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142 LA HOUILLE BLANCHE

Note sur l'application de la formule de Bernoulli


aux courants liquides
par F e r n a n d C.VMVUS, Ingénieur A. I. Lg. et A. L M., Professeur à /' UDiversité de Liège
et Albert SCIILAG, Ingénieur A. I.Lg. et A.I.M., Chargé de cours à l'Université de Liège

L à formule, d e Bernoulli se déduit d e l'application des équa- m i n e l'énergie m é c a n i q u e totale d u courant liquide par unité
tions générales d'Euler, a u cas particulier des liquides pesants. de poids
Il e n résulte i m m é d i a t e m e n t q u e , en raison m ê m e des hypothèses
faites a u cours d e la démonstration d e ces équations, la formule
de Bernoulli n e peut s'appliquer qu'à un même filet liquide, c'est-
à-dire a u x points situés sur la trajectoire d'une m ê m e particule, d a n s laquelle est l'ordonnée d u centre d e gravité. Il déduit
qu'il s'agisse d e la trajectoire réelle, ainsi q u e cela résulte direc- de cette expression la f o r m e d u t h é o r è m e d e Bernoulli appli-
t e m e n t des équations d'Euler o u d e la trajectoire dans le mou- cable a u x courants liquides, e n vertu d u principe de la conser-
vement moyen local, c o m m e l'a d é m o n t r é M . Boussinesq d a n s vation d e l'énergie.
son Essai sur la théorie des eaux courantes. Enfin, F l a m a n t (Hydraulique, pp. 3 8 el suivantes d e la 3 °
O n n'est d o n c pas e n droit, d'appliquer la formule d e Ber- édition) introduit le facteur (1 -\- r) a u lieu de * d a n s son équation
noulli à l'ensemble d'une m a s s e liquide e n m o u v e m e n t ; le générale d u m o u v e m e n t p e r m a n e n t . F l a m a n t suppose u n courant
t e r m e relatif à l'énergie cinétique doit n o t a m m e n t , c o m m e liquide défini par le parallélisme à p e u près parlait des vitesses
n o u s allons le voir, être affecté d'un facteur correctif. O n sait, individuelles des divers filets; il peut ainsi mettre la première
équation d'Euler sous la f o r m e :
e n effet, q u e la quantité d e m o u v e m e n t et l'énergie vive d'une
m a s s e liquide dont les particules possèdent des vitesses diffé- I dp . .
rentes, sont supérieures à celles qu'on déterminerait e n utilisant
T
la vitesse m o y e n n e L . O n d é m o n l r e q u e la quantité d e m o u v e -
ment F, terme tenant c o m p t e des frottements, disparaît d a n s le
cas d'un liquide parfait: d'autre part, F l a m a n t d é m o n l r e q u e
u- = + ,)
r ç, W- <•>
est constant d a n s une. m ê m e section transversale et égal
et q u e la force vive dx
- dp* -, • ,. - du
a -j— ; il e n résulte q u e u o u u doit également être
constant d a n s la section. L a vitesse variant sans discontinuité
d a n s la section transversale, il existe u n point o ù la vitesse
r, étant toujours positif et a étant toujours plus g r a n d q u e l'unité
réelle est précisément égale à la vitesse m o y e n n e U , d o n c :
et. approximativement, égal à 1 — 3 r E n pratique, o n prend
r
2
souvent d (u-) d (U )
r, — 0 , 0 3 7 et j . : 1,11 soit 1 0 / 0 dx dx

11 règne d a n s la littérature technique, u n e grande confusion et l'équation deviei


sur le point d e savoir s'il faut introduire le. facteur (1 + r ) o u ;

le facteur x d a n s l'expression d e la formule de Bernoulli étendue 1 dp,


- . -y- — o- .
.
J— dW)
— i
s m

à u n e m a s s e liquide tout entière. ? dx * dx

Certains auteurs appliquent tout s i m p l e m e n t la formule Or, l'équation finale qu'établit F l a m a n t est, d a n s l'hypothèse
de Bernoulli sous sa f o r m e initiale, à la m a s s e entière, l'altitude d'un liquide parfait,
z étant celle d u centre d e gravité d e la section n o r m a l e a u x
filets (que n o u s appellerons d a n s ce qui suit, section transversede),
la pression et la vitesse étant la pression et la vitesse m o y e n n e s ,
et le t e r m e relatif à l'énergie cinétique n'étant affecté d'aucun
facteur d e correction. C o m m e r, est différent d e O , si la vitesse n'est pas identique
en tous les points d'une section, il faut e n conclure q u e
D'autres, c o m m e E y d o u x (Hydraulique générale el appliquée)
et F o r c h h e i m e r (Ilydraulik) écrivent, — justement p o u r les cas u 011
-^j— —- < * -j- ----- () o u enco e -y— ~ O ,
de la pratique, m a i s sans insister sur u n e explication :

c'est-à-dire q u e le mouvement doit vire uniforme, d a n s l'hvpo-


—\- — 4- Z -= Constante, thèse l'aile p a r F l a m a n t , d'un écoulement par filets parallèles.

