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Cours 1

Présentation des sciences de l’éducation.


Introduction :
- « Si nous n’étions lié par des promesses, nous serions incapables de conserver nos identités » Hannah Arendt.
- transition psychosociale et changement dans l’espace de vie, dans les représentations du monde. Changement de statut...
→conséquences : identité réflexive : argumentaire et identité narrative : récit de soi, ipséité (maintient de soi-même,
fidélité à ses valeurs), fidélité de soi. Université = changement, nouvelles histoires.

Objectif : Définir les termes de la discipline « Sciences de l’éducation » et leur émergence socio-historique ; dégager les
fondations de la discipline « Sciences de l’éducation ».

Problématique : En quoi le fait de s’orienter vers la filière « Sciences de l’éducation » peut constituer une « promesse de
soi » ?
1. Définir l’éducation
→ 1. Étymologie et apparition du terme de l’éducation.

→Éducation vient de « Educare » ou « E-ducere »


Educare = nourrir et instruire → 1er apprentissage = celui de la nourriture. Besoin via, volonté de survivre, et de faire
grandir la société.
E-ducere = conduire hors de → faire éclore et élever un enfant. S’émanciper de l’état animal.

A) Dans l’Antiquité : la maïeutique. (Socrate, Platon, Aristote) Maïeutique = art de l’accouchement

→Postulat de base : Tout élève sait des choses. Le rôle du maître est de faire en sorte que l’élève prenne conscience de ce
qu’il sait et qu’il y mette de l’ordre, sous l’autorité de la raison pour parvenir à la sagesse.
→ Principes : →Enfances : âme végétative, siège du désir et de la violence →Adolescence : maîtrise de soi préalable à
la vie sociale.
Pédagogie : Enseignement conçut avec un maître et quelques élèves, enseignement oral uniquement, basé sur le dialogue,
les échanges maître/élève. C’est un partage dans la recherche commune de la vérité → élève ne commet pas de fautes.

B) Au Moyen-Age. (Mûsar)

Mûsar : l’éducation au sens biblique vient du terme Mûsar et allie le don de sagesse (instruction de la loi religieuse) et le
châtiment, la réprimande (correction). Terme employé dans les traité d’éducation des princes ex : poème de Traité des
princes Tristan de Godefroid de Strasbourg (fin XII début XIII)

→Postulat de base : La scolastique : l’élève ne sait rien (tabula rasa) = récipient vide à remplir→nouvelle vision de
l’éducation.
→ Principes : Le savoir c’est le maître qui doit le transmettre et à l’identique. L’élève n’a pas à réfléchir : enseignement
magistral, on ne discute pas. Au Moyen-Age on enseigne les textes sacrés pour apprendre à trouver dieux.
Évaluation : restituer à l’identique ce que le maître a dit. Le professeur à le pouvoir (estrade) et si l’élève commet des
fautes il y a une sanction. L’enseignement fait travailler la mémoire : apprendre par cœur, pas de réflexion.

C) Vers l’âge classique. (Rabelais 1483-1553 ; Érasme 1469-1536 ; Montaigne 1533-1592)

→Postulat de base : éducabilité de l’espèce humaine hors de toute brutalité et de toute terreur.
→Principe : développement du corps (hygiène, décence, dressage = mettre sur pieds) et de la raison (rhétorique), avec
sévère douceur (relation de qualité, jeux et récompenses). Le pédagogue est un « conducteur » = Pédagogie du discours.
→ Pédagogie du discours : Former des êtres capables de jugement par des exposés méthodiques, la délibération écrite et
orale → La justesse de l’expression fait la justesse de la pensée.

D) La renaissance : le « sensualisme ». (Comenius 1592-1670)

→Postulat de base : faire l’union et le bonheur de tous : la nature a déposé en l’homme les semences du bien et du vrai
qu’il faut encourager pour rapprocher du créateur. → Comenius= 1 er homme à s’intéresser aux enfants.
→Principes : connaître le enveloppement cognitif de l’enfant et de la correspondance entre son mode d’appréhension du
monde et l’ordre des connaissances enseignées. →faire passer son esprit du sensible à l’abstrait en exerçant.
- sensible (observer, percevoir)
- mémoire (retenir)
- l’intellect (organiser, classer, trier)
- jugement (raisonner)
- pédagogie : la motivation est essentielle par le plaisir de l’esprit, discipline sans violence, l’école est ouverte à tous
(pauvre ou riche, fille ou garçon, esprit doué ou faible.)
→ Pédagogie : la motivation est essentielle par le plaisir de l’esprit. Discipline sans violence. École ouverte à tous : riches
ou pauvres, filles et garçons, esprits doués ou faibles.

+ à cette époque le terme d’éducation apparaît pour la première fois dans le dictionnaire d’Antoine Furetière en 1690 «
soin que l'on prend de nourrir et élever les enfants, se dit plus ordinairement du soin qu'on prend pour éduquer leur
esprit, ... »

E) le siècle des lumières marqué par « L’Émile » 1762. (Rousseau 1712-1778)

→ postulat de base : l’enfant naît bon et libre. Il doit apprendre par lui même, par expérience pour aller vers la liberté et
l’autonomie
→Principes : amour et respect des enfants et de leur rythme de développement, prendre du temps et ne pas forcer la
nature. L’enfant doit être retiré à ses parents et pris en charge par un éducateur. L’école est réservée à une élite.
→Pédagogie : grande importance du travail manuel et des expériences concrètes et sensibles. L’enseignement par
l’observation doit susciter la curiosité
+ pédagogie de l’erreur : « mettez les questions à sa portée et laissez lui les résoudre. S’il se trompe, laissez le faire ne
corrigez point ses erreurs , attendez qu’il soit en état de les voir et de les corriger lui-même. S’il ne se trompait jamais, il
n’apprendrait pas bien »
→ 1.2 Contours de définitions de l’éducation.
Les 4 axes de Gaston Mialaret :

- l’éducation (nationale) comme institution


- l’éducation comme résultat d’une action (détenir des connaissances et être performant)
- l’éducation comme processus (résultat, pédagogie, communication et transmission)
- l’éducation comme contenu (connaissance, programme, discipline, curricula = cursus)
- les autres termes connexes :
→instruction (communiquer des connaissances mais imposer un savoir, État, armée)
→pédagogie (pour les enfants processus et contenue, défini en 1623 connaissance rationnelle de l’homme relative
à l’expression, au transfert et à la transmission des connaissances)
→formation (pour les adultes aboutir à un résultat par l’apprentissage, mettre en forme)
→culture (résultat, contenu, synonyme de civilisation, ensemble qui inclus les croyances, savoirs, arts, morale,
lois, coutumes)

