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By Night

By Night
Lesl’Europe.
événements qui se déroulent en France ont des répercussions dans une grande partie de

Le royaume est le berceau des cathédrales gothiques et de l’amour courtois. Le commerce


européen est en grande partie centré autour des foires de Champagne, dont le denier provinois
a cours dans toute l’Europe.
La capacité à influencer la France et ses puissants est primordiale pour les caïnites d’Europe
ayant l’esprit à la politique. Et même ceux qui tentent de s’en détourner sont pris dans sa toile,
à la merci de prédateurs insatiables. Les reconquêtes de Philippe II Auguste sur les territoires
Plantagenêt redonnent au domaine royal une splendeur qu’il n’avait plus connue depuis des
siècles. Le roi de France est à nouveau un puissant monarque et le jeune et pieux Louis IX
exerce son autorité avec la même sévérité que son grand-père, écrasant les révoltes des seigneurs
ambitieux guidés dans l’ombre par des créatures immortelles aux dents longues.
Les massacres de caïnites lors des croisades albigeoises représentent un avertissement des plus
sérieux pour les Damnés qui se penseraient à l’abri, isolés dans leurs refuges, protégés par leurs
goules et marionnettes de chair. L’Inquisition se développe à une vitesse effrayante et les couvents
des ordres mendiants investissent les villes, portant le danger au plus près.
Parfois, l’immortalité semble bien fragile…

France by Night contient :


• Une brève histoire de France, depuis la Préhistoire jusqu’à l’an 1242.
• Une description des différents domaines du royaume.
• Un regard sur la religion, le mysticisme, la sorcellerie et l’Inquisition naissante.
• Une présentation des loups-garous, mages et autres créatures surnaturelles sur le territoire.
• De nombreux alliés et antagonistes.
• De nouveaux pouvoirs, lignées, Voies et objets extraordinaires.

ISBN : 978-2-37255-026-0

9 782372 550260

une PublicatiOn ARkhane Asylum Publishing


DA20-03
WWW.ARKHANE-ASYLuM.fR 45€

pierre vidy (Order #18504320)


By Night

La France des Ténèbres au XIIIe siècle


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Qistina Khalidah, Édouard Noisette, Agathe Pitié
Maquette : Stéphanie Lairet
Remerciements : Arthur Francfort pour son travail admirable
et son abnégation durant ces quelques années passées
ensemble.
Remerciements spéciaux : Jérôme Bourgeois, Jérémy Bourreau,
Mathieu Bucher, Julien Drouet, David Dubief, Patrice
Ducrocq, George French, Jean-Michel Guigon, Guirec
Gicquel, Pierre Lanrezac, Louis Le Goff, Pierre Macaire,
Mickaël Lê, Vincent Mora et Thomas Planquette. Merci
d’avoir partagé un peu de votre passion et de vos univers
Directeur de publication : Mathieu Saintout avec nous.
Secrétaire d’édition : Fabien Marteau
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Textes et concepts originaux : White Wolf (dont Justin Achilli,
Philippe R. Boulle, Bill Bridges, Richard E. Dansky, Aaron
Dembski-Bowden, Robert Hatch, Myranda Kalis, Ellen
Porter Kiley, Jason Langlois, Robin D. Laws, Matthew Live Fast
McFarland, Sarah Roark et Lisa J. Steele)
Textes additionnels : Arkhane Asylum Publishing Play Hard
Texte page 249 : Lachesis
Illustration de couverture : Marc Simonetti
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et le système du Conteur sont des marques déposées de White Wolf Publishing AB. Tous droits réservés.
Tous les personnages, noms, lieux et les textes de cet ouvrage sont des marques déposées de White Wolf
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Table des matières
Introduction 7 Une période de paix 25 Bayonne 43
Qu’y a-t-il dans ce livre ? 7 Situation interne du pays 25 Bordeaux 43
Message à caractère informatif 7 La cour royale 25 Dax 44
La Grande Cour et Limoges 44
Chapitre I : les cours d’Amour 25 Pau 44
Une brève histoire La Grande Cour 25 Périgueux 45
de France 9 Les cours d’Amour 27 Intrigues aquitaines 45
Avant l’Histoire 9 Les caïnites et les croisades Auvergne 47
L’âge des métaux 10 albigeoises 28 Clairmont et Montferrand 48
Le Dernier Roi 10 La guerre des Princes 30 Le sanctuaire de Lugos 48
L’ère des troubles 11 L’ère des cathédrales 30 Intrigues auvergnates 48
Vers un nouvel empire 12 Les cathédrales médiévales 31 Blois 49
La chute de l’Empire carolingien 12 L’avènement des universités 31 Blois 50
Le déclin du pouvoir de l’Église 13 Chartres 50
Le Saint-Empire romain Chapitre II : Châteaudun 51
germanique 15 Les domaines Intrigues blésoises 52
Le renouveau capétien 15 de France 35 Bretagne 53
Les grandes déforestations 16 Anjou 35 Dol 54
Guillaume le Conquérant 16 Angers 36 Nantes 55
Le retour des rois 17 Le Mans 37 Quimper 55
La reconquête 17 Tours 38 Rennes 56
L’hérésie cathare 18 Les Voleurs d’Enfer 39 Saint-Brieuc 56
Tuez-les tous, Intrigues angevines 40 Saint-Malo 56
Dieu reconnaîtra les siens 19 Aquitaine/Guyenne 41 Saint-Pol-de-Léon 56
Nord et Sud 22 Les fiefs d’Aquitaine 42 Tréguier 57
La ville dont le roi est un enfant 24 Agen 42 Vannes 57
Anno Domini 1242 24 Angoulême 42 Intrigues bretonnes 58
Un roi saint ? 24 Auch 43 Bourgogne 61

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Autun 61 Forêt de Bière 99 Intrigues toulousaines 139
Auxerre 62 Intrigues franciliennes 99
Chalon 63 Lorraine et Alsace 101 Chapitre III :
Dijon 64 Metz 102 Religion, mysticisme
Mâcon 64 Toul 102 et sorcellerie 145
Nevers 64 Verdun 103 Les croisades albigeoises 145
Bourgogne 65 Strasbourg 103 L’hérésie cathare 146
Besançon 65 Forêt-Noire 104 Les signes de l’hérésie 148
Intrigues bourguignonnes 66 Intrigues lorraines et alsaciennes 104 L’endura 148
Champagne 68 Normandie 107 Le consolament 148
Les foires de Champagne 69 Avranches 107 Des prédicateurs peu catholiques 148
Les voirloups 69 Bayeux 108 L’Hérésie caïnite 149
Châlons 70 Caen 109 L’Euagetaematikon 149
Meaux 70 Évreux 110 La fin de la Curie écarlate 149
Provins 71 Mont-Saint-Michel 110 L’Inquisition 149
Reims 71 Rouen 111 L’excommunication caïnite 152
Troyes 72 L’Échiquier caïnite de Rouen 112 La (difficile) vie monastique
Intrigues champenoises 73 Intrigues normandes 113 des caïnites 152
Dauphiné 75 Poitou 116 Alchimie et caïnites 153
Grenoble 76 La Rochelle 116 Sorcellerie et superstitions 154
Lyon 76 Poitiers 117 La nuit 155
Vienne 76 Saintes 118 La lèpre 156
Intrigues dauphinoises 76 Intrigues poitevines 118
Flandre 79 Provence 119 Chapitre IV :
Arras 79 Aix 121 Les autres 159
Bruges 81 Arles 122 Les loups-garous 159
Gand 81 Avignon 123 La Préhistoire 159
Lille 82 Les Baux 123 L’Antiquité 159
Ypres 82 Marseille 123 Le haut Moyen Âge 160
Intrigues flamandes 83 L’abbaye Saint-Victor 124 Le Moyen Âge central 160
Vermandois 84 La loge maçonnique de Marseille 124 Les croisades albigeoises 160
Amiens 84 Nice 124 Le Cercle rouge 161
Saint-Quentin 84 Tarascon 125 Les tribus de France 161
Domaines de Kerberos 85 Toulon 126 Les Arpenteurs Silencieux 161
Intrigues vermandoises 85 La Corse 126 Les Astrolâtres 162
Île-de-France, Orléanais Intrigues provençales 126 Les Crocs d’Argent 162
et Bourges 86 Toulouse 129 Les Enfants de Gaïa 163
Beauvais 86 Agde 130 Les Fianna 163
Bourges 87 Albi 130 Les Fils de Fenris 164
Orléans 89 Béziers 130 Les Furies Noires 165
Paris 90 Cahors 131 Les Gardiens des Cités 165
La Grande Cour 91 Carcassonne 132 Les Griffes Rouges 166
La Trimarkisia 91 Foix 133 Les Rongeurs d’Os 166
Les antrustions 92 Montpellier 133 Les Seigneurs de l’Ombre 168
Les vigiles 92 Narbonne 134 Les Danseurs de la Spirale Noire 168
La cour d’Amour de Paris 92 Nîmes 135 Le sept de la Gloire du Soleil 168
Les Belles Dames sans merci 93 Rodez 135 L’Inquisition 169
La fondation tremere de Paris 93 Toulouse 135 Les autres change-formes 170
Le Dédale nosferatu 94 La cour de la Croix d’Or 137 Les Ananasi 170
Hérésie et caïnites 94 Les chevaliers faydits 138 Les Bastet 170
La sainte recluse des Innocents 95 Exode caïnite et retour 138 Les Corax 170
L’université 95 L’Hérésie caïnite 138 Les Gurahl 170
Saint-Denis 96 L’université de Toulouse 139 Les hommes-rats 170
Senlis 97 Présence assamite 139 Les prophéties de l’Ombre 171
Sens 98 Montségur 139 Les dix prophéties 171

4
Les mages 172 Eudes de Saint-Gilles, Saviarre d’Auvergne,
La Guerre massasa et la perte le Corrupteur 200 la comtesse déchue 235
de la Crête des Brumes 173 Foulques de Beaulieu, Le cas du Carnelevare Moriendi 236
Les six grandes communautés prince-cardinal de Tours 201
de mages 173 Navarre, évêque de Paris 202 Appendice II :
Les Ahl-i-Batin 173 Victorien Loyola 203 Magie, artefacts,
Les Antiques Croyances 174 Malkavien 204 Voies et lignées 238
L’Ordre d’Hermès 175 Albi 204 Les pouvoirs du sang 238
Philosophie de l’Ordre d’Hermès 176 Pierre l’Imbécile, Nouvelle voie majeure
Les douze maisons disciple des labyrinthes 205 de Thaumaturgie 238
de l’Ordre d’Hermès 176 Piotr le Rus 206 Cammano-deuonertos 238
La maison Ex Miscellanea 176 Nosferatu 207 • Don de Cernunnos 238
Les Parle-esprits 178 Gregor, chef la meute noire 207 •• Don de Teutatès 238
Les Valdaermen 178 Mnemach, matriarche ••• Don d’Ésus 239
Les Voix messianiques Nosferatu, « Sorcière de Paris » 208 •••• Don de Nantosuelta 239
et la Cabale de la Pensée pure 180 Ravnos 209 ••••• Don de Sucellos 239
Les autres 182 Sarmis, le Voyageur 209 Nouveaux rituels
Les Sœurs d’Hippolyte 182 Salubrien 210 de Thaumaturgie 239
Le Cercle rouge 182 Aymeric de Saintonge, Torque de Sucellos 239
L’Ordre du Talion 182 dit « le Confesseur » 210 Bénédiction de Belenos 239
Les fantômes 183 Setite 212 Nouveau rituel de Nécromancie 239
L’Ankou 183 Jean-Baptiste de Montrond, Invocation du Maelstrom 239
Le Bag Noz 183 le Serpent de Paris 212 Pouvoir de disciplines 240
La Mesnie Hellequin 184 Toréador 213 Saltatio mortis 240
Les fées 185 Amadeo Di Venice (Armand) 213 Combinaisons de disciplines 240
Monticules, cercles et îles 185 Antoine de Montlhéry 214 L’œil du jugement 240
La cour de la Pomme enivrante 186 Esclarmonde la Noire, Stigmates du péché 240
La promesse du puits aux souhaits 186 reine de Toulouse 215 Une pensée pour le Suzerain 240
Ombre-pont 186 Étienne de Poitiers, roi du Poitou 216 La Vraie Foi miséricordieuse 241
La Forêt perdue 186 Frère Julien de Lille 217 Reliques et objets impies 241
Le Lac gelé 186 Guillaume de Lorris 218 Le Codex Mortis 241
La Cité engloutie 186 Hélène la Juste, La Corona ferrata 242
reine de Champagne 219 L’étendard de Saint-Denis 242
Appendice I : Isouda de Blaise, reine d’Anjou 220 Le flagrum de la Passion 242
Alliés et « Saint » Régis, prince de Marseille 222 La pierre runique 242
antagonistes 189 Salianna, reine de Paris, La Sainte Ampoule 242
Assamite 189 matriarche toréador 223 L’Uraeus d’Osiris 243
Salim Al-Ahzan, Tremere 224 La forge d’Ayr l’Enclume 243
Celui qui entend le cri du sang 189 Goratrix, régent de Armes 243
Brujah 190 la fondation de Paris 224 Armures 244
Ayr L’Enclume (Vrai Brujah) 190 Thomas de Cherbourg 225 Nouveaux credo des voies
Eudes de Troyes, champion Viorica, la Sorcière écarlate 227 de l’Illumination 245
des foires de Champagne 192 Tzimisce 228 Voie du Péché
Lasanis 193 Jehan du Pleaux, le dresseur 228 (credo de Iadalbaôth) 245
Mathieu, le frère combattant 194 Zirlány, prêtresse du Dragon Noir 229 Voie du Paradis
Quentin de Senlis 195 Ventrue 230 (credo du Dualisme) 245
Véronique d’Orléans 197 Ebles le Croisé 230 Voie du Paradis
Cappadocien 198 Éon de l’Étoile, prince de Béziers 231 (credo de la Rédemption) 246
Le Vate 198 François d’Alencourt, Nouvelles lignées 246
Gangrel 199 prince du Dauphiné 232 Les Enfants d’Ennamaru 246
Vorocius, gardien du sanctuaire Geoffrey du Temple, prince-régent Les Mnemachiens 247
de Lugos 199 de la Grande Cour de Paris 233 Nouvelle famille de revenants :
Lasombra 200 Jean Ploërmel 234 Kagaionmos 248

5
Qu’y a-t-il dans ce livre ?
L
es événements qui se déroulent en France ont des réper-
cussions dans une grande partie de l’Europe. Le royaume
a vu naître trois des principaux ordres monastiques cloî- Le chapitre I propose une brève histoire de France, depuis la
trés (l’ordre de Cluny, l’ordre des Chartreux et l’ordre cistercien), Préhistoire jusqu’à l’an 1242.
alors que les ordres mendiants (dominicains et franciscains) Le chapitre II décrit les différents domaines du royaume,
apparaissent en ce début de XIIIe siècle, luttant contre l’hérésie ainsi que certaines régions n’appartenant pas encore à la France
cathare par une rhétorique qui se transforme bientôt en bûchers. du XIIIe siècle.
Paris, redevenu capitale incontestable du royaume de France Le chapitre III s’intéresse à la religion, au mysticisme, à la
avec Philippe II Auguste, abrite la plus grande commanderie sorcellerie et à l’Inquisition naissante qui rebattra les cartes de la
templière du pays dans la bien nommée tour du Temple. situation politique caïnite lors des siècles suivants.
La première croisade est lancée par le pape Urbain II depuis Le chapitre IV présente l’influence des lupins, mages et
Clairmont et de nombreux croisés sont originaires de France. Le autres créatures surnaturelles sur le territoire.
royaume est le berceau des cathédrales gothiques et de l’amour L’appendice I regroupe quelques alliés et antagonistes
courtois. Le commerce européen est en grande partie centré principaux.
autour des foires de Champagne, dont le denier provinois a L’appendice II propose quelques nouveaux pouvoirs, une
cours dans toute l’Europe. lignée de Nosferatus faisant appel à d’anciens rituels, une
La capacité à influencer la France et ses puissants est primor- nouvelle lignée de revenants, des artefacts et de nouvelles Voies.
diale pour les caïnites d’Europe ayant l’esprit à la politique. Et
même ceux qui tentent de s’en détourner sont pris dans sa toile,
à la merci de prédateurs insatiables. Les reconquêtes de Philippe
Message à caractère
II Auguste sur les territoires Plantagenêt redonnent au domaine
royal une splendeur qu’il n’avait plus connue depuis des siècles.
informatif
Le roi de France est à nouveau un puissant monarque, capable
de sortir de l’ombre de ses plus puissants vassaux. Le jeune et
pieux Louis IX (conseillé par sa mère Blanche de Castille) exerce
C et ouvrage inclut de nombreux éléments officiels issus
de suppléments de la gamme Vampire : L’Âge des Ténèbres
n’ayant jamais eu l’honneur d’une traduction dans la langue de
son autorité avec la même sévérité que son grand-père, écrasant François Villon et tout autant de matière créée par des fans fran-
les révoltes des seigneurs ambitieux guidés dans l’ombre par des cophones. En outre, il bénéficie d’illustrations réalisées spécifi-
créatures immortelles aux dents longues. quement pour l’occasion par des artistes (Gabriel Bulik, David
Les massacres de caïnites lors des croisades albigeoises repré- Demaret, Qistina Khalidah, Édouard Noisette, Agathe Pitié et
sentent un avertissement des plus sérieux pour les Damnés qui se Marc Simonetti) auxquels nous tirons notre chapeau.
penseraient à l’abri, isolés dans leurs refuges, protégés par leurs Nous espérons que vous trouverez dans ce France by Night de
goules et marionnettes de chair. L’Inquisition se développe à une nombreuses inspirations, même si nous sommes conscients que
vitesse effrayante et les couvents des ordres mendiants investissent ces quelques pages s’avèrent bien insuffisantes pour traiter un
les villes plutôt que les campagnes, portant le danger au plus près. sujet aussi vaste.
De nombreux caïnites en provenance d’autres pays voyagent Nous tenons néanmoins à rappeler qu’il ne s’agit en aucun
en France à l’occasion de pèlerinages, pour y mener leurs affaires cas d’un ouvrage historique et nous avons parfois pris quelques
et, bientôt, répondre à l’appel à la croisade lancé par Louis IX, libertés. Nous espérons que vous ne nous en tiendrez pas rigueur.
souverain influent bénéficiant des faveurs de l’Église. Et bien sûr, nous aimerions vous remercier. Que vous soyez
La France dispose d’une très grande richesse régionale et auteurs, illustrateurs ou lecteurs ; que vous ayez participé à la
même la matriarche toréador Salianna n’a qu’une étroite vue campagne de financement de Vampire : l’Âge des Ténèbres qui a
d’ensemble. Les distances sont grandes, les voyages longs et mené à la conception de ce supplément, que vous l’ayez acheté
les messagers prompts à disparaître ou succomber aux choses par après ou juste emprunté, vous avez tous, d’une façon ou
hantant ou arpentant les forêts et vastes campagnes. La peur de d’une autre, contribué à cette belle aventure.
l’an mille avait laissé place à une période plus optimiste, mais Et si vous tourniez la page maintenant ?
les ténèbres commencent à recouvrir de leur voile un royaume
qui succombera bientôt aux troubles, à la peste et à une guerre
centenaire dont la graine a déjà été semée.
Parfois, l’immortalité semble bien fragile…

7
« Au tens plein de félonie,
D’envie et de traïson,
De tort et de mesprison,
Sans bien et sans courtoisie,
Et que entre maint Barons veons
Tot le siecle empirier,
Que je vois escomunier
Ceus qui plus offrent raison,
Lors vueil faire une chançon. »
— Chanson de Thibaud IV, comte de Champagne (extrait)

Avant l’Histoire l’Afrique et du Moyen-Orient. Cependant, même avec des tempé-


ratures plus clémentes, seuls les Nosferatus et les Gangrels osaient

V ers –40 000, homo sapiens (Cro-Magnon) arrive en France


après plus de cinquante millénaires d’une lente progression
depuis l’Afrique. Bien qu’il cohabite un temps avec l’homme de
s’aventurer dans ces terres de l’Ouest encore peu accueillantes,
survivant grâce à leur discipline permettant de régner sur les
animaux et de s’en nourrir. Certains, principalement parmi les
Néandertal qui occupe ces terres depuis près de 250 000 ans, Nosferatus, créèrent de véritables cultes autour d’eux.
homo sapiens est en mesure de s’adapter grâce à ses techniques plus C’est également à cette période que l’Impergium des loups-
développées lui permettant notamment de créer de nombreux garous atteint son paroxysme. Durant cette sombre époque, les
outils (armes plus efficaces, hameçons, aiguilles à chas et même lycanthropes inspiraient la terreur aux hommes et limitaient
instruments de musique). À l’époque, la dernière glaciation rend les activités et le nombre de ces derniers, imprégnant dans la
le nord du territoire, constitué en grande partie de toundra, rela- mémoire collective la terreur du loup qui transparaît encore
tivement hostile à la vie humaine. au travers du Délire affectant les esprits humains confrontés
Lorsque le Néolithique touche la France (vers –5 500), homo à un loup-garou sous sa forme de combat. Il se trouvait même
sapiens commence à se sédentariser, construit des habitations quelques humains « éveillés » pour aller dans le sens de l’Imper-
(dont les maisons sur pilotis, ou palafittes, bâties sur les rives des gium, des mages-chamans se livrant à des sacrifices humains
lacs), cultive des céréales et légumineuses, élève du bétail, domes- dans le but de s’octroyer de grands pouvoirs, menaçant l’équi-
tique le cheval, dresse des pierres et construit les premières tombes libre, attirant les sbires du Ver dans ces contrées encore vierges
et nécropoles (les fameux tumuli dont il ne reste souvent que les de son toucher corrupteur.
dolmens marquant originellement l’entrée de la sépulture recou- Bien évidemment, une tribu bénéficiant de l’aide d’un
verte de pierres et de terre, symbolisant ainsi le monde souterrain). puissant « esprit protecteur » caïnite (dont la plupart étaient à
Ce n’est que vers –5 000, que les premiers caïnites s’aventurent l’époque des caïnites au sang puissant) avait un net avantage
dans la France actuelle. Jusqu’ici, les températures basses et les dans son combat contre les Garous ou les mages sanguinaires (un
populations clairsemées ne leur permettaient pas de survivre (à vampire n’a aucun intérêt à décimer sa tribu, bien au contraire,
quelques exceptions près), contrairement aux terres du Nord de ils doivent être forts, prospérer, se multiplier). La découverte du

9
métal d’argent vers –5 000 et son usage courant vers –3 000, Étrusques et Carthaginois au VIe siècle avant Jésus-Christ. Cela
donne un avantage indéniable aux humains qui commencent à a également pour effet de faciliter les échanges entre les peuples
prendre conscience de ses propriétés, mais l’Impergium ne prend celtes de « Gaule » et les grandes civilisations méditerranéennes,
fin que vers –2 000 dans une Europe encore sauvage (alors qu’il favorisant une ouverture exceptionnelle sur le monde… et les
avait cessé presque trois millénaires plus tôt au Moyen-Orient). caïnites. Massalia était alors un bastion aux mains des Brujahs,
alliés à quelques Toréadors, et les échanges avec Carthage étaient
L’âge des métaux importants, transformant la future ville de Marseille en cité pros-
père, succédané de l’utopie carthaginoise.

L ’âge du bronze débute en France vers –2 000, il est suivi par


l’âge du fer aux alentours de –750. Durant cette période, les
villages se fortifient et une classe supérieure fait son apparition.
Le Dernier Roi
Ces chefs se réservent le droit de posséder leur propre tumulus et
sont inhumés avec de nombreuses richesses. Pendant un temps,
les rites funéraires évoluent et l’incinération devient courante.
L es « Gaulois » se divisent en nombreux peuples (ou civitates)
parmi lesquels figurent les célèbres Arvernes (Auvergne),
mais également les Éduens (Bourgogne), futurs alliés de Rome.
Le défunt est brûlé avec ses possessions, ses cendres placées Durant la Tène (ou second Âge du Fer), qui débute vers –450,
dans une urne, elle-même placée dans un coffre et enterrée. La deux puissants caïnites, Antiorix et Ueruic, règnent sur une
raison d’un changement aussi radical dans les rites funéraires bonne partie de la Gaule celtique (correspondant à toute la
est inconnue, mais ce qui est sûr c’est que l’inhumation sans partie centrale de la France actuelle). Antiorix et Ueruic (dont les
crémation reste la norme chez les puissants. Certains avancent noms pourraient se traduire respectivement par « Dernier Roi »
que les caïnites (se faisant alors plus nombreux) ne voulaient pas et « Grand Combattant »), sont deux mathusalems ventrues de
courir le risque d’être découverts et incinérés si on venait à les 4e génération aux origines inconnues et probablement arrivés
trouver en torpeur (qu’elle soit diurne, volontaire ou forcée) ; à l’époque de la fondation de Massalia. Rapidement, ils s’im-
ils auraient alors conservé le rite d’inhumation du corps plutôt plantent au sein du peuple éduen dont ils mènent en grande
que sa crémation, mais cela reste sujet à discussion, bien que partie la politique. Antiorix ne tarde pas à s’allier à Rome, qu’il
l’on puisse penser que ces rites pouvaient avoir lieu après la nuit admire, mais également au mathusalem toréador Beshter (futur
tombée, ce qui accréditerait cette thèse. Michel de Constantinople), dont il devient l’amant alors qu’il
Même si de nombreux oppida (villes fortifiées) font leur appa- abandonne la Gaule aux armées romaines, facilitant même son
rition, la première cité digne de ce nom est fondée vers –600 invasion par sa connaissance des peuples locaux. Antiorix devient
par les Grecs phocéens sous le nom de Massalia. Ce port, au Antonius le Gaulois, rejoint Rome, puis Constantinople où il
positionnement stratégique indéniable, jouit d’une impor- trouvera la Mort ultime en 796. Ueruic, déçu par l’attitude d’An-
tance considérable dans les échanges commerciaux entre Grecs, tiorix, se rend en Germanie et prendra le nom d’Erik Eigermann.

LA DISPARITION DE NÉANDERTAL

S i l’on en croit les légendes garous, l’homme de Néandertal périt sous les chélicères des terribles Ananasi, les araignées-
garous. En effet, contrairement à Cro-Magnon qui était capable d’évoluer, s’adapter, créer et inventer, Néandertal ne
semblait pas en mesure de « s’élever ». La Tisseuse, puissant esprit de la Trinité et créatrice des Ananasi, voyait en homo sapiens
un outil qu’elle avait façonné petit à petit au fil des ères, un chef-d’œuvre créé afin de la représenter et, surtout, de la servir.
Dès lors, la présence de Néandertal lui devint insupportable et ses fidèles araignées le firent donc disparaître de la surface de
la Terre vers –25 000.

LES « DIVINITÉS » NOSFERATUS

E n créant un culte autour d’eux, certains Nosferatus pouvaient se nourrir sur les tribus locales tout en les faisant bénéficier
de leur « protection ». Retirés dans de profondes cavernes considérées comme sacrées (plus tard des tumuli créés pour
eux), ils communiquaient par l’intermédiaire de goules-chamans, utilisant leurs pouvoirs d’Occultation pour modifier leur
apparence et dissimuler leurs « sanctuaires », leur Puissance pour déplacer d’énormes rochers interdisant l’accès à leur refuge
et l’Animalisme pour permettre à leur tribu de prospérer, d’abord grâce à des chasses toujours fructueuses, puis en facilitant
l’élevage et la domestication.
Si certains Gangrels ont pu faire de même, la sédentarisation de l’humanité a eu raison des chasseurs et ces caïnites
sauvages s’en sont donc détournés. Bien qu’il n’y ait aucune source ni preuve de ce fait, il n’est pas impossible que certains
Tzimisces se soient aventurés à l’ouest ; il demeure cependant peu probable qu’ils aient soutenu de quelconques communautés
humaines, incarnant plutôt une sorte de divinité tellurique régnant sur une région et inspirant la crainte à ses habitants.

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LA GUERRE DE L’ARGENT ET DU FER

V ers –800, une guerre éclate entre Garous celtes (majoritairement des Fianna et Hurleurs Blancs) et le peuple des fées.
S’étendant sur une zone géographique incluant les actuelles Irlande, Normandie et Bretagne, ce conflit doit son nom aux
deux métaux mortels aux lycanthropes et au « peuple de lumière ».
Cet affrontement tire son origine de l’attitude des fées, lesquelles ont utilisé les Garous lors de leur Guerre des Saisons,
un geste évidemment peu apprécié des lupins. Les deux factions, non contentes de s’entretuer, enseignèrent également aux
hommes les propriétés occultes et mortelles de l’argent et du fer froid contre leurs ennemis respectifs. Ce qui était un secret
encore largement ignoré devint dès lors connu de nombreux chasseurs de créatures surnaturelles, ce qui ne fit qu’augmenter
encore les pertes de chaque côté.
Finalement, le conflit devenant trop coûteux en vies, les fées se retirèrent en Arcadie pour ne revenir que des siècles plus
tard, bien après que le dernier Garou ayant souvenir de cette guerre se soit éteint.

LA ROUE DE FER ET D’ARGENT

C et ordre secret aurait été créé lors de la Guerre de l’Argent et du Fer. Il regroupait des humains spécialisés dans l’élimina-
tion des loups-garous et des fées, mais également des vampires. Si le fer et l’argent renvoient directement aux deux métaux
mortels pour les lupins et les êtres féeriques, la roue renvoie à la représentation du Soleil, symbole du dieu des cieux et de la
foudre : Taranis.
Il est possible que cet ordre ait subsisté jusqu’à maintenant, d’une façon ou d’une autre. Peut-être même est-il à l’origine de
l’efficacité des inquisiteurs durant les croisades albigeoises, deux décennies avant la création de la Société de Léopold en 1231.
Domingo Núñez de Guzmán (futur saint Dominique et fondateur de l’ordre des Dominicains, intimement lié à l’Inquisition)
pourrait avoir été initié aux secrets de la Roue de Fer et d’Argent.

Avec la défection d’Antiorix, la Gaule s’effondre en à peine rapidement, il réforme la société gauloise, en commençant par
sept ans face aux légions de Jules César (de –58 à –51 environ). Il ses élites et sa noblesse, obtenant des résultats spectaculaires en
faut dire que les armées romaines sont appuyées par de puissants à peine un siècle. Même si plusieurs révoltes viennent émailler
caïnites, principalement des Ventrues, Lasombras et Malkaviens, cette période de transformation qui voit apparaître des « empe-
mais également par des Garous de la tribu des Crocs d’Argent, reurs » gaulois, la plupart d’entre eux marquent leur attache-
liés aux patriciens latins. Les peuples gaulois, soutenus par ment à Rome et lui prêtent allégeance.
quelques caïnites, principalement des Nosferatus et Gangrels,
manquent de cohésion et scellent ainsi leur destin. Quant
aux loups-garous, dont beaucoup appartiennent à la tribu des
L’ère des troubles
sanguinaires Griffes Rouges, ils se moquent bien de l’avenir de
L ’empire romain atteint son apogée au I  siècle. Ses frontières
er

ces humains pathétiques, abandonnant les rares Furies Noires sont si étendues qu’il ne peut plus faire face aux invasions
(établies sur la côte méditerranéenne) qui tentent de s’opposer des peuples barbares qui s’enfoncent toujours plus profondé-
à l’envahisseur. La résistance lupine s’avère supérieure en Gaule ment dans l’empire et particulièrement en Gaule. Évidemment,
armoricaine où les Fianna et Hurleurs Blancs viennent prêter derrière ces peuples se dissimulent les clans Gangrel et Brujah,
main-forte aux peuples locaux, dont certains appartiennent trop heureux de s’attaquer à leurs ennemis, les Ventrues,
à leur Parentèle. Mais l’issue du conflit était inéluctable et les Malkaviens, Lasombras et Toréadors de Rome. Mais la présence
tribus se replient dans leurs terres du nord, au-delà de la mer. de Garous parmi les Germains érode l’influence des caïnites et
Rapidement, durant le premier siècle de l’époque gallo- ne permet pas aux Brujahs de se saisir réellement du pouvoir.
romaine, la culture et l’identité gauloises sont éliminées. La Alamans, Francs, Suèves, Alains, Vandales, Wisigoths et
quasi-absence de langage écrit ne permet pas au patrimoine celte Burgondes déferlent successivement sur la Gaule. Rome, inca-
de subsister longtemps face à la volonté d’éradication du nouveau pable de juguler de telles invasions, « fédère » certains de ces
maître latin. Vers –10, la première université gallo-romaine est peuples germaniques, leur octroyant des domaines en échange
créée à Augustodunum (actuelle Autun), chez les Éduens. Fondée de la protection de ses frontières.
par l’empereur Auguste, la cité se veut un modèle représentatif Alors que l’empire d’Occident se désagrège avec le trans-
de la puissance et de la culture romaines. Le premier prince fert du pouvoir vers Constantinople (aux alentours de 330),
de la cité est Diviciacos (6e génération, Malkavien), un druide quelques-uns des plus puissants mathusalems quittent Rome
éduen étreint après la guerre des Gaules. Malgré son jeune âge pour rejoindre la nouvelle capitale en Orient (Beshter/Michel,
en tant que caïnite, son expérience et sa parfaite connaissance Antonius, le Dracon) tandis que d’autres s’impliquent auprès
des peuples gaulois et romains en font le candidat idéal. Très des armées romaines face aux invasions (comme Mithras)

11
ou choisissent justement de soutenir certains de ces peuples Rapidement, les Ventrues reprennent la main et le maire
germaniques, faisant le choix de les « civiliser ». C’est à partir du palais Charles (surnommé « Martel ») pose les bases d’une
de ce moment que la prédominance des Brujahs et Gangrels nouvelle dynastie qui prend corps avec le couronnement de son
commence à s’étioler au profit des Ventrues, évincés de Rome fils Pépin le Bref en 752, lequel dépose le dernier roi fainéant et
par une coalition de Toréadors, Lasombras et Malkaviens. Les devient le premier souverain carolingien. Alexandre atteint son
Brujahs se replient vers le nord, investissant la Scandinavie et but lorsque le fils de Pépin le Bref, Charlemagne, est couronné
apportant un peu de leur « civilisation » dans une région forte- empereur en l’an 800. Si le nouvel empereur s’avère être l’un des
ment dominée par les Gangrels. plus fidèles serviteurs de l’Église, cette piété permet à Alexandre
Lorsqu’Attila et ses Huns ravagent l’Est de la Gaule en 451, (et Erik Eigermann) de porter un coup décisif aux clans Gangrel
poussant jusqu’à Orléans, c’est une coalition menée par le Franc et Brujah de Germanie alors que Charlemagne lance une « croi-
Mérovée, le Wisigoth Théodoric et le Romain Aetius (soutenus sade » de trente ans contre les Saxons païens. Malheureusement,
par des Alains et Burgondes), qui parvient à les repousser. Il cette même piété rend l’empereur difficilement influençable par
est évident qu’une telle alliance n’aurait pu se faire sans l’inter- les pouvoirs pourtant colossaux d’Alexandre qui ne peut que
vention de quelque puissance politique occulte et nombre de manipuler l’entourage direct de Charlemagne, lui assurant des
caïnites ont reconnu la main du mathusalem ventrue Alexandre, succès en demi-teinte. Malgré cela, cet empire carolingien, futur
arrivé depuis peu sur les terres de la future France et ayant Saint-Empire romain germanique, est bien l’œuvre des Ventrues.
rassemblé les Ventrues sous sa coupe. En réalité, il est probable
que les Garous de la tribu des Fils de Fenris, profondément
implantés au sein des peuples germaniques, aient réussi à se
La chute de
fédérer momentanément afin de repousser l’invasion, avant de
retourner à leurs querelles habituelles.
l’empire carolingien
Vers un nouvel empire E n 843, le traité de Verdun partage l’immense empire de
Charlemagne entre ses trois petits-fils. Lothaire, qui a pris
le titre d’empereur d’Occident, occupe le territoire central qui

S i l’on en croit les historiens, l’existence du Franc Mérovée


n’est pas fermement attestée et il est considéré par certains
comme un roi légendaire, au même titre que le roi Arthur.
s’étend de Rome à la mer du Nord ; Louis II obtient la Germanie
à l’est et devient roi de Francie orientale ; Charles II le Chauve
est roi de Francie occidentale, obtenant les territoires de l’Ouest.
Cependant, dans le Monde des Ténèbres antique, Mérovée existe Si Charles II est considéré comme le souverain le plus puis-
bel et bien et est également un mage de grand talent, particula- sant de la fratrie et sacré empereur à Rome par le pape Jean
rité que posséderont certains de ses descendants. Lorsque Clovis VIII en 875, il décède deux ans plus tard et le pape choisit alors
(petit-fils de Mérovée) épouse Clotilde, une princesse burgonde comme protecteur (et empereur) Charles le Gros, fils de Louis
catholique, il ne tarde pas à se convertir à la religion du dieu II, alors roi de la Francie orientale. Le nouvel empereur reçoit
unique, faisant du catholicisme la religion officielle des Francs et en 885 la couronne de Francie occidentale, reformant ainsi l’em-
conférant une grande puissance à la confrérie de mages des Voix pire carolingien originel… pendant deux ans. Contraint d’abdi-
messianiques, fortement implantée au sein de l’Église de Rome. quer en 887, Charles le Gros paye le prix de son incapacité à
Seul souverain catholique d’Occident, Clovis bénéficie du repousser la menace que représentent les invasions normandes
soutien total de l’Église et étend son territoire au détriment et met définitivement fin à l’empire carolingien.
des païens et des peuples soutenant le courant de l’arianisme, Les Vikings frappent durement la Francie occidentale au
considéré comme hérétique. Sous les Mérovingiens, les évêques milieu du IXe siècle alors que les villes de Rouen, Nantes, Paris
disposent de grands pouvoirs, représentant le roi dans les villes et Tours sont pillées et incendiées. Puis, les « hommes du Nord »
et disposant de son autorité. s’attaquent au Sud de la France, saccageant Arles, Valence et
Le mathusalem Alexandre, qui comptait exercer son influence Nîmes. Ces barbares païens visent directement l’Église et ses
sur cette nouvelle dynastie, se heurte aux mages des Voix messia- représentants (assassinant plusieurs évêques) et sont menés
niques et doit faire machine arrière (les Mérovingiens attirent par des seigneurs de guerre issus des clans Gangrel et Brujah,
également l’attention de la secte connue plus tard sous le nom tous ennemis acharnés de la chrétienté, mais également par des
de « l’Inconnu », laquelle pense pouvoir étendre la domination garous de la tribu des Fils de Fenris dont certains se souviennent
des Francs dans toute l’Europe et même au-delà, créant ainsi un des conversions et massacres de Saxons.
nouvel empire romain). La lutte qui s’engage alors entre le puis- L’armée franque se montre incapable de lutter à armes égales
sant Ventrue et les mages va profondément marquer la dynastie dans cette guerre de harcèlement multipliant les raids et Charles
mérovingienne et la fragiliser. Si la situation semble se stabiliser le Gros doit recourir au paiement de lourds tributs afin de
sous Dagobert au début du VIIe siècle, les décennies suivantes mettre fin à ces attaques. Ce n’est finalement qu’en 911 que le
marquent l’avènement des « rois fainéants » et le rapide déclin roi Charles III le Simple, à la suite d’une victoire franque ines-
du royaume. Le pouvoir revient alors aux maires du palais, à la pérée, signe un traité avec le roi normand Rollon conduisant à
suite d’une habile manœuvre d’Alexandre et de ses vassaux. la création du duché de Normandie.

12
CRÉATION DE LA GRANDE COUR

LCependant,
orsque vers 508 Clovis établit le siège du royaume franc à Paris, Alexandre y fonde également sa Grande Cour, s’entourant
de quelques-uns des caïnites les plus influents de cette partie de l’Europe occidentale, sur lesquels il règne en maître.
Paris ne sera la capitale de la dynastie que de manière épisodique, principalement à cause des divisions du
royaume entre les différents héritiers francs, et il faudra attendre le début du Xe siècle pour que la cour royale s’y maintienne
plus ou moins durablement.

LES SEIGNEURS DE LA CHRÉTIENTÉ

D e Charles Martel, qui mit un terme aux conquêtes omeyyades dans le royaume, à Pépin le Bref qui, à la demande du pape
Étienne II, vainquit les Lombards et participa directement à la création d’un État pontifical, la dynastie carolingienne
s’est imposée comme le bras armé de l’Église.
Ce serait donc au VIIIe siècle que les Lasombras romains commencèrent à infiltrer les institutions religieuses franques, se heur-
tant aux mages des Voix messianiques dans une guerre occulte qui finit par tourner à l’avantage des caïnites, notamment grâce
à leur investissement face aux désirs expansionnistes des Lasombras et Toréadors musulmans, ainsi que de leurs alliés assamites.

LA GUERRE CONTRE LES SAXONS

D errière le conflit qui oppose Charlemagne aux Saxons se cache en réalité une guerre entre deux tribus garous. D’un côté
les Crocs d’Argent, dont la Parentèle s’est implantée parmi les Carolingiens et leurs vassaux, et de l’autre les Fils de Fenris,
servant l’arbre-esprit Irminsul, symbole de conquête. Cette guerre oppose également les mages des Voix messianiques aux
mages païens qui organisent la plupart des rites saxons impies.
Si le début du conflit se solde rapidement par une victoire éclatante du futur empereur Charlemagne en 772, lorsqu’il fait
abattre la représentation physique d’Irminsul (affaiblissant considérablement l’esprit qui y était lié), la conversion du peuple
Saxon nécessite encore trois décennies et se fait généralement par la force, punissant de mort ceux qui refusent le baptême ou
s’adonnent à d’anciens rites interdits. Mais cette conversion n’est qu’une façade, les anciennes croyances demeurant ferme-
ment implantées.

Par l’intermédiaire de Rollon, les Brujahs commencent à


étendre leur influence depuis la Normandie, ignorant qu’ils
Le déclin du pouvoir
sont les pions d’un Triumvirat ventrue désireux de mettre la main
sur le puissant duché (cf. Le Triumvirat ventrue, page 109) en
de l’Église
opposant les Zélotes à la Grande Cour. Le prince Alexandre,
apathique depuis la mort de Lorraine, voit son influence sur
la dynastie carolingienne s’étioler. Charles III est déposé par
L ’affaiblissement de la dynastie carolingienne, qui doit
maintenant composer avec ses vassaux dont le pouvoir ne
cesse d’augmenter, conduit à un affaiblissement des pouvoirs
les grands féodaux de France, probablement soutenus par les de l’Église qui se voit soumise aux laïcs. Ainsi, les évêques ne
Zélotes qui installent les Robertiens sur le trône. Mais l’influence sont plus tout-puissants et dépendent des comtes et ducs qui
des Brujahs décline face aux Ventrues du Saint-Empire et leur choisissent les titulaires des évêchés, souvent en faveur des plus
champion, Otton Ier, qui vient de repousser l’invasion magyare offrants. Les représentants de la chrétienté sombrent lentement
soutenue par les Tzimisces au travers de leur famille de revenants dans la débauche et la corruption, permettant aux caïnites infil-
des Vlaszy. trés dans leurs rangs de prendre définitivement l’avantage sur les
Toréadors et Lasombras de France s’allient pour lutter mages des Voix messianiques.
contre l’influence brujah au travers de l’archevêque de Reims On se livre sans vergogne à des trafics de reliques (souvent des
Adalbéron, soutien du Saint-Empire. À la suite d’habiles contrefaçons) et le recours à l’ordalie, ou « jugement de Dieu »,
manœuvres, Hugues Capet s’empare du trône des Francs, met se généralise malgré son rejet par l’Église. Cette crise religieuse
au pas les grands féodaux et s’oppose aux Ottoniens. La brève assombrit considérablement ce monde médiéval qui commence
mainmise des Brujahs sur la monarchie franque prend fin alors à s’enfoncer dans la peur et la superstition, véritable terreau des
que se dresse subitement la Cour normande ventrue dirigée mouvements hérétiques à venir. Les pèlerinages, principalement
d’une main de fer par le Triumvirat. celui de Saint-Jacques-de-Compostelle, connaissent un immense
succès et permettent l’émergence d’une nouvelle économie et
d’une nouvelle criminalité, visant les pèlerins mais également les

13
LA ROSE ÉCARLATE D’ALEXANDRE

V ers 900, le prince-régent Alexandre fut pris d’une passion dévorante pour la magnifique et innocente nouvelle-née Lorraine
la Belle, infante de la matriarche toréador Salianna. Conscients de l’avantage que représenterait l’union du mathusalem
ventrue avec un membre de leur clan, les Toréadors organisèrent une rencontre en échange de quelques concessions de la part
du prince. Lorraine devint la reine d’Alexandre qui, malgré tous ses efforts, ne put jamais obtenir l’affection de sa compagne,
mais seulement son amitié. Certaines rumeurs allèrent alors bon train quant à d’éventuelles infidélités de la part de Lorraine,
mais Alexandre n’y prêta pas attention.
Ce n’est qu’au retour d’un court voyage qu’il découvrit que sa reine s’était enfuie avec un autre Toréador du nom de
Tristan. Fou de rage, Alexandre les pourchassa jusque dans les faubourgs de Paris, détruisit l’impudent et conduisit la fautive
dans son refuge.
Lorraine y mourut en une semaine et dans une lente agonie, alors que le mathusalem drainait son sang et son essence dans
les pétales sculptés d’une rose blanche virginale, afin de posséder son âme pour l’éternité. Lors de la septième nuit, Alexandre
se pencha pour entendre les dernières paroles de sa reine adultère ; elle ne put prononcer que les mots « Je t’aime » alors que
les ultimes gouttes de sa vitae quittaient son corps pour teinter les pétales de la rose mystique d’un magnifique rouge écarlate.
Fou de douleur, Alexandre dut faire face à une période de démence durant laquelle la rose disparut. Il demeura inconso-
lable durant plus d’un siècle, jusqu’à l’arrivée de la mystérieuse comtesse Saviarre d’Auvergne.
Nul ne sait où se trouve la rose écarlate d’Alexandre, mais les rumeurs abondent quant aux pouvoirs qu’elle octroierait à
celui ou celle qui la possède. On dit qu’elle conférerait la beauté et la vie éternelle à tout mortel posant les lèvres sur ses pétales.
La rose écarlate fait ainsi partie des artefacts associés à l’œuvre au rouge de l’alchimie, la fameuse pierre philosophale source
d’immortalité, au côté du Saint Graal.
Cependant, il se murmure également que cette rose pourrait boire l’âme de tout caïnite entrant en contact avec elle, rédui-
sant son corps en cendres et emprisonnant son esprit dans un cauchemar éternel.

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marchands itinérants (surnommés les « pieds poudreux »). Mais que l’on nommera le Saint-Empire romain germanique, conti-
des événements tels que l’incendie de la basilique de Saint-Jacques- nuation de l’empire carolingien.
de-Compostelle en 997 par le chef de guerre arabe al-Mansour et Bien que l’empire soit très étendu (comprenant la Francie
la destruction du Saint Sépulcre à Jérusalem par le calife al-Hakim médiane et orientale), le pouvoir de l’empereur est limité. Il ne
en 1009, engendrent une appréhension renforcée par des dérè- peut compter sur aucune ressource personnelle, comme le roi de
glements climatiques exceptionnels, des périodes de disettes, des France et son domaine royal, et sa situation souffre d’une trans-
invasions de sauterelles, une augmentation de la population de mission du pouvoir élective et non héréditaire, ce qui confère une
loups et l’apparition du terrifiant mal des ardents dont on dit qu’il grande puissance aux princes électeurs qui ne manquent pas de
est un signe de possession démoniaque ou de malédiction (en se soulever régulièrement, affaiblissant continuellement l’empire.
réalité, l’ergotisme provient d’un champignon se développant sur Il est fort probable que sans l’intervention du puissant
le seigle et frappant principalement les paysans mangeant du pain Ventrue Hardestadt, dont la cour itinérante parcourt tous les
noir ; en ville – et chez les puissants – c’est le pain blanc, à base de territoires du Saint-Empire, l’unité n’aurait pas pu être conservée
froment, qui est privilégié, les épargnant ainsi grandement). durant tous ces siècles.
Pourtant, dans ces ténèbres, la lumière de Dieu éclaire encore
quelques élus, tels les bénédictins qui fondent l’abbaye de Cluny en
910, laquelle rayonnera sur le Moyen Âge intellectuel et religieux.
Le renouveau capétien

Le Saint-Empire S acré en 987, Hugues Capet devient le premier roi capétien.


Sa position n’est guère enviable puisqu’il est confronté
à la menace des Ottoniens qui désirent reformer l’empire
romain germanique de Charlemagne en y incluant la Francie occidentale et les
seigneurs du royaume eux-mêmes (vivement encouragés par le

P arle roisondecouronnement en 962 des mains du pape Jean XII,


Francie orientale Otton I devient empereur de ce
er
Ventrue Hardestadt, nouveau venu sur l’échiquier caïnite). Le
roi de France peut heureusement compter sur les possessions
de la couronne (le domaine royal) qui lui assurent des revenus
supérieurs à la plupart de ses vassaux, à l’exception peut-être des
LE QUATRIÈME SCEAU ducs d’Aquitaine et de Normandie.
Le pouvoir, passé de l’Église aux laïcs et plus principalement

C ette secte millénariste hérétique a participé à l’établis-


sement d’un climat de terreur en France autour de l’an
mille. Fondée par des caïnites dévots, elle visait à plonger
aux seigneurs qui construisent de nombreux châteaux forts dès

HARDESTADT
les hommes dans la peur du châtiment divin, annonçant la
venue prochaine de l’Apocalypse.
Regroupant principalement des Cappadociens,
Malkaviens et Nosferatus, cette secte répandait l’idée que
C e Ventrue de 5e génération, étreint en 947, est très
« jeune » pour posséder un tel pouvoir et une telle
influence malgré la puissance de son sang. On dit que
l’Apocalypse était imminente. Ces caïnites eschatologues
son sire aurait été détruit, mais certains indices tendent à
utilisaient parfois leurs pouvoirs et connaissances pour
prouver le contraire. Un puissant mathusalem tirerait-il les
renforcer certains aspects de cette fin du monde, notam-
ficelles dans l’ombre ?
ment ceux des cavaliers issus de l’ouverture des quatre
Il est possible qu’il soit l’infant du mathusalem Erik
premiers sceaux : « (…) et il leur fut donné sur les quatre parties
Eigermann. Bien que supposément détruit en 1140, le
de la terre le pouvoir de tuer par le glaive, la famine et la mort, et
mathusalem est en torpeur sous Cölln-Berlin et pourrait
par les bêtes de la terre. »
bien influencer son infant au travers de ses considérables
Le climat de violence qui entoure les guerres privées
pouvoirs et de la vitae qui coule dans ses veines.
entre châtelains, les bandes de pillards de plus en plus
nombreuses, la prolifération des loups et les nuées de saute-
relles, le mal des ardents (qui semble consommer vif ses LES PRINCES-RÉGENTS
victimes dans les feux de l’Enfer) et les famines sont autant
de signes ayant permis au Quatrième Sceau de se nourrir de
la terreur des mortels durant des décennies. L e titre de prince-régent implique que le caïnite qui le
porte ne règne pas uniquement sur sa cité, mais égale-
ment sur tout le territoire du royaume. Ainsi, Mithras est
Jugés hérétiques, les membres de la secte furent chassés
et immolés au soleil par les caïnites de l’Église au milieu du le prince-régent de Londres et des possessions britanniques
XIe siècle. Certains auraient cependant réussi à fuir, prépa- dans leur ensemble ; Hardestadt est le prince-régent du Saint-
rant un retour du Quatrième Sceau en usant de méthodes Empire romain germanique (mais il n’est lié à aucune ville
radicales et n’hésitant pas à se livrer à l’infernalisme et à en particulier car sa cour est itinérante tant son royaume est
s’allier aux Baalis, succombant rapidement à la folie et la vaste) ; Alexandre, puis Geoffrey, sont les princes-régents de
corruption démoniaque. Paris et de France.

15
le Xe siècle, ne va pas sans heurt alors que les châtelains se livrent
à des guerres personnelles avec leurs voisins. C’est dans ce cadre VAMPIRES DES VILLES…
que l’Église instaure la « paix de Dieu », menaçant d’excommuni-

A
cation tout seigneur s’attaquant à des lieux de culte, des moines, uparavant reclus dans leurs domaines ruraux, se nour-
des paysans (ou leurs animaux) et autres villageois innocents. rissant sur leur immense cheptel de serfs, certains
Profitant de ce nouvel élan, l’Église se réforme et les premières seigneurs caïnites ont participé à l’essor des places fortes
hérésies, découlant de ces nécessaires remises en question, sont au Xe siècle et au développement des bourgs attenants.
matées au XIe siècle. La chrétienté amorce dès lors son renou- Rapidement, de nouvelles villes ont commencé à émerger et
veau sous l’égide du pape Grégoire VII. la population a afflué, désertant les campagnes. Les caïnites
Parallèlement, la situation s’améliore pour le peuple au sortir intégrés dans ce nouveau tissu urbain bénéficiaient dès lors
de la période sombre encadrant l’an mille. La démographie d’un important troupeau à portée de main ainsi que d’une
explose (on estime que la population européenne a doublé entre bien meilleure protection contre les Garous infestant les
le XIe et le XIIe siècle) et de nombreux bourgs et villages sortent de zones rurales. Cette situation mena à un renforcement de la
terre, bénéficiant de la présence des places fortes qui ont émergé deuxième tradition, de nombreux caïnites étant attirés par
au siècle précédent. Des églises sont à nouveau construites, deve- ces viviers de nourriture souvent abrités derrière de rassu-
nant le centre religieux de chacune de ces paroisses autonomes rantes enceintes.
et les dotant d’un cimetière commun. La société est en pleine
mutation, les villes s’agrandissent et les besoins en nourriture
augmentent. L’amélioration du climat et la hausse des tempéra- sont des lieux inquiétants, dont les ombres donnent naissance à de
tures permettent les cultures de terres en friche, des marais sont nombreuses légendes et superstitions effrayantes. Bien sûr, dans le
asséchés et une déforestation massive débute. Le perfectionne- Monde des Ténèbres médiéval, de telles fables possèdent souvent
ment de la charrue et le moulin à eau améliorent également la une origine bien réelle. On imagine sans peine que les hôtes surna-
productivité agricole. turels des bois (qu’ils soient caïnites, Garous ou même d’origine
Dans le domaine artistique, l’architecture romane se développe féerique ou détenteurs d’une ancienne magie issue de la terre) ne
dès le début du XIe siècle en même temps que fleurissent églises et voient pas d’un très bon œil une telle agression envers leur habitat
abbayes. On considère que c’est à cette période que les Toréadors naturel, ce que de nombreux mortels ont payé de leur vie. Il est
vinrent en grand nombre en France, prêtant pour la plupart même probable que des communautés entières aient été massacrées
l’hommage lige à Salianna, incontestable autorité toréador du après avoir profané un puissant cairn des Garous ou éradiqué leur
royaume. Il n’est donc guère surprenant de voir les concepts de Parentèle lupine. Les sanguinaires Griffes Rouges étant parmi les
chevalerie puis d’amour courtois émerger successivement à partir loups-garous les plus nombreux dans ces terres sauvages et faisant
de cette époque (tous deux largement portés par Aliénor d’Aqui- peu de cas des humains, on imagine sans peine l’horrible spectacle
taine et l’œuvre de Chrétien de Troyes dans la société mortelle du s’offrant aux yeux des voyageurs espérant trouver quelque réconfort
XIIe siècle). La création des cours d’Amour toréadors va profondé- dans un village autrefois accueillant, à présent jonché de cadavres
ment bouleverser l’équilibre des forces et permettre au clan de la démembrés et pourrissants, sans distinction d’âge ou de sexe.
Rose de prendre peu à peu l’ascendant sur les Ventrues.
Guillaume le
Les grandes
Conquérant
déforestations
E ntre le XIe et le XIIIe siècle, plus de la moitié des surfaces
boisées est rasée, permettant d’étendre les terres cultivables
A lors que les Toréadors (et leurs alliés lasombras de circons-
tance) pensent affermir leur prise sur la royauté franque,
Alexandre sort de sa léthargie, poussé par une nouvelle venue sur
et fournissant le bois nécessaire au chauffage et aux constructions l’échiquier politique : la comtesse Saviarre. La main de fer de la
consécutives à l’explosion démographique. Le XIIe siècle marque puissante Ventrue est particulièrement visible sur le règne du roi
également l’éclosion des castelnaus, sauvetés et bastides dont le but des Francs Henri Ier. Les Brujahs, dont l’influence était encore
est d’attirer des colons afin de défricher et exploiter les terres grande en Normandie, en font les frais alors que l’existence du
pour leur seigneur (ou pour l’Église) en échange d’avantages tels Triumvirat ventrue normand est révélée au grand jour et que
que des allègements fiscaux (à l’inverse, ils pouvaient être soumis le duc Robert le Magnifique porte un coup terrible aux Zélotes
à des pénalités s’ils ne développaient pas assez vite leur commu- de la région. Peu après, Saviarre tente de contrôler le jeune duc
nauté). C’est également à cette période que le servage tend à Guillaume II, le soutenant par l’intermédiaire du roi des Francs
disparaître progressivement. dans sa lutte contre les derniers rebelles normands sous l’in-
Faire reculer les forêts, c’est civiliser la terre. Les loups, chassés fluence finissante des Brujahs, comptant bien porter ensuite son
de leurs territoires boisés, s’approchent des villes et sont les proies attention sur le Triumvirat et son influence néfaste, réintégrant
des louvetiers qui, depuis Charlemagne, ont pour mission d’éra- la Normandie dans le giron de la Grande Cour. Mais Guillaume
diquer ces prédateurs qui terrorisent les populations. Les forêts est ambitieux et, après avoir raffermi sa position, il refuse de céder

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face au roi Henri qui voit dans ce jeune duc de Normandie un
formidable adversaire politique. Saviarre pousse le roi à attaquer
Le retour des rois
la Normandie et à remettre à sa place ce « petit duc » soutenu
par le Triumvirat ventrue dont la Cour normande, enfin débar-
rassée de l’influence brujah, s’oppose ouvertement à la Grande
D ès le début du XIIe siècle, la royauté française se renforce
considérablement. Louis VI le Gros apporte d’importants
changements, mettant au pas ses châtelains et améliorant l’admi-
Cour, matant les caïnites qui voudraient rester neutres et faisant nistration du royaume en créant la charge des prévôts, qui admi-
régner la terreur. Mais, contre toute attente, Alexandre semble se nistrent son domaine en son nom. Il bénéficie également des
prendre à nouveau de passion pour la politique humaine et voit conseils de l’abbé de Saint-Denis, Suger, considéré comme l’un
en Guillaume II un mortel fascinant qui ravive son ambition. des hommes les plus brillants de son époque.
La comtesse Saviarre n’a d’autre choix que de reculer, laissant Si Louis VI perd (en 1119) une importante bataille contre
Guillaume consolider sa position dans son domaine. Alexandre le duc de Normandie et roi d’Angleterre, Henri Ier Beauclerc,
est patient, il sait que l’influence du Triumvirat ne durera guère il réalise une démonstration de force face à l’empereur des
et que leur ambition démesurée causera leur perte… Romains Henri V qui poussa jusqu’à Reims (1124). À la tête
Le puissant duc de Normandie, Guillaume II, descendant de l’ost (qui réunit pour la première fois dans l’histoire tous les
du roi viking Rollon, possède une influence équivalente aux vassaux du roi de France), Louis VI impressionne l’empereur qui
rois de France et même potentiellement supérieure lorsque, ordonne la retraite sans combattre. Bien sûr, certains attribuent
vers 1052, il vient en aide à son cousin Édouard le Confesseur ce succès au fait que le roi brandissait l’étendard de Saint-Denis,
pour lui permettre de conserver son pouvoir sur l’Angleterre tout juste créé par l’abbé Suger.
en échange de sa succession. Mais lorsqu’Édouard meurt en Avec le règne de Louis VII le Jeune, conseillé par l’abbé
1066, Harold s’empare de la couronne, assenant un violent Suger, la position du roi de France se renforce. Le mariage du
camouflet à Guillaume, auquel il avait pourtant fait serment jeune souverain avec Aliénor d’Aquitaine étend les frontières
d’allégeance quelques années auparavant. Soutenu notamment du royaume capétien jusqu’aux Pyrénées. Malheureusement, les
par son beau-père, le comte de Flandre, Guillaume monte en écarts de conduite de la reine et son incapacité à donner un
juillet une immense flotte pour atteindre les côtes anglaises. héritier à la couronne (dont la légitimité pourrait en outre être
Cependant, des vents défavorables et des conditions météoro- mise en doute), inquiètent la cour. Louis VI divorce finalement
logiques exceptionnelles le retardent durant plusieurs semaines, en 1152 et Aliénor épouse peu après Henri II Plantagenêt, roi
laissant penser à l’intervention de forces obscures déchaînant les d’Angleterre, lui apportant alors ses terres du sud-ouest et affai-
éléments afin de ralentir les armées normandes. La traversée de blissant considérablement le royaume de France.
la Manche se fait dans un épais brouillard qui rend la navigation Aliénor d’Aquitaine a cependant une importante influence
difficile et surprend par la soudaineté de son apparition. Selon sur les caïnites et principalement les Toréadors qui fondent,
certaines chroniques, c’est finalement le 29 septembre (jour de sous l’impulsion de Salianna, les cours d’Amour dans la seconde
la Saint Michel, saint patron de la Normandie) qu’il débarque partie du XIIe siècle. Ces cours marquent l’émergence d’un véri-
en Angleterre. Le 14 octobre, il affronte les troupes d’Harold, table contre-pouvoir avec lequel le prince-régent Alexandre et
affaiblies après la bataille qui les a opposées trois semaines plus Saviarre sont contraints de composer, à leur plus grand déplaisir,
tôt au roi de Norvège Harald (autre prétendant à la couronne surtout si l’on considère que les relations d’Alexandre avec la
anglaise) à l’autre bout du pays. reine Salianna sont au plus bas depuis qu’il a assassiné son
En fin stratège, Guillaume utilise parfaitement ses archers et infante Lorraine.
fait également croire à une retraite de son armée pour disperser
les troupes ennemies et organiser une contre-attaque. Mais la
victoire est scellée par la mort d’Harold, frappé d’une flèche dans
La reconquête
l’œil à la fin de la journée, un exploit lorsque l’on sait qu’elle a
été tirée d’une distance prodigieuse avec une visibilité réduite L orsque Philippe II Auguste parvient au pouvoir en 1180, la
situation du royaume est précaire. Le jeune roi n’a qu’une
quinzaine d’années, mais il fait montre d’une redoutable habi-
par un ciel couvert et une météo capricieuse.
Les Ventrues du Triumvirat qui se sont opposés à la Grande lité politique. Rapidement, il rappelle qu’il est le seul maître du
Cour et comptaient prendre le pouvoir en Angleterre en mani- royaume et qu’il détient son mandat de droit divin. Éliminant
pulant Guillaume (couronné roi d’Angleterre en 1066), font les ses adversaires sans jamais enfreindre les règles, il agrandit consi-
frais du réveil du mathusalem ventrue Mithras en 1069, lequel dérablement son domaine royal et donc sa puissance vis-à-vis de
ne tarda pas à reprendre le contrôle de la cour d’Avalon et de ses ses vassaux. Il épouse une descendante de Charlemagne, Isabelle
baronnies, devenant le seul maître de l’Angleterre caïnite lorsque de Hainaut, légitimant encore davantage sa position et celle de
le roi, devenu Guillaume Ier d’Angleterre, en achève totalement sa propre descendance : le futur Louis VIII.
la conquête en 1075. Profitant de l’emprisonnement de Richard Cœur de Lion par
La Grande Cour se saisit des possessions normandes du l’empereur des Romains, Philippe II aide Jean sans Terre, frère
Triumvirat et des heurts opposent Ventrue anglais et français, de Richard, à prendre la couronne d’Angleterre. Philippe récu-
fragilisant la position du clan des Rois dans la région, supposé- père par la même occasion une partie du duché de Normandie
ment aux mains de la cour d’Avalon. et du comté de Touraine. À son retour, Richard reprend sa

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couronne mais meurt en 1199 en tentant de reconquérir ses la ville. Enfin, il crée les baillis (au nord) et les sénéchaux (au
territoires perdus et d’empêcher Philippe II de faire main basse sud) afin de surveiller les prévôts, rendre la justice et lui fournir
sur le duché d’Aquitaine. Cette fois, Jean hérite légalement de de précieuses informations sur l’état de son royaume dont les
la couronne d’Angleterre. Il épouse Isabelle d’Angoulême, dont frontières se sont considérablement étendues.
les terres lui permettent de renforcer sa présence en Aquitaine. L’incroyable habileté politique et militaire de Philippe II
Cependant, Isabelle était fiancée à Hugues de Lusignan qui se Auguste impressionne, et pour cause. Le mathusalem Alexandre
plaint au roi de France, lequel contraint le roi d’Angleterre à se a repris les rênes du pouvoir occulte, sortant de sa longue dépres-
présenter devant un tribunal pour forfaiture et déclare la confis- sion durant laquelle la politique caïnite n’était rythmée que par
cation de ses fiefs. Il reprend alors la Normandie, la Touraine, le les conflits entre Salianna et Saviarre, réglés par l’entremise de
Maine, l’Auvergne et l’Anjou aux Plantagenêt. leurs vassaux. La faiblesse dont a fait preuve Alexandre a permis
En 1214, une coalition réunissant Jean sans Terre, Otton l’expansion du pouvoir toréador et de ses cours d’Amour, une
IV (empereur des Romains) et Ferrand de Portugal (comte de situation que le prince-régent compte bien inverser en rappelant
Flandre) attaque la France. Philippe II remporte une victoire qui est le véritable maître, insufflant un peu de son énergie et sa
retentissante à Bouvines et libère par la même occasion le pugnacité retrouvées au roi de France.
royaume de la tutelle du Saint-Empire qui subit une véritable
humiliation. Depuis son accession au trône en 1180, le domaine
de Philippe II Auguste a vu sa taille quadrupler.
L’hérésie cathare
Sous le règne de Philippe II, la monarchie française s’est
transformée, devenant l’une des plus grandes puissances d’Eu-
rope. Les Plantagenêt n’ont plus qu’un pied en Aquitaine et la
D epuis le début du XIe siècle, un mouvement religieux fait
son chemin dans le Midi de la France. Originaire d’Orient,
il se base sur une vision manichéenne (ou dualiste) : un démiurge
démonstration éclatante de Bouvines assure une certaine paix mauvais a conçu le monde matériel afin d’emprisonner les âmes
au royaume. Philippe Auguste renforce la puissance du roi qui pures créées par Dieu et seule une vie de sacrifices et d’ascétisme
se fait plus interventionniste et réforme la France par le biais permet de libérer l’âme incarcérée dans cette chair maudite. (cf.
d’ordonnances royales. Il fixe sa capitale à Paris et fait fortifier page 146 pour de plus amples informations sur le catharisme.)

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L’ORDRE DU TEMPLE

F ondé en 1129 par le chevalier champenois Hugues de Payns et huit autres chevaliers appartenant à la milice des Pauvres
Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon, l’ordre a pour mission de protéger les pèlerins en Terre sainte. Sa règle
fut rédigée par le cistercien Bernard de Clairvaux en personne, lequel prêche la deuxième croisade en 1147. Rapidement, ils
collectent les dons faits en faveur de la Terre sainte et se muent en banquiers royaux (inventant la lettre de change), réunissant
des richesses imposantes faisant pâlir même les plus puissants suzerains. Leur exemption de droit, tribut ou péage (avantage
considérable à l’époque) n’est pas étrangère à leur fortune qui, à la fin du XIIIe siècle, compte des milliers de châteaux et de
domaines dans l’ensemble du monde chrétien. En outre, depuis que Philippe II Auguste leur a confié la perception des impôts
lors de son départ pour la croisade, les Templiers gèrent les revenus du domaine royal (et ceux des royaumes d’Aragon et de
Navarre).
Les chevaliers, issus de la noblesse, ont le droit de porter le manteau blanc (en référence aux moines cisterciens) frappé de
la croix rouge pattée (octroyée à l’ordre par le pape Eugène III en 1146). Les sergents, chapelins et écuyers portent un manteau
noir frappé également de la croix rouge.
Trois des membres fondateurs des Templiers seraient des mages appartenant à la Cabale de la Pensée pure et, bien que
leur identité ne soit pas attestée, il est probable qu’il s’agissait du Bourguignon André de Montbard, du Flamand Godefroy
de Saint-Omer et du Portugais Gondemare. L’ordre du Temple entretiendrait également certains liens avec les mages des Voix
Messianiques, bien que leurs relations commencent à se tendre.
Cependant, l’influence des mages s’affaiblit au début du XIIe siècle et de nombreux chevaliers caïnites croyants intègrent
l’ordre, principalement des guerriers salubriens, des Malkaviens et, surtout, des Ventrues (les Brujahs sont rares, mais quelques-
uns rejoignent l’ordre, principalement parmi les prométhéens). C’est sans doute l’une des raisons qui poussera le Tremere
et régent de la fondation de Paris, Goratrix, à précipiter la fin de l’ordre du Temple en manipulant Guillaume de Nogaret,
conseiller du roi Philippe IV le Bel, en 1307. Goratrix était probablement soutenu par la reine Salianna, les Toréadors étant
fortement implantés parmi les Hospitaliers (laissant deviner une alliance de circonstance entre la reine de Paris et André de
Normandie). Cette « trahison » marqua un tournant définitif dans les relations entre Salianna et Geoffrey, précipitant la chute
des deux puissants caïnites.

LES HOSPITALIERS

E n 1242, les ordres hospitaliers accueillent des soigneurs salubriens et de nombreux Toréadors, mais leur présence est
surtout importante en Outremer, du moins jusqu’à la chute de Saint-Jean-d’Acre en 1291. Ce n’est qu’après la déchéance
des Templiers que les Hospitaliers récupéreront les biens de l’ordre, prenant une toute nouvelle dimension en France.
Malheureusement, à cette époque, la présence des Salubriens s’était déjà fortement étiolée en son sein, les Tremere ayant
gangrené les rangs des Hospitaliers.

Cette doctrine s’est particulièrement enracinée dans le pays estime trop tolérants à l’égard des hérétiques. Puis, il pousse les
occitan qui observe avec de plus en plus de dégoût les repré- seigneurs de Provence à se retourner contre le comte de Toulouse
sentants de l’Église faisant étalage de leurs richesses et de leur Raymond VI.
mépris pour leurs ouailles. Parmi eux marchent maintenant les
bons-hommes et les bonnes-femmes, ces « purs » qui s’épanouissent
dans le dénuement et l’amour du « bon » Dieu.
Tuez-les tous, Dieu
Conscient de l’ampleur de cette hérésie qui se développe au
vu et su des comtes de Toulouse successifs, le pape se décide
reconnaîtra les siens
à agir. Dès 1206, des prêtres catholiques sillonnent la région
pour convertir les hérétiques. Un prêtre castillan du nom de
Domingo de Guzmán (futur saint Dominique) va à la rencontre
C ’est en 1208 que la situation atteint un point de non-retour,
alors que Pierre de Castelnau est assassiné. L’auteur de ce
crime serait un proche de Raymond VI, soi-disant favorable aux
de ces « albigeois », pieds nus, vêtu d’une simple robe blanche albigeois (mais plus probablement irrité par l’homme qui osa
renvoyant au concept de « pureté » et ne vivant que de mendi- excommunier son seigneur en lui assénant : « Qui vous dépossédera
cité. Mais ses succès sont rares et l’ombre de méthodes plus radi- fera bien, qui vous frappera de mort sera béni »). Le pape lance alors
cales commence à poindre. un appel aux armes afin de lutter contre l’hérésie. Si Philippe
Au même moment, le légat du pape Pierre de Castelnau lutte II ne prend pas part à cette croisade, de nombreux seigneurs
avec l’arme de la politique, suspendant plusieurs évêques qu’il

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LA MORT DE RICHARD COEUR DE LION

U ne rumeur court sur le fait que des Tremeres seraient liés à la mort du roi d’Angleterre. Si la flèche qui a touché le souve-
rain à l’épaule n’était pas mortelle, c’est la gangrène qui l’aurait emporté une dizaine de jours plus tard. Cependant, les
chirurgiens du roi auraient déclaré qu’il n’y avait nulle trace de gangrène, ni même de poison, et que leur souverain se plaignait
de douleurs atroces, comme si quelque chose se frayait lentement un chemin vers son cœur, une chose qu’il était impossible
d’extraire sans provoquer la mort immédiate de leur souverain. Certains rares caïnites ayant connaissance des effets terrifiants
des hampes de l’immobilité tardive (Pieu à effet différé, rituel de Thaumaturgie de niveau 3) sont certains que les Usurpateurs
se dissimulent derrière cet assassinat et ce lent et douloureux trépas.

INGEBURGE, LA REINE D’ORLÉANS

A près le décès d’Isabelle de Hainaut, le roi Philippe II Auguste épouse la sœur du roi du Danemark, Ingeburge. Révérée
pour sa grande beauté et sa piété, la princesse est pourtant répudiée par son époux le lendemain même des noces, le
15 août 1196. On dit que le roi aurait été pris d’une soudaine aversion et aurait fui la chambre nuptiale. Il fait annuler le
mariage et emprisonne Ingeburge avant de l’envoyer au couvent à la demande de son frère. Lorsque quelques années plus tard
Philippe II épouse Agnès de Méranie, le pape, n’ayant pas reconnu la dissolution de son précédent mariage, frappe le royaume
d’interdit, l’excommuniant dans son ensemble, peuple inclus. Philippe II n’a d’autre choix que de reprendre Ingeburge pour
reine en 1200, l’exilant néanmoins à Orléans avant qu’elle ne finisse sa vie dans le prieuré de Saint-Jean-en-Isle qu’elle fit
construire. Malgré les mauvais traitements dont elle fait l’objet, elle se réjouit de la victoire de Bouvine en 1214 et adressa des
prières à son défunt mari, ainsi qu’à Louis VIII qui finança son prieuré afin de bénéficier de ses oraisons. Elle meurt en 1236
mais Louis IX refuse qu’elle soit inhumée à Saint-Denis malgré ses dernières volontés.
La raison de cette profonde aversion du roi pour une princesse pieuse, aux traits agréables et à la belle éducation, est un
mystère. La Grande Cour craint, probablement à juste titre, une intervention surnaturelle et Alexandre diligenta une enquête.
Sarus, un ancien Malkavien connu pour sa grande piété, est soupçonné un temps, son admiration pour la princesse
danoise n’étant un secret pour personne. Le fait qu’il ait également œuvré à ce mariage dans l’ombre, faisant venir Ingeburge
en France, n’a fait qu’attiser les soupçons pesant sur lui. Bien qu’il niât les faits avec zèle, il fut exilé hors du royaume avec
ses infants sans la moindre preuve de son intervention dans cette affaire. Retiré à Hambourg, à la cour du prince malkavien
Midian, il se serait délecté de la chute d’Alexandre. Il prévoit actuellement de revenir à Paris et a secrètement juré la perte de
la descendance de l’ancien prince qui l’a contraint à l’exil.
Quant aux accusations portées contre lui, elles sont tout à fait exactes. Sarus savait qu’il ne pourrait jamais étreindre Ingeburge
si cette dernière devenait reine et provoqua la folie passagère du roi. Exilé avant d’avoir pu étreindre la princesse (puis incapable
de le faire sans risquer la Mort ultime), il en garde un profond ressentiment qui attise sa haine depuis presque un demi-siècle.

répondent à l’appel, principalement ceux du Nord, menés par ennemis de Simon de Montfort et de la croisade. Les Occitans
Simon de Montfort. se défendent et tentent de reconquérir leurs fiefs. Le comte
L’armée de barons adoubée par Innocent III déferle sur le de Toulouse rejoint les siens ; il est à nouveau excommunié.
sud en 1209, se livrant au pillage et au carnage. Elle met à sac Les combats font rage durant quatre ans. Arnaud Amaury est
Béziers en juillet, incendie sa cathédrale et massacre la moitié de nommé archevêque de Narbonne, un port d’une importance
la population dans un acte de frénésie sanguinaire d’une rare capitale pour les croisés qui s’enracinent profondément et s’as-
violence. L’horreur est totale. On parle de vingt mille morts. surent d’un important point d’approvisionnement.
Raymond VI, qui avait fait amende honorable un mois aupara- Le roi d’Aragon Pierre II, qui vient de remporter une grande
vant et intégré la croisade, est probablement saisi d’effroi. victoire contre les Maures lors de la Reconquista, intervient et
Carcassonne tombe à son tour à la mi-août après trois semaines combat aux côtés du comte de Toulouse (un fait qui tend à
de siège et une pénurie d’eau potable. Raymond-Roger Trencavel, conforter Alexandre et ses alliés ventrues dans leurs soupçons
vicomte de Béziers et de Carcassonne, organise la reddition de concernant l’alliance passée entre Esclarmonde la Noire, reine
la cité et se livre comme unique otage. Les habitants peuvent de Toulouse, et les Lasombras aragonais représentés par Lucita).
évacuer la ville mais n’ont droit qu’à leurs seuls vêtements. Tout Pierre II est excommunié à son tour et tué un mois plus tard
le reste revient aux croisés et représente une fortune considérable. durant la bataille de Muret en septembre 1213. Rien ne semble
Trois mois plus tard, Raymond-Roger Trencavel meurt en arrêter Simon de Montfort qui devient comte de Toulouse.
détention et la rumeur court qu’il a été assassiné (il n’avait L’Église propose une trêve que les Occitans, exsangues, acceptent.
que vingt-quatre ans). Il n’en faut pas plus pour enflammer les

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L’OMBRE DE L’ASSASSIN

C ertains caïnites ont vu dans l’assassinat de Pierre de Castelnau la main d’Esclarmonde la Noire que l’on disait proche
des hérétiques. En réalité, on pourrait plutôt y discerner la main de Saviarre, conseillère du prince-régent Alexandre, qui
voyait là un bon moyen d’affaiblir les cours d’Amour et plus principalement la matriarche de Paris : Salianna.
L’erreur de la reine Esclarmonde fut de n’accorder que peu d’intérêt à cet assassinat et aux conséquences de l’excommuni-
cation de Raymond VI. Le comté de Toulouse étant assiégé par les troupes anglaises et françaises depuis un demi-siècle, cette
« croisade » n’était qu’une guerre de plus entre mortels. Une erreur de jugement aux conséquences dramatiques.

LES COMTES DE TOULOUSE

L a lignée des comtes de Toulouse serait liée à un puissant Lasombra de l’Hérésie caïnite. Malheureusement, les croyances
de Raymond VI, malgré l’excommunication, lui ont ouvert les portes de la Vraie Foi, rendant bien plus difficile toute
approche ou contrôle direct. Les espoirs de l’Hérésie caïnite se portent donc rapidement sur son fils, le futur Raymond VII,
qui n’est pas aussi croyant que son père. Esclarmonde lutte depuis pour extirper ces caïnites hérétiques du sein de la famille
des comtes de Toulouse.

RÈGLEMENTS DE COMPTES

L es croisades albigeoises sont tout aussi sanguinaires du côté des caïnites qui éliminent leurs adversaires, prennent posses-
sion de leurs terres et se livrent à la diablerie. C’est une véritable opportunité de progression sociale pour les plus impi-
toyables d’entre eux. Parallèlement, quelques Assamites et Setites profitent de la panique engendrée chez les albigeois pour
éliminer des seigneurs et leurs familles, jugeant leur intervention lors des croisades en Orient particulièrement brutale.

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LE MASSACRE DE BÉZIERS

E n 1209, au terme du siège de Béziers, pratiquement tous les caïnites de la cité furent massacrés. Traînés en plein soleil,
incinérés dans leur refuge, démembrés, presque aucun n’en réchappa. Bien sûr, les nouveau-nés payèrent le plus lourd
tribut, mais plusieurs anciens furent également éliminés avec une facilité déconcertante (chose d’autant plus étonnante que la
sécurité de leurs refuges leur avait souvent permis d’attendre la tombée de la nuit avant de fuir). Lorsque les croisés d’Arnaud
Amaury éliminèrent le prince de la ville, ainsi que son entourage et ses goules dans un immense brasier, les caïnites survi-
vants n’eurent pour seul salut que de rejoindre la cour d’Esclarmonde, l’implorant afin que justice soit faite. La reine envoya
des goules en soutien de l’armée du vicomte de Carcassonne, Raymond-Roger Trencavel, mais ce fut peine perdue. Lorsque
Carcassonne tombe, Esclarmonde fuit et trouve refuge à Foix.
Le Ventrue Éon de l’Étoile, chevalier des Cendres, venu avec les armés de Bretagne, prit possession de Béziers et en devint
le prince. De façon plus surprenante, il forgea une alliance avec Esclarmonde la Noire afin de lutter contre l’Hérésie caïnite qui
œuvrait dans l’ombre des albigeois (ce qui mit en rage Alexandre, ennemi d’Esclarmonde et des Toréadors). Cette association
inespérée permit à la reine de Toulouse de maintenir sa position dans la région et de faire face aux tentatives de déstabilisation
de la matriarche Salianna.

LE MASSACRE DES HÉRÉTIQUES DE MINERVE

A près la chute de Carcassonne, Minerve tombe en juillet 1210 à la suite d’un court siège. Les habitants sont épargnés grâce
à l’intervention du vicomte Guilhem IV qui négocie la reddition de sa ville. Simon de Montfort décide d’épargner les
hérétiques abjurant leur foi. Sur les cent cinquante Parfaits, seules trois femmes se laissent persuader de réintégrer le giron
de l’Église. Tous les autres sont exécutés et, pour la première fois, la croisade dresse spécifiquement des bûchers. Un honneur
qu’ont dû apprécier à sa juste mesure le prince de Minerve et ses goules, identifiés comme hérétiques. Quelques caïnites, plus
chanceux, réussirent à se mêler à la population chrétienne de la ville et à fuir.

LA MORT D’UN ROI

D e nombreuses rumeurs ont couru sur la mort de Louis VIII. La plus populaire fait état de son possible empoisonnement
par le comte Thibaut IV de Champagne, ce dernier n’ayant jamais caché son admiration pour la reine Blanche dont il
chante la grâce et l’intelligence, ni son attachement au comte de Toulouse. De nombreux ragots faisaient même état d’une
relation charnelle entre la reine régente et le comte troubadour surnommé à juste titre « le Chansonnier ». Bien que cela soit
peu probable, même si une profonde amitié et un grand respect les lient, l’attitude de Thibaut IV aurait pu être considérée
pour le moins indécente. Cela reste néanmoins le témoignage d’amour courtois le plus célèbre de l’époque… à moins que les
rumeurs ne disent vrai.

La paix est de courte durée. En 1217, Raymond VII, fils de


Raymond VI dépossédé de son comté de Toulouse, espère bien
Nord et Sud
récupérer ce qui lui revient de droit. De retour de son exil à
Gênes avec son père, ils profitent du fait que Simon de Montfort
rende hommage à Philippe Auguste dans son domaine royal pour
E n 1223, Esclarmonde tente de prévenir la Grande Cour
de l’existence d’une alliance entre Geoffrey du Temple, les
Toréadors et les Tremeres, dont le but est de déposer Alexandre.
débarquer à Marseille (probablement soutenu par les Lasombras Malheureusement, son messager souhaitant s’entretenir avec la
génois). Ils prennent la tête d’une coalition regroupant également reine de Champagne Hélène la Juste avant de se rendre à Paris,
le comte de Foix, des Catalans et des Aragonais qui n’ont pas il est éliminé par les partisans de Salianna présents sur place. La
oublié la mort de leur roi. Cette fois, c’est Simon de Montfort qui matriarche ne pardonnera jamais cette trahison à Esclarmonde,
trouve la mort lors du siège de Toulouse en juin 1218. quant à Hélène, elle n’apprécia pas ce geste indigne et soutint
En 1219, une nouvelle croisade est ordonnée par le pape dès lors discrètement la reine de Toulouse. La situation semble
Honorius III, mais le roi Philippe II envoie son fils Louis pour tout de même s’apaiser lorsque le roi Philippe II meurt, ainsi
prêter main-forte à Amaury de Montfort (fils de Simon). Ils ne que l’archevêque Arnaud Amaury. Esclarmonde profite de cette
parviennent pas à reprendre Toulouse, mais la population de période pour forger des alliances, notamment avec les Brujahs
Marmande est massacrée, ajoutant quelques milliers de morts (nombreux dans la région et souhaitant qu’elle reste indépen-
innocents à une liste déjà longue (mais cette fois, les pertes dante du pouvoir royal et des Ventrues) et éliminer les croisés
caïnites furent marginales). ventrues et leurs goules. La Grande Cour, affaiblie par le coup

22
d’État de Salianna et Geoffrey, semble perdre du terrain. En la destruction d’Esclarmonde). Louis VIII meurt sur le chemin
échange de ses efforts contre les hérétiques caïnites, Esclarmonde du retour, terrassé par la dysenterie.
offre à Éon de l’Étoile plusieurs importantes reliques que les Le décès du pape Honorius III, la situation précaire de la
membres de la Curie écarlate dissimulaient. régence de Blanche et les revers majeurs dont sont victimes les
De son côté, Louis VIII est poussé par sa femme Blanche de armées caïnites de Geoffrey au sud, mettent un terme pour
Castille et le pape à s’emparer des terres occitanes. Raymond VII quelques années à la croisade contre l’hérésie cathare.
et ses alliés promettent de lutter contre l’hérésie pour éviter de L’évêque caïniste Arnaud, de la Tentation rouge, est persuadé
nouveaux affrontements, mais n’ayant pas satisfait à leurs obli- que la croisade a été dirigée contre les membres les plus impor-
gations, le pape excommunie à nouveau Raymond VII et Louis tants de l’Hérésie caïnite toulousaine. Mais dans leur aveugle-
VIII se croise en 1226. Le prince-régent Geoffrey, à présent à ment bestial, les croisés ont également détruit un important
la tête de la Grande Cour et conseillé par Salianna, appelle ses refuge de l’ordre des Cendres amères, celui du Gangrel Humbert
alliés caïnites à soutenir cette nouvelle croisade. Dideaux. Peut-être que les rumeurs de malédiction entourant
Le roi remporte quelques victoires et affaiblit considérable- son château sont à l’origine de l’intérêt des croisés et de sa fuite
ment la position de Raymond VII sans pouvoir pour autant précipitée en Écosse ?
lui reprendre Toulouse. Louis VIII est même abandonné par Esclarmonde la Noire a entrepris de reprendre et consolider
Thibaut IV de Champagne qui se retire de l’ost au bout des son fief, infligeant de lourds revers aux « armées » de Geoffrey et
quarante jours du service féodal dû à son suzerain (en coulisse, Salianna. Cependant, ses alliés forment un mélange hétéroclite
la reine Hélène la Juste était à l’origine de cette défection, par de membres des bas clans et de réfugiés, seulement unis par la
l’intermédiaire de ses chevaliers champenois, ne souhaitant pas haine qu’ils vouent aux envahisseurs du Nord. Si cette alliance

L’ORDRE DES CENDRES AMÈRES

C et ordre, dont les fondations remontent aux premiers temps du monothéisme avec Akhenaton et Moïse, regroupe des
érudits et des gardiens caïnites dévoués à l’étude du Livre de Nod, à la lutte contre le mal et la sauvegarde des reliques
divines.
Durement touchés en 1101 lorsque des mages nécromanciens, aidés d’Assamites, portèrent un coup presque fatal à la
forteresse de l’ordre en Jordanie, les « prêtres » des Cendres amères se sont enfuis avec le savoir et les reliques qu’ils pouvaient
emporter.
Plusieurs forteresses ont été créées par la suite, principalement en Écosse, mais également en Provence. Malheureusement,
lors des croisades albigeoises, le siège de l’ordre en France fut détruit. Une nouvelle fois, les prêtres des Cendres amères durent
fuir. La plupart se sont rendus en Écosse ou ont rejoint leurs alliés au sein de l’ordre des Templiers, mais certains n’ont eu
d’autre choix que de se cacher, sombrant en torpeur dans des lieux reculés avec leurs précieuses reliques en leur garde.
Les missions de l’ordre des Cendres amères sont les suivantes :
• Protéger les saintes reliques, les subtilisant à ceux qui n’en sont pas dignes et les préservant pour un usage sacré.
• Guider les vampires recherchant la rédemption.
• Assister les caïnites souhaitant s’affranchir de leur condition maudite en allant à la rencontre du soleil ou en usant de
relique détruisant leur corps.
• Affronter les monstres de toutes sortes et les êtres servant des puissances maléfiques.

