracé polygonal peut


comporter, comme ouvrages intérieurs : les cavaliers et les
retranchements intérieurs.

Cavalier. — Les cavaliers sont identiques à ceux dont


on a parlé dans l'étude du front bastionné et peuvent être
placés en un point quelconque du front.
Le plus souvent, cependant, on les installe aux saillants
mêmes, et leurs crêtes sont alors : soit parallèles, ou à peu
près, à celles du corps de place dont elles redoublent l'action
lointaine ; soit perpendiculaires à la capitale du saillant, de
manière à battre le secteur privé de feux.
On peut aussi les mettre au milieu du front,, derrière la
caponnière, lorsque celle-ci est détachée du corps de place;
ils servent, ainsi à masquer la trouée qui y est produite. On
trouvera, dans le chapitre suivant, des exemples de ces deux
dispositions qui, pour les raisons exposées précédemment
(page 344), n'ont plus actuellement qu'une efficacité dis-
cutable.

Retranchement intérieur. — Le but de ces retran-


chements est, ainsi que cela a déjà été spécifié (V. chap.
XXIII, page 345), d'isoler l'ennemi qui s'est emparé d'un
TRACÉ POLYGONAL 375
point de l'enceinte et d'arrêter ses progrès à l'intérieur de
la place*. On sait également que ces ouvrages dont, par rai-
son d'économie, on n'avait jamais fait grand emploi, ont
aujourd'hui perdu toute valeur.
Lorsqu'on y avait recours, leur emplacement était natu-
rellement marqué au saillant, ou en arrière de la capon-
nière, c'est-à-dire en des points dont l'ennemi cherchait à
s'emparer.

Dehors

Les dehors dans le tracé polygonal sont moins nombreux


que ceux du tracé bastionné, ce sont : le ravelin et son
réduit, les couvre-faces, les chemins couverts, les places
d'armes saillantes et rentrantes avec leurs réduits.

Ravelin. —En vue de donner au tracé polygonal les


avantages que possède le tracé bastionné, c'est-à-dire d'avoir
des feux croisés très puissants devant chaque saillant, on a
eu l'idée de placer en avant de la caponnière, au milieu du
front, un ouvrage ayant la forme d'un redan et jouant le
même rôle que la demi-lune dans le tracé bastionné. Cet
ouvrage est le ravelin.
Comme la demi-lune, il peut avoir des flancs ou se réduire
simplement à un redan. Son fossé communique avec celui
du corps de place, ou, du moins, une même contrescarpe
les entoure. Pour le flanquement de ce fossé, on emploie :
soit des casemates placées à l'extrémité des faces du ravelin,
soit une brisure de la crête. La dispositionadoptée constitue,
avec la forme de la caponnière, la raison principale des diffé-
rences qui existent entre les tracés polygonaux. On en verra
des exemples dans ce qui va suivre.
Le ravelin est doublé quelquefois d'un réduit ayant ou
non ses faces parallèles à celles de l'ouvrage principal et
disposé comme le réduit de demi-lune. Le plus souvent,
quand la caponnière est munie d'une tête en forme de rédan,
376. 2e PARTIE FORTIFICATIONPERMANENTE
cette tête est organisée en parapet défensif et constitue le
réduit de ravelin.

Couvre-faces. •— On a vu que, dans le front bastionné,


pour garantir l'escarpe du corps de place, on installait
quelquefois une contre-garde dans le fossé, c'est-à-dire un
second parapet ayant ses faces parallèles à celles du bastion
dont il redouble les feux. L'ouvrage tout à fait semblable à
la contre-garde se nomme ici couvre-faces ; on en verra un
exemple dans la fortification de Carnot appliquée au fort
Alexandre (fig. i°3, page 382 bis).

— Dans le
Chemin couvert. système polygonal, le
chemin couvert est organisé de la même manière que dans
le système bastionné ; il suit le tracé du corps de place et
du ravelin, avec une disposition en crémaillère ou en cro-
chets autour de chaque traverse, comme on l'a vu précé-
demment (page 336).

Places d'armes saillantes et rentrantes. — Le


tracé général du chemin couvert autour du corps de place
et du ravelin a pour effet de produire à chaque saillant un
élargissement du terre-plein qu'on nomme place d'armes
saillante et qui peut servir aux rassemblements.
Dans l'angle rentrant formé par le ravelin et le corps de
place, on brise la crête du chemin couvert de manière à pro-
noncer un saillant dans l'intérieur de cet angle et à obtenir
une nouvelle place d'armes, qui porte le nom de place
d'armes rentrante.

Réduit de place d'armes. — A l'intérieur de la place


d'armes rentrante, on a placé parfois un réduit comme on
l'a fait dans le tracé bastionné, afin d'y maintenir le défen-
seur quand l'assaillant s'est emparé du saillant du chemin
couvert. On pourrait organiser cet ouvrage d'une manière
identique au réduit de place d'armes du tracé bastionné ;
TRACÉ POLYGONAL 377
mais, comme la plupart de ceux qu'on a construits l'ont été
à l'étranger, où d'autres idées dominent, on leur a donné le
plus souvent des tracés circulaires formés par une série de
bâtiments voûtés, accolés les uns aux autres et munis de
façades percées de créneaux, à travers lesquels les défen-
seurs peuvent couvrir de feux le terre-plein de la place
d'armes.

Communications. — Eu égard à la très


grande variété
que présentent dans leurs détails les principaux ouvrages
du système polygonal actuellement existants, les communi-
cations ménagées à l'intérieur des uns et des autres sont
disposées de manières si différentes qu'il est impossible
d'en faire une description offrant quelque caractère de géné-
ralité. On verra, du reste, dans le chapitre suivant, en étu-
diant les principaux fronts de ce système, comment, dans
chacun d'eux, sont établies ces communications intérieures.
Il doit donc suffire de faire remarquer ici que, dans les
fronts polygonaux, qui comportent l'existence de nombreux
locaux voûtés, et sont tous de construction relativement ré-
cente, les communications sont mieux couvertes que celles
du système bastionné, et qu'elles se font le plus souvent
sous des voûtes à l'épreuve de la bombe*
CHAPITRE XXVI

ÉTUDE DE QUELQUES TRACÉS POLYGONAUX

Historique. — Vers la fin du dix-huitième siècle, un


officierde cavalerie, le marquis DE MONTALEMBERT, après avoir
formulé un certain nombre de critiques contre les fortifica-
tions de son temps, proposa pour les remplacer un système
de constructions différant essentiellement de toutes celles
que l'on avait élevées jusqu'alors, et procédant d'un prin-
cipe entièrement nouveau. Inspirées peut-être des travaux
de FILLEY, de LA CHICHEet de quelques constructions ou
essais de construction de divers auteurs allemands, les pro-
positions de Montalembert en étaient du moins, bien cer-
tainement, séparées de toute la distance qui existe entre un
projet raisonné, nettement formulé, et l'énoncé nuageux de
quelques idées vagues présentant tout le caractère d'une
utopie. Une lutte ardente s'engagea bientôt entre les parti-
sans, peu nombreux en France, du marquis de Montaicm-
bert et les ingénieurs de l'époque, défenseurs énergiques de
la fortification bastionnée. Cette discussion mit en lumière
le mérite des travaux de Montalembert, origine évidente et
incontestable du tracé polygonal qui domine actuellement
dans la fortification des divers Etats militaires de l'Europe.
Montalembert reprochait à la fortification bastionnée :
i° la mauvaise direction de ses faces et de ses flancs, qui ne
voient pas le terrain des attaques ; 1° la position rentrée de
sa courtine, qui lui enlève la plus grande partie de son
action lointaine; 3° le manque d'abri sous les remparts et
surtout le peu d'artillerie qu'on y pouvait installer.
ÉTUDE DE QUELQUESTRACÉSPOLYGONAUX 379
Comme remède, il proposa tout d'abord un tracé tenaillé,
dans lequel les angles rentrants étaient de 900, et qu'il dési-
gnait en conséquence sous le nom de tracé perpendiculaire.
Les faces étaient garnies de plusieurs étages de voûtes en
maçonnerie destinées à recevoir du canon, et le flanque-
ment des fossés était assuré par des casemates placées dans
l'angle rentrant. Ce projet était irréalisable, pour plusieurs
raisons : d'abord, les faces en étaient plus mal dirigées: en-
core, plus enfilables et plus profondes que celles du tracé
bastionné; en second lieu, les constructions en maçonnerie
dont elles étaient formées n'auraient pu résister au tir-de
l'artillerie, si faible qu'il fût à cette époque, parce qu'elles
n'étaient pas protégées par de la terre; enfin, cette fortifi-
cation eût exigé une beaucoup trop nombreuse garnison.
Les secondes propositions de Montalembert, celles qu'on
désigne habituellement sous le nom de Fort-Royal et de
front de Cherbourg, sont du pur tracé polygonal. Le corps
de place est en ligne droite, suivant le côté extérieur ; et les
fossés sont flanqués par une véritable caponnière établie
sur le milieu de ce côté.
Il restait encore, sans doute, à perfectionner certains
détails, ceux, par exemple, ayant trait à la construction,
qui laissaient, beaucoup à désirer dans ces premiers essais ;
mais c'était déjà, à proprement parler, le système polygonal
tel qu'on le définit aujourd'hui, et le mérite de l'avoir ima-
giné revient bien tout entier au marquis de Montalembert,
car il n'existe absolument rien d'analogue dans aucun des
ouvrages édifiés, avant ses dernières propositions, par les
différents ingénieurs allemands auxquels on a voulu en
attribuer la paternité.
Le célèbre CARNOT, ingénieur français contemporain de
Montalembert, vint bientôt après apporter aux propositions
de ce dernier ce qui leur avait manqué jusque-là, ce que
pouvait seul donner un officier ayant construit, défendu et
attaqué des places fortes : l'expérience d'un ingénieur mili-
taire.
380 2e PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE
Les reproches qu'il adressait à la fortification de son
temps portent sur douze points principaux, parmi lesquels
on retiendra : le manque d'abris, l'absence de retranche^-
ments intérieurs, l'insuffisance d'artillerie sur les remparts,
la difficulté que le défenseur éprouve à se porter au dehors
en passant par les sorties du chemin couvert et, enfin, l'in-
convénient que présentent les escarpes attachées d'entraî-
ner le parapet dans leur chute, ce qui a .pour effet de com-
bler le fossé et de donner à l'ennemi une rampe d'accès
dans l'ouvrage.
Carnotne propose pas de tracé particulier, mais il apporte
aux tracés bastionnés existants, ainsi qu'aux tracés tenaillés
et polygonaux de Montalembert, les perfectionnements que
lui suggère l'examen de leurs défauts. Ce qui caractérise
son système, c'est le profil qu'il préconise, dans lequel:
l'escarpe est détachée du parapet et percée de créneaux
avec un couloir de surveillance en arrière, et la contres-
carpe remplacée par un talus en pente assez douce, dit
talus à contre-pente, permettant au défenseur de sortir de
son enceinte par un grand nombre de points à la fois.
Pour rendre à l'escarpe la protection que lui enlève cette
disposition de la contrescarpe, Carnot enveloppe tout son
corps de place d'un couvre-faces terminé vers la place par
un mur et comportant un profil défensif. L'application du
profil et du tracé de Carnot fut faite exactement par les
Allemands au fort Alexandre, à Coblentz (Voir fig. i83,
page 382 bis.)
Carnot imagina aussi de placer des caves à mortier au
saillant de chaque ouvrage, derrière l'escarpe, afin de cou-
vrir de feux les abords de ces points vulnérables. L'idée
était fort ingénieuse et a reçu depuis de nombreuses appli-
cations en Allemagne ; mais l'auteur en avait exagéré le
développement jusqu'à démontrer, par le calcul, qu'en
moins de dix jours il pouvait, à l'aide de ces caves à mortier,
détruire l'armée assiégeante jusqu'au dernier homme.
Quelles que soient les exagérations que Montalembert et
ÉTUDE DE QUELQUES TRACÉS POLYGONAUX 381
même Carnot aient pu apporter dans leurs propositions,'-il.
leur reste la gloire d'avoir créé un nouveau système de foe>
tification qui a pris depuis une extension bien justifiée. De
leur vivant, leurs idées sur ce sujet lurent constamment
repoussées en France ; mais elles trouvèrent, en Allemagne,
un accueil plus favorable et reçurent leur application dans
tous les ouvrages construits, depuis le commencement du
dix-neuvième siècle, par les ingénieurs militaires de ce
pays. Il a fallu la guerre de 1870 pour les introduire chez
nous, où elles ont maintenant droit de cité. L'examen de
quelques places étrangères va montrer d'ailleurs que, si les
ingénieurs allemands ont appliqué dès son début le système
polygonal, ils en ont, souvent altéré la simplicité primitive,
et, que leurs travaux ne procurent, pas plus que les nôtres
de la même époque, la protection indispensable aujourd'hui
aux maçonneries, aux hommes et aux pièces en batterie
sur les remparts.