Définitions :
- Selon Durkheim 1911 : « L'éducation est l'action exercée par les générations adultes sur celles qui ne sont pas encore
mûres pour la vie sociale. Elle a pour objectif de susciter et de développer chez l'enfant un certain nombre d'états
physiques, intellectuels et moraux que réclament de lui et la société politique ds son ensemble et le milieu spécial auquel
il est particulièrement destiné » Éducation et sociologie 1922.
- Selon Dictionnaire encyclopédique de l’éducation et de la formation 1994  : « L’éducation est l’ensemble des actions et
des influences exercées volontairement par un être humain sur un autre, en principe par un adulte sur un jeune, et orientée
vers un but qui consiste en la formation dans l’être jeune des dispositions de toute espèce correspondant aux fins
auxquelles, parvenu à maturité, il est destiné. »
- des extensions de définitions (âge, situation, objets).
- La ligue internationale d’éducation nouvelle (créée en 1921)  : « L’éducation consiste à favoriser le développement aussi
complet que possible des aptitudes de chaque personne, à la fois comme individu et comme membre d’une société régie
par la solidarité. L’éducation est inséparable de l’évolution sociale ; elle constitue une des formes qui la déterminent. Le
but de l’éducation et ses méthodes doivent donc être constamment révisés, à mesure que devient plus conscient le besoin
de justice sociale, à mesure que la science et l’expérience accroissent notre connaissance de l’enfant, de l’homme et de la
société »
2. Science ou sciences : entre dispersion et unification.
Sciences économique ou de gestion ou du langage.

→ 2.1 la science de l’éducation.

- 1879 Alexander Bain «  Éducation as a science » livre sur la méthodologie de l’enseignement.


- 1883 La Sorbonne : conférence pratique de science de l’éducation, pour élever le niveau des maîtres et de faire une
bonne école de l’éducation.
- 1910 Lucien Cellerier Esquisse d’une science pédagogique : les faits et les lois de l’éducation « les condition d’un
science pédagogique » pour distinguer éducation scolaire et celle de la maison.
- 1911 Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire de Ferdinand Buisson. Publié en 1887 et réédité en 1911 « la
science de l'éducation permet de savoir que l'éducation doit être, savoir quelle en est
la nature, quelles sont les conditions dont elle dépend, les lois suivant lesquelles elle a évolué
dans l'histoire » (article de Durkheim).
→ 2.2 les sciences de l’éducation.

- « Les sciences de l’éducation sont constitués de l’ensemble des démarches et des référents scientifiques censées éclairer
l’éducation ». → dico encyclopédique de l'éducation et de la formation p.898.
- les sciences étudiant les phénomènes macro-éducatifs : démographie scolaire, économie, statistique, histoire, sociologie,
philosophie, l'ethnologie, docimologie.
- Les sciences qui étudient les phénomènes micro-éducatifs : psychologie sociale et clinique, phénomènes affectifs.
- Les sciences relevant des méthodes et des mécanismes de la transmission : didactique, décomposition, ergonomie
(techniques éducatives).

Conclusion : En quoi le fait de s’orienter vers la filière « Sciences de l’Éducation » contribue à la construction de votre
identité ?

Cours 2

Objectif : Acquérir des repères historiques autour de quelques personnages et textes fondateurs des XVIIIème et XIXème
siècles de « la science de l’éducation ».
Problématique : Comment le fait éducatif a-t-il progressivement fait l’objet d’une réflexion scientifique et technique au
siècle des Lumières et au XIX è siècle ?
Rappel : Des conceptions de l’acte éducatif et de l’apprendre qui varient au fil des époques. Science vient du
Latin « sciencia » = savoir.
- Au tournant du siècle des lumières, il y a une rationalité scientifique et une réflexion politique qui s’applique à
l’éducation.
- Il y a aussi un dynamisme scientifique et des balbutiements de la démocratie : un contexte fécond pour poser les
fondations d’une « science de l’éducation ».

1. les premiers texte dans lesquels la rationalité scientifique s’empare du fait éducatif.
→ 1.1 Ordonner la connaissance en éducation.

Il y a des foisonnements de Taxinomies dans chaque sciences : classification des éléments → ex : tableau périodique des
éléments en science. Besoin d’ordonner les disciplines et mettre en ordre la connaissance, chaque science répertoriée va
avoir de légitimité. Dans un grand nombre de ces Taxinomies des sciences apparaît de la pédagogie.

→ 1.2 La pédagogie répertoriée comme science.

→ Quelques exemples emblématiques de personnages entre le 17° siècle et le début du 19° siècle :

- 1623 : Francis Bacon, pedandical knowledge dans sa théorie empiriste de la connaissance, philosophe anglais (1561-
1626). La pédagogie est à l’époque définie comme une connaissance rationnelle de l’homme, elle porte sur l’expression,
le transfert, et la transmission de la connaissance. Le but est de transformer le savoir de façon à ce qu’il soit compris de
tous et qu’il s’adapte à l’âge de l’auditeur (enfant≠adulte). On ne peut pas transmettre une connaissance de la même façon
à tous : volonté de s’adapter.

- 1751-1772 : Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers sous la direction de Denis
Diderot et, partiellement de Jean Le Rond d’Alembert. La pédagogie à l’époque est la connaissance rationnelle, science
de l’homme, et est définie comme l’art de communiquer. La mémoire se résume ici aux 3 sciences : la mémoire, la raison
et l’imaginaire.

- 1834 : André-Marie Amphère (polytechnicien), membre de la société éducative. Pour lui les sciences sont classées
parmi leurs objets : matérielle, intellectuelle ou social. « On peut rendre raison des pratiques et des fins éducatives.
Une science de l’éducation est donc possible » : Essaie sur la philosophie des sciences, Bachelier, Paris, 1834. La
pédagogie pour lui est une science qui explore « les lois de la transformation des réalités cachées ». Il fut l’un des
premiers à chercher comment les transformations se faisaient (enfant change, connaissance, pensée..) La pédagogie est
aussi une science du langage d’utilité pratique (conversation, argumentation).

2. L’éducation comme préoccupation politique et sociale. (Quand la rationalité scientifique sert un projet
politique).
→ 2. 1 Condorcet (1743-1793) : Rapport et projet relatif de décret relatifs à l’organisation générale de l’instruction
publique – 20, 21 avril 1792.

- Quand la rationalité scientifique sert un projet politique.


- A la veille de la révolution il avait des idées bien arrêtées : il était pour la démocratie, contre le despotisme et l’esclavage
et pour l’égalité des hommes et des femmes.
- En 1792 il va publier un ouvrage qui s’intitule : La république Française aux hommes libres il va estimer que les
progrès de la science et de la raison vont mener les hommes au bonheur des sociétés et individus : Pour lui les progrès de
la science et de la raison mèneront au bonheur des sociétés et des individus. Pour lui on ne peut enseigner des opinions
mais des faits scientifiques, il se démarque donc de l’idée de la parole divine enseignée. Pour lui « la puissance publique
[...] ne doit imposer aucune croyances ».
- 37 % de Français et 25 % de Françaises sont un peu alphabétisées en 1789.