LE TRÉSOR CATHARE

E n 1210, le Ventrue Éon de l’Étoile mène une armée au cœur des Pyrénées. Il a eu vent de rumeurs selon lesquelles les
templiers auraient découvert une puissante relique à Jérusalem et l’auraient confiée aux cathares afin que ces deriers la
placent sous bonne garde. Les hérétiques albigeois prétendent ouvertement que la Crucifixion n’a rien d’un acte de sacrifice
divin, alléguant savoir ce qui s’est réellement passé sur le Golgotha et disposant de preuves. La quête d’Éon le conduit à
débusquer et détruire de nombreux refuges, usant de torture sur les mortels et caïnites afin de découvrir le secret des cathares.
Il est rejoint par des Tremeres en provenance des fondations de Rouen et Tours, alliés à Geoffrey (eux-mêmes accompagnés
de quelques mages se faisant appeler « Compagnons »). Ces derniers profitent de cette croisade personnelle pour découvrir
les fondations de mages dissimulées dans les vallées (et éliminer quelques cellules de Salubriens sur le chemin). Cela mène à
la découverte et la destruction de la puissante fondation de la Crête des Brumes (Mistridge) appartenant à l’Ordre d’Hermès,
grâce à la trahison du mage Grimgroth étreint par Tremere en personne suite à ce coup d’éclat (cf. page 173 pour plus d’infor-
mations sur la chute de la Crête des Brumes).

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se maintient, la reine de Toulouse aura bien du mal à empê- poisonnement à l’encontre de Louis VIII et sa supposée relation
cher ses alliés d’obtenir vengeance et de provoquer une nouvelle avec la reine régente. Les attaques venant de toute part, le jeune
croisade. Elle doit renforcer sa coalition et trouver de nouveaux Louis se doit de réagir rapidement et avec fermeté.
alliés. Certaines rumeurs font état d’un projet de retraite en Le succès est total. L’ost royal mate les armées de Pierre
Provence, un comté culturellement proche de celui de Toulouse, Mauclerc puis libère les terres de Thibaut de Champagne, pris
mais nettement moins ciblé par les croisades albigeoises. Mais pour cible par les adversaires de Louis IX. Même le roi d’An-
si elle devait fuir, nul doute qu’elle se rendrait plutôt dans le gleterre, venu prêter main-forte à Pierre Mauclerc, débarqua à
royaume d’Aragon, auprès de ses alliés lasombras. Saint-Malo mais s’arrêta à Nantes sans oser intervenir. Une trêve
entre les deux rois est signée en 1234.
La ville dont le roi 1234 marque également une année charnière dans la vie
de Louis IX qui atteint sa majorité en entrant dans sa vingt-et-
est un enfant unième année. Alors que la régence de sa mère prend officielle-
ment fin (elle restera son principal conseiller jusqu’à sa mort en

L e jeune Louis n’a que douze ans lorsque son père meurt en
1226. Il est bien trop jeune pour monter sur le trône et sa
mère, Blanche, assure la régence selon les volontés supposées du
1252), il épouse Marguerite de Provence, un mariage qui permet
de consolider les liens avec cette province méridionale impor-
tante… et remuante.
défunt Louis VIII, aidée en cela par les anciens conseillers de son
époux, lesquels avaient déjà servi Philippe II. Cette aide s’avérera
précieuse, mais la jeunesse de l’héritier au trône est vue comme
Anno Domini 1242
un mauvais présage et de nombreux détracteurs n’hésitent pas
à se référer à l’Ecclésiaste : « Malheur à toi, pays dont le roi est un
enfant ». D’ailleurs, l’assistance lors du sacre du jeune roi à Reims
E n 1242, la France est au summum de son pouvoir. C’est
également le pays le plus peuplé de l’Europe chrétienne
avec près de dix millions d’âmes. La monarchie est aux mains
fut très clairsemée. Quant à Thibaut IV de Champagne, pair du d’un souverain capétien dont on vante le sens de la justice et
royaume, nul doute qu’il se serait déplacé si Blanche n’avait pas la grande piété. Louis IX communie six fois l’an au lieu d’une,
jugé la situation inconvenante, refusant sa présence. assiste à deux messes par jour et n’hésite pas à mêler sa voix aux
Pire, l’année suivante, une coalition de barons tente d’enlever cantiques. Il observe scrupuleusement tous les carêmes et refuse
le jeune roi afin de le séparer de sa mère et pouvoir ainsi régner de s’adonner à la chasse, passe-temps préféré des nobles de son
en son nom. Retranchés à Montlhéry, Louis et Blanche ne sont époque, car l’Église réprouve cette activité. Ce souverain lutte
« sauvés » que grâce à l’intervention des Parisiens qui prirent également contre les péchés de ses contemporains, interdisant
les armes pour libérer leur souverain et le raccompagner sain le jeu et même la prostitution durant un temps. Il n’a aucune
et sauf à la capitale. Si le jeune roi n’avait pas la faveur de ses tolérance envers les hérétiques et les musulmans, et à peine plus
pairs, il avait clairement gagné celle de son peuple (un événe- envers les juifs, dont il encourage la conversion. Quant à sa plus
ment que Louis IX n’oubliera jamais, ayant toujours à cœur de grande ambition, c’est de reprendre Jérusalem tombée aux mains
s’assurer l’amour et la confiance de son peuple). En réalité, crai- des musulmans et d’étendre la chrétienté au monde entier, éclip-
gnant pour la stabilité du royaume, ce sont Geoffrey et Salianna sant par sa piété et son ambition l’empereur des Romains.
qui ont levé cet « ost » parisien pour venir en aide au roi et à la Un tel monarque a des raisons d’inquiéter la société caïnite
régente. Quant aux barons renégats, ils auraient été manipulés qui renforce dès lors la sixième tradition et chasse avec zèle les
par le Setite Jean-Baptiste Montrond, trop heureux de répandre derniers membres de l’Hérésie caïnite, dont l’existence dans un
le chaos au sein des cours mortels et caïnites pour le compte tel contexte est une menace pour tous les vampires. L’Inquisition
d’un mystérieux commanditaire. naissante allume des bûchers en Occitanie et commence à soup-
Dès lors, le jeune souverain et sa mère s’emploient à remettre çonner l’existence de quelque chose de bien plus dangereux,
de l’ordre dans le royaume. En 1229, le comte de Toulouse, dissimulé dans les ombres de la nuit. Pour ne rien arranger, la
Raymond VI, est contraint de signer le traité de Meaux-Paris, il Société de Léopold, regroupant des inquisiteurs (principalement
fait amende honorable et prête l’hommage-lige à son suzerain. dominicains) luttant contre les puissances surnaturelles, a été
En 1230, Louis IX, âgé de seize ans seulement, prend la tête reconnue en 1231 par le pape Grégoire IX.
de l’ost royal pour éteindre définitivement les ambitions de ses
deux plus grands opposants : Philippe Hurepel, beau-frère de Un roi saint ?
Louis VIII et prétendant au trône soutenu par le pape Innocent Étrangement, aucun caïnite ne s’est montré assez téméraire pour
III (qui avait reconnu sa légitimité malgré son statut de bâtard) et juger de la sainteté que l’on attribue au roi. Mais, lorsqu’en
Pierre Mauclerc, le puissant duc de Bretagne, qui vient de prêter décembre 1244 ce dernier tombe gravement malade (probable-
allégeance au roi d’Angleterre. Une campagne de diffamation ment atteint de dysenterie), il se remet miraculeusement et fait
frappe Blanche dans le but de saper sa régence. On l’accuse de le vœu de se croiser. Dès lors, le roi qui démontrait déjà une
voler le trésor et d’entretenir une relation avec Thibaut IV de grande piété, apparaît comme enveloppé d’une aura invisible
Champagne, lequel, amateur de chansons, a pu se délecter des mais apaisante. Qu’il s’agisse de divagations ou encore d’halluci-
ballades écrites en son honneur et rappelant les rumeurs d’em- nations, une chose est sûre : parmi les soins et guérisons qu’il a

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prodigués aux plus démunis et qui lui ont valu d’être canonisé servi son père et, pour certains, son grand-père. Le roi gouverne
en 1297, il existe un acte qui ne manque pas d’intérêt : directement les terres autour de Paris jusqu’à Orléans, le duché
Un jour qu’une jeune femme vint se confier à lui sur sa peur de Normandie et une partie des comtés de Blois, d’Anjou et du
d’être damnée, il la rassura et, apposant ses mains sur la tête de la Poitou (dont il confie la charge à deux de ses frères : Alphonse
frêle damoiselle, lui promit qu’aucune malédiction ne s’empare- et Charles). Ses agents, appelés baillis, administrent ces terres en
rait jamais d’elle si elle restait entièrement dévouée au Seigneur. son nom, collectent les taxes et informent leur suzerain de ce
Or, cette jeune personne était la cible d’un Toréador qui avait qui se passe dans ses domaines. Ce réseau d’agents et d’adminis-
obtenu le droit de l’étreindre, ce qu’il s’empressa de faire. Mais trateurs offre au roi l’un des meilleurs systèmes bureaucratiques
malgré toutes ses tentatives, jamais son sang, pourtant puissant, de l’époque, lui permettant de s’assurer des revenus constants
ne put transmettre la malédiction de Caïn à la jeune femme qui pour financer ses projets et futures croisades. Les autres comtés,
mourut paisiblement, en pleine béatitude. duchés et vicomtés sont considérés comme des vassaux du roi
Bien sûr, il existe de nombreuses explications à même d’ex- de France.
pliquer cette étreinte impossible. Mais le fait méritait d’être
mentionné. La Grande Cour
Une période de paix
Toujours sous la menace de l’ambition territoriale des
et les cours d’Amour
Plantagenêt et après plus de trois décennies de guerre en terres
occitanes, la paix est assurée dès cette année 1242 par Louis IX
lorsqu’il écrase les troupes d’Henri III, roi d’Angleterre et duc
L a France est principalement dominée par les Toréadors,
mais ils partagent le pouvoir avec les Ventrues (bien qu’à
contrecœur). La Grande Cour de Paris représente, en théorie, le
d’Aquitaine, Hugues de Lusignan, comte de la Marche (beau- pouvoir central de cette alliance. Les princes ventrues ont leur
frère du roi d’Angleterre) et Raymond VII de Toulouse, lors des propre cour et envoient des représentants auprès de la Grande
batailles de Taillebourg et de Saintes (juillet 1242). Cour. Les princes toréadors, quant à eux, possèdent leur propre
Le roi de France peut maintenant se consacrer à l’administra- cour (qu’elle soit d’Amour ou non) et envoient des émissaires
tion de son royaume. auprès des trois grandes cours d’Amour. Seuls les éléments les
plus prometteurs sont envoyés à la cour d’Amour de Paris.
Situation interne du pays
Dans chaque comté et duché, les villes et cités ne s’arrêtent jamais. La Grande Cour
Le commerce apporte la richesse aux marchands qui regardent « Un grand roi est mort, un prince éternel exilé. Cette année 1223
d’un œil méfiant les nobles, mais également les évêques qui marque le début de grands troubles. Qui sait ce que nous réserve l’avenir
font étalage de leur fortune et se montrent de moins en moins en ces temps sombres et incertains ? »
humbles face à leur charge sacerdotale. Les citoyens de Flandre — Suanhilde la Pourpre, prince d’Amiens
protègent jalousement les avantages de leurs communautés face
aux nobles locaux. Les grandes foires de Champagne sont au Cette cour s’est construite sur les cendres de Rome, chère à
summum de leur pouvoir et influence. Les marchands vont l’ancien prince-régent Alexandre. Actuellement dirigée par le
utiliser à bon escient cette relative période de paix afin d’amasser Ventrue Geoffrey du Temple et sa reine d’Amour, Salianna, il
des fortunes personnelles et exiger davantage de libertés de la s’agit d’une alliance des factions nobles et ecclésiastiques au
part de la noblesse. sein des clans Ventrue et Toréador (les membres des autres
Les évêques, voyant les grandes cathédrales bâties par leurs hauts clans sont bienvenus, mais rares). L’influence de la Cour
voisins, cherchent à améliorer leurs évêchés afin d’attirer plus a fluctué au cours des quatre derniers siècles. À son apogée, elle
de pèlerins sur leurs terres. De nombreuses villes sont littérale- était le centre de la politique caïnite en Europe de l’Ouest. Les
ment divisées en deux lorsqu’il s’agit de leur administration, une nobles Ventrues et Toréadors se rendaient à la Cour, vêtus de
partie dirigée par un évêque et l’autre par la noblesse locale. Ces leurs plus beaux atours et entourés de leur suite constituée des
princes de l’Église doivent également faire face à l’afflux crois- sujets les plus prometteurs.
sant des moines sur leur domaine, lesquels ne répondent qu’à À présent, la Grande Cour est sur le déclin, et la pente est
leur supérieur direct et non aux ordres des évêques. Le succès de plus en plus raide. Il y a dix-neuf ans, en 1223, Geoffrey a
des prêches de ces nouveaux moines mendiants et leur capacité supplanté son propre sire, le mathusalem Alexandre, qui régnait
à attirer les donations sont une épine dans le flanc des riches sur Paris depuis les premiers jours de la royauté. La Grande
prélats. Cour a guidé les rois de France vers la victoire contre les souve-
Le monde a soif de changement. Des changements qui s’ac- rains anglais Henry II, Richard Ier et Jean Ier (dit Jean sans
cordent mal avec les caïnites. Terre), marquant la plus grande extension territoriale depuis
Charlemagne. Mais la main de Geoffrey est hésitante, il manque
La cour royale encore d’expérience. Le nouveau prince-régent de Paris a passé de
Louis IX tient sa cour à Paris, dans le palais de la Cité (actuelle nombreux marchés pour obtenir des soutiens contre Alexandre
Conciergerie). Il a conservé auprès de lui les hommes qui ont et il a maintenant bien du mal à honorer ses obligations, surtout

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LA MONNAIE

E n 1242, la livre a cours. Une livre vaut 20 sous (ou « sols » à l’époque) ou 240 deniers (1 sou vaut donc 12 deniers).
Malheureusement, ce n’est pas si simple puisque deux livres coexistent principalement : la livre tournois (à Tours) et la livre
parisis (à Paris). Et bien sûr, elles n’ont pas la même valeur : la livre parisis vaut 25 % de plus que la livre tournois et la livre
tournois vaut donc 20 % de moins que la livre parisis. Une livre parisis vaut donc 25 sous tournois et une livre tournois vaut
16 sous parisis.
La livre et le sou sont des monnaies de compte, elles ne sont pas réelles et ne servent que pour les transactions commerciales.
Les deniers parisis et tournois (en argent) possèdent trois « sous-monnaies » : l’obole ou maille (en argent ou en billon, un alliage
d’argent et de cuivre) qui vaut ½ denier, la pite (cuivre) qui vaut ½ obole et la demi-pite (cuivre également) qui vaut ¼ d’obole.
Il existe également d’autres deniers ayant cours : le provinois (frappé à Provins), le tolza (frappé à Toulouse) et le melgorien
(frappé par l’évêque de Maguelonne).
Le premier écu (en or) n’est frappé qu’en 1266. Il remplace la livre et s’accompagne du gros tournois (ou gros d’argent) en
lieu et place du sou. L’écu est la première pièce d’or frappée en France depuis près de deux cent cinquante ans et la fin de la
dynastie carolingienne.

DES VILLES À LA POPULATION DENSE

A vec près de 100 000 habitants, Paris est la ville la plus peuplée de l’Europe chrétienne (à l’exception de la péninsule
italienne). Pas étonnant donc que la population caïnite y soit également très dense. Gand vient en seconde position avec
près de 60 000 habitants, devançant Londres. Suivent Montpellier (40 000 habitants) et Toulouse (25 000 habitants). Les
grandes villes telles qu’Amiens, Bruges, Orléans, Reims, Rouen, Senlis et Tours comptaient environ 10 000 à 25 000 habitants,
ce qui était loin d’être négligeable. À l’époque du Monde des Ténèbres médiéval, le nombre de caïnites évoluant parmi les
mortels est proportionnellement plus important que durant les nuits modernes.

LES BAILLIS ET SÉNÉCHAUX

C es caïnites, pouvant appartenir à n’importe quel haut clan, sont les représentants directs du prince-régent dans le royaume
caïnite de France. Ce sont également ses informateurs et ils détiennent un grand pouvoir, parfois supérieur à celui des
princes locaux. Autant dire qu’ils sont particulièrement haïs et que leur tâche est pour le moins ardue. Comme parmi les
mortels, le titre de bailli est utilisé au nord et celui de sénéchal au sud, bien qu’ils désignent le même rôle. Ils ne sont jamais
plus d’une dizaine à exercer leurs fonctions au même moment et la taille des domaines qui leur sont affectés est très variable,
pouvant inclure d’un à plusieurs duchés, comtés ou vicomtés.
Lorsque Geoffrey a remplacé Alexandre à la tête de la Grande Cour il a souhaité conserver les baillis et sénéchaux appointés
par son sire, ceci afin d’éviter d’envenimer la situation et de s’assurer de leur soutien si important. Mais à présent, Salianna tente
de le persuader de s’entourer de caïnites plus proches, craignant que les anciens baillis/sénéchaux conspirent dans l’ombre.
Historiques : dans les faits, la charge de bailli/sénéchal s’accompagne d’une Influence de 3 et d’un Statut de 5.

lorsqu’elles entrent en conflit les unes avec les autres. Il fait face bras. Cependant, les Ventrues de France n’accordent que peu
à un roi qu’il doit protéger en échange du soutien de la Brujah de crédit à Geoffrey qu’ils jugent faible, voire illégitime pour
Véronique d’Orléans, en dépit de la menace que représente les plus acharnés d’entre eux. En outre, le fait qu’il soit sous
potentiellement la grande piété du souverain. la coupe de la reine Salianna enrage de nombreux Ambitiones
Durant un temps, Geoffrey a craint le retour d’Alexandre, qui sentent le pouvoir échapper au clan des Rois au profit des
exilé quelque part dans le Saint-Empire romain germanique. Toréadors.
Mais le puissant mathusalem ventrue est tombé sous les griffes La chute d’Alexandre est consécutive à un affrontement
du Gangrel Qarakh qui l’a diablerisé. Quant à la plus puissante opposant les caïnites français de foi catholique et ceux soute-
alliée d’Alexandre, la comtesse Saviarre, elle a tout simplement nant l’Hérésie caïnite (et se nommant entre eux « caïnistes »).
disparu. Nombre des plus éminents alliés ventrues d’Alexandre Alexandre autorisa Anatole, un prêtre des Cendres, à débattre
étaient éloignés de Paris, participant aux croisades albigeoises et avec l’évêque hérétique Antoine de Saint-Lys au cours d’échanges
tentant de consolider leurs conquêtes toulousaines ou pleurant théologiques sur la place de Caïn et de ses descendants. Les
leurs morts. La majorité est à présent motivée par la vengeance, caïnites de Paris suivirent ces débats avec beaucoup d’attention
principalement contre Esclarmonde la Noire et ses alliés lasom- et de passion. Lorsqu’Anatole humilia l’évêque Antoine, les

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vampires en faveur de l’Hérésie se soulevèrent, attaquant caïnites
et mortels sans faire la moindre distinction. Les efforts déployés DE L’ART ASSASSIN
par Alexandre pour reprendre le contrôle puisèrent dans
DES FABLIAUX
ses ressources et l’affaiblirent considérablement. Geoffrey et
Salianna mirent en branle leur plan, exécutant sauvagement tous
les meneurs du soulèvement. Alexandre échappa à une embus-
cade et n’eut d’autre choix que de s’exiler, le pouvoir lui ayant
Q uelques Toréadors (bien que ce ne soit pas exclusif à ce
clan) aiment régler leurs comptes en dehors des cours
d’Amour et anonymement de préférence. Ils recourent donc
définitivement échappé au profit de son infant et de la reine de
à l’art des fabliaux, ces petites histoires en vers, drôles et
Paris. La comtesse Saviarre disparut. Salianna et ses alliés sont
souvent grivoises, qui permettent de mettre dans l’embarras
toujours à sa recherche, cette dernière détenant trop de secrets
un adversaire politique que chacun pourra aisément recon-
de la Grande Cour. Beaucoup la soupçonnaient d’agir depuis
naître aux quelques détails et éléments disséminés par l’au-
les ombres, préparant le retour d’Alexandre, mais depuis que
teur. Ainsi, certains fabliaux ont mis à mal la réputation de
l’ancien prince-régent de Paris a rencontré la Mort ultime, cette
caïnites trop sûrs d’eux, mais également précipité des événe-
théorie perd en crédibilité. Le fait est que certaines rumeurs lui
ments tragiques :
attribuent les échecs et menaces qui frappent la Grande Cour,
• Le sceptre ou le bâton fit d’un puissant Ventrue la risée
la matriarche Salianna et la couronne de France. Où qu’elle se
de toutes les cours, comparant ce dernier à un méchant
trouve, elle déplace ses pions avec circonspection. (Cf. page 235
seigneur qui finit roué de coups de bâtons par ses paysans.
pour plus d’informations sur le destin de Saviarre.)
• La Reine et la Noiraude conte l’histoire d’une souveraine
Les cours d’Amour qui se fait humilier par une brebis noire qui la traîne dans
la boue et la précipite finalement dans un rosier devant
Les Toréadors ont détourné leur attention de la Grande Cour
tous ses sujets, dont les rires se mêlent aux bêlements de la
vers leurs cours d’Amour, réunissant le beau linge des arts et de
bête. Bien évidemment, cela fait écho à la résistance d’Es-
la noblesse, qu’ils soient caïnites ou mortels.
clarmonde qui refuse de se soumettre à la reine Salianna.
L’amour courtois est inspiré par les pratiques des mortels
• Les amants de Paris, l’un des premiers fabliaux écrits, prit
et a été étreint avec passion par les Toréadors. Aliénor d’Aqui-
pour cible le prince-régent Alexandre en personne. Les
taine, alors reine-mère d’Angleterre, a fondé la première cour
conséquences en furent catastrophiques puisqu’il tua sa
d’Amour à Poitiers en 1168 (lorsque le Poitou appartenait encore
reine Lorraine (infante de Salianna), ainsi que l’amant de
aux Plantagenêt). Sa cour, accueillant sa fille Marie (comtesse
celle-ci, le Toréador Tristan. Cet événement marqua le
de Champagne), Marie de Brienne (comtesse de Flandre) et
début de la chute du prince-régent de Paris qui venait de
de nombreuses femmes nobles et troubadours, était un lieu
perdre le soutien de la matriarche du clan de la Rose. Nul ne
où l’on venait quérir auprès de la reine-mère des conseils sur
connaît l’auteur de ce fabliau, mais certains y voient la main
les choses du cœur. Marie de Champagne créa une autre cour
des Nosferatus parisiens. D’autres pensent que la comtesse
d’Amour à Troyes en 1181. Les clans toréador et ventrue avaient
Saviarre, qui arriva peu après cet incident, en est respon-
tous deux des vues sur Aliénor, ancienne reine de France, puis
sable. Elle aurait eu besoin d’affaiblir le mathusalem pour lui
reine d’Angleterre. Les deux clans, ainsi que d’autres factions,
imposer ses volontés et devenir le véritable pouvoir derrière
ont considéré la possibilité de lui offrir l’étreinte, mais aucun ne
le trône sans se voir opposer la moindre concurrence.
pouvait envisager la perspective d’une politicienne aussi douée
et ambitieuse honorant de sa présence une faction rivale. Les
hauts clans décidèrent donc de la laisser s’éteindre en paix (ce alliances n’augurent rien de bon pour qui voudrait détrôner la
qu’elle fit en 1204). reine de Paris, ou même Geoffrey qui bénéficie de son appui.
Salianna, la matriarche des cours d’Amour, détient un énorme L’idée de base derrière l’amour courtois est que le cheva-
pouvoir en France et soutient la position de Geoffrey au sein lier tient sa dame (surtout si elle est inaccessible) en très haute
de la Grande Cour. Les quatre principales cours d’Amour sont estime, faisant d’elle un sommet de vertu et de beauté, s’acquit-
situées à Paris, Chartres ou Angers (comtés de Blois et d’Anjou), tant de grandes et nobles tâches en son nom pour la simple
Troyes (comté de Champagne) et Poitiers (comté de Poitou) ; la promesse d’un sourire, d’un mot ou d’un doux regard. On
cinquième cour d’Amour, à Toulouse, est un cas à part. Quelques attend de la dame qu’elle soutienne son « soupirant », mais elle
princes toréadors ont bien sûr créé des cours d’Amour dans leur n’a pas besoin d’être physiquement intime avec ce dernier. Que
propre ville, mais ce sont des joueurs médiocres en comparaison ce modèle représente un idéal ou fournisse des règles présidant
des reines et malheur à celui qui s’arrogerait ce titre sans l’aval à la pratique de l’adultère est principalement une question de
de Salianna. point de vue de la part des « amants ». Les caïnites sont attirés
À l’instar de la Grande Cour, les cours d’Amour sont des par ce concept qui leur permet d’échapper au moins un temps
lieux de rencontre pour les Toréadors, Ventrues et Lasombras. à la damnation, en aimant et en étant aimé en retour sans avoir
Salianna est d’ailleurs alliée aux Ventrues Mithras de la cour à échanger sa vitae. La voie de l’Humanité est bien évidemment
d’Avalon et Hardestadt de la cour de la Croix Noire. De telles la plus représentée.

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De nombreux caïnites participant aux jeux de la cour ont vitraux et l’architecture. Les caïnites doués en sculpture, pein-
plaisir à forger des liens entre les chevaliers et les dames, espérant ture et métallurgie auront bien plus de facilité à obtenir des
ainsi créer une union qui leur sera profitable à moyen terme. faveurs à sa cour. Hélène la Juste (Champagne) est une aventu-
D’autres en profitent pour lancer quelques dames mariées dans rière née. Sa couronne de reine caïnite lui impose une certaine
les bras de beaux et jeunes chevaliers afin de déstabiliser un respectabilité, mais un vampire (ou même un mortel) démon-
adversaire mortel ou de le faire chanter. Dans ces cas, une goule trant des prédispositions à relever les défis audacieux la comblera
éduquée dans les arts de l’amour joue le rôle d’intermédiaire au plus haut point. Chrétien de Troyes, auteur de nombreux
afin d’assurer la discrétion et la réussite de cette affaire. récits arthuriens, faisait partie de ses conteurs préférés et c’est
Les cours d’Amour dédiées aux arts et les « duels » sont Salianna en personne qui dut intervenir pour empêcher Hélène
monnaie courante. Le chant, la poésie, la musique et la rhéto- de l’étreindre. Étienne (Poitou), l’unique « roi » des grandes
rique sont généralement au cœur des joutes (les prouesses cours d’Amour, est le mécène des poètes et des écrivains. Il a
martiales étant considérées comme vulgaires, mais susceptibles été le protecteur d’Aliénor d’Aquitaine et de son grand-père,
de proposer un divertissement qui n’est pas dénué d’intérêt le comte Guillaume IX d’Aquitaine, dit « le Troubadour ». Les
pour certaines reines). Bien sûr, il est courant que des Artisans sujets lettrés et possédant un don pour le chant, la poésie ou
s’affrontent, présentant leurs plus belles œuvres à la reine de la la rhétorique seront fort appréciés à sa cour. Quelques caïnites
cour afin qu’elle les départage et, qui sait, récompense celui qui insistent pour se référer à Étienne sous le titre de « reine », consi-
saura faire vibrer son âme. dérant qu’il est tout aussi inapproprié de nommer l’homme à la
À l’instar des cours mortelles, chaque cour d’Amour possède tête d’une cour d’Amour « roi » que de nommer une femme à la
une reine, généralement choisie grâce à la ferveur populaire tête d’une cité « princesse ». Étienne respecte ceux qui sont assez
qu’elle inspire. Elles établissent les règles selon lesquelles se hardis pour s’en tenir à cette règle face à lui et il a déjà débattu
déroule le jeu de l’amour courtois, encouragent ceux qui s’y de ce sujet à sa cour.
livrent le mieux, punissent ceux qui échouent et daignent parfois
faire profiter les néophytes de leur expérience en la matière.
Les reines sont les arbitres ultimes et elles seules peuvent attri-
Les caïnites et les
buer les mérites qui glorifieront les meilleurs joueurs et les puni-
tions qui s’abattront sur les plus médiocres. Les chevaliers doivent
croisades albigeoises
honorer leur dame, réussir des exploits en son nom, constam-
ment vanter sa beauté et sa grâce et humilier d’autres éventuels D ans le Sud, les caïnites ont grandement souffert des croi-
sades albigeoises. Simon de Montfort, qui dirigeait les
croisés, a incendié et détruit presque toutes les places fortes
prétendants au cours de joutes verbales. Les troubadours des cours
d’Amour font les louanges du chevalier et la dame lui accorde ou dont il n’a pas pu prendre le contrôle. Un important nombre de
non un regard, un sourire. La dame peut être mariée, il s’agit ici vampires rencontrèrent la Mort ultime dans ces brasiers. Même
d’amour courtois… enfin, la plupart du temps. les tombes n’offraient pas un refuge sûr, car les frères-inquisiteurs
Les cours d’Amour toréadors, se sont multipliées avec une exhumaient et brûlaient les corps des hérétiques connus pour les
rapidité jusqu’ici inconnue au sein de la société caïnite. À la empêcher de souiller cette terre sainte. Les croisés ont également
différence de leurs pendants mortels, elles sont devenues une découvert des mages dans les Pyrénées, mais n’ont pas fait de
source de pouvoir régnant aussi bien sur les émotions que sur la distinction entre leurs adversaires surnaturels, les tenant pour
politique. Bien qu’une cour d’Amour n’exerce pas directement hérétiques. De plus, en sus des attaques de mortels, quelques
son influence sur les princes locaux, une reine possède une caïnites ont détourné la croisade à leur avantage pour éliminer
grande force de persuasion et n’hésite pas à user de son autorité des rivaux et faire endosser cette responsabilité aux inquisiteurs.
si nécessaire. Les caïnites et courtisans humains qui viennent en Les demandes d’aide d’Esclarmonde la Noire auprès de sa
nombre dans ces cours à la recherche de faveurs sont tout à fait matriarche, de la Grande Cour et des autres reines n’ont reçu
disposés à détruire un rival par la rumeur, le duel ou l’assassinat aucune réponse. Le roi Étienne a exposé des preuves accablantes
pur et simple, pour peu que ce soit en toute discrétion. de l’existence d’une trahison, une alliance entre Esclarmonde
Les Toréadors les plus puissants de France (tous vassaux de et la Lasombra Lucita d’Aragon. Alors que la reine de Toulouse
Salianna) sont à la tête des grandes cours d’Amour. Ce sont devait se déplacer pour faire face à ces accusations, Salianna lui
Isouda de Blaise (reine d’Anjou et de Blois), Hélène la Juste conseille d’envoyer un ambassadeur afin d’éviter une probable
(reine de Champagne) et Étienne (roi du Poitou). Esclarmonde tentative d’assassinat. Son ambassadeur étant incapable de
la Noire, reine de Toulouse, était l’une des vassales de Salianna, réfuter les accusations, puisqu’assassiné en chemin, Alexandre
mais elle a été « répudiée » lorsqu’Étienne a présenté des preuves et Salianna durent lui retirer leur soutien. Les Ventrues se sont
de son alliance avec les Lasombras aragonais. Salianna recherche joints avec enthousiasme aux croisades albigeoises, ceci afin de
toujours des candidats afin de remplacer Esclarmonde, dès s’approprier des terres, exprimer leur foi et éliminer une alliée
qu’elle aura cessé de résister et abandonnera son titre de reine, des Précepteurs.
conservé par défi. Esclarmonde aurait pu faire face si ces rivaux caïnites ne
Parmi les reines, Isouda de Blaise (dont la cour se déplace s’abritaient pas derrière des inquisiteurs. La reine de Toulouse
de Chartres à Angers et inversement) est fascinée par l’art des savait qu’Étienne l’avait piégée. Ce qu’elle n’avait en revanche

28
LE CODE DE CHEVALERIE CAÏNITE

L e code de chevalerie suivi par de nombreux caïnites


diffère de celui de leurs homologues mortels, suppri-
mant notamment toute référence à la religion et au respect
dû à l’Église (certains vampires marchant sur la voie du
Paradis pourraient avoir une vision plus proche du code de
chevalerie original). Voici leur vision :
1- Tu seras honorable et courtois en toutes choses.
2- Tu te dresseras et jamais ne reculeras devant l’ennemi.
3- Tu respecteras ceux qui te sont supérieurs.
4- Tu porteras secours aux faibles s’ils en font la demande.
5- Tu défendras l’honneur de ta dame et de ton seigneur. Si
leur honneur est bafoué, tu te dois d’obtenir réparation.
6- Tu considéreras tous les hommes comme égaux en mérite.
7- Tu protégeras les femmes de ce monde de ton épée, de ta
force et de ton honneur.
8- Tu ne manqueras jamais à ta parole.
9- Tu n’abuseras point de ton pouvoir et de la confiance
placée en toi.
10- Tu traiteras ton adversaire avec le respect dû à tes pairs.
Bien entendu, ce code est souvent altéré afin de mieux
correspondre à l’idée que se fera un caïnite de ses devoirs.
Ainsi, considérer tous les hommes égaux en mérite ne
s’applique souvent qu’aux chrétiens, de noble naissance
de préférence. De même, ne jamais manquer à sa parole
donnée ne peut guère s’appliquer qu’aux autres caïnites et
aux nobles mortels, mais rarement à un paysan.

pas réalisé avant la chute d’Alexandre, c’est que Salianna l’avait


également trahie. Elle pense, probablement à raison, qu’elle a
été utilisée pour canaliser l’ire des Ventrues, les contraindre
à rejoindre la croisade et ainsi pouvoir asseoir Geoffrey sur le
trône en leur absence.
Esclarmonde soutenait Raymond II Trencavel, le vicomte
excommunié de Carcassonne, en partie en accord avec ses
sympathies cathares, mais également parce qu’elle avait besoin
de son armée pour repousser les croisés mortels et frapper
les caïnites durant le jour. Malheureusement, le vicomte a dû
s’exiler en Aragon par deux fois, pour ne revenir qu’en 1247
et se soumettre au roi Louis IX. Que l’alliance avec Lucita soit
réelle ou non, Esclarmonde fut reconnaissante de l’interven-
tion, à plusieurs reprises, du royaume d’Aragon (ce qui coûta
la vie au roi Pierre II en 1213). Des rumeurs laissent entendre
qu’Esclarmonde, acculée durant un temps, a dépensé sa fortune
personnelle et fait de nombreuses promesses et concessions pour
engager des assassins en provenance des bas clans dans le but de
tuer les croisés caïnites. D’autres rumeurs affirment qu’elle serait
venue en aide aux lupins, en difficulté face aux croisés, en leur
permettant de frapper leurs ennemis vampiriques.
La reine de Toulouse a alerté ses alliés, leur expliquant qu’il
ne s’agissait pas d’une simple croisade ayant pour but l’annexion
de territoires ou la défense d’un point de vue théologique.

29
Certains inquisiteurs en savent beaucoup trop sur les faiblesses tablement installés dans les cités affranchies de Flandre ou se
des caïnites et leurs refuges pourtant bien dissimulés. À présent, mêlent à l’agitation des foires de Champagne.
Esclarmonde tente de maintenir la paix fragile qui s’est installée Un important nombre de réfugiés caïnites et mortels en
pour rassembler ses alliés et contre-attaquer. Certains la provenance de Constantinople après sa mise à sac par la
suspectent de préparer sa fuite au cas où les choses tourneraient quatrième croisade, mais fuyant également les états frappés par
à son désavantage. Malheureusement, sa position est précaire les croisades, est arrivé à Paris en 1215. La ville, bien que grande,
et, fin 1242, le roi de France règle définitivement la question ne pouvait accueillir une telle population. Salianna et Geoffrey
après la bataille de Taillebourg. Raymond VII se soumet, mais les tentèrent donc, après leur coup d’État, de les répartir dans les
croisades ne s’achèveront réellement qu’avec la prise de la place régions récemment dépeuplées, comme le comté de Toulouse
forte de Montségur en 1244 (malgré la résistance du château de et les anciennes terres des Plantagenêt. Mais, tout comme les
Quéribus, tombé en 1255). mortels, les caïnites ont bien des difficultés à s’adapter aux us,
coutumes, langues et climats de ces nouvelles contrées, ce qui
La guerre des Princes n’est pas sans engendrer de réelles tensions.

L es deux puissances vampiriques de France, Salianna et


Geoffrey, forment un curieux parallèle avec Blanche de
L’ère des cathédrales
Castille et Louis IX. Salianna agit comme un mécène pour le
jeune Geoffrey qui se bat pour asseoir sa légitimité en tant qu’hé-
ritier d’Alexandre. Depuis la destruction de son sire en Livonie
C hère au cœur des reines toréadors, la construction des cathé-
drales gothiques compte parmi les plus hauts faits architec-
turaux de cette période. L’un de ces plus célèbres édifices est
(et de ses plus proches alliés à Paris), ses chances d’être renversé bien entendu Notre-Dame de Paris. Elle est pleinement opéra-
sont quasi nulles, même s’il ne doit le « soutien » d’Hardestadt tionnelle dès 1250, les travaux qui suivront durant plus d’un
(et de Mithras dans une moindre mesure) qu’à la présence de siècle étant principalement cosmétiques. D’autres cathédrales
Salianna à ses côtés. Le prince de la cour de la Croix Noire commencent à se dresser à Amiens, Bourges, Poitiers, Reims,
se serait d’ailleurs fendu de cette saillie lors de l’accession de Senlis, Troyes et d’autres villes majeures. De nombreuses cathé-
Geoffrey du Temple au pouvoir : « Rex Illiteratus quasi sinus coro- drales romanes sont modifiées pour correspondre au nouveau
natus » (un roi illettré n’est qu’un âne couronné). Une allusion au style gothique si prisé ; c’est le cas des cathédrales de Notre-
manque d’expérience de celui qui pense légitimement pouvoir Dame de Chartres, Notre-Dame de Strasbourg, Notre-Dame
prendre la place de l’un des plus puissants princes d’Europe. de l’Assomption de Rouen ou Saint-Étienne d’Auxerre. Ces
L’alliance de Salianna avec Mithras, le seigneur ventrue de transformations témoignent de l’importance prise par le style
Londres, est houleuse. Quelques Ventrues anglais ayant perdu gothique à cette époque. Un hérétique cappadocien eut même
leur domaine et dû s’exiler lors de la reconquête des terres de pour dernière parole : « Les merveilleuses flèches de ces cathédrales
Normandie et du Poitou par Philippe Auguste, pressent Mithras sont autant de pieux visant le cœur de Dieu. »
de les soutenir. Certains de ces expatriés intriguent encore Les architectes, vitriers et sculpteurs rivalisent pour faire
en Bretagne, en Flandre et en Normandie, forçant leurs alliés de leur cathédrale la plus grande, la plus haute ou la mieux
mortels ainsi que leurs pions à créer le maximum de désordre ornementée. Les mécènes et artistes toréadors, comme Isouda
face à la couronne française. Cela a pour avantage de dissimuler de Blaise qui se félicitait de l’achèvement de Notre-Dame de
en partie leurs actions dirigées contre Geoffrey et Salianna. Chartes dès 1220 (et pour cause, puisque c’était une modifica-
Parallèlement, la matriarche et le prince-régent de Paris sont tion de l’ancienne cathédrale romane et non un édifice flambant
reconnaissants envers Esclarmonde la Noire de s’être rebellée. neuf), sont les grands artisans de cette « compétition » qui n’est
Grâce à cela, ils ont pu frapper l’Hérésie caïnite au cœur, pas forcément innocente.
soutenir les prêtres des Cendres et la monarchie des mortels. La construction de ces nouvelles cathédrales débute souvent
Geoffrey sait également que les Tremeres l’ont aidé dans l’affai- à la suite d’incendies ayant détruit les anciens bâtiments. Bien
blissement d’Alexandre, c’est pourquoi il fournit un soutien aux évidemment, on soupçonne certains incendies de ne pas être
Usurpateurs dans leurs frappes contre les fondations de mages tout à fait accidentels et de bien arranger les affaires de nouveaux
pyrénéennes (ainsi que contre quelques refuges salubriens). évêques ambitieux. L’émulation entre les constructeurs de cathé-
Salianna a reçu des informations concernant une probable drales est telle que les suspicions de sabotage ne sont pas rares.
alliance entre Esclarmonde et des survivants Assamites de la Les meilleurs architectes et artisans s’arrachent et se vendent
Reconquista de l’ombre afin de défaire les croisés et leurs alliés aux plus offrants. Mais malheur à l’ambitieux évêque ou maître
ventrues et tremeres. La vie de Louis IX aurait même été menacée d’ouvrage qui détruirait ou altérerait l’œuvre d’un Toréador. Un
par des assassins envoyés par le Vieil Homme sur la Montagne véritable artiste ne détruirait jamais la consécration que repré-
(1236). Mais si tel était le cas, sa survie apparaît bien mystérieuse. sente une telle splendeur, bien qu’il puisse être tenté de se débar-
De nombreux caïnites de France ne sont alliés à aucune rasser de ce qu’il considère comme une pustule dans le paysage
des cours, ni la Grande ni celles d’Amour. Les prométhéens ou faire table rase du passé pour achever une œuvre encore plus
(principalement des Brujahs souhaitant ressusciter le mythe de grandiose. Après tout, l’art se trouve dans l’œil de celui qui le
Carthage et vivre en harmonie avec les mortels) sont confor- regarde. Les caïnites moins motivés par l’esthétisme seraient sans

30
doute moins scrupuleux. Anéantir la cathédrale d’un rival après changement d’architecte, maître d’œuvre, trésorier ou respon-
des décennies, voire des siècles, d’efforts et d’argent investis dans sable du site peut provoquer un certain chaos ou déboucher
sa construction est une vengeance très douce pour l’un et parti- sur une vision peu compatible avec l’ancienne, impliquant de
culièrement amère pour l’autre. Certains préfèrent profiter des nombreux ajustements ou modifications.
moments de torpeur de leurs rivaux pour les améliorer (ou les Les Toréadors sont attirés par la construction des cathédrales,
défigurer, selon le point de vue). La simple supervision des répa- mais ils doivent se montrer prudents. Ces lieux accueillent des
rations peut prendre plusieurs décennies et occuper un oppo- évêques et paroissiens qui peuvent exprimer leur foi de façon
sant durant un long moment. douloureuse pour les caïnites et ils abritent souvent des reliques,
dont certaines sont même authentiques. Ceux qui marchent sur
Les cathédrales médiévales la voie du Paradis recherchent ces cathédrales et leurs chapitres.
L’échelle d’un tel édifice est énorme. De 1050 à 1350, les Mais les immenses vitraux et rosaces sont des œuvres splen-
paroisses du Nord de la France ont construit environ quatre- dides dont un vampire ne peut pas profiter de nuit. Malheur au
vingts cathédrales, cinq cents grandes églises et des dizaines de Toréador qui se retrouverait fasciné par les premiers rayons du
milliers de sanctuaires plus modestes. La cathédrale d’Amiens est soleil traversant la splendeur multicolore d’un Christ ressuscité
assez grande pour accueillir toute la population de la ville (soit flottant parmi les anges, tout auréolés de la gloire de Dieu.
dix mille personnes) à chaque service religieux. Un immeuble de
quatorze étages pourrait être construit sous le chœur de Saint-
Pierre de Beauvais sans toucher la voûte (qui culmine à 48,50
L’avènement
mètres). La mode du gothique s’est étendue, mais dans une
moindre mesure, en Angleterre, en Allemagne et en Italie.
des universités
Les cathédrales médiévales sont bruyantes, animées et riche-
ment colorées, envahies de pèlerins et résonnent des nombreuses
célébrations qui s’y tiennent. Les autels sont couverts d’or et
E n 1230, les évêques doivent composer avec un nombre sans
cesse croissant d’étudiants au sein des deux grandes univer-
sités françaises de Paris et Toulouse. Bien que les universités
de riches draperies. Les grandes croix sont ornées de pierres soient nées des écoles épiscopales, elles ont été reconnues par le
précieuses et semi-précieuses. Les calices, reliquaires et même les pape comme autonomes et ne dépendent donc plus des évêques.
crosses des évêques, sont de véritables chefs-d’œuvre. Les maîtres- L’université de Paris est la cinquième université d’Europe après
autels, jubés et stalles du chœur seront retirés de nombreuses Parme, Bologne, Oxford et Modène (à l’exception d’Oxford,
cathédrales durant les rénovations des siècles suivants. Les la proximité du siège de la papauté explique que les premières
tentures chatoyantes, peintures et dallages décorés n’existent à universités aient fleuri dans la péninsule italienne).
présent plus dans les édifices modernes. Ces universités attirent les étudiants et érudits mortels et
Une cathédrale n’est pas seulement utilisée durant les services caïnites de toute l’Europe, venus pour apprendre, enseigner,
religieux et vide le reste du temps, bien au contraire. Les parois- débattre et philosopher. Enseignants et étudiants sont presque
siens y mangent, y dorment et viennent à la messe avec leurs tous des hommes, à l’exception des filles de maîtres autorisées
précieux chiens de chasse et oiseaux de proie affaités. À l’occa- à s’asseoir dans certaines classes. La plupart sont des membres
sion des foires, des gardes veillent à ce que des amants trop entre- du bas clergé dont la moralité a été attestée par l’évêque de
prenants ne s’y réfugient pas pour s’adonner à quelques ébats leur diocèse d’origine. Les étudiants sont exempts de charges
romantiques. Les communes et guildes tiennent des assemblées personnelles : ils ne payent ni taille, ni péage, ni droit de circu-
dans les cathédrales et églises. Les églises paroissiales servent lation sur les marchandises. Ils sont généralement jeunes, avec
même d’entrepôts au plus fort des moissons. une forte propension à boire et se battre durant les foires et les
Les deux premiers siècles et demi consacrés à la construction jours de fêtes chrétiennes telles que l’Épiphanie, l’Ascension,
des cathédrales marquent une période de progrès importants la Pentecôte ou Noël. Les troubadours décrivent ces étudiants
en matière d’architecture et d’ornementation, à l’époque où les comme de méchants gredins, trop assoiffés de vin et de sensua-
cathédrales arboraient pratiquement des murs de vitraux. Mais lité, échappant aux sanctions grâce à leur privilège en tant que
toutes ces tentatives n’eurent pas que des résultats heureux. membres du clergé. Les serviteurs laïcs des étudiants fortunés
Ainsi, en 1284, une violente tempête fait s’effondrer en partie la profitent des prérogatives de leurs maîtres et sont souvent pires
voûte du chœur de la cathédrale de Beauvais. que les étudiants eux-mêmes. Ces serviteurs sont même accusés
Leur construction représente un chantier énorme et coûteux. de tromper leurs maîtres en les surfacturant pour les achats et
Les évêques et chapitres luttent avec leurs voisins pour lever services fournis.
des fonds et dénicher les meilleurs artisans. Des reliques sont L’université de Paris est reconnue par le roi Philippe II
acquises (ou volées) et exposées pour attirer les pèlerins et leurs Auguste en 1200 et par le pape Innocent III (qui y avait étudié)
aumônes. Les tensions entre un évêque et le chapitre d’une en 1215 lorsque son légat, le cardinal Robert de Courson, donne
cathédrale (les moines s’occupant des offices) ou entre un évêque à l’association des maîtres et étudiants de l’université ses propres
et la ville, peuvent assécher les revenus. À l’inverse, de bonnes statuts (Universitas magistrorum et scholarium parisiensium).
relations avec les guildes, les nobles de la région et la couronne En 1229, à la suite des beuveries du Mardi Gras, des étudiants
peuvent apporter nombre de donations et de mécénats. Un saccagent une taverne. Les sergents royaux et leurs archers inter-

31
viennent, blessant et tuant plusieurs étudiants. Blanche de
Castille et le légat du pape veulent se montrer inflexibles face aux
fauteurs de troubles. L’université se met alors en grève (peut-être
la première grève connue en Occident). La situation va durer
deux ans, chacun campant sur ses positions. Le roi d’Angleterre
cherche à attirer les maîtres et futurs érudits grâce à ses univer-
sités d’Oxford et Cambridge, y parvenant en partie. Pierre de
Dreux, qui vient de prêter allégeance au roi d’Angleterre pour
la Bretagne, rêve lui aussi de monter son université à Nantes et
se fait pressant, sans grand succès. Mais beaucoup de maîtres
et d’étudiants préfèrent faire l’apologie de la future université
de Toulouse, vantant certes les charmes des Toulousaines,
mais surtout le fait qu’on y enseignera les œuvres d’Aristote
(signe d’une forte influence brujah). Cependant, la plupart ne
comptent pas quitter Paris et se regroupent à Orléans et Angers,
improvisant des espaces dédiés aux cours.
Les mages, très présents au sein de l’université de Paris,
commencent à s’opposer autour de deux concepts : l’université
dépend-elle du pape ou de la royauté ? Les mages hermétiques
sont favorables à la grève alors que ceux des Voix messianiques
soutiennent les frères professeurs et souhaitent un retour à la
normale.
D’un côté l’université de Paris exige sa totale indépendance
et de l’autre le pouvoir royal veut asseoir son autorité et s’assurer
que l’ordre public règne à l’avenir. C’est le pape Grégoire IX
qui apaise finalement les tensions, Louis IX intervenant à sa
demande pour faire fléchir sa mère jusque-là intransigeante sur
le sujet. En avril 1231, le pape assure l’indépendance de l’univer-
sité avec sa bulle Parens scientiarum universitas (Paris, université
mère des sciences).
L’université de Toulouse (Universitas magistrorum et schola-
rium Tolosiensis) est fondée en 1229, à la suite de la signature
du traité de Meaux-Paris mettant un terme au conflit albigeois
et à la volonté du pape de rétablir l’enseignement d’une théo-
logie orthodoxe dans une région minée par l’hérésie cathare.
Cependant, malgré l’influence importante de l’Église, les
étudiants peuvent suivre des cours dirigés par des érudits juifs
ayant échappé aux croisades albigeoises. D’autres maîtres juifs
et musulmans sont attirés à Toulouse, apportant les œuvres
grecques classiques comme les écrits d’Aristote, interdits à Paris
et jugés dangereux par les théologiens.
L’école de médecine de Montpellier (dépendant de la
couronne d’Aragon et de Majorque), très renommée, a été fondée
par des érudits juifs en l’an 1181 (année où ils obtinrent le droit
de pratiquer officiellement la médecine). Elle reçoit ses premiers
statuts en 1220. L’école de médecine intégra l’université fondée
par des moines bénédictins. Le pape Nicolas IV accordera une
charte à l’université de Montpellier en 1289. La ville étant située
sur la côte méditerranéenne, à proximité des routes commer-
ciales établies avec les états musulmans, c’est l’un des premiers
endroits où l’on peut se voir enseigner de nombreux textes grecs
préservés et traduits par les savants arabes.
Dans les universités, des étrangers peuvent se réunir et des
érudits caïnites rechercher d’anciens ouvrages ou débattre de
philosophie ou de théologie. Il est difficile pour un vampire

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d’assister aux cours puisqu’ils sont donnés en journée et souvent susceptibles de vouloir participer aux débats philosophiques et
dans des bâtiments religieux ou en extérieur si le temps le théologiques qui s’y tiennent malgré le danger que cela puisse
permet. Les élèves sont issus du bas clergé et peuvent posséder la représenter. La plupart des caïnites intéressés par l’université se
Vraie Foi. En outre, des mages humains fréquentant l’université, mêlent aux étudiants durant leurs beuveries nocturnes, d’autres
les caïnites doivent pouvoir se soustraire aux pouvoirs mystiques prennent le risque d’y envoyer des goules ou serviteurs, mais un
d’observation. Les ouvrages eux-mêmes sont attachés par des caïnite maîtrisant la Nécromancie et la voie du Sépulcre pour-
chaînes à des piliers afin qu’ils ne puissent être volés lorsque les rait très bien passer un pacte avec un esprit érudit afin qu’il lui
maîtres font la lecture. L’université dépend techniquement du rapporte ce qui se dit à l’université. Il est fortement déconseillé
prince de la cité, mais il peut nommer un représentant pour la d’attaquer ou d’utiliser ses pouvoirs sur un étudiant, les risques
superviser. Les Cappadociens et les Brujahs remplissent souvent de débordement (et leur propension à déborder très facilement,
ce rôle (bénéficiant d’une forte influence au sein des universités), surtout à Paris) étant trop grands et leurs conséquences trop
bien que les Tremeres envoient généralement un émissaire afin imprévisibles. La plus grande discrétion est donc de mise.
de représenter leurs intérêts. Les Malkaviens sont également

DIPLÔMÉ DE L’UNIVERSITÉ

D ès qu’un écolier sait lire et écrire le latin (vers douze ans), il peut se rendre à l’université pour y apprendre les arts. Il doit
réussir les trivium (grammaire, rhétorique et dialectique) et quadrivium (arithmétique, géométrie, astronomie et musique).
Ensuite, il peut se voir enseigner la théologie, le droit canon ou la médecine.
La scolarité normale au sein de l’université est de treize ans avec des durées obligatoires d’études : six ans en arts et huit ans
en théologie. L’âge minimum d’accès à la licence est également fixé : vingt ans en arts et trente-cinq ans en théologie.

LATIN, LANGUE D’OC ET LANGUE D’OÏL

L e latin est la langue de l’érudition et le restera durant encore plusieurs siècles. C’est également la langue des rois de France
depuis le premier d’entre eux, Clovis I (qui dut apprendre la langue pour succéder à son père à la tête d’une province
er

romaine), mais surtout depuis l’empereur Charlemagne qui a souhaité qu’il soit enseigné largement afin de permettre la
lecture et la compréhension des textes sacrés. La langue d’oc, parlée dans le Sud de la France, est la langue élégante des trou-
badours et des poètes, elle hérite des qualités du latin. À l’inverse, la langue d’oïl parlée au nord, est influencée par la langue
germanique.
La langue d’oïl est adoptée à la cour de France et Louis IX est le premier roi à la parler régulièrement et même à la promou-
voir (faisant réaliser une traduction de la Bible en langue d’oïl). Devenant de facto la langue française, elle s’étend en Europe
et devient, durant un temps, la langue la plus parlée avec le latin. On dit même qu’il se parle plus français qu’anglais à la cour
des Plantagenêt.
Les langues sont nombreuses en France et il n’est pas forcément aisé de se faire comprendre, surtout parmi les petites gens.
Aux langues d’oc et d’oïl viennent s’ajouter le provençal (à mi-chemin des deux précédentes) ainsi que de nombreux dialectes
régionaux tels que le picard, le basque, le breton, le flamand et bien d’autres.

LES NOMS AU MOYEN ÂGE

S i les noms francs (d’origine germanique) sont privilégiés avant l’an mille, les prénoms chrétiens s’imposent dans la France
des XII et XIII  siècles. Les prénoms (le nom de famille n’existant pas encore) se transmettent souvent de père en fils et
e e

de mère en fille, les plus jeunes héritant d’un « diminutif » pour marquer leur filiation avant de prendre le prénom de leur
parent une fois celui-ci décédé. Ainsi, le fils de Jean s’appellera Jeannot, celui de Pierre, Perrin, et la fille de Marie portera le
prénom Mariannette dans un premier temps, bien que leur nom de baptême (le seul qui vaille) soit bien celui de leur parent.
Bien sûr, dans des lieux fortement peuplés, conséquence de l’exode rural, il est nécessaire d’avoir un second nom. Dans la
noblesse, il est de coutume d’accoler celui de son fief, ainsi Mathieu, seigneur de Senlis, sera connu sous le nom de Mathieu
de Senlis. Mais ce second nom peut rappeler celui du père (Aubernard signifiant par exemple « fils de Bernard »), celui de la
région, le métier exercé (Boulanger, Boucher, Pelletier, Vannier, Charpentier), un signe distinctif (le Court, le Chauve, le Gros,
le Fort, le Roux) ou même un animal (le Bœuf, le Coq, le Lièvre).

33
« On ne prend pas le roi à la guerre, pas plus qu’aux échecs. »
— Citation attribuée à Louis VI le Batailleur

Anjou (comté)
S
uite aux récentes reconquêtes de Philippe II Auguste, la
France est un royaume qui subit encore de larges divisions
entre ses régions, bien que Louis IX ait réussi à grande-
ment apaiser les tensions. Une chronique se tenant à Paris sera Domaine royal. Dirigé par Charles d’Anjou, frère du roi Louis IX
bien évidemment très différente d’une chronique se déroulant (1227-1285), à partir de 1246
en Bretagne ou dans le comté de Toulouse. Ces disparités et

L
incertitudes quant à ce qui se passe à Paris, Marseille, Poitiers, ’Anjou fait partie de la vallée de la Loire, une terre de
Rouen, Lyon ou Gand sont autant d’outils pour le conteur. douces vallées, de terrains fertiles et de puissantes villes.
Les sections suivantes abordent les duchés, comtés, vicomtés Le commerce fluvial est important sur la Loire et ses
et autres domaines de la France de ce début de XIIIe siècle. Nous affluents, menacé uniquement par les bancs de sable qui endom-
aborderons également le cas des régions ne faisant pas encore magent les navires durant l’été.
partie de la France métropolitaine de l’époque, mais qu’il aurait Le comté d’Anjou borde la rebelle Bretagne et les châteaux
été impensable de ne pas inclure dans France by Night. situés sur sa bordure ont été renforcés, tout comme leur
garnison, en cas de guerre contre Pierre Mauclerc. Mais son fils,
Jean Ier de Bretagne, a depuis repris le fief et rendu l’hommage
CAÏNITES D’ANJOU lige au roi de France.
Cependant, de nombreux grands propriétaires sont liés à la
Éormenric le Saxon (Ventrue, 8e génération) – prince noblesse anglaise. Henri II était comte d’Anjou et du Maine et
d’Angers. duc de Normandie avant d’hériter de la couronne d’Angleterre
Foulques de Beaulieu (Lasombra, 6e génération) – prince- en 1154. L’Anjou n’a été récupéré par la France qu’après la défaite
cardinal de Tours (cf. page 201). des Plantagenêt lors de la bataille de La Roche-aux-Moines en
Isouda de Blaise (Toréador, 7e génération) – reine de la cour 1214 (bataille qui poussa la Toréador Mélusine d’Anjou à fuir
d’Amour d’Anjou (cf. page 220). pour l’Angleterre).
Mathilde de Provence / Bérengère de Navarre (Ventrue 7e La plus importe ville du domaine est Tours, la Touraine étant
génération/fantôme) – prince du Mans. intégrée au domaine d’Isouda de Blaise. La future reine de la
Viorica (Tremere, 6e génération) – régente de la fondation cour d’Amour d’Anjou avait toujours considéré la cathédrale
de Tours (cf. page 227). de Tours, Saint-Gatien, comme « artistiquement incompréhen-
sible ». Heureusement, un incendie la détruit en 1166 et des
travaux de reconstruction et d’embellissement peuvent débuter
dès 1170 (pour s’achever en 1547), mais Isouda, qui pensait

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pouvoir y prendre une part active, se heurte au puissant prince- sente en ce début de XIIIe siècle l’un des joyaux de l’architec-
cardinal lasombra de la ville : Foulques de Beaulieu. L’abbaye ture dite « gothique angevine ». En outre, la ville compte de
Notre-Dame de Fontevraud, un monastère mixte, accueille les nombreuses abbayes bénédictines d’importance : Saint-Aubin,
sépultures d’Henri II d’Angleterre, Aliénor d’Aquitaine, Isabelle Saints-Serge-et-Bacchus, la Toussaint, mais surtout Saint-Nicolas
d’Angoulême et Richard Ier Cœur de Lion. C’est un site de pèle- et le Ronceray, fondées par le bouillonnant et pieux comte
rinage de première importance et un lieu à l’influence considé- d’Anjou, Foulques III Nerra, au début du XIe siècle et désor-
rable, ce qui en fait un havre idéal pour les caïnites dévots. C’est mais sous la protection de Foulques de Beaulieu, prince-cardinal
également la raison pour laquelle Henri III d’Angleterre aimerait lasombra de Tours.
reconquérir l’Anjou, dernière demeure de sa mère, de ses grands- Plusieurs écoles sont également présentes à Angers. Fondées
parents paternels et de son oncle. par des maîtres ayant quitté l’université de Paris après la grève de
L’Anjou est un centre culturel important. Les chroniques 1229, elles offrent une éducation de premier plan et sont parti-
prenant place ici seront probablement plus orientées vers les culièrement renommées dans la région.
luttes politiques des princes locaux et des cours d’Amour, ainsi La ville accueille la principale cour d’Amour d’Isouda de
que vers les conflits de loyauté touchant ceux ayant de la famille Blaise qui a dû renoncer à l’installer durablement à Tours, le
en Angleterre. puissant prince-cardinal Foulques ayant parfaitement fait valoir
Le domaine de la reine Isouda de Blaise inclut les comtés son autorité totale sur son domaine, en échange néanmoins
d’Anjou, du Maine, du Perche, de Vendôme, de Touraine, ainsi d’une allégeance de façade envers la reine d’Anjou qu’il méprise
que ceux de Blois et de Chartres (cf. page 49). cordialement. Pour autant, Isouda n’est pas prince d’Angers,
cet honneur revenant au chevalier ventrue Éormenric le Saxon,
occupant cette charge depuis plus de cent cinquante ans.
MÉLUSINE D’ANJOU L’ancien Ventrue anglais, ayant alors prêté allégeance à Mithras,
a refusé d’abandonner sa ville aux Ventrues de la Grande Cour

L ’actuelle reine toréador de Winchester est une légende


en Anjou. Étreinte en 865, elle est devenue une
force avec laquelle compter à la fin du X  siècle, étendant
e
et aux Toréadors. Fier et d’un sang presque millénaire, il a tenu
tête aux hordes d’ennemis s’abattant sur lui mais fut finalement
submergé et neutralisé d’un pieu en plein cœur enfoncé avec
son influence en Anjou et jusqu’en Aquitaine au travers toute la rage et la puissance du Brujah Alaric de l’Éparche, alors
d’Aliénor d’Aquitaine après son mariage avec le roi d’An- prince d’Angoulême et futur prince de La Rochelle.
gleterre Henri II. Indépendante des cours d’Amour et des Éormenric ne s’attendait pas à se réveiller, mais le pieu qui
baronnies d’Avalon, elle a néanmoins accepté de prêter allé- l’entravait fut retiré le lendemain alors qu’Isouda se tenait
geance à Mithras en 1175. Dès lors, elle subit une telle pres- seule face à lui. Nul ne sait ce qu’ils se sont dits, mais le prince
sion de la part de Salianna et des cours d’Amour, notam- d’Angers ploya le genou devant la nouvelle reine d’Anjou et fit
ment de la nouvelle reine d’Anjou Isouda de Blaise, qu’elle serment de la servir avec loyauté et de protéger son domaine,
dût se résoudre à abandonner la France pour l’Angleterre chose à laquelle il s’attelle maintenant avec zèle, bien que renié
en 1214. Cherchant d’abord refuge auprès d’Étienne de par les membres de sa lignée et en difficulté avec des anciens
Poitiers qui, fasciné par la personnalité de Mélusine, lui espérant bien profiter de sa position fragilisée. Éormenric est
accorda l’hospitalité le temps d’une seule et unique nuit, un prince juste bien qu’autoritaire. Il a conservé un côté rustre
elle embarqua ensuite pour l’Angleterre depuis La Rochelle. datant de ses jeunes années qui, dit-on, n’est pas pour déplaire
Reconstituant rapidement sa fortune, Mélusine est à présent à « sa » reine.
la figure de proue de la résistance contre le prince-régent des Quant à Isouda, elle n’est que trop heureuse de laisser les
baronnies d’Avalon : le puissant mathusalem Mithras. rênes de la politique locale au prince ventrue afin de se consacrer
entièrement à la chute de Salianna ainsi qu’à sa cour « d’Amour »
où les tragédies sont plus courantes que les fins heureuses, pour
Angers (évêché) peu qu’une telle chose existe. La reine d’Anjou, sous ses airs
charmeurs, est cruelle et impitoyable. Si ce côté de sa personna-

O ccupée par les Francs depuis Childéric, la ville prend rapi-


dement de l’importance face aux Bretons et aux invasions
normandes. Angers se développe autour de son port situé sur
lité est incarné publiquement par son bouffon malkavien Jean le
Fol (cf. page 221), elle se délecte de briser les mortels et caïnites
les plus innocents et candides. En apparence, la cour d’Amour
la Maine, lui assurant une place florissante dans le commerce d’Anjou est semblable aux autres, mais en réalité, c’est un piège
fluvial. Capitale du comté d’Anjou, elle passe un temps aux mortel qui se referme sur les « joueurs » les moins habiles, un
mains des Plantagenêt et revient dans le giron capétien en 1214. lieu où la moindre erreur est sanctionnée de la plus terrible des
Louis IX fait construire dès 1232 une puissante forteresse manières. Isouda souhaite s’allier les caïnites les plus habiles et
sur les bases de celle du IXe siècle, un château doté de dix-sept vicieux afin de mener ses desseins à bien. En cela, sa cour est
tours, en bordure de la Maine et au sommet d’une colline qui un vaste terrain de recrutement lui permettant d’identifier les
lui permet de dominer les terres alentour. La cathédrale Saint- caïnites dignes d’intérêt et les goules potentielles qui ne gâche-
Maurice a vu son architecture profondément remaniée et repré- raient pas sa précieuse vitae. Maintenant que ses deux infants

36
se sont détachés d’elle, Isouda cherche activement un nouveau en pitié la pauvre reine déchue. Bien sûr, le moine n’était pas là
prétendant à l’Étreinte, mais cette fois elle ne se contentera par hasard car, depuis plusieurs siècles, il recherchait la Ventrue
pas d’un infant naïf aisément manipulable et « sacrifiable » : qui avait diablerisé son sire et l’avait retrouvée, en la personne
elle recherche un Damné avec lequel elle pourra danser sur les du prince du Mans : Mathilde de Provence (auparavant Iolana
cendres de Salianna, un monstre à son image… avec juste un peu Aelius, ancienne patricienne de Rome et diaboliste sous le coup
moins d’ambition. de plusieurs chasses de sang). Préparant sa vengeance depuis fort
longtemps, Nárkissos le Cappadocien parvint à tuer Iolana et
Le Mans (évêché) à préserver son corps avec sa puissante Nécromancie. Il trans-
féra ensuite dans son enveloppe immortelle l’âme de la reine

L e Mans a subi de plein fouet les différentes invasions,


Bretons, Viking et Normands s’étant succédés. Le peuple
manceau, habité par le désir d’indépendance, est sévèrement
Bérengère récemment décédée, lui enseignant durant plusieurs
nuits comment maîtriser et nourrir ce nouveau corps éternel et
assoiffé. La raison du choix de Nárkissos demeure incertaine.
réprimé par Guillaume le Conquérant lorsqu’il prend posses- Voyait-il cela comme une ultime humiliation pour Iolana Aelius,
sion de la ville qui se soulèvera par trois fois, sans succès. profanant son corps ? Était-ce une simple expérience ? Une
Vers 1204, après la mort de son époux Richard Cœur de décision purement altruiste ? S’il est bien le caïnite aux deux
Lion, Bérengère de Navarre reçoit le comté du Maine en douaire visages que l’on pense, son âme compatissante pourrait avoir été
de la part de Philippe Auguste et s’installe au Mans. Peu appré- corrompue par sa part sombre, transformant un acte de bienveil-
ciée, devant sans cesse lutter pour conserver son domaine contre lance en future tragédie.
les manigances de Jean sans Terre et Aliénor d’Aquitaine, elle Le prince Mathilde n’entretenant que des rapports lointains
vit cette existence comme un exil et fonde en 1229 l’abbaye de avec les autres caïnites de sa cour, la substitution fut difficile
l’Épau, dans laquelle elle est inhumée l’année suivante. Mais son mais possible. Le lien particulier unissant Bérengère à son
histoire n’était pas encore terminée… nouveau corps lui épargne en grande partie la corruption de
Bérengère, aussi pieuse que vertueuse, se lia d’amitié avec un la Bête qui souillait l’âme d’Iolana, mais elle reste sujette à son
étrange moine itinérant qui la visitait chaque nuit, peu avant Ombre qui souhaite l’attirer vers le Néant. Elle ne peut utiliser
son décès. Se faisant simplement appeler Nárkissos, celui-ci prit que les disciplines de Force d’âme et de Puissance de son

37
hôte, mais Nárkissos est parvenu à lui enseigner les bases de la comprendre les prêtres ; c’est la naissance de la future langue
Nécromancie, enseignement que sa connexion avec la mort rend française qui influencera la langue d’oïl et s’imposera au fil des
plus aisée. En tant qu’esprit incarné, Bérengère peut maintenant siècles.
dominer les autres fantômes, construisant rapidement un réseau Au faîte de sa puissance, la ville obtient le droit de battre
d’informateurs discrets lui permettant de prendre l’ascendant sur monnaie au Xe siècle avec le denier tournois qui deviendra la
les caïnites de la ville, obtenant enfin le respect qu’elle avait tant monnaie de compte (la livre tournois), remplaçant la livre parisis
recherché dans son douaire. Cependant, son incapacité à utiliser dans la seconde moitié du XIIIe siècle sur ordre de Louis IX qui
les disciplines de Présence et de Domination la contraint à faire souhaite unifier le système monétaire.
un usage important du serment du sang pour conserver son Les papes s’y rendent à plusieurs reprises durant les XIe et
autorité. En outre, sa ferveur a été douloureusement éreintée par XIIe siècles, résidant dans l’abbaye de Marmoutier, fondée au
sa nouvelle condition et sa part d’ombre commence à prendre VIe siècle sur la rive droite de Tours, à l’emplacement où résida,
le dessus, profitant de cette enveloppe maudite pour infliger de dit-on, saint Martin. Alexandre III, contraint de fuir le Saint-
nombreuses souffrances aux mortels, s’abreuvant de leur sang et Siège en 1162 (après que l’empereur du Saint-Empire, Frédéric Ier
laissant plusieurs cadavres dans son sillage. Le sort de Mathilde/ de Hohenstaufen, dit « Barberousse », a fait élire un autre pape à
Bérengère pourrait ainsi être scellé très rapidement, alors que le sa solde : Victor IV), y tient un concile extraordinaire qui réunit
don de Nárkissos se mue une véritable malédiction. un nombre important de hauts dignitaires ecclésiastiques. Tours
devient l’espace d’un moment une « seconde Rome », permet-
Tours (archevêché) tant au pape légitime de consolider son autorité et de reprendre
son « trône », faisant plier l’empereur Frédéric.