Tracé du fort Alexandre, à Coblentz

Ce tracé offre un exemple de l'application à peu près


complète des propositions de Carnot au front polygonal.
Le côté extérieur a 420 mètres environ et, le corps de place
affecte une forme analogue au tracé bastionné, mais avec
une profondeur moindre et des flancs formant avec les faces
un angle très ouvert (Voirfig. i83, page 382 bis).
Devant la courtine, est placée la caponnière. Elle est
détachée du corps de place, avec lequel elle communique
par une poterne placée en capitale et débouchant dans le
fossé, qu'on est obligé de traverser pour pénétrer dans
l'ouvrage. La tête de la caponnière figure un saillant que
flanquent des casemates basses placées sur les flancs du
corps de place.
Les constructions de la caponnière forment tin bâtiment
•A\QCcour intérieure élevée de 2 mètres au-dessus du fond
382 2e PARTIE-— FORTIFICATION
PERMANENTE
du fosse. Les casemates sont à deux étages occupés par les
pièces de flanquement, avec Un sous-sol servant de maga-
sin. Une couche de terre de 5o centimètres recouvre l'en-
semble de ces locaux, dont la partie supérieure est à 2m5o
au-dessous des crêtes du corps de place et à iom 5o au-des-
sus du fond du fossé.
Un ravelin entoure la caponnière ; ses crêtes sont à
3 mètres au-dessous de celles du corps de place, et son
fossé est flanqué par une batterie basse appuyée à l'extré-
mité des faces.
Un couvre-faces enveloppe le corps de place. Son fossé
est battu par une casemate logée dans la face du ravelin et
analogue à celle qui flanque la tête de caponnière. Tous les
fossés ont environ 2o à 22 mètres de largeur.
Les glacis en contre-pente (de Carnot) qui existaient pri-
mitivement ont été supprimés et remplacés par un chemin
couvert avec contrescarpe maçonnée. La crête du chemin
couvert a un relief de 2m5o au-dessus du terrain naturel.
Dans les places d'armes saillantes se trouvent des block-
haus, réduits entourés d'un petit fossé, qui donnent au
défenseur un dernier point d'appui dans l'ouvrage.
Sur le corps de place, le ravelin et le couvre-faces, exis-
tent des escarpes détachées, séparées du parapet par un
chemin de ronde, dont le flanquement est assuré par de
petits blockhaus placés dans les saillants, derrière l'es-
carpe. Ce chemin de ronde contourne, par derrière, les
casemates établies dans le parapet et destinées à flanquer la
tête de caponnière et le fossé du couvre-faces.
Les murs qui terminent la gorge du ravelin et du couvre-
faces sont doublés d'une galerie donnant des feux de revers
dans le fossé du corps de place et servant en même temps
de débouché aux galeries de mines dont l'ouvrage est
pourvu.
Enfin, aux saillants du corps de place et du ravelin, se
trouvent : sur la crête, des batteries couvertes destinées à
recevoir des pièces battant au loin le terrain extérieur ; et,
—Tracé
183. du du(^).
Échelle
Alexandre.
fort
Fig.
1
S:

2
a
o
w
CD

P.
co
eo
fcQ
5"
ÉTUDE DE QUELQUESTRACÉS POLYGONAUX 383
sur le sol naturel, des caves à mortier tirant par-dessus le
parapet.
En résumé, d'après les remarques ci-dessus, les maçon-
neries des escarpes sont assez bien couvertes, mais celles
de la caponnière et des diverses batteries flanquantes le
sont fort peu, en raison de leur disposition même et de leur
situation à l'extrémité de fossés qui permettent à l'artillerie
ennemie de les battre sur toute leur hauteur.

Front de Koenigsberg ou front néo=prussien

L'aspect général de ce tracé, tel que le représente la.


figure 184 (page 384 bis), est celui d'un tracé bastionné;
mais il faut remarquer que la portion d'enceinte qui y est
figurée est comprise entre les saillants de deux ravelins et
comporte deux caponnièrès. Le front proprement dit, c'est-
à-rdire la portion flanquée par un seul ouvrage, se rapproche
davantage delà forme habituelle du tracé polygonal. Néan-
moins, la figure 184 montre que le système polygonal, muni
de ses différents dehors et affecté de certaines brisures de
crêtes, offre, quant à la direction générale des parapets,
d'assez frappantes analogies avec le tracé bastionné.
Le front, envisagé comme la partie flanquée par une seule
caponnière, est tracé sur un côté extérieur de 64o mètres
environ; le corps de place suit le tracé du côté extérieur
sur une longueur de no mètres à partir de chaque saillant
et sur 200 mètres au milieu du côté ; la partie intermédiaire
est brisée de manière à présenter une petite crête de 20 mè-
tres destinée à flanquer les fossés du ravelin.
La caponnière est, détachée du corps de place ; elle est
couverte par un ravelin faisant saillie de i4o mètres sur le
côté extérieur et dont les faces viennent ficher à la même
distance du saillant. Ces faces ont n5 mètres de longueur
et sont terminées par de petits flancs de 4o mètres parallèles
à la capitale, qui peuvent tirer dans le fossé du corps de
384 2 e PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE
place et lui donner de la sorte un flanquement par les
crêtes.
L'ouvrage est entouré d'un chemin couvert avec places
d'armes rentrantes et tracé général en crémaillère.
La portion d'enceinte établie au saillant et formant une
sorte de bastion a un commandement de 11 mètres au-
dessus du sol, tandis que la partie moyenne de l'enceinte,
ainsi que le raArelin, sont élevés seulement de gm 5o. On
remarquera, d'ailleurs, que, le corps de place étant, inter-
rompu dans la partie située en arrière du ravelin, il n'y a
aucun inconvénient à. donner le même relief à ces deux
ouvrages. Le chemin couvert a 5 mètres ou 5m5o de relief;
le fossé a 4 mètres de profondeur,
Les caponnièrès indiquées sur la figure i&!±(page 384 bis)
sont de deux sortes. L'une, celle de gauche, affecte la
forme d'un fer à cheval et possède une cour intérieure; elle
est séparée du fossé et du massif des terres du ravelin par
un fossé diamant de 4 mètres de large, flanqué par un mur
crénelé dans sa partie rectiligne et par de petits blockhaus
sur la portion arrondie. Le bâtiment est à trois étages de
voûtes ; les deux étages supérieurs reçoivent du canon et
l'étage inférieur de la mousqueterie seulement. Il est sur-
monté d'un massif de terre qui lui donne un relief général
de 11 mètres au-dessus du sol. A chaque extrémité des
branches du fer à cheval, se trouve une sorte de terrasse
entourée de murs dépassant le massif des terres de im5o
environ; établi dans cette espèce de tourelle, le défenseur
peut surveiller très efficacement la plate-forme supérieure
delà caponnière. La cour intérieure est fermée par un mur
crénelé, qui permet d'isoler l'ouvrage du corps de place et
en forme une sorte de réduit.
La seconde caponnière, celle de droite, est. plus simple-
ment disposée. Elle consiste en un flanc retiré du ravelin,
dans lequel est installé un bâtiment casemate à trois étages
de feux, mais d'une dimension beaucoup plus restreinte
que la grande caponnière en fer à cheval. Afin d'isoler les
> — Front de
Enceinte
Kcenigsberg.
s; 184.
Fig. néo-prussien.

l—'
O
&
CD

_ de au du
Échelle
saillant. (^.
184bis. du
Profil
corpsplace
Fig.
(11.5c)


co
I
g:
co'
ÉTUDE DE QUELQUES TRACÉS POLYGONAUX 385
défenseurs établis dans la batterie flanquante et dans le
ravelin, on a fermé la gorge de ce dernier par un mur cré-
nelé affectant un tracé demi-circulaire en sa partie médiane,
de manière à en couvrir l'entrée.
Le profil adopté pour ce front comporte une escarpe de
8m5o, attachée sur 3™5o et détachée sur 5 mètres de hau-
teur, avec un corridor de surveillance en arrière. Ce cor-
ridor, comme dans le front de Coblentz, contourne en
arrière la batterie casematée qui flanque les fossés du ra-
velin. Le fossé n'a pas de contrescarpe.
Les communications de ce front sont les suivantes : une
poterne, placée sous le parapet, conduit les défenseurs de
l'intérieur de la place dans le chemin de ronde, derrière la
batterie casematée. Pour se rendre dans le ravelin, on fran-
chit sur des ponts mobiles les retours du fossé diamant bor-
dant la caponnière. On se rend dans le fossé par un escalier
souterrain qui débouche dans un des flancs du ravelin et dont
la sortie sur le fossé se trouve dans la gorge de cet ouvrage.
On accède au chemin couvert par des rampes accolées à la
contrescarpe, derrière les places d'armes rentrantes.
Comme ouvrages particuliers, on peut remarquer une
traverse casematée pour canons, placée au saillant du ra-
velin et tirant sur la campagne, et des réduits-blockhaus
dans les places d'armes rentrantes.
L'ouvrage ainsi organisé, auquel on donne le nom de
front néo-prussien, est, celui que les Allemands ont cons-
truit, avec quelques modifications plus ou moins profondes,
dans leurs places de Stettin, Posen, Kcenigsberg, aux envi-
rons de 1860. A Posen, ils ont ajouté au saillant du ravelin
des caves à mortier comme en préconisait Carnot; mais ces
dispositifs n'ont pas, été maintenus dans la place de Kcenigs-
berg, construite la dernière. A Stettin (1862-1863), le corps
de place est, continu ; les parties environnant les saillants
affectent plus fortement, l'allure bastionnée et, dominent le
resté de l'enceinte; la caponnière, en fer à cheval, est atta-
chée au corps de place, au milieu de la courtine.
MANUEL DUFORTIFICATION 15
386 2e PARTIE PERMANENTE
FORTIFICATION
Qn peut remarquer que l'escarpe de ces ouvrages est très
mal couverte contre les coups de l'artillerie, surtout dans
la partie Aroisine de l'angle rentrant formé par le ravelin et
le corps de place. A la vérité, il existe en ce point une sorte
dé glacis-masque de forme triangulaire, mais sa hauteur
est insuffisante pour défiler les maçonneries. La même
observation s'applique à. l'énorme massif de terres et de
murailles formé parla caponnière, qui se trouve fort exposé
aux coups de l'artillerie et dont la destruction pourrait faci-
lement avoir lieu de loin, ce qui supprimerait tout à fait le
flanquement au moment de l'assaut. Là seconde disposition
de caponnière sous les flancs retirés du ravelin est mieux
garantie contre la destruction.
Cet examen des derniers ouvrages construits en Alle-
magne avant la guerre de 1870 montre que les dispositions
employées dans ce pays n'étaient pas mieux que les nôtres
en mesure de résister à l'artillerie de cette époque.