- En 1791 : l’assemblée Législative a un projet d’instruction publique. Le comité d’instruction publique présidé par
Condorcet structure ce projet autour de cinq types d’établissement :

- écoles primaires : République naissante : il faut former les futurs citoyens, il faut un enseignement civique
et pratique pour tous.
- écoles secondaires : On enseigne les mathématiques et les sciences, ces écoles ne sont pas ouvertes à tous,
seulement aux plus riches.
- instituts : Pour former les enseignants dans chaque départements.
- lycée : Lieux pour ceux qui se destinent à des professions qui demandent la connaissance approfondies
de plusieurs sciences.
- société nationale des sciences et des arts : enrichissement du patrimoine culturel et des découvertes.
- amorce d’une éducation tout au long de la vie : voté en 2002, Condorcet avait 200 ans d’avance sur ce concept
institutionnel.

→ égalité des âges et des sexes devant l’instruction ; universalité et gratuité de l’enseignement élémentaire (voté 90 ans
après par Jules Ferry).

→ De plus il avait pensé à une organisation rationnelle, préfigurant une « science de l’éducation » :
- Enseignement à la lecture, l’écriture, la grammaire, l’arithmétique → ces divers instruction seront distribués aux
4 cours dont chacun doit occuper les enfants 1 année. Vision avant-gardiste, mise en place de pédagogie…
- Composition de livres pédagogiques adaptés pour les hommes et pour les enfants qui leur
procureraient du plaisir
- Gymnastique comportant des exercices permettant de développer toutes les forces avec égalités
pour éviter les effets des habitudes forcées des divers travaux (agriculture, charpentier,…)

→ 2.2 Le Peletier de Saint-Fargeau : plan de l’éducation nationale présenté à la convention nationale par Maximilien
Robespierre le 13 juillet 1793.

→ inculquer une morale entre 5 et 12ans, instruction obligatoire et gratuite pour tous les enfants de six à huit ans
(contexte où le travail des enfants allait de soi)→Mais le décret est partiellement appliqué
- « je me suis convaincu de la nécessité d'opérer une entière régénération, et si je peux m'exprimer ainsi, de créer un
nouveau peuple »
- « former des hommes, propager les connaissances humaines ; telles sont les deux parties du problème
que nous avons à résoudre »
- « une éducation vraiment et universellement nationale »
→ il a une première approche des inégalités sociales face à l'éducation :
- « et que tous, sous la sainte loi de l'égalité, recevront mêmes vêtements, même nourriture, même instruction, mêmes
soins »
→ des contenus qui servent le projet politique révolutionnaire :
- « pour les cours des écoles primaires : apprendre à lire, écrire, compter, mesurer, recevoir des principes de morale, une
connaissance sommaire de la Constitution, des notions d'économie domestique et rurale, développer le don de la mémoire
en y gravant les plus beaux récits de l'histoire des Peuples libres et de la Révolution française. »

3. Textes et pères fondateurs d’une approche scientifique et technique en éducation.


→ 3.1 L’expérience de Pestalozzie (1746-1827), relayé par Marc-Antoine Julien de Paris.

« Apprendre avec la tête avec le cœur et avec les mains ». Son but est de former un homme total, capable de raisonner,
d’agir de façon pratique et pragmatique. À la fin de sa vie il connaît une reconnaissance du à un établissement qu’il a
fondé.
- Le rythme scolaire était intense mais aucune leçon ne durait plus d’une heure car il avait repéré que l’attention ne
durait jamais. Il y avait une diversité pédagogique, avec des activités variées. De plus il fait travailler les enfants par
groupe : écriture, lecture, faire des exposés, des promenades pédagogique
→ innovation pédagogique. Il imposait aussi des stages chez les artisans afin d’expérimenter la « vrai vie ».

- De plus il innove le travail de groupe des maîtres qui effectués des conseils par groupe pédagogique, afin de discuter des
élèves. De plus il n’y a ni punition, ni sanction. Il dégage aussi les lois pédagogique qu’il a déduites de son observation
des enfants.

→ À travers ces principes, il veut développer des enfants autonomes, raisonnés, sensibles, capables de réflexion seuls.

- Celui qui a relayé les écrits de Pestalozzie en France est Marc-Antoine Julien, il fut le 1 er à faire une enquête sur les
méthodes éducatives et il a conduit des observations en classe, fait des sondages, des réunions avec les maîtres et observé
des phénomènes récurrents en classe.

→ 3. 2 Alexander Bain (1818-1903) : « education as a science ».

- Traduit par Gabriel Compayré : La science de l'éducation, Paris, Germer Baillière, coll. « Bibliothèque
scientifique internationales », 1879. C’est un livre de méthodologie de l'enseignement (bases psychologiques, méthodes,
plans d'études). Pour lui cette science se limite à l'étude scientifique de l'art d'enseigner.

Conclusion : Les XVII et XIXème siècle sont parcourus par une réflexion dense sur les méthodes d’éducation et leur
approche relationnelle, en rapport avec les mouvements politiques d’émancipation citoyenne (révolutions) face au régime
de pouvoirs absolue. Cela va conduire à la 3ème république…

Cours 3

Objectifs :
- acquérir des repères socio-historiques sur la genèse d’une approche scientifique de l’éducation, dans le contexte
d’émergence d’une France républicaine.
Problématique :
- En quoi une conception scientifique de l’éducation devient un enjeu politique et sociale de l’avènement des sciences de
la 3ème république.
1) Introduction :
- Éducation : perpétuation d’une société. L’école est un organe pour la société Française.
- École : forme institutionnelle.
- Fonction éducative (transmission d’une culture distante de la culture quotidienne, ex : le langage utilisé en
famille ≠ de celui de l’école)
- Fonction socialisatrice (les leçons de morale étaient très fondatrices, elles avaient pour but de former les futurs
citoyens)
- Fonction distributive (l’école, en attribuant des titres et des diplômes va répondre à la distribution du travail, et à
des distributions sociales)
2. L’éducation au cœur du projet républicain.

→ 2. 1 Quelques rappels sur l’avènement de la 3ème République.

- La République s’installe dans des conditions relativement difficiles avec notamment l’envahissement de la Chambre des
députés le 4 Septembre 1870. Thiers s’efforce de conforter la république. Le 13 novembre 1872 il déclare à l’assemblée :
« la République existe, elle est le gouvernement légal du pays, vouloir autre chose serait une nouvelle révolution et la plus
redoutable de tous ».
- A partir de 1879, la République s’affirme et ses institutions sont appelées à êtres durables : liberté d’opinion,
citoyenneté, élections. L’école sera le plus solide des piliers de la République car ça va émanciper les jeunes citoyens et ça
va cimenter la nation autour des 3 notions : liberté, égalité, fraternité.

→ 2.2 L’organisation de l’École de la République.

- Civiliser et construire une conscience nationale : les 3 quarts des enfants sont scolarisés dans des écoles publiques. Le
quart restant des enfants subissent des travailles précaires, ils inquiètent les républicains et se distinguent par leur
analphabétisme, ils sont souvent maltraités et échappent à toute morale. Ils peuvent dévier de la bonne trajectoire, voler,
devenir des délinquants…
- Unifier une école existante qui sépare les publics scolaire. Deux réseaux scolaires parallèles qui ne scolarisent pas les
mêmes populations.
- Instruire pour libérer les enfants et les citoyens de l’emprise religieuse.
→ La consolidation de la 3ème République repose sur l’école publique.
- Jules Ferry (1832-1883) : père fondateur de l’école publique.
- les républicains veulent laïciser l’école et former les citoyens de toute les classes sociales sur les mêmes bancs.