A ncien évêché (sous saint Gatien, membre des sept évêques


envoyés par le pape au III  siècle pour évangéliser la Gaule)
e

devenu archevêché au IX  siècle, Tours attire de nombreux


e
Auréolée d’un tel prestige, la ville attire la convoitise de
caïnites ambitieux. Le Ventrue Théodomer, proche d’Alexandre,
devient prince de Tours vers 930, organisant la « réconciliation »
pèlerins venant se recueillir sur la sépulture de saint Martin, entre la vieille ville, accueillant l’archevêque et le château des
protecteur de la Gaule, dans l’abbaye portant son nom. Depuis comtes et vicomtes de la Cité, et le Châteauneuf organisé autour
le Ve siècle, une chapelle accueille le corps du saint ainsi que de l’abbaye Saint-Martin. En 1223, après trois siècles, le prince
son manteau (sa « chape », qui donna par extension le mot sombre dans l’indolence et le laxisme alors que la Touraine est
« chapelle » qui entrera ensuite dans l’usage), lesquels seront revenue dans le giron du roi de France et qu’Alexandre, principal
transférés dans une nouvelle basilique peu après. La riche soutien de Théodomer, est renversé. Profitant de son avantage,
communauté ecclésiastique de Saint-Martin voit d’un mauvais un ancilla lasombra, Foulques de Beaulieu, se rend à la Grande
œil que l’on souhaite leur imposer la règle de saint Benoît et Cour et plaide sa cause auprès de Geoffrey et Salianna, arguant
résiste un temps, mais doit finalement abandonner le statut qu’il est le seul à pouvoir assurer la gouvernance de ce domaine
de moine pour celui de chanoine. Le monastère Saint-Martin et qu’y laisser un allié d’Alexandre affaiblirait grandement l’équi-
devient une église collégiale. Incendiée plusieurs fois, la basi- libre fragile régnant dans la société caïnite. Théodomer est exilé
lique est reconstruite à de multiples reprises, mêlant l’art roman (rejoignant la cour de la Croix Noire à la recherche d’Alexandre)
au gothique angevin. C’est un passage obligé de la via Turonensis, et Foulques se fait nommer prince-cardinal de Tours, après avoir
voie de pèlerinage reliant Paris à Saint-Jacques-de-Compostelle. prêté allégeance à Geoffrey.
La ville accueillit également, dans la seconde partie du Terriblement ambitieux et entièrement voué à la ville qu’il
VIe siècle, l’une des figures religieuses les plus importantes de considère comme le siège de la chrétienté en France, le prince-
son époque : l’évêque Grégoire de Tours, à qui l’on doit une cardinal ne connaît ni pitié ni compassion. Quiconque lui
histoire des Francs (Historia Francorum) qui fit autorité et sera déplaît ou ne se soumet pas à son autorité tombe immédiate-
poursuivie par de nombreux auteurs successifs anonymes. Il est ment sous le coup d’une excommunication (bannissement du
inhumé dans la basilique, aux côtés de saint Martin. caïnite et de sa lignée, spoliation de ses biens) ou d’une chasse de
Vers 732, Charles Martel entre en guerre contre les Sarrasins sang pure et simple. Foulques de Beaulieu est sans conteste l’un
pour protéger le sanctuaire de Tours, symbole de la puissance des plus puissants Lasombras de France et la plus haute autorité
franque et de la chrétienté (on parle de bataille de Poitiers, mais c’est du clan au sein de la chrétienté franque.
bien de la bataille de Tours – ou plutôt, pour Tours – dont il s’agit). Tours est également le siège de l’une des plus importantes
La ville est le centre de la renaissance carolingienne sous fondations tremeres après celles de Rouen et Paris. Son implan-
l’abbé Alcuin, conseiller de Charlemagne et grand enseignant de tation, autorisée par l’ancien prince, est une épine dans le pied
l’école palatine d’Aix-la-Chapelle. Sous son impulsion et celle de du prince-cardinal qui n’attend qu’un faux pas de leur part pour
Charlemagne naît une écriture appelée « minuscule caroline ». « faire le nécessaire ». La régente Viorica se délecte de cette situa-
Celle-ci permet d’unifier l’écriture et de faciliter la lecture. Elle tion et joue un jeu dangereux en manipulant des puissances
s’étend principalement à partir du scriptorium de Saint-Martin infernales dans sa chambre privée, au plus profond des sous-sols
dont la renommée englobe tout l’empire carolingien. de la fondation, stratégiquement située sur la rive opposée de la
C’est encore à Tours, lors du concile de 813, que Charlemagne Loire, près du port fluvial de Saint-Cyr. Le bâtiment de pierres
impose la langue Romana Rustica afin que les fidèles puissent abritant la fondation se présente sous la forme d’un faux entrepôt

38
sans aucune ouverture vers l’extérieur, hormis une porte de
métal qui n’est en fait qu’un leurre. Le complexe s’étend en sous- LA BASILIQUE SAINT-MARTIN
sol sur plusieurs niveaux et des souterrains permettent d’aller
et venir en passant par divers bâtiments dépendant également
de la fondation et accueillant les goules au service des thauma- L a basilique Saint-Martin de Tours, accueillant la chape
et la sépulture du saint, ainsi que les restes de l’évêque
Grégoire, est l’un des bâtiments les plus sacrés de France.
turges. Plusieurs gargouilles veillent également sur le réseau de
souterrains, neutralisant les rares Nosferatus osant s’aventurer Le niveau effectif de Vraie Foi du lieu est de ••••• et
de ce côté de la Loire… lesquels garderont à leur tour les dédales tout caïnite y pénétrant serait immédiatement incinéré, à
tremeres après être passés entre les mains de la Sorcière écarlate, moins de suivre la voie de l’Humanité ou du Paradis avec un
maîtrisant l’art de créer des gargouilles particulièrement serviles. niveau minimum de 7 dans celle-ci (auquel cas, il ressenti-
La monnaie d’argent frappée à Tours permet à Viorica de rait une terrible douleur incapacitante, infligeant un malus
détourner des quantités importantes de ce métal afin de créer de –2 cumulatif sur toutes ses actions jusqu’à ce qu’il quitte
les armes permettant de vaincre les Garous encore présents dans les lieux). Les caïnites possédant la Vraie Foi ne sont pas
la région. Elle s’est également arrangée pour que la peste gangre- affectés et sont capables de véritables prouesses dans l’en-
neuse décimant les lupins (cf. page 161), affecte un maximum de ceinte de la basilique.
mortels dans la ville et ses alentours, s’assurant ainsi d’éliminer Bien sûr, le prince-cardinal (incapable de mettre un pied
toute la Parentèle garou sur son domaine. en ces lieux) verrait d’un très mauvais œil un tel caïnite dans
Bien que Tours dépende du large fief de la reine d’Anjou sa ville et n’hésiterait pas à le faire éliminer. Un vampire saint
Isouda de Blaise, celle-ci ne s’y rend que lorsqu’elle souhaite représente pour lui une aberration allant à l’encontre de tous
provoquer l’ire du prince-cardinal qui ne supporte pas ce qu’il ses principes. Foulques suit la via Regalis et sa conception de la
considère comme un camouflet envers son autorité. Lorsque piété n’est plus qu’un lointain souvenir, datant d’une époque
la reine arrive pour tenir une cour d’Amour extraordinaire, la où il perpétrait les pires péchés pour ensuite rechercher le
température en ville devient particulièrement glaciale alors que pardon. Sa conception de la foi n’est qu’une perversion
les deux caïnites se livrent un bras de fer par serviteurs inter- empreinte de noirceur et de souffrances. Il n’a que l’appa-
posés (manquant parfois de dégénérer en bain de sang). rence de la sainteté et, au fond de lui, il n’est qu’un monstre
Bien qu’elle ne puisse que rarement se rendre dans la cour mû par l’ambition dévorante de ses ténèbres intérieures.
d’Amour d’Isouda pour des raisons évidentes (dues, entre autres,
à son accoutrement), Viorica est très proche de la reine Isouda,
comme si leur cruauté entrait en résonance. En outre, le démon rencontre sont flous, car seuls deux participants y ont survécu,
de l’envie Vassago (cf. page 227), qui murmure à l’oreille de la terriblement ébranlés par ce face-à-face : Étienne le Menteur et
régente tremere, a senti en Isouda une ambition et un désir Artaud de Pontmolain. Seuls survivants de la guilde originale,
de pouvoir qu’il se ferait un plaisir de combler en échange de ils formèrent une nouvelle organisation dont le but était d’invo-
« menus services ». quer et de pactiser avec les démons. Cette plongée dans l’infer-
nalisme se révéla fort profitable.
Les Voleurs d’Enfer Artaud de Pontmolain ne s’est jamais remis de son unique
Les biens nommés Voleurs d’Enfer pratiquent leur démonisme invocation et est mort deux ans après la formation des Voleurs
particulier dans la riche région de l’Anjou. Contrairement au d’Enfer. Étienne dirige maintenant la guilde seul. Malgré ses
Cercle rouge (cf. page 182) dont les rangs sont occupés par quatre-vingt-dix ans, c’est un chef dynamique, charismatique…
des mages entraînés, les Voleurs ne semblent pas posséder de et particulièrement jeune.
talents magiques, pas plus qu’ils ne semblent vouer de culte Bien que l’un des six tomes ait disparu peu après la mort
aux démons. Ils fonctionnent comme toute guilde de voleurs, d’Artaud, la guilde utilise les autres pour se livrer à un commerce
à une exception près : vers la fin du XIIe siècle, des membres fructueux avec les démons. En échange d’informations et de servi-
de la guilde ont détroussé ce qu’ils pensaient être une caravane teurs dévoués, ils obtiennent l’emplacement de trésors perdus et
marchande, emportant, entre autres butins, un ensemble de des plans de bâtiments considérés comme impénétrables.
six livres richement reliés et ornementés. Lorsqu’un membre Étienne le Menteur : le voleur est spirituellement lié au démon
lettré de l’organisation, un ancien prêtre, commença à lire l’un qu’il a invoqué (un certain Ereptorus) il y a environ soixante-
des ouvrages, il versa des larmes de sang et s’effondra au sol en dix ans. Le sixième volume disparu contient le vrai nom de
hurlant de terreur et de douleur. Il ne retrouva jamais la vue et son maître déchu et est retourné dans l’Abysse. En le dissi-
encore moins la raison. Leur curiosité piquée au vif, les Voleurs mulant, Étienne s’assure ainsi qu’il ne puisse plus jamais être
se renseignèrent sur la nature des six ouvrages, dépensant de invoqué pour réclamer son dû : son âme.
fortes sommes d’argent auprès des meilleurs spécialistes, pour Les six tomes infernaux : ces ouvrages contiennent bien plus de
finalement découvrir qu’il s’agissait de textes infernaux permet- secrets que ne le soupçonnent les Voleurs d’Enfer. Certains
tant d’invoquer des démons (entre autres choses). démons pourraient vouloir se les accaparer pour leur propre
Après plusieurs essais plus ou moins fructueux, la guilde usage et il ne fait aucun doute que leurs serviteurs ne recu-
parvint à invoquer une créature de l’Abysse. Les détails de cette leraient devant rien pour satisfaire leurs sombres maîtres en

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leur permettant de quitter l’Abysse pour marcher parmi les noirs prennent des reflets cuivrés, son esprit s’aiguise, sa
mortels et moissonner les âmes par centaines, atteignant ainsi beauté ne cesse d’augmenter, tout comme son attirance pour
une puissance rivalisant avec celle des plus anciens caïnites. le prince de la Grande Cour de Paris qu’elle n’a pourtant
Une âme ardente : en juin 1241, Louis IX adoube son frère jamais vu ailleurs que dans ses songes. Mais plus que tout, un
Alphonse de Poitiers lors d’une fête monumentale (la désir de vengeance la submerge… et elle connaît maintenant
Non Pareille) donnée à Saumur. Profitant de l’occasion, les ses ennemis. Seul Dieu (ou pire) sait ce que pourraient faire
Voleurs d’Enfer pénètrent dans la demeure du prince de la des voleurs infernalistes acculés et pouvant potentiellement
ville : Marguerite l’Ardente (surnom hérité de sa chevelure invoquer et libérer une cohorte de démons.
flamboyante). Cette Ventrue de 7e génération s’était totale-
ment détournée de la cour d’Avalon pour faire allégeance à Intrigues angevines
Alexandre, puis Geoffrey, qu’elle soutenait politiquement • Un Loup pour la Rose d’Anjou. La reine Isouda de Blaise
et avec lequel elle entretenait une idylle selon les règles de utilise sa cour d’Amour comme un véritable camp de recrute-
l’amour courtois. Les infernalistes, usant à bon escient des ment. Elle recherche des Damnés aux belles manières, rompus
informations fournies par un démon de l’avarice, purent à la politique caïnite, ayant l’esprit acéré et ne s’embarrassant
détruire sans effort le prince pourtant ancien et subtiliser un pas d’éthique ou de morale. Mais, par-dessus tout, c’est un(e)
bijou d’une valeur inestimable : une bague mérovingienne candidat(e) à l’Étreinte qu’elle désire trouver. Désespérant de
créée par des mages des Voix messianiques. Cette bague en dénicher la perle rare, elle organise à présent une « compé-
or, sertie d’un énorme rubis, est en réalité un réceptacle tition », le Rhodolycos (« loup de la rose »), dans laquelle des
magique contenant à présent l’âme de Marguerite, capable mortels s’affrontent durant des mois, voire des années, au
d’utiliser ses disciplines de Domination et de Présence sur cours de diverses épreuves, pensant s’attirer les faveurs d’une
celui ou celle qui met le bijou à son doigt. Revendue à un formidable mécène ou alliée.
riche marchand, la bague est rapidement passée de main Si les premières épreuves sont des plus classiques, les
en main par la volonté de Marguerite pour finir au doigt de suivantes deviennent de plus en plus étranges, voire amorales
son infante, Gysèle d’Amboise. Peu à peu, l’ancilla ventrue et cruelles, à mesure que les rangs des candidats se clairse-
commence à ressembler étrangement à sa dame, ses cheveux

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ment et qu’Isouda transforme leur existence en calvaire, les
CAÏNITES D’AQUITAINE
poussant dans leurs derniers retranchements et ce à leur insu.
Nul doute que celui qui dénichera la perle rare qui triom-
Austris (Nosferatu, 6e génération) – prince de Dax.
phera de tous ses concurrents et des défis imposés par la reine
Bradamante (Toréador, 7e génération) – prince de Limoges.
d’Anjou, se verra récompensé comme il se doit (bien que cette
Brunehaut (Brujah, 8e génération) – prince d’Angoulême.
récompense puisse avoir un arrière-goût amer).
Dushyanta (Salubrien guérisseur, 6e génération) – ermite et
• Enquête inquisitoriale. Depuis quelque temps, on dénombre
protecteur de Pau.
de plus en plus de victimes exsangues parmi la population du
Ecgwynn la Féale (Toréador, 7e génération) – membre du
Mans et un groupe d’inquisiteurs missionné par la Société
triumvirat avalonien de Bayonne.
de Léopold mène l’enquête. Le prince Mathilde/Bérengère,
Edmond d’Essex (Ventrue, 9e génération) – membre du triu-
ignorant être responsable des massacres, demande à un
mvirat avalonien de Bayonne.
groupe de caïnites de mener l’enquête afin de couper l’herbe
Fatidicus (Malkavien, 8e génération) – Le prophète d’Auch.
sous le pied des inquisiteurs. Pourront-ils éviter de se heurter
Gaius Marcellus (Ventrue, 5e génération, infant d’Alexandre)
aux membres de la Société de Léopold ? Et quelle sera leur
– le Philosophe de Dax.
réaction en découvrant la vérité ?
Gérard le Vieux (Toréador, 8e génération) – baron de
• Des murmures dans les Ténèbres. Foulques de Beaulieu
Bordeaux au service de la cour d’Avalon et du prince
n’est encore qu’un ancilla, mais sa puissance est considé-
Mithras.
rable. Est-ce véritablement avec Dieu qu’il communie dans
Gondebald (Malkavien, 8e génération) – prince de
les ténèbres ou une sombre force corrompt-elle peu à peu
Périgueux.
son esprit ? Le prince-cardinal pourrait devenir le jouet d’une
Harold le Lion (Ventrue, 9e génération) – membre du triu-
force qui l’observe depuis plus de deux siècles, alors qu’il
mvirat avalonien de Bayonne.
n’était encore qu’un simple mortel. Serait-ce le démon de
Ranulph Longue Épée (Toréador, 7e génération) – ancien
l’envie Vassago ou l’un de ses puissants serviteurs ? Dans ce
évêque de l’Hérésie caïnite.
cas, la présence à Tours de la Tremere Viorica ne serait peut-
Victorien Loyola (Lasombra, 7e génération) – Ancien caïnite
être pas une simple coïncidence. Qui sait quels dégâts pour-
lié à la Tal’Mahe’Ra et adversaire secret du baron Gérard
rait provoquer un démon ambitieux disposant d’un pion
le Vieux et de Ranulph Longue Épée (cf. page 203).
aussi influent que Foulques ?
• Le péché de l’ambition. La présence du prince-cardinal à Tours
est une épine dans le pied de la reine d’Anjou qui a trouvé en de sa grand-mère Aliénor. Mais son suzerain, le roi de France
Viorica, la Sorcière écarlate, une alliée de poids. Ensemble, Louis IX, souhaite éliminer l’influence du Plantagenêt dans
elles pourraient comploter à la chute du Lasombra. À moins la région. Au centre de la stratégie de Louis se trouve Hugues
que Viorica n’ait d’autres projets, se livrant à un double-jeu de Lusignan, le beau-père du roi d’Angleterre, qui règne sur le
lui permettant de placer Foulques de Beaulieu et Isouda de comté d’Angoulême à la place de sa femme, Isabelle. En 1224,
Blaise sous la coupe de son sombre maître… Louis VIII persuada Hugues de se joindre aux armées françaises
• Un talent infernal. Bien que douée, Viorica pourrait rapide- pour attaquer le Poitou, cet assaut assurant au roi le contrôle
ment devenir une gêne pour les Tremeres. Goratrix souhaiterait du comté, en particulier Poitiers et le port fluvial de Limoges.
l’exiler plus loin, essayant de la persuader qu’elle serait d’une Bien qu’Hugues ait mené les troupes du roi de France à travers
aide inestimable dans la guerre des Présages (dont le régent de la Gascogne, ils échouèrent à prendre Bordeaux et Bayonne,
Paris se moque éperdument). Bien sûr, la Sorcière écarlate ne laissant au Roi Henri III une base arrière lui permettant de
l’entend pas de cette oreille et campe sur ses positions. Mais reprendre le contrôle de ses possessions. Liées à l’Angleterre dans
peut-être existe-t-il d’autres moyens de s’en débarrasser… Après le cadre commercial (principalement le vin), les cités portuaires
tout, le prince-cardinal de Tours n’accepterait jamais une infer- d’Aquitaine sont restées loyales aux Plantagenêt, tandis que les
naliste sur son domaine, quant aux loups-garous, ils apprécie- campagnes ne voient pas l’intérêt d’un maître étranger et préfé-
raient certainement de déchirer son corps de leurs griffes. reraient un seigneur français.
Bien qu’il ne soit pas particulièrement intéressé par l’Aqui-
Aquitaine/ taine, le mathusalem Mithras reconnaît la main de Salianna
dans le tour qu’ont pris les événements, exploitant la situation

Guyenne (duché)
parmi les mortels pour affaiblir la position des agents du prince
de Londres tout en renforçant les siens. Les autorités mortelles
et caïnites du Poitou sont à présent plus étroitement liées à la
cour du roi Étienne qui a officiellement prêté allégeance à la

L
es domaines du Sud de la France sont dichotomiques, Grande Cour (et Salianna) et non aux « barbares » des baron-
aussi bien pour les mortels que pour les caïnites de la cour nies d’Avalon. Mithras a chargé le baron toréador de Bordeaux,
d’Avalon. Officiellement, les terres d’Aquitaine appar- Gérard le Vieux, de renforcer son réseau d’informateurs parmi
tiennent à Henri II en sa qualité de duc d’Aquitaine, héritée les mortels et caïnites. Le mathusalem ne se sent pas concerné

41
par l’équilibre du pouvoir dans ce fief, mais il saisit les consé-
quences économiques qu’implique la perte de Bordeaux sur des
Agen (évêché)
ports comme Bristol et Exeter.
Les chroniques se déroulant dans cette région devraient
mettre en avant les conflits opposant l’ancienne baronnie
A u XIIe siècle, l’hérésie cathare s’implante profondément
dans la région, ce qui explique la forte présence des ordres
mendiants en ce début de XIIIe siècle. La vaste majorité de la
d’Avalon (au travers de Gérard le Vieux) à la cour d’Étienne population caïnite a quitté la ville, à l’exception de quelques
de Poitiers. Les personnages pourraient même agir en tant que Nosferatus qui hantent encore les sous-sols d’Agen, évitant de
messagers ou espions pour le compte de l’un des deux partis. se confronter aux frères inquisiteurs. Agen est à présent l’un des
bastions de l’Inquisition de l’ombre, un symbole de l’éradication
Les fiefs d’Aquitaine du catharisme. Forte de près de dix mille habitants, la ville se
Les terres qu’Aliénor d’Aquitaine a apportées comprenaient trois trouve tiraillée entre les rois de France et d’Angleterre.
régions distinctes. La partie la plus au nord est le comté de Poitou, La collégiale de Saint-Caprais était l’un des refuges de
dominé par Poitiers, le siège ducal et le port de La Rochelle (cf. Ranulph Longue Épée. D’ici, l’influence de l’évêque de l’Hérésie
page 116). Plus au sud, se trouve le duché d’Aquitaine, compre- caïnite s’étendait à travers le Sud de la France autour d’Agen,
nant les comtés d’Angoulême, d’Auvergne, de la Marche, de Bordeaux, Saint-Yrieix-la-Perche et Cahors. Contraint de fuir
Périgord et de Saintonge, ainsi que la vicomté de Limoges. La vers Bazas en 1209 par suite de l’arrivée de la croisade albigeoise
partie la plus au sud représente le duché de Gascogne, intégrant qui brûla près d’une centaine d’hérétiques cathares, Ranulph a
les régions de Bordeaux, Dax et Armagnac. Le Poitou a été repris depuis réuni les forces de l’ancienne Curie écarlate autour de lui,
à Henri II et avec lui tout le nord de l’Aquitaine (incluant les quel que soit leur allégeance ou vision de l’Hérésie. Cependant,
comtés d’Angoulême, de la Marche, d’Auvergne, d’Angoulême, rares sont les caïnistes ayant échappé aux feux de l’Inquisition et
de Saintonge et de Périgord). aux lames des serviteurs d’Esclarmonde.
Bordeaux reste sous la coupe de Mithras, tout comme les villes L’inquisiteur et dominicain Bernard de Caux est chargé en
sur la Garonne et la Dordogne. Au-delà, la poigne de la cour cette année 1242 d’éliminer les derniers albigeois de la région
d’Avalon se relâche, les terres tombant sous l’influence de la cour avec le soutien discret des membres de la Société de Léopold qui
de Poitiers. Des membres des baronnies d’Avalon restent actifs visent un tout autre gibier. Bernard de Caux fondera en 1249 le
dans la région et les comtés d’Angoulême et Périgord sont encore le fameux couvent des Jacobins d’Agen.
lieu de nombreux affrontements entre les caïnites des deux cours.
Angoulême (évêché)
L’ÉGLISE TROGLODYTE D’AUBETERRE
A ncien oppidum gaulois, puis civitas gallo-romaine et enfin
évêché au IV  siècle, Angoulême est construite sur un
e

S ituée à la limite entre les comtés d’Angoulême et de


Périgord, l’église de la vicomté d’Aubeterre surprend.
Creusée à même la roche dans une cavité existante au
promontoire et entourée d’une enceinte qui lui vaut la réputation
d’être imprenable. Sa situation géographique, à la limite entre la
France du Nord et du Sud, attise de nombreuses convoitises. En
VIIIe siècle, elle est agrandie au XIIe siècle par le vicomte 508, elle tombe face à Clovis. La prise de la ville est si incroyable
Pierre de Castillon au retour de la deuxième croisade et des qu’elle donne naissance à une véritable légende (en réalité, les
moines bénédictins s’y installent. mages mérovingiens n’eurent aucun mal à faire plier les défenses
Probablement créée afin d’abriter des reliques (dont de la ville fortifiée). Elle tombe à nouveau au XIe siècle face aux
un fragment de la Vraie Croix disparu en ce début de Vikings du chef Hasting mais résiste aux Normands peu après,
XIIIe siècle), nul ne connaît l’identité de son fondateur notamment grâce au courage et à la force hors du commun du
original. Cependant, quelques anciens caïnites de la région comte d’Angoulême, Guillaume Ier, goule du prince brujah de la
parlent d’un vampire saint, probablement un Cappadocien, ville : Alaric de l’Éparche (en référence au moine du VIe siècle,
qui serait venu d’Orient avec une ancienne relique. Depuis, Saint Cybard, dit Eparchius, qui vécut reclus durant presque
le caïnite et la relique ont disparu. quarante années dans une grotte sous Angoulême et changea la
Secret : un ancien Cappadocien du nom d’Éléazar s’est vision qu’Alaric avait du monde).
établi dans cette cavité qu’il a agrandie et transformée en En 1242, la ville bénéficie d’une charte datant de Jean sans
église, sur le modèle des cités troglodytes de Cappadoce. Terre, faisant d’elle une commune indépendante.
Le caïnite transportait avec lui le flagrum (fouet) ayant servi Le prince Alaric a confié les rênes d’Angoulême à son infante
à la flagellation du Christ lors de l’épisode de la Passion Brunehaut en 1224, alors qu’il partait faire le siège de La Rochelle
(cf. page 243). Éléazar lui-même se flagellait avec ce fouet, contre les Ventrues avaloniens. Véritable bastion brujah depuis
méditant aux portes de la Mort ultime et obtenant de puis- le Ve siècle et la domination wisigothe, Angoulême a toujours été
santes visions et révélations. Le Cappadocien serait actuel- une épine dans le pied des barons ventrues de la cour d’Avalon.
lement en torpeur avec la relique de la Passion, quelque Bien qu’appartenant supposément aux Plantagenêt et, par exten-
part dans une galerie secrète de l’église d’Aubeterre. sion, à la cour d’Avalon du mathusalem Mithras, les Brujahs
n’ont jamais lâché un pouce de terrain, humiliant le clan des

42
Rois à la moindre occasion sous l’impulsion d’Alaric, l’ancien Actuellement, l’autorité caïnite n’est pas représentée par un
Brujah vouant une haine féroce aux Ventrues depuis qu’ils ont prince, mais par un triumvirat regroupant deux ancillae Ventrues
gangrené les peuples goths dans le but de renverser l’alliance et une ancienne Toréador, tous au service de la cour d’Avalon :
romaine entre Lasombras, Malkaviens et Toréadors. Le prince Edmond d’Essex, Harold le Lion et Ecgwynn la Féale.
Brunehaut étant faite du même bois que son sire, il y a fort à Bayonne est affranchie des pouvoirs féodaux par une charte
parier que cette tradition perdure dans une ville qui traite tous communale de 1215. Parallèlement, elle accueille de nombreuses
les clans sur un pied d’égalité (tant qu’ils se plient aux règles du troupes anglaises afin de maintenir la domination plantagenèse
prince qui visent avant tout à protéger les mortels), ce qui n’est dans la région. Le triumvirat s’attend à subir une attaque de la
pas du goût de tous. part des Malkaviens et Nosferatus de la coalition de Navarre (cf.
Tout comme son sire, Brunehaut est indépendante de la page 45) et la paranoïa est au plus haut dans la ville. De plus,
Grande Cour gangrenée par les Ventrues, même si l’arrivée au Edmond et Harold auraient joué un rôle important lors de la
pouvoir de Geoffrey, visiblement sous l’influence de Salianna, troisième croisade, perpétrant un véritable massacre dans Acre,
signe pour elle la fin prochaine de l’influence du clan des Rois exécutant plus de deux mille hommes de la garnison, mais égale-
en France. Consciente de ce fait, le prince d’Angoulême tente de ment des centaines de femmes et d’enfants. Plusieurs membres
se rapprocher de la matriarche toréador, à l’insu d’Alaric, pour du clan Assamite affûtent leurs lames, désireux de prendre le
consolider sa position sur le long terme. sang des deux bouchers d’Akkā.

Auch (archevêché) Bordeaux (archevêché)


A rchevêché depuis le IX  siècle, la ville a accueilli plusieurs
L e duché de Gascogne est le cœur des possessions françaises
e

conciles visant à restaurer la discipline ecclésiastique. d’Henri III, centré autour de Bordeaux et économiquement
Divisée entre les comtes d’Armagnac et les archevêques, elle est lié à l’Angleterre. Depuis les événements de 1223, de nombreux
l’une des plus importantes cités chrétiennes de France. Pourtant, caïnites gascons ont juré fidélité au baron Gérard le Vieux et à
sa cathédrale Sainte-Marie, détruite par un incendie en 1171, la cour d’Avalon, déclarant être de loyaux vassaux et non des
ne sera jamais totalement reconstruite avant les travaux qui parjures sans foi comme les Poitevins.
commencèrent à la fin du XVe siècle. La situation de la ville, au carrefour des routes fluviales de
Malgré l’importance d’Auch en ce début du XIIIe siècle, la Dordogne et de la Garonne, et des routes terrestres vers la
la ville est boudée par la plupart des caïnites qui lui trouvent Loire et l’Espagne, est exceptionnelle. Son port est vital pour les
peu d’attrait. Un ancien Malkavien se faisant appeler Fatidicus Plantagenêt, commerçant avec Londres, Exeter, Hull et Bristol. À
y a implanté sa coterie, constituée de lui-même et de ses trois travers le port de Bruges, Bordeaux permet l’exportation des vins
infants. On dit que ses capacités de voyance sont impression- issus du Médoc, de la Garonne et de la Dordogne dans le nord-
nantes, mais que ses prédictions sont aussi funestes qu’inéluc- ouest de l’Europe, assurant ainsi sa fortune et celle de la région.
tables. Nul ne sait s’il est capable d’influencer le destin ou si Représentant de Mithras, le baron Gérard le Vieux tient sa
ceux qui le consultent sont toujours marqués par la fatalité, mais cour dans un manoir bien aménagé surplombant la Garonne.
seuls les plus désespérés en appellent à ses visions prophétiques. Son principal rival était l’évêque Ranulph Longue Épée qui
surveillait l’Aquitaine et les îles britanniques pour le compte de
Bayonne (évêché) la Curie écarlate. Pour une raison qui échappe à beaucoup, l’in-
fluence de Ranulph sur l’Aquitaine était plus grande que celle

P ort initialement limité au cabotage entre Bordeaux et l’Es-


pagne, Bayonne s’ouvre au XII  siècle aux relations avec
e

l’Angleterre et la Flandre. Les marins bayonnais concurrencent


du baron avant les croisades albigeoises, puis la destruction de la
Curie écarlate. La cathédrale Saint-André était le siège de l’Hé-
résie caïnite et servait de refuge à Ranulph lorsqu’il était en ville.
les Bordelais, Rochelais et Bretons, et les rivalités commerciales Bordeaux est le bastion de la cour d’Avalon en France et
explosent parfois en affrontements opposant ces hommes de la restera aux mains des rois anglais jusqu’au milieu du XVe siècle.
mer, d’autant plus que Bordeaux et Bayonne appartiennent aux De nombreux caïnites, notamment des Ventrues, ont trouvé
possessions plantagenèses, ce qui renforce la rivalité avec les villes refuge dans la région après la perte des territoires des Plantagenêt
portuaires « libérées » par Philippe Auguste au début du siècle. à la suite des reconquêtes de Philippe Auguste. Ceci a pour effet
Dans la première partie du XIIe siècle, la ville s’étend sous la de fragiliser le pouvoir du baron Gérard le Vieux qui a dû faire
pression démographique grandissante et les caïnites se font de face à un afflux massif de caïnites aussi courroucés qu’ambitieux,
plus en plus nombreux. Le royaume de Navarre, qui sera rattaché le contraignant à se livrer à d’importantes démonstrations de
à la couronne française à la fin du siècle, lutte ardemment contre force et de nombreux exils forcés vers l’Angleterre. Le baron
les Anglais présents dans la région. Les Nosferatus et Malkaviens demande le soutien du mathusalem Mithras afin de maintenir
navarrais et castillans commencent à contester le port aux un statu quo sur son domaine, véritable poudrière sur laquelle
Ventrues de la cour d’Avalon qui ont bien du mal à maintenir la reine toréador Salianna compte bien s’appuyer pour réintégrer
leur autorité, même avec le soutien des Toréadors anglais. la région au sein de la Grande Cour et y créer une cour d’Amour
digne de l’ancienne duchesse Aliénor d’Aquitaine.

43
Dax (évêché) Limoges (évêché)
L ’ancienne cité lacustre préhistorique a laissé place à une
civitas gallo-romaine, puis à une ville entourée d’une
enceinte formidable pour l’époque (IV  siècle). Elle est connue
e
S itués au carrefour des routes menant vers Bordeaux, Bourges,
Lyon, Orléans et Saintes, sur la via Lemovicensis menant
à Compostelle, l’évêché de Limoges et sa vicomté sont pros-
pour ses sources thermales (l’empereur Auguste lui-même y pères. Mais c’est son abbaye Saint-Martial qui fait sa renommée
serait venu), participant à la renommée du lieu. Elle devint égale- (surtout depuis que saint Martial, évangélisateur des Gaules
ment une place marchande d’importance, ce qui attira l’intérêt au IIIe siècle et premier évêque de la ville, a été élevé au rang
des peuples conquérants germaniques, scandinaves et sarrasins. d’apôtre par le pape Jean XIX vers 1031). Dirigée par les moines
C’est à Dax que s’est implanté durablement Gaius Marcellus, clunisiens depuis le XIe siècle, son scriptorium est renommé dans
infant de l’ancien prince Alexandre (après un bref passage tout l’Occident pour la qualité de ses copies et enluminures. En
à Toulouse). Bien loin des ambitions de son sire, Gaius n’as- outre, l’école de Saint-Martial est l’une des plus importantes
pire qu’à la paix, restant profondément affecté par la chute institutions consacrées à la composition et au chant grégorien,
de Carthage à laquelle il participa en tant que légionnaire et développant notamment le chant polyphonique dès le XIe siècle.
mortel. Contribuant activement à la formation du mouvement Bien sûr, la production textile de Limoges (ou « limogiatures »),
prométhéen, il s’est depuis longtemps éloigné de son sire, dont faite d’étoffes brodées d’or et d’argent, et ses émaux, participent
les accès de violence, de cruauté et de narcissisme exacerbé en également sa réputation.
étaient venus à le terrifier. Bien que n’ayant jamais assumé le rôle Ce rayonnement intellectuel, artistique et artisanal attire
de prince, Gaius Marcellus est l’un des caïnites les plus respectés de nombreux Toréadors et il n’est pas étonnant que le prince
d’Aquitaine (et du Sud de la France). Il refuse de prendre part à appartienne à ce clan. Bien qu’elle ne soit pas reine (une posi-
la guerre des Princes et souhaite que Dax reste un havre de paix tion qu’elle n’envie guère), Bradamante tient une cour d’Amour
dans cette région très contestée. faisant la part belle aux troubadours limousins depuis le début
Depuis la destruction de la Lasombra Clodauuiua en 1206 du XIIe siècle. Connue pour ses prouesses martiales, son esprit
(victime des machinations de l’ancien prince ventrue de Lescar), chevaleresque, sa grande dévotion et son amour pour les arts,
le prince de Dax est une Nosferatu du nom d’Austris. D’après Bradamante est un parangon du credo de la Chevalerie et elle
la légende, elle aurait été une reine ou princesse wisigothe du guidera tous les aspirants Paladins qu’elle juge dignes de béné-
Ve siècle (du temps du royaume de Toulouse) et aurait contracté ficier de son mentorat. Les caïnites les plus jeunes commettent
la lèpre. Isolée, puis oubliée, elle fut étreinte par un puissant parfois l’erreur de railler le prince lorsqu’elle est en armes, ce qui
Nosferatu dont le nom est inconnu (peut-être Ophir-Abi, cf. ne siérait pas à une dame, mais Bradamante a l’ouïe fine et a plus
encadré « Le cas des « crestias » », page 46). Son sire disparut d’une fois infligé une lourde correction à ces cuistres.
quelques années plus tard, la laissant à nouveau seule. Autrefois Le prince de Limoges représente également les intérêts de
sans doute très belle, Austris est d’une prodigieuse laideur, Salianna et de la Grande Cour dans la région grâce à sa position
même pour un Prieur. Les ravages de la lèpre ont fait leur office : stratégique en bordure du comté de la Marche. De nombreux
son corps et son visage sont terriblement déformés, son nez n’est espions à son service s’enquièrent de la situation dans le reste du
qu’une plaie ouverte et sa bouche, hormis ses deux crocs, est duché et plus principalement à Bordeaux où le baron Gérard le
édentée. Il lui manque plusieurs doigts et les autres ont pris la Vieux semble enfin montrer des signes de faiblesse.
forme de serres aux griffes longues et noires. Mais celle que l’on
surnomme « la reine Pédauque » (au « pied d’oie ») est sans doute
l’un des caïnites les plus sages et éclairés qui soit. Très liée à Gaius
Pau
Marcellus qui la prit sous son aile et s’installa avec elle à Dax, ils
forment un « couple » pour le moins étrange parmi les Damnés.
Tous deux parangons de la via Humanitatis, ils souhaitent
S itué dans le diocèse de Lescar, le castelnau de Pau n’est encore
qu’une petite localité entourant le château des vicomtes de
Béarn, bien que cette première moitié du XIII  siècle marque le
e

faire de Dax un modèle du genre sans pour autant rappeler le début de son développement.
souvenir douloureux de Carthage. De nombreux Prodigues et Autrefois fief du prince ventrue de Lescar, Henri Beaucaire,
prométhéens se rendent dans la ville afin d’échanger avec les Pau s’est retrouvée libre de toute influence caïnite lors de la
deux anciens et bénéficier de leurs sages paroles. destruction de ce dernier en 1213, lorsque les partisans lasom-
Actuellement, Gaius Marcellus est partagé par son désir de bras du roi d’Aragon, qui rêvaient d’expansion, profitèrent de
rester en retrait de la politique caïnite et celui de rencontrer son l’intervention du souverain pour régler une vieille dette. Ce fut
frère de sang Geoffrey afin de, peut-être, lui prodiguer quelques probablement le point final d’une longue querelle qui avait mené
conseils avisés, surtout concernant la manière d’endiguer ces à la destruction de son ennemie jurée, le prince lasombra de Dax
profonds élans de violence incontrôlable qui affectent la progé- (Clodauuiua), en 1206. Malheureusement pour les Aragonais, la
niture d’Alexandre, véritable malédiction venant s’ajouter à celle mort de leur roi lors de la bataille de Muret en septembre 1213
du clan. les contraint à reculer et à abandonner leurs visées expansion-
nistes face aux Ventrues accompagnant les troupes du roi de
France et de Simon de Montfort.

44
L’activité vampirique a toujours été quasi inexistante dans le
castelnau qui demeure maintenant sous la « protection » d’un
Périgueux (évêché)
très ancien Salubrien venu il y a longtemps du lointain Orient
et secrètement établi dans la région bien avant Henri Beaucaire,
dissimulé dans un réseau de grottes proche. Le Berger est
P érigueux est une ville double. D’un côté : la Cité, située
à l’emplacement de l’ancienne ville gallo-romaine de
Vesunna ; de l’autre : Puy-Saint-Front. Chacune des deux parties
toujours accompagné d’un étrange caïnite muet à la puissance est pourvue de sa propre enceinte et elles sont totalement sépa-
prodigieuse, entièrement dissimulé sous d’amples robes sombres rées. La Cité, plus modeste, est la ville de l’évêque et de l’aris-
et un masque d’ébène dénué d’expression. Le nom de ce mysté- tocratie militaire. Elle est dominée par la cathédrale romane
rieux Salubrien, Dushyanta, n’est probablement qu’un emprunt Saint-Étienne-de-la-Cité. Puy-Saint-Front s’est étendue autour
à la mythologie hindoue et son âge est inconnu. Le caïnite qui du château comtal et de l’abbaye de Saint-Front. C’est une ville
le suit n’est que l’enveloppe d’un mystérieux mathusalem dont marchande qui croît considérablement durant le XIIe siècle, les
Dushyanta abrite l’âme brisée depuis plus de mille ans grâce reliques du saint attirant de nombreux pèlerins.
à son pouvoir de Valeren, Soulager l’âme bestiale. La relation Durant plus d’un siècle, deux anciens princes malkaviens
qui unissait les deux caïnites, ainsi que l’identité du mathu- (Bald et Gond) se sont disputés le pouvoir sur les deux villes
salem, sont inconnues, mais il se pourrait que le processus de de la future Périgueux. Les plaisanteries les plus douteuses et la
guérison arrive enfin à son terme et que l’âme autrefois réduite violence allaient crescendo, coûtant la vie à plusieurs caïnites et
en lambeaux puisse bientôt réintégrer son corps d’origine… étendant leurs conséquences jusqu’à Bergerac au sud et Brive à
l’est. Deux camps se dressent alors l’un contre l’autre, la neutra-
lité n’étant pas de mise : d’un côté les Gondiens de la Cité et
SUGGESTION : de l’autre les Baldiens de Puy-Saint-Front. Paranoïa, coups bas,
DUSHYANTA ET LA MÈRE NOIRE manipulations, plaisanteries macabres, vendettas par mortels et
goules interposés, tout y passe alors que les princes font des deux

D ushyanta aurait fait la rencontre de la mathusalem villes et de la région leur terrain de jeu. Quant aux rares traîtres
ravnos Marizhavashti Kali (aussi connue sous le nom qui s’avisent de changer de camp, ils disparaissent sans laisser la
de la « Mère Noire ») plusieurs siècles avant notre ère en moindre trace. Lorsque la Cité et Puy-Saint-Front sont réunis en
Inde, lorsque lui aussi luttait contre les démons asuratizayya. 1240, les deux étranges princes disparaissent durant plusieurs
Plus tard, après que la grande prophétesse ravnos eut fondé nuits… pour réapparaître étrangement « changés ».
sa lignée en Europe occidentale, elle dut abandonner son Gond et Bald sont en réalité un seul et même caïnite : un
infante Phaedyme pour disparaître, l’esprit vacillant et prête Malkavien souffrant d’un grave dédoublement de la personna-
à succomber à sa Bête suite à de terribles révélations dont lité. De façon tout à fait mystérieuse, la réunification des deux
elle eut la vision. Peut-être guidé par des rêves envoyés par villes lui a rendu son identité propre. Ainsi le prince Gondebald
Marizhavashti Kali, Dushyanta la retrouva dans le Sud de règne-t-il sur Périgueux, dépouillé de ses capuches et artifices
la Gaule au premier siècle et prit soin de son âme déchirée. visant à dissimuler son identité derrière une couche supplé-
Mais guérir un esprit aussi ancien et tourmenté demande mentaire d’Occultation. Malheureusement, il est toujours aussi
du temps, beaucoup de temps, alors que certaines sombres fou, persuadé que les deux précédents princes qu’il a « tués »,
prophéties mettent à l’épreuve la volonté du Salubrien qui rôdent dans les ombres et cherchent à l’éliminer. Il en vient à
manqua de chuter sur sa Voie à de multiples reprises. Après soupçonner les caïnites de sa cour de les dissimuler, voire de
plus d’un millénaire de lutte, ne devant pas uniquement continuer à leur prêter allégeance (ce qui n’est pas tout à fait faux
sauver une âme mais deux, Dushyanta est prêt à réintégrer puisque Gondiens et Baldiens continuent de se haïr après plus
l’esprit de la Mère Noire dans son corps d’origine. Dès d’un siècle d’affrontements et poursuivent leur petite guerre).
celle-ci à nouveau active, il est fort probable qu’elle recher-
chera en priorité son infante Phaedyme, tombée en torpeur
Intrigues aquitaines
quelque part en Provence (cf. page 122). • La coalition de Navarre. Cette coalition ibérique de
Quant aux sombres visions qui ont plongé la Mère Noire Malkaviens et de Nosferatus lutte contre les Toréadors
dans cet état, celle-ci n’en garde plus le moindre souvenir, voulant rattacher la Navarre à la France. Placée sous les ordres
seul Dushyanta devant faire face aux terribles rêves récur- d’un ancien Prieur nommé Ezkerra, cette alliance recherche
rents qui assaillaient la mathusalem et qu’il ne parvient pas l’appui des caïnites de la cour d’Avalon dans la région.
à interpréter. Mais il est certain que ces images de destruc- Cependant, les Malkaviens arguant qu’Ezkerra n’est qu’un
tion ne peuvent être qu’un aperçu de la Géhenne, une fin pion déplacé par un caïnite bien plus ancien ont commencé
du monde s’ouvrant sur la destruction d’une créature venue à disparaître à un rythme inquiétant, menaçant la coalition.
du fond des âges, disparaissant dans le feu céleste, puis le Alors que les Nosferatus enquêtent sur ces disparitions, il se
néant, et enfin la folie noyée dans le sang du fratricide. pourrait tout aussi bien qu’ils découvrent la main d’un puis-
Pour plus d’informations sur la Mère Noire et Phaedyme, sant mathusalem… ou un simple complot visant à faire éclater
cf. Triptyque Sanglant 4 : Des voleurs dans la nuit, page 27. leur alliance.

45
LE CAS DES « CRESTIAS »

D ans l’Ouest occitan vivait un peuple aujourd’hui disparu qu’on appelait « crestias ». Ils inspiraient la méfiance et on les
disait porteurs de la lèpre, ou, tout du moins, enclins à le devenir. De petite taille, on les reconnaissait à leurs oreilles
souvent dépourvues de lobes. Mis au ban de la société, ne pouvant se marier qu’entre eux, acceptés dans les églises mais tenus
à l’écart des autres ouailles, on leur refusait d’être enterrés en terre consacrée. Ils n’étaient autorisés qu’à pratiquer certains
métiers, ainsi les femmes excellaient dans l’art du tissage et les hommes dans celui de la charpenterie et de la maçonnerie. Ce
sont d’ailleurs des crestias qui ont monté la charpente de Notre-Dame de Paris, preuve de leur renommée incomparable dans
le royaume malgré la crainte qu’ils inspirent.
D’où venaient-ils ? Sont-ils les descendants des artisans maçons ayant œuvré à la construction du temple de Salomon, les
gardiens de secrets depuis longtemps perdus et exilés en Gaule ? Bien que leur maîtrise des arts de la construction soit effecti-
vement importante, rien ne vient confirmer une telle supposition qui semble relever du fantasme. D’ailleurs, les « maçons » de
Marseille (cf. page 124) ne semblent pas s’y intéresser en dehors de la main-d’œuvre qualifiée qu’ils représentent.
Cependant, un ancien document faisait état d’un mathusalem nosferatu originaire de Palestine et connu sous le nom
d’Ophir-Abi, lequel aurait traversé la « grande mer » vers l’ouest, peu de temps après la construction du temple de Salomon.
Chose intéressante, il aurait été accompagné des derniers membres de la tribu dont il était issu du temps de sa mortalité. Les
chroniqueurs caïnites situent la destination de son périple jusque dans le Sud-Ouest de la Gaule où il s’installa avec son peuple.
Une théorie voudrait donc que les crestias partagent un lien étroit avec un très ancien Nosferatu et que le sang de ce dernier
ait transmis dans ces lignées certains traits physiques communs : leur quasi-absence de lobes d’oreille, bien sûr, mais également
une affliction ressemblant à la lèpre et affectant régulièrement certains crestias, considérés avec déférence pas leurs pairs, mais
stigmatisés par les populations occitanes.
Si Ophir-Abi a réellement existé, il n’en subsiste aucune trace historique en dehors d’un unique document, tombé en pous-
sière il y a bien longtemps et ne survivant que dans la mémoire de rares historiens et généalogistes caïnites. A-t-il poursuivi son
périple, est-il en torpeur quelque part auprès des descendants de sa tribu, ou est-il encore actif dans la région, dissimulé aux
esprits de tous et œuvrant dans l’ombre à quelque dessein secret ?

• La malédiction de Fatidicus. L’ancien Malkavien dit avoir Caïn, mais il est incapable de se souvenir du comment et du
été visité il y a plus d’un millénaire par un esprit étrange, pourquoi de la chose.
une « Dame du Destin » qui lui aurait fait don de préscience. • Le prix de la paranoïa. Les délires paranoïaques du prince
Malheureusement, il ne voit que de funestes présages et tous de Périgueux pourraient bien se réaliser très prochainement,
ceux qui le consultent payent un prix amer. ses sujets ayant envie de changement. Un charismatique
En réalité, loin d’avoir reçu un don, Fatidicus est porteur ancilla toréador, Adalbéron le Jeune, réunit actuellement de
d’une véritable malédiction : tous les caïnites qui l’approchent nombreux suffrages et pourrait bien réussir à unir Gondiens
sont affligés par l’infortune et le malheur. Seuls ses infants et Baldiens contre le prince dément.
semblent être épargnés, mais ils sont tous frappés de cécité Mais Adalbéron est un apostat baali attiré par le chaos régnant
dès l’Étreinte et incapables de la moindre vision ou révélation dans la ville et dont le seul but est de satisfaire son maître :
soudaine (même au travers de leur discipline Auspex). un démon de la colère. Sitôt Gondebald éliminé, l’apostat
Bien qu’il soit conscient de son état, le Malkavien est poussé ranimera la haine opposant les anciens Gondiens et Baldiens,
par une force mystérieuse, ne refusant jamais d’offrir ses les poussant à s’entretuer jusqu’au dernier, serviteurs inclus.
services aux caïnites assez fous pour le consulter. Nul ne Alors son maître le récompensera en lui permettant de se
se doute de l’ampleur réelle de la malédiction qui frappe tenir, indemne, au milieu des flammes qui ravageront la ville.
Fatidicus, car si l’évêché d’Auch accueille si peu de caïnites, • Le sang appelle le sang. Plusieurs guerriers assamites font route
c’est qu’ils ont tous été victimes de malheureux concours vers Bayonne afin de venger les victimes innocentes d’Acre.
de circonstance depuis l’arrivée du Malkavien : incendies Le triumvirat a été prévenu de la possible venue des Assassins
détruisant les refuges, victimes potentielles se révélant être par un mystérieux messager et sont sur le pied de guerre. Les
des loups-garous, confrontations inattendues avec des inqui- soldats anglais stationnés en ville sont utilisés pour renforcer
siteurs à la foi particulièrement vive, disparition subite des la sécurité d’Edmond et d’Harold, les meilleurs d’entre eux
« préférences alimentaires » des anciens seigneurs ventrues de transformés en goules. La tension est palpable et le moindre
la ville… Deux caïnites ont même succombé après avoir été incident provoque des réactions disproportionnées de la part
frappés par la foudre. de la milice.
Fatidicus pense avoir été maudit par une créature très puis- Une coterie pourrait être engagée pour protéger le triumvirat,
sante et ancienne ayant une raison de haïr les descendants de se retrouver prise au milieu des combats ou faciliter le travail

46
des Assamites pour le compte des Lasombras ibériques… avant
CAÏNITES D’AUVERGNE
d’éliminer les Assassins, faisant ainsi d’une pierre deux coups.
• La guerre sainte. Ranulph Longue Épée souhaite reprendre
Bernard de Montpensier (Lasombra, 8e génération) – prince
le pouvoir dans la région même si la Curie écarlate n’existe
de Clairmont.
plus, profitant du fait que le baron Gérard le Vieux est isolé
Huon de Germigny (ou de Montferrand) (Ventrue 9e géné-
et affaibli. En renforçant son pouvoir en Aquitaine, l’évêque
ration) – opposant du prince de Clairmont Bernard de
est certain de pouvoir réinvestir le comté de Toulouse dès
Montpensier.
qu’Esclarmonde aura chuté et que les charognards se battront
Le Vate (Cappadocien, 6e génération) – ancien caïnite du
pour s’emparer de son domaine.
bosquet sacré (cf. page 198).
Mais le baron de Bordeaux a eu vent des manigances de
Vorocius (Gangrel, 5e génération) – caïnite aussi sage qu’as-
Ranulph grâce à l’un de ses espions toréadors. Bordeaux
soiffé du sang de ses ennemis, gardien du sanctuaire de
risque de se retrouver au centre d’une véritable guerre sainte
Lugos, un antique site sacré dans les montagnes d’Au-
alors que Ranulph compte ressusciter l’Hérésie caïnite,
vergne (cf. page 199).
persuadé que l’Euagetaematikon était dans l’erreur et que le
Troisième Caïn est revenu pour détruire la Curie écarlate en
1211, ce qui placerait la Géhenne en 1244. Il lui reste peu
de temps pour prouver qu’il est un véritable croyant, prêt à
donner sa vie pour Caïn, et non l’un de ces caïnites aveuglés
par le pouvoir. Auvergne (comté)
Dans l’ombre, le Lasombra Victorien Loyola attend patiem-
ment, prêt à renverser le baron de Bordeaux et à porter un Fief mouvant de la couronne, mais généralement rattaché au domaine
coup fatal aux hérétiques caïnites s’ils ne s’annihilent pas royal. Dirigé par Alphonse de Poitiers (1220-1271), frère du roi Louis IX
mutuellement.

L
’Auvergne est une région montagneuse peu peuplée,
encerclée par le Massif central. La Loire et l’Allier, routes
LE VERBE DE DIEU fluviales importantes, y prennent leur source. On y
trouve des ruines romaines, des mégalithes celtes, des volcans

R anulph Longue Épée a créé une nouvelle secte sur endormis et de nombreuses cavernes inexplorées, sources de
les cendres de la Curie écarlate : le Verbum Dei. Le bien des légendes.
Toréador a troqué son titre d’évêque pour celui d’apôtre, L’Auvergne est célèbre pour l’affrontement entre Vercingétorix
professant auprès des « verbatims » que la destruction du et les légions romaines de Jules César lors de la bataille de
Siège de Nod n’est que la résultante de la vanité et de l’auto- Gergovie (à l’avantage du premier). Quelques Gangrels ont
lâtrie qui animaient les membres de la Curie. Le Troisième combattu au côté du chef arverne et continuent de mener le
Caïn est en route et la fausse église de Rome, la Babylone de combat contre les Lasombras romains. Ces Gangrels quittent
l’Apocalypse, va bientôt tomber, déjà privée de son souve- rarement l’Auvergne, mais ils tenteront très certainement de
rain pontife. L’Inquisition n’est que l’instrument de la pros- surprendre et tuer n’importe quel caïnite « romain » s’aventurant
tituée de Babylone, qui s’enivre du sang des véritables saints sur leur territoire.
et martyrs : les caïnistes. Les chroniques basées en Auvergne mettront probablement
Le Verbum Dei se prépare à l’arrivée du Verbe de Dieu, le en avant l’isolation et les vastes étendues de nature inviolées.
Troisième Caïn décrit dans l’Apocalypse de Jean : «  revêtu d’un Les caïnites entendent régulièrement les hurlements des lupins
vêtement teint de sang  » ; «  de sa bouche sortait un glaive affilé  » ; et les contes parlant de fées abondent. C’est une région dange-
quant aux oiseaux dévorant « la chair de tous les hommes, libres reuse pour qui n’en est pas originaire ou ne possède pas un
et esclaves, petits et grands », il ne peut s’agir que des antédi- puissant protecteur local. De nombreux vampires vivent dans
luviens portant le jugement du Verbe de Dieu (Apocalypse, les montagnes et suivent la voie de la Bête, produisant quelques
chapitre 19) précipitant la Géhenne. Ensuite, les caïnites, parangons de la Via Feritas (voie dérivée de la Via Bestiae suivie
déjà morts et ressuscités, régneront sur terre durant mille par les caïnites les plus sauvages), considérant la civilisation
ans auprès du Troisième Caïn, leur âme libérée de la Bête comme une menace devant être éradiquée.
enfin vaincue (cela peut-il faire référence au mythique état
de Golconde ?). Au terme de ces mille ans de règne, Satan
sera vaincu et les caïnistes créeront un monde nouveau dans
la Troisième Cité : la Jérusalem céleste.

47
Durant un siècle, les Lasombras règnent à nouveau sur
LE VATE Clairmont, mais la situation s’envenime à nouveau vers 1120
lorsque les comtes d’Auvergne (soutenus par des Brujahs à

O n murmure qu’un ancien caïnite millénaire, appelé


simplement «  le Vate », ferait perdurer certaines
croyances celtes antiques dans un bosquet sacré près d’Au-
nouveau unis) fondent à proximité la cité libre de Montferrand
qui n’est pas sans rappeler les futures bastides méridionales.
L’escalade est telle que l’Église en appelle au roi Louis VI qui
rillac (cf. page 198). Tout comme Vorocius, le Vate incarne mate les comtes d’Auvergne et incendie Montferrand en 1126.
toujours les anciennes croyances dans la région mais se La victoire des Précepteurs sur les Brujahs est alors totale et, en
contente de demeurer dans son bosquet sacré où, dit-on, 1202, l’évêque de Clairmont, Robert d’Auvergne, reçoit finale-
l’ancien Gangrel viendrait parfois lui rendre visite afin ment tous les droits sur Clairmont des mains du comte Guy
d’honorer certains rituels oubliés de tous si ce n’est de ces II d’Auvergne. Ces possessions sont garanties à l’évêque, même
reliques immortelles d’un âge à jamais éteint. après la conquête de l’Auvergne par Philippe II Auguste en 1221.
À condition de respecter les règles établies par l’ancien Seule ombre au tableau : la cité de Montferrand devient une
Cappadocien, de nombreux caïnites peuvent trouver auprès place forte accueillant Templiers et Hospitaliers, deux ordres
de lui un refuge sûr dans cette région infestée par les Garous guerriers sur lesquels les Lasombras ont peu d’influence.
et les caïnites sauvages, mais il leur faudra satisfaire la curio- Le prince Bernard de Montpensier maintient son pouvoir
sité de leur hôte en échange. Mieux vaut alors ne pas faire sur Clairmont depuis 1126 et la destruction de son prédécesseur
étalage d’une trop profonde foi chrétienne… sous les griffes de Vorocius, qui profita des désordres nés des
affrontements entre représentants du roi et comtes d’Auvergne.
Il échappa même miraculeusement à une nouvelle attaque
Clairmont (évêché) du mathusalem Gangrel et de ses alliés en 1241, mais la situa-
tion devient problématique et de nombreux caïnites fuient la
et Montferrand ville, certains décidant de trouver refuge à Montferrand et de
prendre la situation en mains. Un ancilla ventrue du nom

C lairmont est fondé au Ier siècle, après l’abandon de l’oppidum


de Gergovie, symbole peu désirable dans une Gaule roma-
nisée à présent en paix.
d’Huon de Germigny, fortement implanté parmi les Templiers
et ancien compagnon du prince-régent Geoffrey, a commencé
à regrouper autour de lui un véritable contre-pouvoir face à
Passée aux mains des Wisigoths à la fin du Ve siècle, la ville est Bernard et la situation risque de s’envenimer rapidement, atti-
rattachée au royaume franc en 507. Elle est ravagée une première rant l’attention des ordres militaires et fragilisant la position du
fois par Pépin de Bref en 761, suite à la rébellion du duc d’Aqui- prince de Clairmont qui se sait la cible de Vorocius. Bernard de
taine Gaiffier, puis à nouveau par les Normands au IXe siècle. Montpensier envisage à présent des solutions extrêmes…
En 535, un concile réunissant quinze évêques s’oppose au roi
mérovingien Théodebert Ier. Ils souhaitent réduire l’influence Le sanctuaire de Lugos
royale dans les affaires de l’Église, traçant une délimitation claire Situé à mi-chemin dans les hauteurs entre Clairmont et le mont
entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel. Nombreux sont les Dore, ce « sanctuaire » s’est établi dans une clairière autour de
caïnites qui y voient l’influence des Lasombras, premiers maîtres quelques pierres levées, bien plus anciennes que le dieu Lugos
historiques de la ville, désirant fragiliser le pouvoir brujah en lui-même. Ce lieu possède une puissance mystique endormie qui
place, déjà mis à mal par la mainmise des Ventrues sur les Francs. attirerait aussi bien les Garous que les mages s’ils découvraient son
La manœuvre se révèle gagnante et les Précepteurs remettent la existence (une fois éveillé, le niveau du cairn/cray serait de •••).
main sur Arvernis (son nom de l’époque), mais en seront chassés C’est en ce lieu que « réside » le mathusalem gangrel Vorocius
de 761 jusqu’au milieu du Xe siècle, à nouveau par les Brujahs. et quelques-uns de ses alliés, même s’il ne fait que tolérer leur
Piqués au vif, les Lasombras (qui considèrent la ville comme présence. La population de sangliers et de corbeaux est anor-
la leur puisqu’ils en sont les fondateurs) engagent une grande malement élevée autour du sanctuaire, ses animaux étant liés
campagne de reconquête, alternant manipulations politiques au dieu Lugos et utilisés par Vorocius pour devenir ses yeux et
(montant les Brujahs les uns contre les autres) et religieuses ses oreilles.
(en renforçant l’influence des évêques locaux). Leurs actions Quiconque s’aventure à proximité du sanctuaire est certain
commencent à porter leurs fruits sous l’évêque de Clairmont de subir le courroux du Gangrel qui n’est pas du genre à poser
Étienne II dans la seconde partie du Xe siècle. La présence de des questions, optant généralement pour un démembrement
l’Église est alors renforcée dans la région et Étienne II s’oppose rapide des intrus.
fermement aux exactions des seigneurs (personnifiées par les
affrontements entre factions brujahs rivales), participant active- Intrigues auvergnates
ment à la mise en place de ce qui deviendra « la Paix de Dieu » • La guerre pour la civilisation. Le prince Bernard de
et ramènera l’ordre en France au moment où la dynastie carolin- Montpensier a appelé à une chasse de sang contre le Gangrel
gienne disparaît au profit des Capétiens. Vorocius, responsable de la Mort ultime de plusieurs de ses
prédécesseurs. Bien sûr, aucun caïnite n’a montré d’empresse-

48
ment à s’aventurer sur le territoire des Gangrels. En parallèle, Père de la Nuit est le sire de Drutalos et donc le grand-sire de
il doit faire face au Ventrue Huon de Germigny qui menace Mnemach, la matriarche nosferatu de Paris et la fondatrice
son autorité. de sa lignée.
La situation exige des mesures exceptionnelles et Bernard L’historien et généalogiste nosferatu pourrait se mettre en tête
compte frapper sur deux fronts. Dans un premier temps, il de retrouver le lieu où le mathusalem repose, persuadé qu’il
envisage de monter les Garous contre le clan bestial, faisant est toujours en torpeur quelque part dans les montagnes du
d’une pierre deux coups et sécurisant les routes d’Auvergne Massif central. Mais une telle quête est dangereuse et il lui
pour les autres caïnites. Ayant capturé l’un des alliés gangrels faudra s’entourer de caïnites de confiance, prêts à s’aventurer
de Vorocius, il est parvenu à lui arracher l’emplacement de dans des terres hostiles et écumées par des meutes de lupins
l’ancien sanctuaire de Lugos (un cairn endormi) et essaye de et les Gangrels sauvages de Vorocius.
transmettre l’information aux lupins de la région, ne sachant
trop comment y parvenir sans dévoiler son jeu. Quiconque
lui offrirait une solution se verrait largement récompensé CAÏNITES DE BLOIS
pour son aide.
Dans un second temps, Bernard doit trouver un moyen d’éli- Chaigidel (Tzimisce, 8e génération) – Ba’ham des Semeuses
miner l’influence du Ventrue qui se fait maintenant appeler de la Sombre Mère.
– par défi – Huon de Montferrand et menace son autorité Liutgarde la Blanche (Toréador, 7e génération) – prince de
dans la région. Le Lasombra envisage une solution radicale Chartres.
et désire faire assassiner Huon et ses plus proches alliés. Naamah (Nosferatu, 8e génération) – Ba’ham des Semeuses
Malheureusement, plusieurs Brujahs ont rejoint le Ventrue de la Sombre Mère.
dans une alliance improbable avec la promesse de pouvoir Nárkissos (Cappadocien, 6e génération) – prince du monde
reprendre le contrôle de Clairmont en cas de victoire. Au souterrain de Châteaudun.
moindre déferlement de violence, les ordres combattants de Sheireil (Malkavienne, 9e génération) – Ba’ham des
Montferrand seront immédiatement alertés et la situation Semeuses de la Sombre Mère.
pourrait dégénérer rapidement. Bernard cherche à introduire
des espions auprès d’Huon et ainsi profiter de son avantage
pour le faire disparaître avec ses plus proches alliés lors d’une
frappe éclair portée au cœur de la nuit. Mais il lui faut pour Blois (comté)
cela trouver des caïnites au-dessus de tout soupçon…
• Le Père de la Nuit. Si les Nosferatus sont indubitablement Dépend du duché de Champagne. Possession de Thibaut IV le
les maîtres des secrets, il y en a un qu’ils ne parviennent pas Chansonnier (1201-1253) via ses vassaux
à percer : celui de leurs origines. De nombreux Prieurs se

L
sont penchés sur la mythologie du clan et sa généalogie, sans e comté de Blois, comme l’Anjou, se situe le long de la
pouvoir en percer les mystères. Pourtant, l’ancien Nosferatu Loire. La maison des comtes de Blois est très puissante
Ambrosius (8e génération, Mnemachien, cf. page 247) semble et s’est souvent heurtée aux Capétiens (Étienne de Blois
avoir découvert de nombreux éléments lui permettant de sera même roi d’Angleterre de 1135 à 1154). Finalement, cette
tracer l’existence d’un très ancien mathusalem jusque dans les animosité prit fin lorsqu’Henri Ier de Champagne donna la main
terres montagneuses du centre de la France, peut-être s’agit-il de sa sœur Adèle de Champagne (tous deux enfants du comte de
du premier descendant de Caïn à avoir foulé cette région il Blois Thibaut IV) à Louis VII. De leur union naquirent Philippe
y a près de six millénaires. Selon Ambrosius, ce mathusalem II Auguste et Agnès de France, qui devint impératrice byzantine.
serait venu du Moyen-Orient ou de l’Afrique, peut-être suite La région est peuplée, fertile, relativement prospère et haute-
à un exil forcé. Il se serait implanté dans l’actuelle Auvergne ment « civilisée ». Tout comme l’Anjou, Blois est un centre
et aurait créé un culte autour de lui, partageant de nombreux culturel important. Mais inversement, là où l’Anjou prospère, le
secrets qui seront à l’origine de la prospérité du futur peuple comté de Blois s’affaiblit ; c’est une région déclinante, décadente
Arvernes. Le mathusalem serait connu sous plusieurs noms : et résolument nostalgique de sa gloire passée.
Chthonios (« né de la terre » en grec), Noxtater (« Père de la La ville la plus importante, Chartres, abrite une importante
Nuit » en gaulois) ou encore Dis Pater (« Père des richesses » cathédrale construite sur les ruines d’une ancienne cathédrale
en latin). Il est également rapproché du dieu Teutatès, romane incendiée en 1194. On dit qu’elle renferme un morceau
« Celui-de-la-tribu ». de la chemise de la Sainte Vierge (bien qu’il s’agisse en réalité
D’après Ambrosius, la disparition du Père de la Nuit coïn- d’un voile). C’est également la seule cathédrale de France qui
cide avec l’arrivée des mathusalems ventrues Antiorix et n’abrite aucune tombe. La reine Isouda de Blaise est très fière
Ueruic. Le Nosferatu aurait été détruit par les deux Ventrues de son patronage, bien que la relique qui s’y trouve rende son
ou serait tombé en torpeur, effaçant jusqu’à son souvenir ne accès difficile aux caïnites. Pourtant, les plus fervents d’entre eux
subsistant qu’au travers des rites druidiques qu’il a enseignés n’hésiteront devant rien pour parcourir le labyrinthe tracé sur le
aux hommes. Mais Ambrosius va plus loin, avançant que le sol et situé sous la nef principale, sorte de pèlerinage mystique

49
dont l’achèvement aurait plongé certains Damnés dans un court et saccagé son merveilleux jardin. En attendant, les Semeuses
mais puissant état de béatitude, les confortant sur la voie du étendent leur influence, débarrassant leur domaine de la
Paradis ou leur permettant de raffermir leur foi. présence des Garous et des rares vampires errants.
Les chroniques se tenant dans cette région pourraient mettre (Pour plus d’informations sur les Bahari, voir Vampire : l’Âge
en avant les relations perverses unissant la reine Isouda de Blaise des Ténèbres, pages 128 à 130 et La Main Noire, le guide de la
à sa sœur de sang Liutgarde. Les mystères et créatures étranges Tal’Mahe’Ra, pages 63 à 87.)
que l’on croise dans le comté de Blois sont également de bonnes
opportunités pour les caïnites s’aventurant sur les chemins
GOULES DU CLOS DE LILITH
boisés ou du côté de Châteaudun.

Blois Voici les caractéristiques générales d’une goule des


Semeuses de la Sombre Mère :
Attributs : Force 5, Dextérité 3, Vigueur 5 ; Charisme 1,
F ief des comtes de Blois, la ville est organisée autour de la
forteresse édifiée par Thibaut IV le Tricheur (au Xe siècle),
laquelle est encore bien loin du château qui sera l’une des rési-
Manipulation 1, Apparence 0 
Intelligence 1, Astuce 3
; Perception 4,

Capacités : Athlétisme 2, Bagarre 4, Furtivité 4,


dences préférées des rois de France aux XVe et XVIe siècles.
Survie 3, Vigilance 4
Les importants travaux de modification et d’embellissement
Disciplines : Auspex 1, Force d’âme 1, Occultation 2,
commencent vers 1214, avec la construction de la magnifique salle
Puissance 2
gothique qui deviendra plus tard la « salle des États » (accueillant
Vertus : Conviction 2, Instinct 3, Courage 5
les États généraux par deux fois à la fin du XVIe siècle).
Voie : Bête 1 ; Volonté : 5
L’abbaye augustine Notre-Dame de Bourgmoyen et l’abbaye
bénédictine de Saint-Laumer (auparavant Saint-Martin-au-Val)
assurent une importante présence religieuse.
La présence caïnite est quant à elle faible, le castelnau étant
encore modeste malgré l’importance de la prestigieuse maison
Chartres (évêché)
des comtes de Blois. Cependant, la riche forêt qui s’étend dans
le comté, en grande partie épargnée de la déforestation par un
exode rural limité, accueille quelques Garous organisés autour
L e premier comte de Chartres fut le Viking Hasting qui reçut
le comté de Carloman en 882 avant de le vendre dix ans
plus tard. Le comté tomba ensuite dans l’escarcelle des comtes
de cairns mineurs et une curieuse trinité… de Blois.
Les Semeuses de la Sombre Mère forment un étrange trio de Chartres est une place stratégique d’importance qui valut au
sorcières caïnites bahari (vénérant Lilith), établi dans la région chef normand Rollon, tentant de s’en emparer, une cuisante
depuis près d’un siècle : défaite qui le contraignit à accepter en 911 la proposition (au
• Sheireil, la Fille au masque de chat et aux robes bleu nuit, demeurant fort avantageuse) du roi franc Charles III qui en fit le
incarne l’intuition et la rébellion (credo des Voiles). premier duc de Normandie.
• Chaigidel, la Mère au masque de serpent et aux robes écar- Actuellement, la notoriété de la ville est due à sa cathédrale
lates, incarne la souffrance et la transformation (credo des abritant la chemise de la Sainte Vierge, destination de nombreux
Épines). pèlerinages, et l’essor de la dévotion mariale (culte voué à Marie)
• Naamah, la Grand-Mère au masque de chouette et aux robes au XIIe siècle, participant largement à son rayonnement. Les
noires, incarne les ténèbres et la connaissance (credo de la nombreux et immenses vitraux de la cathédrale Notre-Dame
Création). de Chartres (exécutés entre 1205 et 1240), sont pour certains
Toutes trois, au travers de leurs sombres rituels, entretiennent l’œuvre des meilleurs artisans toréadors missionnés par Isouda
un « jardin » bien particulier au milieu d’un bosquet luxuriant de Blaise. On dit même que ces vitraux représentent la Sainte
accueillant leur refuge souterrain, creusé et magiquement Vierge sous les traits de la reine d’Anjou.
façonné au milieu des racines d’arbres rendus encore plus majes- L’école de la cathédrale est, depuis le XIIe siècle, un haut lieu
tueux par leurs pouvoirs et leur sang. de l’enseignement intellectuel et de la philosophie. Rénovant la
Dans ce lieu sacré baptisé « Clos de Lilith », elles « plantent » tradition platonicienne, l’école élabore une première forme d’hu-
et nourrissent de leur vitae et de leur magie les corps de mortels manisme et de rationalisme empreints d’optimisme. Certains
dont elles façonnent la forme et l’esprit grâce à leurs sombres y voient l’influence discrète de mages de l’Ordre d’Hermès,
arts. Au bout d’une lune, cette « graine » donne naissance à une d’autres celle de Brujahs prométhéens. Quoi qu’il en soit, il s’y
créature monstrueuse s’extrayant d’un immonde placenta, une développe les bases de la philosophie moderne.
goule proche des szlachta tzimisces dotée d’un esprit bestial, La reine Isouda tient à Chartres sa seconde cour d’Amour,
prête à tout pour protéger et servir ses trois progénitrices. alternant avec celle d’Angers. Le prince de la ville est Liutgarde la
Le Clos est une expérience à petite échelle pour les Semeuses Blanche (en référence à ses robes d’un blanc immaculé), sœur de
qui comptent bientôt « cultiver » un véritable champ et ainsi sang d’Isouda. Sa grande dévotion est célèbre parmi les caïnites
renverser les enfants de Caïn qui ont trahi la Sombre Mère et elle règne avec bonté, faisant preuve d’une miséricorde qui

50
ne sied que rarement aux caïnites, alors jugés trop faibles pour
diriger. Bien sûr, le soutien dont bénéficie Liutgarde de la part
Châteaudun
de la reine d’Anjou lui permet d’asseoir son autorité, même si les
prétendants au titre de prince se font de plus en plus nombreux,
conspirant dans l’ombre. Depuis peu, l’aura pure du prince de
S iège d’un bref évêché créé en 567 par Sigebert Ier (roi de
Reims), mais presque aussitôt désavoué par le quatrième
concile de Paris de 573 à l’initiative de son frère Gontran (roi
Chartres commence à briller d’une lueur plus forte, Liutgarde d’Orléans), Châteaudun est rasé en 875 par le chef viking Rollon.
commençant à manifester des capacités propres à la Vraie Foi Son abbaye augustine Sainte-Madeleine, fondée en 1131 par
et devenant de jour en jour l’antithèse parfaite de sa « sœur », et Thibaut IV de Blois, fait l’objet d’une légende qui voudrait qu’elle
un jouet de choix pour la cruelle reine d’Anjou qui n’a de cesse ait été fondée par Charlemagne en personne. Châteaudun,
de mettre sa foi à l’épreuve, participant sans s’en douter à son simple vicomté incluse dans le comté de Dunois, court alors
renforcement. après une certaine reconnaissance qui la fuit.
La forteresse de Châteaudun et son puissant donjon
surplombent la région. À environ deux kilomètres se trouve
LA BLANCHE NEF la commanderie templière Notre-Dame-de-la-Boissière, fondée
en 1181. L’église Saint-Lubin, datant du Ve ou du VIe siècle,

L orsque le navire nommé la Blanche Nef fit naufrage au


large de la Normandie le 25 novembre 1120, plus de
cent cinquante barons anglais et dames de haute naissance
accueille un prieuré fort respecté.
C’est sous cette ville modeste, dans un réseau de grottes
souterraines déjà habitées au Paléolithique, que réside celui qui
périrent. Parmi eux se trouvait l’héritier du trône d’Angle- est probablement le seul caïnite de la région (et qui compte bien
terre, Guillaume Adelin, seul enfant mâle du roi Henri Ier le rester) : Nárkissos, l’archegos katakhthốn (« prince du monde
Beauclerc. Ce funeste incident permit à Étienne de Blois de souterrain »). Ce Cappadocien millénaire serait, selon ses dires,
remporter la succession au trône en 1135, l’emportant ainsi le véritable auteur de l’Apocalypse de Jean. Rendu fou par l’appel
sur Geoffroy V d’Anjou. de Cappadocius auquel il résista après avoir eu une vision de ce
Ce coup du sort incroyable n’a pas manqué d’éveiller qui l’attendait, il a rapidement sombré dans la démence la plus
quelques soupçons à l’époque, pas tant parmi les vifs qu’au totale. Persuadé d’être l’incarnation d’un dieu des enfers grecs, il
sein même de la société des Damnés. Certains y ont vu la considère que son rôle est de faire souffrir les âmes, seul moyen
main de la comtesse Saviarre, fort mécontente des relations pour ces dernières de se transcender.
avec la cour d’Avalon. Mais un tel geste serait une erreur
politique exceptionnelle et cette théorie a été écartée au LA NÉCROMANCIE CAPPADOCIENNE
profit d’une intervention de la reine Salianna qui comp-

B
tait ainsi déstabiliser les relations entre la cour de Mithras ien que les Cappadociens se concentrent principa-
et celle d’Alexandre. Mais il est fort probable que l’on ne lement sur les voies de Mortuus de la Nécromancie,
connaîtra jamais le fin mot de l’histoire… nombre d’entre eux sont également capables d’interagir
Secret : la Blanche Nef transportait également un envoyé de avec les fantômes au-delà du Linceul, tout comme les
la reine de Paris qui devait rencontrer Mithras et forger Giovanis. En effet, les nécromanciens vénitiens ne sont pas
une alliance secrète lui permettant à terme d’évincer les seuls à percevoir les ombres des morts, les Impundulus
Alexandre, de plus en plus instable, et sa conseillère et les Nagarajas en étant également capables. Il est fort
Saviarre qui menaçait les intérêts du clan Toréador en probable que Cappadocius lui-même, après son voyage dans
France. Cette alliance devait être l’amorce d’un coup le monde des morts, ait développé au moins une voie de
d’État qui sera finalement reporté de plus d’un siècle. Nécromancie proche de la voie des Cendres.
Si le naufrage n’est pas un accident, il est difficile de Ainsi, plusieurs Cappadociens parmi les plus « curieux »
savoir qui en est à l’origine. Bien sûr, Mnemach souhai- ont accès aux voies théoriquement pratiquées par les
tait à l’époque maintenir un statu quo parmi les hauts Giovanis. Il est fort probable qu’ils aient cherché à repro-
dirigeants caïnites de France, mais serait-elle allée jusqu’à duire le voyage « spirituel » de leur fondateur au-delà du
tuer près de deux cents personnes pour parvenir à ses Linceul, avec des conséquences parfois désastreuses. Nombre
fins ? Cela semble peu probable, mais si tel était le cas, si la de ces caïnites ont succombé aux mains des fantômes et les
fin justifiait réellement les moyens, cela expliquerait peut- plus chanceux en ont été profondément changés, sombrant
être son attitude à l’époque, plus irritable et renfermée parfois dans la folie. Contempler les Terres d’Ombre peut
qu’à l’accoutumée. être une expérience traumatisante, même pour des nécro-
manciens. En cela, les Giovanis, Nagarajas et Impundulus
diffèrent : ils ne se contentent pas de « jouer » avec quelques
restes macabres tels des enfants, mais ont été étreints avec la
connaissance de l’Outremonde, une connaissance pouvant
mettre à mal les convictions de Cappadociens évoluant sur
la voie du Paradis, et ils sont nombreux.

51
Dans les cavernes sous Châteaudun, s’étend un terrible Intrigues blésoises
cimetière souterrain dans lequel il inhume les victimes qu’il a • Le lent éveil de la foi. Lentement, la foi s’est éveillée en
« jugées », emprisonnant leur âme dans leur corps, empêchant Liutgarde. Mais contrairement à tous les possesseurs de la
ainsi les fantômes de passer dans l’Outremonde, créant son Vraie Foi, confrontés à des événement traumatisants déclen-
propre Purgatoire infernal. Il se nourrit alors de l’Angoisse de cheurs, le prince de Chartres a senti ce pouvoir se manifester
leur Ombre, les enfermant dans un cycle infini de démence, alors lentement en elle, d’une façon quelque peu différente. Là où
que leur cadavre pourrissant lentement dans la terre devient leur la Vraie Foi est une arme, la manifestation de l’écrasante puis-
unique Entrave. sance céleste face aux créatures défiant le Créateur et l’ordre
La puissante énergie ainsi moissonnée permet à Nárkissos naturel, celle de Liutgarde est un baume, la manifestation de
d’enchaîner des spectres et de leur arracher leurs secrets, déve- la miséricorde divine.
loppant de nouveaux rituels de Nécromancie basés sur les Liutgarde ne possède pas encore son premier point en Vraie
sombres pouvoirs de ces défunts maléfiques. Foi bien que son aura soit d’un blanc brillant, mais elle peut
Le « prince du monde souterrain » représente une menace s’éveiller à tout moment, octroyant à la Toréador le trait
aussi bien pour les vivants que pour les fantômes, ces derniers Vraie Foi miséricordieuse •• (cf. page 242). Dès que sa foi
étant prêts à forger une alliance avec quiconque pourrait est éveillée, l’aura immaculée de Liutgarde est réhaussée de
éliminer le Cappadocien dément, mais ce dernier aurait passé légères veinures dorées.
un pacte avec des Danseurs de la Spirale Noire garous ayant Assister à l’éveil de la foi chez un Fidèle caïnite est un instant
établi leur « ruche » dans une partie plus éloignée des grottes rare, surtout sous une forme si pure, apaisante et bienveil-
souterraines. La nature cruelle de Nárkissos laisse planer un lante. Cette Vraie Foi miséricordieuse se manifestera pour
doute quant au fait qu’il s’agisse du même caïnite ayant fait de la première fois dans un moment de grande détresse ou de
Bérengère de Navarre le prince du Mans (cf. page 37) ; à moins danger menaçant quelqu’un d’autre que le prince Liutgarde.
qu’il ne possède également deux âmes en lui. Un caïnite qui a déjà été exposé à la puissance de la Vraie
Foi reconnaîtra immédiatement que cette manifestation du
pouvoir divin est très différente. Un vampire pieux pourrait

52
vouloir percer le mystère de cette expression unique de la Saint-Patern (église de Vennes), Saint-Paul-Aurélien (à Saint-Pol-
Vraie Foi qui n’est pas sans rappeler les miracles du Christ. de-Léon), Saint-Samson (à Dol-de-Bretagne) et Saint-Tugdual (à
Plus d’informations sur Liutgarde la Blanche sont dispo- Tréguier). S’il échoue à faire ce pèlerinage au moins une fois
nibles page 119, dans « Le diptyque de Charles de Poitiers ». dans sa vie, il serait condamné à le faire en tant que fantôme, ne
• Les deux visages de Nárkissos. Le Cappadocien monstrueux pouvant avancer que de quelques mètres tous les sept ans. Les
qui réside sous Châteaudun est bien celui qui est intervenu caïnites bretons font ou achèvent souvent ce pèlerinage peu de
auprès de Bérengère de Navarre en 1229. Cependant, depuis temps après leur Étreinte s’ils n’ont pu obtenir l’autorisation de
une confrontation avec un autre caïnite nécromancien dont le faire avant, et ce malgré le risque que constitue le fait d’entrer
il a miraculeusement réchappé, son esprit est fracturé ou, dans un bâtiment sanctifié.
plus précisément, scindé en deux. Un fragment du Néant La région est très connue pour sa vaste forêt de Brécilien
s’est fixé à la Bête du caïnite, créant un double profondément (Brocéliande ou Paimpont), dont on dit qu’elle est le refuge
maléfique et intelligent qui ne souhaite que répandre la souf- de Merlin, Viviane et Morgane. D’autres légendes content que
france, aussi bien chez les vivants que chez les morts. Chaque Joseph d’Arimathie aurait dissimulé le Saint Graal dans la forêt
fois que Nárkissos doit succomber à la frénésie, ce n’est pas et que Tristan, héros de nombreuses balades, se serait retiré dans
la Bête qui prend le contrôle, mais sa sombre psyché, et ce un château au milieu des bois. Le littoral, l’Armor, est doux. Le
durant des jours, voire des mois. Le Cappadocien ne s’en gel n’y apparaît qu’une douzaine de jours par an (soit autant
rend pas compte, il pense que son âge le plonge régulière- que sur les côtes méditerranéennes). L’arrière-pays, l’Argoat, est
ment dans des états de torpeur de plus en plus fréquents et un plateau plutôt aride et souvent brumeux. Des lupins brutaux
son subconscient fait le reste, manipulé par son double malé- rôdent dans la région et les habitants racontent de nombreuses
fique toujours à l’affût. Il n’a même pas conscience des âmes histoires ayant pour protagonistes des fées souvent terrifiantes.
qu’il torture dans un espace reculé de son refuge souterrain Les ruines celtiques, et plus particulièrement celles proches de
et dont son « double » se nourrit. Carnac, attirent les érudits caïnites qui suspectent l’existence de
Le but de la sombre psyché de Nárkissos est d’ouvrir un Nihil puissants sites mystiques dissimulés au plus profond des forêts ;
dans le monde des vifs, un portail donnant sur le Labyrinthe et tous reconnaissent que de tels endroits doivent être protégés,
et les horreurs qui y résident. Cela revient en quelque sorte peut-être même par la lignée des Lhiannan (et plus certainement
à déchirer le Linceul séparant le monde des vivants de celui par des lupins réunis en un puissant sept).
des morts en un endroit, ouvrant la voie aux serviteurs des Une célèbre histoire d’amour bretonne implique la cité
malféens pouvant alors s’incarner dans le monde mortel et engloutie d’Ys, protégée par des digues et des écluses. On dit
répandre la mort, envoyant de plus en plus d’âmes fraîches que la fille du roi fut séduite par un démon qui la trompa, lui fit
rejoindre les rangs des spectres et annihiler la société des
morts de Stygia.
CAÏNITES DE BRETAGNE
Bien sûr, réaliser un tel « prodige » nécessite de moissonner
des quantités gigantesques d’Angoisse et pour cela Nárkissos
Alrun le Sage (Brujah, 6e génération) – caïnite en torpeur
a besoin d’encore plus d’âmes fraîches et donc de victimes.
près de Saint-Malo.
Le nombre de disparitions devient alarmant dans la région et
Astride de la Rose étoilée (Toréador, 7e génération) – prince
aucune des victimes ne peut être contactée, même au travers
de Quimper.
de l’usage de la Nécromancie. La reine Isouda a ordonné une
Blanche de la Rose solaire (Toréador, 9e génération) – prince
enquête, mais personne n’a encore découvert la cause de ces
de Saint-Brieuc.
étranges disparitions.
Ecgberth de Bath (Ventrue, 7e génération) – prince de Rennes.

Bretagne (duché)
Even de Porhoët (Ventrue, 10e génération) – prince de
Saint-Malo.
Gausselmus le Veilleur (Gangrel, 10e génération) – comman-
dant de la Cohors Interfectorum.
Possession de Jean Ier le Roux (1217-1286)
Héloïse de la Rose lunaire (Toréador, 9e génération) – prince

L
de Saint-Paul-de-Léon.
a Bretagne est une rude terre de pêcheurs et de marins
Jean Ploërmel (Ventrue, 7e génération) – ancien Templier,
d’origine celte plutôt que franque. La plupart des paysans
adepte de la voie du Péché (cf. page 234).
parlent breton, une langue celtique proche de celle parlée
Jehan de la Rose diurne (Toréador, 8e génération) – prince
en Cornouailles et au Pays de Galles. Il y a plus de saints locaux
de Tréguier.
dans cette région que partout ailleurs en France (notamment les
Judicaël de Ponent (Ventrue 6e génération) – prince de Vannes.
sept saints ayant fondé les sept cités épiscopales de Bretagne),
Maëlys (Lhiannan, 6e génération) – druidesse de la forêt de
mais peu d’entre eux sont reconnus par la papauté et canonisés.
Brécilien.
Par tradition, chaque Breton doit faire un pèlerinage dans les
Mathilde d’Ostergo (Ventrue, 7e génération) – prince de Dol.
sept cathédrales de la région : Saint-Étienne (à Saint-Brieuc),
Sinthgunt (Brujah, 6e génération) – prince de Nantes.
Saint-Corentin (à Quimper), Saint-Vincent (à Saint-Malo),

53
dérober la clé des écluses gardée par son père et ouvrir les portes
vers la mer afin de prouver son amour. Les eaux déferlèrent,
Dol (évêché)
détruisant Ys. Le roi parvint à en réchapper et fonda, dit-on, la
ville de Quimper. Quant à la sotte princesse, elle se transforma
en sirène. La légende dit que si la messe du Vendredi saint est
L a ville est le lieu du sacre en 848 de Nominoë, comte de
Vennes devenu roi des Bretons et père de la Bretagne après
s’être révolté contre le roi des Francs Charles le Chauve. Lui et son
célébrée dans l’une des églises submergées, les eaux se retireront, second successeur, Salomon, veulent assurer l’autonomie religieuse
Ys émergera et la princesse sera libérée de sa malédiction. La de la Bretagne, se heurtant à la province ecclésiastique de Tours
Bretagne est également le berceau des légendes du Bag Noz (la à laquelle la Bretagne est rattachée. Nominoë décide d’élever la
barque de nuit) – un vaisseau fantôme qui collecte les âmes des ville au rang d’archevêché avant de se faire couronner, mais celui-
noyés – et de l’Ankou. ci ne sera jamais reconnu par les archevêques de Tours et le pape
Pendant longtemps, les Gangrels ont considéré ce territoire Innocent III le rabaisse au rang d’évêché en 1209, donnant raison
comme le leur. Cependant, les incursions vikings et les combats à Philippe Auguste contre le roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt
fratricides entre Gangrels locaux et ceux venus du nord ont qui souhaitait le maintien d’un archevêché breton. Cette décision
permis aux Brujahs scandinaves de prendre la main sur cette papale est un coup dur pour Dol qui s’élevait en tant que symbole
région et de s’implanter profondément grâce à leur habilité poli- de l’indépendance religieuse de la Bretagne.
tique. Malheureusement, lorsque le duché de Bretagne tombe Les révoltes de la seconde moitié du XIIe siècle, opposant
entre les mains des Plantagenêt au XIIe siècle, les Ventrues ont le duc de Bretagne Conrad IV aux seigneurs bretons et au roi
déjà commencé à affluer, principalement depuis la Normandie d’Angleterre dissimulent en réalité les luttes entre Ventrues des
et l’Angleterre, poussés par les cours rivales de Mithras et cours de Mithras et d’Alexandre. Les Brujahs qui avaient pris
d’Alexandre. Les Toréadors angevins et tourangeaux sont égale- le contrôle politique de la région depuis près de trois siècles
ment attirés par cette Bretagne où l’influence religieuse ne cesse sont rapidement évincés par le clan des Rois dans une sanglante
de prendre de l’ampleur, d’autant que la pointe du duché est guerre de la Nuit qui touche durement le peuple victime des
clairement sous la domination des Artisans. Les Lasombras ont déprédations et famines qui en découlent.
vainement tenté de s’implanter dans la région, mais sans succès. Vers 1203, les Ventrues de la Grande Cour établissent leur
Et même l’Hérésie caïnite s’y est cassée les dents, alors que le domination face à leurs cousins anglais. Ces derniers répliquent
nombre de saints adorés sur la péninsule du ponant permettait en incendiant l’ancienne cathédrale romane et en volant les
pourtant de créer de nombreux cultes. reliques qui y étaient abritées, portant un coup terrible à la ville
Une chronique bretonne devrait inclure cet héritage celte, la dont les pèlerinages assuraient une partie de la fortune. Elles
ferveur chrétienne de la région, les différences linguistiques avec seront récupérées en 1223 par l’évêque de la ville, Jean VII de
le reste du royaume de France et les légendes de ses forêts (infes- Lisanet. En réalité, ce coup de maître est réalisé par la coterie
tées de Garous et autres périls mortels). Les tensions politiques d’une ambitieuse ancilla Ventrue : Mathilde d’Ostergo (laquelle
entre les Ventrues et les Toréadors offrent également une bonne prétend avoir été reine des Francs il y a deux siècles). Malgré sa
trame scénaristique. jeunesse apparente qui conduit ses adversaires à la sous-estimer,
la Ventrue a su s’entourer de compagnons aussi loyaux que leur
nature de caïnite le permet, excellant en matière de politique,
L’ÉCONOMIE BRETONNE
d’espionnage, d’assassinat et d’intrigues.
Le coup de maître de Mathilde lui permit de renverser le
L a culture céréalière (seigle et avoine dans la Bretagne
intérieure, froment sur les côtes), textile (chanvre et
lin) et légumière (panais, chou), l’élevage (porcs, bovins) et
prince ventrue en poste, Audebert le Preux, l’humiliant au
passage. Fou de rage, Audebert exigea l’aide du prince Alexandre
en des termes peu réfléchis, succombant à l’un des célèbres accès
la pêche en eau douce ou à marée basse (la pêche en mer
de violence du mathusalem et débarrassant par la même occa-
n’est pas tant pratiquée à l’époque) représentent une bonne
sion Mathilde d’un ennemi mortel.
partie de l’économie locale, principalement destinée à la
Le prince règne sur Dol d’une main de fer, montant ses adver-
consommation interne. Les forêts riches fournissent beau-
saires les uns contre les autres et usant de l’art subtil de l’assas-
coup de bois pour la construction de navires et d’habita-
sinat lorsque la situation l’exige. L’ambition de la Ventrue est
tions, les carrières (grès, calcaire, granite) servent également
telle qu’elle projette d’étendre son influence sur tout le duché,
aux bâtiments bretons. L’artisanat est connu pour son
plaçant les membres de sa coterie dans des villes-clés et s’arro-
travail du cuir et de la toile. La récolte du sel est courante
geant le titre de reine de Bretagne. Étrangement, ni Salianna ni
du côté de Vennes.
Geoffrey n’ont réagi, attendant probablement de voir si l’ancilla
Les principales ressources extérieures du duché
ventrue a les moyens de ses ambitions, notamment vis-à-vis de la
proviennent des pèlerinages effectués dans les sept cathé-
Rosae Crucis (cf. encadré page 55).
drales des saints légendaires (le circuitus Britanniae ou « tour
de Bretagne »), généralement à Pâques, lors de la Pentecôte,
à la Saint-Michel et à Noël, des périodes très fastes pour les
évêchés de Bretagne.

54
Nantes (évêché) Quimper fait partie des quatre villes formant la « Rosae
Crucis » ou « Rose Croix » (sans rapport avec l’ordre créé au

P assée des Romains aux Francs, puis aux Bretons de Nominoë


et aux Vikings au X  siècle, la ville fait l’objet de nombreuses
e

convoitises. En 1203, la Bretagne quitte le giron Plantagenêt


XVIIe siècle en Allemagne).
Le prince Astride de la Rose étoilée prétend avoir rencontré
saint Corentin en personne au VIe siècle. À la tête de la ville
pour passer sous domination capétienne. Pierre Mauclerc, qui depuis plusieurs siècles, malgré les pressions exercées par les
administrait le duché de Bretagne, prêta l’hommage lige au roi Brujahs, c’est sous son influence que sa coterie s’est étendue
d’Angleterre et participa aux révoltes contre la régente Blanche récemment à Saint-Pol-de-Léon, Saint-Brieuc et Tréguier, contrô-
de Castille, contribuant à l’essor de la ville qui devint un temps lant ainsi les quatre évêchés de la pointe de Bretagne. Astride est
sa résidence principale. Lorsque son fils, Jean Ier le Roux, véri- un parangon du credo du Christ.
table duc de Bretagne, fait l’hommage lige au roi Louis IX en
1237, les tensions s’apaisent (et Pierre Mauclerc, déchu de ses
titres, devient le chevalier Pierre de Braine qui consacrera les LA ROSAE CRUCIS
dernières années de sa vie aux croisades en Terre sainte). Le

C
nouveau duc de Bretagne réside au récent château de Nantes, e nom vient du fait que les princes de Quimper, Saint-
qu’il continue à agrandir, et développe également l’enceinte de Pol-de-Léon, Saint-Brieuc et Tréguier sont des Toréadors
la ville, protégeant ainsi l’accès à la Loire. pieux appartenant à une même coterie et que les emplace-
La rivalité entre Nantes et Rennes pour le titre de « capitale » ments des quatre évêchés forment une croix sur la pointe de
bretonne n’est pas que du seul fait de ses habitants mais reflète la Bretagne. Le nom des quatre princes se réfère également
également la rivalité qui existe entre le prince brujah de Nantes au quatrième jour de la création, lorsque Dieu créa le soleil,
et le prince ventrue de Rennes. la lune et les étoiles, marquant ainsi le passage des jours.
Le prince de Nantes est une ancienne Brujah nommée Cette coterie regroupe quatre des plus grands Dévots
Sinthgunt. On dit qu’elle aurait été adorée telle une déesse marchant sur la voie du Paradis. Malgré leurs fonctions de
parmi les peuples germaniques dès le IIe siècle, peut-être même prince, ils exercent un mentorat auprès des caïnites souhai-
avant. Elle est également la dame d’Alaric de l’Éparche, prince tant s’engager sur le credo du Christ pour peu qu’ils soient
de La Rochelle. La haine des Ventrues court dans leurs veines prêts à consentir à tous les sacrifices nécessaires.
glacées et ils s’allient régulièrement aux Toréadors pour affai- Les villes sous le contrôle de la Rosae Crucis sont main-
blir et défaire leurs ennemis, notamment avec le roi Étienne tenant connues pour abriter tous les sept ans (à Pâques et à
de Poitiers, bien que celui-ci se montre de plus en plus réticent tour de rôle) un important synode regroupant de nombreux
dernièrement. Autrefois confrontées régulièrement aux agents Dévots venus pour l’occasion de toute l’Europe de l’Ouest.
d’Alexandre, Sinthgunt et sa lignée bénéficient de la mansuétude On y débat alors de divers sujets religieux, de la place des
de Geoffrey à leur égard, ce qui n’est pas au goût de nombreux caïnites dans le Grand œuvre et des moyens de servir la
membres du clan des Rois qui n’hésitent pas à critiquer ouverte- volonté divine.
ment leur suzerain. En outre, les quatre princes s’assurent que les routes
La guerre ouverte avec le prince ventrue de Rennes, égale- empruntées par les pèlerins qui se rendent dans les sept
ment ancien baron de la cour d’Avalon, pourrait rapidement cathédrales de Bretagne sont débarrassées des escrocs et
déstabiliser la région. brigands sévissant d’ordinaire. Les princes ont organisé à
cette fin des « bandes » de guerriers pieux, dirigés par des
Quimper (évêché) goules, afin de faire régner l’ordre. Ces derniers sont connus
pour l’extrême cruauté dont ils font preuve envers ceux qui

Idairentrinsèquement liée au mythe de la cité engloutie d’Ys, la ville


aurait été fondée par saint Corentin après que le roi légen-
armoricain Gradlon lui ait fait don de son château. Bien
tentent de tirer profit des pèlerins, n’hésitant pas exhiber
leurs cadavres démembrés le long de certaines routes (un
mal malheureusement nécessaire selon la Rosae Crucis).
sûr, tout cela semble relever du plus pur mythe et la véritable Astride de la Rose étoilée et la Rosae Crucis dans son
fondation de Quimper (sur les restes de l’ancien oppidum des ensemble, ont toujours entretenu des rapports distants
Osismes gaulois et une probable agglomération gallo-romaine) avec la Grande Cour. Cependant, depuis que Geoffrey a
est nimbée de mystère, même si le site était occupé sous les remplacé Alexandre, Astride a opéré un rapprochement,
Carolingiens, comme l’atteste la présence d’une nécropole. prêtant un hommage de pure forme au nom de sa coterie
La cathédrale romane Saint-Corentin attire de nombreux et se liant davantage à Salianna, qu’elle sait tirer les ficelles.
pèlerins et, dès 1240, la construction d’une cathédrale gothique Astride entrevoit que de profonds bouleversements vont se
est lancée par Rainaud, évêque de Cornouaille et ancien chan- produire sur la scène politique caïnite et elle se tient prête à
celier du comte déchu Pierre Mauclerc. Malheureusement, elle représenter les intérêts de son clan.
ne sera achevée qu’au XIVe siècle, la construction sans cesse
repoussée par les guerres de succession de Bretagne.