Front polygonal en site aquatique ou Front d'Anvers

Ce nouvel exemple montre les modifications que subit le


tracé polygonal en s'adaptant à un site aquatique ; il est
emprunté aux ouvrages construits à Anvers, en 1860, par
le général BRIALMONT.
Le côté extérieur (fig. i85, 186 et 187, page 387 bis) a
1 000 ou 1 100 mètres dé longueur, et le corps de place en
suit le tracé sur la plus grande étendue. Au milieu,.cepen-
dant, se trouve une sorte de courtine reliée par deux flancs
inclinés, en arrière de laquelle règne la crête d'un grand
cavalier central ; mais la direction générale du corps de
place est continuée par deux branches que forme le parapet
de la caponnière.
Ce dernier ouvrage, établi au milieu du côté, se compose
de deux bâtiments casemates séparés.par une cour inté-
rieure et contenant chacun quatorze pièces. Ils sont recou-
ÉTUDE DE QUELQUES TRACÉS POLYGONAUX 387
verts d'un puissant massif dé terre dans lequel on a entaillé
un parapet d'artillerie donnant un second étage de feux
dans le fossé. Ce parapet se.retourne le long du côté exté-
rieur, suivant deux crêtes dirigées perpendiculairement aux
faces de la caponnière et prolongeant le corps de place.
L'organe flanquant est entièrement isolé par un fossé plein
d'eau, qui communique avec le grand fossé et peut être
franchi sur deux ponts. La tête de la caponnière est sail-
lante ; elle est flanquée par les crêtes réunissant la courtine
au corps de place et par des batteries casematées établies
sous leur parapet.
Le relief du corps de place est de 10 mètres, celui du
cavalier de 13m 5o et celui du parapet de la caponnière de
7 mètres. La largeur du fossé A'arie de 46 mètres, près de la
caponnière, à 70 mètres, aux saillants.
Comme dehors, on remarque un ravelin assez ouvert et
entouré d'un fossé plein d'eau. Cet ouvrage est flanqué par
un retour de crête, à l'extrémité des faces, et par des batte-
ries basses placées sous le parapet de ce retour. Les crêtes
du ravelin sont brisées de manière à donner des feux de
flanc devant le corps de place; leur tracé affecte la forme
générale d'une lunette à angle saillant très ouvert, munie
de longs flancs redoublés. En aArant du saillant, une batterie
casematée donne des feux parallèles au côté extérieur.
Cet ensemble de dispositions est fort ingénieux : on ne
pouvait lui reprocher que la situation des batteries flan-
quantes du fossé qui les rend faciles à détruire par l'artillerie.
.A l'intérieur, se trouve un réduit séparé : du ravelin
même, par un fossé sec, et de la tête de caponnière, par un
fossé plein d'eau annexe du grand fossé. La crête suit le
tracé du fossé sec qui est flanqué par le corps de place situé
en arrière.
Un grand chemin couvert, affectant un tracé en crémaillère
devant le ravelin et donnant des places d'armes rentrantes,
enveloppe tous ces ouvrages. Son relief est de 2 mètres;
celui du ravelin en arrière est de 4 mètres, sauf la batterie
387bis Planche L

Tracé polygonal en site aquatique.

— Front d'Anvers.
Fig. 185.
du (g-fgg)
Échelle pour10mètres.
CTOOIS

Fig. 186. — Profil du corps de place. Échelle


du (j^g).

187. — transversalede la caponnière du (j^).


centrale.Échelle
Fig. Coupe
l~Si.cn) ____^__

</<?/.
7ïJ,rt/rtt,-i({
388 2e PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE
casematée placée au saillant qui est à 7m 5o au-dessus du
sol; le réduit du ravelin a 6 mètres de hauteur de crête.
Les communications sont les suivantes : on traverse le
corps de place sous des poternes ayant leur entrée dans le
talus intérieur du cavalier central, et on passe le fossé plein
d'eau de la caponnière sur des ponts mobiles. Si on veut se
rendre au ravelin, on suit les extrémités du massif de terre
formant corps avec l'organe de flanquement et, après avoir
franchi le fossé sûr un pont, on arrive sur une sorte de jetée
rattachée au massif du ravelin et permettant d'entrer dans
cet ouvrage ou dans son réduit, puisque les deux ne sont,
séparés que par un fossé sec d'une faible profondeur.
Enfin, pour aller dans le chemin couvert, on passe à l'ex-
trémité des faces du ravelin, derrière les retours destinés
au flanquement du fossé, et on pénètre dans la place d'armes
rentrante en passant sur un pont. Une sortie de chemin
couvert débouche, en face de ce pont, dans le parapet de la
place d'armes, et le passage est couvert par une levée de
terre.
Les progrès de l'artillerie laissaient encore, avant i885,
une grande valeur aux fronts d'Anvers; assurément, les
maçonneries des organes de flanquement étaient vulné-
rables et auraient assez mal résisté au canon; mais, grâce
à la précaution qui avait été prise de surmonter les case-
mates d'un puissant massif de terre formant parapet, on
pouvait flanquer les fossés par la mousqueterie, même après
la destruction de ces organes.
La disposition d'ensemble du front et des dehors est
d'ailleurs excellente; la forme du ravelin est particulière-
ment originale et remplit bien le but cherché, de flanquer
les abords du corps de place sans donner trop de profondeur
à l'ouvrage. Le profil du corps'de place et du ravelin, avec
escarpe à terre coulante et large fossé plein d'eau, est une
heureuse utilisation des forces naturelles du site et rend
toute cette fortification invulnérable à l'artillerie. Enfin, l'al-
ternance des fossés secs et pleins d'eau, entre les différents
ÉTUDEDE QUELQUESTRACÉSPOLYGONAUX 38g
dehors, a pour effet de rendre les cheminements plus diffi-
ciles et contribue à renforcer la position. Le massif des
terres du cavalier est utilisé pour loger des abris casemates.

Tracé polygonal appliqué aux forts de 1870 à 1885

Les ouvrages construits, tant en France qu'à l'étranger,


de 1870 à i885 consistent surtout en forts détachés entou-
rant les places fortes, ou en forts d'arrêt servant à garder
les points de passage importants.
L'élude qui sera faite plus loin (chap. XXXIet suivants),
de l'organisation des places de cette époque, montrera les
conditions que devaient remplir ces ouvrages. Il suffit de
signaler ici, dès maintenant, qu'en principe, on s'efforçait
de réduire leurs dimensions autant que possible, ce qui
conduisit à y appliquer presque exclusivement le tracé
polygonal.
Les forts étant surtout, établis pour exercer une action
lointaine, il n'y a pas lieu d'y placer de dehors, et le tracé
est, réduit à ses formes les plus simples, comme l'indique la
figure 187 bis (page 3go bis).
Les fronts sur lesquels ce tracé s'applique ont en général
une étendue de 200 à 3oo mètres au maximum, souvent
même très inférieure à ce chiffre ; mais ils pourraient être
beaucoup plus grands sans que le tracé perdît aucune de
ses propriétés.
La caponnière (fig. 174, page 36-2 bis) est toujours atta-
chée au corps de place et formée d'un seul ensemble de
locaux casemates placés sous le même massif de terre. Le
plus souvent, le front est brisé en dehors, afin d'avoir deux
directions pour les faces des forts et de mieux battre le ter^
rain avoisinant; aussi la caponnière est-elle établie sur un
saillant. Elle contient trois ou quatre pièces au plus de
chaque côté; ces pièces sont protégées en avant par des
visières, lorsqu'on craint les coups d'enfilade pour le fossé.
3gO 2° PARTIE — FORTIFICATIONPERMANENTE
Une galerie de flanquement entoure la tête de capon-
nière, de manière à battre le fossé qui la sépare de la con-
trescarpe, fossé dont la largeur est réduite à 8 ou même à
6 mètres pour mieux protéger les maçonneries. Cette galerie
flanquante se prolonge latéralement par un orillon qui
couvre les faces de l'ouvrage. Le fossé étant profond, 8 à
9 mètres en moyenne, et la caponnière établie seulement
pour un étage de feux, on arrive de celte manière à défiler
les maçonneries à une inclinaison extrêmement forte, i/4
et même plus. .
La caponnière communique à l'intérieur de l'ouvrage par
une poterne placée sous le rempart ; un- fossé diamant
règne devant les faces.
Parfois, des casemates sont, établies dans la contres-
carpe et communiquent avec la caponnière, soit par une
poterne placée sous le fossé, soit par une porte débouchant
au fond de ce fossé, dans lequel on peut se rendre par une
des casemates de la caponnière ou par l'orillon qui prolonge
la galerie de tête.
Pour flanquer les abords de l'ouvrage, on dispose der-
rière l'escarpe une série de voûtes casematées pour tireurs.
La figure 174 (page 362 bis) montre l'ensemble de leur
disposition.
Le seul dehors conservé est le chemin couvert, qu'on
réduit même le plus souvent à un simple corridor de sur-
veillance, afin de mieux couvrir le mur d'escarpe.
Le profil habituel se rapproche de celui qui a été indiqué
au chapitre XXI, avec les modifications de détail l'appro-
priant à chaque cas particulier. On adopte l'escarpe atta-
chée ou l'escarpe détachée, suivant les circonstances; en
terrain de roc, la première est préférable; la seconde est
plus souvent appliquée, car elle est plus facilement cou-
verte.

On voit, d'après cela, que les ingénieurs, français ou


étrangers après 1870, ont réduit le tracé polygonal à ses
M.
Planche 39Gb!s

Elegianâdel. LiÛ.Berfier-L
SC''Nanc
ÉTUDEDE QUELQUESTRACÉSPOLYGONAUX 3gi
éléments essentiels, lui conservant ainsi tous ses avantages,
comme cela ressortira de la discussion qui sera faite dans
le chapitre suivant.

Tracé polygonal appliqué aux ouvrages postérieurs


à 1885

Comme dans la période précédente, les ouvrages cons-


truits depuis i885 consistent surtout en forts détachés ou
en forts d'arrêt. . ' .'
Les effets des obus-torpilles et des obus à mitraille ont
conduit à enlever des forts la plus grande partie de l'artil-
lerie de gros calibre et à mettre sous casemate ou sous tou-
relle les canons laissés dans les ouvrages. Les forts déta-
chés qui, avant 1885, étaient de véritables batteries, sont
devenus des points d'appui d'infanterie. Cette transforma-
tion du rôle qui leur est dévolu a permis d'apporter à leurs
dimensions, déjà réduites après 1870, ,une nouvelle réduc-
tion, imposée d'ailleurs parle prix élevé qu'atteignent les
constructions en béton et surtout les cuirassements.
Les forts construits actuellement sont donc, comparés
aux ouvrages antérieurs, de dimensions restreintes; en
outre, leur tracé est simplifié le plus possible pour réduire
le nombre des organes de flanquement des fossés.
La figure 188 (page 3g2) représente un type de fort qua-
drangulaire fréquemment adopté. On a quelquefois même
employé, pour le, tracé, la forme triangulaire, dans le but
de faire l'économie d'un coffre de contrescarpe (forts de
Namur, forts de Molsheim).
Dans le fort de la figure 188, le fossé de face et les fossés
de flanc sont flanqués par un coffre double et un coffre
simple, reliés entre eux et avec l'intérieur du fort par une
galerie de contrescarpe. Sur ces côtés, l'escarpe est à terre
coulante, renforcée par une grille, et la contrescarpe est en
béton. A la gorge, où c'est la contrescarpe qui est exposée