- Former les instituteurs laïcs (loi du 9 aout 1879 sur l’établissement des écoles normales primaires).
- loi du 16 juin 1881 établissant la gratuité absolue de l’enseignement primaire dans les écoles.
- loi du 28 mars 1882 sur l’enseignement primaire obligatoire public
- loi du 30 octobre 1886 sur l’organisation de l’enseignement primaire ordonne la laïcisation progressive du personnel des
écoles publiques.

- principe d’égalité entre tous les enfants = nouvelle idée. Il faut apprendre à tous les enfants à lire, écrire et compter +
leur donner une morale commune à tous → c’est le minimum vital culturel. MAIS la république n’a pas renversé le
clivage entre les écoles du peuple et celles de la bourgeoisie. Il reste donc 2 enseignements avec les écoles du peuple et la
filière des lycée (où il est enseigné plus de choses, destiné à une élite : le latin, les maths, la rhétorique. Pour eux on parle
de dons). Il y a donc encore une étanchéité qui perdure entre deux système d’enseignement.
- Il persiste encore l’idéologie du don qui est très ancré avec un principe méritocratique : possibilité de promotion sociale
(concours des bourses pour accéder aux Lycées.)

→ 2.3 Un état qui s’attelle au contrôle social des familles.

- à la fin du XIXè siècle, apparaît le modèle de famille relationnelle, centré sur la personne (on choisit son conjoint, centré
sur l’intimité, l’individualisme). L’enfant en prend ainsi de la valeur et devient un individu.
- il y a un contrôle de l’état qui veut renforcer l’unité républicaine en augmentant son rôle dans la socialisation de
l’enfant. Le rôle de la famille décroît et le rôle de l’État augmente.
- il y a une affirmation du capitale scolaire comme valeur, il s’agit là des titres et des diplômes. l’école devient un support
de la famille contemporaine, les familles commencent à contrôler l’éducation des enfants, économiser, se préoccuper du
développement de leur enfant : on observe progressivement un travail pédagogique-parental. l’éducation devient
importante pour les famille (plus souvent bourgeoise) et la politique.

3. La science de l’éducation, une discipline pour la République.

- En 1883, à la Sorbonne il y a une conférence pratique de science de l’éducation destiné aux « élèves maîtres ». Au
tournant du XXème on considère que sur toute les universités il y en a 15 qui disposent de ces conférences sur la science de
l’éducation. Les instituteurs n’étaient pas convaincus de l’utilité de ces cours sur l’éducation.
- cette volonté politique d’élever le niveau de formation des maîtres va grandir. Entre réticence et engouement jusqu’en
1914. Ces conférences n’auront pas beaucoup de succès.
- Néanmoins il y a un personnage qui va créer un 1er outil de formation : Ferdinand Buisson.

4. Un père et un texte fondateur : Ferdinand Buisson et son dictionnaire de pédagogie.

- Élève qui quitte l’école très jeune pourtant bon élève, pour subvenir aux besoins de lui et sa mère il donne des cours, car
son père est mort et il devient orphelin à 18 ans. Il est un homme polyvalent qui reçoit de nombreux diplômes (philo,
sociologie, lettres, sciences). Il a des convictions républicaines.
- il a un engagement éducatif « innovant » : il décide de rassembler les enfants orphelins errants dans un orphelinat avec
l’aide de sa mère et de Paul Robin et leur propose un enseignement très complet : 1/3 du temps de l’éducation physique,
1/3 du temps de l’esprit et l’autre tiers, de la solidarité.
- il est inspecteur général de l’instruction publique. Il défend la liberté d’enseignement, la liberté pédagogique : liberté
dans la manière d’enseigner en respectant le programme.
- il propage l’idéal laïque, républicaine avec de grands principes. Pour lui il importe de les éduquer et d’en faire de bons
citoyens qui se contrôler etc. Pour lui il ne suffit pas d’enseigner seulement à lire, écrire et compter. Il faut aussi étudier la
morale, le travail manuel, et le raisonnement. Dictionnaire de Pédagogie d’instruction primaire.

→ L’instituteur trouvera dans ce nouveau Dictionnaire ce dont il peut avoir besoin à propos de son « métier » dans le
présente et dans l’avenir :
- (1°) Soit qu’il désire améliorer son enseignement en étudiant les idées des maîtres de la pédagogie, des principaux
écrivains, savants ou professeurs anciens ou modernes, français ou étranges, qui ont le mieux contribué à l’éducation du
caractère et de la volonté aussi bien à la culture générale de l’intelligence, ou à l’enseignement particulier du français, de
l’histoire, de la géographie, des sciences. Il dit que l’on peut modifier les manières de faire apprendre les programmes,
pour faire mieux apprendre, transmettre d’une meilleure manière.
→ dimension didactique
- (2°) Soit qu’il cherche à se faire à se faire une opinion raisonnée sur les grandes questions pédagogiques intéressant
l'école, actuellement à l'ordre du jour, et sur lesquelles il doit être documenté s'il veut pouvoir en discuter utilement avec
ses pairs ou suivre avec profit les conférences et les congrès auxquels il est fréquemment appelé à prendre part.
→ dimension éthique, innovation / lien à la recherche
- (3°) Soit qu'il veuille prendre conscience de lui-même, de son rôle, de ses devoirs, de ses droits, par la comparaison
entre sa situation actuelle et celle de ses prédécesseurs ou de ses collègues de l'étranger.
→ constitution d’un corps professionnel.
- (4°) Soit qu'il s'efforce d'entrevoir quel pourra être dans un avenir prochain l'avenir de l'enseignement primaire en
France et son propre avenir.
→ dimension politique.

Conclusion :
Il y a une confusion entre sciences de l’éducation et pédagogie. C’était une discipline dominée tiraillé par les 2 systèmes
scolaires en parallèles (écoles et lycées). Avec une filière dominée par une élite. c’était une discipline méprisée car les
professeurs n’étaient pas obligés d’avoir un concours tandis que les professeurs du lycée étaient des élites avec des
diplômes et qui parlaient le latin… De plus il a une suspicion qui perdure, les professeurs des écoles sont sous estimés,
par rapport à ceux des collèges et lycée. Maintenant il y a un seul corps professionnel avec les mêmes importances.

Cours 4

Objectif : acquérir des repères et comprendre des exemples emblématiques de la rationalisation scientifique de l’objet
« éducation » au tournant du XXe siècle.

Problématique : Comment ces diverses sciences humaines ont-elles contribué à étudier empiriquement l’éducation, dans
le contexte d’émergence du système éducatif contemporain ?

Introduction : période de la vague positiviste. Avec Auguste Compte (1798-1857) philosophie positive, positivisme. Basé
sur des expériences qui sont la base de tout pour affirmer une vérité. Pour lui le positivisme repose sur 3 états :
* l’état théologique (mythe)
* l’état métaphysique (croyance : jamais deux sans trois)
* le positivisme : on ne s’attache pas au pourquoi des choses mais au comment, c’est-à-dire quels sont les lois
scientifiques qui gouvernent les phénomènes.