55
Rennes (évêché) comme une référence à ses inclinaisons guerrières, représentées
par sa quête incessante des membres survivants de l’Hérésie

L e comté de Rennes est définitivement intégré entre 1084


et 1085 dans le duché de Bretagne et devient l’une des prin-
caïnite, des forces démoniaques et de leur éradication.

cipales villes ducales. Ses remparts, renforcés dans la seconde


moitié du XIe siècle, n’empêchent pas Henri II Plantagenêt de
Saint-Malo (évêché)
prendre la ville et d’en incendier une grande partie en 1183
(alors que celle-ci était une possession de son propre fils Geoffroy
II de Bretagne, que l’on disait secrètement allié au roi de France,
L a puissance de Saint-Malo s’est construite sur les restes de
la ville proche d’Alet, ravagée à de nombreuses reprises par
les invasions normandes. Au milieu du XII  siècle, le siège épis-
e

Philippe II Auguste). Ceci provoqua un fort mécontentement de copal est transféré d’Alet vers l’îlot de Saint-Malo, lequel, plus
la part du baron caïnite Ecgberth de Bath, récemment arrivé à facile à défendre, s’était déjà développé au siècle précédent au
la tête de la cité afin de pousser les intérêts de la cour d’Avalon détriment de sa voisine, peu à peu désertée par des habitants en
dans la région et mater les révoltes locales derrière lesquelles quête de sécurité. C’est lors du changement de siège épiscopal
plane l’influence des Brujahs. que commença la construction de la cathédrale Saint-Vincent,
Lorsque Philippe Auguste se lance dans la grande reconquête à côté du monastère bénédictin de Saint-Malo qui, durant des
des territoires plantagenêts au début du XIIIe siècle, la tentation siècles, fut le seul édifice présent sur le rocher.
est forte pour les Ventrues de la Grande Cour et leurs vassaux Devenue un port stratégique, la ville se pare d’une puissante
d’étendre leur domination sur le puissant duché. Le baron enceinte au XIIe siècle. Elle se retrouve à présent au centre de
Ecgberth de Bath, bien que vassal de Mithras et de la cour conflits entre le roi de France et les ducs de Bretagne, d’abord
d’Avalon, dut faire allégeance à Alexandre et à la Grande Cour Pierre Mauclerc, puis Jean Ier. Au cœur de tant d’attention,
afin de conserver ses privilèges. Déchu de son titre de baron de l’évêché obtient une certaine indépendance de la part de Jean Ier
la cour d’Avalon, il devient prince de Rennes et perd une bonne qui ne souhaite pas risquer qu’une révolte éclate alors même que
part de son influence dans le duché, participant même à chasser le roi d’Angleterre Henri III et ses vassaux tentent de récupérer
les Ventrues anglais et s’attirant leur haine éternelle. les anciens territoires plantagenêts (les batailles de Taillebourg
La position d’Ecgberth est très précaire. Cible des Ventrues et de Saintes, en juillet 1242, mettront fin à ses velléités de
anglais spoliés de leurs terres, considéré comme un traître par reconquête).
les Ambitiones de la Grande Cour, haï des Brujahs pour son Le prince actuel de la ville se nomme Even de Porhoët. Ancilla
rôle dans la conquête du roi d’Angleterre, il doit faire face à de ventrue issu de la famille des vicomtes de Porhoët, Even a vécu
nombreuses tentatives politiques de déstabilisation et même en tant que caïnite la défaite de sa famille face à Henri II d’Angle-
d’assassinat. terre qui prit le contrôle de la Bretagne. Luttant durant plusieurs
Sa politique de fer et son désir de ne jamais transiger (excepté décennies contre les Ventrues anglais, c’est avec une joie non
lorsqu’il s’agit de protéger ses propres intérêts), n’en font pas dissimulée qu’il voit la reconquête du duché par le roi Philippe
une figure caïnite très populaire dans la région. Après la perte II auquel il se joint. S’illustrant à de multiples reprises, le cheva-
de ses vassaux, restés pour la plupart fidèles à la cour d’Avalon, lier Even de Porhoët choisit de s’installer à Saint-Malo après en
Ecgberth a étendu dans sa ville les prérogatives des bas clans en avoir chassé le prince ventrue qui dut fuir en Angleterre.
échange de leur totale allégeance (et d’un soutien plus ou moins Le prince Even incarne la chevalerie ventrue dans toute sa
direct). Cette décision a achevé de ternir son image au sein du splendeur. Doté d’un profond sens de la justice, il n’a pas hésité
clan des Rois, mais il ne reculera devant rien pour conserver ce à s’allier à la Rosae Crucis contre le prince de Dol, Mathilde d’Os-
qu’il lui reste de pouvoir, y compris à s’allier à Mathilde, prince tergo, et ses volontés expansionnistes qui risquent de plonger à
de Dol. nouveau la région dans le chaos.

Saint-Brieuc (évêché) Saint-Pol-de-Léon (évêché)


D éveloppée autour du monastère fondé par saint Brieuc
L a ville fut sans doute créée au VI  siècle par l’un des sept
e

en personne vers la fin du VI  siècle, la ville jouit surtout


e
saints évangélisateurs de Bretagne, le Gallois Pol Aurélien.
de sa cathédrale Saint-Étienne en cours de construction mais Il fonde un monastère sur l’île de Batz, encore accessible par voie
abritant déjà des reliques du pieux fondateur, transférées depuis de terre, non sans avoir vaincu un dragon qui s’y trouvait (selon
l’ancienne cathédrale de Saint-Brieuc, modeste, dont il ne reste la légende).
déjà plus grand-chose. Saint-Pol-de-Léon bénéficie de l’aura de la cathédrale Saint-
Le prince, Blanche de la Rose solaire, est à la tête de la société Paul-Aurélien. Malheureusement, l’édifice roman original est
caïnite locale depuis peu, lorsqu’elle a basculé dans le giron capé- détruit en 1170 par les Anglais et la construction d’un nouveau
tien. Sous son influence, les travaux visant à édifier la nouvelle bâtiment de style gothique n’a débuté que depuis une quinzaine
cathédrale gothique Saint-Étienne se sont accélérés. Cependant, d’années (vers 1227). La façade orientale est néanmoins achevée
Blanche ne partageant pas les goûts d’esthètes des autres et une aile de l’ancienne église romane encore à peu près intacte
membres du clan Toréador, le bâtiment semble plus massif, est réutilisée comme base de la partie nord de l’édifice. Nous

56
sommes encore bien loin de la cathédrale actuelle, mais cela stoppa son geste à la vue de la croix d’argent que portait toujours
n’empêche pas les pèlerins d’affluer et de maintenir l’économie Jehan, cadeau de son sire. Cette croix lui avait appartenu autre-
locale à flot. fois et elle en avait fait don au caïnite qui lui avait montré le
Le prince Héloïse de la Rose lunaire a fortement développé chemin de la foi alors que son âme vacillait : Gratianus Valerius.
l’image de tueur de monstre de saint Pol, créant la Cohors Le signe divin était évident et elle prit le nouveau-né sous son
Interfectorum, ou « cohorte des tueurs », une unité de goules aile, le ramenant décennie après décennie, sur la voie de Dieu et
entraînée, équipée et dirigée par quelques caïnites experts dans l’intégrant finalement à sa coterie.
l’art du combat et de la tactique, dans le but de venir à bout Lorsque l’influence des Ventrues a fléchi, Jehan n’a pas hésité
de différentes menaces surnaturelles bien précises (caïnites sous une seconde à faire valoir ses droits sur la ville qui renaquit des
le coup d’une chasse de sang, loups-garous isolés, cercles de cendres grâce à son sire. Soutenu par plusieurs guerriers de la
sorciers, etc.). Aussi risible que cela puisse paraître, leurs tech- Cohors Interfectorum, il débarrassa Tréguier des membres du clan
niques très au point leur ont permis d’éliminer de nombreuses des Rois, s’alliant avec les Nosferatus et Malkaviens afin de faire
menaces en subissant étonnamment peu de pertes (et les guer- cesser leur règne dans la région et les réexpédiant vers leur cour
riers devenus invalides après une telle rencontre peuvent compter d’Avalon, de gré ou de force.
sur l’extrême générosité du prince Héloïse, tout comme les éven- Celui que ses adversaires surnomment « le Chien d’Astride »
tuelles personnes à la charge d’un membre de la Cohors tombé estime la vie, fusse-t-elle celle d’un simple paysan, comme le don
au combat). Bien sûr, un membre extrêmement prometteur de la le plus précieux, et seul Dieu peut décider de qui vit ou meurt. Il
cohorte pourrait parfaitement obtenir le droit d’être étreint, une sait qu’il a un rôle à jouer dans le Grand œuvre et que sa malé-
raison supplémentaire pour ces soldats d’élite de viser l’excel- diction n’est qu’une épreuve envoyée par le Créateur.
lence. La Cohors Interfectorum est menée par un ancilla Gangrel Son profond respect pour la vie s’étend également à la
suivant le credo du Christ : Gausselmus le Veilleur. non-vie, mais il est plus « flexible » face à cette dernière, recou-
rant régulièrement au jugement de Dieu, l’ordalie, pour juger
Tréguier (évêché) les caïnites coupables de crimes (y compris envers les humains),
s’ils ne se repentissent pas sincèrement et ne cherchent pas à

P arfois encore nommée Saint-Pabu au XIIIe siècle (un autre


nom du saint fondateur Tugdual, dont la connotation se
veut affectueuse, paternelle), la ville aurait cessé d’exister si un
compenser leur meurtre. En cas d’ordalie, Jehan met à l’épreuve
le caïnite qui devra résister à sa Bête ou périr (lui-même est bien
placé pour savoir quels dégâts irréparables un caïnite incontrô-
homme (un certain Gratien) n’avait pas lancé la construction lable peut provoquer). Bien sûr, les vampires ayant pour vertus
d’une nouvelle cathédrale en 950. Dédiée à saint Tugdual, elle la Conviction et/ou l’Instinct sont moins à même de se repentir
remplace celle consacrée à saint André, détruite avec tout le ou de garder suffisamment le contrôle de leur Bête intérieure
bourg environnant par les Normands du chef Hasting près d’un pour échapper à un jugement qui n’est pas toujours synonyme
siècle auparavant. La cathédrale de Saint-Tugdual est de style de Mort ultime, mais pourrait bien faire passer l’envie aux crimi-
roman, son architecture gothique actuelle n’émergeant qu’au nels de considérer la vie avec si peu d’égard.
cours du XIVe siècle.
Le prince Jehan de la Rose diurne est l’infant de Gratianus
Valerius, le mystérieux personnage à qui l’on doit la recons-
Vannes (évêché)
truction de la cathédrale de Tréguier au Xe siècle. Gratianus,
V ille royale bretonne du IX à la première moitié du X  siècle,
e e

que l’on disait touché par la sainteté, fut pratiquement le seul Vannes (Vennes à l’époque moyenâgeuse) aurait pu
caïnite de Tréguier durant deux décennies, exerçant même prétendre à rayonner sur l’Ouest si les incursions normandes
la charge d’évêque, ce qui lui fut probablement fatal. Afin de n’avaient pas affaibli le royaume de Bretagne, transformé en
lutter contre la lassitude qui le gagnait, il étreint le jeune Jehan, duché en 939. Mais il est vrai qu’Alain II de Bretagne, grand
un fils de paysan local à qui il avait enseigné la lecture et qui artisan de l’éviction de l’envahisseur normand (qui occupait la
montrait de grandes prédispositions et une aussi grande piété. Bretagne depuis près de vingt ans), souhaitait s’intégrer à la poli-
Malheureusement, quelques jours à peine après son Étreinte, le tique de la France occidentale et a donc délaissé ses prétentions
jeune toréador assista impuissant à la destruction de son sire par à un titre royal au profit de celui de duc, scellant le destin d’un
des mortels particulièrement organisés qui débusquèrent et déca- royaume éphémère.
pèrent l’ancien en pleine journée. Le jeune Jehan ne survécut Lieu de pèlerinage abritant des reliques relatives à saint
que parce que les membres de la Roue de Fer et d’Argent (cf. Patern, l’un des saints fondateurs de Bretagne, Vennes est le
page 11) ignoraient son existence et qu’il sommeillait dans un terrain d’une sévère concurrence entre l’église Saint-Patern et
autre caveau. la cathédrale romane Saint-Pierre qui se disputent le droit d’ex-
Incapable d’appréhender sa nature sans l’aide de son mentor, poser les reliques, source de profits et de notoriété considérable.
Jehan erra, succombant plus d’une fois à sa Bête et massacrant Le prince de Vennes est un ancien Ventrue du nom de Judicaël
nombre d’innocents durant plusieurs semaines. Lorsque le de Ponent, infant de Gaius Marcellus et petit-infant d’Alexandre.
prince de Quimper, la Toréador Astride, le découvrit, son devoir L’ancien prince-régent de Paris le plaça sur le « trône » de Vennes
lui dictait de l’exécuter sur-le-champ. Dégainant son épée, elle afin de créer une « marche ventrue de Bretagne » avec Rennes

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et Dol, isolant en quelque sorte les Toréadors de la Rosae Crucis féra toute la malédiction de son âme, nourrie de tant de souf-
dont l’influence menaçait de devenir déterminante dans le frances, dans son bourreau. On dit qu’Asulf resta des heures à
duché. genoux, le regard vide, jusqu’à ce que les feux du soleil mêlent
Loin de partager les vues philosophiques et pacifistes de ses cendres à celles d’Helga. Enfin, les raids cessèrent, mais la
son sire (le sang bouillonnant de son grand-sire hurlant trop population avait déjà investi en grand nombre le rocher de
fort dans les veines glacées du jeune poète occitan qu’il était), Saint-Malo.
Judicaël s’est bien vite rapproché d’Alexandre et a été formé à En 1242, Alrun est sur le point de s’éveiller, seul. Quelle sera
la Grande Cour, profitant des conseils du mathusalem, puis de sa réaction ? Quel rôle pourrait-il avoir dans une ville que
ceux de la calculatrice comtesse Saviarre d’Auvergne. sa douce Helga a défendue en sacrifiant sa non-vie ? Sera-t-il
Bien qu’habile politicien, Judicaël est prompt à s’emporter d’une quelconque aide au jeune prince ventrue Even dans
et ses colères ont failli plus d’une fois avoir des conséquences sa lutte contre la cruelle et ambitieuse Mathilde d’Ostergo ?
dramatiques. Depuis la mort d’Alexandre et la mystérieuse dispa- • Le sceptre et la rose. La marche ventrue de Bretagne est en
rition de Saviarre, le prince de Vennes ressent plus que jamais le train de s’unir et il n’est pas impossible que le prince de Saint-
besoin de resserrer l’alliance avec Ecgberth de Bath et Mathilde Malo, Even de Porhoët, en fasse les frais. Son alliance avec les
d’Ostergo. Il serait également en contact avec Éormenric, prince Toréadors de la Rosae Crucis pourrait lui valoir son principat
d’Angers, afin de tenter de prendre le contrôle de Nantes, et peut-être la Mort ultime, une perspective qui ne déplairait
renversant la Brujah Sinthgunt. Une perspective qui n’est pas pas au prince Mathilde d’Ostergo. Mais Astrid de la Rose
pour déplaire au prince de Rennes, trop heureux d’offrir son étoilée et sa coterie de princes n’ont aucune intention de
concours. perdre cette guerre de l’ombre. Déjà, les Brujahs sont prêts à
faire alliance avec la Rosae Crucis, mais les Lasombras auraient
Intrigues bretonnes tout intérêt à trouver un terrain d’entente avec les Ventrues
• Les amants d’Alet. L’acharnement des Normands sur la ville pour enfin s’imposer dans ces terres pieuses.
d’Alet aux IXe et Xe siècles dissimule une « guerre secrète ». • Le dragon de Batz. Lorsque Pol Aurélien alla dénicher le
En 878, une prophétesse scandinave malkavienne du nom dragon dans son trou, il était accompagné d’un homme se
d’Helga Parle-aux-Dieux refusa de se soumettre au jarl gangrel faisant appeler Nuz. Bien que la légende prétende qu’il venait
Asulf dont la cruauté n’avait pas d’égal. Contrainte de fuir, de l’actuel Finistère, son nom suggère qu’il était plutôt origi-
elle ne dut sa survie qu’à l’intervention de son amant Alrun naire du Maine et était donc un Franc et non un Breton.
« le Sage », un Brujah qui s’était opposé à maintes reprises Les contes décrivent comment Pol fit sortir la bête de son
au jarl. Malheureusement, le Brujah ne put rien faire contre trou, lui couvrit la tête et le conduisit dans la mer où le
un rival ayant pratiqué la diablerie à de nombreuses reprises. dragon se noya. Bien sûr, la réalité est tout autre…
Helga, aidée des guerriers fidèles d’Alrun, parvint à soustraire Nuz était un puissant loup-garou de la tribu des Rongeurs
le corps en torpeur de son amant avant qu’Asulf n’assouvisse d’Os qui avait décidé de vivre en ermite et de dédier son
sa soif sanguinaire et à dissimuler de son pouvoir une embar- existence aux plus démunis. Apprenant l’existence d’un
cation qui fit voile vers l’ouest. dragon sur « l’île » de Batz, il accompagna l’évangéliste afin
Fou de rage, Asulf les poursuivit sans relâche, menant avec de débusquer la bête. Bien sûr, il s’agissait d’une créature du
lui de nombreux guerriers sous le commandement du chef Ver. Une bête qui avait échappé aux griffes et aux crocs d’un
viking Alsting (ou Hasting). Il finit par retrouver leur trace à sept de Fianna de Bretagne pour lécher ses plaies purulentes
Alet et ravagea la ville. Incapable de les retrouver, il promit dont l’ichor souillait le sol de sa caverne et commençait à
de revenir et de faire pleuvoir le feu et le sang tant qu’Helga corrompre l’endroit, attirant de nombreux flaïels.
ne se donnerait pas à lui. N’accordant que peu de foi à cette Le combat fut âpre, mais la créature affaiblie finit par tomber
promesse, la prophétesse qui était vouée à ne jamais pouvoir sous les coups du loup-garou, non sans emporter ce dernier
percevoir son avenir ou celui des êtres chers, ensevelit le corps avec elle dans la mort. Alors que les rares témoins fuirent à la
de son amant près d’Alet et aida les habitants à panser leurs vue de la terrible forme crinos de Nuz (et en oublièrent tout,
plaies. submergés par le Délire, à l’exception de cette bête écailleuse
Lorsqu’Asulf revint par deux fois au début du Xe siècle, Helga et suppurante, au sang brûlant), Pol Aurélien, raffermi par la
resta cachée, assistant avec toute la puissance de ses sens puissance de sa foi, assista à toute la scène. Une fois l’affron-
exacerbés aux souffrances des mortels passés par l’épée et tement achevé, il condamna le trou de la bête et consacra les
jetés dans les flammes dévorant leurs demeures. Mais lorsque lieux avant d’y fonder un monastère qui avait pour tâche de
le Gangrel revint à nouveau en 963, Helga dut l’affronter afin veiller à ce que les deux monstres ne ressurgissent jamais.
de mettre fin à ce cycle de destruction et de mort. Bien sûr, Après ce « miracle », saint Pol fut considéré comme un sauroc-
elle savait qu’elle n’avait d’autre choix que de s’exposer et, tone (« tueur de dragon ») dans l’hagiographie chrétienne,
dans sa frénésie destructrice, Asulf déchira son corps de ses mais c’était bien à un lycanthrope qu’il devait d’être encore
griffes et de ses crocs. Alors que le puissant Gangrel s’abreu- en vie.
vait du sang de sa victime innocente, encore consciente, afin Lorsqu’en 882 le monastère est détruit par une invasion
de s’attribuer ses pouvoirs que l’on disait divins, celle-ci trans- viking, on dit que la terre commença à trembler légèrement.

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Une chapelle romane, Sainte-Anne, est reconstruite en 950, geant sa petite communauté dans un profond désarroi et la
sans que la terre soit à nouveau sacralisée. poussant à quitter les lieux, du moins durant quelque temps.
Depuis, la terre tremble parfois étrangement sous la chapelle, Le cairn a visiblement été conçu afin d’y enfermer quelque
un signe que la créature corrompue n’est pas morte et qu’elle chose ou quelqu’un. Il fut condamné il y a des millénaires,
attend de pouvoir s’extirper de son tombeau de pierre et de recouvert des pierres puis de sable, afin peut-être de le
terre, nourrie par une rage destructrice. « dissimuler ».
• Le commerce des reliques bretonnes. Lors des invasions Suggestion : le cairn abrite le corps en torpeur d’un très ancien
normandes des IXe et Xe siècles, les reliques des saints doivent mathusalem malkavien de 4e génération venu de l’ancien
être mises à l’abri et sont donc transférées en d’autres lieux, empire d’Akkad. La raison de sa présence dans cette partie
moins exposés. C’est la période qui a facilité la furta sacra du monde est inconnue, mais il était vénéré tel un dieu par
(le « vol sacré ») durant laquelle de nombreuses reliques ont les populations de la région à l’époque néolithique. Lorsqu’il
« mystérieusement » disparu ou dont la restitution a été refusée. tomba en torpeur, rattrapé par des millénaires d’activité, les
La Bretagne en a été l’une des plus grandes victimes, la faute hommes terrifiés par leur « dieu » scellèrent son tombeau. Le
sans doute à ses très nombreux saints locaux. Les reliques Malkavien pourrait avoir été Du’ūzu, l’un des amants d’Ishtar
sont les biens les plus précieux de cet âge sombre où la reli- (l’un des noms donnés à l’antédiluvienne Toréador). Celui
gion est toute-puissante et l’adoration de ces « restes » sacrés qui avait en charge les jardins et « l’élevage » des humains de
une source d’importants revenus issus des pèlerinages. la Seconde Cité pourrait avoir été chassé à mort pour avoir
Ainsi, il fut possible pour qui en avait les moyens d’obtenir osé étreindre, or les puissants antédiluviens interdisaient à
de nombreuses reliques, ces dernières étant souvent divi- leur progéniture de créer des infants. Si la jeune infante fut
sées en plusieurs autres, une main devenant de nombreuses probablement détruite sur-le-champ, son sire parvint à fuir
phalanges, bien plus rémunératrices. Bien sûr, d’autres ont à l’autre bout du monde, vers le soleil couchant, pour s’y
tout simplement été remplacées par des restes humains installer et faire profiter les hommes de ses connaissances
exhumés et présentés comme authentiques. Néanmoins, si en matière d’agriculture et d’élevage, non sans se consti-
ces arnaques peuvent tromper un mortel, elles passent plus tuer son propre et vaste troupeau humain. Si cette histoire
difficilement l’inspection d’un caïnite doté d’un bon niveau est vraie, le mathusalem qui peut s’affranchir des limites de
en Auspex, raison pour laquelle les Toréadors (et Malkaviens) son corps, même en torpeur, pourrait bien être cette créa-
sont souvent « spécialisés » en reliques. ture dénommée Ankou, détruisant les membres de « son »
Récemment, une relique vient de réapparaitre à la cour du clan, issus d’une Étreinte qui lui fut interdite et projetant sa
prince Blanche de Saint-Brieuc : la lanterne du saint fonda- rancœur sur eux dans sa folie éternelle. Mais si son infante
teur de la ville. Selon la légende, c’est avec cette lanterne que avait finalement survécu et créé sa propre descendance,
saint Brieuc repoussa les loups venus l’attaquer un soir, lui et saurait-il les reconnaître ? Et quelle serait alors sa réaction ?
ses compagnons. Lorsqu’elle est allumée, cette petite lanterne Si Helga (cf. « Les amants d’Alet », page 58) avait été l’une
de bronze (qui semble dater de l’Antiquité) aurait la capacité de ses descendantes, cela expliquerait peut-être pourquoi, en
de repousser les bêtes sauvages et les créatures de la nuit, tant que Malkavienne, elle n’a jamais ressenti la terrifiante
comme le pouvoir de Vraie Foi •. Mais en réalité, lorsque présence du mathusalem. (Une autre origine possible de
la lanterne est allumée, elle fait disparaître aux yeux de tous l’Ankou est présentée en page 183, mais il pourrait tout aussi
le porteur et un maximum de huit alliés situés à moins de bien s’agir de l’une des personnalités de Malkav ou même de
quatre mètres de lui. Cet effet est le fruit d’une combinaison sa supposée sœur jumelle : Malakai.)
de disciplines mêlant Occultation ••••• et Animalisme • Une haine millénaire. Le profond ressentiment que nour-
•••• (les effets sont les mêmes que le pouvoir d’Occulta- rissent Sinthgunt et sa descendance à l’encontre des Ventrues
tion Masquer l’assemblée, excepté qu’il permet également de semble résonner dans leur sang. Le sire de Sinthgunt, Arioric,
disparaître aux yeux des animaux), quant à la lanterne, elle aurait été détruit par un puissant mathusalem ventrue au
ne peut être que l’œuvre d’un puissant caïnite, probablement VIIIe siècle en Germanie (peut-être Ueruic/Erik Eigermann).
un Nosferatu. Dans un acte de cruauté ultime, le mathusalem usa d’une
Cette lanterne a été créée par le Père de la Nuit (cf. page 49) et sombre magie pour transférer toute l’horreur de cette Mort
elle peut mener jusqu’au lieu où il demeure en torpeur depuis ultime aux descendants d’Arioric, ce qui eut pour effet de
près de deux millénaires, orientant un rayon de lumière plus les plonger dans la folie et la frénésie, les poussant à leur
vif et brillant dans sa direction dès qu’elle se trouve à moins propre destruction. De tous les descendants d’Arioric, seule
de quinze kilomètres de son corps. Sinthgunt survécut, nourrissant une haine sans commune
• Quelque chose dort ici… Non loin de Vennes, sur l’actuelle mesure pour les Ventrues (lesquels ne sont bien sûr pas les
île de Gavrinis autrefois rattachée à la terre, se trouve un cairn bienvenus dans les domaines de Sinthgunt, d’Alaric et de
mégalithique vieux de plus de quatre mille ans. Une petite Brunehaut). La malédiction dont souffrent Sinthgunt et ses
église dirigée par des Hospitaliers s’y est installée à quelques descendants est telle que, dès leur Étreinte, ils font l’expé-
pas il y a peu. On dit que le chapelain de l’ordre y aurait récem- rience de cette Mort ultime, ce qui eut pour conséquence de
ment reçu des visions divines qui l’auraient rendu fou, plon- provoquer la destruction de plusieurs infants, seuls les plus

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forts pouvant surpasser cet état et conserver leur esprit plus également que les lupins de la tribu des Fianna soient inca-
ou moins intact. La lignée du prince de Nantes ne peut pas pables de le détecter, ou même de le voir. En outre, ses griffes
dépenser de Volonté pour mettre fin à une frénésie si celle- et ses crocs infligent aux Garous des dégâts équivalents aux
ci vise à détruire un membre du clan des Rois. Cette haine armes en argent. On dit qu’il est si ancien qu’il pourrait avoir
ne les pousse cependant pas à détruire à vue un Ventrue, participé à la Guerre de l’Argent et du Fer contre les lupins,
mais le moindre manque de respect, la moindre incartade mais cela semble bien exagéré. La légende dit qu’il attend
de l’un d’entre eux peut rapidement pousser les membres qu’un ancien portail féerique s’ouvre à nouveau pour qu’il
de cette lignée brujah à effectuer un jet pour résister à la puisse rentrer chez lui, renaissant sous sa véritable nature et
frénésie (raison pour laquelle ils évitent de se retrouver dans se dépouillant de la malédiction de Caïn.
une telle situation). En outre, ils souffrent tous du handicap • Le « chevalier » amnésique : le Ventrue Jean Ploërmel (cf.
mental Cauchemars durant lesquels ils revivent leur propre page 234) a renié sa foi et, dans sa quête de pouvoir, se
destruction. rapproche de Mathilde d’Ostergo pour contrer la Rosae Crucis.
• Le Bugul-noz. Cette créature, parfois associée au loup-garou, Bien sûr, le prince de Dol n’aurait que faire d’un simple
hante les nuits bretonnes. On dit que ce berger portant un nouveau-né pour allié… si ce n’est qu’elle soupçonne que Jean
chapeau à larges bords et un long manteau peut se changer détient un secret qui a été scellé par son sire au moment de
en loup. Pour certains, c’est un esprit féerique protecteur, l’Étreinte, ce que ce dernier aurait bien évidemment « oublié ».
pour d’autres, un dévoreur d’enfants. Mais en réalité, c’est D’ailleurs, sa famille mortelle semble n’avoir jamais existé. Les
un ancien Gangrel qui possédait autrefois du sang de fée. motivations derrière la traque lancée par Hoël de Nuz, sire de
Toujours solitaire, il est le protecteur des voyageurs et semble Jean, semblent bien trop agressives pour éliminer une simple
veiller sur d’anciens sites considérés comme sacrés pour le « erreur ». Mathilde en est persuadée : il détient un secret qui
peuple lumineux. Sa nature est étrange car il semble pouvoir lui permettra de faire pression sur Hoël, qui n’est autre que le
se métamorphoser pour modifier son apparence, peut-être propre sire de Mathilde. Un sire dont elle souhaite se débar-
une capacité découlant de son héritage féerique. Il semble rasser… mais pourquoi gâcher un sang si précieux ?

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CAÏNITES DE BOURGOGNE ROBERT LE BOUGRE

Alacrinis la Bienheureuse (Toréador, 6e génération) – prince


de Besançon. F rère dominicain et ancien cathare, Robert le Bougre
incarnait l’Inquisition avec la plus ardente ferveur.
En 1233, le pape Grégoire IX le nomme inquisiteur en
Ayr l’Enclume (Vrai Brujah, 6e génération) – prince
d’Auxerre (cf. page 190). Bourgogne. Il y brûle cinquante hérétiques et est suspendu
Benignus (Cappadocien, 7e génération) – « prince » de Dijon. pour s’être mis à dos certains archevêques.
Diviciacos (Malkavien, 6e génération) – prince d’Autun. L’année suivante, il peut reprendre son activité avec
Irmgard d’Augsburg (Ventrue, 6e génération) – prince de le titre d’inquisiteur général du royaume de France. Sa
Chalon. brutalité et son absence totale de compassion lui valent le
Werinus le Jeune (Ventrue, 9e génération) – prince de Mâcon. surnom de « Malleus Haereticorum » (le Marteau des héré-
tiques). Il fait brûler des centaines d’hérétiques (et de gens
soupçonnés de complicité), dont cent quatre-vingt-sept en

Bourgogne
une seule fois lors de la rafle organisée sur la foire de Provins
en 1239 (Eudes de Troyes, Brujah assurant la sécurité des
foires de Champagne, ne put empêcher l’exécution d’une

(duché) douzaine de caïnites qui s’étaient montrés peu prudents).


Robert le Bougre semblait en savoir beaucoup sur l’exis-
tence de créatures impies et représentait un danger consi-
dérable aussi bien pour les vampires que pour les mages
Possession d’Hugues IV (1213-1272) et lupins, ces derniers comptant de nombreuses victimes

L
parmi leur Parentèle. Suite à une subtile manipulation des
a Bourgogne est une région vallonnée du Nord-Est de évêques courroucés par l’attitude de l’inquisiteur qui faisait
la France, bordant le Saint-Empire romain germanique. peu de cas de leur avis, une cabale se monte au sein même
Elle est connue pour ses vins, acheminés jusqu’à Paris par de l’Église. Une enquête pontificale est confiée au moine
la Loire et même jusqu’en Angleterre par la Saône. bénédictin Mathieu de Paris ; l’homme de foi (également
Le comté de Bourgogne a été séparé du duché de Bourgogne, un artiste accompli) est manipulé par Salianna qui souhaite
intégré au futur Saint-Empire, lors du traité de Verdun en 843. mettre un terme aux agissements de l’inquisiteur ne recon-
Le duché de Bourgogne accueille les abbayes de Cluny (ordre naissant plus aucun maître si ce n’est Dieu Lui-même. La
clunisien fondé en 910) et de Cîteaux (ordre cistercien fondé matriarche toréador avait pourtant pensé utiliser l’inquisi-
en 1098). Ces deux ordres sont bien représentés, riches et puis- teur pour diminuer l’influence de l’Hérésie caïnite, mais le
sants. Les monastères rapportent de nombreux revenus. Cluny risque était trop grand.
est indépendante et sous la seule protection de la papauté depuis Robert le Bougre est reconnu coupable et condamné à
998, elle est également à la base de la réforme monastique la prison à perpétuité pour avoir démontré une absence
grégorienne du XIe siècle (que l’on dit portée par de nombreux totale d’humanité et s’être livré à des actes d’une brutalité
Cappadociens). Cîteaux est au centre d’un vignoble et indé- excessive dans sa croisade aveugle contre l’hérésie. Les chro-
pendante depuis 1164. Les monastères de ces deux ordres ne niques ne le mentionnent plus après son emprisonnement.
sont donc pas assujettis aux contrôles des évêques locaux ou au
paiement de la dîme. En 1242, l’abbaye de Cluny est en déclin,
ayant souffert de plusieurs scandales incluant népotisme, luxure,
actes sodomites et mauvaise gestion. À l’inverse, Cîteaux est au la ville d’Autun fut une importante capitale de la chrétienté
sommet de sa puissance, mais commence à avoir des problèmes romaine. C’est ici qu’a été étreint le Malkavien Diviciacos, ancien
pour concilier ascétisme et spiritualité avec sa fortune et son druide éduen (et probable goule malkavienne), pour diriger la
influence séculière. première université gallo-romaine qui avait pour objectif d’édu-
Les chroniques se déroulant en Bourgogne pourraient inclure quer la noblesse gauloise dans l’esprit latin (cf. « Le Dernier
les principes de pouvoir déclinant et de corruption morale Roi », page 10). C’est également ce dernier qui développa l’art
(notamment avec la présence des Setites). Cluny et Cîteaux se de la rhétorique latine dans les Gaules et lui donna ses lettres de
méfient des ordres dominicains et franciscains dont les moines noblesse, puis devint prince d’Autun vers 220.
représentent de farouches concurrents lorsqu’il s’agit de récu- L’impressionnante enceinte gallo-romaine (avec ses quatre
pérer des dons et dîmes. portes et cinquante-quatre tours), bien qu’entretenue, n’em-
pêche pas la ville d’être saccagée par Marcus Piavonius Victorinus
Autun (évêché) (autoproclamé empereur des Gaules) en 270, les Sarrasins en
725, puis par les Normands en 888.

Fondée au I  siècle avant J.-C. (vers –15) par l’empereur C’est au cours du siège et du pillage de la ville en 270 que le
er

romain Auguste dont elle portait le nom (Augustodunum), prince Diviciacos aurait rencontré la Mort ultime, éliminé par

61
les guerriers brujahs et gangrels issus des troupes germaniques Au cours du XIIe siècle, la ville se développe fortement et se
mêlées aux soldats de Victorinus. L’occasion était trop belle pare d’une enceinte formidable englobant même les bourgs de
de détruire l’un des symboles de la domination romaine alors Saint-Eusèbe et Saint-Pierre-en-Vallée (vers 1170). Au cœur d’un
que les Gaules se voulaient un empire indépendant de celui grand vignoble dont la production de vins représente une bonne
de Rome. Les restes de l’ancien druide éduen furent jetés sous partie de ses exportations, Auxerre devient capitale de la basse
l’actuelle pyramide de Couhard, dont le sol fut salé et l’entrée Bourgogne.
scellée d’une tablette de plomb maudissant l’endroit, infime Les travaux de la cathédrale gothique Saint-Étienne, en
revanche sur Carthage. Mais la révolte de l’empire des Gaules remplacement de l’ancien bâtiment roman (mais en conservant
fut de courte durée (à peine une quinzaine d’années). sa crypte du XIe siècle), ne débutent qu’en 1215 et son chœur
En 879, avec l’accession du comte Boson à la royauté de ne sera achevé qu’en 1245. De nombreux monastères et abbayes
Bourgogne, Autun devient, avec Auxerre et Chalon, le socle du sont fondés, mais le plus important est le monastère bénédictin
futur duché de Bourgogne (créé vers 919). de Saint-Germain, dont le scriptorium fut très actif du IXe au
En 888, lorsque les Normands pillèrent la ville, leurs XIe siècle. Malgré de multiples travaux et reconstructions, sa
éléments brujahs, après avoir assassiné le prince ventrue, eurent crypte carolingienne du IXe siècle est conservée.
la désagréable surprise de tomber sur une résistance inattendue La situation caïnite de la ville est relativement récente.
de la part d’un nombre étrangement important de Malkaviens. Hermenold, comte d’Auxerre en 771, est devenu naturelle-
Terrassés par la folie et la terreur, les assaillants brujahs durent ment, après avoir subi l’Étreinte, le prince d’Auxerre. Ayant
fuir. Cette nuit marqua le retour du prince légitime : Diviciacos. changé son nom, il se fait à présent appeler Ayr. Les lois qu’il
Après six siècles d’absence, passés à parcourir l’ancien empire a instaurées et son règne sont pour le moins progressistes. Il est
romain, le Malkavien reprit enfin ses droits sur la ville. logique, posé et accède aux requêtes qui permettent d’améliorer
Bien qu’ancien druide, le prince Diviciacos a embrassé la reli- la sécurité et le bien-être des mortels et des caïnites. Il réprime
gion catholique sans être pour autant un véritable croyant. La d’une main de fer toute action menaçant l’harmonie d’Auxerre
religion est surtout pour lui un formidable instrument capable et de sa région. La ville possède un conseil des anciens dont
de mettre les puissants à genoux et de contrôler le peuple. Il a les représentants sont élus une fois par siècle. Ayr leur a donné
d’ailleurs récemment détruit une cellule de Setites qui avait tenté un pouvoir très important : tous les dix ans le conseil se réunit
de s’implanter à Autun (depuis leur temple établi à l’abbaye de pour décider qui remplira au mieux la fonction de prince et en
Vézelay) et menaçait son influence. changer au besoin. Cette stratégie porte ses fruits car Ayr est
Autun est un haut lieu de pèlerinage avec ses deux cathé- en poste depuis maintenant presque quatre cents ans et il jouit
drales : Saint-Nazaire, de style roman (mais jamais entièrement de l’appui des anciens de la ville. Le prince écoute le conseil
achevée), et Saint-Lazare, de style gothique roman. Quatre des anciens et dirige la ville en usant de logique et d’argumenta-
abbayes, Saint-Symphorien et Saint-Martin (bénédictins) ainsi tion bien plus que de force ou d’intimidation. La ville compte
que Saint-Andoche et Saint-Jean (bénédictines), témoignent de cinq membres du conseil des anciens, un sénéchal tremere et
la grande activité religieuse de la ville. un prévôt nosferatu. Le comte Ayr encourage également les
nouveau-nés à se démarquer par l’accomplissement de quêtes
Auxerre (évêché) ou d’épreuves difficiles, comme la découverte d’un fragment
d’histoire perdu, d’une relique ou d’un savoir occulte ancien. Il

V ille située sur le bord de l’Yonne, Auxerre était une étape


importante sur la via Agrippa. Son emplacement (sur la route
entre Lyon et la mer du Nord) favorisant les échanges, le commerce
est généreux dans les récompenses et les énonce avant le début
des épreuves. Bien que le prince expose toujours clairement les
risques des défis proposés, ils entraînent parfois la Mort ultime
et les déplacements humains, lui permit de devenir une cité à chez les jeunes ambitieux. Cela a pour avantage de donner aux
part entière dès l’Antiquité. Convertie très tôt au christianisme anciens le privilège de faire des infants, et de valider leur choix
(IIIe siècle), Auxerre fut l’étape de quelques martyrs et de nombreux si l’infant réussit l’épreuve ou de l’éliminer s’il est trop faible. En
saints ayant officié en tant qu’évêques tels Pèlerin (premier évêque général, les épreuves sont données à des groupes de nouveau-
selon la tradition), Romain et Urse. L’évêque d’Auxerre du milieu nés pour augmenter leurs chances de réussite. Cette méthode a
du IVe siècle, Valerianus, ainsi que le renom de saint Germain même incité certains princes à envoyer leurs jeune progéniture
d’Auxerre, évêque de la cité entre 418 et 448, confèrent à la ville à Auxerre pour les éprouver ou s’en débarrasser subtilement. Le
une réputation qui dépasse les frontières de Bourgogne et des prince garde une forte influence sur la ville et sa société mortelle
Gaules. Germain d’Auxerre fut l’un des grands protagonistes de la de par sa propre descendance humaine. Son fils est sa goule et
christianisation des Gaules et il contribua à la diffusion du culte son représentant parmi les mortels. Il le fait vieillir et rajeunir à
des saints et des reliques. Cette piété fit d’Auxerre une terre quasi volonté pour simuler sa descendance (d’autant qu’il est stérile)
exempte de toute influence caïnite durant de nombreux siècles, la sans avoir à réinstruire son allié et pion humain. Ayr a usé de son
foi y étant vivace et fortement implantée. L’influence religieuse de influence pour lancer la construction d’une école monastique
la ville en fit un passage obligé pour de nombreux pèlerins, notam- autour de l’abbaye Saint-Germain, ce qui fit d’Auxerre l’un des
ment ceux souhaitant se recueillir sur les reliques de saint Maurice centres de sciences et de connaissances naturelles et occultes les
et sur la tombe de saint Germain. plus importants d’Europe.

62
Ville riche de sa position géographique et de ses foires, Chalon
LE TORNEAMENTUM
est également une ville pieuse, dominée par sa cathédrale Saint-
Vincent (principalement de style roman, les éléments gothiques
L es épreuves organisées par Ayr pour les nouveau-nés
portent le nom de Torneamentum (tournoi). Elles se
tiennent environ tous les sept ans et comptent rarement
commençant à peine à surgir). En outre, la ville a accueilli pas
moins de douze conciles et possède trois monastères : Saints-
Côme-et-Damien (clunisiens), Moutierneuf (augustins) et Saint-
plus d’une demi-douzaine de participants.
pierre (bénédictins).
Les épreuves peuvent être individuelles et/ou collec-
Le prince Irmgard d’Augsburg est l’infante chérie de Julia
tives et leur nombre est de quatre. Les nouveau-nés qui
Antasia, prince de Frankfurt am Main. Irmgard a été étreinte
remportent au moins deux épreuves (ce qui n’est pas si
au début du IXe siècle par une dame en manque de repères
courant) peuvent jouir d’une certaine « Renommée » parmi
après la disparition de l’Empire romain d’Occident et elle
les autres nouveau-nés (uniquement). Bien sûr, remporter
marche sur la voie de l’Humanité, comme il se doit pour tous
les quatre épreuves apporte le gain immédiat de l’historique
les Antasiens. En 1173, elle se rend à Chalon pour conseiller
Statut 1 (et une Renommée de 1 auprès des ancillae).
la jeune Béatrice de Hohenstaufen, seize ans, et apaiser les
Épreuves remportées Renommée tensions naissantes entre Ventrues de la Grande Cour et de la
2 1 cour de la Croix Noire. Cible d’une incompréhensible tenta-
tive d’assassinat de la part du prince ventrue en place (cheva-
3 2 lier-lige d’Hardestadt opposé à Julia Antasia et sa politique
4 3 « égalitaire »), elle retourne ses envoyés contre lui et instaure
un intérim qui dure encore. Entourée d’un conseil composé
Les très rares nouveau-nés étant parvenus à remporter
de quatre ancillae ventrues, elle souhaite maintenant réunir le
les quatre épreuves d’Ayr obtiennent, en plus des autres
clan qui se déchire en France, prenant ouvertement le soutien
récompenses, une arme (non liée) forgée spécialement par
du prince-régent Geoffrey et lui apportant ses conseils, s’atti-
le « comte » d’Auxerre en personne (cf. page 243). Certains
rant par la même occasion les foudres de la reine Salianna.
sires et dames particulièrement cruels et avides n’hésitent
Pour Irmgard, l’équilibre de la Grande Cour, indispensable
pas à faire concourir leurs meilleurs infants, espérant
pour maintenir le statu quo entre les grands princes d’Europe
pouvoir les dépouiller de ce cadeau exceptionnel après les
occidentale, passe par un prince de Paris puissant, lequel doit
avoir entraînés durant des années à cette fin… et mieux vaut
éviter de reproduire les erreurs de son sire et prédécesseur.
pour eux qu’ils réussissent.
Elle entretiendrait également une correspondance avec Gaius
Seuls deux jeunes caïnites ont réussi cet exploit jusqu’à
présent et tous deux étaient « formés » par une mystérieuse
Malkavienne se faisant appeler Mnémonides.
MARGOT, LA CISTERCIENNE

Chalon (évêché) U ne petite coterie de Cappadociens s’est récemment


implantée parmi les moines de l’abbaye de Cîteaux.
Dirigés par une femme simplement nommée Margot, ces

L ’ancienne capitale burgonde possède une importance


géographique indéniable depuis l’Antiquité, assurant la
liaison entre le commerce méditerranéen par voie fluviale et
Cappadociens semblent moins intéressés par l’étude des
secrets de la mort que par le fait d’obtenir des informations
sur tous les caïnites allant et venant dans le royaume. En ce
le trafic routier par voie de terre vers le Nord et l’Ouest. Au sens, ils semblent davantage Nosferatus que Cappadociens.
XIIIe siècle, ses foires rencontrent un important succès et on y Nul ne sait ce qu’ils comptent faire de toutes ces infor-
trouve des produits provenant d’une bonne partie de la France, mations, mais ils ont offert leur aide à plusieurs factions
du Dauphiné et de la Provence. caïnites, proposant des renseignements sur leurs rivaux.
La ville fut détruite en 732 par les Sarrasins et reconstruite Margot est une Cappadocienne de 5e génération étreinte
par Charlemagne à la fin du VIIIe siècle, pour être à nouveau il y a presque un millénaire par l’un des infitiores, ces
incendiée par Lothaire Ier en 834 et à nouveau reconstruite. Cappadociens considérés comme rebelles au clan et n’accor-
Chalon, point stratégique pour la défense de royaume Franc dant plus leur confiance à leur fondateur. Il est donc fort
contre les envahisseurs de l’Est, subit également les assauts des probable qu’elle soit la progéniture du mathusalem Lazarus.
Magyars un siècle plus tard. Enfin, en 1168, le comte de Chalon, Les quelques autres Pilleurs de tombes qui l’accompagnent
Guillaume II, se voit rappelé à l’ordre par le roi de France Louis sont probablement sa progéniture ou y sont apparentés, ce
VII qui prend Chalon (Guillaume II épouse en 1173 Béatrice qui en fait une puissante coterie. Elle porte des signes plus
de Hohenstaufen, fille de l’empereur Frédéric Ier Barberousse, avancés de décomposition que la plupart des Cappadociens,
renforçant les liens avec le Saint-Empire et rappelant au passage cette dégradation physique profonde affecte également
que les royaumes d’Arles et de Bourgogne sont sous l’autorité progressivement sa progéniture au cours des siècles.
« honorifique » de l’empereur).

63
Marcellus, qu’elle souhaiterait voir s’investir dans la politique
et soutenir son frère de sang en tant que conseiller à la place de
Mâcon (évêché)
Salianna dont elle trouve l’influence néfaste.
L a ville entre dans le domaine royal en 1239, lorsque la
comtesse Alix de Méranie la vend à Louis IX. Ceci met fin
Dijon à l’indépendance du comté de Mâcon qui jouait de sa position
entre le royaume de France et le Saint-Empire.

L a fortune de Dijon tient surtout à sa position commerciale


et la détermination de ses habitants. Bien qu’elle ne soit
plus un évêché, la ville a fortement bénéficié du sac de Langres
Mâcon vit principalement du transport fluvial et du
commerce organisé autour (il faudra attendre le XVIe siècle pour
que s’y développe l’industrie textile). La cathédrale de Saint-
par les Vandales au début du Ve siècle, les évêques se réfugiant Vincent (principalement romane avant des travaux entamés en
à Dijon et entamant l’édification de nombreux bâtiments reli- 1240) s’élève à l’emplacement de nombreux bâtiments précé-
gieux. En 1016, Robert le Pieux acquiert la ville des mains de dents détruits et pillés durant cinq siècles, ce qui provoqua la
l’évêque qui la quitte. La cathédrale Saint-Étienne devient une disparition de la tunique de saint Vincent de Saragosse, offerte
abbaye en 1113. L’abbaye clunisienne de Saint-Bénigne a été par le roi Childebert en 543. L’abbaye bénédictine de Saint-
fondée en 865, celle de Saint-Jean est fondée vers 900 (bénédic- Pierre, fondée en 696, est rétrogradée au rang de simple prieuré
tins). L’église Notre-Dame, elle, est reconstruite de 1230 à 1250 augustin en 1212.
dans le plus pur style gothique. Quant à la Sainte-Chapelle, d’ar- Le prince ventrue Werinus le Jeune fut, de son vivant (au
chitecture romane et construite dès 1172, elle entamera bientôt IXe siècle), l’une des figures emblématiques de la région et de
sa lente métamorphose dans un style gothique dès 1244 grâce au la ville dont il reçut le titre de comte vers 825. Très lié à la cour
pape Innocent IV dont elle relève directement, tout comme son des Ventrues germaniques de la Croix Noire, il garde un œil sur
collège de chanoines. Irmgard d’Augsburg, prince de Chalon, pour le compte d’Har-
L’ancienne muraille romaine ne permet pas de repousser destadt en personne.
les Sarrasins en 725, mais les Normands ne parviennent pas à Le duché de Bourgogne pourrait rapidement se révéler un
prendre la ville en 887. À la suite du grand incendie de 1137 miroir des rivalités opposant le prince-mathusalem de la Croix
qui dévasta une grande partie de la ville (ainsi que deux des Noire et Julia Antasia. Les Setites qui tentent de s’implanter dans
plus anciens caïnites y résidant), Dijon est doté d’une nouvelle la région aimeraient bien attiser les flammes de la discorde pour
enceinte au XIIe siècle, la ville ancienne étant enclose dans les transformer en véritable brasier et il ne faudra certainement
les murailles gallo-romaines. Un important faubourg et de pas longtemps avant qu’ils y parviennent.
nombreux bourgs s’étendent autour de la commune (Dijon
bénéficiant d’une charte de 1183 qui lui permettait de disposer
de nombreux privilèges et libertés).
Nevers (évêché)
Il n’y a pas de prince à proprement parler à Dijon, mais un
ancien Cappadocien, actif depuis l’Antiquité, s’est établi dans
la nécropole (devenue depuis un cimetière) entourant l’église
L e comté de Nevers est passé dans les mains de nombreuses
familles influentes depuis le X  siècle. Les héritiers étant
e

souvent des femmes, les mariages permirent de s’arroger le titre


Saint-Philibert construite au XIIe siècle. Cet ancien caïnite se de comte de Nevers.
fait simplement appeler Benignus, le « Bienveillant », renvoyant Le prieuré de Saint-Étienne, passé aux clunisiens en 1087,
au saint donnant son nom à l’abbaye (accueillant ses restes) et bénéficie d’une charte de franchise qui va permettre au bourg
qui fut martyrisé à la fin du IIe siècle. Bien sûr, nul ne sait s’il de se développer. En 1196, une nouvelle enceinte entoure la
s’agit du véritable saint, auquel l’Étreinte épargna la mort, ou cité et le bourg. Quant à la cathédrale Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte,
un simple imposteur, mais sa profonde piété et l’aura de Vraie elle bénéficie de nouveaux travaux dans le style gothique après
Foi l’entourant ont tendance à accréditer son identité. Véritable le mystérieux incendie qui en détruisit une partie en 1221.
protecteur de la ville de Dijon, il a pris une part plus active Les communautés religieuses de Saint-Genest et Saint-Martin
dans la politique caïnite locale et régionale depuis le départ des accueillent des bénédictins, et Saint-Sauveur des clunisiens.
évêques en 1016. Depuis une nuit de 1221 et l’incendie qui ravagea une partie
De par son ancienneté et sa sainte présence, Benignus s’est de la cathédrale, plus aucun caïnite ne réside à Nevers. Ce soir-là,
imposé comme la figure d’autorité de la ville. Cependant, contrai- le froid envahit les cœurs et les esprits des habitants qui restèrent
rement aux autres membres de son clan, il ne semble pas obnu- cloitrés chez eux. Le lendemain matin, tout semblait normal, mais
bilé par la recherche de connaissances en matière théologique ou une partie de la cathédrale avait été incendiée… et tous les caïnites
nécromantique et passe le plus clair de son temps en prières et de la ville n’étaient plus que cendres. Depuis, quelques groupes de
contemplation, attendant patiemment un signe. Depuis peu, il vampires se sont rendus sur place, mais aucun n’est jamais revenu.
reçoit des visions d’un événement à venir qui affectera son destin Si les mortels semblent mener leur vie tout à fait normale-
et celui de tous ses frères. Il voit la mort d’un prince de l’Église ment, ayant oublié ce qui s’était produit cette nuit-là lorsque la
porteur de paix sur la colline de César, un sombre Festin au-delà peur les avait envahis, quiconque possédant le talent Intuition
des forêts durant la Pâques et une étrange Apothéose dans les (sans même parler d’Auspex) peut ressentir une présence inquié-
vents glacés d’une tempête qui semble vouloir déchirer les âmes. tante et diffuse dans la cité entourant la cathédrale.

64
Bourgogne l’église Saint-Étienne considérant qu’elle devrait être cathé-
drale, ayant la primauté (ce qui n’était évidemment pas l’avis

(comté)
du prince Alacrinis). En 1238, le chapitre de Saint-Étienne est
même excommunié suite à son entêtement (avant d’être fina-
lement fusionné à celui de Saint-Jean en 1254). Les deux plus
importantes abbayes sont Saint-Paul (augustins) et Saint-Vincent
Possession d’Otton III de Bourgogne (1208-1248), allié à la couronne (bénédictins).
de France Le prince de la ville est une très ancienne Toréador nommée
Alacrinis, dite « la Bienheureuse ». Selon ses dires, elle aurait été

L
e comté de Bourgogne demeure indépendant du Saint- la nourrice d’Alexandre le Grand et se serait suicidée en appre-
Empire romain germanique. Cependant, les nombreux nant la mort de son frère, Cleitos, des propres mains de son
caïnites qui y possèdent un domaine prêtent généra- ami et général, l’homme qu’elle avait nourri au sein. Un être
lement allégeance à la cour de la Croix Noire plutôt qu’à la resplendissant lui serait alors apparu pour, de son sang, refermer
Grande Cour. la plaie qu’elle s’était infligée au cœur. Depuis, elle se félicite
de ne plus marcher sous le même soleil que celui qui baigne les
Besançon (archevêché) batailles, mais uniquement sous la nuit qui gouverne les songes.
Parcourant la Grèce durant plusieurs siècles à la recherche de

L a ville est au centre de toutes les attentions depuis l’Anti-


quité, principalement à cause de sa position au sein d’une
boucle de terre entourée par le Doubs et protégée à son extré-
la sagesse, elle fit la rencontre au IIe siècle de deux diakonos
chrétiens en qui elle perçut cette lumière apaisante et qui lui
parlèrent de paix, de pardon, de rédemption et d’amour entre
mité par une montagne. Jules César s’en empare au début de les hommes. Elle les suivit jusque dans la Gaule séquanaise au
la guerre des Gaules, officiellement pour la protéger des vues IIe siècle, les accompagnant dans leur mission d’évangélisation
des Suèves germaniques et de leur chef : Arioviste. L’oppidum de la région. S’établissant dans une grotte à l’écart pour ne pas
reste capitale des Séquanes (sous le nom de Vesontio) et étend son révéler la présence de la créature qui les suivait et protégeait,
influence, principalement au Ier siècle. La ville décline durant le ils commencèrent leur mission mais furent arrêtés, martyrisés
IVe siècle, suite aux invasions burgondes et alamanes, mais sa (des clous plantés dans leur tête) et décapités. Leurs corps furent
situation s’améliore sous les Francs mérovingiens. enterrés à la va-vite dans la caverne où ils s’étaient installés et
Reconnue ville impériale, Besançon tente régulièrement Alacrinis les pleura durant sept jours et sept nuits sans jamais
d’assurer son indépendance vis-à-vis de l’archevêque et s’insurge, succomber à la torpeur diurne. Elle eut alors une épiphanie et
notamment en 1224 (elle ne deviendra commune qu’en 1290). la Foi s’éveilla en elle, réchauffant son corps glacé de sa douce
La cathédrale Saint-Jean mêle l’architecture carolingienne, chaleur. Usant de ses pouvoirs considérables, Alacrinis participa
romane et (récemment) gothique, suite aux nombreux travaux activement à la reconnaissance et à la canonisation de ses amis
dont elle a fait l’objet. Elle fut également au centre de la qui devinrent les saints patrons de Besançon (sous les noms de
célèbre querelle des chapitres durant plus d’un demi-siècle, Ferréol et Ferjeux).

ALACRINIS LA BIENHEUREUSE

L e prince de Besançon possède de hauts niveaux d’Auspex et de Présence. En outre, elle possède le trait Vraie Foi ••••. Sa
couronne de fer (Corona ferrata, cf. page 243) possède un niveau de Vraie Foi ••• (augmentant le niveau d’Alacrinis à 7,
ce qui est proprement considérable). Enfin, la grotte sacrée dans laquelle elle médite régulièrement possède le trait Vraie Foi •.

LE BERGER

L e Prieur se faisant appeler tout simplement « le Berger » est un Mnemachien (cf. page 247) ayant embrassé la foi catholique
et rejoint la cour du prince Alacrinis la Bienheureuse. Au travers de ses disciplines d’Animalisme et de Thaumaturgie, il
est parvenu à créer une « race » particulière de moutons dont le sang est plus nourrissant pour les caïnites. Ainsi, les agneaux
possèdent une réserve de sang de 4 au lieu de 2 et ils « régénèrent » 1 point de sang par jour. Les moutons adultes, peu prisés,
possèdent une réserve de sang de 4 au lieu de 3 (la « puissance » de leur sang s’amenuisant une fois la maturité sexuelle
atteinte). Extrêmement rares, ces bêtes peuvent permettre à un vampire de satisfaire son besoin de sang quotidien élémentaire,
bien qu’il possède généralement deux ou trois agneaux (sur lesquels ils peuvent se nourrir durant environ quatre à six mois).
À la Pâque, l’un des agneaux est rituellement sacrifié et bu par son propriétaire. Il est extrêmement mal vu pour un Paenitentis
de tuer un agneau en dehors de cette fête sainte ; cela reviendrait à enfreindre le niveau 4 de la hiérarchie des péchés du credo
du Christ (tuer un innocent).

65
Le prince de Besançon est une femme d’une beauté à couper les plus importants Dévots d’Europe occidentale et rayonne tel
le souffle. Vêtue de robes mêlant le blanc et l’azur, elle porte une un phare pour ceux qui suivent la via Caeli et recherchent sa
couronne faite des clous qui étaient enfoncés dans les crânes des bénédiction. De tous les hauts clans, seuls les Lasombras (et
deux martyrs, ce qui fait perler du sang sur son visage. Quand certains Tzimisces) ne sont pas les bienvenus sur son domaine.
elle paraît dans toute sa splendeur, sa tête est auréolée d’un halo Elle critique ouvertement l’hypocrisie des Précepteurs vis-à-vis de
d’or, comme sur les représentations des saints. Lorsque cela l’Église du Christ et sait que les ténèbres qui les habitent n’ont
arrive, il est alors impossible de succomber à la frénésie ou au rien de « saints » ; ils portent l’enfer en eux, et seule la Mort
Rötschreck tant qu’elle reste en vue. ultime pourra les délivrer, en admettant que leur âme ne soit pas
Alacrinis considère que rien n’est plus important que la paix irrémédiablement souillée.
et le bien-être des mortels, ainsi est-il interdit de se nourrir sur
eux dans sa ville (ou ses alentours) sans risquer d’encourir une Intrigues bourguignonnes
importante pénitence, des souffrances inspirées par la Vraie Foi, • Corpus Sancti. L’abbaye Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay
l’exil, ou, dans les cas extrêmes, une longue période de torpeur. déclare posséder les reliques de la sainte. Une légende popu-
Mais le prince ne prendra jamais une (non-)vie. Bien sûr, cet laire raconte que Marie Madeleine et saint Maximin quit-
interdit rend pratiquement impossible pour un caïnite de se tèrent la Judée peu après le martyre du Christ pour s’installer
nourrir sans s’abaisser à boire un sang animal (principalement dans le Sud de la France. Vézelay assure que ces reliques ont
du sang d’agneau) et la frénésie guette rapidement ceux qui ne été apportées ici depuis le lieu d’inhumation originel pour
peuvent résister au suave parfum du bétail. C’est pourquoi les les soustraire aux pilleurs sarrasins. Mais l’abbaye de Saint-
nombreux caïnites de Besançon suivent les voies de l’Humanité Maximin en Provence réfute cette version. Actuellement, les
et du Paradis et se considèrent comme des pénitents (d’où leur pèlerins sont plus enclins à croire Vézelay. Richard Cœur
surnom de Paenitentis). La ville accueille donc la population de de Lion et Philippe Auguste firent halte pour y prier avant
vampires la plus « sainte » qui soit en France. d’embarquer pour la croisade. François d’Assise y a fondé
Le prince Alacrinis est indépendant de la Grande Cour, des son premier couvent peu avant sa mort en 1226. L’abbaye
cours d’Amour et de la cour de la Croix Noire. Elle figure parmi de Vézelay abrite un temple setite (des Madeleiniens,

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cf. page 122) qui utilise les fausses reliques de Marie D’après Benignus, ce serait la conséquence de la guerre
Madeleine afin d’attirer des pèlerins et de se livrer à des actes ayant opposé l’ancien Ventrue Sigismond le Burgonde, resté
de corruption. maître du castrum de Dijon, à un ancien lupin de la tribu
• Malleus Monstrorum. Appelé simplement Malleus, cette des Gardiens des Cités. Le loup-garou aurait utilisé l’un de
ombre apparaît vêtue d’une longue robe à capuche autrefois ses plus puissants dons pour déclencher et diriger un brasier
blanche, mais qui semble à présent noircie par le feu des gigantesque dirigé contre ses ennemis, détruisant ainsi la
bûchers ; son visage est couvert d’un masque ressemblant à quasi-totalité des sangsues.
un crâne calciné. Elle rôde derrière le Linceul séparant le Cependant, le déchainement de rage du Garou fut si violent
monde des morts de celui des vivants, une distinction qui qu’on dit qu’il succomba au Ver et devint un pur esprit de
a peu de sens pour ce fantôme, les uns étant condamnés à destruction incandescent qui tua également ses frères de
rejoindre les autres, à moins que leurs âmes ne soient empor- meute avant de disparaître. Selon Mekare Parle-aux-Ombres
tées par la Tempête. Grâce à ses pouvoirs lui permettant de (cf. page 162), il pourrait s’agir de l’immonde esprit du
susurrer à l’oreille des vivants et prendre possession d’eux, Bûcher à présent nommé « Mort incandescente ». Depuis, sa
le « Marteau des monstres » débusque les créatures surnatu- puissance et son influence n’auraient fait que croître, notam-
relles et organise leur mise à mort par le biais de ses « frères » ment grâce aux massacres perpétrés par l’inquisiteur Robert
inquisiteurs. Il aurait même tué plusieurs caïnites en prenant le Bougre, probablement un serviteur du Ver et de son aspect
possession de l’un de leurs serviteurs à la faveur du jour. destructeur : la Bête-de-Guerre.
Il ne fait aucun doute que Robert le Bougre (cf. page 61) et Cet esprit, que l’on surnommera également bientôt « Fléau
Malleus sont une seule et même « personne », bien que nul de l’Inquisition », est la manifestation du feu meurtrier, celui
ne puisse expliquer d’où provient la puissance de cette ombre qui incinère les innocents victimes du fanatisme religieux. Il
si elle s’avère aussi jeune, ni comment elle se dispense des est le symbole de la corruption des rangs de l’Église par la
entraves nécessaires aux fantômes pour hanter le monde des Bête-de-Guerre.
vivants. Bien sûr, il évite généralement de s’approcher de créa- Sans surprise, une meute de Garous corrompus servant Mort
tures possédant des connaissances en nécromancie mais, s’il incandescente et se faisant passer pour des moines mendiants
le fait, c’est que cette dernière est déjà condamnée, quelle que réside près de Dijon et répand la mort et la terreur, aussi bien
soit sa connaissance du monde des défunts. parmi les mortels que les créatures surnaturelles.
• Qui est réellement Diviciacos ? Si l’on en croit ses dires, le • Le Roi du Monde souterrain (suggestion). En 1221, des
prince d’Autun aurait échappé à la Mort ultime en donnant prêtres découvrirent derrière un pan de mur de la crypte de
son apparence à l’un de ses disciples caïnites tout en se dissi- la cathédrale Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte de Nevers un puits
mulant au même moment aux yeux de ses ennemis. Si la donnant sur un ancien temple romain au-dessus duquel l’édi-
chose est possible (et crédible dans une certaine mesure), le fice (et d’autres avant lui) avait été construit. S’aventurant
doute demeure quant à la véracité de cette « histoire ». L’actuel dans l’étroit passage, ils furent dévorés par les ténèbres
prince est-il l’ancien druide éduen ou s’agit-il d’un impos- vivantes qui s’en échappèrent au cœur de la nuit.
teur ? Le Diviciacos « historique » semble lui-même être un En 54 avant J.-C., le chef éduen Dumnorix, frère du druide
personnage multiple (druide, politicien, guerrier), peut-être Diviciacos (cf. page 61), fut arrêté puis exécuté sur ordre de
même un prête nom pour plusieurs habiles manipulateurs. Jules César pour avoir comploté contre lui. Mais il ne périt pas
La capacité du caïnite à attirer de nombreux Malkaviens lors ce soir-là et fut secrètement étreint par un Lasombra qui, lui
de son retour en 888 tend à prouver qu’il possède les pouvoirs aussi, complotait contre César, ayant pris le parti de Pompée.
d’une Cassandre ancienne et puissante. Mais contrairement Un siècle plus tard, Dumnorix revint prendre sa revanche,
à ce qu’il prétend, certains indices semblent indiquer qu’il fort du sang et de l’âme de son sire qui coulait maintenant
accorde une grande importance à la religion chrétienne, en lui et d’un pacte passé avec des forces infernales. Faisant
non pas en tant qu’outil, mais en tant que message divin, les montre d’une puissance terrifiante pour un vampire aussi
écrits saints dissimulant de grandes révélations qu’il s’efforce jeune, il massacra nombre de caïnites sur son chemin, prin-
de percer. Certains prétendent que son retour en 888 et lié, cipalement des Ventrues et des Lasombras. Mobilisant toutes
non pas à l’attaque des Normands, mais au fait que le chiffre leurs forces contre lui, ces derniers réussirent néanmoins à lui
huit représente le recommencement, le cycle, la résurrection, porter suffisamment de coups pour le faire tomber, sacrifiant
dans la symbolique chrétienne. Cela peut-il être un véritable leurs meilleures goules combattantes pour l’affaiblir. Alors
hasard ou Diviciacos se rêve-t-il en nouveau Messie ? qu’ils allaient l’achever, un cercueil de ténèbres se forma
• Le grand incendie de Dijon. Lorsque la ville est ravagée par autour de son corps, plus dur que l’acier. Ils tentèrent de l’ex-
un incendie en 1137, des témoins affirment que le brasier poser au soleil pour le détruire, mais rien n’y fit. Finalement,
semblait « vivant ». Le feu s’étendait étrangement, épar- ils l’enfouirent dans le temple dédié à Janus à l’emplacement
gnant certains bâtiments pour en frapper d’autres situés de la future cathédrale de Nevers et en condamnèrent l’entrée
juste à côté, faisant des ravages parmi les caïnites de la ville à l’aide d’une puissante magie.
dont pratiquement aucun refuge ne fut épargné, à part ceux Mais Janus est le dieu des passages et des portes, et le temple
situés en sous-sol. consacré fournit le lien entre les ténèbres de Dumnorix et

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l’Abysse. Lentement, au cours des siècles, une Oubliette (cf.
Tome des secrets, page 32) aux proportions gigantesques s’est CAÏNITES DE CHAMPAGNE
développée autour du corps en torpeur du caïnite sous la cité.
Acelin de Serventois (Toréador, 7e génération) – prince de
En 1221, ces ténèbres furent relâchées. Des caïnites et leurs
Châlons et infant d’Hélène la Juste.
goules réussirent à incendier la cathédrale et le passage ouvert
Caecus (Nosferatu-Mnemachien, 7e génération) – prince de
vers l’Oubliette, le refermant momentanément, mais ils
Provins.
périrent tous sans exception.
Eudes de Troyes (Brujah, 8e génération) – champion des
Depuis, les ténèbres parviennent à s’insinuer par endroits,
foires de Champagne (cf. page 192).
avides du sang qu’elles prélèvent lentement aux mortels
Hélène la Juste (Toréador, 6e génération) – reine de
endormis et montrant de sérieux signes d’anémie. Bien sûr,
Champagne (cf. page 219).
c’est la vitae des caïnites qu’elles recherchent sans fin, dévo-
Lucius Aelius (Lasombra, 5e génération) – prince de Troyes.
rant tous ceux ayant la mauvaise idée de pénétrer dans la cité.
Nahash, le Serpent de l’Eden (Setite, 7e génération) – amant
Ces ténèbres semblent être le prolongement de l’Abysse
de Nicodemus.
lui-même et de la volonté de Dumnorix, ayant fusionné en
Néfesh (Cappadocien, 10e génération) – « expérimentateur »
quelque chose d’autre, une entité capable de manipuler les
de l’hôtel-Dieu de Châlons.
ténèbres vivantes tout en maintenant la population dans une
Nicodemus le Simonien, l’Étoile du Matin (Tzimisce, 6e
certaine ignorance ; comme si chaque tentacule noir, chaque
génération) – « prélat » de Reims, amant de Nahash.
ombre, chaque poche de brume obscure était capable d’uti-
Quentin de Senlis (Brujah, 9e génération) – bailli du
liser la discipline Domination pour faire oublier son exis-
domaine royal et de Champagne pour la Grande Cour
tence et manipuler les habitants.
(cf. page 195).
Ce qui grandit sous Nevers est propre à terrifier même les
Précepteurs les plus aguerris à l’Arcane de l’Abysse. Et la
chose que les ténèbres nourrissent nuit après nuit est bien
plus qu’un simple caïnite en torpeur, c’est la manifestation
consciente du néant destructeur. Qui sait quand s’éveillera le Champagne
(comté)
Roi du Monde souterrain, l’élu de l’Abysse ?
Note : le Roi du Monde souterrain (qu’il s’agisse de Dumnorix
ou d’une entité plus ancienne encore) représente une menace
de grande ampleur qu’il n’est pas aisé de supprimer, mais
certainement pas impossible. En effet, le cœur de l’Oubliette Possession de Thibaut IV le Chansonnier (1201-1253), comte de
se trouve sous la cathédrale Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte, un lieu Champagne et roi de Navarre, allié inconstant de la couronne de France
qui, s’il était à nouveau consacré avec l’aide d’une puissante

C
relique par un être doté d’un score de Vraie Foi élevé, pour- e comté est une riche contrée où alternent collines et
rait sectionner le lien avec l’Abysse et grandement faciliter plaines. Les foires internationales de Champagne (cf.
les choses. Il est également possible « d’apaiser » Dumnorix page 169) lui assurent une grande prospérité. La pièce
en lui accordant sa vengeance, laquelle s’est cristallisée entiè- d’argent frappée à Provins, le denier provinois, est la monnaie
rement autour de son frère qui se détourna de lui (encore communément utilisée durant les foires, elle est même acceptée
faut-il que le Diviciacos d’Autun soit le vrai). Les mages des dans la majorité de l’Europe. Le comté accueille également de
Voix messianiques ou de la Cabale de la Pensée pure (cf. nombreux juifs que Thibaut et ses successeurs protègent contre
page 180) possèdent également des pouvoirs à même de les rois capétiens, leurs taxes spécifiques et les expulsions, recon-
refermer la porte vers l’Abysse et dissoudre l’Oubliette, et ils naissant qu’ils ont un rôle crucial dans l’économie marchande
sont capables d’agir à la faveur du jour, lorsque les ténèbres de la Champagne.
sont moins puissantes. Si la reine de Champagne et infante de la matriarche Salianna,
Système : il est inutile de donner des caractéristiques pour Hélène la Juste, tient ses cours d’Amour à Troyes, où elle réside
Dumnorix dont la puissance serait équivalente à celle d’un la plupart du temps, elle n’hésite pas à organiser quelques cours
mathusalem s’il venait à bénéficier de la pleine puissance de exceptionnelles en d’autres lieux, notamment à Provins (lorsque
l’Abysse. Mais si son lien vers ce dernier est rompu, ce serait les rosiers fleurissent en juin) et à Châlons (en septembre).
alors un « simple » Lasombra de 6e génération, limité à ses Les chroniques se déroulant dans ce comté devraient mettre
disciplines de clan uniquement. l’accent sur sa richesse et l’effervescence qui entoure les foires.
Les personnages croisant des ennemis ou rivaux sur une foire
seraient contraints de s’en remettre à la ruse ou risquer d’en-
freindre les règles établies par Eudes. Si l’action se déroule à
Troyes, les personnages pourraient être impliqués dans les intri-
gues opposant Eudes à Hélène. La présence très importante des
Templiers dans le comté (le fondateur de l’ordre étant lui-même

68
Champenois) peut également provoquer de vives tensions, aussi Les foires agissent comme des états indépendants. La
bien avec les caïnites qu’avec les pouvoirs locaux, les Templiers Champagne fixe des frais et taxes très bas pour les marchands.
bénéficiant de nombreux avantages (exemption de la dîme, Deux maîtres de foire, un chancelier, des notaires, des lieute-
droit de quêter dans les églises, impossibilité d’être excom- nants et une centaine de sergents maintiennent l’ordre. Les
munié, ne devoir rendre de compte qu’au Pape et à aucun de contrats et lettres de crédit établis dans les foires sont (théorique-
ses « ministres »). ment) valables dans toute l’Europe chrétienne.
Les marchands qui assistent aux foires de Champagne
Les foires de Champagne possèdent souvent leur propre compagnie dont les membres
Les caïnites se rendent sur les foires de Champagne pour se voyagent, vivent et travaillent ensemble. Ces compagnies
rencontrer, commercer et négocier. Les foires sont des havres possèdent également leurs propres officiers, incluant des capi-
pour les vampires des bas clans, les prométhéens (principale- taines pour la diriger, des consuls pour représenter ses membres
ment des Brujahs nostalgiques de Carthage et souhaitant recréer lorsqu’il s’agit de s’adresser aux officiels et des « éclaireurs »
cette harmonie utopique entre vampires et mortels), les furores s’occupant de l’hébergement avant l’arrivée des marchands.
(jeunes caïnites opposés aux anciens) et ceux qui recherchent le Des arbalétriers et piquiers assurent la sécurité des caravanes.
pouvoir et la fortune découlant du commerce. Voyager avec une caravane ainsi escortée est l’une des méthodes
Chaque année, des milliers de marchands en provenance de déplacement les plus sûres pour un caïnite.
de toute l’Europe de l’Ouest se retrouvent dans quatre villes de Les foires de Champagne sont les plus grandes et les plus
Champagne depuis 1108 : Lagny (du 2 au 15 janvier), Bar-sur- connues de France, mais ce ne sont pas les seules. Pratiquement
Aube (du mardi avant la mi-carême au dimanche de la Passion), toutes les villes tiennent au moins une foire commerciale, géné-
Troyes (du 24 juin à mi-juillet et de mi-octobre à la semaine ralement le jour du saint auquel elles rendent hommage ou le
avant Noël) et Provins (en mai et en septembre). Durant deux jour anniversaire de la consécration de leur église principale
à huit semaines, on négocie des biens, crédits et monnaies. Des (notamment dans le Languedoc avec Montagnac et Pézenas qui
milliers d’anonymes emplissent les villes, augmentant la popula- survivent face à la concurrence de Montpelier ; entre les villes de
tion habituelle d’environ dix mille âmes. Ces foires font partie Metz, Toul et Verdun dans le duché de Lorraine ; Bruges, Ypres,
des rares endroits en Europe où un visage étrange n’attire aucun Thourout et Anvers en Flandre et dans le duché de Brabant).
commentaire, où les affaires peuvent être conclues à toute heure Paris possède deux foires d’importance, dont la puissante foire
et où des caïnites d’horizons très différents peuvent se rencon- du Lendit tenue en juin à Saint-Denis, chacune prenant place
trer en terrain neutre. durant deux semaines. Les princes locaux peuvent tenter de
Actuellement, c’est Eudes de Troyes, Brujah et chef d’un limiter la chasse durant leurs foires ou autoriser à se nourrir
groupe de prométhéens, qui protège les foires depuis les années dans une certaine mesure au cours des beuveries, bagarres, liber-
1150 et assure leur supervision. Eudes voyage avec les foires et tinages et émeutes accompagnant immanquablement ces événe-
garde un œil sur les activités qui s’y déroulent. Ces événements ments. Pour la majorité des caïnites d’ascendance noble, ce que
forment des territoires ouverts au sein desquels les caïnites dédai- font marchands et paysans leur importe peu.
gnant les cours toréadors peuvent se réunir en toute sécurité. Ils
doivent se nourrir discrètement et il est interdit d’étreindre qui Les voirloups
que ce soit. Les duels et les conflits divers doivent se régler en « Le loup et l’agneau paîtront ensemble. »
dehors de la foire. Eudes dispose de peu de moyens pour faire – Ésaïe 65:25
appliquer ces règles en dehors des foires, mais, au travers de ses Selon les légendes, ces créatures nocturnes aux âmes maudites
alliés mortels, il peut mettre une pression fiscale suffisante sur les peuvent se transformer en loup, en renard, en sanglier ou
marchands d’un prince pour restreindre considérablement leur en gros félin. Ils s’abreuvent du sang du bétail (et parfois des
capacité à commercer. humains) et la simple vue de ce liquide écarlate peut les plonger
Lorsqu’il est à Troyes, Eudes fait profil bas face à la cour de la dans une profonde. Bien sûr, ils sont pratiquement invulné-
reine Hélène qui siège régulièrement en ville. Les intérêts d’Hé- rables mais craignent la lumière du jour. Et si l’on donne foi
lène se portent aussi bien sur la politique mortelle que caïnite au à certains témoignages parlant d’yeux incandescents capables
niveau national. Les affaires d’Eudes et des marchands passent de voir dans l’obscurité la plus totale, le doute n’est plus guère
donc souvent inaperçues, à la grande satisfaction du Brujah. permis ; la région est si riche en Gangrels que les mortels leur ont
Les gardiens prométhéens de la foire ne présentent que peu donné un nom : les voirloups.
d’intérêt pour Hélène la Juste, mais ils sont très importants En réalité, si tant de mortels sont capables de voir des
pour son homologue mortel, le comte Thibaut IV, car ils repré- Gangrels à la nuit tombée, c’est que ces derniers chassent près
sentent des revenus colossaux pour son comté. Louis IX a placé des villes, bourgs et hameaux, pour la bonne et simple raison
les marchands voyageant de foire en foire sous sa protection. qu’ils y résident. Ces « Hors-la-loi » encore jeunes suivent la voie
En outre, les autorités mortelles interdisent l’accès à la foire au de l’Humanité et ne souhaitent pas quitter la civilisation (du
marchand de n’importe quelle ville n’ayant pas réglé sa dette à moins pas encore).
la foire, ou ayant injustement blessé un autre marchand, et ce Leur nombre important dans cette région s’explique par la
jusqu’à ce que l’offense soit réparée. présence de l’ancienne Gangrel et Prodigue Arnegondis. Cette

69
dernière réside généralement à Épernay, qu’elle a participé à petite cabale de Cappadociens dirigée par un certain Néfesh.
faire reconstruire après l’incendie de 1229, dû à une querelle Les expériences de la cabale du Dernier Souffle visent à tenter
entre Thibault IV et Hugues Ier de Lusignan. d’enchaîner une âme à son corps afin de parvenir à repousser la
Arnegondis prend sous son aile tous les Gangrels souhaitant mort. Leurs expériences se sont soldées par d’horribles échecs,
se maintenir sur la via Humanitatis, la plupart ayant perdu leur enfantant des créatures, ni mortes ni vivantes, dévorées par un
sire ou ayant été abandonnés par ces derniers (ou miraculeuse- furieux appétit de destruction et de meurtre (ce qui menaça
ment épargnés) car considérés comme incapables ou décevants. la sécurité des Cappadociens lorsque l’une de leurs créations
La façon dont l’ancienne Gangrel concilie l’Âme et la Bête est parvint à s’enfuir et sema la mort dans son sillage).
un mystère pour de nombreux caïnites. Mais en réalité, la base La commanderie templière de La Neuville jouit encore d’une
de son enseignement est fort simple : « Acceptez l’animal en vous grande importance et figure parmi les plus importantes du comté
pour ne pas devenir une bête ». de Champagne (terre templière par excellence). Le commandeur
En conciliant humanité et animalité, en satisfaisant ses est un mage de la Cabale de la Pensée pure (cf. page 180) qui
instincts par la chasse, en privilégiant les bêtes plutôt que les accueille parmi ses frères des guerriers salubriens. Main dans la
hommes pour se nourrir, en conservant un lien avec la civilisa- main, ils œuvrent contre les manigances des Tremeres dont ils
tion, un équilibre peut être trouvé… durant un temps. Une fois ont combattu toutes les tentatives visant à implanter une fonda-
que l’irréparable se produit, seule une immense force de volonté tion dans la région, avec succès pour le moment. Bien sûr, la
permet de rester sur la voie de l’Humanité, mais les Gangrels richesse du comté, son commerce avec l’Est et le fait qu’il s’agisse
possèdent une compréhension de la Bête allant bien au-delà de de l’une des voies de circulation principales des agents tremeres
celle des autres caïnites. Encore faut-il qu’ils acceptent le fait entre les fondations établies au levant (dont Ceoris), pose un
qu’ils puissent être des créatures sociales et pas uniquement problème majeur à Goratrix, régent de Paris. Les autres membres
solitaires, prenant exemple sur les loups et les chauves-souris, du Conseil intérieur attendent qu’il règle le problème dans les
incapables de survivre seuls. Certes, les loups dorment dans la plus brefs délais et il compte pour cela bénéficier de l’appui du
bergerie, bien au chaud ; mais tant que l’agneau peut bêler en prince-régent Geoffrey et de Salianna, lesquels ont bénéficié de
paix, qui s’en soucierait ? son aide dans la destitution d’Alexandre. Malheureusement,
Hélène la Juste, reine de Champagne et infante de Salianna, ne
Châlons (évêché) voit pas d’un bon œil que l’on menace l’ordre du Temple placé
sous sa « protection ». La situation s’avère donc pour le moins

