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Séance plénière du Conseil Régional 7 mai 2011

Conseil d'Alsace
intervention liminaire de Jacques FERNIQUE

Aujourd’hui, ayons en Alsace le courage du changement : nous n’avons tout simplement pas droit à
faire du sur-place. Il s’agit d’avancer : pas de nous contenter d’un petit dénominateur commun ou de
vagues intentions. Les élus locaux, les élus régionaux d’Alsace, les acteurs ici de la République
décentralisée ont une obligation de résultats concrets et de qualité démocratique au plus près des attentes.
Les élections cantonales viennent de nous délivrer au moins 2 messages que nous n’avons pas le droit
d’ignorer : d’abord l’abstention. Nos concitoyens qui négligent leur droit de vote sont hélas devenus
majoritaires : le suffrage universel est à reconquérir. Ensuite l’autre message, c’est le vote de la
désespérance, le vote du repli protestataire qui prospère sur fond de précarité et de perte de confiance
démocratique. L’antidote à ces régressions c’est l’Alsace humaniste, l’Alsace généreuse, l’Alsace
foisonnante de sa démocratie territoriale, l’Alsace du dialogue pluraliste qui sait bousculer les lignes et
porter haut le fait régional.

Ce fait régional dont nous sommes collectivement responsables dans cette assemblée, il se réduirait, il
s’effacerait si nous laissions mollement faire les inerties, les intérêts particuliers et le cours national de la
réforme standard des collectivités. Soyons donc résolus changement et à l’expérimentation : oui,
notre Région peut échapper au régime commun car la loi laisse entrouvert un espace, un régime
spécifique, une adaptation sur mesure pour les collectivités résolues à fusionner l’ensemble de leurs
compétences. Les prochaines élections territoriales seront peut-être l’avènement du Conseil d’Alsace,
peut-être, si nous le voulons, si nous savons en donner l’envie à nos concitoyens.

Ne nous faisons d’ailleurs pas d’illusions : quelles que soient la cohérence et la lisibilité qu’aurait notre futur
édifice institutionnel territorial, ce n’est pas cette construction formelle qui suscitera une adhésion
citoyenne d’ampleur. L’implication populaire sera pleinement au rendez-vous, au rendez-vous d’abord du
référendum, si nous savons montrer combien le Conseil d’Alsace réduirait les entraves, déverrouillerait les
blocages, donnerait les coudées franches aux politiques de transformation. Nous avons besoin d’une
région performante pour faire les bonnes politiques, à la bonne échelle, au niveau que nécessitent
les attentes et les urgences, celles de l’emploi, celles du mieux-vivre, celles de l’écologie. L’écologie est
par essence décentralisatrice, elle ne peut pas se satisfaire du superficiel, des effets d’annonce creux
et des politiques vaines.

Au moment où nos voisins rhénans, nos voisins du Baden-Württemberg particulièrement, expriment leur
volonté de politiques régionales neuves et résolues, l’Alsace ne peut ni s’émietter, ni se replier : soyons
acteurs majeurs de notre espace rhénan, sachons nous en donner les moyens.

Alors qu’enfin nos intercommunalités, nos territoires de proximité solidaire commencent à être
reconnus comme échelon politique déterminant, il est temps que l’Alsace accède à la pratique
européenne de la subsidiarité, pratique sur laquelle bloque notre vieux pays jacobin si rétif à
comprendre que la responsabilité d’une politique doit revenir à l’entité la plus proche apte à résoudre elle-
même le problème posé. Le Conseil d’Alsace tirera sa force de sa capacité à exprimer autant les
spécificités de ses territoires que la solidarité et la cohérence régionale ; autant le désir de
différenciation et de pilotage de proximité que le désir d’unité et de coordination des politiques.

En fusionnant Conseils généraux et Conseil Régional dans ce Conseil d’Alsace, ce sont ces deux
principes structurants qu’il nous faut savoir conjuguer. Et là est l’enjeu des modes de scrutin.
Imaginons un instant ce que serait aujourd’hui le Conseil Régional s’il n’avait pas été depuis 1986, depuis
un quart de siècle, le produit électoral d’un vrai débat de dimension régionale, le résultat d’une
proportionnelle invitant au dialogue et à l’enrichissement démocratique, imaginons ce que serait cette

Conseil d'Alsace – intervention de Jacques FERNIQUE


assemblée sans la parité femmes/hommes. Assurément le Conseil d’Alsace ne peut pas, ne doit pas
régresser à cet égard : le fait régional est, comme l’écologie politique, enfant de la proportionnelle.

Dans le débat qui va se tenir tout à l’heure, les 4 intervenants du groupe écologiste insisteront sur ces
axes forts que j’ai abordés. La résolution qui sera soumise à notre vote en fin de séance, méritera je
l’espère pleinement cette appellation : « résolution ». Aujourd’hui, ayons en Alsace, ayons pour l’Alsace,
le courage du changement.

Conseil d'Alsace – intervention de Jacques FERNIQUE