→ l’expérience est le seul moyen de vérifier ses connaissances et d’affirmer une vérité.

- lois scientifiques issues de preuves empiriques, données ou connaissances acquises par l’observation et
l’expérimentation. Les sciences fondamentales suivent ce principe (ex : les expériences de Pasteur en 1860 contre la
théorie de la génération spontanée, pour prouver l’existence des micro-organismes).
- les sciences humaines développent aussi les méthodologies empiriques pour construire la connaissance et administrer les
preuves. Avec certaines dérives : test de sir Galton (1822-1911), ami de Darwin persuadé par ses expériences de la
supériorité de l’aristocratie anglaise → eugénisme (science de l’amélioration des lignées humaines qui a inspiré les nazis).

→ Un exemple emblématique en Sciences humaines et sociales : Emile Durkheim (1858-1917), fondateur de l’école de
sociologie en France.
- traiter les faits sociaux comme des choses qui obéissent à des lois scientifiques.
- l’exemple du suicide (Le Suicide, publié en 1897).
- administrer la preuve par une étude statistique.
- répertorier les causes des suicides, les organiser pour présenter une typologie des suicides (être en famille, avec une
attache religieuse sont des causes qui éloignent du suicide tandis que être seul… entraîne au suicide)
→ Il va expliquer un phénomène complexe par un double mécanisme social (loi scientifique) : la combinatoire entre
intégration (en famille ou durant la guerre car les personnes sont unies pour une cause, elles se suicident moins) ou
régulation (règles imposées par la société, certains se suicident pour échapper aux règles trop stricte mais trop de laxisme
pousse au suicide aussi par manque de cadre).
→ 3 exemples de sciences humaines appliquées à l’éducation.

1. La naissance de la psychométrie et ses effets sur le système éducatif.

→ 1.1 Apparition des « inadaptations scolaires ».


- École obligatoire en 1882 → tous les enfants vont à l’école : hétérogénéité (diversité sociale, culturelle et faculté
d’apprentissage) et on observe des inadaptations scolaires.
- révélation d’enfants inadaptés à l’école qui sont caractérisés « d’instables » ou « arriérés ».
→ « Un grand nombre d’entre eux sont atteints de débilité mentale, sans être complètement inintelligents, ils ne sont pas
suffisamment doués pour bénéficier d’un travail commun avec les normaux. Beaucoup de ces enfants sont des instables :
ils ont le caractère irritable, le corps toujours en mouvement, ils sont réfractaires à la discipline ordinaire. Ils deviennent
une cause incessante de troubles et d’ennuis pour le maître et pour leurs camarades, » (extrait de Binet A et Simon Th,
1907, Les enfants anormaux. p.8)
- un objectif d’approche rationnelle de ce phénomène : mesurer l’intelligence ou la non intelligence.

→ 1.2 Un test de mesure de l’intelligence.

- Alfred Binet, 1903, Étude expérimentale de l’intelligence à partir de l’observation de ses deux filles. Il veut montrer que
à tout âge, il y a des capacités de développement.
- Il élabore donc des épreuves administrées aux enfants de différents âges.
- Épreuves hiérarchisées selon l’âge à partir duquel l’épreuve est réussie par une majorité d’enfants.
- Son objectif est de caractériser le niveau de développement atteint par un enfant : notion d’âge mental selon les épreuves
réussies (a telle âge tu es capable d’effectuer telle chose, tel exercice).

→ quelques exemples d’épreuves par le test Binet-Simon : épreuves verbales ou motrices pour les enfants de 3 à 12
ans :
- 3 ans : montrer son nez, œil, bouche
- 6 ans : distinguer matin et soir ; recopier un losange
- 8 ans : donner la date du jour ; énumérer les mois ; comparer deux objets de souvenir
- 10 ans : copier un dessin de mémoire
- 12 ans : dire plus de 60 mots en 3 minutes ; comprendre une phrase désarticulée

→ 1.3 Face à l’obligation scolaire, repérer les « anormaux d’école ».

- détecter l’inintelligence, orienter vers des classes spécialisées sur la base de « preuves scientifiques » → classes de
perfectionnement crées en 1909 (ségrégation).
- création d’une échelle métrique d’intelligence pour catégoriser les élèves. Formule : quotient intellectuelle = âge
mental / âge biologique) x 100.
* Si QI supérieur ou égal à 100 = intelligence normale et scolarisation en classe ordinaire.
* Si QI compris entre 70 et 100 = débilité légère et scolarisation en classe de perfectionnement (les éducables).
* Si QI compris entre 50 et 69 = débilité moyenne et relégation en asile ou hospice (les inéducables).
* Si QI inférieur à 50 = imbécillité totale.
- raisonnement assujetti à la rentabilité sociale.

→ 1.4 Discussion.

- Conception discriminatoire de l’humain.


- Ségrégation scolaire avec des voies « spécialisées » (aujourd’hui on tend vers l’école inclusive).
- Rationalité scientifique discutable.
- Arguments remettant en cause le test : des « savants » classés imbéciles ; aucune prise en compte de l’origine sociale (et
des connaissances issues du mode de socialisation familiale) des élèves.

2. Une approche scientifique de l’évaluation.


→ 2.1 Qu’est-ce que évaluer ?

L’évaluation est une pratique ancienne et universelle de répartition des individus.


- En 1366 esvaluer = « déterminer la valeur, le prix de quelque chose ».
- Évaluer s’est substitué à avaluer (donner son aval, son accord ; pour entrer dans une filière sélective, exercer un métier
ou non…)
- selon Michel Foucault (Histoire de la folie) : nécessité de rendre les individus dociles et utiles à la société.
- outil qui entérine la hiérarchisation sociale.
- ceux qui ont franchi les étapes sont garants de la stabilité du système.

→ 2.2 Une observation scientifique des évaluations scolaires.

- Début XXe siècle : structuration d’une évaluation par « examens ».


→ 1922 : les psychologues Henri Piéron et Henri Laugier souhaitent appliquer la méthode empirique issue du positivisme
(expérimentation / observation) à :
- Une réflexion sur les processus d’apprentissage et sur les évaluations traditionnelles (étude auprès de 117 élèves de
12 ans et 6 mois)
- Une analyse critique des examens, leur forme (présentée ci-après).

Bilan : - variabilité des appréciations des mêmes examinateurs sur une même copies à des moments différents.
- variabilité des appréciations de différents examinateurs notant des mêmes copies au même moment.
→ facteur très subjectif dans l’évaluation. C’est la naissance de la docimologie.