L e diocèse de Châlons (comme Reims) revendique son indé-


pendance face au comté de Champagne sous la tutelle des
évêques-comtes (ces derniers revendiquant le titre lié à une
tendue et la résolution de cette crise risque de prendre plus de
temps que Goratrix ne souhaitait lui en accorder.
Pour ajouter à l’impunité de la commanderie de La Neuville,
seigneurie comtale après avoir absorbé le comté carolingien). celle-ci est largement épargnée par le prince de Châlons, Acelin
Bien que la tutelle soit exercée par les comtes de Champagne de Serventois, ancilla et infant de la reine de Champagne.
jusqu’en 1064, c’est l’évêque qui reprend ensuite la main. Outre Celui-ci voit encore dans les Templiers ces figures héroïques,
le commerce fluvial (et les échanges avec Paris), Châlons est une bras armé de Dieu en Terre sainte, protecteurs des pèlerins et
ville de tisserands et de drapiers dont la notoriété s’est étendue à de Saint-Jean-d’Acre. De nombreux poèmes et chants d’Acelin
toute la Méditerranée grâce au commerce avec les Génois. mettent d’ailleurs en avant la bravoure et la piété des chevaliers
En tant que ville ecclésiastique, elle dispose de nombreux du Temple et il entretient une relation privilégiée avec le guer-
bâtiments sacrés : cathédrale Saint-Étienne (romane) et son rier salubrien et templier Acheus le Miséricordieux, que l’on dit
hôtel-Dieu, églises Saint-Alpin, Saint-Jean et la collégiale Notre- frère du fondateur de l’ordre du Temple en personne et dont il
Dame-en-Vaux (qui accueille une vénérable – et fausse – relique : continue de porter l’œuvre sacrée.
le Saint Ombilic, censé être un morceau du cordon ombilical La cour du prince de Châlons accueille de nombreux trou-
du Christ). Deux grandes abbayes s’étendent également : l’une vères, principalement des clercs, dont les chants et poèmes
à l’est (Saint-Pierre-aux-Monts, bénédictins) et l’autre au nord encensent les chevaliers du Christ.
(Toussaint-en-l’Île, augustins).
Au cours du XIIe siècle, les moines cisterciens et les Templiers
sont accueillis à bras ouverts par les évêques de Châlons. La
Meaux (évêché)
commanderie templière de La Neuville est l’une des premières
de Champagne et elle est inaugurée par le premier maître et
fondateur de l’ordre, Hugues de Payns, en 1132.
L a ville subit de nombreux assaut de la part des Vikings dans
la seconde partie du IX  siècle et parvint même à résister
e

lors de la dernière attaque de ces païens en 887, notamment


Fondé en 816 et accolé à la cathédrale, l’hôtel-Dieu Saint- grâce à son enceinte fortifiée, héritage gallo-romain renforcé
Étienne prend de l’ampleur et accueille des dizaines de malades, après les premières invasions, les pillages et son occupation à
mais également des enfants et aveugles. Il regroupe en réalité deux reprises. Malheureusement, elle finit par céder et l’évêque
plusieurs établissements dédiés à des saints liés à la guérison Segemond fut capturé et emmené par les guerriers vikings.
comme Lazare ou Syre, dont le nombre ne cesse d’augmenter au La récente cathédrale Saint-Étienne est un bel exemple de
cours des siècles. L’hôtel-Dieu est actuellement le domaine d’une l’art architectural gothique, mais de nombreuses malfaçons

70
au niveau des fondations du chœur menacent sa pérennité et d’ombres (Obténébration •) et les Bras d’Arhiman pourraient
les années 1230 marquent le début des travaux de rénovation. prendre leur source dans ce drap de laine.
Certains n’hésitent pas à dire que la responsable serait la reine Mais Provins est également connue pour ses roseraies. En
Hélène elle-même, celle-ci étant en froid avec le prince-évêque 1241, le comte Thibaud IV de Champagne rapporte de Damas
Segemond et souhaitant saboter « sa » cathédrale. Le prince- une rose qu’il fait cultiver dans ses jardins : par miracle, et à
évêque surnommera alors la reine Hélène, la Puerilis, surnom l’étonnement général, cette dernière fleurit et prospère dans
qui connaît un certain succès et défini quelqu’un ayant un carac- son hortus. On dit que le comte aurait dédié cette rose, non pas
tère enfantin, basé sur la racine latine désignant en outre un à la reine mère Blanche, mais à la reine Hélène la Juste, célé-
« garçon ». Étrangement, cela amusa Hélène qui trouvait la déno- brant ainsi sa beauté. D’ailleurs, ses chansons s’adressent main-
mination de bon aloi. tenant à Hélène « de Troyes ». Lorsque les roses fleurissent, en
Le prince-évêque de Meaux est donc Segemond, l’ancien juin, Hélène se rend dans les jardins pour les admirer et sentir
évêque de la ville. Capturé au IXe siècle par les envahisseurs leur parfum, organisant pour l’occasion sa plus fameuse cour
vikings, sa grande sagesse et son fort tempérament lui valurent annuelle.
d’être étreint par un Brujah scandinave qui montrait un certain Chose étonnante, le prince de Provins appartient au bas
intérêt envers la religion du Christ. Durant le siècle suivant, clan des Nosferatus. Caecus est l’un des infants de la sorcière
Segemond fut l’un des grands instigateurs de la conversion au de Paris, Mnemach. Humble pratiquant d’anciens rituels drui-
christianisme des hommes du Nord. Lorsqu’il revint sur ses diques transmis par sa dame, c’est à lui que l’on doit la formi-
terres au cours du XIIe siècle, il n’eut aucun mal à se saisir du dable croissance des roses de Provins. Nul ne sait ce qui lie aussi
pouvoir à Meaux et en est maintenant le dirigeant caïnite. intimement la reine de Champagne à l’ancien « Prieur », mais
Catholique convaincu, Segemond dut faire face à la fin des ils semblent s’apprécier (et Hélène se délecter des réactions
années 1230 à l’apparition d’un culte cathare sur ses terres. produites par la présence d’un prince nosferatu dans une ville
Poussé par l’Hérésie caïnite, un groupe important de mortels aussi riche).
commença à développer la vision gnostique des albigeois et à L’important réseau de souterrains qui se développe sous la
menacer la région de Meaux et Provins, attirant l’Inquisition en ville a permis au clan Nosferatu de s’étendre et de prospérer,
la personne de Robert le Bougre (cf. page 61) qui fit brûler près devenant maîtres de Provins. Cette situation agace au plus haut
de deux cents hérétiques sur le bûcher en 1239. La situation point les hauts clans qui considèrent la ville fortifiée comme un
menaçant de dégénérer rapidement dans l’éventualité d’une « joyau traîné dans la fange ». Les tensions sont nombreuses,
ingérence des ordres mendiants, Segemond conspira contre mais Caecus est sous la protection de la reine de Champagne
Robert le Bougre pour le faire condamner et emprisonner. et les complots visant à l’évincer et débarrasser Provins de ses
Mais au lieu de rétablir la situation, de nombreux caïnites de « rats » doivent se tenir dans des alcôves très isolées.
Bourgogne et de Champagne furent pris pour cible et éliminés Le prince Caecus est né aveugle et ses yeux morts mettent
par les dominicains et franciscains. La menace s’amplifie et des mal à l’aise quiconque y plonge le regard. Le Nosferatu a appris
rumeurs parlent d’une créature qui viendrait en aide aux inqui- à développer ses autres sens et peut utiliser les pouvoirs nécessi-
siteurs dans leur quête de destruction. tant de regarder sa cible (dans les yeux ou non) sans le moindre
Segemond lutte actuellement, avec d’autres princes de problème. Il peut également prendre le contrôle de nuées d’oi-
Bourgogne et de Champagne, contre la prolifération des ordres seaux ou de petits mammifères et voir à travers leurs nombreux
mendiants représentant une menace grandissante. yeux, parvenant même à partager sa conscience et ses sens entre
plusieurs animaux ainsi possédés. Il connaîtrait également de
Provins nombreux rituels de Thaumaturgie ayant un lien avec les règnes
animal, végétal et minéral, pouvant les manipuler, les détruire

R ésidence préférée des comtes de Champagne, la ville haute


est organisée autour du château et de la collégiale Saint-
Quiriace (qui accueille plus d’une centaine de chanoines sécu-
ou étendre sa conscience dans chaque fleur, chaque pierre,
chaque insecte. Mais l’étendue de ses pouvoirs est sans doute
fortement exagérée.
liers). La ville basse, autour de l’abbaye Saint-Ayoul (bénédictine),
est le quartier des marchands qui accueille les nombreuses foires.
Provins tire une immense fortune de ses foires, mais surtout de
Reims (archevêché)
son denier provinois accepté dans une grande partie de l’Eu-
rope occidentale. En outre, leurs draps de laine sont renommés
dans toute l’Europe (le noir est la couleur la plus représentée,
S iège du baptême de Clovis par l’évêque Rémi, la ville se déve-
loppe fortement à l’extérieur de son enceinte au X  siècle.
e

Un bourg se crée autour de la basilique Saint-Rémi, attirant


sa profondeur étant à nulle autre pareille). La draperie provi- marchands et vignerons participant à l’activité économique.
noise est, sans surprise, très prisée par les Lasombras qui en Reims, ville riche et puissante, se caractérise par les nombreux
font commerce. On dit que les manteaux et capes taillés dans heurts entre l’archevêque et les bourgeois qui ne souhaitent pas
de tels draps s’accordent étrangement avec les pouvoirs d’Obté- se soumettre à son autorité.
nébration lorsqu’ils y sont sujets à plusieurs reprises et peuvent, Dès le IXe siècle, Reims est l’un des centres intellectuels,
à force, octroyer un dé supplémentaire sur l’utilisation de Jeu artistiques et spirituels de la Francie occidentale et de magni-

71
fiques manuscrits enluminés sortent des ateliers épiscopaux. La métamorphose de leurs deux disciplines de clan. Leur profond
nouvelle cathédrale Notre-Dame (toujours en cours de construc- égoïsme semble se neutraliser l’un envers l’autre et la responsabi-
tion en 1242) s’annonce comme l’un des futurs joyaux de l’archi- lité qu’ils portent en eux (le cœur de l’autre) en ferait des adver-
tecture gothique. C’est également le lieu du sacre de la plupart saires terrifiants s’ils venaient à être menacés, leur destruction
des rois capétiens (souhaitant renouer avec l’héritage méro- étant alors probablement mutuelle.
vingien), ce qui lui vaut bien sûr un prestige immense et dote La cour de Nicodemus (et Nahash) attire bien évidemment
l’archevêque de Reims d’un pouvoir et d’une influence consi- certains des caïnites les plus dépravés, lesquels doivent se plier à
dérables. En 1242, quatorze conciles s’y sont déjà tenus (dont des règles strictes établies par le Simonien. Si le « prince » tzimisce
celui de 1119 qui tenta de résoudre la querelle des Investitures, se délecte de corrompre une ville aussi sacrée que Reims, il sait
opposant l’empereur à la papauté). que sa position serait intenable s’il n’appliquait pas sévèrement
De nombreuses abbayes fleurissent : Saint-Rémi (monastère la sixième tradition. Plus d’un Pécheur et Hédoniste ont cru à
fondé par Clovis et le saint en personne, il devient abbaye béné- tort pouvoir se vautrer librement dans leurs plaisirs malsains au
dictine en 790), Saint-Nicaise, Saint-Pierre-le-Haut et Saints- mépris du Silence du Sang, découvrant à quel point il peut être
Timothée-et-Apollinaire (bénédictins), Saint-Pierre-les-Dames douloureux (et souvent mortel) de satisfaire les désirs dépravés
(bénédictines) et Saint-Denis (augustins). de Nicodemus lorsqu’il vient à avoir vent de leurs activités (et
Une commanderie templière a été fondée en 1170 sur l’em- sur son domaine, sa vigilance est infaillible, sa volonté absolue).
placement des ruines de l’église de la Trinité, l’espace étant loué La position de Nicodemus est appuyée par le coterie de
par la puissante commanderie de La Neuville (cf. page 70). Kerberos qui voit dans le prélat de Reims « un être fascinant ».
Bien que Reims soit un important siège épiscopal et le lieu Bien sûr, les tensions avec le prince de Châlons, Acelin de
du sacre des rois, une ville sacrée de la chrétienté, son prince Serventois, sont vives. La reine Hélène en personne dut inter-
en offre une vision quelque peu différente. Nicodemus le venir, exigeant du Simonien qu’il renouvelle ses vœux d’allé-
Simonien, ancien Tzimisce gnostique, méprise la religion des geance envers elle s’il ne voulait pas subir son juste courroux.
chrétiens et de ses ministres qui se vautrent dans l’opulence et Il semblerait depuis qu’ils aient trouvé un terrain d’entente,
l’autolâtrie en se prenant pour des saints. Ce parangon de la Nicodemus et Nahash fournissant quelque service inconnu à la
via Peccati et du credo du Plaisir représente tout ce que l’Église reine de Champagne. Le bailli de la Grande Cour, Quentin de
de Saint-Pierre prend en horreur, incarnant à lui seul les sept Senlis, a été mandaté récemment par Geoffrey pour découvrir ce
péchés capitaux, tour à tour orgueilleux, avide, jaloux, lascif, qui peut lier Hélène à Nicodemus et expliquer le soutien impor-
colérique, indolent ou insatiable, ou tout à la fois. Celui qui tant dont le Tzimisce jouit.
dédaigne le titre de prince pour celui de « prélat » jouit d’une
influence et de pouvoirs considérables. Il n’est pas pour autant
un ennemi de l’Église, dont il se moque éperdument, mais
Troyes (évêché)
plutôt un adversaire de ce qui reste de l’Hérésie caïnite, dont
il a les méthodes hypocrites en horreur (c’est d’ailleurs son rôle C apitale du peuple gaulois des Tricassi, puis ville romaine,
Troyes échappe à la destruction face aux Huns d’Attila en
451, supposément grâce à l’intervention de l’évêque saint Loup.
primordial dans l’éradication des fidèles de la Curie écarlate qui
lui a valu sa position de prince, avec l’ordre formel de la reine Elle n’a pas cette chance en 720 lorsqu’elle est pillée par les
Hélène de ne pas interférer dans les affaires de l’Église et de Sarrasins venus d’Espagne, ni en 889 où les Vikings l’incendient
garder ses « fidèles » sous contrôle). Dans sa chapelle souterraine, entièrement, provoquant la Mort ultime de la quasi-totalité des
assis sur son trône constitué de centaines de fausses reliques caïnites y résidant. Mais en 925, l’évêque de Troyes, Ansegise,
autrefois adorées comme authentiques, devant un retable où réunit une coalition pour repousser et vaincre Ragenold, le roi
s’enlacent lascivement une dizaine de goules liées entre elles et viking de Nantes.
plongées dans d’insondables plaisirs sans fin, le prélat de Reims La ville tire sa fortune des foires et de sa production de draps
incite à jouir de tout et dirige un culte dont même son amant, de lin et de chanvre. Elle est également connue pour ses moulins
l’ancien Setite Nahash, dit à quel point il est perverti et dépravé. à vent, comptant parmi les premiers dans la région et attirant
Nicodemus se fait appeler pas ses disciples « Grande et Glorieuse nombre de curieux.
Étoile du Matin », nom donné à Lucifer, mais faisant référence à Une importante communauté juive réside à Troyes, attirée
la planète des plaisirs, Vénus, dont le symbole représente, selon par l’école talmudique (yechivah) fondée dans la seconde moitié
lui, un serpent lové sur lui-même et une croix inversée, représen- du XIe siècle par le rabbin Salomon Ben Isaac ou Rachi (lequel
tant Saint-Pierre, celui qui renia le Christ et fonda une fausse sera l’un des premiers auteurs à écrire en langue française et
Église, faisant de lui le plus grand des blasphémateurs. non en latin). Cette année 1242 est profondément marquée par
La relation qui unit Nicodemus à Nahash est aussi étrange les mesures discriminatoires envers les juifs et le brûlement du
que profonde et nul ne pourra sans doute jamais l’appréhender. Talmud à Paris. En 1244, le pape Innocent IV exhorte Louis IX à
Les deux caïnites ont échangé leur cœur, retirés par la sorcel- détruire tous les exemplaires de ces recueils. Ceci s’accompagne
lerie du sang de Nahash et réimplantés par la Vicissitude de bien sûr de nombreuses persécutions envers les juifs dans un
Nicodemus. Il leur arrive également de fusionner dans une royaume de plus en plus soumis à la chrétienté par l’intermé-
étreinte aussi repoussante que fascinante, mêlant les capacités de diaire de son souverain.

72
Une commanderie templière se trouve au centre de la ville, Intrigues champenoises
non loin de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul dont la • Les Immortuos de Néfesh. Ces créatures à l’aspect cadavé-
construction a débuté vers 1200. Troyes accueille également rique et aux yeux entièrement noirs sont le résultat d’une
une abbaye augustine (Saint-Loup) et deux monastères : Notre- tentative pathétique visant à attacher l’âme d’un mourant
Dame-aux-Nonnains (chanoinesses) et Saint-Martin-ès-Aires à son corps grâce à des pouvoirs nécromantiques, dans une
(augustins). veine tentative visant à développer les voies de Nécromancie
L’histoire de la ville est intimement liée à son prince, Lucius des Giovanis. Bien évidemment, cette magie se révèle inca-
Aelius Caesar. Ce dernier, comme son « frère » Lucius Aelius pable de maintenir la vie et le procédé a des conséquences
Sejanus (plus connu sous le nom de Marcus Vitel), aurait pu étonnantes. L’âme de la victime ne pouvant s’échapper de
devenir empereur de Rome. Adopté par l’empereur Hadrien, sa prison de chair morte pour « renaître » dans les Terres
il meurt empoisonné en l’an 138, quelque mois avant celui-ci, d’Ombre sombre dans la démence et devient presque à
et ne lui succédera jamais, remplacé par le second fils adoptif coup sûr un spectre lié à un corps et renforcé par la magie
d’Hadrien : Antonin. Personne ne sait ce qui poussa la mathu- de la Nécromancie. La créature ne cherche alors plus qu’une
salem Sybil à étreindre deux mortels ayant échoué aux portes chose : détruire et massacrer.
du pouvoir, cruellement frappés par le destin, mais peut-être y La force, la rapidité et la résistance du mortel décédé sont
a-t-elle vu un signe. grandement augmentées. Considérez qu’il bénéficie des
Lucius Aelius dut survivre avec les rudiments d’éducation disciplines Célérité 1, Force d’âme 2 et Puissance 2. Ses
donnés par sa dame et quitta Rome. Laissant sa vie passée attaques à mains nues infligent Force + 1 dégâts létaux grâce
derrière lui, il ne vit jamais son fils devenir coempereur aux à l’énergie nécrotique qui se dégage de la créature. En outre,
côtés de Marc Aurèle. Pourtant, après un périple de plus de deux elle peut absorber tous les types de dégâts (sauf aggravés) avec
siècles, sa première destination fut un souvenir, Tricassium, ville sa Vigueur + Force d’âme ; ne subit pas les malus dus aux
où il avait déjà résidé avec son père adoptif. Son arrivée coïncida blessures et dispose d’une réserve de 5 points « d’Angoisse »
avec celle de l’empereur Julien qui combattait les envahisseurs pour activer ses disciplines. La créature régénère 1 point
germaniques. Il y vit également un signe. d’Angoisse par nuit (à minuit) et à chaque fois qu’elle tue (sa
La puissance de son sang et la faible population caïnite de la réserve ne peut cependant pas excéder 5) ; à l’inverse, elle en
ville lui permirent de s’établir en tant que dirigeant naturel de perd 1 point à chaque lever du soleil. Si sa réserve d’Angoisse
Tricassium. Il observe avec intérêt cette nouvelle religion dont est vide, elle s’effondre et cesse de « fonctionner » jusqu’à ce
l’influence grandit alors que s’étiole celle de Rome. En 451, alors qu’elle en regagne 1 point (à minuit). Il est possible de l’exor-
que les Huns menacent d’arriver aux portes de la ville, il prend ciser, ce qui envoie l’âme directement dans le Néant, ou de la
possession du corps de l’évêque Loup qui se terrait, terrorisé détruire par le feu ou en la réduisant en lambeaux, ce qui a
par les barbares venus de l’Est. Il participe à la légende de ce le même effet pour l’âme emprisonnée à l’intérieur. La chose
dernier en se rendant à Attila en échange de la promesse d’épar- ne peut pas guérir naturellement, elle doit donc dépenser 1
gner la ville. Malheureusement, alors que le soleil se lève, pris de point d’Angoisse pour soigner un niveau de blessure – quel
frayeur, il est incapable de maintenir sa possession et est éjecté qu’il soit – et peut le faire en action réflexe (mais un seul
sans pouvoir réintégrer son corps, errant de plus en plus profon- niveau de dégâts par tour).
dément dans le plan astral… avant de réintégrer son corps près La condition d’Immortuos a ceci d’affreux que l’âme origi-
de quatre siècles et demi plus tard, inconscient de ce qui lui nelle est consciente de toutes les horreurs perpétrées par la
était arrivé, sa Soif étanchée, son corps régénéré de sa longue chose qui contrôle son corps et que cette dernière ciblera en
torpeur, dans une ville de cendres, ravagée par les envahisseurs priorité les éventuelles Entraves du fantôme, détruisant et
vikings, son refuge souterrain recouvert par des siècles de recons- massacrant tout ce qui lui est cher.
tructions successives. Si Néfesh a cessé ses travaux concernant les Immortuos,
Incapable de faire à nouveau appel à ses ombres, son corps passant à un cheveu de la destruction à la suite de cette erreur
lui semblait étranger. La Bête en lui avait disparu, il se sentait regrettable, il semblerait que quelqu’un ait poursuivi ses
purifié. À présent, ses sens paraissent décuplés et il peut quitter recherches dans un but inconnu. Qui pourrait bien vouloir
son corps et y revenir quand bon lui semble en suivant cet étrange ainsi discréditer le clan des Nécromanciens et semer la mort ?
fil d’argent. Si la lumière du soleil brûle encore son corps, elle ne • L’Église du Serpent de Venus. L’Étoile du Matin (Nicodemus)
l’effraye plus et il peut posséder les corps aussi longtemps qu’il et le Serpent de l’Eden (Nahash) ont formé un culte indé-
le souhaite. C’est lui encore qui prend possession de l’évêque pendant ce dernier siècle. L’Église du Serpent de Venus
Ansegise en 925 pour exhorter les puissants de Champagne à encourage ses membres mortels (et goules) à profiter de tous
lever une armée contre le roi viking Ragenold. les plaisirs de la vie, celle-ci n’étant suivie que du néant à
Lorsqu’à la fin du XIIe siècle Hélène la Juste devient reine moins qu’ils ne deviennent des « élus », auquel cas les portes
de Champagne et installe l’une de ses cours d’Amour à Troyes, du Paradis, le jardin d’Eden originel gardé par Lucifer, leur
il lui fait allégeance et obtient le titre officiel de Très Glorieux seront ouvertes.
Protecteur de Troyes. La ville devient commune et se fortifie. En Les actes de sauvagerie et de débauche sont la base du culte,
1242, Troyes est à son apogée. les initiés se vautrant dans le sang de leurs victimes sacrifi-

73
cielles (souvent très jeunes) en se livrant à des orgies de sexe, (laquelle l’affecte cependant comme si elle possédait deux
de boisson et de nourriture (n’excluant pas l’anthropophagie) niveaux de moins). La part maudite en lui a reflué et il semble
dans des proportions faisant passer les pires bacchanales qu’il continue d’évoluer vers autre chose, abandonnant
dionysiennes pour des actes d’une grande et chaste piété. souvent son corps durant de longues semaines de « torpeur »
La hiérarchie se compose ainsi : les Squama (écaille) sont pour observer ses sujets et sentir le « don de la vie » à travers
initiés dans le culte et, s’ils survivent et se montrent dignes, leurs corps.
accèdent au statut de Vermis (petit ver). Ces adeptes recrutent • Les roses pourpres de Caecus. On dit que le prince de Provins
alors de nouveaux disciples et les plus influents dans le monde aurait créé une fleur en l’honneur de la reine Hélène : une
des vifs accèdent au statut suprême de Virus (venin/poison). rose à la couleur pourpre unique au monde. Si la beauté de
Ces maîtres répandent alors le poison de la corruption et des ces roses peut parfois plonger les Esthètes les regardant dans
plaisirs interdits dans leur communauté. Plus ils sont puis- une transe profonde, elles possèdent une qualité bien plus
sants et influents, plus ils méritent leur titre. Les meilleurs intéressante pour Caecus puisqu’il peut entendre (mais pas
d’entre eux peuvent espérer l’Étreinte, mais en réalité, à peine voir) à travers elles, comme au travers d’un animal. Pour cela,
entrés dans la Descendance, ils seront finalement tués par la fleur doit être sur son rosier (ou avoir été coupée il y a
Nicodemus et Nahash qui s’abreuveront de leur sang et s’ap- moins de 12 heures) et se trouver dans un rayon de 50 km
proprieront leurs richesses. Et ainsi va le cycle dans l’Église de lui. Seules les roses pourpres cultivées directement par
du Serpent de Venus. Caecus lui offrent cette capacité.
Les caïnites sont bien sûr acceptés. Ils commencent égale- Quiconque se voit offrir de telles roses, si rares, ne se doute
ment en bas de l’échelle… et finiront probablement au même pas qu’il invite un ancien et puissant Nosferatu chez lui.
endroit que les autres Virus (s’ils ont la chance de tenir jusque- • Le cadeau de Nicodemus à la reine Hélène. Nicodemus le
là, la Soif des deux fondateurs du culte se satisfaisant de Simonien et Nahash sont deux conteurs extraordinaires.
moins en moins du sang des mortels). Lorsque la reine Hélène la Juste vint exiger de Nicodemus
Bien sûr, des Bahari prenant connaissance d’un culte promet- qu’il lui renouvelle son serment d’allégeance afin d’apaiser
tant en récompense le précieux jardin de Lilith (car il ne les troubles entre le prélat de Reims et son infant, le prince
peut s’agir que de cela), détruit par l’engeance de Caïn, pour- de Châlons, les anciens Tzimisce et Setite lui auraient conté
raient prendre la chose très au sérieux et apporter un peu de l’une des plus grandes histoires qu’elle ait jamais entendue.
piment à l’affaire. À moins que la reine Hélène ne se décide Nicodemus lui remit ensuite un présent : une couronne d’or,
à intervenir, mais on dit qu’elle porte un « grand intérêt » d’argent et d’agate bleue ayant « ceint le front de l’une des
à Nicodemus et Nahash. Bien sûr, il reste le problème de plus grandes reines du monde », une reine dont la statue orne
l’Inquisition… depuis peu la façade de la cathédrale de Reims en construc-
• L’étrange Lucius Aelius. Le Protecteur de Troyes a transcendé tion : Makéda, la reine de Saba. Nul ne sait si Nicodemus
son état de caïnite, atteignant cet état mythique nommé et Nahash sont assez anciens pour avoir rencontré la reine
Golconde. Comment ? Lui-même l’ignore. Tout comme il en personne, mais la couronne semble authentique. Elle
ignore ce qu’il a fait durant plus de quatre siècles alors que posséderait même le don de garder les démons à distance
son esprit était prisonnier au plus profond de l’Umbra supé- et sa vision serait douloureuse pour les caïnites suivant le
rieure. Lorsqu’il a réintégré son corps, celui-ci semblait diffé- credo des Cris. Ce cadeau a scellé un accord entre Hélène et
rent. Cette partie de lui qui était liée à l’Abysse n’existait plus, Nicodemus, dont le contenu n’est connu que d’eux seuls (et
sa faiblesse de clan non plus. Il ne peut plus succomber ni à la de Nahash).
frénésie ni au Rötschreck. Il ne peut plus infanter (mais il peut Hélène ne porte la couronne de Makéda qu’en privé, sans
toujours créer des goules et des serments de sang). En termes doute par respect pour la grande reine de Saba. Tout caïnite
de règles, sa discipline d’Obténébration a été remplacée par suivant le credo des Cris doit réussir un test de Rötschreck
celle d’Auspex en tant que discipline de clan. Lucius Aelius (difficulté 8) lorsqu’il y est confronté. Les démons y faisant
n’est plus un Lasombra, il est… autre chose. face ne peuvent pas dépenser de Volonté et subissent une
L’étrange caïnite n’est jamais réellement en torpeur durant pénalité de –2 dés sur tous leurs jets contre le porteur de la
la journée. Son esprit s’échappe et voit tout dans la ville et couronne.
ses alentours. Souvent, il prend possession d’un habitant • Chasse au loup. Les témoignages concernant les voirloups se
afin de lui venir en aide. On dit qu’il peut fragmenter son font de plus en plus nombreux. Si Hélène n’y porte pas atten-
esprit entre plusieurs « réceptacles ». Il est l’ange gardien de tion, Quentin de Senlis, en sa qualité de bailli de la Grande
la ville, celui grâce à qui l’incendie de 1188 ne fit aucune Cour, doit faire le nécessaire pour sauvegarder le Silence du
victime ni chez les mortels, ni chez les caïnites. Mais il lui est Sang. Il semblerait que même les loups-garous commencent
lié, incapable de la quitter et de s’en éloigner physiquement à s’intéresser à ces rumeurs qui menacent de relancer les
(bien qu’il puisse le faire au travers de possessions ou de chasses aux loups qui ont si durement frappé leur Parentèle
voyages astraux). lupine. Les alentours d’Épernay risquent de devenir particu-
Lucius Aelius a été touché par une forme de grâce, même lièrement hostiles aux caïnites dans les temps à venir si la
s’il ne démontre pas la capacité de faire appel à la Vraie Foi situation n’est pas réglée au plus vite…

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leurs étés chauds et secs et leurs doux automnes ensoleillés. Le
CAÏNITES DU DAUPHINÉ mistral, un vent froid et puissant, souffle du mont Ventoux à
travers le Dauphiné et jusqu’en Provence. Les habitants disent
Almodius (Lasombra, 7e génération) – ancien évêque de que le mistral les rend nerveux, irritables et leur donne des
l’Hérésie caïnite de Lyon et du Dauphiné. maux de tête. Ses rafales pouvant atteindre plus de 100 km/h, le
Blanche d’Alencourt (Ventrue, 7e génération) – régente de vent peut empêcher de fermer l’œil alors qu’il rugit à travers les
Lyon. toits d’ardoise et de tuiles, rendant parfois les gens irascibles et
Conrad d’Alencourt (Ventrue, 7e génération) – prince de érodant leur patience. Il dure généralement d’un à trois jours, et
Grenoble. parfois une semaine, sans discontinuer.
François d’Alencourt (Ventrue, 6e génération) – prince de Le Dauphiné accueille le couvent de la Grande Chartreuse,
Lyon et du Dauphiné. maison-mère de l’ordre des Chartreux. Cet ordre est en quelque
Grisélidis (Gangrel 9e génération) – prévôt de Grenoble. sorte « idéal » pour les moines caïnites étant divisé entre moines
Philippe d’Alencourt (Ventrue, 7e génération) – prince de du chœur et moines-ermites. Les moines du chœur travaillent
Vienne. aux champs, accueillent les invités et entretiennent un contact
Philippe de Margaux (Ventrue, 7e génération) – conseiller minimum avec l’extérieur. Les moines-ermites vivent seuls
de François d’Alencourt. dans des cellules de pierre individuelles organisées autour d’un
Nurah (Ramanga, 9e génération) – la « Vierge Noire » de cloître. Ils se réunissent en silence trois fois par jour pour la
l’évêque Almodius de Lyon. messe, les vêpres et l’office des matines chantées au milieu de la
nuit. Ils préparent leurs propres repas et mangent seuls dans leur

Dauphiné
cellule, à l’exception des dimanches et jours de fête. Ces jours-là,
ils prennent leur repas en commun le midi et les conversations
brèves sont autorisées. Un caïnite prudent pourrait rester cloîtré
chez les Chartreux pendant des années avant d’être soupçonné.
Possession de Guigues VII de Viennois (1225-1269) Le Dauphiné est principalement rural. Les villes princi-
pales sont Lyon, Grenoble et Vienne, toutes trois construites

C
e comté montagneux, situé à l’ouest du Rhône et au nord sur des agglomérations romaines. La majorité des dauphinois
de la Durance, s’étend jusque dans les Alpes et le Saint- vivent dans les vallées alpines isolées et ont peu de contacts avec
Empire romain germanique. Les régions montagneuses l’extérieur.
sont connues pour leurs hivers rigoureux et enneigés, leurs La région est particulière car elle est sous la coupe d’un
violentes inondations au printemps suivant la fonte des glaces, unique ancien caïnite et de sa « famille » : François d’Alencourt.

LES HÉRÉTIQUES DE LYON

L es « cathares » (terme utilisé par l’Église catholique) ne forment pas un cas isolé d’hérésie en France. Ainsi, les vaudois,
souvent désignés comme les « pauvres de Lyon » ou « Léonistes », formaient une secte créée par Pierre Valdo qui prêcha
aux alentours de 1160 à Lyon. Ce marchand riche et très pieux décida de se consacrer aux saintes Écritures et en fit faire une
traduction en langue populaire (le provençal) par l’un de ses amis qui mourut peu de temps après dans un accident. Très ému,
Pierre Valdo vendit tous ses biens et se consacra entièrement à Dieu. Bientôt suivi par de nombreux disciples, ces prêcheurs
mendiants n’hésitaient pas à se rendre jusque dans les églises pour faire entendre la bonne parole. Cette attitude scandalisa
l’archevêque de Lyon, d’autant qu’il s’agissait là de laïcs peu instruits, ne possédant aucun mandat ecclésiastique et comptant
des femmes dans leurs rangs. Reconnus comme hérétiques par le pape Lucius III qui les excommunie en 1184, ils firent l’objet
de persécutions. Opposés aux cathares qu’ils côtoyaient, ils annoncent les changements spirituels de la fin du Moyen Âge et
de nombreux descendants des vaudois rejoindront les réformés protestants au XVIe siècle.
Un terme qualifiant les vaudois, puis les hérétiques et ennemis de l’Église au sens large, fit alors son apparition : Vauderie ou
Vaulderie. On dit que certains hérétiques caïnites pratiquent déjà ce rituel qui sera l’un des piliers du futur Sabbat.

LA COUR DE FRANÇOIS D’ALENCOURT

T out comme Hardestadt, prince-régent de la cour de la Croix Noire, François d’Alencourt possède une cour itinérante se
rendant successivement à Grenoble, Lyon et Vienne, où il demeure généralement deux à trois mois à chaque fois. Il se
déplace toujours accompagné de ses meilleurs chevaliers ventrues, qui assurent sa protection, et de son plus proche conseiller :
l’ancien Ventrue Philippe de Margaux, une puissance montante au sein du clan des Rois.

75
Celui-ci a réussi à dominer la lignée des comtes d’Albon après répondu, certains de pouvoir passer inaperçu parmi les milliers
des décennies de manipulation et de manœuvres politiques. Les de nouveaux venus repeuplant les lieux. Malheureusement, la
archevêques de Lyon et de Vienne lui doivent aussi une grande population de Damnés est trop importante et Conrad doit la
partie de leur influence, François leur ayant permis de s’imposer garder sous contrôle et faire preuve d’une autorité infaillible,
malgré les conflits, tensions et rivalités au sein de l’Église mais laquelle est administrée avec force et violence par son prévôt, la
également avec les nobles et bourgeois. Gangrel Grisélidis, une ancilla sadique et bestiale, surnommée
Les chroniques se déroulant dans ce comté devraient insister un temps Ysengrine avant qu’elle n’arrache les langues de certains
sur l’isolement et la campagne sauvage, plus encore que celle plaisantins. Il faut dire qu’étant possédée par un flaïel (esprit
d’Auvergne. Les montagnes sont plus escarpées, les vallées plus corrompu et ennemi des Garous), les blessures aggravées qu’elle
profondes, les hivers plus rudes. Le mystérieux mistral peut occasionne avec ses griffes ne peuvent être soignées que par un
affecter l’humeur des mortels comme des vampires. Les caïnites vampire de génération au moins égale à la sienne sans faire appel
n’étant pas natifs de la région ou n’ayant pas un patron local à une forme de magie du sang ou une discipline appropriée.
pourraient avoir des difficultés pour survivre en dehors des Sans compter qu’elle maîtrise également les disciplines Célérité
quelques cités. En outre, la guerre opposant les Garous du sept et Occultation, ce qui en fait un formidable adversaire.
de la Gloire du Soleil (cf. page 168) aux Gangrels Arnulf et
Wulfrick, alliés aux Tremeres, n’incite guère à se rendre dans les
Alpes à l’est de Grenoble.
Lyon (archevêché)

Grenoble L ’ancienne capitale des Gaules a bénéficié d’un fort dévelop-


pement au cours des trois premiers siècles de notre ère et
accueille à ce moment plus de quarante mille habitants (dont

B ien qu’anciennement dépendante de Vienne, Grenoble


parvient à prendre son essor grâce à sa position sur la route
menant de Vienne à Milan. D’abord sous domination burgonde,
une forte population d’origine grecque). De par sa situation
privilégiée, aussi bien sur les routes romaines que sur le Rhône
et la Saône, la capitale attire de nombreux cultes et est l’une des
puis franque, l’évêque parvient à établir son autorité, renforcée premières villes christianisées des Gaules.
par l’empereur Frédéric Barberousse, avant de devoir partager Devenue brièvement capitale burgonde au Ve siècle, elle
le pouvoir avec les Dauphins de Viennois qui ont transféré leur intègre le royaume franc au VIe siècle. Brièvement occupée par
capitale de Vienne à Grenoble au début du XIIIe siècle, assom- les musulmans ibériques au VIIIe siècle, elle est rapidement aban-
brissant l’influence de l’évêque. donnée par ces derniers qui souhaitent renforcer leur présence
En 1219, Grenoble est violemment inondée. Les habitants, au sud face aux armées de Charles Martel.
comme de nombreux marchands venus pour la foire locale, se Lyon s’est fortement dépeuplé et ne compte plus que
retrouvent piégés dans la ville dont les portes sont fermées à quelques milliers d’habitants au tournant de l’an mil. La popu-
la nuit tombée. Des centaines de personnes trouvent la mort, lation augmente considérablement au début du XIIIe siècle
emportées par un torrent d’une violence inouïe. alors que l’urbanisation sur la presqu’île se développe. En 1242,
En 1242, la ville bénéficie d’une importante charte commu- Lyon compte environ douze mille habitants, ce qui en fait une
nale accordée conjointement par le Dauphin et l’évêque (la métropole secondaire bénéficiant de nombreux hôpitaux et de
seconde après 1226) qui lui assure une certaine autonomie. couvents appartenant aux nouveaux ordres mendiants.
Comme la plupart des villes importantes de la région, L’archevêque de Lyon (bénéficiant du titre de primat des
Grenoble est administrée par Conrad d’Alencourt, le plus jeune Gaules depuis 1079, de par l’ancienneté de son siège) détient
infant du prince du Dauphiné. Conrad réside dans le palais de une puissance considérable sur la ville et ses environs, bien
son sire, sur les hauteurs de la ville. Caïnite pieux, tout comme avant les comtes et sous la seule suzeraineté de l’empereur.
François, et seigneur de guerre émérite, il a placé le monastère Cependant, une révolte de riches propriétaires en 1208 remet en
de la Grande Chartreuse sous sa protection et exige de connaître cause la toute-puissance de l’archevêque qui s’en trouve affaibli
tous les caïnites ayant intégré la communauté des moines et leurs et laisse son autorité lui échapper, passant progressivement aux
intentions. Au moins deux de ses goules, conditionnées avec le chanoines (nobles pour la plupart) de la cité au milieu du siècle.
plus grand soin, veillent sur le monastère et lui font un rapport À la fin du XIIe siècle, Lyon n’est pas une importante place
hebdomadaire sur la situation des caïnites ayant trouvé refuge au commerciale et son économie est de type seigneurial, la produc-
sein de leur communauté. tion des campagnes étant principalement drainée par les puis-
Conscient de la charge que lui a confiée son sire, Conrad est sances religieuses. L’édification d’un pont sur le Rhône, plusieurs
obsédé par le contrôle et l’autorité qu’il se doit d’exercer sur la fois reconstruit, va cependant redynamiser le commerce et les
ville, d’autant qu’il faut également protéger le domaine d’éven- échanges à la fin du XIIe et au début du XIIIe siècle. Les deux
tuelles incursions de Lasombras ou Giovanis en provenance du corps de métier les plus représentés (après le commerce de
Nord de l’Italie. La population, qui a fortement diminué après bouche) sont les drapiers et pelletiers.
la grande inondation, compte à peine plus de trois mille habi- Lyon compte de très nombreux monastères, les deux plus
tants, ce qui est insuffisant. Un appel a donc été lancé à desti- importants étant Saint-Martin d’Ainay (bénédictins, accueillant
nation des populations rurales et de nombreux caïnites y ont les reliques de saint Pothin, premier évêque de la ville, marty-

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risé en 177) et Saint-Irénée (augustins, accueillant les reliques de Durant le règne carolingien, les terres ecclésiastiques sont
saint Irénée, deuxième évêque de Lyon, martyrisé en 202). La confisquées, ce qui appauvrit grandement l’Église (et Lyon n’est
cathédrale primatiale Saint-Jean-Baptiste-Saint-Étienne (mêlant pas épargné non plus). À la fin du IXe siècle, l’évêque Adon
encore styles roman et gothique) est le siège du prince-arche- obtient néanmoins la restitution des biens de l’Église.
vêque Aimery (de 1236 à 1245 ; le titre de prince étant conféré à Brièvement intégrée au royaume de Provence, la ville rejoint
l’archevêque par une bulle d’or de l’empereur depuis Héraclius celui de Bourgogne et le roi Rodolphe III unit le comté à l’arche-
en 1157). vêché. En 1032, Vienne devient ville d’empire et l’archevêque-
Le prince de la ville est François d’Alencourt, mais la comte obtient un important pouvoir. En 1225, l’archevêque et
régence est régulièrement assurée par Blanche d’Alencourt, légat du Pape Jehan de Bernin concède une charte municipale
première infante de ce dernier et issue d’une grande famille de accordant une certaine liberté aux bourgeois, non sans conserver
Bourgogne. Elle fut, avec son sire, l’un des grands artisans de la quelque pouvoir. La même année, il chasse les juifs de la ville et
puissance des archevêques de Lyon. Elle est également le relais prend possession de leurs biens pour les investir dans des réno-
de François d’Alencourt auprès de la cour de la Croix Noire du vations et travaux importants (dont la création d’un hôpital et la
Ventrue Hardestadt. Son allégeance va toujours à la Grande construction du château de la Bâtie, résidence des archevêques).
Cour de Paris, mais la situation précaire de cette dernière, avec La cathédrale romane Saint-Maurice est en cours de rénova-
un prince-régent ne faisant pas l’unanimité, laisse entrevoir la tion dans un style gothique (bénéficiant grandement de la spolia-
possibilité d’une prise de pouvoir potentiel dans les décennies tion des biens juifs de 1225). Les abbayes les plus importantes
à venir et un allié de poids comme Hardestadt serait un atout sont Saint-André-le-Haut, Saints-Ferréol-et-Julien et Saint-Pierre
non négligeable. Mais Blanche et son sire sont conscients qu’il (bénédictins), ainsi que Saint-André-le-Bas (bénédictines).
faudra déstabiliser les cours d’Amour et Salianna pour parvenir Philippe d’Alencourt, deuxième infant de François d’Alen-
au pouvoir. La dissidente Esclarmonde la Noire représente une court, est prince de Vienne. Il n’est guère apprécié de son sire et
formidable opportunité et la famille d’Alencourt l’appuie discrè- de sa fratrie, son naturel hautain et méprisant (même pour un
tement, espérant ainsi fragiliser l’autorité de la reine de Paris. Ventrue) et ses méthodes faisant davantage penser à un membre
Depuis la fin du XIIe siècle, d’importantes tensions naissent du clan des Ombres. Néanmoins, il excelle dans l’art de la mani-
de l’opposition entre le prince François et l’ancien évêque de pulation et bouge ses pions avec patience et minutie, espérant
l’hérésie caïnite Almodius. Profitant des troubles entre l’arche- peut-être supplanter le prince du Dauphiné.
vêché, les bourgeois et les chanoines, ainsi que de l’apparition
d’une secte hérétique (les vaudois) qu’il a largement soutenue, le Intrigues dauphinoises
Lasombra compte ébranler l’influence de la famille d’Alencourt • Le souffle de la frénésie. L’effet du Mistral peut avoir des
dans la région et s’emparer du pouvoir. Il est secondé dans sa conséquences fâcheuses sur les caïnites qui n’y sont pas habi-
tâche par Nurah, sa « Vierge Noire », une Ramanga érythréenne tués, surtout les plus sensibles aux émotions ou à ce « siffle-
passée maîtresse dans l’art de la manipulation et la création ment » qui s’insinue dans leur tête et les rend plus suscep-
de cultes tournant autour de sa personne. Après avoir fondé tibles à la frénésie.
plusieurs cultes en Provence, c’est maintenant dans le Dauphiné À la discrétion du conteur, un vampire exposé plusieurs
qu’elle attise les passions, s’alliant avec Almodius pour fonder heures au Mistral, n’y étant pas accoutumé et possédant la
une nouvelle hérésie, mélange de gnosticisme et de Sophia : la discipline Auspex, pourrait être contraint de faire un jet de
Sancta Mater. Afin de ne pas être confrontés à la concurrence, Maîtrise de soi/Instinct pour ne pas succomber à la frénésie
l’évêque et Nurah ont prévu de réduire à néant le culte setite de (difficulté 6). Un caïnite qui réussit avec succès à résister à ce
la Madeleine Noire implanté au sein du monastère des filles de vent irritant, voit la difficulté de son prochain jet réduite de
Saint-Pierre. –1. Lorsque la difficulté atteint 3, il n’est plus jamais affecté
par les effets du Mistral.
Vienne (archevêché) Inutile de préciser que ces frénésies spontanées ont eu des
effets pour le moins dramatiques au cours des siècles et qu’il

L ’ancienne colonie, puis cité romaine (Vienna), est un port


antique de grande importance, permettant, par ses échanges
avec Marseille, de commercer avec toute la Méditerranée. Elle
est attendu que les caïnites les plus sensibles s’entourent d’un
maximum de précautions en s’aventurant dans la région.
• Le loup de la Grande Chartreuse. Les goules de Conrad
devient l’une des plus importantes villes des Gaules et bénéficie d’Alencourt veillant sur le monastère de la Grande Chartreuse
à ce titre d’une formidable enceinte dès le Ier siècle. Rivalisant ont envoyé un message inquiétant. L’un des résidents caïnites
avec la proche Lugdunum, elle bénéficie également d’un évêché a disparu, ils ont retrouvé ce qu’il en restait dans sa cellule
dès le IIIe siècle. et dissimulé cette information aux autres moines après avoir
Passant des Burgondes aux Mérovingiens au VIe siècle, elle discrètement disposé du « corps ». Ils pensent qu’un loup-
est au cœur de nombreuses disputes entre les branches austra- garou aurait investi les lieux en tant que moine chartreux et
siennes et neustriennes. Cette domination prit fin avec les inva- commencerait à « purifier » l’endroit.
sions sarrasines auxquelles Vienne échappa grâce à sa muraille Et les goules ont raison. Un jeune Garou de la tribu des
toujours en état (alors que Lyon était pillé). Enfants de Gaïa s’est donné pour mission de nettoyer les

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Niveaux de Santé : le Drac ne possède aucun niveau
monastères de toute présence du Ver et de sa corruption. de santé ; c’est le cristal constituant son cœur qu’il faut
Chaque semaine, il élimine discrètement un Damné, essayant détruire, ce qui nécessite de lui infliger sept niveaux de
de ne pas attirer l’attention. Il a facilement repéré les deux dégâts létaux en une seule fois sur une attaque ciblée
goules venues dissimuler les restes de sa victime et projette de avec une difficulté augmentée de +2 (à moins d’avoir
les éliminer rapidement, mais la tâche sera moins discrète, ces pu l’immobiliser).
dernières ne vivant pas recluses. Faiblesse : une arme en fer froid ignore la Force d’âme
Conrad enverra probablement Grisélidis sur place et, même du Drac.
avec des consignes claires, la situation risque de rapidement
dégénérer et d’avoir des conséquences fâcheuses. • Bernarde, abbesse setite. L’abbesse à la tête du monastère des
• Le Drac. Le serpent et le dragon, tels sont les surnoms donnés filles de Saint-Pierre de Lyon depuis près de cinq ans a rapide-
respectivement à l’Isère et au Drac, son affluent. Mais ce que ment perverti les lieux, les moniales se livrant à des actes de
la plupart des gens ignorent, c’est que les deux rivières, du côté débauche et à la prostitution. Cependant, contrairement aux
de Grenoble, sont effectivement habitées par un « dragon ». autres lieux dédiés au culte de la Madeleine Noire, Bernarde
Une créature féerique, l’un des puissants Inanimae liés à l’élé- a préféré conserver le secret autour de ses activités et seuls
ment aquatique, est « née » spontanément en 1219 lors de la quelques élus parmi les plus influents bourgeois participent
grande crue, mais s’est retrouvée immédiatement pervertie aux messes charnelles nocturnes.
par la puissance destructrice et le nombre de cadavres char- L’abbesse construit son influence par le bas, amassant une
riés par les eaux. Sa puissance n’avait rien de comparable avec fortune confortable en manipulant des gens aisés à satisfaire
les autres membres du peuple des fées et ces dernières réus- et manquant encore d’ambition, contrairement aux nobles et
sirent à l’emprisonner grâce à un rituel qui devait être régu- membres du clergé dont elle se méfie. Son refus de s’allier à
lièrement renouvelé. Malheureusement, vers 1230, les portes l’évêque Almodius risque cependant de signer la fin de son
des royaumes féeriques se sont refermées alors que les êtres entreprise lucrative de corruption.
lumineux mettaient fin à leur trêve (cf. page 185). • La Sancta Mater. Le culte développé par Nurah à Lyon tient de
Peu à peu, les chaînes magiques retenant la créature endormie l’hérésie pure. Partant des mêmes bases gnostiques/dualistes
se dissolvent et elle risque de faire exploser sa fureur contenue que le catharisme (en la personne d’un Christ qui n’est pas né
si longtemps (les effets seraient encore plus dévastateurs que de la chair, mais est une pure émanation divine), elle a déve-
ceux créés par le kraina de Transylvanie et Les Rives de la loppé le concept en étendant cette divinité à la Vierge Marie
Bâsca, cf. VAT20 page 272). elle-même. Elle aussi serait une émanation divine porteuse de
Tant qu’elle est immergée, la créature ne possède pas de la fameuse sagesse (la Sophia) et représenterait le Saint-Esprit
forme et est insaisissable. Mais si elle se sent menacée et sort au sein de la Trinité. Par l’adoration de la Sancta Mater,
sur la berge, elle ressemble à un monstrueux serpent d’une l’homme peut élever son esprit et son âme afin de s’extirper
quinzaine de mètres fait d’une matière cristalline extrême- du mensonge que représentent le monde corrompu et l’Église
ment résistante. Seul son cœur, un gros cristal noir, peut être afin d’accéder au Paradis.
distingué à l’intérieur. Ce culte ne fait pas usage de sang caïnite, pas plus qu’il ne se
livre à la débauche, bien au contraire. Le secret de la réussite
Attributs : Force 6, Dextérité 4, Vigueur 7 ; Charisme 1, réside dans la cohérence et « l’honnêteté » de cette religion
Manipulation 1, Apparence 1  ; Perception 4, afin que son message puisse se transmettre aisément et attirer
Intelligence 2, Astuce 4 de plus en plus de fidèles.
Capacités : Athlétisme 2, Bagarre 3, Intimidation 3, « Quel intérêt y aurait-il à créer un culte hérétique si cela consis-
Intuition 3, Vigilance 3  ; Animaux 1, Furtivité 2, tait simplement à transformer quelques fidèles en monstres ou en
Survie 2 marionnettes avides de notre vitae ? Cela retirerait toute la beauté
Disciplines (équivalents) : Célérité 2, Force d’âme 4, des martyres à venir. Des croyants assassinant d’autres croyants, bien
Puissance 4 (la Force d’âme et la Puissance ne peuvent plus « purs ». Quelle délicieuse ironie. Le temps viendra où l’Église de
pas octroyer de réussites automatiques) Rome éclatera et devra faire face à ses contradictions et son sentiment
Vertus : Conviction 4, Instinct 5, Courage 5 d’impunité. La séparation des églises d’Orient et d’Occident n’était
Volonté : 9 qu’un doux prélude. »
Attaques : constriction (Force + 2 dégâts contondants — Nurah, la Vierge Noire
par tour), morsure (Force + 3 dégâts létaux) • Jehan de Bernin. Archevêque à l’impressionnante longévité
Poison nécrotique : sur une morsure infligeant au de 1218 à 1266, il est également légat du Pape, assurant ainsi
moins la perte d’un niveau de santé, la victime doit la préséance de l’archevêché de Vienne sur celui d’Arles, à la
réussir un jet de Vigueur (difficulté 9, la Force d’âme suite de querelles centenaires. C’est à ce titre qu’en 1235, il
ne s’applique pas) ou subir 2 dés de dégâts aggravés récupère la juridiction de l’Inquisition pour la Provence, en
non absorbables (et le double en cas d’échec critique lieu et place de l’archevêque d’Arles.
sur le jet de Vigueur). Jehan de Bernin est en contact direct avec « l’Inquisition de
l’ombre » de Léopold de Murnau (cf. page 150) et fournit

78
tout le soutien dont celle-ci a besoin en Provence et dans le
Dauphiné.
Flandre (comté)
Depuis peu, des rumeurs courent sur l’apparition de nouveaux
cultes hérétiques dans la région, notamment du côté de Lyon Possession de la comtesse Jeanne de Hainaut (vers 1197-1244)
où l’archevêque Aimery semble étrangement passif. En sa

L
qualité de légat, Jehan de Bernin pourrait très bien attirer a Flandre occupe la partie septentrionale de la France.
l’attention du Pape sur la question, mais le siège papal étant C’est une contrée de champs fertiles, marécages et
actuellement vacant, il pourrait décider de prendre toute la vignobles. En 1242, le comté entretient des échanges
responsabilité d’une intervention inquisitoriale chez la rivale commerciaux prospères avec l’Angleterre et les foires de
de Vienne. Après tout, aucune autorité ne saurait l’en empê- Champagne, important principalement de la laine anglaise de
cher… à part Dieu Lui-même, bien sûr. Et comme le répète si grande qualité, la région étant reconnue pour sa draperie excep-
souvent l’archevêque Jehan : « Deus Vult !  » tionnelle qui fait sa fortune. Les foires de Lille, Ypres, Torhout
Philippe d’Alencourt ignore encore que les factions de l’In- et Messines connaissent un grand succès. La Flandre a atteint
quisition de l’ombre se massent à Vienne. L’ordre des Sœurs l’apogée de sa puissance politique au siècle précédent sous le
de saint Jean a investi le monastère de Saint-André-le-Bas, comte Thierry d’Alsace (de 1128 à 1168) et son fils Philippe
tandis que des frères de l’Ordre Rouge de saint Théodose (de 1168 à 1191). À présent, le pouvoir des comtes décline alors
sont présents à Saint-André-le-Haut. En outre, Karl von que la couronne française étend son domaine.
Murnau dirige un groupe visant à débusquer et éliminer Les comtes Thierry et Philippe ont accordé des chartes à plusieurs
toute présence hérétique et surnaturelle dans l’archevêché, à villes fortunées. Les autres tentent de se réunir en communes.
la demande de Jehan de Bernin. Karl est accompagné de trois Gand et Ypres sont des rivales politiques et économiques. Bruges
membres aguerris des Pauvres Chevaliers de la Passion et de profite de ses relations directes avec les ports italiens et devient
la Croix d’Acre et on dit que plusieurs membres de l’Oculi l’une des plus importantes places financières d’Europe.
Dei sont implantés depuis des années dans le Dauphiné, Les chroniques flamandes se déroulent principalement
observant et préparant le terrain pour une action de grande dans les cités-tisserandes. Bruges, Gand et Ypres ne cessent de
envergure. croître en richesse et en influence. Le pouvoir des communes
Si l’Inquisition découvrait les cultes hérétiques de Lyon, déjà augmente aux dépens des patriciens et de la noblesse. Ce chan-
affaiblie par l’affaire des vaudois, il pourrait s’ensuivre une gement suscite autant d’inquiétude parmi les puissances caïnites
croisade dauphinoise dont les conséquences seraient drama- et mortelles. Les prométhéens et furores sont particulièrement
tiques pour François d’Alencourt et les caïnites de la région. actifs en Flandre et le conflit avec les Patriciens explosera au
début du XIVe siècle, lorsque plusieurs villes deviendront le
théâtre de conflits entre deux partis politiques rivaux : les
CAÏNITES DE FLANDRE Leliaerts (qui soutiennent Philippe IV le Bel et tiennent leur
nom des fleurs de lys figurant sur les armoiries françaises) béné-
Ælfthryth de Bruges (Ventrue, 10e génération) – membre ficiant de l’appui des Ventrues, et les Clauwaerts (soutiens des
du triumvirat de Bruges. comtes de Flandre tenant leur nom des griffes du lion représenté
Agnès de Bruges (Ventrue, 9e génération) – membre du triu- sur le blason du comté) qui représentent les classes populaires,
mvirat de Bruges. soutenus par les Brujahs. Ces derniers prendront un avantage
Ansegisel le Fervent (Brujah, 8e génération) – patriarche de décisif, émancipant la Flandre.
la Mesnie de la Lame Écarlate d’Ypres.
Ambrosinus (Tremere, 6e génération) – régent de la fonda-
tion tremere de Bruges.
Arras (évêché)
Carel vanden Driessche (Toréador, 6e génération) – maître
de la confrérie de la Rose de Sable. E vêché tardif (vers 500), il est rapidement rattaché à Cambrai
en 540 et n’est rétabli qu’en 1093, début d’une période
faste pour la ville, atteignant son apogée en 1163 avec l’obtention
Diederik Rechtvaardigen (Brujah, 6e génération) – prince
prométhéen de Gand. d’une charte dont s’inspireront de nombreuses villes de Flandre.
Frère Julien (Toréador, 8e génération) – membre de la Ravagée par les Germains vers 406, puis par les Normands en
coterie toréador de Lille (cf. page 217). 880, elle bénéficie alors de la puissance et de la protection des
Liutgarde de Bruges (Ventrue, 9e génération) – membre du comtes de Flandre qui lui permettent de se relever rapidement
triumvirat de Bruges. et de se développer à bon rythme autour de la cathédrale Notre-
Vedastus (Malkavien, 5e génération) – seigneur-maître Dame (cité) et de l’abbaye Saint-Vaast (bourg).
d’Arras-Cambrai-Tournai. Déjà connue pour son artisanat drapier dès l’Antiquité, Arras
possède une industrie textile florissante et ses marchands sont
parmi les premiers à investir les foires de Champagne, accumu-
lant d’importantes fortunes. La prospérité d’Arras attire une

79
LES CHEVALIERS ET LA CONFRÉRIE DE LA ROSE DE SABLE

L ’ordre des chevaliers de la Rose de Sable (« rose noire » en héraldique) évolue secrètement au sein des Hospitaliers. Il est
soutenu par un puissant Toréador (Alphonse des Rosiers) et constitué quasi exclusivement de goules. L’ordre est lié à la
confrérie de la Rose de Sable, composée de caïnites dont le but principal est de servir et protéger le mathusalem André de
Normandie, surnommé « l’Ange André » (Toréador, 5e génération), grand maître des chevaliers de la Rose de Sable, ancien
évêque de Nod (Hérésie caïnite), des diocèses du Nord de la France, de l’Écosse et de la Terre sainte (où il réside actuellement,
tentant de maintenir ce qu’il reste de l’influence de la Curie écarlate). On reconnaît facilement les membres de la confrérie
à leurs armes et armures très finement ouvragés. La confrérie est dirigée depuis le duché de Brabant par le Toréador Carel
vanden Driessche, un politicien et guerrier accompli qui est parvenu à créer des liens puissants avec les membres musulmans
du clan de la Rose, permettant aux Hospitaliers de ne pas devenir le centre d’attention principal des Assamites.
La confrérie de la Rose de Sable aura un rôle déterminant au début du XIVe siècle lorsque les commanderies templières (et
leurs possessions) seront confiées aux Hospitaliers, renforçant grandement la puissance de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

forte population qui s’élève à plus de trente mille habitants au Bien qu’il ne revendique pas ce titre, le prince de fait d’Arras
milieu du XIIIe siècle. n’est autre que son saint patron : Vedastus (ou Vaast). Celui qui
L’abbaye Saint-Vaast, ancienne abbaye royale, conserve des aurait été de son vivant l’instructeur religieux du païen Clovis,
annales bien documentées sur le royaume franc jusqu’au début précédent ainsi son baptême, s’établit dans la région en tant
du Xe siècle. Son scriptorium, très réputé et particulièrement qu’évêque d’Arras puis de Cambrai, luttant contre le paganisme
actif, participe à sa fortune. La cathédrale bénéficie toujours dont la présence était encore forte. Mais Vedastus semblait
de travaux d’embellissement pour satisfaire à la mode du style perpétuellement victime de visions étranges et énigmatiques
gothique. qui pouvaient le plonger dans de profondes transes et, parfois,

80
des accès de démence et de terreur. Lorsque l’on inhuma un Grande Cour de Paris, dont les vues ne sont pas partagées par
inconnu à sa place en 540, il s’ouvrit au monde de la nuit, les autres membres du clan des Rois qui ont conspiré à l’évic-
objet d’un sire aussi ancien que profondément perturbé, un tion des Brujahs au siècle précédent. Marchant sur la voie de
mathusalem qui façonnait son œuvre depuis des décennies, l’Humanité, Liutgarde, Agnès et Ælfthryth de Bruges sont
modelant l’esprit de Vedastus, le fracturant, le restaurant, le persuadées que leur ville ne pourra rayonner qu’avec davantage
brisant à nouveau, avant de lui rendre une partie de sa luci- de libertés. Sans pour autant être proches des prométhéens
dité. Lorsque ce creuset fut prêt, il y coula son âme alors que sa brujahs, cela n’empêche pas leurs opposants ventrues d’ironiser
vitae millénaire passait dans les veines de son infant. Le caïnite sur le fait que Bruges est peut-être, après tout, encore aux mains
qui émergea de cette nuit de démence n’était ni Vedastus ni des Philosophes. Les membres du triumvirat n’en restent pas
son sire, mais une créature peut-être saine d’esprit, ou peut-être moins fidèles à leur clan et à ses objectifs, œuvrant de concert
perdue à jamais dans une folie clairvoyante. pour repousser l’influence brujah et toréador et éviter les conflits
Depuis près de six siècles, le Malkavien Vedastus recherche entre bourgeois, nobles et petites gens dans une ville comptant
la « porte » qui le mènera à Dieu et dont les clés résident dans maintenant près de quarante-cinq mille habitants.
l’esprit de ses créations mortelles, cryptées. Dans son abbaye de Une importante fondation tremere s’est implantée dès 1135
Saint-Vaast, il enferme les esprits des moines les plus prometteurs et elle reste de loin l’une des plus influentes du Nord de l’Eu-
dans une prison spirituelle, les forçant à noircir des centaines de rope. Cependant, le régent se faisant appeler Ambrosinus (et
parchemins dans un état d’aliénation total. Vedastus étudie ces qui aurait, dit-on, été l’un des conseillers du roi d’Angleterre
textes et symboles étranges, certain d’y trouver les clés menant Édouard le Confesseur) est autant versé dans la politique que
au Créateur. dans les arts occultes et il commence à développer une « lignée »
Mais l’ancien Malkavien est également un fin et cruel poli- de diplomates et d’habiles manipulateurs qui n’ont pour ambi-
ticien dont l’influence s’exerce dans le triangle Arras-Cambrai- tion que celle de leur clan. Selon lui, si la Thaumaturgie est
Tournai par l’intermédiaire de ses vassaux (ou missi dominici), un instrument puissant, elle ne peut se suffire à elle-même et
Toréadors pour la plupart. Souvent sous le coup d’un serment nécessite d’être alliée à un véritable « arsenal » diplomatique. Ce
du sang avec Vedastus, ces séides démontrent parfois les signes n’est qu’ainsi que les Tremeres réussiront à s’imposer durable-
d’un déséquilibre mental et scrutent les formes et motifs étranges ment parmi les autres clans et c’est la raison pour laquelle il a été
(étoiles, objets tombés au sol, broderies décoratives, éclabous- étreint en dehors du cercle des Usurpateurs bien qu’il semblait
sures de sang, mouvements de foules, etc.) avec grand intérêt, déjà démontrer de solides connaissances occultes. Ambrosinus
ce qui plonge régulièrement les Artisans dans une longue transe a tissé des liens importants avec le triumvirat ventrue de Bruges
qui peut parfois leur octroyer une prémonition assez précise s’ils dont il soutient officiellement la politique, mais, officieusement,
possèdent la discipline Auspex. il les espionne pour le compte de la cour de la Croix Noire et
d’Hardestadt, farouche adversaire de Julia Antasia. Ambrosinus
Bruges est persuadé qu’il pourrait faire un excellent prince, au moins
aussi bon que Lotharius, le puissant prince tremere de Vienne.

V ille au développement tardif, Bruges devient un port au


X  siècle et commence à se développer dès que les attaques
e

vikings cessent. Mais son influence s’affirme considérablement


Gand
lorsque le raz-de-marée de 1134 lui ouvre un chenal jusqu’à la
E n cette première moitié du XIII  siècle, Gand est une ville
e

mer du Nord et lui permet de développer son commerce et de puissante forte de soixante mille habitants, ce qui en fait la
s’enrichir rapidement au détriment de ses rivales (elle deviendra deuxième ville d’Europe (hors péninsule italienne). Elle accueille
comptoir de la ligue hanséatique vers 1253). Selon les rumeurs, également le château des comtes de Flandre (Gravensteen), la
cette catastrophe naturelle étrangement avantageuse pour confirmant dans son statut de capitale du comté.
Bruges pourrait être l’œuvre du Tremere LeDuc (ou d’un autre Sa production en draps de laine est impressionnante, grâce
membre du Conseil intérieur), afin de sceller un nouveau pacte à ses élevages d’ovins fournissant la matière première que ses
d’alliance entre les Ventrues et les Usurpateurs dans la guerre concurrentes doivent lui acheter et surtout importer, principa-
contre les Tzimisces. lement d’Angleterre et d’Écosse. Cependant, la qualité de sa
Bruges dispose d’importants privilèges et d’un marché production ne rivalise pas avec celles d’Ypres et Arras, véritables
octroyé par le comte Baudouin IX en 1200, avant son départ en fleurons dans ce domaine.
croisade qui le verra couronné en tant que premier empereur La ville, par son importante population, accueille de
latin de Constantinople. nombreux caïnites, dont une forte densité de prométhéens et
La ville est aux mains des Ventrues depuis l’assassinat du de furores alliés à leurs « frères de sang » d’Ypres. Ces derniers
comte Charles Ier en 1127, rapidement remplacé par le comte isolent Bruges et son triumvirat ventrue qui ne doit son salut
Thierry d’Alsace, un pion des Patriciens qui s’avéra bien difficile qu’à son accès à la mer récemment acquis.
à manipuler. Le prince de la ville est un ancien Brujah prométhéen,
Il n’existe pas de prince à Bruges, mais un triumvirat constitué Diederik Rechtvaardigen, qui espère faire de Gand la nouvelle
de trois ancillae ventrues, vassaux de Julia Antasia et alliés à la Carthage, un but certes peu original pour un prince brujah, mais

81
qui aurait de bonnes chances d’aboutir si la situation n’était pas En 1244, à sa « mort », la comtesse Jeanne sera étreinte par
aussi explosive. Bien que soutenu par la plupart des promé- Salianna et deviendra rapidement reine de Flandre, conduisant
théens, il peine à garder les furores sous contrôle, ces derniers à d’importantes tensions avec les Ventrues flamands. L’alliance
n’appréciant pas de se voir imposer un ancien à leur tête et ironi- Toréador-Brujah conduira à la chute des caïnites brugeois en
sant sur le fait que Carthage était devenue une république où le 1302, marquant le début de relations tendues entre Salianna
peuple était souverain. De nombreux incidents opposent donc et Geoffrey. Ce dernier l’accusera de l’avoir manipulé pour
les rebelles furores aux prométhéens, au plus grand bénéfice des préparer l’arrivée de sa dernière infante, qu’elle observe depuis
ventrues brugeois. que cette dernière, encore enfant, était venue faire son éduca-
Depuis peu, Diederik a trouvé une alliée en la personne de tion à Paris en 1208.
Layla, une étrange caïnite venue d’Outremer, à la beauté et à la
grâce céleste, et mesurée en toute chose. Celle-ci compense le
tempérament passionnel du Brujah et l’apaise étrangement ; elle L’ERMITE ET L’EMPEREUR
lui a d’ailleurs promis qu’ensemble ils fonderaient la Nouvelle
Carthage.
A près que le comte Baudouin IX est devenu roi de
Constantinople en tant que Baudouin I en 1204 er

Lille (pour disparaître en 1205 sans laisser de traces), Philippe


II Auguste essaye d’influencer la succession sur la Flandre.

L a ville se développe au milieu du XIe siècle autour du Les seigneurs flamands s’allient avec le roi Jean sans Terre et
château construit par le comte de Flandre Baudouin V et l’Empereur Otton IV, mais Philippe II parvient à vaincre la
de l’abbaye de Phalempin. Dès le siècle suivant, elle devient coalition lors de la bataille de Bouvines en 1214.
une ville industrielle prospère grâce à la confection de draps Il y a dix-sept ans, en 1225, un ermite flamand se fit
de laine et à sa foire extrêmement fréquentée qui dure tout le passer pour Baudouin IX (supposément mort). Il réussit à
mois d’août, les deux premières semaines étant dévolues à l’ins- reprendre ses droits de souveraineté, obtenant l’appui de
tallation des marchands. Le reste de l’année, les draperies sont Lille et de Valencienne, et chassant sa fille Jeanne. Il fut
vendues à la halle aux draps. Lille compte près de dix mille habi- finalement démasqué par Louis VIII, d’abord banni, puis
tants au milieu du XIIIe siècle. capturé en Bourgogne et livré à la comtesse légitime, Jeanne,
La ville est mise à sac et incendiée par Philippe Auguste en qui le fit pendre à Lille. Quelques paysans pensent que le roi
1213 pour la punir d’avoir pris le parti du comte de Flandre, Louis avait tort et que c’est bien le comte qui a été exécuté.
Ferrand, qu’il écrase l’année suivante lors de la bataille de Il s’agissait en réalité d’une habile manigance orches-
Bouvines. C’est sa femme, la comtesse Jeanne, qui hérite des trée par quelques Ventrues qui souhaitaient rapidement
comtés de Flandre et de Hainaut, ainsi que de la ville qu’elle mettre Marguerite, la sœur de Jeanne, à la tête des comtés
s’emploie à reconstruire. Celle-ci réside régulièrement dans son de Flandre et de Hainaut suite à une succession officielle
palais de Lille et y est très appréciée, principalement lorsqu’elle établie par le faux Baudouin. Marguerite, facilement mani-
fonde l’hôpital Saint-Sauveur (1215), promulgue une charte en pulable, aurait pu permettre au clan des Rois d’établir
faveur de la ville en 1233, et ordonne la construction, dans son une véritable domination sur la Flandre et de venger le
propre palais, de l’hospice Notre-Dame en 1237 (surnommé « massacre de Lille » ayant causé la mort du prince Ernaut
« hospice Comtesse » en son honneur). de Vermandois et d’une importante partie de sa cour.
Lors de la destruction de la ville en 1213, le prince ventrue
et une partie de sa cour furent décimés. Officiellement, on y vit
une conséquence malheureuse de l’assaut de Philippe Auguste.
Officieusement, le prince Ernaut de Vermandois venait d’avoir
vent de la réunion entre les reines des cours d’Amour et leur
Ypres
décision d’évincer Alexandre et Saviarre. À peine décidait-il d’en
faire part aux Ventrues de sa cour pour se préparer aux grands
bouleversements que cette révélation allait provoquer chez un
V éritable capitale de la draperie (devant Arras), Ypres devient
la troisième ville de Flandre après Gand et Bruges. Son
marché, réputé depuis l’époque carolingienne, prend une
prince mathusalem prompt aux actes de violence, que les assas- ampleur considérable parmi les foires de Flandre. Son industrie
sins envoyés par Salianna frappèrent, profitant de la panique drapière mène à la construction, dès le tout début du XIIIe siècle,
générée par les troupes royales attaquant Lille. des magnifiques Halles aux draps dans un style gothique habi-
Depuis, il n’y a plus d’autorité caïnite officielle dans la ville. tuellement réservé aux cathédrales (son beffroi et une partie des
Une coterie de Toréadors (tous missionnés par Salianna et sous la halles sont construits, mais ces dernières s’étendront suite aux
supervision de Frère Julien) s’assure que rien ne vienne entraver travaux conduits jusqu’en 1304). Les travaux de la cathédrale
la mainmise de l’arrière-petite-fille d’Aliénor d’Aquitaine sur son gothique Saint-Martin ne commencent que vers 1230 et elle est
fief, surtout depuis l’affaire du faux comte Baudouin (cf. encadré toujours en construction.
« L’ermite et l’empereur »). La ville est sous le contrôle de la Mesnie de la Lame Écarlate.
Cette « maison » réunit six chevaliers brujahs ayant prêté allé-

82
geance à leur seigneur : Ansegisel le Fervent. De son vivant, la vitae (ou du ventre) de la première femme d’Adam ou si
l’ancien Brujah aurait été fils de saint Arnulf et de sainte Dode c’était une mortelle qui but simplement son sang (et peut-être
de Metz, et père de Pépin de Herstal, maire du palais d’Austrasie. celui d’un caïnite effroyablement puissant allié à Lilith).
Si sa vie mortelle a été des plus quelconques, son « assassinat », Layla semble investie d’une mission : semer la discorde au
consécutif à une querelle politique, lui permit de rejoindre le sein des Brujahs jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un pathétique
monde de la nuit et éveilla en lui une rage insoupçonnée nourrie souvenir du clan des philosophes-rois, insinuant en eux un
par son sire. désir de révolte et d’insoumission qui perdurera et signera à
Bien qu’il soit relativement pieux, Ansegisel n’hésite pas à terme leur déclin.
recourir à la violence pour lutter contre la tyrannie. Sa ville est un
havre pour tous les caïnites fuyant les persécutions. Au début du Nature/attitude : Sadique/Idéaliste
siècle, il accueillit de nombreux réfugiés venus de Constantinople Attributs : Force 3, Dextérité 4, Vigueur 4 ; Charisme 4,
au sein de sa cour, leur imposant néanmoins des règles strictes Manipulation 5, Apparence 6  ; Perception 4,
afin de faire respecter la sixième tradition, exilant les contreve- Intelligence 5, Astuce 4
nants. Pour lui, le bien de tous passe avant celui de quelques-uns Capacités : Bagarre 1, Commandement 3, Empathie 4,
et l’égoïsme est un péché mortel en ces temps troublés. Il consi- Expression 4, Intimidation 3, Intuition 4, Subterfuge 5,
dère que la guerre des Princes est une aberration, un reliquat Vigilance 3  ; Étiquette 3, Furtivité 2, Mêlée 2  ;
d’un temps révolu dû à d’anciens caïnites incapables de voir que Énigmes 4, Érudition 4, Investigation 2, Occultisme 5,
le monde change autour d’eux et que l’humanité est en passe de Politique 4, Sagesse populaire 5, Théologie 2
devenir maîtresse de son destin. Ansegisel n’est pas un promé- Disciplines : Auspex 2, Force d’âme 4, Présence 3,
théen, mais il respecte les mortels et le meurtre d’un humain par Puissance 3, Temporis 3, Thaumaturgie 5
un caïnite et toujours sévèrement réprimé dans sa ville. Voies de Thaumaturgie  : Potestas tempestatum 4,
Ansegisel aime le conflit avec les princes qu’il juge indignes Potestas elementorum 4, Potestas exsecrabilis 5
de rendre la justice sur leur domaine et il a plus d’une fois Vertus : Conviction 5, Instinct 4, Courage 4
accepté de protéger un vampire sous le coup d’une chasse de Voie : Lilith 8 ; Volonté : 9
sang décrétée pour un motif qu’il jugeait inacceptable. Quelques Ralentissement vital : grâce à une combinaison
furores, responsables de la mort de plusieurs anciens tyran- de discipline (Force d’âme 2, Temporis 3), Layla
niques, ont même bénéficié de la protection de la Mesnie de la peut réduire le rythme des battements de son cœur
Lame Écarlate. Bien qu’Ansegisel soit lui-même un ancien, ses et même tout son organisme, au point qu’elle paraît
positions tranchées lui valent un certain respect de la part des réellement morte. Son cœur semble ne pas battre, sa
furores conscients que la destruction des anciens est un cycle peau est pâle et froide, ses blessures ne saignent pas
sans fin et qu’un jour viendra, pas si lointain, où ils se trouveront (en tout cas pas immédiatement), elle n’a presque pas
eux-mêmes sur la liste. besoin de s’alimenter et de boire, ce qui lui permet de
Une alliance entre Ansegisel et le prince de Gand est totale- passer aisément pour un caïnite. Elle peut également
ment improbable. Layla a persuadé Diederik que cela ne mène- absorber les dégâts létaux avec sa Vigueur.
rait qu’à leur fin à tous les deux aux mains des furores et que Notes : Layla peut être traitée comme étant une goule
la Mesnie de la Lame Écarlate est un danger qui se doit d’être avec une réserve de 5 points de sang se régéné-
éliminé rapidement. rant au rythme d’1 point par jour (elle peut cepen-
dant absorber de la vitae vampirique pour remplir sa
Intrigues flamandes réserve plus rapidement). Elle est considérée comme
• L’obsession de Vedastus. Depuis peu, Vedastus a des visions liée par le sang à Lilith et elle est immunisée aux disci-
d’un autre Malkavien, lui aussi obsédé par les symboles et plines Domination et Présence.
qui pourrait le guider dans sa quête (cf. « Pierre l’Imbécile », Suggestion : plutôt qu’à Lilith, Layla peut être liée à
page 205). Il faudra bien sûr qu’il boive son âme, peut-être Catû (cf. 192), ce qui signifie que la mathusalem a
l’une des clés qu’il recherche. Si cela arrive, il n’aura de cesse décidé d’accélérer son agenda en commençant à
de rechercher l’infant de Pierre, Anatole, pour consommer semer des pions en divers points stratégiques. Dans
également son âme, réceptacle d’une des précieuses clés qu’il ce cas, Layla a davantage un rôle de « juge », esti-
convoite. mant qui, parmi les Zélotes, peut se montrer digne du
• Layla, l’instrument de la vengeance. L’étrange Layla n’est pas pardon de Brujah.
de la lignée de Caïn. En fait, elle n’est même pas un vampire
(bien que son aura d’un blanc pâle la désigne comme un • Le sang et la fureur. Une cabale de furores a attenté à l’exis-
caïnite à l’âme pure). En réalité, Layla est une Lilim au sens tence de Vedastus, échouant lamentablement et perdant
le plus strict du terme : une enfant de Lilith, née de son sang la moitié de ses membres. Les survivants se sont repliés
porteur de la sève de l’Arbre de Vie, ce qui la rend immortelle sur Ypres, espérant bénéficier de la protection du prince
et lui confère une puissance équivalente à celle d’un ancien Ansegisel. Plusieurs missi dominici envoyés par le prince du
vampire. Nul ne sait, cependant, si elle est réellement née de triangle diocésien d’Arras-Cambrai-Tournai recherchent les

83
criminels pour leur infliger la Mort ultime. Quelle sera la pigment bleu qui fera sa renommée. D’abord considéré comme
position d’Ansegisel ? Peut-il réellement se permettre de se une couleur réservée aux paysans, le bleu commence à prendre
mettre à dos l’un des caïnites les plus puissants et influents de de l’importante avec le culte marial (la couleur est associée à la
la région sans se risquer dans un conflit de grande ampleur Vierge) et s’impose lorsque Louis IX en fait la couleur royale,
qui s’achèverait probablement par une purge massive des assurant à Amiens, dont l’industrie drapière est également très
furores et de leurs sympathisants ? forte, une grande prospérité.
Le prince Suanhilde la Pourpre incarne la noblesse ventrue
dans toute sa superbe. Son goût pour la pourpre des empereurs
CAÏNITES DU VERMANDOIS romains, à l’origine de son surnom (et à laquelle elle reste fidèle,
considérant que c’est la véritable couleur de la royauté), pour-
Æthia l’Ancienne (Inconnu, 6e génération) – prince de rait laisser penser qu’elle a connu la grandeur de Rome avant
Soissons (coterie de Kerberos). sa chute. Se présentant comme ancienne pupille du Patricien
Æthia la Jeune (Inconnu, 6e génération) – prince de Laon Titus Gaius, elle est l’unique infante de la comtesse Saviarre
(coterie de Kerberos). d’Auvergne (information qu’elle a toujours dissimulée).
Godewin le Radieux (Inconnu, 6e génération) – prince de Aussi habile politicienne et cruelle adversaire que sa dame,
Noyon (coterie de Kerberos). exerçant le pouvoir avec l’aval des anciens d’Amiens, Suanhilde
Mélissende (Toréador, 9e génération) – abbesse caïnite du communiquait régulièrement avec Saviarre par goules interpo-
Paraclet des Champs. sées sans jamais s’être rencontrées durant les deux cent cinquante
Suanhilde la Pourpre (Ventrue, 7e génération) – prince dernières années et l’arrivée de la comtesse à la Grande Cour. Les
d’Amiens. rumeurs selon lesquelles Saviarre aurait pris la fuite ne tiennent
pas pour Suanhilde qui n’a plus aucun contact depuis près de
deux décennies. Le prince d’Amiens compte se rendre à Paris afin

Vermandois d’en apprendre plus, persuadée que sa dame n’a pas rencontré la
Mort ultime, ni fui. Elle compte révéler la vérité sur son lignage

(Comté)
et ainsi provoquer suffisamment d’agitation pour faire jaillir
quelques secrets de leurs boîtes (nul doute que l’évêque Navarre
profitera de l’occasion pour se rapprocher d’elle, tout comme le
Setite Jean-Baptiste de Montrond, à la recherche d’alliés).
Domaine royal
Saint- Quentin
A
nnexé par Thierry d’Alsace, puis son fils Philippe, le
petit comté de Vermandois (situé entre la Flandre et la
Champagne) est en partie cédé à Philippe Auguste dès
1185. Le comté entre finalement dans le domaine royal vers
L e monastère de Saint-Quentin, fondé vers 497, a donné son
nom à la ville ; c’est à présent une collégiale royale. La ville,
capitale du Vermandois, doit sa récente richesse à sa position
1213. privilégiée entre les foires de Champagne et de Flandre et sa
Les chroniques vermandoises pourraient prendre pour cadre charte communale de la fin du XIe siècle permettant à ses bour-
la lutte contre les furores qui commencent à s’organiser, ou les geois de s’émanciper et à Saint-Quentin de croître rapidement.
machinations cruelles de la coterie de Kerberos. Suanhilde la Côté caïnites, la ville se veut libre et est occupée par une
Pourpre pourrait même engager des caïnites de confiance pour importante coterie de furores ayant assassiné le prince Ventrue
l’accompagner lors de son déplacement à Paris. Ybert de Clermont, lequel régnait d’une main trop ferme si l’on
en croit ses anciens vassaux et avait en outre un goût prononcé
Amiens pour la vitae des nouveau-nés, dont plusieurs (de passage)
auraient disparu sans laisser de traces.

S amarobriva, la ville gallo-romaine, connut un certain faste.


Suite aux invasions des peuples germaniques, elle se renforce
et est utilisée comme base arrière par les armées romaines avant
Le tyran est tombé, mais la situation caïnite dans la ville
est à la limite du supportable sans véritable autorité pour faire
respecter les traditions. De nombreux marchands se rendant aux
d’être pillée et finalement occupée par les Francs au début du foires tendent à disparaître, à moins qu’on ne retrouve leur corps
Ve siècle, marquant son déclin culminant avec sa destruction par exsangue sur une rive de la Somme. La situation a pris tant d’am-
les Vikings à la fin du IXe siècle. Il faudra pratiquement deux pleur récemment que la Grande Cour a sommé la redoutable
siècles pour qu’elle retrouve un peu de sa superbe. coterie de Kerberos d’intervenir et de rétablir l’ordre dans la
La destruction de sa cathédrale romane en 1218 permet région avant que l’attention de l’Église ne s’y porte. Mais mettre
d’entamer la construction de la nouvelle cathédrale gothique au pas une vingtaine de nouveau-nés et d’ancillae n’est pas une
dès 1220, laquelle deviendra l’une des plus grandes du monde mince affaire et la situation pourrait rapidement tourner à la
chrétien. La fortune de la ville au XIIIe siècle provient princi- tragédie (laquelle est orchestrée depuis le début avec brio par la
palement de sa culture de la guède (ou waide), produisant un coterie de Kerberos).