188.
Fig. f
de
Type ort à18S0.
postérieur.
coffre de F,
C,caponnière diamant:
lbs.seM,
gorge: cuirassé de
casemate
i ;ï.tourelle
laiiquemenl
A,coffre13, simple;
double; L.
observaloïrc
; et
m
lojeiueJifsagasins.
deux
pour de
cuuons
7; t
t,
Ô inîl.raîlieuscs
ourelles
pour ;O,
ÉTUDE DE QUELQUESTRACÉSPOLYGONAUX 3o3
aux coups directs, le profil est inversé ; l'escarpe est ma-
çonnée et la contrescarpe à terre coulante. Une caponnière,
faisant corps avec la caserne de gorge, flanque le fossé. On
pourrait aussi bien adopter pour la gorge le tracé pseudo-
bastionné, c'est-à-dire battre le fossé au moyen de deux
coffres d'escarpe.
La suppression de l'obstacle sur la contrescarpe de la
gorge a pour conséquence de permettre à l'assaillant de
descendre facilement, dans le fossé de gorge. S'il pouvait
passer, de là, dans les fossés des flancs, il franchirait sans
peine l'escarpe de ce fossé, parce qu'elle est à terre cou-
lante, et se trouverait dans le fort sans avoir rencontré aucun
obstacle. Il est donc indispensable d'interdire à l'ennemi de
passer du fossé de gorge au fossé de flanc; c'est dans ce but
qu'on dispose à la jonction des deux fossés un réseau de fil
de fer ou un fossé diamant.
Dans les forts actuels, le chemin couvert a disparu pres-
que toujours. On le considérait comme intenable, à moins
qu'il ne fût pourvu d'abris, et inutile, parce qu'on ne pensait
pas que la faible garnison des petits forts actuels pût tenter
une action extérieure, et qu'enfin le feu des défenseurs du
parapet devait suffire à battre les approches.
L'expérience du siège de Port-Arthur tendrait à faire
revenir sur cette opinion : on y a constaté en effet que pour
surveiller les abords immédiats d'un fort et, notamment,
pour empêcher l'ennemi de tenter la destruction, par la
mine, des coffres de contrescarpe, la présence d'un chemin
couvert était nécessaire. Il faudrait alors le munir d'abris à
l'épreuve et le relier à la gorge du fort par des communi-
cations couvertes.
Les ouvrages de fortification étant le plus souvent en-
tourés de réseaux de fil de fer, ceux-ci sont protégés pat-
un avant-chemin couvert.
CHAPITRE XXVII

DISCUSSION COMPARATIVE DES SYSTÈMES

BASTIONNÉ ET POLYGONAL

Les deux systèmes de fortification bastionné et poly-


gonal étant supposés connus dans leur ensemble, d'après
la description faite dans les chapitres précédents, on peut
maintenant essayer de les comparer et rechercher les causes
qui, après avoir fait adopter presque universellement le pre-
mier, ont amené à le modifier progressivement et à lui
substituer le second dans un très grand nombre de cas.

Le tracé bastionné, existant de fait avant lui, mais auquel


Vauban sut apporter des perfectionnements si importants
et si complets qu'il en est en quelque sorte le véritable
créateur, répondait pleinement, de son temps, au but que
l'on poursuivait.
La puissance de l'artillerie était alors relativement assez
faible ; l'obstacle matériel opposé par le rempart, était puis-
sant, difficile à détruire; pour s'en emparer, l'assaillant
était obligé d'y arriver par des cheminements, pied à pied,
et dès lors, la phase de la lutte où les adversaires se rencon-
traient, dans le voisinage immédiat de l'ouvrage, prenait
une importance considérable. Dans ces conditions, le flan-
quement des fossés, assurant au défenseur la possession des
abords de la place, avait une importance capitale, et il
était naturel de lui subordonner le tracé tout entier des
ouvrages. C'est pourquoi l'idée, si simple et certainement
DES SYSTÈMES
COMPARAISON BASTIONNÉ
ET POLYGONAL 3Q5
antérieure à Montalembert, de flanquer le fossé par un petit,
ouvrage placé à l'intérieur, fut très mal accueillie au début.
On ne pouvait admettre que la défense de ce fossé, princi-
pale préoccupation des ingénieurs militaires du dix-hui-
tièmè siècle et de leurs successeurs immédiats, reposât tout
entière sur un seul ouvrage, la « caponnière », dont la con-
servation était véritablement problématique. Les premières
propositions de tracé polygonal échouèrent donc devant
cette objection principale, que : si la caponnière venait à
être détruite, le défenseur serait dans l'impossibilité de sur-
veiller le fossé.
Avec le tracé bastionné, au contraire, alors même que les
faces et les flancs des bastions ont leurs escarpes ruinées
par le canon ennemi, et que les parapets sont réduits à des
masses informes de terre, il est toujours possible au défen-
seur de se creuser un logement dans les flancs, d'y installer
quelques tirailleurs et d'interdire à l'assaillant le passage
du fossé.
Aujourd'hui, cependant, il paraît bien difficile de conser-
ver intact un flanquement par les crêtes, après une lutte
d'artillerie aussi violente que celle à laquelle on doit s'at-
tendre.

D'autre part, le flanquement par le tracé conduit à briser


les crêtes d'une manière illogique pour l'action que l'ou-
vrage doit exercer sur le terrain en avant. Les flancs notam-
ment peuvent être placés vis-à-vis de points fort peu utiles
abattre; les faces sont infléchies sur le côté extérieur; la
courtine, rentrée et masquée par les dehors, n'aplus qu'une
action fort affaiblie.
En outre, la direction des faces les rend plus enfilables
que ne l'est le côté extérieur lui-même, et celle des flancs
les expose non seulement aux coups d'enfilade, mais encore
aux coups de revers. Toutefois, en ce qui concerne ce der-
nier danger, il faut remarquer que les flancs d'un front ne
peuvent être pris à revers que par les établissements de
3g6 2e PARTIE FORTIFICATION PERMANENTE
l'ennemi situés non pas en face de ce front même, mais
vis-à-vis des fronts collatéraux, ce qui entraîne l'assaillant
à étendre beaucoup ses travaux s'il veut battre de la sorte
les flancs attaqués.
Enfin, l'ensemble du tracé bastionné a certainement une
assez grande profondeur, ce qui est un inconvénient au
double point de vue de la dépense et de l'étendue du but
offert à l'ennemi.
Les partisans du tracé bastionné ont pu longtemps ré-
pondre, il est vrai, à ces critiques, dont ils ne pouvaient

Fig. 189.— Fort Léopold,à Rasladt.

méconnaître la justesse, que la plupart des constructions


élevées dans le système polygonal présentent la même pro-
fondeur et les mêmes brisures de crêtes que le tracé bas-
tionné, et que, si le tracé polygonal réduit à son expression
la plus simple est exempt de ces reproches, il n'en est pas
de même des travaux exécutés d'après ce système.
Il suffit, pour s'en convaincre, d'examiner, par exemple,
le tracé du fort. Léopold à Rastadt (fîg. i8y).
Ils en concluaient que le tracé théorique, réduit à sa plus
COMPARAISON
DES SYSTEMES ET POLYGONAL3g7
BASTIONNÉ
simple expression, ne répond pas suffisamment à ce qu'on
doit attendre d'une fortification, puisque les ingénieurs qui
l'ont appliqué se sont crus obligés d'y apporter ces modifi-
cations.
Comme toujours, la vérité est entre les deux opinions
extrêmes.
D'une part, on peut fréquemment, en utilisant les dispo-
sitions du sol sur lequel est établi un front bastionné, mo-
difier suffisamment la direction des faces et des flancs pour
obtenir du même coup un flanquement efficace et une action
puissante sur le terrain extérieur. D'autre part, il n'est pas
besoin de donner au tracé polygonal toutes les complica-
tions que l'on rencontre dans lès constructions allemandes
de la première moitié du dix-neuvième siècle, pour lui
assurer toutes ses qualités.

En second lieu, la nature des feux de flanquement cons-


titue une différence essentielle entre les deux tracés. Dans
le bastionné, les feux partent d'une crête relativement
élevée et sont par conséquent plongeants ; dans le poly-
gonal, ils partent de la caponnière et sont rasants par rap-
port au fond du fossé.
Les partisans du système bastionné font valoir que les
feux plongeants ont un effet moral plus grand sur l'en- .
nemi ; ceux du système polygonal, que les feux rasants sont
plus efficaces. A cela, les premiers répondent qu'il suffit
d'un assez faible éboulement de terres ou de maçonnerie
pour arrêter complètement ces feux rasants et laisser, par
suite toute une portion du fossé en angle mort, et que celte
circonstance se produira notamment sur les fronts où l'en-
nemi aura fait brèche, c'est-à-dire précisément sur ceux
qu'il importe essentiellement de conserver. Alors, disent les
« polygonaux », les
banquettes découvertes des flancs sont,
tellement difficiles à habiter que le flanquement des fossés
par des feux partant de cette partie des bastions peut éga-
lement être considéré comme d'une faible efficacité. Moins
3g8 2e PARTIE FORTIFICATIONPERMANENTE
difficiles qu'on pourrait le croire, répondent leurs adver-
saires, car le flanquement est surtout nécessaire lors de
l'assaut, et à ce moment l'assaillant est bien obligé d'inter-,
rompre son feu, s'il ne veut tirer sur ses propres troupes.

Le troisième point sur lequel porte la discussion est


l'étendue qu'on peut donner au côté intérieur. Ici, tout
l'avantage est au tracé polygonal, et c'est là une des raisons
déterminantes qui ont conduit à son adoption dans les
constructions modernes.
Dans le tracé bastionné, en effet, les deux lignes de
défense en avant des flancs se recroisent sur une étendue
égale à la moitié de la courtine, et les feux partant des deux
crêtes doivent passer au moins à 5o centimètres ou i mètre
au-dessus du fond.du fossé. Il résulte de là, comme on l'a
déjà vu (page 326), qu'il y a, pour la longueur de la cour-
tine, une limite inférieure, facile à calculer et Aroisine de
120 mètres avec les dimensions habituelles des profils. En
conséquence, le côté extérieur lui-même ne peut descendre
au-dessous d'un certain minimum qu'on a reconnu être
d'environ 200 mètres. D'autre part, les lignes de défense
se recroisant devant la courtine, on perd sur chacune d'elles
une longueur égale à la moitié de cette crête, et, par suite,
le tracé bastionné ne peut s'appliquer à des côtés extérieurs
ayant plus de 8oo ou 900 mètres, même en donnant à la
ligne de défense son développement maximum de 000 à
600 mètres.
Avec le tracé polygonal, au contraire, on peut : d'une
part, diminuer à volonté le côté extérieur, puisque les feux
de flanquement sont rasants, et, de l'autre, porter sa lon-
gueur jusqu'à 1 000 et même 1 200 mètres, en plaçant la
caponnière au milieu du côté et en adoptant une ligne de
défense maxima. Ce tracé est donc incontestablement plus
maniable que le tracé bastionné, et, aujourd'hui surtout que
la plupart des constructions consistent en forts dont on
cherche à réduire les dimensions au minimum, tant pour
DES SYSTÈMESBASTIONNÉ
COMPARAISON ET POLYGONAL 3gg
diminuer l'étendue du but offert à l'ennemi que pour atténuer
la dépense, on l'y emploie d'une façon presque absolue.

La facilité d'application sur le terrain, quatrième point


important de la comparaison des deux tracés, a été très
diversement jugée par les différents auteurs (et ils . sont
nombreux) qui ont discuté la valeur relative des deux sys-
tèmes. A priori, il semble que le tracé bastionné, avec ses
brisures de crêtes, doive s'appliquer difficilement sur le ter-
rain, en conservant à toutes ses parties des inclinaisons
convenables pour défiler les défenseurs. L'expérience prouve
cependant le contraire, et cela s'explique aisément si l'on
réfléchit que, dans les' limites encore assez étendues (25o à
800 mètres) imposées au côté extérieur, on trouve le plus
souvent sur la surface du sol deux points un peu plus élevés
que ceux qui les environnent, sur lesquels on établit les
bastions, tandis que la courtine occupe la partie basse du
terrain intermédiaire. Aussi les défenseurs du système bas-
tionné pouvaient-ils dire que ce tracé était d'une application
facile en raison des crêtes nombreuses et relativement
courtes qu'il comporte. Ils soutenaient alors que les longues
lignes droites du tracé polygonal trouvent au contraire fort
difficilement un emplacement sur lequel elles peuvent s'é-
tendre sans avoir bientôt des inclinaisons dangereuses.
Cette dernière critique est évidemment peu fondée, en
raison des limites fort larges entre lesquelles il est loisible
de faire varier le côté extérieur, et l'on peut dire en somme
que les deux tracés sont d'une application aussi facile l'un
que l'autre, dans les proportions que chacun d'eux com-
porte, et qu'ils se marient également bien au terrain, lors-
que celui-ci a été convenablement étudié.