MAIS la docimologie révèle trois problèmes majeurs :


* la fidélité : constance de la mesure, une évaluation fidèle aboutit au même résultat, quel que soit le nombre de
passations et quel que soit le correcteur. Ex : QCM/dissertation.
* la validité : correspond entre ce que l’épreuve veut me mesurer et ce qui est effectivement mesuré. Représentation
exacte de la position de l’individu par rapport à la caractéristique. Ex : tenir compte de l’orthographe quand on évalue la
capacité à rédiger.
* la sensibilité : capacité de l’outil à distinguer les différentes performances de manière fine et discriminatoire. Ex :
acquis / non acquis / % de réussite à une série de tests sur un même objectif.

3. La naissance de la Sociologie de l’éducation.


→ 3.1 L’approche d’Emile Durkheim (1858-1917), école française de Sociologie.

- les faits sociaux sont des « choses » soumises aux lois des structures sociales.
- « L'éducation est l'action exercée par les générations adultes sur celles qui ne sont pas encore mûres pour la vie sociale.
Elle a pour objet de susciter et de développer chez l'enfant un certain nombre d'états physiques intellectuels et mentaux
que réclament de lui et la société politique dans son ensemble et le milieu social auquel il est particulièrement destiné. »
- « D'une manière générale, le processus éducatif a pour fonction, non seulement d'assurer le développement de l'individu,
d'en faire un être social, mais plus essentiellement d'assurer la survie d'une société, la pérennité de ses “conditions
d'existence”. » Éducation et Sociologie, 1922

→ 3.2 Sa démarche scientifique.

- (1) Étude socio-historique de l’enseignement.


* l’école unifie (valeurs, pensées) et divise (sélection)
- (2) Concept de socialisation → transformer un être asocial en un être social en lui inculquant des lois (positivisme).
* l’école est devenue l’agent socialisateur principal
- (3) Socialiser dans l’école républicaine par la morale → l’école républicaine va mettre en place de plus en plus des
leçons de morales républicaines.
* esprit de discipline
* attachement au groupe
* l’autonomie de la volonté (donner aux enfants leur propre contrôle sur leur attitude, régularité)

Conclusion :
- Approche scientifique naissantes au moment où l’école républicaine se structure.
Trois exemples :
- psychologie cognitive de « mesure de l’intelligence » : pour légitimer scientifiquement l’orientation des élèves
anormaux en classe spécialisées.
- psychologie sociale expérimentale : étude critique des évaluations scolaires (docimologie) ; rationaliser les critères

Cours 5

Objectif : Établir des liens entre le développement des recherches en éducation dans la première moitié du XX ème siècle et
leurs applications.
Problématique : Comment les approches scientifiques sur le fait éducatif ont-elles progressivement influencées les
pratiques des professionnels de l’éducation ?
Introduction : - première chaires en éducation (1893-1896-1920) à la Sorbonne, avec la nomination de Henri Marion,
Premier professeur en sciences de l’éducation. Puis Ferdinand Buisson avec son dico de pédagogie. Et enfin Émile
Durkheim.
- contenue des cours : idéologie d’une morale laïque, formation du citoyen.

1. La science de l’éducation selon Durkheim : une théorie pratique.


→ Une approche de la pédagogie comme  :
- éducation intellectuelle : formation de l’esprit
- éducation morale : formation de la volonté
- éducation esthétique : formation de goût, de la sensibilité
- éducation politique : formation du citoyen

* le maître devait être un transmetteur de savoir, il devait enseigner l’homme, il devait porter une éducation civique et
morale (langage, histoire etc...)

→ Une «  théorie pratique  »  :


- art du bon pédagogue.
- réflexion sur l’action éducative.
- systématisation de cette réflexion en doctrine (Ex : la pédagogie Montessori ou Frenet)
- il y a donc des sciences de l’éducation dans la pédagogie.

→ Les sciences appliquées à l’éducation s’immiscent dans la pédagogie   :


- exemple de l’effet Pygmalion, c’est la prophétie auto-créatrice ou l’effet d’attente. Il consiste en attendre l’effet d’une
personne ce qu’on nous à dit qu’elle était. Ex : « Tu as Louis ? Tu vas voir ! » le prof, nourrit de cette information donnée
ne sera pas naturel avec l’enfant. C’est aussi l’effet de prophétie auto-créatrice.
- pour Durkheim, emprise de la Sociologie : la chaire devient en 1907 « Sociologie et sciences de l’éducation ».

→ L’éducation comme science si  :


- faits observés
- faits présentant une certaine homogénéité
- ne pas se préoccuper de la manière dont les découvertes vont être utilisées et si elles le seront.

2. Une éducation nouvelle.

- Au cours et à la fin de la 1er guerre mondiale, disparition de la chaîne universitaire de « science de l’éducation ».
- Donc après 1918 remise en question de l’enseignement de la morale républicaine (si c’est pour envoyer les jeunes
citoyens au front)
- Développement de la psychologie de l’enfant
- Organisation de mouvements de pédagogie alternatifs qui s’inspirent toujours de courants politiques comme
l’universalisme ou le socialisme. Ces mouvements cherchent à rompre avec les classes sociales.

3. L’enfant : un être en développement, aux besoins spécifiques.

→ Jean Piaget (1896-1980) il va faire des observations empirique et va développer un modèle de développement de
l’enfant en stades. Lorsque l’enfant connaît une perturbation de son milieu, un objet qu’il ne voit plus, pour lui il a
disparu ; il veut attraper un objet qui est trop loin pour lui ; il veut s’habiller mais n’y parvient pas→ c’est une situation de
problème !
- perturbation → assimilation → accommodation (solution pour résoudre le problème) → ré-équilibrage des structures
cognitives. Ex : pour résoudre le problème de l’objet hors de porté : l’enfant prend un bâton.
→ Pour Piaget, pour que l’enfant se construise il doit se trouver dans un environnement à problème afin de stimuler son
développement. Il doit agir pour se construire. Ex : expérimentation par l’enfant de la conservation de la matière (vers 5
ans) avec de la patte à modeler (qu’on l’aplatisse ou qu’on la mette en boule, la matière reste la même et la quantité
aussi).

→ Edouard Claparède (1873-1950) à Genève il fonde en 1912 l’École de psychologie et des sciences de l’éducation
dénommé « institue Jean-Jaques Rousseau ». Une éducation fonctionnelle doit être mise en place et s’attacher aux intérêts
de l’enfant en particulier au jeu, car l’enfant se tourne alors vers ce qu’il aime. Apprentissage par le jeu.
- Le tâtonnement est source de conduites intelligentes : mettre en situation d’essais-erreurs. Ex : le tâtonnement
scientifique dans un club de science.

→ Henri Wallon (1879-1962) le biologique (maturation neurologique et cérébrale) est important et il ne peut se
développer sans l’environnement social, affectif, technique et matériel de l’enfant. (un enfant sans un cadre affectif et
matériel à un retard par rapport aux autres).
- L’éducation doit donc offrir un terrain riche et stimulant (langage, activités, affection, contact avec les objets).
- Les crises et les conflits comme favorables au développement. Ex : le « conflit » de la règle du jeu et du jeu collectif.