84
Domaines de Kerberos À l’écart de la ville d’Amiens, elle développe un culte lié à l’an-
La coterie de Kerberos est dirigée par trois anciens caïnites aux cienne Hérésie caïnite, faisant de Caïn le sauveur tant attendu.
desseins pour le moins obscurs. Tirant son nom du chien aux Cependant, alors que l’étude du Euagetaematikon prétend
trois têtes Cerbère, cette association a pour but d’établir une que le troisième Caïn devait apparaître en 1206 et régner
domination totale sur les trois évêchés dirigés chacun par l’un durant trente-trois ans avant la Géhenne, Mélissende, versée
de ses membres. dans la lecture des phénomènes célestes, est persuadée que le
• Laon : capitale des derniers rois carolingiens, la ville s’est « nouveau » Caïn est apparu durant le passage de la comète de
distinguée au siècle précédent par un mouvement communal 1222 et que la Géhenne adviendra en réalité en 1255.
d’une rare violence qui nécessitera l’intervention de Louis VI Les rangs des moniales sont composés pour un quart de
après l’assassinat de l’évêque Gaudry en 1112 ; le roi rétablit caïnites toréadors et malkaviens. L’étude des signes célestes,
néanmoins la charte communale en 1128, non sans avoir des symboles, de l’Euagetaematikon et la retranscription de
durement réprimé les bourgeois avec l’aide d’une noblesse fragments du livre de Nod, doivent permettre à l’eschatolo-
bien trop zélée en la matière. Depuis maintenant cent trente giste Mélissende de confirmer la date de la Géhenne, une
ans, la fonction de prince est occupée par la Ventrue Æthia la obsession qui risque de la consumer et pour laquelle elle est
Jeune. Elle a hérité de l’esprit inflexible de sa dame, le prince prête à payer très cher la moindre information.
de Soissons, et se plaît à monter ses adversaires les uns contre • Kerberos ou l’art de la Tragédie. Les trois membres de cette
les autres jusqu’à ce qu’ils se détruisent mutuellement. « coterie » ne sont pas réellement des anciens (si ce n’est par
• Noyon : également ancienne capitale des royaumes francs et la puissance de leur sang) et n’appartiennent à aucune lignée
lieu des sacres de Charlemagne et Hugues Capet, Noyon connue jusqu’alors. Durant l’an mille, un couple de petits
jouit grandement du prestige de ses évêques-ducs, pairs nobles vermandois et leur fille furent attaqués dans leur
de France. Le prince se nomme Godewin le Radieux. Cet demeure et étreints par une créature qui leur transmit bien
ancien Toréador à la prestance royale dit descendre des rois plus que la malédiction de Caïn. Sa vitae noire, épaisse et
mérovingiens. Connu pour avoir impressionné par son habi- fétide, semblait charrier d’innombrables calamités.
leté et sa verve la matriarche Salianna en personne, il dirige Éduqués par leur monstrueux sire selon le credo des Cris, se
depuis plus d’un siècle sa cour avec une intelligence et une forgeant une nouvelle identité en se faisant passer pour plus
grâce qui dissimulent un effroyable manipulateur qui ne se anciens qu’ils ne le sont, ils furent bientôt prêts à rejoindre le
délecte qu’en infligeant les pires souffrances, qu’elles soient monde de la nuit après une ultime révélation.
physiques, psychologiques ou spirituelles. Leur sire, se faisant appeler Nékys, a été choisi pour être le
• Soissons : autrefois capitale mérovingienne et siège du sacre reliquaire abritant l’esprit d’un puissant démon nommé
de Pépin le Bref, l’autorité caïnite de la ville est assurée par Ennamaru. La puissance entropique dégagée par le démon est
le prince ventrue Æthia l’Ancienne. Depuis près que deux si grande qu’il a dû fractionner l’âme démoniaque, se servant
siècles, elle dirige avec autorité la cour de Soissons, évinçant des corps de ses infants comme hôtes supplémentaires. Mais,
ceux qui ne vont pas dans son sens et portant au pouvoir à sa grande surprise, les fragments conservent une grande
ceux qui lui vouent une allégeance totale. On la dit cruelle, puissance et continuent à se développer indépendamment,
raison pour laquelle elle fut récemment la cible d’un groupe augmentant potentiellement la puissance d’Ennamaru s’ils
de furores aguerris qui finirent par s’entre-tuer. venaient à être rassemblés.
Alors que Nékys s’apprête à plonger en torpeur en attendant
Intrigues vermandoises le temps de la Géhenne, ses infants ont pour mission de
• Le Paraclet des Champs. En 1219, cette abbaye de moniales prospérer, augmentant sans cesse le nombre de « fragments »
cisterciennes est fondée à quelques kilomètres au sud-est d’Ennamaru. Un jour, tous ses descendants entendront son
d’Amiens. Elle abrite une magnifique croix d’argent et d’or appel et devront le retrouver. Alors, Ennamaru renaîtra sur
sur bois (que l’on dit provenir de la Vraie Croix), sertie de cette terre et sera assez puissant pour s’imposer comme le
pierres précieuses et semi-précieuses. Un côté de la relique seigneur du Monde d’Après. Bien évidemment, ses « enfants »
représente les quatre évangélistes et l’Agnus Dei, tandis que siègeront à ses côtés.
l’autre représente le Christ en croix avec Adam à ses pieds, les Nékys est en torpeur quelque part du côté de Coucy, atten-
deux personnages étant séparés par le Graal. dant patiemment la venue de la Géhenne, alors que la coterie
En réalité, ce n’est pas Adam qui est représenté, mais Caïn. La de Kerberos veille sur son repos.
croix suggère qu’il est l’héritier du Christ sur Terre et elle a été (Cf. page 246 pour avoir plus de détails sur les Enfants
commandée par la nouvelle abbesse : la Toréador Mélissende. d’Ennamaru.)

85
CAÏNITES D’ LE-DE-FRANCE le-de-France,
Adelsinde d’Amboise (Ventrue, 8e génération) – harpie de la
cour d’Amour de Paris. Orléanais
et Bourges
Albi (Malkavien, 6e génération) – dualiste mégalomane
persuadé de réaliser l’œuvre de Dieu. (cf. page 204).
Amadeo Di Venice (Toréador, 6e génération) – fervent croyant,
artiste, occultiste et chasseur de démons (cf. page 213).
Anthéa (Malkavienne, 9e génération) – recluse de Paris. Domaine royal
Arthaud de Nemours (Ventrue, 8e génération) – prince de Senlis.

L
Aymeric de Saintonge (Salubrien, 8e génération) – prince de e bassin parisien est le cœur de la monarchie française
Bourges se faisant passer pour un Toréador. et du domaine royal qui s’est fortement étendu après
Catherine de Montpellier (Toréador, 7e génération) – harpie les reconquêtes de Philippe II Auguste sur les anciennes
de la cour d’Amour de Paris. possessions plantagenèses. C’est une vaste cuvette aux sols
De Navarre (Lasombra, 7e génération) – évêque de Paris de sablonneux ou calcaires dans lesquels de nombreuses galeries
l’Hérésie caïnite (cf. page 202). et carrières ont été creusées, abritant d’étranges créatures ou
Dedra (Lasombra, 6e génération) – prince de Sens. communautés. La région est traversée par de grands cours d’eau
Geoffrey du Temple (Ventrue, 5e génération) – prince-régent et dominée par Paris, une cité de près de cent mille habitants qui
de Paris et de la Grande Cour (cf. page 233). accueille une population caïnite très dense.
Goratrix (Tremere, 4e génération) – régent de la fondation Paris est également le cœur de la politique caïnite de France
de Paris (cf. page 224). puisque la ville abrite la Grande Cour du Ventrue Geoffrey du
Guillaume (Nosferatu Mnemachien, 7e génération) – infant Temple et de Salianna, sa reine d’Amour. Les caïnites sont très
de Mnemach et prévôt de Paris. nombreux dans cette région et beaucoup d’entre eux ont un
Hieronymus (Cappadocien, 7e génération) – protecteur de sang très ancien. Il est fort probable que tous les nouveau-nés
Saint-Denis. Ventrues soient présentés à la Grande Cour et les Toréadors à la
Jean-Baptiste de Montrond (Setite, 9e génération) – habite le cour d’Amour de la matriarche Salianna. Même les Nosferatus
quartier latin (cf. page 212). pourraient vouloir rencontrer la matriarche et « sorcière de
Lucubratio (Tremere, 6e génération) – châtelain de Goratrix Paris » Mnemach. Quant aux Tremeres, c’est dans la capitale
et de la fondation tremere de Paris. du royaume qu’ils pourront rencontrer le régent de France et
Margaux de Courtenay (Brujah, 9e génération) – harpie de membre du Conseil intérieur : Goratrix.
la cour d’Amour de Paris. Les chroniques qui se déroulent en Île-de-France devraient
Mnemach (Nosferatu, 6e génération) – matriarche du clan mettre en avant l’écheveau complexe d’intrigues et de complots
Nosferatu (cf. page 208). opposant de puissants et anciens caïnites dans un contexte poli-
Nicodemus (Nosferatu, 9e génération) – membre des tique encore fragile, l’autorité du prince-régent Geoffrey étant
Maçons et architecte de Mnemach. remise en cause au sein même de son clan. Les rivalités entre
Oldéric (Ventrue, 8e génération) – prince d’Orléans, séné- Ventrues et Toréadors sont vives alors que les Ambitiones sentent
chal de la Grande Cour. le pouvoir leur échapper au profit des Artisans. Les membres des
Piotr le Rus’ (Malkavien, 8e génération) – dramaturge et bas clans guettent dans l’ombre, principalement les Nosferatus,
comédien connu de la société des mortels (cf. page 206). véritables maîtres de Paris, ainsi que les Tremeres.
Quentin de Senlis (Brujah, 9e génération) – bailli du
domaine royal et de Champagne pour la Grande Cour
(cf. page 195).
Beauvais (évêché)
L
Salianna (Toréador, 5e génération) – reine de la cour a ville actuelle a été reconstruite au IV  siècle après avoir été
e

d’Amour de Paris, co-régente de la Grande Cour, rasée par les peuples germaniques, la cité bénéficie à présent
matriarche du clan Toréador (cf. page 223). d’une enceinte et le bourg se développe en périphérie. Beauvais
Saviarre d’Auvergne (Ventrue, 6e génération) – ancienne n’appartient pas exactement au domaine royal car elle est dirigée
conseillère du prince Alexandre, sœur mortelle de par un évêque-comte faisant partie des pairs de France, ce qui
Mnemach (cf. page 235). apporte un grand prestige à la ville dont la confection de drape-
Servius le Pénitent (Toréador, 7e génération) – prince de ries (commune aux villes du Nord) est renommée. Depuis la fin
Beauvais et grand maître de l’ordre de la Rose Vermeille. du XIe siècle, c’est l’une des premières communes jurées, statut
Skiathos (Gangrel, 8e génération) – fléau de Paris. confirmé par deux fois par les rois Louis VI et Louis VII. Elle
Véronique d’Orléans (Brujah, 9e génération) – régente est gérée par un ou deux maires ainsi que par douze pairs. En ce
d’Orléans (cf. page 197). début de XIIIe siècle, la commune commence à s’élever contre
Versancia (Toréador, 7e génération) – harpie de la cour l’évêque-comte et des heurts importants les opposent en 1233.
d’Amour de Paris.

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Les deux édifices religieux les plus importants sont l’église vieillards inclus) furent passés au fil des glaives et des lances,
Saint-Étienne (roman et gothique) et la cathédrale Saint-Pierre victimes d’une frénésie meurtrière insensée (bien que l’historien
(gothique, en cours de construction) qui remplace l’ancienne ventrue Caius Lucius Crassus ait fait mention d’un tour cruel
église carolingienne Notre-Dame, pourtant toujours présente. Il joué par un ancien Malkavien qu’il n’a pas souhaité nommer ; ce
existe également six importantes abbayes : Saint-Laurent et Saint- dernier aurait prophétisé la prise de la ville ainsi « qu’un déluge
Quentin (augustins), Saint-Lucien et Saint-Symphorien (béné- de feu et de sang versé en l’honneur des dieux »).
dictins), Pentemont (cisterciennes) et Saint-Michel (chanoines Reconstruit, l’oppidum connaît un faste immense durant la
réguliers). période gallo-romaine, mais les invasions barbares et, surtout, les
La commune de Beauvais est le siège d’un ordre de cheva- nombreux incendies qui la ravagent à intervalles réguliers, ont
lerie toréador bénéficiant de l’appui de la reine Salianna. Les raison de sa superbe.
chevaliers de la Rose Vermeille tiennent leur nom d’une légende Dès le IXe siècle, Bourges retrouve de son faste sous l’impul-
prétendant qu’au lieu du martyre de saint Lucien, des rosiers sion de son prince toréador Éloi qui développe l’art religieux et
auraient poussé là où son sang s’était répandu. Le maître de cet veut faire de la ville un centre important de la foi, se refusant
ordre, Servius le Pénitent, est également prince de Beauvais. à céder au trafic de reliques dans le seul but de doter Bourges
Servius est un très ancien caïnite. De son vivant, il était le d’un lieu de pèlerinage pourtant fort rémunérateur. C’est sous
fils d’un esclave affranchi et parvint à se faire un nom dans son impulsion et en grande partie grâce à ses deniers person-
l’armée romaine en combattant les barbares germains à la fin du nels, par l’entremise de l’archevêque Henri de Sully, qu’est
IIIe siècle. Vers 290, alors qu’il se trouve près de Caesaromagus, entrepris le chantier de la nouvelle cathédrale Saint-Étienne
récemment détruite, il accompagne trois dignitaires romains en dès 1195, futur chef-d’œuvre de l’architecture gothique. À cette
mission afin d’éliminer un groupe de chrétiens, supposément période, Bourges sert également de terrain d’expérimentation à
sur ordre de l’empereur Diocletianus Augustus. Le meneur la construction d’une puissante enceinte qui sera la marque de
chrétien est martyrisé, puis décapité par le glaive de Servius Philippe Auguste.
qui, le bras tremblant, dut s’y prendre à trois reprises. Celui Au début du XIIIe siècle, une violente querelle éclate entre le
qui deviendra saint Lucien trouva la force de marcher quelques prince Éloi et des membres du clan Tremere auxquels il refuse
mètres, la tête en partie tranchée, son sang giclant au sol et sur l’installation d’une fondation sur son domaine (certains font
les rares témoins, avant que le dernier coup porté par Servius état d’une sympathie d’Éloi pour les Salubriens, voire d’une
n’envoie sa tête rouler à plusieurs mètres. profonde connexion). La situation dégénère et le prince est
Que le Romain Lucius ait été ou non un véritable saint (ou détruit par les Usurpateurs qui l’accusent d’être un Mangeur
quelque chose d’autre), l’influence que sa mort eut sur Servius d’âme salubrien et créent de fausses preuves pour étayer leurs
fut considérable. Parfois, l’ancien caïnite ressent encore la douce allégations et justifier leur meurtre. L’affront est lavé dans leur
chaleur du sang du saint sur son visage et cette étrange odeur sang par Aymeric de Saintonge, chambellan du prince Éloi et,
florale qui s’en dégageait. Abandonnant sa carrière militaire, il ironiquement, véritable Salubrien (cf. page 210).
se consacra à cette nouvelle religion et fut finalement étreint en Le prince Aymeric règne sur Bourges d’une main de fer et au
elle vers 310 par Eilam, un ancien Toréador hagiographe ayant nom des règles édictées par Dieu. Celui que l’on surnomme « le
assisté aux exécutions des premiers martyrs chrétiens de Rome. Confesseur » ne tolère aucune forme d’hérésie sur son domaine
Ce n’est qu’à la fin du XIIe siècle que Servius fonde l’ordre et a prononcé de nombreuses excommunications et chasses de
de la Rose Vermeille dont le but est de mêler les règles de la sang. Il a également prononcé l’Anathème sanglant (Anathema
chevalerie et le respect de la parole du Christ. L’ancien Toréador cruenta) sur tous les membres du clan Tremere qui sont exécutés
ne considère pas que les appels aux croisades des papes reflètent à vue sur son domaine ; quant à ceux qui traiteraient avec les
la vision de son Seigneur, pas plus que la croisade contre les Usurpateurs, ils sont bannis, leurs possessions confisquées (c’est
« cathares » n’est juste. Pour lui, les papes sont dévorés par l’am- l’ex-communicare).
bition et veulent s’arroger le pouvoir temporel des princes et des Aymeric de Saintonge est un fervent allié de la Grande Cour.
rois (au même titre que les évêques-comtes de Beauvais). Servius Il a fait serment d’allégeance à Geoffrey, mais regrette que le
le Pénitent recherche perpétuellement la rédemption et se fait prince-régent accorde sa confiance aux Tremeres et ne manque
le protecteur des faibles qui ne trouvent leur salut que dans la pas de lui rappeler qu’ils sont indignes de confiance. Quant à la
foi. Il a également combattu ardemment l’Hérésie caïnite et s’est reine Salianna, elle porte le prince de Bourges en haute estime
récemment heurté à quelques membres de l’ordre de la Rose de et apprécie sa droiture et son sens implacable de la justice. Les
Sable (cf. page 80). relations entre Aymeric et Isouda de Blaise sont pour le moins
tendues, l’animosité de la reine d’Anjou étant probablement
Bourges (archevêché) avivée par la Tremere Viorica, tandis que le prince de Bourges
ressent toute la malignité qui émane d’Isouda. Salianna, qui se

L ’ancienne capitale et place forte des Bituriges gaulois fut


le site de l’un des plus grands massacres de la guerre des
Gaules par les armées romaines (avec Cenabum/Orléans) en –52.
méfie de la reine d’Anjou, encourage discrètement Aymeric à
s’opposer à Isouda dès que l’occasion se présente.
Le contexte religieux de Bourges étant très fort, aussi bien
Plusieurs dizaines de milliers d’hommes et femmes (enfants et chez les mortels que chez les caïnites, de nombreux vampires

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n’hésitent pas à investir, avec l’accord et la bénédiction du prince, Le prince ventrue Oldéric, qui de son vivant aurait exécuté le
les monastères environnants tels que Saint-Ambroise et Notre- roi burgonde Sigismond sur ordre de Clodomir en 524, est un
Dame-de-Salles (augustins), Saints-Laurent-et-Jacques (bénédic- ancien soutien d’Alexandre. Il avait deviné que les tensions entre
tines) et Saint-Sulpice (bénédictins). Malheur néanmoins à celui Salianna et Alexandre allaient s’envenimer rapidement après la
qui ne ferait pas preuve d’une parfaite piété. destruction de Lorraine. Même si le mathusalem était l’un des
caïnites en activité parmi les plus puissants qui soient, il n’avait
Orléans (évêché) aucune chance d’échapper à la toile qui se resserrait lentement
sur lui. C’est alors que la matriarche toréador, les autres reines

L a région d’Orléans est peuplée, fertile et prospère. La cité


romaine d’Aurelianus (en l’honneur de l’empereur Aurélien)
succède à la Cenabum gauloise (dont une bonne partie de la
d’Amour et son propre infant lui ont porté le coup de grâce,
injectant l’amer venin de la trahison et éliminant au passage
l’encombrante comtesse Saviarre qui ne fit illusion que le temps
population fut massacrée par les armées romaines en –52). En d’un battement de cils face à la puissante reine Salianna.
451, elle se défend contre Attila et lui tient tête. Évêché, capi- Oldéric travailla dès lors à son rapprochement avec la cour
tale d’un royaume mérovingien, puis comté carolingien, les d’Amour de Paris et certains prétendent même qu’il se trouvait
pillages normands ne lui enlèvent rien de sa grandeur. Orléans à Chartres en 1213 lorsque les reines jugèrent Alexandre dans
est l’un des centres du domaine royal et l’une des villes fortes du le secret avant d’appliquer leur sentence dix ans plus tard. Bien
royaume. L’évêché demeure une position stratégique (et commer- qu’il ait prêté allégeance à Geoffrey, c’est bien envers Salianna
ciale) entre Paris et l’ancien duché d’Aquitaine (au même titre que va secrètement la fidélité d’Oldéric. Il profitait de sa posi-
que Tours) et un lieu de résidence apprécié des rois francs. tion en tant qu’influent prince ventrue afin de déceler les plus
Au tout début du XIe siècle, la ville est secouée par un mouve- virulents adversaires de Salianna et Geoffrey, mais sa récente
ment hérétique néopélagien préfigurant les cathares. Mais la nomination au rang de sénéchal de la Grande Cour (pour le
répression est brutale et expéditive : le chantre, l’écolâtre et sud-ouest parisien) a éveillé la suspicion de nombre d’entre eux.
plusieurs chanoines sont brûlés vifs en 1022. Il s’agit peut-être Oldéric se livre à un dangereux jeu de séduction avec Isouda de
du premier bûcher levé par l’Église chrétienne médiévale. Blaise, la reine d’Anjou dont une partie des domaines chevauche
Profitant de la crise de l’université de Paris en 1229, Orléans ceux dont il a la charge en tant que sénéchal, dans l’espoir
attire de nombreux maîtres et étudiants qui suivent les enseigne- qu’elle trahisse ses véritables intentions vis-à-vis de la matriarche
ments du droit romain (encore interdit à Paris) mêlant logique juri- toréador.
dique et dialectique platonicienne. Le pape Grégoire IX approuve Véronique d’Orléans, Brujah influente qui aida Geoffrey à
officiellement l’enseignement du droit civil à Orléans dès 1235 exiler Alexandre de la Grande Cour, est à présent chambellan
(en 1254, Innocent IV accordera même le statut d’université). d’Orléans et conseille le prince Oldéric. Lasse des cours de
Le monastère le plus important est bien sûr celui de Saint- Paris et de leur écheveau d’intrigues, elle a décidé de se retirer à
Aignan (sauveur de la ville devant Attila), fondé au milieu du Orléans pour renouer avec son humanité et rester quelque peu
Ve siècle et accueillant une communauté de bénédictins. en retrait de la guerre des Princes. Malheureusement, aucun

ALEXANDRE, ANCIEN PRINCE DE PARIS

E treint à Athènes vers –700 par l’antédiluvien ventrue, Alexandre avait l’apparence d’un très beau jeune homme de seize
ans aux cheveux blonds et bouclés. Malgré son aspect juvénile, sa puissance transparaissait aisément et pouvait clouer sur
place d’extase ou de terreur ses interlocuteurs. Bien que d’un naturel froid et détaché, ses légendaires sautes d’humeur ont
causé la destruction de plus d’un caïnite incompétent, maladroit ou injurieux.
Forgé au travers de nombreuses épreuves, Alexandre est devenu une puissance politique incontestable et l’un des caïnites
les plus craints d’Europe. Ce sont sans doute son règne tyrannique et ses accès de jalousie qui lui ont coûté son influence sur
la Francie médiane et orientale, la mort de Lorraine pesant très lourd dans sa perte de pouvoir et sa soudaine apathie. Son
rôle dans la formation du Saint-Empire est indéniable, mais le pouvoir sur cette partie de l’Europe lui a finalement échappé
au profit du Ventrue Hardestadt, pourtant bien plus jeune sur la scène caïnite.
L’arrivée de la comtesse Saviarre au XIe siècle permit aux Ventrues de la Grande Cour de reprendre les rênes du pouvoir
durant un temps. Cependant, depuis la destruction de Lorraine et de son amant des mains d’Alexandre, le mathusalem avait
la réputation de détruire tout ce à quoi il tenait… incluant le royaume de France.
Les reines des cours d’Amour conspirèrent à sa chute, s’alliant avec Geoffrey, infant d’Alexandre, et plusieurs autres caïnites
dont la Brujah Véronique d’Orléans, le Tremere Goratrix et la Nosferatu Mnemach. Alexandre fut vaincu et exilé en 1223
alors que le corps de la comtesse Saviarre, le cœur transpercé d’un pieu par Véronique d’Orléans, fut remis à sa sœur mortelle :
Mnemach.
Depuis, Geoffrey est le nouveau prince de Paris et le seigneur de la Grande Cour, épaulé (certains diraient « contrôlé ») par
Salianna, matriarche toréador et reine de la cour d’Amour de Paris.

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caïnite ne peut échapper à sa condition aussi facilement et elle en leurs sein que s’opèrent les grands changements apportés par
n’a eu d’autre choix que d’accepter la régence proposée par le la nouvelle religion.
prince Oldéric, dont la tâche de sénéchal le mène souvent à Au début du VIe siècle, Clovis fait de Paris la capitale du
Paris, Blois, Chartres, Bourges et Tours, se heurtant sans cesse royaume franc. Il fait construire sur le mont Lucotitius (future
à la reine d’Anjou, Isouda de Blaise, qui lui voue une farouche montagne Saint-Geneviève) une église dédiée à saint Pierre dans
animosité. Salianna, au travers de Geoffrey, utilise le sénéchal laquelle il est inhumé avec sa femme Clotilde. Sainte Geneviève,
afin de museler sa rivale dès que l’occasion s’en présente. En qui défendit vaillamment Paris contre les Huns d’Attila, y est
outre, Oldéric respecte profondément l’intransigeant prince- également inhumée et l’église prend alors son nom.
cardinal de Tours, lui aussi grand adversaire d’Isouda. Qui sait Mais les Mérovingiens se différenciaient des Romains par le
ce dont est capable la reine d’Anjou si elle se sent acculée ? fait qu’ils ne souhaitaient guère résider dans les villes et préfé-
raient demeurer à l’écart, dans les campagnes environnantes,
Paris (évêché) faisant construire des domaines appelés villas, mais très éloignées
du faste romain. Le domaine royal le plus imposant se situe alors

P aris est divisé par la Seine en deux rives avec l’Île de la Cité
en son centre. Le Louvre (ce n’est pas encore un palais
royal, mais une simple forteresse), l’enclos du Temple (chapitre
à Clippiacum (Clichy).
Le mathusalem Alexandre s’établit à Paris à l’époque de
Clovis, fondant sa Grande Cour et exerçant son autorité sur les
principal des Templiers), la place de Grève (port et marché), les clans Toréadors, Lasombras et Ventrues, qui avaient commencé
Halles (marché) et le Châtelet (palais des prévôts de Paris) se à s’établir ici dès l’avènement de Julien l’Apostat.
situent sur la rive droite. L’Île de la Cité accueille la cathédrale Avec l’avènement de la dynastie carolingienne, Paris et sa
Notre-Dame (dont la construction n’est pas totalement achevée région perdent de leur prestige et leur rôle de capitale au profit
mais qui est fonctionnelle), le palais de l’évêque et le palais de d’Aix-la-Chapelle, puis Laon. La Toréador Salianna, arrivée vers
la Cité (demeure du roi de France et actuelle Conciergerie). La 843 dans la ville avec son infante Lorraine, s’impose comme
rive gauche accueille l’université qui s’étend autour de l’église une figure majeure et, sous son influence, Paris commence
de Saint-Julien-le-Pauvre. Pour protéger Paris, Philippe Auguste a lentement à retrouver de sa superbe. Malheureusement, sa tenta-
fait construire le palais du Louvre en 1200 (à l’époque, un grand tive de rapprochement avec Alexandre, par l’entremise de son
donjon entouré d’une enceinte et d’un fossé, protégeant l’accès infante, se solde par un drame et le meurtre de Lorraine des
à la ville par l’embouchure de la Seine) et l’enceinte autour des mains d’un prince fou de rage, puis dévoré par le remords (vers
rives droite et gauche, achevée vers 1215. 900). La situation s’envenime alors entre les deux plus puissants
À l’origine, bien que la position de l’ancien oppidum soit rela- caïnites de Paris, aggravée un siècle plus tard par l’arrivée de la
tivement stratégique et commerciale, il reste modeste et la tribu mystérieuse comtesse ventrue Saviarre d’Auvergne, qui devient la
des Parisii, faible, s’est placée sous la protection des puissants confidente et conseillère d’Alexandre.
Senonais quelque temps avant l’invasion romaine. Initialement Humiliée, Salianna profite de l’essor des cours d’amour du
peuple de bateliers (les fameux nautes) et de pêcheurs, les Parisii XIIe siècle (sous l’impulsion d’Aliénor d’Aquitaine) pour créer
pouvaient monter une petite armée d’un millier d’hommes si les cours d’Amour toréadors, gagnant avec les autres reines une
la situation l’exigeait. Un chiffre bien insuffisant pour contrer influence et un pouvoir colossaux en moins d’un siècle. Lorsque
les troupes latines du général Labienus qui n’eut aucun mal à Philippe II Auguste fait à nouveau de Paris le cœur du domaine
triompher du vieux guerrier gaulois Camulogène et à s’emparer royal à la fin du XIIe siècle, la ville prend définitivement son essor.
de la place trop légèrement fortifiée. L’année 1223 est marquée par deux événements d’impor-
Le nom de Lutèce n’apparaît que vers –53, lorsque Jules tance : l’exil d’Alexandre, victime de la vengeance de Salianna et
César y convoque l’assemblée des Gaules. Il faudra attendre des autres reines des cours d’Amour, et le décès du roi Philippe
encore pratiquement quatre siècles pour que la cité prenne une Auguste, l’un des plus grands souverains ayant régné sur la
plus grande importance, lorsque Flavius Claudius Julianus, ou France, inhumé à Saint-Denis.
Julien l’Apostat comme il fut nommé plus tard, s’y fit couronner 1223 fut également l’année où les réfugiés en provenance de
empereur des Romains (événement exceptionnel que l’avène- Constantinople furent renvoyés du domaine royal et redirigés
ment d’un empereur, qui ne se reproduira que près d’un millé- vers les régions du sud où de nombreux caïnites avaient péri au
naire et demi plus tard, lors du couronnement de Napoléon). cours de la croisade contre les albigeois qui allait reprendre de
C’est au cours du IVe siècle que les caïnites qui formeront plus belle dès l’année suivante.
les hauts clans commencent à s’installer à Lutèce, participant Les chroniques parisiennes peuvent s’axer sur les intrigues de
à son développement, principalement sur la rive gauche qui la Grande Cour et de la cour d’Amour de Salianna, mais il existe
accueille notamment le palais des Thermes (demeure de l’empe- beaucoup d’autres possibilités. Les Nosferatus possèdent un
reur Julianus) et les arènes. L’Île de la Seine est reliée aux rives refuge sous l’Île de la Cité, parmi les nombreuses galeries creu-
avec la reconstruction de ses deux ponts, protégés par de grandes sées par les romains. Ils collectent des informations sur les hauts
tours. Dès le Ve siècle, la ville commence à se couvrir d’innom- clans et trouvent du sang et des renseignements dans les couches
brables églises, autant lieux de culte, qu’écoles ou refuges. C’est les plus déshéritées de la population, parmi les mendiants et
les voleurs. La maison du Temple est le chapitre principal des

90
confié la supervision des travaux au Toréador Jules de Toulouse,
LES PONTS DE L’ LE DE LA CITÉ membre de la guilde maçonnique.

A u XIIIe siècle, le cœur de Paris n’est relié à ses rives


que par deux ponts : le Petit-Pont côté rive gauche et
le Grand-Pont côté rive droite. Ces ponts (principalement
La Grande Cour
Geoffrey du Temple tient sa Grande Cour sur l’Île de la Cité,
non loin de la récente cathédrale Notre-Dame.
constitués de bois), régulièrement fragilisés par les crues de La succession d’Alexandre et Saviarre ne fut pas des plus
la Seine, voire emportés, accueillent plusieurs maisons et simples et le chaos manqua de s’emparer de la société caïnite de la
boutiques (plus d’une centaine pour le seul Grand-Pont), ville. Le pire fut évité grâce au soutien de la reine Salianna, mais
ainsi que des moulins à eau qui alourdissent encore leur également de Mnemach dont les espions nosferatus parvinrent
structure. à isoler les plus fervents détracteurs de Geoffrey préparant un
Ces lieux de passage incontournables pour traverser la éventuel retour d’Alexandre, aidés dans leur tâche par plusieurs
Seine par voie de terre sont particulièrement surveillés et Tremeres dont les rituels permirent de maîtriser les plus ardents
aucun caïnite ne peut plus y installer son refuge, ceci afin opposants au nouveau prince-régent. Même l’évêque de l’Hé-
d’éviter le drame survenu lors de la destruction du Petit-Pont résie, Navarre, se garda d’ajouter de l’huile sur le feu et fit profil
au siècle dernier. En 1196, le Petit-Pont a été emporté par la bas malgré son brûlant désir de retrouver la comtesse Saviarre.
crue en plein jour. Deux caïnites (un sire et sa jeune progé- Plusieurs Ventrues (et quelques Lasombras), dont certains
niture) qui y avaient installé leur refuge furent arrachés de étaient très influents, furent bannis de Paris pour avoir refusé
leur torpeur diurne, plongés dans les flots et recrachés sur de prêter allégeance à Geoffrey, leurs biens confisqués. Cette
la rive, sous un grand ciel bleu hivernal, pour s’y consumer « purge » ne rendit pas Geoffrey populaire, mais une démons-
sous les yeux médusés de plusieurs bateliers et ouvriers tration de force était nécessaire afin d’assurer son autorité nais-
œuvrant à l’expansion de la ville. Cet incident n’aurait pas sante, assise par une reconnaissance (grâce à l’intervention de
eu de grandes conséquences si l’évêque Maurice de Sully Salianna) de son statut de prince par les puissants Ventrues
(celui qui commanda la construction de la cathédrale Notre- Mithras et Hardestadt, ce dernier refusant même l’hospitalité à
Dame et fit reconstruire le Petit-Pont dix ans plus tôt afin Alexandre, qu’il jugeait (à juste titre) instable et potentiellement
de le renforcer) n’avait pas été également présent par le plus dangereux.
grand fruit du hasard. La situation pourrait néanmoins évoluer, Geoffrey ayant
Fort heureusement, l’affaire fut étouffée et l’évêque prêté l’oreille à Julia Antasia et son infante Irmgard d’Augsburg,
choisit de prendre sa « retraite » dans la proche abbaye Saint- prince de Chalon. Celles-ci recherchent des alliés afin de contrer
Victor pour y mourir quelques mois plus tard, sans doute les fiefs de la cour de la Croix Noire d’Hardestadt, combattre les
de son grand âge. Cet ancien maître de l’école cathédrale reliquats de l’Hérésie caïnite et promouvoir l’idéal prométhéen.
de Paris, conseiller des rois Louis VII et Philippe II, était Salianna, alliée à Hardestadt ne voit pas d’un bon œil ce rappro-
l’un des plus grands érudits et théologiens de cette ville qu’il chement et craint de perdre son influence sur Geoffrey.
aimait par-dessus tout. D’ailleurs, de nombreux témoins La Grande Cour exerce son influence sur les caïnites et les
assurent avoir aperçu l’évêque après sa mort, se promenant institutions humaines par le biais des princes ayant prêté allé-
la nuit entre le chantier de Notre-Dame et le Petit-Pont… geance à Geoffrey ainsi qu’au travers des baillis et sénéchaux au
service direct du prince-régent et dont l’autorité surpasse théori-
quement celle des princes locaux (cf. page 26). Bien sûr, si cette
Templiers tout autant qu’une banque. L’université de Paris « centralisation » du pouvoir était globalement admise du temps
est un grand centre du savoir et un appeau puissant pour les d’Alexandre, il en va tout autrement et les princes se montrent
érudits caïnites de tous les clans. Notre-Dame est bientôt achevée souvent réticents à accéder aux désirs du prince-régent (surtout
et abrite depuis 1239 la couronne d’épines, un fragment de la lorsqu’il sentent l’influence de Salianna derrière ces décisions
Vraie Croix et plusieurs autres reliques de la Passion acquises par qui semblent parfois avantager discrètement la position des
Louis IX auprès de l’empereur Baudouin II de Constantinople princes Toréadors).
pour une somme colossale représentant plus que la moitié des Si dans la pratique Geoffrey est seul maître de la Grande
revenus annuels du domaine royal, soit 135 000 livres tour- Cour, l’influence de Salianna est manifeste même si elle se garde
nois (somme à laquelle auraient pu contribuer quelques puis- d’intervenir directement au risque de mettre un peu plus à mal
sants caïnites aussi pieux que fortunés). Le roi vient de lancer la position du prince-régent et de provoquer une nouvelle situa-
la construction de la Sainte-Chapelle, destinée à accueillir les tion chaotique qui desservirait ses intérêts à court terme.
reliques dès son achèvement en 1248. La matriarche Salianna,
qui commençait à jalouser les édifices élevés par ses vassaux, y La Trimarkisia
voit une formidable opportunité et regroupe les plus grands Le trio de chambellans connu sous le nom de Trimarkisia tient
artistes et architectes pour permettre la construction de l’un son nom d’une unité de cavalerie gauloise composée de trois
des plus étincelants joyaux du style gothique rayonnant. Elle a cavaliers. La matriarche nosferatu Mnemach aurait proposé ce
nom au prince-régent Geoffrey lorsque ce dernier songeait à

91
de Véronique d’Orléans et proche de Geoffrey) est responsable
LE PALAIS DE LA GRANDE COUR de la rive gauche et le trimarkisien de la Ville (Pierre Amaury,
Ventrue de 9e génération, également proche de Geoffrey) est
G eoffrey réside et tient sa cour dans une riche demeure
en pierre de taille originellement construite sous la
supervision de Saviarre au début du XI  siècle (peu après
e
responsable de la rive droite.
Bien que Mnemach ait souhaité voir l’un des trois postes
revenir à un membre de son clan, elle a dû se satisfaire du poste
la construction du palais de la Cité par le roi Robert II le
de prévôt, confié à son infant Guillaume, épaulé de son fléau
Pieux). Le bâtiment est entouré d’une enceinte de six mètres
Skiathos (un étrange Gangrel allié aux Nosferatus et provenant
de haut et de jardins. L’architecture intérieure de ce petit
d’une ancienne lignée grecque qui a développé la discipline
palais s’inspire de la Rome antique et de l’art carolingien,
Occultation à la place de la Force d’âme). La Trimarkisia permet
les plafonds étant recouverts de peintures et de mosaïques
à Geoffrey d’abandonner une grande partie de la gestion de la
sublimes et colorées à la gloire d’Alexandre (et de Saviarre),
ville pour se concentrer sur les affaires de la Grande Cour.
réalisées par les plus grands artistes mortels et caïnites.
En cela, la grande salle du rez-de-chaussée est un modèle Les antrustions
de splendeur ou explosent l’azur, la pourpre et l’or de
Ces caïnites ont juré fidélité au prince-régent Geoffrey et se
mosaïques rivalisant avec les plus belles œuvres byzantines
chargent de nombreuses missions pour son compte. Ils se
et mises en valeur par les immenses chandeliers suspendus
regroupent généralement en coteries au gré des affinités et du
dont les bougies semblent brûler indéfiniment sans jamais
type de missions qui leur sont confiées. Les plus respectés, ceux
se consumer (une magie renouvelée régulièrement par la
ayant fait la preuve de leur dévouement et de leur compétence,
Nosferatu Mnemach qui ne manque jamais de faire un arrêt
forment la garde personnelle du prince de Paris et agissent
devant l’une des représentations de Saviarre, à présent dissi-
également en qualité de conseillers extraordinaires. Salianna
mulée derrière un rideau noir).
surnomme ces derniers « les dames de compagnie de Geoffrey »
Bien que Salianna s’en soit offusquée, prétendant – à
(alors qu’on utilise à l’époque le terme de « dames d’honneur »,
juste titre – qu’elle possède les meilleurs artistes et arti-
présentant un aspect moins péjoratif).
sans et qu’il serait préférable de « repenser la décoration »,
Geoffrey a refusé d’apporter la moindre modification, si ce Les vigiles
n’est en faisant dissimuler les représentations de la comtesse
Les vigiles (en latin), ou « gardes de nuit », forment un corps
Saviarre derrière de lourds rideaux noirs. Certains pensent
d’élite constitué de chevaliers toréadors et de goules, inspiré des
qu’il ne voulait pas offusquer les caïnites qui respectaient
vigiles urbani romains. Créé par Salianna pour veiller sur Paris
Alexandre, d’autres prétendent qu’il ne se sent pas assez
et sa propre personne (ainsi que secrètement sur son infante
légitime, se considérant inconsciemment (ou non) comme
Hélène), il regroupe des combattants aussi redoutables que
un usurpateur. En réalité, Geoffrey souhaite conserver le
rapides, capables d’intervenir promptement en cas de nécessité
souvenir de son sire, non pas parce qu’il fut l’un des plus
(et ils ont l’œil et l’oreille partout). Le commandant, ou « préfet »
grands princes d’Europe, mais pour se remémorer tous les
selon l’appellation antique, des vigiles se nomme Antoine de
jours de ce qu’il en coûte, même pour les puissants, de faire
Montlhéry (Toréador, 8e génération). Les caïnites de ce corps ont
preuve d’hubris. le titre de « tribuns » et les goules sont de simples soldats. Les
Le palais abrite également de grands appartements vigiles regroupent une demi-douzaine de tribuns toréadors et une
(répartis sur les deux étages supérieurs) à destination de vingtaine de goules (sans compter les trois caïnites se trouvant à
Geoffrey et de ses invités. D’autres appartements, exigus, la cour d’Amour de Champagne, veillant sur la reine Hélène la
accueillent les serviteurs du prince-régent au rez-de-chaussée. Juste).
Le sous-sol accueille des thermes à la romaine dont un Les membres de ce corps ne répondent normalement qu’à
grand bain, ou natatio, dont l’eau est tiédie par un système Salianna, mais le prévôt nosferatu de Paris, Guillaume, a obtenu
de chauffage qui alimente également le reste du bâtiment. de Geoffrey qu’ils lui rendent compte et se mettent à son service
Geoffrey aime s’y détendre, entouré de ses goules les plus si nécessaire.
proches, d’anciens Templiers pour la plupart.
La cour d’Amour de Paris
Si Salianna tient sa cour dans sa demeure située non loin de la
diviser la tâche de chambellan entre trois caïnites différents (la Grande Cour de Geoffrey, sur l’Île de la Cité, elle aime organiser
plupart des Ventrues s’offusquèrent que le terme de Triumvirat des événements exceptionnels dans d’autres lieux prestigieux de
ne soit pas retenu, bien qu’il soit inadapté). la capitale, surtout ceux ayant un lien avec la cité antique, comme
Le trimarkisien du Palais (Gauthier de Nemours, Toréador le palais des Thermes et les arènes lors des douces nuits estivales.
de 8e génération proche de Salianna) est responsable de l’Île Ces soirées possèdent un faste sans égal et sont le théâtre de
de Paris et des deux ponts la reliant à chacune des rives (en prouesses intellectuelles (et parfois martiales) n’ayant pour but
1242, des deux îles, seule l’Île de la Cité est habitée), le trimar- que de divertir la reine de Paris en espérant obtenir ses faveurs.
kisien de l’Université (Valeria, Brujah de 9e génération, amie Les nuits d’hiver, sa cour se tient en sa demeure et l’ambiance

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y est plus propice aux secrets d’alcôves et aux manipulations,
alors que de grands braseros couverts, semblables à d’immenses LES ARTS
reliquaires, réchauffent les corps glacés des caïnites qui, plus que
jamais, se délectent du sang tiède des mortels.
L’amour étant rare au sein du couple, les mariages étant PBienaris bénéficie de l’action de nombreux caïnites impli-
qués dans les arts, quelle que soit leur forme.
sûr, Salianna dirige en grande partie l’action des
toujours arrangés entre les familles des conjoints, il est au mieux
remplacé par une forme de respect et ne vise qu’à la procréation Toréadors, participant au rayonnement de la capitale royale
et à la transmission de l’héritage au sein d’une lignée que l’on des Francs. Parmi les autres Artisans impliqués, on peut
espère prospère. D’ailleurs, l’une des questions les plus fréquem- citer la harpie Catherine de Montpellier et surtout Amadeo
ment débattues au sein des cours est : « L’amour peut-il exister de Venice, très impliqué dans les arts religieux (architecture
entre époux ? ». Même si l’amour se veut courtois, des idylles et mistères).
naissent et meurent, causant parfois des drames lorsqu’elles D’autres clans sont également impliqués, principale-
éclatent au grand jour. Mais on ne peut gagner au jeu de la fin’amor ment les Malkaviens qui peuvent se mêler facilement aux
qu’en surmontant le rite de l’assag (ou essai) qui consiste pour les troupes itinérantes de comédiens et de bateleurs. Parmi ces
amoureux à se coucher nus l’un à côté de l’autre sans se toucher derniers, Piotr le Rus’ s’est forgé une solide réputation, aussi
durant une nuit. Malheureusement, nombreux sont les mortels bien parmi les mortels que les damnés, Geoffrey appréciant
qui se soumettent à la tentation et consomment leur passion les représentations de sa troupe (au contraire de Salianna
(une faute difficilement dissimulable face à des arbitres aussi et, sans surprise, des autres Toréadors qui les jugent « gros-
« perspicaces » que les Toréadors). Certains caïnites se livrent à sières » et doutent que leur clan ait pu engendrer pareil
l’assag, aussi bien avec des mortels que d’autres vampires, mais ils « pitre », surtout lors de ses excès coutumiers à l’occasion
sont fort rares (sans doute parce qu’ils savent ce qu’ils encourent de la fête des fous).
s’ils ne peuvent refréner leurs désirs alors qu’ils sont souvent
aiguillonnés aux limites de la frénésie pour rendre le rite plus
« intéressant »). Le trouvère toréador Gautier d’Arras (11e généra-
tion) est le juge de l’assag à la cour d’Amour de Paris et c’est lui La fondation tremere de Paris
qui applique les sanctions décidées par Salianna en cas de faute Située dans le quartier de l’université, la fondation tremere dissi-
de la part des amants qui ne respecteraient pas le vœu de cour- mule sa nature véritable sous l’apparence d’un établissement
toisie amoureuse qu’ils se sont promis l’un à l’autre. Mieux vaut d’enseignement à la façade délabrée, prenant bien garde d’attirer
alors pour eux qu’ils soient prêts à faire face aux humiliations, l’attention des frères mendiants. Les seuls étudiants acceptés
parfois mortelles, qui les attendent. La reine Salianna ne plai- sont bien sûr ceux qui ont connaissance de la nature occulte
sante pas avec la pureté et la vertu inhérentes à l’amour courtois. du lieu, de futures recrues pour la maison Goratrix, aussi bien
Bien sûr, la cour d’Amour est également le lieu de jeux poli- en tant que goules que futurs membres du clan à part entière.
tiques se tenant en marge de la Grande Cour et permettant à La fondation de quatre étages abrite également en son sein un
Salianna d’affirmer son statut et son autorité sur les caïnites de système de tunnels donnant sur plusieurs salles souterraines,
Paris, une situation qui déplaît fortement à Geoffrey, gagné par d’anciennes catacombes, dans lesquelles sont conduites les expé-
une certaine paranoïa depuis quelque temps. Par conséquent, le riences et recherches les plus « sensibles ». Des goules scrutent
prince envoie des caïnites de confiance afin d’observer discrète- les allées et venues à proximité en journée, relayées par de fidèles
ment ce qui pourrait se tramer dans son dos. gargouilles la nuit venue. Différentes protections mystiques
défendent les accès.
Les Belles Dames sans merci Le régent Goratrix, membre du Cercle intérieur tremere, est
Sous ce nom se dissimulent les redoutables harpies de la cour l’un des plus puissants Usurpateurs. Bien qu’il soit « jeune »,
d’Amour de Paris. Au nombre de quatre  : deux Toréadors sa génération et ses connaissances thaumaturgiques en font un
(Catherine de Montpellier, qui entretient une profonde rivalité adversaire formidable qu’il vaut mieux éviter de se mettre à dos.
avec le roi Étienne de Poitiers, et Versancia), une Brujah (Margaux Heureusement, il se consacre presque exclusivement à retrouver
de Courtenay) et une Ventrue (Adelsinde d’Amboise), ces caïnites sa place au sein de la fondation de Ceoris, lui qui se considère
se plaisent à rabaisser leurs semblables à la moindre erreur, détrui- comme exilé par Tremere en personne et en nourrit un profond
sant une réputation d’un mot, d’un geste ou d’un regard. ressentiment qui le dévore tel un brasier. Goratrix confie donc
Toutes ont un niveau de Présence élevé et se plaisent à les rênes de la politique à son châtelain, Lucubratio, un caïnite
inspirer l’amour et la crainte parmi les mortels fréquentant connu pour son palais exceptionnel et sa grande passion pour le
la cour d’Amour parisienne. Depuis peu, à la demande de sang humain, principalement celui de sa goule Isabella dont il
Salianna, elles ont accepté de former quelques « disciples » afin prétend que la saveur n’a pas égal.
de les envoyer dans les différentes cours toréadors, agissant en Politiquement, la participation de Goratrix à la défaite
tant qu’ambassadrices (et espionnes). d’Alexandre lui a permis d’obtenir plusieurs faveurs de la part
de Salianna, Geoffrey et même – dans une moindre mesure –
Mnemach, abandonnant définitivement la fondation de Rouen

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pour s’installer à Paris. Au plus fort des croisades albigeoises, Le Dédale nosferatu
il fut l’un des artisans de la destruction de la fondation des Sous l’Île de la Cité s’étendent les souterrains nosferatus,
mages hermétiques de la Crête des Brumes et de nombreux domaine de Mnemach et de ses « enfants », dont la population
Salubriens de la caste des guérisseurs dissimulés parmi les rangs ne cesse d’augmenter. De nouvelles voies ont été excavées et les
des hérétiques. Son objectif est maintenant d’éliminer l’ordre tunnels forment un labyrinthe mêlant passages secrets et pièges
du Temple dont la puissante commanderie de Paris accueille des ingénieux, œuvres de Nicodemus, un architecte nosferatu de
mages redoutables pour les caïnites, mais également quelques génie appartenant à la guilde maçonnique, tout comme l’Artisan
Salubriens de la caste des guerriers et Brujahs prométhéens. Jules de Toulouse qui supervise les travaux de Notre-Dame. Les
Parallèlement, il cherche à parachever son œuvre et améliorer deux caïnites rivalisent d’ailleurs pour le contrôle de la guilde,
ses gargouilles, déçu par son ancienne apprentie Virstania, espérant secrètement que maître Jacques (cf. page 124) ne subisse
restée à Ceoris. Son dernier sujet d’étude est une gargouille pas l’Étreinte alors qu’il approche de la mort.
créée à partir d’une Salubrienne venue du royaume d’Aragon Les principaux refuges des Prieurs se trouvent dans un orphe-
pour soutenir les albigeois. Cette dernière semble conserver une linat aux pieds de Notre-Dame et dans l’un des bâtiments de
formidable volonté et le souvenir de ce qu’elle était ainsi que de l’Hôtel-Dieu en cours de reconstruction et d’expansion en face
ses disciplines. Goratrix cherche à briser son esprit, la soumet- de la cathédrale. La matriarche nosferatu semble accorder une
tant à de longues séances de torture dont il se délecte, persuadé grande importance aux orphelins, indigents et malades, n’épar-
qu’elle est la clé qui lui permettra de créer des gargouilles encore gnant aucun effort pour améliorer leur condition et les protéger
plus puissantes. Mais celle qui dit se prénommer Rocia (7e si besoin.
génération) fait montre d’une résistance et d’une détermina- Bien que de plusieurs Nosferatus de Paris soient des
tion inébranlables, attendant le moment où elle pourra enfin Mnemachiens (cf. page 247), la plupart d’entre eux sont fascinés
échapper à la surveillance de ses geôliers et participer à la libéra- par le travail de Nicodemus, l’architecture et le travail de la
tion de ses nouveaux semblables. pierre, apprenant et développant des techniques qui forment la
De Rouen à Paris. Un miroir enchanté par la magie du sang base d’une école d’artisans nosferatus excellant dans l’art de créer
de Goratrix permettait à ce celui-ci de se rendre à la fondation de et aménager des espaces souterrains. Ces Enfants de la Pierre
Rouen en un instant et d’en revenir tout aussi vite. Bien qu’il ne (parfois nommés « Dédaliens ») ont même développé un pouvoir
l’utilise plus depuis plusieurs décennies, il fonctionne toujours. d’Occultation leur permettant de prendre l’aspect d’une statue,
La vitae alchimique. Désirant étreindre massivement pour certains pouvant même en user durant leur torpeur diurne afin
renforcer sa maison, Goratrix s’est heurté à un problème de de prendre l’apparence d’un gisant.
taille : impossible de nourrir autant de caïnites sans attirer l’atten-
tion, comme ce fut le cas en 1135 et que de nombreux nouveau- Hérésie et caïnites
nés tremeres en payèrent le prix, valant à Goratrix un avertisse- Depuis la destruction de l’évêque de l’Hérésie caïnite Antoine
ment de la part d’une délégation de Ventrues et de Lasombras de Saint Lys en 1223, victime de sa folie et incinéré par le
lui enjoignant de respecter la proportion proie/prédateur. Le pouvoir de la Vraie Foi, Navarre est devenu évêque de Paris.
régent tremere confia donc la tâche à Lectora, l’alchimiste de la Mais Navarre est très éloigné de Saint Lys, contre lequel il se
fondation, de créer un sang artificiel. En 1141, Lectora réussit à retourna peu avant qu’il ne rencontre la Mort ultime. Le nouvel
élaborer un procédé alchimique en extrayant la vitae d’un caïnite évêque ne croit pas en cette doctrine et n’est guère affecté par la
(« vivant ») au travers de tout un réseau de tubes, de cuves et destruction de la Curie écarlate. En réalité, il vénère l’Abysse qui
d’alambics, le mêlant à certains organes de créatures exotiques, représente le véritable pouvoir.
oligo-éléments et une petite quantité de vis (l’énergie mystique Navarre participe à réduire à néant ce qu’il reste de l’Hérésie
que les mages nomment quintessence). Le résultat fut spectacu- pour rester dans les bonnes grâces de Geoffrey, conscient qu’il
laire avec un rapport d’un pour dix entre la vitae prélevée et la n’a rien à gagner, et peut-être même tout à perdre, si le fragile
vitae alchimique ainsi obtenue. Bien que cette vitae artificielle équilibre de la politique caïnite venait à éclater.
ne soit d’aucun intérêt dans la pratique de la magie du sang Il entretient des relations tendues avec les Nosferatus, les
et que son goût soit immonde, elle peut se conserver un mois Oubliettes du Lasombra commençant à s’étendre dans certains
et résiste aux températures extrêmes. Malheureusement, cette passages souterrains des Prieurs, dont l’un des plus jeunes
vitae alchimique a des effets secondaires terribles sur les caïnites membres aurait disparu sans laisser de trace, peut-être happé par
(uniquement des nouveau-nés tremeres) qui en ont consommé les ténèbres vivantes qui s’étendent dangereusement sous Notre-
de grandes quantités : ces derniers deviennent instables et Dame et ses alentours, formant des « poches » disparaissant aussi
sombrent aisément dans la frénésie. À son grand déplaisir, rapidement qu’elles apparaissent, comme si elles recherchaient
Goratrix a dû charger sa lieutenante Frondator d’éliminer les quelque chose.
nouveau-nés représentant une menace pour la réputation de Le lien des ténèbres : en réalité, Navarre a tissé un lien étrange
la fondation, tâche dont elle s’acquitte avec zèle et une bonne avec les ténèbres qui agissent comme une extension de ses désirs
dose de sadisme. Finalement, ce qui aurait dû être une percée profonds. Agissant par tâtonnement, elles recherchent la source
fondamentale pour les Tremeres, leur permettant d’obtenir un de l’obsession de l’évêque lasombra dont elles ressentent la
important statut parmi les hauts clans, s’est transformé en fiasco. présence proche : Saviarre. Des flétrissures de ténèbres vivantes

94
se manifestent de plus en plus loin dans les dédales nosferatus, L’université
étendant leurs longs et fins appendices pour en tâter chaque La rive gauche accueille l’université et les nombreux lieux de
recoin, avant de disparaître pour reparaître ailleurs, s’évanouis- débauche dans lesquels les étudiants passent leurs soirées (et
sant à l’approche d’un Prieur. Bientôt, l’un de ces appendices leurs nuits). Les incidents sont nombreux à cause des esprits
caressera le corps de Saviarre et Navarre saura instinctivement échauffés par l’alcool, les agressions courantes et la prostitu-
où elle se trouve, à moins que les ténèbres ne la transportent tion, vue d’un très mauvais œil par le roi, a investi les établis-
directement jusqu’à lui… sements de bains, souvent ouverts la nuit contrairement à tous
Albi et l’Opus Dei : le Malkavien Albi a réuni autour de lui les autres lieux de « divertissement » (preuve de l’influence du
un petit groupe de fidèles, mortels comme caïnites, partageant Setite Jean-Baptiste de Montrond, qui possède également bon
ses idées dualistes. Parmi eux se trouvent d’anciens membres de nombre de débits de boissons et d’établissement de prostitution
l’Hérésie caïnite haïssant l’évêque Navarre qui ne souhaite que réservés aux plus aisés et satisfaisant les goûts les plus exotiques…
leur destruction. Albi leur a expliqué qu’ils pouvaient réaliser ou ouvertement déviants). La protection dont bénéficiaient les
l’œuvre de Dieu sur terre en libérant la cathédrale de l’influence écoliers et étudiants sous Philippe Auguste contre les officiers
néfaste de Navarre et en arrachant le pouvoir des mains des royaux (y compris le prévôt de la ville) a heureusement été levée
Toréadors et des Ventrues. Si le Malkavien ne sait toujours par Louis IX après la fameuse grève de 1229 et le bras de fer qui
pas comment renverser la Grande Cour et les cours d’Amour, s’en est suivi. Il est à noter que l’université de Paris regroupe,
il connaît quelqu’un qui pourrait certainement l’y aider : la entre maîtres et élèves, près de dix mille personnes, soit la popu-
comtesse Saviarre. Obsédé par l’ancienne alliée d’Alexandre, lation d’une petite ville.
Albi a récemment eu une vision confirmant ses soupçons : la En ce milieu de siècle, une vive querelle oppose les Brujahs
comtesse est toujours à Paris, emprisonnée quelque part, et il et les Cappadociens. Les premiers soutenant les maîtres sécu-
sait que l’évêque Navarre pourrait le conduire à elle, même si le liers (les prêtres et chanoines vivant avec les laïcs), les seconds se
Lasombra l’ignore encore… rangeant derrière les maîtres réguliers (appartenant à un ordre
religieux et soumis à une règle, principalement les bénédictins
La sainte recluse des Innocents
Paris accueille quelques-uns des Malkaviens les plus dévots qui
soient. D’abord organisés autour de Pierre l’Imbécile, d’autres LES RAVNOS
ont été touchés par leur rencontre avec son infant, Anatole, lors PHAEDYMITES DE PARIS
de sa venue et de sa confrontation théologique avec l’évêque

L
Antoine de Saint Lys en 1223. ongtemps éloignés de Paris sous le règne d’Alexandre
Mais l’une des plus célèbres Malkaviennes de la ville est qui vouait une haine farouche à ces « vagabonds et char-
Anthéa, la recluse des Saints-Innocents. Enfermée de sa propre latans » selon ses propres dires, les Ravnos sont à nouveau
volonté depuis près d’une décennie dans une minuscule cellule acceptés dans la ville, Geoffrey appréciant particulièrement
accolée à l’église, un étroit soupirail muni de barreaux pour les Phaedymites suivant la voie de la Chevalerie. Il se dit
seule ouverture sur la rue et le monde extérieur, elle demeure en même qu’il entretiendrait une relation avec l’une d’entre
contemplation, tapie dans un coin où le soleil ne peut l’atteindre eux, une certaine Malaquita (Ravnos, 7e génération) dont
même en pleine journée. la beauté, la grâce, l’intelligence et les prouesses martiales
Les mortels respectent les reclus et leur offrent de la nourri- seraient impressionnantes, d’autant que sa maîtrise de la
ture et de l’eau au travers du soupirail, mais tous savent qu’Althéa Chimérie lui permet de réaliser des actions de combats
poursuit un long jeûne lui permettant d’atteindre un état de imprévisibles, tout en lui permettant d’éviter les attaques
béatitude total et de converser, dit-on, avec Dieu. Et chacun sait adverses (cf. page 240). Salianna ferme les yeux sur cette
que, tel le Christ dans le domaine de Gethsémani, elle ne prie « passade » qui a le mérite d’éloigner un peu plus Geoffrey
et ne s’entretient avec le Divin que durant la nuit. Nul membre des affaires politiques et de lui laisser un peu de champ
de l’église, pas même les frères prêcheurs, n’ose interrompre son libre. Bien sûr, si l’influence de Malaquita sur le prince-
long jeûne contemplatif. Qui oserait remettre en cause la nature régent venait à s’affermir, elle ne serait qu’une victime colla-
d’une future sainte ? térale de plus des ambitions de la reine de Paris.
Les caïnites, eux, savent qu’en échange d’un peu de sang
d’un mortel dévot, pris sans violence ou librement concédé
sans forme de coercition surnaturelle, Althéa acceptera de ARISTOTLE DE LAURENT
répondre à l’une de leurs questions (et une seule). Dans ce cas,
la Malkavienne utilise une combinaison de disciplines mêlant
Aliénation ••• et Auspex •••• pour projeter une vision dans L e célèbre nodiste, sire adoptif du Gangrel Beckett, né
à Paris en 1101 et étreint dans la seconde partie du
XII  siècle, n’est probablement plus actif dans la France de
e
l’esprit de sa cible. Comme avec le pouvoir Yeux du chaos, cette
« révélation » est très sibylline et nécessite d’être interprétée, mais 1242. Grand voyageur, il est fort plausible qu’il se trouve en
elle est toujours vraie et utile. Althéa n’utilise ce pouvoir qu’une Italie à cette époque. Peut-être même est-il sur le point de se
seule fois par nuit et jamais deux fois sur la même personne. diriger en Terre sainte depuis Venise…

95
et cisterciens). Les réguliers auront gain de cause, mais en 1242 Saint-Denis est au cœur du domaine royal et l’on y conserve
les tensions existent entre les deux modes de vie, malgré l’impor- les regalia (les couronnes royales – celle du sacre et celle des
tant soutien apporté par Louis IX aux réguliers dominicains et banquets – et Joyeuse, l’épée de Charlemagne), ainsi que l’ori-
franciscains. Ce sont ces deux ordres mendiants qui auront fina- flamme. Depuis 1223 et Louis VIII, le sacre organisé à Reims
lement la préséance. est suivi d’une messe à Saint-Denis où le roi porte la couronne
L’implantation des dominicains et franciscains à Paris est et ouvre la cérémonie rituelle de la première entrée dans Paris.
directement liée à l’université et va conduire à une présence À partir du Xe siècle, Saint-Denis accueille l’une des plus
accrue de l’Inquisition de l’ombre représentée par la Société de importantes foires de France : la foire du Lendit. Celle-ci se tient
Léopold, principalement sur la rive gauche et à proximité du en juin dans le bourg, durant les trois semaines précédant la
château de Vauvert. Saint-Jean, à un moment où ne se tient aucune des six foires de
Champagne. La foire du Lendit constitue un important point
Saint-Denis économique où l’on croise des marchands flamands, brabançons,
normands, champenois et même italiens, grâce à la position de

L ieu de la dernière demeure du saint éponyme ainsi que


des souverains depuis le VI  siècle, l’abbaye de Saint-Denis
e

aurait accueilli de nombreux miracles, donnant l’impression que


la foire de Saint-Denis sur la route menant aux foires de Flandre.
Depuis 1215, il est interdit aux marchands de vendre dans les
Halles de Paris durant la foire pour favoriser cette dernière.
les rois francs étaient sous la protection de Dieu. Mais la foire du Lendit est également un lieu de fête et la
L’abbatiale est embellie sous Charlemagne et dotée d’une reine Salianna y tient traditionnellement une cour particu-
enceinte afin de la protéger des raids vikings, mais grandement lière lors de la Saint-Guy, second jour de la foire. Saint-Denis
reconstruite sous l’impulsion de l’abbé Suger dans la première abritait les reliques de saint Guy jusqu’au IXe siècle et leur
partie du XIIe siècle. La nécropole royale est encore agrandie vers transfert vers la Saxe, leur déplacement s’étant accompagné de
1231, par ordre de Louis IX et Blanche de Castille, ceci afin de nombreux miracles. Depuis, saint Guy est devenu le protecteur
réorganiser les tombeaux des souverains mérovingiens, carolin- des personnes atteintes de chorée et des épileptiques, lesquels,
giens et capétiens. sentant une aggravation de leurs symptômes à l’approche de la

96
fête du saint, se rendent dans une église lui étant consacrée pour Puis, profitant qu’il pouvait agir en plein jour grâce au pouvoir
y danser et, pensent-ils, se libérer de leur mal. Lors de la cour Benedictio vitae (et ainsi limiter les suspicions envers des forces
extraordinaire de Salianna, nommée la « Carole nocturne », se démoniaques agissant sous le couvert de la nuit), il frappa ce
tiennent de nombreuses danses réunissant mortels, goules et cadavre à l’endroit où il souhaitait blesser Gervèse, ouvrant
caïnites. Traditionnellement, cette nuit est censée abattre les de larges plaies sur son corps alors qu’il se promenait dans les
barrières sociales alors que les vampires se mêlent aux mortels, jardins de l’abbaye. Nul ne sait cependant comment Hieronymus
mais seuls les plus jeunes suivent cette tradition, parfois rejoints a pu berner les pouvoirs des membres de la Société de Léopold
par quelques ancillae. Les anciens jugent cette fête dégradante afin qu’ils ne découvrent pas l’origine surnaturelle de cette mort,
et déshonorante. Salianna considère cette nuit de la Saint-Guy mais peut-être que la magie sympathique dont il a usé est au-delà
comme sa version des Saturnales romaines. de la perception des moines rouges…
Au XIIIe siècle, le bourg de Saint-Denis s’étend pour devenir
une petite ville comptant plusieurs milliers d’habitants, profi-
tant de son port sur la Seine et de son affluent : le Croult. L’ÉTRANGE MESSAGER
L’abbaye de Saint-Denis est maintenant le cœur de la Société
DE HIERONYMUS
de Léopold et plus principalement de l’Ordre Rouge de Saint
Théodose (cf. page 151). Depuis la mort « miraculeuse » de
l’abbé Gervèse le Fèvre et son remplacement par l’abbé Pierre
le Blême, âgé et d’une santé fragile, l’action de l’Inquisition de
C ertains caïnites ont eu la surprise d’être visités par un
fantôme capable de leur apparaître et de leur délivrer des
messages de la part d’un certain Hieronymus. La particula-
l’ombre a faibli sur la région. Mais un protagoniste agit dans
rité de cet esprit, c’est qu’il tient sa tête décapitée dans ses
l’ombre…
mains, comme les représentations de saint Denis. Se faisant
Un étrange Cappadocien se faisant appeler Hieronymus
simplement appeler « le Céphalophore », il délivre des aver-
réside dans le bourg de Saint-Denis et aurait ses entrées au sein
tissements aux caïnites susceptibles d’être la cible des moines
même de l’abbaye et de la nécropole royale. On sait peu de choses
rouges de l’abbaye de Saint-Denis, si son maître les juge
à son sujet, mais il semble assez ancien et sa présence en plein
dignes d’être sauvés de la vindicte de l’Inquisition de l’ombre.
jour implique qu’il maîtrise au moins la voie de Nécromancie du
Cadavre dans le monstre.
En réalité, Hieronymus était l’un des compagnons du futur
saint Denis au IIIe siècle, mais il fuit lorsque les hommes du
gouverneur romain de la province vinrent chercher le saint pour
l’exécuter. Rongé par les remords, sa lâcheté et son absence de
Senlis (évêché)
foi, il tenta d’expier par tous les moyens et se consacra entiè-
rement à Dieu, attirant l’attention d’un puissant Cappadocien
itinérant converti au christianisme depuis peu.
L ’ancienne cité romaine nommée Augustomagus (« marché
d’Auguste »), devenue évêché au cours du IV  siècle, entre
e

dans l’histoire en juin 987 lorsque le duc de France Hugues


Pendant des siècles, Hieronymus voyagea avec son sire, Capet y est élu roi des Francs. Depuis le XIe siècle, la famille
d’abord en Italie, puis en Terre sainte, remontant et étudiant des seigneurs de Senlis (comprenant également Chantilly et
l’histoire du christianisme. Sa maîtrise de la voie des Cendres Ermenonville) possède le titre de Bouteiller de France et a la
reste énigmatique, celle-ci étant considérée comme la propriété charge d’administrer les vignes du domaine royal en échange
des Giovanis. Cependant, certaines rumeurs prétendent que d’une rémunération prélevée sur certaines abbayes royales.
Hieronymus aurait rencontré Cappadocius en personne et bu Comptant parmi les demeures des rois de France depuis
son sang, ce qui lui aurait donné la vision de ce qui se passe Hugues Capet, Senlis possède un château royal, une cathédrale
au-delà de la vie et de la mort, ainsi que des connaissances et (Notre-Dame), plusieurs églises et abbayes d’importance, dont
pouvoirs qui surpassent ceux des autres caïnites de sa génération deux fondées dans la seconde partie du XIe  siècle : Saint-Vincent
et de son ancienneté. (augustins) et Saint-Remy (bénédictins). En 1170, l’ordre des
Au début du XIIIe siècle, lors de son retour sur les lieux où Hospitaliers y fonde une commanderie et un hôpital, détenant
saint Denis se serait effondré après avoir parcouru plusieurs kilo- en outre d’importantes possessions immobilières se traduisant
mètres en portant sa tête décapitée entre les mains, Hieronymus par des terrains, mais également de nombreuses habitations, ce
fut heureux de découvrir une abbaye prestigieuse et une nécro- qui en fait l’une des grandes puissances du diocèse, devançant
pole où les rois francs reposent au côté du saint. Il fut néanmoins même les seigneurs de Senlis.
grandement peiné de constater que ce lieu était « perverti » En ce XIIIe siècle, la ville est à son apogée (elle connaîtra son
par les moines rouges dont il juge les pratiques et l’arrogance déclin au siècle suivant, croulant sous les dettes). Elle bénéficie
contraires aux préceptes du saint dont ils occupent la demeure. d’une charte communale (1173) qui lui permet d’être indépen-
Voyant dans l’Ordre Rouge une gêne, mais également une dante du roi et d’ainsi disposer de nombreux avantages qui
opportunité, il s’occupa d’abord d’éliminer Gervèse le Fèvre. créent un véritable exode rural en son sein, faisant exploser
Hieronymus utilisa le fouet avec lequel l’abbé se flagellait parfois sa superficie en quelques années, au point qu’elle atteint ou
afin de lier son corps à celui d’un homme récemment décédé. surpasse celle de Paris (sans pour autant en posséder la dense

97
population). En 1242, une nouvelle enceinte, héritage de l’obses- La cathédrale Saint-Étienne, dont la construction débuta en
sion de Philippe Auguste en la matière, est toujours en cours de 1135, est le premier ouvrage de style gothique, se caractérisant
construction et sera achevée à la fin du siècle. par une silhouette plus massive et moins élancée que les édifices
Les halles de la ville accueillent principalement des négo- qui fleuriront par la suite. Elle n’en demeure pas moins un
ciants en fourrure, cuir et laine, ainsi qu’en vin, que la région monument remarquable et imposant. Un palais archiépiscopal
produit en grandes quantités. récent (1230) jouxte la cathédrale et accueille l’archevêque.
Bien que le Brujah Quentin de Senlis soit une personnalité Parmi les nombreux monastères que compte Sens, on peut
importante de la ville depuis la fin du XIe siècle, son rôle de bailli noter Saint-Jean-l’Évangéliste (augustins), Saint-Pierre-le-Vif et
auprès de la Grande Cour ne lui permet plus de résider aussi Saint-Remy (bénédictins).
souvent qu’il le souhaiterait à Senlis et Geoffrey y a placé un Sens possède un passé occulte important. Dès l’Antiquité, le
proche en tant que prince : le Ventrue Arthaud de Nemours, qui culte de Saturne y est attesté par un temple, dont les restes gisent
a largement bénéficié des connaissances de sénéchal de Quentin maintenant sous la ville. Sens accueillit également durant des
et ne prend aucune décision importante sans en faire part au siècles une puissante cabale de mages des Voies messianiques (cf.
Brujah. Arthaud est également proche du Ventrue poitevin Ebles page 180). Les heurts réguliers les opposant aux caïnites de la cité
le Croisé qu’il soutient discrètement dans sa tentative de prise de ont dégénéré en guerre ouverte qui s’est soldée par la destruction
pouvoir sur Poitiers, lui transférant une partie des importantes de la fondation des mages lors des pillages omeyyades de 732.
ressources de Senlis, avec l’accord de Quentin (sans savoir que C’est à la faveur de cette victoire que deux anciens Lasombras,
les deux caïnites ont forgé une alliance avec Esclarmonde la Prima et Secundus, ont pris le pouvoir, dirigeant tous deux leur
Noire, la reine paria de Toulouse). cour de la Nuit, faisant preuve d’une cruauté qui fit leur réputa-
L’explosion démographique de la ville a également attiré de tion et caractérisa leur « règne ».
nombreux caïnites, y compris quelques furores dont l’influence En 966, une cabale de mages connue sous le nom des Enfants
et les activités commencent à déstabiliser la politique caïnite de Saturne (cf. page 175) s’établit secrètement à Sens. L’année
locale. La proximité de Senlis avec la capitale a récemment suivante, ils découvrent les ruines souterraines d’un ancien
décidé Geoffrey à prendre des mesures radicales et la situation temple dédié à Saturne dont ils connaissaient l’existence par
dans la ville pourrait rapidement dégénérer entre furores et d’anciens textes. Mais le temple n’était pas vide, un ancien
représentants du prince-régent. caïnite s’y trouvait, paralysé par un pieu de bois d’if à la dureté
incomparable. Le vampire, visiblement lié au culte de Saturne de
Sens (archevêché) par ses bijoux et ce qui subsistait de ses vêtements, fut libéré de
l’emprise de la torpeur et nourri du sang des mages.

L ’ancienne capitale de la tribu gauloise des Senones est


devenue une importante cité romaine sous le nom d’Age-
dincum (ou Agendicum). Le nom actuel de Sens est dérivé des
Ce Lasombra millénaire, qui disait se nommer Dedra, décou-
vrit bien vite que les responsables de son long « emprisonne-
ment », ses deux infants Prima et Secundus, régnaient sur l’an-
Senones, donc le chef Brennos mit Rome à sac en –390. cienne Agendicum. Sa fureur fut totale et trouva un écho chez
D’abord évêché dès le IIIe siècle, Sens devint probablement les Enfants de Saturne qui incendièrent la cité (le quartier de
archevêché à la fin du VIIe siècle. L’archevêque de Sens, fait l’archevêque et ses édifices religieux) et débusquèrent les deux
primat des Gaules par le pape dès la fin du IXe siècle, exerce son princes lasombras. Tel Saturne qui dévora ses enfants, Dedra en
influence sur les évêchés d’Auxerre, Chartres, Meaux, Nevers, fit de même avec sa progéniture, s’abreuvant de leur sang et de
Orléans, Paris et Troyes. Les archevêques de la ville ont égale- leurs âmes.
ment couronné de nombreux rois de France, principalement du Depuis 967, Dedra est prince de Sens. Il se moque perti-
IXe au Xe siècle, définitivement supplantés par la suite par les nemment de l’Église, se moquant des autres membres de son
archevêques de Reims. clan mais se gardant bien d’interférer dans leurs affaires, préfé-
Preuve de l’importance de la ville : elle est la cible des rant ressusciter le culte saturnien orgiaque et sanglant. Lors de
Omeyyades en 732, peut-être dans le but de diviser l’armée chaque fête des fous, les caïnites (et quelques autres êtres surna-
franque. Le pape Alexandre III s’y fixe également durant près turels) ayant contrarié le prince ou la cabale, sont éliminés. Leur
de trois ans, de 1163 à 1165, alors qu’il est contraint de s’exiler sang est magiquement conservé par les mages qui le consom-
sous la pression de l’empereur Frédéric Ier Barberousse qui ne ment afin de prolonger leur existence et en nourrissent Dedra
le reconnaît pas en tant que pape et vient d’être excommunié. dont l’ancienneté ne lui permet plus de se contenter du sang
Dans la seconde partie du XIe siècle, la ville intègre le des mortels.
domaine royal. Le roi de France y séjourne occasionnellement, Dedra considère comme ridicule cette « guerre des Princes »
y possédant un palais. Sens perd ce rôle de demeure royale avec qui anime l’Europe depuis peu. S’il a fait montre de respect
Philippe Auguste, mais bénéficie alors d’une charte communale envers Alexandre, reconnaissant sa puissance et lui prêtant
lui assurant une certaine indépendance. même une allégeance de circonstance, il a refusé d’en faire de
Le 27 mai 1234, l’archevêque de Sens célèbre en sa cathédrale même pour Geoffrey. L’irritation du prince-régent a trouvé un
le mariage de Louis IX et Marguerite de Provence (elle a treize écho chez des Lasombras « d’église » et plus particulièrement
ans, il en a vingt). Marguerite est couronnée reine le lendemain. auprès du prince-cardinal de Tours, Foulques de Beaulieu, qui

98
souhaite ardemment intégrer l’archevêché dans son giron avant se plonge dans les textes anciens qu’elle a réussi à sauver de la
que les agissements du prince de Sens n’attirent l’attention de destruction, préservant l’héritage du Dracon. La position très
l’Inquisition. Une confrontation directe est impensable, Dedra excentrée du monastère obertus lui permet de ne pas tomber
disposant de ressources magiques dont il est difficile de saisir sous la coupe des Tzimisces de Transylvanie, serviteurs aveugles
l’ampleur. Si seulement quelqu’un pouvait enquêter discrète- du démon Kupala.
ment sur place…
Intrigues franciliennes
• Le Roi Ladre. De très nombreuses maladreries sont fondées
LA F TE DES FOUS sur le diocèse de Beauvais, la plus importante étant celle de
Saint-Lazare, située au sud-est, juste à l’extérieur de la ville.

A pparue au XIIe siècle, cette fête typique du Nord Depuis peu, de nombreux Nosferatus ont commencé à se
se déroule du 26 au 28 décembre, jour des Saints- réunir et à investir les différentes léproseries des alentours de
Innocents. À cette occasion, diacres, clercs et chanoines Beauvais. Des rumeurs font état d’un certain Roi Ladre ayant
renversent la hiérarchie et parodient les rites et cérémonies créé une cour nosferatu dont nul ne connaît l’emplacement
sacrées le temps d’une journée. exact. Quant aux motivations du « souverain », elles sont pour
Bien évidemment, la nature même de cette fête et son le moins obscures, même s’il ne fait aucun doute qu’il cherche
origine religieuse désignent les Malkaviens comme ses à amasser une grande quantité de secrets, tout en se moquant
instigateurs. Cependant, la cabale des Enfants de Saturne ouvertement des cours des hauts clans qu’il méprise.
et le Lasombra Dedra s’arrogent la paternité de cette fête, Selon certains, le Roi Ladre posséderait d’importantes
inspirée des Saturnales romaines. Piquées au vif, certaines connaissances en Thaumaturgie ainsi qu’en Nécromancie. Et
Cassandres comptent éliminer ces présomptueux qui ont si personne ne trouve sa cour, c’est qu’elle se situerait dans les
fait de la ville de Sens leur domaine. Terres d’Ombre, parmi les fantômes dont certains semblent
également lui vouer un culte.
La vérité : le Roi Ladre est le premier mortel étreint par Drutalos,
Forêt de Bière le sire de la matriarche nosferatu de Paris : Mnemach (cf.
page 208). Déçu par cet infant qui corrompait les rituels sacrés

A ncien nom de la forêt de Fontainebleau, cette forêt royale


est l’une des résidences de chasse préférées des Capétiens à
partir de Philippe II Auguste.
des druides, Drutalos tenta de la détruire et crut y parvenir.
Mais son disciple maîtrisait une terrible magie, vénérant les
sombres divinités chtoniennes, et il parvint à échapper à la
Après la chute de Constantinople en 1204, de nombreux Mort ultime, se réfugiant dans les Terres d’Ombre. Pendant
réfugiés caïnites souhaitant se rendre à Paris se virent interdire des siècles, il a attendu et patiemment observé. Alors que
l’entrée par Alexandre et Saviarre et durent s’établir dans la son sire devrait bientôt sortir de sa torpeur millénaire, il
forêt de Bière. Le camp de réfugiés devint rapidement un enfer, compte prendre sa revanche et l’éliminer en même temps que
n’offrant aucun refuge sûr, il était de plus déserté par les mortels Mnemach, cette infante chérie à laquelle Drutalos a confié
effrayés par les brigands qui arpenteraient la région. Se nourrir la garde de son corps en torpeur. Le Roi Ladre possède un
devint bientôt une lutte quotidienne et l’évacuation des caïnites important réseau de Nosferatus qui lui sont fidèles, mais
vers d’autres régions, principalement celles du sud, fut vécue également de fantômes qui l’aident avec ferveur. Il est égale-
comme un soulagement par ces vampires venus d’Orient… qui ment connu pour posséder un haut niveau de Domination,
déchantèrent rapidement. dont il se sert afin de manipuler à leur insu de nombreux
Près de vingt ans après l’évacuation des réfugiés caïnites, la pions caïnites.
forêt conserve toujours une triste réputation pour les habitants • Eilam, l’hagiographe. L’ancien Toréador, sire du prince Servius
des alentours qui évitent encore de s’y aventurer, même pour le Pénitent, est connu pour avoir accumulé de nombreuses
chasser (d’autant que la mort les attend s’ils se font prendre à informations sur des centaines de saints chrétiens ; leur vie
braconner sur un domaine de chasse royal). (vita), leur martyre (passio) et même leurs miracles (miracula).
C’est ici, près de Milly-la-Forêt, que se sont établis le Tzimisce Il est fort probable que ce soient ses écrits qui serviront à
Theophilos ainsi que plusieurs serviteurs appartenant à la famille Giacomo da Varazze, dominicain et futur archevêque de
de revenants des Obertus. Ces Enfants du Dracon, demeurés à Gênes, lorsqu’il rédigera sa Legenda aurea (Légende dorée)
Constantinople bien après le départ du « Saint-Esprit », n’eurent dans la seconde moitié du XIIIe siècle. Mais comment aurait-
d’autre choix que de prendre la fuite lorsque la ville fut mise à il pu mettre la main sur des documents aussi précieux ?
sac par les croisés. C’est à ce moment que Theophilos aurait eu Suggestion : Eilam, le faiseur de martyrs – L’ancien Toréador
une vision qui l’aurait mené en France, suivant les réfugiés et fut si fasciné par la mort des premiers martyrs chrétiens de
s’établissant dans la forêt de Bière… pour une seule nuit. Rome et des légendes qui en découlèrent, qu’il décida d’écrire
Poursuivant ses visions, le Tzimisce découvre bien vite un ses propres épopées. Durant plusieurs siècles, il aurait mis
ancien ermitage devenu prieuré, Notre-Dame de Franchard, en scène les morts de nombreuses figures de la jeune Église.
et s’y installe. Depuis, cette communauté vivant en autarcie En utilisant sa maîtrise de la Chimérie, en nourrissant de sa

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vitae les futures victimes afin de les rendre plus résistantes et celle-ci devant être particulièrement adaptée au rejeton
aux tortures, en transférant un peu de sa majesté l’espace de de l’enfer invoqué ; il peut s’agir d’une jeune vierge (luxure),
quelques instants, il forgeait les mythes des siècles à venir. d’un moine gras (gourmandise ou paresse), d’un bourgeois
Mais Eilam ne souhaite plus se contenter d’embellir les cupide (avarice ou envie), d’un artiste fier (orgueil) ou encore
choses, il souhaite maintenant créer ses véritables martyrs. d’un meurtrier passionnel (colère).
Son infant Servius semble un premier choix idéal et son La cabale du Cercle rouge de Vauvert est plus particulière-
martyre sera légendaire. ment attachée à servir le démon de l’envie Vassago qui lui
• Le rêve de Julia Antasia. Depuis peu, la Ventrue Julia Antasia fournit les nombreux pouvoirs participant à en faire un
entame à nouveau une correspondance avec Véronique qui adversaire redoutable. Les mages sont également alliés aux
l’avait si bien servie par le passé. Elle souhaiterait que cette Garous corrompus, les Danseurs de la Spirale Noire, dont
dernière se rende auprès de sa vieille amie Esclarmonde certains s’attachent à leur service.
pour lui proposer une voie de sortie et la ramener en sécu- Note : en 1257, le terrain de Vauvert sera donné aux
rité auprès d’elle, à Francfort. Ensemble, elles pourraient Chartreux par Louis IX, débarrassé de toute influence malé-
reformer le Sénat éternel romain et contrecarrer Hardestadt. fique, peut-être grâce à l’intervention d’Amadeo Di Venice
Esclarmonde acceptera-t-elle d’abandonner son fief si dure- (cf. page 213) et de quelques alliés de confiance. À moins
ment conservé ? Et quelles seraient les conséquences d’une que les infernalistes n’aient fini par succomber à un assaut
telle alliance ? Sans compter qu’exfiltrer la reine de Toulouse combiné des Garous ou de la Société de Léopold.
nécessiterait des moyens considérables et des alliés caïnites • La guerre des Présages. En Europe de l’Est, la guerre fait rage
prêts à risque leur non-vie. entre les Tzimisces et les Tremeres et certains Démons ont
• Les saintes reliques de Louis IX. L’obtention de la couronne décidé de porter le conflit jusqu’en France en s’attaquant
d’épines, de fragments de la Vraie Croix et de reliques de la aux fondations des Usurpateurs. Ils recherchent activement
Passion par le roi Louis IX a probablement été facilitée par des alliés, mais se heurtent au prince-régent Geoffrey (qui
des membres de l’ordre des Cendres amères qui ont vu là soutient son clan en guerre contre les Tzimisces) et Goratrix,
une bonne occasion de les sécuriser tout en ayant la certitude cible privilégiée des Tzimisces car membre du Conseil inté-
qu’elles soient en de bonnes mains. rieur des Sept.
Il est fort possible qu’un puissant membre de cet ordre, La Grande Cour craignant une escalade, Geoffrey a interdit
probablement un Toréador, veille sur les saintes reliques en l’accès de la capitale du royaume aux Démons. Abalus
dissimulant son identité. Lui-même doit avoir la garde de Dracontos, un koldun de 7e génération infiltré dans la capi-
plusieurs reliques de moindre importance mais aux pouvoirs tale sous les traits et l’identité d’un nouveau-né toréador, a
indéniables. Peut-être même a-t-il subi l’Étreinte du Graal prévu d’utiliser ses immenses pouvoirs pour frapper la cité
pratiquée par quelques rares membres de l’ordre des Cendres de toute sa puissance, déchaînant les éléments, faisant sortir
amères, dont les effets mêlent certains avantages de l’état la Seine de son lit et abattant la fondation tremere en provo-
de Golconde et une résistance à la Vraie Foi accordée à ces quant l’effondrement des nombreuses galeries souterraines
vampires « saints ». courant en dessous.
• Le diable de Vauvert. Au début du XIe siècle, Robert II le • Pour une gorgée de sang. Lucubratio, le châtelain de la fonda-
Pieux souhaitait disposer d’une résidence « hors les murs » tion tremere de Paris, serait prêt à payer cher pour goûter
de Paris et fit construire le château de Vauvert ou Val Vert (à un sang humain de grande qualité mais, jusqu’à maintenant,
l’emplacement de l’actuel jardin du Luxembourg). Il en sera nulle sève vermeille n’a pu détrôner le sang de sa goule Isabella
le seul occupant et le château est bien vite abandonné après sa qu’il se refuse à étreindre pour cette raison. Si quelqu’un four-
mort, se transformant en lieu inquiétant, sujet aux rumeurs nissait à Lucubratio un mortel au sang comparable, Isabella
les plus effrayantes. pourrait enfin accéder à l’Étreinte. Mais en l’absence d’un
Au XIIe siècle c’est, dit-on, un repaire de brigands. D’autres sang aussi exquis, que se passerait-il si Isabella disparaissait et
jurent qu’il est la demeure de spectres et de démons se livrant à quels sacrifices son maître serait-il prêt pour la récupérer ?
à des danses impies rythmées par les cris de terreur et hurle- • Une foi ébranlée. Pierre le Blême, le nouvel abbé de Saint-
ments de souffrances de leurs victimes sacrificielles, dont ils Denis, est terrorisé par la mort malgré sa foi en Dieu. En
dévorent la chair et l’âme tout en se désaltérant avec leur sang. outre, il est affligé d’une anémie ferriprive depuis des années.
Comme souvent, la vérité se situe quelque part entre les deux. Heureusement, l’élixir à base d’herbes et de « sang d’agneau »
Les veneficti ou sorciers du Cercle rouge (cf. page 161) ont que lui concocte et lui apporte chaque semaine l’apothicaire
investi les lieux, ainsi que les carrières souterraines situées Hieronymus, semble lui rendre une partie de sa vigueur. Petit
non loin (menaçant par là même un cairn garou). Leurs à petit, l’abbé se sent de plus en plus proche de l’apothicaire,
expériences et invocations nécessitent de nombreux sacrifices lui confiant ses doutes et ses peurs lors de leur rencontres
auxquels certains des pires criminels de la région sont prêts hebdomadaires. Mais il ne se rend pas compte que l’ami et
à contribuer contre une juste rémunération. Ces scélérats confident avec lequel il arpente les jardins lorsque le soleil
enlèvent des cibles bien particulières, les sacrifices des sorciers réchauffe son vieux corps est en réalité un ancien caïnite qui
infernalistes ne se satisfaisant pas de n’importe quelle victime

100
ne tardera pas à prendre le contrôle des inquisiteurs de Saint-
Denis via leur abbé. Lorraine (duché)
et Alsace (duché)
Les motivations de Hieronymus sont obscures, mais il profite
toujours de sa venue diurne auprès de l’abbé pour prier et
converser seul dans la nécropole royale ; à moins que quelque
esprit des lieux ne lui réponde. De plus, il semble apprécier
l’abbé actuel malgré son allégeance (certes défaillante) envers Dirigé par Mathieu II de Lorraine, allié à l’empereur Frédéric II
l’Ordre Rouge. Il craint que les autres membres de la Société (Lorraine) ; famille Hohenstaufen (Alsace)
de Léopold ne découvrent qu’il est à présent une goule et il

D
songe à étreindre le vieil homme, s’assurant auparavant que ’abord occupée par les peuples gaulois leuques et médio-
l’ouvrir au monde de la nuit n’ébranle pas son esprit. matrices, puis région stratégique pour les romains, la
• Les sacrifices saturniens. Bien que les Saturniens de Sens future Lorraine est durement touchée par les invasions
parlent de « purge », les caïnites succombant lors de la fête barbares du IIIe au Ve siècles. Sous les Mérovingiens, Metz
des fous ne sont généralement guère nombreux, à l’image de (anciennement Mettis) est capitale de l’Austrasie. La famille des
la population caïnite globale. Les vampires encourant poten- Pépinides y est puissante et Pépin le Bref ainsi que Charlemagne
tiellement une chasse de sang sont traînés devant Dedra, font de Thionville l’une de leurs résidences de prédilection,
empalés et sacrifiés durant la fête. On compte également tandis que l’abbaye Saint-Arnoul de Metz devient la nécropole
parmi les victimes certains Malkaviens ayant souhaité se familiale de Charlemagne. Et c’est à Verdun, en 843, qu’est
frotter aux Enfants de Saturne ou des caïnites (jeunes pour la décidé le partage du royaume franc entre les enfants de l’empe-
plupart) succombant à une frénésie durant les festivités. Mais reur carolingien.
il existe cependant une victime annuelle. Lors de chaque Ballottée durant un temps entre la Germanie et la Francie
fête des fous, Dedra choisit un mortel, l’étreint et le garde occidentale, la Lotharingie rejoint finalement l’Empire romain
à l’écart. Durant une année, il lui enseigne en reclus le strict germanique. Au XIe siècle, l’ancienne Lotharingie est repré-
minimum concernant le monde de la nuit tout en l’instrui- sentée par le duché de Lorraine, le comté de Bar et les évêchés
sant au culte saturnien. Il le diabolise alors au premier soir de de Metz, Toul et Verdun.
la fête suivante, avant d’étreindre à nouveau durant la troi- Durant le Grand Interrègne où le trône du Saint-Empire
sième et dernière nuit, répétant le cycle. Bien sûr, le nouvel restera vacant (de 1250 à 1273), La Lorraine passera du côté des
infant n’a pas conscience de son destin. Seuls les Enfants de rois de France (bien qu’officiellement affiliée à l’Empire). C’est
Saturne sont au courant de cet infanticide, les marques des alors qu’éclateront de violents heurts entre caïnites alliés à la
diableries du prince étant masquées par un talisman créé par cour de la Croix Noire et ceux alliés à la Grande Cour, enveni-
les mages de la cabale. mant davantage les relations entre Geoffrey et Hardestadt.
Dedra voit dans le mythe des antédiluviens, censés s’éveiller Metz, Toul et Verdun accueillent d’importantes foires et de
et dévorer leur progéniture lors de la Géhenne tels Saturne, la nombreux marchands s’y établissent définitivement. La région
parfaite fin d’un cycle. Il sait que sa dévotion envers ces êtres est connue pour sa production de sel, son travail du fer, puis
quasi divins lui assurera d’être épargné et de participer à la de la draperie (à Metz principalement). La bourgeoisie y est
renaissance d’un monde nouveau. forte et les institutions municipales apparaissent dès le début
du XIIe siècle. Avec un déclin amorcé au début du XIIIe siècle
(la faute notamment aux puissantes foires de Champagne et
CAÏNITES DE LORRAINE ET D’ALSACE à l’ouverture de nouvelles voies du côté du Rhin), les évêques
tentent de reprendre le pouvoir avant de devoir composer avec
Adalgis von Mainz (Ventrue, 7e génération) – prince-cheva- les communautés de métiers et les puissants bourgeois.
lier de Metz, Toul et Verdun. Le duché d’Alsace est lui divisé entre de nombreux comtes
Friedrich Kräftig (Ventrue, 8e génération) – margrave de Metz. qui possèdent peu de pouvoir en dehors de leurs domaines
Geneviève d’Orseau (Toréador, 8e génération) – alliée du prince restreints, à l’exception du comte de Ferrette. Afin de limiter
de Strasbourg Marconius. davantage l’influence de ces comtes, l’empereur dispose de deux
Gregor (Nosferatu, 7e génération) – chef de la Schwarze Rudel landgraves qui se partagent la Haute et Basse-Alsace.
de la Forêt-Noire (cf. page 207). Cette région n’a qu’une apparence d’unité et la suzeraineté
Hrotsvita von Northeim (Ventrue, 9e génération) – margrave exercée par la cour de la Croix Noire pourrait être remise en
de Verdun. question à tout moment. Des caïnites liés à l’Église pourraient
Loris (Gangrel, 8e génération) – lieutenant de Gregor. prendre le parti des évêques alors que des prométhéens, princi-
Malchus (Toréador, 9e génération) – margrave de Toul. palement des Brujahs, devraient se ranger du côté des bourgeois,
Marconius (Kiasyde, 5e génération) – prince de Strasbourg. notamment dans les villes accueillant les foires. Les dangers et
les mystères de la Forêt-Noire attendent également les voyageurs
imprudents. Et que dire de l’étrange Strasbourg ?