Le prix de revient ne donne pas non plus d'argument décisif


en faveur de l'un ou de l'autre de ces deux systèmes. On peut
en effet les simplifier suffisamment tous les deux, pour que
la différence entre la dépense à effectuer soit sans importance.
4oO 2e PARTIE '— FORTIFICATIONPERMANENTE
Il ne reste donc plus à examiner que le degré de résis-
tance offert par chacun aux effets destructeurs,'de l'artil-
lerie. Pour résoudre cette question, il faut évidemment
considérer deux ouvrages établis avec le même profil et
dans les mêmes conditions chronologiques, et non prendre
comme type de comparaison, dans le système bastionné, un
ouvrage de construction ancienne, dont les escarpes mal
défilées et la surabondance de dehors, créant des trouées
très défavorables à la conservation de ces maçonneries, sont
autant de défectuosités que l'on n'introduirait évidemment
pas dans une construction neuve.
Le système bastionné réduit au corps de place sans dehors
présente, vis-à-vis de la courtine, un élargissement du fossé
des plus dangereux pour l'escarpe. C'est afin d'en atténuer
les effets que l'on place une tenaille en cet endroit. Mais,
comme la protection donnée par ce petit ouvrage n'équivaut
pas à celle qui est assurée aux faces de bastion, il en ré-
sulte que les flancs, et même la courtine, sont, dans le voi-
sinage du sommet de l'angle formé par leurs crêtes, en
prise aux coups de l'artillerie dé l'attaque.
Dans le tracé polygonal, au contraire, le fossé entourant
la tête de la caponnière peut être réduit, suffisamment pour
que la.trouée produite en avant de l'escarpe soit insigni-
fiante. Le tracé polygonal présente donc un avantage sur
ce point.

Dans les deux systèmes, les communications peuvent


être également bien couvertes en les plaçant sous des po-
ternes; mais le tracé polygonal, présentant forcément des
locaux casemates, en rend évidemment l'établissement plus
facile, ce qui constitue pour lui un petit avantagé.
Le manque d'abris sur les remparts, que l'on a reproché
au front bastionné, n'est pas inhérent à ce tracé, mais aux
constructions élevées dans ce système, à des époques où il
n'y avait pas lieu de se préoccuper, comme aujourd'hui, de
cette importante question. On peut, sans aucune difficulté,
COMPARAISON
DES SYSTÈMES
BASTIONNÉ
ET POLYGONAL 4» I
établir des abris casemates dans la fortification bastionnée
et les garantir des coups de l'artillerie ennemie, dans les
mêmes conditions que dans la fortification polygonale.
Celle dernière n'a donc de ce chef aucun avantage.

Pour bien saisir la valeur des arguments mis en avant-


dans la discussion qui précède, il est essentiel de se reporter
à l'époque, vieille à peine d'un quart de siècle, à laquelle ils
se rapportent, c'est-à-dire antérieurement à l'apparition des
nouvelles substances explosibles.
La question s'est déplacée depuis lors; on verra plus
loin que l'ouvrage de fortification ne forme plus qu'une
partie, fort importante il est vrai, de l'ensemble des défenses
d'une position. La nécessité de séparer l'artillerie des rem-
parts de la fortification, pour assurer la conservation de
ces derniers, oblige à créer des batteries autour de l'ou-
vrage, et l'ensemble de tous ces travaux, se. prêtant un
mutuel soutien, constitue l'organisation, défensive de la po-
sition. L'ouvrage fortifié, réduit au rôle de point d'appui, n'a
plus que des dimensions aussi restreintes que possible, pour
diminuer.sa vulnérabilité et ses formes se simplifient con-
sidérablement.
Dans ces conditions, il semble à peu près impossible
d'utiliser dans l'avenir le tracé bastionné et les brisures
compliquées de ses crêtes, mais, en revanche, l'organe spé-
cial destiné à flanquer les fossés ne ressemble que bien peu
aux anciennes caponnièrès qui. ont été précédemment
décrites. , . '...''
Il a paru nécessaire cependant de rappeler avec quelques
détails la discussion entre les tracés bastionné et potygonal,
parce qu'elle a été, durant de longues années, l'objet prin-
cipal des polémiques entre les ingénieurs et qu'elle fait res-
sortir le mode d'emploi ides armes dans le but particulier
du flanquement. •-...

DUFORTIFICATION
MANUEL 26
CHAPITRE XXVIII

ORGANISATION INTÉRIEURE DES OUVRAGES

PENDANT LA PÉRIODE DE 1870 A 1885

Quel que soit le système adopté pour le flanquement du


fossé et le tracé de l'enceinte, les ouvrages de fortification
présentent un certain nombre de dispositions intérieures
destinées à faciliter le service des hommes et des pièces qui
les occupent. Ces dispositions sont naturellement en rapport
avec la nature et la puissance des projectiles auxquels elles
doivent résister ; elles sont par suite semblables entre elles
dans les divers ouvrages construits à la même époque, dont
elles marquent, pour ainsi dire, la caractéristique.
II convient, dès lors, d'étudier avec quelques détails
l'organisation intérieure des ouvrages de la période qui
prend fin en 1885, en raison de l'importance de cette der-
nière.
On passera successivement en revue les dispositions qui
se rapportent à l'organisation intérieure proprement dite, et
celles qui ont trait à l'installation de l'artillerie.

Défilement. — On a vu, dans l'étude de la-fortification


passagère, que pour défiler l'intérieur d'un ouvrage aux vues
et aux coups de l'ennemi, on disposait ses crêtes dans un
plan passant au-dessus des points les plus élevés du terrain
occupé par l'adversaire, points auxquels on a donné pour
cette raison le nom de points dangereux.
Les crêtes des ouvrages permanents doivent présenter exac-
ORGANISATION
INTÉRIEUREDES OUVRAGES 4°3
tement la même disposition. C'est pourquoi, ainsi qu'on l'a
déjà fait remarquer en étudiant, dans les chapitres précé-
dents, les divers tracés en terrain horizontal, les saillants des
bastions ou du corps de place, des demi-lunes et des chemins
couverts sont tenus à une cote supérieure à celle des extré-
mités de ces mêmes ouvrages, de manière à donner au
plan qui en contient les crêtes une direction ascendante vers
d'extérieur. Dans les fortifications construites en terrain
accidenté, on a soin de diriger de même le plan de ces crêtes.
Il peut donc arriver, par exemple, que la face et le flanc
droit d'un bastion, ou le côté droit d'un front polygonal,
soient plus éleA'és que la partie gauche, afin de défiler l'inté-
rieur de l'ouvrage d'un point dangereux situé sur la droite.
En se reportant au chapitre XVI, on comprendra aisé-
ment comment on détermine la cote des points principaux
de ces diverses crêtes.
On verra d'ailleurs, dans ce qui va suivre, que le défile-
ment aux vues des ouvrages permanents est obtenu, en
quelque sorte indirectement, à l'aide des dispositions prises
pour abriter les défenseurs des coups d'enfilade, dont la
direction est naturellement plus plongeante que celle des
rayons visuels partant des mêmes points.

Organisation des parapets. Traverses. — Lorsque


les ouvrages de fortification étaient surtout destinés à rece-
voir des bouches à feu, ils devaient être organisés de ma-
nière à pouvoir résister pendant la lutte d'artillerie qui
s'engageait entre ces pièces et celles de l'attaque. L'action
la plus efficace étant exercée sur le personnel et sur le
matériel d'artillerie lui-même, il convenait de chercher à
localiser les effets de l'explosion d'un projectile, en rédui-
sant autant que possible l'espace dans lequel pouvaient
pénétrer ses éclats.
On obtenait ce résultat en disposant, sur les banquettes
d'artillerie, des masses de terre transversales, nommées
traverses, qui divisent le parapet en un certain nombre de
4o4 2e PARTIE —• FORTIFICATIONPERMANENTE

compartiments. L'idée première de cette disposition appar-


tient à Vauban, mais elle a été considérablement développée
depuis.
Les figures igo, igi, ig2 (page 4o5) montrent la dispo-
sition d'une traverse; c'est un massif de terre, épais de
4 mètres au sommet, dépassant généralement la crête de
2 mètres à 2m 5o, terminé latéralement et en tête par des
talus à pente naturelle des terres (I/I ou 4/5). La traverse
s'arrête au pied du talus de banquette, afin de laisser libre
la circulation sur le terre-plein; elle est terminée sur cette
face par un mur vertical.
L'intérieur de la traverse contient le plus souvent un abri
voûté, en maçonnerie, de 4 mètres de large sur2m5o de
hauteur, dont la voûte a i mètre d'épaisseur. Il est destiné
à mettre à l'abri, à proximité du lieu de combat, les servants,
les munitions et même le matériel; à cet effet, il commu-
nique avec la banquette par un corridor suivi d'un escalier
placé le long du talus intérieur. Le débouché de celle petite
poterne se trouve naturellement du côté opposé à la direc-
tion des coups dangereux. Parfois, la traverse ne dépasse
pas la crête et, dans ce cas, ne contient pas d'abri voûté :
elle est alors dénommée pare-éclats.
Les traverses ainsi organisées ont le grave inconvénient de
signaler à l'ennemi l'emplacement des pièces et de lui servir
de points de repère ; aussi cherchait-on à les masquer par des
plantations. Cet inconvénient est devenu plus grave aujour-
d'hui, en raison de la précision du tir, et il paraît préférable
de n'avoir plus que des pare-éclats. Il faut observer aussi
que la voûte de l'abri n'offre qu'une résistance insuffisante
aux nouveaux projectiles, ainsi qu'il sera expliqué ci-après.
On plaçait, généralement une ou, au plus, deux pièces
entre-chaque traverse ; ainsi organisé, le rempart, ne pouvait,
recevoir qu'un petit, nombre de bouches à feu par rapport
au développement de ses crêtes; cet inconvénient, assez
grave autrefois, serait de peu d'importance aujourd'hui,
puisqu'on cherche à éloigner l'artillerie de, la fortification.
Fig. igo. — Traverseet pare-éclats.Plan.

Fig. igi. —.Traverseet pare-éclats.Vue perspective.

Fig. 192.— Couped'une traverse.


4o6 2e PARTIE FORTIFICATIONPERMANENTE
Parados. — Les ouvrages construits de 1870 à i885
consistent presque généralement en forts dont une ou plu-
sieurs faces sont diamétralement opposées à la direction de
l'attaque probable. Pour protéger ces parties contre les
coups de revers et même de dos, on disposait fréquemment
en arrière du parapet une forte masse de terre, parallèle à
ce dernier et destinée à arrêter les projectiles. La hauteur
de celte masse est déterminée par son éloignement du point
qu'elle doit couvrir et par la condition de garantir ce der-
nier contre les coups tombant sous la pente du 1 \l\. On lui
donnait une épaisseur de 6 mètres au sommet, qui serait
aujourd'hui insuffisante.
Dans les forts et ouvrages précités, on a le plus souArent
utilisé les parados pour y installer des poternes permettant
de circuler à couvert dans toute l'étendue de la fortification.
Ces poternes communiquent alors avec les abris du parapet
par d'autres poternes transversales, logées sous des tra-
verses, qui se réunissent au parados et que, pour ce motif,
on nomme traverses enracinées.

