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Les flops
technologiques
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Copyright © 2011 FYP éditions.

Collection Innovation
Édition : Florence Devesa, Adeline Pécout
Correction : Séverine David
Photogravure : IGS

Cet ouvrage a reçu le soutien du conseil régional du Limousin et du ministère


de la Culture et de la Communication, DRAC du Limousin.

© 2011, FYP éditions (France)


contact@fypeditions.com
Tél. : 05 55 33 27 23
www.fypeditions.com

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ISBN : 978-2-916571-57-7
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Nicolas Nova

Les flops
technologiques
Comprendre les échecs pour innover

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Biographie

Nicolas Nova a obtenu un doctorat à l’École poly-


technique fédérale de Lausanne. Il enseigne à la HEAD
(Genève) et à l’ENSCI (Paris). Chercheur et consultant à
Lift Lab, il est spécialisé sur les problématiques d’usages des
technologies numériques et conseille des entreprises telles
que Nokia, Seb ou Orange. Son blog(1), Pasta and Vinegar,
commente l’actualité de la téléphonie mobile, du web,
de la robotique et des objets communicants.

(1) http://liftlab.com/think/nova/
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Du même auteur :

Nicolas Nova et Fabien Girardin, Sliding Friction.


The Harmonious Jungle of Contemporary Cities, Walabab
editions, 2007.

Nicolas Nova, Les Médias géolocalisés. Comprendre


les nouveaux espaces numériques, FYP éditions, 2009.

Nicolas Nova et Julian Bleecker, A Synchronicity.


Design Fictions for Asynchronous Urban Computing, Situated
Technologies Pamphlet 5, The Architectural League
of New York, 2009.
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Sommaire
Avant-propos 9

Chapitre 1
Les caractéristiques des échecs récurrents 15
Qualifier les échecs 16
Obstination, optimisme et mimétisme 19
Sauvé par les chiffres 21
Des prophéties autoréalisatrices 23
Un futur constamment repoussé 25

Chapitre 2
D’échecs en échecs 29
Des réfrigérateurs « intelligents » : un échec qui dure 31
Du visiophone à la vidéo par internet : un échec 37
converti en succès indirect
Les livres « électroniques » et leur succès en devenir 44
Des échecs à l’innovation 55

Chapitre 3
Retour sur quelques causes d’échecs répétés 61
Des concepteurs englués dans les tendances de l’époque 63
Des idées préconçues sur les usagers 70
La figure de l’usager moyen et ses écueils 75
La figure de l’usager cas particulier et ses conséquences 79
La question problématique des « besoins » 87
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Automatiser pour simplifier la vie 91


Le mythe du produit « simple » et « naturel » 98
Séparer la technique du reste et ne pas faire 102
de compromis
L’oubli du milieu technique 107
Une compréhension du temps erronée 112

Chapitre 4
Quelles leçons pour l’innovation ? 117
Des échecs au succès 120
Défricher les flops passés 123
Repérer les changements 127
Reconsidérer les échecs antérieurs et repérer les paliers 130
Respecter les futilités, observer les analogies 132
Respecter les usagers, construire avec eux 136
Forcer l’échec ? 143

Conclusion
Dédramatiser les échecs : vers une culture de l’erreur 147

Bibliographie 154
Remerciements 159
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Avant-propos
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Le film qui a le plus marqué mon enfance est cer-


tainement Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de
machines(1). Celui-ci racontait les déboires de passionnés
d’aviation lors d’une course aérienne entre Londres et Paris
au début du XXe siècle. Ce n’est pas tant l’histoire principale
qui me fascinait mais plutôt sa séquence d’introduction.
Celle-ci durait quelques minutes et montrait une succes-
sion de prises de vue en noir et blanc avec toutes sortes de
prototypes d’avions. Certains ressemblaient à des voitures
avec des ailes. D’autres à des planeurs ou encore des véhi-
cules munis de sortes de parapluies géants montés sur
moteurs. Chacun de ces prototypes finissait immanquable-
ment par s’écraser sur le sol, ce qui me faisait rire aux
larmes.
J’ai compris plus tard ce que ces scènes signifiaient en
lisant un article de Richard Saul Wurman(2), le fondateur des
conférences TED. Pour lui, ces tentatives reflétaient « les
chemins parcourus, les bonnes intentions, la logistique
sous-jacente, les absurdités, les espoirs » des innovateurs.
Malgré les échecs multiples, les inventeurs de ces proto-
types d’avions ont persévéré, accompagnés de leurs proches
ou d’usagers potentiels et de leurs financeurs. Ces tenta-
tives répétées étaient aussi caractérisées par un mélange de
moquerie, de curiosité et d’encouragement de la foule.