101
La cathédrale Saint-Étienne est tout juste en cours de recons-
ADALGIS VON MAINZ
truction dans le style gothique propre à l’époque. La ville, très
religieuse, possède de nombreuses églises et surtout abbayes,
L ’ancien Ventrue, proche du puissant Hardestadt, est
une figure montante au sein des fiefs de la Croix Noire.
Farouche adversaire de la Prodigue ventrue et prince de
telles que Saint-Arnoul (ancienne abbaye des Saints-Apôtres,
bénédictins) qui accueille la dépouille de l’empereur Louis le
Pieux et Saint-Martin-des-Champs (bénédictins également) où
Francfort Julia Antasia (et de son infante Irmgard d’Augs-
repose le roi Sigebert II.
burg, prince de Chalon), c’est un Paladin qui incarne parfai-
Comme Toul et Verdun, Metz appartient aux fiefs de la Croix
tement l’idéal du credo de la Chevalerie. Pour lui, l’huma-
Noire et se trouve sous l’autorité du prince-chevalier ventrue Adalgis
nité a besoin de dirigeants forts pour lui éviter de sombrer
von Mainz (cf. encadré « Adalgis von Mainz », page 102), fervent
dans la médiocrité ou le chaos, et il en va de même des
partisan d’Hardestadt et membre de l’ordre de la Croix Noire (un
caïnites. Adalgis voit en Hardestadt ce meneur charisma-
ordre caïnite au sein des Chevaliers Teutoniques). Adalgis confie à
tique qui saura mettre un terme à la guerre des Princes et il
des margraves la gestion quotidienne de ses domaines.
le suit aveuglément.
Friedrich Kräftig, infant d’Adalgis von Mainz, est le margrave
Le prince-chevalier des Trois-Évêchés est en charge
de Metz. Cet ancien compagnon d’Heinrich Walpot, premier
d’un domaine modeste au sein des fiefs de la Croix Noire
grand maître de l’ordre Teutonique, a été étreint en 1192. Il
(incluant les évêchés de Metz, Toul et Verdun), mais il s’ac-
est encore jeune, mais sa loyauté, sa force et son expertise du
quitte de la tâche qui lui a été confiée avec la plus grande
combat en font un parfait lieutenant pour son sire. Bien sûr,
dévotion depuis un demi-siècle, espérant obtenir le respect
il n’est pas aisé de maintenir un semblant d’autorité dans une
qu’il juge mériter et ainsi accéder aux plus hauts échelons
ville où le clan Brujah est fortement représenté et bien implanté
de la hiérarchie du clan des Rois. Mais ce n’est pas l’am-
auprès des bourgeois messins.
bition qui le motive, juste un désir de servir le plus apte
Les heurts sont nombreux et Friedrich est souvent mis en
d’entre eux, celui qui réunira sous sa coupe tous les autres
défaut par de coriaces adversaires politiques regroupés derrière
clans, incapables de comprendre ce qui se joue alors que
l’ancilla brujah Otto von Speyer (9e génération), farouche adver-
l’humanité progresse de siècle en siècle et que les jeunes
saire des Ventrues et partisan de l’autonomie de la région, qu’il
Descendants de Caïn sont de plus en plus nombreux à
souhaite indépendante des fiefs de la Croix Noire. Bien que le
souhaiter la perte de leurs anciens, prémices d’une révolte
margrave de Metz possède une autorité naturelle, les interven-
qu’il faut étouffer dans l’œuf.
tions récurrentes de son sire ne font que provoquer les railleries
des Zélotes. Friedrich souhaite prouver à Adalgis qu’il est digne
de sa confiance et pleinement en mesure de gérer la situation.
Metz (évêché) Mais sa fierté pourrait bien conduire à une guerre ouverte avec
les Brujahs, dont se félicitent déjà les Lasombras locaux, espé-

L ’importante ville gallo-romaine (place stratégique dans le


dispositif militaire de l’Empire romain) devient capitale de
l’Austrasie de 511 à 751 sous les Mérovingiens. Elle perd ce titre
rant affaiblir les Ventrues, mais également les bourgeois, et ainsi
mettre la main sur la ville par l’entremise de l’évêque Jacques de
Lorraine, l’un de leurs pions.
sous les Carolingiens alors que l’Austrasie disparaît également.
Elle reste néanmoins la ville la plus importante du royaume
franc, puis de la Lotharingie. Metz s’étend considérablement dès
Toul (évêché)
le VIIIe siècle grâce aux ports de la Moselle et à ses faubourgs.
L’évêché du IIIe siècle jouit d’un grand prestige puisque
son siège épiscopal a été occupé par l’ancêtre des Carolingiens
D evenu évêché au IVe siècle, Toul est d’abord dirigé par son
évêque avant de passer aux mains des comtes (IXe siècle),
puis de repasser aux mains des évêques sous l’impulsion du roi
(l’évêque Arnoul) et par l’un des fils de Charlemagne, Drogon Henri Ier de Saxe dès 928.
(lequel bénéficie un temps du titre d’archevêque, qu’il aban- Tout comme à Metz, les bourgeois réclament leur autonomie.
donne afin de ne pas créer un schisme au sein du clergé franc). Malheureusement, l’empereur Henri VI « le Cruel » ne l’entend
Au XIIIe siècle, la ville de plus de trente mille habitants est pas de cette oreille et met fin à toute velléité d’indépendance en
encore une place commerciale puissante avec sa foire, entrete- 1192, soucieux de préserver la mainmise du chapitre cathédrale
nant des relations avec la Lombardie, les Pays-Bas et l’Allemagne. sur la ville (le statut de commune sera finalement accordé par
Le pouvoir de l’évêque n’est plus, les bourgeois s’étant libérés de l’évêque lui-même en 1271).
son influence par la révolte et l’obtention d’une charte commu- En 1242, Toul compte près de sept mille habitants. La recons-
nale pour créer une « République messine ». Les tensions avec les truction de la cathédrale Saint-Étienne dans le style gothique
évêques de la commune sont nombreuses et ces derniers doivent vient à peine de débuter, mais le chœur est achevé en 1235. La
parfois quitter la ville au plus fort des affrontements, comme cathédrale sera l’un des plus beaux joyaux de l’art gothique dès
durant la Guerre des Amis (1228-1234) qui voit la victoire de son achèvement au XVe siècle. La ville accueille également dans sa
la bourgeoisie sur les troupes de l’évêque Jean Ier d’Apremont région (à environ six kilomètres au nord-est) la première comman-
(cf. « Deskuryos, Sénéchal infernal », page 104). derie templière de Lorraine : la commanderie de Libdeau.

102
Le margrave de Toul est un ancilla toréador se faisant
appeler Malchus. Cet ancien moine bénédictin de l’abbaye de
Strasbourg (évêché)
Saint-Epvre (ou Saint-Èvre) possède tout de même une langue
acérée qui a fait le malheur de plus d’un caïnite irrespectueux
et certains le soupçonnent d’être l’auteur de plusieurs fabliaux
D ’abord petite bourgade celte, puis camp romain, ville de
garnison et enfin cité romaine, Strasbourg a bénéficié de sa
position stratégique et commerciale sur le Rhin.
mettant à mal de grandes figures de la nuit. Totalement détruite par les hordes d’Attila en 451, elle est
La relation entre Malchus et le prince-chevalier Adalgis est reconstruite par les Francs vers la fin du Ve sous le règne de
assez ambiguë et parfois houleuse, mais le Ventrue continue Clovis qui, converti au christianisme, voit dans l’un des rares
d’accorder sa confiance au margrave de Toul. Le Toréador semble évêchés de la région une ville à développer. Devenue évêché
assez proche du peuple et en faveur d’une indépendance vis-à-vis au IVe siècle, la ville passe sous le contrôle de l’évêque, mais
du siège épiscopal, une position qui ne manque pas d’étonner les habitants obtiennent une certaine autonomie dès 1201 qui
Cappadociens, Lasombras et Ventrues, quelque peu allergiques deviendra effective en 1262, après la défaite de l’évêque qui
à l’Esthète margrave. Cependant, Malchus entretient des rela- tentera de récupérer le pouvoir.
tions cordiales avec les clans Brujah, Malkavien et Nosferatu. En 1242, Strasbourg compte plus de dix mille habitants. Elle
Cette situation atypique tendrait à prouver qu’Adalgis a besoin est également fortifiée et un grand chantier défensif est sur le
de lui afin d’agir en médiateur auprès des caïnites qui ne portent point de s’achever : quatre ponts fortifiés protégeant la ville sur
pas le clan des Rois dans leur cœur. chaque bras du Rhin.
L’économie de la ville est soutenue par l’activité vinicole, le
Verdun (évêché) textile, les céréales et la production de bois, abondant avec la
proche Forêt-Noire. Le trafic fluvial y est également très impor-

B ien que située à l’emplacement d’un ancien oppidum gaulois,


la ville n’est réellement fondée qu’au III  siècle et ceinte de
e

murailles pour la protéger de menaces grandissantes. Elle devient


tant et de nombreuses marchandises transitent par Strasbourg.
La cathédrale romane Notre-Dame est en cours de modifi-
cation afin de correspondre aux standards gothiques en vogue,
évêché au début du IVe siècle. Depuis 977, sur décision de l’empe- mais ces travaux dureront deux siècles pendant lesquels les
reur Otton Ier, le pouvoir appartenait principalement à l’évêque, maîtres d’œuvre se succéderont. La région compte plusieurs
mais dès 1126 les bourgeois s’attribuent les pouvoirs de l’évêque monastères (principalement bénédictins), mais la ville accueille
et des vicomtes. Ils se révoltent à deux reprises, en 1195 et 1208, en son sein les couvents des récents ordres mendiants domini-
cette dernière insurrection causant la mort de l’évêque de Verdun cain et franciscain.
et scellant la mainmise de la grande bourgeoisie sur la ville. La ville de Strasbourg du Monde des Ténèbres médiéval
En 1242, Verdun compte environ treize mille habitants. Elle possède une connexion très forte avec le peuple féerique depuis
reste une place commerciale importante, se spécialisant dans la la haute Antiquité, alors qu’elle n’était encore qu’un minuscule
draperie, le vin, le travail des métaux et plus particulièrement l’or- bourg habité par des Celtes. Certains pensent que cela a un
fèvrerie, art dans lequel excelle Pierre de Joinville (Cappadocien, rapport avec la Guerre de l’Argent et du Fer (cf. page 11), mais
10e génération), dont les reliquaires rares et exceptionnels consti- il est peu probable qu’elle se soit étendue jusqu’ici. Cependant,
tuent les plus magnifiques écrins créés pour accueillir des restes une antique légende ferait part d’un pacte passé entre une reine
humains (cf. encadré « L’orfèvre des saints »). féerique, nommée Sirania, et les humains habitant l’ancienne
La cathédrale Notre-Dame, reconstruite à plusieurs reprises, Argentorate celte. Selon ce pacte, les enfants humains étaient
est toujours de style roman, les éléments gothiques ne seront confiés aux fées alors que les enfants des fées étaient confiés aux
ajoutés qu’au siècle suivant. Parmi les nombreuses abbayes que mortels dans un but inconnu. Il est possible que ce pacte ait été
compte la région de Verdun, celle de Saint-Paul (chanoines découvert par une tribu de Garous hostiles au peuple radieux et
prémontrés) vient tout juste d’être reconstruite (cf. « Deskuryos, aux humains et qu’une guerre de faible ampleur ait eu lieu en
Sénéchal infernal », page 104) et l’abbaye Saint-Nicolas-des-Prés marge de la Guerre de l’Argent et du Fer. Les conséquences en
(augustins) est de fondation récente (1219). furent désastreuses pour les lupins qui furent bannis de la région
L’ancilla ventrue Hrotsvita von Northeim agit pour le compte par une magie féerique d’une puissance jusqu’alors ignorée. La
d’Adalgis en tant que margrave de Verdun. Issue d’une puissante zone interdite d’accès aux Garous (cf. page 165) s’est considéra-
famille de Basse-Saxe, elle a su profiter de l’Étreinte pour s’affran- blement réduite en deux millénaires et elle occupe un espace à
chir de sa condition féminine et prendre sa revanche. Hrotsvita peine plus grand que Strasbourg, englobant la ville (mais pas
est née pour diriger et ce n’est pas un hasard si un membre du ses faubourgs). Le pacte entre fées et humains a repris au début
clan des Rois en a fait son infante, voyant en elle une habile du VIe siècle, une fois la ville reconstruite. Malheureusement,
politicienne capable de déceler la plus infime faiblesse pour faire l’arrivée de la religion chrétienne a eu un effet désastreux sur
voler en éclats les stratégies diplomatiques et manipulations les changelins : dès que ceux-ci sont baptisés, ils perdent leur
politiques contraires à ses intérêts. Le prince-chevalier Adalgis la lien avec le monde mortel et deviennent beaucoup plus vulné-
tient en très haute estime et ils partageraient même un serment rables, notamment à l’expression des superstitions et croyances
de sang (ce dernier ne réalisant pas que, même si elle l’apprécie, qui peuvent même provoquer leur mort. Un groupe de mortels
il reste avant tout un outil pour elle). dans le secret (les « Enfants de Sirania ») prit alors la décision

103
de ne pas faire baptiser les enfants, ce qui finit par soulever de Gregor est un caïnite de taille impressionnante et un ancien
nombreuses questions, d’autant que ces enfants non baptisés chevalier teutonique. Sa puissance et celle de ses subordonnés
survivaient à l’importante mortalité infantile et devenaient de sont telles que la guerre contre les lupins a tourné à leur avantage.
charismatiques jeunes gens. Si les pouvoirs des changelins stras- Il a rapidement agrégé autour de lui une meute de guerriers
bourgeois ont jusqu’à présent permis de détourner l’attention, partageant ses convictions. Son lieutenant, Loris, est un Gangrel
la récente implantation des ordres mendiants pourrait grande- originaire de Sardaigne qui fut chassé de chez lui après avoir
ment compliquer leur tâche, même avec le soutien du mysté- abattu accidentellement d’une flèche le cheval préféré de son
rieux prince de la ville. prince au cours d’une chasse. Loris est le traqueur de la meute
Marconius est un prince énigmatique sans doute étreint au et un formidable change-forme capable de courir avec les loups
sein du clan Lasombra, bien que le sang féerique coulant dans et même (selon les légendes) avec les lupins, sans être reconnu.
ses veines ait fait de lui un caïnite à part : un Kiasyde. Sa présence Nul ne sait pourquoi il a rejoint Gregor, la Sardaigne étant riche
à Strasbourg et son intérêt pour la ville pourraient découler de en minerai d’argent et Loris ayant fui avec une fortune suffisam-
son ascendance et il est fort probable qu’il soit né parmi les ment importante pour se faire passer pour un grand seigneur s’il
changelins locaux. À la fin du XIIe siècle, Marconius aurait passé le désirait. Peut-être aime-t-il tout simplement la chasse ?
des pactes avec le peuple des fées pour éliminer par la force la Personne ne connaît la taille de la meute de Gregor ; certains
présence ventrue, contraignant les membres du clan des Rois à avancent qu’elle ne regroupe que trois caïnites, d’autres plus
s’exiler vers Colmar et Mulhouse qui se développeront dès lors d’une vingtaine. Ils vivent tous séparés, recherchant la présence de
rapidement pour devenir des villes impériales. Garous et se regroupant afin de se préparer au combat. Nul doute
Le prince tolère la présence de la plupart des clans (Malkavien que l’argent rapporté de Sardaigne par Loris a permis de forger des
et Toréador en tête) à l’exception des Ventrues, bien sûr, armes mortelles permettant de vaincre les puissants lupins.
mais également des Lasombras envers lesquels il semble avoir Si le but de Gregor demeure inconnu (mais peut-être a-t-il un
plusieurs griefs. De tous les caïnites de Strasbourg, c’est avec la lien avec la Dame des Épines, cf. page 105), il semble évident
Toréador Geneviève Orseau qu’il entretient les relations les plus qu’il souhaite s’approprier l’ensemble du territoire de la Forêt-
intimes. L’Esthète, maîtresse des arts de la ville en charge de la Noire, une tâche qui pourrait se heurter au puissant sept du
supervision des travaux de la cathédrale, aurait également été Poing sanglant, tenu majoritairement pas des loups-garous de la
une fée avant l’Étreinte. Cependant, Marconius semble se livrer tribu des Fils de Fenris (cf. page 164 pour plus d’informations).
en secret à quelques expériences étranges avec certains change-
lins, ce que Geneviève désapprouve fortement. Intrigues lorraines
et alsaciennes
• Deskuryos, Sénéchal infernal. Au tout début du XIIIe siècle,
LA CHUTE DE MARCONIUS un culte infernal s’est rapidement développé au sein des
chanoines réguliers de l’abbaye Saint-Paul de Verdun. Les

L es raisons de la disparition du prince Marconius durant


plusieurs siècles vers la fin du XIII  siècle sont floues.
e

Il semblerait que les fées se soient liguées contre lui et que


frères démonistes ont sacrifié leurs frères pieux dans un
rituel d’invocation ayant permis d’attirer le démon nommé
Deskuryos, Sénéchal infernal. Ce démon de l’acédie, ou
les Lasombras aient eu vent de ses expérimentations, l’em- paresse spirituelle, a exercé son pouvoir sur d’anciens croyants
prisonnant dans une Oubliette du château d’Ombro après n’ayant jamais obtenu de réponse à leurs prières et désireux
l’avoir jugé. L’existence de Marconius est une tache indélé- de jouir des plaisirs de la vie, sans subir les contraintes impo-
bile sur le clan des Ombres dans son ensemble et la décou- sées par l’Église et la morale.
verte de ses activités par les cours d’Amour (probablement Pendant presque une décennie, ces chanoines se sont secrè-
alertées par Geneviève Orseau) a contraint les Lasombras à tement engraissés et vautrés dans le stupre, massacrant les
agir avec fermeté, d’autant que les Ventrues exigeaient répa- frères qui leur étaient envoyés lors de sombres rituels renfor-
ration pour le préjudice et les pertes subis lorsque le Kiasyde çant la puissance de Deskuryos. Le culte fut découvert par
s’est emparé de Strasbourg. les mages de la Cabale de la Pensée pure (cf. page 180) qui ne
firent pas dans le détail, détruisant les chanoines corrompus
et l’abbaye. Celle-ci fut reconstruite à l’écart de son ancien
Forêt-Noire emplacement, et son sol salé. Les mages fondèrent également
l’abbaye Saint-Nicolas-des-Prés avec le soutien de l’évêque de

L a Forêt-Noire accueille l’une des meutes d’Autarcistes les plus


craintes de toute la chrétienté. La Schwarze Rudel (la Meute
Noire) est menée par le Nosferatu Gregor, un farouche chasseur et
Verdun, puis évêque de Metz, Jean Ier d’Apremont, lui-même
membre de la Cabale.
Cependant Deskuryos n’a pas été détruit. Son essence, bien
guerrier, à la tête de Gangrels et de Nosferatus hostiles à l’humanité que dispersée par la puissante magie des mages, a subsisté.
et aux nombreux loups-garous qui infestent les forêts. La Schwarze Peu à peu, elle s’est infiltrée parmi les habitants d’un petit
Rudel accueille à bras ouverts les meutes qui souhaitent la rejoindre… bourg proche de Verdun, en commençant par leur vicaire.
à condition d’affronter un Garou auparavant et d’y survivre. Le démon n’est plus une entité unique, mais un être ayant

104
pris possession de plusieurs dizaines de villageois, capturant Dame tant la douleur de ne pas la voir est grande. Cette envie
et sacrifiant les voyageurs et marchands de passage afin de presque irrépressible persiste durant (12 – Volonté) semaines
renforcer Deskuryos et, peut-être, lui permettre de réunir où le personnage subit un malus de –2 dés sur tous ses jets
son essence et de devenir à nouveau un être unique. Lorsque sociaux et mentaux jusqu’à ce qu’il retrouve l’objet de son
cela arrivera, les villageois s’entre-tueront, pris d’une frénésie affection ou que la période de « sevrage » s’achève.
sanguinaire qui ne sera pas sans rappeler la Bête déchaînée Lorsqu’il est sous l’effet du « charme » de la Dame, le person-
des caïnites. nage se sent investi d’une grande quête la concernant. Il
• L’orfèvre des saints. Pierre de Joinville était l’un des plus doit peut-être trouver le moyen de la réveiller, ou encore
grands orfèvres du XIe siècle et chacune de ses créations (fort augmenter son trésor, à moins qu’ils ne doivent la venger
rares) faisait même l’admiration des plus grands artistes toréa- d’un quelconque affront ou régner en son nom.
dors. Mais alors qu’il devait logiquement être étreint au sein La nature exacte de la Dame est laissée à l’entière discrétion
du clan des Artisans, il intégra celui des Pilleurs de tombes, du conteur, tout comme le moyen de la réveiller. Mais dans
consacrant son art à sa plus grande passion : la confection de tous les cas, les conséquences devraient être spectaculaires.
reliquaires dignes d’accueillir les restes des plus illustres saints. Le mur de ronces : il est impossible de franchir ce mur par
Les rares personnes suffisamment puissantes pour posséder des moyens surnaturels, que ce soit en changeant de forme ou
un reliquaire confectionné par le Cappadocien jurent que en volant/sautant par-dessus. Toute tentative n’aura pour effet
l’on ressent avec bien plus de force la présence du saint dont que de précipiter l’effronté dans les ronces. Traverser ce mur
les reliques reposent dans un tel objet (éventuellement, ces épais de plusieurs dizaines de mètres nécessite de réussir un
reliquaires possèdent un niveau de Vraie Foi égal à la moitié jet étendu de Force + Athlétisme (difficulté 9) et de cumuler
– arrondi au supérieur – de celui du saint dont ils renferment dix réussites. À chaque jet (réussi ou non), l’imprudent subit
les restes). 2 niveaux de dégâts létaux, mais considérés comme aggravés
L’un de ses reliquaires est en possession d’Aymeric de pour ce qui est de les absorber (ou infligés par de l’argent dans
Saintonge, le prince de Bourges, qui y a placé les cendres de le cas des Garous). En cas d’échec critique, les dommages
son ami, l’ancien prince toréador Éloi. Un autre, vide, serait infligés sont doublés. Ces dégâts ne peuvent être ni régénérés
en possession de Salianna elle-même et on dit qu’elle y aurait ni soignés tant qu’on se trouve piégé à l’intérieur du mur
fait graver le nom d’Esclarmonde. Pierre de Joinville affirme de ronces. Rester immobile au milieu des ronces permet de
même avoir réalisé un reliquaire destiné à accueillir une réduire les dégâts infligés de moitié, soit un niveau par tour. Il
magnifique rose écarlate sculptée, mais il ne parvient plus à est bien évident qu’on ne peut pas rebrousser chemin une fois
se souvenir de son commanditaire. engagé, c’est une voie à sens unique. Les ronces se régénèrent
• La Dame des Épines. Loin au milieu de la Forêt-Noire se dres- immédiatement si elles sont arrachées ou coupées et se font
serait une haute tour de pierre perdue au milieu de gigan- encore plus épaisses ; elles ne sont pas affectées par le feu et
tesques buissons d’épines se nourrissant du sang des égarés. peuvent même attaquer si elles sont agressées – portée : 3 m ;
Les populations locales surnomment tout simplement cette niveaux de santé : OK, OK, OK, détruit ; Attributs : Force 3,
tour Dornenturm (la Tour des Épines), mais aucun mortel Dextérité 3, Vigueur 4 (elles peuvent absorber tous les types de
n’a pu s’y rendre et en revenir vivant. Selon la légende, une dégâts) ; capacité : Bagarre 3 ; Dégâts : Force + 2 dégâts létaux
femme à la beauté éblouissante et plus pâle que la lune repose (ceux-ci peuvent être absorbés normalement). La présence des
sur une couche faite d’or, d’argent et de joyaux, au sommet ronces s’étend également au-delà du Goulet et du Linceul.
d’une tour dissimulée au milieu d’un bois de ronces assoif- Celui qui parvient à traverser le mur enlaçant la tour des
fées de sang. Des corbeaux à l’envergure impressionnante et épines ne sera plus jamais blessé par lui et pourra aller et
capables de se mouvoir librement entre les végétaux hémato- venir à sa guise, tant qu’il est sous l’emprise de la Dame. Un
phages, s’y repaissent des cadavres des fous attirés par le trésor ancien rituel enseigné par les fées permettrait de traverser ces
que renfermerait la tour. ronces maudites, mais ce n’est qu’une rumeur.
Une fable raconte que celle que l’on surnomme la Dame des • Le prix de l’hospitalité. Fin 1223, alors qu’Alexandre est
Épines aurait attisé la jalousie d’un être féerique, un puissant exilé de Paris, il cherche d’abord refuge auprès de Mithras
premier-né de la cour d’Hiver qui la condamna au sommeil qui l’éconduit. Fou de rage, Alexandre se dirige alors vers le
éternel il y a près de cinq siècles pour avoir refusé ses avances. Saint-Empire et compte demander asile à Hardestadt.
Nul ne connaît la nature de la Dame des Épines, mais sa Au cours de leur trajet vers Heidelberg, Alexandre et sa suite
beauté surpassant de loin les plus hauts standards humains font halte à Ditdenhof (future Thionville) et sont accueillis
et l’aura fascinante qui l’entoure pourraient attester de sa par le prince ventrue Wideric qui leur offre son hospitalité.
nature vampirique ou féerique (il pourrait même s’agir d’un Wideric est un « jeune » ancien et il est fasciné par la person-
puissant esprit incarné). Toute personne se trouvant à moins nalité d’Alexandre, son incroyable charisme et sa beauté
de cinq mètres de la Dame est automatiquement affecté par juvénile, en contraste avec son sire, un ancien guerrier goth.
un serment de sang total à son encontre (brisant tout autre Wideric s’interroge sur l’infant de Ventrue dont il descend,
serment). Cet effet perdure durant un mois à la fin duquel Mithras, et profite d’un moment d’intimité pour demander
le personnage n’aura qu’une envie : retourner auprès de sa à Alexandre s’il a rencontré le « glorieux prince de Londres ».

105
Personne ne sut jamais exactement ce qui se passa dans les
appartements de Wideric. Lorsque le lendemain soir la suite
d’Alexandre quitta Ditdenhof, leur hôte ne prononça pas un
mot. Et alors que le mathusalem s’éloignait sur la route, les
goules et l’infante de Wideric se jetèrent sur le prince pour
le réduire en pièces avant d’incendier sa demeure. Même la
goule équine de Wideric devint comme folle, à l’instar de
tous ceux qui possédaient la vitae de l’ancien dans leurs corps.
À la fin de cette funeste nuit, la progéniture du prince exécuta
toutes les goules encore en vie et offrit son corps au feu libéra-
teur du soleil, dévorée par le remords et le désespoir.
Lorsqu’Hilderic (Ventrue, 6e génération), sire de Wideric,
découvrit la chose, il reconnut l’usage d’une puissante magie
du sang qui ne pouvait être que le fait d’Alexandre. Bien
qu’il envisageât durant un temps d’exercer sa vengeance à
l’encontre du mathusalem, ce dernier tomba en 1232 face
au Gangrel Qarakh. Satisfait par la destruction d’Alexandre,
Hilderic rejoignit finalement son sire Cretheus au sein de
l’Inconnu.
Suggestion : la malédiction du sang alliée à la Domination
utilisée par Alexandre peut très bien avoir affecté un autre
infant de Wideric, même s’il se trouvait à des centaines de
lieues de là. Quelles conséquences pourrait avoir une telle
frénésie ne pouvant être assouvie dans l’instant ? Ce serait-elle
reportée sur un autre caïnite ? Ou sur l’infant lui-même ?

CAÏNITES DE NORMANDIE

Adelphe le Germain (Ventrue, 8e génération) – prince


d’Évreux.
Arngrim le Fier (Brujah, 7e génération) – ancien caïnite
scandinave menant la lutte au nom des Brujahs en
Normandie. Maître de Caen.
Aymeric de Sées (Ventrue, 8e génération) – membre de
l’Échiquier de Rouen.
Constance de Lusignan (Ventrue, 9e génération) – prince
de Bayeux.
Eudes de Saint-Gilles (Lasombra, 7e génération) – Angellis
Ater et corrupteur, membre de l’Échiquier de Rouen (cf.
page 200).
Maître Benoît (Tremere, 6e génération) – régent de la fonda-
tion tremere et membre de l’Échiquier de Rouen.
Runi, la Louve Grise (Gangrel, 6e génération) – ancienne
Hors-la-loi, alliée au Brujah Arngrim le Fier dans sa
reconquête de la Normandie.
Théodran de Savara (Toréador, 9e génération) – bailli de
la Grande Cour envoyé auprès de l’Échiquier caïnite de
Rouen.
Thomas de Cherbourg (Tremere, 6e génération) – maître
espion tremere, allié secret d’Esclarmonde la Noire (cf.
page 225).

106
Normandie également fort entreprenants depuis peu, profitant des troubles
opposant les membres du clan des Rois. Si les Ventrues (et dans

(duché)
une moindre mesure, les Toréadors et Lasombras) voient d’un
mauvais œil le regain d’intérêt des Zélotes pour la région, les
nombreux Gangrels y perçoivent des alliés potentiels dans leur
combat pour la survie dans une zone encore largement infestée
Domaine royal (bien que le roi d’Angleterre Richard III soit toujours de Garous, principalement des Fils de Fenris, quelques Fianna et
officiellement duc de Normandie jusqu’en 1259) de nombreux seigneurs Crocs d’Argent étendant leurs domaines
dans les campagnes environnantes.

C
harles III donna le Nord de la Normandie au chef viking En 1204, une réunion informelle réunit Gangrels et Brujahs
Hrólfr Rögnvaldrsson (ou Rollon) en 911 afin de protéger de Normandie dans la forêt de Roumare, proche de Rouen. Cet
les terres intérieures et principalement l’embouchure de événement exceptionnel, de par la difficulté qu’il représentait
la Seine (Hrólfr devenant vassal du roi de France, il se convertit en termes d’organisation et de motivation, fut l’œuvre de deux
au christianisme et défendit l’accès à la Seine d’autres incursions anciens respectés de ces clans : Runi, la Louve Grise gangrel, et
scandinaves). Le jarl, qui ne portait pas encore le titre de duc, Arngrim le Fier, un Brujah qui aurait appartenu à la famille dont
conquit et « pacifia » le reste de l’actuel territoire normand et descendait Rollon lui-même et donc Guillaume le Conquérant.
rétablit la vie monastique alors que de nombreux moines avaient Cette réunion déboucha sur un pacte unissant les deux clans au
fui la région en emportant avec eux leurs reliques afin de les sein du duché et nommé l’Alliance de l’Orme (les deux anciens
soustraire aux « barbares » vikings. Il profita même de la faiblesse ayant scellé leur accord en faisant couler leur sang au pied de
du roi pour pousser jusqu’en Flandre, mais fut repoussé. Les l’un de ces arbres symbolisant la justice, ce même arbre où, selon
caïnites arrivés avec Rollon ne souhaitaient pas se satisfaire du la légende, le jarl Hrólfr Rögnvaldrsson aurait suspendu un
Nord de l’actuelle Normandie et y ont vu un moyen d’étendre anneau d’or durant trois ans afin de prouver qu’il n’y avait plus
leurs domaines. Il se pourrait que Roald Yeux-de-Serpent et le aucun voleur sur son domaine).
Triumvirat ventrue de Normandie (cf. page 109) aient déjà été Les Ventrues et Tremeres de l’Échiquier caïnite de Rouen
à l’œuvre à ce moment, poussant discrètement les Brujahs à la tentent de rétablir la situation à leur avantage, mais les dissen-
faute et attirant sur eux l’ire d’Alexandre et de la Grande Cour. sions sont nombreuses et les désirs de chaque clan difficiles à
En 1066, Guillaume II le Conquérant envahit l’Angleterre, concilier.
faisant de ses héritiers des ducs français et des rois anglais. Les chroniques de Normandie devraient mettre en avant les
Philippe Auguste prit possession de la Normandie en 1204. nombreux conflits émaillant la région : conflits entre vampires
Henri III d’Angleterre contesta la chose mais ne put s’y opposer anglais et français, conflits entre l’Alliance de l’Orme et l’Échiquier
militairement. caïnite, conflits au sein de la noblesse entre vampires et loups-
Les seigneurs normands furent sommés par le duc de garous de la tribu des Crocs d’Argent, profondément implantés.
Normandie et le roi de France de choisir leur allégeance ; soit
ils prêtaient serment à Philippe Auguste et perdaient leurs
domaines insulaires anglais, soit ils juraient allégeance à Richard
Avranches (évêché)
III et perdaient leurs terres continentales normandes. La moitié
L ’évêché (qui a rayonné au XI  siècle) est au centre d’une
e

des grands barons optèrent pour l’Angleterre et s’exilèrent « guerre » opposant Anglais et Français au début du
entre 1205 et 1206. Actuellement, la justice est administrée par XIII  siècle jusqu’au rachat de la vicomté d’Avranches en 1236.
e

l’Échiquier, maintenu par Philippe Auguste, mais dont la prési- Les heurts entre factions ventrues opposées y ont été importants
dence est confiée à des proches du roi. Quant à l’administration et la ville a fait figure de trophée pour chacun des deux camps.
du duché, elle est confiée aux baillis du roi dont aucun n’est Bien sûr, l’ambitieux prince de Dol, Mathilde d’Ostergo, a tenté
Normand. d’étendre son influence sur cette région au travers de plusieurs
La Normandie est connue pour ses vergers de pommiers (qui membres dévoués de sa coterie. Si l’affaire semblait entendue,
commencent à remplacer la vigne en ce XIIIe siècle), ses éleveurs le frère de sang de Mathilde, Brunon, prenant le titre de prince
de chevaux, sa production de fer et de céréales et ses vastes forêts d’Avranches, la situation ne tarde pas à dégénérer en 1241. À
(malgré un important défrichement). Rouen, sur le cours de la faveur du solstice d’été, l’Inquisition de l’ombre frappe avec
la Seine, accueille plus de vingt-cinq mille habitants. Le Mont- une précision mortelle les caïnites d’Avranches, incapables de
Saint-Michel abrite une impressionnante abbaye bénédictine se défendre lors de frappes effectuées en pleine journée par des
(bastion de la Société de Léopold), véritable prouesse architectu- inquisiteurs fort bien informés de la localisation des différents
rale et haut lieu de pèlerinage. refuges et des forces de leurs adversaires. Si le prince parvient
Les derniers caïnites fidèles à l’Angleterre, malgré l’abandon « miraculeusement » à fuir la ville alors que le soleil rougeoyait
dont ils font l’objet de la part du prince Mithras, tentent de main- encore l’horizon, c’est pour mieux tomber dans les griffes d’un
tenir leurs domaines face à leurs homologues français qui ont le prédateur qui s’était réservé cette proie de choix (cf. Niktuku ?,
sentiment que la conquête de Philippe II les autorise à prendre page 113), détruisant au passage la coterie de Nosferatus qui se
possession de ces terres normandes. Les Brujahs se montrent pensait épargnée par cette purge.

107
LES FERRONS NORMANDS

L ’importante production de fer et l’abondance de bois conduit à l’implantation de forges dès le XII  siècle. D’abord disper-
e

sées en forêt, elles sont rapidement regroupées en villages et s’organisent en « ligue ». La production métallurgique, très
importante depuis l’Antiquité, est à présent stimulée par l’apparition du moulin.
Il s’agit d’une ressource exceptionnelle pour la région et les forges furent la cible des Griffes Rouges lupines avant de s’orga-
niser et de se regrouper sous la protection de mercenaires particulièrement entrainés appartenant sans nul doute à la Roue
de Fer et d’Argent (cf. page 11). Il n’est pas rare de voir des armes confectionnées à partir du minerai de plomb argentifère
extrait dans la proche Bretagne mais dont la production reste limitée du fait de la forte toxicité du plomb qui a corrompu de
nombreux esprits, principalement de l’eau, et davantage courroucé les Garous, créant un véritable cercle vicieux opposant
tueurs de lupins et lycanthropes.

TORÉADORS ET COURS D’AMOUR

B ien que les Toréadors soient très puissants en France, leur nombre est exceptionnellement faible dans le duché de
Normandie, apanage des Ventrues depuis plusieurs siècles. En outre, l’instabilité « politique » de la région, aussi bien au
niveau mortel que caïnite, n’inspire guère les Esthètes, à l’exception peut-être des plus guerroyeurs d’entre eux, des chevaliers
prêts à en découdre avec les Brujahs, Gangrels et loups-garous infestant le duché. Bien sûr, leurs services ne sont pas gratuits.

Avranches est actuellement libre de toute influence caïnite seurs menés par le chef Hrólfr Rögnvaldrsson (Rollon), les jarls
et l’événement de 1241 n’incite pas à s’y installer durablement. Brujahs (et leurs alliés de circonstance gangrels) s’implantèrent
Cependant, la ville est d’un grand intérêt et Mathilde d’Ostergo localement et menèrent Hrólfr au véritable pouvoir lorsqu’il est
pourrait passer outre. À moins qu’elle ne devienne la prochaine reconnu par le roi Charles III comme « maître de la Normandie »,
cible de cette chose qui hante la nuit pour se nourrir du sang à condition d’être baptisé (les Brujahs ignorent alors qu’ils sont
des caïnites. les jouets d’un Ventrue viking, Roald Yeux-de-Serpent, associé
à deux Ventrues normands). Le règne de Hrólfr fut principale-
Bayeux (évêché) ment marqué par une paix relative, Rollon défendant son terri-
toire contre les invasions vikings et faisant respecter la loi la plus

C ité gallo-romaine fondée au Ier siècle avant J.-C., évêché


depuis le IVe siècle, la région de Bayeux est le théâtre d’une
formidable purge frappant les Garous et le clan Gangrel au
stricte en son domaine.
Gudbjörn Hrafnsson règne sur Bayeux (qu’il participe à
faire reconstruire) durant plus d’un siècle avant que la situation
début du VIe siècle. Cette « croisade » est organisée à l’initiative n’échappe définitivement aux Zélotes dans la première partie
du seigneur ventrue Volusianus l’Apostolique, luttant contre les du XIe siècle. Le Triumvirat ventrue étouffe la majeure partie de
envahisseurs germains (tels les Saxons) et les hordes de créatures l’influence brujah sous le règne du duc Robert Ier de Normandie,
barbares déferlant dans leur sillage. Cette guerre locale subsiste prenant le pouvoir sur le duché avec une rapidité implacable, au
encore au travers de la légende de saint Vigor, ancien évêque nez et à la barbe de la Grande Cour.
de Bayeux, lequel aurait vaincu un dragon (bien sûr, le dragon Gudbjörn refuse de se soumettre et est détruit. Certains
symbolise ici les barbares païens et autres créatures impies). prétendent qu’il fut empalé et qu’il gît en torpeur aux mains
Malheureusement pour Volusianus, ses initiatives n’eurent du nouveau prince de Bayeux  : la ventrue Constance de
d’impact que sur la population des Gangrels, bien qu’ils fussent Lusignan (qui sut si bien retourner sa veste après la destruction
surtout décimés par les lupins qui y voyaient un bon moyen de du Triumvirat ventrue, prêtant promptement allégeance à la
faire cesser cette « croisade ». Le seigneur ventrue fut massacré Grande Cour). Arngrim le Fier, infant de Gudbjörn et initiateur
par les Garous peu après, alors qu’il se rendait en ambassade. de l’Alliance de l’Orme, est à la recherche du corps de son sire,
Une rumeur ignominieuse colportait à l’époque que le respon- la Louve Grise lui ayant affirmé – par l’intermédiaire des runes -
sable de sa Mort ultime était sa propre infante (Minerva) qui que Gudbjörn n’a pas rencontré la Mort ultime.
aurait transmis la nouvelle de son voyage et se serait arrangée Constance de Lusignan possède une ambition démesurée,
pour que son escorte prenne immédiatement la fuite à l’ap- sans doute héritée de son mentor, la comtesse Liseult de Taine,
proche des lupins. membre du Triumvirat normand (à laquelle elle ne fait plus guère
Minerva régna sur la ville durant plus de trois siècles mais référence). Selon ses propres dires, elle descendrait de Mélusine
rencontra à son tour la Mort ultime vers 890, tombant face au d’Anjou elle-même (ce que l’ancienne Toréador n’a jamais
Brujah scandinave Gudbjörn Hrafnsson, qui rasa la ville. Bien confirmé ni contesté, sa vie mortelle appartenant à un lointain
que le roi de Bretagne Alain Ier parvienne à repousser les envahis- passé). Habile politicienne, elle ne partage pas le dégoût de sa

108
lignée pour les bas clans, notamment les Nosferatus dans lesquels Mathilde en 1059 (bénédictines) et Saint-Étienne, fondée par
elle voit de puissants alliés, les seuls capables de lui permettre de Guillaume en 1064 (bénédictins). Chacun reposant à présent au
maintenir durablement sa position en tissant une formidable sein de « son » abbaye. L’activité portuaire se développe rapide-
toile d’informations. Elle s’est également attaché les services de ment à cette époque.
deux chevaliers ravnos phaedymites dévoués à sa protection et La ville, bien que modeste, est un véritable symbole pour
agissant parfois en tant que messagers, au plus grand déplaisir le clan des Rois. Ici sont inhumés Guillaume et Mathilde, un
des chevaliers ventrues qui considèrent cette démarche comme grand couple royal et le symbole de la puissance des Ventrues
un affront (mais que lui importe l’avis de laquais préférant servir du Triumvirat sur leurs cousins anglais… jusqu’au retour de
que régner ?). Cette trop grande confiance en elle pourrait lui bâton consécutif au réveil de Mithras et à leur destruction totale
être fatale lorsqu’Arngrim viendra rechercher son sire, une pers- au milieu du XIIe siècle (cf. encadré Le Triumvirat ventrue,
pective des plus certaines. page 109). Mithras y installe vers 1160 l’un de ses barons et
petits-infants, Æthelbert, comme preuve de son pouvoir sur
LE TRIUMVIRAT VENTRUE les Ventrues de la région. Lorsqu’Æthelbert vient présenter
ses hommages et porter un message de la part de Mithras à
Alexandre, ce dernier n’en a que faire et c’est une Saviarre cour-
L orsqu’en 1066 Guillaume II de Normandie débarque
en Angleterre, il n’est pas seul. Une puissante coterie
composée de trois Ventrues et se faisant appeler « le
roucée et au bord de la frénésie qui subit le camouflet lorsque
l’envoyé des baronnies d’Avalon refuse de s’adresser à une simple
Triumvirat » l’accompagne à son insu. « conseillère ». C’est probablement avant son retour sur Caen
Profondément infiltré au sein de la noblesse normande qu’il fait la rencontre de la reine Salianna qui lui propose de
depuis la création du duché, le Triumvirat a joué son propre nouer une alliance, s’assurant le soutien silencieux de Mithras
jeu, opposant les Zélotes à la Grande Cour, puis s’établis- lorsqu’elle mettra en place son plan de destitution.
sant comme seuls maîtres de la Normandie sous le règne de Mais en 1200, lorsque Jean sans Terre, alors roi d’Angleterre,
Robert le Magnifique, qui écrasa les révoltes des seigneurs épouse Isabelle Taillefer pourtant promise au comte Hugues IX
normands œuvrant pour les Brujahs, pris au dépourvu par de Lusignan, ce dernier en appelle à la justice du roi de France,
la puissance jusqu’ici « dormante » du Triumvirat. Philippe II, dont il est le vassal. Y voyant là une occasion rêvée,
Leur objectif est de porter Guillaume au pouvoir et Philippe Auguste profite du fait que Jean sans Terre est égale-
de dominer les caïnites anglais alors que le mathusalem ment son vassal sur ses terres de Normandie pour lui confisquer
Mithras est toujours en torpeur. Profitant des troubles, ils le duché. Une guerre éclate en Normandie entre les deux rois. Il
obtiennent un certain succès, mais le retour de Mithras est fort probable que Constance de Lusignan, prince de Bayeux,
à Londres en 1085 marque la fin de leur court règne. ait influencé Hugues IX grâce aux liens qu’elle conserve avec sa
Finalement, le mathusalem balaye les derniers vestiges de famille mortelle et ainsi précipité le conflit. Quant à la comtesse
leur pouvoir en 1154, année du couronnement d’Henri II. Saviarre, elle ne pouvait que jubiler d’un tel spectacle.
Les membres du Triumvirat étaient Roald Yeux-de- La guerre opposa Ventrues anglais et français en terres
Serpent (sans doute assassiné par son alliée, la baronne normandes. Le baron Æthelbert dut quitter Caen pour Château-
malkavienne Seren de Gloucester), la comtesse Liseult de Gaillard, place forte aux mains des Anglais, mais les consé-
Taine (massacrée par des lupins, probablement des Crocs quences en furent désastreuses. Acculé, il ne put s’échapper
d’Argent de la maison du Hurlement Austère) et Geoffroy lorsque les troupes du roi de France prirent la forteresse d’as-
de Calais (tué peu avant l’aube par des soldats ayant, dit-on, saut en pleine nuit. Certain de la puissance de son sang, il fut
sacrifié un taureau dans la nuit ; preuve, s’il en faut, de l’in- surpris lorsqu’un pieu traversa son cœur, perçant sa formidable
tervention de Mithras). résilience avec une facilité déconcertante. Ses dernières pensées
De ces trois caïnites, il ne reste qu’un vague souvenir. furent de se demander pourquoi le caïnite qui buvait sa vitae et
Leur échec a terni leur réputation à jamais au sein du clan son âme versait d’abondantes larmes de sang et semblait déchiré
des Rois et, s’ils ont des descendants encore en activité, par le remords et la honte.
ceux-ci évitent d’en faire part autant que possible, parfois Æthelbert tombé, les troupes de Philippe Auguste prennent
bien malheureux de devoir réciter leur lignage. Caen deux mois plus tard. Les Ventrues français pensent alors
la partie gagnée, les tombeaux de Guillaume et Mathilde enfin
sauvés. Mais alors qu’ils commencent à reprendre le contrôle de
la ville et que les troupes de Philippe II sont parties faire le siège
Caen de Rouen, une terrible attaque décime les Ventrues des deux
camps et leurs alliés. C’est là l’une des nuits les plus sanglantes

L a ville ne se développe qu’au milieu du XIe siècle alors que


Guillaume le Conquérant en fait la capitale de son duché,
délaissant Bayeux et faisant bâtir une forteresse autour de
pour les caïnites de France avant que ne débutent les croisades
albigeoises.
Profitant des tumultes opposant les Ventrues de la ville, le
laquelle le bourg s’étend rapidement. Avec sa femme Mathilde Brujah Arngrim et la Gangrel Runi, à la tête des membres de
de Flandre, ils y fondent deux abbayes : la Trinité, fondée par l’Alliance de l’Orme, portent un coup aussi fulgurant que décisif.

109
L’attaque est si parfaite que l’on soupçonne les Nosferatus d’y massacre des soldats, bourgeois et caïnites anglais d’Évreux, en
avoir participé, non sans se saisir de cet évènement pour faire réponse à la trahison dont a été victime la chevalerie française,
passer un discret message à Constance de Lusignan quant à la dont son propre infant, Thibald.
fragilité de son « principat » en l’absence de leur soutien. Le prince d’Évreux est un proche d’Aymeric de Sées et son
Depuis presque quarante ans, Caen et ses environs restent le influence sur l’Échiquier est importante bien qu’il n’y siège pas
domaine exclusif de l’Alliance de l’Orme. Arngrim savoure sa personnellement. C’est également un soutien important de
revanche depuis lors et porte son regard vers Bayeux, alors qu’un Geoffrey du Temple auquel il a voué allégeance.
Prieur vient de lui confirmer que le corps de son sire est toujours Il est probable qu’Adelphe mènera le combat contre l’Alliance
en torpeur quelque part sous la ville. Quant à la Louve Grise, de l’Orme le moment venu.
cette nuit-là elle s’est gavée de la vitae d’autant de Sang Bleu que
possible, repensant au massacre de son sire lors de la croisade
de Volusianus l’Apostolique au VIe siècle… et elle y a pris goût.
Mont- Saint-Michel
A u XI  siècle, le Mont est l’un des principaux sanctuaires de
e

Évreux (évêché) Normandie et il voit sa réputation s’étendre dans tout le


royaume, mais c’est dans la seconde partie du XII  siècle qu’il
e

E n mai 1194, l’évêché est au centre d’une trahison de Jean Sans


Terre à l’encontre de Philippe II Auguste. L’ancien usurpateur
anglais, afin de montrer sa fidélité retrouvée à son frère Richard
atteint son apogée sous la direction de l’abbé et historien béné-
dictin Robert de Thorigny, à la fois proche du duc de Normandie
et du roi de France. On le dit même conseiller du pape et de
Cœur de Lion lors du retour d’emprisonnement de ce dernier, fait plusieurs princes.
tuer plusieurs centaines de chevaliers français d’Évreux, ville dont C’est vers 1204, après un incendie provoqué par des cheva-
le roi de France lui avait confié la garde suite à leur alliance. C’est liers bretons, que commence la construction de la « Merveille »
ainsi que près de trois cents chevaliers fidèles au roi de France sont (de 1211 à 1228) grâce au large financement de Philippe Auguste.
invités à un banquet, véritable guet-apens qui n’a pour but que leur Depuis 1238, les inquisiteurs de la Société de Léopold en
massacre. Jean décide d’occuper la Normandie pour le compte de ont fait leur bastion, délogeant les bribes de l’Hérésie caïnite
Richard, duc de Normandie, mais Philippe espère bien assurer son qui s’y trouvaient encore, éliminant ainsi l’influence d’André de
autorité sur le duché dans une « guerre » qui durera dix ans et se Normandie et de la confrérie de la Rose de Sable (cf. page 80)
soldera par la victoire du roi de France. dans la région. Malheureusement, l’abbé Turstin, en charge
En réponse au massacre de ses chevaliers liges, Philippe du Mont, est loin d’être un modèle de sainteté et d’humilité.
Auguste détruit Évreux et ses environs, incendie l’abbaye béné- Se vautrant dans le luxe, il se fait accorder par le pape le droit
dictine de Saint-Taurin et fait passer par l’épée les soldats et de porter les habits épiscopaux ainsi que celui d’exercer des
bourgeois anglais sans distinction d’âge ou de sexe. Il pille et fonctions propres à un évêque, ce qui irrite au plus haut point
incendie la ville une seconde fois en 1298. l’évêque d’Avranches qui exerce son autorité sur le Mont. En
La population caïnite est durement touchée et plusieurs 1242, les tensions sont à leur comble.
chevaliers ventrues alliés de la Grande Cour paient très cher leur Baudouin le Breton, grand maître de l’ordre des Pauvres
alliance avec les Ventrues soutenant Jean Sans Terre contre son Chevaliers de la Passion et de la Croix d’Acre (cf. page 150),
frère Richard. La « trahison d’Évreux » est encore fraîche dans établit régulièrement ses quartiers sur le Mont. Il profite de
les esprits des Ambitiones français et ils y feront encore référence l’aveuglement de l’abbé Turstin – trop occupé à jouir de sa
lors de la guerre de Cent Ans, un siècle et demi plus tard. Il va position pour administrer l’abbaye (ou même se soucier de ce
sans dire que la réponse implacable de Philippe Auguste dissi- qui s’y passe) – afin d’organiser régulièrement des assemblées et
mule une purge des caïnites pro-anglais. discuter des problèmes de l’ordre et de la Société de Léopold
En 1242, Évreux revêt un rôle particulier pour les Ventrues dans son ensemble, à la condition qu’au moins un membre de la
de la Grande Cour, la ville est le symbole d’un schisme au sein famille Murnau et trois membres de chaque autre faction soient
du clan des Rois, une dissension qui durera des siècles. Les vain- présents (à l’exception de l’Oculi Dei, évidemment).
queurs d’aujourd’hui sont les vaincus de demain. Désunis, les Les abbayes du diocèse d’Avranches accueillent des membres
Ventrues français sont isolés et voient le pouvoir leur échapper de l’Ordre Rouge et le récent Hôtel-Dieu de Coutances accueille
rapidement au profit des Toréadors. des Sœurs de saint Jean. On dit que des membres de l’Oculi Dei
Le prince Adelphe le Germain est un chevalier ventrue de la parcourent également la région, mais le culte du secret entourant
première heure, un ancien caïnite qui a participé à la création cette faction de la Société ne permet pas d’en être certain.
de la chevalerie moderne. Il en a fait une caste sociale à part La forte présence de l’Inquisition de l’ombre dans cette région
entière, mettant en avant l’excellence martiale et pourvoyant les est connue de la plupart des caïnites qui préfèrent généralement
seigneurs en guerriers d’élite, prompts à renverser la situation s’établir ailleurs, y compris les Nosferatus qui disent « se sentir
sur les champs de bataille. observés » et dont plusieurs membres ont disparu récemment
Adelphe est surnommé « le Fratricide » pour son implication (comme à Avranches). Quant aux caïnites n’ayant pas souhaité
dans la guerre de dix ans qui a ramené la Normandie dans le quitter leur domaine, disons que leur nombre a mystérieuse-
giron du roi de France. Il est en grande partie responsable du ment décru ces dernières années…

110
LA FIN DU MONT HÉRÉTIQUE

D urant plusieurs décennies, le Mont-Saint-Michel a été un foyer de l’Hérésie caïnite. Mais malgré l’importance de ce sanc-
tuaire, André de Normandie a toujours refusé de s’y rendre, considérant comme aberrant de s’isoler dans un tel lieu,
potentiellement piégé par la marée montante une bonne partie de la nuit (et du jour).
L’ancien évêque toréador de l’Hérésie, Charles de Lisieux, en a fait les frais en 1238. Fier de son influence sur le Mont, il a
personnellement veillé à ce que Richard Turstin en devienne l’abbé en 1236. Ce mortel ambitieux, aisément manipulable et
laxiste était l’assurance de ne pas voir fleurir une forte ferveur parmi les moines de l’abbaye, permettant un contrôle total de
Charles, préparant l’après Curie écarlate pour le compte de « l’archange » André.
La surprise de l’évêque fut donc totale lorsqu’il se retrouva piégé sur le rocher, cerné par les membres les plus dévots de
l’Inquisition de l’Ombre menés par Baudouin le Breton en personne. La petite communauté de caïnites fut vite éliminée et
les moines tombés sous leur emprise, ramenés sur la voie de Dieu (de gré ou de force).

LE MONT GARDIEN

S elon une ancienne légende, bien avant que ne se dressent l’abbaye du Mont et son bourg, l’archange Saint Michel aurait
vaincu un dragon ou une créature démoniaque, la pourchassant jusque sur le rocher pour l’y occire et jeter son corps dans
un puits sans fond. Saint Aubert, évêque d’Avranches au début du VIII  siècle, aurait alors reçu une vision lui enjoignant de
e

dresser un édifice dédié à Saint Michel à l’emplacement de la future abbaye afin de sacraliser le lieu. Si la légende a perduré,
nul n’a jamais trouvé trace d’un tel puits sous l’abbaye… jusqu’à récemment.
Il y a peu, un moine de l’Ordre Rouge de saint Théodose aurait trouvé un accès menant à un escalier s’enfonçant profon-
dément dans le Mont et menant à une grande salle, vide à l’exception d’un « puits » en son centre, véritable cicatrice s’ouvrant
dans la roche noire, semblable à du marbre. Après avoir jeté une torche dans cet abîme de noirceur, le moine vit celle-ci
disparaître dans les tréfonds du puits après des dizaines de mètres de chute. Il tendit l’oreille, mais n’entendit que des plaintes
semblant provenir des entrailles de la terre.
Apprenant l’existence d’un tel endroit, les autres moines voulurent en avoir le cœur net, mais aucun d’entre eux ne
retrouva l’escalier menant à ce lieu étrange et inquiétant.

Saint-Ouen (bénédictins), développée sur la base du monastère


Rouen (archevêché) dédié à Saint-Pierre et fondé en 536 par Clotaire Ier alors roi des
Francs de Soisson et d’Orléans.

C apitale romaine de la Seconde Lyonnaise, évêché dès


le III  
siècle, archevêché au VIII  
e
siècle, puis capitale
e

normande, Rollon y instaure en 911 l’Échiquier (la cour souve-


La position stratégique de Rouen sur la Seine et son impor-
tance dans la Gaule romaine ont bien sûr attiré les Ventrues,
mais également les Garous de la tribu des Crocs d’Argent. Les
raine de Normandie qui se tient également à Caen). Rouen est attaques vikings du IXe siècle ont opposé le clan des Rois aux
véritablement la capitale religieuse et commerciale du duché, Brujahs, Gangrels et Fils de Fenris dans des combats particu-
même si Guillaume lui préféra Caen. La ville perd néanmoins de lièrement sanglants et mortels, aucun camp ne souhaitant bien
son influence lorsqu’elle tombe en 1204 face à Philippe Auguste évidemment s’allier. Pendant plus de deux siècles, cette situa-
en pleine reconquête de son royaume. tion perdura pour le contrôle de Rouen et de sa région jusqu’à
Son port lui assure d’importants revenus issus des échanges l’intervention du Tremere Goratrix qui souhaitait alors établir
avec Paris (poissons et sel) et l’Angleterre (vin). Une charte de une alliance avec les Ventrues (et le baron Æthelbert se refu-
1150, modifiée en 1174, accorde un semblant d’autonomie à la sant à intervenir dans ces querelles meurtrières, l’Usurpateur y
bourgeoisie locale, mais en réalité l’essentiel du gouvernement vit rapidement une gêne). L’installation de la fondation tremere
municipal reste entre les mains du duc et de ses représentants. de Rouen au milieu du XIIe siècle va peu à peu faire pencher
Avec près de vingt-cinq mille habitants et une démographie en la balance du côté des caïnites ventrues, repoussant les Crocs
pleine expansion dans ses faubourgs, Rouen est en 1242 l’une d’Argent dans leurs domaines ruraux et éliminant les bribes de
des plus importantes villes de France. menace que représentaient encore les vampires et Garous venus
Quatre foires se tiennent dans l’année à Rouen ou dans la avec les envahisseurs vikings (ainsi que le baron Æthelbert par
région : à la Saint-Gervais, à la Saint-Gilles, à la Saint-Ouen (qui la même occasion).
duraient généralement une journée) et, la plus importante, au À nouveau maîtres de Rouen, les Ventrues déchantèrent
Pardon Saint-Romain. lorsque les Tremeres firent valoir leur droit à participer acti-
La cathédrale Notre-Dame vient d’être reconstruite dans ce vement à la politique caïnite de la ville. Chaque partie étant
style gothique si moderne. La plus importante abbaye est celle de consciente qu’aucun terrain d’entente ne pourrait être trouvé,

111
il fut décidé de mettre en place un système de cour inspiré de se déroulent deux fois par an, parallèlement aux assemblées de
celui créé par Rollon et le nom d’Échiquier fut conservé, parfai- l’Échiquier mortel lors de ses sessions à Rouen, c’est-à-dire au
tement adapté au jeu politique passif-agressif auquel se livrent printemps et à l’automne, durant deux à trois semaines. Cela
les deux clans. L’Échiquier est composé de trois Ventrues, trois permet de dissimuler l’arrivée des nombreux caïnites venus pour
Tremeres et d’un septième membre appartenant à un autre clan l’événement alors que les nobles et prélats viennent assister à
et faisant office d’arbitre (une position pour le moins délicate). l’assemblée mortelle au château. Ces séances sont généralement
Ce septième membre est choisi parmi les hauts clans Toréador l’occasion de grandes fêtes et les positions de pouvoir s’y font
ou Lasombra, une concession obtenue par les Ventrues qui y et s’y défont. Y être invité est une marque de reconnaissance
voient une disposition en leur faveur. hautement appréciée des caïnites les plus versés en politique.
Le chef de file des Ventrues est Aymeric de Sées, un ancien Les séances plénières, quant à elle, se déroulent une fois par
fortement impliqué dans la politique locale et les combats contre semaine (ou toutes les deux semaines), pour gérer les affaires
les Garous et les « barbares ». Maître Benoît, régent de la fonda- quotidiennes et recevoir les doléances. Pour ces séances, un seul
tion de Rouen, mène les débats pour les Tremeres. Quant au membre de chaque Tablier est requis, en plus de l’Audiencier.
rôle d’arbitre, il est actuellement endossé par l’ancien Lasombra La politesse y est toujours de rigueur, la dernière grave
Eudes de Saint-Gilles que l’on dit fort pieux et qui représente les incartade aboutit à ce que le chevalier ventrue Enguerrand,
intérêts de son clan dans une région très chrétienne. pourtant désigné membre du Tablier Blanc à cette époque, soit
En 1242, bien que l’Échiquier caïnite ait tenté de conserver traîné et jeté dans la Seine. Cela marqua la fin des relations
son indépendance vis-à-vis de la Grande Cour, il n’est plus entre Enguerrand et l’Échiquier caïnite, précipitant la chute du
l’heure de faire cavalier seul alors que la menace que repré- seigneur ventrue.
sente l’Alliance de l’Orme se fait plus pressante. Répondant à L’équilibre des forces est précaire au sein de l’Échiquier. Les
l’appel d’Aymeric de Sées, Geoffrey a créé une nouvelle charge membres du Tablier Blanc sont des Ventrues, dont Aymeric de
de bailli au sein de la Grande Cour, confiée à un proche de la Sées, représentant les Sang bleu de Rouen, mais peu soutenu
reine Salianna sur le bon conseil de cette dernière : l’ancilla et par certains ventrues car trop proche d’Adelphe « le Fratricide ».
chevalier toréador Théodran de Savara, qui assume une position De plus, son honneur lui intime le respect envers les Tremeres
neutre envers les Ventrues et les Tremeres. Bien qu’ayant prêté qui ont aidé à la reconquête de Rouen. Ce tempérament « arran-
allégeance au prince-régent, Théodran n’agit que pour le compte geur » fait que nombre de Ventrues attendaient avec impatience
de la matriarche toréador qui estime qu’il est grand temps le bailli envoyé par la Grande Cour, pensant y trouver un
que le clan de la Rose s’impose dans le duché de Normandie, meneur à la main plus ferme. Leur déception est à la hauteur de
à la faveur des tensions qui ne manqueront pas de déchirer leur colère et les relations entre membres du clan des Rois s’enve-
l’Échiquier. Quant à l’Alliance de l’Orme, elle représente tout niment de jour en jour. Les deux autres places du Tablier Blanc
autant un danger qu’un puissant allié de circonstance, voire un sont occupées par un émissaire de Constance de Lusignan,
outil. Salianna le sait, l’influence du clan des Rois s’étiole en Prince de Bayeux, et un représentant d’Adelphe le Germain,
Normandie et il est maintenant temps d’y faire fleurir quelques seigneur d’Évreux, proche de la Grande Cour.
magnifiques roses toréadors. Les membres du Tablier Noir sont des Tremeres, reconnus
comme haut clan en Normandie, dont Maître Benoît, qui ne
L’Échiquier caïnite de Rouen s’implique véritablement que lorsque les questions impliquent
Cet organe politique, dont les prémices trouvent leurs origines directement la ville de Rouen ou lors des séances souveraines.
dans le Triumvirat ventrue, a pour but d’aider à la gouvernance Lorsque cela ne l’intéresse guère il y envoie le châtelain de sa
de Rouen et de sa région, et d’y rendre la justice. Du fait de son fondation. Le deuxième siège est occupé par un envoyé de
prestige et de sa puissance, l’Échiquier est devenu le lieu incon- Goratrix, représentant les intérêts de l’ancien régent de la fonda-
tournable où se décide le destin des nuits de Normandie, au tion de Rouen, souvent partisan d’une politique agressive et
grand dam de ceux qui n’y sont pas invités à siéger. expansionniste. L’occupant du troisième siège du Tablier Noir
Son fonctionnement a l’avantage de ne pas mettre tous les dépend du contenu de la séance, il est désigné par Maître Benoît
pouvoirs dans les mains d’un seul caïnite, mais les décisions y et Thomas de Cherbourg. Il peut s’agir d’envoyés d’autres fonda-
sont parfois longues à prendre, ce qui nuit à la réactivité dont tions venus se frotter aux méandres de la politique rouennaise,
devrait faire preuve l’Échiquier face à la menace que représente ou même d’un membre d’un autre clan si celui-ci contracte une
l’Alliance de l’Orme, plus rapide dans ses prises de décisions. dette de sang envers les Tremeres, ce qui a le don d’irriter au plus
Les différentes positions au sein de l’Échiquier sont : membre haut point les Ventrues du Tablier Blanc. Thomas de Cherbourg
du Tablier Blanc, membre du Tablier Noir et Audiencier (ou siège personnellement lorsque cela est nécessaire, généralement
Chancelier). Ce sont durant ses séances que sont désignés les dans le but d’interférer subtilement dans les plans de Goratrix
postes à pourvoir pour assurer la gestion et la sécurité de la et de son envoyé. Mais la plupart du temps, Thomas préfère
ville, lesquels changent régulièrement de main pour éviter toute agir en coulisses, graissant ou enrayant les rouages durant les
forme de népotisme. négociations.
Les séances de l’Échiquier sont divisées entre « séances Le dernier siège revient à l’Audiencier, chargé d’animer les
plénières » et « séances souveraines ». Les séances souveraines débats, position parfois dangereuse mais au centre de toutes les

112
attentions et doléances. Ce poste est désigné par une assemblée elle a arraché les secrets en buvant son âme et ses souvenirs
des anciens Toréadors, Lasombras et Cappadociens de la ville. grâce à son haut niveau d’Auspex. Endossant son rôle (les
Actuellement, ce siège est occupé par le fort éloquent Eudes de membres de l’Oculi ne se connaissant pas entre eux et évitant
Saint-Gilles, qui ne se prive jamais de citer les Évangiles lorsqu’il tout contact direct), elle a transmis des informations sur d’in-
rend les jugements. nombrables caïnites de la région, menant aux considérables
Originellement situés dans les souterrains protégés et succès de l’Inquisition.
aménagés sous la colline où se trouve le nouveau château Bien sûr, si elle leur réserve le menu fretin, elle se garde pour
construit par Philippe-Auguste, les membres de l’Échiquier elle les plus beaux morceaux, utilisant l’Inquisition pour débus-
caïnite envisagent de déplacer leurs réunions vers un endroit quer ses proies, les forcer à bouger, à se mettre à découvert. Et
moins sombre et humide, à présent que les invasions barbares ne c’est là qu’elle intervient, frappant par surprise ; alors que sa
menacent plus la ville. Mais la sécurité reste de mise lorsque des cible regarde les chiens de chasse sur ses talons, elle ne voit
personnages aussi illustres sont tous réunis au même endroit, pas la menace qui se tient face à elle (et, si elle est d’humeur,
l’Alliance de l’Orme représentant une menace constante. elle laisse un peu d’avance à sa cible pour avoir le plaisir de la
traquer). Si vous voulez faire sortir une bête de son trou, il suffit
Intrigues normandes de l’enfumer ; et c’est à ça que lui servent les inquisiteurs.
• Les chevaliers gangrels. Godfrey d’Auffey est un Gangrel Belato a même infiltré l’ordre des Pauvres Chevaliers de la
normand ayant obtenu du prince Mithras la création d’un Passion et de la Croix d’Acre, liant par le sang Guillaume
ordre : les Chevaliers d’Avalon. Inspiré par les paladins de de Laval, le bras droit de Baudouin le Breton. Qui pourrait
Charlemagne et les écrits de Chrétien de Troyes, Godfrey a se douter que le membre de l’ordre le plus zélé, celui dont
ouvert l’ordre aux caïnites d’autres clans, bien que les Gangrels les nombreux succès rejaillissent sur ses compagnons, sert en
restent le plus nombreux. Les Chevalier d’Avalon ont pour réalité une Damnée ?
sainte patronne Austreberthe, une nonne du VIIIe siècle
établie en Normandie qui dressa un loup et le força à accom- Lignée : Niktuku
plir les tâches auparavant dévolues à l’âne qu’il venait de tuer. Sire : inconnu
L’Échiquier caïnite de Rouen, face à la menace grandissante Nature/attitude : Autocrate/Monstre
de l’Alliance de l’Orme, a fait appel à l’ordre des Chevaliers Génération : 6e (diableries multiples)
d’Avalon en s’appuyant sur l’amour que Godfrey porte Étreinte : vers –150
encore à la Normandie et à sa grande piété. Malgré les heurts Âge apparent : indéfinissable
opposant encore les Damnés anglais et français, les chevaliers Attributs : Force 6, Dextérité 4, Vigueur 5 ; Charisme 3,
gangrels ont répondu présent, ne souhaitant pas voir la région Manipulation 5, Apparence 0  ; Perception 6,
tomber aux mains de caïnites païens, fussent-ils des Gangrels. Intelligence 4, Astuce 4
Godfrey d’Auffey a envoyé douze de ses meilleurs chevaliers Capacités : Athlétisme 1, Bagarre 4, Commandement 3,
pour aider l’Échiquier à reprendre le contrôle de Caen et Empathie 2, Intimidation 4, Intuition 4, Subterfuge 3,
éliminer définitivement la menace que représente l’Alliance Vigilance 5 ; Animaux 2, Furtivité 3, Mêlée 3, Survie 2 ;
de l’Orme. Cependant, il compte étendre la présence de son Énigmes 2, Érudition 2, Investigation 5, Médecine 1,
ordre dans la région et obtenir une place au sein de l’Échi- Occultisme 3, Sagesse populaire 3, Théologie 1
quier, deux exigences qui pourraient mettre au pied du mur Disciplines : Animalisme 2, Auspex 6, Célérité 4,
Aymeric de Sées, même si ces Gangrels semblent plus « civi- Domination 3, Force d’âme 2, Occultation 4,
lisés » que leurs frères de clan. Présence 1, Protéisme 2, Puissance 4
• Le secret de Runi. Gudbjörn, actuellement en torpeur à Historiques : Contacts 4, Ressources 2
Bayeux, pourrait être celui qui a subtilisé la pierre runique Vertus : Conviction 3, Instinct 4, Courage 4
que recherche Völuspá (cf. page 179) et dont seul le Brujah Voie : Bête (Chasseur) 5 / Volonté : 8
connait l’emplacement actuel. Quant à Runi, la Louve Grise,
il pourrait s’agir du mage en personne ou de l’une de ses • Saint Romain et la foire du Pardon. Depuis le XIe siècle
alliés. Le but de Völuspá est de récupérer la pierre, puis d’ex- et durant un mois, du 23 octobre au 23 novembre, sur les
terminer Gudbjörn et sa descendance en commençant par hauteurs nommées Champ du Pardon, dans les faubourgs de
Arngrim dès son but atteint. Rouen, se tient l’une des plus grandes foires de France. On
• Niktuku ? Dans la région d’Avranches, un caïnite agit dans y vend de tout (vêtements, draperies, peaux, bijoux, meubles
l’ombre de l’Inquisition. Celle qui se fait appeler Belato et accessoires divers, vins locaux et denrées variées) et le
pourrait être très ancienne (son nom venant du mot gaulois jour de l’ouverture est dédié à un extraordinaire marché aux
signifiant « mort ») et son activité récente due à une longue bestiaux où se vendent ânes, chevaux, porcs, bœufs, vaches et
période de torpeur. moutons. C’est également un mois de fête et de nombreux
Dès l’implantation de la Société de Léopold dans la région, artistes et troupes ambulantes viennent émerveiller la foule
Belato a observé les membres de l’Inquisition de l’ombre. Elle de spectacles et performances en tout genre, facilitant le
a même découvert un membre éminent de l’Oculi Dei auquel travail des délesteurs de bourses.