Des abris

Les dispositions précédentes (traverses, parados, etc.)


suffisent pour défiler les défenseurs contre les coups tom-
bant sous une inclinaison inférieure à celle du 1 /4, mais ne
sauraient les protéger contre leurs éclats. Elles sont égale-
ment inefficaces contre les projectiles lancés par les mor-
tiers et tombant sous des inclinaisons très voisines de la
verticale.
Pour se protéger contre ces derniers, on a reconnu, de
tout temps, la nécessité d'installer sur la fortification des
locaux voûtés, à l'épreuve de la bombe, donnant abri aux
hommes, au matériel ainsi qu'aux approvisionnements de
toute espèce.
Carnot et Montalembert signalaient déjà le manque
INTÉRIEUREDES OUVRAGES
ORGANISATION 4«7
d'abris dans les ouvrages de leur temps, et préconisaient
de nombreux locaux voûtés de toute nature. A cette époque
et avant l'invention de l'artillerie rayée, il suffisait d'avoir
une voûte de i mètre d'épaisseur pour arrêter tous les
projectiles. Après l'adoption de l'artillerie rayée, il fallut
recouvrir ces voûtes d'une couche de terre de i mètre
pour en assurer la conservation, et, dans la période
de 1870 à i885, on avait porté cette épaisseur à 2 et
3 mètres pour les locaux ordinaires, et 4 à 5 mètres
pour les magasins à poudre. C'est dans ces conditions
qu'on a organisé les traverses-abris dont il a été question
ci-dessus, ainsi que tous les nombreux locaux qui étaient
installés dans les fortifications de cette époque et qu'on va
passer rapidement en revue.
On peut diviser les abris en question en trois catégories,
savoir :
i° Ceux qui, devant servir de logement aux troupes de
la garnison ou abriter certaines denrées alimentaires dont il
importe d'assurer la bonne conservation, ont besoin d'être
aérés et bien éclairés par la lumière du jour;
20 Ceux qui sont destinés aux approvisionnements (pro-
jectiles) et au matériel, et qui peuvent indifféremment être
ou n'être pas éclairés directement;
3° Ceux qui doivent recevoir la poudre nécessaire à la
défense, et qu'il est indispensable d'enterrer de toutes
parts, de manière à les mettre complètement à l'abri du
canon ennemi.

Casernes et magasins. — Les locaux de cette


nature, qui doivent recevoir le jour et l'air, sont disposés
de manière que leur façade soit dirigée vers une partie du
terrain sur laquelle l'ennemi ne peut pas venir s'installer.
Dans l'étude des différents fronts, on a vu qu'on les plaçait
souvent sous des cavaliers, à l'intérieur des bastions, sous
les courtines, ou le long des faces dans le tracé polygonal.
On les forme d'une série de voûtes (fig. ig3, ïg4 et ig5)
Fig..ig.'l. — Abris. Coupe,transversale.

Cour- de îa caserne
Fig. ig/|. — Abris. Plan.
INTÉRIEUREDES OUVRAGES
ORGANISATION 4û9
de 6 mètres de largeur sur 3 mètres à 3m5o de hau-
teur, auxquelles on donne une longueur variable de 10 à
20 mètres, suivant la place dont on dispose. Ces voûtes
sont accolées les unes aux autres et superposées sur deux
ou trois étages. Celte disposition est économique, car il
suffit évidemment que l'a voûte supérieure soit à l'épreuve

Fig. HJ5.— Abri. Coupelongitudinale.

de la bombe pour protéger tout le reste, et les différentes


voûtes intermédiaires ne sont plus alors que de simples
planchers.
Une gaine (ou corridor) de circulation règne à la partie
postérieure des chambres, et les gaines des divers étages
sont, réunies par des escaliers placés de distance en dis-
sauce. Les locaux d'habitation se trouvent isolés du massif
des terres et sont, par suite moins humides. On peut aussi,
4lO 2e PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE
comme lé montre la figure ig5, placer à hauteur de Fun des
étages (celui qui* est à niveau du sol), un balcon qui permet
de se rendre directement dans la cour de l'ouvrage.
Lorsqu'on établit trois étages de voûtes, il arrive presque
toujours que l'étage inférieur est enfoncé dans le sol ; pour
l'éclairer, on pratique alors une petite cour de 4 à 6 mètres,
ou, mieux encore, on creuse le sol jusqu'au niveau du plan-
cher de cet étage et l'on raccorde, par une rampe, le fond
de l'excavation avec le terrain naturel. Les locaux du rez-
de-chaussée, disposés comme il vient d'être dit, sont,
réservés au matériel ou aux approvisionnements, ceux des
étages supérieurs étant seuls affectés au logement des
hommes.
Les pieds-droits des voûtes extrêmes doivent avoir une
épaisseur très forte, pour résister à la poussée qu'ils
éprouvent; afin d'économiser la maçonnerie, on les perce
assez souvent d'un corridor parallèle aux chambres, sur
lequel viennent prendre air et jour de petites voûtes trans-
versales formant une série de pièces qu'on peut utiliser
pour les sous-officiers ou pour toute autre destination. On
y place aussi fréquemment des escaliers réunissant les
divers étages.
Les portes et fenêtres de la façade sont aménagées pour
recevoir, en temps de guerre, un blindage fait de poutrelles
en bois maintenues dans des rainures verticales ou par des
barreaux de fer scellés au mur, afin d'arrêter les éclats de
projectiles. Cette disposition a l'inconvénient assez grave
d'enfermer les hommes dans une pièce close de toutes parts,
et l'on peut se demander si toutes les maladies qui survien-
draient dans ces conditions n'auraient pas d'effets plus
désastreux que les éclats d'obus.
Pour prévenir un pareil danger et pour combattre, dans
la mesure du possible, l'humidité toujours considérable de
ces casernes, on dispose de nombreuses cheminées de ven-
tilation faisant appel d'air dans la gaine et par suite dans
les différentes chambres.
ORGANISATION
INTÉRIEUREDES OUVRAGES l±Il
Lorsque les casernes sont placées sous un rempart ou
sous un cavalier, on réunit les chambres d'habitation aux
abris placés dans les traverses du rempart, au moyen
d'escaliers qui permettent aux hommes de se rendre sans
danger du lieu de repos au terrain de combat, et facilitent
ainsi le service de la garnison.

On peut aussi, lorsqu'on manque d'abris pour le maté-


riel ou les approvisionnements, placerd.es voûtes enfoncées
dans le massif des terres et communiquant seulement avec
les gaines. Mais ces locaux sont forcément très humides
et ne peuvent recevoir que des projectiles non chargés ou
autres matériaux peu susceptibles de détérioration.

à poudre. — L'installation des magasins à


Magasins
poudre est celle qui exige le plus de précautions. On doit
en effet : i° les abriter complètement des coups de l'ennemi
et, pour cela, les entourer de terre de tous côtés; 2° les
établir dans des conditions telles que les poudres ne s'y
détériorent pas sous l'action de l'humidité ; 3° les éloigner,
autant que possible, des locaux d'habitation.
Les magasins à poudre (fig. ig6 et ig7) sont formés par
des voûtes ayant au moins im20 à im5o d'épaisseur, et
recouvertes de 4 à 5 mètres de terre au minimum.
On donne ordinairement 5 à 6 mètres de largeur à la
voûte principale et on la divise en deux étages par un plan-
cher-voûte, de manière que l'étage supérieur, où sont placées
les poudres, soit isolé des terres. Tout autour de cette voûte
règne un corridor destiné à éloigner l'humidité.
Pour éclairer ces magasins, on dispose, à l'une des extré-
mités, une chambre complètement isolée de la pièce qui
contient la poudre. Cette chambre est séparée du magasin
par un mur percé de baies que l'on ferme au moyen de
glaces scellées dans la maçonnerie. Derrière ces glaces, on
place des lampes dont la lumière, projetée par des réflec-
teurs, éclaire l'intérieur de la chambre aux poudres.
4l2 2e PARTIE —- FORTIFICATION
PERMANENTE
Le magasin est précédé d'un vestibule communiquant
avec la poterne par laquelle on y accède.
Cette disposition, qu'on signalait, en i883, comme devant

Fig. ig6. — Magasinà poudre. Plan.

Fig. 197. — Magasinà poudre.Coupetransversale.

cesser bientôt d'être suffisante, est, dans la fortification de


cette époque, celle dont la modification s'impose le plus.
Si, en effet, la destruction d'un abri ordinaire est un événe-
INTÉRIEUREDES OUVRAGES
ORGANISATION 4l3
ment regrettable, elle n'a cependant d'autre conséquence
que de priver la garnison d'un des locaux dont elle dispo-
sait. Il en est tout autrement lorsqu'un magasin à poudre
vient à être percé par les obus de l'attaque, car son explo-
sion entraîne la destruction de l'ouvrage tout entier avec sa
garnison.
CHAPITRE XXIX

INSTALLATION DE L'ARTILLERIE

DANS LES OUVRAGES DE 1870 A 1885

Les dispositions prises pour installer l'artillerie dans la


fortification de cette époque constituent l'une de ses carac-
téristiques principales. Il est naturel de leur consacrer une
étude spéciale, mais il convient de rappeler que ces dispo-
sitions, qui subsistent encore dans un grand nombre d'ou-
vrages existants, ne répondent plus aux exigences actuelles,
ainsi qu'on pourra s'en rendre compte au cours des chapitres
suivants.
Cette artillerie pouvait, être placée à ciel ouvert ou sous des
abris; on décrira séparément ces deux modes d'installation.

Installation à ciel ouvert. — Les pièces à ciel ouvert


sont placées sur la banquette d'artillerie située à 2m3o en
dessous de la crête et dont la profondeur est de gm5o, afin
de permettre le recul. On compte une largeur de 6 mètres
pour l'espace nécessaire à chaque canon. Les affûts em-
ployés dans le service des places ayant, des hauteurs de
genouillère variant entre im8o et i mètres, on voit qu'il a
suffi d'une entaille peu profonde dans le parapet pour livrer
passage à la volée de la pièce; il n'y avait, donc pas lieu d'y
pratiquer d'embrasures proprement dites. Si les circons-
tances obligeaient à se servir d'affûts de moindre hauteur,
on exhaussait la plate-forme de la pièce plutôt que d'avoir
recours à des embrasures d'une profondeur dépassant 5o
ou 76 centimètres, eu égard aux graves inconvénients que
DE L'ARTILLERIEDANS LES OUVRAGES 4J5
INSTALLATION

présentent de pareilles ouvertures. Lorsque les pièces doi-


vent tirer sous de grands angles, on a employé des embra-
sures à contre-pente, mieux dissimulées à l'ennemi, affai-
blissant moins le parapet et n'ayant, par conséquent, aucun
des inconvénients de celles qui viennent d'être proscrites.
Pour abriter les servants, on creuse à droite et à gauche
de la plate-forme des rigoles dans lesquelles ceux-ci se
réfugient.
Les traverses et pare-éclats dont il a été question au cha-
pitre précédent assurent d'ailleurs, dans une certaine me-
sure, la protection nécessaire aux bouches à feu et en faci-
litent le service. Lorsqu'on a placé une pièce entre deux
traverses, on a réservé habituellement l'un des abris aux
servants et l'autre aux munitions, de manière à diminuer
le danger en cas d'explosion.
Les pièces à ciel ouvert sont considérées alors comme
les plus faciles à servir, parce que l'on a, tout autour, de
l'air et de l'espace ; ce sont généralement celles qui Aroient
le mieux le terrain des attaques ; elles peuvent, en outre,
être déplacées sans grandes difficultés : retirées, si leur
conservation paraît compromise ; replacées en batterie^ si
un nouvel effort est jugé indispensable. Pour ces diverses
raisons, on a préféré, en général, l'installation à ciel ouvert ;
toutefois, comme on. s'est rendu compte de l'insuffisante
protection qu'elle donne aux servants, les ingénieurs ont
été amenés à créer un certain nombre d'abris ou casemates,
permettant d'assurer à une grande partie au moins de l'ar-
tillerie de la défense une protection plus efficace contre
les coups de celle de l'assiégeant.