→ John Dewey (1859-1952) fondateur et directeur de l’école-laboratoire de l’université de Chicago. L’école est une
expérience collective en lien avec la vie ordinaire : lieu de débat.
- L’expérience naît conjointement de l’action, du vécu de l’action et de la réflexion sur l’action vécue → elle devient
apprentissage pour réinventer des solutions faces aux expériences futures. Pour lui il faut retravailler les expériences par
des discutions, des traces écrites afin qu’elles soient comprises et apprise, transformée en un savoir.

4. Une « révolution pédagogique » au XXème siècle.


→ A) généralités.
- libellés : une éducation nouvelle, école nouvelle, école collective.
- 1922 : Groupe Français d’Éducation Nouvelle
- ces formes pédagogiques tiennent compte des rythmes de développement de l’enfant et de l’épanouissement de sa
personnalité.
- ces concepts découlent des observations scientifiques, psychologiques et sociologiques de l’époque et de la
connaissance de plus en plus approfondie des enfants, notamment des psychologues Piaget et Wallon mais aussi du
sociologue Durkheim.
- Elles s’appuient sur le principe d’expérience à l’origine des apprentissages, développé par le philosophe Dewey.

→ B) Principes communs.
- prendre en compte et développer chaque personnalité enfantine dans sa globalité (intelligence, affectivité, activité).
- apprendre la vie sociale, professionnelle et civique dans la communauté de vie qu’est la classe (susciter la coopération
plutôt que la compétition).
- refus de l’école assise ou l’enfant est un réceptacle → pédagogie centrée sur l’activité et les centres d’intérêt de l’enfant
(expériences, idéal naturel, découvertes → exposés).
- parité maître / élève.
→ Observer / Associer / Exprimer.

Une connaissance ne peut


Travail des sens Comparer, classer catégoriser vraiment âtres saisis que si elle
est exprimée par une formule
personnelle.
1. Maria Montessori (1870-1952) Médecin et pédagogue Italienne.

→ Postulat de base : Le devoir du maître est d’aider et non de juger : il devient un médiateur et non plus un transmetteur.
- l’enfant a des ressources sous-jacentes et sait quand il a besoin d’apprendre
- sa devise « aide moi à faire tout seul ».
→ Principe : les idées sont issues des sensations : il faut donc fournir à l’enfant un matériel sensoriel (jeux) grâces auquel
l’enfant emmagasine une expérience et vocabulaire. Ex : livres sensoriels.
- principe de libre choix : l’enfant finira toujours par préférer une activité utile à son développement qu’un jeu simple et
amusant.
→ Pédagogie : l’environnement doit être préparé pour l’enfant : centre de ses décisions et son apprentissage.
- adaptation du mobilier et outils à la taille des enfants.
- organisation de la classe en « coins » dédiés à des activités précises.
- présence d’un matériel adapté à la progression de chaque enfant avec lequel il peut, tout en jouant, effectuer des
acquisitions fondamentales.
- abolition des récompenses et punitions.
→ Accent mis sur le développement sensoriel :
- stimulation de tous les sens dès le plus jeune âge avec des activités ciblées.
- utilisation des puzzles de mettre et de syllabes pour accéder à l’écriture.
→ Moyens pédagogique proposés : travail individualisé, libre choix :
- l’activité individuelle : insistance sur l’apprentissage de la concentration lors de moments spécifiques → favoriser
l’attention de l’enfant dans toute activité.
- Liberté laissée aux enfants de choisir des activités parmi des propositions.
- Ensuite viennent l’abstraction et le travail en commun.

2. Célestin Freinet (1896-1966) il ne pouvait quasiment plus parlé après guerre car il avait était gazé comment donc
utilisé son autorité ? Il est donc confronté à l’exercice d’une forme d’autorité non-conventionnelle.

→ Postulat de base :
- la classe est une société, c’est lui qui a développé l’imprimerie et la correspondance scolaire
- si les enfants s’ennuient à l’école, c’est parce qu’on ne les fait pas assez travailler : le maître travaille pendant que les
élèves écoutent. Il faut donc donner des tâches qui ont du sens pour aboutir à l’investissement de l’élève.
→ Principe :
- le maître n’exerce pas une autorité, n’assure pas l’obéissance, il assure une prise en charge coopérative : il est celui qui
aide le groupe à s’organiser.
- Toutes les techniques actives en découlent.
- Exposés, expérimentations et recherches documentaires, correspondance, imprimerie…
→ Pédagogie :
- prôner une méthode naturelle
- il n’y a pas de notes seulement des contrats de travail et des chef-d’œuvre.
- Respect des processus naturels : apprendre à lire, écrire, raisonner ‘par un bain stimulant’ et par tâtonnements comme on
apprend à parler.
- Primauté de l’expression libre : à sa manière et à son rythme, l’enfant s’exprime sur les sujets de son choix, par les
moyens qu’il choisit.
- L’échange stimulant : communication intra-classe mais aussi externe (journal de classe, correspondance scolaire)
- Expérimentation : analyse du milieu, recherche, recours documentaire, autocorrection.
- Respect et épanouissement de chaque personnalité : suivi individualisé, pas de notes mais respect de contrats de travail.
Des brevets ou «chefs d’œuvre » concrétisent le travail accompli.

Conclusion :
- influence des sciences traitants de faits éducatifs.
- initiatives personnels ou collectives pour « faire autrement la classe » à partir des connaissances issues des sciences du
XXème siècle.
- Les travaux qui en sont issus alimentent le corpus scientifique en éducation.

Cours 6

Objectifs : Comprendre comment les recherches et les disciplines scientifiques se sont structurées vers la fondation des
sciences de l’éducation, autour des grandes questions éducatives contemporaines.
Problématique : En quoi les recherches en éducation ont-elles contribué à comprendre et à répondre aux grands enjeux
éducatifs de la période post 1945 des « trente glorieuses » : réformer le système éducatif, comprendre et réduire les
inégalités des parcours ; rationaliser la formation et l’orientation professionnelles ?
Introduction : rappel : - influence des recherches empiriques, des sciences des faits éducatifs, faire la classe autrement.
- initiatives personnelles ou collectives pour « faire actuellement classe » prises au cours du XXè siècle
- les travaux qui en sont issus alimentent le corpus scientifique en éducation. Elles ont influencé le périscolaire,
l’orientation politique des établissements…

1) les recherches du début du XXè siècle influencent le péri-scolaire et les pratiques de classe.

- L’OCCE : office central de la coopération à l’école (années 1930) : idéal pédagogique coopératif – bien commun.
- Les CEMEA : centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active, des 1936 : activités de découvertes du milieu
→ secteur péri-scolaire et pratiques de classe. Création d’expérience, de projets, par le biais de l’activité : créer de la
connaissance.
- Le CRAP : centre de recherche et d’action pédagogique : recherche pédagogique par les acteurs de terrain, travail
d’équipe, diffusion (le cahiers pédagogiques) dès 1952. → ils sont à l’initiative d’une réflexion sociale. L’objet est de
faire évoluer les pratiques et faire émerger des questionnements sur la manière d’agir (au niveau politique également).

2) Le poids de la sociologie de l’éducation : dévoiler les mécanismes inégalitaires


du système éducatif.
Le système éducatif était très régulier jusqu’en 1950 car il séparait les publics.