(1) Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines (Those Magnificent Men in Their Flying Machines, or
How I Flew from London to Paris in 25 Hours and 11 Minutes) est un film britannique réalisé par Ken Annakin,
sorti en 1965.
(2) Richard Saul Wurman, « Hailing, failing, and still sailing », dans Steven Heller (éd.), Design Disasters.
Great Designers, Fabulous Failures & Lessons Learned, Allworth Press, 2008.
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Mais, au fond, nous connaissons le fin mot de l’his-


toire : les avions volent. C’est de cette succession de fiascos
qu’allaient naître plusieurs succès, basés sur différentes
solutions techniques.
Dans ce film, tous les ingrédients de ce que cet ouvrage
va aborder étaient présents. L’importance de la passion des
innovateurs et leur persévérance sont des points clés sou-
vent mentionnés dans les récits relatifs aux inventeurs.
C’est le sujet de ce livre : comment la réussite peut succé-
der à des échecs multiples.
Un produit qui rate, c’est une anomalie dans le proces-
sus d’appropriation et de diffusion. C’est un risque courant
et classiquement identifié par la littérature en management
de l’innovation. Celle-ci, friande de chiffres, souligne, par
exemple, que 95 % des nouveaux produits échouent(3) et
que seulement 20 % des projets de recherche et développe-
ment (R&D) conduisent à des succès commerciaux(4). De
ces prototypes malheureux, nous en entendons rarement
parler, car ils restent confinés entre les murs des labora-
toires. Nous assistons plus régulièrement à des « one shots »
sans avenir, des concept-cars trop futuristes aux gadgets
dont on ne saisit pas l’intérêt, en passant par des technolo-
gies « trop en avance sur leur temps ». Les salons technolo-
giques à Las Vegas (CES) ou à Hanovre (CeBIT) en foison-
nent. Mais c’est lorsque tout une lignée ou un ensemble de

(3) Jean-Claude Andreani, « Marketing du produit nouveau : 95 % des produits nouveaux échouent »,
Revue française du marketing, n° 182, 2001.
(4) Hans-Joachim Braun, « Introduction : Symposium on “failed innovations” », Social Studies of Science,
vol. 22, n° 2, 1992.
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produits basés sur des visions similaires échoue que l’effet


devient vraiment visible. Et la liste est longue : le réfrigéra-
teur intelligent, la voiture volante, le cinéma en relief, le
monorail, les robots humanoïdes, le livre électronique des
années 1990, le web en 3D en 1995 et en 2006, les assis-
tants virtuels en 1996, la réalité augmentée au début des
années 2000(5).

Pour autant, tous ces exemples sont caractérisés par


deux aspects. D’une part, une présence importante dans les
médias puis une disparition brutale lorsque les usages ne
suivent pas. C’est ce que le cabinet de conseil Gartner
nomme le « fossé de la désillusion » : le moment dans le
cycle de vie d’un produit où il devient démodé, car il n’est
pas adopté par des usagers. D’autre part, ces tentatives d’in-
novation ressurgissent après un certain temps. On voit
ainsi régulièrement revenir des projets de web 3D, de réfri-
gérateur intelligent ou de visiophone. Car les concepts
technologiques sont rarement uniques ou isolés. Les idées
sont copiées, adaptées ou émergent sur différents terri-
toires. C’est de ce terreau fertile que certaines propositions
sont réorientées pour réussir.
Mais la répétition des échecs, elle, met en lumière la
dimension temporelle des innovations. Ces flops sont
récurrents et appartiennent à ce que le philosophe Gilbert

(5) Voir aussi Daniel Wilson, Où est passée ma combinaison spatiale ? Petit guide de voyage dans ce futur
incroyable que nous promettait la science-fiction, Dunod, 2008.
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Simondon a nommé des « lignées techniques »(6) : une suc-


cession d’objets techniques basés sur des principes simi-
laires. Les idées de projets innovants ont souvent fait l’ob-
jet de multiples déclinaisons. Et au sein de chaque lignée,
certains produits ont plus de succès que d’autres selon leur
appropriation par les usagers.

Cet ouvrage ne dresse pas simplement un inventaire de


flops, d’accidents industriels et d’anecdotes associées : il
analyse en profondeur les origines communes de ces revers.
Du fait de mes travaux de recherche et de l’importance des
innovations dans ce domaine, je centrerai mon propos sur
les technologies de l’information et de la communication.
Et au-delà de l’analyse des causes, je montrerai en quoi se
pencher sur les échecs récurrents permet de dégager des
principes pertinents pour innover.

(6) Gilbert Simondon, Du mode d’existence des objets techniques, Aubier, 1958.