Installation sous casemate. — Les


pièces placées
sous casemate, échappant à l'inconvénient signalé plus
haut, semblent, en effet, a priori, fournir le moyen de sou-
tenir avec grand avantage la lutte contre une artillerie
placée à ciel ouvert. Leur supériorité n'est pas cependant,
aussi grande qu'elle le paraît tout d'abord. Le service dans
4l6 2e PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE
les casemates est pénible, à cause surtout du bruit, assour-
dissant des pièces et des gaz suffocants dont elles remplis-
sent bientôt cet étroit espace. Il a fallu d'assez nombreux
essais aArant d'obtenir un système de-ventilation' qui permît
de se débarrasser de ces gaz qui rendent insupportable,
par exemple, le séjour à l'intérieur des casemates établies
par Vauban dans ses tours de Neuf-Brisach. La solution
considérée comme la plus satisfaisante a consisté à prati-
quer, pour la A'olée de la pièce, une petite embrasure, à
travers laquelle la bouche du canon sort d'une certaine
quantité. Il s'établit alors, à la suite de chaque coup tiré, un
A'iolent appel d'air, qui entraîne au dehors tous les gaz, si la
partie'postérieure de la casemate est suffisamment ouverte.
La question la. plus difficile à résoudre, dans l'installa-
tion des casemates à canons, a été sans contredit celle de la
protection des maçonneries qui les constituent. On n'en-a
point imaginé, dans les ombrages considérés, de solution
pleinement, satisfaisante. L'artillerie, possédant une préci-
sion de tir suffisante pour pouvoir répéter ses coups en un
même point et ajouter, par suite, à l'effet produit par un
projectile l'effet du projectile suivant, armre effectivement,
au bout d'un certain nombre de coups, à détruire les blin-
dages les plus résistants, comme les maçonneries les plus
solides.

Casemates avec visière. — On a vu, dans l'organisa-


tion des caponnièrès, comment on protège les canons de
flanquement en disposant, en avant, de la A'oûle qui les
contient, une seconde Ajoute ayant ses génératrices paral-
lèles à la direction du tir. Cette voûte, que chacun des
projectiles ennemis n'entame que très légèrement, et dont
l'artillerie ne peut déterminer l'ébouleincnt que par tranches
successiA'es, est capable de. résister à un tir très prolongé
et constitue. bien une excellente solution du problème.
Malheureusement, elle n'est applicable qu'au cas particulier
des 'caponnièrès',. parce que les pièces placées derrière une
DE L'ARTILLERIEDANSLES OUVRAGES l^l'J
INSTALLATION
visière n'ont qu'un champ de tir extrêmement restreint, qui
serait insuffisant pour une pièce destinée à une action loin-
laine. D'ailleurs, une visière placée sur un parapet, décou-
verte sur toute la hauteur de la Aroûte et des pieds-droits,
serait plus exposée que ne le sont celles des caponnièrès et
résisterait par suite moins longtemps.

Casemates à.tir indirect. — Le tir indirect a pris


une importance très grande et présente de sérieux avan-
tages. Le principe de ce tir consiste à placer la pièce
destinée à l'exécuter derrière une masse de terre qui la
cache complètement aux Aaies de l'ennemi et par-dessus la-
quelle elle lance ses projectiles. Mais, pour que cette masse
de terre donne une protection suffisante, il faut que la ligne
qui en joint le sommet à la bouche du canon ait une incli-
naison relativement forte, afin d'arrêter un grand nombre
de projectiles. La pièce ainsi masquée ne peut alors faire
usage que du tir sous les grands angles : conséquemment,
si elle emploie sa charge normale j elle ne peut agir qu'à des
distances considérables ; si, au contraire, pour exercer son
action sur des points plus rapprochés, elle fait usage de
charges réduites, ses projectiles perdent beaucoup de leur
puissance et de leur précision.
Néanmoins, le tir indirect rend de précieux services, ainsi
que. l'a démontré la défense de Belfort en 1870-1871.
Pendant cette lutte si remarquable, on employa fréquem-
ment, et avec succès, des pièces placées sous des casemates
ouvertes à leur partie antérieure et masquées aux vues de
l'ennemi par une masse de terre capable d'arrêter les pro-
jectiles de ce dernier.
Utilisant l'expérience acquise, on a parfois installé, dans
les ouA'rages construits de 1870 à i885, des casemates des-
tinées à recevoir les pièces en arriéré des grands massifs de
terre (parapet ou cavalier) de la fortification. Le plus sou-
vent, on s'est contenté de prévoir l'emploi du tir indirect
en installant les pièces au moment du besoin sous les nom-
MANUEI.
IJKFOUTII'IOATION 27
4l8 2e PARTIE— FORTIFICATION
PERMANENTE
breuses poternes que contiennent les ouvrages et dont le
débouché est toujours masqué aux vues de l'assaillant.
Il est inutile d'entrer dans de plus longs développements
sur les dispositions des casemates de ce genre, dont on
comprendra sans peine l'organisation.

Casemates à tir direct à la Haxo. — En outre de


ces casemates à tir indirect, et même bien longtemps aA'ant
leur adoption, on a tenté l'emploi de casemates à tir direct
dans la fortification. Le premier essai sérieux fait dans cette
voie remonte au commencement du dix-neuvième siècle ; il
est dû au général Haxo.
La casemate destinée à recevoir la pièce est une voûte
dont la partie antérieure se rétrécit jusqu'à n'avoir plus que
les dimensions nécessaires aux mouvements de la bouche de
la pièce. La maçonnerie qui forme la tête de la voûte est,
protégée par un fort blindage en bois, reposant sur des
pieds-droits noyés dans la terre, comme tout le reste de la
construction.
Ces casemates étaient à peine suffisantes: à l'époque du
général Haxo, et l'apparition de l'artillerie rayée avait,
accru encore leurs défauts, qui tiennent à deux causes prin-
cipales :
i° L'ouverture de la casemate, si étroite qu'on la fasse,
peut donner passage à un projectile ennemi et, avec la pré-
cision du tir, il est relativement aisé, pour l'assaillant, de
faire ce qu'on appelle le sabord, c'est-à-dire -d'envoyer
un projectile par l'embrasure à l'intérieur même de la case-
mate;
20 Le blindage en bois du général Haxo est absolument
insuffisant, et quelques coups réussissent à le détruire.

Casemates cuirassées. Tourelles et coupoles.


— Pour remédier à ces graAres inconvénients, on cherche,
depuis que l'industrie métallurgique a permis de produire
de grandes masses de fer et d'acier, à remplacer par un
INSTALLATIONDE L'ARTILLERIE DANS LES OUVRAGES 4l9

blindage métallique le bois des casemates Haxo. On arrive


également à réduire la dimension de l'embrasure au strict
minimum en faisant tourner la pièce autour d'un point
voisin de la tranche de la bouche, à l'aide de dispositions
spéciales de l'affût.
Les casemates cuirassées ainsi organisées, ainsi que les
tourelles et coupoles, sortes de cloches métalliques recou-
vrant la pièce et lui permettant de faire un tour complet
d'horizon, ont été employées dans les ouATages de fortifi-
cation appartenant à la période considérée. Mais les dis-
positions adoptées alors ont reçu de notables perfectionne-
ments et constituent aujourd'hui un des éléments essentiels
de la fortification. Ces constructions déjà anciennes ne
diffèrent, d'ailleurs de celles qui seront, décrites plus loin
(Chapitre XXXV) que par la nature et l'épaisseur du
métal employé ou par leur mécanisme ; on se bornera par
suite à signaler leur emploi sans entrer dan s une description
qui serait, aujourd'hui dépourvue d'intérêt.
CHAPITRE XXX

ORGANISATION DES PLACES MODERNES

La fortification permanente a pour but,, ainsi que cela a


déjà été indiqué à plusieurs reprises dans ce qui précède,
d'assurer la possession de certains points importants, tels
que : noeuds de communication, ponts sur les grands cours
d'eau, centres industriels ou commerciaux renfermant des
richesses qu'il importe de préserver de la destruction et de
ne pas laisser tomber au pouvoir de l'ennemi. Elle sert éga-
lement, dans d'autres circonstances, à maîtriser des routes
ou passages à travers la frontière, par l'occupation de posi-
tions propres à cet usage.
Il résulte de là que les ouvrages qui la constituent peu-
A'ent être divisés en deux catégories : les places fortes pro-
prement dites, ou forteresses, c'est-à-dire les fortifications
éleArées autour d'un centre de population ; les ouvrages
isolés ou forts d'arrêt, construits en des points inhabités
n'ayant d'autre importance que celle qui résulte de leur
situation par rapport aux A'oies de communication qu'ils
commandent.
Il s'agit maintenant, d'examiner comment il convient d'or-
ganiser les uns et les autres.

Constitution d'une place forte

Dans les conditions actuelles de puissance des armes, un


centre de population de quelque importance, dont les mo-
numents, les édifices publics et les habitations représentent
ORGANISATION
DES PLACESMODERNES 4^1
une grande valeur, ne peut être considéré comme protégé
par une simple enceinte, c'est-à-dire par une ligne de forti-
fication continue, entourant les constructions à faible dis-
tance. Armé des puissantes bouches à feu de siège lançant
aisément aujourd'hui à 6, 8 et 10 kilomètres des projectiles
explosifs et incendiaires, doués pour la plupart d'une force
de pénétration énorme, l'ennemi qui se présenterait devant
une place aussi faiblement organisée pourrait la réduire en
cendres sans même s'exposer au feu de l'artillerie établie
sur les remparts. Réduite à une simple enceinte, la fortifi-
cation ne remplirait donc que très imparfaitement, dans ce
cas, le but qui a été indiqué tout d'abord, puisqu'elle serait
impuissante à préserver de la destruction une partie des
richesses nationales.
D'ailleurs, une place ainsi organisée exposerait sa garni-
son et ses habitants à toutes les horreurs d'un bombarde-
ment;, elle pourrait mettre le gouverneur dans la pénible
nécessité d'employer une partie de ses troupes à maintenir
dans le deAroir une population exaspérée par la souffrance.'
On ne saurait admettre une semblable organisation, même
pour la conservation d'un point n'ayant qu'une importance
stratégique.
Une simple enceinte, quelque solide qu'elle puisse être,
ne peut donc suffire, de nos jours, pour constituer ce qu'on
appelle une « place forte ». Il est évidemment indispensable
d'y ajouter une ceinture d'ouvrages disposés de manière à
tenir l'ennemi à une distance suffisante des habitations pour
que la Aille soit à l'abri d'un bombardement. Ces ouvrages,
qui rentrent dans la catégorie de ceux que l'on appelle déta-
chés, prennent eux-mêmes le nom de forts.
La fortification d'une place moderne comprendra donc :
une ligne extérieure de forts et une enceinte ou chemise en-
tourant la ville proprement dite ou noyau central. L'en-
semble de tous ces ombrages constitue ce que l'on appelle
une place à forts détachés, ou quelquefois, assez impropre-
ment, un camp retranché.
42 2 2e PARTIE — FORTIFICATIONPERMANENTE.
Les deux lignes de fortification : celle des forts détachés
et celle du noyau central, sont nécessairement assez éloi-
gnées l'une de l'autre, et il existe le plus souvent, dans
l'intervalle, des positions, favorables à la défense, qu'il est
important de ne pas abandonner à l'ennemi après la perte
des forts de la première ligne. On y établit alors des ouvrages
de seconde ligne, permettant de ne céder le terrain que pas
à pas, suivant le grand principe qui doit servir de guide
au défenseur.
Ces ouvrages ne sont généralement pas construits dès le
temps de paix. Outre la'considération de dépense, on doit
en effet remarquer que leur présence ne sera ultérieurement
nécessaire que dans la région située en arrière des forts
attaqués. On ne les élèvera donc qu'au moment de la mise
en état de défense de la place, ou au cours même de la lutte,
et ils rentreront alors dans la catégorie des oirvrages semi-
permanents, dont, il a été question dans le chapitre XIX.