2.1 Les mutations du système éducatif.

Après le baby boom, mais également la mise en avant de la technologie et de plus en plus de main d’oeuvre. De plus il
fallait reconstruire le pays après 1945 et il y avait une forme demande dans les techniciens…
En parallèle il y avait une forte demande dans le social avec une demande d’enseignement. Tout allait bien, les parents
demandaient donc un bon avenir pour les enfants. On voit donc apparaître l’école obligatoire non plus jusqu’à 14 ans
mais jusqu’à 16 ans.
- rénovation du système scolaire : maternelle, collèges, filières professionnels, BEP… idéal de la formation également
durant ces 30 glorieuses.
- tout allait bien jusqu’à la crise économique de 1973 : brouillage des fonction socialisatrice, distributive et éducative de
l’école

→ 2.2 Problématique de l’inégalité des chances – Sociologie de l’école  : explication des écarts sociaux de réussite.
Il faut distinguer la démocratisation (réduction des écarts sociaux de réussite) du système scolaire de la démographisation
→De très forte amplitude entre 1960 et 1970, plus atténué entre 1970 et 1980, le mouvement de démographisation
scolaire a repris sa progression entre 1980 et 1995, notamment au niveau du second cycle de l'enseignement secondaire et
au niveau des enseignements post-baccalauréat. Et il se poursuit aujourd'hui.
- système inégalitaire
- enquête longitudinale 1962-1972, par Augustin Girard et Henri Bastide. Ils ont regardé les données d’affectation scolaire
d’élèves rentrés en 1962 en CM2, ils les ont suivis pendant 10 ans et ont confirmé les systèmes inégalitaires.
- Statistique qui prouvent l’inégalité des parcours et la faillite de l’idéal républicain. +++

→ 2.3 Pierre Bourdieux et Jean-Claude Passeron : 1964 « les héritiers ».

- analyse des origines sociales des étudiants : ceux qui héritent deviennent ceux qui méritent. L’école et l’université
« naturalisent » le social. Ils disent que l’école favorisent les classes bourgeoise. Au déclin des classes pauvres. C’est un
modèle d’inspiration marxiste.

- Principe de Reproduction sociale : l’école perpétue les rapports sociaux de domination. Comme si bien apprendre et
mieux apprendre est plus naturels chez certains… L’école va apporter sa caution à la reproduction sociale et il y a des
contenus dominant de classes dominantes, et va diffuser cette culture, les profs deviennent des agents.

- Capitaux : culturel, économique, social, symbolique.


• Culturel : connaissance, fait d’avoir une bibliothèque etc...
• Économique : c’est l’argent, le patrimoine.
• Social : les relations, les connaissances…
• Symbolique : fait que son nom, sa lignée son parcours soit liée à un prestige.
Ces capitaux sont détenus pas les classes supérieures.

- L’Habitus : disposition à agir, à penser, percevoir et sentir, issues d’une incorporation des expériences passées
(socialisation, lien au milieu d’origine). « le cors est dans le monde social et le monde social est dans le corps »
Ex : en France 98 % des femmes cadres ont épousé des cadres.

- La Violence symbolique : l’école impose des contenus conforme aux intérêts de ce groupe dominant, avec une
« indifférence aux différence » en faisant comme si les enfants venaient tous du même milieu. (En employant des termes
spécifiques par ex).

→ 2.3 Christiant Boudelot et Roger Establet : 1971 « l’école capitaliste en France ».

- l’école est un appareil idéologique qui répartit les individus dons les différentes positions que prévoit la division social
du travail.
- l’école divise (intellectuel/manuel ; valides/handicapés…) elle créer des filières.
- le parcours scolaires génèrent des inégalités inexistantes au départ.

→ 2.4 Basil Bernstein : « langage et classes sociales » 1975.

Le langage est la face émergée de l’iceberg pour dire d’où la personne vient.
- la sociolinguistique (Partie de la linguistique qui traite des relations entre langage, culture et société).
- code élaboré / code restreint : c’est un personne qui utilise des phrases courtes et brèves ou il y a des propositions dans
subordonnées. Avec très peu d’adjectifs et d’adverbes. Avec des mots nouveaux sans trop de sens.
- Cela à un effets sur les apprentissages scolaires et les contenus dominants.

3. Comment documenter « l’inégalité en train de se faire » ?

- Les Ethnométhodologie : observation minutieuse des situations d’interaction (courant interactionniste). Tout à du sens
des les interactions. Ils relèvent du courant interactionniste.
- Sens donné par les acteurs aux interactions dans un contexte donné.
→ sollicitation différentielles en classe. En maths les garçons sont plus interrogés / les filles plus en langues.
→ conseil biaisé en orientation : travaux de Cicourel et al. (États-unis) 1963 « the coseillor as gatekeeper » c’est à dire
faire des différence quant à l’apparence de l’élève ou son prénom.
- Méthodologie formalisée par par Alain Coulon (1985).

Conclusion :
- approche scientifique qui observent les parcours éducatifs et les trajectoires sociales.
- notamment :
* la didactique professionnelle : l’analyse du travail pour penser les formations → AFPA (association pour la formation
professionnel des adultes). Revue éducation permanente : revue travail et apprentissage.
* la psychologie de l’orientation : étude et accompagnement des transitions scolaire et professionnelles → INETOP
(institut national d’étude sur le travail et l’orientation professionnelle). Revue l’orientation scolaire et professionnelle.
* La démographie scolaire : population scolaire, flux → politiques publiques → DEP (division de l’évaluation et de la
prospective), Publication : notes de la DEP.

Présentation du devoir : 3 questions qui couvrent les cours de Mme Jacques et Mme Sompayrac
- chaque dossier sera réalisé à deux.

Question :
1) choisissez un point de cours qui vous à particulièrement marqué.
- proposez 5 mots clés qui s’y rattachent.
- produisez un court paragraphe (20 lignes max) qui utilise ces 5 mots clefs pour synthétiser ce point de vue.
• pertinence des mots clés /2
• qualité de la synthèse (idées, fidélité au cours, compréhension) /4
• qualité rédactionnelle (orthographe, syntaxe, mise en forme) / 1

2) sélectionnez un perso ou un auteur qui a contribué à la structuration des sciences de l’éducation.


- rédigez un synthèse en 20 lignes qui met en évidence en quoi ses apports ont été fondamentaux pour la discipline.
• fidélité au cours /2
• argumentaire sur l’importance des apports /2
• qualité rédactionnelle (orthographe, syntaxe, mise en forme) /1

3) représentez une frise chronologiques qui restitue comment les sciences de l’éducation se sont constituées depuis 1792.
- Avec outils graphiques, textuels et iconographiques de votre choix.
• choix des informations restituées /3
• organisation des informations / cohérence /3
• lisibilité et dimension esthétique /1

Respect des consignes sur 1.

Conseils : aidez vous des docs en ligne du cours, tout peut être utile. Déposer le fichier numérique sur ENT en
format PDF, avec le NOM 1 – NOM 2 + initiale.

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