113
La foire s’ouvre également sur une cérémonie menée par fructifiant sa fortune et forgeant de puissants liens politiques
l’évêque consistant à gracier un condamné à mort (origine de au travers d’alliances et de mariages. En effet, la faiblesse de
son nom), en souvenir du service rendu par l’un d’entre eux à clan d’Enguerrand l’oblige à se nourrir du sang de ses propres
l’évêque Romain au VIIe siècle dans sa lutte contre un dragon descendants. Il n’avait donc d’autres choix que de s’assurer
terrorisant la région. Cependant, les textes mentionnant cet de leur postérité et de leur expansion car si la famille venait à
évènement sont inexistants et le nom même de « gargouille » s’éteindre, il en ferait de même. Et ce jour est venu.
donné à la créature est très tardif (fin du XIIe siècle au Enguerrand et ses scions prospéraient en Normandie, mais
plus tôt). Si la lutte victorieuse de saint Romain contre des depuis que Philippe II Auguste a arraché le duché des mains
cultes païens, voire des démons luxurieux, semble attestée, des Plantagenêt en 1204, Enguerrand et sa famille ont dû
le « miracle de la gargouille » est bien mystérieux. Est-ce une faire face à l’ambition démesurée de caïnites français qui
invention ou un évènement effacé des textes mais ayant souhaitaient s’accaparer de nouveaux domaines. Les pertes
persisté grâce à la transmission orale ? ont été nombreuses et Enguerrand a vu toute sa lignée
Suggestion : vers 630, un ancien Gangrel (à moins qu’il ne mortelle disparaître, éliminée par ses ennemis.
s’agisse d’un Nosferatu) terrorisait la région, rependant la À présent, il ne lui reste plus qu’un descendant direct : sa
mort dès que l’occasion s’en présentait, ayant probablement goule Adhémar. Replié dans sa demeure familiale de Falaise,
succombé à la bacchanale. Cette créature était bien trop puis- Enguerrand attend la fin, entouré de quelques fidèles vassaux.
sante pour l’évêque Romain pourtant armé de la force de la Mais une chose est sûre, lorsque la Mort ultime viendra le
Vraie Foi. Demandant de l’aide aux seigneurs de la région, faucher, il l’attendra l’épée à la main, prêt à lui faire payer très
tous lui fermèrent leur porte, terrorisés par la bête rôdant cher le prix du sang.
dans les forêts. C’est alors que l’évêque fit la connaissance • Les Sœurs combattantes. Un petit groupe d’Ahrimanes s’est
d’un condamné à mort qui, sous couvert d’expier ses crimes, installé du côté de Verneuil (actuelle Verneuil-sur-Avre).
souhaitait l’aider dans sa tâche. Cet homme dont l’his- Dirigées par Ragnhild (9e génération), elles seraient prêtes
toire a oublié le nom était un membre de la Parentèle de la à rejoindre l’Alliance de l’Orme ne serait-ce que pour se
tribu garou des Crocs d’Argent, mais également la goule du mesurer aux fameux chevaliers gangrels de Godfrey d’Auffey.
caïnite devenu dément. Rejeté par ses pairs et souillé par le Cependant, les Ahrimanes ignorent qu’elles ont attisé la
sang du monstre, mais libre du serment de sang brisé par la fureur d’un sept local de loups-garous en se nourrissant
dernière frénésie de son domitor, il voyait là une occasion d’esprits. Elles pourraient alors apporter avec elles l’ire des
de se racheter aux yeux de sa noble famille. Pourtant, il se lupins et ainsi provoquer un affrontement direct entre eux et
livra à un dernier acte abominable avant la confrontation en l’Alliance, affaiblissant cette dernière considérablement.
laissant un immonde esprit du Ver pénétrer en lui, l’unique • Shemiazel, fléau des siècles à venir. Vers –300, l’explorateur
moyen d’espérer égaler son maître. Il y parvint à la suite d’un grec Pythéas, originaire de Massalia, entreprend un long
combat d’une rare sauvagerie, se consumant avec le monstre voyage au-delà des piliers d’Atlas, vers les mers du Nord de
et l’esprit corrompu dans les flammes de la Vraie Foi invo- l’Europe, jusqu’en Islande. Selon l’un des marins l’ayant
quées par l’évêque. accompagné, ils seraient partis de l’antique Marseille avec
Bien que les gens de Rouen eussent connaissance de ce un étrange sarcophage de pierre noire (peut-être de l’obsi-
nouveau miracle, le futur saint n’en parla jamais et refusa dienne ou de l’onyx) gravé d’inscriptions étranges et cerclé
qu’il soit consigné. Quant au Parent garou, mort en étant de chaînes. Toujours selon ce marin, la chose devait être
lavé de toute corruption, il serait honoré comme ancêtre par jetée très au nord, au-delà des terres connues, là où la mer
certains Crocs d’Argent de triste réputation de la maison du rencontre la glace et le feu. Mais lors d’une tempête qui se
Hurlement Austère (cf. page 162), pour lesquels la fin justifie leva si brusquement qu’elle fut attribuée à la colère des dieux,
les moyens (bien sûr, ils affirment qu’il était un Garou et le sarcophage fut projeté dans les flots déchaînés et perdu.
non un simple membre de la Parentèle). Ce serait les Sang Rien n’explique comment un sarcophage aussi massif a pu
Bleu garous qui auraient instauré la tradition du pardon s’échouer sur une plage au pied des falaises non loin de la
et nommé la créature « gargouille », une référence évidente future ville de Dieppe. Il n’y a pas plus d’explication à l’atti-
à leurs ennemis tremeres dont l’influence s’étend dans la tude du peuple gaulois des Calètes qui emporta la chose dans
région depuis la fin du XIIe siècle. une profonde grotte s’enfonçant dans la falaise pour y dispa-
Cette légende étant proche de celle de saint Pol et du dragon raître à jamais, l’entrée de la crypte naturelle se dérobant aux
de Batz (cf. page 58), certains Garous (principalement des yeux de tous.
Rongeurs d’Os) n’hésitent pas à dire qu’il s’agit d’un « tissu Un millénaire et demi plus tard, nul n’est venu troubler le
d’âneries » inventé par les membres normands de la maison repos de la créature captive de ce cercueil obscur et de ses
du Hurlement Austère qui se sont inspirés du héros Nuz. gardiens, ces êtres entre deux mondes, ni morts ni vivants,
• Enguerrand, le dernier seigneur de Normandie. Ce Ventrue existant des deux côtés du Linceul. Mais quelle est cette créa-
plusieurs fois centenaire a passé sa non-vie à veiller sur la ture exactement ?
fortune de sa famille mortelle, sorte d’ange gardien caïnite Suggestion : la chose que l’on nomme Rabasa est un Baali de
venant en aide à sa descendance, éliminant ses ennemis, 7e génération étreint peu avant la fin de la Seconde Guerre

114
baali, peut-être dans la cité maudite de Chorazeïn. Nul ne se colossale en Normandie. Des documents plus récents font
souvient de son véritable nom, mais ce détail est de peu d’im- état d’une force prodigieuse qui se serait éveillée l’espace
portance puisqu’il ne s’agit pas vraiment une personne : c’est d’un instant en septembre 1066, lorsque Guillaume II de
une porte ou, plus précisément, un Puits sacrificiel unique Normandie embarqua pour l’Angleterre avec son armée.
au monde (cf. La Main Noire, le guide de la Tal’Mahe’Ra, Intrigué, Maître Benoît recherche davantage d’informations,
page 101). Ce mortel sans envergure aurait été étreint sur contactant Goratrix qui n’a pas souhaité y prêter attention.
ordre de Nergal qui se livra à une terrible expérience sur le Par dépit, le régent de Rouen a partagé cette information au
pauvre nouveau-né. Lié aux Ténèbres extérieures, Rabasa cours de ses échanges avec sa sœur de sang Viorica, la Sorcière
est un portail vivant vers l’un des Endormis : un duc démo- écarlate. Fascinée par la nature de la créature dont Maître
niaque du nom de Shemiazel, lié à l’archiduc Bélial. Benoît brosse le portrait d’après le peu d’éléments dont il
Lorsque la Seconde Guerre baali prit fin, le corps en torpeur dispose – et poussée par Vassago, le démon de l’envie – Viorica
de Rabasa fut scellé dans un sarcophage et emporté au loin. souhaite ardemment découvrir l’emplacement du démon,
Certains disent qu’il fut jeté dans l’Abysse ou Malféas, d’autres aidant Maître Benoît dans ses recherches avec le projet de
dans le Labyrinthe de l’Outremonde menant directement le trahir dès que l’occasion s’en présentera, s’appropriant la
dans le Néant. Et pourtant, il réapparaît encore et encore, puissance du démon (sans entrevoir les conséquences désas-
souvent après de grands massacres, comme si une porte (un treuses de son acte). Bien sûr, l’Angellis Ater Eudes de Saint-
nihil ?) lui permettait de rejoindre le monde des vifs. C’est Gilles est conscient de la présence de Shemiazel et compte
ainsi que le sarcophage apparut en –332 à Tyr, lorsque la cité bien retrouver son sarcophage rapidement pour éveiller le
tomba devant Alexandre le Grand. Rothriel, descendant du duc de l’Orgueil au cours d’une nuit de sacrifices aux propor-
légendaire guerrier salubrien Samiel, à défaut de pouvoir le tions gigantesques.
détruire, aurait transporté le corps de Rabasa jusque dans la Destin : libéré en 1248 par l’Angellis Ater Eudes de Saint-
colonie grecque de Massalia. Puisque le sarcophage semblait Gilles (cf. page 200), Shemiazel serait en partie responsable
pouvoir revenir du plus profond des royaumes de l’Umbra, de nombreux maux tels que la guerre de Flandre, la Guerre
et peut-être du Néant lui-même, Rothriel décida de le faire de Cent Ans (dont il aurait planté l’une des graines avec
porter aux confins du monde matériel, loin de toute civilisa- la victoire de Guillaume), la renaissance de l’Inquisition
tion. Et cela aussi échoua. (murmurant le contenu du Malleus Maleficarum aux domini-
Si le corps de Rabasa venait à être libéré et nourri par le sacri- cains Heinrich Kramer et Jacob Sprenger) et, par extension,
fice de dizaines d’âmes, il serait immédiatement détruit en la Révolte anarch menant à la création du Sabbat au sein
ouvrant un passage vers les Ténèbres extérieures et Shemiazel, duquel se dissimuleraient des infernalistes à sa solde (dont la
qui s’incarnerait alors immédiatement dans le corps le plus Toréador antitribu Isouda de Blaise).
puissant à sa disposition. Shemiazel prendra possession du corps et de l’esprit d’Eudes
Shemiazel, duc de l’Orgueil, prophète des Vanités, pontifex de Saint-Gilles, le libérant de ces terribles faiblesses que sont
de l’Arrogance et du Dédain, n’est pas une créature aussi la vulnérabilité au feu et au soleil. Ses statistiques sont alors
puissante que les grands démons (nommés « archiducs ») tels les suivantes, s’affranchissant en grande partie des limites
qu’Abaddon, Asmodée, Azrael, Bélial (son maître), Dagon imposées par la génération de son corps d’accueil :
ou encore Mammon. Mais il n’en reste pas moins une entité
extraordinaire avec laquelle compter, un être incroyable- Attributs : Force 6, Dextérité 5, Vigueur 7 ; Charisme 7,
ment puissant, vicieux et manipulateur largement capable Manipulation 8, Apparence 5  ; Perception 5,
de prendre à leur propre jeu les plus anciens mathusalems Intelligence 8, Astuce 6
(même s’il ne fait pas le poids en cas d’affrontement direct). Capacités : Bagarre 2, Commandement 6, Empathie 6,
Après tout, il est bien plus ancien qu’eux. Expression 6, Intimidation 5, Intuition 4, Subterfuge 8,
Shemiazel est capable de manipuler son apparence à volonté Vigilance 4 ; Équitation 1, Étiquette 3, Furtivité 2,
ainsi que les émotions. Il peut également commander aux Mêlée 2 ; Énigmes 4, Érudition 5, Investigation 4,
éléments (eau et feu) et lever de véritables tempêtes. On Occultisme 7, Politique 7, Sagesse populaire 6,
dit que l’ambition et l’orgueil de Guillaume le Conquérant Sénéchal 5, Théologie 4
furent si grands qu’ils attirèrent l’attention de Shemiazel et Disciplines (ou équivalents)  : Aliénation 1,
que, l’espace d’un instant, il s’éveilla et utilisa Rabasa pour Animalisme 2, Auspex 6, Daemonium 8, Domination 4,
laisser échapper une fraction de sa puissance, empêchant les Force d’âme 5, Obténébration 6, Présence 8,
armées de Guillaume de prendre la mer, le temps qu’Harald Puissance 4, Thaumaturgie 5, Vicissitude 3, Vol 5
Hardrada, autre prétendant au trône d’Angleterre, ne soit tué Voies de Thaumaturgie : Creatio Ignis 5, Potestas
par Harold et les armées de ce dernier affaiblies, permettant Exsecrabilis 5, Potestas Tempestarum 5, Rego
une victoire totale de Guillaume. Calatio 5 (cf. Le Tome des Secrets, page 109)
Accroche : Maître Benoît, régent de la fondation tremere de Vertus : Conviction 8, Instinct 7, Courage 7
Rouen, aurait retrouvé de très anciens documents mention- Volonté : 12
nant l’existence d’une créature impie d’une puissance

115
Investitures infernales : Ailes de l’enfer (rétractables), Immunité infligeant un coup sévère aux velléités du roi d’Angleterre.
au feu (couleur de peau inchangée), La Bête enchaînée. Malgré deux assauts, la question restera en suspens jusqu’au
Spécial : Shemiazel est immunisé aux effets de la lumière du traité de Paris en 1259. Les autres se rebellèrent contre les
soleil (ainsi qu’à la torpeur diurne) et à l’empalement. Il peut Plantagenêt durant le règne d’Henri II. Aliénor d’Aquitaine a
ignorer tout pouvoir affectant ses sentiments et/ou son esprit privilégié Poitiers à ses autres domaines et y a installé sa cour
en dépensant 1 point de Volonté (il est alors immunisé durant de 1189 à 1199.
24 heures contre le même utilisateur). Il ne peut pas être lié L’une des caractéristiques les plus surprenantes du Poitou,
par le sang (mais il peut lier par le sang en seulement deux que le comté partage avec l’Aquitaine, la Provence et Toulouse,
gorgées). Il peut modifier l’apparence de son aura à volonté. est la prépondérance d’églises fortifiées dans les zones rurales, la
Faiblesse : si Shemiazel est frappé par une relique puissante plupart construites au XIIe siècle. Elles servaient de refuges aux
(Vraie Foi •••••) en rapport avec un mortel qui a fait le paysans durant les périodes de troubles et leurs beffrois étaient
don de sa vie de façon désintéressée (et qui est instrumentale utilisés comme tours de guet. Le Poitou, l’Aquitaine, la Provence
dans ce sacrifice ou ce martyre, comme l’arme ayant permis et Toulouse disposent également de nombreuses bastides, des
l’exécution), il ne peut tenter d’absorber les dégâts qu’avec villes fortifiées dont la fondation est basée sur le système de la
sa Vigueur seule. Si un seul niveau de dégâts est infligé, rationalité géométrique. On commença à construire les bastides
son corps est immédiatement détruit et son esprit renvoyé en 1220 pour renforcer les possessions françaises dans les comtés
dans les Ténèbres extérieures. Le flagrum de la Passion (cf. de Poitou et Toulouse. Puis, on leur accorda des chartes favo-
page 243) est l’une des rares reliques capables de ce prodige. rables afin d’encourager les gens à s’y installer, les exemptant de
Note : si son corps est détruit, Shemiazel perd son contact avec service militaire ainsi que de certaines taxes. Mais ils pouvaient
le monde matériel et est renvoyé dans les Ténèbres extérieures. se voir mis à l’amende s’ils ne se développaient pas assez vite.
Les chrétiens entreprenant un pèlerinage à Saint-Jacques-de-
Compostelle traversent souvent le Poitou pour se rendre vers le
CAÏNITES DU POITOU Sud. Des milliers de pèlerins font chaque année ce long voyage,
s’arrêtant dans divers lieux saints sur le chemin. Les caïnites-
Alaric de l’Éparche (Brujah, 7e génération) – prince de pèlerins rendent souvent une visite de courtoisie à la cour du roi
La Rochelle. Étienne, à Poitiers. Parmi ses nombreux devoirs, le roi Étienne
Angelus l’Annonciateur (Cappadocien, 7e génération) – s’assure que les routes du Poitou soient sûres. Il dissuade égale-
« prince » de Saintes. ment très fortement les vampires de se nourrir sur les pèlerins,
Charles de Poitiers (Toréador, 6e génération) – ancien de préférant que les caïnites chassent les coquillards : ces faux pèle-
Poitiers. rins qui volent et trompent les vrais croyants.
Ebles le Croisé (Ventrue, 6e génération) – adversaire poli- Les chroniques poitevines peuvent prendre pour cadre le
tique d’Étienne de Poitiers, allié secret d’Esclarmonde la conflit opposant encore caïnites anglais et français ainsi que la
Noire (cf. page 230). montée en puissance du roi Étienne et les machinations de son
Étienne de Poitiers (Toréador, 5e génération) – roi du Poitou ennemi intime, Ebles le Croisé. Des personnages pourraient égale-
(cf. page 216). ment être recrutés pour débarrasser les routes des brigands s’atta-
quant aux nombreux pèlerins qui représentent une cible facile.

La Rochelle
Poitou (comté)
Confié à Alphonse de Poitiers (1220-1271), frère du roi Louis IX
L e port et son bourg se développent rapidement dès le
XI  siècle et deviennent un point stratégique et commercial
e

considérable pour les Plantagenêt qui dominent l’Aquitaine


dans la seconde partie du XIIe siècle. En concurrence avec le

L
a côte du Poitou est marécageuse et les moines bénédic- port de Bordeaux qui exporte les vins gascons fort renommés
tins de Niort tentent de les assécher depuis plus d’un vers l’Angleterre, La Rochelle exporte d’énormes quantités
siècle. Les terres intérieures s’étendent sur un plateau de vin régional et de sel vers l’Angleterre et les pays du Nord.
calcaire fertile. Poitiers, la plus grande ville du comté, veille sur Fortifiée dans les années 1130, La Rochelle s’impose comme l’un
ce qu’on appelle « les portes du Poitou » : une ouverture large de des ports les plus importants de l’Atlantique et celui privilégié
soixante-dix kilomètres entre le Sud montagneux de la Loire et le par l’ordre du Temple qui contribue à son essor et sa fortune,
Massif central, connectant le Bord et le Sud de la France. y fondant une importante commanderie peu après l’édification
À l’instar de la Normandie, le Poitou a encore quelques liens des fortifications. L’influence des Templiers sur le commerce
forts avec l’Angleterre et de nombreux nobles n’apprécient pas dans cette région est si importante qu’ils bénéficient un temps
d’être placés sous l’autorité du roi de France. La cité portuaire du soutien et de la protection du roi d’Angleterre afin de pouvoir
de La Rochelle fait figure d’exception, le dirigeant local ayant poursuivre leurs activités d’exportation vers le nord après la
offensé la population. La cité s’est alliée avec la France, sa perte reconquête de Louis VIII.

116
Récemment, la ville a été assiégée par deux fois. La première de 732 qui scella le destin des « conquêtes » musulmanes dans
fois en 1219 par Philippe Auguste lors des croisades albigeoises et la région se tint plus au nord de la ville, l’objectif du duc
la seconde fois en 1224 lorsqu’elle fut reprise. En décembre 1241, d’Aquitaine Eudon et de son allié Charles (bientôt surnommé
Henri III Plantagenêt compte réaffirmer son emprise sur la région « Martel ») étant de protéger Tours et sa basilique. Bien sûr, les
et débarque à Royan afin de soutenir le comte de la Marche, Lasombras musulmans, récemment implantés dans la péninsule
Hugues X de Lusignan, et le comte de Toulouse, Raymond ibérique, ont poussé leur avantage avant de se heurter à la résis-
VII, contre le roi de France. Prévenue de ce « complot » par un tance des caïnites locaux, notamment leurs frères de clan déjà
marchand de La Rochelle, Blanche de Castille intervient et le bien implantés au sein de l’Église, ainsi que la future reine de
soulèvement est rapidement réprimé par Louis IX. Si les révoltes Toulouse : Esclarmonde la Noire.
se poursuivent à l’instigation des vassaux rebelles, ces derniers Les invasions normandes de la fin du IXe siècle n’épargnèrent
seront définitivement matés le 21 juillet 1242 lors de la bataille pas Poitiers qui subit pillages et incendies. La menace des barbares
de Taillebourg. La région vit depuis dans une paix relative. païens frappant jusqu’ici renforce la population dans sa foi et
Les Ventrues et Lasombras ont rapidement mis la main sa détermination. C’est l’époque où Zephyrus de Dyrrachium,
sur le port dès son expansion à la fin du XIe siècle. Le clan des Lasombra ancien et respecté, parangon de la via Caeli, accède
Ombres fut évincé lorsque l’Aquitaine tomba dans l’escarcelle au statut de prince. Sous son impulsion sont reconstruites de
des Plantagenêt et remplacé par les Toréadors, très puissants nombreuses églises de Poitiers au cours du XIe siècle, dont
dans la région, alors qu’une alliance entre Ventrues anglais et celle dédiée à la sainte patronne de la ville et ancienne reine
occitans s’imposa. Lorsqu’en 1224 les troupes de Louis VIII font des Francs, Radegonde, que Zephyrus aurait côtoyée et même
le siège de la ville, l’ancien Brujah Alaric de l’Éparche (alors présentée à Clotaire afin qu’elle devienne sa nouvelle épouse,
prince d’Angoulême) s’illustre avec ses vassaux et participe gran- espérant ainsi renforcer les liens entre les pouvoirs temporel et
dement à la prise du port, infligeant une cuisante défaite aux spirituel.
Ambitiones auxquels il voue une haine tenace. Proposant une Mais, au milieu du XIIe siècle, Zephyrus est frappé de visions
alliance aux Toréadors, il règne maintenant en tant que prince et sombre dans une folie que certains ont qualifiée de « sainte »,
et a une influence considérable dans la lutte contre les comtes de le prince commençant à manifester sa Vraie Foi. Lors de son
Toulouse et de la Marche. ultime nuit, il se rendit à l’abbaye de Sainte-Croix et exigea de
Alaric de l’Éparche est à présent un acteur majeur de la son abbesse de voir le fragment de la Vraie Croix qui était en sa
politique caïnite dans la région. Conscient d’avoir besoin d’un garde. Lorsqu’il ouvrit la staurothèque contenant le fragment, il
important soutien, il a prêté allégeance au roi Étienne de Poitiers, se consuma en un instant dans un brasier blanc et aveuglant, ne
sans savoir qu’il fait indirectement le jeu du mathusalem ventrue laissant même pas la moindre cendre derrière lui. Cependant,
Mithras, une révélation qui pourrait l’amener à revoir prompte- Justin, sa plus ancienne goule qui l’avait accompagné cette
ment son allégeance envers le roi du Poitou et même à s’allier nuit-là, jura que lorsque son maître contempla le fragment de
avec Esclarmonde. la Vraie Croix, il tomba à genoux et toutes ses ténèbres inté-
Bien que la haine d’Alaric à l’encontre des Ventrues soit de rieures jaillirent de son corps pour disparaître dans les ombres,
notoriété publique, il n’a pas interrompu les échanges commer- laissant Zephyrus tout auréolé d’une douce lumière. Il resta là en
ciaux avec Bruges, non pour des raisons pécuniaires, mais contemplation jusqu’à l’aube, déposa la précieuse relique, puis
parce que le triumvirat au pouvoir semble l’intriguer. Étant sortit pour contempler le soleil. Ce n’est qu’alors que l’astre était
également en contact avec le prince brujah de Gand, Diederik déjà au zénith que le corps du prince s’embrasa et que le vent
Rechtvaardigen, il tente de maintenir un statu quo à distance, dispersa ses cendres. Justin prétend que juste avant de rencon-
curieux de voir comment la situation peut évoluer avec ces trer la Mort ultime, son maître aurait murmuré « Et fui mortuus
Ventrues anticonformistes, bien qu’il nourrisse peu d’espoir à et ecce sum vivens » (« Je suis mort, et voici que je suis vivant »).
leur encontre. Mais un arbitre du changement et de la liberté ne Sa foi, l’espace d’un instant, lui avait-elle permis de retrouver
peut rester aveugle à une situation qui embarrasse au plus haut une brève mortalité ? Certains caïnites pieux le pensent et consi-
point les Patriciens et participe à nourrir la rivalité entre deux dèrent Zephyrus de Dyrrachium comme un saint, la preuve que
de ses plus puissants représentants : Julia Antasia et Hardestadt. le pardon divin n’est pas hors de portée des Damnés.
La disparition du prince plongea la société caïnite de Poitiers
Poitiers (évêché) dans le chaos. Alors que l’on se disputait quant à la nature de
Zephyrus et de son héritage, un jeune Toréador au sang puis-

L ’évêché fondé au IVe siècle est l’une des plus grandes villes


du royaume franc, principalement après la victoire de
Clovis sur le roi wisigoth Alaric en 507. Elle possède également
sant émergea de la mêlée : Étienne. Soucieux d’éviter un conflit,
il laissa de côté la religion et s’empara de la place de prince
vacante, soutenu par un influent ancien de la ville, Charles de
un important rayonnement religieux qui a attiré de nombreux Poitiers (sire de la reine d’Anjou, Isouda de Blaise et du prince de
clans, principalement les Lasombras et Toréadors (ainsi que Chartres, Liutgarde la Blanche), ainsi que par Angelus l’Annon-
quelques Cappadociens). ciateur, prince de Saintes (fort respecté des dévots). Bien que de
Bien qu’elle ne fût pas épargnée par les campagnes de pillage nombreux vampires le considèrent comme un « jeune morveux
des armées omeyyades du général Abd al-Rahman, la bataille sans expérience », y compris au sein de son clan, Étienne de

117
Poitiers fait preuve d’un certain culot, obtenant de la matriarche fait appeler Angelus l’Annonciateur possède un passé nimbé
Salianna le titre de roi du Poitou. Si on ne lui montra pas le de mystère, mais il ne fait aucun doute que la ville lui doit sa
respect qu’il était en droit d’attendre, la situation changea rapi- « résurrection ». Arrivé en l’an mille, alors que Saintes sombrait
dement lorsqu’il présenta des preuves de la trahison d’Esclar- inexorablement, Angelus a annoncé, tel le Christ sauveur, que
monde la Noire, reine de Toulouse, envers la Grande Cour et la ville allait renaître et connaître à nouveau la grandeur si la foi
Salianna. Sa prestance naturelle et sa verve assassine ont rapide- emplissait les cœurs de ses habitants. Il est l’auteur de plusieurs
ment convaincu ses détracteurs qu’il méritait sa position. Son miracles qui ne furent jamais consignés, à commencer par son
ambition ne faisant maintenant plus aucun doute, nombreux apparition parmi le peuple de Saintes, véritable prodige, lorsque
sont les caïnites se méfiant de lui. des pèlerins venus d’on ne sait où présentèrent le corps d’un
Soupçonné de rencontrer des agents de Mithras, le roi saint nommé Angelus. Vêtu des habits d’un évêque, le corps
Étienne pourrait œuvrer pour prendre le contrôle du comté de du saint était fort décomposé et il sembla à la foule réunie qu’il
Toulouse, puis de tout le Sud-Est du royaume. Pour ce faire, il allait tomber en poussière au moindre contact. Mais alors que
bénéficie de l’aide d’un réseau d’espions constitué de caïnites venait l’heure de l’angelus et que le soleil déclinait en ce doux
restés secrètement fidèles à la cour d’Avalon. Charles de Poitiers, soir d’automne, le corps du saint revint à la vie, bien qu’encore
à l’origine des suspicions visant Étienne, est en contact avec très pâle, devant des croyants tombant en prière devant ce grand
Beatrix, prince de Foix (cf. page 133), afin de faire opposition aux miracle. Même si les apparitions diurnes d’Angelus restaient
projets du roi du Poitou. Pour Beatrix, il est temps de renverser rares, elles suffisaient à faire taire les quelques mécréants qui
son « amie » Esclarmonde et de prendre sa place, une évolution doutaient de sa sainteté et de son humanité. Une fois, il exor-
logique pour se rapprocher et gagner la confiance de sa véritable cisa une femme visiblement habitée par le démon ; elle dormit
cible : Salianna. Bien sûr, Charles n’est pas conscient du danger pendant une semaine entière et revint, certes changée et amné-
que représente le prince de Foix, dont l’ambition et les vues à sique, mais libérée de l’influence du Malin. En une occasion,
long terme surpassent de loin celles d’Étienne. tel le Christ ressuscitant Lazare, il ramena à la vie le pauvre fils
Charles et Beatrix ignorent pour l’instant tout de l’alliance d’un forgeron qui venait de succomber à un coup de sabot lui
inattendue entre Ebles le Croisé (infant de Gaius Marcellus et ayant fendu le crâne ; certes, Angelus dut se servir d’une sainte
prométhéen convaincu) et Esclarmonde. Ebles et Étienne nour- ampoule contenant un vin carmin épais et liquoreux, et il parut
rissant une véritable hostilité l’un envers l’autre, la « reine » de un instant que ce fut le sang du Christ lui-même qui ressuscita
Poitier pourrait utiliser cette information à son profit. S’il n’y le malheureux et guérit sa terrible blessure. Quant à la longévité
prend garde, le jeune Ventrue prométhéen, bien que puissant du saint revenu d’entre les morts, elle s’expliquait par le don que
et respecté, pourrait être sacrifié par les deux manipulateurs Dieu lui avait fait, le même don qu’il avait accordé aux premiers
toréadors, plus rompus que lui à l’art mortel de la politique hommes avant le Déluge, lesquels vivaient des siècles.
caïnite. Mais si Ebles venait à découvrir le lien unissant Étienne Sous son impulsion, la ville prospéra à nouveau et Angelus
à Mithras et en faisait part au prince-régent Geoffrey, la situation se retira lorsque les pèlerins commencèrent à affluer vers le
pourrait également tourner à son avantage en un battement de tombeau de saint Eutrope, mais également à l’annonce des
cils. Qui peut dire dans quel sens tournera le vent ? miracles de cet autre saint ressuscité. Agissant depuis dans
l’ombre par l’intermédiaire des évêques de Saintes, le « prince »
Saintes (évêché) Angelus (il n’a jamais revendiqué ce titre qui lui a échu naturel-
lement) se mêle davantage de la politique caïnite, surtout depuis

U n temps capitale romaine de la plus grande province de


Gaule et évêché dès la fin du III  siècle, la ville prospère
e

faillit disparaître durant les IX et X  siècles, frappée par les inva-


la mort de Zephyrus de Dyrrachium, son « cher ami » dont il
perpétue la mémoire et qu’il révère en tant que véritable saint
e e
parmi les Damnés (bien que certains Pilleurs de tombes voient
sions musulmanes et normandes, l’absence d’évêque durant plus sa mort comme un échec à maîtriser la voie de Nécromancie du
d’un siècle et la disparition de sa lignée comtale. Heureusement, Cadavre dans le monstre que lui aurait enseignée Angelus).
le tombeau de saint Eutrope, évangélisateur de la ville, attire au Bien sûr, Angelus l’Annonciateur est sans doute plus fou que
XIe siècle de nombreux pèlerins venus du nord et se rendant vers saint et il est parfois surnommé Angelus l’Imposteur. Mais c’est
Saint-Jacques-de-Compostelle, ce qui lui permet de renaître prati- peut-être cette folie qui lui permet de composer avec sa nature de
quement de ses cendres, une véritable résurrection. Saintes est caïnite et de se maintenir sur la voie du Paradis.
à présent une commune (depuis 1199) jouissant d’une certaine
autonomie et accueillant deux puissantes abbayes : Saint-Eutrope Intrigues poitevines
(fondée au VIe siècle par les bénédictions mais passée à l’ordre • Les Corvi de Mithras. Ces messagers et espions (n’ayant
de Cluny en 1081, lequel fait construire la fameuse basilique aucun rapport avec les corbeaux-garous) servent le mathu-
Saint-Eutrope) et l’Abbaye-aux-Dames (fondée en 1047 pour les salem Mithras depuis plus d’un millénaire. L’ordre des Corvi
bénédictines). aurait été fondé peu après l’arrivée de Mithras en terres celtes,
Le prince de Saintes, tout comme l’ancien prince lasombra lors des invasions romaines, et constitué de quelques Celtes
de Poitiers, est un parangon de la voie du Paradis et on sait bretons (les Silures), favorables aux Romains.
que les deux caïnites étaient proches. Ce Cappadocien qui se

118
La structure de l’ordre est secrète, mais ses agents sont d’expirer, ne souhaitant pas se séparer de celle qu’il n’avait
connus pour posséder une maîtrise importante de l’Auspex jamais pu se résoudre à étreindre, de crainte d’étouffer cette
et/ou de l’Occultation. Ils connaîtraient en outre un moyen si belle lueur dans son regard. Mais Liutgarde était bien digne
de briser les liens de sang, s’attachant ainsi les services de de rejoindre le clan des Esthètes, car elle possède une grande
soumis à l’insu de leurs domitors, ce que suggère la trahison intelligence, une certaine habilité en matière de politique et
de Thomas de Cherbourg (cf. page 225) envers le Triumvirat un don pour les lettres, maîtrisant sans difficulté le grec et
normand, ce qui ne manque pas de sel lorsque l’on sait que le latin. On dit qu’elle ne serait autre que Liutgarde d’Ala-
leurs deux réseaux d’espions s’opposent régulièrement. mannia, dernière épouse de Charlemagne, que Charles de
Une cellule importante de l’ordre des Corvi exerce ses talents Poitiers aurait soustrait au roi des Francs et futur empereur.
dans le Poitou, en Aquitaine et dans le comté de Toulouse. Mais c’est certainement aussi faux que la rumeur qui prétend
Leur maître, un très ancien Malkavien énigmatique du nom que Charles de Poitiers serait en réalité Charles Martel, lequel
de Brannos, demeure dans une spoulga (grotte naturelle) aurait obtenu l’Étreinte de la part de Salianna en échange
reculée des Pyrénées, véritable temple troglodyte dédié aux d’une contrepartie inconnue.
mystères et à leur résolution. Dévoré par le désir de percer Même après son arrivée dans monde de la nuit, Liutgarde a
à jour tous les secrets, le corvus-dominus est lié à l’ensemble toujours été victime de la jalousie d’Isouda qui l’a placée à la
de ses agents et partage leurs sens, pouvant fractionner son tête de son fief de Chartres, éprouvant continuellement sa
esprit entre plusieurs cibles en même temps, pourvu qu’elles foi et son humanité, lui rappelant qu’elle n’est qu’une erreur
lui soient liées par un rituel. consécutive à un moment de faiblesse de leur sire et que c’est
C’est de ce formidable réseau d’espions dont bénéficie le roi elle, la reine d’Anjou, qui est la véritable aînée. Pourtant,
Étienne de Poitiers, bien que nul ne sache ce qu’il lui en a Charles n’est jamais intervenu, sans doute parce qu’il sait
coûté. Un prix sans doute beaucoup trop élevé… que Liutgarde est bien plus forte qu’elle n’en a l’air et que
• Les Zephyristes. Ce culte se développe dans le Poitou et ses cette relation transforme ses infantes en deux forces oppo-
environs parmi les caïnites suivant la via Caeli et le credo du sées qui le fascinent et l’obsèdent, deux visions de la politique
Christ. Soutenus par Angelus l’Annonciateur, ces Damnés et du monde. À elles deux, elles sont son chef-d’œuvre, son
savent maintenant qu’ils peuvent transcender leur condi- diptyque de la Passion… littéralement.
tion vampirique et que les portes du paradis ne leur sont pas Lorsqu’il a vidé ses deux infantes avant de les Étreindre,
fermées à jamais. Nul n’est au-delà de toute rédemption et Charles a conservé une grande partie de leur sang plutôt
éprouver sa foi dans la peine, la douleur et la Soif conduit que de le boire. Avec ce sang mortel, et un peu de leur vitae,
à se libérer de son enveloppe maudite en reniant le corps, il a fait réaliser par la jeune peintre toréador Catherine
en affermissant son âme et en rétablissant le lien brisé vers de Montpellier un diptyque représentant chacune de ses
le royaume de Dieu. Pour eux, la nature du vampire est infantes grandeur nature. Alors que le panneau de gauche
triple : d’un côté, le corps est irrémédiablement lié au monde (représentant Isouda) devient plus sombre et profond, celui
physique, une prison l’éloignant du divin, c’est la terre de de droite (représentant Liutgarde) devient plus clair et lumi-
Nod ; de l’autre, son âme encore pure ; et, reliant les deux, il neux. En outre, les deux panneaux peuvent s’animer par la
y a la Bête, une émanation de celle décrite dans l’Apocalypse seule volonté de Charles, lui permettant de voir et d’entendre
et dont le but est de lutter contre Dieu et de s’opposer par ses deux infantes sans qu’elles puissent en être conscientes.
tous les moyens à l’ascension de l’âme, même après la Mort Si ce diptyque venait à être volé, Charles serait prêt à tout
ultime. pour le récupérer car il est considéré comme étant lié par le
Le prince-cardinal de Tours, Foulques de Beaulieu, du fait de sang à celui-ci. Détruire le diptyque n’a aucun effet sur Isouda
sa proximité avec le Poitou, a récemment eu vent de ce qu’il et Liutgarde, mais peut plonger Charles dans une frénésie
considère comme une véritable hérésie dont les conséquences d’une violence inouïe à laquelle il ne pourra résister, s’aban-
pourraient être de nourrir la Bête plus que de la mater. donnant entièrement à sa Bête.
Pour d’autres, le corps immortel des caïnites est un don de
Dieu permettant de parfaire sa connaissance du sacré durant
des siècles et de toujours se remettre en question, jusqu’à ce Provence (comté)
que l’esprit soit si aiguisé, si empli du divin, qu’il pénètre dans
la lumière de Dieu sur Terre, ce qui mènerait à l’état contro- Possession de Raymond-Bérenger V (1198-1245) ; revient à sa fille
versé de Golconde (ce qui fait également figure d’hérésie). Béatrice, mariée en 1246 à Charles d’Anjou (1227-1285), frère de louis
• Le diptyque de Charles de Poitiers. La profonde piété du IX, qui devient comte de Provence par alliance
prince de Chartres, Liutgarde, a survécu à près de trois siècles

L
en tant que goule, puis à son Étreinte à la fin de XIe siècle e comté de Provence, comme l’Aquitaine, Toulouse, le
alors qu’elle allait succomber à un accès de colère d’Isouda Dauphiné, le Poitou et une partie de l’Auvergne, fait
dont elle était la servante, placée au côté de la jeune novice partie du Languedoc ou de l’Occitanie (d’après la langue
toréador par son domitor Charles de Poitiers. L’ancien occitane, ou langue d’oc).
Toréador lui donna le Baiser alors qu’elle était sur le point

119
commerciaux importants pour Gênes et Pise. Les citoyens juifs
CAÏNITES DE PROVENCE ont plus de privilèges et bénéficient d’une meilleure protection
contre les lois antisémites qu’au sein du domaine royal. Les
Alaric le Jeune (Brujah, 9e génération) – prince de Toulon ; Templiers et Hospitaliers sont également très actifs dans ces
détruit. deux comtés. Il y a plus de chevaliers de ces deux ordres dans
Almodis d’Aragon (Lasombra, 8e génération) – prince le Languedoc qu’en Outremer. Les Baux, une cité fortifiée des
catholique d’Arles, alliée aux Nosferatus. Alpes, accueille un refuge de l’ordre des Cendres amères (l’autre
Armand de Senez (Toréador, 9e génération) – prince trou- havre provençal se trouve à Tarascon, une cité sur le Rhône).
badour des Baux. Les Occitans voient les Francs comme avides, sadiques et
Aurelius l’Ancien (Cappadocien, 7e génération) – archiviste tyranniques. Les Francs voient les Occitans comme efféminés et
des Alyscamps (nécropole d’Arles). inaptes à la guerre. Un noble languedocien est reconnu pour ses
Guillaume des Épines (Toréador, 8e génération) – prince talents en politique, sa poésie et son esprit. Un noble du Nord
d’Aix, chef de la Centurie des Épines. est reconnu pour ses prouesses martiales. Un dicton populaire
Iago Castille (Ravnos, 7e génération) – prince des pirates sybarites. courait d’ailleurs du temps du premier mariage d’Aliénor d’Aqui-
Jules de Toulouse (Toréador, 8e génération) – membre de la taine : « Les Francs à la bataille, les Provençaux à la victuaille ».
guilde maçonnique de Marseille. Le comte Raymond-Bérenger est au centre d’un affrontement
Lasanis (Brujah, Xe génération) – aspirant chef de file des avec son cousin Raymond VII de Toulouse à propos de la partie
furores de Provence (cf. page 193). ouest de la Provence. En 1230, Marseille demanda de l’aide
Marcia Felicia Licinia (Ravnos, 6e génération) – chef de file à Raymond VII suite à un différend avec Raymond-Bérenger.
des Ravnos phaedymites. Le comte de Toulouse accepte et reçoit en échange une partie
Ogier Fouinon (Ventrue, 9e génération) – prince d’Avignon, de la ville. Raymond-Bérenger rechercha alors la protection de
vassal de François d’Alencourt. Louis IX, mariant sa fille aînée, Margueritte, au roi de France en
Saint Régis (Toréador, 8e génération) – prince de Marseille 1234. Les trois autres filles du comte de Provence deviendront
(cf. page 222). également reines : Éléonore épouse le roi d’Angleterre Henri III,
Syagrius (Lasombra, 7e génération) – prince de Nice. Sancie épouse le frère du roi Henri III, Richard de Cornouailles,
Zirlány (Tzimisce, 6e génération) – prêtresse du Dragon Noir. qui deviendra roi des Romains après la mort de Conrad IV
de Hohenstaufen et Béatrice épouse Charles Ier d’Anjou qui
deviendra roi de Sicile.
La région est davantage marquée par la culture romane que Les pèlerins voyagent jusqu’en Provence pour se rendre
franque, aussi bien dans sa langue que dans sa culture ou ses dans le massif de la Sainte-Baume et Saintes-Maries-de-la-Mer.
usages. Mais la différence fondamentale se trouve dans la gestion Les légendes provençales racontent que, treize ans après la
des successions. Dans le Nord, les terres d’une famille noble crucifixion, Marie Madeleine, Marie mère de Jacques, Marthe
passent d’un parent à un unique enfant, généralement l’aîné. et son frère Lazare, ainsi que d’autres personnages notables
Les autres enfants peuvent hériter, mais chaque fief n’a qu’un des Évangiles, quittèrent la Judée pour venir en Provence en
seigneur. Dans le Sud, les terres sont encore souvent divisées accostant à Saintes-Maries-de-la-Mer. Plusieurs d’entre eux s’ins-
entre les héritiers. En pratique, de nombreux fiefs sont adminis- tallèrent ici et un prieuré fortifié protège leurs tombes contre
trés par des familles réunies en comités et dirigés nominalement le vol et les déprédations. Marie Madeleine se sépara de ses
par celui qui détient le titre. Les décisions sont donc souvent compagnons et se retira dans une caverne du massif le plus
très difficiles à prendre dans de telles conditions. Heureusement, élevé de Provence durant trente-trois ans pour expier ses péchés.
cette pratique tend à disparaître, ceci afin d’assurer la stabilité Lorsqu’elle fut proche de la mort, elle retrouva Saint-Maximin
des domaines. qui lui donna la dernière communion et la mit en terre.
Les châteaux et fortifications sont courants, mais le réseau Au XIe siècle, les reliques de Sainte-Marie-Madeleine auraient
des obligations militaires féodales est plus faible dans le Sud. été transférées de l’abbaye de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume
Les nobles occitans comptent plus souvent sur des mercenaires vers l’abbatiale de Vézelay en Bourgogne (mensonge orchestré
que sur leurs chevaliers vassaux et l’enrôlement des paysans. par les Setites implantés à Vézelay, cf. page 66). En 1279, Charles
De même, le système de seigneurie n’est pas courant dans le d’Anjou dira avoir retrouvé les véritables reliques à l’abbaye de
Sud où les paysans règlent à leurs seigneurs le droit de fermage Saint-Maximin ; lorsque le pape Boniface VII les reconnaîtra
en monnaie sonnante et trébuchante plutôt qu’en labeur. Les comme authentiques en 1295, les pèlerins afflueront à nouveau,
villages sont également plus épars et moins peuplés, surtout dans délaissant Vézelay.
les Pyrénées, le Massif central et les Alpes. Les chroniques provençales peuvent impliquer les croyants
Les villes sont divisées entre plusieurs dirigeants. L’évêque venant sur les sites de pèlerinage ou embarquant pour
dirige la portion de la ville entourant sa cathédrale (la cité). Constantinople ou l’Outremer depuis Marseille. Les caïnites
De nombreux villages ne sont pas gouvernés par un maire ou de passage à Marseille peuvent se retrouver pris entre le prince
un sénéchal, comme au Nord, mais par un conseil d’élus. Les « saint » Régis et les furores menés par de nombreux Brujahs ; et
cités des comtés de Provence et de Toulouse sont des partenaires ceux venant d’Italie, entre les ports provençaux et les marchands

120
génois. Certaines rumeurs disent qu’Esclarmonde la Noire pour- Contrairement aux autres cathédrales rebâties à l’époque, Saint-
rait fuir en Provence si sa position à Toulouse était compromise Sauveur conserve des éléments romans et les travaux les plus
(vraisemblablement auprès de ses alliés Lasombras d’Arles, bien récents sont un hommage au style architectural de l’Antiquité
que son soutien aux hérétiques cathares puisse lui valoir l’ini- romaine.
mitié du prince Almodis). En attendant, elle recherche toujours Le prince toréador Guillaume des Épines, est un poète, guer-
des alliés parmi les caïnites occitans, aragonais et italiens (surtout rier et politicien habile qui se verrait bien éliminer l’influence
dans le Nord de la péninsule où l’hérésie est encore forte avec les de la traîtresse Esclarmonde et devenir le roi de Toulouse et de
patarins, vaudois et derniers cathares). Provence (une place dont seul le titre lui importe, le principe
de l’amour courtois lui étant insupportable). Si la matriarche
Aix (archevêché) Salianna le conforte dans cette idée (dans l’espoir de se débar-
rasser de l’encombrante reine de Toulouse), il est bien évident

C olonie romaine fondée vers –120, puis cité romaine et


capitale de la Narbonnaise, Aix devient très tôt un évêché
(III  siècle). Détruite à plusieurs reprises par les Wisigoths, les
e
qu’elle le trahira afin de s’épargner un adversaire à l’influence
considérable, capable à terme de contester son autorité en
France.
Francs et les Lombards, elle est occupée de 731 à 737 par les Guillaume s’appuie sur sa puissante coterie de chevaliers
Sarrasins. toréadors, assistés de goules et de mercenaires mortels, connue
Devenue à la fin du XIIe siècle la « capitale » du comté suite sous le nom de Centurie des Épines. La Centurie a été fondée
au choix des comtes de Provence d’en faire leur nouveau lieu au début du Xe siècle pour lutter contre une nouvelle invasion
de résidence, Aix est un puissant archevêché (depuis 794) où se sarrasine en Provence et subsiste depuis comme une force mili-
décide une bonne partie de la politique du Sud de la France, taire et politique particulièrement virulente. En 1244, ce sera
mais la concurrence entre les évêchés d’Aix et Arles a toujours l’intervention de Guillaume et de sa Centurie qui permettra de
été forte, aussi bien sur le plan religieux que politique. prendre le château de Montségur et de mettre un point final à
La cathédrale Saint-Sauveur (construite au Ve siècle) est l’hérésie cathare dans le Sud de la France. Guillaume poussera
détruite à plusieurs reprises suite aux invasions sarrasines, ensuite jusqu’à Toulouse pour confronter Esclarmonde et tenter
et encore reconstruite par deux fois au cours du XIIe siècle. de lui ravir sa « couronne ».

121
L’ÉGLISE DE LA MADELEINE NOIRE

C ette secte opère comme une « église dans l’église ». Les Madeleiniens se déplacent dans toute l’Europe depuis Marseille
afin de séduire et corrompre les croyants, utilisant des méthodes et rituels proches de ceux de l’Hérésie caïnite, comme
l’eucharistie de sang. La différence théologique fondamentale est le rapprochement entre sainte Marie Madeleine et Isis,
toutes deux identifiées avec la Sophia gnostique. Les couvents madeleiniens servent souvent de maisons dédiées à la « prostitu-
tion sacrée » rappelant les anciens cultes de fertilité du Levant (tout en dissimulant des rituels de castration et de cannibalisme
issus des plus sombres mystères de Cybèle et Attis).
Une telle activité n’est cependant pas bien dissimulée. Les scandales touchant ces couvents ne sont pas rares. N’importe
quel prêtre luxurieux sait où il peut satisfaire ses désirs charnels les plus barbares, tandis que le peuple commence à identifier
sainte Marie Madeleine avec la femme sans nom « convaincue d’adultère », ceci à cause des excès du culte. Les représentations
ayant trait à la Passion du Christ, tenues tous les 22 juillet lors du Festin de Madeleine, prennent une tournure quasiment
pornographique qui révolte de nombreux prêtres à travers la France.
Mais, pour dire vrai, cet étalage flagrant de lubricité fait partie d’un plan. Les Setites envoient leurs membres les plus impé-
tueux et les moins subtils afin de fonder des sectes madeleiniennes. Leur but est de pousser l’humanité à franchir les limites
imposées par la décence et forcer l’Église à user de représailles qui toucheraient tous les vampires européens pendant que les
Serpents restent en sécurité dans l’Égypte musulmane.

LES RAVNOS PHAEDYMITES

C e jati descend de la mathusalem de 5 génération Phaedyme, actuellement en torpeur quelque part dans le Sud de la
e

France. Les Ravnos phaedymites suivent tous le credo de la Chevalerie et luttent contre leurs cousins sybarites qui ont
perverti la voie du Paradoxe et n’ont pour but que de corrompre le monde.
Les Phaedymites remplissent souvent le rôle de messagers et de hérauts pour de puissants caïnites tels que Montano et
Mithras, des alliés de leur mathusalem fondatrice. Actuellement, leur plus important combat se livre en Provence et plus
particulièrement du côté de Marseille, où le chaos semé par les sybarites menace de rompre l’équilibre précaire de la région
alors que le prince Régis sombre peu à peu dans la folie.
Adhérent aux principes d’honneur, de devoir et d’honnêteté, les phaedymites figurent parmi les caïnites les plus estimables
qui soient et ils servent d’ambassadeurs entre les puissants princes et les autres jati, principalement les Ravnos alexandrins
d’Égypte et les Ravnos bashirites, eschatologistes et chrétiens d’Outremer.
Un temps tenus à l’écart de Paris, Geoffrey a levé cette interdiction et reçu l’infante de Phaedyme, Marcia Felicia Licinia, à
la Grande Cour. L’historienne du clan Ravnos et figure d’autorité parmi les phaedymites pourrait forger une alliance avec le
prince-régent pour étendre la lutte contre les sybarites à l’ensemble du territoire.
Les Phaedymites aiment à se déplacer constamment et s’attachent rarement à servir le même donneur d’ordre plus de
quelques mois, à moins d’une situation exceptionnelle. Nombreux sont ceux qui traquent les Ravnos sybarites pour les faire
disparaître une bonne fois pour toutes.

LES RAVNOS SYBARITES

C es Ravnos décadents, dont les origines remontent à la Rome antique, sont responsables de la mauvaise réputation qui
afflige les Façonneurs, ayant perverti la voie du Paradoxe originale. Très présents dans la Méditerranée, s’adonnant souvent
à la piraterie pour le compte des Lasombras siciliens, ils représentent une épine dans le pied des Phaedymites.
Parmi les plus sombres rumeurs entourant les Sybarites, on fait état de cas notables d’infernalisme et de diableries.

Durant les premiers siècles aux mains des Brujahs de


Arles (archevêché) Marseille, puis des Ventrues, à nouveau des Brujahs durant la
période goth, elle repasse dans le giron du clan des Rois qui

A rles, ancienne cité romaine, est un bastion pour les


Nosferatus et les Cappadociens, ces derniers résidant prin-
cipalement dans la nécropole des Alyscamps alors que les Prieurs
s’impose au sein du peuple wisigoth et maintient son autorité
(excepté durant la courte occupation sarrasine) jusqu’à l’inter-
vention des Lasombras d’Italie et d’Espagne qui s’emparent de la
ont investi les sous-sols de la ville. cité dans la seconde partie du XIIe siècle. Celle-ci perd alors son
rôle de capitale de Provence au profit d’Aix, jugée plus stable.

122
Entre 1230 et 1240, les Ventrues tentent de reprendre le Ogier, ancien partisan d’Alexandre, voit en Geoffrey une
contrôle de la cité et de la région en s’appuyant sur les forces menace pour la Grande Cour, à l’instar de nombreux membres
du Saint-Empire (possédant une autorité « honorifique » sur le du clan des Rois qui ont jugé la destitution d’Alexandre et les
royaume d’Arles) et du comte de Toulouse, désireux de s’étendre méthodes employées comme indignes et dangereuses, surtout en
en Provence. Le comte de Provence, soutenu indirectement s’alliant avec les Toréadors dont l’influence se fait de plus en
par l’Église (le pape Grégoire IX excommunie pour la seconde plus grande. Le prince d’Avignon a donc exigé une allégeance
fois l’empereur Frédéric II, qu’il surnomme « l’Antéchrist », en totale des caïnites de sa cour, n’hésitant pas à exiler plusieurs
1239), parvient à résister et le siège d’Arles (1240) se solde par un Toréadors ainsi que les Ventrues ayant fait vœu d’obédience au
échec malgré l’aide apportée par la cité rivale et rancunière de prince-régent de Paris.
Marseille. La situation se stabilise alors pour quelques années. Ce n’est qu’une question de temps avant que Salianna et
Arles doit une partie de sa prospérité à son port (et à ses Geoffrey ne décident de remettre à sa place ce prince impu-
échanges avec Gênes et Pise), lequel lui a permis d’obtenir des dent. Bien sûr, la situation tendue entre les factions ventrues
privilèges municipaux dès le début du XIIe siècle. L’influence pro et anti-Geoffrey ne permet pas d’agir à la légère, le moindre
ecclésiastique de la ville est importante et sa cathédrale Saint- incident pouvant rapidement mettre le feu aux poudres. Cette
Trophime constitue l’un des chefs-d’œuvre de l’art roman. De situation met en porte-à-faux le prince ventrue du Dauphiné,
nombreux monastères parsèment également la région, célébrant François d’Alencourt, Ogier étant l’un de ses vassaux.
l’importance de la foi.
Le clan des Ombres règne actuellement sur la ville par l’in-
termédiaire du nouveau prince Almodis d’Aragon, caïnite à la
Les Baux
poigne d’acier et fervente catholique ayant fait ses preuves lors
des premiers temps de la Reconquista de l’ombre et placée à la
tête de la cité par les Amici Noctis auxquels elle appartient (au
L es Baux, puissante forteresse et seigneurie, sont connus
pour leurs poètes, chanteurs, musiciens et chevaliers,
ainsi que pour leur cour d’Amour tenue par des mortels. Les
grand dam du précédent prince, jugé incompétent et discrète- Toréadors y viennent parfois pour auditionner des troubadours
ment exécuté par les Amis Noirs à la ferveur du siège de 1240). talentueux, considérant la langue provençale comme la seule
Almodis, reconnue pour sa grande intelligence ainsi que pour digne de chanter l’amour. Le prince local, Armand de Senez,
son esprit pratique, a commencé par forger une alliance avec est un Toréador et troubadour de renom qui convie à sa cour les
les Nosferatus d’Arles, consciente qu’avec leur millénaire de artistes les plus doués de Provence. Il ne pratique cependant pas
présence sur le site il vaut mieux en faire les meilleurs alliés l’art de l’amour courtois, laissant cela aux mortels.
que les pires ennemis. De par cette étrange alliance, les Prieurs L’ordre des Cendres amères possède un nouveau refuge dans
jouissent du statut de haut clan au sein de la cité d’Arles et sont la ville, l’ancien ayant été détruit durant les croisades albigeoises,
les bienvenus à la cour de la Croix des Ombres du prince. nombre des chevaliers de l’ordre préférant fuir vers leur bastion
d’Écosse. Les quelques membres restants recherchent les saintes
Avignon (évêché) reliques qui étaient sous leur garde et ont été volées par les croisés,
principalement ceux guidés par les Tremeres dont les fondations

D ’abord simple comptoir commercial de Marseille, le lieu


devient colonie, puis cité romaine. Évêché au IV  siècle, sa
e

position stratégique (surplombant la voie rhodanienne) est un


ont récemment fleuri en Provence et dans le comté de Toulouse.
En infériorité numérique et opposés à la puissante magie du sang
des Usurpateurs, les chevaliers de l’ordre des Cendres amères
enjeu pour les Francs, Ostrogoths et Burgondes avant qu’ils ne doivent agir avec la plus grande prudence et recherchent des
soient délogés par les Sarrasins en 735, lesquels en seront chassés alliés, principalement parmi les guerriers salubriens, pour récu-
deux ans plus tard, non sans avoir fait des ravages parmi la popu- pérer les reliques et les remettre sous leur sainte garde.
lation caïnite qui préféra s’exiler.
La ville est un bastion ventrue dirigé par le prince Ogier
Fouinon depuis la fin du XIIe siècle. Cité d’importance sur le
Marseille (évêché)
Rhône, elle a dû capituler lors des croisades albigeoises face à
Louis VIII (en 1226) et fut contrainte de détruire ses murailles
et de payer une lourde amende. Cette situation enragea le prince
L a colonie fondée par les Phocéens vers –620 est le foyer
de la culture grecque et orientale rayonnant sur la France
méridionale. La ville perd de son influence lors de l’occupation
qui accusa la Grande Cour d’avoir contribué à prolonger inutile- wisigothe et burgonde, mais retrouve son prestige sous le règne
ment le siège alors que les croisés auraient dû viser Toulouse. Le des Francs. Les relations commerciales avec les autres pays de la
départ de Thibaud IV de Champagne juste après la prise d’Avi- Méditerranée sont florissantes, notamment grâce aux Syriens et
gnon, à l’initiative de la reine Hélène la Juste, conforte Ogier aux juifs, mais les incursions des Sarrasins réduisent pratique-
dans l’idée que le but était bien de l’humilier et non d’affai- ment à néant le commerce maritime au VIIIe siècle. Marseille
blir la reine Esclarmonde. En réalité, Hélène souhaitait aider ne retrouve sa prospérité qu’au XIIe siècle et rivalise un temps
Esclarmonde en faisant se retirer Thibaud IV et ses troupes et ne avec Gênes.
visait en rien le prince ventrue dont la paranoïa n’a fait qu’em- L’implantation du christianisme s’est faite très tôt à Marseille
pirer depuis cet événement. (IIe siècle) et la ville devient évêché dès le début du IIIe siècle.

123
Sa cathédrale, appelée « la Major », est construite au XIe siècle à L’abbaye Saint-Victor
l’emplacement de nombreux anciens édifices successifs (certaines Cette abbaye est l’un des lieux de « villégiature » préférés des
cryptes subsisteraient néanmoins) et rebâtie au XIIe siècle. Elle caïnites du Sud de la France. Ses anciennes nécropoles (ainsi que
représente alors un magnifique exemple d’architecture romane les vestiges des bâtiments précédents sur laquelle elle est établie)
d’inspiration provençale. Deux grandes abbayes sont présentes sont partagées par une alliance de Cappadociens et de Nosferatus
dans la région : Saint-Sauveur (bénédictines), mais surtout Saint- depuis des siècles. C’est également aux Prieurs que l’on doit la
Victor (bénédictins). fortification de l’abbaye, ceci afin d’éviter que ne se reproduisent
L’abbaye Saint-Victor est édifiée sur d’anciennes carrières, les destructions successives des IXe et Xe siècles. Malheur à celui
devenues nécropole grecque puis romaine par la suite. D’abord qui s’aventurerait dans les anciennes cryptes sans y être invité,
auréolée d’une grande réputation, elle sombre entre les VIIe et car on dit que les rats y sont énormes et voraces, et que même les
Xe siècles et est même détruite à plusieurs reprises, notamment morts se lèvent de leur tombe pour protéger les lieux.
par les Sarrasins. Saint-Victor retrouve son rayonnement au
XIe siècle et de nombreux travaux la transforment en véritable La loge maçonnique de Marseille
forteresse. Cependant, elle subit dès le milieu du siècle suivant C’est au milieu du Moyen Âge que les commerçants et artisans
le contrecoup de l’instabilité régnant dans la région et décline ont commencé à prendre une place importante au sein de la
à nouveau malgré sa très forte congrégation. L’abbaye possède société. L’ère des cathédrales a permis aux meilleurs architectes
la colline de « la Garde » sur laquelle elle a fait construire une et artisans d’acquérir un certain pouvoir. Il n’est donc pas
chapelle dédiée à la Vierge Marie, achevée en 1218, entourée de surprenant qu’ils se soient réunis en guilde.
jardins et de vignes. Dans un port d’importance comme Marseille, véritable
Le prince de Marseille, le Toréador « saint » Régis, est impliqué porte vers l’Orient, de nombreux voyageurs reviennent avec
dans une lutte avec les furores qui sont présents en nombre dans des connaissances héritées de leur observation de grands sites
la cité. Les dirigeants mortels de cette ville d’environ vingt-cinq tels que les temples, fortifications et palais de Jérusalem. Mais
mille habitants essayent de contrebalancer les revendications d’autres sont allés en Grèce, en Égypte, à Rome ou à Carthage.
de l’évêque, du comte Raymond VI et du Saint-Empire romain Certains caïnites portent un grand intérêt aux techniques ances-
germanique pour maintenir l’indépendance de l’ancienne cité trales de construction qui pourraient disparaître s’il n’existait
phocéenne (elle échouera en 1252 et devra reconnaître l’auto- une guilde propre à les conserver.
rité du comte de Provence). Marseille est un important port de Les Toréadors et Nosferatus cherchent à augmenter leur
ravitaillement pour les croisés se rendant à Constantinople et influence au sein des guildes maçonniques. Les premiers inté-
en Outremer. C’est une rivale importante pour Gênes, Pise et ressés par la fusion de l’art et de l’artisanat, les seconds fascinés
Venise. C’est également le point d’embarquement de la tragique par l’ésotérisme dissimulé dans l’architecture de certains
croisade des enfants de 1212 où deux marchands marseillais bâtiments (comme le temple de Salomon) et intéressés par la
vendirent des centaines d’enfants naïfs qui pensaient libérer la construction de souterrains et passages labyrinthiques leur
Terre sainte et finirent esclaves des Sarrasins. Certains de ces permettant de déambuler sans être vus.
enfants furent blessés et même tués des mains du prince Régis, La loge maçonnique de Marseille est dirigée par le maître
dominé par ses passions et par la Bête (et qui en conserve de (et mortel) Jacques Remillard, un érudit et artisan d’immense
profondes séquelles psychologiques). Certains pensent qu’un talent. Comme tous les membres de la loge, c’est un véritable
groupe de Ravnos sybarites (connus pour leur extrême déca- croyant pour qui Dieu n’est autre que le Grand Architecte de
dence et leurs excès en tout genre), présent à Marseille, pourrait la Création. Il sait que certains membres de la loge ne sont
avoir joué un rôle dans cette affaire. pas humains et il est partagé entre la peur qu’ils lui inspirent
Actuellement, la Mare Nostra, une coterie de Ventrues et ce qu’ils ont à offrir. Maître Jacques est maintenant âgé de
(représentant la Grande Cour), de Cappadociens (représentant quatre-vingts ans, un âge canonique, et sa santé décline rapi-
l’Église) et de Lasombras (représentant les intérêts de la famille dement. Si Toréadors et Nosferatus manœuvrent discrètement
d’Agostino de Gênes), lutte pour reprendre le contrôle de pour qu’il rejoigne les rangs de leur clan, les Setites s’activent
Marseille et conclure un accord profitable pour tous. Ils consi- dans l’ombre, porteurs de secrets datant de l’ancienne Égypte et
dèrent que le prince Régis n’a plus aucune légitimité et qu’il pouvant convertir à leur cause le vieil artisan, déjà dépositaire
ternit la réputation des caïnites catholiques. Pour une raison de nombreux secrets. Avec un tel savoir hérité d’Hiram et de
inconnue, il semblerait qu’un Setite ait rejoint officiellement la Salomon, grands architectes du « premier temple de Jérusalem »,
coterie, ce qui indiquerait que la Mare Nostra compte prendre le les Serpents pourraient bâtir un édifice chtonien capable d’at-
contrôle total de la Méditerranée et se prépare à faire face à de tirer l’attention de leur antédiluvien et digne de l’accueillir.
nombreux adversaires en reforgeant des alliances contestables.
Ceci pourrait déboucher sur une guerre de la Nuit entre les diffé-
rents clans caïnites ayant des intérêts dans le bassin méditerra-
Nice (évêché)
néen, un conflit qui serait susceptible de s’étendre au sein même
L ’ancien comptoir commercial phocéen du III  siècle avant
e

de chacun des clans et de créer de profonds schismes. J.-C. devient évêché au IV  siècle. Bien qu’ayant fortement
e

souffert des invasions sarrasines, comme ses voisines, Nice

124
LE CONTRÔLE DE MASSALIA

L a position privilégiée de l’ancien port de Marseille, première cité de France (bien que Béziers puisse également s’arroger
ce titre), a attiré de nombreuses convoitises. L’affrontement le plus important opposa deux Ventrues de 5 génération :
Demetrius de Massalia (infant d’Alexandre) et Gaius Fabricius de Ravenna.
e

Demetrius était prince de Massalia depuis son annexion par les Romains vers –120, après avoir porté un coup décisif aux
Brujahs, peu de temps après la perte de Carthage. Massalia jouit encore du statut de cité libre, mais les légions romaines de
Jules César assiègent la ville et la soumettent pour avoir osé accueillir la flotte de Pompée (–49). Fou de rage, Demetrius accuse
le Patricien Gaius Fabricius, innocent dans cette affaire, de ne pas avoir su contrôler les actions de Jules César. Gaius Fabricius
réagit vivement à ces accusations et cette querelle a pris des proportions énormes, propres aux caïnites aussi anciens. Depuis
des siècles, cette lutte entre les deux Ventrues se perpétue encore au travers de leurs lignées respectives.
Le prince Demetrius fuit Marseille en 838 lorsqu’elle est pillée par les Sarrasins et manque de subir la Mort ultime des
mains d’Assamites probablement missionnés par Gaius Fabricius. Plusieurs de ses descendants souhaitent maintenant se
réapproprier l’ancienne cité phocéenne, détrônant le prince Régis et éradiquant la menace posée par les furores, les Setites et
les Ravnos. Mais ils risquent de se heurter à la puissante coterie de la Mare Nostra, ce qui augure d’une guerre fratricide au
sein du clan des Rois.
Après sa fuite, Demetrius a tenté de rejoindre son sire Alexandre. Mais le mathusalem n’ayant guère apprécié la faiblesse
dont a fait preuve son infant, il l’exila. Réfugié un temps en Italie (peut-être auprès du prince ventrue d’Aquilée : Titus Brutus
Caesar), Demetrius pourrait profiter de la disparition de son sire pour contester le pouvoir de Geoffrey. Mais il lui faudrait
de solides soutiens…

UN DIEU DANS LA VILLE

E n 1213, une créature d’une puissance équivalente à celle d’un mathusalem, mais ne craignant pas la morsure du soleil, fit
son apparition à Marseille et dévasta un quartier en pleine journée. Il disparut dès la nuit tombée sans jamais reparaître.
Cette créature, nommée avec terreur Her-nedi-itef par les Setites, a détruit l’ancien temple dédié à leur dieu mort, construit
dans les sous-sols de la cité il y a près de mille cinq cents ans. Ce coup ébranla fortement les Serpents qui n’ont toujours pas
refondé de temple de premier plan dans la cité phocéenne.
Selon certaines rumeurs, Her-nedi-itef ne serait autre qu’Horus, une très ancienne momie vouée à la destruction de Set et
de sa progéniture. Le « dieu », dont la présence est attestée en 1212 à Londres où il affronta le prince Mithras, recherchait une
ancienne relique qu’il n’aurait pas trouvée (cf. « L’Uraeus d’Osiris », page 243).

s’étend (principalement suite à la destruction de sa rivale Cimiez) nemi vers le refuge d’une coterie de Nosferatus qui n’eut d’autre
et joue de son alliance avec Gênes pour défendre ses droits face choix que de combattre et paya un lourd tribut. Cet événement
au comte de Provence ; elle doit cependant se soumettre une marqua le début d’une longue hostilité nourrie par les Prieurs à
première fois en 1176. Les soulèvements du peuple contre l’auto- l’encontre du prince de Nice.
rité du comte sont nombreux et, même si le comte parvient à Depuis, Syagrius surveille les agissements des Nosferatus
asseoir son autorité en 1229, les Niçois ne se montreront jamais auxquels il interdit l’accès à sa ville. En réponse, ceux-ci ont pris
dociles à son envers. possession d’une léproserie récemment implantée à distance
Nice (ou plutôt Nissa) est une ville modeste d’un peu moins respectable de Nice. S’il n’est pas dans la nature des Prieurs de
de quatre mille habitants en 1242, ce qui ne l’empêche pas de se montrer aussi directement « menaçants », surtout envers un
compter un très important monastère : Saint-Pons (bénédictins). prince, cette attitude pourrait refléter l’arrivée d’un puissant
Le prince de Nice est un ancien Lasombra nommé Syagrius. ancien gardant un souvenir amer de l’année 813. Faisait-il partie
Selon la légende, il était évêque de Nice au VIIIe siècle et des Nosferatus présents ou y avait-il un infant chéri entre tous ?
aurait fondé l’abbaye de Saint-Pons à Cimiez avec le soutien de Nul ne le sait. Mais le prince demeure plus que jamais sur ses
Charlemagne en personne, imposant par là même son influence gardes, certain que les ombres le protégeront du courroux de
à l’évêché « concurrent ». ses ennemis.
Lors de l’invasion de 813 menée par une alliance de Lasombras
et d’Assamites sarrasins, Syagrius dut se retirer dans le réseau
de grottes situé non loin (maintenant grotte du Lazaret), dont
Tarascon
l’accès difficile a permis d’isoler les attaquants et de les éliminer
en limitant les pertes. Mais en réalité, Syagrius avait mené l’en- L adevilleBéthanie
de Tarascon accueille le tombeau de sainte Marthe
(dont on dit qu’elle maîtrisa le monstre connu

125
sous le nom de Tarasque) et l’église qui porte son nom. La taille En une occasion, un caïnite a tué son sire alors qu’il lui était
modeste de la bourgade ne permet pas aux caïnites de s’y installer, pourtant lié par le sang. Quelque chose d’animé par la haine
ces derniers préférant la ville de Beaucaire s’étendant de l’autre et la vengeance exerce sa formidable volonté sur des victimes
côté du Rhône, également située sur la voie Domitienne. dont le choix semble être dû au hasard. Personne ne sait si cette
Tarascon abritait un refuge de l’ordre des Cendres amères qui chose est apparue récemment ou si elle s’éveille lentement d’un
a été balayé durant les premiers temps des croisades albigeoises. sommeil millénaire dont ces « possessions » seraient les premiers
Cependant, les reliques qui y étaient gardées n’ont pas terminé signes. Les loups-garous soupçonnent qu’un puissant esprit de
entre les mains des Tremeres, comme aux Baux, mais entre celles la haine est à l’œuvre. Les caïnites envisagent qu’un mathu-
du Ventrue et actuel prince de Béziers Éon de l’Étoile. salem puisse avoir trouvé refuge ici il y a fort longtemps et qu’il
émerge de sa torpeur. Mais il pourrait tout aussi bien s’agir d’un
Toulon (évêché) ancien mage dément, de fantômes prenant possession de corps
endormis et affaiblis ou encore d’une ancienne magie placée ici

L ’évêché de Toulon (ou Touloun à l’époque) est un petit


port qui a été plusieurs fois pillé par les Sarrasins à la fin du
XII  siècle. Le prince brujah Alaric le Jeune (qui serait l’un des
e
par une puissante fée et dont le pacte aurait été brisé en même
temps que le tabou qui y était lié, lui rendant ainsi toute sa force.

descendants directs du roi wisigoth Alaric II, pourtant contrôlé Intrigues provençales
par les Ventrues) lutte contre la piraterie qui frappe durement la • Les Alyscamps. Les Cappadociens d’Arles résident dans les
région, de nombreux Toulonnais n’hésitant pas à se faire pirates Alyscamps (signifiant « Champs Élysées » en provençal), une
pour gagner leur vie. Ce que les rares caïnites de la ville ignorent, grande nécropole antique située juste à l’extérieur de la
c’est qu’Alaric est mort il y a un an, tué par les pirates ravnos ville. Les Alyscamps ont été construits le long de la vieille
dont Toulon est le port d’attache. Les apparitions épisodiques voie Aurélienne. Ils renferment de nombreuses tombes,
du prince ne sont en fait que des illusions habiles créées par les mausolées, églises et chapelles (dont la présence s’explique
Ravnos afin de détourner l’attention de leurs activités. Si la super- par le nombre important de saints inhumés en ces lieux).
cherie venait à être découverte, ils subiraient immédiatement l’ire Les gens vivant en amont du Rhône envoient leurs morts
des phaedymites et des Brujahs, Alaric étant considéré comme aux Alyscamps via un cercueil de bois flottant sur le fleuve,
l’un des plus nobles de leurs membres. Mais les illusions de Iago une pièce clouée à l’extérieur pour payer les fossoyeurs. Les
Castille, le prince des pirates sybarites, sont aussi puissantes que cercueils sont attrapés grâce à un filet tendu sous un pont et
son intelligence est grande, et il entretient une abondante corres- portés à la nécropole pour y être ensevelis.
pondance avec le clan Brujah au nom d’Alaric pour maintenir Un cimetière d’une telle ampleur représente un cadre
l’illusion et les manipuler afin de déstabiliser ses adversaires. idyllique pour le clan de la Mort, présent depuis l’époque
romaine, raison pour laquelle la ville s’associa à Rome contre
La Corse Massalia. L’une des vieilles églises romanes sert de refuge à une
coterie de Cappadociens (les Élysiens) placée sous le tutorat

L a Corse est une île montagneuse. La plupart des habitations


sont réparties sur le littoral. La république de Gênes a pris le
contrôle de l’île en 1121, lorsque la cité a soudoyé le pape Calixte
de l’archiviste, codicologue et psychagogue Aurelius l’Ancien,
arrivé à l’époque où Arles est devenu un évêché au IIIe siècle.
Sa bibliothèque souterraine contient un grand nombre de
II pour qu’il révoque les droits de l’archevêque de Pise à consa- manuscrits et de codex amassés depuis plus d’un millénaire.
crer les évêques corses. Calixte II prononça une bulle confir- Les connaissances d’Aurelius en matière de Nécromancie sont
mant les droits de Gênes sur l’île en 1123. Le pape Innocent extraordinaires, tout comme sa maîtrise de voies étrangement
II accorda ensuite la Corse à Gênes en tant que fief papal en proches de celles du Sépulcre et des Cendres. Plus étonnant
1133. En réalité, l’île fut coupée en deux : le Nord à Gênes et le encore est l’utilisation qu’en fait l’ancien caïnite, se posant
Sud à Pise. Les Génois prennent néanmoins l’ascendant sur les en juge des âmes, détruisant les fantômes qu’il juge indignes
Pisans à la fin du XIIe siècle en fondant deux places fortes : au de hanter les Alyscamps et renforçant les entraves des plus
sud (Bonifacio) et au nord (Calvi). méritants, qui agissent en tant qu’espions à sa solde. Entre les
Les colonies situées sur les côtes sont trop modestes pour Nosferatus et les Élysiens, il est fort probable qu’aucun secret
supporter la présence de plus d’un caïnite ou deux parmi elles et ne soit impénétrable.
servent davantage de réserve de nourriture aux pirates ravnos et Secret : le véritable nom d’Aurelius l’Ancien est Aurelius
lasombras œuvrant pour les D’Agostino de Gênes et dissimulant Flavius Iovianus (c’est de la famille Iovianus – ou Ioveanus
leurs navires dans les nombreuses criques. – qu’est issue la famille nécromancienne Giovani). Pour une
Les terres intérieures étant particulièrement hostiles du fait raison oubliée, l’Aurelius mortel se heurta violemment à la
de la forte présence de loups-garous et de Gangrels sauvages, famille Iovianus, emportant un grand secret avec lui (cf. Le
aucun caïnite sain d’esprit ne s’y risquerait, d’autant que depuis Codex Mortis, page 242). Conscient que, peu importe l’en-
peu des événements étranges se produisent sur l’île. Des mortels droit où il se cacherait, s’il venait à mourir sa famille pour-
s’éveillent en pleine nuit (conscients mais incapables de contrôler rait invoquer son âme et le contraindre à parler avant de le
leur corps) et tuent de leurs mains un ou plusieurs êtres chers. détruire. Son étreinte au sein du clan Cappadocien fut donc

126
une bénédiction, lui accordant l’immortalité et mettant son contre le prince et la Mare Nostra. Une simple étincelle pour-
âme à l’abri des Iovianus. À présent, Aurelius est conscient rait mettre le feu aux poudres, ce qui tombe bien puisque les
que l’étreinte d’Augustus Giovani par Cappadocius dissi- Rafastios ont mis la main sur les techniques de création de
mule quelque chose et il se méfie au plus haut point de son la mystérieuse poudre noire, en perfectionnant son pouvoir
ancienne famille. Si un Giovani venait à s’aventurer dans la destructeur grâce à la purification du salpêtre avec de la
région, il pourrait bien faire les frais de la paranoïa d’Aurelius. cendre, selon une récente technique arabe rapportée des croi-
• Les victimes du pont Saint-Bénézet. Selon la légende, ce pont sades par les espions de la Main Noire.
(que les non-Avignonnais nomment simplement « pont d’Avi- • Le jardin des assassins. Les caïnites de l’abbaye Saint-Victor de
gnon ») aurait été construit par un berger du nom de Bénézet Marseille disposent d’un important soutien du prince Régis
afin d’obéir aux voix célestes. Si une version mythique de qui s’y rendrait régulièrement pour prier. Il fréquente égale-
cette légende prétend qu’il a magiquement déplacé des blocs ment les jardins de la colline de la Garde qui, même s’ils ne
de pierre pour entamer la construction du pont, la vérité est rivalisent pas avec les siens, lui permettent de se sentir « plus
tout autre. près du Seigneur ». Les Cappadociens de l’abbaye siégeant au
Loin d’être un berger, « Bénézet » (de son vrai nom Benoît le sein de la Mare Nostra pourraient profiter de la confiance
Jeune) était la goule charismatique du récent prince Ogier. du prince pour l’assassiner lors de son recueillement et ainsi
Ce dernier ayant décidé d’augmenter les revenus d’Avignon, s’assurer le contrôle de la ville.
il comprit rapidement que la construction d’un pont monu- • Le Dragon Noir : la présence de Zirlány, prêtresse du sombre
mental (près d’un kilomètre de long) serait un véritable atout dieu-démon Zirnitra, représente une menace potentiellement
et le seul moyen de traverser le Rhône à des dizaines de kilo- mortelle pour toutes les créatures surnaturelles de la région,
mètres à la ronde (Arles ayant perdu son pont antique, celui caïnites inclus, si l’esprit du Dragon Noir venait à s’éveiller
d’Avignon est alors le seul moyen de traverser le Rhône entre en elle (cf. « Zirlány, prêtresse du Dragon Noir », page 229).
Lyon et la côte, sans s’y risquer en barque sur des courants péril- • L’espion Giovani : récemment, un envoyé de la famille
leux). Les taxes de passage visant les marchandises ainsi préle- Giovani s’est infiltré à Marseille sous l’identité d’un jeune
vées remplirent les caisses de la ville et lui offrirent un rayon- Cappadocien grâce à son teint blafard hérité directement
nement nouveau. Bien que détruit en 1226 par les troupes de du clan des Morts. Il représente les intérêts des Vénitiens
Louis VIII, il fut bien vite reconstruit par les habitants qui lui et cherche à intégrer la Mare Nostrum pour contrecarrer les
devaient leur prospérité. Quant à sa goule, Ogier la sacrifia afin Lasombras génois. Il se pourrait bien qu’il prévienne le prince
de créer une légende renforçant le prestige du pont et produi- Régis de la menace sérieuse qui plane sur lui, en échange
sant encore davantage de revenus sous forme d’aumônes d’une alliance avec la famille Giovani, bien sûr.
offertes à « saint » Bénézet, inhumé dans une chapelle intégrée • Les « Mains Sales » : cet ancien groupe de furores, dirigé par
au pont, sous la surveillance de l’ordre des frères pontifes. le Brujah Lasanis, a été une sérieuse épine dans le pied de
On murmure que le prince a fait inhumer les corps en nombreux princes, principalement autour du Val de Loire, le
torpeur de nombre de ses adversaires lors des travaux de Val Noir, profitant des luttes entre soutiens des Plantagenêt
maçonnerie des années 1230. Si cela s’avère vrai, les cavités d’un côté et des Capétiens de l’autre. Leur « politique » parti-
pourraient être à l’origine des défauts de structure qui provo- culièrement agressive a semé le chaos durant plusieurs décen-
queront les effondrements successifs des arches durant les nies avant que les Ventrues (et les Nosferatus à leur service)
siècles suivants, rejetant par la même occasion plusieurs corps n’éliminent ces nouveau-nés présomptueux.
de caïnites dans le Rhône. Lasanis a survécu à cette purge brutale et s’est réfugié en
• La « poudrière » de Marseille. Profitant de la faiblesse Provence, une région tumultueuse où les furores sont encore
du prince Régis, les Tremeres ont avancé leurs pions et nombreux et très actifs. Il tente actuellement de réunir autour
obtenu l’autorisation d’implanter une fondation dans la de lui certains des furores les plus intelligents, ne souhaitant
ville. Depuis, une alliance unit le prince et les Usurpateurs plus recourir aux « anciennes méthodes » qui ont malheu-
qui ont tout intérêt à ce que Régis maintienne sa position. reusement prouvé leur inefficacité par le passé. Lasanis lutte
Cependant, l’arrivée des Tremeres n’est pas du goût de tout pour devenir le nouveau chef de file d’un mouvement en
le monde, principalement de la famille de revenants sorciers pleine mutation, se heurtant à des adversaires coriaces qui
de la Manus Nigrum occidentale : les Rafastios. Tout comme ne partagent pas ses idées « modernes » et recourent encore
la Tal’Mahe’Ra, les Rafastios voient d’un très mauvais œil à des actions aussi directes que peu satisfaisantes en termes
la prolifération des caïnites et œuvrent dans l’ombre pour de résultat.
en réduire drastiquement le nombre à leur humble niveau. S’il parvenait à unifier les nouveau-nés et jeunes ancillae
Actuellement, leur meilleure option est de déclencher une avides de révolte derrière lui, qui sait jusqu’où ils pourraient
guerre dans leur bastion de Provence, montant les furores aller tous ensemble ?

127
128
CAÏNITES DU COMTÉ DE TOULOUSE Toulouse (comté)
Abélard « le Fol » (Ventrue, 8e génération) – prince dément Possession de Raymond VII
du Castrum de Nîmes.

E
Agoston le Jeune (Tzimisce, 6e génération) – seigneur du Rouergue. n tant que région, Toulouse inclut les comtés de Foix et
Aimeric de Cabaret (Toréador, 9e génération) – petit-infant et de Toulouse, les vicomtés de Carcassonne, Montpellier
conseiller d’Esclarmonde la Noire. et Narbonne et d’autres possessions s’étendant des
Alfons Esteban de Figueres (Lasombra, 8e génération) – prince de Pyrénées à l’Aquitaine, entre le cours moyen de la Garonne, le
Montpellier. Rhône et la Méditerranée. La région a été fortement marquée
Aolïs de Déols (Tremere, 8e génération) – régente de la par la civilisation latine, sans doute à cause d’une christiani-
fondation de Narbonne. sation précoce. L’activité intellectuelle et artistique y est très
Beatrix (Toréador, 6e génération) – prince de Foix. forte, notamment au travers de ses troubadours. Les foires de
Bertrand de Provence (Toréador, 7e génération) – prince de Montagnac, Nîmes et Pézenas attirent de nombreux marchands
Cahors. et participent au dynamisme du Languedoc.
Chlodion (Gangrel, 9e génération) – prince dévot d’Albi. Le comté de Toulouse a été déchiré par les croisades albi-
Colombe de Hainaut (Ventrue, 9e génération) – prince de
geoises. Des villages, châteaux et champs sont en ruine, les habi-
Carcassonne.
tants massacrés. À présent, le traité de paix signé entre Raymond
Enselmar (Toréador, 8e génération) – prince de Narbonne.
VII et Louis IX est respecté, mais l’Église nourrit toujours de
Éon de l’Étoile (Ventrue, 8e génération) – prince de Béziers
fortes suspicions à l’encontre du comte de Toulouse et recherche
(cf. page 231).
activement les derniers cathares se réunissant encore dans les
Esclarmonde la Noire (Toréador, 7e génération) – reine de
caves de quelques sympathisants ou dans les nombreuses spoulgas
Toulouse (cf. page 215).
(grottes et souterrains fortifiés) perchées dans les Pyrénées.
Jean Furneaux (Tremere, 11e génération) – un sorcier qui
Les liens entre Toulouse et l’Outremer sont forts. Le comte
semble doué d’une connexion particulière à la magie du
Raymond IV était un participant puissant de la première croisade,
sang (cf. page 226).
dirigeant de nombreux chevaliers. Il devint comte de Tripoli,
Jehan du Pleaux (Tzimisce, 7e génération) – le « dresseur »
un titre transmis à ses descendants qui participèrent également
d’hommes (cf. page 228).
à plusieurs croisades. Certains croisés ont pu être étreints par
Lissandre de Béraud (Toréador, 9e génération) – chambellan
des clans de l’Est et de l’Orient (Assamites, Setites et Tzimisces)
de Toulouse.
et revenir dans leurs terres par après. Les caïnites ressentent
Lozois de la Montagne Noire (Toréador, 9e génération) –
parfois le besoin de participer à une croisade. Ils peuvent avoir
petit-infant d’Esclarmonde la Noire et meneur de la
des contacts parmi les mortels de Toulouse et même des descen-
coterie de Pécheurs connue sous le nom de Fraternité de
dants. Ces vampires peuvent donc revenir pour aider leur famille,
la Montagne Noire.
éradiquer l’hérésie cathare (et caïnite) ou châtier les chevaliers
Margot-au-Linceul (Nosferatu, 9e génération) – prince de la
responsables d’actes inhumains en Terre sainte.
Cité de Nîmes.
Le comté de Toulouse se remet lentement des croisades albi-
Mathieu, le frère combattant (Brujah, 7e génération) –
geoises. La construction d’une nouvelle cathédrale-forteresse et
caïnite écumant le Languedoc à la recherche de membres
d’un palais épiscopal à Albi est prévue (l’ancienne cathédrale
de l’Hérésie caïnite (cf. page 194).
a été détruite durant les croisades). Les travaux de la nouvelle
Thémistocle (Brujah, 6e génération) – érudit et allié des
cathédrale de Béziers ont commencé en 1215. Blanche de
cathares, se retrouvant dans le concept d’un Christ d’ori-
Castille fait construire un palais à Carcassonne depuis 1226.
gine divine (héritage de l’hérésie monophysite).
La cathédrale de Nîmes, endommagée durant les croisades, est
Urraca Sanxes de Lérida (Lasombra, 9e génération) – prévôt
encore en cours de reconstruction.
de Toulouse, ennemi de l’Hérésie caïnite.
Les caïnites de ce comté doivent se faire discrets. Les frères-
Salim Al-Ahzan (vizir assamite, 8e génération) – médecin,
inquisiteurs et le clergé recherchent encore les derniers hérétiques.
philosophe et assassin (cf. page 189).
La population est toujours très marquée et se méfie des étrangers,
refusant d’accorder leur hospitalité à quiconque pourrait semer
le trouble. Les tensions sont encore vives dans certaines régions
qui peuvent venir en aide aux rares cathares essayant d’échapper
au bûcher. En 1229, le peuple de Cordes précipite un groupe
d’inquisiteurs dans le puits de la Halle, profond de plus de cent
mètres, ceci afin de sauver les Parfaits réfugiés et intégrés dans la
ville et travaillant dans un atelier de tisserands.
Les caïnites de la région peuvent être arrivés avec les croisades
albigeoises pour s’octroyer des terres après en avoir chassé les

129
propriétaires légitimes (un fait qui se retrouve également au sein dant sa réputation de ville pro-hérétique, ayant fait emprisonner
de la tribu garou des Crocs d’Argent, la maison de l’œil Luisant (sous l’influence du Malkavien Albi, cf. page 204) en 1178
du nord ayant spolié de nombreux domaines de la maison du l’évêque qui luttait contre le catharisme y étant ouvertement
Foyer Indompté au sud). Les érudits peuvent venir étudier à prêché depuis la première moitié du XIIe siècle. La vicomté est
l’école de médecine de Montpellier ou à l’université de Toulouse. définitivement confisquée aux Trencavel par le roi en 1226 ce
D’autres appartiennent à l’ancienne Hérésie caïnite et luttent qui, avec sa position à présent modérée vis-à-vis des cathares, lui
contre l’Inquisition, une attitude qui aura de profondes réper- évite de subir l’intervention des armées croisées en 1227. Elle
cussions dans le siècle à venir. La présence des Brujahs est forte sera finalement intégrée au domaine royal en 1247.
dans la région, principalement au sein de la récente université de Le prince gangrel Chlodion est un catholique convaincu,
Toulouse où ils développent l’étude de la philosophie, n’hésitant étreint du temps de la première croisade. Son influence sur
pas à enseigner les œuvres d’Aristote au grand dam de l’Église. la cité lui a permis d’éviter le pire en traitant avec les caïnites
De nombreux caïnites importants, dont des princes, sont de l’Église et la Grande Cour, sauvegardant la cité durant les
tombés. Certains exécutés par les caïnites venus du nord pour croisades albigeoises. Il vénère de nombreux martyrs et, pour
se saisir de leur domaine, d’autres éliminés par l’Inquisition, éprouver sa dévotion lors de chaque début de carême, Chlodion
d’autres encore partis vers des terres moins hostiles. Depuis peu, offre son corps damné à la caresse dévorante du soleil avant de
Esclarmonde, alliée au Ventrue Éon de l’Étoile, a commencé plonger dans les profondeurs réconfortantes de la terre pour
à reprendre possession de son fief, s’appuyant sur les bas clans renaître quarante jours plus tard, lavé de tout péché. Durant
et les caïnites réfugiés de Constantinople, exilés de Paris par la cette période, il appointe trois caïnites parmi les plus pieux pour
Grande Cour et répartis dans la région. Cette alliance hétéroclite administrer la cité en son absence, prenant soin de choisir les
est parvenue à repousser l’envahisseur « nordique » avant qu’il ne membres de trois clans différents, généralement Cappadocien,
puisse prendre définitivement racine, permettant à Esclarmonde Malkavien et Nosferatu, des caïnites moins dévorés par l’ambi-
de retrouver un semblant d’autorité et de se dresser, plus forte tion personnelle.
que jamais, face à la matriarche Salianna. Chlodion ne reconnaît pas la distinction entre bas clans
Les chroniques toulousaines peuvent prendre pour cadre la et hauts clans. Selon lui, nul héritage ne peut imposer de
lutte pour la survie d’Esclarmonde ainsi que la montée en puis- marque sur l’importance sociale d’un caïnite, car seuls les actes
sance des ordres mendiants et de l’Inquisition. La carte politique parlent, pas le sang. Mais il ne faut pas s’y tromper, sa Cour
a été profondément bouleversée et les princes peuvent tomber de la Miséricorde ne tolérera aucun hérétique et les caïnites se
aussi vite qu’ils sont arrivés au pouvoir. En outre, tout comme réclamant encore de la Curie écarlate ne peuvent espérer aucune
en Provence, de nombreux croisés reviennent d’Outremer, compassion de sa part.
profondément changés par la vitae de quelque sire ou dame
assamite, setite ou tzimisce, et il bien difficile de connaître leurs
motivations.
Béziers (évêché)

Agde (évêché) B éziers est l’une des plus anciennes villes de France. Fondée