Noyau central

Si l'utilité d'une ligne extérieure de forts est incontes-


table et universellement reconnue, il n'en est pas de même
de l'enceinte (ou chemise) du noyau central, à laquelle on
adresse assez souvent le reproche d'être « inutile, tant que
les forts subsistent, et insuffisante dès que ceux-ci sont
tombés au pouvoir de l'ennemi ».
Cependant, la ligne des forts est nécessairement organisée
avec de larges intervalles que la portion mobile des troupes
de la défense surveillera sans doute, mais au traArers des-
quels on peut craindre, si les circonstances le favorisent, que
l'ennemi ne vienne pousser une pointe hardie, incendier ou
détruire les approA'isionnements, jeter l'effroi dans la popu-
lation, quelquefois même dans la garnison, et déterminer,
par suite, une reddition prématurée.
En outre, si on suppose la place convenablement appro-
ORGANISATION
DES PLACESMODERNES 423
visionnée, peut-on consentir à l'abandonner lorsque l'en-
nemi, s'étant emparé de deux ou trois forts voisins et des
ouvrages de soutien élevés en arrière, se présentera devant
la ville elle-même ? Faut-il la rendre, alors que la garnison
est encore capable d'une solide résistance ? Laissera-t-on du
moins l'assiégeant pénétrer dans la cité, la rançonner et s'y
établir, tandis que l'on se renfermera dans les forts que l'on
possède encore, auxquels cette situation de l'ennemi au
centre du noyau enlèvera une partie souvent considérable
de-leur valeur?
- Une pareille hypothèse n'est évidemment pas admissible,
et, quelque pénible que puisse devenir, pour les habitants,
une défense acharnée faite dans ces conditions, un gouver-
neur énergique n'hésitera jamais à l'entreprendre, de son
propre mouvement. Les règlements militaires l'imposent
d'ailleurs, de la manière la plus formelle, à celui dont l'âme
serait moins bien trempée.
Si donc l'enceinte n'existait pas, il faudrait alors la cons-
truire. Du reste, en prenant la question au point de vue pra-
tique, les places de guerre actuelles datent généralement de
fort loin, et, dans la presque totalité des cas, leur ancienne
fortification sert aujourd'hui de chemise au noyau central.
L'enceinte existe donc, et il n'y a pas lieu d'en discuter l'éta-
blissement.
D'après tout ce qui précède, le rôle de cette enceinte est
de mettre la ville proprement dite à l'abri d'un coup
de main et de donner une ligne de défense intérieure à
celle des forts. Dans les places de création récente,, on la
forme d'une série de fronts de fortification englobant la
ville et ses faubourgs principaux, de manière à laisser un
espace libre suffisant pour ne pas arrêter le développement
de la cité.
En vertu d'un principe dont on a déjà vu de nombreuses
applications, le polygone ainsi fortifié a ses saillants placés
sur les parties culminantes, tandis que les rentrants corres-
pondent aux points faibles : entrées des cours d'eau, des
424 2e PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE

grandes routes ou des A'oies ferrées, parties basses du ter-


rain, etc.
Le système de fortification qu'on applique dans ces cons-
tructions pouvait être autrefois bastionné ou polygonal,
suivant que les circonstances locales rendaient plus ou moins
avantageux l'emploi de l'un ou de l'autre.
Dans les constructions d'enceinte les plus récentes, on s'est
attaché à avoir le tracé le plus simple possible, avec des
fronts très étendus, sans dehors, sauf sur les saillants d'at-
taque qu'il est nécessaire de renforcer.
Souvent on se contente d'un profil organisé pour l'infan-
terie, présentant, de distance en distance, des emplacements
réservés pour les pièces.
Il semble nécessaire d'établir partout une escarpe, c'est-
à-dire de créer un bon obstacle, puisque l'enceinte a surtout
pour but de mettre la ville à l'abri d'un coup de main. Aussi,
dans certaines places, s'est-on contenté, comme chemise,
d'un simple mur de 3 à 4 mètres de hauteur, sans fossé, avec
une banquette en arrière et des créneaux de distance en dis-
tance. Assurément, cette disposition constitue un strict
minimum, qui peut sembler souArent insuffisant, mais des
constructions de cette nature ont été exécutées depuis 1870
dans divers pays et en France même.

Ouvrages avancés

Dans les très anciennes places fortes, on rencontre quel-


quefois, en aArant de l'enceinte, des ouvrages placés en
dehors du chemin couvert, mais dont les fossés sont flan-
qués par le corps de place ou ses dehors : on les désigne
sous le nom à'ouvrages avancés.
Avec l'ancien mode d'attaque des places, ces ouvrages
permettaient d'occuper des points dangereux pour l'assail-
lant et de l'obliger à de nouveaux travaux. Ils ont perdu
aujourd'hui toute importance et on n'en établit plus jamais.
ORGANISATION
DES PLACES MODERNES 425
Leur forme habituelle était celle d'une lunette ou d'un
ouvrage à corne : ils étaient toujours ouverts à la gorge pour
qu'on pût battre leur intérieur lorsqu'ils étaient tombés aux
mains de l'ennemi. On n'en parlera ici que pour mémoire.

Forts détachés

D'après ce qui précède, le principal but des forts déta-


chés est de mettre la place qu'ils entourent à l'abri d'un
bombardement immédiat; mais ils possèdent en outre des
avantages d'une autre espèce qu'il est important de mettre
en relief.
Ils étendent considérablement le périmètre de la place et
obligent de la sorte l'assiégeant à un plus grand déploie-
ment de forces et à l'exécution de travaux beaucoup plus
développés, comme cela sera mis en évidence dans la
IIIe partie (Attaque des places).
S'ils occupent dans la campagne des points culminants, ils
ont des Arues très étendues, souvent très efficaces, et peuvent
servir à maîtriser les A'oies de communication dans un rayon
parfois assez grand autour de la place ; ils lui permettent
ainsi d'exercer une protection immédiate sur le point occupé
et une action offensive sur les environs.
Laissant entre leur ligne et la Aille une étendue de terrain
assez considérable, dans laquelle l'ennemi ne peut tenter
aucune action ayant chance de succès, si la garnison est
vigilante, ils permettent aux défenseurs d'accumuler des
approvisionnements, et facilitent leur entretien. De cette
zone de terrain dont la possession leur est assurée, les
troupes mobiles de la défense peuvent exécuter des coups
de main sur celles de l'attaque, les harceler, tenter de percer
leurs lignes : en un mot, leur causer des dommages et des
fatigues incessantes qui peuvent devenir un grand embarras
pour l'assiégeant.
Par contre, les forts ont aussi quelques inconvénients.
426 2e PARTIE FORTIFICATION
PERMANENTE
L'accroissement qu'ils donnent au périmètre défendu en-
traîne a immobiliser dans les places des garnisons très nom-
breuses. Leur construction est très onéreuse. La ligne qu'ils
constituent étant généralement insuffisante pour protéger
la place contre un coup de main, le défenseur est dans l'obli-
gation d'exécuter de nombreux travaux dans les inter-
Aralles, et la garnison d'être continuellement, en alerte pour
les surveiller. Cette dernière critique vise spécialement les
forts construits de 1870 à i885.
Malgré ces défauts, dont le premier a pour conséquence
de réduire dans un grand pays comme le notre l'effectif des
troupes disponibles pour les opérations en campagne, la
nécessité d'avoir des forts détachés autour d'une place est
reconnue de tous aujourd'hui. Nul ne songe à la contester,
quelques critiques qu'aient pu soulever les dispositions
adoptées dans certaines constructions.

Citadelles

On désignait, autrefois sous le nom de citadelle un ou-


vrage, fermé de toutes parts, établi sur l'enceinte même de
la place et organisé de manière à servir de grand réduit à
la garnison après la chute de celle enceinte. La citadelle
ainsi définie était séparée des maisons de la ville par un
grand espace A'ide nommé esplanade, assurant un champ
de tir en avant des fronts tournés vers l'intérieur de la
place.
On n'a pas construit d'ouvrages de ce genre depuis de
longues années. Les citadelles actuellement existantes
remontent donc toutes à une époque reculée, et elles se-
raient aujourd'hui hors d'état de rendre les services qu'on
s'était alors proposé d'en obtenir.
On ne peut admettre, en effet, qu'il y ait UArantage à en-
fermer la garnison de la place dans un ouvrage de ce genre
et possibilité d'y soutenir un siège, car l'action des deux
ORGANISATION
DES PLAGESMODERNES 427
artilleries (celle de l'attaque et celle de la défense) sur
les maisons de la ville aurait rapidement pour résultat de
ruiner celle-ci de fond en comble. Il faut donc maintenant
étendre le sens du mot « citadelle » dans la même pro-
portion qu'on a étendu celui du mot « place forte », et
comprendre sous cette désignation l'ensemble des forts
restés au pouvoir du défenseur après la chute du noyau cen-
tral. On peut organiser du reste, à l'aArance, quelques-uns ,
des forts pour remplir ce rôle ; et çiest ce qui existe déjà
dans quelques places modernes : à Metz, par exemple, où
le fort Manstein, le fort Frédéric-Charles et le fort Alvens-
leben sont disposés de manière à tenir un certain temps
encore après la chute de l'enceinte et du noyau central.

Voies de communication

On ne peut tirer tout le parti possible d'une forteresse


que si les différents ouvrages qui la constituent sont reliés
entre eux et avec le noyau central par des voies de commu-
nication bien organisées : c'est là un point capital, dont l'im-
portance se fait, surtout sentir lorsque le moment est venu
de mettre en oeuA're les ressources de la fortification. Les
mouA'ements énormes de matériel, de troupes, d'approvi-
sionnements, etc., qu'il s'agit alors d'exécuter, exigent que
de bonnes routes, bien entretenues et bien défilées des vues
de l'ennemi, aient été établies à l'avance; et, si l'on réflé-
chit qu'eu égard aux distances souvent très grandes sépa-
rant les différents ouvrages, les communications parAroie de
terre, même les mieux disposées, peuvent devenir insuffi-
santes, on sera conduit à considérer comme à peu près indis-
pensable, dans un assez grand nombre de cas, l'existence d'un
chemin de fer spécial, desservant tous les forts, les reliant
au noyau central, établi de façon à n'avoir rien à redouter
des entreprises de l'ennemi, et se rapprochant assez des
ouvrages pour réduire au minimum les charrois sur routes.
428 2e PARTIE — FORTIFICATION
PERMANENTE
L'étude qui sera faite plus loin des places de Metz et de
Strasbourg, montrera comment cette question peut être ré-
solue, et comment il faut saAroirconsentir à la grosse dépense
nécessitée par la construction d'une voie ferrée d'une utilité
assez faible pendant le temps de paix, lorsqu'on en attend
les plus précieux services au moment d'un siège.

Communications électriques et aériennes

Dans une place moderne, dont l'étendue est sorwent très


considérable, il est nécessaire que de nombreuses communi-
cations soient établies entre le gouverneur, chef suprême de
la forteresse, et les commandants des forts et des positions
principales de première ligne. En outre, l'emploi du tir in-
direct, qui se développe; de plus en plus avec les progrès de
l'artillerie rayée et le perfectionnement des méthodes de
repérage, exige l'installation de nombreux observatoires
destinés à fournir aux batteries les renseignements sans les-
quels ce genre de tir perd toute son efficacité. Il convient
donc de rechercher sur le terrain tous les emplacements
favorables à une semblable installation et de les créer au
besoin. Il faut de plus que ces observatoires soient reliés
entre eux et avec les batteries par des communications
rapides et sûres. Ce résultat ne peut être obtenu que par
l'établissement d'un réseau télégraphique ou téléphonique
extrêmement serré et organisé de telle sorte qu'il ne soit
pas détruit par le bombardement, ce qui exige que les maî-
tres