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Homosexuel, séropositif, et militant Arc en Ciel je suis

Homosexuel je suis, et séropositif trois fois. Trois virus en neuf lettres : HPV, HBC, HIV.
Derrière moi, un quart de siècle de vie séropositive, sans doute plus facile à écrire qu'un an
ou quelques mois. Le "survivant" vous serait-il plus sympathique que "l'imprudent" ou le
"malchanceux" du XXIème siècle ? Pourtant, tous NON coupables.

Homosexuel et séropositif ? Pas seulement. Je suis désormais aussi un militant homo-


identitaire, comme ils disent... Dans notre monde associatif, il y a en effet des associations
de santé et des associations identitaires. D'un côté la lutte contre le VIH et les MST et la
défense des droits des malades, et de l'autre le combat pour l'égalité des droits LGBT. Et la
lutte contre les discriminations comme ciment commun, d'autant que les stigmatisations et
l'homophobie sont des facteurs bien connus de prises de risques. Autodestruction et
tentatives de suicide.

Homo ET séropo ? Double discrimination pourtant, et parfois même par ces homos qui ne
savent pas que l'on peut prendre son pied avec un séropo sans risque de contamination, et
beaucoup plus si affinité. De plus, tandis que le discours des uns est de montrer que l'on
peut militer contre le VIH sans être homosexuel ni séropositif, celui des autres est de
combattre l'assimilation de l'homosexualité avec le SIDA. L'homosexualité et la maladie ? Ce
douloureux problème...

Seulement voilà, si la majorité des personnes séropositives est bien hétérosexuelle, le


pourcentage des homos ne cesse de croître, d'année en année. Et les stratégies nouvelles de
prévention combinée par le dépistage risquent fort, dans un premier temps, d'accentuer
cette progression. Si, dans ce moment crucial, les homosexuels ne s'emparent pas eux-
mêmes de ces tests de dépistage, si les associations identitaires ne mobilisent pas une
communauté LGBT consumériste de plus en plus indifférente aux actions de prévention, le
risque est grand que les accusations d'irresponsabilité déjà posées ne trouvent leur
justification dans les prochaines statistiques. L'assimilation Homo-VIH n'en sortira que
renforcée et homos et séropos (coupables ?) tous nous serons.

Arc en Ciel est une fédération d'associations et de personnes. Son atout, presqu'unique en
France, est précisément de regrouper aussi des associations de lutte contre le VIH. Le
combat identitaire et la défense des droits des malades doivent s'y conjuguer d'autant que la
commission Santé d'AEC peut faciliter coordination, synergie et actions communes. Pour ce
faire, la visibilité et la "dicibilité" des personnes séropositives ne doivent pas dépendre que
des associations contre le VIH dont les usagers, souvent en situation de précarité, n'ont
souvent ni les moyens ni le désir de se dévoiler. Si cet autre coming out n'est nullement
obligatoire, il est pourtant indispensable. Et s'il faut encore parfois démontrer que
l'homosexualité n'est plus une maladie, entre la peur de l'assimilation et le crime du déni, il y
a place pour beaucoup d'autres personnes "homosexuel, séropositif et militant AEC , je suis".

Michel Mégnin