'"où Z est la cote d u centre d e gravité d e la section transversale, L a formule finale qu'on appliquerait à l'écoulement d'un
U et p. la vitesse et la pression m o y e n n e s . courant e n général, sérail d o n c entachée d'une erreur.

Q u a n t à M o u r e t , d a n s son Cours d'Hydraulique autographié L'auteur allemand J.-F. B u b e n d e g écrit également


(1913-14).de l'Ecole Nationale des P o n t s et Chaussées, il déter-
« = 1 + r,

Article published by SHF and available at http://www.shf-lhb.org or http://dx.doi.org/10.1051/lhb/1928024


LA HOUILLE BLANCHE 143

D e ce qui précède, o n peul conclure (pie la question vaut la CAS PAirnr.i'LiKHS


peine d'être e x a m i n é e soigneusement.
Soif donc u n liquide parlait e n m o u v e m e n t . I. La pression varie hydrostatiquernent dans la section trans-
versale. —- Si nous désignons par p la pression à l'altitude 2 = 0 ,
Q
L'équation d e Heruoulli pourra être appliquée à chaque
filet, entre d e u x sections I et 2.
z 1
/•> = /><» —
Pi Pi , "ô
et le d e u x i è m e t e r m e de l'équation devient :

Multiplions les d e u x m e m b r e s d e cette égalité p a r le débit


d u filet, u, . (/(.., il., . dt,,., et intégrons à tous les filets : l'J) . U . du, — - ^ (p„ Z î) » . f/'.J — /> U
0 I.) — 5 ZU M

(p„ — Z) r c. — p. i;. «
P étant ici la pression a u point d'altitude Z, c'est-à-dire a u centre
a
— jf 2j » , r/ • ,j + ; jf «.i c/<» -+- ^2 jf u , • th'a. de gravité de la surface chargée c o m m e nous l'avons indiqué
(1)

plus haut.

I z u (/<••> représente le m o m e n t par rapport a u plan d'origine Si d u reste la pression varie hydrostatiquement, la s o m m e
des r, de la surface M . eu c h a q u e point de laquelle o n supposerait z ^ est la m ê m e e n tous les points de la section.
exister u n e densité mass-ique proportionnelle, à u. 7. étant le
rentre d e gravité de cette surface ainsi chargée, C e cas sera e n particulier celui qui se rencontre d a n s l'étude
des courants, soit e n conduites forcées, soit e n c a n a u x ouverts.
I z .a . d<» — Z I ' (u . L'équation d e Bernoulli s'écrira alors :

jf p u du> peut aussi se représenter par PL'w, P étant e n vertu z + ^ + y- \— = Constante

d u d e u x i è m e principe d e la m o y e n n e (1). u n e valeur inter-


médiaire entre les pressions m a x i m u m et m i n i m u m dans la z et p se rapportant à un même point quelconque de la section
surface <,>. P est d o n c la pression réelle régnant e n u n certain transversale, soit son centre de gravité géométrique, soit u n point
point d e la surface. de la surface libre, soit u n point pris sur le fond d u lit, etc.

Enfin,
II. Les vitesses et les pressions sont distribuées symétriquement
:| :i
jf « . du> — x U (i) par rapport à un axe. horizontal situé dans la section transver-
versale. — O n voit aisément q u e dans ce cas, Z est l'altitude
L e théorème d e Bernoulli devient ainsi : de cet axe horizontal, c'est-à-dire dans ce cas d u centre de gravité
géométrique d e la section, tandis q u e P est la pression e n u n
P y. certain point d e la section, qui n'est pas m i e u x défini q u e d a n s
l.» Ma le cas général.
z, r, ..>, + -~ u, c, + 3- r; <
-> -~ z., r 2 o),
C'est le cas des conduites verticales, circulaires, rectangu-
laires, etc.

o u e n divisant par le débit total

E n conclusion, l'affirmation d e Pli. F o r c h h e i m e r q u e « d a n s


les m o u v e m e n t s rotationnels, le théorème de. Bernoulli s'applique
Constante a u x différents filets, mais n o n p a s à l'ensemble d u courant »
est a m b i g u ë . O n peut exprimer a u contraire, q u e , abstraction
faite des résistances d e s parois, si le t h é o r è m e d e Bernoulli
(1) Si dans l'intervalle (a. b). la fonction F f.tj n'est jamais s'applique a u x différents filets, il s'applique aussi à l'ensemble
négative ni constamment nulle, et si la fonction o (x) a pour d u d u r a n t , p a r intégration se rapportant n o n a u x sections
valeur m a x i m u m M et pour valeur m i n i m u m m, on a :
élémentaires d des filets, mais à leurs débits élémentaires u. rfw
M

/ (.r) F (a-) f/.r =


? y. / F (.r) d.r Il est d o n c bien évident aussi q u e le ternie ~— doit être affecté
. ;l , il
[i désignant u n certain n o m b r e compris entre M cl m. d u coefficient x — 1 —- 3 r, et n o n d u facteur (1 -j- r).

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